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ACADÉMIE DES SCIENCES SOCIALES ET POLITIQUES

INSTITUT D'ÉTUDES SUD-EST EUROPPENNES

Tome XXVI-1988 N°1 (janvierMars)

Le President Nicolae Ceauyeseu promoteur


de la paix et de la collaboration, internationale

Aspects de la modernisation' eulturelle

Géographie histO ripe

f. NM

EDITURA ACADEME'
REPUBLICII SOCIALISTE ROMANIA

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COMITÉ DE RÉDACTION

ALEXANDEU DUTUrklaeteur responsable ;


Membres du. comit6 : AL. ELIAN, VALENTIN
AL. GEOE GESCU, GHEORGHE I IONITA,
C'OSTIN MUR GESCU, D. M. PIPPIDI, MITIAI
POP, AL. EOSETTI, ELENA SCisiRL.A.TOIU,
EUGEN STINESCH
Seerétaire du comité: LIDIA SIMION

LA REVUE DES ETUDES SUD-EST EUP.OPE.E.NNES parait 4 fois par an.


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ETUDES

r=u
rpu tROPB1111E'i
TOME XXYI 1988 N° 1 JanvierMars

SOMMA1RE

Le President Xicolae Ceausescu promoteur de la paix


et de la collaboration internationale
GII. I. IONITÀ, La conception. historrque du Président Nicolae Ceausescu 3
ROBERT PAIUSAN, Echos internationaux de la politique roumaine de parx et de colla-
boration 11

Aspects de la modernisation culturelle


LIVIU P. MARCU, Coutume et ancienne législation roumaine 17
LIDIA SIMION, The Modernization of the Social-Political Vocabulary as reflected in
the Romanian Press of the First IIalf of the 19th Century 27
LIA BRAD-ClIISACOF, The Language of Tudor Vladimirescu's and Alexander
Ifypsilantis' Revolutionary Proclamations 35
EUGENIA IOAN, Les interiérences historiques rouniano-yougoslaves et les relations
littéraires a l'époque moderne 43
ELENA-NATALIA IONESCU, Relations liltérarres routnano-turques (au XXe siécle) 49

Géographie historique
OCTAVIAN' ILIESCU, Sur le trésor de lingots romains d'or découvert à Feldioara (dép.
de Brasov) 55
ANCA GIIIATA, La \ e éconornique en Dobroudja à l'aube de l'Indépendance (I) . . . 75

Compt es rendus
NICOLAE CIACIIIR, Istoria popoarelor din Sud-Estul Europe' In epoca moderna
(1789-1923) (Gh.I loni((i); LADISLAU GYEMANT, Miscarea nationala a roma-
mlor Transilvania, 1790-1848 (Elena Stuptur); ANDREI PIPPID I, Mihru Vi-
teazul ir. arta epoch sale (Daniel ) ; IACOB AIARZA, Scoala si natiune (Lia
Brad-Clusacof ) ; MIRCEA MUTIIli, Permanente literare romanestr din perspec-
-Li\ lt comparata (Catalina Velculcscit 85

Rev. Études Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 1-96, Bucarest, 41988

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Le Président Nicolae Ceausescu promoteur de la
paix et de la collaboration internationale

LA CONCEPTION IIISTORIQUE DU PI1ESIDENT


NICOLAE CEAUESCU
GII. I. IONIT-k

Le President de notre pays, le premier President- de la Roumanie,


le camarade Nicolae Ceausescu fête son 70' anniversaire. Ne le 26 jan-
vier 1918, Pannée des grands accomplissements nationaux des Roumains,
il s'est formé et s'est impose comme un dirigeant de marque au cours
des grandes mutations révolutionnaires qui ont mis leur empreinte au
long des décennies, sur la vie du pays, liant indissolublement son destin
celui du peuple roumain.
La reconnaissance de ses mérites exceptionnels dans la creation
de Phistoire contemporaine de la Roumanie l'a appele, la memorable année
1965, à la fête des destins roumains et depuis lors, lui même a appelé le
pa,ys à la realisation des plus audacieuses et nobles ambitions, fondées
sur le travail assidu, Pabnégation, sur le désir permanent du peuple de
clépasser ses propres limites.
Son anniversaire, ainsi que Phommage que nous rendons aux décen-
nies consacrées a la creation. de la nouvelle histoire de la Roumanie nous
offrent Poccasion de presenter dans les lignes suivantes les elements essen-
tiels de la conception historique du President de la Roumanie SociAliste,
le camarade Nicolae Ceausescu.
Nous aimerions souligner des le début que tous ceux qui connaissent
et qui aiment l'histoire, en premier lieu ceux qui se sont varies à sa recher-
che et à son enseignement, à tous les echelons, ont ressenti peut-être
plus que dans n'importe quel autre domaine depuis 1965 jusqu'à pre-
sent, pendant les années de l'époque Nicolae Ceausescu, dans le domaine
de la recherche, de Pinterprétation, de Pecriture et de la diffusion des
connaissances d'histoire mises a la portée des masses, la decision de renon-
cer wax idées préconçues, aux dogmes et aux jugements-fétiches, aux
idées simplistes et vulgarisatrices, rigides, tabous historiographiques qui
pesaient si loud et qui avaient suffoqué couramment, jusqu'en 1965,
la pensée créatrice :clans ce domaine. Nor's sommes reconnaissants aussi
parce que dans ce méme, laps de temps, dans la science historique rou-
maine peut-être d'une manière plus évidente que dans d'autres do-
maines pénétiait un courant tonifiant de pensée dialectique, coura-
geuse, sincere, animée par la fermeté des convictions, inspire par les
résultats des analyses menées jusqu'au bout, concernant Phistoire, telle
qu'elle a été, au-dessus de tout prejuge, de tout esprit de conjoncture et
de toute volonté abusive-subjective, courant inspire par le contact direct
Rev. Études Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 3-9, Bucarest, 1988

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4 GH. I. IONITA 2

avec les résultats de PeNpeiience univeiselle dans ce domaine et, dans une
acception plus large, avec les trésois de la cultwe et de la civilisation uni-
verselles.
Ouviant de nouvelles voies, avec un coinage et dans une peispective
scientifique sans precedent, sur le tenain de la lecheiche, de l'inteipré-
tation, de la rédaction et diffusion des comiaissances d'histoile depuis
les temps les plus reculés jusqu'à nos jours la pensée audacieuse du
President de la Boumanie a eu des le pi emier moment, et continue d'avoir,
la foice de dévoiler el de lenveiser les theses antiseientifiques infiltrées
clans l'activité histoliogiaphique, les dénatwations et les faux, ceitains
d'une giavite flop génante pour étie icmemoi es aujoui Wind. 1-1 va de soi
que Pélimination de ces plienomenes de la realité ioumaine exige une
pensee gouveinée par la velité, le respect de la valeur scientifique authen-
tique de Phistoire et, en pi emier lieu, un gland amour pour son peuple
pour ses ancéties, pour leur pensée et lans actes qui sont impimés en
lefties d'or dans Phistohe du devenir roumain.
L'homme d'exception, d'un couiage absolument remarquable,
dont la presence a été exigée par les temps pour faiie son apparition au
moment popice et pour apporter avec une piste mesure la lumiCle
dans le domaine de l'histone et de Phistoliogiaphie aussi, domaine si
moche à notie eceur, à nous tolls, les habitants de Pancienne patiie rou-
eet homme a légitimé des les piemieis moments qui ont suivi
son im-estissement, en 1965, son attachment à Phistoire : « Comment
réagirait-il, Vii peuple qui ne connaftrait pas son histoire, qui n'estimerait
pas cette histoire? Ne serait-il pas pareil et un, enfant qui ne commit pas ses
parents, envahi liar le sentiment de la solitude dans ce monde? Sans aucun
doute il ne saurait Ore autrement ! Voici pourquoi nous avons le devoir de
connaitre, d'étudier le passé glorieux de noire potpie. Nous avons un passé
dont nous sommes fiers. Dans des conditions particulieres et difficiles le
potpie roumain a su conserver son, identité nationale. Dans cette region du
globe, il a constitué un facteur de progres et de civilisaiion, il a contribue
et la marche en avant, vers un monde meilleur »1.
Depuis ces expressions de respect pour Phistoire, Pon a pu entendre
et mettle en application dans Phistoriogiaphie roumaine des eomman-
dements supélieuls tels : « L'hi,stoire doit presenter l'ensemble du proces-
sus de la lutte revolutionnaire dans toute sa complexité, elle doit démarrer
de l'analgse scientifique de la Halite sociale, presenter les faits non pas par
rapport aux désirs subjectifs des hommes ott des situations de conjoncture,
9nais exactement comme ils se sont déroulés, en stricie concordance avec la
verite ... La valeur d'une histoire d'une teneur scientifique reelle consiste
dans la p).ésentation objective des faits, dans une interprétation juste, capable
d'offrir le reflet de la conscience de soi du peuple, des classes, rassemblant
l'experience de vie et de lutte des masses et des dirigeants » 2.
Depuis 1965 jusqu'à present, moment oh Phistoire acquieit, par
Pinitiative du Président Nicolae Ceausescu, le lang de fondement de l'ac-
tivite idéologique, theorique et politique-educative dans son ensemble, nous
Nicolae Ceausescu, Romdnio pe druml dehavirstru consti uctiez socialiste, No]. 1, Bucu-
resti, Edit. pollticii, 1968, p. 463.
2 lbIdern, p 338.

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3 LA CONCEPTION HISTORIQUE DU PRÉSIDENT CEAUSESCU 5

avons tous cornpris les motivations essentielles des appréciation du


Président de la Roumanie Sociaiste lorsqu'A afirme : «// ne peut p«s
"étre question d'une éducation patriotique socialiste sans connaitre et hono-
rer le passé, l'effort et le combat de nos prédécesseurs. --Vous avons un passe
glorieux, qui represente l'héritage le plus précieux de notre peuple. 11 nous
incombe d'élever cet héritage niveau supérieur, de l'enrichir de nouvelles
conquétes matérielles et spirituellcs, d'assurer au peuple, à notre natiou
socialiste, les derniers acquis de la civilisation» 3.
Mais, combien de fois le Président Ceuseseu ne s'est-il rapporté
aux sens de l'histoire dans la vie quotidienne : « _Y ()lis avons une histoire
merveilleuse, nous pouvons &re ficrs de ce que le pcuple roumain, ses aneé-
tres ont realise ! » déclarait le gamarade Nicolae Ceausescu à la séanee
solennelle du 11 juillet 1985, lors de son élection comme membre titulaire
et President d'honneur de P.Acaclémie de la République Socialiste de
Rournanie. « _Y ous aeons le deroir de connaitre et de clarifier const«mment
les moments importants de l'histoire de la formation et du developpement du
peuple et de la nation roumaine, d'antara plus que Mélne aujourd'hui,
l'étranger, des voix s'élòvent pour nzetire en discussion et pour minimi6cr
l'histoire et la tulle du peuple roumain. Les faits, les réalites vous permetttnt
de ripousser n'importe quelle tentative de dénigrement du rôle du peuple
roumain, de ceba de noire ?m'ion, dans le developpement de l'humanité,
de la culture viondiale ... _Y ous devons aider la jeunesse de no/repatrie
connaitre l'histoire, et non seulement ei la connaitre, mais à (joliter de non-
veaux faits à l'histoire glorieuse de nutre peuple, par de nouvelles réalisations
dans tous les domaines »4.
La périocle 1965-1988 n'est qu'un trop bid intervalle par rapport
A, une histoire multimillénnaire mais c'est une période d'une extarne
importance sous l'aspect des cheonstances dans lpsquelles le Président
Nicolae Ceausescu a propose avec un hau.t sens du respect de l'iris-
toire plus ancienne ou nouvelle la réécritur e de l'histoire et, platique-
ment, a réecrit lui-méme de nombreux chapitres sur notre devenir foil-
damental au long des siécles, concernant des périodes plongées longtemps
dans des eneurs et des omissions flagrantes, des interprétations dogma-
tiques, des schémas rudimentaires pleins de complicités et de culpa-
bilités qui éliminaicnt de l'histoire rournaine de remarquables pages
d'existence et de lutte trepidante et tumultueuse.
Parmi les innombrables exemples et autant de souvenirs qui nous
attachent, nous aussi, à la connaissance de ce passe il nous serait facile
d'en reproduir e un nombre impressionnant. Mais, pour la tenue de notre
discussion, il vaut mieux nous abstenir. Les spécialistes et ceux qui ai-
ment l'histoire et la verité ont pourtant l'obligation de ne jamais omettre
que dans un passe pas trop éloigné de telles manifestations ir, de lourdes
conséquences, néfastes dans un certain sens, jusqu'A, nos jours, se
sont produites dans la science historique roumaine si l'on tient compte
3 Idem, Expunere cu pi 'vire la sladzul actual al ediftedrit socialismuluz iii tara noastrel,
la problemele leorelice, Meologice si activilalea polilicd, educativa a parlulului, presente lors de la
Session PlénOre du Comité Central du Parti Comumste .Roumain des 1-2 juin 1982, Bueu-
reti, Edit. potala, p. 15.
4 Idem, Cuvinlare la adunarea solemne: a Acadenziei Republicii Socialisle Ron:cima,
Bucuresti, Edit. politic:), 1985.

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6 GH. I. ToNITA 4

des interpretations malveillantes parues à l'étranger, sous la plume de


certains historiens, imposteurs au authentiques peut-6tre, mais hostiles
et malhonn6tes, qui portent sur des vérités qui ne sauraient étre falsi-
flees, « fondées » sur des pages elaborees pendant les années '50 par ceux
que nous desirous incriminer dans les lignes suivantes.
Ignorer, oublier ou mépriser ces faits signifie ne pa,s avoir des ter-
mes de eomparaison qui donnent la mesure du niveau atteint aujourd'hui
par la recherche correcte, par l'écriture objective et la diffusion de Phis-
toire sous tia vraie lumiere !
Une fois ces precisions bien rinses au point, nous desirons attirer
l'attention que le dogmatisme dans n.'importe quelle de ses hypostases,
cet adversaire pellicle du moindre éclat de l'esprit createur, a essay6
pendant les années d'avant '6.5, de greffer un cccur raalade au corps vigou-
reux de l'historiographie roumaine, lui attribuant une circulation A, re-
bours qui ne visait qu'annihiler totalement l'identité nalionale, ou du
moins sa cornposante représentée par la conscience nationale. Le rejet
de cette greffe noeive a été salutaire et le faux occur a ete repoussé, ex-
tirpé.
La liquidation du dogmatisme de l'historiographie roumaine revêt
la signification d'une reintegration naturelle, dans la sphere du passé
de la sociéte roumaine, de la politique d'independance, d'affirmation puis-
sant° de la force creatrice de la na,tion roumaine, reintegration inaugurée
en 1965 par le IXe Congres du Parti Communiste Eoumain.
Dans le nouveau climat cree en Enumanie depuis presque 23 ans,
le milita,ntisme a cessé d'avoir eette connotation pejorative que lui attri-
buait le dogmatisme. De la position humiliante d'historien « en service
commande », le chereheur d'aujourd'hui est devenu un historien au ser-
vice de son peuple, fonption qui l'honore et l'ennoblit, le rend plus comba-
tif. Mais, ce qui .vaut mieux, ce militantisme authentique attribue a Pin-
vestigatiou historique un sens supérieur, une fonction social° et politique
d'une haute responsabilité.
GrAce A ce niveau superieur impose et maintenu constamment par
la pensée et l'activite du President Nicolae Ceausescu, la tAche princi-
pale de la science historique rournaine dans les années qui ont suivi le
IX' Cong2;r6s du parti, celle de se sauver de sous l'empire du dogmatismo
annihilant qui nous a oppresses jusqu'A, cette date, a marque le debut
d'un effort assidu de restauration de la vérité. Cette nouvelle voie nous
aida a démontrer que le peuple roumain n'est arrive iei de nulle part,
qu'il n'est pas tombé du ciel, que dans sa survivance ici, chez lui, dans
son ancestral foyer carpato-danubio-pontique, il s'est confronté avec les
vagues des ungrateurs et a resiste aux empires avides, eoupables, des
periodes respectives, que les aspira,tions à l'unité de l'Etat et nationale
se fondaient sur de puissantes raeines et des ra,isons logiques et que d'accom-
plissement de ce rêve, temporaire à ses débuts, puis définitif n'a jamais
signifie une annexion territoriale, mais une justice inexorable, que les
mouvements génerés par l'époque des lumières, dernociates-revolution-
naires ont eu iei, chez nous aussi, de puissantes resonances mais qu'ils
ant 61.6 étouffes par la force des armées, de la reaction étrangere ; cette
voie nous aida à démontrer encore que la Grande Roumanie n'a pas été
un Etat imperialiste, mais un Etat spolié et dominé par les puissances

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5 LA CONCEPTION RISTORIQUE DU PRESIDENT CEAUSESCU 7

impérialistes, que les héros de Aliir'4esti, Marasti et Oituz n'ont pas servi
une cause inutile, Timis l'existence m6me de la nation, que le socialisme
roumain se range parmi les premières options en Europe et dans le monde ;
démontrer que le Parti Communiste Roumain a été dirigé du dehors,
dans une certaine période, et qu'en dépit de sa volonté, il a été détourné
par le Comintern de sa viaie mission révolutionnaire nationale, qu'a
la veille de la deuxième game mondiale, la Roumanie, mutilée et aban-
donnée par toutes les puissanees européennes, sans aucun appui extérieur,
a été pratiquernent jetée, dans les bias de l'Allemagne hitlérienne ; que
l'acte historique de 23 aofit 1944, accompli dans des conditions interna-
tionales favorables fructifiées par les insurgés a été l'ceuvre du peuple
roumain, que la Roumanie, qui est entrée dans la guerre antihitlérienne
avec toutes ses forces humaines et matérielles, aurait mérité le statut de
cobélligérence que la Conférence de paix ne lui a pas accordé. Et combien
d'autres pages d'histoire authentique ne pouriait-on énumérer encore !
Nous avons done de puissantes iaisons d'être heureux, en cette
eirconstance, à l'occasion de cet anniversaire aussi, que le perfectionne-
ment de la recherche, de l'interprétation et de la difussion de l'histoire ait
rernis en circulation depuis 1965, avec l'autorité, nécessaire, les notions de
patrie et de patriotisme. Les mêmes mesures nous ont redonné « Hora
lJnirii », « Pui de lei », « De-Aeapta-te romane !», « Pe-al nostril steag e
-scris unire » et d'auties chansons fascinantes par leur force de mobilisa-
tion. Dans ces années la Roumanie est redevenue le pays du Tricolore,
de la « Alioritza », actes dont les mérites reviennent au Président Nieolae
Ceausescu, 6, l'esprit nouveau que le grand homme politique a introduit
et défendu rigoureusernent depuis lors.
Le revirement produit dans la valorisation de notre héritage pro-
gressiste nous a vite rapprochés, après 1965, du moment heureux oir le
Panthéon de la nation roumaine, presque vide, s'est de nouveau rempli
de grandes figures de la politique et de l'histoire, de penseurs et d'illustres
personnalités artistiques. La conscience de soi s'est éveillée de nouveau
dans l'ame du peuple roumain, conscience transie durant de longues an-
nées, le sentiment national se constituant dans un facteur dynamique de
la construction, en terre roumaine, d'une nouvelle société.
Dans l'allocution prononcée au III' Congrès de l'éducation politi-
que et de la culture socialiste (les 17-18 août 1987), le Président Nicolae
Ceausescu a donné de nouvelles directions a Phistoriographie roumaine
faut tenir couple que les peup les se sont développés dans certaines condi-
tions historiques et sociales qui ont marqué de leur empreinte les qualités,
la pensée .et la manière de vivre propre à chaque peuple. L'histoire plus que
bimillennaire de notre peuple, depuis les Daces jusqu'à nos jours, est l'histoire
de ses combats contre l'oppression étrangère, des luttes pour la liberte et
l'indépendance, pour le prop ès économique et social. En voici les raisons
pour lesquelles, dans l'activite politique-éducative, de formation de l'homme
nouveau, la connaissance de l'histoire de la patrie est 'une conposante d'une
importance exceptionnelle » 5.

5 Ident, Cunintal e la ce! de-al 111-lea Colupcs al cducof let politice mi ciillui it sociabste
(a Scinteia >, an LVII, n° 13993 du 18 noel t 198).

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8 GH. I. IONITA 6

Dans ce môme cadre le President Nicolae Ceausescu a attiré Patten-


tion qu'au long des siècles « la culture et la langue du peuple roumain se
sont développées en étroite liaison avec les lates pour l'indépendance et le
progres social et économique, elles sont la création de tout le potpie roumain
dans les rangs duguel ont agi des hommes instruits. Les cantilenes, les bal-
lades el les romances, les conies qui parlent des combats de ses héros pour
la liberté et la justice, autant que du travail hardi de noire peuple représentent
le trésor culturel le plus cher » 6.
Toutes ces nouvelles idées viennent s'ajouter au tableau general qui
reflete la conception sur l'histoire du President Nieolae Ceausescu. Les
riches exemples présentés ci-dessus a-u sujet de cette problematique ma-
jeure nous offrent la possibilite- de réaliser, en guise de conclusion, un
bref apergu sur les consequences politiques qui continuent et continue-
ront longtemps encore leur réverbéiation dans la societé roumaine de
la remise en droits de la vérité historique en Roumanie, acte patriotique
inoubliable dont le President Nicolae Ceausescu a ete et reste le promo-
teur.
En étroite liaison avec tous ces aspects nous aimerions, eompte tenu
du profil de la Revue des etudes sud-est européennes et de l'Institut
d'Etudes Sud-Est Européennes, nous iapporter aux changements favo-
rables qui sont intervenus apres 1965 conformément à la conception his-
torique du President Nicolae Ceausescu, à son rôle et à sa contribution
bienfaisante en ce qui concerne Pinstauration, dams le Sud-Est europeen,
d'une attitude nouvelle. En concordance avec ce nouvel esprit, dans Pan-
cien « tonneau à poudre » eomme l'on désignait les Balkans d'autrefois,
on tAche de promouvoir aujourd'hui une atmosphere de détente et une
politique de bon voisinage, de connaissance réciproque, de collaboration
et de paix, de dissuasion militaire, nucléaire, de participation effective
à la solution dans Pintera des peuples, des nombreuses et complexes
problemes internationaux. Dans tou.tes les realisations enregistrées dans
eette zone sont évidentes les contributions décisives du President Nicolae
Ceausescu, contibutions qu.i conduisent à un essor permanent de son
prestige, dans le Sud-Est européen et de par le monde. Ce sont là de nou-
veaux et puissants arguments qui nous déterminent à la veille de
son anniversaire de rendre un hommage respectueux à son eminente
personnalité et à son r'61e exceptionnel clans le monde contemporain.
L'histoire, appui profondément attaché à la démarehe proposée
par le President Nicolae Ceausescu depuis 1965, avec la mobilite qui lui
est propre, s'est engagee, plus que jamais, sur les barricades du travail
et de la lutte revolutionnaires, sous l'impulsion d'un permanent renouveau.
Dans ce contexte, l'historien soit-il ehereheur ou universitaire
est de phis en plus persuadé qu.'il est insuffisant de se limiter à la critique
du passé, des aspects négatifs dus au dogmatisme manifesté dans une
certaine période, à d'autres causes ou circonstanees. L'attitude correcte
et le r6le concret de l'historien contemporain est de penser au temps
present et futur, dominé par une impulsion créatrice de chercher en per-
manence des solutions et d'aboutir à des conclusions optimales pour to-us
6 Ibldern.

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7 LA CONCEPTION HISTORIQUE DU PRESIDENT CEAUSESCU O

les problèmes touchant à l'histoire ancienne ou récente. Et surtout


le fasse avec Pceil du contemporain, clans une vision contemporaine.
Nous avons laissé pour la fin de ces quelques considerations les
appels répétés du President Nieolae Ceausescu aclresses aux historiens,
eeux de la part desquels il exige une recherche scientifique de Phistoire,
une interpretation, elaboration et diffusion qui tiennent compte avec
la plus hau.te responsabilii du fait qu'à l'étranger noire histoire subit
encore de graves deformations, soit par m6connaissa,nce, soit par mal-
veillanee, sous la plume de eertains historiens. Devant cette réalité, Phis-
torien n'a pas le droit d'adopter une attitude d'indiférence mais, au contrai-
re, il doit are une presence réelle et utile à la société, partieiper avec
les moyens qui lui sont propres à l'effort auqu.el l'oblige la conscience
d'un passé glorieux pour la defcnse des droits inaliénables conquis depuis
les temps les plus reculés que nous devons défendre et raffermir.
Au fondate-ur de la Eournanie Socialiste, à l'édificateur clairvoyant
de l'avenir de notre pays, à eelui qui nous enseigne de vivre le front hant,
de scruter l'horizon jusquSu loin, les historiens rendent aujourd'hui leur
hommage reconnaissant avec les memes égards qu.'il prend lui meme
vis-à-vis des grands preUcesseuis pour lui souhaiter, à son 70' anni-
versaire, h cote du peuple roumain tout artier, ce que le President du pays
souhaite lui-mérne à chaque occasion aux millions de producteurs et
propriétaires des biens matériels et spirituels pleinement engages dans
l'édification d'une giande histoire : une santé éclatante et du bonheur,
au service et à la gloire de la Rournanie Socialiste !

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ECHOS INTERNATIONAUX DE LA POL1TIQUE
ROUMAINE DE PAIX ET DE COLLABORATION

ROBERT PA

La politique de paix et de collaboration que la Roumanie poursuit


dans ses relations avec les autres pays du Sud-Est de l'Europe représente
une des plus importantes lignes directrices de son activité extérieure.
Fondee sur une ancienne tradition, elle a été élevée ces dernières decen-
flies à des niveaux supériew s.
Cette attitude a des raisons multiples. Il s'agit, d'une part de la
position geogo-aphalue de la Rournanie dans ce Sud-Est mé'me, des liai-
sons historiques et culturelles qui approchérent les Rournains des autres
peuples des Balkans et, d'autre part, du fait que la collaboration corres-
pond aux intérks de tous les, pays de la région, contribuant de la sorte
la réalisation d'un climat de bon voisinage, de sécurité et de paix en'
Europe, et dans la région de la Mediterranee.
Les initiatives de la Roumanie dirigées veis la transformation des
Balkans clans une zone de la raix et de la collaboration ont été reues
avec beaucoup d'intér ét et de symrathie par les forces progressistes, par
l'opinion publique du monde eniier. Ces attitudes témoignent de la con-
sideration aecordée aux initiatives lounlaines sur le plan mondial et expri-
mks par des multiples formes et moyens. Dans ce cadre s'inscrivent la
diffusion, sur tous les méridiens, des travaux stipulant les positions de
principe, les initiatives et les contributions directes de la Rcumanie Socia-
liste dans le Sud-Est européen, la rinse en lumière du 161e determinant,
dans Pélaboration et la realisation de celles-ci, qui revient au President
isficolae Ceau.sescu, de méme que l'assentiment de ¡la communauté inter-
nationale. Nous nous rapportons ci-dessous a quelques-uns de ces formes
et moyens d'expression.
La diffusion sur tous les meridiem des positions de principe, des
initiatives et des contributions de la Roumanie dans le Sud-Est européen
est réalisée par plusieurs voies tels la publication des livres consacrés
la politique extérieure de la Roumanie, à la personnalité ou à Pccuvre
du President Nicolae Ceausescu, -volumes qui accordent une place impor-
tante a, la politique de paix et de collaboration dans les Balkans ; les
interviews et les declarations sollicitées au Président Nicolae Ceausescu
par des correspondants représentant de nombreux quotidiens et revues,
qui offrent un vaste spectre de problèrnes portant sur revolution de la
vie int'ernationale, y compris celle des Balkans ; des symposium, tables
rondes, presentations de nouvelles editions de ses ccuvres, manifestations
organisées à l'oceasion de différents anniversaires où sont presentees les.
Rev, Études Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 11-15, Bucarest, 1988

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12 ROBERT PAIUAIN

positions et les initiatives de- la Roumanie, notarnment du Président


Nicolae Ceausescu..
Ces dernikes décennies ont été publiés à Pétranger de nombreux
volumes dédiés a, la politique extérieure de la Roumanie, a, la personnalité
ou à Pccuvre du Président Nicolae Ceausescu. Parini ceux-ei un bon nom-
bre ont été édités dans les pays du Sud-Est européen, tandis que d'autres
ont paru dans des régions eloignées, fait qui reflète le large echo de la
politique extérieure roumaine et de son principal promoteur, le Président
de la Roumanie soeialiste. Ces volumes portent sur les principales facettes
de la pulitique interne et extérieure roumaines, présenteut des aspects
historiques, économiques, culturels, pailent des grandes mutations inter-
venu.es dans tous les dornaines dans les années de la construction socia-
liste, surtout dans les dernières décennies, mettent en lumière la liaison
entre la politique interne et extérieure du pays, et comprennent des réfé-
renees détaillées sur les orientations roumaines en la matike. Bien entendu,
les aspects concerna,nt là politique extérieure roumaine dans le Sud-Est
ne peuvent pas étre séparés de ceux qu.i concernent l'ensemble des opticni
et des actions de la Roumanie sur le plan externe. ATMs, elles oecupent
une place de ehoix dans l'ensemble des références à l'adresse des initia-
tives et des contributions de la Roumanie Socialiste au service de la paix
et de la collaboration au niveau planetaire.
Ainsi, Giancarlo Elia Valori, homme de culture italien notait :
Il est important que les Balkans soient une région de la paix : les rela-
tions de la Rounaanie avec les pays de la région se sont renforcées et le
Président roumain en est, en bonne mesure, l'artisan de ce renforcement
puisqu'il est convaincu de l'importance que présente l'instauration d'un
climat détendu et amical entre les Etats, surtout dans cette région de
l'Europe qui fu à l'origine de si nombreuses et douloureuses actions guer-
rikes de notre siècle ».
Le Professeur Baldev, personnalité de marque de la vie publique in-
dienne se rapporte à la politique de la Roumanie dans le Sud-Est européen
par ces paroles : « la création d'une zone d'entente et de paix est une con-
tribution importante à la sécurité du continent. Fidèle à cette idée, la
Roumanie a élargi sans cesse ses relations d'amitié et de collaboration avec
les pays des Balkans partant de la conviction que le renforcement des relations
interbalkaniques, le raffermissement de la coopération bilatérale et multi-
latérale dans des problem.es d'intérét commun sont à méme de eontribuer
it la transformation de la région dans un foyer de paix et de bon voisinage,
de confiance et de collaboration réciproquement avantageuse, sans armes
nucléaires, une zone de la séeurité et de la collaboration en Europe» .
Un autre publiciste indien, le Pr Ram Naresh Trivedi remarquait
it son tour : « dans le problème cardinal de la paix mondiale et de la
coopération internationale, la Rou.manie, le Président Nieolae Ceausescu
ont avancé des propositions et ont initié des actions importantes parmi
lesquelles une place de tout premier ordre occupent celles dédiées ( ...)
la création dans les Balkans d'une zone sans armes nucléaires, une zone
pacifique et de bon. voisinage».
La publication de ces travaux reflète en même temps Pintérêt et le
respect que Popinion publique mondiale témoigne à la politiqu.e interne et

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3 LA POLITIQUE ROUMAINE DE PAIX 13

extérieure de la Boumanie SochaEste dans son ensemble, au rôle determi-


nant du President Nicolae Ceausescu dans l'élaboration de ceux-ci.
Ranko Petkovici, éditeur yougoslave declare que l'ceuvre theori-
que du President Nicolae Ceausescu « parle elairement du president de la
Roumanie en tant qu'homme d'Etat. Le processus de transformation de la
Roumanie dans un pa-ys en permanent essor industriel est indisoluble-
ment liée ai la pensée et à l'activité du President Nicolae Cea-usescu ;
est impossible de ne pas étre impressionné par l'ampleur de Pengagement
du President Nicolae Ceausescu daus la vie sociale et dans le develop-
pement de la Roumanie, de la profondeur de ses connaissances dans des
différentes sphères de Pactivité et de la vie de la société roumaine ...»
Un repute publiciste grec Lambros Zogas, écrivait : « La Roumanie
( ...) est un pays merveilleux, ou vivent des hoinmes merveilleux, con-
duits par un grand leader, tres connu en Grèce, patriote ardent, comba-
tant infatiguable pour le bien-être de son peuple». C'est Lambros Zogas
qui soulignait aussi : « aujourd'hui plus que jamais dans son histoire, la
Roumanie, dirigée par un grand homme politique représente de nos jours
une presence dynamiqu.e et souveraine».
Le Pr turque Neeip Alpan exprimait son désir de « refléter par le
tru.ehement de ce livre le rôle important du President Ceausescu dans
l'évolution de la Routnanie vers une nouvelle eivilisa,tion matérielle et
spirituelle».
Le publiciste egyptien El-Sayed Farag Fuad écrivait : « Le pre-
sident Ceausescu est le promoteur et le defenseur consequent des nou-
veaux principes dans Parènemondiale ; ce qu'il a &jai entreprit et ce qu
entreprend à present lui ont valu le respect du monde entier pour la poli-
tique extérieure de la Roumanie».
Abdul Fattah Abdul Hamid, publiciste koweitien écrivait : « L3,
voie sur laquelle la Rournanie s'est inscrite, les efforts du chef de l'Etat
roumain visant l'élargissement de la collaboration avec tous les peuples
ont éveille le respect et des appreciations sans pr,Scédent dans l'histoire
contemporaine. Aucun president n.'a dépen.sé en ce sen.s tant d'efforts
que le President Nicolae Ceausescu».
Les interviews et les declarations sollicitées par les correspondents
de presse torment une autre modalité de diffusion de la politique roumaine
dans le Sad-Est de l'Europe. Dans les dernièra deux décennies le President
Nicolae Ceausescu a accordé de nombreuses interviews et declarations aux
direeteurs, rédacteurs en chef ou d'autres représentants des plus impor-
tants quotidiens et revues du monde entier. Ceux-ci ont abordé un large
spectre de problèmes portant sur la politique interne et internationale de
la Roumanie. Ainsi y ont été mises en lutnière les realisations de l'écono-
mie roumaine en general, a, cote des objectifs speciaux realises dans les
dernières deux décennies tels la hydrocentrale de Portile de Fier, le canal
Danube Mer Noire, le metro buearestois pour ne citer que quelques-
uns des plus importants. D'autres questions avaient en vue des principes
sur lesquels repose de la politique extérieure, des points de vue au sujet
de l'évolu.tion de la vie internationale dont une place de premier ordre
revient aux references à l'ensemble de la politiqu.e extérieure roumaine
dans le Sud-Est de l'Europe.

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14 ROBE,RT PAlu$A,N 4

Quelques exemples : clans l'interview accordée à la revue yougo-


slave « Mejdunarodna Politika » le 27 février 1982, le President Nicolae
Ceausescu déclarait : « En ce qui concerne les relations enti e les pays bal-
kaniques, je desire mentiomier, avec satisfaction, que des progrès consi-
dérables ont été realises dans la direction du renforcement de la confiance
et de la cooperation entre ces Etats, mème s'il faut reconnaitre la persis-
tence d'une serie de problèmes qui suscitent une certaine méfiance et de
quelques difficultés dans la realisation d'une cooperation multilatérale.
Mais, selon notre avis, des conditions favorables sont créées et il faut
agir constamment afin de depasser les difficultés existent es, de laffermir
la confiance et la cooperation entre les Etats balkaniques, et realiser de
la sorte, dans cette region, une zone de la collaboration, sans armes nuelé-
aires. Nous y voyons une partie intégrante de la lutte pour la seculite
européenne, le désaimement et la paix, une partie de la lutte visant une
paix durable clans (-Parities zones aussi par exemple clans la Méditer-
ranee et le Proche Orient une partie de la hate génér ale pour le désar-
mement et la paix ».
Dans Pinterview accordée au groupe bollandais de quotidiens « Bra-
bant Pers » le 3 mars 1982, le President _Nicolae Ceau.;eseu declarait
«Pour ce qui est de la question des Balkans, nous nous prononons pour
la solution des problèmes par voie diplomatiqueafind'aboutir un develop-
pement multilateral et à la creation d'une region sans Rrines nucléaires,
action considerée comme une partie des mesures visant la realisation
d'une Europe sans alinements atomiques. Je.dois mentionner que l Rou-
manie entretient des relations de bon voisinage avec tolls les Etats balka-
niques, sans tenir eompte de leur organisation sociale».
L'interview accordée au quotidien egyptien « Al Abram. » le 13
octobre 1983 eomprend la suivante declaration : « La Roumanie entro-
tient des bonnes relations avec les pays balkaniques. Je declare, +wee
satisfaction, que les relations de la Roumanie avec les autres Etats des
Balkans ont une importance particulike non seulement sous l'aspect des
rapports bilateraux entre nos pays, mais aussi pour la realisation d'un
accord general entre tous les Etats de la region. Nous nous sommes déja
prononcés en ce sens et nous continuous fermement de le faire dans Pidée
que les divergences entre certains Etats seront surniontées, en faveur
d'une solution par voie diplomatique et la realisation, dans les Balkans,
d'une zone sans alines nuclaires, SallS bases militaires étrangères ».
Le journal grec Ta Nea» publie Pinterview accordee le 18 aoírt
1984 d'où nous reproduisons : « 11 est nécessaire d'intensifier les efforts
visant le développement toujoms plus fernie de la collaboration et de la
cooperation bi- et multilatéiales en tant que facteurs importants d'appro-
ehernent et de renforcement de la cooperation entre lcs Etats de la zone.
La Roumanie se prononce fermement pour la tra,nsformation des Balkans
dans une zone sans armes nueléaires et sans bases militaires étrangères».
Mentionnons encore 'Interview pane dans le quotidien suisse
« Basler Zeitung » le 15 milt 1984 : «La Roumanie développe constamment
ses relations avec les Etats balkaniques: Je pourrais declarer que nous entre-
tenons de bonnes relations avec torts les Etats des Balkans. Nous agissons
dans la direction d'un déveloprement constant de la collaboration bi-
et multilatéiale entre les pays de cette zone, action destinee à servir les

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5 LA VOLITIQUE ROUMAINE DE PAIX 15

intéras de tous les pays ballcaniques et, en égale mesure, la paix en Europe
et dans le monde entier. Un des objectifs que nous visons est la transfor-
mation des Ba,lka,ns dans une region sans armes nueléaires et sans bases
militatres éttangrères. Nous désirons réaliser une collaboration multila-
tétale capable de conduire à la transformation des Balkans dans une zone
de paix et de collaboration pacifique ».
De noinbreux documents mettent en lumière le r6le determinant
des rencontres et des dialogues au sommet du President Nicola,e Ceausescu
avec les chefs d'Etats et de gouvernements ou des représentants de la
vie politique du Sud-Est de l'Europe pour un rythine ascendant des
relations bi- et multilatérales dans la zone. En ce sens, le Pr Baldev
écrivait : « Les multiples rencontres au sommet ont apporté une contri-
bution de la plus haute signification pour le développement des relations
d'amitié et de collaboration dans des domaines divers entre la Rounaanie
et les autres pays des Balkans. Le President Nieolae Ceausescu a entre-
prit de nombreuses visites amicales en Bulgarie, Yougoslavie, Turquie
et Grèce, et a reçu en Roumanie les chefs d'Etats de ces pays».
Eleni Ghilla, publiciste grecque notait que les résultats des dialo-
gues au sommet sur le plan sud-est européen constituent la garantie d'un
developpement toujours ascendant de l'amitié et de la collaboration tra-
ditionnelle entre le peuple roumain et les autres peuples de la region.
A son tour, Lambros Zog,as, prennant l'exemple d'un pays de la region,
declare que les relations se développent constamment, étant dynamisées
par les visites réciproques au sommet, par les dialogues, et les accords eon-
clus à cette occasion.
La suite des appreciations qui reflèttent la place aequise dans la
conscience universelle par la politique de paix et de collaboration de la
Roumanie dans les Balkans, c'est d'ailleurs le eas de la politique exté-
rieure roumaine dans son ensemble pent continuer par de nouveaux
et nombreux exemples. Elles s'érigent dans un témoignage catégorique
du caractère equitable de cette politique, de l'estime qu'inspire le Pré-
sident de la Roumanie Socialiste, estime que la communauté internatio-
nale a tant de fois manifestee, sous des formes multiples.

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Aspects de la modernisation culturelle

COUTUME ET ANCIENNE LEGISLATION ROMIAINE


L IV IU P MARCU

Le caractère de source formelle du droit, attribué à la cautume est


un principe générahnent admis du point de vue theoriquel, mais la forme
concrete de l'application de ce principe differe d'un pays à l'autre dans
le sud-est de l'Europe à cause des conditions historiques et sociales pro-
pres. Dans les Principautés Roumaines, à travers le Aloyen Age, cette
réalit s'est manifestée dans le cadre plus large du processus de reception
du droit romano-byzantin, processus qui a eu un caractère actif, finissant
par une synthèse originale des elements autochtones et alogènes 2.
Les rapports entre la coutume et la loi &rite a connu, dans ces pays
aussi, des aspects operant praeter legem, propter legem et memo contra
legem 3. En exposant cette situation, le prince roumain Démetre Cantemir
dans sa Descriptio Moldaviae, écrivait au commencement du XVIII° siècle
« En Moldavie il y a deux lois d'uue part une loi &rite, fond ée sur les
codes des empereurs de Rome et de Byzance et les resolutions des conciles
ecclésiastiques, d'autre part une loi non &rite, appelée mceurs (datina )
du peuple et qui dans notre langue porte le nom d'obicei, c'eSt-à-dire mceurs
et couturnes » 4.
Par consequence, à cote des coutumes qui opéraient propter legem
ou praeter legem, les premiores codification roumaines du XVII° siècle
« Carte romineasca de invaijitura » (Livre roumain des préceptes) en Mol-
davie, 1646 et « indreptarea legii » (Guide de la loi) en Valachie, 1652
ont reconu aussi l'effet juridique des coutumes contra legent qui avaient
1 Cf J. Gilissen, La Coutume, Brepols, Turnhout-Belgium, 1982, p. 13 suiv. V.
aussi A. Paysant, La sociologic du droit, dans : La Sociologic, I, Paris, 1972, p. 103 suiv.
R. Stammler, Wirtschaft und Recht nach der materialistischen Geschichtsauffassung, V-e ed.,
1924.
2 Cl. Val. Al. Georgescu, La réception du droll romano-byzantin dans les Princi-
pautés Roumaine (illoldavre et Valachie ), dans : Mélanges H. Levy-Bruhl, Paris, 19599
p. 373-392. V. aussi G. Cront, Dreptul bizantin in förile romcine, 4, an. IX (1958) no.
5, p. 33-59; an. XIII (1960), no. 1, p. 57-82; idem, Byzantine juridical influences in the
Rumanian feudal society, 4 Revue des études sud-est europeennes o, an. II (1964), n° 3-4,
p. 359-383.
3 Cf. S. Longinescu, Elemente de drept roman, Bucarest, 1906, p. 84.
4 D. Cantemir, Descriptio Moldaviae, Bucarest, 1973, chap. XI. V. aussi Val. Al.
Georgescu, La place de la coutume dans le droit des Etats féodaux roumains de Valachie el
de Moldavie jusgu'au milieu du XV I Ie steele, # Revue roumaine d'histoire 4, an. VI (1967), n° 4,
p. 555-586; L. P. Marcu, Les coutumes Juridigues comme systemc normatif vicinal en Rou-
manic, dans : Obieajno prabo i samouprave na Balkanu i na susednim zernliama, Beograd, 1974;
E. Cernea, Le röle de la coutume villageoise dans la formation du droll coulumier en Roumanie,
4 Analele UniversitAtii Bucuresti s, an. XXI (1972), n° 2, p. 119-128.

Rev. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 17-25, Bucarest, 1988


2c. 1737

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18 LIVIU P. MARCU 2

le pouvoir d'anéantir l'application de la loi : « (bland il s'agit quelque


chose qui doit étre soumis à la peine, mais la coutume locale l'admet, ceux
qui font de telles choses ne doivent pas étrepunis. Par cela, le juge prononce
quelquefois la sentence contre les prescriptions de la loi et cause de cette cou-
tame locale... Les faits qui suivent les continues locales liì nie s'ils sont
contre la nature et contre la loi, ne doivent pas &tie punis par le juge... 5 ».
rinteraction entre les deux scurces de (Iron, a été réciproque,
coutumes venant compléter les lacmies de la loi romano-byzantine pour
mieux l'adapt er aux réalit es de la so ei et é médi évale roumaine, la loi donnalit
aux coutumes mettle à celles contredisant la loi un pou roir générale-
ment recomm et sanctionné par la force co ércitive de l'Etat et transfermant
par cela la coutume en droit coutumier.
En ce qui concerne le statut personnel, les premiers monuments
juridiques remnants ont consacré la hierarchic féodale et le système du
lignage établi par l'Eglise. Bien que radoption fraternelle (infnitire) ait
été expressément excluse par les codes (IL, § 210), Pinstitution a continué
son existence dans la pratique populaire pour lis enfants Iles le meme
mois (lunateci ) 6 et dans la pratique de la classe dominante par la proce-
dure de prendre pom frère le copropriétaire d'un domaine (infrätire pe
mosie) 7;
Bien que l'interdiction du mariage allait jusqu'au huitième deg-ré, con-
formément aux nomocanons, la pratique juridique populaire admettait
quelque fois le mariage preferentiel sous la forme du lévirant et du sm'orat,
aussi bien que les noees d'un gropue de frère avec un groupe de sceurs.
Cette dernière- continue était concrétisée sour la forme des noces simulta-
vées ou par le mariage en circuit (trampa ): prtnots prend pour épouse
sceur du secundas, celui-ci la sceur du tertias et enfin ce dernier la sceur du
primus. C'est porquoi le législateur roumain (IL, § 174, 3) considérait
ss aire de mentionner expressement la formule de mariage <( par trois
lignages » (pontra trei neanotri ), d'après l'exemple du nomocanon de Mala-
xos (§ 146) 8.
Quant au récrime des biens les premières codifications de Moldavie
et de Valachie régrementaient seulement la propriété privée. La copropri-
été, particulièrement celle sur les itnmeubles ruraux, était sous Pineidence
des coutume, ce qui explique la presence du droit de preemption (proti-
misis ) dans les actes de eette période, alors que la loi n'en faisait aucune
mention. Cette vieille coutume de la communauté villageoise, destinée
empêcher la pénétration des étrangers, a continué de persister pendant
5 Cartea romeineasca de invrigituril, 164G, Bucarest, (1961), chap. 56, par. 1-4 (=CR)
indreplarea legit, 1652, Bucarest (1962), chap. 361, par. 1-4 (=IL). V aussi L. P. Marcu,
Les coutumes juridtques, p. 154.
6 Cf. L. P. Marcu, Formes tradttionnelles de la vie de ramille au village de Svinjica,
*Etnoloski pregled A, Beograd, XI (1973) p. 47-60.
7 Vz. G. Grout, Inslauftt medleoale romdneqlt. Inrralirea pe mope. Jura' lorzi, Buca-
rest, 1969, Ire partie.
8 Cf. L. P. Marcu, Structures famtliales en Roumante à l'époque contemporaine el le
processus de leur généralisation typique, Revue roumaine des sciences sociales 0, XIII (1969),
p. 100-101. V. aussi idem, Quelques considérations sur les coutumes juridiques comme systèrne
normatir victual dans le sud-es( de l'Europe (seconde mottle du XIXe s. première motlté du
XX° s ), *Bulletin de l'Association d'Etudes du Sud-Est EuropCen Bucarest, X (1972),
no 2, p. 188.

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3 COUTUME ET ANCLENNE LEGISLATION ROUMAINE 19

des siècles, trouvant sa place dans la loi seulement dans le XVIII'


siècle 9.
Bien que les premiers codes roumains parlent des contrats ecrits
(zapis ), la première place revenait aux stipulations verbales, aceompagnées
par la procedure de donner la parole ou de toper, les deux procédés aya,nt
un sens magique qui lie les parties plus fortement que les actes écrits
« Quand deux parties font une convention et établissent un accord, elles
lopent et quelquefois confirment leur engagement par le serment » (CR, §
48,2; IL, § 111, 2)1°.
La dévolut ion successorale se faisait dans le système des premières codi-
fications rouniaines d'après les degrés de parenté, avec la reconnaissance
de la vocation suecessorale de la jeune fine. En réalite, clans la pratique
populaire, la femme était exclue de la succession en Valaehie et en cas de
déshérence masculine on faisait appel hi:institution de Padoption fraternelle
sur un domaine (infritlire pe mosie ) ou h la decimation de la jeune fide
comme garvm, coutume bien ecnnue en Albanie aussi Par consequent,
la trimoirie partage de la masse suecessorale en trois parties en cas de
désherence bien que présente dans le texte de la legislation valaque
(II, § 272) éta,it superflue dans le système populaire à cause de la natalité
puissante et de la propriété collective et fut adopt ée par la elasse dominante
peine au XVIII' siècle sous Pinfluenee de la legislation geeque-phana-
riote.
Comme peines, les premieres codes roumains contenaient des sanc-
tions dures pour épouvantet les masses populaires : la peine capitale, la
inert par torture, la mutilation, le fouettetnent etc. Mais le peuple préfé-
rait appliquer au lieu de la peine capitale Pexclusion (-16 la communauté
villageoise et la mort civil° par l'exposition du fautif au mépris public en
le portant à tra,vers le village avec l'objet volé; les deux procedés out
leur place dans le texte de la loi (CH, § 102), mais non pas avec l'impor-
tame acordée par la pratique populaire
En ce qui concerne la procédure, les premiers codes roumains recon-
naissent Pinstitution des cojureurs (oameni bun i) qui intervenaient pour
établir la verité en cas de litige : «<Celui qui a volé dans l'Eglise) s'il a
accompli le fait et cela serait attesté par les hommes bons et pieux, sa peine

9 Cf Val. Al. Geurgescu, Preemlitinea in istorta dieptulaz ronici item Dreptul de prott-
missis in Tala Bometneascei Moldova, Bucarest, 1965.
19 Cf. L. P Marcu, Les coutumes furidiques p. 148, V. aussi Val. Al. Georgescu,
La légende populaire du o Conlrat d'Adarn » el ses unplteations (droil babylonien el ancien droll
roumain), dans : Sludii in °note di Eduardo Vollera, Roma, 1969. Pour le droit coutumier bul-
gare, v. M. N. Andreev, Bedgarskoto obleaino pravo, Sofia, 1968, P. 352. Cf. aussi L. P.
Marcu, Sqstème normalif des peuples mull ataires sur le terrttoire de la Roumame (IIle
XV II le s;ècles), dans : Nouvelles eludes d'histoirc, tome V, Bucarest, 1975, p. 35.
n Cf..G. Cront, op cit., I-ère partie. Vz. aussi M. Emerit, La femme en Valachie
pouvait-elle hériter? t Revue historique du sud-est curopéen », 1927, no 1-3, p. 38-46 ; G.
Fotido, La femme en Valaclue pouvail-elle liériter?, and, n° 4-6, p. 113-122 Pour l'Albanie,
v. A. Gjerghi, Gjurmè Id matriarkattl te (lisa dokeve re dikuresme te _fetes familjare, s Buletin
i Universitetit Sliteteror te Tiralies », an. XVIII (1963), no 2, p. 285-287.
12 Cf. L. P. Marcu, Les coulumes juridiques, p. 149 ; idem, Quelques considérations,
p. 197 ; idern, Formes traditionnclles de peines et de chit' timents chez les Vlaques de Balkans, in
Konferenca kombetare e studtmeve etnoqrafike 2.5-30 qershor 1976, Tirana, 1977, p. 20-268.
V. aussi Istorta dreptului rometnesc, vol. I, Bucarest, 1980, p. 430 suiv.

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20 LIVIU P. MARCU 4

doit Cdre la mort » (CE, XIII, § 148) ; l'institut ion a été utilisée pour Unites
les categories sociales jusqu'a fin du XIV siècle la.
L'équité, considérée par le peuple comme le fondement et Pimp&
ratif obligatoire d'un système de droit, occupait sa place dans les premières
legislations roumaines (IL, §1,2 3). Cela a créé la posibilité de la coexis-
tance et de l'influence rée prop e entre la coutume et les premières législa-
tions de illoldttie et de Valachie, a fait possible l'interaction, l'osmose et
la synthèse de ces elements juridiques fondamentaux dans le catire d'un
pluralisme (tontine eelui qui a ettracterisé le système de droit féodal rourna,in
et des autres pays du sud-est de l'Europe 14.
La coutume juridique est demeurée une source formelle de droit
dans les pays roumains aux temps modernes aussi. C'est ainsi, par exemple,
que clans une demande (anaphora ) publique h valeur de consultation
juridique qui fut presentee en novembre 1819 au prince moldave Michel
Soutzo et dans le texte de laquelle on invoquait h la fois les Pandeetes
et les Basiliques on affirme que « la coutume est un système de justice
qui a été établi par habitude, sans avoir été promulgué » et en conse-
quence l'application cons équente d'une coutume juridique durant un grand
nombre d'années, conférait à cette coutume-là la force d'un veritable
droit vivant » 15.
En taut que source de clroit, la c yuturne agissait ainsi que durant
la période anterieure soit propter legem, soit praeter legem et mème con-
tra legem, en tenant compte, selon les cas, de la theorie et de la pratique
juridique. Dans la première hypothèse, l'utilisation des anciennes coutumes
est allée si loin qu'elles ont parfois fini par obtenir leur réception et leur
intégration clans les codifications roumains du commencement du XIV
siècle : dans le Code Callimaki en Moldavie (1816) et dans le Code Caradgea
de Valachie (1818). Mais auparavant, dès 1785, la coutume avait été in-
tégrée clans le Soborn,icescal Hrisov (Le Chryssobulle universel) édieté en
Moldavie par le prince Alexandre Maurocordato et remis eu vigueur en
1835 et en 1839 16.
Dans sa seconde forme, habituelle, de praeter legem, la coutume a
été maintenue dans certa,ines pratiques judiciaires censées être parti-
culièrement utiles (0 les bonnes coutumes ») par les législations édictées
dans les Principautes Routnaines durant le premier quart du XIXe siècle
Ces legislations, en effet, ont permis explicitement le rnaintien de ces pra-
tiques jud.iciaires coutumières. Le grand juriseonsulte moldave Andronaki
Donici, dans son Manuel jariclique, énonçait le principe selon lequel « Pan-
cienne coutume de notre pays s'est conserve@ en taut que source de droit,
comtne une loi, à emulition d'avoir obteuu l'approbation requise pour co

13 Cf G. Grout, op. cit., IIe partle. V. flUSSi Istorta dreptului rometnesc, I, p. 421 suiv,
11 Cf. L. P. Marcu, Constdérattons sur les rapports mire la coutume el les prennéres
codtfications de Moldame et de Valachte, dans : Recherches, V II V 1 I1,1982 1983, p 25-32.
p. 25 32 Vz. aussi ObuFajno prono e samoupraoe rta Lialkanu tu susedritm zemljama, Beograd,
1974; Val Al Georgescu, L'ortytnaltté du drott matonal des petzples de sud-est européen
dans le contextc de la receptton du drott romano-byzantin jusqu'au XIX siècle et de la reception
du drott occidental au X IXe siècle, Bucarest, 1974, 66 pag
Codul Calunach, editie critica, Bucarest, 1958, p. 864.
16 Cf. Istoria dreptului romdnese, II/I, Bucarest. 1984, p. 72 suiv. Pour le droit greco-
rountain, vz. Pan I. Zepo3, Greek Lau), Ath.nes, 1949, p. 41 suiv.

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5 COLTTUME ET ANCLENNE LEGISLATION ROUMAINE 21

faire » (I, 11). Pourtant, da,ns sa conception, la coututne, pour obtenir force
de loi, devait avoir été admise en tant que telle par la classe dominatrice.
En général, les pratiques juridiques d'ordre public, issues principa-
lenient, en taut que manifestations de la volonté des princes, ont acquis
clroit de cite, sans qu'on bonne cornpte de le,ur ancienneté. C'est ainsi que
le logothète Gheorga,chi consignait dans son ouvrage Condic4 ce
are intru sine obiceiuri vechi i no' ale prea-ineiltatilor domni (Code con-
tenant les anciennes et nouvelles couturnes des princes très-puissants)
composée à Iassy en 1762217lei cérémonies de la cour princière, cérémonies
dont le respect trè,s scrupuleux ac4uérait une itnportance essentielle pour
rehausser l'autorité d'un prince qui d'après l'expression du diplomat°
suédois Erastne S. Weissmatel se trouve &Ire tout aussi souverain
que l'étre un prince en Europe »18. Au contraire, pour tout ce qui concer-
nait les couturnes créées par les boyards, le monarque roumain absolu,
phanariote ou bien. réglementaire, se montrait particulièrement suspicieux.
Bien plus, les princes s'efforcent d'abolir les anciennes pratiques qui favo-
risaient la noblesse autochtone : A, ce propos, le principal terrain sur lequel
la voloni é des princes phanariotes se heurtait à celle des boyards était
celui de la propriété foncière et celui des rentes afférentes à celle-ci19. Ce
fut, d'ailleurs, le terrain choisi par Constantin Maurocordato dans cer-
taines de ses réfortnes a,yant pour but de mettre au pas les boyards. C'est
ainsi que les logofelii de obiceiuri (dignitaires ayant pour fonction de re-
cherche et de maintenir les anciennes ccutumes du pays) avaient, parmi
leurs attributions, celle aussi de survéiller discrètement la manière
darts laquelle les boyards entendaient utiliser la coutume à lour bénéfice.
Cette occurenee pourrait bien expliquer aussi l'indifférence de ces digni-
taires concerna,nt Penregistrement systématique des couturnes des pa,ys
sur lequels ils étaient appelés à les garder.
Quant à la countume opérant contra legem, dans l'époque moderne
elle était censée are nuisible aux intéréts du pouyoir princier, n tant
que 6 mauvaises couturnes » (obiceiuri rele ), continuant à ettre express&
ment interdite, sous certaines sanctions. C'est ainsi que la eélébration du
mariage, sans l'office du sacre religieux, était frapée de nullité ; le divorce
qui n'avait pas 61,6 prononcé par un for ecclésiastique était inadmissible
et non ree,onnu ; en conséquence, celui qui essayait de contracter une secon-
de union matritnoniale était censé étre bigamo. Le rapt d'une jeune fille,
rnéme avant pour but le mariage, s'il n'était pas suivi de l'assentiment
des parties, était sanctionné avec une rigueur qui dépassait méme celle
des anciennes lé,gislations 20.
Les masses paysannes continuaient à montrer leurs réserves con-
cernant la (, legea domnilor i a îmnpàralilor » (La loi des seigneurs et des
empereurs)21, qn'elles considéraient comme étant un veritable instrument
d'oppression à leur égard. Les formules utilisées pour caractériser la loi
17 Cf. D. Simonescu, Literatura ronuind de ceremonial, Bucarest, 1939.
18 E. S. Weissmantei, dans : Caleitort strdini in tdrile lomd ne, rns. l'Institut d'his-
toire ( N. Iorga Bucarest.
" Cf. Istolia dreptului romdnesc, II/1, p. 49 suiv.
E° Cr. L. P. Marcu, La place de la coutume dans le droll roumain moderne, dans Reciter-
ches, IX, 1984, p. 61-73.
21- G. D. Teodorescu, Poesii populare, Bucarest, 1900, p. 90.

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22 LIVIU P. MARCU

sont particulièrement instruetives « La loi est telle que Pont confectionnée


les seigneurs »; en tant que telle, « la loi va de l'avant et les nulling après
elles », parce que « la loi tourne autour d'une roue en or» 22. Seules fai-
saient exception les actes normatifs qui tenaient compte des anciennes prati-
ques populaires et gill, en tant que tels, devaient kre respectés : Car telle
est la loi de nos ancetresi/La loi ainsi que la coutume » 23.
Toute une série de pra,tiques provena,nt des relations internalionales
ont été évoquées aussi par des auteurs roumains ou étlangers comme
ayant fait fonction de coutumes juridiques dans le droit roumain. C'est
ainsi qu'on (st arrive à transfonner une situation de fait, comme celle
qui régissait les rapports juridiques entre l'Empire ottoman et les Prin-
cipautes roumaines, en une situation de droit, du moment qu'on a com-
mancé à évoquer « nos aneiens traités (avec la Porte> » ou bien « nos capi-
tulations )). De la meme rnanière, on s'est efforce d'int égrer certains actes
normatifs émis par les Sultans clans la sélie des « anciens adets » (con-
tumes ottomanes) 24.
En general, la coutume, en tarn que source de droit, occupait durant
la seconde moitie du XVIIP siècle et la première inoitié du XIX° siécle
une place de plus en plus niodeste, par iapport avec le droit écrit, objec-
tif primordial de l'absolutisme monarchique, nomothète par excelence
et qui s'efforeait de mobiliser les jutisconsultes de l'epoque dans le but
de creer la conscience jaridique requise pour l'accomplissement de leur
politique 25. Cependant, les normes de comportement à earactère de droit
coutumier out continué a représenter un phénornène de masse dans le
milieu rural, en possédant une double source : d'un côté, les anciennes
normes juridiques coutumières, conservées et adaptées aux nouvelles con-
ditions sociales, de l'auire les a,nciennes lois officielles abrogées, mais q-u.i
maintena,ient leur valeur en vertu de llabitude, ou bien en vertu de leur
utilité confirmée par la pratique (par ex. l'ancien systeme des poids et
mesures, les normes prévnes anciennement pour la conclusion des con-
trats, la devolution suecessorale, etc.). Pour ce qui concernait cette der-
nière catégorie, les normes juridiques ont perdu maintenant leur earactère
de droit édieté et maintenu par la force de contrainte de l'Etat, pour
acquerir des caractéristiques prop es a, la coutume juridique, à laquelle
elles sont maintenant assimilées. Parallelement, dans les nouvelles con-
ditions de la vie sociale, une partie des anciennes coutumes tout en étant
reconnues ou bien tolérées par l'Etat, commencent à perdre leur caractère
juridique pour devenir de simples règles de comportement, similaires, du
point de vue de leur sanction, aux règles morales : ou bien elles slut&
grent dans le corps des platiques populaires à valeur purement ethno-
graphique au folklorique 26.
22 Mill Zanne, Proverbele rometnilor, V, Bucarest, 1900, p. 379, no. 12.183.
23 G. D. Teodorescu, op. cit. , p. 517. V. aussi L. P. Alarcu, Quelques éléments
d'ellmographie jundtque dans rceuvre des chrontquers roumatns, Ethnologicas, Bucarest, 1982,
p. 56-62
24 Cf. Istoria dreptului rom6nesc, II/1, p. 58. Vz. aussi Documente turcesti privind istoria
Romciniet, I, Bucarest, 1976, p. 274-278; II, Bucarest, 1983, p. 27-28, 35-37, 180-181.
26 Cf. N. lorga, Le despolisme &Raré dans les pays roumains au XVIII« siècle, at Bulletin
of tle International Cornitee of Historical Sciences s, IX (1937), ler partie, p. 101 suiv.
26 Cf. L. P. Afarcu, La place de la coutume, p. 67. V. aussi R. Vulcilnescu,
Elnologie juridtcd, Bucarest, 1970; Obieajno pravo ..., Beograd, 1974, passim.

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7 COUTUME ET ANCIENNE LEGISLATION ROUMAINE 23

A l'epoque moderne, à la difference de ce qui s'etait passé durant


période féodale, la coutume n'a pu se maintenir que sous la forme amoindrie
de droit subsidiaire 27, avec toutes les consequence qui dérivaient du fait
d'investir ce système juridique tiaditionnel de l'autorité de la force pu-
blique. C"est ainsi que l'unification, législative qui a été consequence de la
constitution de PEtat rournain unitaire de 1859 s'efforcera de maintenir
au moil's duiant sa, phase initiale un certain équilibre entre le sys-
teme julidique des deux Principautés réunies. De plus, le Traité de Berlin
de 1878 obligela l'Etat roamain de recomiaitre, dans la Dobroudgea,
force de loi des antiennes toutumes et us musulmans qui avaient la meme
valeur obligatoire que le Coman et le Sheriat ; tette situation devait durer
pres d'un demi-siècle jusqu'à l'abolition du systeme en 1935, à la demande
expresse de la population musulmane qui était son benéficiaire 28.
Apres Pactomplissement de l'unité 'rationale, en 1918, les ancien-
nes coutumes juridiques qui s'appliquaient encore, à cette époque, dans
les provinces historiques réunies à l'Etat rournain out acquis la valeur
d'un droit subsidiaire ; Punification legislative prendra, par consequent,
l'aspect d'un processus qui durera, pres de vingt années 29.
La dialectique des systemes juridiques, leur interdépendance et
leur transformation qualitative et plurifonctionnelle, ainsi que la néces-
site d'une unification organique des normes du droit dans un systeme
juridique 'national ont pose le probleme de la remise en valeur de certai-
nes traditions juridiques qui se trouvaient etre en mesure d'imprimer au
nouveau syste,me juridique national un certain caractere spécifique.
decouverte de #1'esprit collectif de la nation » (Irolksgeist ) esprit qui
se trouvait associé puissamment à l'essence de la nation à fondement bour-
geois qui ne tardera pas à s'affirmer devait devenir une préocupation
non pas seulement au niveau theorique, mais aussi une preoccupation
bien pratique. Cette preoccupation sellable avoir été commune aux prin-
ces phanariotes legislateurs et, A, ce point de vue, la tàehe assignee
au jurisconsulte Michel Photino est particulièrement eloquent, bien que
ne fut pas le seul cas shnilaire et, un siècle plus tard, à Jean Ghica
qui, en sa qualité officielle de prince (bey ) de Pile de Samos, se rendait
parfaitement compte des avantages de la mise en valeur des normes juri-
diques associées à la tradition 3°.
C"est exactement la preoccupation qui caractérise l'Ecole historique
du droit, dont les promoteurs ont été Fr. K. von Savigny et G. F. Puchta,
mais qui eut un grand nombre d'adeptes dans les pa,,ys voisins des Princi-
pautes Roumaines : G. L. von Mauer (1834), P. I. Schafarik (1843-1844),
27 Cf J. Carbonnier, Flexible Drott, Paris, 1969. V. aussi L. Levy-I3ruhl, So-
ciologie du droll, Paris, 1964.
28 Cf. L. P. Marcu, Some Aspectsl of Laicisation of Moslem Family in Dobroudja (end
of the 19-1h Century first decades of the L'O-th Century ), Revue des études sud-est européen-
ties », Bucarest, Ill (1965), n° 1-2, p. 224 suiv.
28 Cf. A. Ionascu, Problema unificeirit legate:feel civile in cugetarea furidica ronutneascil
( 1919 1941 ), e Pandectele romá'ne 1942, ive partic, p. 146-156. V. aussi 0. Schelarie
et Val. Al. Georgescu, Unirea din 1918 si problema unificarei legislafeet, i Studii o, an.
XXI (1968), n° 6, p. 1185-1198.
Cf. Val. Al. Georgescu, Pour mieux connaltre rceuvre juredigue de Michel Fotino,
Revue des etudes sud-est européennes *, an. XII (1974), n° 1, p. 33-58; L. P. Marcu,
Ion Gluca, dans : Din gindirea politico-juridica din Romania, I, Bucarest, 1974, p. 191.

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94 LIVITJ P. MARCU 8

V. Bogisi6 (1874), St. Bobèev (1896-1902) Shtjefèn GjeTov : cette


méme école a trouvé, en la personne de B. P. Hadeu, un adepte convaincu,
qui fut Pinitiateur de toute une vaste action ayant poni dessein le rassem-
blement des a nciennes coutumes juridigues roumaines (1877-1878) 31.
Sur une base théorique nouvelle, la mérne idée fut reprise par les adeptes
du « mouvement pour le droit libre » (Freirechtliche Bewegung ) : H. U.
Kantorowicz < Gneus Flavius >(1906), E. Ehrlich (1912), ainsi que per I.
.Afateiu, durant la période compuse entre les deux guerres mondiales.
Pour les jurisconsultes mumains de Transylvanie, qui connaissaient
parfaitement le caractère oppressif des lois étrangères, la coutume juri-
dique nationale, ayant pour fondement le consensus et la pratique ininter-
rompue (Tu peuple roumain (« qui vivait dans cette tradition juridique
coutumière comme sur la base méme de son hérédité nationale était supé-
rieure au droit écuit « qui nait, communément de Parbitraire et des desseins
égoistes et contuaires h notre nation ». C'est dans le mème sens que Simion
Bhrnutiu devait expliquer « pourquoi le droit national coutumier a
pu résister et se défendre plus longtemps, ayant été soutenu par les con-
vinctions nationales, ce qui a permis aux Houmains de conserver da,ns leur
sein, parmi tant de vicissitudes, les principes de la liberté » 32. Pourtant,
lorsque la domination étuangère s'efforv,it d'opposer aux coutttnes rou-
maines (Jug l'alachicum ab antiquo ) ses propres maximes coutumières
comme l'avait préconisé, dés 1821, le jwisconsulte hongrois Georeh
Ill& 33 les théoriciens roumains de Transylvanie se déclarèrent les
fermes partisans du droit écrit, dans les formes les plus rnodernes, comme
celles de la législation autrichienne.
Après la réunion des Principautés roumaines en 1859 et l'élabora-
tion des grands codes modernes, la coutume ne sera plus admise en tant
que source formelle de droit civil, qu'en matière de servitudes et relations
de voisinage (Code civil roumain, art. 600, 607 et 610), en matière d'usu-
fruit (art. 529 et 532), pour l'exéeution des eontrats et Pinterprétation
de la volonté des parties (art. 960 et 980), pour la vente (art. 1359), le
contrat de location (art. 1436, 1443, 1447, 1451 et 1452), ainsi que concer-
nant certains aspects de la vie de famine (l'apparentement, l'affrèrement
concernant les bornes, la dot, le testament oral etc.). Le Code commercial
roumain de 1887, par son premier article, précisait que les usages commer-
ciaux ne constituaient pas des sources du. droit. La coutume devait pour-
tant demeurer en tant que source formelle du droit commercial par le fait
de la jurisprudence, qui a admis la viabilité des effets juridiques de
certaines clauses contractuelles conven-u.es entre les parties con-
tractuelles 34.

31 Cf. P. Strihan, Bogdan Petriceicu Hasdeu, dans : Din gIndirea ..., p. 323 SOlV.
32 S. 135rnutiu, Breptul natural public, Iai, 1870, P. 180.
33 GeOrCh I., Jegyzelek a'Hdrmas Tdrvény-Könyv ¡II ik Része 29 ik Czikke-
litehez, Tudomanyos Gyujtemény, I, Buda, VII, 1821, p. 65-66. V. aussi Tarkany Szucs
Ernö, Magyar op népszokdsok, Budapest, 1981, p. 10 suiv.
34 Cf. S. Ionescu, lzvoarele istorice ale dreptului comercial roman crilica noilor ten-
din fe de reforme, t Pandectele române », 1942, IV, p. 57. V. aussi R. Dirniu, Obiceiul In dreptul
actual romdn, zbid., 1943, IV, p. 133-137. Pour la comparaison avec la Gréce, cf. Pan. I. Zepos,
op. cit., p. 60 suiv.

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9 COUTUME ET ANCIENNE LEGISLATION ROUMALNE 25

Pour le droit administratif roumain aussi, la coutume était censée


étre une source du droit forme' 1 ; en effet, différentes lois invoquent
coutume en eette qualité. Des textes de lois administtatives indiquaient,
souvent, Fobligation de dresser certains actes « scion la coutume locale » 35.
Lorsque quelques doctiinnaires se sont efforcés de créer une coutume
constitutiovuelle, en mesure de justifier le iôle augmenté du Conseil de la
eouronne, dmant la regime de diciature pratiqué par le roi Carol II entre
1938-1940 36, il s'est lieurté à des objections critiques parfaitement jus-
tifiées de la pa,rt des julisconsultes démociates roumains 37.
Apt ès la detniète guetre mondiale, l'admission des coutumes en
taut que normes jutidiques seta limitée, en matiere civile, aux servitudes
de voisinage (C. civ. roum. art. 600, 607 et 610), à l'intetpretation des
contiats (art. 970, 980), ainsi qu'aux contiats de vente et de location (art.
1359, 1451 et 1452) 38.
En céclant sans cesse leur position aux lois c'crites, les coutumes
juridiques ont, pourtant, laissé subsister des traces. Il s'agit de la consci-
ence que ce sont seulement les conséquence des coutumes, c'est-h-dire
des noimes qui sont issues des coutumes, qui sont vraiment justes" (inf.
de MAriselu, déyart. de 13istlita-NasAud, 1972) 39, de la concordance entre
la parole et Faction, a,insi qu'entre ce deinier et le responsabilité de l'au-
te-ur devant la collectivité dont il fait partie. C'est la quintessence de
ploclamé par les créateuis des glands systèmes de droit et qui
ne manque à aueune des productions littétahes du peuple roumain, comme
des auties peuples du sud-est de l'Europe aussi, ayant acquis la valeur
d'une constante juridique dans laquelle selon Fexpression de W. Muller
«la mmale et la bonne conduite vont de pair »4°.

35 Cf V. Onisor, natal (te drepl adminishatto roman, II° cd , Bucarest, 1930, p. 16.
39 I. V. Gruia, Curs de (kept conshluhonal, Bucarest, 1941-1942, p. 323; M. Cimi-
giu, Noul 'Nun conshluhonal hall:dot itz, Bucarest, 1941. Pour la notion de Volkische erfas-
sung, cf. E. R. Huber, Vet lassungsrechl des Glossdeulschen Retches, II-éme ed., Hamburg,
1939, chap I
37 Cf R Dimiu, (1,1 cil , p. 137. aussi C. C. Angelescu, Noua organtzare consti-
tutional(' a slatulut roman, dans . i Arhiva de drept public , III (1941), no. 1-4, p. 151-181_
'8 Cf. I. Demeter et I. Ceterchi, Inhoducere in sludiut drephdui, Bucarest, 1962,
p. 158.
39 Archk es de lInstitut d'études sud-est européennes, Fond obteeturi luridtce, dos. VIII,
f. 1, no 1. V. aussi 1.slot ta dreptuhu lorminesc, 11/2, Bucarest, 1987, p 58-62.
40 W. Muller, dans : Les 'chylous anu'roindtentles, Paris, 1962, p. 243.

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THE MODERNIZATION OF THE SOCIAL-POLITICAL
VOCABULARY AS REFLECTED IN THE ROMANIAN
PRESS OF THE FIRST HALF OF THE 19th CENTURY
LIDIA SIM ION

This study is based on the (chronological') analysis of the Adver-


tisments, the Progtamme-articles and the various Editorials of 1829-
18.32. The vocabulaty of such texts, emerging in a period of social and
political changes, most accurately reflects ihe main stages of tiansition
to.wards the emancipation of the Romanians and, implicitly, demonstiates
the interdependence between the evolution of political life, the changes
in mentality, and the development of language.
It should be mentioned that the study of the most important Ro-
manian journals starting with the very fitst ones has been the
concern of many Romanian and foreign specialists. A close exatnination
of such studies signals out the appatition, eversince the beginning of the
centuty, of different works elaborated with research means specific to the
period. Afterwards, a gladual shift can be noticed with works employing
both modern, specific, and complex methodologies that have become clas-
sical in litetature and respond to the most rigorous scientific criteria, 2.
1 The list of periodicals, the data of publication and the abbreviations Carteret! romd-
nesc, 1929, C11: Attalla ranidneascd, 1829, A Milt:eul national, 1836, MN ; Romdnul 1837, R
Gazela de Transilvania, 1837, G'I'; Poate pentru nitrite, ininui literaturd, 1838, Fm : Dacia
liteiard, 1840, II.: Spicuihnul mo/do-, °train, 1841, Sni ; Proptisir ea, 1844, P ; Magazin istoric
pent, u Dacia, 1843, 511, Drumm( lumina, et, 1847, 01 Pruncul ronuln, 1848, PR ; Reforma,
1848, R ; Poportil suite, an, 1848, PS ; .\-alionalul, 1848, N , Bucovina. 1848, B ; Rometnia viz--
tome, 1850. RV ; Renuldtra minima. 1850, RR
2 SeieCt bibliography N lindos. Sack Ionecu, Publicalttle rorminesti, Bucuresti, 1913
P. V. llanca. De:voila, ea limbti ti/e! are i °indite in prima jurnalate a secolului al XIX-lea, Bucu-
resli, 1926 ; N. larga, !storm pi eset ronidner?ti de la ineeputui t piad la 1916, Bucuresti, 1922
Ion IIangiu. Pi esa literal d lonidneased, vol. II (/ 769-1001), Bucuresti, E P.L., 1968 , Foate
pent' u minte, muna si ((Joanna (edited by George Em Mama), Chij-Napoca, Editura Dacia,
1962 Dacia Idea a rd (edited byMqria Platon), Iasi, Editura Junimea, 1972: Propersirea (edited
by Paul Cornea), Bucuresli, Editura Minerva, 1984; Al. Andriescu, Lintba preset ronidnesti
in seco/u! al XIX-lea, Clui-Napoca, Editora Dacia, 1978 ; Conti ibuftt la islouici lunbit ronuinesti
in secolul al X IX-lea, 1 (1956), 11 (1958), 111 (1962), Bucuresti, Editora Academiei 11.S R.
Gheorglie 13olgfir, "Despre limba stilul primelor periodice romilnesti", in op. cit., II (1958);
Elisabeth Close, The Development of 31adein Rumanian : Linguistic Theory and Practice in
Muntenia. 1521-1131, London, OxIord Ne)% York, University Press, 1974); Analele Uni-
versildlii Bucutestt. Seria Limbil Literatorti, XXVII (1978) (Ion Coteanu, "Un model analitic
al limbajului social-politic" ; Mircea Seche, "Aspecte ale lexicului politic in lexicografiaromO-
neascä de la joinfitatea secololui al XIX-lea" ; Klaus Bochmann, "Revolulia de la 1848 in
RomAnia si Germania intilniri `7i raporturi"; Rodica Bogza Irimie, "EiniVitor si receptor in
textele politice din timpul revolu(iei de la 1848") ; Rodica Bogza Inane, Termeni poltlico-socialt
in priniele pei todice ionteute0i (Doctoral thesis), Bucuresti, Tipogratia UniversitaIii Bucuresti,
1979 ; Klaus 1-3ochmann, Dei politische Ischal: des Rumanischen von 1 821 bis 1150, Berlin,
Akademie Verlag, 1979 ; Victor Visinesco, \'aloui lettcale i stilistice in publicistica romdrieascii,
Bucure5ti. Editura Albatros, 1981.

