Vous êtes sur la page 1sur 348
La Vierge de miséricorde : étude d'un thème iconographique / par Paul Perdrizet, Source gallica.bnf.fr

La Vierge de miséricorde :

étude d'un thème iconographique / par Paul Perdrizet,

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Perdrizet, Paul (1870-1938). Auteur du texte. La Vierge de miséricorde : étude d'un thème iconographique

Perdrizet, Paul (1870-1938). Auteur du texte. La Vierge de miséricorde : étude d'un thème iconographique / par Paul

Perdrizet,

1908.

1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF. Leur

réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 :

- La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et

gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source.

- La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait

l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service.

2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques.

3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit :

- des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés,

sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. - des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque

municipale de

(ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à

s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation.

4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle.

5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays.

6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978.

7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter utilisationcommerciale@bnf.fr.

BIBLIOTHEQUE

DES

ÉCOLES

FRANÇAISES

D'ATHENES ET

DE

ROME-"}

SOUS LES AUSPICES DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE*

FASCICULE

CENT UNIÈME

VIERGE. DE

"LA

MISÉRICORDE

OUVRAGE

PAUL

PERDMZET

ANV.IKN MIÎMKIU-: in-:

I.YÎCOI.K IVATIIIÎNKS

lIOCTKtMt

ISS I.IÏTTHlïS

MAITUK i>]-:. OJNFKitKXor.s À

I.'I;.MVI;IWITI: DK NANCY

CONTENANT

QUATRE

ET TRENTE ET

UNE

ILLUSTRATIONS DANS

LE

PLANCHES HORS TEXTE

TEXTE

PARIS

LTlSRAIRlË THORIN

ANCIENNE

ET

ALBERT FONTEMOING,

FILS

ÉDITEUR,

Libraire des Ecoles françaises d'Alhènes

de Rome,

eL

cie rinslilul français d'Archéologie orientale du Caire,

du Collège de France et de l'Ecole Normale Supérieure.

4,

RUE

LE

GOF-1'Y 4

1908

'

/iiiijvivju WJ> rraujjtJU i'iuljAUrtUOjro

V AIULIVJ'JÛ

lil U15

KUMIi

"VOLUME D'INTRODUCTION : MÉMOIRE

mémoire

et

en

FASCICULE I.

2.

RECHERCHES

II. ESSAI

M. Maxime sun

III.

IV.

"V.

MISSION

Suivi d'un Orient

DUCHHSNIÎ,

sun UNI;

AU

MONT ATIIOS.

sur unambon conserve àSalonique, la représentationdes Mages en

Occident

durant

les

premiers

siècles,

par

Monseigneur

de l'Institut,directeur de l'Ecolefraneaisede Rome, et M. Cli. BAYHT.

des Ecoles françaises d'Athènes et de Home,

]8~7. 1. v. in-S° cavalier, avec 5 pi.

I.

ETUDE SUR LE

SUR

LES

ancienmembre

directeurde l'enseignement supérieur.

fr.

8

])ar Monseigneur DUCIIESNE.

DE

JAC.QUES

GlilMALDI,

10

par

fr.

MYTHE ni-: PSYCHÉ,

ô

par

IV. 50

en photographie

PONTIKIC.AI.IS.

LUÎHR

MANUSC1UTS ARCHEOLOGIQUES

M. 13. MUNTZ, 3. ETUDE su:\ LE MYSTÈRE DE SAINTE ACNÉS, parM. CLÉDAT

LES

MONUMENTS GRECS HT

COI.I.IGNON

HOMAINS RELATIFS

AI;

CATALOGUES IIIÏS VASES IMÏINTS nu MUSÉE I>IÏ I.A

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE D'ATHÈNES.

JO

SIÈCLE,

1ÏT

1.1!

XVI-"

couronné

l'In.ïlilul).

par

fr.

])!»'

par M. Maxime COI.I.IGNON(avec sept planches gravées)

LliS

ARTS

A

l.A

COUR

DES

PAPES

PENDANT

de l'Insliluf. 1

1,15

PARTII-: (OUI

XV"

1,

M. E. MUNT/ membre

X.

du travail de

H- Ce fascicule m; se vend qu'avec le IX' et le XXVIII', contenant, les 2e et, :îf parties

l'auteur. Le prix net des

:-î vol. déj5 publiés est de ;i0 francs pris ensemble.

par

M. E. FERNIQUE.

I

ancien

fr.

