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TITRE V – LA SEPARATION DU COUPLE MARIE (LA PROCEDURE


ET LES EFFETS)

CHAPITRE I - LA PROCEDURE DE DIVORCE

La procédure de divorce se compose de règles communes à l’ensemble des cas


de divorce (Section 1), et de règles spécifiques aux divorces contentieux,
c’est-à-dire à l’ensemble des divorces à l’exclusion du divorce par consentement
mutuel (Section 2). Enfin, il existe des possibilités de modifier le cas de
divorce choisi par les époux en cours d’instance (Section 3).

Section 1 – Les règles communes à tous les cas de divorce

§1 - La compétence juridictionnelle

A/ La compétence d’attribution

Les litiges en divorce sont traités exclusivement par le Tribunal de grande


instance. Au sein du TGI, les divorces sont la compétence quasi-exclusive du
juge aux affaires familiales. Il est donc le seul à intervenir en première
instance.

Dès le début de l’instance, matérialisé par le dépôt de la requête, le juge aux


affaires familiales peut prendre des mesures provisoires, à condition qu’elles
soient urgentes. Il peut par exemple autoriser la résidence séparée des époux.
Puis, le JAF gouverne la tentative de conciliation.
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Le juge aux affaires familiales demeure compétent après le prononcé du


divorce, afin de régler les litiges pouvant se rencontrer en matière de
contribution financière ou d’autorité parentale.

Lorsque l’appel est possible, celui-ci est porté devant une chambre civile de la
Cour d’appel. Il n’y a alors plus de juge spécialisé comme le juge aux affaires
familiales qui examine une nouvelle fois l’affaire.

B/ La compétence territoriale

La compétence territoriale en matière de divorce est une dérogation au


principe général de saisine du tribunal du domicile du défendeur. Selon
l’article 1070 du CPC en effet, le TGI compétent est celui où se trouve la
résidence de famille.

Lorsque les époux résident séparément, il faut alors saisir le TGI du ressort
où habitent les enfants. S’il n’y a pas d’enfant, il est nécessaire de se diriger
vers le TGI du domicile de l’époux qui sera défendeur à l’instance.

§2 – La qualité pour agir

Seuls les époux ont qualité pour agir en divorce. Les héritiers, les créanciers,
même s’ils trouvaient un intérêt à agir en divorce, ne peuvent intenter
d’action. Dans le même ordre d’idées, le décès de l’un des époux lors de la
procédure de divorce éteint l’instance en cours.

Selon l’article 249-4 du Code civil, un époux placé sous un régime de


protection ne peut pas divorcer par le biais du divorce par consentement
mutuel ou pour acceptation du principe de la rupture.
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En ce qui concerne le divorce pour faute, l’époux en tutelle doit être


représenté par son tuteur, après autorisation du juge des tutelles ou du
conseil de famille. C’est au tuteur qu’il appartient de former la requête initiale,
et c’est contre lui que l’action du conjoint de son protégé doit être dirigée.
Quant à l’époux en curatelle, il exerce personnellement l’action, mais doit
être assisté de son curateur.

Remarque : l’article 249-2 du Code civil prévoit qu’un tuteur ou un


curateur spécial, « ad hoc » est nommé, si ce rôle était tenu auparavant par le
conjoint de la personne protégée.

Section II – Les règles spécifiques aux cas de divorce contentieux

§1 – La requête initiale

L’époux demandant le divorce doit commencer, par l’intermédiaire de son


avocat (obligatoire), par présenter au juge une requête initiale en divorce.
Son contenu est identique à celui de la requête conjointe dans le cas d’un
divorce par consentement mutuel. Cette requête ne doit pas préciser le cas de
divorce choisi par l’époux demandeur, à peine d’irrecevabilité de la
demande. Cela se justifie par la volonté du législateur de pacifier au maximum
la procédure de divorce.

La requête initiale doit contenir les demandes formulées au titre des mesures
provisoires.
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§2 - La tentative de conciliation

La tentative de conciliation n’est plus une période où le juge essayait de faire


renoncer les époux au divorce. Depuis la loi du 26 mai 2004 en effet, l’article
252 alinéa 2 du Code civil prévoit que cette tentative a pour objet de chercher
« à concilier les époux tant sur le principe du divorce que sur ses
conséquences ». Cette tentative est une véritable aide pour les époux en
phase de divorce et est obligatoire dans l’ensemble des divorces contentieux.
Le juge auditionne les époux, puis rend une ordonnance.

