Vous êtes sur la page 1sur 5

Hugo

Cadilhon Plongée à la recherche des hippocampes


Un Livre sur la mémoire

LE MONSTRE MARIN ou de la découverte de l’hippocampe

La mémoire est un monstre; ​On​ oublie, ​elle ​pas. Elle garde tout. Elle prend soin des
choses pour nous ou les emmagasine. et nous les rappelle avec une volonté
indépendante de la notre. ​On ​pense avoir une mémoire, mais c’est elle qui nous a.
John Irving, ​Prière à Owen Meany

Dans les fonds marins, la queue bien ancrée aux algues, il se balance calmement au
gré des mouvements d’eau. Le père hippocampe monte la garde, le seul mâle du
règne animal qui couve les oeufs en son sein, jusqu’à ce qu’un beau jour les alevins
éclosent et disparaissent dans le vaste océan. Une mystique et insignifiante petite
créature d’une forme ne ressemblant à aucune autre dans le règne animal.
Mais attendez un peu, Il ne s’agit pas d’un livre sur les animaux marins. Pour trouver
ce que nous cherchons dans ce livre, Il nous faut remonter des profondeurs et dans
le temps de quelques 450 ans. Recommençons:

An 1564, nous nous trouvons en Italie. plus précisément à Bologne, dans la


première véritable université du monde, dans une ville pleine de colonnades et de
belles bâtisses de brique. Le médecin, Julius Caesar Aranzi est penché sur un bel
objet. Enfin beau est peut-être exagéré, du moins si l’on est pas absolument féru de
ce type particulier de beauté. il s’agit d’un cerveau humain.
Apparement aux formes enchevêtrées et grisâtre, emprunté à une morgue des
environs. Autour de lui, depuis les bancs de l’auditorium, les étudiants suivent avec
attention le travail, comme si lui et le mort gisant devant lui, tenaient les premiers
rôles d’une représentation théâtrale. Julius se penche au dessus du cerveau et
commence à se frayer un chemin aux travers des couches supérieures qu’il découpe
tandis qu’il étudie chaque millimètre avec le plus grand intérêt. Il veut connaître le
cerveau et être en mesure de le décrire. Son amour de la médecine indique qu’il n’a
guère de respect pour les autorités religieuses, qui en ce temps étaient fortement
opposées à ce que l’on puisse étudier la physiologie humaine sur une table
d’autopsie.
Il se penche sur son objet d’étude. tout au fond, enfouis dans le lobe temporel, se
trouve nichée une petite partie bien délimitée. Ne dirait-on pas un vers-à-soie,
n’est-ce pas ? Les vers-à-Soie sont les choses les plus convoitées à la renaissance.
La Soie est exotique et chère. Elle parvient à Venise par la route de la soie depuis la
Chine. La classe supérieure italienne en raffole. Julius regarde un peu plus, incise
autour de cette petite chose en forme de boudin, l’extrait et ainsi la libère du reste
du cerveau. C’est la naissance de la mémoire moderne, son émancipation du monde
des mythes. Mais cela, nulle ne le sait véritablement ce jour là, à Bologne où les
gens vont au marché chercher vin, truffes et pâtes sous les fameuses arcades de la
ville et les tours de briques rouges du moyen-âge.
Julius triture quelque peu ce qu’il vient d’excaver du cerveau et ce qui se trouve
devant lui sur la table, et là! N’est pas non plus un hippocampe ? Oui, un
hippocampe, c’est à ça que cela ressemble. Avec une tête recourbé vers l’avant et
une queue légèrement recourbée vers la fin. Il baptise cette petite partie du cerveau
hippocampus. Ce qui signifie “monstre cheval-de-mer “ en latin. C’est le même nom
qui fut employé à propos d’un animal mythologique, mi monstre, mi dauphin que l’on
croyait rejer dans les eaux de l’antique Hellas. Plus tard le nom fut employé pour
qualifier les crustacés de type cheval-de-mer, dont il existe 54 variétés depuis les
tropiques jusqu’à l’Angleterre.
A ce momment, sur la paillasse éclairée à la bougie de suif, quelque part à Bologne
il y a de cela 450 ans, Julius Caesar ne se doutait pas de ce que l’aspect de ce petit
morceau de cerveau allait véritablement faire pour nous les Hommes.
Il pouvait simplement lui donner un nom. C’est seulement bien des centaines
d’années plus tard que nous commencions à saisir la portée de ce que tenait dans
ses mains, le médecin italien. Vous avez certainement déjà deviné que cela a trait à
la mémoire, puisque que c’est de cela que traite cet ouvrage.
C’est une bien grande distance qui sépare la vie marine et notre cerveau, mais il y a
bien des similitudes entre cheval-de-mer et hippocampe.
A l’instar des chevaux-de-mer mâles qui couvent les oeufs dans leur ventre jusqu’à
ce que cela soit totalement sûr pour les alevins de nager au loin dans l’océan et se
débrouiller seuls, le cheval-de-mer de notre cerveau couve lui aussi quelque chose:
Nos souvenirs. il en prend soin et les ancre solidement jusqu’à ce qu’ils soient
suffisamment grands pour se débrouiller par eux-même. L’Hippocampe est une sorte
de couveuse à souvenirs.
L’importance véritable du rôle de l’hippocampe pour la mémoire, n’est pas très claire
pour les gens antérieurement à 1953. Avant lors, on avait émis d’innombrable
spéculations sur l’endroit du cerveau où sont entreposés les souvenirs. Était
particulièrement populaire, une théorie selon laquelle le vide naturel du cerveau était
responsable de notre faculté de penser. Avant 1953 l’idée même était rejetée depuis
longtemps. la théorie selon laquelle, les souvenirs se forment et sont stockés partout
autour du cerveau faisait loi. Mais donc se produisit quelque chose de fatal qui
devait à jamais changer cette science. Fatal, pour une personne mais extraordinaire
pour nous autres. Une opération malencontreuse devait en vérité être la clef pour
comprendre la petite partie du cerveau découverte par Julius Caesar 400 ans plutôt.

