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Le baromètre des services publics

Vague 2

LEVEE D’EMBARGO LE 21 MARS 2018 A 18H00

Sondage réalisé pour la avec et


Méthodologie

Recueil
Enquête réalisée auprès :
• D’un échantillon de Français interrogés par Internet du 14 au 15 mars 2018
• D’un échantillon d’agents du service public interrogés par Internet du 14 au 15 mars 2018
• D’un échantillon d’Européens interrogés par Internet du 12 au 16 mars 2018

Echantillon
Echantillon de 1002 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus
La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes :
sexe, âge et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération.

Echantillon de 1 011 salariés du service public représentatif de la population de salariés du


service public en France (sexe, âge, catégorie A,B,C)

Echantillon de 3 328 personnes des pays suivants : France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie,
Espagne et Canada, représentatif de la population de chacun de ces pays (sexe, âge, CSP, régions)
Précisions sur les marges d’erreur
Chaque sondage présente une incertitude statistique que l’on appelle marge d’erreur. Cette marge d’erreur signifie que le résultat d’un
sondage se situe, avec un niveau de confiance de 95%, de part et d’autre de la valeur observée. La marge d’erreur dépend de la taille de
l’échantillon ainsi que du pourcentage observé.

Si le pourcentage observé est de …


Taille de l’Echantillon 5% ou 95% 10% ou 90% 20% ou 80% 30% ou 70% 40% ou 60% 50%

200 3,1 4,2 5,7 6,5 6,9 7,1


400 2,2 3,0 4,0 4,6 4,9 5,0
500 1,9 2,7 3,6 4,1 4,4 4,5
600 1,8 2,4 3,3 3,7 4,0 4,1
800 1,5 2,5 2,8 3,2 3,5 3,5
900 1,4 2,0 2,6 3,0 3,2 3,3
1 000 1,4 1,8 2,5 2,8 3,0 3,1
1 500 1,1 1,5 2,0 2,3 2,4 2,5
2 000 1,0 1,3 1,8 2,1 2,2 2,2
3000 0,8 1,1 1,4 1,6 1,8 1,8
Lecture du tableau : Dans un échantillon de 1000 personnes, si le pourcentage observé est de 20%, la marge d’erreur est égale à 2,5%.
Le pourcentage réel est donc compris dans l’intervalle [17,5 ; 22,5].
Chapitre 1

Enseignements clés du sondage :


« œil du sondeur » et « œil de l’expert »
L’œil du sondeur : (1/2)
l’analyse de Gaël Sliman, Président d’Odoxa

Mobilisation du 22 mars : les clés du soutien des Français et de la mobilisation des agents

Enseignements clés du baromètre :

1) La mobilisation du 22 mars est soutenue par l’opinion : le soutien est majoritaire chez les Français
(55%) et quasi-unanime (82%) chez les salariés du secteur public, par ailleurs très nombreux à envisager
de se mobiliser pour manifester jeudi 22

2) Ce soutien des Français s’explique d’abord, parce que, contrairement à ce que croient encore les
salariés du public, les deux-tiers de leurs concitoyens aiment leurs services publics, sont satisfaits de
leurs prestations et ont une bonne image globale de leurs agents (même si des stéréotypes subsistent)

3) Ce soutien à la mobilisation s’explique ensuite, parce que, même si les Français sont prêts à la quasi-
totalité des réformes envisagées pour la fonction publique, ils sont aussi persuadés que leurs services
publics « adorés », sont en voie de dégradation à cause d’un manque de moyens et d’effectifs et parce
qu’on leur demanderait désormais « trop d’efforts »

4) Cette crainte d’une dégradation aboutit à ce que, notre pays, qui, il y a six mois était encore perçu par
les Français comme l’un des plus performants au monde en matière de services publics, rétrograde à la
fois dans le palmarès des Français, mais aussi dans celui de nos grands voisins Européens et Canadiens…
L’œil du sondeur : (2/2)
l’analyse de Gaël Sliman, Président d’Odoxa

Tous ces résultats illustrent la complexité et l’explosivité de ce sujet « services publics ».

Pour autant, ils montrent aussi qu’un espace de négociation/dialogue/ouverture semble bien exister
entre, d’une part, l’attachement farouche des Français à leurs services publics et, d’autre part, leur désir
(nouveau) de réformes profondes.
En effet, un axe profond et structurel de réforme serait à la fois largement soutenu par les Français et
même par les agents du secteur public : la mise en place d’un plan de départs volontaires dans la fonction
publique.

