Vous êtes sur la page 1sur 5

Science économique III - Economie du développement durable

Acquis de première : externalités, droits de propriété, offre et demande,


défaillances du marché. Fiche 312 – Quels instruments économiques
NOTIONS : Réglementation, taxation, marché de quotas d’émission pour la politique climatique ?

Thème 3121 – Quels sont les fondements de la politique climatique ?


Les défaillances du marché

Rappel : les activités réalisées en première

 Thème 344: les biens collectifs: le projet Lascaux IV


 Thème 343 – Les externalités sont -elles prises en compte par le marché ?

Objectifs : comprendre la pollution comme une défaillance du marché

Première défaillance : l’environnement bien public mondial ou commun ?

Document 1
Contrairement à ce que pense l’Organisation des Nations Unies (ONU), la 21 e conférence de Paris sur le climat
(COP21), qui se tient du 30 novembre au 11 décembre au Bourget, ne débouchera sans doute pas sur un accord
permettant de maintenir sous les + 2 °C la hausse globale des températures d’ici à la fin du siècle. Mais ses
négociateurs quitteront probablement Paris sans être accablés, comme à Copenhague en 2009, par un vif sentiment
d’amertume. Car, comme l’a souligné Hakima El Haite, ministre déléguée de l’énergie marocaine, au forum Nouveau
Monde organisé les 9 et 10 novembre au siège de l’OCDE à Paris, une « nouvelle dynamique » est effectivement
engagée. (…)
Le passage d’une énergie centralisée à une énergie décentralisée s’accompagne d’une implication croissante des
acteurs de terrain. Elle a contribué – et pas qu’un peu – à la prise de conscience du fait que le climat est au minimum
un bien public mondial, et sans doute plus sûrement ce que les économistes appellent « un bien commun ».
De quoi s’agit-il ? De « biens hybrides » ni purement privés, c’est-à-dire exclusifs (on peut en empêcher l’accès en
exerçant son droit de propriété) et rivaux (leur utilisation exclut toute consommation par une autre personne), ni
purement publics (non rivaux et non exclusifs), décrypte Gaël Giraud dans Illusion financière (Les Éditions de
l’Atelier, 2014). Au passage, l’économiste rappelle qu’« un bien n’est pas public ou privé seulement en fonction de
ses qualités intrinsèques mais par une décision politique de la collectivité ». Il en veut pour preuve l’éducation
primaire en France, bien privé sous l’Ancien Régime et bien public sous la Troisième République.
Certains biens hybrides sont exclusifs et non rivaux. D’autres sont « non exclusifs et rivaux, comme des zones de
pêche, des pâturages, des systèmes d’irrigation, c’est-à-dire des biens dont on peut difficilement interdire ou
restreindre l’accès, mais qui sont susceptibles de faire l’objet d’une appropriation et d’une exploitation
individuelles. » Ce sont ces biens qu’Elinor Ostrom, Prix Nobel d’économie 2009, désigne comme des « ressources
communes ». On trouve parmi elles quasiment tous les « biens naturels » comme l’environnement, l’eau, les forêts, les
surfaces cultivables. Les travaux de la chercheuse américaine, qui était aussi une théoricienne des institutions, et de
Charlotte Hess montrent aussi que ces communs s’apparentent moins à des biens qu’à « des systèmes de règles
régissant des actions collectives, des modes d’existence et d’activité de communautés ». Toutes choses dont nous
avons besoin pour gérer la transition écologique et qui pourraient sortir des limbes avec la COP21.
Source : Claire Guélaud, Le climat, bien public ou bien commun ? ,LE MONDE ECONOMIE | 12.11.2015

Document 2
Henri Bourguinat insiste avec raison sur le point suivant : la gestion des biens publics mondiaux suppose bien souvent
de prendre en compte une importante dimension inter temporelle : « Qu'il soit question de l'effet de serre, des CFC 3 ou
des grandes campagnes d'éradication de maladies endémiques comme la variole ou le sida, les dommages à combattre
et les solutions à apporter dépendent de stocks s'accumulant en longue période. Pour le réchauffement climatique, par
exemple, c'est parce que les gaz à effet de serre se sont accumulés par le passé que les flux nouveaux sont
particulièrement dangereux. En sens inverse interviennent les stocks de capital (technique ou humain), les stocks
biologiques ou génétiques, ou encore les réserves de crédibilité pour les systèmes monétaires. Les dommages ou les
bénéfices se manifestant le plus souvent par accumulation lente et parfois irréversible, la gestion de ces biens publics
est particulièrement délicate en raison de ces décalages temporels importants. En matière biologique, par exemple, la
disparition actuelle d'une espèce peut très bien avoir une incidence future sur l'équilibre du biotope sans commune
mesure avec son impact immédiat. La gestion de ces biens publics doit donc prendre en compte non seulement l'intérêt
de la génération présente, mais aussi celui des générations futures. »
Source : Serge LEPELTIERMondialisation : une chance pour l'environnement ? Rapport d'information du Sénat
n° 233 (2003-2004)