50

RICHARD I.E

POITE-

5

!

fr.

IV.

M. Ollion

:S

fr.

15 par fr.

travail

INSCRIPTIONS INÉDITES nu PAYS DES MARSES. recueillies

membre de l'Ecole française de Rome

DE

I.A

VI. NOTICE SUR HIVERS MANUSCRITS

VII.

"VIII. RECHERCHES

IX. LES

M. Eugène

de l'auteur.

lSim.inTnÈQUH VATICANE.

VIN, par M. Elie ISKUGER. I vol. (avec une planche en héliogravure

Di; RÔLE HISTORIQUE lui BERTRAND DE BoRN. par M. Léoll Cl.ÉliAT

ARCHÉOLOGIQUES

suit LES ÎLES

IONIENNES. I. CORFOU.

et (rois bois intercalés

TENDANT

LE

XV

HT

avec

par

RIEMANN (av. deux pi. hors texte,

ARTS

A

LA

MUNT/

COUR

DES

dans le texte)

LE.

XA-U

SIÈCLE:,

PAPES

DEUXIÈME PARTIE.-J vol.

deux planches en héliogravure

partie

du

JY./J. Ce fascicule ne se vend qu'avec

(Voir

également ci-dessus

le XXVHI* contenant la :!'

fascicule IV ou lrc partie de cet ouvrage.)

DE: LA PEINTURE

HT DE:

LA

X. RECHERCHES TOUR SERVIR A L'HISTOIRE

TIENNES EN

XI. ETUDE SUR LA LANGUI-:

XII-

RECHERCHES

M. Olhon

ARCHÉOLOGIQUES SUR

XIII. Du. CoDicmus

excussil !

DUCIIESNE.

XIV. NOTICE

SCULPTURE CHRÉ-

i

IV. 5"

'.'

fr.

Ol'.IENT AVANT LA QUERELLEDES ICONOCLASTES, par M.

HT LA GRAMMAIRE DE

LES

('.11. BAYET.

TIYE-LIYE. par M. O. RIEMANN.

ÎLES

IONIENNES. II.

.

CEPHALONIE. par

o

fr.

partie de la

I-

fr.

50

LA

SOCIÉTÉ

héliogra-

12 fr.

50

RIEMANN (arec inic carie). Voir fasc. VIII et XVIII

MSS.

UH.EC.IS PU

11

IN

BIRI.IOTIIECA ALEXANDRINO-VAITCANAschedas

1

IV.

50

d'obser-

i

fr.

gallica; in Urbc scbola- olim socius

POÉSIES

DE: SAINT PAULIN DI-: XOI.E. suivie

briques relatives à

DKSCEMHT aa./û/.1- une

DI;

MUSÉE:

DE

SUR LES MANUSCRITS DES

vations sur le texte, par M. ]•"

Dominatia.

CATALOGUE:

ARCHÉOLOGIQUE D'ATHÈNES,

CHÂTELAIN

XV. INSCRIPTIONS

XVI. (jeux

Marques de

DOLIAIRES LATINES.

recueillies

et

DES

ITGURINES

par

M.

classées par M. Ch.

EN

TERRE

CUITE:

.1. MAETIIA (avec s belles planches en

héliogravure

SUR

LES

RIEMANN(av. 2 caries hors

DE:

L'AHHAYE

DU

X.-D.

m-:

M.

vure hors texte, cl un bois intercalé dans le lexle

PRÊNESTU.

VILLE: DU

eu

trois planches

LATIUM.

XVII. ETUDE; SUR

grande carte et

XVIII-

par M. Emmanuel FERNIQUE. avec une

"

\'v.

50

ÎLES

IONIENNES.

111.

ZANTE.

IV.

texte)

:i

IV. 50

-IOSAPHAT.

5

par

fr.

1-

France.

5

fr.

RECHERCHES

ARCHÉOLOGIQUES

par

CERIGO. V. APPENDICE,

M. Olhon

XIX. CHARTES DE: TERRE SAINTE PROVENANT

II.-François

DELAIIORDE.

avec deux planches héliogravure

par

texte'}

XX. LA TRIÈRE ATHÉNIENNE. Elude d"archéologie navale,

110 bois intercalés dans le lexle et 5

Ouvrage couronné

planches hors

A. CAP.TAULT (avec

IV.

paiTAssoriulion pour l'encouragement, des

.IUIUDIQUE.