La présence des époux est requise lors de l’audition. Toutefois, l’absence du


seul défendeur ne fait pas obstacle à son bon déroulement.

Suite à cette audition, le juge peut :


- soit accorder un délai de réflexion aux parties afin de les laisser se
concerter sur une conciliation possible,
- soit suspendre la procédure et renvoyer les époux à une nouvelle
conciliation, au plus tard sous six mois.

Enfin, les parties peuvent se réconcilier dès la première tentative de conciliation.


Dans ce cas, le juge met fin à la procédure engagée.

Lorsque aucune conciliation n’a été possible et que l’époux demandeur


maintient sa demande, l’article 1111 alinéa 1er du Code de procédure civile
précise que le juge rend alors une ordonnance de non-conciliation (ONC)
qui autorise l’époux auteur de la requête initiale à assigner son conjoint en
divorce.
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Un appel contre l’ordonnance de non-conciliation est possible sous quinze


jours.

§3 – Les mesures provisoires

Les mesures provisoires regroupent l’ensemble des mesures que le juge peut
prendre entre l’ordonnance de non-conciliation et le prononcé du divorce.
Elles sont indispensables en pratique. En effet, entre l’ordonnance de non-
conciliation et le prononcé du divorce, il peut s’écouler un temps compris
entre plusieurs mois et plusieurs années, notamment en cas d’appel.

Les mesures provisoires sont exécutoires de plein droit, elles peuvent être
modifiées en cours de procédure. L’article 254 du Code civil indique que le
juge détermine les mesures provisoires au sein de l’ordonnance de non-
conciliation. Il peut utiliser les accords que les époux auraient au préalable
conclus entre eux, dans le cadre par exemple de la tentative de conciliation.

L’article 1113 du Code de procédure civile dispose qu’elles sont caduques si


aucune assignation n’a suivi l’ordonnance de non-conciliation trente mois
après sa date.

Les mesures provisoires ont un rayonnement très large. Selon l’article 254
du Code civil, elles doivent assurer l’existence des époux et celle des enfants
jusqu’à la date à laquelle le jugement de divorce passe en force de chose jugée.

Les principaux domaines pouvant donner lieu à des mesures provisoires


sont les suivants :
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- le juge se prononce sur la résidence des époux. Il statue sur les


modalités de leur résidence séparée. Ces modalités portent sur la
jouissance du logement familial et du mobilier du ménage.
En pratique, cette jouissance est attribuée à l’époux conservant la
garde des enfants mineurs tout au long des mesures provisoires. Selon
l’article 255 4° du Code civil, cette jouissance peut avoir un caractère
gratuit, mais le juge peut prévoir de verser une indemnité d’occupation
à l’autre époux

- le juge peut décider, en fonction des revenus de chaque époux et


surtout de leur écart, de la fixation d’une pension alimentaire que
devra verser un époux à son conjoint dans le besoin. Cette pension est
fondée sur le devoir de secours et l’obligation de contribuer aux
charges du mariage. En effet, les devoirs et obligations du mariage ne
cessent qu’à la date du prononcé du divorce.

- Selon l’article 255 9° du Code civil, le juge peut désigner un


professionnel qualifié en vue de dresser un inventaire estimatif du
patrimoine des deux époux. Cela permet ensuite de faciliter l’entente des
époux quant à la liquidation du régime matrimonial. Selon l’article 255
10° du Code civil, afin d’établir un projet de liquidation, le juge a la
possibilité de désigner un notaire.

Lorsqu’un fait nouveau vient changer les rapports entre époux établis suite
aux mesures provisoires, le juge peut les modifier ou les compléter. Sans ce
fait nouveau, au contraire, le juge ne peut modifier ces mesures.
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§4 – L’introduction de l’instance en divorce

L’autorisation d’assigner en divorce est accordée à l’époux lors de


l’ordonnance de non-conciliation.

C’est uniquement lors de l’assignation que le demandeur doit choisir l’un


des cas de divorce contentieux. Un cas particulier existe : aux termes de
l’article 257-1 du Code civil, les époux qui auraient accepté lors de la tentative
de conciliation de divorcer selon les modalités du divorce pour acceptation du
principe de la rupture doivent suivre ce choix lors de l’assignation.