Document 3 :
Fondamentalement, le climat est un bien public global : la réduction des émissions dans un pays profite à tous les
autres pays. Et, comme pour tout bien public, la tentation est grande pour chacun de se comporter en passager
clandestin, l’idéal égoïste étant que tous les autres fassent les efforts nécessaires… pour me dispenser d’en faire le
moindre. Lorsqu’un bien public est à l’échelle d’un pays, celui-ci dispose d’outils pour contraindre ses entreprises et
ses ménages à payer des taxes ou à acheter les permis correspondant à ses émissions. Encore une fois, rien de tel au
niveau international. Même au sein de l’Europe, la fiscalité reste pour l’essentiel une prérogative nationale, ce qui a
d’ailleurs poussé à la mise en place d’un marché unique des droits, le marché relevant, au contraire des taxes, des
compétences de l’Union européenne.
Source : Pierre-Yves Geoffard Professeur à l’Ecole d’économie de Paris, directeur d’études à l’EHESS ,Le climat
est un bien public mondial , Libération 23 novembre 2015
Questions :
1. Rappel Thème 1124 : la classification des biens
a) Rappelez les définitions de rivalité/ non rivalité, exclusion/non exclusion
 Rivalité/non rivalité :
- Il y a rivalité quand la consommation d’une unité du bien par un individu empêche la consommation
simultanée de la même unité par un autre consommateur.
- Il y a non rivalité quand plusieurs individus peuvent consommer en même temps la même unité
(exemple : éclairage public, cinéma pour ceux qui peuvent voir l’écran...)

 Exclusion/non exclusion :
- L’exclusion : seuls les consommateurs qui paient le bien ou le service peuvent y accéder.
- La non exclusion : il est impossible techniquement ou économiquement d’empêcher les consommateurs
qui refusent de payer le prix d’utiliser le bien ou le service (exemple : éclairage public...)

b) Compléter le tableau suivant

c) Quelles sont les deux caractéristiques supplémentaires d’un bien public mondial ?
- Une dimension géographique : tous les pays du monde sont touchés
- Une dimension temporelle : les générations actuelles et futures sont affectées

2. En quoi l’environnement est-il un bien commun ?


L’environnement respecte les 2 conditions :
 Rivalité : l’eau (les mers, océans) est une ressource rivale : ce qui est utilisé par l’un ne peut être utilisé par
d’autres
 Non excluabilité : il est difficile d’interdire l’accès à l’océan

3. En quoi l’environnement est-il un bien public mondial ?


 L’environnement a les 2 caractéristiques d’un bien public :
o Non rivalité
o Non excluabilité
 Plus les 2 autres caractéristiques d’un bien public mondial
o Touche la planète : la pollution n’a pas de frontières. La détérioration de la qualité de l’air a un effet
négatif sur la planète
o Les générations futures sont affectées : la concentration dans l’atmosphère de CO2 dépend des
émissions actuelles, mais aussi passées. La disparition d’une espèce peut avoir des conséquences plus
graves dans le futur qu’aujourd’hui
La COP 21 à Paris en est la preuve : l’objectif est de ne pas dépasser une hausse de 2° de la température mondiale.

4. Pourquoi le jeu du marché ne peut-il donc produire un environnement préservé ?


Que l’environnement soit un bien public ou un bien commun, le jeu du marché ne peut produire un environnement
préservé du fait du phénomène du passager clandestin.
Les individus adoptent un calcul coût-bénéfice pour trouver la solution qui leur apporte le maximum de profit. Ils
comparent donc :
 Le coût de leur action
 Avec le bénéfice
Or, un bien commun et un bien public mondial ont un point commun : l’impossibilité d’exclure ceux qui utilisent la
ressource.
Si l’environnement est un bien public mondial, ceux qui ne font pas d’efforts pour améliorer la qualité du climat
pourront consommer un air pur autant que ceux qui font des efforts.
Pour les biens communs, le risque est la tragédie des communs mise en évidence par Harding : comme la ressource est
en quantité limitée, sa surexploitation conduit à la disparition de la ressource.