De

éludes

grecques en

XXI. ETUDES D'ÉPIGRAPIIIE

XXII.

DELARORDE

XXIII. L'Asci.ÉpmioN

quelques inscriptions

Italiam.

II. I.a

l'adminis-

Mai/isler sacrariiin <•()(/III-

relatives à

tration de Dioctétien.l.L'ereminalor par

tiouuin,

M. Edouard Cuo

LA

CHRONIQUE

D'ATHÈNES

par

ETUDI-:S SUR

GUILLAUME LE. BRETON, par II.-François

'2

fr.

EX PROSE, DE.

D'APRÈS DE:

RÉCENTES DÉCOUVERTES, par M. P. GIRARD

5

fr.

50

BIULIOTHÈQUI-:

VATICAN!-:. DESCRIP-

.

.

1

IV.

50

ERANCG-

2 fr.

M. Albert MARTIN.

CHANSON

DE:

par

GESTE

5

fr.

UT

COLLAROUATTON.

10

fr

XYI"

(«ner. une ijrande carte cl :] plane-lies en /ic/i'ocyrari/re;

CXI

DE LA

XXIV. LE: MANUSCRIT H'ISOCRATE URUINAS

TION ET HISTOIHE.

XXV. NOUVELLES

ITAI.IENNE. par

XXVI.

RECKNSION

I>II

PANÉGYRIQUE.,

RECHERCHES SUR L'ENTRÉE DE.

M. Antoine THOMAS

SPAGNE,

LES SAC.EHHOC.ES ATHÉNIENS. pnr*d. Jules

nu MANUSCRIT

MARTIIA

A RAYENNE. ETUDE

DES

XXVII. LES SCOLIHS

D'ARISTOPHANE

A LA COUR

M. Albert MARTIN XXVIII. par Première section. LES ARTS

SIÈCLE,

par

XXIX. Lus ORIGINES nu SÉNAT ROMAIN.

du Sénat patricien,

XXX.

ETUDE:

SUR

LES

M. G.

par

LÉCYTHES

M.

XXXI. LE

planches)

XXXII.

LES ARCHIVES

JÉRUSALEM A MALTE, par

PAPES PENDANT LE XV» ET LE

TROISIÈME PARTIE

M. Eugène MUNTZ. membre de l'Institut.

Bi.ocu

RLANGS

Première

15 fr.

section (avec deux planches). Voir fasc. IV et IX

Ouvrage couronné

par

l'Institut.

Recherches sur la formation et la dissolution fr.

9

ATTIQUES A

REPRÉSENTATIONS I'UNÉRAIRES,

<i

par

fr.

trois

fr.

50

DK

fr.

E. POTTIER (avec quatre planches en couleurs)

CULTE DE CASTOR HT POI.LU.X EN ITALIE,

ni; LA

M.

par M. Maurice Ai.iiunr (avec

5

BIRLIOTIIÈQUI-: ET LE TRÉSOR DE L'ORDRE DE SAINT-JEAN

DELÀ VILLE

LE: ROLT.X

A suivre.

S

.'RlBlLlOTUÈQUK

ÉCOLES EMXOM^ES

IH'.S

D'ATHÈNES ET DE HOME

FASCICULE CF.NT L'NIÈMIÏ

LA

VIERGE

DE

MISÉRICORDE

KTUM

D'I'N

THÈME

ÎCONOGKAIMIIQUK

PAU P. P1ÏRDR1ZKT

FASCICULE

CENT

UNIÈME

LA VIERGE

DE

MISÉRICORDE

ÉTUDE

D'UN

THÈME

ICONOGRAPHIQUE

PAR P. PERDRIZET

MAÇON, 1-nOTAT FllliltES, IMPRIMEURS

ÉTUDE

D'UN

THÈME

ICONOGRAPHIQUE

OUVRAGES

DU MÊME

AUTEUR

Les Fouilles de Delphes, lome

V (bronzes, vases, terres cuites, antiqui-

tés diverses). Paris, Fonlcmoing, 1906-1908.

La peinture religieuse en Italie jusqu'à la fin du XIVe siècle. Nancy,

Imprimerie de l'Est, 190b.

La Galerie

Campana et les musées français (en collaboration avec

M. René Jean). Bordeaux, Ferel, 1907.

L'art symbolique du

Saint-Étienne

âge, à

des verrières de l'église

moyen

propos

à Mulhouse. Leipzig, Cari Bcck, 1908.