Or, il n’a été pour le moment qu’envisagé par le Premier ministre… peut-être s’agit-il là d’une ligne de
crête pour le passage en douceur de la réforme ?

Gaël Sliman, Président d’Odoxa


L’œil de l’expert : (1/2)
Médéric Monestier, DG de la Banque Française Mutualiste

Journée de mobilisation du 22 mars : le grand paradoxe

La Banque Française Mutualiste n’a évidemment pas vocation à prendre position dans un conflit social
entre le gouvernement et les agents du secteur public qui sont ses clients historiques. Mais il se trouve
que nous avions prévu depuis de longs mois que notre baromètre, conçu pour proposer un regard en
miroir sur les services publics entre les Français et les agents du secteur public, sorte le 22 mars 2018.

Il était de fait naturel de focaliser notre attention sur les perceptions des Français et des agents du secteur
public sur ces questions de réformes et de mobilisation du 22 mars. Je dois dire que nous n’avons pas été
déçus des enseignements – riches et complexes – que nous livre le baromètre :

Favorables aux principaux axes de la réforme gouvernementale (contrairement aux agents du secteur
public), les Français sont pourtant une majorité à soutenir la journée de mobilisation du 22 mars ! Quel
paradoxe !

Comment les Français peuvent-ils à la fois adhérer à la plupart des réformes de la Fonction publique
envisagées par le gouvernement et « en même temps » soutenir la mobilisation des salariés du secteur
public s’opposant justement à cette réforme ?
L’œil de l’expert : (2/2)
Médéric Monestier, DG de la Banque Française Mutualiste

Je rejoins Gaël Sliman dans son analyse, et pense que cet apparent paradoxe s’explique par un « mix »
entre l’inquiétude des Français de voir leurs services publics se dégrader, faute de moyens, et le profond
attachement qu’ils portent à ceux-ci.

Car, et c’est ce que je retiens, les Français, largement satisfaits de leur expérience d’usagers, aiment
leurs services publics et ont, une très bonne image de leurs fonctionnaires, qu’ils jugent toujours aussi
motivés dans leur mission.
Le volet « benchmark » (comparaison) international de l’étude montre même que, contrairement aux
idées reçues, les Français sont parmi les européens les plus positifs à l’égard des agents de leur secteur
public !

Si notre baromètre peut permettre de mieux leur faire savoir, il aura déjà eu, à mes yeux, une grande
vertu.
S’il peut aussi montrer aux acteurs du conflit social en cours qu’il existe bien une voie de dialogue et
que les Français et les agents sont en fait prêts aux réformes tant que la pérennité de leurs services
publics est garantie, notre baromètre aura même eu une grande utilité.

Médéric Monestier, DG de la Banque Française Mutualiste


Chapitre 2
Résultats détaillés du sondage
Les Français estiment « justifiée » (55%) la journée de mobilisation des
fonctionnaires du 22 mars… les salariés du public, eux, la plébiscitent
littéralement : 82% la justifient

Sept syndicats de fonctionnaires (sur neuf) appellent à une « journée de mobilisation » le 22 mars
prochain. Ils veulent notamment protester contre les annonces du gouvernement sur la réforme de la
fonction publique. Trouvez-vous ce mouvement justifié ou pas justifié ?

Français Salariés du secteur public

S/T Pas justifié : 44% S/T Justifié : 55% S/T Pas justifié : 18% S/T Justifié : 82%

(NSP) Pas du tout justifié


Pas du tout justifié 1% 4%
15% Tout à fait justifié
20% Plutôt pas justifié
14% Tout à fait
justifié
42%

Plutôt justifié
35% Plutôt justifié
Plutôt pas justifié
40%
29%
La journée de mobilisation du 22 mars bénéficie d’un très fort soutien de
l’opinion et risque de mobiliser de très nombreux fonctionnaires : environ
un quart envisage d’y participer

À ceux qui jugent ce mouvement justifié : Et à titre personnel, quelle sera votre attitude le 22 mars
prochain par rapport à ce mouvement de protestation ?