Ces quelques dernières années, le Chirurgien William Beecher Scoville avait


rencontré son patient Henry Molaison, alors âgé de 27 ans afin de planifier une
intrusion dans son cerveau. Henry faisait de l’épilepsie et était sévèrement atteint.
il faisait de petites attaques durant lesquels il était absent plusieurs secondes à
chaque fois, certaines fois plusieurs fois par heure. Au moins une fois par semaine il
faisait une crise de spasme au cours de laquelle il perdait connaissance et était pris
de violents tremblements dans les bras et les jambes.
Si Henry Molaison avait vécu aujourd’hui, il n’aurait pas était traité de cette façon et
l’opération neurologique qui avait était prévue pour lui, aurait été annulée suite aux
examens préliminaires. les médicaments qu’il recevait n’aidaient en fait pas, et l’on
pense, de surcroît aujourd’hui qu’ils eurent l’effet inverse, qu’ils dégradaient son état
et provoquaient plus de crises.

Mais cela, le docteur Scoville n’en savait rien. Il avait entendu parlé d’un chirurgien
au Canada qui opérait une ablation de l’hippocampe pour guérir l’épilepsie. Et il
pensait que retirer l’hippocampe de chaque côté du cerveau serait sûrement un
traitement deux fois plus efficace que d’un seul. Henry s’en remit à son médecin. Il
était naturellement désespéré par une vie entière d’une maladie incapacitante.
Il fut pour l’expérimentation et devint par cet accord la personne la plus importante
de l’histoire de la recherche sur la mémoire. Lorsqu’il se réveilla après l’opération, il
ne se rappelait pratiquement pas des deux ou trois dernières années, mais plus
important encore, il ne se souvenait pas au-delà de ce que ça capacité d’attention
parvenait à maintenir dans l’instant. Les soignants devait lui montrer le chemin
jusqu’aux toilettes chaque fois qu’il avait besoin. Ils devaient lui dire où il se trouvait
car il l’oublier sitôt qu’il pensait à quelque chose d’autre.
Les 50 années qui suivirent, Henry dû vivre dans l’instant. Il ne se rappelait pas de
ce qu’il avait fait une demie-heure auparavant ni qu’il avait raconté la même blague
une minute plutôt. Il ne se souvenait guère non plus de ce qu’il avait eu pour repas
ou de l’âge qu’il avait atteint avant qu’il ne se vît dans le miroir, les cheveux gris. il ne
savait pas quel moment de l’année était-ce, mais le devinait en regardant par la
fenêtre. Ne se souvenant de rien, il ne pouvait tenir en ordre ses comptes, sa
nourriture ni les tâches ménagères que l’on doit se rappeler d’effectuer, raison pour
laquelle il vivait chez ses parents. Il était pour autant joyeux et satisfait de
l’existence, mais il y eut des moments également fort difficiles comme lorsque son
père mourut.
La douleur de la perte fut oubliée le jour suivant. Mais un jour, en se réveillant le
matin, il découvrit que quelqu’un avait dérobé la collection d’armes qui avait toujours
été aux murs. L’oncle d’Henry en avait hérité et là était apparu un signe très clair
que quelque chose n’allait pas, une collection d’armes manquante, bien qu’Henry ne
se souvint pas que son père était mort. Il croyait qu’un voleur avait été à l’oeuvre
durant la nuit. On ne parvenait pas à lui expliquer ce qui ce passait, le jour suivant, il
découvrait à nouveau que des cambrioleurs avait été à l’oeuvre. A la fin, l’oncle du
restituer la collection d’armes. Après cela Henry s’habitua également à ce que son
père ne rentre plus à la maison et avait une certaine forme de compréhension de la
mort de son père.
Le Chirurgien Scoville avait effectué une expérience dont personne jusqu’à lors
n’avait envisagé les conséquences. En fait, Scoville avait déjà opéré plusieurs
dizaines de patients de la même manière et simplement, aucuns d’entre eux n’avait
montré de signes apparents de défaillances mémorielles. Tous les patients qui furent
opérés avant Henry Molaison avaient été choisis car ils étaient sévèrement
schizophrènes, avaient des représentations délirantes ou étaient psychotiques. Mais
ils se comportaient de manière suffisamment similaires auparavant pour que les
troubles de la mémoires soient diagnostiqués comme une part de leurs psychoses.
Du reste, les patients ne devenaient pas moins schizophrènes suite à l’opération.
Mais il s’agissait d’un temps où la lobotomi était en vogue, et Scoville était
particulièrement décidé à développer plus avant la lobotomie en oblitérant
l’hippocampe au lieu de l’opération classique de l’incision des parties frontales du
cerveau. Ce qui constitue la pensée derrière cela, appartient à un autre livre. Ce
sont les suites de l’opération connue d’Henry Molaison qui nous préoccupent ici. Et
les résultats suivirent pour Scoville. Il reconnut dans les faits son erreur dans un
article scientifique qu’il rédigea avec la psychologue canadienne Brenda Milner.
Laquelle se donna pour mission dans découvrir plus sur comment la mémoire
d’Henry fut affectée. Et par là elle et Henry purent montrer au monde comment la
mémoire humaine s’articule.