La pollution : des externalités négatives

Document 4 :
Au sein du secteur du transport en France, on estime que les véhicules diesel sont à l’origine d’une grande part des
émissions de particules fines, particulièrement nocives pour la santé, et de plus de la moitié des émissions d’oxydes
d’azote. (…)
La situation de la France est inédite de ce point de vue : les véhicules diesel y représentent encore plus de 60 % du
parc automobile en circulation et sur les trois premiers mois de 2014, selon les données du Comité des constructeurs
français d’automobiles (CCFA), les véhicules diesel représentaient encore plus de 65 % des nouvelles
immatriculations, contre 53 % en moyenne en Europe de l’Ouest. En 1980 pourtant, les véhicules diesel ne
représentaient que 5 % des immatriculations. Cette « anomalie » française s’explique en grande partie par la fiscalité
préférentielle dont bénéficie historiquement le gazole via un taux réduit de taxe intérieure de consommation sur les
produits énergétiques (TICPE). Ce choix industriel, jamais remis en cause, a conduit à une « diésélisation »
progressive du parc automobile français, faisant de notre pays une exception mondiale. L’écart de taxation entre
l’essence et le gazole est actuellement de 17 centimes par litre en faveur du gazole – alors que cet écart est en
moyenne de l’ordre de 12 centimes par litre au sein de l’Union européenne – .
Source : Rapport de Mme Leila AÏCHI, Pollution de l'air : le coût de l'inaction n° 610 tome I (2014-2015), Sénat, 8
juillet 2015
Questions :
1. Comment peut-on expliquer le développement du diesel en France ? Mettez en évidence le calcul coût-
bénéfice de l’individu.
En France ? les véhicules diesel représentaient encore plus de 65 % des nouvelles immatriculations, contre 53 % en
moyenne en Europe de l’Ouest .Avant d’acheter une voiture, l’individu compare le coût de la voiture (son prix et le
prix du carburant) avec le bénéfice (l’utilité de la voiture). L’utilité de la voiture sera quasi identique pour une voiture
essence ou diesel. Cependant, le coût d’une voiture diesel est plus faible, car le prix du gazole est plus faible que
l’essence, car il est moins taxé.

2. Quelles conséquences a le développement des voitures diesel ?


Les véhicules diesel sont à l’origine d’une grande part des émissions de particules fines, particulièrement nocives pour
la santé, et de plus de la moitié des émissions d’oxydes d’azote

3. Pourquoi peut-on parler d’effets externes ?


Les agents adoptent un comportement rationnel pour atteindre leur satisfaction maximale. Cependant, leur action a des
conséquences négatives sur la satisfaction d’autres agents et ces conséquences sont involontaires.
Document 5 :

Source : Rapport de Mme Leila AÏCHI, Pollution de l'air : le coût de l'inaction n° 610 tome I (2014-2015), Sénat, 8
juillet 2015