Français Salariés du secteur public


Vous avez prévu de participer à
13% 24% justifient à la fois
cette journée de mobilisation Vous avez prévu de participer à le mvt et envisagent
cette journée de mobilisation 29%
d’y participer
Vous avez de la sympathie pour
cette mobilisation mais nous n’y 63% Vous avez de la sympathie pour
participerez pas cette mobilisation mais nous n’y 62%
participerez pas
Vous êtes indifférent à cette S/T soutien : 42%
mobilisation 18% Vous êtes indifférent à cette S/T soutien : 75%
des Français jugent 7%
mobilisation des salariés du public
à la fois ce
Vous êtes opposés à cette jugent à la fois ce
mouvement Vous êtes opposés à cette
mobilisation même si vous la 5% mouvement « justifié »
« justifié » et disent mobilisation même si vous la
comprenez (justifiez) 2% et disent avoir de la
avoir de la comprenez (justifiez)
sympathie pour lui sympathie pour lui ou
(NSP) 1% ou envisagent d’y envisagent d’y participer
participer
Pourtant, la plupart (6 sur 7) des réformes envisagées par le gouvernement
sont soutenues par les Français, à défaut de l’être par les salariés du secteur
public

Voici un certain nombre de réformes de la fonction publique envisagées par le gouvernement qui
suscitent le mécontentement des syndicats. Pour chacune d’elles, dites-moi si vous y êtes
personnellement plutôt favorable ou plutôt opposé :

Salariés du
Français secteur public

La mise en place d’un plan de départs volontaires dans la fonction publique 78% 22% 67% 33%
L'alignement des régimes de retraites du public et du privé et donc la fin des 70% 29% 1% 34% 66%
régimes spéciaux de retraites de la fonction publique

La restauration du jour de carence dans la fonction publique 68% 32% 39% 61%

La mise en place de la rémunération au mérite 59% 40% 1% 46% 54%

La diminution globale du nombre de fonctionnairees 52% 48% 26% 74%

Le recours accru aux contractuels dans la fonction publique 50% 50% 20% 80%

Le gel du point d'indice des fonctionnaires 40% 59% 1% 5% 95%

Plutôt favorable Plutôt opposé (NSP)


Pourquoi un tel soutien à la mobilisation dès lors ? D’abord parce que les
deux-tiers des Français se disent satisfaits de leur expérience en tant
qu’usagers des services publics

Aux Français : En général lorsque vous avez eu affaire aux services publics et à leurs agents, en avez-vous été très
satisfait, assez satisfait, assez mécontent, ou très mécontent ? Aux salariés du secteur public : Quelle est selon vous la
part de Français qui se déclarent satisfaits de leur expérience avec les services publics et les agents qui y travaillent ?

Français Salariés du secteur public

S/T Mécontent : 32% S/T Satisfait : 67% Estimation moyenne : 51% de Français satisfaits
➢ Rappel oct.2017 : 64% ➢ Rappel oct.2017 : 49%

(NSP)
Très mécontent 1% Très satisfait Moins de 35% 20%
5%
7% De 35% à 55% 35%
Assez De 55% à 75% 29%
mécontent Assez
27% satisfait 75% ou plus 15%
60%
(NSP) 1%
D’ailleurs, les deux-tiers des Français ont aussi une bonne image globale des
agents du public, même si ceux-ci ne le savent pas

Aux Français : Et avez-vous une très bonne, assez bonne assez mauvaise ou très mauvaise opinion des agents ou
personnels qui travaillent dans le secteur public ? Aux salariés du secteur public : Et quelle opinion pensez-vous
que les Français ont des agents ou des personnels qui travaillent dans le secteur public ?

Français Salariés du secteur public

S/T Mauvaise opinion : S/T Bonne opinion : S/T Mauvaise opinion : S/T Bonne opinion :
31% 68% 59% 41%
Rappel oct. 2017 : 63% Rappel oct. 2017 : 65%

(NSP)
Très bonne opinion
Très mauvaise opinion 1% Très bonne opinion Très mauvaise opinion 4%
3% 9% 9%

Assez mauvaise Assez bonne


opinion Assez mauvaise opinion
28% Assez bonne
opinion 37%
opinion
50%
59%
Comparaison internationale : loin des idées reçues, les Français sont même
parmi les Européens les plus positifs à l’égard de leurs agents du secteur
public

Et avez-vous une très bonne, assez bonne assez mauvaise ou très mauvaise opinion des agents ou
personnels qui travaillent dans le secteur public ?