Selon l’article 257-2 du Code civil, l’assignation doit comporter une


proposition de règlement des intérêts pécuniaires et patrimoniaux des
époux, et ce à peine de nullité.

Un litige en divorce étant relatif à l’état des personnes, l’article 248 du Code
civil précise les débats doivent avoir lieu à huis-clos.

§5 – Les preuves

La règle générale de la charge de la preuve s’applique. Il appartient à celui


qui émet une prétention de la prouver, qu’il soit demandeur ou défendeur à
l’action en divorce.

Quant aux modes de preuve, l’article 259 du Code civil précise que les
évènements conduisant au divorce étant des faits juridiques, ils peuvent être
prouvés par tout moyen.
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Quelques particularités existent toutefois :

- selon l’article 259-1 du Code civil, « un époux ne peut verser aux débats
un élément de preuve qu’il aurait obtenu par violence ou fraude ». Cet
article trouve à s’appliquer entre autres en matière de lettres écrites par
un époux, et qui n’étaient pas destinées à son conjoint, mais souvent à un
tiers. Un arrêt Civ. 2° 6 mai 1999 a jugé que ces lettres peuvent être
librement produites par l’autre conjoint, à condition qu’il les ait obtenues
de façon licite. La même solution s’applique pour les SMS, ainsi qu’à
l’ordinateur du mari, laissé au domicile conjugal que ce dernier a quitté
antérieurement ;

- les constats d’huissiers peuvent être produits en justice, en particulier


afin de prouver un adultère. L’article 259-2 du Code civil précise
toutefois qu’il ne faut pas que l’huissier viole le domicile d’un époux ou
commette une atteinte à l’intimité de sa vie privée

- selon l’article 259 du Code civil, les descendants des époux en litige ne
sont pas admis à témoigner sur les griefs invoqués par les époux ;

- la production de pièces médicales relatives à l’état de santé d’un


époux par son conjoint est prohibée, puisque violant l’article 8 de la
Convention EDH (CEDH 10 octobre 2006).

Le juge peut, si les parties n’ont pas été assez diligentes sur ce point,
enjoindre les époux à lui communiquer l’ensemble des pièces relatives à
leur situation financière.
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§6 – Le jugement et les voies de recours

A/ Le jugement

Le juge peut refuser la demande de divorce pour faute ou pour altération


définitive du lien conjugal, soit que les preuves apparaissent insuffisantes,
soit que le défendeur ait réussi à prouver la réconciliation. Le jugement de
rejet met alors fin définitivement à la procédure.

Cependant, dans la grande majorité des cas, le juge accueille la demande de


l’un des époux, et prononce le divorce. Ce jugement peut être frappé d’appel.

Le délai d’appel est d’un mois suivant la signification du jugement par voie
d’huissier.

B/ Les voies de recours

En cas d’appel, l’une des chambres civiles de la Cour d’appel réexamine


alors l’affaire, et rend un arrêt confirmant ou infirmant la décision du juge aux
affaires familiales.

Un pourvoi en cassation est alors possible. Il doit être formé dans les deux
mois suivant la signification de l’arrêt de la Cour d’appel. Selon l’article
1086 du CPC, ce pourvoi est exceptionnellement suspensif.

Cet effet suspensif ne s’applique pas aux dispositions concernant les


pensions, l’exercice de l’autorité parentale et la part contributive à
l’entretien des enfants.
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Section 3 – Les passerelles entre cas de divorce

Afin de pacifier autant que possible les procédures de divorce, l’article 247 du
Code civil prévoit qu’à tout moment de la procédure, les époux peuvent
emprunter la voie du divorce par consentement mutuel.

Il existe un cas particulier, lorsque l’un des époux a formulé une demande
en divorce pour altération définitive du lien conjugal. Si son conjoint formule
une demande reconventionnelle en divorce pour faute, alors, il est possible pour
le demandeur originel de poursuivre cette procédure en divorce pour faute,
en tentant de démontrer les fautes de son conjoint.

CHAPITRE II – LES EFFETS DU DIVORCE

Le principal effet du divorce est la dissolution du lien matrimonial (Section


I), mais le divorce a également des effets pour l’avenir (Section II).
Cependant, le divorce ne produit aucune conséquence sur la filiation des
enfants et ses effets. Il laisse entier les devoirs des pères et mères sur leurs
enfants, comme par exemple l’obligation alimentaire. Son seul effet est,
principalement, de fixer une résidence à l’enfant.