Spéculum humanae salvationis (en .collaboration avec M. Jules Lulz),

2 vol1., f0., en cours à Mulhouse chez Meininger depuis 1907.

Étude sur le Spéculum humanae salvationis. Paris, Champion, 1908.

PERDIUZET, LU Vierge de Miséricorde

PI.

I

NOTRE-DAME DE

BONSECOURS A

NANCY

(Statue de Manstiy Gauvain)

LA

VIERGE DE MISÉRICORDE

OUVRAGE CONTENANT

ET

TRENTE

QUATRE ILLUSTRATIONS DANS UNE PLANCHES IIONS" TEXTE

LU

ET

TEXTE

PARIS

ANCIENNE

LIBRAIRIE TIIOIUN

ET

ALBERT PONTEMOING,

FILS

ÉDITEUR,

Libraire des Ecoles.françaises d'Athènes et de Home,

de l'Institut

français d'Archéologie

orientale du Caire, Normale Supérieure.

du Collège de France et de l'Ecole

4",

RUE

LE

GO F F,

4

1908

Pourtant, on peut souhaiter

du genre

pas

la

même dans des

que,

monogra-

nem-

trop. J'ai

phies

pêche

de celle-ci, le document non seulement

masque pas

synthèse, mais qu'il ne la

tâché de distinguer, même à l'oeil, mes dossiers de mes démon-

strations.

Un livre qui renferme une documentation assez malaisée

un mentionné, chacun en son lieu, tous mes collaborateurs béné-

voles. Je liens à remercier ici, d'une façon particulière, ceux

réunir

toujours

grand nombre

d'auteurs.

J'ai

à

a

auxquels je

dois le plus : MM. Léon Germain de Maidy,

Emile

Bcrlaux, Gaston May, René Jean, Albert Grenier,

René Ilarmand et Adrien Moureau. Je remercie aussi M. Hol-

pas la Bibliothèque des Ecoles, cl mes imprimeurs MM. Prolat.

leaux, qui n'a

hésité à offrir à celle élude Vhospitalité de

P. P.

INTRODUCTION

C'est une vieille statue lorraine qui a été la cause occa-

sionnelle de celle étude. La Vierge de Mansuy Gauvain (pi. I), dans l'église de

N.-D.deBon-SecoursàNancy,intéresse à la l'ois l'archéo-

logue et l'historien : cet ex-voto, commémoralifde la vic- toire de René II sur Charles le Téméraire, est. l'une des

rares sculptureslorraines qui aient échappé

la guerre

pari,

de

aux ravages

de Trente Ans et de la Révolution; c'est, d'autre

l'une des répliques les plus connues d'un type ico-

nographique vraiment étrange, et aujourd'hui tout à fait suranné. J'ai été curieux de connaître l'origine et l'his-

toire de ce type singulier. Les livres qui en parlaient, ne

m'ayant

pas

puhlier les

satisfait, j'ai cru qu'il pourrait être utile de

résultais des recherches dont la

statue de

Gauvain a élé pour

petit-èlre

moi le point de départ : ils ne seront

à

l'élude

de

complètement, indill'érenls

pas

l'iconographie, ni même à l'histoire'critique du catholi-

cisme.

A

quelle date le

type de la Vierge au manteau -

Madonnu del manlo, Schulzinnnlelhild a-l-il apparu?

Dans quel milieu religieux? El, quelles maient les images de la Vierge de

expri-

de

croyances

Miséricorde,

Secours, de Bon-Secours, de Grâce, de Consolation

Madonnu délia Misericordia, del Soccorso, ou simple- ment Misericordia ', Misericordiubild ? Pourquoi le

1. A Luccu dipinse una misericordia, dit l'Anonyme florentin du Codex Magliabechianus (éd. Frey, p. 107). Il s'agit de Fra Bartolommeo et de

PiiiumiziiT. La Vierge de Miséricorde.

1

2

INTRODUCTION

manteau a-t-il été choisi comme symbole de protection? Comment ce type s'est-il propagé? Dans quelles con-

trées, à quelles

époques, par quelles

été

personnes

ou pat-

quelles collectivités a-t-il

Dans quelles circonstances la dévotion

recours? Quand est-il tombé en désuétude, et

spécialement

affectionné?

y

avait-elle

pour

pas

la

quelles raisons? Enfin, ce type présente sans doute des

variantes selon les temps et les lieux. Et il ne doit

être séparé de types dérivés, créés sur le modèle de

Vierge de Miséricorde, les types des saints et

saintes

abritant des priants sous leur manteau.