Rev. Études Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 27-33, Bucarest, 1088

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28 LIDIA SLMION 2

The perusal of these works highlights the effort aimed at clarifying


the question of the vocabulary modernization within the context of the
novatory movement of the Romanian spirituality. Thus, the analysis
of the ideological values of the text is made to meet the one of the lexical
values, consequently allowing for a better comprehension of the role
played by the piess in the vast process of "intjgration" in the European
cultural rhythm.
After 1821, one could speak of a leap that took on the significance
of a transition to the modern cultuie : the traditional fund continued
lo leCeiVe European ideas, and this led to the assertion of a IleW wa,y of
thinking. At the same time, the iestamation of the native reigns, the
acceleration of the economical development ihythm, and the setting up
of new institutions cleated a climate favouiable to the opening towaids
n,ew values and to the -liaping of new tastes phenomena considered
as specific to the stages of fundamental transfoimations. It was the age
of the debut of the first iegular Romanian peiiodicals. First and foremost,
such instruments -were meant to be the very expression of the modified
attitude towaids cultuie. This new altitude spiang from the -understand-
ing of the need to better the people by "enlightenment", a concept that
was to guide, for quite a long time, the thematical plans of the various
periodicals as suboldinated lo the concern for forming a new public able
to overcome a gap.
Around 1848, especially during this year and well aftemards, the
interest focused on the political ploblems. Up to 1840, in terms of fre-
quency, the materials studied reveal the highest values for such terms as
luminare and civilizatie (with their variants pollre and politicire ;) duling
1845-18.52 the highest frequencies are registered for politic, patrie, patrio-
tism, patriot, noire, voitate. IIere we have confined ourseh-es to a brief
discussion of these terms, based on the afore-mentioned pet iodicals refer-
red to with their coiresponding sigles hereinafter : "Incredintindu-ne de
dorinta, dvs. pentiu indeminarea mijloacelor ce privesc cutre luminarea
neamului redactia acestei gazete hi face poftitoalea celere siti binevoiesti
a indemna, pe evghenistii boieri ( ...) sit pienumere pe alUtuiata filU"
(A); the readers that "cloiese si se lumineze" would get news horn "lumi-
nata Evropit" (CR); in Transylvania it was appreciated that "se dii voie
sloboehl a ne lupta, si a pilsi cutre luminarea noastrit" and the belief was
stated that the journa,1 was called upon to contribute lo "laminarea
dezvolta,rea, ideilor unui popor" (GT). In Moldavia, the editor had in
view the education of the young generation : the basic goal would here
be that of facilitating, outside school, "obsteasca laminare a tinerimii
a poporului", as "luminarea nationalii a compatliotilor" was widely talk-
ed about (IL). The first Romanian newspaper, entitled Romania, indi-
rectly expressed the necessity of enlightenment and, to this purpose,
placed its columns at the disposal of everyone -willing "a-si hnpodobi
duhul cu cunostinte adevillate". Even before 1829, the term "luminare"
liad often been met as accompanied by cultivare (with its variants) in
nstiintà ri, Apeluri and Prospecte of different periodicals, some of which
were never lo be published.
All the periodicals were concerned with the necessity to cultivate
the people. "`.3i acum cine va indrUzni a zice ( ...) ci noi avem vreo pie-

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3 MODERNIZATION OF THE SOCIAL-POLITICAL VOCABULARY 29

dial, in eultivarea noastra,?" (GT); in 1114)1davia, the readers were inform-


ed that the newspaper was to have "un pret indemnittoriu pentru toate
straturile, nu numai a celor cultirati" (IL). Alongside Iuminare and culti-
vare, whose semantic fields overlapped, and were somentimes even equi-
valent to, with luminare gtadually loosing ground in favour of cultivare,
one can place the concept of civilizatie, as being indissolubly connected
with the former two. It is to be met in almost all the writings of after
1750, at the beginning- under its forms of polire, politicire, politefsire.
Under one form or another, the concept ,S to appear in all the pi °gramme-
articles. of the period studied. Along the years it is glos,ed in different,
ways which alone proves the attention the editors payed to its understand-
ing, adaptation and adoption. Being- derived, just like laminare, culti-
vare, from the terminology of the Enlightenment, it was to become the
force-word during the first half of the 19th century. Some excerpts from
the press come in handy : "Nu se afliti astAzi in lumea poli1icit4 neam car ele
( ...) su nu aibiti in limba natiei un jurnal periodic" (A); or : "( ...) cei
mai remarcabili autmi antici si modemi au contribuit la implinirea faptei
eei mari a civilizaliunii" (MN). When advertizing for the apraiition of
Spicuitorul moldo-roman, the editor informed the readers that the publi-
cation "se infi.ltieaz'á ea orgaaul tivilizaliei", while Gazeta de Transil-
vania invited the reader to subscribe to it as the publication was to be
of use "spre inmultirea cunostintelor si poleirea sa", i.e. to be of use both
for the reader's cultivation and for his civilization. For the editor of
Cariosul, the concepts were strictly interdependent : "intinderea lumi-
nilor este aceeasi eu a civilizatiei" and the preponderently literary orien-
tation of the journal was justified by the belief that "ispràvile literare fac
civilizatia singurí ferichea".
The texts from which these examples were selected made use of
terms specific to the 18th century vocabulary, as well as of new ones
(carefully glossed). The situation is typical of this stage, as the concern
for the modernization of terminology was still at its beginning. The
forty-eightist periodicals went on a way paved by forerunners, yet brin-
ging in the ideal of shaping a world of social and national justice, of awake-
ning the Romanians' self-awareness. In other words, they introduced
new ideals whose theoretical argumentation would grow in the making,
keeping abreast with European thinking. New terms, coming up with
the revolutions, would enter the vocabulary to express these desiderata.
Any great historical, political, social event usually tells upon the
vocabulary of the social category interested in that respective event
Thus, around 1848 and particularly during that year, a whole series oi
political terms entered the Romanian language. They did it with such
impetuosity and such consequences upon the vocabulary, that, in this
respect, the first half of the 19th century cannot be compared to any of
the previous periods. "Nowada,ys we speak and -write a literary language
shaped towards the middle of the past century in a complex process that
touched all the levels of language" 3. The fast assimilation process demons-

3 Mihaela Manea, Limbaiul arlislic ionnThese in secolul al XIX-lea, Bucure5ti, Editura


StiintificA i Eneiclopedwil, 1983, p. 6.

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30 LIDIA SENHON 4

trates that the modernization of the vocabulary corresponded to the


Romanian society's real and constant needs, and reflected its radical
changing. In their trun, more faithfully than any other writings, the perio-
dicals of these years reflected the dynamics of language under the impulse
of the new political cieeds, and outlined the lexical options that led to
the shaping of a unitary language able to fit and serve modern culture.
While the Enlightenment concepts liad dominated the press before
1848, the press of that year was of a maiked political chaiacter, ridden
of any of the past hesitations. This again demonstiates that the Roma-
nians had already taken up the revolutionary ideas of Western Europe.
That was the time of clear-cut re-dimensioning of a whole geneiation's
outlook upon the place and the role of the Romania,ns. "Our parents
have opened their eyes in the ancient craddle ; the people of 1835, who
inaug.-mate the present geneiation, were born in the turmoil of IleW ideas.
Our parents' eyes and thoughts revolved East, ours are sighted towards
the West, which is as different as day and .night" wrote Aleeu Russo to
score up his genetation's adoption of a new way of thinking.
In contiast to the previous period, the forty-eightist newspapeis
were dominated by attieles of a strong propaganda character. The inte-
rest of each Romanian province in the events taking place in the other
two grew and induced the mutual publication of the most important
contributions. Just like M. Kogillniceanu, who used to believe that "my
country is that stretch of land on which. Romanian is spoken" 4, the pe-
riodicals were now addressing themselves to all the "about seven million Ro-
manians" 5 . However, a stimulative propaganda, article required an adequate
vocabulary. Such terms like : alegeitor, mad, ei'ruztq, burjoazie, democratie,
guarda, emancipare, insurectie, libertate (in the most diverse phrases
libertatea dinliluntiu/dinafarit/nationaM, a individului, etc.), muncitor?
partidei, proletar, revolatie, reformd, solidan/ate, stindard, nnire, unitate,
etc. are found side by side with terms specific to the Enlightenment
bine obstescIpatriei cultivareldespotism, natie, pa-We,
patriot, patriotism (when it comes to the latter four terms, the forty-
eightist pe ss proves especially sensitive), then slobozenie, tiranie, etc.
As a 'natter of fact, even the subtitles of the peiiodicals certify
their declared political character. Here are some of them : thus, Organyl
luminarei was subtitled "Gazeta bisericeasca, politica si literaria" ; Poporul
suveran had "liberty, equality, fraternity" for a motto, and as a sub-
title "Gazeta politict si literarii" ; Nationalul was a "Gazetil
literarà si economia," and its progiainme envisaged the publication of
all sorts of news "about the shaping and re-shaping of all things that touch
our happiness and unhappiness ( ...)". From the conceptual and the
lexical points of view, one should notice, in this latter example, the co-
sexistence within the same sentence of a new concept reformare (re-
shaping-) beside the older opposition fericirelnefericire (happiness/
unhappiness). Bucovina was also called "Gazeta ronOneascit pentru poli-
4 M. Kogillniceanu, "Cuvint iii troductiv la cursul de istorie nalionald (24 11.1893)
rostit la Academia Aldifuleand", apud Foote 11-13 (1844).
5 Ion nehade-liadulescu, "Chemare pentru Biblioteca umversalr, in Coruna tontdoesc,
62 (1846), apud Ion Hangut, op cll., p 24.

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5 MODERNIZATION OF THE SOCIAL-POLITICAL VOCABULARY 31

ligie si literaturil" and aimed at being "the defender of national


interests" in a region where "the Romanian nationality is predominant".
Therefore, politic as a term, though previously avoided or only sporadi-
cally employed, gained in frequency. Its presence proves indicative .of
the new state of mind, against the background of mutations occurring in
the Romanian society.
A similar increase in frequency can be noted for patrie, patriotism,
patriot, beside unire, unitate, no mat ter where the periodicals appeared.
The first peri.odical (1829-1840) made use of patrie in texts the contents
of which belonged to the Enlightenment : "mm in a rea patriei" (CE), "gaze-
ta patriei" (A); "fericirea patriei" and "dulcea noastrit patrie" (GT).
The year 1848 witnessed the first definition of fatherland in the press
"The fatherland is the identity of interests, ideas and passions that gathers
and unites (pecple) in order to deferid the welfare" (PS). Patrie would then
begin capital : "(...) un singur pullet de vedere : Patria" (JE). Pluases
like vrájma.ii patriei, mintuirea patriei, pieirea patriei also
reached high frequencies in such texts. Derivatives like patriot,
patriotism came in natutally. Regal ding as patriot every one who showed
attachment to actions of profit for the fatherland, in 1840 the editor of
Icoana lomei (aunched) an appeal to "the four or five hundred patriots
and nationalistic men of letters ( ...)". Later on, in 1898, the appeal
would be addressed to all Romanians : "romAni, fiti sinceti si inainte de
toate patriqi generosi, fierbinti" (JE), with patriot and natio-
nalist being synonymous. Poporul sureran resorted to a diminutive to
banter the false patriot and the false pattiotism : "acesti patriotasi care
aleargh" cu limba scoasil i cer cite o mnic recompensil pentiu patriotismul
lor". In the process of revolution, the patriot became an apostle of free-
dom called upon to materialize in action the patriotism underlying his
attitude. N. Mleescu's remark that "today the Romanians need to take
a stand on patriotism and courage" (MI) was an impetus to which the
young generation presently responded. A few years later the press would
still eulogize the youths having taken part in the 'evolution "Triliascil
tinerii voinici care au dat dovadA" cii patriotismul nu este un cuvint
desert ( ...)" (PR).
As a progress factor materialized in creative militantism, during
the forty-eightist period, patriotism struck- root into consciences and
then flourished in the struggle for the creation and consolidation of the
Romanian national state. As Stefan Lemny 6 put it "The presence of the
new ideal in Romanian thinking was not a simple language 'innovation',
but an idea emerging from the spiritual realities and unrest of the society.
It emphasizes the tendency to freshen up the ideological discourse in
accordance with the new needs to join together and activate the ener-
gies ( ...)".
Of course, time penetration of new ideas and their impact on the
vocabulary should not be pursued in the press only, and moreover in
the programme-articles alone. However, such material allows us to point
out, besides the already mentioned ones, terms like 'attire and Imitate.
6 8tefan Lonny, Originea si cristaltzat ea idea de patrie in cultura rorntinil, Bucure§ti,
Editura Minerva, 1986, p. 208.

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32 LIDIA SDVIION 6

Their frequency would increase in the press of after 1848 as well as in the
exiled revolutionaries' press, which proves that this commandment gain-
ed ground in an objective historical process and became the concern of
authors in the periodicals under analysis. Thus, all the articles recorded the
following terms : cu noi, fiati romAni de dincolo de Milcov
Munteanul i inoldoveanul sint toti rornâni, fiati de o singutiti ltafie" (PR)
...) sil nu ziceti c'd Romiinia e liberà cind Moldova e robitit Revolutia
de la 1848 a elibeiat o provincie a Romaniei, iar nu Romilnia intreagit"
(PS).
Junimea roinanci's purpose was to get all the Romanians interested
in "ideea rena;terii nationale, pentiu cá nu vom fi libeti pinii nu vom fi
mall". The same progtamme was going to disseminate "ideea unirii natio-
nale" and advise all Romanians to join under the banner that bore as a
motto : "Unirea romamilor" as the only way in which the Romanians
would be able to form "intregirea romanilor". In some other articles, the
ideea of unification was more conciselv expressed : "( ...) numai
lupta ideei poate iei unirea, unitatea i friltia" (PR). Such articles like
Nationalitatea or Unitatea Romeiniei bore the message in their very title.
The latter article, signed by Cezar Bolliac, revealed the point of VieW
ed by the Romanian historiography on the question of iiiiification.
"Romania's unification in one state is not an idea coining from some few
over-advanced Romanians; it has been recurrent eversince 1848: it has been
the national feeling in all parts of Romania eveisince histoly liad some-
thing to say on Dacia".
Most surely, one of thQ words that can introduce us to the mental
atmosphere of the 18-20th centuries and to the various currents of opi-
nion, is the concept of civilization, which quickly got to dominate, "as
it gave an answer to the people's way of thinking". "By following up the
elaboration and entrance into the circuit of a dominant concept, like the
one of civilization, one can grasp the way- the basic mental schemes of the
different societies' intellectual activities were re-organized ( ...)" 7. Start-
ing from these remarks we have tried to point out the way in which the
concepts analyzed animated the advanced spirits of the clay who put the
front pages of the Roma,nian journals to the service of their ideals. As a
factor of cultural cohesion, the press began its constant penetiation into
the Romanian conscience at a moment that felt the need to have the so-
cial comtnunication enlarged (in Robert Escarpit's opinion the most dif-
ficult question of communication is how to pass the information from a group
to the whole mass 8). Thusz new concepts had to be introduced, new channels
to be created so as to provide for the Romanians' access to the
European values. The press carried information about a scarcely known
world, images of a new universe that needed be understood first. The first
periodicals reflected a strong concern for explaining each and every term
unknown to the readers, as well as a tendency to fix such terms in the
vocabulary. It was necessary for the people to be fa,miliarized with the
new language which was able to express the new way of thinking and aimed

7 Al Dutu, Literatura comparatà sz istoria menlatitàfilor, Bueuresti, Editttra Univers,


1982, pp. 99-100
8 Robert Esearpit, De la sociologle Itterarú la leoria comuniceu it, Bueuresti, Editura *tint-
titica si Enetelopedica, 1980, p. 421.

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MODERNIZATION OF THE SOCIAL-POLITICAL VOCABULARY

at making the Romanians reach the civilization stage of Western Euro-


pean countries. The programmes published in the 1848 press as well as
those elabolated by the exiled revolutionaiies outlined the leading poli-
tical and militant character of the articles. Hardly could such a defining
feature have been imagined at the time of the début of the press.
In teims of vocabulary modernization, the dominant chaiacteris-
tic resides in the effort to bestow new expressiveness on language. Besides,
new -terms proper to 'evolutions massively penetrate the language, while
others change their meaning and yet otheis drop out of it. As Klaus
Bochmann 9 has demonstrated, the strongest social event on Romanian
soil the revolutionary year 1848 triggeied the sti ongest transforma-
tion of the vocabulai y.
Yet, the core of the question is the modernization of thinking, with
the bourgeois ideals getting to double the Enlightenment ones. This coin-
cided with the growth of political activity and with the natural employ-
ment of a vocabulary able to meet the requiiements of modem n communi-
ca,tion.
At the same time, the frequency of the analyzed teims in all three
Romanian provinces points to the unity of their desidelata, as carefully
guided towards the unification and the national unity. The energy of a
-whole geneiation was put to the service of certain deep mutations under
the cominand of the epoeh's imperatives. The messages of the newspaper
pages were the messages of the -whole nation. Statesmen, writers, historians
and editors at the same time, the journalists of the first periodicals prov-
e'd to have acquired new mental tools of European standing, and to
ha-ve undeistood the efficiency of the press in their rapid spread.
The first periodicals being oriented towards a dialogue with the
soeiety, largely contiibuted to the modernization of concepts, to the
"purification of mentality"10. The awareness of the need to reach the
T1]uropean level which eversince the 17th century had constituted "ein
Bewunderungswurdiges Ganze" ", as well as the feeling that it was neces-
sary to put in "more heart for a political and social reform to make us
-worthy of taking over the place we deserve in the great family of the
European nations" 12, accelerated the process of unification of the Roma-
nian provinces into one single unitary state. In this context, the press
reflect most faithfully "the thirst for action of the epoch"13 in which the
ideological and institutional foundations of the Romanian state were laid.

Kjaus Boctimann, "Deivoltarea vocalmlartilui social politic romanese, 1848-1850",


in Adele celui de-al XII-lea Congres international de Itnatnstwei, Bucuresli, Edilura Academiei
R S R., 1976,.p 871.
I° D. PopoNici, Sludu lucrare, vol III, Cluj-Napoca, Editura Dacia, 1974, p 30
/I Johann CM Adelung, Plargnallsehe Slaalsgeselnchle Europas, Gota, 1762, apud Paul
Ilruard, Gifu-hi-ea emopeand iii secolid al XVIII-Iea, Bucuresli, Editura Univers, 1981, p. 414.
12 N Baleescu, Curnal pi eliminar despie tzvoarele istor Let rorrutmlw, apud Ion Ilangiu,
op. cil., p 106.
13 Lucian haga, Punta isloned, Clui-Napoca, Editura Dacia, 1977, p. 109.
3c. 1737 62

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TIIE LANGUAGE OF TUDOR VLADIMIRESCU'S AND
ALEXANDER IIYPSILANTIS' REVOLUTIONARY
PROCLAMATIONS

LIA BRAD-CIIISACOF

The present paper sets itself the aim to shed some light on a much
disputed topic within Romanian historiogiaphy, i.e. the relationship
between Tudor Vladimireseu and Alexander Hypsilantis, but from a
fairly changed point of view and with thotoughly changed means. There
is no interest, of course, to re-evaluate the personal links between the two
leadeis (only new aichive documents could possibily add enlightening-
facts). We approach the two exclusively as revolution leaders and iry
to examine their political speeches from a linguistic point of view. The
speeches, though, are no rich material and the scarcity of reference stuff
may turn into a shortcoming from the veiy beginning. What proves en-
com aging, nevertheless, is the conspicuous interest in Vladimirescu's
yocabulaiy which materialized in a consistent study 1 and, to put it para-
doxically, the relative lack, to our knowledge, of studies on the Greek
political vocabulaty at large and of specialized studies on Hypsilantis'
language.
Starting- from the assumption that ihe peliod of Phanariot reigns
of the Romanian histoty should not be considered as a whole and treated
as such and that it deserves careful scrutiny and nuanced interpretation,
we should bear in mind that, in the Romanian Piincipalities, the Euro-
pean modernizing ideas had appeared and circulated both officially and
suneptitiously evetsince the second half of the 18th century and even
more intensely at the beginning of the 19th century. Data in support
are to be found in many studies pertaining to the Romanian culture 2.
The reforms applied in the Principalities in the fifth decade of the
18th centui y unleashed changes within the there institutions. After
1749, though, both the internal political framework and, afterwards, the
external conditions did not favour a policy of reforms. This was due to be
resumed as late as the first reign of Alexander Hypsilantis (1775-1782)
and its cow se was afterwards uninterrupted. Modernization, incorporation
1 I:laus Boclimann, Dei Poltlisch-So:tale Wortstli«!: des flumaniselten von 1821 bis
1850, Berlin. Akadenue Verla, 1979
V N'. Sotropa, Proteelele de consldulte, proryramele de reforme i pelatile de di epturt din
Teirde Romane in secolul al X I'///-/ea si prima laminate a srcolulttt al XIX-lea, Bucharest,
Edam-a Acacienliei 11 S R , 1976.
Al Bui..u, orionaltiale in (minim romOnO, Bucharest, Eclitura eneiclopedicd
rornilnil. 1972
Cullura 10111(.111(1 SI eivilralta europeand modernO, Bucharest, 1978.

Bev. Etudes Sud Est Europ , XXVI, 1, p. 35-42, Bucarest, 1988

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36 LIA BFtAD-CHISACOF 2

into Europe and among its enlightened nations were ever more called upon.
and cultivated.
Under the reign of Ioan Gheorghe Calagea there was a constant
concern for a political and administiative re-organisation as well as for
the setting up of a legal code and for the development of education. The
foundation of the "iScoala academiceasca" (The academic school),head-
ed by Gheorghe Lazar, in 1818 was an iinportant victory scored by
the local opposition. Let us also mention the election with political impli-
cations of Dionisie Lupu, a Romanian as well, a metropolitan (1819).
It was also in 1819 that another Romanian, Gheiasim Rillescu, was elect-
ed bishop of BuzAu.
A characteristic feature of the epoch was a constant concern for the
international legal status of the Principalities because the maintenance of
their political integrity was then facing real dangeis.
Modernisation was meant for a,11 the levels of society. No doubt,
every class and social stratum had their own point of view on modernisa-
tion hence the inconsistencies and oscillations.
A special opportunity added to the objective tendencies described
above, namely the Philike Etairia movement3 which had started in Odessa
in 1814. This society had mainly in view the organisation of a revolt
a4.7ainst the Ottoman Empire with as a final goal the establishment of a Greek
state with Constantinople as its capital. The rebirth of the Byzantine
Empire was in fact envisaged and not a state within strict national limits.
In 1818 (in the interval 1814-1818 the movement had not scored any
particular successes) the Etairia moved its headquarters to Constantinople,
adopted a new system of organization and consequently witnessed real
progress. Its leaders had decided that the revolt should concentrate on the
Peloponnesus but that movement had to be preceded by a diveisio-
nistic action in the Principalities. The preparations for the revolution's
start in the Peloponnesus did not advance as expected. Therefore, the
movement started in Moldavia deprived of any co-ordination with the
events of the Greek tenitory of today. The choice of the Principalities
as a starting point for the Greek liberation movement was justified, should
one consider several specific conditions. The fact that the Plianariot prin-
ces reigned in the Principalities was a warrant that the autholities would
be benevolent. Many of the G-reek boyards living in the Principalities had
been drafted into the Etairia. Mihai Sut,u, prince of Moldavia, was him-
self a member of the Etairia and an agreement existed between him. and
Tudor Vladimirescu, known as an important politician. On the other hand,
the stiategic position of the Principalities was favouiable : if the Etairia
intended to implicate other Balkan peoples as -well, then it was ideal for the
revolution to start in Moldavia and then get down thiough the Ba,lkan
area on to GI eece. The Etailia relied, no doubt, as well on the pre-revolu-
tionary atmosphere existing in the Principalities, not realising, though,
the differences between its goals and ideals and the reality in the two
Romanian pi ovinces. The Etairia members tactlessly ignored the iinpo-
pularity of the last Phanaliot reigns generated by the taxation s-ystem
3 See Barbara JelaN kb,lory of the Balkans, vol. I, Cambridge, Cambridge University
Press, 1983.

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3 TUDQR VLADIMIRESCU'S AND ALEXANDER HYPSILANTIS' PROCLAMATIONS 37

of the decade which had preceded the revolution and also by the applica-
tion of the Caiagea legislation. This was felt to be "o nouil lege a clAcii"
(a new law of the colvée) for peaFants geneially used to the agreements
facilitated by the dynamics of local relations. They had been used as well
to an ovetall compensation in caA or products of the various servitudes
which still buidened them.
As the Romanian historiogiaphy has demonstrated4, Tudor Via-
dinairescu's 'evolution was not a spontaneous action devoid of political
or military perorations but a solidly prepared movement. This holds
true for Tudor and his men as well as for the collaboi ation with the boyaids
implicated in the Etairia movement. They had undeistood that Tudor
was. the fittest to raise a popular revolution thus avoiding to implicate
the country in a pure anti-Ottoman action as was the case of the Etairia
movement, and -which could prove dang;erous. Tudor Vladimirescu became
the spokesman for popular power and assumed the leadership of the strike
against : feudal aristocracy and against the Phanariot state machinery.
The 1821 revolution marked the end of a revolutionary process.
Tudor's movement's program was not a mechanical annexation of claims
already expressed in one u-ay or another, it was a real synthesis. Many
elements which can make up a progiam can be retaaced in the revolutio-
nary documents. They usually genelalize or underline the ideas and claims
which appear in "Cereiile norodului lomAnese" (The Claims of the Roma-
nian People) conceived as a program. It contains the basic principles of a
new social order and expresses, in a realistic manner, the external objec-
tive of the Romanian. 'evolution at that particular moment.
The notion of people is best represented in the documents attributed
to Tudor Vladimirescu. There ale such denominations as norod (folk)
and, occasionally, teirani (peasants). Norod was used with semantic nuan-
ces that were unknown to the Romanian language up to that moment.
There are a few denominations for other social positions. The people
identifies with the peasants who only appear as peasants. Within the
notion oí people terms like orosanilordsani can be found.
An opposed interpretation of the notion of people was assumed by
the feudal counterpart, for whom the connotations of "people" are "sim-
ple-minded, stupid, unsubmitted, easy to deceive". This ideortigical con-
flict with respect to the notion of people was for the first time noticeable
in 1821.
The feudal oppressors and exploiters wele characterized by Pudor
by means of a paraphrase in which the word boyard is included by which
he understood the Phanariots and the local boyards, the state employees
and the high officials.
In opposition to this, the feudal class views itself in positive temis and
in a patriaichal manner : cei mai intii oieri, razimul teirii i pdrintii a
toatet obstirea (the fu st boyards, the countiy's support and parents to the
whole people).
Class power is charactelized in an utterly negative manner and emo-
tional connotations for the opposite partie6 and in an equally clear-cut
positive manner for one's own party -without intennediate nuances.
4 G. D. Iseru, Iniroducere in sludiul Istonei nwderne a Romciniei, Bucharest, Edittua
stiintifia i enciclopedia, 1983.

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38 LLA BRAD-CHISACOF 4

Tudor calls the revolut ion ridicare, pornire, adunarea norodului,


adunarea obstei folositoare, adanarea cea orinduitei pentru Uncle si folosul
a took)," tara (uprising, start, the assembly of the people, the assembly
useful to the community, the assembly org',anized for the benefit of the
whole country) while the feudal party uses zavestie, zurba, reizvreitire,
reiscoalei, tnlbureiri, rebelie, insurect ie (revolt, uprising, -unrest, rebellion,
insurrection).
Out of certain socio-political notions we can infer Tudor's democra-
tic conceptions. For "social stiatum", "class" he uses tagmei, -which ac-
quires the meaning "restticted group" in clusters such as tagma agii,
tagma spätárii, tagma pandurilor (the police station group, the sword-
bearets dignity group, the pandoors group). In a cluster like tagma boie-
rilor (the class of the boyards), tagma stands for the negative "clique".
In Tudor's thinking the denominations for "society", that is obste
(community) and larei (country) refer to all those placed above the people.
Obste (community) can be found in the language used by the boyards with
the meaning "the assembly of the feudal officials".
In 1821, "motherland" means for every Romanian, mainly, his
birthplace and not the entire territory occupied by the Romanians.
Within national consciousness nevertheless "motherland" means the
totality of patriots "drepturile patriei, de la boier pin5, la eel prost
tor" (everybody's rights, starting with the boyards and ending with the
poorest inhabitant).
Tudor Vladhnirescu thinks of the notions of "motherland, pattio-
tism, patriot") in demoeratic terms. He enlightens the people for the
motherland's sake. A real patriot can only be linked to the people. To
Tudor, the boyar& are vrcismasi ai poporului (ennemies of the motherland).
In all the other texts contemporary to Tudor, patriot (pattiot) appears
alongside with simpatriot, simbatriot (compatriot), and, therefore, the
notion of "patriot" came to be replaced by ad(3veirat patriot or fiii cei
adevdraii ai patriei (real pa,triot, the true sons of the motherland). Tudor
makes use of patriot in its modern acceptation as to him patriotism iden-
tifies with sfinta dragoste cea Mire patrie (the holy love for the motherland).
In the texts of the opposite parties such formulas are to be found : 417)1,4
de patrie, rivn4 si iabire de patrie, simtirea cea patrioticei, filotimia
pat rioticeascei (fervour for the motherland, fervour and love for the mother-
land, the patriotic feeling, the patriotic pride). The social (letermination
of these meanings are not quite obvious. Therefore, a mark of patriotism
was the fervour in anihilating the peasant uprisings "acei ce au filotimia
patrioticei sei opreascii toate misceirile leicuitorilor (those who take patriotic
pride in stopping all the movements of the peasants).
Of Tudor's proclamations we can infer the following, claims
1) The re-establishment of the old agrarian rights and the abolition
of the despotical methods of exploitation. Tudor (loes not mean to touch
privileges ci mai virtos le voiescintregimea si inlárirea privilegiilor (but more
do I want their integrity and the ensurance of privileges) (see the procla-
mation of June 23, 1821) and agrees to the momentaneous pillage of the
goods acquired dishonestly decit numai bunurile si averile cele retu agoni-
site ale tiranilor boieri sei se prtfeascei (only the dishonestly acquired goods
and belongings of the tyrant boyards should be sacrified ...).

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5 TUDOR VLADIMIRESCU'S AND ALEXANDER HYPSILANTIS' PROCLAMATIONS 39

Tudor makes often use of binele si folosul tuturor (every body's


benefit and use). By everybody he mea,ns either the whole population or
the peasantry.
The opposite party makes also use of bine and buneistare (good and
prosperity) but in connection with anti-revolutionary goals, i.e. with the
meaning. "silence, older" thiough which an opposite evaluation of these
keywords is made. For his enneinies, Tudor i8 tulburator si amesteeeitor
linistea lacuitorilor (agitator and inteifeling in the peasants' silence).
2) The removal of the Phanariots, the restaulation of ihe country's
autonomy. These are claims vei y clearly formulated by Tudor Nladimirescu
but they also appear in the documents which belong to the Walachia and
Noldaia boyaids. Nevertheless, Tudor was in adlanee, as he suggested
unity in the political action of ihe Plincipalities, for the acquirement of
national rights, a fact which maiked a new step in the subsequent asser-
tion of the ethnical unity consciousness.
In the foil-nation of a modern terminology, the ideological polemics
of 1821 prepared the pound on which the new notional meanings pene-
trated. This would have happened by far more slowly if the new notions
had penetrated at the same time with the new denominations.
Compalcd to Tudor Arladimirescu's pedal-nations, those which
Alexander Hypsilantis issued in the Mimi' alities ale by lar less compre-
hensive.
In t he GI eek territ or ics, there wei e much moi e favour able conditions
for a national i evolution with a YieW to attaining political indepen-
dence. The Peloponnesus already had an almost independent administia-
tion, and so had the islands. Mention should be made that the Greek
society was made up of communities of identical culture but geogiaphi-
cally scattered. The peasantry, by far more restricted in number than in
the Principalities, lived in very closed communities. The authorities, the
rich shipowners of the islands and the army people made up three dis-
tinct elements which were not alwa,ys united and -which at times came to
clashes. Finally the Greeks of the diaspora and the Phanariots who were
obliged to leave their positions in the service of the Porte made up in their
turn a category apart.
The outcome of the Gleek revolutionaiy movement, far from look-
ing akin to the ideals of Etairia, was essentially political. A small inde-
pendent Greek state was created, with a limited autonomy and with an
economy full of ga,ps. For instance the cereal crops could not be obtained
within the frontiers of the new state and therefore the latter was still
dependent from this point of view on. the Ottoman Empire. Studies of
demogiaphical history 5 have shown the tendency of the peasant popula-
tion living in this state to move on to the more prosperous territories to
the North of the new state's frontier (these territories were still under
Ottoman rule).
Alexander llypsilantis' proclamations confiim the above histori-
cal considerations. One can say that there are no social claims in the docu-
ments of the Greek revolution issued in the Principalities. When there
6 KCJVcrravsivo; Tcrozcak, xcd. cbcotocpccycoyil, Paris, 1975.

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40 LIA BRAD-CHISACOF 6

is mention of the people, with the meaning of "nation" gho/À«,6g,


reference is made to the entire Greek nation, whose general mobilization
can secure the success of a national revolution : xt.v0c7Jp.Ev Xot.7-r6v ""A.,4

iv xso.v6v ppepva ag xocTocPC(XoxIL plpo; TÇlaí.occ TrEpr.oucríaç, oE


lepoE 7co,..p.6vEc, E=.p4ozWgox:rt, -r6v Xa6v pl 103Eov To)v napaeLytia, xaí.
weTcaLasutiávot. cup.PouXeucrc'oar, Tc'c egpat[Loc. OE Ks.v fcç aúXatr, ISTroup-ro-
VTE; cr7pacT.Lcov../.0(, ecTroSí.aovre
(51.LoyE,Jet".c,-,1-cfc EúzaptarEccç 0,c -4v gxocaTog
L.Tcoupys.C. a6vocp.(.... 1g (Spp.-;]cro)cro.) xaí cruvetacp6pwatod SigTV7CoctpEacc
-r6v zpsou7oúp.svov..."
(Let us therefore start with a unique common thought, the rich should con-
tribute the same portion of property, the clergy shoul(1 encoutag,e the peo-
ple, by the same example the learned should preach the useful. The com-
patriots who serve at foreign courts as military men and politicians, every-
one there where he selves, let us all start and fulfill our duty towards
our country) (Iasi, Febluary 24, 1821).
Special mention ir due to the Romanian equivalents of the Greek
words which occur in the bilingual proclatna.,tions. For 9vo.'; meaning
"people, nation" niam meaning both "people and lace" is used. "Un
mare niam, mare zic si pentru sträniosestile ispreivi, mare si pentru cea
fará asemdnare barbeilie la ticalosiile sale (a great nation, peat I say
for the war victories of their ancestors, great also for the endurance of
sufferings). For Xcc64; (people) or iixXo (crowd) norod is -used. Fiji
-Chen.

bine incredintati cd au trecut acia vreme Intru caria glasul norodului


auzia pu/in in urechile steipinitorilor. Astelzi vedent chiar pe acei stdpini-
tori ai niamurilor de a lor blind voie a intoarce noroadelor cuviincioasele
lor dreptei,ti (Be sure that the time is over when the voice of the people
was hardly heard by the masters. We see today those very masters of the
peoples by their good will returning to the nations their due rights) (Iasi,
-Match 1821).
The only reference to time politiceasca infrellire xotvo)vía TroXLTE.xil
(society) refers to the Principalities, to the Romanians, vriame iaste dar,
:prietinilor ronuini! Sd vá desteptati, vriame iaste
aciale firesti si politicesti dreptdli pe care fina au ddruit ornulni i poli-
ticeasca insotire iaste indatorard a feri si ocroti. "Kocyk XOLTC6V cpi.Xor.
Aixeç vec xoctp6:; vec ocZapocvD-717E, xocE vci cpuaLxl xaí.
7COXITLX &xva &xaL611a-ra, Tec órra.oc póc zdtpLazy Ei4 T6v öívp'ponrov, xaL
71:0),L-ctx-; xoLv oP)La zpEcocrTET. ldt 67CE poco-rcE-tyce xaí. ev3' ci.TxM, T4...'
7 (It is
high time, Romanian friends ! Wake up, it is high time you felt
and asked for those natural and political rights that nature lias given
to man and that society is obliged to defend and ensure). The influence
of the ideals put forward by the Enlightenment and the theoretical model
of approach to this question are conspicuous.
In the notional field of motherland, patriot for motherland, there
are such periphrases "11 x),aco-t.x4) y 'EXX0og, 'EXXx&x-;) E-zpá gaoccpoq,
( the classic'ground of Greece, Hella die ground, holy land) "1] 71:(1-1-pacx 'EX?aoc"
(G-reece the motherland) : 1806 piX- iv HTpc `Daecq FzvutlAva tie-71
DptkLPou TC'4.; ponocToptx1S 1:7)C; a 7)!I OCL (XS" (here is our dear motherland Greece
hoisting in triumph the flags of time ancestors) where the idea of
tradition is conspicuously entailed. Time notion of motherland also
OCCUI'S in opposition with time idea of foreign oppression (heavily sties-

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7 TUDOR VLADIMIRESCU'S AND ALEXANDER HYPSILANTIS' PROCLAMATIONS 41

Fed in all of Hypsilantis' proclamations) and bearing a geographical


connotation : "EIvocc zocf,p6; vc',c emoTE.v&F,o)p.F.v T6v acp6p1rov TO6TOV u-,(6\) vo'c
iXEllaepG}Mt.LEV TV FlocTptaoc". (It is high time we shook this unbearable yoke,
to free the country).
To Hypsilantis, the patriot is his compattiot, his comrade in arms
'ETpéocTe Toúç ócpOcap.ok acxç, Xup.noc-rptCyrcu, xoct &us -7-:p W.ELv-ív p.cr.q
xaTcka-mat.v. Kaí. et; -rck 36o TaúTocç cp0o.xecs ttag 770(e)Cf.a'-; anicc-gE7aL (776"41x
7Cau6.pf.011.ov &vapetcov au1TcccTpL6r7c7v, ate( T4-/ elq T6 lep6v gampog
pAç-.`r,[1(7)v 1-1Y-Tpf.aoq (turn your eyes, compatriots, to see the glorious situ-
ation ; in both these provinces a n-umerous body of valiant compatriots
is fonned to head hastily for the holy land of Greece).
The notion of happiness for all, occuning in a bilingual proclamation,
has quite a vague meaning and iefers to the common interests. Thus the
Etairia's relations with the inhabitants of the Ptincipalities acquire the
meaning "The normal course of the two movements" Sint dar incredin-
lat c si noi vom Intimpina d'n parte-vei cia mai prietenoasci primire care
datori la niste barbali ce se sirguiesc pentru cea de obste fericire
Pkßottoq, 6Tc. xc 1SÇ D'aol.ctv arcoodTiJast. bc *014 aocç T'Yp
pa.ocppovia;aocTr]v ÚTC00X-V xcci, Tor.ocúTtp, ol'oc xpmaTaTcct, eiç avapocç dcycovE4o-
ptivouç,iHt6p -rijq xoLv-71q caocy.ovtocç". (I am sure that we shall meet the
warmest welcome from you that you owe to men who strive for the
happiness of all).
The notion of freedom relates nearly to the independence from the
Ottoman Porte. " cp0azil'ETaLptoc 11TOV 7cp(7)Toç arc6poq Tijg aelkeptccç p.ocç!"
(The Etairia was the first see(I of our freedom) which is linked, in a rela-
tionship of diachronical synonymy, to the notion of happiness" .36
60cpca. ynecct 06Xouar.v 6),o-fa. T&¿vop.ocTcfc. ç xoct 0-a01)V aFig x7)(36T-
ficerocyev-6-
-ret Tok Ilpo)Tocrríouç Tç eúautp.ovtaç Tcov... (the further generations will
bless your name and will proclaim you authors of their happiness).
In the curse of the Patriarch of Constantinople, national freedom
is considered a heresy : "AX4dcvapou ixEtou ur4PrpávTou 8S TLS Trapoc?,«-
pcov ót.Loto3c; T011 Po-tikuq L-61,1111ae vec 047) at.« ticecç etç Tip floyaavtocv...zotí.
(ot) llocToct.ócppovcç xi,purc,otv aeuaeptocv Toi3 T6vouç". (That Alexander Hyp-
silantis who chose helpers dared come straight to Moldavia ...
and the heretics proclaimed the liberty of the nation). For "na-
tion" the word y&vog is used which does not occur in Hypsilanti's
proclamations. (Most Greek words require a "personal" history to clarify
a particular occurrence as is the case with yboq and a'vog). In. ancient
Greek 6 yivoç meant : 1. race, descent ; 3. a race in regard to number,
a nation; 4. a race in regard to time, an age, generation ... and gavoq
meant :1. a company, body of men ; 2. a race, tribe ; 3. a nation, people ...-;
4. a particular class of men, a caste. l'&vc.4 according to a most detailed
analysis, which belongs to D. A. Zakythinos 7, came into general use
when the Byzantine Empire was being torn apart and was closely connect-
ed with that event. Ultimately, it came to mean "the mass of the Greeks
who lived under Ottoman rule an.d came under the administration of the
6 Liddel-Scott's Greek-English Lexicon, ONford, At the Clarendon Prcss.
7 D. A. Zakythinos, The Making or Modern Greece. From By.:antiurn lo Independence,
Oxford, 1976.

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42 LIA BRAD-CHISACOF 8

orthodox church". "E0voq appears to have been used during. the Middle
Ages quite outside its original meaning. (i.e. mainly as hireigners) but
returned to its older usage and became a familiar term in the traditional
thinking during the Turkish period. In the long run, a distinction came to
be made between them and the term gOvo C; was associated with the new
ideas and became their bearer. Another recent study on time Hellenic
ethnonym draws quite the same conclusions 8 Thus the _Patriarch of
Constantinople remains conservative while Hypsilantis proves an attach-
ment to the trend of Greek national rebirth. A Romanian -version of the
curse Gramata patriarhului ecumenic din august 1621 underlines the same
idea : "ci stind iarsi cu denadinsul tol,i la acele porniri protivnice dumnc-
zeirii si streine cu totul chipului crestinese, nelegiuirea lor va fi peste
grumazul lor si-si va lua Iori judecat'á de osiindiri ... "(but persisting
in tendencies ag,ainst God and completely foreign to the Christian way,
their unlawfulness will turn against them and they will be j ulged and
eondamned).
One could not possibly refer to a specific state of the Greek political
vocabulaty marked by Alexander Hypsilantis as is the case of Romanian
with Vladimirescu.
The conclusion drawn out of the analysis of the socio-political voca-
bulary of Vladimirescu's and Hypsilantis' revolutionary proclamations
reveals a clear-cut distinction in nature of their two respective move-
ments.

8 Maria Mantouvalou, Romcitos-Romios-Rorntossuni. La notion de e romain o avant et


après la chute de Constantinople, in 'Ent,s-c-11.Lovw.h T-7),4 Oaocsocpix-7).; ExoXij,;
llocveisicrrIt/Cou 'ANvi5v, rieptao; 3zú-re?-qT61..tot; KH' (1979 1985), pp.169 199.
The quotattons were taken from
Documente privind istoria Rorminiei. Räscoala din 1821. Documente interne, vol. 1V,
Bucharest, Edttura Academtei, 1959. and from : Mov4tAXx To5 'Aydavo; Ilpox-0/4etç
Oecncíap.ccra. ilLoc-rdcyliaTcc 1821-1827, `Icrropocil xad. i&voXoyt,xi) 'Etatpí T-7y.; 'EXXZSog,
A8ipocu 1973

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LES INTERFÉRENCES HISTORIQUES ROITMANO-
YOUGOSLAVES ET LES RELATIONS LITTÉRAIRES
À. L'EPOQUE 1VIODERNE

EUGENIA 10AN

La mise en valeur d'un riche materiel doeumentaire portant sur les


relations roumano-yougoslaves 1 révele les formes et les modhlités multi-
ples de la communication intellectuelle qui existe entre les peuples sud-est
européens, en ouvrant une voie nouvelle à rinterprétation de la notion
d'« échange international d'idees » h, répoque moderne, au service de la
cause des reeherches comparees interdisciplinaires, les relations litte-
raires occupant la position dominante.
De date relativement récente, la recherche des relations littéraires
roumano-yougoslaves a donne jusqu'a present des résultats remarqua-
bles, surtout pour la linguistique, la littérature proprement-dite occupant
un plan secondaire. Une approehe (l'une moindre intensite, dans un cadre
comparatiste-littéraire, ont connu autant les problemes lies ù, rhabitude
de lecture en concordance avec les moments où le livre imprime commence
h exercer visiblement son rôle de inoyen de communication, que les effets
du progres de la culture, de rintensification de la vie politique, l'état des
institutions ou le r6le historique joué par les Roumains et les Yougoslaves
dans le eontexte sud-est européen.
Une analyse (l'ensemble en ce sens nous permet d'observer que les
fils qui unissent le destin culturel de ces peuples sont multiples et diver-
Bifies. Entrelacés aux événements historiques, ils relèvent de la continuité
des fonctions correlatives expression d'un cours historique specifique
à mérne de fournir d'impressionnants parallélismes issus non pa,s
d'un jeu du hasard, mais plutôt d'un certain type de relations littéiaires
dont revolution est due A, des formes longtemps cultivées. La littérature,
composante de premier ordre de la « production imprimee de la pensée »
selon la definition de Nicole Robine ou considérée le « bilan de la
vie intellectuelle comprime dans le livre » 2 pertnet de nouvelles evalua-
tions dans le cadre comparatiste.
En tant que facteuts corrélatifs, les moments d'interférence his-
toriqu.e roumano-yougoslave ont jeté les bases d'un climat propice b,.
1 Radu Flora, Din relafule strbo-romdne. Privire de ansamblu. Pancevo, 1964.
Idem, Relatule zugoslavo-romdne. Sintezd. Panciova, 1968, p. 291-396, avec une riche
bibliographie. Mirko Jivkovie, Svedaanstva o srpsko-jugoslavenko-lumunskun kulturrum
odnosuna. Bucuresti, Criterion, 1976. 328 P. '
2 Nicolae Robine, Comunicarea prin intermediul cdrfii. Lectura, in Lderar si social.
Elemente pentru o soclologie a Izteraturii, Bucuresti, Univers, 1974, 217 et suiv.,

Rev. Ètudes Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 43-48, Bucarest, 1988

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41 BUGENIA IOAN 2

rintensification de la corntnunication intelleetuelle. Leur contribution


directe h, la modernisation de la société est reflétée, sur le plan externe,
par le rapprochement littéraire entre les nations.
Si nous devons choisir un modèle exemplaire cormne point de depart
pour une analyse, c'est celui qui laissa l'empreinte la plus representative
sur Phistoire du peuple roumain et sur celle des peuples yougoslaves
le moment de debut du processus de rnodernisaition. Ce moment est mar-
que ehez les Serbes par la revolution de Katageorge Petrovie et Milog
Obrenovié (1804-1839) et chez les Roumains par Fa revolution de Tudor
Vladimireseu déclenchée en 1821. Par leur puissant calactete de libe-
raition Rationale qui mettait en valeur une longue histoire de little pour
la justice sociale et frayant la voie hi la nouvelle devise de conception euro-
pée,nne <4liberté, fraternité, unite », ces remarquables mouvements de
masses annonçaient les temps nouveaux. La conscience nationale, Patta-
chement à toutes ses prerogatives demandant le sacrifice total est évi-
dente surtout dans l'attitude de la jeune generation d'intellectuels.
Avant d'avoir trouve les formes les plus adéquates d'organisation,
un cadre d'action, ils se sont intitules « fils de la pattie » (fui patrieien
roumain ; sinovi otadzbine en serbe). L'idée d'un Etat nouveau, in(le-
pendant et souverain, d'une renaissance culturelle sera nourrie par une
conscience de ce type. Nous y décelons un résultat solide des revolutions
du XIX.' s. car, ainsi que l'expérience historique ne tardera pas de la dé-
montrer, la lutte mise au service de l'ideal national se prolongera, chez
les Roumains et les Yougoslaves, jusqu'à une &tape d'apogée, marquee
par Pannée 1918, qui placera ces peuples dans une situation de coinci-
dence chronologique du point de vue historique 3.
Réialtant directem.ent de ce pracessus de modernisation, dont les
rythmes alertes attendent encore une analyse historique approfondie 4,
nor's distin9,-uons l'apparition d'une forme nouvelle de relation, accomplis-
sant des fonctions importantes dans le processus de communication
intellectuelle roumano-yougoslave, due hi l'expérience d'un bon voisi-
na-ge entre ces peuples, forme que nous aimerions designer par « la con-
seienne du bon voisinage ». Elle jouera un rôle de premier ordre dans
le flux des valeurs littéraires vers les valeurs culturelles et vice-versa,
m:etne de créer aux relations interlittéraires un climat nouveau et mo-
d 'rne. Il est opportun de souligner ici la forte influence des facteurs extra-
littéraire,s parmi lesquels l'interférence des elements étayés sur une moti-
vation historlque détient un pis incontestable. Ce qui ne nous semble
pas relevant a ores avoir consulté un traité d'histoire Rationale (organise
suivant rule chro lob?: int -roe, qui met en evidence les décalages et la
diversité évéaernentielle) trouve une compensation dans la réalité ayant
une valeur correlative préiente dans la littérature de colportage, facilitant
3 Le Fr dCceinrire 191 , événement crucial dans Phistoire des Roumains et des peuples
yougoslaves l'union de la Transylvanie avec le Royaume de la Roumanie et la proclamation
du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovenes. Pour la premiere fois, trois peuples you-
goslaves s'unissaient dans un seul royaume.
4 Robert Escarpit, Lacralui de:vollare, irs Lilerar si social . . ., p. 247 et suiv.;
voir aussi Chornbart De Lauwe, Pini 1-I3nry, Cultura mpulerea. Bucuresti, Echtura
politied, 1982 341 p Remarquable pour Finédtt de l'aspect theonque dans le problème du
rùle révolutionn tire de la culture, dans les mutations sociales de l'époque moderne.

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3 INTERFnRENCES HISTORIQUES ROUMANO-YOUGOSLAVES 45

de la sorte la creation d'un climat propice au phénomène de reception.


interlittéraire. Or, en traitant des faits reels qui concernent le groupe
humain, la littérature renferme le potentiel de communication avec celui-ci.
Elle se vérifie ainsi sur le plan intraculturel, mais s'étend aussi -vers les
cultures voisines, des que le moment favorable aux interferences histori-
ques est atteint. C'est de cette manière que s'est realise le rapprochement
entre Roumains et Yougoslaves a-u moment où chacun de ces peuples a
donne une generation d'intellectuels révolutionnaires qui en agissant avai-
ent la conscience d'être les représentants de la volonté des masses.
Quelle était la configuration de ces masses sous rapport intellectuel?
Serbes, Croates, Bosniens, Hertzegoviniens, Montenegrins, Macédoniens,
et Slovenes, se trouvaient en état d'analphabetisme et dépourvus de
droits politiques. C'est justement ces masses paysannes du XIX' s. qui
ont été investies par la nouvelle intelligentsia progressiste comme facteur
politiq-ue determinant des mutations révolutiormaires. Mais elles faisaient
surgir des profondeurs de l'histoire un inestimable trésor d'originalité
exprimé dans la culture artistique de tradition orale, évoluant dans l'am-
biance des modalités d'expression offertes par la peinture et la sculpture
qui exprimait une modalité de vivre et de créer aussi complete que cohé-
rente. L'acte de reception et de valorisation moderne incombe maintenant
aux nouveaux intellectuels qui transformèrent cette tâche en profession
de foi. La conception démocratique sur la nation, appuyée par le roman-
tisme littéraire roumain et yougoslave, reposait sur l'idée que la nation ne
doit plus être liée, au point de vue conceptuel, a un facteur religieux,
mais à un facteur laïque. La littérature devenait ainsi un terrain propice
au perfectionnement de l'art de la parole, où se confronteront les nouvelles
conception, par l'affermissement de ces domaines de la culture qui pou-
vaient être à même de servir les intérêts d'une transition de la culture orale,
vers celle écrite, en attirant toujours plus, toutes les formes artistiques
sur la voie de la laicisation 5.
La capacité de la littérature de refléter la réalité par des moyens
qui lui sont propres, augmente lorsque cette réalite est l'expérience histo-
rique accumulée par un peuple au long des siècles. Si l'expérience histo-
riqu.e comprend des moments d'interférence entre deux ou plusieurs
peuples, l'on peut parler d'un climat spécialement ciée dans le processus
de reception réciproque °it, un changement du milieu d'une ceuvre litté-
raire ne suppose plus chaque fois un changement radical de son contexte,
Pceuvre conservant aussi les traits spécifiques du milieu oil elle a été créée.
Lorsqu'on parle de l'experience tévolutionnaire du peuple roumain,
de même que de celle des peuples yougoslaves, on ne doit pas omettre le
fait qu'elle compotte non seulement des similitudes sur le plan des as-
pirations vers la liberté, mais aussi un appui téciproque constant, au
5 Milorad Ekrneié, 'stoma Jugoslaviie. Beofrad, Prosveta, 1973, p. 255-256.
Eugenia loan, Tic development of some cultural Factors during the National renais-
sance Period within the iugoslav Peoples in the 19 Century, i Revue des 6tudes sud-est euro-
pAennes 1982, 4, p. 441-492

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46 EUGENIA IOAN 4

niveau des forces participantes it la révolution 6, accordé d'ailleurs aussi


à l'époque des révoltes paysannes d'avant le XIX' s. 7 Le folklore n.'a,
pas consigné ces faits cmnme des événements d'exception, mais comme,
une action issue, normalement, de la 160116. Au moment oft la création
folklorique devient source d'inspiration pour la langue et la littérature
culte, ainsi que pour Phistoriographie nationale des Roumains et des
Yougoslaves à l'aube de l'époque moderne les relations entre les
intellectuels de ces deux peuples 8 eonnaissent une nouvelle étape. Dans
les efforts dirigés veis la eréation d'une langue unitaiie (unité nécessaire
afin de mettre à contribution l'argument de la langue dans la (léfinition
de la nation moderne), Mihail KoOlniceanu, Gheorghe Asada et Gheorghe
Lazitr se plaeent sur les mémes positions'que Vuk Naradzié et ses émules.
La littérature historique roumaine et yougoslave du XIX' siè,cle fait de
nombreuses références dans ce sens. Ce n'est pas par hasard que Gheorghe
Asaehi écrit sur l'activité de Vuk Karadzié : « C'est de lui que les Serbes
ont mieux compris ce qu'ils sont, ce qu'ils pourraient êtie, quel est l'air
qu'ils repirent et quel est l'avenir qui les attend » 9. La vision moderne de
Vuk Karadzié sur une langue littéraire unitaiie, fondée sur le principe
d'une base dialectale commune serbe et croate, porte les signes d'un modéle
roumain. Et pour nous limiter à un seul exemple, rappelons qu'en 1843,
dans son allocution prononcée à l'oceasion de l'ouverture des cours de
Pc Academia Milnlileanil » de Jassy, Mihail Kogillniceanu ennonçait son
-point de vue en ce sens : « J'entend par ma patrie ce pays tout entier
l'on parle roumain ; l'histoire de la nation est l'histoire de la Moldavie
de la Valachie et celle de nos fréres de Transylvanie »1°.
En dépit des conditions internes différentes, une lang-ue littéraire
commune des Serbes et des Croates devient une réalité au XIX' s. Autour
de eettelangue graviteront la majeure partie des autres peuples yougoslaves.
Les langues littéraires slovène et macédonienne se formeront plus tard
sous l'influenee du serbo-eroate.
La permanence de « la conscience du bon voisinage » dans les rela-
tions des intellectuels roumains et yougoslaves dépasse les frontières de
6 Istoi la Romcintet Compendul 13iicure5ti, 1969, p. 330-342. C. C. Giurescu et
Dinu C. Giurescu, Istoria romiuttlor. Bucuresti, Editura Albatros, p 487-492 : 1?enas-
lerea nafionald. Tudor Vladantresetz, Nicolae lorga, Constan/in ',odd Ipsdantt revolufta
sirbeasca, Rexista istoricd VII, 1921, p. 139-143.
7 Grujici, R. M , Prilozt tstortjt odnosaja nastg s Rumununa u XVIII" veku Sremski
Karlovci, Srpski Sion, XVI, 1905, p. 682-693. Jovan Radonici, qdnosi Srba i Rumuna u
pro§losti. Beograd, Novi zivot, 1921, p 97-103.
1 Eugenia loan, Colaborarea din/re un ceirturar router' n st poetul sirb Simeon Milu-
ltnovzci Sarailija din prima jumatate a sec al XIX-Ira. Timioara, Banatske novine 1969,
p. 4-8. Dorin Gamulescu, Prisustvo Vukovth dela u Rumunskoj filologiji, z folA-loristike
druge p0/ozone XIX og veka, i pocelka XXot veka. Beograd, Naucni sastanak u Vukove danc,
Sbornik, 3, 1973, p. 391-403. FLORA, Relafttle romino-strbe. Not contribufti,
Yancey°, Liberta tea, 1968, p. 198 et 307-308. Dragutin Paylievié, Franjo Baal i
¡s/ano pi/aoje. I 6(J-1 Zagreb, Zbornik Zavoda za povjesne znanosti, Jugoslavenska
Altademila znanosti i Unnetnosti, 9, 1982, p. 185-217.
9 Albina romaneascil ), Iasi, XX, 1848, 6, p. 21-22.
1° C. C. Giurescu et Dina Giurcseu, Istorta romantlor, p. 511.

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5 INTERFRENCES HISTORIQUES ROUMANO-YOUGOSLAVES 47

la littérature : « Ils ont (les Moldaves et les Vlaques) la méme origine eth-
nique, parlent la méme langue et pratiquent à peu près les mémes coutu-
mes »ll écrivait Ioakim Vuici en 1842 dans un reportage qui constitue
le début de ce genre dans la littérature serbe. Ainsi, par la voie de la
littérature culte, commencent à circuler des informations portant sur les
problemes fondamentaux de l'histoire du peuple roumain. La littérature
de reportage exige, ainsi que nous l'avons déjà signalé, une approche
comparatiste qui dévoilera aussi d'autres aspects portant sur le rôle joué
par les moments d'interférence historique dans la promotion des relations
littéraires.
Notts assistons, au fur et à mesure que nous nous approchons de l'époque
contemporaine, à une diversification toujours plus prononcée des modali-
tés de réception téciproque de la littérature située entre les différents ni-
veaux de la culture. Elles vont de pair avec l'évolution du phénomene litté-
raire interne par rapport à laquelle les ouvertmes de l'une des cultures
yen l'autre sont marquées par des moments d'interférence ayant un
caractère historique objectif et se fondant sur des éléments toujours per-
fectibles d'un « bon voisinage ».
Dans le stade actuel de la réflexion sur la convergence des repré-
sentations fondées sur une motivation historique visant la modernisation
de la société dans son ensemble par les aspirations novatrices des jeunes,.
intellectuels roumains et yougoslaves qui se remarqua dès le début .du
XXe s., nous proposons un point de vue possible dans la recherche com-
parée, afin d'évaleur plus exactement le moment oil les réalités autoch-
tones revétent une forme artistique originale par des moyens de synthèse
de facture sud-est européenne.
Ces réalités parcourent la voie de l'élaboration culturelle dans un
processus complexe d'interdé,pendance, dans de multiples variantes.
Parmi celles-ci, nous distinguous la catégorie de relations culturelles qui
connurent un essor pendant les périodes tévolutionnaires débutant au
XIX' siècle par de profonds changements sociaux.
Les pratiques sociales devenues actions de la conscience pour Pinta-
ligentia conduiront à un rapprochement entre les mouvements culture's
des pays voisins en plein processus de mise en place des nouvelles institu-
tions. Nous assistons ainsi à des parallélismes tel que la priorité accordée
l'unité, de la langue en tant qu'expression vivante de l'unité nationale.
Elle est réalisée par la mise en lumière de son long anonymat, oft l'avait
tenue l'oralite de la littérature du peuple, capable de devenir maintenant
une littérature nationale. Dans les éléments de son édifice, on retrouve
d'anciennes et traditionnelles relations de coopération réciproque entre
Roumains et Yougoslaves des temps des adversités, des héros unanime-
ment reeonnus qui n'ont jamais provoque des ,conflicts revendicatifs.
Ils nourriront à l'époque moderne, dans Phistoire littéraire, une
rénovation de la « conscience du bon voisinage » parmi les intellectuels
engagés de tout cceur dans la direction des options collectives quoti-
diennes, vers les formes institutionalisées de la culture nationale.
Joakim Vujic, Polo§rsivije Po Ungariji, Vlahijt, Moldaviji, Dosarabu .Hersonu i
1t7runu, Beograd, 1845, p. 50.

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48 EUGENIA IOAN 6

Le motif de la lutté de libération de sous la domination étrangère


devient, dans la littérature moderne et jusqu'a nos jours un point commun
des deux littératures en discussion, champs d'interférence pour les aspi-
rations communes de liberté. Sur cette base fut créé un climat culturel
favorable a un processus complexe de réception littéraire léciproque.
La présence d'une population roumaine dans l'histoire des peuples yougo-
slaves augmente la valeur de ce climat 12, raffermi par les relations direc-
tes entre les personnalités de la culture et de la science roumaine et you-
goslave 13, qui préparèrent au long des années, des productions litté-
raires en des formes d'une variété toujours plus grande et d'un remarqua-
ble raffinement artistique.
Le reportage est le dépositaire, ainsi que nous l'avons précisé ci-des-
sus, des problèmes fondamentaux de l'histoire des deux peuples. La tra-
duction des ceuvres littéraires, dont quelques-unes accomplissent des
fonctions importantes dans le cadre de leur réception en Yougoslavie
(similaires aux fonctions eues sur le tenitoire oil elles sont nées) a atteint
l'époque contemporaine sa meilleur fohne.
Nous nous rapportons en ce sells à un phénornène unique, résultant
d'-une certaine catégorie de relations et d'un certain type de la commu-
nication intellectuelle roumano-yougoslave dans le cadre sud-est euro-
péen, phénomène ayant une justification historique.
Des ceuvres littéraires roumaines deviennent source d'inspiration
pour des oeuvres littéraires yougoslaves. Un tel cas inédit d'expression
de certaines relations littéraires réciproqes est celui oìi les connexions
éveillées dans la conscience poétique de Vesna Partin et Radomir Andrié
par la poésie de Nicolae Labis et Magda Isanos ont conduit à la réalisa-
tion d'un volume de vers, «Le chant des Carpates » qui dans l'histoire
de la littérature yougoslave occupe une place spécifique 14 L'évaluation
réelle de ce phénomène relationnel ne peut être réalisée que dans un cadre
littéraire comparé.
La conscience du « bon voisinage » cultivée par vole intellectuelle
et venant d'une ancienne tradition par l'intermédiaire des interférences
historiques dans la réflexion littéraire spécifique, revéte les relations inter-
littéraires déroulées jusqu'a nos jours, d'une hypostase inédite dans le
cadre du processus artistique de ciéation.
Le phénomène West pas ceuvre du hasard et il n'est le résultat d'une
conjoncture non plus, mais d'une histoire exemplaire des relations pacifi-
ques entre deux peuples. Il est la dominante du message transmis par
vole intellectuelle, dont nous avons essayé une esquisse, partant du XIX' s.
a nos jours.

12 Momello Savie et Stefan Popa, Ouelque.s aspects du bilingoisme dans la zone


lu guistique roumano-serbo-croate, o Linguistica 3, Ljubljana, XVII, 1978, p. 131-141.
Alonre'llo Savie, Alcuni influssi serbi sulle partate valache della Serbia Orientate. Bucuresti,
Adele Congresului international de linguislica si plologie romana, vol. 11, 1971, p.1069-1076.
13 1Iilan Vanku, Jugoslovensko iumunski kulturm odnosi u okuiru Male Antante.
Prncevo, Libertatea, 1971, p. 431-440 (Acide Simpozionului dedicat relatulor iugoslavo-ronulne,
Vrsac, 22-23, VI. 1970).
Vesna Parun et Radornir A ndrici , Omilieni le Karpata. Krugevo, Bagdala,
1971.

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RELATIONS LITTÉRAIRES ROUALINO-TITRQUES
(AU XX' SIÈCLE)

ELENA-NATALIA IONESCI:

La connaissance des ceuvres de valeur créées dans l'espace Sud-Est


européen, représente, pour la culture roumaine, un devoir determine
au moins par trois raisons
la convergeance des destinées historiques des pays de la region
-havers plusieurs siècles, compte tenu des differences socio-politiques
dues à la revolution populaire et socialiste de notre pays ;
Pinterférence des valeurs et des créateurs de valeurs de nos cul-
tures
le profond dé sir de connaitre et d'etre ouverts aux valeurs majeures
de la culture universelle désir qui anime les peuples de cette region geo-
graphique, conformément à la spécificité de leurs structures sociales.
Nous avons là autant de raisons pour aborder la recherche des tra-
ductions en rournain des ceuvres littéraires turques, afin de mieux corn-
prendre Peffort actuel pour connaitre les cultures par leurs littératures.
On sait que partout dans le monde il y a des pays en développement, mais
il nous semble important d'analyser en pretnier lieu les pays sud-est euro-
peens. Pourquoi ? Paree que « LB Sud-Est européen représente tout le
contraire d'un assemblage artificiel ; nulle part ailleurs, en Europe, on ne
rencontre rien de comparable. La position geographique des pays qui
le composent est telle qu'elle permet un double jeu de relations et d'échan-
ges : à un premier degr é entre ces pays eux-mémes que distinguent des
formes religieuses, des langues, des intérets, et à un deuxième degré, entre
cet ensemble situé à une frontière de l'Europe et les mondes d'Orient et
d'Occident ». Et voici maintenant comment le Professeur Andre Mirambel
continue à démontrer ses repères vis-à-vis du Sud-Est européen.1 : « Taut
par leurs contacts séculaires que par leurs liens avec le reste du continent
asiatique les pays du Sud-Est européen ont rewsi, sans exclure leur parti-
cipation à une civilisation plus vaste, à constituer une civilisation. balka-
nique ».
Dans qu.elle mesure le lecteur roumain a-t-il pu connaitre grace
aux tiaductions les moments les plus importants de l'évolution de la
littérature turque? Comment peut-on reconnaitre les courants littéraires
majeurs de cette littérature dans les traductions faites chez nous ? Et,
finalement, ces traductions prose, poésie répondent-t-elles à l'ho-
1 Actes du premier Congres d'eludes sud-est européennes, Sofia, 1966.

Rev. Etudes Sud-Est Europ , XXVI, 1, P. 49-53, Bucarest, 1988

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50 ELENA-NATALIA TONESCU 2

lizon d'attenie 2 du recepteur ? Ou, peut-are, les baductions derassent-


elles cet hotizon?
Void quelques-unes des questions legitimes qu'on se pose pour
définir l'attitude d'un récepteur qui legarde hots du phenomene littelaire
ture et qui desire pénetrer les mecanismes les plus intimes de la dynamique
Intelieure de ce phénomène qui paiticipe, d'une part, à la civilisation
balkanique, et, (Fatale palt, a une civilisation «plus vaste » 3.
Notts voudtions precise'. dès le début que eet atilde n'est ras une
liste ou un repertoire complet des tlaductions faites à pattir des annees
1900 jusqu'à present 4, mais qu'il se popose seulement quelques conside-
iations ayant tmit à l'évaluation de ces ttaductions.
Celui qui etudie les productions littétaires turques tiaduites en
roumain c'est-h-dire une douzaine de romans, des centaines de poesies
et de nouvelles, publiées en volumes ou bien dans les petiodiques late--
mires de Roumanie est happe par les diffelences existantes entre
production d'avant et d'apròs 1944. Cette année qui a été la source des
plus profonds changements de la société roumaine a determine des -hails-
formations décisives dans la culture de. notre pays, en orientant Factivité
des tiaductions, se détoulant désouna,is selon des progiammes établis
Pa r l'Etat, veis des espaces presque méconnus avant cette date. En ce
qui concerne la littelatute tmque, la situation est pareille, puisque avant
1944, les seuls exemples 5 nous sont offerts par l'infatigable et prodigieux
ectivain et traducteur qu'a eté N. Batzaria. Fin connaisseur de la langue
turque, il publie SOUS le non' de «Mos Nae » clans le péliodique litteiaire
Lectura Floarea literaturilor stretine (La lecture Fleur des litthatureS
etiangetes) 6 une des uouvelles appartenant a l'un des plus glands pro-
satems tures contempol ains, L'eselave 'noire qui explimait brillament
le mutant littelaire de La Nouvelle Litterature (Edebiyat-i ('edide) 7.
Dans le melne numb° on petit lire les tiaductions d'apres Ids Etoiles
par Ali bey et L'Empereur L'evagi et la fille des fees du cycle les conies
2 La notion a éte introduite par le Professeur Hans Robert Jauss clans l'étude Historic
de In Itnétalute cornme ploporalion de la léorte litlet a tre, publiée en 1907 et représente le SN Stèfne,
de references formulé obiectnement gut, au moment histonque de l'apparilion de chaque'
rísulte par : 1. l'experience que le public a wignée a propos du genre auquel appartient l'ccus re,
susmentionnee. 2. la forme et le theme des cetivres antérieures connues et 3 l'oppcsition entre le
langage pratique, le monde imaginaire et la réalité quoticlienne. Nous oulons préciser que c'est
a l'aide de ce sstéme de references que nous avons évalue les traductions.
3 Zoe Dumutrescu-Busulenga el Alexandru Dutu, L'élude-compat ée des Ittlét attires clu sud-
est européen Thoblemes el melhocics (X l'ie XX' cu'cles), Rapport au IlICongres interna-
tonal d'étucles du sud-est européen, Bucarest, 1974
Viorica Dinescu a public': dans Mucha et Acta Ortentalta en 1971 l'étude La Lillérature
lurque en Rourname, gut décrit la situation des traduetions du turc pendant 1900 et 1909. Nous
avons utilise les données fournies par cette etude qui devait are complete° par les riches traduc-
tions-éditoriales, ou des périodiques prose, poésie faites chez nous justement apres ces
années, c'est-à-dire justernent apres 1968.
5 Viorica Dineseu, op.
6 Lecluta popularisa toutes les litteratures étrangéres ; quant a N. Batzaria et à sa com-
petence, nous en avons la preme dans le ehoix de la ineme nouvelle appartenant a I laht Ziva
isakligil qui a éte inclue par V. Dinescu dans l'Artlholoqte de la nouvelle turque cinquante
plus tard.
7 Le courant La noupelle Ltlferalure a eu comme programme la promotion de Pestheti-
que curopéenne dans les efforts des intellectuels turcs de moderniser leur culture (modernisa-
tion declaree veis la fin du XIX° siècle, à l'époque de la Période des Réformes Tarzzzmat
donerm).

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3 RELATIONS LITTERAIRES ROUMANO-TURQUES 51

du perroquet, correspondant, semble-t-il, au gait des lecterns du temps


nous son-Imes daps les premières décennies du siècle influence par le
fabuleux, mystélieux, i omantique, incompréhensible Orient.
La suivante tiaduction ne pamit qu'en 1953, en volume, et en 1954,
dans un peliodique littétaire, mais par une langue intermédiaire.
Les années '60, quand la tumologie roumaine commence à être
fondée scientifiquement, et connait, par la suite, un essor remarquable,
déterminent une attitude différente au sujet des ttaductions : Youssoul
de Kouyougeak par Sabahattin Ali est tiaduit directement du turc par
Alina Mima et Osman Abdullah en 1959.
Nous allous insister sur le domaine de la prose 8, paree que, en ce
qui concerne la littétature turque, c'est elle qui permet un aperçu sur
revolution de cette littemture, le roman surtout. Passons en revue les
romans, tures 9 qui ont éte tiaduits en roumain
1959 Knyucakli Yusuf, par Sabahattin Ali
1964 mee Memed, par Yafar Kemal
1965 Rontantika, par Nazim Hilimet Ran
1968 Arare Yillar, par Orhan Kemal et
Calikusu, par Re;ut Numi Guntekin
1970 Sinekli Bakkal, par Halide Edip Adivar
1975 kintizdeki Seytan, par Sabahattin Ali et A5imdiki Cocuklar
Ilarika, par _Aziz Nezin
1978 Ivinde, par Sainim Kocag,oz
1982 Kurk Mantolu Madonna, par Sabahattin Ali
1983 Zeli, par Necati Cumali
1984 Bir Ante Gökyüzü, par Çetin Altan
Aylaklar, par Melih Cevdet Anday.
Ainsi la littéMture turque est devenue plus connue aux lecterns
roumains à partir des années '60, grilee au profond changernent pro-
duit dans le domaine des traductions, qui sort définitivement de la sphère
des options personnelles : à partir des années '60 les tradueteurs sont
des turcologues : Vioriea Dinescu, Erem-Melike Roman, Paul Dinu,
Osman Abdullah, Ruse Nedelea, Agiemin Baubek, Nevzat Yusuf, Vale-
n iu Veliman, Ioan PenisoarA et l'auteur de cet article.
Les romans turcs tiaduits en roumain sont inscrits sous le signe
du réalisme. Dans le cadre de ce réalisme, il est intéressant de surprendre
une des tendances très fertiles de la littérature turquele roman du village'''.
Ince Memedu a été tiaduit en 1964 (en 1959 apparaissait Kuyucakli
Yusuf ), quand, sur le plan social le processus de la coopérativisation de
8 Récemment, aux travaux du huitiême Congrès de l'Association Internationale des
Critiques Littéraires, a eu lieu le colloque a La Critique littéraire et le Theatre les partici-
pants ont insisté sur le thème : le thatre comme teste ou comme apectacle. Nous avons pris
comme préambule de notre discussion cette spécificité de l'art theatral, celui d'être vu, vécu.
C'est pourquoi notre analyse va se dérouler seulement dans le domaine de la prose et de la poé-
sie en tant qu'ensemble des structures &rites.
9 Nous avons donne les titres des romans en original.
3.9 Le roman du village a été l'un des thèmes prélérés des écrivains turcs, dans les décén-
nies VI et VII de notre siècle.
n Ince Illemed est le roman étalon pour le thème il a été traduit en 23 langues et a con-
nu douze éditions en Turquie. Son auteur, Yasar Kemal, a elk proposé plusieurs fois pour le
Prix Nobel.

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52 ELENA-NATALIA IONESCU 4

Pagriculture s'achéve, alors que, sur le plan litteiaire, se ciistallisent les


nouvelhss directions de la littéiature du village. En 1955 avait été publié
le peniler volume de Moromelii par Malin Freda (après la paiution, en
1948 de la Rencontre dans les ierres, par le inéme auteur), et en 1958 le
romancier Titus Popovici avait publié La soif. INIais le leeteur roumain
connaissait aussi Ion et la Révolte de Liviu Rebreanu. Dans ce cadre,
inéme si le recepteur roumain n'a pas lu les romans Inee Mewed et Knyu-
(alai Yusuf comme des nouveautés absolues, on peut affirmer que ces
romans ont atteint l'holizon d'attente de ce récepteur devant un des
themes si chers de la littéiature des pays en cours de développentent
comme le theme de la terre 12 en validant des valeurs déjà connues, mais
en permettant, en même temps, la connaissanee du probleme du village,
la mentalité du paysan turc, les coutumes et le folklore ti és riches du peuple
turc. Ils ont done donne de nouvelles dimensions ù, Pholizon d'attente du
r e ept eur iouinain.
tine des tendances nouvelles de la litterature turque, la desciip-
tion de la vie des milieux_ m Wins et intelleetuels marquee par les profonds
changements sociaux de Pannée 1960 quand, air& une décennie d'en-
-haves des libertés démociatiques, le coup d'Etat initie et conduit par
Cemal Gtirsel, devenu Piesident de la Republique, éloigne le gouverne-
ment Adnan Menderes, a commence à, (Are manifeste à partir des an-
nées '70. Un exemple nous en offre le roman En Izmir (Izmir' in içinde),
écrit par Samiin Kocagoz en 1973 et traduit en roumain en 1978. 1J,-_, roman
Un petit coin de eiel (Bir Avin Gokyuzii), écrit en 1974 par run des plus
importa,nts prosateurs tures contemporains, Cetin Altan, décrit aussi les
problèmes de conscience d'un intellectuel dont la liberté et la vie sont
a(ri vement menancées.
L'évolution de la nouvelle turque suit, dans ses lignes généiales, celle
du roman'2, ainsi qu'en témoignentles treize volumes publiés en Roumanie,
dont trois sont anthologiques et constituent des vraies réussites (Un pro-
blème d'affaires 1962, AS'ous le p'éché, premier volume, Le miroir de la
plage, second volume 1973) 14 et Aziz Nesin Si j'étais femme (1963),
Neveu de «chef » (1969), Sabahattin Ali La route asphaltée (1955),
Necati Cumali L'été de séeheresse (1975) et Yaar Kemal Chaleur
eanieulaire (1974). Ajoutons-y les centaines de nouvelles qu'on peut lire
dans les pages des péliodiques littéiaires roumains : Roma nia literara,
Convorbiri literare, Luceafeirul, Contemporanal, Steam, Tribuna, revues
qui sont éditées à Bucarest et dans les prineipaux centres culturels du
pa,ys.
Il faut noter que 1 ss auteurs de prose courte sont presque toujours
des romanciers. Il ne s'agit pas d'une simple coincidence, ou, peut-étre,
faut-il l'expliquer par le fait que ces éciivains sont les représentants des
plus riches périodes de la littérature turque : la Littétature Nationale, la
1= On pourrait compléter l'image avec les tratluctions de la littrature rouinaine en turc,
pour constater que la plupart de ces traductions sont aussi des romans du
13 On sait, que, pour la lilt( rature turque, parler du roman et de la nouvelle dans l'accep-
bon moderne du terme c'est se souvenir de la Période des Réformes, comme de l'acte de naissance
de ces genres littéraires.
14 Nous avons donné I'année de la parution en roumain.

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RELATIONS LITTERAIRES ROUMANO-TURQUES 53

Litteratute de la Republique, la période actuelle. Il faut souligner les


contributions dues aux écrivains Iles à l'époque de la proclarnation de la
première Republique turque, qui ont debuté apes les années '40 et sont,
present, des cla,ssiques en vie : Yasar Kemal, Aziz Nesin, Samim Koca-
gòz, Necati Cumali, Qetin Altan.
Une place de chorx est réservee à Aziz Nesin, l'un des plus grands
écrivains humoristes du monde, representa,nt brillant de l'humour balka-
nique, aime par les lecteurs roumains comme s'il était, le «frere ture de
Ion Luca Caragiale, grape a l'humour, à la satire que la prose d'Aziz
Nesin a illustrés par tous les moyens du comique 15.
En ce qui concerne la poésie, le volume publié en 1979,. Anthologie
de la poésie turque depuis ses débuts jusqu'et nos jours constitue une très
belle documentation sur l'évolution de ce genre littéraire en Turquie.
Ajoutons-y les parutions de traductions dans les périodiques littéraires,
deja mentionnées.
L'innovateur de la poésie turque moderne, veritable conscience
artistique du XX' siècle, Nazim Hikmet Han, est très eonnu en Rournanie,
grace aux einq volumes publiés pendant vingt ans, ainsi qu'à sa presence
dans la suismentionnée anthologie et aux sensibles traductions réalisées
par la poétesse Maria Barn's.
Après avoir passé en revue les traductions en roumain de la litté-
ra,ture turque, il taut noter que, des écrivains importants comrne Yasar
Kemal, Sabahattin Ali, (khan Kemal, Aziz Nesin, Necati Cumali, Nazim
Hikmet, Odian Veli, Fazil FItisnir Daglarca, Ahmet Hamdi Tanpina,r,
sont devenus des noms familiers aux lecteurs roumains pas seulement
aux spécialistes et, grace a eux on a pu connaitre les realisations et les
tendanees de la littérature turque. Mais il faut également observer qu'il
y a des écriva,ins remarquables, comme, par exemple, Sait Faik Abasiyanik
le crea,teur de la nouvelle turque moderne, insuffisamment connus en
Roumanie. Il y a aussi des représentants de la littérature turque actuelle
Vedat Ttukali, Attila Ilhan dont les +oeuvres pourraient completer
l'image que le lecteur roumain a de la litter ature turque dans son ensemble.
Grace au changement d'attitude marque en Roumanie apres
deuxierne g,uetre mondiale en matière de traductions, et, en ce qui con-
eerne la littérature turque, d'une inanièi e tout à fait spéciale apes les
années '60, le nombre des traductions roumaines des ceuvres littéraires
turques parries entre 1970 et 1987 est égal aux traductions réalisées dans
la periode 1900 1969.
Les Roumains out pu connadtre des ccuvres de valeur de la litter-a-
ttire turque, clans le plocessus, constanunPnt soutenu en Roumanie,
de la connaissance des coatributions de cette littérature a l'ensemble
si divers d'expressions eulturelles sud-est européennes, et, en mème temps,
de la patticipation de cette culture au circuit mondial des valeurs.

15 Viorica Dineseu, La prose satirique d'Aziz Nesin, Studia et Acta Orientalia », Bucarest,
1967.

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Géographie historique

SUR LE TRESOR DE LINGOTS ROMAINS D'OR


DnCOUVERT À FELDIOARA (DÉP. DE BRASOY)

OCTAVIAN ILIESCU

cours des années 1964-1965, mettant à profit un bon nombre


d'infounations relatives à l'apparition d'u.n nouveau "ingot romain d'or,
découvett en nansylvanie et acquis en 1960 pour les collections du Cabi-
net numismatique de la Bibliothèque de l'Academie 1, nous avons idea-
title pour la première fois l'existence d'un nouveau trésor compose de
pareils 'ingots et tiouve en 1934 h Feldioaia (dep. de Bl'aoV) 2 Seim'
les données dont nous disposions à l'epoque, ce tresor await, comptis qua-
tre pees ; trois en avaient dejh fait l'objet d'une description détaillée,
mais avec une indication de provenance erronnée,3 tandis que le quatrième
aurait été fondu avant d'en 'toter inème les principales caracteristiques4.
Or voici que ce dernier 'ingot vient de faire, lui aussi, son apparition 5 cet
événement nous a determine de revenir sur cette découverte, afin d'y
apporter certaines precisions qui nous semblent ètre nécessaires.
Tout d'abord, il couvient d'esquisser un bref historique du problème
qui nous préoccupe dans cette note. 11 est notoire qu'au mois de septembre
1887, quatre habitants du villag,e de Crasna (appartenant aujourd'hui h la
-comm. de Sita Buzilului, dep. de Covasna) qui travaillaient à déblayer
1 Ce lingot avail 0..6 céde par la Banque Nationale de la R S llounianie à la Biblioth,que
de l'Acadenue de la R. S de I lownante, pour les collections du Catonet nunu,,matniue (acte
vente n° 262 du 6 oct 1960) et enregistré sous le n° d'imentaire 1635 du 9 oct. 1960 II
a Mil ensuite l'objet d'une communication que nous avons presentée sous le titre Le
trésor de Crasna (en rournain) à la Soctélé rounmine de numismatic/tie, le 30 oct. 1960. cf.
13ticur Ilttrea, Descopmrt reeente ci mat vechz de monede antice si bt:antine in Romtintil, SCI V,
12, 1961, p. 150, n° 34 Crasna ; Découvertes rccentes el plus anciennes de monnaics antiques el
Inprantines en Boumanie, Dacia N S., 5, 1961, p 589, n° 34 Crasna (Nersior, francaise (lu truhne
tevte) , y également Octavian Illescu, Obiecte-monedd, CI cslCol, 4, 1962, p. 379, n° 586 (où l'on
precise pour la premiere fois la découverte de ce ltngot à beldioat a); ideni, Notei, CiestCol, 10,
1964, p 397.
2 Octavian Ilicscu, Recenti act/Lush del Gabinetto Numismatic° della Biblioteca dell'Aca-
demia R.1).1?., FasliArch, 1,6, 1904. p 52-53, IV 753 et pl. XII, 44 : Un nou 'ingou zornan de
aur, descopent in Tionsilvanta, 1?ev.1111:, 2, 1965, 1, p. 9-14 ; Nouvelles informations relattvcs
aux luigots romains d'or trouvts en Dansylvante, lif:SEE, 3, 1964, 1-2, p. 269-281 (abt. plus
loin : Nouvelles informations ).
3 Georg Elmer, Exkurs tiber die romischen Goldbaren aus Strnitum (Naissus und Thes-

saloniec ) und dire Dattezung, Nurm:maliear (Belgrade), 2, 1935, V, p. 17-21 (abr. plus loin
Eakurs ).
4 Octavian Iliescu, Nouvelles informattons, p 270.
5 Bernhard Overbeck, Mechtild Oyerbeck, Zur Datierung und Interpretation der spatan-
ithen Goldbarren aus Stebenburgen unhand ewes unpublizierlen Fundes von Feldioara, Chiron,
15, 1983, p. 199-210 (abr. : Datterung ).