ST Bonne ST Mauvaise

Européens
Européens 8% 58% 30% 4% 66% 34%

Royaume-Uni 16% 62% 20% 2% 78% 22%

France 9% 59% 28% 3%1% 68% 31%

Espagne 6% 62% 27% 4%1% 68% 31%

Allemagne 4% 64% 29% 3% 68% 32%


Italie 3% 41% 47% 9% 44% 56%

Canadiens
Canada 19% 63% 15% 3% 82% 18%

Très bonne Assez bonne Assez mauvaise Très mauvaise (NSP)


Cette bonne image globale n’empêche pas que subsistent des traits
d’image détaillée plus contrastés, voire stéréotypés : les agents du secteur
public seraient compétents, mais privilégiés

Pour chacun des qualificatifs suivants, dites-moi s’ils s’appliquent plutôt bien ou plutôt mal à l’image
que vous avez des agents du secteur public. Les agents du secteur public sont …

Français Salariés du secteur public

Compétents 66% 33% 1% Compétents 83% 16%1%

Privilégiés 64% 35% 1% Travailleurs 75% 25%

Efficaces 47% 52% 1% Efficaces 69% 31%

Travailleurs 46% 53% 1% Privilégiés 33% 66% 1%


Mais, s’ils ont une bonne image globale de leurs services publics, les
Français et les agents s’accordent pour considérer que la qualité des
services publics se détériorerait

Et, depuis ces dernières années, avez-vous le sentiment que la qualité du service proposé par les
services publics a plutôt tendance à s’améliorer ou à se détériorer ?

Français Salariés du secteur public

(NSP)
1%
A s'améliorer A s'améliorer
29% 24%

A se détériorer
70% A se détériorer
76%
Cette détérioration serait due selon eux à un manque de moyens,
et pas du tout à un manque d’investissement des agents

À ceux qui ont le sentiment que cela se détériore : Et avez-vous plus le sentiment que cette détérioration
s’explique parce que les agents font moins d’efforts et sont moins compétents qu’avant, ou bien est-ce
plutôt parce qu’ils manquent de moyens et d’effectifs pour mener à bien leurs missions ?

Français Salariés du secteur public


C'est parce que les
agents font moins
d’efforts et sont moins
compétents
C'est parce que qu’auparavant
les agents font 11%
moins d’efforts
C'est parce et sont moins
que les compétents
services qu’auparavant
publics 42%
manquent de C'est parce que
moyens et les services
d’effectifs publics manquent
58% de moyens et
d’effectifs
89%
On demanderait désormais trop d’efforts aux fonctionnaires : les salariés du
public le pensent tous (90%) et les Français sont près d’un sur deux (44%) à
leur donner raison

Plus globalement, depuis quelque temps, avez-vous le sentiment que l’on demande plutôt trop d’efforts
ou plutôt pas assez d’efforts à la fonction publique et aux fonctionnaires ?

Français Salariés du secteur public

(NSP)
1%
On en demande pas assez
On en 10%
demande trop
44%

On en demande On en
pas assez demande trop
55% 90%
Conséquence de cette dégradation due à un manque d’investissement, la
France recule à la 3ème place (sur 6) sur notre palmarès des pays disposant
du meilleur service public

Parmi les pays suivants, quels sont ceux qui disposent du meilleur service public en règle générale ?
2 réponses possibles

Français Salariés du secteur public

Le Canada 48% La France 50%

L'Allemagne 45% Le Canada 45%

La France 40% L'Allemagne 38%


Le Royaume-Uni 19% Le Royaume-Uni 10%

L'Espagne 5% L'Espagne 3%
L'Italie 3% L'Italie 3%
(NSP) 3% (NSP) 3%
En comparaison internationale, la dégradation est encore plus marquée :
la France est désormais reléguée à la 4ème place (sur 6), passant derrière
le Royaume-Uni

Parmi les pays suivants, quels sont ceux qui disposent du meilleur service public en règle générale ?
(2 réponses maximum)

Européens Canadiens

Le Canada 79%
L'Allemagne 53% 45% 36% 81% 40% 53%
L'Allemagne 32%
Le Canada 34% 48% 29% 27% 31% 35%
Le Royaume-Uni 23%
Le Royaume-Uni 29% 19% 67% 13% 13% 32%
La France 15%
La France 18% 40% 8% 12% 20% 12%