Section 1 – L’effet immédiat du divorce : la dissolution du mariage

§1 – Les conséquences patrimoniales

Le divorce a pour effet la dissolution et la liquidation du régime


matrimonial des époux.
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Le divorce met également fin à l’obligation d’assistance entre époux, ainsi


qu’au devoir de secours.

Des règles particulières régissent le logement des époux. S’ils étaient


locataires de leur logement, l’article 1751 alinéa 2 du Code civil indique que
le juge devra attribuer le bail à l’un des époux, en fonction de leur situation,
et prévoir au besoin une indemnité à verser par le titulaire du bail choisi au
profit de l’autre époux.

Le divorce n’a aucun effet sur les donations effectuées pendant le mariage
entre époux qui restent valables.

§2 – Les conséquences extrapatrimoniales

A/ Les règles générales

Le divorce met fin à l’ensemble des droits et obligations des époux.


L’obligation de vie commune et de fidélité sont anéanties pour l’avenir. Chaque
époux divorcé est ainsi libre de contracter un nouveau mariage. Si les
anciens époux décidaient de se marier à nouveau ensemble, toutes les
conditions du mariage devraient être respectées.

En outre, le conjoint qui aurait acquis la nationalité française suite au


mariage la conserve, en dépit du divorce.
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B/ Le nom d’usage

L’article 264 du Code civil dispose que le divorce entraîne la fin de la


possibilité d’usage du nom de son conjoint. Il existe néanmoins des situations
où l’un des époux peut conserver, suite au divorce et à titre d’usage, le nom de
l’autre. Bien que l’usage du nom du conjoint s’applique surtout aux femmes
mariées, la loi du 26 mai 2004 a étendu ces possibilités aux maris utilisant le
nom de leurs ex-conjointes.

Deux cas de figure sont possibles :

- si le conjoint a donné son accord afin que l’époux continue à utiliser son
nom patrimonial, cette autorisation permet alors à l’autre époux
d’user de ce com. Cette autorisation cessera dans l’hypothèse d’un
remariage de l’époux ainsi autorisé à conserver le nom de son conjoint,
sauf commune intention contraire des parties

- le juge peut, à la demande d’un époux, l’autoriser à conserver à titre


d’usage le nom de son conjoint. Cette demande peut intervenir pendant
l’instance en divorce, voire postérieurement à son prononcé. Il est dans ce
cas nécessaire de prouver un intérêt qui peut être professionnel
(activité exercée sous le nom de femme mariée par exemple) ou
personnel (relations plus simples entre la mère et les enfants portant le
même nom). Cette autorisation ne cesse pas avec le remariage.
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Section 2 – Les effets futurs du divorce

§1 – Les dommages et intérêts

A/ L’article 1240 du Code civil

Classiquement, les dommages et intérêts peuvent résulter de l’application


de l’article 1240 du Code civil, si l’un des époux établit à l’encontre de l’autre
les trois conditions de cet article, la faute, le préjudice, et le lien de causalité.
L’application de l’article 1240 du Code civil peut résulter, par exemple, des
circonstances injurieuses ou brutales de la séparation ou de l’atteinte à la
dignité de l’un des époux.

Les dommages et intérêts sont accordés en fonction du préjudice. Les


revenus des parties, tout comme les fautes reconnues par le juge à l’encontre de
l’époux condamné ne peuvent entrer en compte dans le calcul des dommages
et intérêts. En effet, selon un grand principe du droit de la responsabilité civile,
les dommages et intérêts ont pour unique fonction de réparer le préjudice,
mais rien que le préjudice. Le comportement des parties n’a pas d’effet direct
sur le montant de la réparation.

B/ L’article 266 du Code civil

L’article 266 du Code civil permet l’allocation de dommages et intérêts,


mais de façon plus restreinte. En effet, il ne s’applique qu’en cas de divorce
pour altération définitive du lien conjugal ou aux torts exclusifs de l’un des
époux, dans le cadre d’une procédure de divorce pour faute.
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Suivant cette logique de restriction, seules les conséquences du divorce


doivent être prises en compte dans ce cas particulier. Le préjudice est
caractérisé par un dommage d’une particulière gravité, causé par la
dissolution du lien matrimonial. L’existence d’une faute, même grave, ne
permet pas à elle seule la recevabilité de l’action formée sur le fondement de
l’article 266 du Code civil. La seule condition résulte des effets du divorce
pour le demandeur.