Rev. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 55-73, Bucarest, 1988

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56 OCTAVIAN ILIES cu 2

route longeant la vallée de la rivière Buzàu ont découvert un riche


tn'sor compose de lingots d'or, en forme de bRons de che à cacheter et
munis d'estampilles de garantie de Pempire romain, quelques-unes
tant la marque de la monnaie de Sirmium 6. Le nombi e total de ces lingots
est reste, meme jusqu'à nos jours, indétermine ; à la suite des investiga-
tions que nous avons entrepi ises entre 1960 et 1971, il parait qu'il ait
(Hi s'elever à une vingtaine 7.
En 1935, Georg Elmer, se basant sur les informations et les photos
fournies par le numismate K. F. Nuber d'Osijek (en Yougos-lavie), était
en mesure de publier trois nouvea,ux lingots romains d'or provenant de
Transylvanie et censés par consequent appartenir au méme tresor de
exasna 8 faut pourtant observer qu'Elmer n'avait attaché aucune
importance au fait que les trois nouveaux lingots portaient des estampilles
de ga,rantie qui, A, une seule exception, diffèrent de celles que l'on trouve
appliquées sur les barres d'or du trésor déjà mentionné. En effet, tandis
que les estampilles des lingots découverts à Crasna indiquent l'atelier de
Sirrnium, comme lieu de provenance, eelles des trois autres, publiés par
Elmer, ont été appliquées à Naissus, dams le ca,mp de Parmée impériale
(comitatus ) et respectivernent à Thessalonique 9 , p arti culari t é qui aurait
pu faire suggérer à l'auteur cite s'agissait en réalité d'une autre trou-
vaille. Mais le grand mérite de son article est d'avoir établi pour la premi-
ère fois la datation correcte de tous les lingots romains d'or découverts
en Transylvanie, datation fondée sur des arguments très solides d'ordie
historique : la première moitié de Pannée 379, sous le règne des empereurs
Gratien, Valentinien II et Theodose I. ce dernier à peine proclamé par
Graden, le 19 janvier 379, à Sirmium 10; nous en reparlerons amplement,
quelques lignes plus loin.
En 1939, la doctoresse Laura Breglia publia, elle aussi, un nouveau
lingot romain d'or conserve dans les collections du Musée National de
Naples et provenant « dalla collezione cumana di Stevens » 12; probable-
ment pour ce motif, Pauteur estime que la nouvelle barre d'or a pu bien étre
découverte à Cuma (Cumes) méme 13. A notre avis, les arguments invo-
qués en faveur d'une telle hypothèse ne sont pas très convaincants, a
(Want d'une attestation certaine en ce sens ; en effet, le lingot en question
6 Le tresor de Grasna a inspire jusqu'A present une bibliographic très abondante dont
nous aons dressé en 1971 une liste à peu près complete; v. en. ce sens Cultura brzantuul in
Romania, p. 178-179, sous le no 371. L'étude de Friederich Kenner, Ronmsche Goldbat ren mzt
Stempeln (11), NZ, 20, 188d, p. 19-46, reste, aujourd'hui encore, d'une importance capitale.
Depuis 1971, d'autres travaux sont venus s'ajouter, naturellement, A la riche bibliographie
consacrée au trésor de Crasna ; nous allons en citer quelques-uns dans ce qui Sllit.
7 Octavian lliescu, op. el loc. cit.
8 Georg Elmer, op. cit., p. 19.
9 Ibidern.
19 lbidem, p. 20.
H Laura Bregha, Vn lingotto aureo di zecca Imperzale Romana, BCNN , 18, 1939, p.35-44
12 Rudem, p. 35.
13 findem, p. 42-44. L'auteur ne connait pas l'étude de Georg Elmer, citée plus haut ;
par consequent, elle propose une chronologie erronnée des événements historiques qui auraient
pu justifier une éventuelle presence A Cuma du lingot en question.

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3 LINGOTS ROMALNS D'OR 57

porte les estampilles aux noms de Flavius Flavianus (trois fois) 14 et Lucia-
nus (une fois), comme la plupart de ceux qui eomposent le trésor de Crasna ;
par consequent, il n'est pas exclu que le lingot du Musée de Naples ait
la méme provenance 15.
Tel était en 1960 l'état de la documentation concernant les décou-
wiles de pareils 'ingots romains impéliaux, lorsque nous avons appris
que celui qui venait d'entrer dansles collections du Cabinet numismatique
de Bucarest avait été vendu par un détenteur puyé à la filiale de Thasov
de la Banque Nationale de Roumanie. Nous avons done ultélieurement
entreinis des investigations réitérées à Biasov méme, afin d'y recueillir
des informations précises, encore disponibles, concernant la provenance
de ce lingot. Finalement, nous avons réussi it étie reçu par son aneien pos-
sesseur, une vieille dame de Thasov, qui a eu l'amabilité de nous declarer
que l'objet en question avait été découvelt en 1880 à Feldioala, non loin
de Biasov, à Poccasion des tiavaux aglicoles effectués 7sur le teriain de
son grand-père, Johann Altstadter, pasteur protestant de la communauté
saxonne de la,dite localité (décede en 1880). En nous deplagant à Fel-
dioada, lams avons identifie le teriain respectif ; il est situé à l'ouest de la
voie ferrée Bod Feldioala, au km 188 3, dans une zone innondable,
appelée aujculd'hui Goldgrvben par les habitants saxons de Feldioara.
Au cours des ménies investigations, suivant, toujours à Brasov,
une piste tout à fait différente, Dons avons recueilli des renseignements
très précis conceinant un vein-able tresor de barres d'or, découvert
Feldioala en 1934. Cc trésor aurait eté compose de quatie 'ingots romains
d'or dont l'un, detruit, -ernble-t-il, au moment de la découverte par le
ecutie de la chain-Le, autait ete fondu. Les itois auties lingots avaient
etc> offeits en 1934 à la Banque Na,tionale de lioumanie, qui avait refuse
de les acheter, à cause des conditions stipulées par le vendeur ; leur sort
ultélitur restait coning. Notre infoimateur a eu l'amabilité de nous offrir
un cliché de veil e on élaient leproduits ces lin4ots ; nous avons eu la sur-
prise d'y leconnaitle les trois pièces publiées par Elmer en 1935.
Les diverses informations obtenues comme résultat de nos investi-
gations nous autoi isaient done d'affirmer en 1965 que le lingot acquis pour
les collections du Cabinet numismatique de l'Academie avait été trouvé
en 1880 à Feldioala, dep. de 131asov et que, toujours à Feldioala, on avait
découvert en 1934 un trésor compose de quatie lingois pareils dont trois
publiés l'annee suivante par Georg Elmer et un probablement fondu
en delm's du trésor de Ciasna, on pouvait done compter dorénavant les
tiouvailles de Feldioala qui avaient mis au jour non moins de cinq lin-
gots romains d'or. En 1965, ces conclusions étaient publiées, dans les
pages de eette méme revue 16.
14 De ce lingot, il manque un segment a l'etr6rnité droite, qui de N ait sans nul doute porter
l'estampille au nom de FlaNius Flaviantis (pour la qua trienie fins), comme un lingot sunilaire
provenant du trésor de Crasna, ce dernier connu seulement par tine copie gahanoplastique
conservée au Musk; dl listoire de Deva, cetle copie a e le reproduitc, sans aucune description
v. °eta\ Ian llicscu, Xouoelles mfoiinaIioîi, p 278 (pl I I I, I)
13 A moms qu'll n'ait é LC enregistré dans l'inN entai re (les collections du Alusée National de
Naples anon( 1887, cctle hypothese nous semble très plausible.
16 Octavian lliescu, op oil , p 270, 271

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53 OCTAVIAN ILIESCU 4

Publiant en 1985 un nouveau lingot romain d'or, trouvé à Feldioara,


Bernhard Overbeck et Mechtild Overbeek nous offrent, en ce qui con-
cerne les circonstanees de la dkouverte, les renseignements suivants
Nadi Aussage des Besitzer fand Rein G i ossvater den Barren «ca. 1910
im Garter' in der Nahe von Marienberg (Region Kronstadt) », dem lieu-
tigen Fehlioata, coin. Vistea de Jos, jud. Biasov, Rumanien (s. Karte), al-s%
Einzelstuek." "
'. U.
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O Trisors ingoilaires
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R. DE BULGARIe
Fig. 1. Carte des ensembles archéologiques attribués aux Visigoths ou aux Ostrogoths
et enfouis entre 375-950.
De tout ce qui precede, il résulte que des informations éparses,
obtenues de trois sources diffélentes, coincident cependant pour confirmer
la découverte à Feldioara (dep. de Btasov) d'un nombre de 'ingots ro-
mains d'or : un en 1880, quatre en 193-1 f`t encore un en 1910. Evidemment,
il n'est pas impossible, du moins en théoiie, qui'il s'agisse en Poccurrence
1' Bernhard Overbeck, Alechtild Overbeck, op cii , p. 199. .1/a/zenburg (et non pas Marien-
berg ) est rancien nom donne par les Saxons de Trans% lvanie à la localité Feldwara, située sur
1.1 rise gauche de la risiere Oltul, A 25 km nord de Brasov : elle ne dolt pas étre confondue avec
le village Feldioara (comm. de Visten de Jos, (lep. de Brasov), qui est situé à environ 22 km.
ouest de Fagilras, sur la rive droite de la riviere Oltul 11 faut néaninoins observer que sur la
carte donnée linden?, p 210, le heu de cette clécouverte est correctement localise : en eftet, c'est
Feldioara de Brasov qui y figure et non pas le village Feldman' de l'ancien dep. de Fagfira.
Les auteurs cites ont reproduit [elle quelle clans leur texte la confusion faite atipai avant par
Ennlian Popescu, Iiisci while glecelt din seco/ele IV -XIII descoperzle in Romdma,
Bucarest, 1970, p. 31 (abr plus han : ). En 19(35, nous avons pourtant clairement indiqué
: v. en ce sens Octavian
qu'il s'agit de la localite Feldioara, située a 25 kin au nord de Bra.,,ov.
Diesel', op. cit., p. 270 et la carte zeprodulte A la p. 273.

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5 LINGOTS ROMAINS D'OR 59

de trois découvertes distinetes ; pourtant, il est peu probable. A notre


avis, il est bien plus plausible d'admettre que le 'ingot cense avoir été
trouve en 1910 représente en réalité le quatrième lingot du trésor ("emu-
vert en 1934, longtemps considéré comme avoir été fondu par ses inven-
leurs. D'autre part, nOUS devons également admettre que rien ne s'oppose
h attributer la mettle provenance au lingot du Cabinet numismatique de
Bucarest. En effet, les informations mentionnant les dates 1880 et 1910
peuvent etre erronnées, voire fausses. Il faut done considerer que les cinq
'ingots romains d'or successivement publies en 1935, 1965 et 1985, repré-
sentent en fait les membra disieeta d'un seul et mi7Ine tresor, decouvert
Feldioata en 1934. De ce tresor, les trois premieLs. 'ingots, publiés par
Elmer en 1935, sont firralement artives au (aire, oh ils sont conserves
au Musée du Palais 18 le quattième appartient aux collections du Cabinet
numismatique de l'Academie h Bucarest et enfin le cinquième,
par Bernhard Overbeck et Mechtild Overbeek, a été vendu aux enchères
en 1984 h New York 19; nous ignorons le lieu oh il se trouve actuellement.
Dans le but de reconstituer la composition initiale du trésor de
Feldioara, il convient maintenant de presenter la description detainee de
tons les 'ingots qui le eomposent, ce qui nous permettra d'y apporter
quelques precisions ct rectifications. En voici la description 20.
A. LINGOTS CONFECTIONNES À NAISSUS

1. AV ; L -___ 172 111m; 1= 18 22 mm ; h=10 14 mm ; P = 544 g


(pl. I, 1). Musée du Palais, Le Caire.
El: ICALTOPIVS Kaly op 7213
[P] RO. SIG14*)*" [p] ro(bavi ) sig (navi ). Cadre perlé
z
E 2A : z D (omi n i) iV (ostri ) (tres). Cadre perlé
z
Trois bustes d'empereurs, diadémes et drapes, vus de face, le pre-
mier, h gauche, le plus petit ; le deuxième, au milieu, le plus grand;
entre le premier et le deuxième buste, deux étoiles h huit rais;
entre le deuxième et le troisième, une autre étoile, identique.
E3 : NAISI IV a is <s> i Cadre perle.
Légende h la base d'une estampille apposée verticalement ; au-des-
sus, la Tyché, de la vine del\.Taissus, column-tee de la couronne murale,

lq Ils s'y troll\ en t dès as ant 1954. y le catalogue de sente de la maison Sotheby & Co.
The palace Collections of Egypt Cataloquc of the highly un poi (ant and extremely valuable collec-
tion of Coins and Medals The Proper13 of the Ilepublic of Es pt. 1954, p 139. n-os 13 i8-1370
(abr. plus loin Cal. Sotheby ) Itetirs de la venle, ces lingots se from cut encore au Musee
du Palais au Calre.
19 Bernhard Overbeck, \Tech-141d Overlkek, op cit.. p. 199, n 1, où ils client le catalogue
<, Numismatic Fine Arts 14, Nov. 1084, No% York, n° 593 tab) plus loin : Cal. NFA )
Abrévia Lions employCes dans la description des lingots : AV : or ; L : longueur, , 1 :
largeur ; h : hauteur. . . poufs tdre (de l'or); ElES . estampilles de garantic; r position
renversée ('une estampille, par lapport à celle gut la precède

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60 OCTAVIAN ILIESCU 6

assise à gauche sur un eippus; elle tient de la main droite une palme,
de la main gauche la corne d'abondance.
Bibl. : G. ELMER, Exkurs, p. 19, n° 1 (El : ...OPIVS ; E2A Drei
Kaiserkopfe) ; Cat Sotheby, p. 139, n° 1470 (El : ...IVOPIVS) ;
O. ILIESCU, Nouvelles informations, p. 272, n° I (El : [PR]IKO-
PIVS) ; E. POPESCU, IGL, p. 382, b (El: [Prlicopius); B. OVER-
BECK, M. OVERBECK, Datierung, p. 203, n 03 (El : Kalyopius).
2. AV ; L = 165 mm ; 1 -= 14 18 mm ; h = 5 10 mm ; P =-- 338,90 g;
T = 991,5/1000 (pl. I, 2). Collection inconnue.
El: KALYOPIVS Kaluopius
PRO. SIG A*
pro(bavi ) sig(navi). Cadre perlé.
E2Ar comme plus haut, E2A (position renversée).
E3: comme plus haut, E3.
Bibl.: Cat.NPA, n° 593; B. OVERBECK, M. OVERBECK, Datie-
rung, p. 199-200 21

B. LINGOT CONFECTIONNÉ DANS LE CAMP DE L'ARNIÉE IMPÉRIALE

3. AV ; L = 170 mm ; 1 = 24 38 mm ; h = 10 12 mm ; P = 588,5 g
(pl. II, 1). Musée dti Palais, Le Cafre.
COMIT Comit(atus). Cadre perlé.
Légende à la base d'une estampille apposée verticalement ; au-des-
sus, légionaire romain debout à droite, avec casque et paludamen-
tum,, tenant de la main droite une haste, la main gauche appuyée
sur un bouclier ovale dont le bout inférieur repose sur terre.
BA.S SV. IVSTA Bassusiusta
*...*...* * * *
DIGMA PROBAVI digma probavi. Cadre perlé.
E4: comme plus haut, E4.
Bibl.: G. ELMER, Exkurs, p. 19, n° 2; Cat. Sotheby, p. 139, n°
1468; 0. ILIESCU, Nouvelles informatious, p. 274, n° II; E. PO-
PESCU, IGL, p. 383 e; B. OVERBECK, M. OVERBECK, Datie-
rung, p. 203, n° 2.

C. LINGOTS CONFECTIONNÉS À TIIESSALONICA

4. AV ; L = 167 mm ; 1 20 23 mm ; h = 8 10 mm ; P =373,5 g
(pl. II, 2. Mussée du Palais, Le Caire.
E6A : TES T<h)es(salonicae). Cadre perlé.

21 Les auteurs cités (léemela égaleinent les poinums appliques sur le até opposé de ce
higa par 1DIfice du contr6le des me tadx. pr6cleux de Zurich, qui a élabli le titre de 991,5/1000;
lindera, p 200.

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7 LINGOTS ROMAINS D'OR 61

Légende à, la base d'une estampille apposée- verticalement ; au-des-


sus, la Tyché de la ville de Thessalonica, à la couronne murale,
assise sur un trône à gauche et tenant de la main droite une balance,
de la main gauche la come d'abondance.
E2A comme plus haut, E2A.
E7 : CVR THES S cur ( ator ) thes (aur ) s ( acm )
IN ARO AVE OB in are(a) aur( ) ob (ryza )
PROB ET SIG. N prob(avi ) et sign (avi ). Cadre perlé.
Bibl. : G. ELMER, Exkurs, p. 19, n° 3 (auquel appartient
la lecture de l'inscription E7) Cat. Sotheby,, p. 139, n° 1469; 0.
;

ILIESCU, nouvelles inf ormaii ons, p. 271, n° III; E. POPESCU,


IGL, p. 383-384, d; B. OVERBECK, M. OVERBECK, Datier-
ung, p. 203, n° 1.
5. AV ; L = 149,5 mm ; 20 22 mm ; h 6 9,7 mm ; P =-- 393,27 g ;
T=950/1000 (pl. II, 3). Cabinet numismatique de la Bibliothèque
de l'Académie, Bucarest (actuellement, ce lingot est exposé dans
la salle des trésors au Musée d'Histoire de la République Socialiste
de Roumanie).
E6B : TES T <h> es ( salon icae ) . Cadre perlé.
Lé,gende à, la base d'une estampille apposée verticalement ; au-des-
sus, la Tyché de la ville de Thessalonica, couronnée et assise sur un
trône comme plus haut, E6A, mais tenant ici une Niké de la main
droite et la corne d'abondance de la main gauche.

Z
E2B : Z D ( omini ) N (ostri ) (tres). Cadre perlé
z
Trois bustes d'empereurs, comme plus haut, E2A, mais seulement
le premier 6., gauche est plus petit, tandis que le deuxième et le
troisiè,me sont représentés comme étant d'une grandeur à, peu près
égale ; en plus, entre le deuxième et le troisième buste, au niveau
des épaules, il y a le sigle K sous l'étoile à huit rais.
ES: FLAVIVS Flavius
CALLIOPIVS Calliopius
PRO*ET*SIG pro (bavi )*et*sig (navi )
O O Cadre perlé.
Bibl. : O. ILIESCU, Nouvelles informati ons, p. 269-270; E.
POPESCU, IGL, p. 381-382, a; B. OVERBECK, M. OVERBECK,
Datierun g, p. 205.

La récente apparition du dernier lingot romain d'or provenant du


trésor de Feldioara, gnIce à quelques éléments nouveaux gull offre
notre attention, a contribué de beaucoup hrenrichissement de nos connais-
sances d.ans deux domaines de reaerches concernant l'empire romain.
En premier lieu, du point de vue de l'épigraphie latine,le fait que l'es-
tampille El de ce nouveau lingot contient, sans doute possible, la signa-

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9 LINGOTS ROMAINS D'OR 63

ture d'un Kalyopius, facilité la lecture correcte du nom inscrit sur l'es-
tampille El du lingot similaire de Naissus. Mal imprime, de sorte que
les premières lettres en restaient illisibleR, la lecture de ce 110111 a donne
lieu à plusieurs interpretations. Comme nous l'avons déjà niontré, Elmer
d'abord. plus prudent, s'était contente en 1935 d'en transcrire seulement
les lettres ... 0131-VS 22, ce qui ne posait pas de problemes,.
Sans avoir ett la moindre connaissance de l'étude de Georg Elmer,
l'auteur du Catalogue Sotheby proposait en 19.54 la lecture ... IVOPIVS23
une pareille restitution, (bit-on l'admettre sans aucune hesitation, semble
etre dénuee de tout sens.
A notre tour, nons avons tente ell 1965 de restituer le limn du signa-
taire de l'estampille El et, estiinant pouvoir identifier avant la terminai-
son OPIVS un I suivi de l'angle supérieur d'un K, BOTTS avons propose
la lecture : [PRlIKOPIVS 24, ariante de Procopius, aujourd'hui encore
assez fréquente dans Ponomastique et la topon,ymie roumaines (Pricop,
Pricope, anthroponymes ; Pricopan, chaine montagneuse dans le nord
de la Dobroudja). Ultérieurement, cette lectute a été mentionnée ou
lame acceptee par Frainois Baratte 25, Jordanka Youroukova 26 et
Emilian Popescu, ce dernier autcur en adoptant l'orthographe Pr icopiits 27.
Pourtant, une telle variante du nom Procopius n'était pas attestée par
d'autres inscriptions grecques on latines 28
La redécouverte clu cinquième lingot de Feldioara a offert à ses
éditeurs les elements necessaires, susceptibles de law permettre de re-
soudre ce probleme d'épigraphie latine. En effet, sur PestampilleEl
ce lingot, parfaitement imprimee clans l'or fraichement fond-u, on lit très
clairement le nom KALYOPIVS 29. En la comparant à l'estampille El
de l'autre lingot de Naissus, publié des 1935, la lecture du nom ...OPIVS
ne devait plus se heurter à aueune diffieulté : là aussi, figure le mot
KALYOPIVS 30. Ce que nous avons pris en 1965 pour un K dont la
partie inférieure était indistinete n'était en réalité qu'un Y et PI imme-
diatement precedent n'était que la haste d'un L. Il faut done corriger
aujourd'hui en ce sells Parenr de notte lectUre. En meme temps, il est
maintenant clefinitivement prouve que les deux lin gots deNaissus portent
Ppstampille de garantie signée par la meme personne, qui s'appelait
Kalyopius.
D'autre part, Pidentification du signataire des lingots fabriqués à
Naissus 11011S entraine également clans le domaine des reeherches d'une
22 Georg Elmer, Exkurs, p 19, n° 1.
23 Cat. Sothe'w, p. 139, n° 1470.
24 ()eta\ ian Ilieseu, .Notivelles Informations, p 278, n° I.
25 Franeois Baratte, Ouelgues ternalgues à propo.s des lingo's d'or el d'arrgent du Bas-lim-
pire, in Ftappes el atelieis monelaues dans l'Antigutté el au Mogen Age (Colloque de Belgrade
197,5), Belgrade, 1976, p. 69 ; idern, Lingots d'or el (Vertical en rapport avec l'ateller de Sirmuun,
in: Sunnum, VIII (Borne 13elgrade), 1978, p. 107 (d'apres Bernhard Overbeck, Ateelittld
Overbeel:', op. ed., p. 203, n. 9-10); on y propose la lecture : IK OP1VS.
Jordanka Youroukova, L'actanté de l'atelter d'orlevre it Nis att IV e s à la lunuere
d'un nouvelle trouvattle en Rulgarte, in Frappes el ateliers monclaires déja cite, p 73-78
(luénie rem oi, p. 203, n, 11).
27Emilian Popescu, 161., p. 382 (h), 384.
Ibtdem, p 384
29 Bernbard Overheek, Alechtild Overbeek, op. cit., p 200.
3° _linden?, p. 203.

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64 OCTAVIAN ILIESCU 10

autre discipline, à, savoir la prosopographie du Bas-Empire. Comme il est


hors de doute que ce Kalyopius de Naissus et Flavius Calliopius de Tires-
salonica représentent en fait une 'Soule et la rame personne 31, cette iden-
tification constitue en effet le point de depart pour des recherches faisant
l'objet de cette autre discipline. Car il s'agit vraiment du méme employe
travaillant dans l'office du comes sacrarum largitionum 32, sans doute un
Grec, d'après son nom. Ce Kalyopius avait d'abord surveillé à Naissus
la fabrication des lingots marques de sa signature ; puis, il a,vait suivi
la nouvelle cour impériale de Theodose I" sur le chemin qui devait abou-
tir à Thessalonica. Arrivé là, il continua d'y rernplir sa charge, mais
signant le lingot, ici fabrique, d'un nouveau nom, Flavius Calliopius,
ce qui implique également un chang-ement de statut personnel.
Videntité Kalyopius = Flavius Calliopius étant définitivement
établie, elle pourrait nous fournir la clé pour expliquer la signification
du sigle K, inscrit sur l'estampille E2B du second 'ingot fabrique a Tires-
salonica (n° 5 de notre description) et signé par notre personnage. En
1965, nous avons hésité d'en proposer une explication, méme à titre de
simple hypothèse. En vérité, ce sigle ne pouvait pas indiquer l'atelier
monétaire de Cyzicus, du moment que cet atelier avait cessé d'émettre
monnaies d'or depuis 367 33. 11 ne pouvait représenter ni l'indicatif d'une
officine, K, le numero 20 , car aucun atelier monetaire de l'empire
romain n.'a jamais dispose d'un nombre tenement grand d'officines en
service 34. On pouvait songer Peut-etre à un numero d'ordre de l'estam-
pine respective 35. A present, il nous semble plus plausible de considerer
le sigle K comme initiale du nom Kalyopius, l'estampille respective ayant
été confectionnée cles le sejour de son signataire à Naissus ; elle avait
été conservée et utilisée par son titulaire mérne quand il avait change
31 Ilndem, p. 208
3= Sur l'office du comes saerarum largdionum, y notamment : Otto Seed:, in RE, 11'/7,
Stuttgart, 1900, s. v. comites 11), col 640 ; Kurt Regling, in Friederich Frhr. \ 011 Schrotter,
Wolleibucli der illiin:Lunde, Berlin Leiptig, 1930, s. v. comes ; plus récemment, J.P C. Kent,
The Comes Sacral um Laigilioninn, in E. Cruikshank Dodd, By:anluie Silver Stamps, Washing-
ton, D C , 19b1, p 35-45 (cc dernier rem oi d'apres J. P C. li'ent, MC VIII. p xvti)
3 3 Pendant la période gut embrasse les années 364-395, Fetcher monetaire de Cyzique
a frappe des solidi d'or seulement aux noms de Valentimen I" et de Valens (25 f(vr 364 24
sofa 367) el de Procope (28 sept. 365 27 mai 366) , aim es 367, la frappe de l'or y ccssa défi-
nilivement V. en ce sells .J NV E Pearce, 1?IC IX, p. 237, 239.
14 Depuis l'avénement de Valentimen I" (2) féNr. 361) jusqu'à celui de Théodose 1" (19
janv 379), scuts les ateliers de Nicomédie ct Antioche avaient eu en set-Nice chacun un nombre
de dix ofticines monétaires, nurnérolées respectivement à l'aide des lettres A I de l'alpha-
bet grec l'alcher de Constantinople n'en avait coinpté que huit, AII. C'est Theodose ler qui y
créa encore deux offiemes, au indicatifs O respectivement L pour émettre, conjointement avec
les prennéres huit, la longue série de aolicli au revers CONCORDIA AVGGli. Le plus grand
nombre d'officines, travaillant simultanément, a été enregistré à Antioche quinze, AEI,
en service entre 313-316 et 337-361; ei Constantinople, lour nombre ne s'est éleve qu'a onze,
AI 1, au cours des dernières années du regne de Constantin le firand. Cf pour ces clétails
Patrick M Bruun, RIC VII; P C. Krnt, 1?IC VIII et J W E. Pearce, RIC IX, passim.
'3 Cf Emilian Popeseu, /GL, p. 382. Quant i l'autre hypo thése , citée qui tente
d'expliquer cc sigle camine represcittant le mot grec K (ct;.cocp.F.), elle ne pent se poser, pour
dens motifs essentiels : d'abord, touLes les inscriptions des estampilles appliquées sur les lingots
romains d'or décomerts en Trans harm sont rédigees en Iatin et non pas en grec ; ensuite, le
rang de césar n'élait plus aceorde sous l'empire roznain depuis 361 Julien le Philosophe flit le
(fernier qui refit detenu (355-361), avant d'Ctre proclamé auguste en 360, Innis reconnu en
361 (361-363).

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11 LINGOTS ROMAINS D'OR 65

de non', comme l'atteste la présence sur le lingot respectif de la nouvelle


estampille (ES).
Un autre sigle dont la signification doit également 'are expliquée
se trouve, nous rayons déja, vu, a, la fin de l'inscription au nom de Flavius
Calliopius (ES, lingot n° 5) : la lettre greeque O. Cette notre
thche est bien plus facile ; en effet, il est hors de tout doute que ce sigle
représente l'indicatif d'une officine en l'occurrence, la neuvieme
appartenant h un atelier monétaire qui ne peut étre que celui de Constan-
tinople. Cette hypothese, que nous avons déjh avancée à une autre occasi-
On 36, a une, implication tres intéressante, car en l'aeceptant, nous devons
ép,ralement admettre que Flavius Calliopius, par le fait qu'il ajoutait a, la
fin de l'inscription contenant son nom l'indicatif d'une officine moné-
taire, atiestait sans &lute qu'il en était devenu le chef. En effet, à notre
avis, il aurait été impossible que tout autre employé de cette officine
ellt fait un pareil usage de l'indicatif respeetif. Cette implication projette
une lumière completement nouvelle sur la carriere d'un probator et sig-
'pater aRri vers la fin du IV' siècle. Comme l'avait déjà fait observer
Ernest Babelon, raffinage et l'estampillage des lingots d'or avaient lieu
dans un atelier monétaire 37; par conséquent, les essayeurs et les vérifi-
cateurs de ces lingots appartenaient h la familia monetalis. Le cas de
Flavius Calliopius, probater et signator aun, promu a, la charge de chef
d'une officine monétaire, confirme done Popinion exprimée au début
de noire siecle par 117,rnest Babelon. Associer la fabrication des lingots
d'or a, la frappe des solid) dans le cadre de l'activité d'un méme atelier
monétaire et e'est le cas effectif de Sirmium ou de Thessalonica
ainsi que Font fait d'une manière très convaincante Ernest Babelon 38,
Georg Elmer 66 et, plus réceinment, Robert A. G. Carson, 4° ne représente
pas une o fausse prémisse », cornme la considèrent Bernhard et Mechtild
0 verbeck 41 La découverte de deux lingots d'or fabriqués h Naissus ne
saurait pas, à notre avis, infirmer cette association, memo si l'existence
(-'un atelier monétaire en activité dans cette importante ville romaine
n'a jamais été prouvée. Car la fabricaion de ces lingots h Naissus doit
'are jugée settlement en la mettant en rapport étroit avec la succession
des événements qui ont marqué l'histoire de l'empire romain, pendant
la secondé moitié de Pannée 378 et au cours de l'année suivaute. C'est
bien à 0-eorg Elmer que revient le merite d'avoir établi cette relation,
qui offre les éléments nécessaires pour préciser la datation de tous les
'ingots d'or découverts en Transylvanie et, en m6me temps, pour définir
les étapes strecessives de leur fabrication. Il convient done maintenant
de passer a, l'exarnen d' un problème bien plus important, h savoir Phistoire
de la fabrication des lirtgots d'or transylvaans, ce qui nous permettra,
également (l'expliquer la présen.ce de l'indicatif 0, a,ppartenant à une
OcLaN ian Iliescu, 01) cd , p. 280.
37 Ernest, 13abelon, Trade des monnaies grecques et roractenes, I/1, Paris, 1901, col. 881.
39 Georg Elm:ir, p 18
40 Robert A G Carson, 1?ornan Coinage Metal and Coin Production, x.ic, 10, 1951.
p 307 sur l'assuelation de 1,1 fabrication de certains !ingots d'argent a l'acti ite d'un atelier
monétaireA. ibidun. p :307-308
11 13 umli trd Ovorb., verbiok, Daiterizttg, p 209.

5 c 1737

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66 OCTAVIAN ILIESOU 12

officine monétaire constantinopolitane, dans Pinscription d'une estampille


appliquée sur un lingot f abriqm à Thessalonique ; ce faisant, nous sui-
yrons de près l'expose d'Elmer, en y apportant cependant les commentai-
res qui nous sembleront être adéquats.
Le 9 aollt 378, l'empereur Valens, essayant de nAettre fin h une grande
invasion des Goths au sud des Balkans, les affronta à Andrinople, mais
la bataille sanglante qui s'ensuivit se tetnina par une grave défaite
son armée, lui-merne y trouvant la rnort. Son neveu et collegue, Gratien 42,
qui, en vue de lui aceorder aide militaire, s'était déplace à a tete d'une
armée de Treverijusqu'aux Portes de Fer, sur le Danube, en apprenant la
nouvelle de la catastrophe d'Andrinople, se retira h Sirmium et y établit
son quarter general. De cette residence temporaire, le jeune empereur
prit les mesures urgentes, d'ordre militaire et financier, susceptibles de
faire face h la situation dangereuse créée dans les Balkans. Afin d'obtenir
les moyens financiers necessaires à soutenir la campagne contre les Goths
ou, éventuellement, à leur acheter la paix, Gratien commem:a par faire
frapper dans l'attelier monétaire de Sitnium, réouvert à cette occasion 43,
des solidi d'or h son Dom et h celui de son derni-frere, Yalentinien II et
au type de revers VICTORIA AVG-G 44 ; en merne temps, on conunena
la fabrication dans le méme atelier des lingots d'or estampillés par Lucianus
et Fla-vius Flavianus et trouyés à Crasna 45. D'autre part, conseient qu.'il
n'avait pas l'expérience nécessaire pour affronter la menace des Goths,
Gratien appela à Siimiurn le general Flavius Theodosius et le proclama
co-empereur, le 19 janvier 379; à partir de eette date, le pouvoir suprétne
dans l'empire romain était de nouveau Menu par trois augustes : Gra-
tien, Valentinien II et Theodose Ter, dont le nom et l'effigie apparaissent
sur des solidi frappes toujours h Sirmium et au meme revers 46. On y con-
42 Depuis la mort de Valentinien lefsurvenue à 13rigetio, le 17 novembre 375, le pou-
voir suprème clans l'empire romain était partagé entre Valens, son frere, qui gouvelnait dès 361
Gratien, son ills amé, proclamé auguste en 367, qui avail hérité de son père l'Oceident
et Valentimen II, deuxième ills de l'empereur décédé, né d'un second manage et proclamé
auguste par l'armée, cinq jours après la mort de son père ; à ce dernier, ses collègues lui avalent
reparti 1'11Iyricutn et l'Afnque. Après la fin tragique de Valens, Empire devait titre
gouverné par deux empereurs très jeunes . Gratien, né le 18 avril 359 et Valentimen II, ne le
2 juillet 371. Le fils de Valens, appelé. hu aussi, Valentimen, décéda en bas fige avant son
père. V. J. W E. Pearce, op. cm( , p xlii.
42 L'ateller monétalre de Sirmium frappa en 364 des monnaies aux noms de Valentinien
Ier et de Valens, pour ètre fermé à la fin de cette année nlème (J. W, E. Pearce, RIC IX,
p. 158) ou en 365 (J P C líent, R IC Y III, p. 383). Il sera ouvert de nouveau par Gratien, lors
de son séjour dans cetie vine, a partir du mois daont 378. Cf. lile IX, p. 159.
44 Au droit, buste de Gratien ou de Valentinien II, ceints du diadeine de perles, au revers,
deux empereurs trimant, de face, tenant conjointement un globe ; derrière eux, la Victoire aux-
atles etendues , au-dessous, une palme ; à l'exergue, SIROB ; deux variantes de légende
VICTOR -IA AVGG et AVGG. R IC IX, Sirmium, 9 (a) (d), Gratlen :9 (b) (e), Valentimen II.
I,'auteur obsene que le buste de Gratien est légérement barbu, en signe de detill pour la mort
de son oncle zbulern, p 159, en note, ce qui atteste que les solidi 9(a) et 9 (d) out 61.6 érms
immédiatement après la defaite d'Andrinople
4.6 V. la description de ces 'ingots chez Friederich Kellner, op cil , p 21-23 (barres IV II.
46 RIC IX, 9 (c), maintenant la légende VICTOR-IA AVGG (au lieu de AVG(;G, car
il y en avait trois) et la grandeur inégale des deux empereurs représentés au revers ; RIC IX,
10 (a) (b), montrant les deux empereurs de grandeur &gale, m.51s continuant de présenter la
légende VICTOR-IA AV GG respectivement GG,, en depit du fait qu'il y avait trois augus-
tes détenteurs du pouvoir suprème.

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13 LINGOTS ROMATNS D'OR 67

tinua également de fabriquer des lingots d'or qui portent maintenant,


côté des signatures .des essayeurs, l'estampille aux effigies de trois
empereurs et celle h la marque SIRM, lingots qui proviennent également
du trésor de Crasna 47.
Dans le cadre des arrangements intervenus h Sirmium entre Gra-
tien et Théodose I', le nouvel empereur reçut non seulement l'aide,
militaire qui était primitivement destinée h Valens, mais aussi une cer-
taine quantité d'or, notamment eu solidi, et lingots fabriqués sur placel
représentant les moyens financiers mis à sa disposition. Plus encore,
est bien certairi que Théodose obtint de la part de Gratien le personne
d'une officine monétaire, y compris notre Kalyopius, qui devait l'accom-
pagner dans sa marche contre les Goths, afin de pourvoir aux besoins
financiers de son arrnée 48
Les arrangements entre les deux empereurs une fois achevés, Théo-
dose Ier quitta Sirmium, probablement au début du mois février 379
et s'engagea, avec sa cour et son armée, sur la route qui, partant"de cette
ville, longeait le Danube, passant par Singidunum jusqu'it Yiminaciurn,
en Moesie Supérieure. De lh, il prit la route qui montait le long de la
vallée de la riviere Margus (aujourd'hui la Morava) et s'arraa pour quel-
que temps U, Naissus, ott les spécialistes de l'officine cédée par Gratien
firent fabriquer une nouvelle quantité de lingots d'or dont deux, signés
par Kalyopius, sont entres dans la composition du trésor deco-uvert
Feldioara. De Naissus, Théodose Ier continua sa route vers le sud et,
par Ulpiana, entra dans la vallée du fleuve Axius (le Vardar), dépassa
Seupi et Stobi, pour atteindre finalement Thessalonica (voir la carte de
Pitinéraire probable de Théodose Ier en 379, ci-joint, fig. 2). Chemin
faisant, l'atelier qui l'accompagnait fabriqua d'autres lingots d'or,
l'estampille COMIT ; Pun d'entre eux, signé, par l'essayém Bassus, a
été trouvé dans le trésor de Feldioa,ra 49.
Arrivé à Thessalonica avant le 17 juin 379, quand sa présence y est
attestée officiellement 50, Théodose Ier fit confectionner sur place d"au-
tres ling,ots d'or pour le trésor impérial. GrAce h la découverte du trésor
de Feldioara, nous en connaissons aujourd'hui deux, l'un marqué par
le curator thesauri sacri, resté anonyme, l'autre par Flavius Calliopius,
Pancien Kalyopius de Naissus, qui, h la tôte du personnel céde à Sirmium
par Gratien, était deventt maintenant le chef d'une officine O ,
nouvellement organisée dans le cadre de l'atelier monétaire de Constan-
tinople. Pour le moment, Théodose I retint cette officine auprZ,s de
lui, dans sa résidence de Thessalonica, elle le suivra h Constantinople en
novembre 380, quand Théodose Jr, après avoir conclu la paix avec les
47 V. la description de ces lingots donnée par Friederich Kenner, op ctl , p. 23-24 (bar-
res VIII XV).
4' La pratiquc de Iliac attacher des ateliers monétaires mobiles auprès d'une armée en
campagne était très vieille a Rome, car elle date du temps de la Republique. Au sujet du
déplacement du personnel ('une officine monétaire, pour accornpagner un cmpereur romain en
marche att IVe siècle, y. Georg Elmer, Wanderungen ointschel illum-beander ini 11-. Jahrhun-
dui n. Ciii., in M.VGIV, 16, 1930, p 136; cf. pourtant l'opinion, plus nuancée, exprimee A ce
sujet par,J W E. Pearce, RIC IX, p. 136
" En ce sens Georg Elmer, I:al:ins, p. 18 ; OCtfl \ ion Iliescu, op. cil , p 280
50 0 tto Seed:, Regeslen del Kaiser und Papsie fui (he Jain e ,311 bis 176 n. (Mr., Stuttort,
1919, p. 231.

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68 OCTAVIAN ILIESCU 14

Goths, quittera Thessalonica pour s'installer d6finitivement dans sa


capitale 51 C'est à partir de cette derfiière date que Pon créa à Constan-
tinople encore une officine, I, la dixième; toutes les dix officines de cet
atelier seront désonnais occupées à érnettre conjointernent les solidi de la

LÉVENOE
--- i/71',/17/ p/Whah/e
th'7771-,0d0Sf.' I-er
de Cdc7sda
TPI:VOP
X Trésor de fe/diarwy

-WER -IVII/YIYITERPA_VÉE

Fig 2 Itineraire probable de Theodose 1cr care février mi-juin 379.

série CONCOR-DIA AVGGG, avec rindicatif de l'officine respective


la fin de cette légende".
De tout ce qui précède, il ressort bien clairement que les lingots
romains d'or, provenant des trésors découverts à Crasna et à Feldioara,
ont té fabriqués tow; pendant un Mai très court, en 379-380, inais
" Ibidern. p 253 (pour les détails historiques, v. plus loin)
52 J W E Pearce, RIC IX, Constantinopolis, n° 45, p 223 v la p
201 la distribution des of !lunes dans le cache de la memo énussion par chaqc einpci eur élnetleur

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15 LINGOTS ROMAINS D'OR 69

en quatre pitase s suceessives et en plusieurs lieux, à savoir


Premiè,re pitase (akla 378 18 janvier 379) ; fabrication à Sirmium,
par ordre de Gratien, des lingots signés par Lucianus et Flavius Flavianus ;
trésor de Crasna 53;
Deuxième pitase (19 janvier février 379) : fabrication à Sirmium
des lingots sign& par Lueianus, seul ou avec deux autres probatores
Quirillus et Dionisus; en plus, ces lingots sont marques de deux autres
estampilles, l'une aux bustes de trois ernpereurs assoeiés, l'autre à rem-
blème et au nom de Patelier de provenance, STEM; mane trésor 54 j
Troisiènie pitase (fevrier juin 379) : fabrication pendant la marche
de Theodose Ter vers Thessalonique des lingots estampilles par Kalyo-
pius àNaissus et par Bassus en route (dans le comitatus); trésor deFel-
dio ara
Quatrième pitase (jinn 379 novernbre 380) : fabrication h Thessa-
lonica des lingots signés par le curator thesauri saeri et par Flavius
devenu chef de l'offieine 0, nouvellement organisée dans le cadre de l'ate-
lier mon étaire consantinopolitain, mais retenue par Theodose à Thessaloniea,
jusqu'au moment oit il devra quitter cette ville pour s'etablir dans
capitale de son empire; lame tresor56.
Il en résulte que les trésors de Crasna et de Feldioara, bien que eon-
temporains, constituent en réalité deux ensembles arehéologiques diffé-
rents. En effet, on constate sans difficulté que les ling,ots du trésor de
Crasna sont légèrement anterieurs à ceux découverts à Feldioara et pro-
viennent tons de Patelier monetaire de Shmium, oit ils ont eté fabriques
sous le contr'ele direct de Gratien, pendant son sejour dans cette ville
pannonienne, entre aatt 378 et le 19 janvier 379. Les lingots du trésor
de Feldioara ont* 0,6 confeetionnés sous le contiòle dilect de Theodose
Ier, pendant sa marche de Siimium à Thessaloniea et finalement, dans
Patelier monétaire de cette deinièle vine, ente février 379 et novembre
380. Comment pourrait-on done expliquer la presence en Transylvanie
et seulement en Transyh-anie 57 de tels ensembles de lingots d'or,
provenant du trésor sacre de l'emphe remain? Pour repondre à cette
question, il faut examiner de plus plè8 les vicissitudes des relations entre
l'empire et les Goths, au coms des annees 379-382.
L'analyse de revolution de la situation politique et militaire dans
les Balkans, après la (Waite romaine d'Ambinople, n'est pas très aisée,
vu la pauvreté des sources qui s'y rapportent; c'est d'ailleurs de quoi se
53 V. plus haut, u 45. Parallélement, l'atelier monétaire de Sirmium émettalt les
d'or aux noms de Graben et de Valentinien II et au revers VICTORIA AVGG (ofl. 1) et
VICTORIA AVGG. (oft 2), a l'exergue SIR013, 1?IC IX, Sirmium, 9 (a) (d), Graben , 9
(b) (e), Valentimen II
54Y plus haut, 11. 47 Le méme atelier con tinuart pendant ce temps-la la frappe des solidi
aux noms de Graben et de Valenti/lien II, déja cités, et coiranençait l'emksion de solidi sum-
laires, au non' de Théoclose ler ; RIC IX, Sirnnum, 9(c) et 10 (a) (b).
55 N4 supra, la description des lingots n° 1-3.
56 V. supra, la description des !ingots n° 4-5.
57 A l'exception du lingot censé alloir éte trouvé à Crimes (v. plus haul, n. 11), on n'en
connait aucune autre découlerte sin/inure; les lingots ciu trésor trouvé a Aboukir, en E.g. pie,
en 1903, ne proviennent pas d'un atelier monétaire nupérial Au sujet du tresor d'Aboulor, v.
plus récemment Robert A. G. Carson, op. ca., p. 307 et n 21.

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70 OCTAVIAN ILIESCU 16

plaignait h juste titre inéme un grand historien de l'époque 58 J nous


semble pourtant 'are hors de doute que pendant sa marche forcée de
Sirmium à Thessalonica, entre fé,vrier et mi-juin 379, Pempereur Theodose
ler évita avec soin d'affrontel" les Goths qui envahissaient la plaine de la
Thrace. Mais as qu'il réorga,nisa son armée dans son quartier general de
Thessalonica, il engagea les combats contre les barbares et resussit h les
repousser vers le Danube, avant le 17 novernbre 379, quand la nouvelle
de la victoire obtenue arriva à Constantinople 59. Pourtant, au cours de
Pannée suivante, les Visigoths envahissent de nouveau la Thrace, taudis
que les Ostrogoths ravageaient la Pannonie. Les Visigoths infligkrent
mérne une lourde défaite à Parrnée commandée par Théodose, pas encore
intégralement remis à la suite d'une grave malatlie. Comme la situation
menagait de devenir dangereuse, G-ratien et Théodose se reneontrèrent
de nouveau à Sirmium, au début du mois de septembre 380, pour corn-
battFe ev,,semble les barbares. Après quelques succès obtenus par leurs
armées, les deux empereurs déciarent qu'il valait mieux de conclure la
paix, Gratien avec les Ostrogoths établis en Pannonie,. Théodose avec
une partie des Visigoths restés fidèles à leur roi, Athanaric, tandis qu'une
autre partie des Visigoths, dirigés par son rival, Frithigern, continuaient
de ravager les territoires de Pempire romain. Finalement, grhce aux efforts
entrepris par Théodose I" , Frithigern aecepta, lui aussi, la paix dont les
conditions étaient d'ailleurs tr.& avantageuses pour les barbares et le
traité fut signé le 3 octobre 382, à Constantinople. De méme que les Ostro-
goths, les Visigoths obtenaient le droit de s'installer dans l'empire romain
comme alliés (foederati ), recevant en outre d'importants subsides eri
vivres et en argent 60
Il en ressort que, durant les longs et laborieux pourparlers engagés
avec les Visigoths, en vue de leur acheter la paix, Pempereur Théodose
I" a été obligé de leur payer des subsides au moins à deux fois, d'abord.
en 380 à Athana,rie, ensuite en 382 à Frithigern. Certainement, ces sub-
sides comprenaient en premier lieu de l'or, si cher aux barbares, en espèces
ou en 'ingots. Il est done permis de nous demander si les deux trésors de
'ingots d'or, &converts en Transylvanie, ne représentent-ils peut-étre
une partie de ces subsides, obtenus soit par Athanaric et ce serait le
°as du trésor de Crasna soit par Frithigern, dans le cas du trésor de
Feldioara. A noire avis, cette hypothèse expliquerait d'une in.anière satis-
faisante le léger décalage chronologique existant entre ces deux trésors et,
en même temps, la provenace différenciée des lingots qui entreat dans la
composition de chaucn.
Mais II existe également une autre différenee notable entre le trésor
de Cransa et celui de Feldioara,, qui s'est révélée à nos yeux quand nous
avons examiné sur place les conditions partieulières de chaque découverte,
lors des visites suceessives entreprises sur les lieux reveetits, en

58 A. II. M Jones, The later Roman Emptre, 284-609: a social, economic and almintstra-
live survey, I, Oxford, 1964, P. 156
" Otto Seed:, op. cit., p 253.
Cf Ernest Stein, Ilislouc du Bas-Emptre kilt, franpise par Jean-Rmy Palanque,
I, Paris, 1959, p. 193-191; AH M. Jones, op cil , p 156-157.

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17 LINGOTS ROMAINS D'OR 71

1962-1964. A Crasna, on reconnait sans aucune difficulté, aujourd'hui


même, Pendroit exact où gisalt, avant d'être découvert par hasard
septembre 1887, le premier trésor connu de lingots romains d'or. Son em-
placement se trouve àcinqou six metres de hauteur, sur la penteabrupte
de la rnontagne dominant le côté gauche de la route qui, longeant àdroite
le Milé de la rivière Buzà"-ti, mene de Crasna à Siriu; on y distingue
encore le lieu d'où se sont précipités les rochers qui ont encombré la route,
entrainant dans leur chute les lingots d'or découverts ultériqurement au
cours du déblayement. La, il n'y a pas de végétation, tandis que partout
à l'entour, la pente escaryée est couverte de sapins.
Les conditions clans lesquelles a étc,' i.1.011Vé le trésor de Feldioara
sont completer-I-lent différentes. En effet, Felon les informations recueillies
sur place en 1964, ce trésor amait été, découvert sur ;un terrain cultivé,
à l'occasion des travaux agricoles y pratiqués au printemps. Nous avons
visité en juin 1964 le lieu respectif et nous avons réussi de Fidentifier;
comme nous rayons déjà mentionné au début de ce travail, il s'agit en
l'occurrence d'un terrain cultivé absolument plat, situé à l'ouest de la
voie ferrée Bod-Feldioara, au km 188 + 3, clans une zone inonclable
appelée Goldgruben, en dépit du fait que les habitants de Feldioara que
nous avons contactés à cette occasion n'ont 2;ardé, aucun souvenir de la
découverte d'un tresor composé justcment de lingots d'or 61. Préeisons
encore que la zone Goldgruben se trouve au sud de la localité précitée et
s'étend a l'Est vers la riviere Olt.
Les particularités d'ordre archéologique que nous venom; de souli-
gner ne sont pas dépourvues d'importance, car, à notre avis, elles peuvent
contribuer à éclaircir les conditions historiques différentes qui ont déter-
miné l'enfouissement des trésors de Crasna et de Feldioara. Cette consta-
tation nous amêne maintenant à examiner la deinière question posée
par l'étude de ces trésors, à savoir formuler une explieation plausible
des. circonstances historiques qui ont provcq-ué leur enfouissement dans
cette zone géograpkque três limitée, au cours des premières années du
règne de l'empereur Ihéodose P.
A ce but, il convient en pi cmier lieu de lapfeler ici la thèse exposée
en 1960 date à h quelle l'existence du tréFor de Feldioara était encore
totalement ignorée par Ion Nestor, dans le cadre de sa remaiquable
synthèse, consacrée à l'histoile des picmieres invasions barbares b2. Le
point de départ de cette these est représenté, par un texte d'Ammien
Marcellin, selon lequel Athanaric et les Visigoths qui le suivaient, ne
pouvant pas résister à la pression des Huns, avaient cherché le refuge
dans une région abritée par la hauteur des forêts et des montagnes, dénom-
mée Caucalandensis locus 63 En acceptant Pidentification de cette contrée
avec les montagnes de Buzilu, Ion Nestor invoque en ce sens le témoignage
de tout un horizon de trésors précieux, découverts en de0 et au dela de
61 V. plus haut ; cf. OctaN jan Iliescu, Nouvelles infonnalions, p. 270.
62 Ion Nestor, Illigralia popoareloi, IstRom, I, 1960, p 671-704.
63 Ammien Alarcellin, XXXI, 4, 13 : e Alhanaricus ... ad Caucalandensem locum alli-
Wdine silvarum inaccesusurn el moult= cum sins omnibus declinavil

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72 OCTAVIAN ILIESCU 18

ces montagnes, à savoir : le fameux tréior de Pietroasa 64, le trésor de


Crasna et celui de Valea StrimbI 65, trésors qui, a son avis, auraient été
cachés par les Visigoths d'Athauaric avant d'abandonner cette région pour
s'établir dans Pempire romain 66. Observons que Pauteur cité continue
d'impliquer dans le contexte archeologique lié au départ d'Athanaric
le trésor de Pietroasa, en rejetant les opinions qui l'attribuent aux Ostro-
goths et lui assignent une datation postérieure 67.
La découverte du trésor de Peldioara, avec ses particularités que
nous avons soulignées quelques lignes plus haut, a compliqué de beaucoup
le scénario d'Athanaric, tel qu'il a 616 imaginé par Ion Nestor en 1960.
En effets, dès 1965, nous avons fait observer que la fabrication.des lingots
d'or se prolongeant à Thessalonique jusqu'en novembre 380, coincidait
exactement avec l'intervalle où s'est effectuée la retraite des Visigoths sous
Athanaric à Pintérieur de Pernpire romain; on pouvait done songer, du
moins dans le cas du trésor dePeldioara, à une autre explication possible,
attribuant son enfouissement à une action de la population autochtone,
action survenue après le départ des Visigoths 68 Cette nouvelle hypothèse
se base également sur les conditions partioulières présentées par la décou-
verte du trésor en question : terrain plat, zone Mondable, on une popula-
tion allogène en fuite aurait pu trouver avec grande difficulté un point
de repère adéquat, pour y déposer un trésor tellement précieux. Par
contre, une pareille entreprise serait plus com.préhensible de la part d'une
population autochtone, qui arffait mieux connu les particularités topo-
graphiques de la zone respective. Or il arrive que notre hypothèse obtienne,
semble-t-il, une confirmation grilce aux résultat-s d'un sonclap.:e archéo-
logique entrepris en 1970 an sud de Fehlioara, et qui ont permis d'iden-
tifier Pexistence d'un établissement daco-romain daté, du He au IVe siècle 69.
Comme la zone où a été découvert le trésor de lingots d'or se trouve, elle
aussi, au sud de Fuldioara, on pourrait supposer l'existence d'un rapport
quelconque entre l'enfouissement de ce trésor et la présence, sur place
d'un établissement daco-romain vers la fin du IVC siècle. En tout cas,
c'est à Parchéologie de continuer des recherches dans cette clirection.
De tout cela, on peut formuler les conclusions suivantes : si les tré-
sors de lingots romains d'or, découverts en Transvlvanie à Crasna et
Feldioara, représentent sans nul doute des subside's, accordés par l'em-
64 Sur le trésor de Pietroasa, v. la monographie monumentale que lui a consacrée
A.Odobeseo, Lelrcsor de Pélrossa, I III, Paris, 1889-1900, 1896, 1900, v. également la réédition
de eette ceuvre, publiée dans la serie Alexandru Odobescu, Opere, IV, Bucarest, 1976 (édit.
Mircea Babes.)
65 Sur le trésor de N'alca Strimbil (dép. de Hargluta), v Kurt Horedt, Contribulii la
tslorta Transilvantet in secolele IVXIII, Bucarest, 1958, p. 38-39, n° 46 (avec la Imblio-
graphie antérieure).
66 Ion Nestor, loc. cd., p. 697-699.
67Ibidem, p 699. Depuis lois, les opinions combattues par Ion Nestor ont (de confirmées
par de nouvelles recherches archéologiques et la date du trésor de Pletroasa est mamlenant
reportee vers 450 ; v. en ce sens K Iloredl, Da/arca le:attrultu de la Ptclroasa, AMA', 6, 1969,
p 519-552. Radu Harlioiu, Sludtu mheolootc, in : Alexandru Odobeseu, Opere, sol. cit , p
1027-1028 et les considerations d'histoire. p.. 1030-1033 ; Kurt Horedt, Stchenburgen tu spul-
zonnscher Zett, Bucarest, 1982, p 188
" Octavian Mesen, Nouvelles inforntalions, p. 281.
Gi Horca Costea, Sonda rul ailieoloqic de la Feldwara-Bra.sov (1970), Cumtdava, 5, 1971,
p. 31-32 (l'absence d'un plan des fouilles de sondage est regrettable).

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49 LINGOTS ROMAINS D'OR 73

rereur ThécdaFe I" aux Vi4gotlìs qu'il s'agise en l'occurrence d'Atha-


narie, de Frithigon au d'un autie chef de ces baibares leur enfouis-
sement a été déteimiré par (lis eircanstances qui ne sont pas nécessaire-
ment identiques your l'un el lour l'autie. A noire avis, la thése d'uue
action dilecte en ce sells de la pait des 'Visigoths d'Athanarie, avant do
quiter en 380 le Cc licalavdcns is ¡cutis, r eut s'appliquer tout au plus dans le
cas du tiésor de ('rana. Pour la découverte similaiie de Feldioara, les
investigations archéologiques devraicnt chercher à l'avenir l'explication
adéquate.
Quant à l'existence fossible d'un horizon tout entier d'ensembles
archéologiquesf liée à la retraite des Visigoths sous Athanaric en 380 et
imaginée par Ion Nestor en 1960, elle ne pent pas être démontrée pour le
moment, du fait que les tiésois de Pietroasa et de Feldioara sortent de ce
cadre chronologique, tandis que la datation du trésor de Valea Strimbà
reste encore à Weiser, à la suite d'un nouvel examen.

A131311VIATIONS

AMN : Ada Illusei Napocenms


BCNN : Bollellino del Cucolo Nurntsmatleo Napoletano
CreflCol: Cate! selectio de inloi nut! e asupla cic,tei ti coleclulw Bibllotecti Acaderniei
B.P.R.
FastiAlch Fasti Atchatologici
IstRom 'storm l?ornanut
MNGW Maluku:am der Nunusmatischen Gesellschaft in Wien
NAG Numumunca e A hlIchilet Classwhe Quaderm Ticulest
NZ : Numarnaluche Zeds( la t/1
BPSEE Berme des Eludes Sud-l.st Emopéennes
RevAluz Mmeelor
RIC : Tice Rom(in Impwal Cowage edit. by Harold Mattingly, CII V. Suther-
land and 1-3.A G. Carson ; \ al VII Constantine and Licinius A. D. 313
337 by Patrick M 131uun, Londres, 1966 ; Nol. VIII The Family of
Constantire I A I) :337-361 by J P C lent, Londres, 1981 ; vol. IX
Yalentiman I hcodosius I by J. -W. E Pearce, Londres, 1951.
SCI : Studli si Cm:eh-ire de Istone I eche.

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LA VIE ÉCONOMIQUE EN DOBROUDJA À L'AITBE
DE L'INDÉPENDANCE (I)
ANCA

Nous nous proposons d'analyser, de la perspective de la géographie


historique, celle des relations entre llornme et Fenvironnement, quelques
aspects de la vie éconornique en Lobroudja (les aotuels départements de
Congtanta et de Tuleea), à la lumière des connaisgances que la société
locale du XIXe sièele avait des ressourceg naturelles régionales et des
possibilités de leur valorisation pour l'usage propre; 110118 avons tiré ces
donné,es surtout des sources des Chancelleries ottomanes de la catégorie
norm-née salname, c'est-à-dhe les registres annuaires rédigés par les auto-
rités locales au courg des années 1868-1877. De la multitude des infor-
mations que ces sources nous offrent nous axons retenu pour cette étude
eelles coneei nant la vie écononr que dans la région de la Dobroudja, notam-
ment les informations sur la si)ucture territoriale : le fonds fonder et, lié
celui-ci, la culture des plantes, Pélevage, le fonds forestier, les minerals,
le réseau de voles routiles et flu-dales (leur exploitation y comprise), la
répartition des loealités clans la légion. Par la raise en évidence de la moda-
lité clang laquelle la stracivre to) i16riale servait les intéréts de la sociéte,
en nous fondant sur la statisi'que publiée récemment nous désirons
Anca Gidatil, Date not przoind i.storza Dobrogez (186"G-1877), in t Cercetriri de istorie
CiNilizatie sud-est european5 (1986), \ Oi. Ill, 13ucuresti, 1987, p. 150-185 aN cc 8 anneNes
(p. 164) 1. La situation de la production de céréales dans le sandjak Tulcea 1868. 1869, 1870;
(p. 165) 2. La situation de la production des animaux dans le sandjak Tulcea 1868, 1869, 1870,
1873 et en Dobroudja (les actuels departments Constanta et Tulcea) en 1873; (p. 166) 3. La
situation des inuneubles des bourgs de la Dobroudja 1868-1872; (p. 167) 4. La situation démoé-
conomique et le montant des imp6ts dans le I:milieu urbain (residences administratiN es) en 1873
(p. 168) 5. La situation dernoéconornique et le montant des impdts en 1873 dans les 11 larzu
et 3 nalnye où étaient siluées les 392 localites de la Dobroudja (les actuels départements Con-
stanta et Tulcea) ; (p. 169) 6. La situation des imr6ts anciens dans le sandjak Tulcea qui ont
été abolis et la situation d(moéccricinique aec le montant des in:pelts dans le sandjak Tulcea,
conformément au nouvel régistre de 1875; (p. 170-185) 7-8 Les localités de la Dobroudja
en 1873 (actuels départcments Constanja et Tulcea). La statistique des tableaux synoptiques
dort are considérée ccn me apprommatiN e (tel qu'il est pi ectsé par le texte scilname de 1868,
p. 101, 104-105) (voire noire comentaire in Date noz, p. 155-156). Les tableaux synoptiques
donnent des informations inedites tirees des dix scilname (.sa' 1 = année ; name -,-------journal) redi-
gees annuels pour le vil6yet du Danube : Scilnanze-i midget-1 Tuna (sigle S) imprimes à Rusciuk
pour les années 1285 H (1868 S1), 1286 H (18G9 S2), 1287 H (1870 SO, 1288 H (1871 S4),
1289 H (1872 Ss), 1290 11 (1873 S6), 1291 H (1874 S7), 1292 H (1875 S8), 1293 H (1876,
SO, 1294 H (1877 S10) (voir les cotes in Date noz, p. 161, note 3). Mentionons que du Se n'ont
éte Hite que les pages concernant 11 Aaza et 3 nalaye (Noir lcur denomination conformément a la
reorganisation aeministratiNe de 1864), ainsi que pour le kaza Tutrakan (sandjak Rusctuk)
oùl'on fait l'ermmeration des locahtés par ordi e alpbabetique tout en ajoutant la statistique
(V. Todorov-Ilindalov, Dobioudja e nanaloto spored turskz olicialni Istoenzez, in s Godignik na
Narocinata Bibliotaa y Sofija, za 1926-1928 godina », Sofia, 1930, p. 199-284). Dais l'investi-

Rev. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 75-84, Bucarest, 1988

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76 ANCA GHIATA 2

apporter de nouvelles contributions seientifiques dans la leconstitution


de eertaines structures démogéographiques et socieéconomiqtus, tout NI
mettant en lumière le potentiel éconoinqiue et démwrrapilique de la
Dobroudja dans eette décemaie, les réalités locales (let q-elles les autorités
roumaines ont term compte après la guerre d'independance.
En ce qui concerne le cadre généralpolitique et konomique,il est connu
que par leur politique les cabinets impériaux de l'Autliche et de la Russie
cherehaient systématiquement de se substituer h la domination ottomane
dans les provinces danubiennes et de mettre sous leur propre contr(de
le commerce fluvial. Bien entendu, clans ces plans 1:importance ,.iralég,ique
de la r(,gion roumaine transdanubio-pontique n'a, pas échai p à la poli-
tique de eeux-ei, ce qui explique pom quoi la Dobroudja (pi se trouvait
sous l'administration ottomane a été, elle aussi, et non pas par hasard,
un thatre d'opérations militaires clans les guenes entre Pusses, Ottomans,
.Autrichiens (aux XVIIIeXIX' siècles). Après la paix de 1812, en dépii
du fait que le traité avec l'Empire ottoman ne le prévoyait pas, la Et s
occupe une partie du Delta, jusqu'au bras Sulina (situation ace( ptée par
le protoeole de 1817 et par la convention d'Akkennan de 1826). pour
s'étendre, ultérieurement, sur tout le Delta jusqu'au bras Sl. Georges
ainsi, le traité d'Andrinople (1829) précis° que la Porte a cédé hla Russie
aussi la deuxième partie du Delta, eelle comprise entre le bras Saint et
St. Georges : le Delta qui, « emmne partie intégrante de la Moldavie,
avait été confiée, <avant>, h la protection de l'EMpire ottoman » 2. D'ail-
leurs, eette situation concernant la zone, au long du bras St. Georges, est
confirmée aussi par la convention de St. Petersbourg (1840) et se
prolonge jusqu'en 1856.
Entre 1812-1856 Pactivité économique aux boucbes du Danube
qui se trouvaient sous l'occupation tzariste a été pratiquement paralysée
en faveur du port d'Odessa. Les Etats intéressés au commerce danu-
bien surtout après 1829 cherchent des solutions pour trortver
sortie h la mer : des projets allemands (1837) et autrichiens (1838, 1844)
avec l'autorisation de la Porte essayent de construire un canal navigable
Danube Mer Noire sur la vallée du Carasu et de rendre navigable le
Dunavi-it, projets irré,alisables h l'époque à cause du prix élevé et des moyens
techniques impropres. En 1850 le savant roumain Ion Ioneseu de la Brad
qui, chargé par le gouvernement ottoman entreprend un voyage en Do-
broudja pour étudier les possibilit6s de développement économique local,
appréciait à raison : « la canalisation trouve en Doubroudja un vaste
sujet d'études, surtout au centre de la région oil le lac Carasu occupe la
gation du S6pour le vila. yet du Danube (qui englobait les samljak Rusciuk,`Vidin, Sofia, Tirnovo,
Tulcea, Varna) nous avons effectué une recherche en equipe à laquelle ont participé, dans les
années 1986-1987 les étudiants de la Faculté d'IIistoire et de Philosophie de l'Université de
Bucarest (TIC et Me années) qui ont fait leur stage d'éte à l'Institut d'études sud-est europeennes
et ont assisté au séminaire organise par le Laboratoire d'études ottomanes de la meme faculté.
A Pélaboration des annexes 5, 7 et 8 ont participe Carmen loan et Paul Lupascu, étudiants
(III° année) qui ont rédigé les notes au texte édité en 1930 concernant la lecture différente de
certams chiffres, toponymes et à la refection des calculs, d'ajouter quelques informations ab-
sentes dans le texte édité et ont localise les 392 localités d'apres l'inventaire du Fonds des
iapu » n° 486 se trouvant aux Archives d'Etat de Bucarest.
a D. A. Sturdza, Insemndlatea divanurilor ad-hoc din Iasi si BucureFti in istoria renagerii
.Romdniei. I. Tratatul de la Paris din 30 martie 1856, BucurWi, 1911, p. 663.

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3 VIE RCONOMIQUE EN DOBROUDJA 77

demi-distance de la Mer Noire »; il s'est prononcé en faveur de la con-


struction d'un canal qui faciliterait, dans l'espace et le temps, le transport
sur le Dunavill le lac Rasim la Boucle Portita Mer Noire 3.
En 1855 une mis;,,ion franc,,aise (qui accompagnait les troupes combattant
dans la guerre de Crimée) etudiait et effectuait des travaux pour la con-
struction de la route Rasova Constanta.
Apres la gueue conclue yar la yaix de Palis, furent cheichées aussi
d'auti es solutions favo.ables poni la question danubienne ; le tiaité, de
raix de Dials 1856 asignait la liberte de la navigation sur le Danube par
une nouvelle sélie de mesures qui favoriaient noimalement les pays
roumains dans les conditions on l'on enlevait a la Russie la qualité de
puissance 've] aire i ar son écartement des bouches du Danube, du moment
on les trois distiicts Cahul, Ismail, Bolgiad du sud de la B,ssadabie
levenaient de dioit, awe le Delta, à la Moldavie rarsque le traité gaian-
tait leititoliale des nincipautés Roumaines et, étroitement lié
cette pìéviion, l'assmance de la libeité totale de commeice et de
navigation. Mais, suite aux changements d'attitude de la diplomatie
emopeenne, la legion des bouches du Danube (le Delta et l'Ile des Ser-
pents), est pas:46e, conformément au prolocole de 1857, sous la vcompé-
tence politico-adalinistiative de l'Empire ottoman, ce qui signifiait que
Ja frontiére avee la Moldavie devena,it le bras GrAstei de la bouche de
Chiba, qui n.'est pas navigable, fait qui condanmaitles ports roumains Reni,
Chilia, Ari/cov a l'inactivité.
L'injustiee faite aux Principautés Houmaines éveilla à l'époque des
prises d'atiitude. Dans la seance du 13 décembre 1857 fut présentee dans
le Divan ad-hoe le iappoit-proteste concernant les frontières des Mimi-
pautés, leur droit de navigation et de commeice sur le Danube. Dans le
iapport est précisé que les Principautés lioumaines, depuis les temps le
plus reculés, « englobaient les tenitoires des deux rives du Danube jus-
qu'à la Mer Noire » puisque Mileca le Gland, Petru Voivode, Etienne le
Gland ont été les mattes de ces regions ; l'on y souligne encore que «la
pa'rtie de la ll3ssaiabie compuse entre les bias du Danube, notamment
entre celui de Chiba et St. G-eorges et qui s'étend jusqu'a la Mer Noire a
été la propliété incontestable de la Principauté de Molda,vie » oft, «partie
intégiante de celle-ci » et de Chiba Vcche (Eshi Kili) «on dorninait tout
le tenitoire du Delta ». Le méme rapport faisait mention dans la région
du Delta d'une multitude de dénominations roumaines qui désignaient
des localités, iivières, vallées, lacs, iles, conseivés depuis les temps les
plus leculés jusqu'à nos joins. D'ailleurs ce rapport-proteste soulignait
encore la réalité que la Princirauté Roumaine de Moldavie a exercé jus-
qu'en 1812, «sans antrave ou contestation queleonque le droit de libre
navigation, non seulement sur toute l'étendue du bias Chilia, mais aussi
sur les autres bias du Danube dont l'administration était confiée, jusqu'à
la paix d'Andrinople (1829) uniquement aux préfectures (parceilabi)
moldaves ». Le rapport coneluait que la Plincipauté Roumaine a «le droit
incontestable de réclamer » tout le territoire conformément au traité de
Paris, y compris le Delta, « sa propriété inaliénable », car la Principauté,
3 Ion lonescu de la Brad, Opere agricole, vol. I, Bucure5ti, 1968 traduit du français
Excursion agricole dans la plaine de la Dobroudia (1850), p. 76-77.

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78 ANCA GIIIATA 4

bien que sous la protection de la Porte, « n'a jamais renoncé ni à son


totale indépendance politique et nationale, ni h son int égi he ter ii iale ».
L'on y remarque, encore, que « sans les iles qui sont en face d'Ismail et
de Chiba, les ports de la rive gauche du Danube sont menaces par la urine,
car les Principautés ont la nécessité stringente d'etre les seuls posses-
seurs bias Chiba pour l'aménager et le i oldie navigable »4. Dans les
années suivantes la politique danubienne du gouver in ment roumain tiendia
cornpte de cette realite. iNlais, en ce qui colleen-le la rcconnaissance des
droits roumains aux bouclies du Danube il faut rappeller la position des
représentants de la Russie h la c-mference B >rim (le protocole du 29
juin 1878) qui montre que la Roumanie a reDi. « h la suite de la game h
laquelle elle a pis par t, la reconnaissance de son independance et la destruc-
tion des forteasses qui menaç:aient sa securité s, ainsi qu'une augmeni a-
tion de son teuitoire « en outi e le Delta du Danube. que l'Europe lui
enlevé en D.37 . . cerfains districts feitiles comme celui de Babadag et
.

un bon port de commerce sur la Afer Noire »5. Cétait lh une reconnais-
sance de la pa,rticipation de la Rot/manic h la guerre de l'independance,
ainsi que de son dioit sur le Delta.
Pourtant, en depit des protestes et de I:evidence Instorique,
Delta est resté entre les frontieres de l'Etat ottoman depuis 1857 jusqu'h
la conquete de l'independance absolue d'Etat de la Roumanie (1877
1878).
Dans ce contexte historique concrete s'inscrivent s succes de la
politique économique roumaine et du gouverrnment ottoman au Bas
Danube, ainsi que la signification politique de ces succès, qui suivant la
tra,dition historique des relations politiques et culturelles ont conduit h
un puissant entrelacement des teuitoires roumains des deux rives danu-
biennes ; pratiquement, au XIX' siecle avant la guerre d'indépendance,
fut consolidée une liaison plus etioile entie l'Etat rouniain et l'ancien
tenitoire rournain de la Dobroudja. Les puissances intéressees dans le
commerce danubio-pontique ont continué d'encomager le développement
économique au Bas Danube, dans les tenitoires riverains des deux c6tés
de la sorte fut abroge le monopole commercial sur le Danube (1829), trois
villes furent investies (1u statut de « port-fianc » (Brhila 1836, Galati
1839, Salina 1870), en 1857 fut créée la Commission danubienne euro-
péenne, une compagnie anglaise commerKa la construction de la voie
fenée CeinavodhConstaina (1860). Taus ces éle_ments ont facilite le
développement du commerce au Bas Danube avcc des hnplications be-
nefiques pour l'essor économique des temitones riverains et ont réussi
cn meme temps de contrebalancer la politique tzariste du XIX' s. visant
de stagner Pactivité économique aux bouches du Danube en faveur du
port Odessa.
L'Empire ottoman se montra intelressé dans une participation
cet essor commercial. Da,ns l'historiographie de spécialité sont connues les
mesures d'organisation interne (administrative, legislative, judiciaire,
économique) plises par le gouvernement hl'époque du Tanzimat. L'effort
4 D. A. Sturdza, op. ed., p. 060-665.
5 Ideal, Railed de documente relatifs à la libern: de navigalion du Danube, Berlin, 1904,
p, 114-115. On y fait des refférences au sandjak Tulcea et au port Constar*.

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5 VIE ÉCONOMIQUE EN DOBROUDJA 79

pour la raise en place d'une evidence aussi fidele que possible, de la


population et des biens dans le secteur rural et urbain pour la prélevation
des imp6ts et des dines par l'Etat ottoman et par la classe dirigeante
des provinces sud-est européennes qui aux XIX' siecle se trouvaient
encore sous la domination ottomane. Les donnees que nous axons étudiées
se iapportent a, une pétiode d'une certaine stabilité économique dans
l'Empire ottoman en &pit des crises qui out marque les annees 1861
et 1873 et de la banqueroute de, 187.5 6 : pourtant, dans ces conditions a
lieu quand mkne, le progrès économique généi al et un effort de reorgani-
sation administiative dans tons les domames. Donc, des taisons économi-
ques et, en égale mesure, politique et sttategiques, qui exigeaient un
renforcement administiatif et nulitaire capable de fa,ire face aux tendan-
ces expansionnistes des deux empires adveisaires (des Habsbourg et
tzariste), mais aussi afin de freiner les tendanees anatchistes des ayan, de
la frontière danubienne et poni assmer à la Porte la perception des re-
venus, ont determine, le gouvernement ottoman de passer à une reorgani-
sation administiation des provinces danubiennes, par la, loi du vild'yet
du 8 novembre 1864, et de prendie certaines mesures concetnant Porgani-
sa,tion, en premier lieu, des regions situées aux bouches du Danube (res-
pectivement du Delta) ; done, des cette année fut créee le vilelyet du Danube
(Tuna vilayet ) depuis les contrées de Vidin jusqu'aux bouches du Danube
et qui s'étendait entie le Danube, la Mer Noire el les Monts Balkans.
Au nord-est de ce vila yet fut organise le sandjak Tulcea (qui s'agiandit
par rapport à la période anterieure) et qui acquieit une importance écono-
mique et militaire dans Porientation politique à l'époque du Tanzimat en
ce qui concern° la défense des positions ottomanes an Bas Danube et à
la Mer Noire.
Depuis 1864 la Dobroudja comprenait, au point de vue adminis-
les Tulcea, Sulina, B tbadag, Mêein, Constanta, Husova,
Medgidia avec les sousunités nominees nahige Mahmudia, Isaceea, Kilia
(sandyak Tulcea), les kaza Mangaha, Bazargic, B deje (le sandjak de Vaina),
la kaw Silistia (sandjak liusciuk); daus ces 11 kaza et 3 nalline figurent
dans le Alname de 1873, un nombre de 392 loealités que nous avons iden-
tifiees et localisées sur le territoire actuel d s (Pparuements Constanta
et Tulcea. IN-ous avons trolly-6 de meme des donnees concernant ces loca-
lités dans le Fonds des tape ; tenant compte de ces aet es (tdpu, batel)
concernant la possession et la propriéte des terres 8 ainsi que des infor-
mations tiiées des ,sei 'name nous avons realise pour les 392 localités (urbai-
nes et 'wales) une documnntation complete et unitaire sous les suivants
aspects : superficie de chaque localité (foyer du site, champs, autres ter-
6 N Todorov, La in/le balkanique aux X VeX/Xe siècles; de'veloppement socio-écono-
mique et demographique, Bucarest, 1980, p. 451.
7 A. F. Miller, illustaplia Paelia Bairoktar, Bucarest, 1975, chap. Alustapha Bairaktar
et son (mania:, p 124-135.
8 Anca Gtuatd, Topommte si gear/rape istoricl in Doblogra modernei in
Mernaride Sectlei de stiinte istmacc n, Academia 11 S Floniini i, sena IV, t. V (1980), 13ucu-
resti, 1982, p 43-45 l'orgtnisatiau adminiAratil, e au XIXe s , p 49-61 l'annexe compre-
nant les localités identifiées pour le XIXe siècle aussi dans le o Fonds des tapu n n° 486, les
cotes ICLVIII (dépt. de Constanfa et de Tulcea). Ce fonds des Archives de l'Etat de Bucarest
a été organisé et inventorie par nous en 1975-1976, ce qui nous a facilité l'identification de
localités de S, 1873

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80 ANCA GHIATA 6

nombre (le, foyers, population, nombt e des animaux, immeubles


appartenant a chaque site, impOts annuels ete.
La geogpaphie de ces1üe1il. es est bien entendu Un elOttent faisant
partie de la structure ferrituriale; les foyets se Out-IN-ant dans ces
(hameaux, villages, bourgs, ports) et les chnetières oceupaient une place
importante de l'espace geoglaphique, lent! supeificie qui diminuait le
teriain aglieole etant établie par les -hay:lux de systématiation de la
Commission de mise en possession de l'administi al ion rouniaine de 1880
1882 quand fraent rantass, de tolls les habitants de la région, les aetes
concernant la repattition du teliain agg aire, des vignes, des jat dins,
ktsla et des autres immeubles (moulms, bistiots, fkruts ele.), act es émis par
les antorités of tomanes avant 1877 et qui fonnetent le «Fonds des tapa».
Auperfieie des foyeis, des localités et des eimetières, des teriains pro-
pres ou impropres à l'agriculture, aux paturages, éteules ou fol6ts etc.
est d'ailleurs exactement marquee clans la «Carte du Gland-Etat-Major
Routnain » élaborée ent re 1880-1883, someecartographique qui mentionne
de nombreuses réalités, compte tenant de la stmetuie économique et
géopaphique du tenitoire d'avant la guerre d'independance. Cet etat
de ehoses est confirme aussi par les informations qui découlent des aetes
de chancellerie émis par les autotités otionianes tel les á1name, les tapa
etc. Il existe une répartition inegale des localités et de la population qui
dkoule de la topogiaphie de la region et dll réseau des voies d'accès, de
la qualité du teriain, le réseau hydiogiaphique etc. Dans le noid de la
region une grande superficie était occupée par les forks et les forrnations
spécifiques au Delta. Ainsi, le nombre de localiUs est moins nombreux,
les villages sont plus lares. Pourtant, le nombre de locates par Ein,,
qui offiaient des conditions d'habitation dans le nord de la region était
élevé car, iníme si plus distancée dans l'espace, les villages avaient en
fait -nil foyer ties étendu avec une grande densité de popu'ation. Dans le
sud, les loealités étaient plus nombreuses par Km' avec les foyers du vil-
lage plus restreint et une population moil's nombreuse pouvant 'etre
consideres plut6t comme des hameaux. D'ailleurs, en Dobroudja, les
conditions topographiques et celles offertes par le téseau hydrographique
ont assure, au long des siècles, une grande stabilité de ces localités et
une continuité de l'habitation sur une nikine emplacement, délimité du
point de vue historique et qui du point de vue géographique pouvait avoir
une variation de 2-3 Km, ce qui explique le nombre constant des locali-
tés d'une étape historique à l'autre 9. Il y avait une difference entie la
proportion d'un fo3er (lime) et le nombre des families, ce dernier étant
supérieur à celui des foyers. Donc, compte tenant de ces observations
d'ordre general, darts le sandjak Tuleea : en 1868 il y avaient 252 loca-
lités comptant 57 062 habitants de sexe rnaseulin (zit/air ) et un total
de cca 114 124 Ames; en 1869 et 1870 il y avaient 248 localités avec
62 520 hommes (zitkfir ) total cea 124 040 Ames; en 1873 il y avaient
270 localités avec 29 005 foyers et 111 494 Ames; avant 1875 il y a-
9 Anca Ghiatd, Toponunie, p. 46-61 : l'annexe comprend 395 localités des xviexixe
siècles (dépt. de Constanta et de Tulcea) identifiées d'aprés les Indicateurs des localités de Rou-
mania 1904, 1912, 1930, 1954, 1968 on le nombre des localités est de 350, suite aux englobe-
ments, unifications, désafectations dont 129 dans le dépt. Tulcea et 221 dans le dépt de Con-
stan ta.