L'Espagne 11% L'Italie 3%


5% 5% 2% 52% 3%

L'Italie 7% 2% L'Espagne 3%
3% 4% 3% 23%

(NSP) 1% 3% 1% 2% 2% 1% (NSP) 2%
Chapitre 3

Synthèse :
Analyse détaillée des résultats
Synthèse détaillée du sondage (1/7)
1) La mobilisation du 22 mars est soutenue : le soutien est majoritaire chez les Français et quasi-unanime chez
les salariés du secteur public, par ailleurs très nombreux à envisager de se mobiliser pour manifester jeudi 22

Une majorité de Français (55% contre 44%) estime « justifiée » la journée de mobilisation des fonctionnaires du 22 mars.
Les salariés du secteur public sont encore plus convaincus et la plébiscitent littéralement : 82% estiment que cette journée
de mobilisation est « justifiée ».

La mobilisation du 22 mars bénéficiera non seulement d’un très fort soutien dans l’opinion mais risque bien en plus de
mobiliser de très nombreux fonctionnaires : environ un quart (24%) des salariés du secteur public non seulement
« justifient » cette journée, mais en plus envisagent d’y participer. Et ceux d’entre eux qui ne se mobiliseront pas seront de
tout cœur avec les manifestants, déclarant avoir « de la sympathie » pour ce mouvement.
Ainsi, parmi ceux qui, chez les Français et chez les salariés du secteur public, « justifient » cette mobilisation, 76% des
premiers et 91% des seconds déclarent, soit envisager de s’y joindre, soit à minima, « avoir de la sympathie » pour ce
mouvement. Ce soutien des Français à la mobilisation du 22 est très nouveau car nos concitoyens ne soutenaient pas les
précédentes mobilisations sociales testées par Odoxa depuis ces derniers mois et, notamment, ni celle de la SNCF ni celle
d’Air France, rejetées il y a quelques jours par 7 Français sur 10.
Ce soutien est surtout d’autant plus étonnant que quasiment toutes (6 sur 7) les réformes de la fonction publique
envisagées par le gouvernement que nous avons testées dans notre sondage sont en fait soutenues par les Français :
c’est notamment le cas de « la restauration du jour de carence dans la fonction publique » (68% des Français sont
d’accord), de la mise en place « de la rémunération au mérite dans la fonction publique » (59%) et même, encore plus
massivement de « l’alignement des régimes de retraites du public et du privé et la fin des régimes spéciaux » (70%) et de
« la mise en place d’un plan de départs volontaires dans la fonction publique » (78%), sujets pourtant pour le moment
repoussés ou évoqués « pour plus tard ».
Synthèse détaillée du sondage (2/7)

Les Français sont plus partagés sur les réformes relevant de l’emploi dans la fonction publique : un sur deux
« seulement » adhère aux aspects de la réforme tels que « la diminution globale du nombre de fonctionnaires » (52%
contre 48%) ou encore « le recours accru aux contractuels dans la fonction publique » (50/50).
Ils ne sont en fait clairement opposés qu’à un seul axe de la réforme, celui touchant au portefeuille des agents du public :
59% des Français se prononcent « contre » le « gel du point d’indice des fonctionnaires ».

A l’inverse de leurs concitoyens, et assez logiquement, les salariés du secteur public sont, eux, radicalement opposés à la
quasi-totalité des 7 piliers de la réformes testés dans ce sondage.
Particulièrement remontés au sujet du « gel du point d’indice » (95% sont « contre »), les agents du secteur public sont
aussi nettement opposés au « recours aux contractuels » (80%), à la « diminution de leurs effectifs » (74%) mais ils sont
aussi, contrairement à leurs concitoyens, très hostiles à la « restauration du jour de carence » (61%) ou à « l’alignement de
leurs régimes de retraite sur ceux du privé » (66%).
Un seul point de convergence, assez inattendu, peut être noté entre les Français et leurs « fonctionnaires » : les salariés du
secteur public sont finalement largement favorables (67%) à la suggestion présentée comme très iconoclaste d’Edouard
Philippe de mettre en place un « vaste plan de départs volontaires dans la fonction publique ».