On voit combien nombreuses sont les questions qui forment notre sujet. Il est assurément complexe, car il touche à plusieurs points importants de l'histoire du âge, le développement du culte mariai, les rivali-

moyen

tés

entre les grands Ordres religieux, la littérature

vogue

et

mys-

pra-

tique et monacale, l'origine et la

de certaines

tiques pieuses comme la flagellation

le rosaire, la nais-

sance et le rôle des Confréries de pénitence el.de charité,

les conséquences religieuses des grandes épidémies. Mais c'est, la complexité même de celle étude qui en a fait

moi le profit et l'attrait.

aperçu

pour

Un

des opinions émises sur l'origine du type

de la Vierge au manteau justifiera la présente élude.

Un auteur du xvnc siècle, le P. Julet, provincial des Minimes en Lorraine, dans son livre des Miracles et

grâces

de N.-D.-de-Boii-Secours-lez-Nancy ', a consa-

cré

un long chapitre à la statue de Mansuy Gauvain et,

son tableau de Lucqucs. L'expression dont se sert M. Péralé (Ilist

l'art: publiée

de

la direction d'A

que

^Michel, t. II, 2,]). S'il), « Vierge de la Vierge des Mcrcédaires. M. S. Rei- la dénomination de « Vierge lulélairc »

.

.

sous

Merci

saurait désigner

», ne

nach a inventé, sans nécessité,

(Répertoiredes peintures,

1. Imprimés du

t. I,

p. 491

t. II, p.

53s).

;

commandementde Monseigneur l'Illustrissime Cardinal

de Lorraine, à Nancy,

S. Philippe, imprimeur de Son Altesse, 1630.

Réimprimés en style rajeuni à Nancy en 1734. Cf. Jérôme, Uéfjlise N.-D.

par

de Bon-Secours à Nancy (Nancy, Yag-ner, 1898), p. 37.

INTRODUCTION

d

accessoirement, au type qui nous occupe;

à en expliquer le symbolisme, mais les

il s'évertue

textes qu'il cite

perlinenls, les légendes qu'il raconte n'ont

ne sont

pas

avec la question : il allègue saint Martin et

son manteau, ou encore l'histoire d' « un grand seigneur et grand homme d'eslat huguenot 1 à qui bien prit, le jour de la Saint-Barthélémy, de trouver à sa dévotion le

rien à voir

de la robe de la Reine Mère

»;

lui servir de bou-

que

tout

âge,

pan

pour puis, comme s'il comprenait lui-même

clier 2

ce bavardage n'explique rien, il se réfugie dans l'histoire

moyen plusieurs choses

l'on dit de la Baleine, celle-

naturelle, entendue comme l'entendaient, au

les auteurs

de

Bestiaires 3 : « Entre

dignes de considération

cy

que me semble mémorable,

c'est

que,

elle fait de

mesme que

la Baleine

si quelque danger

Quand

survient, elle cache ses petits dans

la Lamproye craint que quelque mal n'arrive à ses petits,

sa bouche

La Canicle marine

fait davantage, recevant les siens non en sa bouche, mais

en son ventre

''

»

Pas plus

le P. Julet, la plupart des archéologues

que

modernes n'ont su découvrir l'origine de la Vierge au

manteau.

M. Schreiber 5, qui a souvent rencontré ce type icono-

gravures revenir à propos des images relatives à la peste, le date

graphique dans les

incunables

et

qui a

y

1. .le ne sais de quel seigneur huguenot .lulet a voulu parler.

2. .lulet,

3.

4.

407.

p.

Sur ce symbolisme, cf. Mi\\c,L'art rel. du XIIIe s., 2e éd., p. 43-64.

P. 471-473.

Manuel de la

nu XVe siècle, t. I,

29a (cf. t. III,

114) :

gravure « Au xvc siècle, les troubles des Hûssites

tance portèrent le culte de Marie à son apogée;

tienté la prenait

l'art la'Vierge

a.

p.

p.

ainsi que le concile de Cons-

toute la chré-

dans

presque intercesseur, et dès lors on voit apparailre

pour de Miséricorde ou Madon?ia del Popolo. » M.