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7 VIE ECONOMIQUE EN DOBROUDJA 81

vaient 23 205 foyers avec 59 487 hommes, total eca 118 974 ames, tandis
qu'au récenssement du 1875 on constate 25 999 foyers avee 87 400 homilies
(zukkr ), total eca 174 910 ames '0. L'étendue des localités et la iéparti-
tion de la population variait : grands villages à plus de 300 foyeis (ex.
Bayram-dede/aujourd'hui lndependenta 330, Cerna 318, Sariehioi
321), plus de 200 foyers (Cobadin et Kara-Murad aujourd'hui
Koghlniceanu, chaeun avec 281, Ada / OArov 277, Sotjanitk I Greei
266, Bialllar /Dorobantu 260, litzil-Murad I Alovila Verde 250,
Kar#alik-Kebir I Corbu 225, Curilika I Unhea 224, Daya I Ditieni
218, Karaman 6 Martie 206, Nazareea, 202, Osmancea et Alma--
Mu chaeun avee 200) ou plus de 100 foyers ; villages moyens plus
de 50 foyers ; petits -villages avec moins de 50 foyers et des hameaux
avec 'mills de 20 foyers. Les localités étaient d'autant plus grandes que
les foyers étaient plus nombreux et occupaient une superficie plus grande,
méme si la population variait parfois sous rapport numérique : par exem-
ple, en 1873 Payrain-dede I Independenta avait pour 330 hane seulement
690 àmes et Nazarcea, pour 202 hane 691 Ames; Cobadin, pour 281
hole comptait 1 150, Ada / Ostrov, pour 277 hane avait 965 allies etc. 11
Von y observe une eroissance de la population des localités et du nombre
des hane à l'exception du recensement de 1875 qui constate auprès d'une
croissance remarquable de la population par rapport à l'année 1873,
une diminution du nombre des foyers, ce qui signifie gull y avait plusieurs
families dans un hane (unité, imposable). Des données thées de sellname
de 1873 nous avons réalii4é une statistique démoéconomique sur le quan-
tum des impCits peros sur les 392 localités que nous avons localisés dans
les actuels départements de Constanta, et Tulcea (qui totalisent une super-
ficie de 15 485 Km2) la densité des foyers (have ) étant de cea 2/Km2
(a, un total de 35 935 hane) et le nombre des habitants/Km2 a cea a 8 à
un total de 125 030 ames) (nufus ) 12 Dans eette répartition approxima,-
tive il faut tenir compte de la structure territoriale différente d'une zone
géographique à l'autre, de la statistique concernant le milieu rural et
urbain. La densité, de la population était de toute façon basse, la tégion
offrant pourtant des possibilités d'existence pour un nombre plus élevé
que celui existant.
Quelques considérations sur la situation dans le milieu urbain
dans les 8 bourgs (kasaba) Tulcea, Constanta, Babadag,
MAcin, Medgidia, Mangalia, la statistique indique pour l'année 1868 un
nombre de -5 746 have ; à 1869 et 1870 6 089 /lane; à 1871 6 154
hane; à 1872 6 414 haw; en 1873 il y avaient 7 178 hane et 21 544
habitants, total qui inclut aussi la situation des résidences administra-
10 S/, p. 101 on y mentionne le nombre des hornmes (zukar) vivant dans les villages, en
ignorant le nombre des fernmes ; on y apprecie que le nombre de celles-ci devrait étre égal avec
le nombre des hommes avec une variation de plus ou moms 2%. Dane, selon la source, en 1868
la population du vilayet du Danube « qui comptait cca 1.023 000 hommes dans les bourgs et les
villages dépassera les 2.100.000 personnes i (hommes et fernmes). Tenant compte de cette esti-
mation datant de l'époque, nous avons doublé le nombre indiqué par la source gin ne donne
que le nombre des hommes pour obtenir un total approximatif pour les années 1868, 1869, 1870,
1875 (S2 p 101; S3 p. 105; Sa p. 54) ; voir aussi A. Ghiatd, Dale not, annexes 1 et 6 et pour
1873 (apud SO annexe 5.
11 v. Todorov-Hindalov, Dobrucl ja, p. 199-284; A. Ghiatii, Date not, annexe 7, notes.
12 A. Ghiatä, Date not, anríexe 5.

6c. 1737

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82 ANCA GH1ATA

tives des nahiye Mahmudia, Isaccea, Chilia-Veche du delta13. Par la cum-


paraison de la statistique il ressort que la majorité de la population vivait
dans les villages, formant ainsi la base des contribuables. Ainsi, dans le
sandjak Tulcea on encaissait en 1873, d'une population provenant de
270 localités, des impôts qui montaient a 1 86,5 382 wafts : (dont 435 306
représentaient le bedel-i asker c'est-h-dire le paiement du service militaire
supporté par les non musulmans) ; dans le méme sandjak, avant l'aboli-
tion des anciens impôts le salname de 1875 montre que le montant des
impôts était de 1 658 104,60 garto (dont 421 861,4 bedel-i asker, 7 450
impôts sur les tziganesikoptryan, 23 230 impôts des inaptes/acze, le
reste de 1 205 563,20 gurus impôts anciensiver0,-u kadlan ); par le recen-
sement de 1875 la somme montait à 2 981 410,88 guru,s (dont 789 560,24
bedel-i asker, 7 405 impôts des tziganes, 11 590,20 les impôts des artisans
étrangers / yabanet esnaf et 250 599 gurus des artisans loeaux/ yerli esnaf
le reste représentant des impôts sur les biens immobiliers et biens fondés
sur les propriétés akar ve emliiktan vergusit) 14 - enm. ôme temps avec la
croissance de la population et avec le progrès économique dans la legion,
la valeur des impôts perçus de la population augtnenta avec plus d'un
million. Les chare:es qui revenaient a la population des 392 localites (des
actuels départements de Canstanta et Tulcea) peuvent (Are appréciées
pour les localités urbaines et rurales en 1873 : la somme de 2 273 944
ganq constituait les impôts prélevés des habitants (dont 532 178 bedel-i
asker et 571 970 les imp5ts provenant des 11 residences administratives,
ce qui représente le quart this revenus) 15. Ce fait montre la force éeono-
mique élevé- des bourgs dans l'ensemble de Péconomie qui avait un carac-
tère rural dominant, ainsi que l'importance de la contribution pécuniaire
de la population non musulmane. Nous' nous arrkons à l'interprétation
de ces informations à un premier abord, pour analyser les aspects g,éo-
graphiques des localités et la portée E:onomique des foyers et de la popula-
tion clans le milieu rural en premier lieu, et urbain ensuite. Tenant compte
du fait que nous pouvons bénéficier de toute la statistique pour chacune
des 392 localnéi, fait qui perinet une reconstitution monographique zonale
de la clpa-it6 6-onomique de chaque kazfa et chaque groupe de localités ;
pour ce qui est des bourgs-villes de la Dobroudja au XIXe siècle, les don-
nées exaetes ont été déja présentée,s par l'historiographie de spécialité,
dévoilant les principaux traits de l'éc:onomie urbaine dans I:époque plise
en considération 16.
L- fonds foncier était di-- 3 998 042 tRiii7GM 17 selon le sáname de
1875 dont les superficies labourées et en friche (mezru' ve gayn 9nec-ra'
13 Ibidern, annexes 3 el 4
.14 Ibrdern, annexes 5 et 6 (apud S8 p. 54).
Ibidern, annexes 4 et 5
10 N Todorov, La vale balkartique, p. 326-455 présente la situation économique, sociale
et démograpgtque des villes au XIXe
17 1 donum ---= 940m2 (II. Inalcik, The Ottoman Emptre. The Classical Age (1300-1600),
London, 1973, p 219) ou 91(0) Irt- (M Sertoglu, 4( ROTA o, Istanbul, 1958, p. 68) ou 919, 3 m=
(A. 13gubee et AI Grecu, Drchonar turc-rorruin, Bucurestt, 1979) 1 yeru donum 1 ha Oil
1000 in (II Malefic, 4 Turcica », XIV, 1982, p. 114) Von. ausst J. Kabrda, Quelques problèmes
de la marologre Iurque-ollomane, in Deusreme Conférence des éludes albanologiques, Tirane,
12-18 Jaruner 1968, II, Tirane, 1970, p 115-120, 11 faut tenir compte des éstimations approxi-
matives de l'époque (S8 1873) concernant la superficie des forks pour 1 donum.

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9 VIE ECONOMIQUE EN DOBROUDJA 83

arazi ) 3 732 509 deinain et la superficie de 265 533 deintint était de la cat&
gorie miisakkafat re arazi 18 (c'est-à-dire des terrains des propriétés
bles dont les revenus servaient à l'entretient des institutions religieuses,
filanthropiques ou de culture) ; cette supérficie totalisait les terrains fer-
tiles du saudjak Tulcea (champs laboures, pdturages, eteules, vignes, ver-
gers, jardins potagers, melonnieres etc.), elements qui indiquent une region
propiee à l'habitation. Ion Ionescu de la Brad observait en 1850 la néces-
site d'une delimitation qui commence à se faire ressentir » au sujet des
terres, operation qui eut lieu apres la réforme agraire de 1858 effectuée
par les autorités ottomanes. De cette superficie, certaines terres
tariff ) du fonds foncier de l'Etat ou du fise ) étaient cédees à l'usage
des habitants par tapu (forme de propriété dominante en Dobroudja dans
l'époque étudiée), d'autres terrains étaient (tonnes en propriété 'milk ),
de cette categoric faisant partie surtout les vignes, les vergers, les jardins
qui entouraient les maisons des villages et des villes. Tenant compte de la
topographic de la region (les for él s et les marais du Delta qui dominaient
le nord, puis l'aspect de stèpe, de silvo-stepe du centre el du sud de la
region) si nous rapportons la superficié labouree du sandjak Tulcea men-
tionnée plus haut au nombre de foyers (hane) et des Ames, nous obtenons
les résultats suivants : en 1873, eca 138 donitat par /lane et cea 36 doliTha
par personne ; en 1875 cca 46 (Zemam pour un homme considéré chef de
famine ) et cea 23 chinuin, pour chaque habitant 19. La superficie
cultivée se trouvait en réalité sous les ehiffres obtenus parce que une
grande partie de eette superficie était non labour ee, en fiddle, emplo,yée
comme paturage ou éteules. La topographie du terrain empéehe bien
entendu une repartition égale du ter] ain arable par localité, puis il y a-
vaient aussi les differences sociale squi se refletaient daps la repartition
inegale des terres entre les habitants, aspect social qui n'entre pas dans
les preoccupations de cette etude. Vu que dans la region la petite pro-
priété était dominante, il en ressort qu'une grande superficie était done
en friche, tel que le montre le scilvame pour 1875. Cette situation a été
constantée aussi par la Commission de mise en propriété, en 1880-1882
et consignee par les registres cadastraux des Services du domaine public
des autorités roumaines (1882-1907) 20. En fait, les disponibilités réelles
de l'économie en Dobroudja, dans la période étudiée, étaient en mesure
d'assurer des conditions de vie a un nombre d'habitants 'beaucoup plus
élevé à eelui existant dans l'absence de la grande propriété. Cet état de
choses vient confirrner les observations de Ion Ioneseu de la Brad qui
affirmait que les possibilités économiques de la region dobroudjéenno
n'étaient pas utilisées à leur juste valeur, situation due au manque des-
1s Ss p. 54; A. Ghia[5, Dale noi, annexe 6.
19 A. GhiaI5, Structures soczo-ècononuques en Dobroudja (XVIe sack ), in *Analele
Bucuresti seria 'stone , XXXVI, 1987, p. 45 : la legislation du XVI' siècle indique,
conformément à la qualité du sol, le nombre des donurn qui étaient répartis a une foyer dans
le sandjak Silistra qui, a l'époque, comprenait les régions de la Dobroudja (Dobnca addueller )
et dépassait les Monts Balkaniques (Balkan da4rrun beru yuzinde).
20 Archives de l'Etat de Bucarest, Fonds o Service domanial Dobroudja o no 629 et 634:
les régistres cadastraux avec la situation des titres de possession et de propriété des terrains
émis par les autorités ottomanes avant la guerre d'indépendance, collectionées par l'État rou-
main des habitants de la Dobroudja en vertu de la loi pour la réglementation de la propiété
immobiliaire du 2 avril 1882.

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81 ANCA GHIATA

connaissances et d'outils nécessaires pour une aglicultuie modeme, ainsi


qu'h l'insuffisante force de travail 21 C"est justement l'existance d'un ter-
ritoire agraire disponible qui nécessitait des forces de travail et le Hombre
r6duit de la population par rapport aux conditions locales favorables
qui ont exigé en Dobroudja, de la part des autorites routnames, une poli-
tique d'intense mise en propriété dans la 16gion apres la conqu6te absolue
de l'ind6pendance d'Etat 22.

21 Ion Ionescu de la Brad, Opere agricole, I. p 89-90.


22 Al/astil iudetelor dui Rominta, Bucuresti, 1978 le dept. Constan(a a une superficie
de 7055 Km2, 608 825 habitants, 86,3 habitants/Km= ; le d'pt Tulcea a unei superlicie de
8430 Km2, 254 403 habitants, 30,2 habitants Km'. Du &pt Tulcea le Delta occupe :1 500 Kin°
dont 2 690 Km2 soot compris entre les bras Chilia et St. Georges et cca 800 Km 2 terrains spe-
calques pour le Delta situés au sud du bras St. Georges (C 13riltescu, I'dmintul Dobroget, in
4 Analele Dobrogei o, IX, 1, 1928, p 39). La densité réelle des habitants Kin2 pour le dept Tulcea
estbeaucoup plus élevée si l'on tient compte aussi de la superficie occupée par les forks, done le
fonds forestier comprenant aussi les grandes foréts Letea et Caraorman, cca 4 NO Kin2 (C.
Briltescu, Ftlogeografta ci solurile Dobloget, in o Ibidem o, p 95). Une comparaison des données
statistic-Ines nous reléve qu'en 1873 la population était cca 7 fois plus basse dans les 392 localités
que nous avons localisées dans les deux départements (125.030 habitants), par rapport A 1978
863.228 habitants) pour 350 localités. Voir Anca Ghiat5, Dale not, p. 168, annec 5 ; Idem,
Les sdlname" el les lapu" sources d'htstoire de l'Empire ottoman au X I Xe siecle, communica-
tion au Ve Congrès international de turcologie, Istanbul, septembre 1985 ; Idem, Dale noi
prtvind istoria Dobroget (1856-1S77), communication au Symposium scientifique (16:116 Au
65° anniversairc du Parti Communiste Roumain, organisé par la Faculté d'Ilistoire et de Philo-
sophic et l'Institut d'Etudes Sud-Est Européennes, avril 1986; Idem, licvenirea Dobrogei la
Romdnia. Corarzbufa Inerlae, communication au Symposium scientifique dédie au 1100 anniver-
saire de l'Indépendence absolue d'Etat de la Roumanie, organtsé par l'Institut d'Etudes Sud-Est
Européennes, mars 1987.

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(Apples rendivi

NICOL \E CI-V.111111,L,Ioi ta popourclor din Europa epoca mot-Thai (1759-19 !3


Bucurela, Echt. staintificA 91 enciclopediCi, 1987, 4 '6 p.

Apres des recheiches approfondies et d ,s succés rep( lés consignes par la publication par-
hale des résultats ses c,,ligatiois de 1 histmre model ne et la civilisation du Sud-Est earn-
peen, le Pi NIcolae Ciaclui de la Faculté d'Ilistoire et de Philosophic de Frill ersik de
Bucarest a recemment olfert aux ,,i)cialisics et a tote, conx gut smteressent a l'hisiciie un
impressionnant In re gm porte le title motif ionné plus haul
II esl superllu de souligner est question d'un ouvrage d'une 'llémanque exception-
/wile el que les speci aisles gm onl pris les risque, done telle demarche et d'eci ire un tel
:sont encole tort peu nombreux
Un ample chapare introductif, Isloriografta problana (L'Instoriograplue du plobléme)
()lire A l'auleur la possibilité de passer en roue trots problemes essentiels : Flush)] iographie
roumaine concernant la problemahque Etu ()peen de 16mitrie Cantenur lusqu'A
present . la pm oblemanque de l'histol iograplue sud-est europeenne dans les Etak du Sud-Est
europeen , les princlpaux has au N. de b It-anologie elabores clans les autres Etats europeens, aux
Etals I 'WS eL au Canada L'autem nous Mire funs] un tableau tr(s tilde pour une mealeure
comprehension de la base documentaire sur laquelle se londe son WIIN re La place et le /Ale de
son oils r.n,e (IVVICiment ainsi clan es pour n'importe quel lecteur interesse.
aste chapltre uit t t u le Istot tu Stul-Lslulu z cui ()pearl pina la slit stint suolulat al X1 1'I-
lea Cwiliunlal tic dual e Imperial Olomon si In al pu/el i perdu, at cast(' z(Inii a I mope, Conlri-
Imlia romancasca la procesul de emancipate (pp 40 65) (L'Instoi re du Sud-Est. europeen
la fin du X\ II le slecle I.es conli ont,ttous en tre e Ottoman et les Grandes pLussances
poui celle /one I. / contribution rouriaine miti p,ocessus (rem:gulp:awn) est un débat Atollé
sui la problématique proposee L'auleur presente d'une mameie cismamique qui twill le pas
as ce Plustoire de l'époque l'essence méme des p. oces Ais et (Its phénomenes gm se sout mani-
lestés dans la N ie de tous les pass de respace sad-est CUlopeLo la Hounitinie, la Vougoslas
la 13uNariv, la hréce, l'Albame, la Tut mile, le Cs pre Les pi oblemes des Itoummos et de leurs
relations as ce tous les pass de la /one sont traités d une maniére adequate, dans le contexte des
problemes ea ticiau\ qm out concentre l'aLtention non seulement dans la /one, mais aussi dans
toute ()pc et dans le monde en tier
troistéme chapitre De la ritscoala s.rbeasca dui 1 501 la revoluf roman(' de sub conduce-
ea (ni Tudor VlatInntiescu din 1,k 21 Rah al co la limpia national') s/ social(' a papartilut glee
.si viciar la icaolutici (1521 1'519) Bazbotul I uso-luic Om 1 S.2) /125 si iiiiPOl (au/u pi eacdcrilor
lralalulut de la .1drianopol ( 1,, 29) penliu sud-cslul Lutopet (pp 60-111) e te la l'es olte sei be
de 1804 a la rés ottitiuui roumaine dirigee plr Tudor Vladinurcseu en 1821 I,a lulte nationale et
sociale du peuple grec et la victoire de la revolution (1821-1829) La guerre ru,so-tuique de
1828-1829 et l'importance du Tralté d'Andrinople (1829) pour le Sud-Est europ ,en) trade dcs
principaux processus révolutionnaires et des événements histoi 'clues d'une porlee exception-
nelle presentes par le Pr Nicolac Clachir, avec des reférences directcs a la problema-
tique reflé tee dans l'histonographw respective ;ici, comme d'ailleurs d:ans tous les pages du IINTC,
l'auteur salsa Poccasion pour forinuler des répliques, des suggestions et de prenclre des attitudes
critiques A l'adresse de certains points de vue parus a l'éti anger insuftsamment élaborés ou
del/bet-el/lent presentes d'une manière éronnée.
Une mention spéciale pour la maniere dans laquelle l'auteur cntend présenter la position
roumanic par rapport au\ evénements qui out cu lieu dans cette perm& dans le Sud-Est euro-

T1 convient de rappeler en ce sens, avec tout le respect, qu'en 1913. N. Iorga a publie,
Islorta stalelor balcanice in epoca modernci (L'lustoire des Etats balkaniques à l'époque moderne),
traduite en français une année plus tard. Nous nous permettons de souligner, avec le merne res-
pect, la prestigieuse activité de recherche de cette problématique, surtout par la méthode du
comparatisme balkanique que l'Institut d'Etudes Sud-Est Européennes a deployée dans toutes
les phases de son existence, depuis 1914 jusqu'A present et surtout dans sa nouvelle formule
&organisation qui date depuis 1963. La meme deference nous inspirent les realisations similaires
des historiens étrangers que le livre de N. Chiachir signale d'une manière critique si la
nécessité s'impose.

Rev. E.tudes Sud-Est Europ., XXVI, 1, p. 85-95, Bucarest, 1988

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86 COMPTES RENDUS 2

peen Alois en premier lieu, le livre es t méritoire pour l'approche des problemes d'hisloi re rouniame
dans le conteste sud-est européen, dont le meilleur exemple esl le paragrapbe 1?evolutta (unclad
de sub conducerea lui Tudor I-loran-la escit (IS .1 ) in cadrul complca Sud-Eslului culopean.
pulei i fold de i evoluita ff1 eacd 4L ionuind (pp. 84-114) (La revolution rounmine
dirigée par Tudor Vla(limirescu (1821) dans le cadre complexe du Sud-Est européen. L'attaude
des grandes puissances au sujet des revolutions grecque et muumuu) Afeine si la resolution
a eté étoulfée par les troupes ottomanes inters entionnistes, la lies °halo') de 1821souligne
l'auteur a représente un moment crucial de l'hisloire nationale elle a marqué la fin du re-
gime phanariote. a conduit A la renistauration du legne des princes roman-is et a attire Patten-
tion de l'Europe sur la volonte de Mier-le nationale el soeiale des Boumains » (p 98)
Particulierement in teressan t sous l'aspect de la problématique est le IN e clapi tre : Sud-Es/id
Ealopet de la independenfa GI ((lei (1,S 30 ) la anal revolutional 1 s J. (pp 113-1:34) (Le Sud-
Est europeen depins l'indepenclance de la Grece Jusqu'en 184) Nicolae Clachir appuie sa de-
marche sur la cons iction que <, Les pres isions du Trait(' d'Andrinople ont donne incontestable-
nient 11/1C 110115 elle impulsion au processus d'emancipation du Sud-Est européen de sous l'auto-
rite ottomane (p 115).
Sud-es/ti! Eiliopti in perioada 1 S4,S 1.S7.5 (pp 135-192) (Le Sud-Est de l'Europe pendant
la période 1848-1875) est le titi e du N'e chapare qui s'oceupe des traits speciliques de la revo-
lution de 1848 dans le Sud-Est cm opeen, des Meaux et des actions communes des patriotes des
pays de la zone : les consequences de la guerre de Crimee sur la situation dans le Sud-Est euro-
peen : les clauses du Traile de paix cle Paris (1856) concernant le Sud-E.st de l'Europe , le
inouvement unioniste roumain. l'union des Principautés Rom-names en 1859, les re formes cl'Ale-
sandru loan Goza et leur influence sur la hate cremancipation nationale clans le Sud-Est euro-
peen la guerre monténegrino-ottoinane (1862), l'insuriection ere toise (1866) : l'esacuation des
garnisons ottomanes de la Serbie (1867) , le Tralle serbo-rouinain (1868) , les ten ta lives de moder-
nisation de l'administration ottomane par Miclhat-Pacha.
Tres interessant aussi le Vie chapare Sud-Eslul .11iiiopei de la redescluderca pioblemei
orienlale ) paid la adoplai ea holarialw Congresulia de la Beilin (1878) (pp. 193-225)
(Le Sud-Est de l'Europe depuis la rémis erture de la question orientate (1875) jusqu'à radoption
des decisions du Congres de Berlin (1878) Sur quelques 60 pages Nicolae Ciachir analyse une
problématique A profoncles resonances dans l'histoire I oumaine. II y analyse toutes les implica-
tions de la proclamation de Findependance absolue d'Elat de la liounianie dans la memorable
année 1877.
Deux chapares A part sont &dies aux problemes gm correspondent aux suivants deux
titres : Sud-Estill Europei de la Congresal de la Aerial piad la declanal ea levoltzliet Mice (1908)
(pp. 236-302) (Le Sud-Est de l'Europe du Congrès de Berlin A la resolution turque 1908) et
Sud-esiul Europei de la ietiolutia lined din 1905 paid la declansai ea prtmului ia:boi mondtal
(1914)(pp. 303-345) (Le Sud-Est de l'Europe depuis la resolution turque jusqu'A la première
guerre mondiale 1914).
Le IXe chapare, Sud-es/u Eul opet in limpid pranalut rd:boi moialtal Con fel Inta de pace
de la Paris. Consalua ea Liga Natal:idol% Diseutarea problemei twee la Con! ennia de la Lausanne
(1922). Viciona revoluhei Lernalisie si pioclamalea Republica Turcia (1993) (pp. 346-385)
(Le Sud-Est européen pendant la premiere guerre mondiale. La contérence de pals de Paris.
La creation de la Ligue des Nations. La discussion du probleme turque A la conference de Laus-
sanne. La victoire de la revolution kémaliste et la proclamation de la Republique turque,
1923) présente au leeteur des problemes qui au début du xxe siècle ont conduit A de puissants
mouvements suisas par des mutations dans tout le Sud-Est européen. La démarche de
Nicolae Ciachir salsa les momdres &tails du problème partant d'un nombre iinpressionnant de
sources bibliographiques L'attitude critique permet A l'auleur de se détacher des interpretation
subjectives, sunplistes, gm caractérisent une série de travaux parus à l'étranger. La rigueu
scientifique agrementée d'un style allègre rnarquent de leur empreinte la demonstration de
Nicolae Cmchir.
Le Xe chapitre, Coniributia spintuald a Sud-Estului european in epoca modernd (pp
286-400) (L'apport de l'esprit Sud-Est européen a l'époque moderne) chit le lirvre de Nicolae
Chiachir par un passage en revue des plus importantes contributions, datant de l'époque mo-
derne, que les peuples du Sud-Est européen ont apporté au Pantheon spirituel de la zone et du
monde wilier.
Après avoir fini la lecture de cet authentique livre d'histoire qui est, pratiquement, un
authentique traité d'histoire moderne des peuples du Sud-Est européen, nous nous perm ettos
d'exprimer notreavis,notamment d'affirmer qu'un tel livre ne peut etreelabore qu'au prix d'un
remarquable effort de recherche et d'interpretation historique, efforts que N. Ciachir prouvene
pas avoir épargnés. L'investigation ample de Phistoriographie du probleme, les sources variées

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3 COMPTES RENDUS 87

de l'époque qu'il a consullées ILA ont assuré une documentation d'une extréme richesse ct pro-
f ondeur
Le materiau immense qu'il a utilise l'a aidé de concentrer l'attention sur les problemes-
clef de l'epoque moderne et d'qboutir à des conclusions à imline d'offrir à cheque lecteur une
image exacte et correcte du fonds du problème.
Bien el-acrid/I, on pourratt reprocher à l'auteur d'une maniere critique de ne pas
avoir accni'd à tous les prattle/Iles une attention ég Ile. Et encore de ne pas avoir tramé a
chaque instant le tot critique vis-à-vis de certains événements et méme de certains historiens
qui contment des tendances qtti n'ont auctin rapport avec une interpretation correcte
l'histoire 11 West pa» e \clus que certams points de vue de l'auteur suscitenl des opinions diffé-
renles ou que des donnues soient currigées, si leur inconsistence sera releNée. Mats, toutes ses
observations ne poni rant nullement moditier les conclusions générales que chaque historien ott
connaisseur en la matiere est à méme de tormuler au suJet de la démarche scientifique du
repute historien Nicolae. Giachir Le byre est écril 11011S l'aVOIIS déja remarque dans
un style agréable, clair et correcte qui prouve à son tour que l'auLeur est en pleine creation
Tous ces faits, nous permettent de conclure qu'il est de notre devoir d'apprécier particu-
lièrement le livre de N Ciichir, ouvrage qui enrichit l'hisloriograplue roumame en premier'lleu,
et celle universelle en i.snéral, hyre qui vient s'aiouter an prestige scientifique de Pauteur, spe-
cialiste roumint de in trque dans la problem/I/ague d'extréme complexité de Flustoire et de la
el\ ilisation des peuples de Sud-Est europeen.
Glz, I Ionittl

L1DISLAU (.111711A.N .11.1carea naltonala a rounindor din Tremszloanta, 1 790-784 9, Bucu-


re,14, Edit Stiinuiticé i Enciclopedicii, 198 3, 313 p

Pour le propasé, qui p2ut revélar plusieurs inadatités d'interprétation !Astoria-


graPhique. l'auteur a chaisi l'analyse de lq cristallisation des courants idéologiques dans une
plate-foi me politique unique, la cristallisalion du systeme des institutions idéologiques, sociales
et culturelles rouniames, et à cate de celles-ci, la formation d'une classe politique roumame mo-
derne dans la Transylvanie historique et dins les regions de Fattest du territoire depuis 1791, le
moment du ( Simplex hbellus Valachorum u et lusqu'a la revolution de 1848, c'est-a-dire une
analyse gm porte sur le moment où le peuple rotunqin de -fransylvanie acquiert la conscience
d'étre une nation européenne Le mouvement nation A des Ileum-tins est considéré par Lqdislau
Gyém.int une tulle palitique,pirce qu'il ne s'ag,it plus (131a form ilion de la conscience nationale,
mais surtout de son aftirmation, de ls lutte d'une nation visant la reconquéte &ins cet esplce.
geopolitique (lc se, dyads an.fiens 1)11is les préliminaires de cette analyse ( L'Erolution du rnou-
vement n atonal !autumn au X V/Ife 3., Le Plogranune el le inauvernent du Supplet de 1 791-
1795, pp 33-59) et surtout dins l'anllyse des Progr /mines d'Inochentie MIN./ el du Supplex
l'auteur cllinit chirement celte these. Taus les m111 mires el Lextes politiques roumains rédiges
depuis Inoche Ale Mimi (1743) jusqu'au Supplex » de 1791-1792 demo/Arent que les &oils
d s llouniams les aulochtones de Transylvame n'ont Ja n sis été abrogés p sr aucune lot
émanée de l'Empire, mats qu'ils out étl ignorés et écartés par des abus et des su iterltn,es
diques, conf-ssionn ds, sociaux, polittques, qui out conduit à la reconnaissance unique des / trfum
nationum priviNtées et des qualm: religions acceptées » qui exclualent les floumiins et For-
thodoxisme. C'est sur cette zone, du cqdre institutionnel impérial intlexible, mum d'un m.cl-
nisme burequcratique, qu'est co tcentKte en fait l'atillyse de l'auteur qui reconstitue la
lutte aux forces inegale» &pals annee, 1791-1792 Jutqu'a la revolution de 1848, Ititle menée
par les noun-funs, p ir lus intellectuAs en premier lieu, représentants du clerge, Juristes, plido-
logues, historiens (p. 41-118). L'analyse du ra1p3rt entre les Ilunm tins et Porlliodoxisine
d'une psrt,le cadre institutionnel. par/dique, confesstonnel de l'Emptre des lIabsbourg de l'autre,
de la lutte destinée à trouver une place, dans ce systeme, pour les droits des liouniams, ainsi
que l'analyse de la limite visant la restauration des institutions rout/Flames dans ce menie système
instilutionnel imperial représente une des plus importantes contributions de cette etude Ladisluu
Gyémant a le mérile de mettre au premier plan l'une des dimensions essentielles dans la d
nition el l'établissement des caractéristiques du type de mouvement national des Kau/Trains transyl-
Yams, contribution importante pour une éventuelle recherche cotnparee des mouvements natio-
naux comme celle réaltsée pour une série de petites nations de l'Europe centrale par Miroslav
Hroch (SocialPrecondttions of NattonalRevzoal in Europe, Cambridge, University Press, 1985).

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88 COMPTES RENDUS 4

Après avoir aiìa1 se, dan les chapitres Le mounemail pol algae IoUrna,n entre I 792-1s 30
(pp. 119 129) . Les memoir oumaim e 15 II-1\ J7 (pp. 129-138) La hule nationale dcms
la (Mediate pi eeédant la I?evolution de I S 4 5 (pp 1:18 147) les revend Lions roumaines C01/ f es-
sionnelles, pohliques, sociales. culturclles tout en null q min t. la portee et la place de chacune
dans la suite des laibles el SUeeeY,IN es conquétes sur le plan politiq fie, Ladislau Gyém t con-
cha sur l'eNtslence d'une cristallisa Lion progress' \ e d'une plate-forme unique de tons les llou-
mains (classes, conlessions, ta k) de Trans3h an ie el sur son adoption intégrale par le Programme
de la re \ olution de 1818 ( la reconnaissance politic-me de la nation rout/lame, sa representation
proportionnelle dans la Dite. dans l'administration et clans la lust ice, Fusage de la langue rou-
maine dans la N te publique,16.2alite en di ou k entre 1 Eglise roumaine et les mitres conlessions
l'election libre des éques clans le synode et leur pai I icipalion aux bit\ flux de la te, Fame-
lioration de la condition du clef ge, la 211Ise en fonction des ecoles rotimaines de Mutes categories,
l'aulonoinie du I-3anat en tan!. que pro\ nice roumaine et son emancipation de sous l'autorité
de la hierarchic cléi icale de Carlos \ it/ .. (pp 145).
L'exclusion de la Die te, des fon cl bus furidiques ou des emplois publiques soil en tant
que ROUM.1111S, ',Olt en tant qu'orlhodoxes. a conduit a ce clue le seul milieu où les Rotimains ont
pu ekprinier 'cur point de %tie fut le cadre confessioonel ; l'auleur recoils ti tue de la sorte une
des hates les plus acharnées des 43ountains destinée is tratislormer les institutions eNistantes
les épiscopals dans des institutions rournaines representatives Elle commence par la
hate pour la nomination d'é éques rouniains lies a la cause de l'émancipation natio-
nale, qui fussent en meme temps des Nrals represen knits politiques des Houlnains aupres du
pouvoir central. Dans les chapi tres La hale pour la nonanation des eveques roumains (pp. 147
161) ; La nomination des direeleurs rouniciaB d'eeole (pp. 1(i1-165); L. Synode en lant que forum
nattonal (pp. 166-171) ; Le Conyi cs national (pp. 171 173) ; L'idée de la aural wation conies-
sionnelle (pp. 173-181), l'auteur etudie des aspects concernant le combat persévérent, inlas-
sable, du clerge et des laies isant les elections des évéques roumains (le premier prélat roumam
la direction de l'épiscopat orthodoxe de Transyh anie, clepuis sa reconstitution en 1761, West
élu qu'en 1810, en la personne de Vasile Moto), pour l'élection des clirecteurs d'école provenant
des intellectuels roumains o parce que, a ctite des institutions ecclesiastiques, les institutions
scolaires formaient un autre cadre officiel, institutionnel, par le truchement duquel les Roumains
avaient la possibililé de soutenir leurs revendica Lions (p. 161), pour la transiormation des sy-
nodes en nuclées des assemblées nationales 0 par la modification de leur caractere lonction-
nel qui, dépassant la sphere des problémes confessionnelles, puissent assurner un rOle politique
pour la representation égale des deputes roumains dans le Congres national orthodoxe (pp.
171-173). Le combat de l'orthodoIsine transylvain dans lequel l'E'glise s'assume, pro-
gressivement, taus les postulats de la lutle politique nalionale rountaini., Nise en premier lieu
la ceprésentation instatutionnelle des Bonn-hums ; l'auteur y met parfaitement en lunnere la
translation, dans la periocle anal.Nsée o du confessionnel veis le national , phénomene désigne
wrist par E. Turczynski dans Konlession und Nation. Zur inhyocluelite der set Insellen and raffia-
niselten Nationsbildung, Dusseldorf, 1975.
L'analyse de la troisième dimension du mouvement national la formation de l'élite
politique, d'apres la formule de Ladislau G.Nemant, de la classe politique moderne en Transyl-
vanie, comme nous aimerions la nornmer, est réalisee aNec et par l'analyse de La base somale
(pp. 336-431) du mouvement national Aprés avoir donne dans la première partie de l'étude,
Ja biographie o politique 9 de chacune des deux confessions qui groupaient les Roumains, dans
cette deuxieme partie l'auteur reconstitue la biographic historique et politique de chacune des
classes et categories socioprofessionnelles : Les intellectuels (pp. 336-362) ; La petite noblesse
(pp. 362-374) : Les ciladins (pp. 374-404) ; Les paysans (Les paysans en terre impénale; les
gardes-frontide , Les paysans dépendants (pp. 404-431) étudiées au point de vue de leur statut
social et juridique dans l'Empire et de leur participation au mouvement national. A travers le
riche materieu sur lequel s'est étayéel'analyse statistiques, listes de recensements, registres
civils et confessionnels, listes des élèves et des étudiants rournams de Transylvanie couvrant
plus de cinq décennies se décélent la structure sociale, politique, contessionnelle, cullurelle
de la société roumaine de la période en discussion. Ainsi, à la veille de la revolution la société
roumaine de la Transylvanie historique et des regions ouest s'élève à 2 202-542 habitants dont :
petite noblesse 12 524 families et 62 620 personnes (2,8% de la population roumaine en 1839,
4,3% en 1862), intellectuels 5 343 en 1848 (ou 2°/,),), citadins 92948 personnes (4,2%
en 1839 et 5,2% en 1850), paysans libres 230 531 (10,5% de la population roumaine en 1839)
et paysans 1 790 362 (81,3% de la population rouinaine en 1839). Chaque classe et categoric
sociale a, dans l'ensemble du mouvement national, ses propres revendications et sa participa-
tion est dépendante de son statut social, économique, politique, juridique ; chaque classe et cha-
que categoric se forge graduellement (processus qui est tres minutieusement reconstitue par

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5 C OM PTE S RENDUS 89

Ladislau GyemAnt) sa propre élite politiquc qui représente ses intéréls et qui se troll\ e engagée
dans rune ou l'autre des tormes de lutte politique C'est de ces groupcs que naitra la classe
politique modernc rouniame de Transylvanic L'analyse des forces et des motivations politiques,
engagées au sec.\ ice de la cause nationale et gm concourent h la formation de la classe politique
conduit A la délint Lion de deux phenomenes en Transylvanie la classe poli tique West pas formée
par une scule classe sociale (les boyards dans le cas des Principautés Houniaines) mais elle a un
caractere social éclechque, la petite noblesse roumaine de Transylvanie et d'autant mums la
bourgeoisie, les citadins n'aboulassant pas, jusqu'en 1848, au sfatut de classe politique
L'auteur remirque ensui le que la lormatton de la classe politique moderne roll/liable en
Transylvanic coincide avec la tormation des intellecluels roumains et leur affirmation en tant
que lacleur politique, c'est-A-dire la formation de la categoric des intellectuels comme nouvelle
couche sociale se procluit en parallele avec la cristallisation du programme politique unitaire du
mouvement national avec la cristallisation (lu systeme cles institutions rotunaines, par la I on-
datum de certaines institutions tout A fait nouvC.Iles et le raffermissement d'autres, d'ancienne
tiachtion. par l'approche critique-juridique du systeme des institutions impértales et la consti-
tution (une élite (classe) polittque routname, qui s'assume la responsabilité de la direction du
mouvement national (pp 336 337)
L'effort de la sociélé transhaine dirige \ ers la foimation des intellectuels provenant
du clerge et du rang des Imes phénomène saisissable des le debut du XVIII° s. était l'un
des objectif du programme national d'émancipation (pp. 336-337). L'auteur y rcconstitue le
combat de l'Église pour la formation du clergé, la fondation des séminaires et des instants
theologiques, pour la formation cles intellectuels laics et la misc en function des ecoles, gym-
prises, lycées roumains (Arad, 13Iaj, NAsibid, Beiii) pour l'admission des Bournains dans les
écoles des mitres nation:1111.es de la Principauté (Oradea, Cluj, Brasov, 13istrila) pour l'accès
aux bourses d'études offertes par les collegcs elles umversites de Home, Vienne, Eger, Lwow,
Utgorod, pour que cles bourses (Fancies soient offertes alISSI aux umates, pour miles
provenant du fonds snick, %tat pour les orthodoxes etc La lutte institutionnelle et confessionnelle
(avec les confsstons reeucs) est Iré', etrotte aussi dans l'obtention du droit conféré aux intellec-
fuels ioumains de prahquer bur prolession A la veille de la iésolution de 1848, le résultat de
cette lutte e,1 concretise pal les 5 313 intellecluels classifies par Ladislau Gyénitint dans une
tpologie rein ante : 760 clt..rge, 21 o inslituteurs et professeurs (écolcs primaires, lycées, col-
lepes), 600 mitres categories (médi ems, iure,les, hislortens, philologues, écrivains, journalistes).
L'enga.4ement pot/Mine (le ella Ince it,2,,orie y est attenti\ ,nuent poursuivi. Les autres cate-
gories sociales la petite noblesse asce ses resenclications et ses organisations jurisdictionnelles
par le truchement descuelles est élti le gi (nip: poli tique représentatif qut donncra les politiciens
prolessionn(ls (pros ennui. notamment de la noblesse intellectuelle, p 373), les citadins, les pay-
sans libres, les gardes-fronticre, ayant un statut special ainsi cine la majorite de la population
roumaine de ce territoire la pa sannerte clependante sont analyses a cc la métne minutie
gut mel en lunitere la contribution de chacune de ces categories au progranune politique, de
inerne qu'A la !urination de l'élitc intellectuelle et A la reconquète des statuts institutionnels.
Alentionnons encore une clettorche de ce livre, et pas du tout la dernière sous l'aspect de
son importance, parmi les nombreux mitres que nous aurions voulu soutnettie à l'attention du
lecteur, notam nent celle orientee v,.rs Lill phenomene qui individualise le mouvement national
rournain de la Transylvanie rapport des sciences humaines A la luttc poliiique. Dès les premiè-
res pages, l'auleur s'oultgne le n'tle de l'histoirc, de la philologie el, des sciences jundiques en
tan t que sciences rinses au ser', :cc d,.t la tulle politique nationalc des llouniains de Transylvanie.
Depuis Inc:when lie Micu jusqu'au progrnmine de 1TF.cole transylvaine, les arguments de Flustoire
c L de la plulologie auxquels on recourt en permanence, (leA iennent des armes politiques au ser ice
de la cause nalionale D'autrcs mouvemcnts nationaux accordent, eux aussi, une certaine place
A ces arguments rums, scion noire avis, dans le cas de la Transylvanie il esl question d'un com-
bat indépendant de la science hi storiquc et philologique s ue comme echelon du mouvement natio-
nal, d'un combat engage, par ces sciences humaines entitle deux des plus puissantes institutions
,que la societé europécnne des XVIII.° et XIXe siecles ait connu . l'Elat impérial el
catholic-111e En s met lc trait distinctif el de premier unite gut indi iclualisc le mouvement rou-
main transylN am don t 11 est neccssaire de tcnir comple dans l'elaboration d'unc typologic des
mouvements nationaux
Par l'exactilude de l'information, par son interpretltion compétente et pertinente,
Ladislau Gyémánl offre au lecleur une remarquable etude de la societé roumaine de la Transl-
vanie dans la période des changements re. olutionnatres
Elena Stuptur

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90 COIVIPTES RENDUS 6

ANDREI PIPPIDT, Mihai VIlea:u1 in alta epocii salepliehael der Tapferein der Kunst seiner
Zell, Editura Dacia, Cluj-Napoca, 19.47, 154 p. + 41 pl (en rouinain, p 5-72, avec
une traduction allemande, p. 74-154).

I:interrogation du passé par le biais de l'étude iconographique West pas le fort de l'his-
toriographie reurnaine Et avec juste raison Ce n'est que trop rarement que l'ancien art rou-
main clevient transparent pour la réflexion de l'historien rnoderne, concerné par les causalités,
les sends, les réseaux de déteinunations, la succession nu l'entrecroisement des processus, l'inci-
deuce des evénements, les découpes et les limites Car la peintme historique, A une exception
pres, reste incomme au nioNen Age roumain ()mint au portrait historique, il se presente seule-
ment SOLIS l'habit du portrait de donaLeur, hitégi é au programme iconographique d'une église
et done sonmis aux regles de Fart sacre post-byzantin : hieratisme, typologic restreinte, invaria-
Witte de l'expression, caraetere tianseendent. Ces portraits \ MIN ressemblent plutat entre eux
qu'avec leur modele. On aurait, poni ainsi cure. une unique effigie l'image idéale du prince,
du féodal, de l'homme d'Eglise revetue SUCCCSSIN ement selon la mode de l'époque et évoquant
par des attributs (barbe, moustache, coiffure) la personnalité lustorique clout elle porte le nom.
On ne peut construire un discours historique qu'A partir d'une difference. Refuse par l'art post-
byzantin, cette difference est offerte par la peinture de l'Occident I] est done bien nature] que
les historiens roumains se soient penches presqu'uniquement sur les personnages qui ont laissé
une trace, plus ou rnoins profonde. dans l'imagene européenne, les settles dont l'aspect reel peut
etre reconstitué.
Dans ce contexte, une place prnilegiée est occupée par Michel le Barve, prince vaillant
qui réalisa en 1600 l'unité des trots pays roumains, el dont le portrait nous a é té transmis par
un nombre important de gravures et ceuvres de ches alet. Pour cette raison, l'iconographie de
Michel a suscité l'intéret des érudits roumains des le début du XIX° sieele La s, nthese si long-
temps attendue se voit accomplie maintenant, et ce n'est pas du tout surprenant que son
auteur sort Andrei Pippidi, dont les etudes et les notes en rapport avec ce sujet le désignment
d'ores et déla à cette tache. Comme les recherches sur les images du prince unificateur étaient
assez nombreuses, les identifications souvent imprecises et la legencle mal séparee de la verité,
il a trouvé necessaire de commencer par une esquisse historiographique oa les contributions des
prédécessems sment sounnses à l'examen critique (p. 9-16).
Pour des rnotifs précises dans cette note méme, les portraits roumains de Michel le Brave-
dont un seul contemporain, celui de Calum, execute en 1593-94 par le peintre grec Ménas-
sont analyses eri quelques pages seulement (p. 16-21). A l'inventaire des effigies de Michel des
xvile el XVIII° sleeks dresse ici, il COO \ ient d'ajouter le portrait, aujourd'hui disparu, de
l'église métropolitaine de TirgoNi5te, datant de 1709 (cf. Grigore Musceleanu, Monumentele
strdbuntlor din Roraima, Bucure5ti 1878, p. 53-54). En ce gm concerne le tableau votif d'Ocna
peint en 1723, il représenterart, scion Vasile Dragti (13uletinul Monumentelor Islor
1972, n° 4, p. 60-62), le prince Constantin Branco\ eanu, A gauche, tenant la magnetic de
l'église avec Michel le Brave, A droite. Mars cette hypothese, acceptée par A. Pippidi, West pas
vraisemblable. L'épigraphe du portrait du eke &mt indique clairement qu'il s'agit non du
prince Michel mais du prare Jean de Vizocna qui a surveille et probablement finance la
peinture de l'église. L'identification de V Dragut s'appuyait sur quelque vague ressemblance du
personnage asee l'allure de Michel le Bra\ e dans le portrait grave par Aegidius Sadeler. Mars
l'humble artiste transylvain de 1723 connaissatt-il 1'1:3cm-re du maitre anversois ou une réplique
quelconque de celle-ci? .Te doute L'image de Sadeler, tellement popularisee depuis plus
d'un siècle c'est no/re image sur Michel le Bra\ e. Comment s'imaginaient les pretres et les ber-
gers d'Ocna Sibiului, il y a trois siecles, la figure du prince, mil ne saurait le cure amourd'hui.
S'ils avaient un modele, celui-ci ne pourrait etre que le portrait, repeint en 1694, Oe St. Nicolas
de Seheii Braovului, lequel devait ressembler, autant qu'on puisse en juger, phi tat 011 tableau
otif de Cilium qu'A une gravure occidentale D'ailleurs, le portrait du pretre Jean est étroite-
ment apparenté a celui de 1724 d'un autre clerc transylvain, Pierre Arclupretre de Carlov, abrité
par l'église de Geoagiu de Sus 11 West pas sans intéret de rioter que le portrait de Pierre fut
attribué, lui-aussi, a Michel le Bras e (Marius Porumb, romdneased din Tiansdvania,
I, Cluj, 1981, p 75-76). D'ailleurs, les deux tableaux sont l'ceuvre du meme peintre.
A eke des images nees dans l'ambiance rouinaine, l'enquête de A. Pippidi s'arrete sur
les quelques portraits attestés exclusivernent par les temoignages des documents. Ainsi, le por-
trait auquel Balthasar Walther dédia un poì..ine seralt une image de type martial, apparentée
celle imprimée par Giovanni Orlandt. Le texle qui rxcompagne l'estampe d'Orlandi, conjoin-
tement avec un amsso de Beinardino Beccari de Rozne, perinettent à l'auteur d'établir la date de
naissance du prince 1550,(p. 23, 39, n. 98).

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7 CO1VIPTES RENDUS 91

Au chapitre relatif aux portraits executes A. la manière occidentale dans les pavs rou mains
A. Pippidi a remarqué avec justesse que le tableau représentant le jeune prince F.tienne, fils de
Pierre le 13oiteaux, ne fut pas realise en Tirol, en 1592-94, mais blen auparavant, A la Cour
inoldave, par un artiste attaché A l'école polonaise Mais Phypothese concernant le tableau
votif de Galata, dont les renovatems de 1864 auraient conserve la composition de 1581, n'est
pas confirmée par les iravaux de restauration. Decouverte en 1967, l'image originale, exemplaire
pour la tradition moldave post-byzantine, n'a rien de commun avcc la refection grossiére et
baroquisante du XIX° siecle (cf Ion Istudor, ConsideraLii tehnice asupra Incritrilor de restaurare
picturii de la Galata, Iluleitaul Alonumenlelor Islonce, 1970, n° 3, fig 8).
La plus importan te section de l'étude est consaciée à la fortune de l'image du N'OfN ode
Michel dans Fart europeen Pour se debrouiller dans la complexe ramification de gras tires qui
tantôt simplifiaient le mettle modele, perpélue tic l'une ô l'autre, tantôt inventaient des de-
tails inedits, atribués explicilement au prince s alaque ou A un tout mitre personnage, beau-
coup de perspicacité et de prudence en furent nécessaires, surtout dans l'examen directc des
sources AVCC une parfaite maitrise, Andrei Pippidi trouve toujours la rneilleure solution pour
(Maltby les originaux, SUR re leur diffusion, décrire la typologic et la filiation des répliques et
imitations Pour illustrer la difficulté du travail je donnerai un seul exemplc dans le livre de
Giacomo Franco, E fliate luau' alt del maggior P, incipt e pill valoi osi captlatu, 1608, Michel y
figure deux fois. D'abord sous le nom de Jan Zamoyski (fig 7), grave d'apres Orlandi, et puis
sous son propre nom, dans une imitation de l'estampe de Sadeler (fig 16). L'ceuvre dc Sadeler
et celle dc Dominicus Custos sont les deux modéles d'inspiration pour toute l'imageric de
Michel le 13rave.
Le portrait grave par Sadeler ad mourn à N'icnne A ce gull semble fut reproduit
maintes fois par Franz Francken II parmi les figures du second plan qui peuplent ses amples
compositions baroques Ciesus el Solon, Solomon et la Berne de Saba, Le Feslin d'Ilerode
en nombretises s ariantes eparpillées dans tons les musées de l'Europc. Une vaste erudition est
mise en ceuvre non settlement pour identilier le visage du prince mais pour dater chaque tableau,
pour établir sa source et pour decider, parmis les membres de la famille des Fraucken, qui en
est l'auteur Publiee sous une forme un peu differente dans la Revue Bowl-tame d'Ilislotre de
l' Art XXII, 1985, p 3-42, celle partie du lis re pent etre considérée comme la plus Impor-
tante contribution roum iine du dernier temps A l'histoire de la peinture européenne. Sous la
forme élégante, la sOrete du mgement, l'abondance des prcuves et des references, 011 devine un
rude tras ail d'archeologue des idees et des images
Dans une epoque comme la nôtre où les byres d'histoire sont occupes ou à deschiffrer les
grands processus ou A labourer un domaine exigu, les essais pareils à celui d ,1ndrei Pippidi
sont de plus en plus rares I 'n 011\ rage qui ressemble aux I:unstkaminern peints par Franz
Frailcken II . un tableau ofl I On \ Olt une collection de toiles dont chacune contient d'autres
tableaux gill A leur tour, lais-,ent entresoir de nouvelles ceuvres l,a collection qui nous est
peinte par M Pippidi comprend des tableau\ s al IS s Maques, des gravures à sujet exotique,
de la critique d'art, cl,'s mmuscrits grecs, des poemes composes par des humanistes saxons,
des peintures baroques, des considerations sur la notion d'honneur chez les Roumains, la liste
cles ceuvres d'un petit mailre Ilainmand du XVII° slecle, des s 'sites aux musées, des atributions
et des datations et d'antres obiets etranges et precieux, dignes d'une taxinomie borgesienne.
Tout est pee avec esprit de finesse et kale asee un parfait bon gait par le collectionnaire qui
est toujours la, donnant des e \plum Lions as ce la maitrise et la legere ironic du connaisseur, son
propre s-Isage projete dans toutes les directions par un eblouissant jeu de nurroirs. L'histoire
d'une image, celle (le Michel le Bras e, se transforme, sous l'eflet du mettle jeu, dans une his-
toire travers les images Des hinges rasseamblees asee la passion gratuite et la curiostté
sable d un humaniste du XViile siecle
Daniel Bat bu

IACOI3 M.VILZA, .Scoala Si naliune (Scoltle din Blaj In epoca rencWeru naitonale), Editura Dacid,
Cluj-Napoca, 1987, 237 p

lacob Mlrza published (luring the last 3,ears a good bulk of articles on education and
reading in Transylsanta. Ills book, a doctoral thesis, belongs to the minute studies concerning
the impact ot school structure and school cm' tents on the modernization of Romanian society
at the end of the 18th century up to the 2nd half of the 19th century.

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92 COMPTES RENDUS 8

The man3 links be CNN cell school and society are the starting point of the monograph dedi-
cated to the 131a f schools, the first institution of-Romanian middle education in Transyh ania.
Their acti3ity, as we glean from the "Argument" (pp. 5-9), was analysed by many studies in
education history or poli tical history, but the author clelibel at ely aims at breaking the unifor-
mity of the pree ions approaches and to handle the subject. in a subtler and more complex
manner. In this sense, he stresses the role played by all Blaj schools (the ecclesiastical seminary
include(i) in the formation of the Romanian intelligentsia and, generally- speaking. in the pro-
cess of renewal during the period of the assertion ol the national consciousness This original
point of view is based, mai oh , on unedited documentary material from the Romanian and
I fungarian archives
The first chapter, him mar ana desm Cscot* din Blai aptly on the BIN Schools)
(pp 11 27), focuses on \ anous results ol researches concerning this subfecl which captured
the interest of many outstanding intellectuils (such as TlInotei Ciparni, ( ;eorge Baritiu, Stefan
Manciulea), mainly- because the 13111 schools remain a unique cultural phenomenon w thin
Romanian history The second ch fpler, Cad, al Isla' ico-polthc (The Historical 211(1
Framework) (pp. 28-33), succe.als in drawing up. in a remarquable, concise manner (which is
characteristic of the whole book), the circumstances under which the toundation of the 13Iaj
schools was made possible Iacob Mar/a is right in considei mg that the moral author of this
act of legitimate restitution through educational institutions of cultulal dignity to the Roma-
nians, 55 as bishop Inochentie Ile, for the first time, advocated, through petitions,
the abolition of the artificial status of "tolerated" assigned to the Trans3lvanian Romanians and
their rise to the rank of political nation by tailing back on the proof demonstrating that the
Romanians were the oldest and most numerous inhabitants in Transyhania and that they were
bearing the main economical tasks of the province Inochentie Alien-Klein intented to turn
Blaj into a strong centre for spi eading among Romanians the benefits of culture which finally
would ripen tile national consciousness 01 his lellow -countrymen .1licu's successor, bishop Petru
Pa\ el Al'011 took ad3 an tage of the I labsburg policy 01 reform and opened, in october 1754, four
schools offering elementary education "and higher education in Latin and Romanian". The
third chapter, Invidamintal romanesc din 7'iansilvania de la Lununi la icrioluna de la 181,S (Roma-
nian Education m Transyhama /rem the Enlightenment Lo the 1848 Revolution) (pp 34-46),
sets up tlie complex background ot the educational system in Transylvania and indicates the
place held by the Blaj schools within it. Very important were the Vienna Court measures con-
cerning the learning ol Latin which was extended and strengthened at the beginning of the
18" celitry. Latin was for Western Europe the subtle,t and most advanced cultural instru-
ment, as Greek was for Eastern Europe, and the Vienna Court thought to consolidate its domi-
nation on cultural acth ity in Tran3shania by gis ing a strong uniformity to the educational
S3 stem. Romanian 3 oung men from 131j were awarded scholarships in Vienna and Rome and
the were thus offered the possibility to carry philological and historical research on the past of
their own nation. Thus were ma tei ialized the three great ideas ol continuity, latinity and roma-
nay which, ni their turn, were to become i easons for the subsequent political and national
dal 111S If the first Habsburg reforms fas °tired the Blaj schools, after the second Ratio educa-
tions (1S06) the schools underwent a dim period, especially alter the dismissal ot the Transyl-
vanian School leade/ s. Theolo_nsin ined pound to the pi ei udice of rationalism Many data
reveal the great number of Romanian studekts 111 the Trans hainan schools and their resistance
to denationalisation tendencies.
Chapter four, Inl rimier ea scolilai (The Schools' Foundation) (pp 47-57), focuses on
the opening of the 131aj schools in octob r 1754 and underlines once more the significance of
the fact.
The following chanter. Enalul.a gcoltloi pina la ISIS (The Fvolution of the Schools up
to 1848) (pp 58-78), a con prehensh e one. brings in data in connection with the schools' head-
masters and then relationships with the p I ON ¡nee and court authorities, their material condi-
tion and the educatimi sli ucture The 1110 les el of the education practised in 131aj facilitated
links with the universitus of central Fun pe w here some of the Blaj graduates is on studying.
Time three chapters which follow, i e 11 ofc,o1 it (The Teachers) (pp 79 129), Conlinund
incalanitidulut (Education Contents) (pp 130-156) mild l'apalana scolara (Pupils) (pp. 1,57
193), ol fer plenty ot magma' data concerning the topics announced by the titles IL is the most
original section of the book : based on facts, taco') Alarza stresses the pan-I tomaman, character
of the 13Iaj schools that /woe ed pupils from all ON er today's Romania and sent graduales to
all places inhabited by Romanians. Interesting fjaphs make these chapters the more relevant.
The last (n111111) chapter..5«,111e de la Llai i formal ea inleleclualtlantionicineslt din Transil-
vania in epoca z cn(Oelii national( (The Blaj Schools and the Formation of the Romanian Transyl-

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9 COMPTES RENDUS 93

vaman Intelligentsia in the Epoch of National Rebirth (pp 194-206) offers on the basis of the
material exposed in pre\ ious chapters a conclusr(e appercu of the entire educational actiNity
in 131aj and ol its impact On the e caution of Romanian culture al large, its role in the Enligh-
tenment (to use the author's own words) and rise of the Romanian people The author uses, in
several places, the lormula "The epoch 01 national rebirth" which might produce a confusion
between the modernization of Romanian culture and the 13ulggrian or Greek "renaissance"
If the coming into being 01 these ,Ichools was subsequent to the religious union of some of the
Romanan 'Fransyhanians w ith the church of Rome in 1698, their ex °halal NN as good proof
limt the compromise imposed by extremely complex political dictinislances mixed with the
domination tendencies of the Vienna Court was useci by Romanian intellectuals in order to fas our
the cultural and political affirmation of the Romanians
The sounclass of approach and the striking original data brought in by Ificob
monograph remind us of another monograph on a difterent sect ion 01 Romanian education,
nainelj. Anadna Canmriano-Ctoran's Les _leadénues Pitnct el es de Ba«11 est el .1a,s j l'ogether,
these eon\ ineing studies are an important contribution to the correct know leth,e oh educational
institutions that pros ed essential for the formation of Romanian consciousness, of the mate-
rialilation of the progressive ideology and of the preparation of the 1848 res
A select bibliography, a summary in German and an index (il names end up this book
that IN Ill not be ignored by any futui e research on the history of education, or on Transyl-
vanian history.
Lta B rud-Clusacof

MIRCEA MUTI lU, Pez mancnte (del ai e I ontdneslc din per speelzucl compar alà (Permanences
lit 1.61 awes roumaines envisagées dans une perspective con)paratiN e), Ealura Minerva,
Bucarest, 1967, 222 p.

Lecteur passionné des littératines du Sud-Est européen ), comme 11 se &fait lui-méme,


l'auteur poursuit clans le \-olume qui suent de paraitre les directions de recherche (161à enoncée
dans ses plécédents livres (Ltlei alai a rornand su staritul snd-est eur opean ILa litterature rouniame
et l'esprit sud-est europeen/, 1976; I a marginea geomel tet /Aux confins de la geometrie/, 1979).
Nlircea Muffin est comaincu que i ce sont les-littératures savantes, don t la variété des thèmes
et de Pesthetique est directement liée à l'éclosion des nations, qui en tout premier lieu resti-
tuent et rendent sensible A Pimage de Phomme de l'espace balkanique.
Se préoccupant de 1'4 dude morphologique des formes litteraires i, Mircea Icahn con-
sacre a la Typoloqie la première partie de son iécent livre pour s'arréter a quatre des t, pes exis-
tants le type liaquque (examiné sous clews: formes considérées comme apparentées . le héros
semi-anal] opornorphe et .211cici al Manole ) , le hatdouk (brigand justicier); le sage errant ; le
pal venu
Le mythe de l'homme-animal avail., pour commencer, la fonction d'invoquer, auprés
de laquelle, progressivcmcnt, se forma la fonction d'évoquer et se produisit une Lendance se's
Pan thropomorphie du mythe, su bien que Phornme-animal (clémé du totem zoomorplie) glissa
vers le sage ou he mage term pour l'ancétre légendaire. On assiste ants' a la destruction du mythe,
accompagnée ¡outdo's dans la littérature roumaine d'un effort de ( rérn3 tification .) par l'appel
au prototype du sage, voire méme è Pantécédent totémique s Les écrivains din siécle acluel
insistent ( ) sur le lad cine le passage de l'histare (culture) au mythe (nature) se fait au prix
de la \ Je de l'indhalu ). Mais affirme Mireea Munn en se servant de la technique des interro-
gations rhétoliques , ce dallier processus est aussz la substance de la beaucoup plus. ancienne
ballade Mesh, al Manole (Le chant de Maitre Manoli) Pour celle-ci conformément au principe
de ¡rasa] dioncé, ce sonl égalemenl les productions de littérature savante qui sont notanment
analysées Une recherche comparatne des (Tilts representatifs permet a l'auteur de constater
que i l'étudc de l'elaboration de la ballade ( ..) illustre (...) la réitération clu tragique de fac-
ture antique cliez les Grecs ; Pintrusion che Phisloire soment démythiliante a des lins didacti-
gnus chez les Bala°, cs ; le jeu de cette méme histone dominante gm crée et d'éni)thifie le inythe
déroulé pourtant comme une épopée chez les Sei bes et les Albancus , enim, la meditation pinto-
sopluque el nuancée de lyrisme, ayant comme objet un mythe éminemment esthélique, chez
les Rounicuns >.
Sous la dixersité de noms où apparait le haidouR (le brigand juslicier) second type
litléraire auquel s'arrèle Mircea MuLliu deux categories principales salt. distinguer : celle
du res olté ayant des buts sociaux preponderants (c'est le type spécilique des Principautes Rou-

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94 COMPTES RENDUS 10

ninnies) et celle du haidouk ayant une fonction nationale et socio-politique (type propre à la
Péninsule 1-3alkanique). Dans les lilted-attires saN antes, la reconstitution fidèlc de Phistoire coexis-
te aNec le penchant pour le mythe, présente chez tons les peuples halkaniques et dominée chez
les Houniams par l'émoi lyrique. Apparentée au type tragique, la figure du haidouh entretient
l'esprit d'épopee et renforce le romanesque flVeC la figure clu sage et du parvenu.
Le t \ pe du sage ei rant prend forme avee Nastratin Itogea (Nasr ed-Din Khodja), synthèse
des kilos du classicisme antique dans l'esprit musulman aseatique et revanche prisepar la cul-
ture populaire orate sur la culture (Oleic-11e aristoeratique Proche parent du Bulgare I litiir
Peter et des Pcmmains et Tinciala, le type de Nasr eel-Din Kliodia emprunté par les litté-
ratures saN antes \ oluera \ ers le tragique d'un voyage intérieur en desaccord as cc le monde
des apparences Le plus qu'apportenl les elaborations rouniaines est sans doute la larme *
et cc tumulte affectil qui o remplace la gnose par la confession a. Chez les &mains grecs et
sud-slaves. les peregrinations du heros, un veritable desperados, servent comme prétexte pour
lendre ("loge au relour ou bien pour formuler de torturantes questions sur' l'existence.
A la difference du haidonk et du sage . nous attire Pattention Mircea Mutliu , le
type du painful n'a pas des antecedents foil:longues. Trois grandes categories sont distinctes
dans la considerable alike du type litteraire chez les auteurs rournams le caractere épique
se trouve presque disloque par l'émoi elégiaque et Patmospliere fin de siecle qui l'enveloppe de
lyrisine" , che? les Sud-slaves se manifeste par contre o la predilection pour le document par
excellence social s, alors que dans les kilts grqcs le type du parvenu ne s'irnpose véritablement
qu'a peine avec la victoire tardive et partielle du réalisme sur le romantisme (situation para-
doxale si Pon se rappelle cine ce t3pe prolongeall en quelque surte celui du phanctriote et, plus
haut dans le passé, celui du levantin).
La deuxiinne panic du livre de Mircea Muthu s'institule Cinteeul istoi iei (Le chant de
l'histoire).
En tant qu'épopée sui-generis de l'esprit medieval oriental", les romans historiques
érnanent du sens actif du tragique, sens issu de l'effort de surviN re dans un monde à l'équilibre
instable. La poétigue de ces romans attribue un r6le tout particuller au héros populaire, prolon-
gement du saint et du héros antique, ainsi qu'au mythe de la fonclation reposant sur le sacrifice.
Mircea Muthu est d'avis que certaines relations bipolaires fondamentales se manifestent sur la
ligne d'un dualisme i hérité du millénaire hyzantin et perpetué par la structure du homo-duplex
sud-est européen » : l'équilibre continuellement renouvelé entre autokrator et demos; 01 ient et
Occident : laératique-dg namigue ; auligue-populaire sacré profane.
Dans la littérature sud-orientale, l'une de ic figures actives passées de Phistoire dans la
légende et devenues motif esthetique ( ...) ayant la valeur d'un indice culttnel" est celle de
Michel le Brace envisage comme le Libérateur tant-attendu. Son image a done acquis des con-
tours hy-perboliques, estompés par Pobjectivité scientifique dans les eons rouinams, mais pré-
sentés litterairement avec une constante inflexion biblique du rythme de la phrase
En remaniant le roman populaire Sindtpa, diffuse par de nombreuses variantes ouest-
et est-européennes, Mihail Sadoveanu a élaboré i un breve-tire de la sagesse de l'Européen du
sud-est s, lequel s'efforce de s'abstraire de l'immédiat Le theme central des paraboles o la femme
infidele », n'est que le voile qui dissimule les meditations sur le Pouvoir : a Si l'emprereur tire
son epée, que peut faire le plulosophe? s. La seule chance de survie demeurent les ajournements
successifs jusqu'à ce que les époques d'anxiété profonde se detruiront d'elles-memes par leur
inevitable et incessant écoulement
L'une des dimensions du ornan Justin-Lune sud-est curopéen est la resorption des mythes
en meditations sur l'histoire, au fur et à mesure que le centrum munch se &place des terriloires
elemeurés dans le pru-nitivisme primordial vers la cite poussiéreuse et bruyante. On remarque
l'estime dont jouissent les sages d'Age avancé se trouvant i sur le seuil du grand reiour dans le
cosmos s Innis aussi les héros actils du type akritique ou hagyographique. Toujours plus evident,
plus fort, devient ces derniers temps le caractere réflexif des romans] historiques qui remettent
en cause les concepts de destinée, sacrifice, liberté et, comme un derive, de ceux-In, de l'impé-
rieuse nécessité d'un lieu d'origine precis. Quelle que soit la nationalité des ecrivains, on constate
la presence dramatique d'une prise de conscience commune concernant la situation sur une
terre de carrelour et le respect qu'll coin-lent de cultiver constamment pour le lettré et l'écriturc
en tant que iorme de surviN ance avec la permanente conservation du caractere populaire.
Dans tous ces romans reviennent les motils que la troisième partie de l'ouvrage de Mircea
Mutbu entreprend d'analyser Byzarice, la ioue, la lumiére, le ehemin
L'imagination sud-slave conserve le souvenir de B3 zanee sous l'ombre projetee par les
campagnes de guerre gm ont eu lieu entre les divers tsarats et l'Empire hyzantin. Chez les
Albanais, la prise de la ville par les Turcs s'estompe (levant le mythe national de Skanderberg,
ce nouvel Alexandre s. Chez les Grecs, apres les nombreux reeds, threnes el predictions du

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11 C OMPTES RENDUS 95

Moyen Age, la fin du XVIII° siécle :mime «un reniement de 133 vance dans l'esprit francais
des Lumléres o d'apres N. Serban-Tanasoca), pour que depuis la fin du XIXe yécle i By_
7ance soit de nouveau presente non comme simple motif mars, amsi qu'il était normal, av'ec
toute son histoire » Acceptée constamment dans la litt (Tatum roumaine, 13yzance devient chez
les &mains du XXe siècle un motif esthétique central, prenant formes diverses, envisar.jée
soit comme « la Byzance de tous les ,Igcs s, soit comme un lien d'éternel retour i, soil enfin
comme « la Byzance d'un lour » don t sortira, maléfique et pittoresque. Stamboul.
La ioue illustre suggestivement le sentiment de 1'am el relour ma's aussi la sensibilité
pour l'histoire de l'Europeen du Sud-Est » C'est bien elle. la roue, symbole de l'équilibre en mou-
vement, gin est préférée A la perfection statique dans la solitude qu'incarne le (Tide. elle s'am-
plifie dans l'ima¡e de la spirale qui conjugue l'idée du retour avec celle de perfectibilite
C'est encore A l'élernclle tentative de relour veis i le I.es ant de la \ ¡e J que se lie le motif
de la lumiele, 1lVeC ses racmes dans la philosophic de l'Antiquité, du Moyen Age, soil-cite relle-ci
européennes ou musulmanes 11 semblerait que le Sud-Est atfectionne la Inn-a èï e hail ide. solaire,
denuée de pénombre , ma's apparait aussi une autre sorte de lumiérc, immatérielle, don t
4 est frold, sans sacillement », une lunhere ¡ eltrayante s mais neanmoms S ous remphssant de
I béati tu de J.
La lanuire signifie parfols sagesse et la t3 pologie du sacie errant implume le motif du
chemm comme modalite de connaissance et d'harnionisation du concept d'crrance asee le con-
cept de palrie \WC des significations parabohques ou surtout sociales, le cherrun ne représente
pas une errance sans but mais devient le reflet des strates succesives de civilisation de l'histoire
et des strates successives du méme personnage parce que le déplacement dans l'espace n'a de
valeur que s'il s'accompagne d'un so3 age A l'intérieur de son étre.
Mireca Aluthu a tenté d'extraire quelques-unes des o series esthetiques avant la valeur
de permanences clans les littératures du Sud-Est europeen i. Alalgre, la grande diversite linguis-
tique de celte zone et en utilisant tout ce gm lui &tad, offert par les traductions (en rournain ou
bien dansjes langues de diflusion um\ eiselle), l'auteur a réussi ce qu'il a essa,é sous la résene
immanquablement soulignée des mévitables lacunes Cependant A quoi bon nous attai-
der sur celles-ci dc rn'éme que sur l'opporlune possibilité de completer (ma's jusqu'ou) la biblio-
graphic? L'important c'est de releN er le zéle depensé pour enNisager les littératures du Sud-Est
de l'Europe dans leur ensemble et, en méme temps, de souligner pour chacune (l'elles le car3c-
tére spécifique.
Calalina Velculescu

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TRAVAUX PARUS AUX tDITIONS DE L'ACADÉMIE
DE LA RÉPUtILIQUE SOCIALISTE DE ROUMANIE

GEORGE MURNU, Studli istorice privitoare la treentul romalnilor de peste Buntlre (Etudes
historiques concernant le passé des Roumains d'outre-Danube). Ed. soignee par Nieolac-
Serban Tanasoca, 1984, 203 p.
Relatii ronnino-bulgare .de-a bingo' veneurilor. Studii. Vol. II (Relations roumano-bul-
gares à travers les siècles. Etudes. II° volume), 1984, .172 p.
* Intelectual' din Dalcani in Domfinia (sec. XVIIXIX) (Intel lectue Is des Balkans en Rou-
manie aux sleeks). Coordonnateur Alexandru Du1u, 1984, 206 p. .
Deprezentanta diplonnatiefi a Moldovei la Constantinorol (3(1 :moist 1741 detemlaie
1712) (La representation diplomatique de la Aloldavie à Constantinople du 30 aotit 1741
au inois de décembre 1742). Traduction du grec, etude introductive, notes et commentaires
par Ariadna Camariano-Cioran, 1985, 308 p.
* Iliblioqrafia istorie5 a Ronailniei. VI. 1979 1984 (Bibliographic historique de la Rouma-
nic). Sous la direction de Stefan Pascu, 1985, 308 p.
Nouvelles Etudes d'Ilistoi re. Pub I lees à l'oceasion du XVI' Congres I nternat iona I des Scien-
ces Ilisloriques, Stuttgart, 1985. Coordonnateurs : Stefan Pascu, Stefan Stefilneseu, Dan
Berindei, 1985, 288 p.
AL. ZUB, De la istoria critica la criticism (De l'histoire critique au criticisme). Coll. Biblioteca
istorica LXV, 1985, 312 p.

ISSN 0035-2063

REV. ÉTUDES SUD-EST EUROP., XXVI, 1, p. 1-96, BUCAREST, 1988

I 43 456 Lei 50
I. P. Informalia C. 1737

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ACADEMIE DES SCIENCES SOCIALES ET POLITIQUFS
INSTITUT D'ETUDES SUD-EST EUROPEENNES

Tome XXVI-1988 N°2 (Avriljuin)

Les Roumains et l'Empire Ottoman

ED1TURA ACADEMIE1
REPUBLICI1 SOCIAL1STE ROMANIA

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COM111 DE RtDACTION

ALEXANDRU DUTUrédacteur responsable ;


Membres du comité : AL. ELIAN, VALENTIN
AL. GEORGESCU, CHEORGHE I. IONITÀ)
COSTIN MURGESCU, D. M. PIPPIDI, MI-
HAI POP, AL. ROSETTI, ELENA SCAR-
EUGEN STANESCU
Secrétaire du comité : LIDIA SIMION

La REVUE DES RTUDES SUD-EST EUROPÉENNES paralt 4 fois par an.


Toute commande de Pétranger (fascicules ou abonnements) sera adressée à« Rom-
presfilatelia , Departamentul Export-Import Presil, P.O. Box 12 201,
télex 10376, Bucuresti, prsfi r Calea Grivitei no 64-66 ou à ses représentants
l'étranger.Le prix d'un abonnement est de 62 $ par an.

La correspondance, les manuscrits et les publications (livres, revues, etc.) envoyés


pour comptes rendus seront adressés A la

REVUE DES ÉTUDES SUD-EST EUROPÉENNES


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Les articles seront remis dactylographiés en deux exemplaires. Les collaborateurs


sont priés de ne pas d4asser les limites de 15-20 pages dactylographiées pour
les articles et 5-6 paces pour les comptes rendus.

EDITURA ACADEMIEI REPUBLICH SOCIALISTE ROMANIA


Calea Victoriei no 125, téléphone 50 76 80 BucurestiRomania

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:UHPBBI1RES
TOME XXVI 1988 AvrilJuin N° 2

SOMMAIRE
Les Boumaiws et l'Empire Ottoman

ION MATE!, Contributions aux débuts des études de tureologie en Rournanie, XVIe-
XVIII0 siècles 99
MIHAI MAXIM, Ottoman Documents concerning the Wallachian Salt in the Ports on
the Lower Danube in the Second Half of the Sixteenth Century 113
CRISTINA FENE*AN, De nouveau sur les relations de Michel le Brave avec les mouve-
ments de l'e) alet de Timi5oara (juin 1594) 123
MARIA HOLBAN, Autour du Journal inédit du Sicur de la Croix, I 131
ANCA GHIATA, La vie économique en Dobroudja à Paubc de l'Indépendance (II) 145

Chronique

I Vasile Drägut (Alexandru Dutu) 159

Emil Litzarescul (Andrei Pippidi) 160

Comptes rendus
L'Europa nel mondo antico (Alexandra Ittadgeara); ENTANUELE BANFI, Lin-
guistica balcanica (Nicolae Satamandu); The Text and its Margins (Lia Brad-
Clusaeol'); ODA BUCHHOLZ, WILFRIED FIEDLER, Albanische Grammatik
(C(nältna Ve1c4escu);FELIX KARLINGER, Auf Marchensuche im Balkan
(Ceddlina Velculescu) 161

Notes de lecture 173

Rev. Étodes Sud-Est Europ., XXVI, 2, p. 97-184, Bucarest, 1988

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Les Rouinains et l'Empire Ottonfan

CONTRIBUTIONS AUX DÉBUTS DES ÉTUDES


DE TURCOLO GIE EN ROUMANIE,
XVI' XVIII' SIECLE S *
ION MATEI

Au cours des den-1161.es décennies les etudes de turcologie ont enre-


gistré en Roumanie de rernarquables progres et, en ce meme laps de temps,
on a jeté les bases d'un développernent ultérieur. On a accompli des taches
qui étaient depuis longtemps nécessaires ainsi que l'édition de sources
narratives turques ou de documents, ce qui a fait qu'à present il y a des col-
lections spéciales ; la detection, Pacquisition et la systematisation de mat&
riaux d'archives sur l'histoire de la Turquie et de l'Empire Ottoman, en
mkne temps que la cormaissance de ceux- déjh existants ; Porganisation
d'une recherche scientifique de spécialité dans des domaines historiques ou
philologiques. On a fait paraltre, par exemple, des ouvrages importants,
des instruments de travail des domaines de la chronologie, de la paléographie
et de la diplotnatique turco-roumaine, des catalogues, des anthologies etc.,
auxquels on peut ajouter plusieurs syntheses sur l'histoire de l'Empire
Ottoman et des etudes spéciales. C"est particulièrement le domaine des relations
rounnano-turques qui a étérepris dans des recherches qui, sur la base de souTees
authentiques, ont fait reconsidérer des moments de ces relations. A cet égard,
la recherche dans le domaine linguistique s'est déployée sur plusieurs plans,
comprenant taut l'étud.e d'anciennes langues turques que de la langue turque
Turquie et de lours rapports avec le roumain. On peut ajouter des etudes
de phonétique historique, de lexicologie, de dialectologie, de grammaire, aux
pré,cieuses contributions coucernant la dialectologie turco-tartare, avec ref&
rence aux parlers tares ou tartares de certaines regions de la Roumanie. On a
fait paraitre les premieres tracluction.s de la littérature turque d'apres l'origi-
nal et leur nombre ne cesse d'augmenter, en même temps que d'irnportantes
etudes sur cette littérature. Le folklore turc, ainsi que certains aspects
concernant les arts plastiques, la inusicologie turque etc., peuvent compléter
nntableau d'ensemble. Il n'est pas douteux que toutes ces realisations n'au-
raient pas été possibles en Pabsence d'un enseign.ement organisé des langues
orientales, et particulière ment de la langue turque, dans les facultés de
philologie ou d'histoire ainsi que d'un cadre institutionnel organise de la re-
* Cet article est une synthèse de quelques chapitres qui forment la première partie d'une
ample ètude sur l'évolution et le développernent des etudes de turcologie en Routnanie, ac-
tuellement sous presse.

Bev. Études Sud-Est Europ., XXVI, 2, p. 99-111, Bucarest, 1988

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100 ION MATEI 2

cherche turcologique co/rune preoccupations majeures dans les instituts de


recherches scientifiques, dans les facultés, les archives, les musées 1.
Ces accotnplissements représentent un bon depart pour un développe-
ment ultérieur, mais en méme temps on peut aussi parler d'une liaison avec
des réalisations du passé et d'une tradition de ces recherches ou preoccupa-
tions. Car en parlant de ces débuts, sans exag-érer d'aucune manière leur impor-
tance, on ne pent s'empécher de souligner leur signification et l'intérét que
présente leur etude. En ce qui concerne la culture roumaine, elles occupent
une place qu'on devrait mieux connaitre. En méme temps, tout en gardant les
proportions et en se situant sans cesse dans les conditions de l'époque, elles
se sont développées sur eertaines Iignes correspondant à Phistoire des débuts
de ces disciplines sur un plan général européen. De toute fagon, comrne un
témoignage incontestable de ces debuts, les nombreux textes qui nous sont
rest& A, la suite des efforts de connaitre la langue turque ou l'histoire otto-
mane, peuvent encore intéresser les chercheurs philologues ou historiens
de cette spécialité.