C’est sans doute-là une piste intéressante de consensus à rechercher dans les échanges qui interviendront prochainement
entre le gouvernement et les syndicats…
Synthèse détaillée du sondage (3/7)
2) Contrairement à ce que croient les salariés du secteur public, les Français aiment leurs services publics, sont
satisfaits de leurs prestations et ont une bonne image de leurs agents (même si des stéréotypes subsistent)

Les études complexes montrent souvent des paradoxes, mais, leur analyse fine révèle toujours des clés d’explications
logiques. En l’occurrence, les données barométrées dont nous disposons sur l’image des salariés du public et du secteur
public en général expliquent très bien que les Français soutiennent un mouvement alors même qu’ils adhèrent
globalement aux réformes contre lesquelles ce mouvement s’est mis en place.
Les deux-tiers des Français (67%) se disent satisfaits de leur expérience en tant qu’usagers des services publics ; mais les
agents, eux, se croient toujours bien plus mal-aimés.
Lorsqu’ils ont eu affaire aux services publics et à leurs agents, 67% des Français déclarent avoir été satisfaits de leur
expérience. Ce haut niveau de satisfaction – constant voire en progression (nous étions à 64% en octobre 2017 – est,
évidemment, le premier facteur explicatif du soutien des Français à la mobilisation des fonctionnaires. Et ce, alors même
que les agents sont loin d’imaginer être aussi appréciés : ils ne sont que 29% à imaginer le taux de satisfaction qu’ils
recueillent en réalité, l’immense majorité (55%) des agents sous-estimant largement le niveau de satisfaction de leurs
usagers.
Résultat logique de ce bon niveau de satisfaction, les deux-tiers des Français (68%) ont aussi une bonne image globale des
agents du secteur public. Mais encore une fois, les premiers intéressés l’ignorent totalement : 59% d’entre eux imaginent
qu’en fait, leurs concitoyens ne les aiment pas.
Ce niveau de 68% est non seulement élevé dans l’absolu, mais il l’est aussi en comparaison internationale : ainsi, nous
avons posé la question chez nos 4 grands voisins Européens, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni ainsi
qu’au Canada, et nous avons pu observer que le niveau était aussi bon sinon meilleur en France que dans ces pays.
Synthèse détaillée du sondage (4/7)

Si l’image du secteur public est encore meilleure au Canada (82%), et au Royaume-Uni (78%), qu’en France, elle est tout
aussi élevée en France qu’en Allemagne (pays souvent présenté comme une référence) et elle est nettement meilleure
chez nous que chez nos voisins transalpins : seulement 44% des Italiens ont une bonne image de leur secteur public.
Ainsi, avec 68% de bonne image, la France se situe 2 points au-dessus de la moyenne européenne.

Cette bonne image globale du secteur public et de ses agents, n’empêche pas subsistent quelques mauvais points ou
stéréotypes quant à l’image détaillée des agents du secteur public en France :

Ainsi, si les Français les jugent « compétents » (68%), ils pensent aussi que leurs chers agents du public seraient aussi
« privilégiés » (64%) et sont assez partagés sur leur investissement dans le travail (53% contre 46% jugent qu’ils ne sont pas
travailleurs) et donc, sur leur efficacité (52% contre 47% estiment qu’ils ne sont « pas efficaces »).
Evidemment, les agents du public ne partagent pas du tout ce diagnostic : eux, au contraire s’estiment à la fois
« travailleurs » (75%) et « efficaces » (69%) et ne pensent pas du tout qu’ils seraient des « privilégiés » (66%).
C’est sans doute parce que les agents ont bien en tête ces traits d’image négatifs sur leur perception par le grand public,
qu’ils s’imaginent être globalement mal-aimés, ce qui, on l’a vu, n’est pas le cas.
Synthèse détaillée du sondage (5/7)
3) Ensuite, ce soutien à la mobilisation s’explique parce que les Français sont persuadés que leurs services
publics auxquels ils sont tant attachés, sont en voie de dégradation et vont s’affaiblir à cause d’un manque de
moyens et d’effectifs et parce qu’on leur demanderait désormais « trop d’efforts »