Schreiber se

trompe

: jamais les Italiens n'ont appelé

;

la Vierge

de Miséricorde

Madonna del Popolo del Popolo, dans le

l'article de Middleton auquel il renvoie (Maria

la célèbre

Portfolio de juin 1885) est consacré à

église romaine de ce nom.

i

INTRODUCTION

du xve siècle. Bouchot 1 ne le faisait

haut

la Vierge de

remonter plus

pas Miséricorde du

musée du Puy

que (pi. XXI, 1) qui semble de 1420 environ. D'après

M.Thode 2, le type serait d'origine italienne et plus pré-

cisément franciscaine; les plus anciens exemples en seraient un tableau de Lippo Memmi, à la cathédrale d'Orviéto, et le retable de Spinello, à Sainte-Marie-des- Grâces d'Arezzo 3. D'après M. Moritz-Eichborn '', Fri-

bourg-en-Brisgau posséderait les plus anciennes images

sculptées de la Vierge au manteau (pi. XXVI, 1 et 3) :

elles

remonteraient au début du xiv° siècle. M. Leh-

mann 5 croit aussi tions de la Vierge

que

de

les plus anciennes

représenta-

Miséricorde sont allemandes : il

cite la statue de la cathédrale de Fribourg, qu'il date

de la fin du xmc siècle, et une fresque de l'an i 334, clans

la chapelle de Marienbourg, en Prusse, la célèbre forte- resse des Teutoniques. Feu Helbig1', en 1885, ne connais-

sait pas de Schulzinanlelbild aussi ancien qu'une pein-

ture

de la fin du xme siècle, qui représente sainte Odile,

l'une des compagnes de sainte Ursule, abritant sous son

jeunes soeurs, Ima

Ida :

manteau ses

pour

et

en sorte que,

qui se rappelle tant d'images archaïques de sainte

Ursule avec les onze mille Vierges sous son manteau, la

question se

n'a

pas

C'est

de savoir si le manteau de protection

de Cologne.

pose

appartenu d'abord à la patronne

donc fort à propos que M. Brockhaus 7 a signalé un

d. La peinture en France sous les Valois, notice de la pi. XXII (cf. les

;

du même, Les

primitifs français, p.

p.

203.

Assisi, 2e éd. (Berlin, 1904),

S.

iilO.

Maria délia Misericordia »,

dit

additions)

2. Franz von

3. « Auf dem Ilauptallar

Il

n'y

a

pas

von d'église de ce nom à Are/.zo. La Misericordia

M. ïhode.

d'Arezzo est l'ancien

local d'une Confrérie charitable.

4. Der Slculpluj-encyklus in der

Vorhalle des Frciburger Munsters

(Strasbourg-, 1899),

412.

p.

o. Bas Bikinis bel

den alldeulschen Meistem his auf Durer (Leipzig,

1900),

210.

p.

6. Revue de Varl chrétien, 1885,

7. Forschungen ùher florentines

p.

277.

Kunslwerhe (Leipzig, 1902), p. 108.

INTRODUCTION

texte qui fait remonter jusqu'au milieu du xme siècle le

tvpe de la Vierge au manteau; mais il a été moins heu-

reux

quand il en a expliqué la diffusion uniquement

par

développement des Confréries. M. Supino ' voit dans

la Vierge au manteau la traduction figurée des vers du

Dante :

le

OrrUni furon li peccaii mièi,

Ma la Bonlà infinila ha si

hraccia,

gran

Che prendc ciô che si rivolve a Ici ~.

Divine Bonté » dont il s'agit dans ces vers

est la bonté de Dieu, non la bonté de Marie. Kraus 3 voyait dans le type de la Vierge de Miséricorde la tra-

Mais la

«

duction figurée de l'antienne du xic siècle, Salve Regùia

misericordiae, ou

d'une

prière encore plus ancienne,

Suh tuum praesidium conj'uçjiinus, d'où le nom de Sub

lu uni dont on a quelquefois désigné les Vierges au man-

teau '.• Plus

tout autre, Barbier de Montault ' s'est, vérité, en rappelant la vision de saint

Dominique dont nous parlerons plus loin, et même la

approché de la

que

vision rapportée

Césaire,

laquelle est

fin

de

par

en type en question ; mais Barbier n'a

compte l'origine du

su tirer parti de ces indications : c'était un collec-

de menus faits, aussi incapable de synthèse que

pas

tionneur

de critique.