B:
Un nouveau rapport de l’OCDE , « Les conséquences économiques de la pollution atmosphérique extérieure, estime
que la pollution de l’air extérieur provoquera entre 6 et 9 millions de décès prématurés par an d’ici 2060,
comparativement à trois millions en 2010. Cela équivaut à un décès toutes les 4-5 secondes. Cumulativement, plus de
200 millions de personnes vont mourir prématurément au cours des 45 prochaines années en raison de la pollution
atmosphérique.
Il y aura également plus de maladies liées à la pollution. Les nouveaux cas de bronchite chez les enfants âgés de 6 à 12
ans devraient grimper à 36 millions par an d'ici à 2060, par rapport à 12 millions aujourd'hui. Pour les adultes, nous
prévoyons dix millions de nouveaux cas par an en 2060, contre 3,5 millions aujourd'hui. Les enfants sont également
de plus en plus touchés par l'asthme. Tout cela se traduira par davantage d'hospitalisations liées à la pollution, qui
devraient passer à 11 millions en 2060, par rapport à 3,6 millions en 2010. (…)
L'impact de la pollution atmosphérique est souvent discuté en termes monétaires. D’ici à 2060, 3,75 milliards de jours
de travail pourraient être perdus chaque année en raison des effets néfastes sur la santé de l'air pollué – ce que les
économistes appellent « la désutilité de la maladie ». L'impact direct sur le marché de cette pollution, en termes de
productivité plus faible des travailleurs, de dépenses de santé plus élevées et de baisse des rendements agricoles,
pourrait dépasser 1% du PIB, soit 2600 milliards de dollars par an, d'ici à 2060.
Aussi massifs qu’ils soient, cependant, les montants en dollars ne reflètent pas les coûts réels de la pollution
atmosphérique. Les décès prématurés liés à l’inhalation des particules fines et de gaz toxiques, ainsi que la douleur et
la souffrance engendrées par les maladies respiratoires et cardiovasculaires, ne disposent pas d'un prix de marché. Pas
plus que l'expérience de devoir respirer de l'air constamment nauséabond ou forcer votre enfant à porter un masque
simplement pour jouer à l'extérieur. Ces charges pèsent beaucoup plus lourd dans la vie des gens que tout montant
monétaire ne pourrait jamais représenter.
Source : Simon Upton est le directeur de l'environnement de l'Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE), Les vrais coûts de la pollution atmosphérique, Les échos, 18 août 2016
Questions :
1. Définir coût social. Distinguez coût tangible et intangible
Coût social : les conséquences négatives de la pollution sur le bien –être des individus. Ces conséquences peuvent être
très diverses :
 Coût tangible : coût mesurable et réel
 Coût intangible : coût immatériel et donc difficilement mesurable

2. Quels sont les différents coûts sociaux de la pollution ?


 Pertes humaines : une augmentation du nombre de décès dû à la pollution : « entre 6 et 9 millions de décès
prématurés par an d’ici 2060 »
 Pertes économiques :
 Dépenses accrues pour soigner les malades : Tout cela se traduira par davantage d'hospitalisations
liées à la pollution, qui devraient passer à 11 millions en 2060, par rapport à 3,6 millions en 2010
 Cette augmentation du nombre de malades entraîne une augmentation du nombre de jours non
travaillés : D’ici à 2060, 3,75 milliards de jours de travail pourraient être perdus chaque année en
raison des effets néfastes sur la santé de l'air pollué
 Si la quantité de travail diminue, la création de richesses sera plus faible : L'impact direct sur le
marché de cette pollution, en termes de productivité plus faible des travailleurs, de dépenses de santé
plus élevées et de baisse des rendements agricoles, pourrait dépasser 1% du PIB, soit 2600 milliards
de dollars par an, d'ici à 2060.
 Pertes immatérielles : une moindre qualité de vie, les impacts sur le mental de la maladie

Document 6 :
Ces externalités conduisent à des défauts de coordination à plusieurs échelles : ainsi, les entreprises sont amenées, par
la maximisation individuelle de leur profit, à produire des quantités supérieures à celles qui optimiseraient le bien-être
collectif puisqu'elles n'intègrent pas dans leur prise de décision les effets néfastes de la pollution ; les consommateurs,
pour leur part, ne tiennent pas compte des conséquences délétères de certains produits lorsqu'ils les achètent. A un
échelon supérieur, les Etats ne parviennent pas à s'entendre pour adopter le niveau optimal de protection de
l’environnement en raison des externalités positives des politiques dans ce domaine : les coûts sont individuels alors
que les bénéfices sont collectifs. On retrouve la configuration, classique du « passager clandestin »
Source : D’après O. Montel-Dumont, Les problèmes d'environnement : quelle place pour l'économiste ? Cahiers
français, n°355, Mars 2010.
Questions :
1. Pourquoi la pollution ne peut-elle être réduite par le libre jeu du marché ?
La pollution est un exemple de remise en cause de la main invisible : l’intérêt individuel n’aboutit pas à l’intérêt
collectif. En effet, les individus n’intègrent pas dans leur calcul coût bénéfice les conséquences négatives sur le bien-
être des autres individus. La pollution n’a pas de marché, elle n’a donc pas de prix. Les agents n’ont donc pas intérêt à
réduire la pollution : cette réduction entraînerait une augmentation des coûts de production sans qu’elles en retirent un
bénéfice supplémentaire.

Grille d’autoévaluation
Critères de réussite A ECA NA

Maitrise des - Biens publics/communs


savoirs
- Effets externes