LES RELATIONS HOUMANO-TURQUES COMAIE RASE HE L'INTÉRÉT POUR


L'HISTOIICE ET 1,1 LANGUE TURQUES CHEZ LES ROUMAINS

Il est certain que l'intérét pour les Turcs et les etudes qui s'en occupent
datent pour les Roumains, depuis lenrs premiers contacte et ,uttes (fin du
XIV e Si 6(.1(' ).
Dans les périodes ultérieures, l'intéret pour les Tures devient constant.
Les premières mentions sur les Turcs et les Tartares apparaissent dans les chro-
niques rountaines du XVIe siècle écrites en slavon, mais les premiers commen-
taires plus amples sont enregistrés par Phistoriographie de langue roumaine
du XVIIe siècle. Ceux-ci sont trop peu le fruit d'une observation ou d'une
lecture propres, étant surtout fondées sur la reproduction de passages d'oeuvres
de géographes et d'historiens européens que les chroniqueurs roumains avaient
connues, dans les bibliothèques de leur propre pays ou par les etudes
gulls avaient effectuées en Pologne, en Italie ou dans d'autres endroits.
A part l'intérêt toujours croissant pour Phistoire des Tures, qui
était legitimement accru dans les regions ou les pays se trouvant d'une manièt e
ou d 'autre sous le contréle ou la domination de l'Empire ottoman, cet intérét
découlait aussi pour les Routnains de nécessités d'ordre pratiq-ue. Nous nous
référons par exemple aux institutions et otganismes et éés en vue des relations
avec la Porte ottomane ou en ayant des taches delui fournir des informations.
On a manifesté plus tard un intérét gYandissant pour fixer la date et
les circonstances du debut de la domination ottomane, le contenu de l'autono-

Sur Phistoire des études turco-orientales en Roumanie, voir : Orientalistica romand,


Studil si articole de istorie 4, I (1956), p. 314 sq ; ¡don, Les rechei ches orientales en Rountanie,
Archly Orientalni 4, I, 1956. Sur Penseignement de la langue turque, voir I. Alatei, Notes
concernant l'enseignernenl des langues orientales dans les Pays Roumains, « Studia et Acta Ori-
entalia s, VVI (1967), p. 93-116; Sur la lingtustique, voir : VI. Drimba dans lorgu Iordan
(s. red.) Istoria linguistich romeinesti, Bucarest, 1978; Nadia Anghelescu, Vladimir Drimba, L.
Theban, Oriental Languages in Currents Ti ends in Romanian Linguistics, Revue Roum. Ling. *,
XXIII, 1-4, p. 481-501.

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3 DEBUTS DES ETUDES DE TURCOLOGIE EN ROUMANIE 101

mie et du statut privilégie des Pays rou mains, ainsi que d'autres probleines en
relation avec les ra,pports aNee la Porte ottomane et le regime politique de
dépendance envers les Tures etc. Beaucoup de details concernant ces relations
out leur point de depart dans les ouvrages de Dimitrie Cantemir qui, à ce qu'il
parait, sont aussi à, l'origine de certaines erreurs d'interprétation. Le problème
des vieux textes où l'on puisse trouver des explications sur le regime de la
domination ottornane a grandement preoccupé les historiens roumains, les
érudits des XVI(' XVIIIe siècles, les emnbattants rev olutionnaires des gene-
rations (le 1821 et 1848, les militants pour l'Union et l'Indépendance.

TENTATIVES IVORGANISATION DES AM:DINES DES ACTES 'rums DANS


LES PRINCIPAL:TES ROURA1NES

La nécessité de recueillir et mème de traduire et de fake impriiner


certains docutnents tures importants apparait it la fin du XVIII° siècle. Une
institution speciale, Logofelia obiceiurilor (Chancellerie des coutumes),
commence à, s'organiser en Valaehie à l'initiative de IenitichilA Vkarescu,
auteur lui-Meme d'une histoire de l'Empire ottoinan. Cantemir avait fait
accréditer l'information que les documents fondamentaux des relations
ntoldavo-turques avaient eté brûlés a,u cours de la campag.ne du roi polonais
Sobiecki, tandis que vers 1821 on agitait l'idée de falsification et de destruc-
tion de documents par les phanariotes. De toute favn, nons ne savons
sur de pareilles initiatives jusqu'au début du XIX ° siècle. Grigore IV Ghica
fait traduire de tels documents, en les assemblant dans un gros registre.
En Moldavie on a pris une initia,tive analogue au temps de Mihai Sturza.
Ces mesures étaient assez tardives et Wont pas eu des consequences impor-
tantes pour la recherche historique, et le liouv eau contenu des elal ions
avee la Porte d'après 1829 n'a pas constitué un encouragement pour conti-
nuer ces operations utileF,'.

L'IlISTOIRE DES TURt S DANS L'IIISTORIOGRAPHIE ROLMAINE ANIIENNE

Les premieres mentions sur les Turcs sont à trouver dans les eh roniques
slavo-rournaines du XVI° siècle. Dans la chronique de Macarie on donne des
informations sur l'Empire ottoman, qui ne sont pas en relation direct e avec
les Principautés roumaines. On y parle ainsi des campagnes de Selim I en
Perse, puis de la conquete de la Syrie, de la Palestine et de l'Egypte « que
les Turcs appellent Misir », et de Rhodos par Suleiman. Dans la chronique
serbo-moldave on essaie mème de p146sonter los étapes des conquètes otto-
mane,s et de l'avance des Turcs vors le Danube et l'histoire rouniaine dang
le contexte des relations turco-rournaiines.
L'investigation la plus poussee sur Phistoire des Turcs et des Tar-
tares se trouve dans les chapitres de la chronique do Grigore Ureche (autour
de 1645) (écrite en roumain) qui lui sont specialement conlacrés : « De l'em-
pire tartare et leur coutumes et de l'étendue du pays tartare » et o De l'em-
pire des Tures et de leur commencement et de leur ajout en quelle manière ilg
ont commence et se sont acerus et étendus à tant de grandeur et d'honneur
et de force ». Ainsi que l'a montre P. P. Panaitescu, ces deux chapitres (aingi

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102 4

que .d'autres passages), sont tributaires à l'Atlas et A, la cosmographie .de


Gerard. Mercator (G. Kremer, 1512-1594) qui sont parus en plusieurs edi-
tions 2.
Chez les chroniqueurs du XVIIIe siècle le niveau de la connaissance
en ce qui concerne les Turcs est géneralement en progres. Beaucoup d'entre
eux connaissent la langue turque bien qu'il y en ait tres peu qui aient
utilise d'une favn on d'une autre des sources turques. Nous avons évoqué
Nicolae Costin (1660-1712) qui dans « Letopisetul Tarli Moldovei » (An-
nales du Pays de Moldavie) introduit aussi de larges passages sur les peuples
voisins, tandis que la chronique de Nicolae Chiparissa en parlant de Faction
moldo-tartare du temps de Mihai Hacovitft contre les Autrichiens 1716-1717
a aussi connu, part Poriginal grec, une traduction en routnain et une autre
en langue turque 3, qui inet en lumière de posibles preoccupations du
prince rég,nant de faire de la publicité autour des actions qu.'il a dirigées, ce
quia eontribué au prolongement de son regne en Moldavie. Dans la chronique
de la famine Ghica, élaborée eu langue grecque par un Boumain qui lui est
favorable, sont reproduits même des documents turcs (suppliques h. la Porte),
part les nombreu.ses informations sur les rapports routnano-turcs au XVIII'
siècle4. Li chronique qu'on attribue à Enache Kogiilniceanu5 contient
beaucoup de details sur la vie à C'onstantinople, sur la fréquenee des voyag,es
dans la capitale de Pempire. Il est probable que Pauteur ait été, au service
des agents du Palma de AIoldavie auprès de la Porte. L'historiographie en
langme grecque de l'époque phanariote 6 comprend, en plus des chroniques
proprement dites, des mémoires ou des notes quotidiennes. Nous ne nous
proposons que de mentionner quelques-unes. « Les Ephemerides Daces »de
Chezarie Daponte pour les années 1736-1739 (publiées par Emile Legrand
en 1881) 'now; donne des details sur la guerre turco-austro-russe. L'auteur,
Chezarie (Constantin) Daponte (1714-1784) nous a aussi laissse une chro-
nique pour les années 1648-1704, toujours en langue grecque. La tra-
duction du titre est : « Histoire des evénements du temps de l'empire
sultan Mehinet lorsque le grand Kuprulu Mehniet pacha était grand vizir
jusqu'à Pempire du sultan Ahtnet, fils de ce sultan Mehmet, alors que le
grand vizir était Damat EIaasan paella ». L'histoire des Principautés danu-
biennes est encadrée dans les &Moments lies à l'Empire ottoman. Cons-
tantin Caragea est un a-utre memorialiste qui porte le titre de « ban » et
qui nous donne dans ses ephemerides » beaucoup de details sur la vie cons-
tantinopolitaine et sur son activité aux bureaux de presse des princes rég,-
nants de Jassy. Il y aura,ii à faire aussi mention d'une autre ehronique, celle
de Manolache Persian:), le « caminar », qui fait l'eloge de Nicolae Mavro-
particulièrement sur sa contribution à la guerre russo-turque (« Bref
expdsé des combats heroïques du très haut, tres pieux et vainqueur, notre
inaitre d.d. moi Nicolae Atavrogheni, 1786-1789 »).
2 Grigore Ureche, Letoptsetul rdrti Illoldovet, préf. par P P. Panaltescu, Bucarest, 1955,
p
1alcaut-4 flak, éd. Valenti \Taman, Saeculum 0, Iasi, 1977, p. 7-45.
3

4 Cionica Ghtettle>ttlor, éd. Nestor et Ariadna Camariano, Bucarest, 1965.


5 Pseudo-Enache Kogillniceanu, Lelopisetul 7ànt 3Ioldovet (1733 177J) in G10711Ci
310WOVCIIMI, ed A. Ilies si loan Ztneu, Bucarest, 1987, p. 25.
6 Bibliographic chez I Crilciun et A. flies, 1?epertortul manuscrtselor de croniet interne,
I3ucarest, 1963, p 441.

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5 DEBUTS DES ETUDES DE .TURCOLOGIE EN ROUMANIE 103

Nous Re mentionnons ici que quelques-unes des ehroniques dir


siècles écrites en roumain ou en give, surtout celles qui utilisent plus de
sources turques (partieulièrement des sources doeumentaires de l'époque) et
qui donneut des details sur l'Empire ottoman ou les relations turco-rouniaines.
L'historiographie de Transylvanie comprend elle aus:si d'importants-
ouvrages sur notre sujet, à savoir les trois historiographies nationales (rou-
maine, magyare, saxonne), quelle que soit la langue dans laquelle avaient
été &rites les hi stoi res respectives. Nous nous limitons à mentionner quelqu es-
unes. Les plus anciennes informations sur les Turcs sont à trouver chez
Captivus Septemcastrensis (environ 1422-1482), qui a engendré :Witte une
littérature. Ainsi qu'on le sait, l'auteur est tombé prisonnier chez les T111'CR
en 1432 et a écrit Tractatus de ritu, moribus, nequitia et multiplicatione
Turcorum » (1438-1458). On a fait plusieurs tentatives d'ident ifier l'auteur ;
parle entre autres des combats des Rouniains contre les Tures, nous donne.
des informations sur Vlad Dracul etc. La plupart des auteurs de Transyl-
vanie (surtout rnagyars) qui ont écrit sur les Turcs avaient accompli diffé-
rentes missions dans la capitale ottomane comme ambassadeurs, different&
emissaires ou agents du prince de Transylvanie. Certains d'entre cux con-
naissaient un peu de turc et avaient essayé d'apprendre cette league en
Transylvanie, où l'on sait qu'il y avait des écoles de la,ngues orientales (Ai
Oradea, par exemple).
Parini ceux-ci, il y aurait à mentionner Toma 13orsos (1566-1614) qui
écrit deux byres relatant ses deux voyages e, Constantinople comme &Ms-
saire du prince de Transylvanic, l'un en 1614 et en 1618-1620; ces deux
ouvrages ont été edit& plusieurs fois. Nihail Tholhodagi (environ 1580
1642) est un autre voyageur, conseiller de Glieorghe Racoczi, qui nous a1
laissé un journal sur sa mission dans la eapitale de l'Empire et les relations
gull en a faites au prince Gabriel Bet bien en 1627.
Les relations les plus importantes du XVII' sieele semblent être
celles de Iakob Nagy de Harsany. Le texte, rédigé en turc avec des caracteres
latins, et accompagné par une traduction en latin, a fait l'objet des recherehes
des turcologues inagyars G. Nemeth et G. Hazai. Le dernier, en 1973 a aussi
réédité le texte. L'auteur, né en 1615, a fait ses premières etudes au lycée
d'Oradea oe dans la premie,re moitié du XVII' siècle l'on avait organise des
cours de langues orientales (hébreu, arabe, turc) à 'Initiative et avec l'appui
des princes de Trans-ylvanie. Il entre d'abord en 1651 au service du wince de
Transylvanie, et puis on le trouve comme « Handelskorrespondent u. Diplomat »-
aupre,s du prince de Brandenbourg. Pendant 7 ans il se trouve dans différentes
villes de l'Empire ottoman ; en 1677 il est agent du prince de Transylvanie.
Sa description de l'Empire ottoman a été imprimee e, Kohl méme (au Bran-
denbourg) sous la forme d'un guide de conversation tu ice-latin. On y trouve
des scenes de voyage, des contacts avec les gens, la situation politique du
pays, les institutions etc. Il connait tres bien la situation des provin.ces
rountaines, ce qui est bien explicable car les trois agents se consultaient entre
eux dans beaucoup de problemes.
A. part les nombreuses mentions dans les ouvrages des historiens du
XVIII' siècle ou du début du XIXe, Phistoriographie roumaine de Tran-
sylvanie a conga un essai d'histoire de l'Empire ottoman. ail à Sarnuil Mica
(1754-1806) et Ioan Pivarn Molnar (1749-1812) écrit vers 1803.

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104 ION MATE'

PREUIERS ESSAIS WHISTOIRE liE L'EMPIRE OTrOMAN ECRITS PAR DES


ROUILIINS OU DAN'S LES PAYS ROURAINS

Le chronographe de Milian Moxa (1620) est considéré comme le pre-


mier essai d'histoire universelle écrit pour les Houma:ins, et aussi cornme une
des tentatives prioritaires de regarder la croissance de l'Ernpire ottoman
d'une manière évolutive. En cet ordre d'idées, on pent aussi mentionner les
essais d'histoire de la chute de Constantinople, qui sont à trouver en trois
variantes.
Le premier essai d'histoire ottomane écrit en roumain date d'environ
1655, et c'est une presentation en résumé, des biog,raphies de 29 sultans a.
partir de Osman I pour finir avec le regne de Mehmed IV (1648-1687). Cet
écrit, qui nous a éte conserve dans une copie faite par Andronic, le diacre
du st. Monastere Casin, a éte édité par N. Iorga 7.
En &Tit de l'espace restreint reserve par cet article aux debuts, cette
première histoire de l'Empire ottoman rédigée en rournain mérite notre
attention. N. Iorga qui a souligné qu'il West pas question d'une traduction,
mais de l'ceuvre d'un homme cultivé qui connaissait le grec et le slavon,
peut-être aussi le turc, remarquait aussi les qualités stylistiques du texte.
L'auteur, probablernent un Moldave, exprime pourtant sa sympathie pour les
actions de Michel le Brave et ses slice& dans les luttes contre les Turcs,8.
J'ajouterai un fait important pour un auteur qui écrivait au milieu du
XVIIe siecle : l'auteur a, dans une certaine mesure, la conscience de l'unité
des trois pays rountains tombes définitivement sous la doinination ottomane
dans la mérne période pendant le legue du sultan Suleirnan. « C'est alors
gulls ont soumis la Transylvanie, les Pays Boumains et la Moldavie ».
L'auteur presente brievetnent les différents sultans en rappelant leurs
qualites et leurs vices ou ineme leur aspect physique. Tel sultan était gras,
avec la peau blanche ((lu visage n.a.), un autre était pâle (jaune) cornme le
miel (n.a.).
Merne avant Cantemir on avait ressenti le besoin de savoir ce que
disaient les historiens turcs, car les informations que possedaient les Ron-
mains provenaient surtout de sources européennes, et on pent supposer
que Constantin Brancoveanu lisait ou avail; dans sa bibliothèque de tels
ouvrages. C'est pour cette raison qu'en 1704, done avant que le prince mol-
dave ait eu l'intention d'écrire l'histoire ottomane, Constantin _Brilncoveanu
faisait traduire en grec une de ces histoires en résumé, &rite par des Turcs
.(en langue turque).
C'est « L'histoire depuis le commenceinent des sultans de Turquie,
traduite du turc en langue grecque à Pordre de notre tres haut et tres
brillant prince et maitre de toute la Hongrovalachie, le prince loan Cons-
tantin Basarab Volvode, d'après la dictée de Bectas Divan Efendi, l'in-
7 N. lorga, S(udu $1 documente, vol IX, Bucarest, 1915, p 203
N lorga, biotin Itteratuni tornclnoli, I, II e ed., Bucarest, 1925, p 348. I:opinion de
N. lorga qui altribue cette hi1oire datant de cca .1655 au spathatre Ntcolae Milescu (lettré
moldave qui s'est mis au service,des agents valaches et moldaves it Constantinople, entré plus
tard au service dtt tzar de Itussie, comm pour la Description de son voyage 'en Chine) est par-
tagée par plusieurs chercheurs

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7 DEBUTS DES ETUDES DE TURCOLOGIE EN ROUMANIE -105

terprétation du gland prév6t sieur Matei de Hios, et la correction et le


soin de Mihai Vizantios, le grammarien. En l'année 1704, au mois d'aofit »9.
Dans cette bre,ve compilation historiqueirédigée en turc et par ordie
prineier traduite en grec, les références aux pays roumains sont peu nom-
breuses. A Istanbul existaient it la fin du XVII" sieele de nombreux
abrégés (idjmal) de Phistoire ottomane. Dimitrie Cantemir s'est aussi
fondé sur un tel ouvrag-e, un peu plus ample, dans « Istoria Imperiului
Otoman ». Pourtant il convient de signaler que dans cette brève histoire,
ottomane traduite en grec, les événements liés à la défaite tuique de 1673
et la défection du prince de Moldavie, Stefan Petriceieu, est &rite avec
des lettres en encl.° rouge. Il est connu qu'après cette défection la Porte
a nominé, pour la première fois, un Grec d'Istanboul apparenté aux Can-
tacouzènes du pays, mais il n'était ni boyard autochtone, ni proposé par
le pays. Probablement qu'il y avait eu des indications spéciales liées à un
événement aux consequences futures entrevues par les contemporains,
par Cantemir lui-même et par certains observateurs européens d'Istan,-
bull°.
La Bibliothèque de l'Aeadémie de la R. S. de Rounaanie possède
aussi d'autres fragments d'histoires de l'Empire ottoman en langue gree-
que et il serait nécessaire de les soumettre à Pétude afin d'établir det;
filiations avec des ouvrages similaires du début dal XIX' sièele.
Parmi les histoires des Tures rédigées dans les pays roumains on
trouve aussi Phistoire épisodique intitulée Chronique de l'expédition
des Turcs en Morée, 1715 », &rite en roumain et contenant des données
historiques et des informations sur les pays voisins. C'est N. Iorga qui l'a
rééditée, et il a identifié comme auteur un des agents qui avait accompagnié
les troupes et les chars d'aprovisionnement envoyés par le prince régnant
de la Valaehie, Stefan Cant acuzino, au camp turc, à savoir Constantin
Dichiti ". L'éditeur a comparé cette ehronique à celles que lui sont si-
milaires, comme par exemple le volumineux iappoit de Benjamin Brue,
et estime la version roumaine comme étant supérieure à beaueoup d'égards,
et c'est pour cette raison qu'il a fait aceompagner Pédition par une tra-
duction en frainais. Le texte est plein de mots tures, leur nombre (16-
passant tous les autres textes écrits en roumain à l'époque. On a dénombré
plus de 150 éléments d'origine turque, environ 2-3 fois plus que eeux
qui étaient attestés en roumain au début du siècle.
CANTEM1R, SON (ELATE ET SON ÉPOQUE

L'eeuvre de l'érudit prince de la Moldavie dépasse de loin tous les


essais et ouvrages de moindre étendue d'avant lui et longtemps après
sa disparition. En fait, beaueoup de ses ouvrages intéressent les kudos,
9 Le manuserit se trouve à la Bibliothèque de PAeadémie H S.R. (ms. grec 970); il a
80 feuillets 16 x 10,5 et aux f 1-2 il y a un pinax et une liste chronologique des sultans,
et depuis le f. 5 on trouve leurs biographies en partant de Soliman I jusqu'à Mehmet IV
(1648-1687).
I° Sur la portée de Pévenernent dans la conscience des contemporains, voir aussi
Constantiniu, De la Mihai VIteazul la fanariolz, SMIM, VIII, 1975, p. 130
11 Crontca expedzfiei turcrlor in Moreea 1715 (Chronique de Pexpédition des Turcs en
Morée 1715. Attribuée à Constantin Dioikétés et publiée par N. Iorga), XIV-107 p. ; 109-212
trad. en français.

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106 ION MATEI 8

turcologiques : La Description de la MoMaxie, les Evénements des Can-


taeuzène et des Brancoveanu etc. Dimitrie Canteinir se proposait d'éerire
aussi d'autres ouvrages importants : une histoire (politique), un autre
eoncernant le système de la religion et un autre sur le système des insti-
tutions ottomanes. M6me si ce n'est que ce dernier qui ait été perdu, ce
n'est que le Système de la religion mahométane qu'on a fait imprirner
flu vivant de Pauteur.
« Incrementa atque decrement a aulae othomanieae », c'est le titre
latin de la Mare histoire de l'Empire ottoman qui a paru en traduction
anglaise en 1734-5, suivie par des traductions en français et en allemand,
et puis aussi par d'autres en grec, bulgare, roumain et turf!. « Ineroyable
mais vrai », ainsi que le disait le turcologue allemand Fr. Babinger, qui a
fait des investigations sur les sources de l'histoire de Cantetnir, se réfé-
rant au fait que cet important ouvrage n'a, jarnais paru en latin, c'est-A,-
dire dans la langue dans laquelle il avait été écrit. Une simple comparaison
du texte latin qui se trouve A, la Bibliotheque (le l'Académie de la R. S.
de Roumanie, dans une copie d'après le MS. de Russie, montre certaines
différences par rapport aux traductions qui pourraient indiquer que
l'original se trouve ailleurs : Gr. Tocilescu a trouvé en Russie une copie
effectuée probablement par Bayer, qui avait préparé un texte en vue
de le faire imprimer. Une investigation a,pprofondie des manuscrits pour-
rait apporter des éclaircissements 12.
Les recherches effectuées jusqu'à ce jour sont arrivées à la conclu-
tion que le prince érudit a traduit une sorte de compilation en résumé
d'après des chroniques turques plus &endues Saadeddin, Pecevi, Neri et
alltres. Cet « idjmal » ou « synopsis » dont Cantemir nous dit qu'il appar-
tient it un certain Saadi de Larissa, s'est avéré assez médiocre, ce qui a
provoqué beaueoup d'observations critiques. Mais ce sont les notes de
Cantemir qui sont importantes, dépassant en volume le texte proprement
dit.
Cantemir a &fit son histoire vers 1718, et sa diffusion en Europe
est due pour une large part à son fils Antioh, ambassadeur de la Russie
Londres, et puis à Paris, qui a insisté pour la parution des éditions
anglaise et française.
La plupart des histoires avaient été écrites jusqu'alors par des
Européens, et Pon n'avait publié de la littérature historique ottomane
que les oeuvres de quelques ehroniqueurs. Dimitrie Cantemir, qui était
demeuré à Constantinople, élève et ami d'érudits tures, connaissait bien
l'histoire et toute la société turque, tout en étant en mkne temps un
prince ehrétien.

12 Les investigations entreprises dans les archives et les bibliothèques de PUBSS n'ont
pas conduit à la découverte de l'original de l'Histoire de l'Empire ottoman ; Virgil Gandea le
découvre en 1984 aux Etats Unis, dans la Bibliotheque Houghton de la Harvard University,
Cambridge, Nlass. L'événement a élé présenté par les revues i Magazin istoric s 1/1985 et o Ma-
nuscriptum a. La traduction et l'édition du manuscrit sont en cours Sur les traductions en
anglais, français et surtout allemand, voir St Lemny, Magazin istoric a, 11/1985, p. 27 Une
séléction des notes a éte éditée par Alexandru Dutu et Paul Cernovodeanu : DimitrieCantemir
Historian or South East European and Oriental Civilizations, AIESEE, 1973.

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a DEBUTS DES ETUDES DE TURCOLOGIE EN ROUMAN1E 107

L'importance de cette histoire ne dépasse la s settlement ce qu'on


avait écrit jusqu'alors chez nous, mais, à beaucoup d'égard, en Eutopo
méme, et c'est pour cette raison que nous nous limitons à soulignei. que
Pceuvre du prince Cantemir mériterait elle-mCme des etudes, spéciales.
« Le système de la religion mahometane » a paru en traduction russe
du vivant de l'auteur (1722) sur un ordre du tsar Pierre I qui est interVenu
afin de hIlter cette impression. Cet ouvrage de Cantemir a été, traduit
bulgare en 1805 et en roumain en 1977 (ed. V. Cilndea)13_

HISTORIES DES 'MRCS APRES CANTEIIIII

Au XVIIIe siècle on a fait de nombreuses tentatives d'ectire des


histoires de l'Empire ottoman en roumain ou en grec. « Les figures des
empereurs Lures écrites en bref de quelle maniè.re ils se sont suivis
l'un après l'autre, depuis le premier jusqu'à l'empereur de maintenant »,
c'est le titre d'une histoire des Turcs en langue roumaine, découvette par
Gh. Duzinchievici à la Bibliothèque Ossolineum de Lwow 14.
Le manuscrit roumain comprend l'histoire des sultanp, jusqu'en 1710
(elle s'ancele au temps du règne d'Ahmet III).
Le ms. grec 971 (Bibl. Acad. Roum.) comprend une histoire des sul-
tans qui commence avec le sultan Bayazid I et finit au début du règne
d'Ahmet III. Il sernble avoir une relation avec la source des deux histoires
antérieures.
Le ms. grec 1247 (Bibl. Acad. Bourn.) contient un ouvrage d'EV-
ghenios Voulgaris, « Catalogue généalogique des sultans ottomans ».
Plus proche comme facture des chronogTaphes que des histoires ci-
dessus citées, est la « Chronique byzantino-turque pour les années 34
1693 » (ms. g'rec. Acad. 1239).
En 1934, le professeur Victor Papacostea découvrait le rnanuscrit
« Les Vies des Sultans », un ouvrage inédit de Dionisie Fotino. Le maim-
scrit décrit comprend 90 p., et Victor Papacostea constate à Certains en-
droits une grande ressemblance avec « Les figures des empereurs turcs »
(voir ci-dessus) 15.
13 Dimitric Cantemir, Srstemul sau intocnurea religrei muhammedane Traductron, etude
*ntroductive et cornmentaires par Virgil Candea, Bucarest, 1977.
11 Gh. Duzinchievici, O !stone necunoscutd a imperiului turcesc in manuscris romrinesc,
i Rev. Ist. Rom. u, IV, 1934, p. 289-291 ; Victor Papacostea, O Istorte a turctlor in romaneste.
Note sur le manuscrit trouvé àla bibliothèque Ossolineum, * Rev. Ist. Rom. 0, VV I, 1935-36,
p. 393-399, en rendant compte de cet article, constatad une grande ressernblance du texte
de ce ms. avec celui de Dionisie Fotino *Les vies des sultans u (voir ei-dessous). L'écrit de
Fotino étant ultérieur, .on petit poser l'hypothèse d'une source commune, miltne si certains
chapitres de la *Vie des sultans 0 sont absents du manuscrit. Gh. Bogaci, Dinutrze Cantenur
inédtt, 4i Moldova socialista u, 1976, aug. 13, n° 188 attribue ce manuscrit ii Dinntrie Cantemir.
15 V. Papacostea, V Wile sultandor, scrtere medité a tut Monism Fotrno, *Rev. Ist.. Rom. u,
1V, 1934, p. 175-214. Voir aussi : Victor Papacostea, Civiliza/ta romclneasch si cuttlizatra bal-
canter, Bucarest, 1983, p. 431-462. En 1934 Victor Papacostea, presentait *Les \ ies des sul-
tans * par Dionisie Fotino qu'il considérait la quatrième tentative d'élaboration d'une Ilistoire
de l'Empire ottoman en terre roumaine ou par un roumain. Les reeherches ultérieures ont
conduit à la découverte de différentes histoires, de dimensions variées, traductions, conmila-
bons etc. en grec ou roumam, écrites jusqu'au début du )(Iv siècle, dans les trois' provin-
ces roumames, ce qui augmente considérablernent leur nombre.

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108 ION MATEI l

Nous avons rappelé que les représent ants de l'Ecole transylvaine


Samuil Micu et Ioan Pivatu Molnar avaient tenté d'éctire l'histoire de
l'Empire ottoman vers 1803.
L'histoire de l'Empire ottoman &rite par Ieníehiluí Vilciireseu est
relativement 16 plus developpée : « Histoire des tres puissants sultans
ottomans », élaborée veis la fin de la vie de l'auteur et demeurée inachevée.
L'auteur avait appris la langue turque vets 1764, lorsqu'il faisait
apprentissage aupres des ag,ents diplomatiques de la Valachie. C"est Halil
Hamid paeha, alors secretaire an service des agents, du prince à Istanbul
qui lui avait enseigné le turc. Plus tard, en 1781, lorsquecedernierdevient
grand vizir, étant consideré entume un des précurseurs des réfonnes dans
l'Empire ottoman IeniichitA adresse des louanges son savant
maitre promu fa magistrature supreme. Au moins chronologiquement,
Viletrescu avait Pintention de miAer l'histoire des sultans au reg,nes des
princes roumains. Mais, hormis de les mentionner tout en commettant
beaucoup d'erreurs, l'auteur parle bien peu de leurs actions. Mais il s'étend
largement sur le si-disant « traité » conelu en 1418 entre Mehmet Jet le
volvode Mircea le Grand, en spécifiant les priviléges du pays. Dorénavant,
l'auteur évite d'évoquer tout mouvement antiottoman (tildes Houmains
auraient participé, pour conclure tacitement que les relations roumano-
turques avaient un caractère plus ou moins linéaire, étant établies sur
base d'un traité conch' à l'amiable, et non par la force des armes. Naturel-
lement, cette manière d'écrire l'histoire n'est pas convaineante, maisIeniti-
chiVA VAcilreseu trouvait nécessaire de fixer la date de Pétablissement de
la suzeraineté ottomane et celle de la première capitulation de la Valachie,
vu que Dimitrie Ca,ntemir ne parlait dans ses ouvrages que des relations
turco-moldaves.
Pour conclure, on pent dire que ces histoires de l'Empire ottoman,
méme s'il y en avait d' importantes et d'assez étendues, n'ont connu qu'une
circulation manuscrite et n'ont pas 60 aehevées, à l'exception de
l'ceuvre de Cantemir qui a connu une large diffusion. Presque toutes ont
échoué dans leur tentative d'insérer Phistoire roumaine dans l'ensemble
des évén.ernents qui concernent l'Empire ottoman, hormis des souvenirs
Sur les « vieux traités » avec la Porte. Il demeure toutefois certain que
les 10 tentatives (ou plus) d'écrire ou de traduire des histoires ottomaRes
attestent l'intérêt qu'on a porté à ce sujet, jusqu'à rceuvre Mare de
N. Iorga.
Elles passent de la simple nécessité de connaissance de l'histoire de l'Em-
pire ottoman à la présentation des rapports roumano-tures, de la situation
spéciale des pays roumains dans leurs rapports avec la Porte ottomane.
250 ANS DEPUIS LES PREMIERS COURS DE LANGUE TURQUE
ORGANISEE PAR LES ACADEMIES PRINCIERES
Les conditions qui rendaient nécessaire la connaissance de la langue
turque, surtout sous sa forme &rite, ont été analysées dans des études
16 !stone a pica pulermcdor Impürall othomani (L'histoire des tout-puissants empereurs
ottomans) a &le publiée pour la première fois in Tesaur de monumente istortce pentru Romdnia,
tome IL 1863 par Al Paptu-Ilarian. Une édition récente in Poctli Vdcdroti. Opere, Bucarest,
1982 (éd Gomel Cirstoiu) Sur cette édition voir nos observations dans un article sur l'ceuvre
histonque de lanache Vacdrescu a paraitre dans RESEE.

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DEBUTS DES ETUDES DE TURCOLOGIE EN ROUMANIE 109

spéciales. Dans « La description de la Valachie »,Mihai Cantacuzino parle


de l'organisation par Grigore Ghica pendant son règne valaque d'entre
1735-1741 de cours de langue turque par les soi-disant « écoles turques »
dans le cadre des Academies princières. Meme si nous avons des informa-
tions sporadiques sur des initiatives ultérieures, on ne pent parler d'une
continuité car nous rnanquons de données. On ne connait le nom d'aucun
professeur de langue turque aux Academies princières de Jassy el de
Bucarest. 11 y a toutefois un inventaire lelativement riche de différentes
granunaires, dictionnaires, fragments etc., ayant appartenu à ces ecoles,
ce qui nous fait penser que l'enseignement de la langue 'argue et de
Parabe a existé au moins pendant certaines péliodes de XVIII' siècle et
du début du XIXe. Les historiens d'études mientales et de turcologie
consideraient ces jeunes de langue »17 « Sprachknaben » etc., cornme une
ètape importante des débuts de ces etudes. Il y avait dqs, écoles organisées
dans les grandS Etats, mais aussi à Constantinople, on les jeunes gens se
familiarisaient avec la langue turque osmane ecrite, en ayant aussi l'oc-
casion de satisfaire leur désir de connaitre des écrits historiques, ou litté-
rakes dans cette langue.
Des le XVIe siècle les Principautés roumaines- entretenaient des
agences dans la capitale de l'Empire, chargées de multiples tAches. Au
XVIIIe siècle leur nombre avait augmenté, ainsi que celui du personnel
auxiliaire qui s'occupait de traductions et de chancellerie, de services de
presse etc 18-

INITIATIVES ECII01111:ES : ÉCOLES DE LANGUE TURQUE AG a SERAIL DE LA


VALACIIIE WISTANHUL

Par un « pitac » (ordre), Nicolae Mavrogheni fait nomtner un conseil


pour administrer une école de langue turque qui devait fonctionner au
« Serail de la Valachie (Vlah Saray) d'Istanbul.
Cette decision est contemporaine aux autres initiatives similaires
prises par de grands Rtats qui avaient de l'experience dans l'organisation
de telles écoles (France, Prusse, Pologne etc.). Certains historiens roumains ne
trouvent d'autres explications à ce « pitac » princier que la turcophilie du
prince Mavrogheni. Mais le probleme est beaucoup plus complexe car cette
initiative repondait à des besoins qu'on avait ressentis depuis longtemps

17 L'Ecole des `Jeunes de Langues' a été établie en 1661 à l'Ambassade de France. A


Venise il y .avalt une école de ce genre depuis 1638, H. Mantran, Istanbul ... p 78, note 2.
18 Les ambassadeurs européens A Istanbul avaient des dtl oglan'i, parfois des habitants,
qui passaient du service d'une ambassade A un autre Ainsi le di] oglan de l'ambassade an-
glaise entrait au service de Constantin Mavrocordat (Hurmuzaki, Documente XIV, p. 171). A
Istanboul 11 y avait trop peu de connaisseurs de langues étrangéres. En 1788 l'agent valaque
de Nicolas Mavrogheni A la Porte informait Reis efendi sur les difficultés de trouver A Istan-
bul ou dans les pays roumains des connaisseurs de langues étrangéres (Hurmuzaki, Documente
XV, p. III, p. 261). Les princes roumains avaient eu aussi de différents capiolani* récrutés
parmi les Grecs, Valaques ou Moldaves. Parmi ces i( capiolani* grecs, mats aussi valaques ou
inoldaves, est atteste un certain Gheorghe nolban mort à Constantinople et enterré dans une
église de Kourou Tcheshmé en 1785, qui avait été basche capiolan (N Iorga, Studti qz do-
cumente, V, p.,65, XXII, 391,402; Uncar, IV, 164 VI).

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110 101,1 MATEI 12

avant et méme après le règne de ce voievode 19. On le retrouve dans les


petitions des boyards roumains en 1822 2°, dans des projets de reorgani-
sation de Penseignement entames en 1847 et continues après la revolution
de 1848 par Stirbey Voda et, en d'autres conditions, cette initiative per-
siste encore beaucoup plus tard. Ce qu'on n'a pu obtenir par Porganisation
d'une école, a été obtenu par une assistance limitée, individuelle.

PREOCCUPATIONS LANGUE TURQUE. TEXTES IPINTERET DIDACTIQUE


Si HOUR n'avons pas d'attestations sur des professeurs de langue
turque aux Academies princières, nous avons de nombreux textes manu-
scrits de dimensions variables, dont certains ont indubitablement appar-
tenu à ces écoles et qui temoignent d'un effort d'apprendre le tare. Par
ailleurs, on possede l'attestation de noms de Turcs qui donnaient des
leçons de langue turque &rite. Il y a méme une sorte de centres : Giurgiu,
Hotin surtout, ainsi que des COUPS de langues orientales à Oradea au
XVIII siècle. Par exemple, h G-iurgiu, vers 1759/60 (année de l'hégire
1173) un certain Molla Ibrahim Sandjakdar de Roustchouk donnait dea
leçons de Lure emit à Constantin Palade, que nous retrouvons vers la fin
du siècle au service des agents du prince 21. Mais, ainsi qu'on l'a sou-
ligne, la preuve péremptoire demeure Pexistence d'un grand nombre de
textes à caractère didactique 22 qu'on pourrait classifier selon la langue
dans laquelle ils ont été écrits : 1) Textes roumano-turcs ; 2) textes gre-
co-turcs ; 3) textes turcs. La premiere categoric comprend deux dictionnaires
de Ienhchith Vhch'rescu, un manuel de conversation traduit d'après
celui de Holdermann de 1730 23, et différents fragments de ce genre. Le
chapitre le plus fourni est celui des textes gréco-turcs. Il y a quelques
dictionnaires en manuscrit entre 100 et 264 pages appartenant au College
Sf. Saya (provenant de la bibliotheque des anciennes academies princières)
(ms. grec 167, 204, 163,165, 166, 607 etc.). D'autres contiennent des copies
de grammaires gréco-turques ou des fragments de manuels de
conversation (ms. grec 1441).
En dehors de nombreux fragments de dictionnaires, on trouve parmi
les textes tuxes de la Bibliotheque de l'Académie des abécédaires et des
grammaires 24.
13 Voir a ce sujet notre article _Notes concernant VenseIgnement des langues orientales
dans les Pays Roumarns, in 4 studia et Acta Orientalia VVI, Bucarest, 1967, p. 104.
20 Les boyards rnoldaves demandatent dans une mémoire de 1821 que tous les repré-
sentants des princes regnant aux frontieres avec PEmpire ottoman soient élus parmi les Rou-
mains et que trois hodja soient envoyés aux écoles princières pour enseigner aux autochtones
la langue du tout-puissant Etat (V. A Urechia, Istoria Romeintlor XIII, p. 181-182 Voir
aussi notre article passim.
21 I Matei, art. cit., p. 102.
22 Presentation complete dans notre communication au Ile Congres international de
turcologie, Istanbul, 1976
23 Pour la grammaire de Holdermann voir Cavid Orhan Tutengil, 1730' lar Taricceszne
tavasklik eden bfr yapit (Un ouvrage qui atteste le turc de 1730), T. D., 26, 31, 1975, P-
88-90
24 Au sujet des livres en arabe et en turc imprimes dans les pays roumains, voir I Matei,
passim. Sur la typographic grecque de Bucarest qui imprimait des livres pour Caramanli,
o gagautzii et un livre aux dialogues ladles, voir aussi N. Iorga, Islam Ronidnilor, VII,
p. 217 et C. C. Giurescu, Livres lures imprirnés à Bucarest, in s Rev. 1st. Rom. *, XV (1945), p.
275-286.

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13 DEBUTS DES ETUDES DE TURCOLOGIE EN BOUMANIE 111

Tout ceci nous autorise à considérer qu'à l'époque les préoccupations


d'apprendre le turc étaient assez vives, tant dans le cadre de l'Acadérnie
qu'en dehors.
*
Nous arrêtons Et notre recherche sur les débuts des etudes concer-
n.ant l'histoire de l'Empire ottoman et l'enseignement de la langue turque
au.x commencements du XIXe siècle en Romnanie. L'époque moderne a
soulevé de nouvelles tAches et préoccupations et partant des solutions
différentes. Il s'agit done d'un nouveau chapitre qui commence et dont
nous nous occuperons ailleurs.

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OTTOMAN DOCUMENTS CONCERNING THE
WALLACHIAN SALT
IN THE PORTS ON THE LOWER DANUBE
IN THE SECOND HALF
OF THE SIXTEENTH CENTURY
MII-IAI MAXIM

It is a well-known fact that salt, one of the basic foodstuffs within


medieval economy, the indispensable "white gold"*, was one of the greatest
natural resources of the Romanian Principalities throughout their history.
As for the Wallachian salt in the Middle Ages, Romanian researchers
evinced the methods of exploitation employed 1, the routes and transport2,
as well as the export of this commodity to the Balkan Peninsula3.
For the jurisdiction of the Wallachian salt in the Danubian ports,
our fundamental source consists in the official Ottoman kettrans and kti-
ninndmes concerning the Danubian ports included in the Ottoman Em-
pire, which lay along the Wallachian border such as Tulcea, Isaccea,
Flirsova, Silistra, Nikopol, Giurgiu, Rusguk, Turnu (Mti-
gurele), Vidin, Cladova (Feth-i Islam), Orova4. For the 16th century,
such laws have already been published (according to the Istanbul, Ankara,
Paris and Sofia manuscripts) by Joseph von Hammer 5, Hadiye Miner 8.,
Irène Beldiceanu-Steinherr and Nicoara Beldiceanu 7, Liitfi Guçer 8,
* See, e g S. A. M Adshead, Un cycle bureaucratique l'admintstration du sel en Orient
el en Occident, "Annales E S.C.", 38e année, 2/1983, pp 221-23; Jean Claude-Hocquet, Le
sel el le pouvoir. De l'an mil à la Revolution fran§aise, Paris, 1984, etc.
I Aurora Die, Still in legaturei cu exploatarca saw in Tara Ronnineascii pind In veacul
al XVIII-lea, "Studii i materiale de istorie medie", I, Bucuresti, 1956, pp 155-197.
2 Eadem, Drumurile si tran.sportul sarit in Tara Romtineased (secolele XVXIX),
"Studii si materiale de istorie medie", VII, 1974, pp. 223-242.
3 Dinu C. Giurescu, Ob eksporte soli iz rumynskih gosudarstv na balkanskij poluostrov pri
feodalizme, "R E.S.E.E.", I (1964), 3-4, pp. 421-462.
4 For the Romanian ports under the Ottoman administration, see Mihai Maxim, Teritorii
ronninoli sub administratie otomand in secolul al X VI-lea, "Revista de istorie", t. 36, 8/1983,
pp. 802-817 and 9/1983, pp. 879-890
6 J. von Hammer, Das osmanzsche Rezchs Staalsverfassung und Staalverivaltung, I, Wien,
1815, pp. 290-293, 305-307, 313-317
6 Hadiye Tunçer, Osmanli Imparatorluf-junda toprak huLuku, arazi kanunlari ve kanun
avklamalari, Ankara, 1962, pp. 141-143 (for Giurgiu and oth. : 1520).
7 Irene Beldiceanu-Steinherr, Nicoaril Beldiceanu, Acte du régne de Selim I concernant
guelques échelles danubiennes de Valactize, de Bulgarie et de Dobroudja, "Sudost-Forschungen"
Bd. XXIII, Munchen, 1964, pp. 91-115 (act of 1520).
8 Ltitfi Giieer, XVXVII aszrlarda Osmanli ImparatorluOnda Tuz Inhisarz ve Tuz-
lalarzn 1.Ietme Nizamz, "Istanbul Universitesi Iktisat Fakultesi Mecmuasi", vol. 23, 1-2
(1962-1963), pp. 113-118 (some new kdriewndmes concerning Silistra, Nikopol and Vidin
"in the time of Mehmed III"; see infra, note 12).

Rev. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 2, p. 113-122, Bucarest, 1988

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114 MjF11 MAXIM 2

Bistra Cvetkova 9, DuAanka 13ojanie-Lukae 10, Mihnea, I3erindei, Marielle


Kalus-Martin and Gilles Veinstein11. These documents refer to various
taxes for several commodities brought in, sold or transited through the
Danube ports. Among the exported goods, as was the case with the Wal-
lachian cattle (especially sheep and grain), the Wallachian salt occupied
an important place ; furthermore, special codes of regulations for salt
(kaniinname-i ) were issued by the authorities in Istanbul.
Three of these lainfinnAmes, i.e. for the ports (iskele ) of Silistra,
Turnu (IIol,ìik, Holoimik ) and Vidin, dated to the last quarter of the
16th century 12, were published by Lan Guçer in 1963, as part of this
study concerning salt monopoly (tuz, inhisan ) and the performance of
the tuzla system in the Otoman Empire in the 15th and 17th centuries.
In the same the author referred for the first time to the r6gime of
the Wallachianwork'
sa1t imported by the Ottomans 13. This legitime was again
described in 1967, relying on some new Turkish laws, found in the Sofia
and Paris archives by late Bistra Cvetkova, in her contribution The régime
of economic exchange between 'northern and southern Danubian territ(wies
in the sixteenth century (in : Relaf ii romeino-bulgare de-a lungul veaeurilor.
Sec. Bucharest, 1971, pp. 117-121)14.
The airn of this paper is to present some new Turkkh documents
preserved in the Basbakanla A r,s-ivi in Istanbul, concerning the jurisdiction
of the Wallachian salt in the Danubian ports in the second half of the
16th century and the expott of salt made by Wallachian Princes to the
Ottoman Empire during the same period.
Primarily, our attention focussed on a document existing in a Regis-
ter of orders (Ahham Dafteri ) of the Divm-i HumAiyttn of 26 Safer 980/8
July 1572 15 This is a hicktim, adressed to Alexamdru II Mircea, the Prince
of Wallachia (June 1568 April 1574; May 1574 September 1577),
Bistra CvetkoN a, VIC c.conomique des miles el polis balkamques out XV e el XlVe siecle.s,
4`11e.vue des Eludes Islamiques", t. XXXVII 1/2, Paris, 1970, pp 267-355 ; eadem, Nepraen
osmanski zakonoclatelcri parnelnik za Vidiriskija sanfak, "Izvestua na InIgarskoto istorlì.:eslco
drOestvo", XXVII, Sofia, 1970, pp. 337-358 and in Turski lzvori, t III, (Sofia, 1972), for
Vidin, 1342 , cadem, Aeles concernant la vie éconornique des vi/les el ports balkaniques atia
el XVI sil'eles, "11 I-F. I.", XL/2, Paris, 1972,,pp. 345-392 (Vidin-1542 and 1586, Nikopol,
Rahova and litisçuk-1579).
10 I) Bojaine-Lukae, Turski zakoni i zakonski proms, iz XV i XVI ocka za Smedercvsku,
Kracvalai i Vidinsku oblast, Beograd, 1974. pp 68-69 (Vidin-1586); cadent, Vidin i Vidins-
kuat sancHak pie: 15 16 vek, dokumenti of arhunle ¡la Carigrad i Ankara, Sofia, 1975, pp.
161-185 (Vidin-1560)
11 Milmea Berindcl, Marlette Kalus-Martm, Cilles \ einstem, Aeles de Itlurad III sur .la
Huron de Vrclin el remarques sur les qiinan ottomans, "Sticlosl-Forschungen", Bd. XXXX/1976,
pp 11-18 (Feth-r Islam Cladova, Orsova and Vidin-1586)
12 The author dated these laws to the time of Mehmed III (1595-16(13) Now we can
say more safely that kariarincinic-r iskele-i Silisfre dates back to 1597-1598 (cf. M. Be-
rindei, G Veinstein, Reqlements fiscaux el fis«ilite de la province de Bender-Aqkerman, 1,570
"Gahiers du monde russe et soviétique", XXII, 1981, nos. 2-3, p 253) and kanfinneime-i
iskele-i Vidal is uf 1586 (cf 13 (Ivetkova, Ades, p 365 1) Bmaine - Lukae, Turski
zakoni, pp 68-69; M Berindel. M. Kalus-Martin, G Veinstein. op. eit , pp 56-58)
14 See above, note 8.
14 See also Bistrit Cvetkova, Le régrrne de certains polis dans les ferres balkaniques aux
XV e el XVI siècic, Revue d'Histoire Economique et Sociale", vol. XLV, 1967, no 1, pp.
35-39.
Basbakanlik Arsivi, Istanbul, KPT (Kepeci Tasnifi), 67/7, Divein-t Humilyrin Ahk0rn
Deflert, p. 197.

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3 WALLACHTAN SALT IN 111H poRts ON THE LOWER DANUBE 115

by which the Porte reminded the Prince of this pledge to pay the debts
of the late voivode Petra ce! Thrill. (Peter the Young, September 1559
June 1568) and asked Prince Alexandra, his succesor, to return (i.e. to
deliver himself to Ottoman authorities) the value of the goods owned by
Petru and his mother Domita (i.e. Doamna Chiajna Despina, the eldest
daughter of famous Petra Rare*, Prince of Moldavia during the reign_
of Siileyman the Magnificent). Among these goods in Vidin ( nefs-i Vidin ),
there were some 19.550 ducats (sikke ) taken by Prince Petru and
his mother from Hriseyin, the miiltezim of Vidin iskelesi "from State
money, for the price of salt" (mirI akseden tuz bahast ). The docu-
ment mentions that Petru's successor had sent to the Porte, through mu-
kata'at ndzirt Çavus, some 301,600 akves (i.e. 5,026 film* ), but there
was still a debt of 14,524 filorfs, demanded by the Porte, to be sent as
quickly as possible.
Thus, Peter the Young had taken in advance an important amount
of a about 20,000 gold pieces from the Ottoman mUltezim of Vidin, on
account of salt. This was no-unusual procedure : sheep 16 and other com-
modities for Istanbul were also paid for in advance. This document pro-
vides as well a clear idea about the important incomes of Wallachian
princes as a result of salt delivery to the Ottoman Empire ; it is interesting
to notice here that in 1572 the Porte, after Lepanto, was not interested
in recuperating Wallachian salt, but in recovering the gold money, at a
time when state expenses had increased by some millions of gold pieces and
the Otoman silver coin-akve was continuously depreciating.
Four years later, the above-cited fermi"' n of Selim II was not yet
enforced. So, in a Register of financial orders (Maliye Ahketm liefteri),
I have found a new/Mini of Cemaziulan. 987/11 June 1576 adressed
to the same voivode Alexandra Mircea which mentioned that to that
day only 7,534 altuns had been paid (i.e. only some 2,328 gold pieces
during four years !) and that the rest of 12,196 altuns was still to be paid. 17
In the au.tumn of 1576, the situation was unchanged's. A new
hiikim 19 of 28 CemaziulAn. 984/22 September 1576, that is three months
later, reminded the Prince of Wallachia of this obligation of paying the
remainder of the debts from the goods (esbdb ) of the late Petru, "who
rebelled (is.yern, eden ), namely 12,000 gold pieces (altun ), and also 4,000
altuns from the price of salt (milh bahastudan )". The document makes
no mention of the nature of the goods Petra possessed and which were
confiscated on formal accusation of revolt against the Sultan, although
Petru arrived in 1568 in Istanbul and died after a short time-period in
siirgiin at Aleppo and Konya 20; according to this accusation, his buried
16 Mihai Maxim, Culegere de texte otomane, Bucuresti, 1974, doc. 13, pp. 58-62
17 Basbakanlik Arivi, Maleye Alikdrn Dellere, no 7534, p. 233 b.
16 Basbakanlik Arsivi, Maleye Ahkdrn Delicti, no 7534, p. 1004, doc. of 9 Receb 984/2
October 1576 and p. 1829, doc. of 5 Recd.) 984/28 September 1576
19 Basbakanlik Arsivi, Mobile Ahledm Defteri, no. 7534, p. 959.
20 Petru died on August 19, 1569 at Konya (N. Iorga, Morminiul lui Petru Vodd Mtreea,
"Revista istoricV, X, 1924, no. 7-9, p. 180). For his surgun, see Babakan1ikArivi, Mulumme
Deflere, vol. 7, p. 659, doc. 1831 of 7 Safer 976/1 August 1568 : tbedem, doc. 1832; ibidem, p.
664, doc. 1845 of 9 Safer 976/2 August 1568; Muhtrnme Defteri, no. 43, p. 252, doc. 470 of 12
Safer 988/29 March 1580 (in Aleppo, Wallachian and Moldavian Princes resided in Yenilusar ).

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116 MIHAI MAXIM 4

goods were sought for at liuquk, on the Ottoman territory, in October


1568 21 .
lint as far as the money for salt was concerned, the above-mentioned
document indicates that the amount had been summed up by 'le,r1;as,
Nahum(' (Cerke.v Mob mud tahvilinden ). Since this person is different
from flitseyin, ntialezim. of Vidin, we can conclude that Petru had taken
: o °s. . ,
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liASBAKANLIK AlISIVI. Ist inbul, Mange Aliktim Derleri (Register of financial orders), no
7534, p. 959, command (lutkritn ) of 28 CeinariulAhir 984/22 September 1576, addressed by the
Sultan to the Prince of Wallachia, reminding him a remainder of debt of some 4000 gold pieces
"from the price of salt".

" Basbakanlik Ar.ivi, Mulunwle D.flei z, vol. 7, p. 866, command (Mika:7) Of 26 Ce-
mazitilevvel 976 27 October 1568.

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5 WALLACHTAN SALT IN THE PORTS ON THE LOWER DANUBE 117

a large amount of money on account of the salt from different Ottoman


authorities at the Danube.
A. glimpse of the proportions of the WalLachlan export, lo the 010-
man lands may be found in another important Turkish document, na-
mely, a Registry copy of Sultan Murad Ill's command, issued on 29
CernazitilAir 987/23 September 1576 22 ; this time, the Porte demanded
the kadi of Nikopol ti) pay from the mukata'a on the spot t he money
owed to the Prince of Wallachia, "as price of 5,000 carts of salt (bes bin
araba tuzun bahast )", sent by the late varode of P.:flak, Pettit the
-Young,. So, we liare a new proof that the Wallaehian Princes sold salt in
various Danube ports and in very large quantities too : on the other hand,
as we liare seen, the Ottoman Ntate was indebted to the Wallaehian Princes
too. In fact, 8 years after the death of the 20-years-old delicate Pettit,
led by energetic Domna, both Walla,chia and the Ottoman Empire were
still debtors as a consequence of the busy trade in salt.
Nevertherless, Prince Alexandtu himself was involved in this trade.
According, to a document of 8 Cemazitalur 981/5 September 1573,
existing in a ilithimme Defteri (Register of Important Affairs), the kadi
of Vara was asked to investig,ate the case of some emins (port-inten-
dants) and amils (administrators) of the Danubian ports, who after takimt
salt from the Wallachian Prince, "when this detnands his money, they
do not pay in cash, in compliance With the old custom, but bad-quality
cloth and several other thimts (bazi adet-i kadime uzere bahasin taleb
eyledakde va/cid akve virmeyab çürük Quka ve bazz esbab )" 23 So,
the Sultan, ordered to the kadi to abide by the old law so as to prevent
any future payments of the Wallachian salt by means other than in
'cash.
But under what conditions was the Wallachian salt exported through
Danubian ports and sold to the Ottomans?
In this tespect, we can find information in the above-mentioned
mes, especially in the kaniinnd mes concerning- salt (kd n(n me-i
milh ), published by Ltitfi Gtivr and Bistra Cvetkova, as well in three
ktiniinnames included in the Tahrir Ddteri, no. 370, undated, but coining
probably from the time of Suleyman. Kanuni and kept in the Basbakanla
Ansivi in Istanbul and as we know unpublished to this day. Namely,
they are a kaniinname-i iskele-i Nigbolu (concerning Nikopol), a kaniin
vdme-i Holobnik (concerning Turnu, on the Romanian bank of
the Danube) and a kaniinnante-i mageriyye (concerning the tax of mage-
riyye, )24. We would like to explain in advance that as concern:, their stipu-
lations on the nature and quantum of different customs dues and other
taxes to be levied on the Wallachian salt as well as their general features,
these Li n anndmes were only negligibly deviating from the laws published
by B. Cvetkova and L. Giiçer for the 1520-1598 years. This item is

22 Basbakanlik miri, illaliye Altlatin Deflert, no. 7534, p. 1828.


23 Ba}bakanlik Arivi, Muhimme Deflei t, vol 23, p. 30, doc 63.
24 BaOakanlik Aiivi, Tahrtr Dellei 1, no. 370, p. 503-504 (Der beydn lednanname-i
iskele-i Nigbolu ; Der beydn kditanneirne-t magertyye), p. 504 (Der began kdrul nndme-i tskele-i
flolobntk ).

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118 MIHAI NIA x1M

quite natural : such regulations were fairly stable ; and even after the great
official depreciation of the ak9e in 1584-1586, with a new rate of exchange,
we find the same quantum of taxes in the kan an n aine published by L. G4er.
The above-mentioned kan am al me concerning the port of Nikopol,
like other laws, contains stipulations referring also to other Wallachian
commodities exported to the Ottoman lands (knives, sheep, cattle, horses,
fish, etc.), but it is most telling th«t the first paragraph refers to the salt
coming from the Wallachian principality, which explains by itself the pre-
ponderence of salt and sheep in the Wallachian exports 25, and why these
kantinnetntes, adressed to the Ottoman, officers at the Danubian ports, always-
begin with salt regulations.
Here are just those excerpts horn kaniimname-i iskele-i
dated to the time of Kanuni, which refer to the Wallachian salt
"Eflak tarafindan gelon tuzun her yilz paresinden on paresi Ingle
asajja varilub ve Mkt halan doksan ktt'a tuzuna deîiii °tuna, bir yerde
cem' olub her yiiz paresine yiiz on bes akse hesab kty met virilub ve mezkiir
on kit'a milfte tuzun dahi deirt paresi gtimriik i9urt ve U9 kit'ast vozariyye
diyit yaztlub ntsf Hassa-i 11111114On i9u n zabt °lunar ve 'asp') akin vozarlara
virilub ve bakt ¡calan ii9 kit'a biz Eflak canibinden ratite diyil alinur her
paresiae birer ak9e hesab tizere Efletk vamecilerine kiy met virilub itslitb-u
ntezlotir itzere iskele emini olantn defteriae kayld oluna ve zikr olan milk
her paresi ikiser akse itzere ellere sattlub ."
"From each MO boulden (pare) of salt coining from Wallachia,
10 boulders are taken apart as ntitfte ("free of charge") and the rest of
90 boulders, if ;_,Yood, are brought together. And for each 100 boulders
115 aspers are given (to owners). And from 10 boulders as mgte, 4 boul-
ders are written for giintritk (the Ottoman customs MAL) and 3 boul-
ders as vozariyye (for the vozars transporting commodities on the
Danube ) 26, half of which is taken for the Imperial Palace (Hassa-i
humaran ), and another half is given to the vozars ; and the remainder 3
boulders are taken by Wallachia as custom-tax (in Romanian : vama-
"customs" M.M.), giving to the Wallachian customs officers (vame-
ciler ), 1 asper for each boulder ; the above-mentioned salt amount is
thus written in the def ter of the e min of the port and (then) it is sold
by 2 aspers per boulder".
The kaninname for Turnu (iskele-i Holobnik ) mentions that "from
each cart (araba) of salt coming from Wallachia (Eflak ) a 2-asper-
worth boulder (pare) of salt is taken :
"Eflak ilinden tuz gelse ka9 araba tuz geliirse arabadan iki ak9e de?jer
bir pare tuz altnur. ."
The kt1 tranname-i mageriyye gives information about the tax of
mageriyye 27 levied on salt, but also on cattle, horses, wine, fish and other
25 See also Dinu C Giurescu, Relafule economice ale Tdrii Romdne.5ti cu Petunsulei
Balcanice din secolul al XIV-lea pind la mi./local secolului al XVI-lea, "Romanoslavica", XI
(lstorie), Bucuresti, 1965, p. 183.
26 N. Beldiceanu, Le vozarlig une institution ponto-danubienne, "Sudost-Forschungen",
Bd. XXXII (1973), pp. 73-90. According to B. Cvetkova (Le regime de certains ports, p.
37, n. 30), vozarlik was a tax for viziers (in Turkish : vuzerd).
27 M. Beriodei, M. Kalus-Martin, G. Veinstein, op. cit., pp. 38-41 and 53-55 (for the
bibliography, see especially p. 39, n. 153).

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WALLACHIAN SALT IN THE PORTS OH TI-LE LOWER DANTJIIC 119

commodities, as we know from the remainder of the document and from


other documents, especially from regrulations published by M. Berindei,
M. Kalus-Martin and G. Veinstein :
"Mageriyye puna dirler ki Holobnik ktt'asi, bniinde bir genii kay
araba tuz alursa gemiden gemiye pir para tuz &rinr anima bir himsenin
bir mikdar tuzu olsa yeniye ( ?) koyub berm yakaya geviirse ol tu z bes ara-
bailan eksik olsa mageriyye alininaz anb»ba bes araba olsa alinur..."
"Mageriyye is this : they say how many carts of salt takes a ship
in the front of Turnu (Holobnik ), a boulder of salt is taken from each
ship, but if someone has some quantity of salt, (this salt) is put again and
if (the ship) passes to this (i.e. Ottoman KM.) bank (of the Danube)
they do not take mageriyye (in case that she) has less than 5 carts ; but
if (she) has more than 5 carts, they do".
From these sentences and by comparison with the following; stipu-
lations about the mageriyye levied on fish and sheep in the same kaniin-
-name, we can say that the mageriyye tax was levied on salt unloaded at
the iskeles for ships (one boulder per araba) and for crossing the Danube
by ship to the opposite bank (only on salt quantities larger than 5 carts,
probably in the same manner : one boulder per araba).
From these dry and monotonous data and figures, as well as from
the information furnished by other published documents, some conclu-
sions may be already drawn.
First, it is surprising, but also meaningful for the autonomous
status of tributary 'Wallachia towards the Ottoman Porte, that in the
time of KAinuni and his successors, Wallachian Princes still maintained
the right to collect a part of customs dues 28 levied on salt not only at
the ports situated on the Romanian bank of the Danube (like Calafat
and Izlaz belonging to Wallachia and Turnu and Giurgiu belonging to
the Ottoman Empire), but also at the ports on the Bulgarian bank of the
_Danube (like Vidin, Rahora, Nikopol, Shishtor and :Busse belonging to
the Ottomans ) 28. We find even special Wallachian customs officers called
vamesler (rameeiler ) at the Ottoman (Bulgarian) bank of the Danube
-whose task was to collect customs taxes for the Prince of -Wallachia and
paid to the Wallachian treasury c°.
Likewise, the Princes of tributary Moldavia shared with the Ottoman
Emperor the exploitation of 15 lakes in the Oblucita area at least at the
beginning of the 16th century 31 and the Crimean Khans pattake of
the taxes levied on slaves at Gozleve (Evpatoria), Caffa and Cetatea
Alba (Akkerman) in the second half of the 16th century 32 Similarly,
28 It is interesting that at the Romanian and Bulgarian hanks of the Danube the gama
on salt was the same : 3 boulders in 100 See, e.g , for the Calalat customs in the 16th cen-,
tury : Documenta Romaniae ilisloitca, B , II, Bucuresti, 1972, doc. 56, p. 119 ; ibtdcm, III,
Bucuresti, 1975, doc 7, p. 9, doc 74, p 122, doc. 136, p 213 etc. For the Vidm customs,
see D.R H , B, III, doc 168, p. 272.
21) B Tvetkova, Requntil schunbultu economic, pp 117-121 ; L Guer, Tu: Inhisari,
pp. 114, 116.
30 For the modern times, see Dinu C. Giurescu, Ob ekspolle soli, p 450
31 Nicoara Beldiceanu, Jean-Louis Bacqué Grammont et Matei Cazacu, Recherches sur
les Ottomans el la Moldame ponlo-danizInenne mile 14,54 el 1520, "B S 0 A.S.", vol XLV, part
1 (1982), pp. 48-66, doc. 3 : Marcel D Cilica, Din telaiiile Moldovez cu Imperiul oloman in
limpul domniei lui Bogdan al ¡II-lea, "Revista de istorie", t 31, 7/1978, pp 1253-1263.
32 M. Berindei, G Veinstein, Reglements fiscaua,, p. 296.

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120 MINAI MAXIM g

the Wallachian Princes collected in the same period at Turnu and Gos-
podin ( ?) two thirds (siiliisd n ) of the bae-i bazar (a tax of passage and
of trade), while the Sultan cashed another third, refeaed to in the Ro-
manian documents as treimea de la vaduri ("third of the river beds"), as.
we know from some documents preserved in Maliye Ahledm Defterleri
(Registers of financial comtnands) 33. The same situation was also at
Giurgiu (1erköfli öle yaka ) 34, Vidin, Rahova "5, etc.
So, 1?onbanian jurisdiction on the Danube has iwt been lost completely
even after the formation of the Ottoman hazas as the Romanian bank.
These Ottoman concessions can be explained by some economic
reasons : the Ottomans were in a position to need import large quantities
of Wallachian salt for cattle breeding in the Balkans, where salt was
rare, and also as a food ingredient in great imperial cities like Istanbul
and Edirne 38, where the Wallachian salt, appreciated as of the finest
quality 37, was always in high demand. We meet the Wallachian salt in
a handnnetme-i ihtisab of 1502 for Edirne 38 and even before the conquest
of Constantinople 39. The Imperial Kitchell ( Matbah-n 'A mire) reserved
for itself a 150,000 aspen worth quantit-3,7 of Wallachian salt in the second
half of the 16th century, by means of the so-called "tax on salt for the
Imperial Kitchen" (ddet-i milh-i Matbdh-i 'Amire )4°, that is about 114
tones of salt. In the 17th and 18th centuries, instead of this duty paid
together with the tribute, a fixed quantity of salt was instituted, namely
400 boulders (haya) of salt (some 51,32 tones) 41, mentioned also by
Rycaut as peske 42.
33 Basbakanlik Arsivi, Maliye Ahkam Defteri, no. 2775, p. 1390.
34 B. Tvetkova, Regimul sclumbului economic, p. 138.
36 Documente privind islorza Romantei, B, veacul XVI, vol 11, p 116.
36 SOMC Ottoman documents mention "the great needs" (nuizayeka ) of salt in the-
Ottoman Empire in the second half of the 16th century. As concerns Istanbul, see : 13as-
bakanlik Arsivi, Mulumme Defter', vol. 26, p. 173, doc. 466 of 5 Cemaziulevvel 982/23 August
1574 (Alisir beylerbegesine); ibidern, p 316, doc 910 of 1 Saban 982 16 November 1574 (Bostan
C.avu?a ) ; vol. 10. p. 116, doc. 185 of 27 Saban 979 14 January 1572 (Dubrovnik beylerine);
as concerns Edirne, see : Mulumme Defteri, vol. 26, p 209, doc 285 of 24 Cemazitelevvel 982/
11 September 1574 (Ina: kadisina) ; vol 28, p 192, doc 457 of 25 Receb 984/18 October
1576 (Varna ve Ahyolu kadilarina ), etc. -

'7 See Franco Sivori, in . Cûlálori sire; ini despre fände romane, vol. 111, Bucuresti, 1971,
pp 13-16
38 R Manole,cu, M. Guboght, FI. C5zan, M. Maxim, S. Brezeanu, Gh. Zbuchea, Orasul
medieval. Culegete de lexte, Bucuresti, 1976, p. 137 (document translated by M. Guboglu).
38 The existence of a trade in commodities between Wallachia and the Ottomans even
before the conquest of Istanbul is also testified in one of the laws of Fatih Mehmed : cf.
Irène Beldiceanu-Steinherr, Nicoarä Beldiceanu, Acte du régrie de Selim I, p. 93.
4° Basbakanlik Arsivi, Ruznarriee Del ten, KPT, 1866/4, p. 239 (for the financial year
1563/1564) ; KPT, 664/1, p. 82 (for 1568/1569), etc. Cf Mihai Maxim, Carconstances de la ma-
oration du kharadj payé par la Valachie à l'Empire Ottoman durant la période 1540-1575
"A.I Es E.E. Bulletin", XII, 2/1974, pp 369, 372, 375
41 Mihai Maxim, Relaftile Moldovei i rani Romanoti cu Impertul otoman in a doua
jumdlate a secolului al XV l-lca. Evolulia haraciului i peghourtle anuale, unpublished Ph. D.,
I3ucharest, 1976, p. 135, note 43. As concerns 400 kaga of Wallachian salt delivered yearly
to the Imperial Kitchell, see : Basbakanlik Arsivi, MAID, no. 4043, p 205, doc. of 8 Zilhicce
1087/11 February 1677; MMD, no. 7560, p. 130, doc. of 11 Saban 1124/13 September 1712,
etc. A kaga was officially fixed at 100 vakigge, that is 128, 3 kgs. (Tahsin Gemil, RelaBile Tdrilor
Romane cu Poarla Otomana iii documente turcoli, 1601-1712, Bucuresti, 1984, doc. 90 of 1628),
42 P. Rycaut Istoria dello stato presente dell'Imperio Ottoman°, Ventia, 1672, p. 85-

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WALLACHIAN SALT IN THE PORTS ON THE LOWER DANUBE 121

In these conditions, the Porte introduced a State monopoly on


salt, whose export abroad was prohibited in the second half of the 16th
,century 43 and encouraged the exploitation of the State tucflas 44, tried
to attract Romanian Princes in delivering increasingly larger quantities of
salt to the Ottoman lands, instead of the concession of a quota of the customs
incomes obtained at the Danubian ports.
The above-mentioned documents furnish information about the
price offered by the Ottomans for the Wallachian salt : 115 aspers per
100 boulders in the time of Suleyman, but also in the last quarter of the
16th century 45. According to the same documents, the Ottomans re-sold
this salt for two times their price : 225 aspers per 100 boulders (at Ni-
lcopol, Oreahovo, etc.) 46, or 2 aspen; per boulder bought with 1 asper
from the Romanian customs officers (see kdniinname-i iskele-i Nifiboln ).
The Ottoman port-intendants (emin ) re-sold by 2 aspers the salt
they liad taken by 1 asper from the -Romanian customs officers. These
great losses of Romanian owners (Princes, hoy ars and reetya ) 47 were also
observed by B. Cvetkova and L. G-tiçer. The latter historian wrote that
in the last quarter of the 16th century, as a result of the trade in salt
with Wallachia, the Ottoman State had gained between 41.5% and
50% 48.
However, even in these conditions, relying on this sound Ottoman
débouché, the Romanian Princes cashed much as a result of the sales of
huge salt quantities to the Ottoman lands, in the Danubian ports ;for
example, for only 5000 carts (araba), by some 1000 okkas each, that is
about 5 million okkas per total 49 (a very important figure which was half
the overall Wallachian exports to the Balkans in modern times), sold by
Petru eel Tiniür at Nikopol, the voivode received, at the above-mentioned
official price, some 40,000 gold pieces. On the other hand, some Ottoman
documents of the 16th century showed too that the Romanians avoided
the Ottoman gilmriik (customs)5°, either in al.-,treement with the Ottoman
authorities by way of bribery, or by unlawful crossing of the Danube.
For example, in Moldavia, Prince loan himself opened a new iskele on
the Dniester river, in a village (Salcmar?) near the official Ottoman iskele
See, for instance, Flasbakanlik A rtilVI, Malanune Deflect, vol. 34, p 40, doc. 83 of
17 Muliarrem 986/26 March 1578
" Lutfi (itiver, Ininsari, p. 102 (men L1011 of 56 permanent linlacts at the State
.luzlas of Telcfurgiilu in the Dobrudja in 1346), etc See also Ei GronlanoNa and SL Andreev,
Salt production along the Billow ion Black Sea coasts daring XVXIX centimes, Sofia, 1982
(in Bulgarian).
45 L. Citicer, op, cit., p 114
B l'vetkova, Regiratil sell:Inhabit economic, pp. 117-121.
47 Not onlv the voivodes and boyars mere involNed in trading salt with Ottoman urncna
and animal of th-e Danubian ports, bul also different people (hulk, reatni ) See : Ba.5balcanlik
Ar5ivi, illuluanne Delicti, vol. 30, p 102, doc. 248 of 17 Safer 983 6 May 1577 and p. 103,
doc. 250 of the satne date.
L. Guvr, op. cit., p. 117
['SI-tally an araba (in Ii01/1 car) contained 400 boulders, 2-3 okka each, that is
about 1000 okkas (1283 kgs ) altogether N Stoicescu, CLI111 nuistitau streirnou Mettologla
medievaler pe leraortal Rornanici, Bucuresti, 1971, p. 253 ; A. lijes, Drurnuitle st-ttit, p. 230.
5° Ba.5bakanlik Arsivi, Malunanc Defteri, vol 29, p. 67, doc. 159 of 23 Sevval 984/13
January 1577; Malty', Ahkilm Deficit, no. 7534, p 1631, doe of 24 Zilkade 984 12 February
1577 and p 1608 (all these were addressed to time kadi of Isaccea).

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122 MIHAr MAXIM 10'

of Cetatea Albä (Akkerman), where he installed his proper officers


(parkalablar ), according to a ferman issued on 3 Rebittlahir 980/13 August
1572, writing that in this manner the iskele of .Akkerman suffered "huge
losses" (WU, zarar ) 51 We can suppose that a similar situation was on
the Danube, at the Wallachian frontier. Also, we must not overlook that
in order to compensate Romanian Princes' loss in the sale of salt to the
Ottomans, the Porte granted to voirodes important customs exemptions
for sotne commodities (especially for luxurious cloth), bought from the
Ottoman Empire when the tribute and the falcons were given to the
Sultan. For instance, in 1572, the Prince of Moldavia bought 260,000-
alt.ses (about 450o ducats)-worth, duty-free-cloth 52. Certainly, the Wal-
lachian voirodes had to obey the same régime. Therefore, we must not
be surprised at the extraordinary fortunes of the Romanian voirodes and
boyars, as is indicated in some inventories of their goods 53 and in their
ostentation posted in Istanbul54.
The régime of the Wallachian salt in the ports at the lower Danube
remained in force until about 1630, when a new agreement wa,s adopted.
According to this agreement, Wallaehia engaged to pay a fixed amount
of 3,000,000 avers, that is the price of 4000 carts of salt (a figure mea-
ningful in itself for the amount of Wallachian export to the Balkans.,
and Istanbul) 55. H. 1042/A.D. 1632-1633, in the time of Matei Basa-
rab 56, the tribute paid by Wallachia increased about three. times (to
130.000 thalers), "as money of flizia together with the salt customs, on
condition that (Ottoman) intendents and servants should not interfere
with Wallachian customs duties on salt" and "salt of others, in the ports
on both banks of the Danube, from Brilila to Cladova, should not be
sold any longer" 57.
So, according to a traveller, Wallachia which had "mountains of
salt" 58, supplied all the Balkan Peninsula with it, not only in the Middle-
Ages, but also in modern times (18th-19th centuries), selling- some an-
nual 10 millions okkas (about 12830 tons), while Moldavia supplied Russia,
Poland and other East-European countries 58.

54 BaOalianlik Arix I, I:PT, 67 7, Dinan-t Hannigan Altkcim Deftezi, p. 174


52 linden?, p. 124 ((loc. of 7 Cemaztulevvel 980/9 July 1572)
63 See, tor instance, for the tune of Petro, A. Veress, Documente prunloare la istoriaa
Azdealulut, Aloldonet z Taw Ronnincyli, I, Bucure5lt, 1929, pp. 278-284, doc. 336 of 19 Fe-
bruary 1569
54 N. lorga, A/o/mint/1f luz Peliu Vod6 Mucea, pp. 180-181
55 L. Guçer, Tu: Inhisari, pp 117-118 ; M. A. Melunet, Documente turcesti prunnd
¡stork: Rontrimei, 1, Bucuresti, 1976, pp. 197-198
58 Cf. T. Gentil, Date not eu privire la haraciul fin ilor zonnine in secolul al XV II-lea,
"Revista (le istorie", t 30, 8/1977, pp. 1433-1446
6 7 M A. Mehrnet, Documente turcegi, I, pp 197-199.
58 M 13ocignob of Ragusa (16th centur3), in : Cillatoz straini, I, p. 176; Paul of Aleppo
(17th century), in : Cdlatozi Mazza, VI, pp. 187-188.
59 A. Otetea, Pali underea comerlalut zomanesc in eircullul international (in pertoada
trecere de la feudalism la capitalism ), Bucure5ti, 1977, p. 59-60.

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DE NOUVEAU SUR LES RELATIONS DE MICHEL
LE BRAVE AVEC LES MOUVEMENTS POPULAIRES
DE L'EYALET DE TIAIIOARA RUIN 1594)
CRISTINA FENESAN

L'intérêt montré par l'historiographie roumaine de nos jours pour


la politique sud-est européenne de Michel le Brave a ouvert une voie
propice A, la reconsidération des eirconstances dans lesquelles débutait,
en novembre 1594, la guerre des Pays Roumains contre l'Etnpire ottoman.
Parini ces circonstances, on a considéré, à juste titre, les mouvements
populaires qui se sont déclenchés dans l'eyalet de Thnisoara en janvier
15941. C'est ainsi que toutes les études sur la politique sud-est européenne
de Michel le Brave 2se sont efforcées de mettre en lumière les contacts
.établis par le prince roumain avec ces mouvetnents populaires anti-otto-
mans, indépendamment de leur signification reconnue.
L'existence de relations directes, prouvées par une « soi-disant
visite » rendue en juin 1594 par Michel le Brave aux révoltés ténnis dans
leur camp de Virset a été soutenue par toute une série d'auteurs, qui
se sont étayés sur la traduction roumaine de deux aet es hongrois contern-
porains, publiés en 1932 par A. Veress dans sa collection bien connue.
Chose surprenante, jusqu'en 1970, les auteurs des études el des mono-
1 Ion Sirbu fut le premier historien routnain à avoir l'intuiticin des contacts établis par
Michel le 13rave a cc ces mouvements populaires: voir I. Sirbu, isior la lac Vodd ilea:al
dorrinul Taut Romilnesti, ed 1) Mioc, Timisoara, 1976, p 84 » C'est a petite si l'on peutcroire
que Michel n'aurait pas été au courant de totik oil de la plupart de tes exploits
2 Voir I Calafeteanu, O Nicolau, Contributit la cunooVerca leadturilor dintre romdni
popoarele stid-dundiene in limpid (al Mt hai Vilcazul, i Revista rotnAriä de studii Internatio-
nale a, IV, 3-4, 1970, p. 163-184 : C. Velichi, Pohodtla na Maim Vileazul na lug ot Dunav,
Istoriceski Pregled a, XXIII, 1, 1973, p. 63-72 idem, Illihat Vacant' t Ituttect balcanied,
Revista Arluvelor », XXXVII, 2, 1975, p 135-143; idem, L'epogue de Michel le Brave dans
,la conscience balkantque, i Synthesis a, 2, 1975, p 69-76 A. Decei, Rdsundloarea actiture a
.Mihat Vdeazul la sud de Dandle in septembrie-octombne 1598 infàfisald de cronictle turcesti,
dans le volume Mihai Culegere de sludit, Ed. Academic!, 1975, p. 163-175 ; idem,
Les relations entre Michel le Blanc el l'Empire ottoman, <, Revue Roumaine d'histoire a, XIV,
3, 1975, p 457-482: M Badea, E. Gluck, N Rosut, Mann Aradul, Arad, 1975
Pippidi, Au sufet des peuples de l'Eutope de sud-est dans la pot:10'11e Internationale à la fin
du XV/e siecle el au début dtt XVIie o East European Quarterly », X, 1, p 113-125
idem, Notes et documents sur la politigue balkantgue de .111chel le Brave, u Revue Roumaine
d'Histoire 0, XXIII, 4, 1984, p 341-362; C. 1-le7achevici, Les hates pour l'indépendance menées
par les l'ags Rotzmatris dans la zone du Bus-Danube el de la Mer Notre d l'épogue de Michel
le Brave, i ReVIIC Roumaine d'IIistoire », XIX, 4, 1980, p 591-598 , I I) Suciu, Umlatea
poporulut roman Contribuir, istorice kind-few, Timisoara, 1980, p 37-42; Th. Trapeca, Infor-
mant not in legetturd cu idscoala antiotomand din Banal (1591-159.5), Studii de istorie a
Banatului a, IX, Tunisoara, 1983, p. 23-27 , R. PAiusan, C. Sav, Lupia anttolomand in Banal
41 Vtleazul, u Studii de istorie a Banatului », IX, TirniFoara, 1983, p. 29-42.