Un arrêt Civ. 1° 1er juillet 2009 a semblé restreindre encore l’application de


ce texte, en décidant que les conséquences d’une particulière gravité n’étaient
pas établies dans le cas d’une rupture après 39 ans de mariage suite à une
aventure extra conjugale.

L’analyse doit donc uniquement porter sur les conséquences de la rupture,


en ne prenant en compte que les effets futurs pour le demandeur. Par
exemple, une femme d’origine étrangère n’ayant été marié en France que
pendant une courte période subit un préjudice d’une particulière gravité suite au
divorce, n’ayant plus aucune attache matérielle ni affective en France, là où elle
a décidé de continuer à vivre (CA Paris 9 septembre 2010).

§2 – La prestation compensatoire

La prestation compensatoire a été créée par la loi du 11 juillet 1975.


Initialement, elle était censée être versée sous forme de capital et ne pouvait pas
être révisée. Devant la pratique judiciaire, consistant à accorder la prestation
sous forme de rente à vie, certaines situations étaient devenues intolérables. La
loi du 26 mai 2004 a alors tenté de modifier le régime, en accordant plus de
flexibilité à la prestation compensatoire.
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A/ Le domaine de la prestation compensatoire

La prestation compensatoire a un domaine d’application général.


Contrairement aux anciens régimes du divorce, la prestation compensatoire peut
désormais s’appliquer à l’ensemble des cas de divorce. Selon l’article 270
alinéa 2 du Code civil, elle est destinée à compenser la disparité que la
rupture du mariage créé dans les conditions de vie respectives.

La prestation compensatoire est totalement indépendante des fautes établies


par le juge au sein du divorce pour faute. N’importe quel époux peut
demander à bénéficier d’une prestation compensatoire, qu’il soit considéré par le
jugement de divorce entièrement fautif ou non.

Par conséquent, l’époux fautif peut se voir accorder le bénéfice de la


prestation compensatoire. Selon l’article 270 alinéa 3 du Code civil
néanmoins, « le juge peut refuser d’accorder une telle prestation si l’équité le
commande, soit en considération des critères prévus à l’article 271, soit lorsque
le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l’époux qui demande le bénéfice
de cette prestation, au regard des circonstances particulières de la rupture ».

Le juge peut alors refuser de verser la prestation compensatoire, en


utilisant des critères qui renvoient au comportement de l’époux dont le
divorce a été prononcé à ses torts exclusifs. Mais ce n’est plus un principe
intangible. Il s’agit désormais d’une simple faculté. La volonté du législateur
de réduire au maximum cette possibilité devrait inciter les juges à être très
restrictifs, et à ne prendre en compte que des comportements extrêmement
graves, telles les violences conjugales.
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B/ Le montant de la prestation compensatoire

Selon l’article 271 du Code civil, « la prestation compensatoire est fixée selon
les besoins de l’époux à qui elle est versée et les ressources de l’autre en tenant
compte de la situation au moment du divorce et de l’évolution de celle-ci dans
un avenir prévisible ».

L’ensemble des revenus des époux doit être pris en compte. Du côté de
l’époux créancier de la prestation compensatoire, s’il a la garde des enfants, un
arrêt Civ. 1° 15 février 2012 a jugé que les sommes versées par les allocations
familiales ne sont pas à prendre en compte, puisqu’elles aident à l’éducation
des enfants sans procurer de revenus propres à l’époux.

En ce qui concerne l’époux débiteur, selon un arrêt Civ. 2° 10 mai 2001, les
sommes qu’il verserait au titre de la contribution à l’entretien et à
l’éducation des enfants sont à déduire de ses ressources pour le calcul de la
prestation compensatoire.

Le juge doit se placer au jour du divorce afin d’évaluer le montant de la


prestation compensatoire, mais doit aussi prendre en compte l’évolution
prévisible du patrimoine des époux, en tenant compte par exemple de l’effet
de la liquidation du régime matrimonial sur celui-ci. De la même façon, un
arrêt Civ. 1° 2 décembre 2008 a pris en compte la situation de concubinage
d’un des deux ex-époux.
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La durée du mariage, les conditions de vie pendant le mariage peuvent


également être utilisées par le juge pour fixer son montant, tout comme l’âge et
l’état de santé des époux, les conséquences des choix professionnels de l’un
sur le patrimoine de l’autre, le temps consacré ou à consacrer à l’éducation
des enfants.