La plupart des opinions

que

que nous venons de rapporter

contiennent, quant à l'histoire du thème, une part de

vérité,

pour ce qui est

de l'origine du thème, les érudits n'auraient pas proposé

nous aurons à dégager. Mais

1. Les deux Lippi

(Florence, 1904), p. 87.

2. Purgal., III, 121-123.

3. Geschichleder chrisllichen

4.

Par

Kunst(Fribourg, 1897), t. II,

433.

p.

exemple Drcxler, Tafelhilder

(Vienne, Schenk, 1906),

chrétienne,

ans dcm Muséum des

p.

2.

Slifles

Kloslerneuhurg

i.

Traité d'iconographie

nouvelle édition (Paris, IS98),

t. Il, p. 239; Revue de l'art chrétien, 1889, p. 24.

O

INTRODUCTION

des solutions si diverses et contradictoires, s'ils avaient

connu XYiu0 siècle, Guillaume Cuper, écrivit

l'introduction

critique

les

qu'un

Bollandiste

la

du

Vie de

pour Sanclorum {. Nous

saint Dominique, dans

Acla

1905, M. Krebs 2 et moi 3, indépendamment

avons, en

l'un

de l'autre, signalé et exploité cette précieuse mine

de renseignements. Sous l'influence des documents domi-

Cuper, et de ceux qu'il avait lui-même ses recherches sur le couvent domini-

nicains réunis

par

mis au jour dans

cain d'Adelhausen 4, M. Krebs s'est arrêté à l'opinion la diffusion du thème de la Vierge au manteau serait

que

due à l'Ordre des Prêcheurs. On

les meilleurs

argu-

verra que

arguments à faire valoir en faveur de celte théorie ont.

échappé à M. Krebs, et

ments nouveaux, elle n'en

et inexacte : les Cisterciens, les Franciscains, les Con-

que, même fortifiée de ces

reste

pas

moins très exagérée

fréries

contribué que les

autant

répandre le thème en question 5.

ont

Dominicains

à

1. De S. Dominico commentarius praevius (Acla SS, août I, p. 358-

545). Ce volume des Acla est datéde 1733.

2. Maria mit dcm

Schutzmantcl am Freiburgcr Munster (Freiburgcr

p. 27-35).

( 1905), fascicules de mars et de juin,

Mûnslerblatler,lleff 1, 1905,

3.

Lorraine Artiste, t. XXIII

62-71,109-117 : Congrès archéologique de Fra/icCjLXXl" session tenue

p.

570-584.

p.

au Puy en I90A (imprimé en 1905),

4.

Die Mysl.il: in Adclhausen, dans la Festgabe offerte à 11. Fincke, et

à part(Miinster,

5. Mon

1894).

travail était depuis longtemps commencé et j'en avais déjà

publié les conclusionsprincipales, quand il

clans la Gazelle des

a paru Beauoe-Arls, n° de novembre 1905, sous la signature de M. Léon Silvy,

article sur l'Origine de la Vierge de Miséricorde, dont le point

dois

rien à cet article. Les documents dont s'est servi l'auteur m'étaient tous

un court de départ

est le frontispice des Collecta de Jean de

Cirey. Je ne

le frontispice

des Collecta m'avaitété indiqué par mon regretté

connus;

compatriote, feu Henri Bouchot.

CHAPITRE I«

LA CROYANCE A LA MISÉRICORDE DE MARIE

Celle

n'est

très ancienne en Occident. Le texte d'Iré-

;

la fresque du cimetière Ostrien. - Le récit

à la miséri-

croyance

praesidium.

croyance

sur

pas

née

des noces de Cana fondement scripturaire de la

Maria adcocala

corde de Marie. Origine orientale du Sub tuum

Saint Anselme. Le Salve Regina misericordiac. Les sermons de

saint Bernard pour l'octave de l'Assomption. Les Cisterciens et la mariolàlrie.

«Les privilèges de la sainte Vierge, écrit un théologien con- temporain, vécurent plus ou moins longtemps d'une vie

latente '.» Cette formulesavoureuserevient à.dire

logie et la mariolàlrie se réduisaient à fort peu de

la mario- chose poul-

que

ies chrétiens des premiers siècles. Le même théologien écrit encore : « L'idée

le sentiment

que

chrétien se faisait de Marie s'est d'abord heurté à certains

textes qui étaient plutôt de nature à l'obscurcir,