RCN'. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 2, P. 123-129, Bucarest, 1988

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124 CR1STINA FENE.5AN

graphies parues sur Michel le 1-3rave n'ont prété aucune attention ni


lettre du prince roumain, envoyée le 17 avril 1594 au ban de Lugoj et
Caransebes, Georges Palatiei d'Ilidia 3, ni A, celle du 13 juin 1594, adres-
sée à Moise Székely par les chefs des révoltés 4. Cependant, la traduction
rournaine de la letlre du 13 juin 1594 n'a été utilisée par I. Calafeteanu
et O. Nicolau 5, C. Yeliehi 6, Th. TrApcea 7, R. PAiusan et C. Say ni par
Gligor Popi que pour démontrer Pexistence des relations personnelles
nouées par :Michel le Brave avec les Roumains et les Serbes de Peyalet
de Thnisoara ainsi que sa présence à Virset. Ce n'est que I. D. Suciu qui
a essayé, tout en foromt l'interprétation historique, d'inclure Pinforma-
tion fournie par ces documents dans un cadre plus vaste, replésenté par
là lutte générale du peuple rournain contre l'Empire ottoman.
Les quelques mots concernant « certains faits nécessaires » (k61611.
kbliinwnkséges dolgainkért), par lesquels _Michel le Brave a annoncé
Georges Palatiei Parrivée de son érnissaire, le post elnik Toma, envoyé en
mission à Caransebes10, lui ont fait supposer qu'en mars-avril 1594 le
prince roumain aurait préparé, en eachette, et avec le concours des no-
tables roumains et serbes de Peyalet de Timisoara, le déclenehement des
mouvements populaires Alois les sources de l'époque démontrent jus-
tement le coniraire, car elles placent les premières attaques dirigées contre
les autorités ottornanes du Banat au début de 1594 12.
D'ailleurs, cette formule ambiguë, qui cache la mission réelle du
postelnik Toma et qui peut signifier toute une série d'actions anti-otto-
manes (transmission des nouvelles repes, recrutement des troupes,
détails et précisions sur le début et sur la coordination de la révolte anti-
ottornane), a été eonsidéré par notre auteur comme une démarche du
prince roumain auprès du ban de Caransebes et Lugoj en vue d'obtenir
son aide pour la réalisation de son « soi-disant projet déclencher les
mouvements des Roumains et des Serbes de l'eyalet de Timisoara.
La méconnaissance de la chronologie, des causes et des circonstances
réelles du déclenchement des mouvements populaires, exposées d'ailleurs
daps, beaueoup d'éludes générales et particuliéres, lui a caché non seule-
ment le r6le réel rnais aussi l'origine ethnique de Georges Palatici, en
lui faisant adopter une conclusion erronée. Toutes les sources connues
jusqu'à présent et surtout celles concernant la principauté de Transyl-
vanie, bailment sa conclusion et prouvent que c'est le han de Lugoj et
Caransebes qui a noué des relations étroites avec les mécontents de l'eyalet
3 A Veress, Documente plimloalc la Istorta Aldealultu, Moldovet t5i Tfou Ronulnetgt,
vol. IV, Boeure,,LI, 1934, doc. n° 41, p. 73
4 Ibidem, doc. n^ 45, p. 78-79.
5 I Cala(eteanu, O Nicalau, op. ed., p 166.
C. Velichi, Minn Vtleazul ,5.1 lumen bal«inte6, p 135.
7 Th. TrApeva, op etl., p 2 .
8 H. P5iiiiii, C Say, op. ea , p 30
C. Papi, Vacant in tabú; a aiscutablot de la l'ilel.fleiscoal6 din Earn-a de la
1594, Lumina 4, PanceNo, XXVII, :1, 1973, p. 19-22.
A. Veress, op. cit., doe n° 41, p. 75.
II 1. J) Suciu, Unitatea poporului foment, p. 37.
12 A. Veress, op. cit., doe n° 38, p. 68 vair aussi Istonja nwoda Jugoslawje, vol II,
Beograd, 1960, p. 470.

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3 MICHEL LE BRAVE ET LES MOUVEMENTS POPULAIRES 125-

de Timisoara 13 et qui, à la veille du déclenchernent des mouvements, les


a aides à s'organiser en detachments de haidouks 14.
Suivant notre avis, la maniére s,elon laquelle Georges Palatici, ban
de Lugoj et Caransebes annoneait avec une évidente satisfaction au prince
Sigismond Bathory l'attaque dirigée au début de novembre 1593 par des
haidouks contre la garnis,on ottomane de la place-forte de Alacau 15, n'est
dépourvue de signification. D'ailleurs, comme touts ses precurseurs,
I. 1). Suciu n'a pas dispose d'informations nécessaires pour intégrer, juqe-
ment, dans l'ensemble de la politique de la Valachie, l'épisode représenté
par la ITliMi011 du postelnik Toma et ni la « soi-disant visite » rendue par
Michel le Brave aux revolt& de Virset. Il West pas surprenant que cet
auteur, cornme ceux q-ui Pont precede et qui lui ont succédé, soit tombe
dans le guet-appens tendu par la traduction eironée du doeument rédigé
en hongrois le 13 juin 1594 16 et par la preface du recueil de documents
de A. Veress, qui l'utilise pour la première fois dans l'historiographie
rou in aine.
L'erreur de la traduction du hongrois en roumain du nom propre
Vajda, confondu avec l'institution de voievode17, est, par ailleurs, un
cas propre à son activité d'éditeur et de traducteur de documents. De
meme, l'interprétation et l'intégratio-n de nouvelles données historiques
dans l'ensemble des informations connues à son époque ont été carac-
térisées, à juste titre, en 1936, comme simplistes, supeificielles et désin-
formées »18. La critique severe parsemée d'exemples de traductions in-
con.ectes et d'interprétations erronées contraires à la vérité historique,
due à Ion Mop, pour le VIIIe volume de documents de la collection Ve-
ress, doit étre appliquée aussi aux actes du IV` volume et a son intro-
duction. La manière suivant laquelle A. Veress a interprété les relations
établies par Michel le Brave avec Sigismond T3athory a été déterminée,
comrne dans le cas des rapports entretenus par Badu Serban avec Gabriel
Bathory, par sa tendance a insister sur la primauté de la politique de la
principauté de Transylvanie sur celle menée par la Valachie19. A. Veress
se contredit lorsqu'il associe la visite secrete du prince roumain à Vire
sa politique de prudence habile envers la Porte ottomane, qu'il évitait
de provoquer en cas d'échec de son projet de guerre anti-ottoinane. Loin
d'éclaircir une situation politique peu connue, A.Veress l'a compliquée
plaisir par une erreur de traduction du non' Vajda Mihdly en celui de
Michel Voevode. Sous l'influence de cette erreur seduisante, A. Veress
a renonce à la comparer aux données existantes sur le déroulement des
mouvements populaires dans l'eyalet de Timisoara et sur les préparatifs
." \V. 13etblen, ihsloria de rebus Iranssqlnanitts, 2' &Mimi, vol. 111, Sibiu, 1783, p 183
I. CrAcitin, Cromcarul Szamoskozy t insemiull ¡le In: prunloale la 10170111, 150a WM, Cluj,
1928, p. 98.
s Silúgyi, Monumento Conunalla Regni Transyloomac, vol. 111, (1576 1596), Bu-
dapest, 1877, p. 309.
15 A. Veress, op cil , doe n° 23, p. :39-90.
15 C'eSt PhIStOrlell S/Amoskozy go/ a publié cet acte pour la première fois, voir I. Gr5-
min, op. cl!., p. 198.
17 Sur ce sujet voir t. Pascu, Voiepodalul Transilounzei, vol 1, Cluj, 1971, p 71
" 1 Mop, Cum se! ie sr cum edtleazd documente DI Dr. Andrei Veress, tirage A part de
Anuarul Inshlutului de Istorie NationalA V/, Cluj, 1936, p. '7.
" A Veress, op. cif , préface, p. XII.

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126 CELL$TWA. FENTEAN 4

politiques de Michel le )Brave en vue du déclenchement de la guerre anti-


ottomane. Adoptée sans esprit critique y son interpretation erronée sur
la presence de Michel le Brave A, Virset et sur le serinent que lui auraient
preté les révoltés au nom de Sigismond Bathory est devenue un fait
historiqu e.
Dans ces eirconstanees, seule la critique rigoureuse des sources
utilisées jusqu'à present ainsi que des sources transylvaines rédig,ées en
latin, hongrois et allemand et -des documents turco-ottomans pourrait
mener à la eonnaissance des effets de ces mouvements anti-ottomans de
l'eyalet de Tirnisoara sur la situation de la Valachie et sur la politique
de Michel le Brave. L'aide accordée par Sigismond Bàthory à Michel le
Brave pour son accession au tr(me de Valachie ainsi que le désir exprimé
par ce dernier dans sa lettre envoyée à ce prince le 29 oetobre 1593 aloes
son, avenement s'averent comme des prérnisses favorables à des relations
de bon voisinage et à une collaboration contre les Ottomans. Dans la
m'eme leave, Michel le Brave Pinforma sur la politique menée par la
Porte et aussi Rur la bonne reputation, dont il jouissait A, Istanbul 20
C'est dans ce cadre que furent commences les pourparlers et les
démarches dirigées contre 1'En-wire ottoman parmi lesquelles se trouvent
aussi la mission du postelnik Torna envoyé aupres du ban de Lugoj et
Caransebes, Creorges Palatici, un adepte important de la politique anti-
ottomane du prince Bathory. Le postelnik Toma fut done chargé, par le
prince de Valachie de transmettre « toute une série de nonvelles » et de
résoudre certains faits nécessairs »21. Cette mission était en étroite
relation avec le déroulement des mouvements populaires de l'eyalet de
Timisoara. S'il n'en etait pas ainsi, quel but aurait eu une telle mission
aupres d'un g,Tand dig,nitaire de la principauté de Transylvanie directe-
ment impliqué dans le déclenehement et le déroulement des mouvements
populaires de l'eyalet de Timisoara Le postelnik Toma devait probable-
anent porter à Palatici des nouvelles regues d'Istanbul portant sur l'eyalet
de Timisoara, sur le déroulement des operations militaires de Hongrie
et sur le dispersement imminent des troupes ottomanes. Les « certains
faits nécessairs » pourraient porter sur les préparatifs proprement dits de
la lutte anti-ottomane, en appuyant non seulement les mouverneuts
populaires mais aussi en obtenant Paide militaire des Roumains du Bana,t
de Lugoj et de Caransebes. C'était une aide traditionnelle que ces Rou-
mains avaient accordée aussi auparavant aux princes de Valachie .22'.
Indépendamment de eette interpretation, Pinformation portant sur la
mission du postelnik Toma met en lumière le caractere indirect des contacts
que Michel le Brave a établis, comino prince et futur chef de la lutte
anti-ottornane, avec les révoltés de Peyalet de Timisoara. Ces informations
ainsi que celles comprises dans la traduction erronée de )a lettre &rite
le 13 juin 1594 n'out été utilisées par Phistoriographie roumaine que pour
accréeliter l'existence des relations personnelles de Michel le Brave avec
les révoltés de Virset, qui auront été consolidées par sa « soi-disant vi-
20 A. Veress, op. ell., doc. n° 22, p. 39.
21 Pour certains details voir Documenla Romantae Htslortca, B. Tara Roma neascti, vol.
XI (1393-1600), ed. D. Mioc et St. Stefilnescu, Bucuresti, 1975, doc. re' 364, p. 512.
22J 1). SUC111, Untialea poporulut Ionian, p. 33, 35 37

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5 MICHEL LE BRAVE .ET LES MOUVEMZENTS POPULAIRES 127

site » seerète à Virget. On ne pourrait d'ailleurs pap, suppose/. une influence


directe et immediate des mouvenusnts populaires de l'eyalet de Timigoara
sur une partie des habitants de la Valachie en mai et en juin 1594. L'ordre
envoyé au nom du sultan aux sandjakbegs. de Nikopol et de Vidin ainsi
qu'à leurs kaimakams le 18 juin 1594 (29 ramazau 1002 II.) prouve que
les mouvements populaires anti-ottonians s'étaient étendus vers l'est,
dépassant le cadre strict du Banat. C'est le Se118 qu'on doit accorder
la Inention des attaques déclenchées au-dela, du Danube, dans la région
comprise entre Vidin et Roustchouk par « des malfaiteurs » (ehl-i fesa,d )
venus de Valachie et d'autres contrées, probablement du Banat. Mais
ces attaques déclenehées par les habitants de la Valachie ont dépassé
par leur ampleur les simples incursions sur l'autre rive du Danube.
De l'analyse de l'ordre donné par le sultan Murad III pour inettre
fin à ces désordres, il ressort que les « malfaiteurs » avaient dévasté et
dktuit à deux reprises le marché de Nikopol, ce qui avait pou:-.sé les
notables et les habitants des sandjaks de Nikopol et de Vidin à porter
plainte à la Porte 33. Malheureusement nulls ne disposons pas de données
suffisantes pour établir en quelle mesure les attaques déclenchées de
Valachie ont été spontanées et reliéeR directement aux mouvements
populaires de l'eyalet de Timigoara. Car plusieurs chroniques ottomanes
mentionnent les incursions dirigées de Valaehie et de Moldavie versla
region sise au-delh du Danube comrne un prélude de lour révolte 24
Il nous reste à preciser rattan de adoptée par -Michel le Brave envers
ces mouvements, attitude qui a été imposée par le caractère de sa politique
anti-ottomane et par le but qu'elle poursuivait. La question est justifiée,
car le prince de Valachie s'est efforcé à sauver les apparences pour ne
pas compromettre ses bonnes relations avec l'Empire ottoman afin d'as-
surer le succès du déclenchement de la lutte anti-ottomane des Pays
Roumains, fondée sur l'effet de surprise. Les préparatifs de guerre ainsi que
les pourparlerg menés dans ce but se sont déroulés en cachette, puisqu'à
la fin du mots de juin 1594 le prince jouissait de la eonfiance de la Porte
au méme titre que les sandjakbegg de Silistrie et de Nikopol. .Aussi le
prince fut-il chargé par le sultan Murad III de remettre à son émissaire
l'ambassadeur de Transylvanie, Ovary, qui s'était enfui d'Istanbul 25.
C'est la seule signification que l'on pent déduire de cet acte de
confiance de la part de Murad III envers le prince de Valachie. Nous
disposons ainsi d'une nouvelle preuve de la pludence avec laquelle le
prince de Valachie a su préparer sa révolte de eoncert avec Sigismond
Bahory et Aron Vodil, sans dormer aueun motif de soupçon aux crédi-
23 Volt- MUltimme Defteri, n° 72, doc. n° 620, microfilmé pour la Direction Genérale des
Archives d'État de Bucarest, collection Microfilme Tuicia, bobine 20, c. 513 lls ont fait
connaitre que (les tnalfaiteurs), en passant (le Danube) en bateaux du cate de la Valachie,
ont attaque à deux reprises le marche de Nikopol, out détruit plusieurs magasins et tout ce
qu'il y avait dedans et ont tué quelques habitants et leurs chevaux
24 I. PegeVi, Taub, vol II, Istanbul, 1866-1867, p. 158; Katip Celebi, Fezlel,c-i Tara',
vol I, Istanbul, 1869, p 42; M. Naima, Tank vol I, Istanbul, 1864, p. 101
25 Voir Pordre envoyé a Michel le 13rave avant le 18 juin 1594, collection, Microfilme
Turcia, bobine 20, c. 519 : envoie-le, tout de suite, ô ma Parte de félicité, garrotte et accom-
pagné de braves gens s, car Ovary s'étart enfiu avec l'aide de Pambassadeur d'Angleterre, voir
E D. Tappe, Documents concerning Romanian History (1427-1601), Mouton, La Hue, 1964,
doc. n° 105, p. 71.

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128 CFUSTINA FENE4AN 6

teurs ottomans. La plupart des chroniques ottomanes reflètent en grande


partie aussi la surprise causée à la Porte par l'action de Michel le Brave 26.
La politique poursuivie par le prince de Valachie de juin jusqu'en
novembre 1594 ainsi que la nature des relations entretenues avec Sigis-
mond Bathory s'avèrent des preuves décisives contre Phypothèse de la
soi-disant visite » rendue en juin 1594 aux révoltés de Virrt. Nous nous
demandons aussi en quelle qualité Michel le Brave aurait pu recevoir, de
concert avec les trois chefs Vella Mironié, le ban Saya et l'év'éque Teodor
Teodorovie, le serment de fidélité prète par les mille révoltés au prince
de Transylvanie, Sigismond 13athory 27 D'autant plus que les deux princes
n'étaient pas encore arrives à conclure une alliance eontre l'Empire otto-
man. Cette dernière fut conclue plus tard, dans la premiere semaine de
juillet 28, lorsque l'émissaire du prince de Valachie arrivait en Transyl-
vanie. Cependant la nécessité d'établir un plan d'action pour déclencher
la lutte anti-ottomane ainsi que la nature des relations entretenues par
les deux princes jusqu'à la conclusion du trait d'Alba Iulia (20 mai 1595)
ne peuvent justifier la qualité de Vajda Mihaly, identifie jusqu'à present
avec Michel le Brave pour recevoir le s' erment des fidélité préte à Sigis mond
Bathory. D'ailleurs il est inconcevable que les mille revolt& aient pu
garder un secret absolu sur une telle visite, dont la nouvelle se serait
répandue très vile de Virrt à Istanbul. De méme, la suite non interroin-
pue des actes de la chancellerie de Valachie promulgués au nom de ce
prince ne parrait pas prouver, sauf pour l'intervalle 7-12 juin 29
une absence de Michel le Brave de Valachie, qui avait l'habitude de les
signer, en personne, en roumain. Par contre si nous faisons état de la
traduction correcte du Dorn Mihail Vajda, mentionné dans la version
hongroise comme Vajda Mihaly, et non pas Mihai Voévode, utilise jus-
qu'à present par la force de la tradition, nous devons établir Fidentité
de ce personnage à cette époque historique.
Les sources contemporaines mentionnent l'existence de trois per-
sonnes portant ce même nom de Vajda MihAly. Le premier, descendant
de la noble famille portant le titre de Vàrszai 30 originaire du comté de
Cluj, famine keinte sans laisser aucun suecesseur, aurait été plus tard
juge à Brincoveneti (Marosvécs), étant charge par la dike des 16-21
novembre 1594 de mettre fin aux désordres de Transylvanie en détruisant
les malfaiteurs qui la ravageaient 31. Le second, un habitant de Caransebe.:4,
est cité dans l'acte émis le 16 novernbre 1590, avee Ivaru, Nicolac et
25 I Pevevi, op. ell , p. 161-162; Kàtip Celebi, op. ed., p. 43-44 ; M Naima, op cit
p 102-103.
27 L'acte a &LC publié par Szamoskozy voir I Criiciun, op. ca., p 198 : W Belhlen,
op cit., p. 234-235 , I.. Szalay, A Alagyarországi szerb lelepek mgaiszonya az dl/amito:, Pest,
1861, p. 13-14 ; SzenlIclaray, A Becskerekt vcir, Budapest, 1886, 1:.:rtekezések a Torténelmi
.1"

Tudoman3-ok Korélmil «, p. 39-40; A. Veres.s, op cit., doc IV 45, p. 77-79 ; von. aussi Ai that
ileazal in congunla emoprami, vol. I, Documente externe, 13ucureti, 1982, doc. n° 5, P. 70-71.
28 I Slrbu, op. cif , p. 82 83.
25 Voir les actes r6di1és cutre le 3 juin et le 16 juin 1591, Documenta Rot:mimic Justo-
rica, B. Tam Romilneaseit, vol. XI, doc. nos 120-127, p. 159-168.
5° I. Nagy, Magyarorszag csaladai czimerekkel és nemzedékrendt tabltilzkal, vol 12, Pest,
1865, p. 13
31 S. Szilagi, op. cit., p. 440, 461, art 6.

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7 MICHEL LE BRAVE ET LES MOUVEMENTS POPULAIRES 129

Georges Vajda, comme partie dans un procès intenté à Francisc Maeicas,


concernant une propriété 32
Le troisième, habitant de la ville de Lugoj, tésidence du ban Georges
Palatici, est mentionné comme témoin dans un document rédigé le 3
juin 1586 3 3. En 1598, il s'est distingué à la Meuse de la place-forte de
Lugoj, assiégée par Parmée du beglerbeg de Timisoara, Stleymanpacha34.
Ses faits d'armes ainsi que Pinformation donnée par W. Bethlen sur la
mission dont l'avait chargé Georges Palatici 35 de pouFser les révoltés
continuer leur lutte après l'incident provoqué par le meurtre du tcha-
ouch envoyé auprès du prince Báthory plaide en fai. eur de son identifica-
tion avec Mihaly Vajda mentionné dans là lettle envoyée de Virset a
-Moise Székely le 13 jnin 1594. Il est done naturel que Sigismond Bathory
ait u.tilisé un habitant du Banat, qui était un homme de confiance de
Georges Palatici pour entretenir des relations et encourager les révoltés
de l'eyalet de Timisoara.
En conclusion, le refus d'admettre la pré,enee de Michel le Brave
parmi les révoltés de Vire, ce qui aurait compromis son projet de lutte
anti-ottomane, n'exclut pas eertains contacts établis par ce prince avec
les hauts dignitaires de Transylvanie, partisans de ces révoltés de l'eyalet
de Timisoara et par leur intermédiaire, avec les chefs de ces detniers. Par
-contre, notre interprétation met en lumière le r6le joué par les monve-
ments populaires de l'eyalet de Tinaisoara en tant que prémisse de la
guerre d'indépendance déclenchée le 13 novembre 1594 par Michel le
Brave et Aron Voda.

32 Fr. Pesty, Krass6 mirmegge,arténetc, vol IV, Budapest, 1883, doc. n° 471, p. 168.
33 ibictern, doc. o° 452, p. 121.
34 I. Szamoskozy, Tdrténeti maradv6.nyal 1542 1608, Monumento Hungartae Historica,
Scriptores, vol. XXX/2, Budapest, 1880, p. 25, fait la distinction entre Michuele I aida et Michael
Vajvoda mentionné A la page 97.
35 W. Bethlen, op. cit , p. 227 : submisitque Michaelem Va.] da dictum qui Rascianos
ad continuandam rebellionem turcasque infestandos instigaret »

3c: 2110

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AUTOUR DU JOURNAL INÉDIT DU SIEUR DE LA CROIX

3IABIA HOLBAN

Le Journal du Sieur de La Croix, qui signait ainsi ses ceuvres impri-


mées on manuscrites, sans révéler son prénom, n'a, pas été ignoré des
historiens, malgré le fait qu'il n'a point été imprimé et n'existe que sous
forme de manuserit, conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris 1
Le professeur N. Iorga en a donné quelques extraits relatifs à la chevan-
chée de leur auteur à travers la Valachie (et la Transylvanie aussi, mais
(elle partie a été omise) en route pour la Pologne, en 1675. Albert Van-
dal, dans son ouvrag,e sur l'ambassade de Turquie dtt marquis de Noin-
tel 2 en a cité également des passages pittoresques. Mais Panalyse du
contenu des trois parties du Journal que nous appellerons Journal
(I, II, III) reste encore à faire. Son auteur mériterait également de
retenir Pattention. Secrétaire, dès 1672 du marquis de Nointel, il fut
chargé, par celui-ci en 1673 de porter le texte de nouvelles Capitulations
la Cour, où il se fit bien voir de Colbert, auquel il s'offrit de procurer
des objets rares : livres, rnanuscrits, médailles, etc. et auquel il dédia.
en nrème temps qu'au roi, en mars 1682 ses deux volumes de Mémoirem3
qui fluent imprimés en décembre 1683, portant la date de <4Paris 1684 ».
entretint également des rapports avee le successeur de M. de Pomponne,
le ministre de Croissy, qu'il tenait au courant des affaires du Palais
France. Il avait servi l'ambassadeur de manière exceptionnelle an moment
de la evise de 1672 survenue au cours des négociations pour Paccord entre
la France et la Porte, comme l'atteste la lettre de celui-ci du 25 sept.
1673 aux négociants de Marseille auxctuels son secrétaire devait remettre
un, exernplaire des Capituiations qui leur assuraient des avantages eon-
sidérables. Il y engageait ceux-ei à lui aecorder la plus parfaite créanee
« ear c'est celui qui m'a le plus servi dans la question des Capitulations».
En quoi consistaient ces services, ne fut point révélé par lui, ni a eette
occasion, ni plus tard. De son côté, le secrétaire garda le même
mutisme dans les deux volumes de ses Mémoires ainsi nommés,
qui ne sont point, en fait, des mémoires au setts le plus fréquent de ce
terme, mais la réunion de descriptions diverses, sous forme de lettres,
autour de la personne de Pambassadeur, dont est (Merit dans les premiers
chapitres le voyage de Toulon à Constantinople (1670), sa réception
pleine d'éclat et ses deux séjours officiels à Andrinople en 1671 et 1672.
A son tour, le Journal a un sens précis. C'est une sorte de registre oa
1 En trois volumes : Bibhotheque Nationale, ins fr. 6101 eL 6102 et nouv. acq. fr. 1724.
Les premiers sont ealligraphies et dédies au rai, et semblent avoir partagé un sort identique.
2 Les Voyages en Turguce du Mown's de Nointel (1670 1680), Paris, 1900.
$ Qui reproduiront fidelement le texte du Journal.

Bev. Études Sud-Est Europ., XXVI, 2, p. 131 144, Bucarest, 1988

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132 MARIA HOLBAN 2

doivent être notées les démarches, lettres envoyées ou reçues par le


secrétaire et tout ce qui touche à sa mission. A un moment de sa cor-
respondance de 1676, l'ambassadeur mentionne expressément le Journal
de son factotum. Celui-ci prend en quelque sorte la suite des Mémoires4
car il va de la fin de l'année 1674. Le sieur de La Croix se rend au-
devant du Marquis de 1\'-ointel à Chio, jusqu'en avril 1678, quand il re-
joint brièvement le Palais de France rentrant de sa mission auprès du
roi Soleil. Le Journal est divisé en trois parties, consacrées à ses trois
missions des années 1675, 1676 et 1677. Nous les appellerons Journal
(I), (II) et (III).
Le Journal (I) rend compte de la première mission du secrétaire
en Polopme. A son retour de France, où il avait été porter au roi les Ca-
pitulations, ainsi que des lettres du Sultan et du Grand Visir, il attendit
patiemment le retour de l'ambassadeur qui s'attardait dans sa trop longue
croisière en Mediterranée Orientale, qu'il prisentait au roi comme une
sorte de tournée d'impection des chelles du Levant, pour y observer
l'application des Capitulations. Puis, justement inquiet de cette absence
prolongée, et des 6-hos de la Porte touchant l'arrivée d'un émissaire
français venu de Pologne, il finit par aller au-devant de son supérieur,
dès qu'il apprit par hasard la direction de ses mouvements. Ti le rejoignit
Chio et fut témoin d'une demonstration hostile des habitants de Pile
contre l'ambasadeur, qui d-at se réfugier dans le chkteau, cependant que
les autorités turques se déclaraient incapables de maltriser la populace.
Le secrétaire pase assez rapiclement sur cet episode peu glorieux. Ayant
informe le marquis des nouvelles de la Porte, il l'accompagne à Smyrne
d'où ils se séparent. Lui-même se dirigea vers Gallipoli et Andrinople,
cependant que Parnbassadeur reintégrait le Palais de France. Il ne fallait
pas perdre de temps. Le roi, impatient de l'absence de son envoyé auprès
de la Porte, du moment ob sa presence amait pu contribuer à l'amorce-
ment d'une mediation de paix entre la Pologne et la Turquie, afin de
permettre à celle-ci de partir en guerre contre Pempereur d'Autriche
(ennemi de la France), avait fini par charger son ambassadeur à Varsovie
de prendt e en main l'affaire, et celui-ci, M. de Forbin Janson, évèque de
Marseille (plus tard cardinal de Jeanson) avait dépéché vers le Grand
Vizir, A, Andrinople, un émissaire, M. Sauvans, qui se trouvait là, atten-
dant veinement d'être rep par celui-ci. Nouvelle peu réjouissante pour
le marquis, jaloux de son prestige, devant pareil impiètement sur son
domaine exclusir. Il expédia en toute hAte son secrétaire à Andlinople
pour liquider la tentative esquissée par l'indésirable Sauvans, de faire
renvoyer chez lui et prendre l'initiative de la mediation désirée tacitement
par le roi qui ne voulait pas trop s'avancer, attendant d'en être prié.
Cette mis ,ion du secrétaire occupe une bonne partie du Journal (I).
On y peut suivre l'auteur dans sa visite chez le grand interprète Al.
Mavrocordat, embellie de details ajoutés après coup au canevas initial
du Journal. Car le texte qui nous est parvenu contient par endroits des
allusions A, des 6.1 enements bien plus tardifs qui se rapportent par exemple
l'ambassade de M. Girardin des années 1686-1689 ou à la carrier°
ultérieure du Kihaia Suleiman, jusqu'à sa mort, en 1687 en Hongrie.
4 Le volume I des Mémoires.

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3 JOURNAL INEDIT DU SIEUR DE LA CROIX 133

Ce genre d'additions, plus discret dans eette première tranche (Journal


I) fera boule de neige dans les tranehes suivantes (Journal II). A ces
réserves près, le Journal I est assez convict, reproduisant les billets du
grand interprète en réponse ò ses inqances, les comptes rendus des audiences,
du kihaia et du gr. Vizir, les prises de contact avec les délégués des mé-
contents de Hongrie venus se plaindre à la Porte contre Phostilité des
pachas de Vaiadin, de Solnok et d'Agria, etc. Dans le Journal il est ques-
tion de la triple mission du secrétaire. Il devait exprimer le désir du roi
d'une lécondiliation entre « ses deux meilleurs amis » (= La Porte et la
Pologne), se plaindre des abus des paehas qui n'observent pas les Capi-
tulations, demander la restitution des lieux saints a, la garde des religieux
latins (catholiques) aprè,s leur &possession au profit des moines grecs
(orthodoxes). Prévenu de ne pas insister suree iroisième point qui pour-
rait irriter le gr. Vizir, le secrétaire se le tint pour dit, et tourna toute
son attention vers les délégués des méeontents de Hongrie, fréquenta
de manière plutôt clandestine, aya.nt soin de se eacher des yeux du rési-
dent qui les espionait. Il affirme aussi bien avoir distribué de l'argent,
car ils étaient fort dèmunis. Enfin après plusieurs ateimoiements,
accompagnés de l'éternelle reeonnnandation de « patience », le seerétaire
obtint de la Porte par l'entremise d'Al. Maviocordat et du kilmia, eomme
concession suprème d'aller poi ter en Pologne les conditions de paix de
la Porte, mais sans que les négoeiations de paix arrètent les opérations
des Tures. Le kihaia avait donne des dispositions pour son voyage, jus-
qu'en Pologne en passant par Fgra où r&idait en ce moment le prince
de Transsvlvanie, Apaffy. C"était également une étape nécessaire
pour les deux déléoués honuois qui devaient s'aboucher avec le prince
de Transylvanie en vue d'une future guerre des Tures contre l'Empereur,
en Hongrie, avant de rejoinclre le gros des mécontents dans leur refl4-,fe
en terre ottomane. Quant au seelétaire, son rôle était celui d'un simple
messager chargé de porter au roi Sobieski les conditions dietées par la
Porte et d'en rapporter la réponse. C'était uno manière purement formelle
de procéder A, la médiation voulue par le roi-Soleil, mais en m6.me temps
une occasion de faire montre de zèle de la part de l'ambassadeur, et de
le débarrasser en mème temps des intrus, essayant de prétendre à son
rôle dans cette négociation.
Parti de manière conspirative par une route, cependant que les
délégués hongrois en suivaient une autre pour sortir d'Andrinople sans
que l'Internonce en soit averti, les deux groupes se rejoignent bientôt
et poursuivent leur ehemin ensemble jusqu'à Filgillas. Bien reçu par le
prince, qui but A, la santé du roi de France, le seelétaire profita de son
séjour de deux journées pour obvier au plus pressé. S'adressant à M. de
Giza (émissaire du roi Sobieski, venu demander au wince de Transylvanie
de se charger de la médiation de paix avec la Porte), le secrétaire l'avertit
de son propre rôle de porteur des conditions de paix aux Polonais, ce qui
rendait inutile la démarche de celui-ci auprès du prince de Tiansylvanie,
Michel Apaffy. Aimivé à Jawar6w, on se trouvait a. ce moment le roi de
Pologne, il fut aecueilli avec joie, mais a, la lecture des conditions carré-
ment inacceptables qu'il apportait, celle-ci se changea en déception. Le
roi lui remit aussitôt sa réponse : de brèves contre-propositions d'un ton
aussi absolu que celu.i des conditions de la Porte. Cette lettre au gr. Vizir

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134 MARIA HOLBAN 4

s'achevait sur un défi plein de fiat& Le roi le chargea él,Talement de signi-


fier an sieur de 0-iza de ne plus demander la médiation du ptince de
TransylI ande. A son retour il fut attaqué par une bande de Tatars qui
devinrent ensuite ses protecteurs. Repassant à Fhghra., le secrétaire
s'acquitta avec satisfaction du message royal. Il fit savoir également au
sieur de Fresne (Akakia) que l'évêque de Marseille se proposait d'envoyer
comme auxiliaire auprès du Ma quis de Nointel (qui n'en voulait pas),
que sa venue h Constantinople n'avait plus de raison d'être, ce qui ne
fit pas plaisir à celui-ci. Lui-même counut à -Wide abattue, vers Andri-
nople porter la réponse de Sobieski au gr. Vizir. Celui-ci assez piqué dans
sa fierté fit bon marché des Polonais, déclarant leur armée sans impor-
tance etc. Il attribua l'insuccès de cette démarche au -hop grand dôsir
des Polonais de conclure la paix, recourant à cet effet à des personnages
mineurs, tels que le prince de nansylvanie et celui de Moldavie au lieu
de s'en tenir h celle du Padichah de France. Il ordonna h son kihaia de
remettre au secrétaire une lettre du ioi Sobieski adressée h ce dernier, gut
le félicitait de on éleetion h la couroune. A -es remeiciements le roi avait
joint une phrase sur le désir de paix des Polonai-i, mais h des conditions
aeceptables. C'était une sorte d'ouvenuie, assez vague, il est vrai, mais
suffi,ante pour envoyer la lettre susdite à la Porte. (Cette lettre a été
reproduite par N. Iorga dans -es Jr* i Tragrnento et republiée par nous
dans le septième volume des CAlatori strjini prin 'áril romane 5, avec
véritable explication nécessaire). En conclusion, le gr. Vizir avait conch
h la faiblesse des Polonais. Comme le discours du Lr. Vizir rapporté par
le seciétaire ressemblait h s'y méprendre à ceux de l'ambassadeur indigné
des of fres de médiation adressées h des peinces sans autorité, on est tenté
de croire que le secrétaire insiste partieulièrement sur ce point pour flatter
l'amour-propre de son chef. Laissant là le gr. vizir dans son beau jardin,
au bord d'un bassin, oà il s'amusait à uounir les poissons, le secrétaire
se mit en devoir de remplir une nouvelle tâche. Ariivé à Andrinople
il y avail trouvé l'ordre de Pambassadeur de demeurer sur place, afin
d'être témoin des fêtes annoncées pour la circoncision des deux fils du
sultan et des noces de sa fille de 4 ans, avec son favori Couloglou paeha.
11 devait en faire une description détaillée et piloter également le peintre
envoyé par son excellence pour saisir au vol la ressemblance du gr. sei-
gneur ou celle du gr. vizir, en se cachant bien entendu, car c'était chose
absolument défendue. (Daps le Journal d'Antoire Galland il est question
d'une tentative similaire lors de la venue de l'ambassadeur àAndiinople
en 1671).
Ayant la plume assez alerte le secrétaire trap le spectacle offert
par l'immense kermesse déroulée sous les yeux admiratifs des sujets du
Sultan. Tout y était parades des méticrp, mimant des scènes de leur tra-
vail, cavalcades somptueuses, ombres chinoises, présence
du gr. seigneur lui-même, cte. Ces desmiptions impatiemment attendues
Fa r l'ambassadeur, furent recopiées de sa main, en y ajoutant des détails
plaisants ou plutôt scabreux pour Pagrément de la cour du roi-Soleil.
Adressées ostensiblement h M. de Pomponne, ces turqueries visaient plus
haut, aspirant h distraire le roi.
5 Vol. VII, Bucarest, 1080, pp. 271-272.

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5 JOURNAL INÉDIT D'U SIEUR DE LA CROIX 135

Mais à Andrinople la peste s'empara de la ville et tout le monde


s'éparpilla. Le seerétaire put enfin retourner à Pera le 15 septembre 1675.
La peste y était moins mena9a,nte. Avec le retour du seciéta,ire prend
fin le Journal (I) de la P mission en Pologne.
Cette I° mission se résume au fond à une comédie dont nul ne pou-
vait étre dupe. Il s'agissait de démontrer que l'absence prolongée de l'am-
bassade,ur n'avait point porté préjudice au service du roi, qu'une média-
tion de fait ava,it bien en lieu mais n'avait pu aboutir à cause des solli-
citations des Polonais s'adressant à trop de médiateurs virtuels. Lorsque
le secrétaire se mit en route pour la Pologne avec les conditions inaccep-
tables de paix, il pouvait fort bien se rendre compte, étant d'esprit délié
que sa mission était illusoire. Quant à l'ambassadeur il lui suffisait d'avoir
montré du zèle pour le service de son maitre, en la personne de son fac-
totum. En somme le sort de la Pologne lui importait moins que le récit
des kermesses bariolées d'Andrinople dont il espérait amuser le roi.
Un regard d'ensemble sur cette première partie du Journal nous
permettra de la comparer favorablement aux deux suivantes. On observe
au cours de leur déroulement une tendance de Fantail- qui va en aug-
mentant, de romancer les faits en introduisant un élément sensationnel
ou pittoresque pour mettre plus de couleur dans le récit et pour exagérer
son propre rôle. Ainsi sur le texte initial sont venues se greffer des inter-
polations aussi tardives que 1689. Cet écart dans le temps est confirmé
par la dédicace au roi en téte du texte manuscrit du journal (BN. ms. fr.
6101) « Sire, ayant eu l'honneur de servir V.M. ving-tcinq années à la
Porte ottomane, de travailler avec succès et votre agrément à diverses
négociations impoltantes et de faire plusie-urs voyages à Constantinople,
à la cour de V.M., à celle de Pologne, en Hongrie ( !), Transylvanie et
Moscovie ( !), j'en ai dressé un Journal exact ».
Cette mention de 25 ans de services à la Porte ottomane nous reporte
aux années 1695 on 1697 selon que l'on compte cet intervalle à partir
de Pannée 1670, quand il voyagea avec l'ambassadeur se rendant à la
Porte où il arriva à la fin de l'année (voir Mémoires, vol. I) ou bien a
partir de 1672 quand il clétient la qualité de secrétaire d'ambassade de
M. de Nointel, Antoine Galland, amené de France par Son Excellence
étant son secrétaire particulier.
Or il serait absurde d'interpréter cette dédicace dans le sens d'une
rédaction du Journal à la fin de la carrière de leur auteur. En réalité cette
date est eelle oil le texte fut arnplifié. Sa rédaction initiale doit are placée
aux dates consignées dans le texte méme. La durée du Journal est de
1674-1678 le mois d'avril.
Nous reviendrons sur cette chronologie dans la seconde et dernière
partie de notre étude. Pour le moment nous voulons seulement signaler ici
le fait qu'entre le texte initial et sa forme dernière il y a un décalage qui
va en s'accentuant.

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1 36 MARIA HOLB AN

[41] Commencement des négoeiations 6 Aussitôt que je fus arrive


Andrinople j'envoyai faire compliment au seigne-ur Alexandre Mavrocor-
dati 7, interprète de la Porte et ami particulier de M. l'ambassadeur,
duq-uel il avoit été médecin deux ans, oil je le fis prier de donner avis
de mon arrivée [42] arrivée au Gr. Vizir et de m'accorder une entrevue
secrete le même jour, vers le soir, afin de n'estre point veu et que les
Allemands ne sceussent pas sitôt ma venue.
Comme mes clievaux n'estoient pas encore arrives de Constanti-
nople, Alavrocordato m'envoya les biens et j'allai en habit tare 8 à son
où je l'attendis [43] longtemps, parce qu'il estoit chez le Vizir.
Je lui fis d'abord compliment sur sa nouvelle dignité et lui témoignai la joie
qu'elle avoit causée à M. l'ambassadeur. [Le secrétaire a présenté au
roi les lettres du Gr. S. et du Gr. V. avec les Capitulations.] J'estois chargé
des réponses de S.M., laquelle, afin de marquer plus fortement à S. H.
son dessein sincere d'entretenir l'ancienne alliance entre les deux empires,
avoit ordonné à ses ambassadeurs à la Porte et en Pologne d'offrir sa medi-
ation, pour la paix de ce royaume . . . etc. [mentionne les lettres de l'ambas-
sadeur à Mavrocordat, au Vizir Azem et à son Kihaia et declare le sujet
de sa négociation la restitution des Lieux Saints et les plaintes des mar-
chands frangais lésés par plusieurs pachas au mépris des Capitulations.]
Mavrocordato me dorna le retour de mes compliments au double [47]
et s'efforga de me persuader de son attachement aux intérêts de la France,
duquel il me dit qu'il avoit déjà donne des preuves, en procurant à M.
de Chavannes (= Sauvans), gentilhornme de M. de Forbin, &a-Ague de
Marseille, ambassadeur en Pologne une au.dience du Kihaia du G.V. pour
rendre la lettre de cet ambassadeur à ce premier ministre, lequel [48] me
dit il, faisoit difficulté d'y ajouter foi, et diféroit d'y répondre, craignant
que ce Re fût un stratageme des Polonois pour rompre les mesures de la
Porte, mais que mon arrivée le rassureroit et faciliteroit l'expédition de
cet envoyé, auquel Mavrocordato envoya un cheval et le pria de le venir
trouver. [49] J'assurai cet interprète qu'il ne pouvoit pas s'attacher aux
intérêts d'un empereur plus reconnaissant que Louis le Grand et pour le
eonvaincre de cette vérité, je tirai de mon sein une très belle bourse à la
frangoise d'or trait, pleine de sequins vénitiens et fis entrer mon valet
qui portoit dix aulnes de brocard d'or [50] très riche pour sa femme.
Ce regal échauffa la conversation .. etc. [Mavrocordat lui raconte le
contenu de la lettre de M de Forbin au G. V. Sur ces entrefaites M.« de
Chavannes » (= Sauvans) fit son entrée. [52]] mais comme j'estois vestu
à la turque,6 avec une longue moustache et fort hâlé, et que nous étions
convenus que je ne parlerois point que Marvocordato ne me fit connaltre,
j'observai le silence exactement pendant qu'il demanda des nouvelles
de M. de Nointel [53] et (Mavrocordato) lui dit que le G. V. n'avoit diféré
son expédition qu'en les attendant et qu'estant arrivées par cet Aga (ce
qu'il dit en me monstrant), il seroit expédié incessamment, puis s'adres-
sant à moi en italien, il me pria de me mesler à le-ur conversation et
6 Suit le texte du Journal
7 L'autcur orthographie ainsi le nom de Mavrocordato.
A proprement parler, en habit tartare, porté d'habitude par les voyageurs chrétiens
dans les pays turcs. L'auteur souligne un fait qui allait de soi.

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JOURNAL INEDIT DU SIEUR DE LA CROIX 137

me fit connaitre A, M. de Chavannes ( = Sauvans)9, qui eut d'autant plus


de joie [54] de ma venue, qu.'elle devoit hâter son depart ...
[Au sujet du G. V. le secrétaire s'informant auprès de Alavrocordat
s'il doit lui presenter les presents de l'ambassadeur avant l'audience,
reçoit le rame jour la réponse la plus claire] [58] « Per ogni buon ris-
petto, portando lei lettere di negocio Importantmo, pare più conveniente
,e glorioso di far il presente inanzi l'udienza, se per6 acconsentirA, l'Illmo
Kihaia, senza la licenza del quale non si puo presentar, e che lei debbe
havere prima Pudienza di quel huno Sigre del (pal e necessario cattivare
l'affetto e Pinclination, essendo [59] in questo tempo l'unico ministro
nella corte del nostro padron e con qu.el presente che stimera decente
pregarlo dessere sempre propenso, rimettendomi alla sua soprafina pru-
denza, ala qual accenno solamente quello si suole praticare per adesso
alla corte, cioe dimonstrare che si fa capitale della, volon.ta del Sir Kihaia
[60] de resto saro pronto di servirla, mentre sono etc. ».
[Le secrétaire se le tint pour dit et agit en consequence. Le 13 le
Kihaial m'envoya à une heure de milt quatre chevaux de son &uric,, chez
lequel je me transportai accompagné de deux interprètes, d'un janissaire
et de quatre valets.
[61] Audience de Suleiinan, Kihaia da G. V. L'on me conduisit
d'abord dans une antichambre où il y avoit un grand feu, auprès duquel
je demeurai un quart d'heure pendant que l'on avertissoit eet intendant
( = Kihaia) et l'on m'introduisit ensuite dans la chambre d'audience fort
magnifique [62] de laquelle le plafond à culs de lampe étoit doré et les
-murailles incrustées de porcelaine et peintes, et je trouvai sur le sofa,
garni de tapis, couvertures et coussins très riches, un tabouret de brocard
que l'on me présenta, mais je ne voulus point me seoir, ainsi nous demeu-
'Ames debout un moment [63] en attendant le Kihaia qui me fit Phonnes-
teté de me dire que ce tabouret étoit destine pour moi, duquel je le re-
merciai et m'assis auprès de lui sur le matelas, et Mavrocordati se mit
sur ses genoulx et servit d'interprète. [Compliments, explication de la
reserve observée par la Porte a, regard de l'émissaire, Sauvans.-M. de
Nointel serait venu en personne s'il n'avoit appréhendé l'éclat de son
-voyage et a done dépéche son secrétaire pour apprendre les sentiments
du G V. etc.] Le Kihaia me répondit qu'il avoit fort bien fait de ne se
point mettre en chemin, [69] que le secret est l'Ame des négociations et
en assure le succès et que ce voyage auroit alarmé les Allemands, les-
quels connoissant que la paix de la Pologne engageroit le secours des
mécontents de Hongrie et causeroit une diversion avantageuse a. la France,
leur resident redoubleroit son application à traverser les [70] sollicitations
de ces infortunés, qu.'il s'efforçoit de brouiller a.vec la Porte qui leur avoit
accordé sa protection irrevocable... etc ... Après la paix de Pologne
le G. V. fera passer ses armées victorieuses en FIongrie, de laquelle
avoit fait traduire la carte ce qui marquoit son dessein fixe d'entreprendre
.cette guerre pour faire plaisir à la France ( !) [Demandes du Kihaia] De
qu.elle manière l'empereur de France avoit reçu la lettre du G. S., du G. V.
et le texte des Capitulations ? L'Age de Louis XIV, son portrait, ses
9 L'auteur se trompe sur le nom Le vrai nom est Sauvans.

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138 MARIA HOLBAN

dernieres conquetes . [E éponse délirante du secrétaire, s'achevant sur]


ses victoires farneuses [77] dont je lui fis un detail précis auquel il donna,
toute son attention et son admiration, pendant que nous prenions le cave
et les autres régals qui furent suivis de [78] celui d'un mouchoir brodé
d'or, parce que le jour precedent on hi avoit porte huit vestes de bro-
card A, fleurs d'or, velours, satin et drap, deux de chaque sorte et un ( !)
horloge d'or
[79] Portrait de 'Suleiman, Kihaia, d'Hamet Kiopruli, G. V.
Il étoit originaire d'Esclavonie, des environs de Raguse, et tare naturel,
d'une taille mediocre et proportionnée et bel homme, le poil blond, les
yeux bleus, la carnation vive, le front d'esprit, la phisionomieheureuset,
d'abord [80] riant et de conversation agréáble et familière, il connoissoit
mieux qu'aueun autre ministre les intérêts de la Porte et ceux de tons
les Princes chrétiens, ce qui lui avoit donne un si grand credit sur l'esprit
de son maistre, qu'il étoit le seul canal des affaires, et il affectionnoit
la nation frangaise plus qu'aucune autre [A, cause de son admiration pour
Louis XIV ( !)] Je le connoissois très particulièrement, ayant suivi son
elevation des les moindres charges et contracté une liaison assez étroite
avec lui, par le moyen de M. Caboga, arnbassadeur de Raguse, son ami
particulier et le mien, et de Luca Barca, interprète de cette république,
et je m'étois applique à ménager son amitié par de petits régals de li-
queur de France qu'il ainioit autant que son maistre.
Après la mort de Kiopruli il fut fait grand écuyer, et comme il avoit
l'esprit doux et insinuant, il s'acquit aisément la confiance du G-. S.,qui
le voulut faire son premier ministre après la mort de Cara _Mustafa, mais
il évita ce coup, qui tomba sur Cara Ibrahim, anquel [84] son trop grand
credit ayant cause ensuite une jalousie extreme, il n'oublia rien pour le
perdre et trouva le moyen de le tirer d'auprès de S. H., de lui donner
le comrnandement de Parmée contre la Pologne et de le faire rappeler
des confins de ce royaume, dans la pensée de le faire périr en Hongrie,
aussi bien que [85] Kior Ibrahim pacha, généralissime que l'on avoit
été contraint de sacrifier A, la mutinerie des janissaires et des sipahis. Le
G. S. neanmoins avoit donne dans le sentiment de son ministre, duquel
il ne pénétroit pas le ma-uvais dessein, et connaissant la capacité de Su-
leiman lui ordonna de se préparer A, passer [86] en Hongrie, mais il re-
montra si vivement A, S. H. que le désordre des affaires et la consternation
des troupes, plus prestes A, fuir qu'a combattre, demandoient la presence
impériale, ou celle du G. V. pour les exciter et empecher les ré-voltes par
Pautorité souveraine, que cet empereur l'en revétit sur le champ [871
avec la qualité de G. V. de laquelle Cara Ibrahim se yit depouiller par
celui q-u'il crut perdre, qui le relégua à Rhodes, après en avoir tire plusieurs
millions d'or. S-uleiman, ne fut pas longtemps G. V., ni sa destinée plus
heureuse que celle de Cara Mustafa pacha, car la perte de la bataille de
[88] Siclos entraina celle de cet homme illustre, consommé au fait de la
politique et de la guerre, qui eut la malheur de se trouver A, la tete d'une
no-avelle mince sans discipline et épouvanteelo.
[Apr& une semaine d'attente le secrétaire est regu par le G. V.]
Audience du G.V. L'on m'en.Yoya le 22 fev. à 9 h. du matin 8 chevaux
lo Interpolation introduite plus tard, car les Mémoires s'arrétent en 1683.

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9 JOURNAL INÉDIT DU SIEUR DE LA CROIX 139

de Pécurie du G. V., richement harnachés et clix chiaoux, lesquels, avec


plusieurs français [93] tésidens à Audi inople, m'accompagnèrent au serail
de ce ministre où je mis pied a, tore sur la mi3me pierre que les ambassa-
deurs oft je fus rep comme eux par le Chaoux Backi, lequel me conduisit
dans son appartement en attendant que le G. V. fat sorti de celui de ses
females. [Suit la cérémonie de la remise de la lettre du roi. Compliments,
etc. 11 reçoit 6 vestes et se retire A, son logement] où les tambours, trom-
pettes, timbales et haut-bois du G. V. vinient rue faire les 'tames lion-
neurs qu'à 'an ambassadeur et ils furent suivis des deputes des chiaoux,
portiers, valets de pied, palfreniers et autres bas officiers, auxquels
fallut clistribuer environ cent ems, car c'est la coutume que ceux qui
reçoivent des vestes du G. S., ou du G. V. fassent des libel alit& à leurs
[101] domestiques inférieurs.
Portrait d'Hantet Kiopruli11
Le G. V. Hamet Kiopruli étoit petit et de poil noir, il avoit le visage
rond, le teint assez blanc et vermeil, l'ceil perçant, l'esprit vif, penetrant,
égal, amateur de la justice, intègre, incorruptible, liberal [102] et ileut
été sans vices, s'il n'avoit aime le vin ; il en rejetoit la faute sur les cha-
grins que les françois lui avoient donne en Candie, lesquelslui ayant cause
des insomnies terribles, ses médecins lui conseillèrent de boire du yin,
qui étoit très bon et en abondance dans cette isle. [103-105]
[Son père le prepare à lui succéder â 23 ans]. Son ministère dura environ
15 années et il mourut hydropique dans la 37' (année) de son age, sans
enfants et sans autres biens que de 4 palais a, Constantinople et Andri-
nople et d'une maison [106] de campagne entre ces deux villes où il finit
sa vie et on lui trouva settlement 250000 écus en or, qu'il destinoit pour
le pèlerinage de la Mecque. Le G. S. voulut élever Moustapha Kopruli,
son frère à sa place, lequel s'en excusa et Cara Moustapha, leur beau-
frère lui succéda et [107] fut étranglé à Belgrad après la le-vée du siege
de Vienne. [Le secrétaire visite le nouveau resident de l'Empereur, ainsi
que l'ambassadeur de Raguse, M. Caboga, tâche de se soustraire au zèle
indiscret du cordelier espagnol, le père Canizares qui vouclrait pousser
Pambassadeur à poursuivre la restitution immediate des Lieux Saints,
malgre le sentiment du G. V. et qu'il soupçonne d'être un espion dudit
resident d'Allemagne, se rend chez le Reis Efendi, et le même soir (1
mats) chez le Kihaia, auquel il remet trois mêrnoires écrits en turc, sur
les trois objets de sa mission ; la mediation, les Lieux Saints et les plaintes
des marchands français .. Le Kihaia répond que les polonais sont d'hu-
meur brusque et cliangeante, on ne peut se fier à eux. La Porte seroit
fort aise que le roi se porter garant pour cox. Quant aux Lieux Saints,
cette demande pourroit refroidir le G. V. et compromettre la paix de
Pologne et le secours aux hongrois, "qui étoient d'une plus grande conse-
quence dans la conjoncture présente que Paffaire de Hierusalem".
reprendra l'affaire au moment propice].
Cette audience dura deux heures, dans un lieu [153] retire, où il
n'y avoit que des valets sourds et muets, et fut suivie d'une collation, â

C'était a ce moment le premier ministre et factotum du prince.

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140 MARIA HOLBAN 10

la fin de laquelle on nos donna le cahve pour apaiser les vapeurs de quel-
ques bouteilles de Malvoisie et d'eau de canelle que l'on beut dans ce repas
meslé d'une conversation libre sur les affaires de Hongrie, sur lesquelles
je le trouvai très informé ... etc.
Ayant envoyé un courrier à l'ambassadeur, pour demander ses
ordres en attendant je me fis habiller A, la hongroise, j'achetai encore trois
chevaux tartares, et deux millets pour porter mon petit grabat et un peu
de provisions, car sans cela on co-urt souvent le risque de coucher sur
la dure et de mourir de faim.
Audience secrète du G. V. Le 14e à quatre heures du soir, j'allai dans un
jardin hors les portes de la ville, prendre congé du G. V. lequel me fit
une très agréable reception ... etc. [Le Kihaia allait lui remettre le
mémoire avec les conditions de paix, « sans que les pourparlers de paix
fussent capables de retarder les conquetes (de la Porte) sur ces peuples sans
Joi et sans parole.» 11 reçoit un caftan « comme marque de ma mission ».
Avant de partir] « je fis une fausse confidence au pere Canisares, com-
missaire de la Terre Sainte, pour cacher quelqu.e temps mon voyage en
Pologne, et lui dis que j'allois faire un tour A, Constantinople, afin de
communiquer une affaire de conséqu.ence à M. l'ambassadeur et ievenir
en diligence avec [277] des lettres pressantes au G. V. et au Kihaia, sur
les intérêts de la Terre sainte, pour lesquels je laisserois un interprète
la Porte, qui apporteroit tou.s ses soins à cette affaire et lui donneroit
exactement avis de ce qui se passeroit.
Voyage en Pologne
Cependant le courier que j'avois expédie à Constantinople, étant de re-
tour le 14e, je partis le 18e en presence de ce religieux, qui crut de bonne
foi que j'y albis, mais j'en quittoi le chemin à Solac Chesme, qui est une
fontaine à une lieue d.'Andrinople, et prenant à gauche j'allai coucher
6 heures de là, au village d'Urum Keui, où les sieurs Petrozzi et Szepessi
se rendireent la mème nuit [279] et laisseren Radici A, la Porte, lequel
pulia qu.'ils étoient indisposes, afin de tenir leur depart secret durant
qu.elques jom s. Le l9 nous mimes en chemin au nombre de 18 ca-
valiers. [Les voyageurs traversent la Valachie et la Transylvanie]
De la Transylvanie
[297]. Elle est ainsi nommée à cause des montagnes et des foréts qui
Penvironnent et située dans la partie orientale du royaume de Hongrie,
duquel elle fut séparée en 1541 et en 1613, les cruatés et les impiétés de
Gabriel Batori ayant armé ses sujets contre lui, Bethlen Gabor, seigneur
transylvain, assiste des troupes ottomanes commandées par Skender
Pacha s'en empara et fut declare prince et installé par ce general,
sous la condition d'un tribut annuel de 6000 sequins et la dépendance
du Grand Seigneur, lequel se reserve l'agrément et la confirmation de
celui qui seroit élu que l'on tire de l'ancienne famille des princes, ou
d'une des plus nobles au défaut de celle là, et il ne peut faire aucun
aete de souveraineté valable qu'il n'ait regu le haticherif et le Clit-
che, caftan. de Sa Hautesse qui a plus de consideration pour ce prince
que pour tous ses autres tributaires, parce qu'il est plus A, port& de se-
colter le joug et de retourner à Pobeissance de l'Empereur d'Allemagne,

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11 JOURNAL INtDIT DU S/EUR DE LA CROIX 141

ce qu'il me fera jamais volontairement et s'il n'y est contraint [300] par
la politique et la nécessité de se ranger du parti le plus fort, afin de
mettre ses états en seureté et à convert des insultes de la guerre.
La Transylvanie est abondante en bleds, vins, bo3ufs, bestes fauves,
gibiers, volatils, chevaux, pasturages, buffles, moutons, chèvres, mine
d'or et d'argent, de sel [301] d'alun et de mercure, lesquelles communiquent
une assez méchante qualité aux eaux. Elle est arrosée des fleuves Maros,
Sa,mos et Arianos ( !) et de plusieurs autre petites rivières, ses peuples
sont saxons, bulgares ( !), et hongrois, parlent leur langue naturelle et la
hongroise et professent différentes religions : catholique, calviniste, lu-
térienne et arienne * [302]. Les Saxons habitent la province des Sept
Villes, les bulgares les bords du fleuve Maros et les hongrois les frontières
de la Valachie ( !). Les villes principales sont : Hermannstad Cibinium,
Cron:it ad I-3rassovia, Weissemburg Alba Julia, Varadin, Nezen Bistricia,
Schespurg Seg,eswaria, Mydswich Mediesus, [303] Zebesus Mullenbach,
et Caloswaria Clossenbourg, et elle est confinée à l'orient de la Valachie
et Moldavie, à l'occident de la IIongrie et lioldavie et a,u septentrion de
la E u ssi e rouge.
II y a eu 12 princes en Transylvanie depuis qu'elle est sous, la do-
mination [304] ottomane ju.sques à Michel Apafi, qui est doux honneste
et équitable, mais il ne peut liens résoudre sans la participation, de son conseil
ce prince me donna, une escorte avec laquelle je passai A, Torda, au chà-
teau de G-uerla, à Alegeswar, la montagne de Poucheva et les alpes de
Beskid qui durent trois journées et elle me quitta à Stri., première place
de Pollogne de ce côté là, d'ou je me rendis le 9e à Jawarow, oft le roi
de Pologne accompagné de N. de Marseille attendoit Pouverture de la
campagne.
Ce prelat fut d'a,utant plus agréablement surpris de mon arrivée,
qu'il n'espéroit pas que la Porte, après la lettre fière du G. V. dAt [306]
proposer elle môme les conditions desquelles je lui présentai le mémohe
en ture qu'il porta aussitôt au roi, lequel me fit un très favorable
accuoil, me demanda l'état présent de la Porte et sa disposition A, la paix
ou à la guerre, dont je lui rendis un compte irès exact, sans aucun dégui-
sement et l'assui ai qu'elle se préparoit 13071 A, la eirconcision des princes
et au mariage de la princesse, et qu'ainsi il n'y avoit pas d'apparence
qu'elle fit aueune entreprise considérable cette campagne. L'on fit aussi-
tôt traduire ce mémoire par l'inteiprète du roi, dont les termes ressentant
la fierté et la superbe des tures [308] ne pleurent guère A, S. M.
Ménhoire des conditions de la paix (extraits).
Conditions du I" tiaité fait à Camenetz (en 1672)
Les Cosaques rebelles demeuiciont oius la piotection de l'Excelse Porte,
laquelle les Polonois abandonneiont les yrovinces entières de Podolie
et d'fferaine et Nuideiont les places qu'ils y ont repises, ,sans en tirer
aucuns canons, ni artillelie, et que l'on noniniera des comissaires pour le
règlerne nt de limites.
* L ors de son rapide passage par la Transylvanie, l'auteur, ayant pris ses informations
A des sources hongrofses, comrne le démontre la forme des noms de rivières, a pu confondre les
Roumains avec les Bulgares.

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142 MARIA FIOLBAN 12

Que les nobles, anciens seigneurs des villages, encore qu'ils soieart
ecclésiastiques y pourront demeurer, en payant Ala Porte les droits, décimes
et tributs ordinaires de leurs biens, qu'elle leur conservera, pourveu qu'lls
ne fassent aucun acte d'hostilité, aussi bien que leurs églises, à la réserve
de celles qui ont été changées en mosquées et qu'ils pourront librement
y faire leurs exercices spirituels sans aucun trouble, ni empêchement.
...Les polonois continueront à payer à l'Excelse Porte le tribut de
22000 sequins d'or qu'ils leur payoient depuis longtemps, et au Seigneur
Kan de Kriln le tribut ordinaire accordé de pact exprès et les arrérages
qui en sont dens, pour entretenir entre eux la paix, l'amitié et la bonne
correspondanee et empécher les incursions des tartares, lesq-uels seront
obligés de les secourir de leurs troupes.
Que les tartares de Lipc, qui habitent [314] en Pologne pourront
librement passer SOUR la domination de la Porte et y transporter leurs
families et leurs Wens.
Que le roi de Pologne ne pourra secourir directement ou indirecte-
ment les palatins de Transylvanie, Valachie, et Moldavie contre l'Excelse
Porte et que s'ils se réfugient dans ses états, il sera obligé de les arrester
et [315] renvoyer à S. H. pour conserver l'union et l'amitié et qu'ainsi
il deviendra ennemi des ennemis et ami des amis de la Porte. Et quant
au surplus des articles touchant l'établissement de la bonne corréspon-
dance, l'évacuation des places, l'échange des esclaves, la liberté de la
religion et la seurté des sujets et du commerce, [316] ils seront réglés
avec un grand ambassadeur, que le roi de Pologne sera tam d'envoyer
incessamment mini d'un ample pouvoir poni la ratification du traité de
paix dont la négociation lie retarder en quelque façon que ce puisse étre
l'espée exterminante des Mussulmans.
Réponse du roi de Pologne [317] Pas de tribut, mais la moitié de la Po-
dolie du 646 du Nistre, et cela pour refaire l'ancienne amitic, entre la
Pologne et la Porte. Autrement « Bellobimus Itsque ad mortem et ad proelia
invita in 11 S Sultanum Mahn »2 edem ium turearam. imperatorem ..» [322]
L'on m'expédia au bout de six jours avec cette réponse
De la emir de Pologne Pendant mon petit sejour à la eour de Po-
logne j'eus beaucoup plus de plaisir dans la conversation de Mr. du Périer,
gentilhomme de Mr. l'ambassadeur, qu'à examiner les maniéres rustiques
de cette cour tumultueuse et dans laquelle il n'y a presque point de
subordination, chaque gentilhomme s'estimant aussi noble que le Roy
et digne de la couronne.
Comme Mr. du Périer avoit de l'esprit et une assez long,ue expérience
du manége de cette cour, il m'en fit un portrait naturel, aussi bien que
du caractère du Roy [325] et nu détail succint de son élection, par la
faction du Roi de France. Il me dit que ce prince estoit avare et adonné
ses plaisirs et qu'il se laissoit entièrement conduire par la Reine, qui
étoit gouvernée par une ancienne femme de chambre, nommée federbe,
laquelle aussi avoit sceu s'insin,uer auprès du roi [326] par certains petits
remèdes nécessaires à sa sauté qu'il trouble quelquefois par ses dé,sordres,
que Mr. de 'Marseille s'est servi du canal de cette femme intéressée pour
brouiller Mr. et Mine de Béthune avec leurs Majestés, afin d'entrer seul
dans leur confidence et éloigner cet ambassadeur ordinaire du [327]
secret des affaires, que ce prélat avoit si bien conduites, que le roi lui

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JOURNAL INEDIT DU SIEUR DE LA CROIX 143

.estoit redevable de son election, quoique les partisans de la Maison d'Au-


triche eussent fait tons leurs efforts pour mettre sur le tr6ne un prince
&ranger qui épousat la Reine douairiére, sceur de l'Empereur ... etc.
(Weft de l'élection etc.)
[335] ..Je partis de Jawarow le 15° avril et repris la route de Tran-
sylvanie avec 20 cavaliers, que me donna le palatin de Russie, et que je
f us oblige de défrayer, conune j'avois fait tous les autres, aussi bien que
les envoy& d'Hong,rie, cependant ces braves polonois in'abandonnérent
besoin et lAchèrent pied à la veue d'un parti Tartare [336] au milieu
duquel je demeurai seul avec mes valets et j'eus pour le coup toute l'obli-
gation à la langue turque et au passeport du Gr. Seigneur, qui me tirèren
de cet embarras et obligéren le Mirza, capitaine de ces tartares, de m'es-
eorter avec sa troupe jusqu'en Transylvanie, ce gull fit de meilleure
gràce que je ne me l'estois promis d'un [337] homme rustique et barbare
,et en reconnoissance je lui fis present d'une montre de dix lonis
[Ti repasse par Fogaras, Giza lui fait voir la lettre circulaire du
general Michel Teleki aux seigneurs de la haute et basse Hongrie appel
-et menaces etc. le 16 mai il est de retour à Andrinople.]
[356] Audience (in Grand Vkir
[Averti par Mavrocordat que le Grand Vizir lui accorderait une
audience le soir même il se rend chez lui et le trouve dans son jardin,]
sous un Kiosc auprês d'un grand reseivoir, qui se divertissoit à dormer
manger à des poissons. Il me dit en riant, sans me dormer le temps de
lui parler : « Sois le bien venu. Ta santé est elle bonne ? Ton voyage a-t-il
été aussi heureux que diligent ? Apportes-tu [357] de bonnes nouvelles,
et les polonois, Rant ils toujours fols à Pordinaire ? » Je lui répondis que
j'avois rencontré, le roi en Russie, on il attendoit le temps de la cam-
pagne, si la Porte ne se contentoit pas de la réponse qu'il faisoit à son
rnémoire, que je lui presentai cachetée et enfermée dans un sac de bro-
card d'or.
la domina à Ma-vrocordati, lequel, comme elle étoit en latin, Pinter-
préta sur le champ au G. V., qui ne fut pas moil's piqué de la fieité de
-ses ternies, que le roi de Pologne l'avoit été de ceux de son mémoire.,
et répondit d'un air de mepris qu'elle estoit mal soutenue et ne s'accor-
doit pas avec les &marches [359] précipitées de ce roi, duquel il y avoit
un envoyé en Transylvanie, qui demandoit la mediation de ce prince et
de passer à la Porte, et gull avoit éc-it à celui de Moldavie sur le même
sujet une lettre latine que le Kiliaia me communiqueroit, afin d'en dormer
avis à M. l'ambassadeur, et que l'empereur de France ne trouve pas mau-
vais si la [360] Porte profitoit de l'empressement des polonais à rechercher
la paix, de laquelle les conditions lui seroient plus avantageuses par la
mediation de ses vassaux, que d'un ancien et puissant ami, auquel elle
seroit obligee de garder religieusement sa parole et que cependent les
arrnées victorieuses des Mussulmans [361] ne tarderoitent pas d'entrer
en Pologne sous la conduite d'Ibrahim paella, pendant que le G. S, pas-
seroit 1'60 a Andrinople à faire circoncire les princes et mailer la princesse,
dont les preparatifs, interrompant déjà toutes sorteb d'affaires, il remit
la continuation de celles qui me restoient à traiter après les fêtes qui
devoient [362] commencer le 21° et durer un mois.

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144 MARIA HOLBAN 14

[Le lendemain il est rep par le Kilraia qui lui montre la lettre de
Sobiet;ki au prince de lloldavie (Dumitrascu Cantacuzino), qui est rendue
par lui en franols].
[Ravages de la peste à Andrinople]
[453] La grande affluence du peuple, venu de toutes parts à cette fête
apporta la peste à Andrinople, où elle s'alluma [454] si violemment par
la chaleur excessive de la saison, que l'on rnouroit subiternent dans les
rues à cause de l'infection de l'air, qui étoit renapli de grosses mouches
carnassières, engendrées des eadavres que les chiens déterroient dans les
chnetières, lesquelles atteignoient les honnnes qui avoient beaucoup de
peine pour evite! les picifires de ces insectes pestiférés et mortels ... cris
hurlements des chiens ... 1000 molts par jour, le Mufti fait des prières
publiques. Le G. S. sous prétexte de chasse, changea de serail et alla habi-
ter celui d'Ac Bunar, à 3 heures d'Andrinople, sur une colline en bel air,
autour de laquelle le G. V. et toute la cour campa jusqu'à la fin d'octobre,
ce qui n'erupécha pas gull ne mourírt beaucoup de monde dans le serail
du G. S., ehez le G. V. et les autres, faute de precautions, qu'ils n'osoient
pas prendre, de crainte d'étre appelés Giaours par le peuple, qui est bien
plus superstitieux que les courtisans. L'ambassadeur d'Angleterre fit
planter ses pavilions dans un grand jardin, sur le bord de la rivière [458]
à une lieue d'Andrinople. Les ambassadeurs de Transylvanie et de Raguse
prirent la route de leur pays, et moi celle de Bosnac-cui, avec plusieurs
riches marchands, air nous campAmes dan; une grande saussaie au bord
de la Marisse. [459] L'ambassacleur d'Angleterre renouvela les Capitula-
tions et partit le 25 juillet pour Constantinople, oic la peste n'étoit pais
si forte laissant le secretaire de l'ambassadeur avec le trésorier pour finir
le reste des affaires .. J'y demeurai jusques au 15 septembre, et quoique
je ne fisse plus beaucoup d'affaires, j'étois oblige d'aller deux ou trois,
fois la semaine au camp, parce que le G. V. sur la nouvelle qu'il y avoit
des envoyés de France et de Pologne en Transylvanie, avoité crit au.
Prince que si lours pouvoirs étoient suffisants, ils seroient les bienvenus.,
mais le roi de Pologne ayant remporté quelques petits avantages en Hera-
ine sur les cosaques, il rappela ces agents et interrompit la négociation
de la paix. Il ne restoit done plus que l'affaire de la terre sainte [462]
que M. l'ambassadeur affectionnoit, mais étant allé chez le Kihaia avec
le pére commissaire pour lui faire une proposition honnéte, il nous répondit
qu'elle n'étoit point meure, qu'il falloit ramener l'esprit du Vizir, qui ne
vouloit point se rétracter, qu'on le laissiit conduire l'affaire, et que le
père se retirAt à Constantinople, afin d'éloigner le patriarche de Ilieru.sa-
lem de la [463] Porte, oft il auroit soin de nos intéréts.
Cette réponse vint fort à propos pour me délivrer des frayeurs con-
tinuelles de la peste, que j'évitai presque par miracle, étant tous les jours
parmi les pestiférés chez le G. V. et le Kihaia, sans autre precaution que
la volonté du Seigneur. Ainsi nous repartimes [464] le 15° de septembre,
après avoir pris congé du Kihaia qui étoit aussi fort alarmé ... etc.
ne mourut néanmoins aucune personne de consideration, et elle cessa
tout à coup, par une pluie de quatre jours et quatre nuits sans disconti-
nuation. [465] M. l'ambassadeur fut assez surpris de mon retour, duquel
ayant ven la raison, il approuva ma conduite et me témoigna sa satis-
faction do ce que j'avois fait pour le service du roi et du commerce.

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LA VIE ECONOMIQUE EN DOBROUDJA
L'AIME DE L'INDEPENDANCE (II)
ANCA GIIIATA

L'étude de la situation économique (domaines fonciers, mines,


commerce) est étroitement bee à la recherche de eel-Wm; aspects de geo-
graphie historique locale en relation avec les possibilités de la société
d'exploiter les ressources naturelles du sol et du sous-sol (terrains agrico-
les, foréts, minéraux, réseam hydrographique et routes) , le développe-
me,nt de la vie économique dans les centres ruraux et urbains ayant à son
tour des implications considérables pour le changement de l'environ-
'lenient dans une étape historique donnee.
Dans le seaname de 1868 il est precise, qu'on a tenu compte de la
production agricole obtenue en 1284 Hegira/1867, mais puisque l'agri-
culture a enregistre des pr(4_,)-rès (mezriicit ) on a realise une recoil e (mah-
sii,1) plus abondante (feyzli ), done le total compris dans les tableaux
synoptiques est plus éleye, car la dime (a'sar ) a atteint 500o; il egt encore
note qu'à cause de l'espace limite, Wont été mentionnees que les quantités
eoncernant eertains produits pour le sandjak Tuleea, à sayoir raisain
(itzUnt : 1868/S1 5 508 750 kiye augmente en 1869 et en 1870 82,3 à
10 229 502 /aye ), tabac (tiitiia, duhan : S 16 234 him, S2 3 39 727),
haricots (fasuliye : S1 6 844 idle, S2 3 23 880) ; parnui les céréales
(hubitbat ) nottons en ordre décroissant : Forge (arpa, peir : S1
1 063 987 kile, S2,3 1 261 809), blé (bugday, hznta : S2 3 1 226 242
hile), millet (dan i : S/ 40 215 Tale, S2,3 -I 179 339), m'ais (kukuruz,
mtsir : S 47 855 kile, S2 3 115 778), avoine (yulaf, alef : S, 45 735
kile, S2,3 81 623), seigle (cavdar : S1 69 111 kile,S2 3 33 882),
une espèce de blé (kaplIca : S23 206 kile ). Mais le ser,lnaMe remarque
aussi la croissance dams le rilliv;t du Danube de la production de sentences
(tahu) de féve (bakla), lentille « lens culinaris », « lens esculenta » (mer-
cimek ), barcak (probablement orobe), topinambuur « helianthus
berosus » (yerelmasi ), pois chiche « cicer » (noht«/), des plantes tech-
niques : lin linum » (ketea ) et du chanyre « eanabis sativa 4 (keten
kenevir ve kenevir ), garance « rubia tinctorum » (kiikboyast ) 23. Cette
23 SI p. 104-105, S2 p. 106-107; S3 p. 108-1(19: A. Gltiatd, Dale 1101, annexe 1;
(S sigle pour le srllname) Kiye untté dc masse = 1 aka, 400 duhern, 1,2828 kg ou cca
1,283 kg (F. Develltoglu, Osmanlica-TurIse Ansildoperlik Lariat, Ankara, 1962 ; W. Hinz, Isla-
nusche Masse und Gewrehte, Leiden, 1955, p. 24) ou 1,282.945 (II. Inalcik, Turcica 4, XIV,
1982, p. 114) ou 1,252 kg (N. Stotcescu, C11111 mast!, au Mammal, Itg?t, p. 182, n. 219) Kite
unit& de masse =-. 1 Gamier, 1 dubld Develltoglu, loc. cli ) , 1 I.stanbul krlest butlday -= 20
olcka =- 25,656 kg, tandis que 1 Istanbul hilesr aura 22,23 kg (W Hinz, op cll., p 41); 25,62
kg et 25,66 kg (I-I. Inalcik Adalelnameler, Ankara, 1967, p 64) ; 1 hile d'Istanbul -=. 18-22 okka
= 23,094-28,226 kg (M. Guboglu, Catalogul documentelor turceyti, vol. I, Bucure5ti, 1960, p.

Rev. Ètudes Sud-Est Europ , XXVI, 2, p 145-158, Bucarest, 1988


4c. 2110

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146 ANCA GHIATA. 2

culture variée de plantes était donnée, sans en préciser la quantité, non


seuletnent pour le sandjak Tulcea, mais pour tous les sandjaks du vi/ciyet
du Danube. Bien entendu, l'augmentation de la production céréaliére
s'explique par la croissance de la population, mais aussi par une augmen-
tation du nombre des animaux. qui devaient étre nourris. Les données
des salname sont confirmées par le grand nombre des actes (se trouvant
dans le (c Fond Pipit ») accordés pour les propriétés miak, de vignes et de
jardins (potagers, vergers, méloniCres), et de moulins, ce qui démontre la
croissance de la production agricole des principaux produits obtenus en
Dobroudja.
En ce qui concern° l'élevage, le sd,lname pour 1868 explique
que les animaux existants ont été inclus dans les tableaux synoptiques
par la suite des recherches entreprises l'année précédente, avec la
mention qu'il n.'est pas possible de préciser si après cette date le
nombre des animaux a marqué une augmentation ou bien une
décroissance mais, « comme l'exportation des animaux était inter-
dite, il est a supposer que leur nombre aurait tiû are plus élevé (ziyadeee )
que celui mentionné dans le tableau », observation parfaitement justifiée
si l'on tient compte de l'augmentation du nombre des animaux enre-
gistrés annuellement, de 1868 à 1873. Ainsi, les auimaux de somme utilisés
dans l'agriculture (pftlik, tara) du sAndjak Tulcea buffles ou bceufs
(9ift hayvanat : res manda ve res ant', était en 1868/81 de 39 008 tétes,
augmeniant en 1869 et 1870/823 à 59 415) ; buffles, animaux de reproduc-
tion ou clestinés à l'alimentation (damiziik manda : S 1 891, 823
2 341 et en 1873/86 1 442), bo3ufs, vaches, vaux (damiztao kara-st'gir :
Si 63 086, 823 93 241), moutons (damizlik koynn :
64 418, 86
339 431, 82,3 473 086), chèvres (danbrzlik kevi, :
327 008, 86
si 33 202, 82,3 28 860, S6 36 241), cochons (eanarar : 823
13 461, 86 18 422), aux quels s'a,joutent les chevaux (damtz,dtk 'her-
get?, : S 25 028, S23 23 262, S 27 937) et les mitres animaux de
charge (kosa, hato', tiinek, merkep)24 ; le nombre des animaux de toute
610, vol II, 1963, p. 573 on Pon parle aussi des kile de Valachie, de Moldavie et de Balcie).
Pour d'autres kile you. N Stoicescu, op cut , p 182-221 ; pour les hile des Balkans voir O L
Barkan, X V ve XVI inci asulada Osmanli Imperatorlugunda rIrai ekonominin hukuki ve mall
esaslari. I líanunlar, Istanbul, 1943, p. 254 et suiv. ; pour le kile de Tulcea (concernant le
hie, Poige et le mais) en 1876-1877 voir M. D. Ionescu, Dobrogea in pragul veacultii XX, Bu-
curesti, 1904 Dans le nord-est du viklyei du Danube (1864) et du sancljak de Silistra des
siéeles a% ant knit inclu aussi le territoire de la Dobroudja. Si Pon confronte les sources du XIXe
siecle ollertes par les siilname et tapa avec celles des siecles antérieurs (la législation ollomane
du XVI(' siecle, le defter concernant l'éNidence des celebkoan de 1573, le delter concernant la
production (Forge de 1675-1676) on constate, en général, l'identité des aspects de geographic
historique, de géograpine economique et du travail (A (',liiata, Toponimia, p 29-61 note 3
idern, uctures, p 39-47, note 16 avec la bibliographic) Pour la production agricole, le
nombre des animaux, le % impOts du ka:a Silistra, 1285-1293 IIegira 1868-1878, voir S.
Draganova, Male! tali :a Dunaosktia vitae!, Sofia, 1980, passim
24S p 104-105 ; S2 p. 106-107: S, p 108-109; A Ginallt, Dale not, annexe 2. Pour
comparnison, now, men tionnons les cluflres donnés par Ion Ionescu de la Brad, (Opere agricole, I,
1968, p 87) dans une statistique des animaux domestiques appartenant à la population rouniaine
de 71 villages (les kaza Tulcea, Isaccea, Macin, Ifirsova, I3abadag, Silistra, Canstanta) 722
buffles, 35 815 bceuf set vaches, 10 075 chevaux, 66 050 bêtes a laine (moutons, chèvres), 7 450
cochons, en total 120 122 1.6tes d'animaux, ce qui sigmfic cca 33 t6tes d'animaux par foyer
(cca 18 1)6Les à lame, eca 13 bêtes et cca 2 cochons) et cca 4 animaux par habitant Si l'on
bent compte que dans les villages analysés il y avaient 3 680 foYers roumains avec cca 28 031
habitants (chafres gm neineluent pas la situation des villages du Delta se trouvant encore

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3 LA VEE ECONOMIQUE EN DOBROUDJA 147

sorte se trouvant dans les foyers ruraux et urbains du sandjak Tulcea


montait en 1868 h 515 743 tetes (res), en 1869 et 1870 h 531 038 et en
1873 it 650 778 (pour 270 loealités), tandis que la production de céréales
et de fourrages, en 1869 et 1870, pour 248 localités, montait h 2 918 879
Lile. Ces données mettent en evidence non seulement le earaetere agro-
pastoral de l'economie d'après l'observation de Ion Ioneseu de la
Brad 25 mais aussi le fait que le hane de la Dobroudja avait une force
économique suffisante pour assurer les moyens cl'existenee à tous les
membres (une on plusieurs families) et de faire face à une fisealite d'un
Empire comme était celui ottoman, qui se fondait sur un apareil bureau-
cratique nombreux et couteux.
Tenant eompte de la statistique centralisée concernant les 392
localités identifiées dans les aetuels départements de Const anl a et de Tuleea,
en 1873 un hane eomptait (du total de 877 027 tétes d'animaux) cea 27
Vacs (clout cea 20 betes à laine, oca 4 h comes et des chevaux, ntilisés
dans l'agrieulture, dans l'alimentation et la reproduction) et cca 264
gurus dime (du total de 9 206 596 gurus dime) ce qui signifie, par tete
d'habitant, cca T anitnaux, cca 74 gurus dime (a',s(t).), cea 18 gurus im-
pôts (veruti ) (du total de 1 743 766 gurus impöts dans lescluels nous
n'avons p.as inelu le bedel-i asker de 532 178 gurus que l'on percevait
seulement des non-musulmans) 26. Il convient aussi de retenir la remarque
de Ion Ioneseu, entierement eonfirmée par les sources turques prises en
consideration, notamment qu'une grande partie des terrains propres
l'agrieulture restait non, eultivée, étant destinée uniquement au piltu-
rage 27, phénomene dâ aussi à l'in.suffisance de la main-d'ceuvre.
En rapportant la superficie arable 3 998 042 dònii»? du sand-
jak Tuleea h la production de eéréales et au nombre des animaux de
traction (e,ift It vanat, manda, kara-sajtr, her#elt, kosu, binek, kattr,
merkep ) il en ressort : en 1869 et 1870, dans 248 localités l'on produisait
-cea 1,3 kile par 1 (low! In (ce (lui indique une production basse) et il reve-
nait oca 29,5 dcinn In de terre labourée par tete animal (pour un total de
135 480 tetes dans lequel nous n'avons pas inclus les animaux. jeunes
ntalak, dana, lay ) ; en 1873, dans 270 localités et pour un total de 123 029
1850 sous l'occupalton tzarisk.), cela signifte que les foyers routnams possedatent un grand
nombre d'animaux relativement à la population gut s'est maintenue constante en Dobroudja
jusqu'd la guerre d'indépendance (voir A. (Iluatil, Les Rouniains en Dobrouclia au milieu du
siecle d'apr&s les informations de Ion lonescu de la Rtad, (t Revue des etudes sud-est eu-
ropéenne t), XV, 1, 1977, p. 131-157) Pour mieux connattre les especes et les quanlites des
produits agricoles et des animatix domestiques, dans les regions roumatnes, yoir les informations
de la meme époque de Ion loneseu de la Brad : Agrtcultula tomcind din judetul Dorolzot, Bucu-
resti, 1866; Agricultura ronuina din Judeltil Meliedinft, Bucure5ti, 1868 : Aglicultuta ionuind
din Judetul Fuina, Bucure0, 1869
25 Ion lonescii de la Brad, op. cit., I, p 80, 89, 92 Sur le caractere agropastoral
de l'éconornie de la Dobroudta au X\ le s. von' A. Ghlatä, Sltucluies, p. 39, 47
26 . Gluatil, Dale not, annexe 5. Nous avons rapporté le nombre des animaux, la
production agricole en general et la superficie cultivée au nombre approx. de la population
-productive et imposable. Toulours pour comparaison, M. D Ionescu, Dobrogea, p 785,
'790, 794, 796 donne pour les departments de Conslanta et de Tulcea en 1890 les
chiffres suivants : 216 126 beeufs et buffles, 638 299 betes a laine, 24 633 cochons, c'est-d-dire
un nombre approximatif egal d'animaux par rapport à la slatistique de 1873. Done, du point
de vue écologique, nous avons la capacite moyenne de noutrition. Mentionnons encore qu'en
1890 la population des deux departments s'était doublee, ateignant 212 813 habitants; 11 en
-resulte que le pourcentage des animaux par tete d'habitant s'est reduit
27 Ion Ionescu de la Brad, op. cit., I, p 89-90.