Le juge doit, au sein de son jugement :

- préciser les éléments sur lesquels il se fonde afin de déterminer le


montant de la prestation compensatoire.
- justifier son refus de la verser selon la situation patrimoniale des époux

C/ Le versement de la prestation compensatoire

La prestation compensatoire peut être versée soit sous forme de capital,


c’est-à-dire suivant une somme globale déterminée par le juge (1°), soit sous
forme de rente viagère, en d’autres termes par versements étalés, le plus souvent
mensuels, jusqu’à la mort de l’époux créancier de la prestation (2°).

1° Le capital

Selon l’article 270 du Code civil, le versement de la prestation compensatoire


sous forme de capital est la solution de principe. Le montant de ce capital est
déterminé par le juge lors du jugement de divorce. Le versement de ce
capital peut, naturellement, prendre la forme d’une somme d’argent. Il s’agit de
la méthode la plus simple.
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La prestation compensatoire peut également prendre la forme d’un


abandon de part dans la communauté liquidée suite au divorce. Au lieu de
liquider la communauté en parts égales, le juge peut décider que le débiteur
obtiendra une part moindre de la communauté, équivalente au montant du
capital à verser.

Le principe du versement de la prestation compensatoire sous forme de capital


permet de verser une fois pour toute la prestation, et d’éviter ensuite les
problèmes d’exécution ou de révision du montant de la prestation qui
pourraient survenir.

Toutefois, en pratique, verser une somme pouvant atteindre un montant


important n’est pas toujours chose aisée. Ainsi, la loi du 26 mai 2004 a prévu
certaines modalités de versement du capital en touches successives. Cela ne
remet pas en cause le fait que cette prestation soit versée sous forme de
capital : en dépit des modalités de paiement, la somme reste la même.

Selon l’article 275 alinéa 1er du Code civil, le juge peut fixer lors du jugement
de divorce les modalités de versement du capital par l’époux débiteur. Il
peut lui permettre de se libérer de cette dette dans un délai de huit ans.
L’alinéa 3 du texte dispose que le débiteur peut, dans cette situation, se libérer
à tout moment du solde du capital restant dû.
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2° La rente viagère

Selon l’article 276 du Code civil, la prestation compensatoire peut être versée
sous forme de rente, mais il faut que cette situation reste exceptionnelle. Ainsi,
la Cour de cassation contrôle les motivations des juges du fond lorsqu’ils
décident de verser la prestation compensatoire sous cette forme (Civ. 1° 23
octobre 2013).

Par exemple, l’absence de perspectives d’emploi d’un ex-époux débiteur âgé de


65 ans a pu justifier ce recours.

C’est pour permettre aux plus grand nombre de situations de pouvoir se


régler sous forme de capital que le débiteur a jusqu’à huit ans afin de se
libérer du versement en capital de la prestation compensatoire.

Le montant de la rente viagère est fixé par le juge en fonction des critères
posés par l’article 271 du Code civil en cas de divorce contentieux. Il peut
l’être par les époux, dans le cas d’un divorce par consentement mutuel. Ce
montant est alors contrôlé par le juge.

Lorsque la prestation compensatoire prend la forme d’une rente, elle est


obligatoirement viagère. Selon l’article 276 du Code civil, sa durée est
équivalente à la vie de l’époux qui en est créancier. Selon l’article 278 du
Code civil, le divorce par consentement mutuel échappe à cette règle puisque
la prestation compensatoire peut être limitée dans le temps, selon ce que les
époux auront décidé.
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L’article 276 alinéa 2 du Code civil précise que la prestation compensatoire


peut être attribuée sous forme de rente pour partie et de capital pour l’autre
partie.

D/ La révision de la prestation compensatoire

En 1975, le législateur avait prévu le caractère non révisable de la


prestation compensatoire, quelle que soit l’évolution future de la situation
financière des époux. La logique de sanction de l’époux fautif transparaissait
de cette règle, qui pouvait créer des situations de fait dramatiques. La loi du 30
juin 2000 a permis une première ébauche d’amélioration, en permettant une
révision sous conditions des prestations compensatoires, mais sans ériger cette
révision au rang de principe, qui est venue par la loi du 26 mai 2004.