Leur amour pour leurs services publics et leur bonne image globale des agents ne suffirait pas à expliquer un tel niveau de
soutien des Français. C’est une condition nécessaire mais insuffisante. Un autre paramètre, plus puissant encore, relevé par
l’étude vient expliquer ce soutien : le sentiment d’un déclin, d’une perte d’atout de notre pays dans ce domaine.
Français (70%) et agents (76%) s’accordent pour considérer que la qualité des services publics est en train de se
détériorer… or, pour les uns comme les autres, cette détérioration est due à un manque de moyens, pas à un manque
d’investissement des agents.
Ainsi, parmi ceux qui pensent que les services se dégradent, les Français sont 58% et les agents 89% à juger que cette
dégradation s’expliquerait parce que les services publics « manquent de moyens et d’effectifs » et pas du tout parce que
« les agents font moins d’efforts et sont moins compétents qu’auparavant » (42% des Français et seulement 11% des
agents le pensent).
Plus globalement, quasiment tous les salariés du secteur public et de nombreux Français estiment qu’on demanderait
trop d’efforts aux fonctionnaires : 90% des salariés du public le pensent tout comme près d’un Français sur deux (44%).
Ne nous y trompons pas, même si, une majorité de Français (55%) pense qu’on peut demander plus d’efforts encore aux
fonctionnaires (ils les jugent par ailleurs « privilégiés ») le chiffre le plus remarquable est bien ce 44% considérant que trop
d’efforts leur ont été demandés « ces derniers temps », même si, comme le montre le sondage, beaucoup de ces efforts –
pris uns à uns – n’apparaissent pas illégitimes à nos concitoyens. Ce paramètre du « trop » explique sans doute à la fois très
haut niveau de mobilisation observé chez les fonctionnaires pour la mobilisation du 22 mars, et « en même temps »,
permet de mieux comprendre le fort niveau de sympathie que ce mouvement enregistre aussi dans l’opinion publique.
Synthèse détaillée du sondage (6/7)
Ce sentiment de déclin ou de recul évoqué s’expliquant par ces reflux budgétaires a aussi une conséquence spectaculaire :
notre pays recule nettement sur le palmarès mondial des pays perçus comme disposant de bons services publics.

Conséquence de ce sentiment de dégradation : sur notre palmarès des grands pays perçus comme disposant du meilleur
service public, la France est désormais reléguée à la 3ème place par nos concitoyens
Pendant longtemps nos études en « benchmark » ou comparaison internationale montraient systématiquement des
Français convaincus que leur pays était le plus performant en matière de services publics. Encore en octobre dernier, 67%
des Français plaçaient la France en tête du palmarès des pays Européens, 17 points devant l’Allemagne.
« Patatras », désormais, les Français ne se voient plus comme des champions des services publics. En la faisant reculer de
plus de 20 points, ils placent ainsi la France 5 points derrière l’Allemagne, mais aussi 8 points derrière le Canada (testé pour
la première fois afin de disposer d’une comparaison pertinente hors de l’Europe).
Si les salariés du secteur public, eux, continuent de placer la France en tête, elle ne devance que de peu ces deux pays, et
la moitié d’entre eux (50% tout juste) ne font pas d’elle le meilleur pays dans ce domaine parmi les 6 avec qui elle était en
compétition.
En octobre 2017, les agents du secteur public étaient 28 points de plus (78%) à placer la France en tête des pays Européens
en matière de services publics !

En comparaison internationale, la dégradation est encore plus marquée : la France est désormais reléguée à la 4ème place
sur 6 par les habitants des grands pays développés.
Les Européens et les Canadiens interrogés dans l’enquête ne font pas du tout de la France la championne des services
publics. Ainsi, avec seulement 18% de citations, nos voisins européens situent notre pays non seulement derrière
l’Allemagne (53%) et le Canada (34%), mais aussi loin derrière le Royaume-Uni (29%) que nous devancions encore (de peu)
dans ce classement en octobre dernier.
Synthèse détaillée du sondage (7/7)

Auprès de nos voisins aussi, la dégradation est spectaculaire : à l’époque, les Européens (dont les Français) plaçaient la
France en 2ème position, derrière l’Allemagne mais devant le Royaume-Uni… la citation de notre pays a été divisée par 2 en
l’espace de 6 mois (18% aujourd’hui contre 35% en octobre 2017) !

Ce sentiment de dégradation qui angoisse nos concitoyens, pourrait peut-être, paradoxalement, ouvrir un espace de
dialogue dans le conflit social en cours entre les salariés du secteur public, soutenu par les Français, et le gouvernement.

En effet, il existe sans doute une voie de réformes acceptables par l’opinion se situant sur une étroite ligne de crête
entre, d’une part, l’attachement farouche des Français à leurs services publics et, d’autre part, leur désir (nouveau) de
réformes profondes.

Gaël Sliman, Président d’Odoxa


@gaelsliman