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148 ANCA GHIATA 4

tétes, revenaient cca 32,49 iliinitin par téte animal qui travaillait les
champs ; en 1869 et 1870 une paire d'animaux de traction (Oft hayvanat )
si l'on tient compte des données eoneernant cette categorie d'animaux
utilisées pour les travaux aoTicoles labouraient cca 67 deinitm, ce chiffre
comprenant autant la terre labourée que le phturzige naturel, « car le
terrain n'était pas intégralement travaillé », selon le album(' pour 1875.
Done, en réalité, la superficie qui revenait à un animal kait beaucoup
plus réduit, car dans le fonds foncier étaient inclus aussi les paturages,
cultivés ou naturels, qui nomrissaient non settlement le gros betail, mais
aussi les betes à laine dont le nombre était très élevé dans le sandjak
Tuleea : en 1868 339 431 moutons et 33 202 chèvres, en 1869 et 1870
327 008 moutons et 28 860 chèvres, en 1873-473 086 moutons et
36 241 chèvres. Ainsi, en 1869 et 1870 revenaient cca 8 dòniim superficie
arable (de culture ou de pàturage) par *le d'animal, poni un total de
517 577 tétes de gros bétail et likes à laine, tandis qu'en 1873 cca 6
deintim pour un total de 632 356 tkes (sans compter les eochons) 29 Si
nous prennons en consideration le fait que plus d'un million de moutons
provenant des territoires 1101(1-danubiens scion l'estimation de Ton
Ionescu venaient annuellement dans la Dobroudja qui leur assurait
le paturage 29, taOrti la superficie dont benéfieiait claque animal était
substantiellement réduite, allant jusqu'à 2,44 ddniimleapila, la balance
de l'économie agraire inclinait en faveur de l'élevage des likes à laine et
du paturage. En meme temps, il faut rappeler que dans la répartition et
la grandeur en debrii m des terrains labour& on tenait compte non seule-
molt du nombre de la population et des animaux de travail, mais aussi
de la qualité du sol (qui en Dobroudja variait d'un zone géographique
à l'autre), ainsi que nous le montre la statistique du salnanié et la répar-
tition des terres miri et !Oak pour chaque kaza du « Fond tap( ».
En dépit du developpement économique et édilitaire spécifique du
milieu urbain, on pent eonstater, à l'époque, eompte tenu de la statistique
de 1873, que dans le 11 chef-lieux (Tulcea, Constanta, Babadag, Hirova,
Sulina, Màcin, Medgi(lia, Mangalia, Mahmudia, Isaccea, China) existait
encore un territoire rural (Amin et que Pelevage avait un poids assez
important dans l'économie urbaine : ainsi, pour 7 178 hane et 21 544 'Ames,
le quantum des dimes numtait à 423 122 guru et le nombre des animaux
à 39 141 tétes, done cea .59 guru et oca 5 animaux revenaient pour chaque
hane, et eca 20 guru et oca 2 animaux pour chaque habitant. :Mention-
nons encore l'existence d'un grand nombre d'actes coneernant des pro-
prietés ( ) de vignes, de jardins et de possessions avec tapu de cer-
tains terrains. La ville ne s'était pas trop écartée de l'agriculture, ph&
nomène g,énéral en Europe avant la revolution industrielle 3°.
29 A Ghiari, Date riot, annexes 1, 2, 5, 6 A comparer aussi avec D. AI Ionescu, Do-
blow, p. 797; en 1892, dans les deux départements. pour :391 531 ha superficie arable il y
avaient 123 129 bétes de somme (ce qui revient à 3 ha par téte d'animal). Si le nombre de
148 530 d'animaux (bceufs, buffles, chevaux) de 1873 sera rapport& à la superficie donnée pour
1892, reviennent 2,63 ha par téte d'animal, démontrant la capacité écologique constante de
nu trit ion .
1011 lonescu de la Brad, op. cit., I, p. 103.
29
29 A. Gluatil, Dale not, annexe 4; N. Todorov, La vale, p. 450-451 fait la remarque
intéressante que tons les categories sociales des bourgs possédaient des vigiles, marque de rt-
chesse et, dans certains cas, une condition pour être admis (fans l'esnaf.

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5 LA VEE ECONOMIQUE EN DOBROUDJA 149

Les sources salname nous transmettent des informations completes


sur l'étendue du fonds forestier qui appartenait à Pfaat ott au fisc ( miri )
et qui totalisait une superficie de cea 391 000 deiniim terrain boisé dans
le sandjak Tulcea ; les quautités de bois nécessaires à la population étant
établies et distribuées par l'intermédiaire des fonctionnaires locaux ( mocha-
lerin memurlart ). Les principales forks, selon les données tirées du seaname
pour 1875, étaient : I. la fork située en marge du kaza Milcin et du na-
hiye Isaccea de cca 143 000 donum ou 120 Km2 ; les principales essences
d'arbres étaient : le charme « carpinus betulus (gnrgen ), le tilleul
tilia » (thlamar ), l'érable « acer abulus » (ako-a09 ), des variétés
de fréne « fraxinus » (disbadak ), la carnouille « cornus » (ktzilvik ),
le chêne « quercus » ou le chéne rouvre « quercus pedunculata » ou
« quercus corris » (sart-mese, a/c- mese, kiziletk-mese ), orme « ulmus »
(kara-a09 ) ; II ; la fork Babadag de ma 187 000 d6nnm, soit 150 Km2,
ayanIt comrne essences d'arbres surtout le chéne (mese-ajav ) avec ses
différeutes variétes, le charme, puis toutes les autres essences mention-
nées ci-dessus, auxquelles s'ajoute une parcelle de peupliers « populus »
(kayak ) ; deux foréts aux bouches du Danube dans le haza
Sulina : la forêt Letea, eca 23 000 donum, soit 60 Km2 formée d'arbres
déjà mentionnés, mais surtout du peuplier et des saules (sbgia) et la
fork Cara-Orman située entre le bras Sulina et le bras St. Georges (Ilizir-
Ilyas ), cca 31 400 cleiniim, comprenant surtout des chénes, ormes, tilleuls,
érables, etc. ; V : dans les registres seaname pour les années 1868-1873
est mentionnée aussi la fork des environs de Mahmudia, près de Bes-tepe,
cca 6.000 &mum fork qui est ornise en 187; VI: puis, dans le haza
Silistra (sandjak Eon st eh ouk) et ait mentionnée une fork longue (tul)
de 6 heures et larg,e (arz ) d'une heure, daus les environs du nahiye fern-
,senli (aujourd'hui Villeni, depart. de Constan(a) qui eontinuait vers le
sud, dam; le lialaye Tonic, folk dont la superficie West pas plécisée,
mais on fait mention des différents sortiments d'arbres vallonie blauc,
noir, rouge (ah-pelit, kara-pelit, kiza-pelit ), chairne, fiéne, tilleul 31.
Tout conmine auparavant, la forét de la partie septentrionale du sandjak
Tulcea a conserve, plus tard aussi, son caractère insulaire, couvrant une
31 Ss p. 144-146 , S, p 145-146 Dais', le siilgame on fait la correspondance entre
la superficie en donwn et kdornelr. sans préciser s'il est question de okin4 i Cette information
nous aide a établir l'équivalence d'un donarn en metres oà ha pour le XIX slecle S1 p 116
donne la superficie de la forel de Malmiudia tl y manque la superlicie de la loret de Yem-
§enit S1 p. 116, Ss p. 119, 123, s3 p 124, 127, S4 p. 122, 127-128, Ss p. 320 confiennent des
données diffélentes par rapport an seaname de 1875 : certaines forks sont plus restreintes (Niacin-
Isaccea, de 6 heures en lonesueur et 2 heures en largeur as ait 30 0(10 donutn Babadag en Ion-
gueur de 6 heures et 2 heures en largcur avalt 30 000 clonum), tandis que d'autres sont beau-
coup plus vasteo (Lelea 2 heures longueur et 2 heures largeur avec 453 355 clorzurn (sic !), Cara
Orman n'est pas mentionnée &taut probablement inclue dans la superficie de Letea), Malunudia
avait 6 000 d6num En conclusion, le fonds forestier de cca 539 355 donurn étalt plus grand
qu'en 1875 ; cette difference s'explique sott par une faute d'information ou de calcul de la
chancellerie, soit par reffet d'un defrichement intensil entre 1868-1875. Par atlleurs, le salname
mentionne o que les limites des forels et la quantité de bois n'étaient pas exactement connus
(S1,4 p 127, So p 320). Voir pour comparaison C. Bratescu, Ftlogeografta solurile Doblogei
in « Analele Dobrogei IX, 1, 1928, p 81-105 oa Pon mentionne les memes essences, la su-
perficie et Pancienneté (60-100 et plus de 100 ans) des forets et à la p. 95 (d'apres Gr. Antipa)
la superficie de Letea 3 150 ha, Cara-Orman 1 650 ha ; de meme, M D Ionescu, Dobrogeu,
p. 760 762.

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150 ANCA GHIATA

grande partie de cette zone et la région boisée du sud-ouest (l'actuel dé-


part. de Constanta) continuait la fork Delioi man du sud et eelle du nord
du Danube de Vlasea, Teleorman, Illov.
Dans le sandjak Tulcea il y avait des mines ou des eanières de
pierre de différentes sortes et des earrières de marbre (ta? ve mermer
ma'denleri ). Ainsi, à Tuleea existait une earl iéi e qui produisait un tr.&
beau marbre d'un coloris varié ; à iMeclgidia il y avait des earrières de
terre rouge, ocre (toprak &mast ) et de terre « qui se cuit » (yanar bir
toprak ); dans les kaza Babadag et Medgidia existaient des carriéres de
craie (tebesir ma'deni ) ; dans le kaz.'a Babadag étaient des mines de dif-
férentes ardoises (arduraz la?), tandis que dans le kaza Mein il y avait
des earriéres de granit (granit ta?) 32
Dans tous les registres sdlname une attention particuliére est accor-
dée à la description des voies routières de la région. Or, il est connu que
ces voies occupaient clepuis toujours une grande partie du territoire.
Dans l'ouvrage-compte rendu conceinant les réalités soeioéconorniques
et administratives en Dobroudja, Ion Ionescu consignait, en 1850, l'état
déplorable des routes de la région et donnait en mCnne temps les distances
entre les principales localités ; partant de ces réalités il signalait aux auto-
rités ottomanes la nécessité de faire eonstruire et d'améliorer les routes
de la region, observation dont on tiendra compte les années suivantes,
ainsi que le démontrent les sources ottomanes prises en considération dans
notre recherche. Ion Ionescu montre que « pour le développement et la pros-
périté d'un pays il faut commencer par établir les voies de communica-
tion » 33.
En 1860 entre en fonction la voie feriée de la zone du Carasu ; ainsi,
le salnamé de 1868 notait que la distance entre le village de Cernavoda
(Bojaz-k5y ) et Constanta était de 12 heures et que la voie ferrée (demir-
golu) eonstruite entre les deux localités pasmit près du bourg (kasaba)
Medgidia. En 1869 l'on y précisait que de Tulcea à Babadag il y avait
une route bien construite, que l'on pouvait parcourir (à, pied) en 6 heures,
en longueur de 36 400m et que dès l'été commencera la construction d'une
route de 12 helixes entre Tulcea et Mein, route encore en construction.
en 1875. L'état des voies routières était minutieusement présenté en 1875
et l'on préconisait « des mesures urgentes à mkne d'améliorer le trafic
routier » dans la région : entre Babadag et Constanta, il y avaient 12
heures, à savoir une route de cca 86 500 m de longueur ; une partie longue
de cca 22 000 m et large de 9 m était déjà, construite, pour le reste de
50 000 in les travaux de terrassement étaient commencés, tandis que pour
14 000 m les travaux n'étaient mé'me pas commencés, bien que la mise
en ceuvre était prévue pour le printemps 1876; de Tulcea à Isaccea, sur
une distance de 6 heures, il y avait une route long,ue de 35 000 m et
large de 8 m, qui comportait 7 ponts, construite en 1290 Hegira/1873 ;
de méme, l'on a dressé la carte avec le trajet de la route de 6 heures
d'Isaccea à Mein, la construction devant commencer au printemps 1876;
l'on y mentionne en.core la route entre Atkin et Hirova, de 12 heures
32 S8,9 p. 139. Les mêmes mines sont mentionnées par M. D. Ionescu, Dobrogea, p. 820
821, 831-832.
33 Ion Ionescu de la Brad, op. cit., I, p. 67, 71-78.

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7 LA VIE ECONOMIQUE EN DOBROUDJA 151

de laquelle ne furent construits que 10 500 in, le reste étant ajourné pour
une date suivant la construction de la route Tulcea--.Milcin 34. C'était
là, l'état reel des routes au moment de Pinstallation des autorites
roumaines dans la region.
Le sillname de 1873 précisait le point cardinal et la distance heures
et minutes de chaque localité jusqu'à la residence du kaza. C'est à l'aide
de ces informations que nous avons pu identifier et localiser avec precision
les localités et l'on peut reconstituer le réseau de routes « de campagne
les voies d'accès entre les localités, les étendues maxima des kaza ou des
nahiye respectives ; si l'on part de la moyenne de 6 Km/heure à pied, le
village le plus éloigné par rapport au centre administratif etait, en may-
enne : 3 h dans le nahiye Mahmudia, 4 li dans le nahiye Isaccea,
5 hdans le kaza Tulcea, 6 h dans le nahiye Chilia, 7 h dans les
kaza Constanta, Medgidia, Mangalia, Bazargic, Balcic, 8 h dans
les kaza Babadag et Hir;.;ova, 10 h dans le kaza Sulina, 14 h dans le kaza
Silistra 35. De cette manière, la densité des localités, des have, de la popu-
lation, ainsi que la production de céréales et le nombre des animaux re-
venant à chaque kaza peuvent étre rapportés à la superficie de chaque
-unite administrative dans une tentative de reconstitution monographique
zonale de l'époque. Selon les informations du registre (1873), le village
Caugagia (Gaqaci ), par exemple, était situé au nord-ouest et à 2h dis-
tance par rapport A, la residence du kaza Babadag ; si l'on regarde la carte,
le village est au sud-ouest, mars la recherche in situ indique la voie d'accès
vers la localité en partant de Babadag vers le sud jusqu'au lieu dit « Dora
cantoane » (les Deux cantons), d'où elle s'ouvre vers le nord-ouest pour
aboutir au village, done conformément aux indications du sálvame. Par
consequent, les informations géographiques de 1873 fournissaient aux
intéresses (le fisc, les commergants, etc.) la voie la plus courte et la plus
accessible pour chaque localité. Un dénivellement de terrain (colline-
vallée : tepe, dag, dere, vrifir) ou un ruisseau, un lac (01), une He flot-
tante, des zones innondables, des forets, etc. pouvant en empécher Faeces
direct et imposer une deviation, exigent une confrontation des sources
avec la situation réelle, sur le terrain, pour surprendre une situation de
fait constante ou modifiée.
Les informations fournies par les sálvame (1868-1877), considérées
du point de vue de la géogr aphie historique notamment de Pintervention
de Phomme sur le milieu geographique, dans son effort d'organiser la
structure territoriale au service des exigences de la société, de construire
des sites et des hane, d'ouvrir des voies d'accès, d'exploiter des carrières,
des mines, des eaux, de cultiver la terre et d'élever des animaux ou de
faire de Papiculture, etc. offrent un tableau complet de la situation
34 S, p. 113-114, S2 p. 115, 117, 123 ; S, p. 117, 121, 128; S9 p. 317-320; S9 p.
137-138 S6 p. 314 mentionnent la distance entre Babadag et Constanta : 18 heures (a pied)
de cca 60 544 in on on allait construire une chaussée pour laquelle le terrassement etait déjà
mis en ceuvre ; tenant compte des données du Ss p. 138, il en résulte que les travaux avaient
avancé pendant les deux années. Dans le S9 p. 139 (1876) on fait mention de l'achevement
de la chaussée Babadag-Constanta et de la route Isaccea-Macin qui devait ètre terminée au
printemps prochain (1877), d'où il en résulte que les travaux n'avaient pas fini avant la guerre
d'indépendance.
35 V. Todorov-Hindalov, /oc. cif.

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152 ANCA GHIATA 8

éconotnique eoncernant la mise en valeur des ressources de la r6gion au


XIX° siècle et mettent en lumière les perspectives du d6veloppement
de la Dobroudja après la guene de Pindépendance et de sa reintegration
dans les frontières de l'État roumain moderne. Nos recherches concernant
la toponymie dans la Dobroudja médiévale et moderne viennent s'ajouter
ces observations, vu quela toponymie reflete, ou plus exactement
qu'elle consetve (au point de vue semantique) certaines réalités de géogia-
phie historique locale en direete liaison avec la geographie économique et
les occupations, la gèographie de l'habitat et de la population, la flore et
la faune, ainsi que d'autres, éléments liés à Porganisation tenitoriale 36.
Pour un nouvel essor de la vie economique aux bouches du Danube
furent prises certaines mesures : m'ème avant la mort du sultan Abdul
Medgid, le bourg Sulina et Pile de Letea qui avaient « l'etendue
d'un sandjak » ont re0 le statut de evkaf dans un document de 1279
Hegira/1862 il est mentioun6 que dans Peydlet Silistra enirait aussi le lira
(ou sandjak) Sulina (avec les kaa Sulina et Chiba) et par la léolganisation
du sandjak Tuleea, en 1864, furent maintenus le kavt Sulina et le nahip
Chilia (Valle) dans le Delta ; plus, sous le regne du sultan Abdul Aziz,
le bourg-polt Sultna et Pile de Letea re_curent le statut de port-ham (13
février 1870). D'ailleurs, ce document prévoit ausi, parmi d'autres, que
l'exportation du zahire doit continuer sur le bias et par la bouche de St.
Georges (Hnir Ilyas botlast ), tandis que le reste du trafic fluvial s'ef-
fectuera sur le bras Sulina l'une des conférences tenues à Palk en
1866, concernant la navigation sur le Danube, M. Cowley, le représentant
de l'Angleterre, plécisait : « Le tiaité de Paris (1856), en désignant Isaccea
comme point au-dessus duquel la Commission europknne exercerait sa
juridiction, ne parait avoir eu en vue que confier à, la Commission le
Delta du Danube » 38. Or, c'est justement cet aspect que la politique du
gouvernement ottoman s'est appliquée à contrecarer et à, limiter par les
mesures politiques-administrative; de contrqle plises aux boucles du
fleuve, en parallèle avec Peffort de partieiper au flux konomique de la
zone.
Ainsi que nous prkisions ci-tlessus. en 1860 avail été construite
la vole ferrée C'ernavodii-ConstaMa et pendant la première moitié du
XIX° siècle, l'on préconisait la constiuction de deux canaux (Vallée du
Carasu et Dunavilt) 39 mise au seivice du cl6veloppement du réseau terrestre
36 A Gluatd, Toponume, p 29-61; Klein, Valli Mesta' n documental(' dc toponunce ro-
mamas& in Dobrogea, dans les travaux du Ile Symposium national de toponymie, Bucarest,
1980, p. 7 ; idem, La toponymte turgue el les rcaltlés de la géographie lastorcque sud-est earopéenne,
communication au IN' Congrès international de tureologie, Istanbul, septembre 1982.
37 A. Ghia(5, Dale 1101, p. 157-158, notes 9-11 (avec présentation des sources : evkaf
propriélés dont les revenus étaient accordés aux institutions religieuses, philanthropiques
ou cle culture: Klein, Recut-nut politico-economic al ora5ulut Sulina sc al gunlor Lund ni in sec.
XIX, communication a la session de l'Institut d'études sud-est européennes : o Les villes-ports
au Bas Danube e (ayn] 1981)
33 D A Sturdza, Remelt, p. 96.
39 P. Cernovodeanu, Roma' nit si pnmele procede de construire a canalulm Duna: ea
Marea Neagrei (1838 1(56), i Revista de istorie 1976, 2, P. 189-209; Gh. Platon, Geneza
de la 1(18, (Iasi). 1980, p 99-113, le chapitre e La Dobroudja A la fin du
revoluttet rornelne
XVIIle siecle et pendant la première moitié du XIX' o ; I Popescu, Cät ferate, transporturi
rlasice $i model ne, I3ucuresti. 1987, p. 84-86, 348

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LA VIE ECONOMIQUE EN DOBROUDJA 153

et fluvial de communication locale qui facilitaient impliciteinent le con-


tact entre les territories roumains nord et sud-danubiens ; cette liaison
économique précédait de prés Punité politique réalisée apt-6s la guerre
d'inclépendance.
L'importance du développement des voies de communications
modernes nécessaires au maintien des liaison.s entre les territoires rouma,ins
sur les deux rives du Bas-Danube a été souvent mise en évidence par
les &Tits des lettrés roumains, tels Ion Ioneseu de la Brad, Ion Ghica
ou Dionisie Pop Martian. Ainsi, Ion Ghica exilé dans l'Empire ottoman
(de 1848 à 1857) saluait le projet de construction d'un canal Danube-
Constanta qui raccoureissait de 50% la route vers l'Orient et envisageait
que « le point on ce canal se déversera clans le Danube sera la capitale
naturelle des Pays Boumains *4°. Les préoccupations de Ion Mica con-
cernant Punion de tous les Boumains dans un seul Etat unitaire embras-
saient aussi la Dobroudja, ce qui le déterminait d'écrire à Nicolae
cescu, en 1849, gull espérait obtenir « un bout de terrain dans la pro-
ximité du futur canal de Constan(a » et il conseillait son ami de s'établir
dans la région 41 Sur cette voie s'inscrivent quelques démarches et eertaines
réalisations du gouvernement romnain. Sous le règ,rne du prince Barbu
Dimitrie Stirbei, vers la fin de Pannée 1855, début 1856, se manifestait
dans l'Assemblée représentative un certain intélét pour la construction
des ohemins de fer sur la route VirciorovaCraiovaBucuresti, « jusqu'au
Danube, h un point que Pon considera propice, d'on ce chemin de fer
pourra se prolonger pour aboutir dans un port de la Mer Noire » ; par
conséquent au moment on coinmencérent les négociations avec l'Allemand
Maximilian Haber, représentant d'une firme spécialisée, au sujet de la
voie ferrée allant du Banat par l'Olténie et la Valachie jusqu'en Moldavie,
été inise la condition d'une concession pour la construction d'une ligne
secondaire vers la Mer Noire dans la direction Cernavodh Constanta ;
mais le plan n'a, pas été finalisé h cause des conditions politiques défavo-
Tables et des prétentions désavantageuses pour l'économie du pays 42 De
toute fagon, une carte de 1857 intitulée Danube and Black Sea railway
and free port of Kustendje carte attachée A, un mémoire anglais pré-
sentait un vaste réseau de voies ferrées qui unissait la Dobrou.dja à la
Valanie, passant sur le Danube a MilcinBrhila et Silistra, et de Milcin
veis Hirsova et Isaeeea, puis h Ester (aujourd'Imi la localité n'existe
plus) vers Bazargic, et au nord de cette localité une vole ferrée faisait la
liaison avec Silistra. Sur la carte était marquée aussi la ligne Cernavoclh-
Constant:a et le texte qui l'accompagnait mettait en lumière les perspec-
tives de développement qui s'ouvraient pour Constanta comme port-franc ;
enfin, on y publiait le texte de la concession accordée h la compagnie
anglaise pour la construction des voies ferrées en Dobroudja43. Wine avant
40 Ion Gluca, Scrierr economice, vol III, Bucure,ti, 1937, p. 64.
41 Ion Ghica cûlie Nicolae BilIcescu. &nett inutile din mama pribegici, Mitt: par G.
Zane, in o Analele Acadelmei Homéne Memorille Sectiet Is torice x, s. III, XXV, 1943, p. 1140.
1141. Lettre du 12 décembre 1849.
42 N. Iorga, Viala st domnia flu Barba Dimilrie Stirbei al Tarii Ratner' noti (1849 1856 )
Valenti de Munte, 1910, p. 170: C. Scafe5, V. Zodian, Barbu Stubet, Bucure5ti, 1981, p. 98-99.
43 Thomas Forester, The Danube and The Black Sea: Memoir on their junction by a
railway between Tchernavoda and a free port at Kustendje. With remarks on the navigation of the
Danube, the Danubian provinces, London, 1857, passtm.

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154 ANCA GBIATA 10

l'Union, Petre Mavrogheni soutenait dans l'Assemblee representative de


Iasi le projet d'une voie ferrée entre la Boukovine et la Mer Noire. En
1860, à l'inauguration de la ligne Cernavod6 Constanta ont participé,
en tant que représentants de la Romnanie, Ion Filipescu, ministre des
affaires étrangères, le depute Grigore Ghica et l'économiste Dionisie Pop
Martian. Ce dernier a écrit, entre 1860-1862, quelqu.es articles sous le
titre g;énérique suggestif La 'mix ferrée Danube Afer Noire où il soulignait
la portée de cette contruction « très importante pour les principautés »,
car elle liait directement la Plaine Rournaine A, la Mer Noire ; le méme
auteur mettait en evidence tant la nécessité que les effets du raccord des
points de Roumanie avec cette ligue par la construction d'un réseau reliant
le Banat de Timisoara à la Mer Noire. L'économiste roumain affirmait
que la voie ferrée CernavoctIConstanta deviendra rentable après la mise
en exploitation du port Constanta nouvellement amenagé et la construction
de dépôts dans ce port et à CernavodV4. Ces nécessités réelles seront
prises en considération par la politique économique roumaine (commercial-
portuaire et navale) après la guerre d'indépendance. En 1862, Ion Ghica
revenant h la Chambre des deputes, déclarait que le projet de construction
de voies ferrées de 1855 doit étre réactualisé pour assurer de la sorte la
liaison entre les Carpates et le Danube. D'ailleurs, les voies ferrées Bucuresti
Giurgiu et Suceava Roman, en 1869; BucurestiPloiestiBuzäu-
Bràila GalatiRoman, en 1872; Piatra Olt Virciorova, en 1875
seront construites successivement, l'ensemble jetant les bases du trafie
féroviaire moderne romnain.
L' tat roumain s'est avéré intéressé à son tour pour le developpe-
ment de la navigation sur le Danube : le chef de l'État roumain a entrepri
trois voyages au Bas-Danube (1866, 1867, 1869), visitant Tulcea et Sulina,
a inspecté les travaux de la Conunission européenne danubienne et a eu
des contacts avec les représentants de celle-ci et avec le pacha de Tulcea.
Interessé au développement des trois districts de la Bessarabie (Ismail,
Cahul, Bolgiad) qu'il avait inspectée en 1866, le chef du gouvernement
roumain revient l'année suivante aux bouches du Danube accompagne
par Desjardins, connu par une etude importante sur les embouchures du
Rhône, et qui venait ici faire un travail semblable sur celles du Danube
done, ils naviguèrent sur le bras Chilia jusqu'à Vilcov et aux embou.chu.-
res, sur le bras « Ghstei » (le bras des Oies) puis, d'ici jusqu'au lac Cibrianu,
d'où on pouvait construire un canal avec issue en mer. Puisque les bouehe
du Danube n'appartenaient pas à la Rournanie, ce n'était qu'ainsi qu'on
pouvait avoir une issue roumaine en mer ou on pouvait faire un port, qui
donnerait à cette portion de la Bessarabie une grande importance. Le plan
fut discuté avec le professeur Desjardins, puis, en juillet 1869 et en mai
1875 avec l'ingénieur britannique Charles Hartley qui exécutela les prin-
cipaux travaux de laccoureissernent du bias Chilia et présentera au gou-
vernernent roumain les plans du port Cibrianu 45. En parallèle avec les
44 Victor St5vesen, Vleala z opera ceononustului Dronisre Pop Martian (1829-1665)'
vol. I, 1943, p. 273, 278-280: vol II, 1954, p 101-108, 249-251, 255-259; idem, Vreata
§i opera lur Petre Mavroghenr, in a Analcle Acadenilei Romiine. Menioriile Sectiel Istorice s,
seria III, XXI, 1939, p. 338-349.
45 A. D. Sturdza, Les travaux de la Conumssion européenne des Bombes du Danube 1859
ii 1911. Actes el documents, Vienne, 1913, p. 41-42, 47-48.

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11 LA VIE ECONOMIQUE EN DOBROUDJA 155

mesures du gouvernement ottoman, on constate les preoccupations de


l'Etat roumain visant la modernisation des voies feirées et fluviales par la
,construction d'un canal separé aux embouchures de Chilia permettant un
issue en Mer Noire separée de celle préconisée par la Commission euro-
péenne danubienne et l'Empire ottoman. D'ailleurs, du tableau 9.,énéral
concernant « l'état general et comparatif des batiments de chaque- patio-
nalité sortis du Danube durant les années 1871 à 1877 », retenons les
données concernant les vaiseaux roumains : 206 voiliers ; dans les sources
eartographiques de l'époque, la Dobroudja est liée A, la Roumanie soit
par la voie fen:6e, soit par les voies routières ou de communication postale
ou télégraphiques ; une carte nous present e ainsi les voies routières mises
en exploitation (jusqu'au ler janvier 1862) dans les regions de la rive
gau.che du Danube, mentionuant aussileur continuation au-dela du fleuve,
en Dobroudja : de Braila à Mgcin, de Pina Pietri a Hirsova d'on sont
marquees les routes vers Tuleea, Babadag, Calasu (aujourd'hui Medgidia),
Constanta, Cernavoda, etc. 46 Cette liaison ressort d'ailleurs aussi du texte
des sillname étudiés par nous qui se lapportent au réseau de voies ter-
restres de la Dobroudja.
Dans le siilname de 1868, 1869 et 1870 il est precise que dans les
ports (iskele ou liman) suivants entraient annuellement Tuleea, 965
vaisseaux ; Sulina, 2 792 vaisseaux ; Constanta, 586 bateaux et navires
A, voiles (vapar ve yelken genbisi ), tandis que dans les ports Roustchouk
{190), Silistra (315), Zistovi (318), Nikboli (506), Vidin (530), Lom (515),
Rahova (430) ; à Tulcea, Milein, Isaccea, Chilia, Ciirilka (210) ;
Constanta on enregistrait annuellement 4 000 500 kite et à Sulina -
34 264 000 lcile zahire que l'on chargeait sur des bateaux (sefayi ). On
apprécie que dans les ports Vaina et Balcie on chargeait 6 000 600 kile
sur 6 561 vaisseaux qui circulaient annuellement entre Vidin et Sulina
pour faciliter le trafie sur le Danube. On precise aussi le prix d'un
(Ier, ne et Ille classe) entre le ts ports des deux rives du fleuve 47.
Nous reproduisons quelques extraits de la statistique dressée par
la Commission danubienne concernant la rade et le port de Sulina : 1861
(216 bateaux), 1862 (290), 1863 (399), 1864 (515), 1865 (313), 1866 (361),
1867 (301), 1868 (368), 1869 (520), 1870 (474), 1871 (343), 1872 (185),
1873 (319), 1874 (253), 1875 (285), 1876 (344), 1877 (128), done de 1861
1877 sont entrés à Sulina 5 614 bateaux. En ce qui concerne le total
des bateaux postaux à vapeur charges dans le port de Sulina et dans les
ports intérieurs du fleuve, la statistique offre les chiffres suivants : 1868
(2 640), 1869 (2 361), 1870 (2 067), 1871 (1 971), 1872 (2 033), vers 1877
les chiffres tombent au-dessous 1 600; done, au total, 40 304 bateaux
46 lbalem, Ile annexe, tableau n° 2. (Malta Principalelor Unite, Bassaralnet hiographie
par A. Bieltz, Bueurett, (1862) avec les principales routes de la lioumanie conlinuées sur le
terrilotre de la Dobroudja et Carla lelegrapho-posialc Romania, 13ticureli, 1873 (it la Bibliothè-
que Centrale liniversitaire, Ia5i, H 360, II 78) DCs 1857 fonctionnail une ligne télégraphigue
entre Sulina, Tulcea, Isaccea, Zatoca, Galati, Tasi utilisée par la Comintssion européenne, le
gouvernement ottoman et celui des principautés rournaines. voir M Mittlineu, Colecliune de
fralaiele qt convenliumle Rominuei cu puler de slidine, Bucurekiti. 1874, p. 95.
47 S/ p. 123, S2 p. 128, S3 p. 139, S6 p. 39; Ion Ionescu de la Brad, Opere aglicole, I,
p. 69-71 donne les produtts exportes et leur prix (We, bois, heurre, frontage, etc.).

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156 ANCA GHIATA 12

dans la période 1861-1877 48. Si l'On compare ces chiffres avec ceux du
salname, on peut constater que d'après les evidences des autorités otto-
manes le total était plus élevé en ce qui concerne le trafic annuel (1868
1870) A, Sulina et dans les ports interieurs, ce qui s,ignifie que le hombre
de vaisseaux qui transportaient les zahire vers Istanbul sur le bras St.
Georges et le trafic sur le bras Chilia y étaient inclus, tandis que la Commis-
sion danubienne n'enregistrait que le trafic sur le bias et aux embouchures
de Sulina.
Le trafic aux bouches du Danube a été favorisé aussi par une série
de travaux d'amélioration de la navigation effectuée clans la region entre
1856-1877, fait qui donne une image concrete de l'intervention de Phomme
sur Penvironnement : on construit entre 1858-1861 un canal navigable
aux embouchures de Sulina ; le statut de port-franc accordé à Sulina a
urgenté les travaux commences en 1870-1871 destines à ouvrir un canal
sur le bias Sulim, le « petit Al » (1871), qui reduigait la longueur du bras
en raccourcissant de la sorte la voie vers la Mer Noire ; puis ont été creu-
sés, pour en agrandir la profondeur, le bras Sulina et le Danube à la pre-
miere bifurcation du Delta, là aft le bras Chiba se sépare du bras Tulcea,
1872), etc. 49
Toutes ces voies de communication (terrestres, fluviales) ont facilité
l'exploitation des rich esses de la region, à caté d'un meilleur approvision-
nement de la ville d'Istanbul et d'une intensification des échanges entre
les villages et le milieu urbain, entre les territoires danubiens des deux
rives du Danube, contribuant ainsi au développement économique et co-
mercial des villes clu Bag-Danube en general et de la Dobro-udja en par-
ticulier. L'économie locale a enregistré un important essor grace aux in-
tenses relations avec la Roumanie ; les produits roumains provenant du
nord du Danube, et surtout les grains, pouvaient prendre le chernin d'Is-
tanbul non seulement par les embouchures du fleuve, mais aussi par la
Bouvelle voie ferrée CernavodàConstanta. De cette manière, Cernavoca
et le port de Constanta devenaient de plus en plus importants. La production
agricole n'avait pas atteint son développement potentiel qui était entravé
par l'insuffisance de la main-d'ouvre, du capital et des voies modernes
intérieures de connnunication. Pareil à d'autres regions limitrophes de la
Roumania la Dobroudja n'était pas une consommatrice de céréales prove-
nant des importations ; elle en exportait elle-merne dans les circonstances
ordinaires de sorte que l'excedent de sa production devait nécessairement
se diriger veis la mer. Le Danube était la route naturelle de cet important
commerce ; grAce à ses nombreux affluents et aux multiples routes qui
deseendaient des Carpates vers le fleuve, il servait à réunir les récoltes
de tous les territoires roumains nord- et sud-danubiens dans les ports
d'exportation oh_ elles étaient embarquées sur des Witiments de "-tier qui les
remontaient jusqu'aux ports de destination. D'après les renseignements
statistiques recueillis à Sulina la Rournanie a exporté par cette embouchure

4g D. A. Sturdza, Les Izavaux, annexe 3, tableaux 1 et 2; voir aussi les donnécs pour
trafic danubien jusqu'à Sulina et Chilia (1850-1875) chez V. Paskaleva, Die Schiffahrt
zm Unterlauf der Donau un dritten Viertel des 19 Jahrhunderts in Revue Bulgare d'histoire"
2/1984, p. 46-71.
41 'Minn, passim ; M. D. lonescu, Dobrogea, p. 284.

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13 LA VrE ÉCONOMIQUE EÑ DOBROUDJA 157

du Danube les quantités de céréales suivantes : en 1865, 2 600 000 quartes


ou 7 540 000 hectolitres ; en 1866, 2 500 000 q ou 7 250 000 111; en 1867,
2 300 000 q ou 6 670 000 hl ; en 1868, 4 200 000 qou 12 180 000 hl, done
en moyenne cca 2 900 000 q ou 8 400 000 hl par an5°. Une compa,raison
de cette statistique avec les données du salname nous permet de mettre
en evidence le poids des produits que la Rounianie versait, par Pinter-
médiaire des ports de la Dobroudja, sur le marche de l'Europe, sang
perturbations dues aux conditions climatiques propices ou défavora,bles
Pagriculture, pendant la décennie qui a precede Pindépendance. Toug
ces faits mènent A, la conclusion que le commerce maritime de la Rau-
manie a éte domine aux beaches du Danube par Pexportation de céreales
les produits roumains alimentaient pour les deux tiers au moins le total
de l'exportation réalisée par Pembouchure de Sulina en dominant en
mètne le trafic du bras St. Georges 51.
cette époque la Rounianie et l'Empire ottoman compiaient parmi
les ttats qui ont bénéficié des ameliorations apportées à la navigation
aux bouches du Danube, ainsi que des facilité,s crées par la constiuction
de la voie ferrée en Dobroudja. Les donnees concernant les quantitég
de céréales chargées dans les ports dobroudjéens mentionnés viennent
l'appui de cette affirmation. L'aflux de produits étant une condition
sine qua on des échanges commerciaux, une serie d'initiatives et de
mesures stimulant le d,;veloppement de Péconornie nationale roumaine
se sont imposées. Les mesures prises suite à, la politique économique deg
deux gouvernements, roumain et ottoman, ont eu des effets bénéfiques
pour Péconomie des territoires romnains riverains. Cet afflux conunercial
a stimulé aussi les rapports économiqu.es entre les regions des deux rives
du Danube, ce qui a contribué à leur prospérité mème avant Punité po-
litique des territoires rouniains danubiens-pontiques intervenue après
Pindépendance absolue de l'Etat de la Roumauie.
L'essor économique de la Dobroudja était largement redevable
aussi à, la croissance démographique d'après 1856. Pourtant, en dépit des
réformes de l'époque du Tanzimat, la valorisation des ressources natu-
relies de la region est restée au-dessous des possibilites à cause du niveau
bas des techniques dans tous les domaines et de la main-d'ceuvre insuf-
fisante. Au point de vue écologique, la legion ()Mail des conditions
propices d'habitantion à un hombre beaucoup plus élevé, que celui
existant, ce qui a pennis aux autotités roumaines de pratiquer, après
1878, une politique intense de mise en possession systernatique, destinée
à, une meilleure valorisation de l'ensemble des ressources locales.
Dans l'étape actuelle des recherches, les sources de chancellerie
du type stilname et tapu qui offrent une documentation variée et inedite,
mettent clans une nouvelle lumière l'image forgée jusqu'à present par
Phistoriographie qui en pa,rtant d'infoimations incomplétes, fragmen-
takes et souvent nariatives a accrédité Fide° que la region transda-
nubienne-pontique manquait d'impottance économique, en la plésentant

D A. Sturdza, Les travaua., p. 48.


51 lindem, passim. On y décrit en detail les travaux effectués aux Bouches du Danube
pour l'amélioration de la navigation (1857-1911).

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158 ANCA GH1ATA 14

dans un état de totale déchéance économique, insuffisamment peuplée,


mal organisée du point de vue politico-administratif. Or, l'investigation
de ces documents, susceptible d'étre approfondie par les recherches ul-
térieures, prouve une fois de plus que pour la politique de l'Empire otto-
man. au XIXe siècle, la région dobroudjéenne n'était pas seulement d'une
portée particulière au point de vue politico-stratégique, mais qu'elle
avait aussi une forte importance économique. La reclerche met en n'Ame
temps en lumie,re l'intérét manifesté à, l'époque par le gouvernement
roumain pour le développement des rapports éconoiniques avec la région
transdanubienne-pontique, suivant une ligne historiq-u.e traditionnelle
politique, démographique, économique et culturelle, rapports qui s'ins-
crivent parmi les prémisses de la réintégration territoriale de la région
l'Etat roumain 52 La richesse du matériau documentaire dévoile les
perspectives réelles du développernent de la région aprés sa reintégration
dans les frontières politiques naturelles de la Itoumanie, après la guerre
d'indépendance, étape qui s'inscrit avec de profondeF, significations,
côté des événements de 1859 et 1918, dans l'oeuvre de parachèvement de
national unitaire roumain.

52 A Cluari, Aspccic de dernografie georpafie isloricd in Dobtogea, sec. XIX, communi-


cation au Laboratoire de clémographie liistorique de la Faculte d'Histoire-Philosophie (Bucu-
resti), janvicr, 198 t: idem, Noi cercelcirt de istorie economicCt si demogeografte privind Dobrogca
in epoca ~m'ala si moderna*, communication au Laboratoire d'eludes ottomanes de la Faculté
d'Histoire-Philosoplue (Bucur0.i), Constanla, avril 1987 ; idern, No/ cercelc-tri privind premiscle
reintegre-ira Dobrogei la Romanza pe baza izvoarelor din sec. XIX, communication a la session
Pontica*, Constanta, novembre 1987.

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Chronique

VASILE DRAGUT
1928-1987

En 1975, lorsque la Commission d'art post-byzantin de l'Association Internationale


du Sud-Est Européen a organise, en collaboration aver la Direction du Patrimoine Culturel
rotimain, un colloque itinerant à Suceava el à lasi « Les arts des peuples du Sud-Est euro-
peen aux siècles et leur environnement. intellectuel N'asile Dragut a dominé
avec autorite et discretion nos discussions et nos pensées II a (mimé, comme d'habitude, une
communication qui sortait des cadres étroits d'une analyse troj) ponctuelle et gin nouns-
saiL la réflexion . Conlluences stylisliques clans Parchiteeture post-byzantine des Pays lion-
mains s. Les courants culturels s'entrelacaient pour mettre en lumière une tradition forgee
la suite des syntheses d'élémen Ls héterogènes. Mais plus que ca, le professeur aimait nous montrer
les monuments et commen ter des details gin auraient pu passer inapei cc's (Nous avons mention-
ne (ans une dote de notre livre o European Intellectual Movements and 'Modernization of
Romanian Culture «, p 46, noise dette issue d'une c9nversation à liAzboieni). Le professeur
connaissail parlaitement les grands monuments rencontres sur noire route, parce qu'll avait
surveillé attentivement leur restauration. Au fond, N'asile Dragut est un nouveau fonciateur
qui a rends dans leurs formes superbes les monuments gut nous reslituent une sensibilité
arlistique et une maniére de vivre West de ce contact avec les eddices du passé que N'asile
DrAgut avait appris le secret de transmettre les valeurs humaines, de communiquer act-delà
des données et des idées, une chaleur humaine, une predisposition A Painitie. Il a été le rnoteur
d'un autre colloque itinerant, cette fois en °Berne, dans sa region natale, en 1981, et nous
avons discuté à Coma et A Sibiu, à Ihirez et a Bucarest o Le Baroque sud-est européen dans
le contexte europeen, XVIleXIXe siecles ne s'est pas 11.1té et 11 ne nous a pas donne
sa communication pour les actes gut ont éte publies clans la revue de Montauban . « Baroque rt
11/1983 II a voulu repenser son texte et 11 est revenu au baroque en 1984 dans le cadre de
la session du Conine National Roumain d'Ilistoire de l'Art ; en 1982, il a evoqué, au colloque
sur 6 L'art contemporain du Sud-Est européen et ses origines s, les convergences et les grandes
étapes de l'art medieval du Sud-Est européen.
Vasile DrAgut nous a quitte l'autonme derider, apres une longue souffrance qu'il savait
eacher et .dominer. Son ceuvre West pas lormée seulement d'ouvrages de syntliese ou de refe-
rence sur l'art roumain : son Dictionnaire d'art medieval roumain, 1976, est excellent, tout
comme indispensables sont ses byres sur la peinture murale en Transylvanie ou sur l'art go-
tluque, Pauteur des iresques d'Arbore, et Lint d'autres. Son ceuvre est l'immense travail de
restauration des monuments qui marquent notre histoire et temoignent de nos aspirations :
a été directeur des NIontiments lustoriques el du Patrimoine culturel pendant de longues et
fructeuses années, entre 1968 et 1975 Son oeuvre esl forinée de nombreuses series d'aucliants
qui ont bénéficie de son savoir et sa chaleur jusqu'au deriner moment, car le professeur a fait
les deriders seminaires chez lui, a la maison. 11 a été recteur de l'Institut des arts plastiques
et directeur de l'Institut d'histoire de l'art où il organ's:ill des débals toujours stimulants. 11
a été membre de PICOAI (International Council of Monuments) el de PICONIOS (International
Council of NIonuments and Sites) Son cuuvre est encore form& de nombreuses relations qu'il
a su nouer entre les hommes de bonne volonté de partout. Or, cate ceuvre fragile semble
plus exposée que les autres à la dent du temps, surtout lorsque son auteur disparait, comme
Vasde DraguL, avant d'accomplir les 60 ans. Mais elle est d'autant plus précieuse et d'autant
plus inoubliable.
Alexandru Dula

Rev. Études Sud-Est Europ , XXVI, 2, p, 159, Bucarest, 1988

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EMIL LAZARESCU1
1913-1987

Emil LAzArescu était savant, modeste et bon.


Son savoir inépuisable était le produit d'une école gut bientat ne sera plus qu'un sou-
venir, mats aussi le resulLat de scs propres recherches, jamais arretees, quoiqu'il ait cessé d'é-
crire depttis longtemps, aiguillées par une curiosité sans bornes, qui, se voulant partagée, de-
venait un acte social Allis], apres avoir brieveinent enseigné, aux cedes de M. Berza, à PEcole
Supérieure des Archives de Bucarest, tout. au long de sa carriere de chercheur, Emil Laza-
resell fut également un professeur. Scs réponses aux questions qu'on lui posait ne prenaient
jamais la forme sommaire d'une simple information, mais se ranufnuent dans leur génércuse
croissancc, pour acquérir l'elficacité d'unc demonstration theorique et la force de conviction
d'une argumentation solidement justifiée Ses travaux out la mettle qualité rare : Panalyse la
plus minutieuse s'élargit lentement jusqu'a clonner au sujet étudié l'aspect le plus el:11r el, en
mé'ine temps, sa place dans le vaste contexte historique et culture] auquel il appartient. La pa-
tience et la probité hinnies qui caractertsent ces travaux d'érudition passionnée les rendent
cxemplaires Au plaisir que lions prenons à les lire, cla certainement a un art classique de
dire et de contredire, s'ajoute la leymi de méthode a laquelle 11 faudra toujours revenir.
La modeslic Lazarescu n'élait pas seulement une vertu morale, mais Peffet de
l'intrasigeante exigence d'un hommc de culture authentique. Ceci parce que la richesse de
scs connaissances dans tant de domaines dtvers lui avait permis de reconnailrc qu'on ne petit
pas tout savoir et que, clans la science qu'il a servi avec dévouement, 11 n'est pa s de progres
possible sans ce renouveau auquel chaque generation devratt tAcher de partictper de toutes
ses forces
Pour Emil Ldzare,cu il n'y avait praliquemeni aucune difference entre un savant cite-
vrotine el un debutant Unique fois qu'on lu demandait consetl, il s'interrogeait avec vous avec
autant de genéro,ité, de patience et de per,everance pour aboutar à un éclaircissement, souvent
essenliel. C'est que la bonté de celte ante haute éttut l'expie,sion du sentiment entièrement
(lesintéresse de solidarité envers quiconque s'approchc honnélement d'un probleme de culluie.
Lui-meme, 11 avail, des sa premiere jeunesse, lorsqu'il était l'éleve de N Iorga, apporté
Phistoire des relations entre les Itoumains et la Ilongrte aux XIII° et XIV' siecles des con-
tributions précieuses etudes sur les documents des chevaliers teutoniques, sur la Chrontque
de PIIISAC écrite par Pierre de Dusbourg, sur la Clu onlyne ! an& stym ienne d'Otacher. A l'examen
des sources de cette époque se rallachent encore sa these de doctorat et l'article de 1946 A
propos des rapports de Nicolas Alexandre, prince de Valachie, avec le royaumc angévin Après
une interruption de dix ans. Emil LazArescu reprit son activite, cette fois dirigée vers l'histoire
che l'art medieval roumain Pour certams monuments comme ceux de Cimpulung, de Cozia, de
CAluitt et de IIirtie5ti, de Curtea de Arges surtout, smet qu'il envisageait de trailer dans une
monographic dont scut un abrégé fut publié en 1967, il est parvenu A reconstituer Pexpérience
sociale, religieuse et intellectuelle qui les a créés; on regrette que son travail sur Nicodéme de
Tismana, illustrant une des rencontres de Phistoire roumaine et de Phistoire balkanique, n'ait
pas été complete.
Aujourd'hui que sa voix s'est tue et que son oeuvre demeure inachevée, nous ne nous
separerons pas de lumi sur une parole de facile compassion, qu'il eat refusée d'ailleurs, comme
il l'a toujours fait, cloucement, a travers toutes les vicissitudes de sa fortune. C'est en pensant
A son caractere, dont la fermeté contrastait avec ce corps trop fragile et avec cette extreme
clélicatesse de pensée, que nous croyons retrouver le sens de sa vie dans un témoignage de
couragetise fidelite
And! el Pi pp ili

Rev. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 2, p. 160, Bucarest, 1988

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Comptes rendus

L'Europa riel mondo milico, Contributi dell'Istituto di storia antica, 12, a cura di Atarla Sordi,
Milano, 1986, IX + 198 p. + 6 maps (Vita e Pensiero, Pubblicazioni dell'I'mversità
Cattolica del Sacro Cuore)

The 18 %turbes publislied in this new volume of the in leresting series "Van e Pensiero"
deal with the lormation and evolution of the ideological concept of "Enrope" There existed
in Classical Antiquity tw o geographical and, meanwhile, mental significations of t'IN concept.
Marta Sordi (p. IX) points out that the Europe/ Asia opposition, linked with that betm een
the West and time East, symbolized in the Antiquity the opposition between freedom and ser-
valide. On the other hand, another antique signification of "Europe" included only the Balkan
Peninsula (without Greece). This meaning appeared lirst with Herodotus, and it was reassessed
in the 3 rd-4th centuries This ts the background of almost all these papers We shall discuss
here three of them, which are of a special interest for Late Antiquity and South-East Euro-
pean studies.
Domenico Lassandro, in Lintegiazione ormino-barba] lea raz Panegyilei Latan (p. 153
159), show s that the limes on the Rhine and the Danube was in the late Anliquity time divi-
ding line between the Roman and the Barbarian w orld. But the author considers that Panegy-
riel Laltni show s a tendency to surpass this opposition, a kind of ideological anticipation of
the futule Romano-barbarian integration. He relies on a passage of Marnertinus' speech of
21 April 289 for Alaximianus Herculius (II 7 7-Galletier) and on another, of the anonymous
speech of 31 Alarch 307, for Alaximianus and Constantine (VI 8.5-Galletier) II 7.7 celebrates
the victory against the Alamanni and Burgundians and the passing of the Roman army over
the Rhine Alamertinus stated that, in Rus way, that territory became Roinan : quidquid ultra
Rhernim prospiew Rornanum est D. Lassandro considers this to be an indication Rica a rap-
prochement between the two worlds occurred in the minds of the provincials of Gaul. However,
we consider that time test does not permit such an interpretation. For Alamertinus, the emperor's
victory drove time frontier of the Empire beyond time Rhine, but time line of demarcation be-
tween the Enipire and time Beibartcum continued to exist, because as WaS said above (II 7 2)
Alaximianus proved that time Empire knew of no otber frontiers than those of its armies
(qua tu primas °malura, imperator, probasti Romera impeni nullum esse terminara nisi qut
tuortua esset minorara) The same panegyrist said about Diocletian that he had also pushed
the frontiers aw ay : Romanuni linutern victoria protalit (11.9 1). The Rhine was considered a
natural confine, which was separating the Roman from the Barbarian world / Mamertinus
(II 7 3) considers tisis conception to be obsolete (Aiqui Rhenum antea tirdebatur ipso sic natura
duxisse ut co limite Romanae provinciae ab immanitate barbariaevindicarentur) This driving-away
of the confines prescribed by nature is seen by Alamertinus as an act worthy of Hercules, the
divine comes 01 Alaximianus (II 7 6) This is, as a matter of fact, a common place in the classical
thought : Ilercules kosmokrator, who goes beyond time limits of the OiLumene. So, Maximianus's
fights are integrated in the encomiastic discourse, whieh outlines a parallel between the Em-
peror and his heroic prototype. 2 But, in Alamertmus' mmd, this driving away of the natural
frontier between the Romans and the I3arbarians does not also mean a mental approach
between the two worlds In 11.7.5, the panegyrist compares the overpassing of the Rhine with
Diocletian's crossing of the Euphrates. It is olear that rione of these events were interpreted
as a "romanization" of the defeated Barbarians. For the panegyrist, the Barbarians remain
Barbarians (11.7 6 l'erras lilas indomitasque gentes ), even if their country was conquered by
the Romans, or if they were colonized as laeli in Gaul (cultores barban in 1V.9.3,21.1). And
the frontiers, though changed, remained impenetrable : limites qua Romanum barba] is gentibus-
insta, imperium (VI 14 1).
We consider, therefore, that the dissolution of the ideological opposition between the
two banks of the Rhine could not be a premise for the future romano-germamc integration,
as contended by D. Lassandro. Nor could the passage from the Panegyric of 31 March 307

1 P. Courcelle, IIistoire littéraire des grandes invasions germaniques, Paris, 1948, p. 6


2 A. N. Cizek, Erot politici am Antichrailii. Modele ideologice p lacrare, Bucure5ti, 1976,
especially p. 247.

Rev. Études Sud-Est Europ., XXVI, 2, p. 161-171, Bucarest, 1988

5c. 2110

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162 COMPTES RENDUS 2

(VI 8 5) be interpreted in such a way. Refering Lo Maximianus' conquests of 297-298, its ano-
nymous author says that the defeated Germany must become a friend of the Roman Empire
(dormla Germanta on( bom consuld uf quicsent ata lae(alur quast arnica, st pare& ). Tisis is pro-
bably an allusion to the subjection of the Frankish king Gennoboudes as a client of Rome,
an event mentioned by Mamertinus (11.10 3-5). I3ut a barbarian people, even becoming soclus
populi Romani, (loes not cease to remain barbarian in the minds of the Romans
Giuseppe Zecchini, in L'idea di Europa ncila cultura del laido impero (p. 160-173),
draws attention on the importance of the meaning Europa = South-Eastern Europe in the
late Antiquity (3rd 41h centuries). Cassius Dio LXXV 12 3-5, in the narration of the second
siege of Hatra (Mesopotamia) by the troops of Septimius Severus. opposed the value of the
"European" soldiers (aiponroci.o)v) to the weakness of the Syrians The author considers that
these "European" soldiers are, in fact, Thraco-11Iyrians (whose proportion in Severus' army is
well noted) This is very likely so, especially as Cassius Dio used the term "Europe" with
the restricted meaning of Balkan area in other passages (for instance XLVII.25.1, XLVIII.
28.4, ',XXVII 15.2) G. Zecchini considers that the use of the word "Europe" with this mea-
ning was not due to Cassius Dio, but to his presumptive source Septimius Severos' "Auto-
biography" (p 161) IL is possible that the term "Europe" could be taken from that source,
but this fact is not sure because the equivalence Europe Balkan Area appears also in
Dio's relations about events w heu w ere not taken from this source Because of this, It is not
certain that "Vituperator(' stesso riteneva che gli Europei fossero più valorosi degliAsiatici
e che i -yen Europet fossero gli Wirier' (p. 162) We could llave the certitude of tisis fact only
if these events would have been also related by Herodianus
Our reserves regarding the interpretaban ot Cassius Dio LXXX.V.12 do not concern
the substance of Zecclum's study, which refers to the Thraco-Illynan provincial patriotism of
the 3rd-4th centuries There existed, indeed, "una sorte di 'nazionalismo locale del tutto
compatibile con la devozione verso Roma" (p. 162) 3 Dio's mentioned passage could be con-
sidered only as an acknowledgement of the military value of the Thraeo-Illyrian soldiers. It
could not be called upon as supporting the opinion that "l'idea di un'Europa limitata all'area
traco-illirica e unificata dai valori del patnottismo e del coraggio in guerra era sostenuta e
diffusa dai soldats illirici stessi." The 3rd century revival of the ancient name of Balkan area
is, indeed, convergent with the ideology of the age, when this South-East European region
had became "il cuore non geografico, ma morale ed ideate dell'Europa" (p. 163). But it is
less likely that the initiative of the revival of such a bookish idea was due Septimius Severus
and his soldiers (as G Zecchini contends) We think that it was most probably vehiculated in
the cultivated circles (Cassius Dio was one of those intellectuals); the idea was afterwards
embraced by the ()them] ideology and expressed in the creation, in the age of Diocletian, of
the pros nice ot Europa, w here Constantine the Great founded the new capital of the Roman
Empire G Zecchim's slud3 points out the important place of South-Eastern Europe in the
histoiy of tus late Antiquity.
Pio Grattarola shims in 11 conceit() di Europa (lila fine del mondo anlico (p. 174-191)
that the idea of a moral and religious opposition between Etiiope and the other continents
loomed up in the 4th-5th centimes The image evolved in the Western Latin provinces,
especially in Gaul (in the writings of Sulpiclus Severus and Sidonius Apollinanus). This "Eu-
rope" of an underlined Christian feature is, in fact, restricted lo the remnants of the Western
Roman Empire Its center was Gaul. The use of this meaning increased in the 6th-7th cen-
turies, in the conditions of broken ielations between the West and the Byzantine Empire and
the growing role of papalism, beginning w ith Pope Gregory the Gieat (In his correspondance.
"Europe" was the entire Latin Christendom ) In various writings of the early Middle Ages,
"Europe" means only tlw West It is interesting that the Arab offensive stimulated the rise,
of tisis "European consciousness" in tlie West In the anonymous writing Continualto Hispana
ad ann. 754 the soldiers who tought against the Arabs at Poitiers are named Earopcuses Of
course, it is important to know whether this rise of an European consciousness can be related
with the idea of translatio intperu, with the restoration of the imperial idea in the 'West. Pio
Grattarola's study brings an important con tribution to the understanding of the political ideo-
logy of the early Middle Ages and even of more recent periods : "nel mondo latino, Europa
diventb sernpre più la parte occidentale del continente, che aveva nella cattolicita la sua ca-
ratteristica comune e in Italia, a Roma, 11 suo centro spirituale" (p. 190).

a See, for instance, Radu Vulpe, Les populattons sud-orientales de l'Europe el l'Emp:re
Romatn, in ldem, Studta Tiitacologica, Bucarest, 1976, p 190-197; Al. Madgearu, Specific
provincial Ti ideologle imperialii la impiliralti romani de origine tiaco-dacd (sec. 111 e.n.), Revista
de 'stone", 39, 1986, 2, p. 180-189.

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3 COMPTES REND'US 363

The other studies published in this interesting book are : Celestina Milani, ,Nole etunolo-
giche su EúpWrrn (p. 3-11) ; Ferdinand() Luciani, La presunta origine sernitica del nome Europa
(p. 12-26); Dario M. Cosi, Their° al fantasma de Europa : sposa, inad,e, regina (p. 27-36);
Luisa Prandi, Europa e i Cadmel . la "verstone beoliea" del unto (p 37-48) ; Gabriella Almon',
L'Europa nella polernica Ira Erodolo e la scuola tonica (p. 49-56): Falb° Mora, L'elnograjta
europea di Erodolo (p 57-68) : Luigi Belloni, I "Persiani" di Eschilo tra Oriente e Occidente
(p 68-83): Marta Sordi, Dionigi I, dinaste d'Europa (p 84-90); Cinzia Bearzot, 11 significalo
delta pxo-tad.cc Cijg necci-,% E6pri).; nell' "Encomio di Filippo" di Teopornpo (p. 91-1(14);
Gabriella VanoLti, Ails/oleic : dall'affermazione geografica alla disoluzione politica dell'idea d'Eu-
ropa (p 105-112), Franca Landucci Gattinoiii, L'Europa nu lrbri XVIIIXX dt Diodoro
(p. 113-123) ; Giuseppe Zecchini, Polibio, la sloriogralia ellenistica e l'Europa (p. 124- 134)
Alberto Grilli, Celli ed Europa (p. 135-144) , Mario Attilio Levi, L'Europa e il mondo de Ales-
sandio ..1Icigno e. di Cesare (p 145-152); Valesio Manfredi, L'Europa nella Tabula Peutingeriana
(p. 192-198).
Ale:rand! u Madgear

EMANUELE BANFI, Linguistica balcanica, Bologna, 1985, 204 p.

La partition, en 1930, de la premiere synthese clans le domaine de la linguistique bal-


kanique, due A Kr Sandfeld (Linguislique balkanique. Problèmes el résultals, Paris, 19301) a
donne une forte impulsion aux recherehes dans cette direction L'ouvrage du linguiste danois,
reçu avec beaucoup d'interet, a consacré la linguistique balkanique comme un domaine d'étude
autonome et a ouvert de larges perspectives à la recherche comparee des langues indirectement
apparentees, it origine indo-européenne commune : Palbanais, le roumain, le néo-grec, les langues
slaves méridionales (le bulgare, le macédonien et, partiellement, le serbo-croate). Ultérieurement,
pendant plusieurs décennies, il s'est accumulé une quanta& considerable de contributions tliéo-
riques et de detail, dues el des linguistes de formation diverse (surtout des romanistes et des
slavisants, mais aussi des elassunstes, des spécialistes dans le domaine de l'indo-curopéen, du
substrat etc ). Ces contributions ont mis en evidence l'intérèt que présentent, du point de vue
de la linguistique générale et de la théorie de la langue (typologic, universaux linguistiques,
substrat, langues en contact, linguistique aréale, bilinguisme etc ), les traits communs aux
langues balkaniques Ce qui caractense bon nombre de ces contributions, qui se limitent sou-
vent 5 la reinterpretation des concordances entre les longues balkaniques (enregistrèes par
Kr. Sandfeld) c'est la présentation'isolée des faits, en dehors du système dans lequel ils fonction-
nent
Le développement du domaine a exigé de nouvelles synthèses, qui Wont pas tarde
paraitre : la synthèse présente, due a Emanuele Banfi (Milan), suit aux travaux en quelque
sorte similaires parus dans le milieu linguistique allemand : Die Balkansprachen. Erne Einfuli-
rung in die Balkanologie (Heidelberg, 1975) de H W. Schaller (Munich) 2 et Einfuhrung in die
Balkonlinguistik mil besonderer Beruckszchtigung des Substrals und des Balkanlateinischen (Darm-
stadt, 1980) de Georg Renatus Solta (Vienne) Tout cornme ces deux travaux, l'ouvrage d'E-
manuele I3anfi est une introduction dans la linguistique balkanique, bien que cela ne
scut precise dans le titre du travail. La contribution du linguiste italien ne diffère, quant à la
dimension et au profil du byre, des deux syntheses anténeures, Pauteur procédant d'une
en quelque sorte semblable dans la presentation du materiel : il s'agit, en principal, de maniere

l'exposition systematique des concordances décrites par Kr. Sandfeld, tout en completant la
bibliographic et en signalant quelques faits nouveaux. Evidemment il y a aussi des differences
d'un auteur à l'autre, concernant l'importance accordée à certaines concordances ou l'intérè,t
special pour certains côtés de Pétude (des preoccupations dans la direction du substrat et du
/atin balkanique chez G. R. Solía, une inclination plus poussée pour la problématisation chez

1 L'édition en danois, intitulée Balkanfilologien, a été imprimée à Copenhague en 1926.


L'acte de naissance de la nouvelle discipline est considére l'étude du linguiste sloven B. Kopitar,
Albanische, walachtsche und bulgarische Sprache, publié à Vienne avec presque un siCcie avant
l'ouvrage de Kr. Sandfeld, dans Wiener Jahrbucher der Literatur I., t. 49 (1829), p. 59-106.
2 Voir notre compte rendu, dans * Studii si cercetari lingvistice *, XXX (1979), 2,
p. 174-177.

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164 COMPTES RENDUS 4

FI. W. Schaller, la concentration de l'exposé chez E. Banfi). Parue la derniere, la synthese


d'Entanuele Banfi Bent comple des contrtbutions précédentes (surlout de celle de H. W. Schal-
ler) et tire profit des progres récents de la recherche.
Le present ouvrage réunit les chapitres suivants : 1 Linguistica balcamca come settore
delta Filoloqia balcanica (p. 3-12), 2 Studiosi e correnti leoriche (p 13-39), 3. Tralli linguislici
interbalcanici : bateau:snit x (p. 40-111), 4. Interpretazioni dell'unione linguistica balcanica
(p. 112-165), 5. Centri di ricerca. Riviste (p. 106 169) ; ces chapitres sont precedes de deux
cartes de l'aire balkanique (reproduiles d'apres d'autres auteurs) et suivis d'une bibliograplite
(par chapitres, p. 170-192) el d'un index analgligue et d'auteurs (p 193-204).
Dans le premier chapitre du byre E. Banfi se propose de définir le terme de `linguistique
balkanique' et de delimiter le domaine de recherche aussi que le territoire étudie (apportant
des informations qui concernent les langues parlées dans les Balkans, le nombre des locuteurs,
les religions etc.). Sur la ligne inaugurée par Kr. Sandfeld, l'auteur comprend par linguistique
balkanique o l'études des problèmes relatifs aux langues parlées dans la Péninsule Balkanique
en particulier, le terme indique l'étude soit des questions qui se rapportent A la totalité des
langues parlees dans la péninsule, soit des problèmes qui nc conccrnent que deux ou trois des
langues parlees dans les Balkans * (p. 3). Il est a remarquer, toutefois, que cette large definition
n'est pas, à present, entierement acceptée. La plupart des spécialistes considerent que les concor-
dances qui se limitent à deux langues balkaniques, s'inscrivant dans la catégorie des interfe-
rences bilatérales, intéressent l'étude des langues en question sans entrer, pour autant, auto-
matiquement dans la sphere de preoccupations de la linguistique balkanique (on considere,
en general, que, pour etre reconnue comme balkanisme, une particularité commune doit ap-
paraltre dans au moins trois langues balkaniques).
E. Banfi accepte la distinction terminologique riper& par H. W. Schaller entre les gan-
gues balkaniques', s qui présentent des phénornènes communs significatifs, propres et carac-
terishques aux langues parlées dans la péninsule s (loc. cit.), et les gangues parlées dans les
Balkans' (le turc, le slovene etc ), qui présentent o des traits communs marginaux u (ibidem ).
L'auteur introduit dans la premiere categoric le bulgare, le roumain, Palbanais, le macédonien,
le serbo-croate, le néo-grec (ce dernier à intensité plus ou moins grande, scion le cas). La
position marginale que E. Banfi, suivant H. W. Schaller, reserve au grec est en désaccord
avec l'importance attrtbuée à cette langue par certains savants, en premier lieu par Kr. Sand-
feld, pour qui le grec était la langue determinante dans les Balkans (ulterieurement, G. Rei-
chenkron a attribué le retie décisil au latin, auquel il ajoutait le grec).
C'est pour la premiere fois que dans un ouvrage de synthèse on accorde à Phistoire de
la discipline un chapare special (le second), qui s'avere fort utile : l'auteur présente cronologi-
quement les principaux courants et directions de recherche ainsi que les contributions de quel-
ques representan Is importants du domaine (13. K.opitar, A. Schleicher, Fr. NIiklosich, H. Pe-
dersen, P. Skok, N. Jokl, A Selikev, Kr. Sandfeld, A. Rosetti, G. Reichenkron, V. Georgiev,
etc.). 11 seratt à remarquer qu'd l'explication par le substrat des concordances en Ire les langues
balkantques, dont E. Ban(' parle dans le sous-chapare consacre A Fr. Miklosich,avait reeouru
antérieurement B Kopitar.
line attention A part a été vouee, à juste tare, dans ce chapilre, au concept d'union
linguistigue, introduit en 1928 par N. S. Trubctzkoy (et développé ensuitc par R. Jakobson),
concept que le représentant du Cercle linguistique de Prague a exemplifié s'appuyant sur les
langues balkaniques (le bulgarc, le néo-grec, Palbanais et le roumain). A la difference de la
famine linginstique, qui retina des langues directement apparentées, l'union linguistique em-
brasse dans un rneme groupe des langues nonapparentées (ou indirectement apparentées) qui
présentent des similitudes non pas dans 'la substance' mais dans la forme' linguistique, en
premier lieu dans la structure grammaticale. Le terine d'union lingulstigue balkantgue a été
accepté par de nombreux linguistes (parini lesquels A. Rosetti et V. Georglev), étant repoussé
par d'autres (en particulier par les linguistes grecs, tels N. Andriotis et G. I. Kourmoulis). Parmi
les spécialistes de cette dernière categoric on pourrait mentionner, en Roumanie, A. Graur
(que E. l3anfi considère, par erreur, un adepte du concept) et I. I. Russu. Nous considerons
opportunes, dans ce chapare, les renvois aux recherches d'orientation moderne (strueturaliste,
genérativiste, typologique), par lesquels l'auteur rattache l'information au moment actuel
(nous mentionnons par d'autres, B Havranek, E. Petrovici, VI. Skalléka, T. V. Civ'jan).
Le troisième chapitre, le plus ample (71 p.) est consacr6 A. la presentation des principales
concordances entre les langues balkaniques, des soi-disants `balkanismes'. Par `balkanisme',
terme, à notre avis, discutable, l'auteur comprend les particularités communes aux langues
balkaniques du domaine de la phonetique, de la morphologic et de la syntaxe qui ont des
implications dans le systeme des langues en question, dépendentes de la soi-disant forme

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.5 COMPTES FtENDUs 16 5

interne de la tanque (allem. innere Spractiform ). Dans la ternimologie générativiste, les balka-
nismes seraient les concordances dans la structure de surface, qui apparaissent comme mani-
festations de Pidentité ou des similitudes de la structure protonde des langues balkaniques.
Alms cela revient à reprendre, en d'autres termes, la constatation faite déjà par B. Kopitar,
savoir que dans les Balkans il existe une seule f orm e de langue nur eine Sprach f o r rn
avec des manifestations mat érielles ditférentes, représentées par les langues balkaniques.
Dans la presentation du terme balkanisine' E Bata' suit de près H. W. Schaller, auquel
il emprunte aussi la distinction entre balkantsmes priniaires (ceux qui se retrouven I. en albanais,
bulgarc et macedomen 3) et balkanismes secondaires (ceux gut apparaissent dans au moins deux
langues balkaniques, à condition que celles-ci n'appartiennent pas à la même famine : par
exemple, les concordances entre le roumain et Palbanais, mais non pas en Ise le bulgare et le
serbo-croate). On se trouve ici devant une restriction immotivée, car considérer `balkanismes
primaires' seulement ceux qui apparaissent en albanais, bulgare et macédonien (ces deux der-
meres langues sent très prochement apparentées) signifie à réduire considérablement les con-
cordances entre les langues balkaniques. C'est toujours à II W. Schaller que E. 13anfi cm-
prunte ridée de la delimitation d'une atie centrale (allem Kerngebiel), qui réunirait Palbanais
le bulgare, le macédonien et le roumain, considérés des langues balkaniques `du premier degré',
A la difference du néo-grec et du serbo-croatc, qui seraient des langues balkaniques 'du second
degré'.
L'auteur continue avec la presentation des balkanismes par compartiments de langue,
scion le modèle connu des travaux antérieurs, sans temr compte des distinctions eL des delimi-
tations opérées antérieurement ; certaines modifications tiennent de l'organisation de la ma-
tière : par exemple, la postposition de l'article n'est pas traltée dans le chapitre consacre it la
morphologie, comme ont fait d'autres auteurs, mais dans celui &dié à la syntaxe. L'exposition,
claire et systématique, tire profit de la valorisation des contributions parues apres la publica-
tion du livre de Kr. Sandfeld
Le quatrième chapitre de l'ouvrage, intitulé «L'interprétation de l'union linguistique
balkanique s, est reserve par E. Banfi aux aspects à caractère historique qui concernent le
rate des divers facteurs dans revolution des langues balkaniques et dans l'apparition de l'union
linguistique balkanique. Ce chapitre contient les sous-divisions suivantes : le rate du substrat ;
le grec et le latin dans les Balkans ; rate de la composante slave ; le rate de l'élément turc ;-
le rale des migrations internes. S'occupant de l'origine des concordances entre les langues bal-
kaniques, l'auteur soulève une question de principe, à savoir les `balkanismes' ont-ils une
source commune ou bien chaque concordace a sa propre origine et, par là, sa propre expli-
cation?
L'idée de l'origine commune, qui était cherchée dans le substrat balkanique (forme par
les langues qu'on parlait dans les Balkans avant Phélénisation et la romanisation de la pain-
sule), date de Papparition de la discipline, étant exprimée par B. Kopitar. (E. Banfi attribue
la théorie du substrat balkanique à Fr. Miklosich, qui n'a fait que la reprendre et la &ye-
lopper.) Kr. Sandfeld a établi lui aussi une origine commune pour les concordances des langues
balkaniques, sans leur attribuer pour autant une si grande ancienneté. Le linguiste danois a
identifié la source de la plupart de ces concordances dans le grec byzantin, étant donne, le
rate important que celui-ci a yule dans l'aire balkanique. Bien qu'elle ait eu, surtout au siècle
dcrnier, de nombreux adeptes (F1 Schuchardt, B. P. Hasdeu etc ), la theorie du substrat
(soutenue de nos ¡ours aussi, par exemple, par Ar. Polak), qui s'appuie souvent sur des suppo-
sitions nonvérifiables, n'est plus considérée aujourd'hui satisfaisante Insuffisantes et unilaté-
rates son t aussi certaines explications données par Kr Sandfeld D'autres auteurs ont accordé
au 'atilt et au grec le ròle determinant dans la formation du 'type' linguistique balkarnque (G.
Iteichenkron) 4. Mentionnant les opinions exprimées sur ce sujet le long du temps, E. Banfi
relève le rate de chacun des facteurs ci-dessus présentés par consequent, non pas explication
u nique à cate desquels on doit noter le contact direct des locuteurs et, implicitement,
le bilinguisme.
On doit relever la contribution de l'auteur à la delimitation, fondée sur revolution des
sons, de trots aires du latin balkanique : danubienne (le roumain), dalrnate (le flatmate) et
méridionale. L'existence de cctte dernière aire (sur Pancienne Via Egnatia) est prouvée par
les changements phonétiques spécifiques subis par les mots d'origine latine pénétres en grec
et en albanals.

3 II s'agit, probablement, d'une omission dans la redaction, car chez H. W. Schaller


le roumain figure a dote de ces trors langues.
4 Cf. Nicolae Saramandu, L'élude typologique des (calques balkaniques, dans it Linguistique
balkanique », XXIX (1986), 4, p. 35-50.

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166 COMPTES RENDUS 6.

Pour completer Pinformation du lecteur, E. Banfi indique, dans le dernicr chapilre du


livre, les principaux centres de balkanologie et les revues de linguistique balkanique.
Riche et bien choisie, la bibbographie auratt pu inclure, évidemment, d'autres titres
aussl (par excmple, Klaus Sttinke, Gibt es aberhaupl Balkanismen 9, dans # Linguistique balka-
nique 9, XIX, 1976, 1, P. 21-35) On constate en mitre que certains auteurs sont mentionnés
dans le texte avec des travaux qui ne figurent nulle part dans la bibliographic (par exemple,
Trost 1968).
ltigoureuse, systérnatique et bien documentée, la récente synthèse sur la linguistlque
balkanique due a Emanuele I3anfi perrnet au lecteur de connaltre le stade actuel de la recherche.
Rédigé d'une maniere claire et concise, le livre de Pauteur italien atteint pleinement son but,
dans sa qualité d'introduction (fans la discipline 5.
iVieolae Saramandu

THE TEXT AND ITS MARGINS, Post-Structuralist _Approaches to Twentieth Century


Greek Literature, edited by Margaret Alextou and Vassilis Larnbropoulos, Pella Publish-
ing Company, New York, 1985, 228 pp.