Le montant du capital ne peut être révisé, il est fixé une fois pour toutes par
le juge. Cependant, le débiteur de la prestation compensatoire peut désormais
librement demander le rééchelonnement des modalités de paiement de la
prestation, en cas de changement de situation. Selon l’article 275 alinéa 2 du
Code civil, le juge peut alors l’autoriser à payer l’entier capital dû en plus de
huit ans.

Lorsque le juge décide de verser la prestation compensatoire sous forme de


rente, sa révision est possible en cas de changement substantiel dans les
revenus de l’un ou de l’autre des anciens époux. Cette révision s’entend d’une
simple modification du montant.

En cas de changement radical dans les ressources ou les besoins de l'une ou


l'autre des parties, l’article 276-3 alinéa 1er du Code civil précise que la
prestation compensatoire peut être suspendue ou supprimée.
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L’article 276-3 alinéa 2 du Code civil précise que la révision ne peut jouer
qu’à la baisse.

CHAPITRE III – LES EFFETS DE LA SEPARATION DE CORPS

Section I – Les effets patrimoniaux de la séparation de corps

Il existe des dispositions communes avec le divorce. Principalement, l’époux


subissant un préjudice d’une particulière gravité peut se voir accorder, du fait de
la cessation de la vie commune, des dommages et intérêts, sur le fondement
de l’article 266 du Code civil. Le sort des donations et avantages
matrimoniaux est également identique.

En ce qui concerne le régime matrimonial, la séparation de corps entraîne la


dissolution de la communauté. Si les époux étaient mariés sous un régime de
communauté de biens, un régime de séparation de biens lui est
automatiquement substitué puisque la séparation de corps entraîne
toujours la séparation de biens.

La séparation de corps a les mêmes effets que le divorce en ce qui concerne le


logement familial.

La séparation de corps met fin à la contribution aux charges du mariage et à


la solidarité des époux pour les dettes contractées en vue de l’entretien du
ménage et de l’éducation des enfants de l’article 220 du Code civil.
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Enfin, l’article 303 du Code civil énonce que la séparation de corps laisse
subsister le devoir de secours. Ainsi, le jugement prononçant la séparation de
corps doit fixer, le cas échéant, le montant de la pension alimentaire à verser
à l’époux dans le besoin. A l’image de la prestation compensatoire, la pension
alimentaire n’est pas dépendante des fautes commises ayant mené à la
séparation de corps. Elle est uniquement fonction d’une part des besoins de
l’époux demandeur et d’autre part des ressources de son conjoint.

Section II – Les effets personnels de la séparation de corps

Le lien conjugal entre les époux ne disparaît pas du fait de la séparation de


corps. Toutefois, l’obligation de vie commune n’a plus à être respectée.
Chaque époux peut alors librement choisir sa résidence. Attaché à la
communauté de vie, le devoir d’assistance disparaît également.

La jurisprudence n’est pas fixée concernant le maintien de l’obligation de


fidélité. La loi étant silencieuse sur ce point, certaines juridictions ont considéré
qu’un adultère commis pendant la séparation de corps pouvait constituer une
faute au sens de l’article 242 du Code civil. D’autres ont affirmé la continuité
de l’obligation de fidélité, mais sans sanctionner l’adultère commis suite au
jugement prononçant la séparation de corps.

Il est difficile de concevoir que la séparation de corps ne fasse pas cesser


l’obligation de fidélité :
- Celle-ci est par nature attachée à l’obligation de vie commune, que la
séparation de corps fait cesser.
- L’adultère est déjà mis à mal comme cause de divorce pour faute, sa
reconnaissance comme faute pendant la séparation de corps prend un
caractère d’autant plus aléatoire.
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S’il arrive parfois au juge de considérer que l’adultère n’est plus une faute
permettant un divorce pour faute, alors, a fortiori, lorsqu’il est commis
pendant une période où les obligations nées du mariage sont plus que
relâchées, le caractériser est encore plus difficile.

Enfin, la faute au sens de l’article 242 du Code civil évoque une faute
rendant intolérable le maintien de la vie commune, vie commune qui n’est
plus obligatoire lors de la séparation de corps.

Cependant, en l’absence d’une réponse claire de la part de la Cour de


cassation, le doute reste permis, ce d’autant que rien n’empêche le juge, s’il
souhaite sanctionner un adultère commis pendant la séparation de corps, de se
fonder sur le devoir de respect du conjoint, dont la loi demeure silencieuse
quant à son sort lors de la séparation de corps.