Tliat it was high time for modern Greek literature to be treated from a critica] point
e view (in lilerary terms), w hich should not be confounded with literary history (i.e. biogra-
phical excavations, detection of sources, intluences, similarities and plagiarism, historical corre-
lations, ete ), was quite obvious for a long time now. To be sure, there liad been isolated
efforts in this direction but for the tirst time now The Test and lis Margzns, the outcome
of a forceful common effort, looks like a definite step towards a modermze dand more adequate
manner in the approach of modern Greek literature. It unites post-structuralist approaches
and may announce before long a timely "treatise", i e. a lengthier collection of símiles co-
vering as much as possible from the modern Greek literary phenomenon.
The preface of the editors, who are also contributors (pp. 7-13), almost discourages
a reviewer by its self-criticism and exactness in defining the contents and evaluating the con-
tributions in the volume The editors claim only an "administrative role throughout" which
nevertheless should we trust their tnodesty is not small. TW o major facts impose themselves
for praise : the successful initiative of stringing together in a volume studies on the 20th century
Greek literature so as to offer a creative model on how the work should be done and, secondly,
the cohesion within a variety of approaches.
A survey on the histories of modern Greek literature I told Vassilis Lambropoulos into
suggesting after a minute analysis of the first paragraph in Ditnaras History of Modern Greek
Literature with as a strategy Jaques Derrida's "negative hermeneutics" and Foucault's Arche-
ology of Knowledge as a model for historical investigation, a genealogy of modern Greek li-
terature ("Toward a Genealogy of Modern Greek Literature", pp. 15-36). Dimaras' history
was chosen as the best achievement in the field to apply genealogic suggestions on. What
puzzles us is to what degree a discussion with a new theory in view could apply to a history
displaying according to Lambropoulos himself "a lack in theoretical awareness" (we do not
agree nevertheless to another of his remarks, namely that the book's pretensions for an episte-
mological innocence reflected in its pseuclohistorical method serve to conceal its ideological
identity" which is too far-fetched from a literary point of view). In fact, in our opinion sum-
med up alter the perusal of Dimaras' preface to the Romanian language version of his his-
tory 2 and of some others of his contributions 3 , Dimaras is first of all indebted to the view

5 Quelques observations de detall: Bogrea (non Brogea, p. 62, 201), P. Papahagi (non
G. Papahagi, p. 18, 172, 202), Duridanov (non Diiridanov, passim), Vulgarlateins (non Vulgar-
lateins, p. 17, 172), Redetaktrhythmus (non Redeaktrhytmus, p. 32), Redetaktkurve (non
Redeaktkurve, p. 67, deux fois), aroum. stres (non alb. stres, p. 107) etc.
Giorgios Kehagioglou, "Oi istories tis Neoellinikes Logotehnias" Mandatoforos, 15
5-66.
2 C. Th. Dimaras, Isloria literaturii neogrecegi, Editura pentru Literatura Universalá,
Bucure§ti, 1968.
3 Idem La vie et l'ceuvre de Séféris Une préface", 1965.

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7 COMPTES RENDUS 167

that a work of art is strictly inseparable from its author's life (especially when poetry is con-
cerned). Secondly, Dimaras meant his history in the same way in which now "The Text and
Its Margins" tempts to offer a model : as a model of an all-embracing history with obvious di-
dacticistic goals for the restrained Greek readership 4. Thirdly, Dirnaras, used his experience
in comparative literature to set up his history so as to become "a solid and realistic basis
to comparative research 5, a fact which undoubtedly accounts for the plethora of biographical
and environmental details. All these features drIN7C Dimaras' history quite far from what a
phenomenological approach is and therefore, in our opinion, there are a few touch points with
Lambropoulos' model. Larnbropoulos deems that genealogical in\ estigations "will make the
writing of more histories problematic" (p. 34). That may prove true, yet. we sincerely hope it
won' t.
From among what we would call the mainstreams of The Teat and Its Margins, let us
mention in order
1. New approaches to poetical works of great authority such as Gregory Jusdanis' "C. P. Cavafy
and the Politics ot Poetry" (pp 37-58), where Ilarold Bloom's theory on human phyche con-
flicts is translated on to literature, namely on three of the Iravahan poems, the posthumous
"The Enemies", "Growing in Spirit" and "A Byzantine Nobleman in Exile Composing Verses",
and the essay "The Thoughts of an Old Artist". The conclusions by their originality are any-
thing but comforting.
Dimitris Din-111'0'11m in his "Humble Ai l" and the "Exquisite Rhetoric : Tropes in the
Manner of George Seferis" (pp. 59-84) focuses on a well-known and widely analysed poem,
'"An Old Man at the River Bank" and reaches practically a commonplace in terms of other
theoretical approaches which deconstructivism confirms, i.e. that an infinity of interpretations
may be given to a text or, as Dimiroulis puts it, "poetry is liable to perpetual deconstruction,
and, of course so is criticism" (p. 82).
To the same category pertains Alexiou's "C. P Cavafy's 'Dangerous' Drugs : Poetry,
Eros and the Dissemination of Images" (pp 157-196), which enlightens certain aspects of
the kavafian poetry driving it far from biographical determination imito a most rewarding
theoretical (deconstructivisttc) model.
2 Models for prose-reading, of which modern Greek literature was in bad need. As most of
its prose suflers trom a disease called narrativism,the corresponding cuticism tends, m ith
few exceptions, to be contaminated. Here is Pavlos Andronikos' "Slratis VasiliS
Arvandis. An Exploration Into Emotional Response to the Reading of Fiction" (pp. 85-122),
with a subtle interpretation of how experience becomes art and how language reflects the process.
An attempt to decode what seems an intricate scheme of narration in a novel by Melpo
.Axioti is Maria Kakavoulia's "Telling, Speaking, Naming in Melpo Axioti's Would You Like
lo Dance Marta 9" (pp. 123-156), suggesting a "broader methodological proposition" as to
how modern Greek prose should be read We are confident that the solid and COIIN incing
reading models of the two mentioned contributions will be able to find a due echo
3 Another sensitive area of modern Greek literature is folklore of course not by itself but
mainly by the corresponding approaches which usually follow a pre-established pattern, w inch
must re-affirm the continuity 01 Hellenism by its consecrated forms.
Michael Herzfeld, w ell-known for his achieNements in 'he field, ofleis here in "In terpi e-
-Litton from Within : Aletatext lar a Cretan Quarrel" (pp 19/-218) a close interpretation to
a specific Cretan custom. With no pieiudice in mind as far as Greek folklore is concerned,
Herzfeld sees facts in a realistic and encompassing way and re', eals remarkable happenings
in an epoch in which folklore disappears asid is predominantly preserved in non-creatne forms,
there are still instances where folklore is not lolklore but reality, and heritage is used as a
creative mode/
Charles Stem art's "Nymphomania Sexuality, Insanity ami d Problems in Folklore Ana-
lysis" (pp. 219-252) although focusing on only one topic of the Greek folklore extends over
all the periods of the Greek civilization with its remalks What are the conclusions? Some
universals of the same civilization through the ages are retraced under various forms and na-
mes by the help of structuralistic devices.
4. The language question and its impact on literature is hardly speaking : Dimitris Tziovas'
topic in his "The Organic Discourse of Nationistic Demoticism ; A Tropological Approach".
(pp. 253-278). In fact only a tiny section of the above mentioned theme makes up Tziovas

4 see the preface to the Romanian version of Dimaras' History. ... quoted above.
5 Ibidem.

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168 COMPTES RENDUS 8

present contribution out of 1,vhich sse retain as remarkable the definition of nationism as state-
of mind responsible for cultural and scientific trends. The "toils" of tropology help a great
deal in demonstrating how fluctuating are such concepts as Greekness or tradition. The results.
may look shocking while in fact they are not and let's hope they will help a new trend in Greek
thought to surface.
On its whole The Test and Its Aiazgins leaves the sensation of a hard working laboratory
with successful outcomes which allovi lessons to others and still prepares surprises.
Lza Brad-Chisaeof

ODA BUCHHOLZ, \VILER IED FIEDLER, Albanzsehe Granunalzk, Zentralinstitut fur Sprach-
wissenscbaft, Akademie der Wissenschaften der DDR, VE13 Verlag E'neyk/opadie,
Leipzig, 1987, 582 p.

Les deux auteurs se sont proposes et ils ont realise, en effet l'elaboration d'une
grammaire exhaustive de la langue albanaise actuelle (a partir de 1944, scion leur propre pre-
cision). Afin de rendre compte de la complexite des rapports reciproques, dans le système
la langue, entre la phonologic, la morphologic et la syntaxe, Oda Buchholz et Wilfried Fiedler
mettent à profit une description adequate traditionnelle, raffinee et enrichie des suggestions
offertes par les demarches generatives-transformationnelles et contrastives En vue de presenter
le processus du developpement de l'albanais et les tendances de cette evolution, ils prennent
en consideration les aspects semantic-Ines et celles pragmatiques. (Introduction, p. 17, 19).
Les linguistes allemands ont obtenu et ont employe un corpus riche et representatif des
textes pukes surtoul à la litterature et à la presse Ce corpus sert à la description de la norme
litteraire albanaise établie par le Congres de Forthographe de Tirana (1972) et par l'activité
ulterieure des spécialistes albanais. Cependant, un des mérites du livre est celui d'enregistier
et de discuter aussi des faits, d'une grande fréquence dans les dialectes ou dans la langue
parlée, qui ne sont pas acceptés par la norme. Le cas échéant, les auteurs ajoutent des explica-
tions diachroniques. (Introduction, p 18, 19). Un clair exposé sur le caractere indo-européen
de l'albanais, sur son Instoire et son evolution, sur les phases de la formation de la norme
actuelle et une discussion des concepts tels : langue litteratre, langue ecrite, langue parlée (Li-
teratursprache-literatursprachlich ; Sehriftsprache-schriftsprachlich, buchsprachlich ; Unigangs-
spraehe-unigangsprachlich) completent l'Introduction
Le byre comprend, sauf Fintroduction, cinq pal tie, une indispensable liste d'abréviations
des termes grammaticaux utilises et une liste d'abréviations des sources dont on a puisé les
exemples, un détaille index des concepts et des themes traités.
La premiere partie (Phonetzkl Phonologze, p. 27-59) est con çue comme une introduction
dans ce domaine de l'albanais. Les auteurs cliscutent une série de problemes controversés ou
specifiques, tenant amplement compte des phénomenes dialectaux et offrant de la sorte des
données pour des futures etudes de typologie (voir l'Introduction p. 19) : le nombre et la dis-
tribution des phonemes dans le systéme phonologic-Inc, les voyelles nasales, l'opposition en
guègue entre voyelles nasales et voyelles orales, la quantité des voyelles, la syllabe, sa struc-
ture et son rele par rapport aux morphemes, la structure du mot, les traits prosodiques,
la place et le rôle des accents, le contour de la mélodie de la phrase.
L'attention des auteurs est orientée d'une faeon particulière vers la morphologic : dans.
la deuxième partie (Verb, p. 60-197), la troisiéme partie (Deklinabdia, p. 198-360) et la
quatriérne partie (Indektznabilza, p. 361-406) ils décrivent pour chaque classe grammaticale
(Wortklasse) les sens et les fonctions de toutes les formes, les rapports entre les categories
morphologiques et les categories fonctionnelles et sérnantiques et aussi l'emploi syntaxique de
ces formes.
La description commence par la classe du verbe à cause de la position centrale du verbe
°clans la proposition. La connaissance et la comprehension du systéme verbal, qui est d'une
grande complexité en albanais, est la condition essentielle à la formation des énoncés corrects.
(Introduction, p. 20).
Le grand nombre de formes et de sens du verbe albanais est systematise d'une maniere
cohérente à l'aide des rapports et des oppositions entre les categories sémantiques et fonetion-
nelles telles : aspect et Aktionsart, mode, temps, genus verbi (catégorie morphologique cornplexe

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9 COMPTES RENDUS 16

par rapport it la vol.,: ou diatlièse, mais aussi categoric fonctionnelle et sémantique, p 184)1,
«Popposition admiratif / nonadmiratif ». Considérant qu'il s'aga d'un degre different de gram-
maticalisation, les auteurs discutent aussi toute une série de constructions verbales et dans ce
cadre les constructions à Paide des o particules (daps la terminologie des auteurs et des lin-
guistes albanais constructions spécifiques pour Palbanais et offrant des données pour la
comparaison dans Pespace sud-est européen.
Sauf la description de l'emploi des tornes verbales dans le contexte verbal et dans le
contexte situationnel 3, Oda Buchholz et Wilfried Fiedler donnent la liste exhaustive de types
et de sous-types de conjugaison (p 88-117)1.
La troisième parLie, Dekltnabilia, cornprend les classes formant le systeme nominal : le
nom, le pronoun, Padjectif et le numeral. Les articles enclitiques et prochtiques sont consideres,
comme des morphemes de la determination 5 et non pas comme des membres d'une classe
grammaticale A cause de l'importance et de la spécificité des articles, la partie concernant
le systeme nominal débute par la description de leur fonclionnement (p 198-201). La ques-
tion est reprise par la presentation des noms et des adjeetifs munis d'article dans les syntagmes
et les constructions à plusicurs mernbres (p 232-241).
Les auteurs proposent des types (le déclinalson et une liste complete des formes ca-
sue/les et de pluriel (p. 249-267) 6.
La categoric du genre soulève assez de questions, par ex. en ce qui concerne l'existence
ou non du neutre Les auteurs ont opté pour Pexistence du hétérogène La liste détaillée des
désinences de pluriel nous permet de constater la tendance de l'albanais à utiliser la désinence
-e surtout pour les noms abstraas el, non-animés (p. 259-260), fait qui rappelle la situation
d'un groupe de noms neutres en roinnam.
La quatrième partie (Indekttnabtlia) eomprend l'adverbe, la preposition, la conjonction,
la o particule s (Partikel), les « equivalents de la proposition (Satzaquivalente).
La cinquième partie du byre concerne la syntaxe de la proposition et la syntaxe de la
phrase (Wortgruppen uncl Sal:, p 407-561) Le premier chapare décrit Pattribut adnommal,
surprcnant les caractéristiques de l'emploi du nom en génitif et de l'adjectif muni d'article.
II faut noter la tendance vers Futilisation de Papposition dans le cas nominata Le chapitre
suivant trarte du syntagme verbal et du syntagme nominal Tenant compte de la théorie con-
cernant le theme et le rhème, les auteurs etablissent les règles gouvernant Panticipation et la
reprise de Pobjet direct et de l'objet indirect, regles qui présentent assez de difiérences par
rapport au routnain, par exemple.
De nième interessants sont le datif éthique, le datif possesif (alb. SylE po i mesoheshin
me gjysmetemn (p. 219) : mum. oclut i se inodlau cu sennintunericul) et les constructions avec
le verbe ka avoir », ayant de méme un sens possessif (alb. plait i kishte syle tè skuggr rija
pagjumesta (p. 460) : rourn. Beitatul avea ochu inrosill de nesomn).
Oda Bucholz et Wilfried Fiedler donnent pour la premiere fois une description de la
structure de la proposition et une liste des modalités de construire de propositions correctes en
albanais. Ils formulent les conditions grammaticales et sémantiques qui produisent 115 types de
structures proposaionnelles (p 472 et suiv.)

1 Les auteurs ont pris pour modèles théoriques et de méthode surtout deux ouvrages
sur Pallemand G. Helbig, .1 Buscha, Deutsche Grammattk. Ein Handbuch ltir den Auslcinder-
unterricht et Grundzuge ewer deutschen Grammattk, 1.6(110 sous la direction de K. -E. Heidolph,
"W. Flarnig, "W. Motsch (Introduction, p. 18).
2 La classe de ï particules » dont se servent les grammaires albanaises élargit ici sa
sphere d'emploi (v. aussi p. 392 et suiv ) et elle méraerait peut-ètre une discussion théorique
encore plus ample afin d'être plus clairement délinutee par rapport à la classe des adverbes
et a la classe des prepositions, par exemple.
a 11 faut mentionner le fait que les membres de toutes les classes grarnmaticales, et non
seulement le verbe, sont examines dans leur environnernent et dans le contexte situationnel.
4 Les auteurs ont donne déjà une classification du verbe dans la grammaire publiee
dans le dictionnaire : Oda Buchholz, Wilfried Fiedler, Gerda Ilhlisch, Worterbuch Albantsch-
Deutsch, Leipzig, 1977, p. 691-739
5 Les articles enclitiques sont les morphemes de la categoric rnorphologique nomée Be-
stimmthett I Unbesttmmthezt, tandis que les articles prochtiques sont les morphemes de la catégorie
Determintertheit I Indeterminzerthett (p. 20).
6 Vu les listes completes des types et des sous-types dressées pour toutes les classes gram-
maticales de l'albanais et les paradigmes établis, cette grammaire peut servir aussi comme
un veritable dictionnaire morphologique (v. p. ex. pour le roumain Alf. Lombard, Constantin
Gadei, Dtctionnaire morphologique de la langue rournaine, Bucure0, 1981).

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170 COmPTES RENDLTS 10

t'n chapilre étendu concerne Pordre des mots clans la proposition el des 'impositions
dans la phrase, un au tre doniaine de l'albanais insulfisamment étudie jusqu'a present (p 536
et SUB ) Il fatit alouter a LISSI plusieurs obsen talons que les au leurs ont fait dans antres cha-
pi tres byre stir Pordre des mots clans (III ferents t3 pes de syntagnies et de constructions.
Les traductions en alleinaml et la multitude d'obserx anon dues A la méthode contras-
t's e appliquée au \ eemples albanals et allernands sont des indices tres importants concern:tilt
les faits de langue caracteristiques û Palbanais
Par sa structure, par le caractere exhatistif et A la fois dynanuque de la description
rendant les tendances de Pevolution de la langue, par les contributions théoriques concernant
les aspects controyerses ce byre impressionnant represente un ouvrage de reference, indispen-
sable pour taus ce qui étudienl Palbanals el le, Lingoes sud-est europeennes.
Caleiltna dleisescu

FELIX K lif.1NGEII, Auf 3luichensuche im fa/ kan, Diederichs Verlog, Koin, 1987, 124 p.

A six-student A orkteam heded by Prolessor Felix I:Urlinger tras elled in August. 1964
over some of the lands still inhabited by Animanians and collected (by tape recording or in
shorhand) tales and songs in the oral ¡McMinn of this population w Inch has no educational
institution in the mother tongue
Gefahr alter Feldforschung lag und liegt in der entliumanisiereid.m Ka talogisie-
rung V011 'Gegenstandeie and Außerung'en der Volkskultur" (p. 121). Being are ol this danger,
ZINN

Karlinger's aim was to compile "die Verbindung Landschatt / Mensch , Erzahlung anzudeu-
ten" rather than a catalogue like the above quoted, because "Wissen 1st mehr als Wissenschatt,
find die Erfahrung von Menschenart und Gemut befnedigt lin echten Slime des W ou Les, es
befriedet" (p 41).
Time seven travellers setting out. in 1964 in search of tales w ith alino,t poor material
means got acquainted with the Tzintzars in Ljumnica (south of .ltigoslayia, near Gevgeli
or Deydelja) and Artunanians in ses eral localities of northern Greece, over a stretch extending
from the Smolika massil to time we,t, Thessaloniki to the east and the lar end ol Thessalia
to the south Untortimately, they failed to reach the Rhodope \Rs , which was Included in
the initial itinerary Instead, they met Amman/ails, natives of Beral (Albania) and Epeirtis who
had come as relatives to the territory under investigation
Reference is made throughtout the itinerary lo w hat Gustas Weigand, a scholar in
Romance languages, observed and recorded half a centaily earlier. Thus. they notice that many
Arinnanians liad since then los t. the habit oh using their own mother longue and employ ins-
tead Gieek with increasing lrequency. Likewise, many native speakeis of Greek have sufficient
pa,sive knowledge of the Arumanian so as to under,tand the tale, they are told.
To the reader, of lits book, Felix K.arlinger skilfully conveys sympathy and understand-
ing for all those he has inet, particularly for time three oetogenarians Taczu of Vena (Berma),
Dimitriti Hopi ot Berat and Eftimiu ol The,salohiki To these add the somewhat younger
Dorotein of Epeiros or Nicu of Nunn-ilea, as w ell as other men and women of s anous cities
and villages, or even sheep-folds. For each of their narrations, time authol casts light either
on the relation with the Balk in and with the more general European folklore or scoops out
a parabola whose motifs and characters were given written evidence already in the Antiquity
(the three Moiras, Polyphemus, the Sun-Emperer, bestiary fables). Reference is made to apo-
criphal writings (Pseudo-Mall aus or islona J °sepia [abre lignarit ), to exempla collections
(Disciplina clerical ts by Petrus Alfonsi), to Deldenromanen (Pans el V lemic ) or to hagio-
graphies.
Felix Karlinger seizes their capacity of rendering in tales the paintings they have seen
overnight "mehr in den Konturen als im Detail", under the mild and warm light of the candles
"Wir hatten lusher Bilder und Handlungen vor allem aus Erzahlungen geschopft und sui uns
nachzuformen versucht ; hier nun waren es die Bilder, die wortlos Geschehenes oder Beispiel-
haftes erzahlten" (p. 81).
Given that spoken words are not uniquely important in the art of story-telling, the
author dwells on the story-telling manner of each of those he has met. There exists a
language of the hands and a certain versatility in modulating the voice : "Hunde und Stimme
sind eigentlich eine Einheit : man sollte die Bewegung der Hande choreographisch aufzeichnen
und ihre Schrift untenu Text wiedergeben. Noten zu den Worten" (p. 13).

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11 COMPTES RENDUS 17I

Additionally, the story-tellers can bind the audience as if by a spell in the concrete
sense of the word and not just metaphorically, as managed by that enigmatic young disabled
woman of Thessalia. In this part of Thessalia, referred to in (he 1:3th century as "Walachisch
Thessalien", there hardly exists today half a dozen localities with full Arumanian population.
In order to understand these Arumanians' tales uplieepers of archaic values the au-
dience should have a refilled gift for listening : "Es bleibt immer von der subjektiven Bereits-
chatt abhangig, Worte nicht nur als Text zu hören, sondern auch dem Zwischen- und Nachklang
aufzunehmen und die Nuancen herauszuhoren, die einzelnen Ausdrucken anhaf ten. Ebenso ist
(he anschauliche Vorstellungskraft individuell verschieden, und man muß den Hintergrund
verstehen, um auch die Aussage der 13ilder nchtig umsetzen zu konnen" (p 81)
This "Aussage des Bilder" has a clear relevance to Fran Chnsta of Tnkala, for instance,
who seizes in its old, smoky icon a partner for discussion rather than an object.
The next question raised by the folklore collectors refers to the story-tellers' attitude
vis-a-Ins the tales they relate. Most of them are confident in their truth and dramatically
though are aware that they are the last bearers of a culture that has been ruled out by
modern society : "So ist also vides V011 Mund zu Mund gegangen rund um die 'Welt. Vicies ist
von den Menschen vergessen worden, und so manches haben nur wir einfaltigen Menschen in
den Bergen behalten und bewahrt bis zum heutigen Tag. L'nd nur der Herrgoll allein weip, oil-
man es morgen noch erzdhlen wird" (p 31).
The readers are also informed of another type of story-tellers NI ho, like the merchant
Dimitriu Bojat, change the text in compliance with circumstances, bringing together fragments
they have heard or dreamt of with events of their own life "ohne Bucksicht auf die Wirk-
lichkeitsebene". "Die Verbindung von Realistik und Phantastik war in sem eneigenen Geschich-
ten immer wieder uberraschend" (p. 101). The old Dimitnu of i3erat states clearly that
the cursive flow of the narration depends not only on the topic (which dictates the adoption
of a certain tone and a certain narrative style) but also on the audience's attitude (which is
paramount for the choice of the topic itself and in making extensions and abridgements). Felix
Karlinger records the reactions of the folklore bearers to the interest taken by those toreigners,
scholars coming a long way off IN ail a tape recorder which is here and there regarded with
suspicion Of no less interest are the notes on the collectors' reactions to the impact with a
world that can convey the deeply friendly welcome of the inhabitants of the Furea village on
the Smolika or of the shepherds dwelling in a kind ot rocky ravines, but also the doubtful
misery at the place to which the seven travellers referred to as 'Wanzenburg' ior concrete
causes.
However, throughout their travel's reach, they observe just the same thing : notw ith-
s Landing then- drive to an austere realism, the Aruinanians are still the treasurers, now in the
/ate 20th century, of a Marchenwelt so nch that it deserves survival and a study that should
spread its knowledge outside its province. The variety of the tales extends from the bnef
texts related to a seriously impressive occasion like the funerals, to the two complementary
texts about the shrewed Gat and the large narrative structures built by Ef timiu of Thessaloniki
interspersed as they are with songs and read fragments (like that about Duca IIristofor von
Bayern).
Let us finally add our praise for the German translation of the tales, initially told (and
recorded) in the Arumanian idiom. With these translations and the entire book, Felix Karlinger
manages to introduce the reader gently and with much human understanding in the universe
of a singular ethnic community which has been the object of much, often tough, discussion.
Catalina Velen lescu

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Notes de leeture

ligées par : ALEXANDRU (A.D ); O ILIESCI (0.1 ) ; ION-RAD1' MItIGEA


(I -RM.); 130GDAN MURGESCIT (B.M ): CONSTANTIN IORDAN (C.I ); DANIEL
BARI3U (D.I3 ); ZAMFIRA MIIIA1L (Z M ), ELENA SILT (E.S ) ELENA-
NATALIA IONESCU (E.N.I.).
Publiées par les souls de Zarnfira

GeNTHER WYTRZENS, Die Slanien der Wiener 3leehilliartslea-Druckerei. Wien, Verlag


der Osterreichischen Akademie der Wissenschaften, 1985, 337 p.

La typographic des peres ,Mékitharistes de Vienne a publié plus de 360 titres en langues
slaves au long du 190 siècle. Ce catalogue en donne une description detainee : livres en slallon,
bulgare, serbe, croate, slovene, tchèque, slovaque, polonals, ruthène et ucrainien, russe et en
langues non-slaves, surtout en latin. Dans le premier groupe se trouvent 7 imprimes en plu-
sieures langues : un privilege accord& aux Grecs et Roumains qui assistaient aux services liturgi-
ques dans l'église zur heiligen Dreyfaltigkeit am alten Fleischmarkt est rédIgé en allemand,
grec, rouinam et slavon, pendant qu'un o Kaiser-Album » publié en 1858 et dédie a Franz
Joseph contient 130 poésies dans toutes les langues et dialectes de l'ancienne monarchie. Un
florilège liturgique de 1869 reproduisait le texte lu le dimanche de Saint Thomas en slavon,
bulgare, grec, turc, franeais et roumain, en caractère cyrillique
Tres importantes sont les publications en serbe, puisque c'est la que Vuk Karadiie a
fait paraitre son dictionnarre qui devait impulsionner la formation de la langue litteraire serbe,
en 1818 ; une année plus tard. Dimitrije Davidovie y imprimait le a Zabavnik o. D'autres livres
de Vuk Karadiie, Dositej Obradovie. Petar Petrovie Njegos ont vu la le jour en compagnie
des calendriers, manuels pour Pécole, Le Sage, Alexandre Dumas 011 Shakespeare (o Venus i
Adonis 1861) et autres traductions qui dévoilent les progres de la conscience artistique. D'ail-
leurs, les livres serbes sont plus nombreuses que ceux en croate ou slovene imprimés plus tard
La série des livres bulgarcs s'ouvre avec le o Telémaque o de Fenelon (en 1845). On y recommit
les objectifs péclagogiques rnoraux des peres Mckhitaristes qui, en 1826, avalent fait parattre
Irceuvre de Fénelon en arinénien (son- l'article de R. W Kevorkian et A Lautel dans la o Revue
de laterature comparée », 1987, 2, p 21)9-216) Donnnage que Pauteur Ile donne pas un mini-
mum d'informations concernant Pordre fondé par Pierre Manouk dit Mékhitar le consolateur
, en 1702. avec Papput du pape. En poursuivant des ()Nectars similaires à ceux de l'église
uniate, cette congregation ne manifestait pas sa i tolerance o (scion le dire de l'auteur) lorsqu'elle
imprimait des byres liturglques orthodoxes, ma's se inouvait dans le cadre de Pumatisme gut
a toujours conserve le rite orthodoxe, un aspect essentiel qu'on oublie parlois !
Ce catalogue riche et précis, fruit d'une patiente activité, conttent è la fin un t Namen-
register o qui donne des informations sommaires et utiles sur les auteurs, les écrivains traduits,
tout le monde du livre qui emerge aussi des listes des souscripteurs que G Wytrzens n'oublie
pas de signaler. Une liste des titres et un Sachregister se trouvent à la fin de cet instill-
ment de travail tres utile
A. D.

DAN BERINDEI, Cultura nallonald ronminii modernli. Bucarest, Editura Eminescu, 1986,
502 p.

Ce volume dense et documenté réunit des etudes et communtcations rédigées par un des
plus actifs et penetrants historiens du processus de modernisation de la société rout-I-mine ; a
,peu d'exceptions, le volume prend en charge le 19e siècle, inais sous ses angles les plus divers,
de Pactivité diplomatique à la vie culturelle et de l'action politique aux mécanismes intellectuels.

Rev. Études Sud-Est Europ , XXVI, 2, p. 173-183, Bucarest, 1988

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174 NOTES DE LECTURE

Dan Berindei est toujours attentif fi la complexité des phénomenes et au lieu d'essayer cl'em-
brasser un devenir historic-rue dans son ender démarche qui d'habitude ne va pas au-delà
du fait politague II se cantonne dans un sleek et poursuit l'entrelacement des activités qui
forrnent l'ensemble d'une civilisation : l'auteur met toujours un accent special sur les progrès
de la conscience nationale, en ouvrant ainsi une voie Ore et claire à cenx gm désirent nneux
saisir une identi le et une originalité Ces aspects Sc dégagen L surtout des etudes groupées dans
le septieme chapitre : L'image de l'autre 0, une image gm permet chaque fins au sujet de
se connaitre mieux. D'ailleurs, l'auleur avertit des le début son lecteur sur le sens de sa dé-
marche, lorsqu'il allirme que o la culture d'une 6poque rellele non seulement sa propre evolution,
mais elle conserve et tran.smel /linage de la sociéte pendant ce laps de temps ».
L'auteur s'occupe de l'enseignement et de l'activité des historiens, en choisissant les
plus grands BAlcescii, Hurmuzaki, Xenopol et lorga , pour s'arreter ensuite
la presse, qu'il a longuernent analyse (Dan Bermclei est un des auteurs de la o I3ibliographie
analytique des periodigues rournains, 1851-1858 a, instrument de travail fondamental):
poursuit les projets gin ont precede la fondation de l'Académié roumaine et son actiNité jus-
qu'a la Grande Union de 1918 L'union des principautés de Valachie et Moldavie, en 1859, est
vue à travers la littérature de l'époque, deux autres étude, poursuivant les relations culturelles
entre les Principautés Lilies et la Transylvanie, entre 1859 et 1918 Les etudes groupées dans
le chapitre o L'image de l'autre 0 présentent surtout la perception réelproque rournano-allemande
et encore les observations de J. A. Valliant sur la société roumame à l'aube de la Revolution
de 1848 ou les choses VLICS par Nicolac Iorga en Hollande. La derniére etude re2onstitue l'ac-
twit& de Dionisie Pop Martian clans le dorname de la demographie. Comme le lecteur constate
aisément, ce volume accorde au concept de culture son sens le plus noble, d'actisité intelligente.
Mais les analyses de Dan Berindei soulignent toujours l'étroite liaison entre activité de "'in-
telligence et esprit patriotique au siéele des nationalités.
A. D.

WALTER LEITSCH, Wien and die Ausbildung von flistoz the! n osteulopaischer Lander, a Alit-
tellungen des Instants fur Osterreichische Geschiehtsforschung 0, 94 (1986), 1-2, p.
144-158
Foncle après 1848 pour contribuer à la consolidation de la conscience t patriotique
autrichienne, scion les intentions des gouvernants, l'Instilut de recherches sur l'histoire autri-
ehienne de Vienne (Institut fur osterreichische Gesch chtsforsehung) s'est viternent cantoné
dans le don-lame des sciences auxillaires de l'histoire L'auteur présente la brochure de Josef
Alexander Helfert parue en 1853 dans laquelle était disci)* la nécessité de fonder un instant
national d'histoire qui aurait dn développer le sentiment d'appartenance à un `Gesarntstaat'
et a un `Gesamtvolk' (grace aux leçons données par un protesseur qui aurait du porter le
nom de o Giampietro Geza Wlaclislaw Krasontluvec von Franzentreu t d'après Walter Leitsch ')
Mais l'institut a poursuivi son propre cours, car es ware fin- die Historiker eine lausserst sch-
w ierige Aufgabe gewesen, in Widerspruch zu den Tendenzen der Zeit d e Geschichte darzus-
tellen s. Jusqu'a la Première Guerre niondiale, les cours de l'Institut ont été smvis par 22
Tchèques, 13 Allemands de la Bohéme et la Moravie. 15 Hongrois et Allemands de la Hongrie
historique, 6 Polonais et Slovenes, 1 Roumain, 1 Croate et 1 t'kramien. Le Roumain, Ion
Nistor, a enseigné, ensuite, l'histoire du Sud-Est européen à l'Université de Czernowitz, mats
les Slovenes ont developpé les sciences auxiliaires, comme par exemple IMilko Kos. L'auteur
constate que l'historiographie pratiquée à Vienne n'accordait pas une attention spéciale aux
peuples de l'anelenne monarchic : le sujet préféré était l'histoire de la monarchie. Celui qui a
dépasse ce cadre a été Constantin Josef Jireeek gm s'est occupé surtout de la critique des
sources. o Sollte er ein historisches Weltbild gehabt haben und sollte er sich Gedanken uber
das Sehleksal der Menschen gemacht haben, so hat er all das vor seinen Mitmenschen bestens
verborgen o. Cette belle et attrayante etude ajoute un nouveau chapitre à l'histoire de Phisto-
riographie est et sud-est européenne viennoise que Walter Leitsch, en collaboration avec Manfred
Stoy, a reconstitué dans la monographie qui a refait un centre culture] et un amVe mouve-
ment des idées : Das Seminar ftir osteuropaische Geschiehte der Universildt Wien, 1907-1948,
Vienne, 1983. ATMs l'institut d'histoire nationale o devait assumer des fonctions pédagogiques
supplémentaires et son succès a été trés réduit de ce cOté. Le lecteur trouvera dans cette
etude un bon support pour réfléchir sur l'impact de l'histoire sur la vie des hommes et sur les
rapports entre politique et sciences humaines.
A.D.

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3 NOTES DE LECTURE 175

Meiotic°lia Ellcei. Poeti gieei contemponnti (La melaneolie de la mer Egée Poétes grees eon-
temporams) Selection, traduction el presentations de Ion BRAD. Bucarest, Effilura
Univers, 1987, 252 p.

Cette anthologie des poéles grecs faite par un poéte rotimain contient des vers de Ma-
nobs Anagnostakis, Kostas Asimakopoulos, Evanghelos AN croII-Tossizza, Rita Boutin-Papas,
illaria Caraianni, V. Constatamos, Dimitris Doukaris, Odysseas Elytis, Anestis Evanglielou,
Oregon, Lia IIadzopoulou-Earavia, Panayotts Kanellopoulos, Maria Kendrou-Agatopoulou,
Dimoslenis Kokkinos. lannis P Koutsolieras, Nikos Kranidotis, Constantin Lotris, Mattelaos
Loudernis, Pandelis Prevelakis, Dimos Rendis-liavanis, Immis Itilsos, Bias Simopoulos, Manos
Spyridalus, Milmil Stasinopoulos, Lidia Slefanou, Constantin A Trypanis, Constantin Tsatsos,
Ioana Tsatsos, Panayotis Tsoutakos, Lea ndros Vranoussis, Niki loros Vrettakos, Lambros
Zogas Une des plus riches et substantielles anthologies, desttnée a dévoiler o le rationalisme
marque de la poesie grecque acluelle qui West pas opposé a un linsme gin ravage, tout aussi
méditeranéen que les l'imprévision mythologique o, scion les dircs de Ion Brad qui a travaillé
ce livrc dix ans. Chaque poète est présenté au lecteur (l'une maniere synthetique

ALAN M. sTAm The Venetian Tornesello, a medieval colonial coinage. New York, The Ame-
rican Numismatic Society, 1985, VIII, 96 pp. et 4 pls.

On a &era juscfu'il present un grand nombre (le travaux coneernant Plustoire monetaire
de Venise, mais cc sont surtout ses monnaies de forte valeur, à savoir le gros d'argent et le
ducat (Von qui ont plus particulièrement attire, Pattention des numismates aussi bien que des
histonens Or, VOiCl que eette fois, un chercheur américain se penche sur Pellicle d'une monnaie
vénittenne bien plus modesle, le loinesello de baton (en latin ltuonensis ). Cette monnaie fut
eréée par une decision de la Quarantia en date du 29 juillet 1353 : elle était deslinée à étre
muse en circulation el ensuite a cireuler uniquement dans les terntoires arrachés en 1204 par
Venise a l'empite nyzan ti ii. c'est-à-dire a Coron et Modon en Moree. à Négroponte et en Crete
La nouvelle monnaie de \ nit étre frappee à Venise, en argent, au poids correspondant a 0,75 g
et au titre d'environ 110 1000 (p 7-8. les titres swat exprimes en pourcentages partout dans
le texte de cet ouvrage) L'examen dun grand nombre de torneselli a neanmoins pw mis .il'aus-
teur d'en établir un poids !novel] de 0,52 a 0,64 g (p. 31-40) el le titre oscillan t en tre 134 1000
en 1353-1354 (Andrea Dandolo), 60 1000 en 1361 1365 (Lorenzo Celsi), 136 1000 en 1423
1457 (Francesco Foseari) et finalemenl, 112 1000 en 1462 1171 (Crislotoro Moio) , en general,
le titre de largent est supérieur a 110 1000, valeur prescnte par la decision du 29 JUIllel 135:'(p 43).
Deux interessants chapitres de cel ouvrage sonl consacres. l'un au systeine (le caleul,
base sur le tornesello (p 53-59), l'autre a la valeur di nominal en question (p 61 (34). D'une
grande importance esi le tableau donné a la p 59, on figurent les parités entre di \ crses molt-
naies effectives on de calcul, en vigueur en Grece apres l'introduction du tornesello.
Une question évidemmen t secondaire dans Peconomie de cet ouvrage nous senible nean-
moins ne pas it-languor dintérét ' 11 s'agit de la falsification du ducat dor de \ emse, A Pavis
de Pauteur, par les Titres : la circulation de tels faux en Crete constitutut un grae probleme
pour la colonic \ íniitienne locale, ce qui se retlete dans quelques documents elms a Candle en
1361, 1369 et 1370 (p 2 el note 4 : les documents respectifs sont cites a titre cl'exemple). 11
y a exactement trente ans, Franz Babinger signalait pour la premiere fois la participation des
sultans ottomans a une tellc entreprise, longtemps consicléree presqtte monopole Ono's , mais
le plus aneien cas connu a Pau leur cite est celtu mentionne par Giacomo liadoer dans son Libro
dei Con/i, qui comprend des operations effectuées entre 1436-1440, done sous le regnc de
Murad II (1421-1451)1. Selon le méme auteur, le successeur de ce sultan, Mahomel II le
Conquerant, a continué, lut aussi, a laire fabnquer des ducats Vélli hens faux, jusqu'en 1477 1478,
date de la premiere emission du sullani ottoman, monnaie d'or taillee aux inémes poids el titre
que le ducat de Venise. A notre avis, tl est peu probable que les Turcs se soient byres à ce

1 Franz Babtngcr, Die Frage der osmanischen Goldpragungen irn 15. Jahrhundeil unler
Mudd II. und Mehmed II , Sudosl-Forschungen, 15, 1956, p. 550-553 ; du mème, Conlrafazzoni
ollomane dello zecchino oeneziano riel XV secolo, Annalt1 Istituto Italiano di Numismaticai, 3,
1956, p. 83-99, avec deux planches (notamment p. 95-97).

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176 NOTES OE LECTURE 4-

faux-monnaynge dés 1361-1370, sous le régne de Murad 1 er (1359-1389), car ils avaient
adopte dés le debut Petition argent, Page& Peut-etre les documents cites par Ntr. Stahl se rap-
portent-ils, eux aussi, aux initiatives des Génois, par exemple de Francesco Gattilusio, seigneur
de Mytilene, auquel reprochalt un tel forfait le doge de Genes, Simone Boccanegra, le 3 Mil
1357 2. Peut-elre également les documents en question se rapportent-ils pluta aux pratiques
manifestées en cette meme direction, par l'emir dAydin, Uniur Beg, ou son fits, Isd-Beg,
comme resulte d'un autre document venitien 3. Eli tout cas, cette que,tion mérite toute
Pattention des recherches û venir.
0 I.

HRISTO KODOV, B021DAR HAIKOV, S l'EFAN KOZUCHAROV, atIlle ira crianniicu FiTe
pl,Honlicit B Bii6anoTeHaTa Ha 30upadicuila manamtp 13 Guerra ropa (Catalogue
des manusents slaves de la Bibliotheque du moaastere Zographou), Lome I, aver la
collaboration d'At Anguelopoulos et AL Karatanasis, Ed 4, Sviat i, Sofia, 1985, 270 p.

Les recherches des historien de la culture médievale du Sud-Est europeen se sont con-
centrées les dernières années sur les convents et les skttes athonites du Mont Athos, qui pos-
sedent de riches archives des bibliotheques. des précieux monuments d'architecture et d'art,
ainst que de nombreux manuscrits en langue grecque provenant aussi des pays slaves et des
Principautés Roumaines La haute protection des princes roumains pendant des siécles a enrichi
et maintenu une vive activité spirituelle dans le monde orthodoxe, depuis Passervissement des
Etats Balkaniques au sud du Danube, la situation privilegiée des pays roumains dans le cadre
de PErnpire ottoman leur permettant de soutenir financierement et de faire d'importantes
donnations en objets precieux et en byres au prolit des o trésors» monastiques
Parmi les précieux manuscrits et livres, nombreux sont en langue slavonne. Une esti-
mation approximative, due A l'Institut patriarchal d'éludes patristiques de Thessalonique en
1970, indique 13 100 manuscrits de 24 monastères et slates du Mont Athos. De nos jours, des
catalogues ont été pubbes par le pr. A. E Tachiaos de Thessalonique pour Roussicon, par le
pr. D. Bogdanovié de Belgrade pour Chilandar et, tout réceinment, par Hristo Kodov, BoZidar
Ralkov et St. Kaucharov pour Zographou.
Le premier tome englobe la description de 59 pieces avec illustrations (144 planches,
(lout 42 en coulcurs). Un aperçu sur les recherches effectuées depuis 1844 dans la bibliotheque
de Zographou s'achève par des considerations générales sur les 320 manuscrits en langue slave
et la métliode utilisée pour la description de chaque piCce. Les manuscrits sont divisés d'après
leur genre en : Psautiers u (10), a Evangiles (du type 4, Apracos et du type 4, Tétraévangile
o o

(39) et Actes et épitres des Apdtres 3 (7), dates du XII° au XVIII° siècles. Les plus nombreux
o

sont les évangehers et les tétraévangiles, puis les psautiers de composition diverse et les apos-
tolos. Aux Actes des Apiltres o appartient le plus ancien texte, du XII° siècle. Du point de
vue cantitabf, la majorité sont du XV le siècle (24) et du XIV° siecle (17). Leur nombre marque
au XVII° et au XVIII° une décroissance due A la diffusion des ltvres imprimés. Il faut souligner
la signification de la redaction : si le moyen-bulgare se rencontre daps les premiers manuscrits
des XII' et XIII° siécles, au XIV° la priori* revient A la redaction serbe ou à l'ortographe
ressavienne Les scriptoria roumaines se sont specialisees dans la multiplication des tétraevangiles
et d'autres manuscrits remarquables par de riches enluminures et une cal13-graphie artistique.
Les auteurs accordent une attention particulière à l'ortographe et aux particularités de
la langue qui les aident à déterminer les centres ou les pays d'origine des manuscrits ; milieu-
reusement, ils ne font pas la distinction entre les traits régionaux de l'ornement. Scion Popinion
des auteurs, un groupe de quatorze manuscrits est de provenance roumaine, de Moldavie et
de Valachie peut-étre que les numéros 38 et 55 n'appartiennent pas à ce groupe, mais A l'aire
galicienne. D'un grand intérêt historique sont les nos 7, 9, 30, 33, 35, 37, 40, 42, 46 qui
portent des epilogues ou des notes significatives sur le développement de la culture rournaine
du temps des princes Etienne le Grand, Néagoe Bassarab et d'autres voivodes et boyards, ou
le nom du copiste Deux, ou méme trois sont l'ceuvre de loan de Kratovo, qui a vécu quelques
années en Valachie à Cralova, où il a été protopope et copiste On remarque par leur valeur,
leur Age, la langue et leur aspect artistique l'Apostolos de la fin du XII e siècle, le Psautier

2 Franz Babinger, CoMrarazioni..., p. 94.


3 Ibidem, p. 95 (document date de 1370).

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NOTES DE LECTURE 177

de Radomir, un Evangehaire et un Tétraévangile, ces dermers du XIlle s et, enfin, l'Apostolos


de 1359, écrit par Laled, qui illustre l'époque du tsar Jean Alexandre Les auteurs du a Cata-
logue u offrent aux médiévistes, non seulernent la possibilité de connaltre à fond un centre de
culture athonite, mats aussi un livre de relérence pour le futur travail d'étude et de présentation
des monuments littéraires du passé.
1.-R M

DDIANUEL WAJ.LERSTEIN and RESAT I:AS.113A, Incorporation into 1/te World-Econorny


Change in the Structure ol the Ottoman Empire, 17 50 1S.10 in : Econornie el Sociaes dans
PErninre Ottoman (fin du X VIJl debut do XX e siécle) Actes du Colloque de Stras-
bourg (ler 5 juillet 1980), Publiées par Jean-Louis Bacqué-Grammonl et Paul Du-
mont., Ed. du CNI1S, Paris, 198.1. p. 335:-354

Cet article fait suite a une intervention antérieure d'Immanuel Wallerstein dans laquelle
il meltait en discussion l'incorporation de l'Empire ottoman dans l'économie-monde européenne
(The Ottoman Empire and (he Capitalist World-Economy : Some Questions for Research 4,4 Review
vol. 11, 1979, n° :3, p 389-398). En approfondissant cetle thése, les auteurs opinent que ce
processus eut lieu entre 1750. environ, et 1830, le rescrit de Gulhane marquant la fin de la
résistance de l'Empire n son incorporation days l'économie-monde européenne. On analyse la
diminution du con LI de l'E tat ottoman sur les activités productrices, la circulation des mar-
chandises et du capital, les inoyens de répiession et Pachnimstration, de in'écne que remplacement
des itInalS par des çiftliks (mi ientés Vel'S l'économie marchande Politiquement l'Empire ottoman
knit de plus en plus intégré dans le systéme interetatique européen et contraint de passer de
l'unilateralisme au bilateralisme. On souligne le fait que ton tes ces changements constituent
des composants neeessaires et 'nevi tables de la transformation d'un empire-monde en tine
structure périphérique de Peconoime-monde capitaliste
L'article Hull par une note concernant la périodisation ; les auteurs se prononcent contre
le, opinions qui s'appuyant sur les eliangements des structures internes de l'Empire ottoman
placement l'incorporation vers 1600 Notts pensons qu'au milieu do XV 10 siècle un processus
d'incorporation avait 61.6 amorcé et l'Empire ottoman ava1L commencé d'accomplir certains
acliviles périphétiques par rapport it l'écononne-monde européenne. Celte tendance a miné les
structures impériales classiques, inais elle n'a pas été assez puissante pour atteindre le but.
Ati-delit de la capacité de resistance de l'Empire ottoman, les régions de centre intéressees
dans ce processus (surtout talle) amen t elles-ménies en perte de vitesse éconontique el ln réces-
sion du XVII' siéele a irrémédiablement compromis cette tentative précoce cl'incorporation
de l'Emptre ottoman dans l'écononne-monde etc/opt:Time
B

RESAT K.1SABA, ÇAGLAII IíEYDEII TAIIAK, Eastern Jliditerarican Port Cities,


and Their Bourgeoisies . Merchants, Political Projects, and Nation-Stale%, i 11 eviess s,
vol X, Summer 1985, nr. 1, p. 121-135.

Cel article représente un rapport intérImaire d'activité du groupe de recherche% sur


PE,mpire ottoman et l'écononne-monde travaillant all Fernand Braude' Center for the Study
of Economies. Historical Systems. and Civilizations. 011 &Judie la clynamique économique
sept importantes villes mari times (Trieste, Patras, Salonique, Izmir, Trabzon, Beirut, Alexandrie)
au XIX e et au début du X.X.° %IC:0es ainsi que la maniére dans laquelle l'expansion (les relations
avec l'éconontie-monde européenne a contribué au renforcement de la bourgeoisie commerciale el
a porté sur les choix politiques de celle-ci, notamment sur la constitution des nationalismes
modernes Le groupe espère éclaireir le mécanisme de la formation des Etats nationaux pert-
phériques et &passer la--dichotoinie facteurs internes facteurs externes par une perspective
globale sur lar4-enr,,Tnisation structurelle impliquée par Pineorporation de ces régions dans
l'économie-monde capitalisle
Dans cette étape les résultals de l'analyse des facteurs économiques semblent are les
plus significatifs. Si dans le domaine macroéconomique le rythine des exportations el des impor-
tations de ces régions montre que ces liaisons commerciales dépendent surtout de la conjoncture
économique du centre, la recherche a relevé le rnle pas négligeable des négociants locaux, ceux-ci

6 cl atto
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178 NOTES DE LECTTJRE

n'étant pas du tout des simples agents o compradors o du capital étranger Vile extension de
l'aire d'investigation par comparaison aux ports danubiens roumains ('alai ayant déjA une
très titile monographic écrite par Constantin Buse (Camellia eLlerior prin Galap sub regimul
de poll franc (1837 1t83), Buctireti, Ed Acadennei, 1976) sera fort interessante. On attend
les resultats limns de cetle recherche si promelteuse
B M.

JOI IN A THEADWAY, The Falcon and ¡he Eagle. Monknerpo and Ausina Ilungaig, 1908-
1914. Purdue University Press, West Lalayelle, Indiana, 1983, XX-349 p.

John A Treach% ay a prouvé un courage similaire h (Ant des anciens montagnards de


Cetinje, en choisissant ce sujet pour son hi re, un theme accablant don I les diflicultes s'impo-
senL, h rinstant, h rattention de tout hislorien serieux. L'analyse des rapports entre le Monte-
negro et l'Autriche-Hongrie depths la crise européenne engendrée par rannexion de la Bosnie-
Heriegovine jusqu'au déclenchement de la Premiere Guerre mondiale West pas, A coup stir,
une croisiere de Bar A Trieste a travel's les pages magnifiques de Maly Edith Dui ham. L'au-
teur, conseient (le sa temérité, s'est minutieu,cinent prepare. pour désamorcer nombre de
pleges qui rentouraient Un obstacle redoutable, si non insurmontable, (la aux raisons objectives
une inlormation vaste et de premio iere main ful dépasse par un travail laborieux., qui
1 'a oblige de louiller les archives de Cetinje et de Belgrade, de Vienne et de Londres, et natu-
rellement de Washington Une lecture approfondie de rhistoriographie du problème (voir la
riche bibliographic, pp 297-326) l'a aide à saisir les lunneres et les ombres, les sommets et les-
abinies de cette lustotre bien trouble des 13alkans au debut de notre siecle, parfois tenement
maltraitée par les homilies politiques el meme par les historiens de la zone ou crailleurs. Done,
a mailrise des faits est une vertu incontestable (le Pau teur, qui a réussi (le nous offrir une
image nuaneee des rivali tes multiples qui ont agité rechiguier polifigue du Sud-Est européen
I epoque, celle d'entre Cetinje et Vienne se trouvant au mur de la démarche seientifique de
John A. Treadway L'auteur n'ignore presgue nen des ehoses cuit pouvitient contribuer à ré-
claireissement de revolution complexe des relations entre ces deux Etats : d'une part, de ce
Montenegro qui, A repoque, o exercised political hilluence far out of proportion to her small
size and meager resources o, d'autre part, de cette Autriehe-Hongrie, o a multinational empire
walla large South Slav population o, gut o always sought to direct. Celanje's expansionism and
subordinate it lo her own imperial designs o (pp 2()1-202).
11 s'agit done d'un li re excellent. et tout spécialiste de rhistoire des relations interna-
tionales aux Balkans avant la premiere conllagration mondiale, reconnailra son extréme
utilite
C I.

Zul Pioblent del Geschtehlluhkeil aslhelischei Normen. Die Anlike 1Vandcl dcs Uileils des 19.
Jalu !wildcat; (Sitzungsberichte der Akadenue der Wissenschaften der 1)1)11 Gesellschafts-
wissenschal ten, Janrgang 1986, rir 1 G = Vortrage des III. Werner-Krauss-Kollo-
quiums, das von der 1:lasse Gesellschaftsw issenschatfen II. gemeinsam nut dem Zen-
ti alinstitul fur Literaturgeschichte der Akademie der Wissenschaf ten der 1)1/11 am 18.,
19 , und 20. Oktoher 1983), bearbeitet von JO. CIIIM .11.11GEN SLOMKA und WOLF-
GANG TECHTMEIER, _kkadenue Verlag, Berlin, 1986, 396 p

Les Travaux gut font Pobjet de cette note out pris A niche d'étudier la survivance des-
thèmes et des modeles antiques dans la culture européenne des XVIII' et XIX' siècles. Les
communications presentees A ce troisième colloque Werner Krauss peuvent 6tre groupées sous
trois chefs.
Une première question abordée fut celle des modeles antiques (le la linérature des XVIlle
et XIX' slecles. On a retenu ici les contributions suivantes : Horst Heintze, Nachamen und
Uberlreffen. Zur Anlike-Aneignung in Rinascinienlo (p. 108-113), Eugeniusz Klin, Enlivichlung
und Funklion des .Anlike-Vorbildes bei Fitederich Schlegel und Hegel (p 114-121), Borbdla
Horvath-Lukiles, Die Anlike und die russische und ungansche Fruhromantik (p. 138-141) et
Jost Ilermond,Artstophanes contra Artslophanes. Zur ..inutonue eines Skandals (p 166-173)..

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NOTES DEE VECTITRE 179

Une autre direction de recherehes, consacrée fi Fassimilation des idées esthétiques de


l'antiquité dans les idéologies des XVII 1e et XIX° siéeles, a été illustre notamment par : Jo-
hannes Irmseher, Zur Anhkekoncephon August Doeckhs (p 194-200), Francis Claudon, Mend-
hal el la !None du , beau ideal i, (p 207-217), Kurt Schnelle, Zur Antikekritil: bet M-me de
Slael und Stmon Bolivar Zur Theone and Prans der Gesehichtsbenialltgung un 19 Jahrhundea
(p 231 248) et Martin Eolith's, Die Astheltsunung des CItoilet:. Der Vciabseluedung des Pabst-
deal dwell Dentamin Constan! (p 221-230)
Enfin, un dernier groupage analysa la part des modeles santiques dans la formation
des styles al-Us-tapes du XIX' siécle. 11 COIIViClIt de signaler les communications de: Hans
Ulrich Gumbrecht, Cc divan elmle d'ot Empire als Shlepoehe Epochenstil Epoche? (p.
269-295), Roland Desné, La muta/ion du modele antlque en Flanee. L'AnItqutle qteeque teem-
mile au XIX° stet* à pl000s de l'atchtledeL04(1792 1,s67) (p 295-301), WoUgang
VergeSCHSChafilIng 11011 Kunst und Kunstmodueizon aLs so/che. Zvi Gesta/t, Hues II altos-
plachs un Flankt('teh midi 1,S (p :130;138) et Friederich Tomberg, Ntetzsehes much C117CS
Aktualtstetung der Antike (p 364-371)
11 ne taut pas Lerminer cette bréve présentation sans signaler P6tude de Alexandra
Du Le &Win du modele antique el Vnalundualisahon de 1'1:nay:none Thoduehon el lecephon
des images a l'e.poquc du Neoelassansme et du Romani:sine (p 150-156), ma apporta au col-
toque son expérienee acquise dans le domaine des recherehes stu le mental concern et linstoire
litteraire du sud-est emopéen. Qu'il inc soiL penal,' de citer, en guise de conclusion aux pro-
blemes débattus par ces Travaus, quelques lignes du teste lu par A. Dutu (p. 154) i Le
romantisme est sorti de cet impasse clu content' 110LIVCall en vieilles formes, en accordant une
place privilégiée a la fantaisie : l'anagmation a démoli les régles londées sur le u gait dirigé
par la raison, sur u le bon sens cowman » et a libéré les tormes de Fespression ai Ustique.
Le romantisme a pros °clue une éclosion prodigieuse de la fiction au sers ice du plait''r de récreer
le monde Celte e Lust zu fabuheren » a dirigé les regards vers un mitre monde que edit' re-
cominandt par les arts poetiques inspirees par les normes de l'Antiquité C'est le moment où
une mitre inamere de penser el (Pagil. a pris corps et a senti le besoin de se démarquer du
monde antique, oa de nous-elles relations se sont eta ibes entre Fhomme eL la nature, oil la
mémoire a cede le pas èi Finvestigation de l'avemr Celle mutation culturelle a réduit considé-
rablement le prestige de l'Antiquite et a °us ert une riche succession aux expériences artist/clues
inchviduelles presentees sous Mime Weenies et de courants ».
D. B.

FtlSl"DAN KENIA, VALE011 SILOGAYA, Monuments of Geonpan Metal work and Easel
painting in Spancit Ushgult, Tbilisi, Ed Metzniereba, 1986, 132 p +95 plates (in
Georgian)

The present book is the first issue al a systematic project to record all the surviving
monuments of medic\ al metal Al erk and ease/ I"' auiting in Svaneti, a mountaneous region of
Georgia It con tains the NI orks investigated by llusudan Kenia, all art historian, and Valerli
Silogava, a paleographer, during an 1972 research expedition to the Ushgull group of sillages.
The extant art treasures of this remote country are now concentrated in the church of the
Savior in Cbazhashi.
The book is organized as a catalogue, providing all the necessary elements for a proper
scientific study : a detailed description of each work, measures, material, technique of execution,
present state, the inscription in 01(1 Georgian shrift and it5 modern reading, the bibliography,
the original place of keeping and ami illustratise material
Some of these monuments have already been published by G Chubinashvill (Gtuziaskoe
e'ekannae iskussloo, issledovanie Po Lstont gazzinskago srednevelzogo tskussloa, Tbilisi 1959) and
by R. Kenia herself and other Georgian scholars in Srcdnevelsovoc tskusstva. Ras'
(Mosku a, 1978). Nevertheless, their new presentation, together NS lth a large number of unknoun
orks of art, is of valuable help not only to the student ot Georgian culture but also to anyone
interested in Byzantine art
A Byzantinist will notice, for instance, the close connection of a Chazhashi Hodighitria
(cat. 25, p. 46-47, colour plate no. 6) with the contemporary icons of 11-ti century Byzan-
tium.
Few are those who can easily read Georgian. Thus, it uould liase been useful to have
an English abstract for each catalogue entry Anyhow, as far as I can judge, the authors have
produced a work of high quality

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180 NOTES DE LECTURE 8'

Looking forward lo the following publication of the repei !airy, one could say that R.
Kenia and V. Silogava's book is already a valuable contribution to the thorough knowledge.
of Georgian art
D B.

A GRAI'll, Dletionar al qi*elitor de looltd (A Dictionary uf language Mistakes), Bucuresti,


Ed. .kcadeiniei, 1982 ; FLORA SI 'FEU, Bitten(Wile orlogialle: brobti rometne (Difficul-
ties of Romanian Orthography), Bucure5ti, Ed. staintifici'i si enciclopedicil, 1986 : MIOA RA
AVRAM, Prob'erne ale expiriniau colecte (Correct Expression an(I Its Problems), liven-
re51.1, Ed Acadenuei, 1987

The last decades have WI liiessed a growing interest in the cultivation uf language-
which has come to focus the attention uf a Ns Kle range of people, irrespective uf their social
status and age That is why all 13 pes ol "4u/de-books" have been published, for school-children
as well as for aclult readership.
Such works are interesting also as landmarks iii the evolution uf the scientific discipline
as such, tor the norm which is insisten 11v recommended into use is actually the deliberate
control of the language al a given inorneni., ss hile the criticized forms are deviations from the
norms maturing in the language in its natural deN elopment. The deviatory aspects can ultima-
tely enjoy vide acceptance. Thereloie the record of the din iation is the turning point in the
evolution of the respectk e linguistic aspectl which the specialists register as smh for the his-
tory of language.
Philologists have been waging a permanent mar against the des iations from the norm
(established also by specialists) : whether by means of normative recommendations ("one say&
so" or "one writes so") as was frequently done in the 19th century, or by correctne ones,
which are largely used today together with the negative recommendations of the 1.3 pe "one
does not say so" or "one does not write so".
The norms aspects cover a wide range of linguistic domains, from orthoepy and ortho-
graphy to grammar, since grammar norms are a basic component of correct expression. Apart
from the arguments universally \ L111(1 in the study of any grammar, much attention should
be attached to a series uf peculiar aspects of the Romanian language because, as stated by
M. Avram (p. 7(i), "the rich grammar structure of Romanian calls for a special care in the
linguis tic education process".
The three works under review represent the x iewpoints of the most authoritathe spe-
cialists in the field who co-authored, together with other u esearchers, the "Giannuar of the
Academy". For instance, Alexandru Graur, member of the Academy, has been guiding the
public opinion in their option for the correct forms of Romanian for almost six decades (cf.
Patina gl amaticd, Ed. _1cademici, 1987)
The years when neologisms penetrated in large numbers imito the Romanian vocabulary
witnessed a diversification of the language cultivation problematique, mostly dime to the ''ron-
tes'' by which the neologisms liad reached the Romanian, that is to say, its adoption by way
of oral or 'written communication, depending on its language of origin A. Graur repeatedly
insisted on the necessity of the neologism pronunciation as close tu) its "native" language as
possible "Today the mass-media become ever more efficient and further the diffusion of the
same words all over the world. I am posith e that in a certain time interval humanity wilT
come to share a vocabulary largely common to all nations This w ill be an enormous progress
as any human being will lie able tu communicate With all the people of other countries simply
by use of his own native language. Tf we accept that international words be altered we'll hamper
this unifying process (for each country would produce distinctive alterations) .As for us,
Romanians, this unifying trend will be even more beneficial as tile new, internationally an-
cepted vocabulary is undeniably of Latin origin, that is to say it is already ours to a certain
degree" (pp 5-6) As concerns the spelling ot neologisms, in a first phase the original spelling
was taken over as such, especially with neologisms of the English stock, while at present nor-
mative dictionaries appear to he sery much in favour of the phonetic rendering of their
current Romanian pronunciation.
The cultivation of the national language bears on the general cultural level and grammar
norms are usually diffused by the mass-media. 13ut sometimes it is these very mass-media which
perpetrate linguistic mistakes (mispronounced or misused words) That is why the most au-
thori7ed scientific forum in Romania was called upon.

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NOTES DE LECTURE 181

In the past linguistic changes occurred at a lunch slower pace, as revealed by the mi-
nimum changes affecting the language over time llith-18tIs centuries and by the spectacular
modifications induced by the 19111 century re-Homanization and modernization of Romanian.
Incorrect differentiations can be traced not only with respect to neologisms but also to the
inclusion, at a certain moment, of a word long-attested in the language in a different deviation
series, -thus attracting it into another associative series. The neuter plural has long shifted
between the forms ending in "-e" or in "-tiri" even w ills one and the same W ord for no ap-
parent reason, except for the appearance ot certain homophones or homonyms ; a good case
in point is the Is ord cull ith Use neuter plural mite and not ctilluri, although the latter was
NN

recommended oil account of its identical spelling with eúlturr.


All the three present works tackle approximately the same problems, yet each in its spe-
cific manner. The solutions pi oposed are in keeping w ills the norms set up iii time DOOM (Or-
thographic, orthoepic and morphological dictionary of Romanian, Ed. Academiei, 1982)
Floi a Stites', author of the comprehensive monograph Influenta oilografict asupra
MI ti literate ronuincOt (Influence of ortography oil Romanian literary pronunciation, Ed.
Academiei, 1976) deals in the volume under review IN ith present ever-day aspects She pertinently
points out that there are instances when orthography dissociates from pronunciation, for example
"cnocaul" represents "the approximate iendering by most Ronianian speakers of the English
term taken over as such in the sports press" and w Inch the Romanian speaker has assimilated
with "cis" although the English pronunciation is altogether different. IL is most likely that Use
graphic "form" of Issaily foreign terms has influenced their pronunciation in Romanian ("kilo-
cant" and not "nokaut" also because it abbreNiates as "k. o." and, consequently, "k" must
be justified) Another relevant case is the Romanian term Jazz, also borrowed from English,
IA Inch is pronounced as such, that is wills "-a-", while Ilse "gc/" i °rill is deemed recherché.
The problems debated are relevant not only for Romanian (cf. C. Marco, C. AI:meets,
Dictional de neologrsme, Ed. Academiei, but also, to a large extent, for the present-day adoption
of neologisms in generai Frenchmen complain of the flood of English loan-words ; a recent
doctoral paper has put forth tlse numerous English elements in current German.
In this respect too, Romanian linguistics sets a fine example in the South-East European
context (ef C. Mindican, Cuvintal potrwit la locul poirwit, Kisinew, 1987). The conclusions of
all the three volumes under review show that the Roinanian fully participates in the permanent
process of adopting the modern international vocabulasy.
ZM

VELICIII, CONSTANTIN N , Cmparruttu am Atuttartonto Ica Ea.freapcnun ¡tapo!) (Pages de-


Phistoire (lu peuple bulgare), Solia, Ed Nauka, 1987, 451 p.

Le recited que nous présentons réunit des etudes déjA parues en « Romanoslavica
# Revue des etudes sud-est europeennes ), s Studii » etc., A Pexceplion de La Rournante, les
youvernements des Etals ballwmgries et le coup d'Elat du 9 Juin 1923 de Bulgarie (90 p ) imprimee
pour la première fois, qui se rapporte û tons les Elats du Sud-Est europeen, excepté PAlbanie
Y sont insérées les etudes SUIVall Les : L'épriglation des Bulgare.s dans les Pays Roumains
pendant la guerre russo-turque de 1806 1112 ; L'actunté poldique de l'énuwation bulgare dans
les pays Roumarns dans les premières dettx décenmes du XIXe s. ; L'énugration des Bulgai es
de Staten dans les Pays Routnatirs ; Documents médtts et quelques piécisions concernant le capi-
talize Glremghe Man-mica, Butuclizi, Influences roumatnes el la contribution de Veil-nutrition bulgare
des Pays Rournatns it la cleation des &ales bu/gajes modernes Deux letties uredites du Dr.
Pettit Beron ; Les i elations tomtit:no-Mr ques dans la per lode Fevrter-Judlel 1166; La creation c/u
Comité Central Scud bulgare el ses relattons avec le qouvel nernent roumarn; G. A Roselli et la
»Communaute bulgate »; Nouvelles donnees au stria du rayonnement des idees de la Ire Internatio-
nale en Rourname el dans les milieux de l'énuglation bulgare en teirc touniarne; La révolle d'AvrrI
1876; L'atitude de M Kogalruceanu, des antorités tountaines des ports damibiens el des masses
popularres pendant le passage du groupe de Kusto Bole', (2.5 Awl( 15 Juin 1876); La guerre
d'Independance refle.tee dans la piesse rountaine (du rranclassement du Danube ef la conguète de
GrivrIa); L'elablissement des relations drplornaliques mire la Rounianie et la Braga! re ; La posrlton
de la Roumanie el de la Grèce vis-a-vis de l'union de la Princtpauté de Bu/gane à la Roumelie
orientate; La Roumante, les gozwernements des Etal.s ballcaniques et le coup d'Elat de Buluarre
du 9 Juin 1923.
Les historiens rournains et étrangers se sont prononcés sur ces etudes au moment de.
Ieur partition. Mais, un point de vue de la plus haute competence appartient au redacteur

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182 NOTES DE LECTURE 10

volume, le Pr. Dr. Veselin Traikov, directeur adjoint dit Centre Unique d'Eludes Historiques
de Bulgarie, gut signe la preface du recited Apres un aperçu sur le chemin parcouru par
l'histon'en rouniam, depuis 1929, dale du debut de ses eludes è l'Université dc Bucarest, jus-
qu'en 1975, année de sa retralte de la fonetion de professeur d'histoire des peuples balkaniqties
A la même Umversité, N'eselin Traikov met en lumière l'entière activité scientifique de
C. Velichi consacrée aux relations rouniano-bulgares
11 passe mils] en revue les livres, les etudes et les articles publies en roumant et en langues
-étrangeres. aiec la mention que certains de ses travaux ont été tradurts en bulgare en 1958,
1979 etc., le present recueil part' en 1987 élant le derider.
En analysant la vision de C Velichi sur les relations roumano-bulgares, V Traikov
affirine I.es travaux de C Velichi sont consacrés A des problèrnes fondamenlaux du passé
du peuple bulgare Ils son t étayes sur une riche documentation, souvent difficilement accessi-
Ides ou pratiquement inaccessibles pour les chercheurs bulgares, fait qui amplifie leur valeur.
Utiles et valeureux, les travaux soul sous cut. restes méconnus au chercheur bulgare, soit
cause des diflicultes de langue, soit fi cause de leur absence clans les bibliotheques bulgares
C'est justement ce gut explique la traduclion des écrits de C. Velichi, acte permettant aux
chercheurs bulgares de mieux connaitre la remarquable richesse documentaire qui se trouve
au-delA de nos frontières, de leur presenter des points de vue nouveaux, des hypotheses et des
interpretations extrémmement in teressan tes qui portent sur Phis toire du pcuple bulgare et sur
les relations roumano-bulgares all long des siecles, d'entrer en contact avec une pensée scientilique
originate méme si parfols susceptible d'éveiller des objections, mais aboutissanl toujours A des
conclusions utiles
A c6té, de ces opinions, V. Traikov se rapporte aussi à une autre facette de l'activité
du Pr. C Velichi. celle de traducteur des truvres des écrivains classiques et contemporains rou-
mains Notts ne relarderons pas sur eet aspect, mais il convient de souligner qu'il a publie plus
de 30 volumes de traductions qui rassemblent l'ceuvre de quelque 40 écrivains hulgares ; 11
a publie aussi des travauxlitteraires originales el il a souvent aide des écrivains bulgares qui se
sont appliqués A traduire des Cell\ res litteratres roumaines
Avant de conclure, nous nous permellons d'exprimer le regret que ce beau volume att
omis deux etudes essentielles ; Emigrations au nord el au sud du IJanubc dans la période
182A 1S,31 (50 p ), t Bomanoslavica » XI (1965) et U n poCle « slavo-r ()amain s, Georges Pesakov
(42 p ), s limnanoslavica ) NA I (1968) gut auratent enrichi les inlormations sur les emigrations
des années 1828-1834 et présenté au lecteur la plus complete biographic du poke G. Pesakov.
La partition du volume coincide avec le 75e anniversaire du professeur C Velichi et avec le
semicentenaire d'une activité se ienlifique fructueuse qui continue aN cc la meme assiduité.
E S.

UCOK, Femmes largues souveraines el régentes dans les Etals Islanuques, traduit
du turc par Ayse Cakinak.h. Direction generate de la presse et l'information. Basari Mat-
bacilik, 158 p , s a.

Connue par son activile sociale en taut que membre fondateur du parti populiste, depute
d'Ordu apres 1983, date de l'instauralion de la démocralie en Turqute et, en égale mesure,
pour son activité didactique (professeur cl'Instoire islamique), Bahrtye liçok est aussi l'aulcur
d'autres ouvrages dont nous rappellons : Les apostals darrs Islam el les faux propliCtes is-
/we islamique (Onuneyades et Abbassides ), Les souveraines darts les Etals islamiques, Quelques
lout petits pas dans la voie d' Ala( ark.
L'ouvrage que nous présentons s'inscril aussi dans le programme de recherche de Pau-
teur, dansl'effort non dissimulé d'une rehabilitation de la femme turque dans la sociéte Isla-
mique. A cette fin, des l' Introduction, l'auteur se rapporte A la fausse comprehension du pro-
blerne chez un bon nombre d'ecrivains el chercheurs européens. Ce qtti explique Sa démarehe.
Le préambule du Eyre ins oque la devise attribuée par la tradition au Prophete Homme
ou femme tout musulinan doit audier les sciences * gut a été gravée par Ulugh Bey, célebre
empereur turque et savant émtnent, sur les façades des médréses construiles pendant les quarante
ans de son regne à Buhara et Samarkand. Apres un coup d'oeil sur les souveraines de l'Ortent
et de l'Occident du Moyen Age, l'auteur analyse la situation de la femme dans les Etats mu-
sulmans ayant surlout en vue les souveraines d'origine turque. Le hyre marque la stratification
des positions de la femme apres le processus d'islamisation.

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11 NOTES DE DECTURE 183

Par le ehoix de 15 evemples, l'auteur entreprend non seulement une incursion dans l'his-
toire de l'Etat musulman respeetil, considérée en ordre ehronologique, nials anche aussi
généalogique de la souveraine en discussion. Les noms. des plus importantes sola : sullane
dans l'Etat musulman de Delhi, sultane Shedjer ud-Dur. en Egypte, Turkan Khatoun, à I:irman,
dans Pnlat de Emullouk, Safvetuddin Padishall Ihatoun, a Kirman, Bibi 'rurkan en Iran,
dans l'Elat de Salgourlou, Ebesh Kliatoun, en Iran, Devlet I:hatoun, en Iran, dans la région
dite pelite Lour (Louristan), Sati I3ey Khan, en han, dans l'Etat des Ilkhanides, Köndü 1:11a-
totin, dans l'EtaL de Djeleyride, Suyliii-131ké. K.hatoun, à Kazan el Patina 1311:6
En excellent ishimiste el pour mieux illustrer ces exemples, l'auteur nous offre de tres
intéressantes connexions historiques, qui démontrent ce qu'II s'est d'ailleurs proposeque la
femme tul que jouissaint d'une grande liberté juridique.
Au-dela d'une lecture passionnante, le li re offre aussi une riehe information qui devolle
en la personne de Bahri3 e Cçok un éminent homme de science.
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(Etudes historiques sud-est européennes, t. II. Intellectuels des Balkans en Roumanie
aux XVII.XIX. siècles), Coordonnateur Al. Dutu, 1984, 203 p.
PIPPIDI, D. M., Parerga. Eerits de Philologie, d'Epigraphie et d'Histoire aneieune, Coédition
avec «LES BELLES LETTRES« Paris, 1984, 203 p.
ANDREI PIPPIDI, Tradiiia politica bizantina in 'Virile Romane in secolele XVIXVIII (Tra-
dition politique byzantine des pays roumains aux XVI.XVIII. siècles), 1983, 274 p.
NICOLAE STOICESCU, Unitatea romanilor In evul mount' (L'unité des Rounmins au Moyen
Age), 1983, 182 p.
GHEORGHE NICOLAE CAZAN, $ERBAN RADULESCU-ZONER, Rumanien tmd der
Dreibund, 1878-1914, Collection Bibliotheca Historica Romaniae, 1983, 333 p.
ILIE CORPUS, Documente pritind istoria Hominid culese din arhive poloneze, seeolul al
XVII-lea (Documents sur l'histoire de la Roumanie, recueillis des archives polonaises,
les XVII. siècle), 1983, 366 p.
MUSTAFA A. MEHMET, Documente turcesti privind istoria Romaniel (Documents tuns con-
cernant l'histoire de la Roumanie). Vol. III : 1791-1812, 1986, 396 p.
Mud Viteazul in constlinta europeana (Michel le Brave dans la conscience européenne)
I. Documente extern° (Documents de l'étranger), 1980, 238 p., 2. Texte alese secolele
XVIXVIII (TeXtes choisis les XVI. XVIII. siècles), 1983, 350 p.

RMLSSN 0035-2063

REV. ETUDES SUD-EST EUROP., XXVI, 2, p.97-184,


BUCAREST, 1988

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me XXVI-1988 N° 3 (Juillet-Septembre)

Voyageurs et réalités sud-est européennes

Mentalités collectives

Relations linguistiques

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TOME XXVI 1988 N° 3 JuilletSeptembre

SOMMAIRE
V oyageurs et réalites sud-est europeenn es
MARIA HOLBAN, Autour du Journal inedit du Sieur de la Croix, II 187
GIUSEPPE PICCILLO (Università di Catania), La langue roumaine dans les écrits des
missionnaires italiens XVII 1e siécles) 205

XeniaWes collectives
EUGEN CIZEK, L'univers mental des Romains 215

Relations linguistiques
ZAMF1RA MIHAIL, Quelques termes pour e métier à tisser *en perspective ethnolinguis-
tique sud-est européenne 229
CATALINA VATMESCU, Les denominations des parties de l'instrument aratoire en
roumain et en albanais 237
ELENA SCARLATOIU, Le mégléno-roumain parlé en Dobroudia. Evolution et pers-
pectives 245
NICOLAE SARAMANDU, L'arournain et ses rapports avec le grec 251
L IA BRAD-CHISACOF, Historical Remarks on the Romanian Verbal Suffixes of Nlodern
Greek Origin -iisi, -es!, -isl, -osi 261

Discussions
ANDREI PIPPIDI, On Wallachia's Relations with Padua 267

Chronique
DAN BERINDEI, L'Assemblée Genérale de PA IESEE (Bucarest, mars 1988) . . . 271

Comptes rendus
Res Publica Litteraria (Alexandra Dula); L'absolutismc éclairé (Emanuela Popesca-Mi-
hut) ; JEAN DIMAKIS, P. Codrika et la Question d'Orient sous l'Empire français et
la Restauration (Cornelia Papacoslea-Danielopolu); ARTHUR BEYRER, KLAUS
BOCHMANN, SIEGFRIED BRONSERT, Grammatik der rumiinischen Sprache der
Gegenwart (Ccildlina Vdlifsescu) 273

Rev. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 3, p. 185-282, Bucarest, 1988

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Voyageuri et réalités sud-est européennes

AUTOUR DU JOURNAL INÉDIT DU SIEUR


DE LA CROIX, II
MARIA HOLBAN

En reprenant le Journal inédit du Sieur de La Croix, nous insiste-


rons tout particulièrement sur la chronologie. Les événements qu'il ren-
ferme couvrent les années 1674 (fin) jusqu.'en avril 1678. Mais il était
utilisé pour la rédaction des Mémoires (vol. III) qui existent sous forme
maamscrite dédiés h Louis XIV rédigés en 1682-1683 et publiés h Paris
en 1683, portant officiellemment la date de Paris 1684. En 1689 paraissait
h la Haye un livre intitulé Guerres des Turcs. Il y était question des
g,uerres menées par les Turcs en Pologne, en Moscovie et en Hongrie, abou-
tissant h la défaite turque de Vienne. Seule cette dernière guerre ne figu-
rait pas dans les Mémoires.
Le Journal porte la marque d'interpolations et d'interventions
tardives Ainsi dès 1675, en mentionnant le kihaia Suleiman, on parle
de son élévation h la fonction de Grand Vizir et du fait qu'il fut sacrifié
la haine de ses ennemis après la défaite de « Siclos ». Dans le Journal (II)
cette phrase est suivie d'une note marginale encore plus tardive 1, inspirée
du conflit de La Croix avec l'ambassadeur faisant suite h., M. de Guillera-
gues, Pierre de Girardin. Cette addition au texte doit appartenir aux an-
nées 1686 (janvier) 1689 (janvier) ou plus silrement à Pannée où celui-ci
mourrait h Constantinople. Autrement les amplifications du Journal (I),
ainsi que celles du Journal (II) se signalent par leur tour anecdotique,
par une certaine désinvolture, la vanité de certaines affirmations, des
descriptions de luxe oriental 2, la familiarité avec Al. Mavrocordat etc.
La seconde mission ou plutôt le second voyage qui occupe le vol. II
a eu un caractère encore plus illusoire. Ce texte couvre une durée d'une
année, à partir du mois de janvier 1676 jusqu'en décembre, u retour
de l'auteur h Constantinople. Au début de Palm& l'ambassadeur regoit
deux lettres : l'une de l'évéque de Marseille, M. de Forbin-Janson 3, ren-
dant compte du désir du roi de Pologne de hâter la conclusion d'une paix
avec les Turcs, l'autre de la part du grand interprète de la Porte, Ale-

1 Dans le Journal II, p. 46. Note marginale a un texte pareil à celui de 1675 relatif
Suleiman. Ce qui signifie qu'il a été introduit pendant que l'on copiait le t. II du Journal.
Ibidem. L'auteur insiste ici particulièrement sur le luxe et l'autorité du kihaia.
3 L'év8que de Marseille, M. Forbin-Janson était ambassadeur de Louis XIV auprés
du roi de Pologne.

Rev. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 3, p. 187-203, Bucarest, 1988

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188 MARIA HOLBAN 2

xandre Mavrocordat 4, accompagnant la perspective d'une paix de la


Porte avec la Pologne (premier pas nécessaire N une gu.erre contre l'em-
pereur romain), de la suggestion d'un engagement du roi de France de ne
point conchae de paix sans la participation des Ottomans. Comme l'am-
bassadeur ne pouvait prendre sur soi de donner une réponse queleonque
N ces ouvertures, qui venaient sans doute du..grand vizir, il décida d'en-
voyer son secrétaire en France, pour en rapporter des instructions précises.
Celui-ci devait auparavant se rendre N Andrinople et y conduire l'émissaire
que venait de lui envoyer M. de 1VIarseille (une créature du grand palatin
de Russie 5) pour la question de la paix avec la Pologne, étape devant
précéder la campagne en Hongrie prévue pour le printemps. Il quitta
done Constantinople le 29 janvier 1676, se rendit à Andrinople, y vit
Mavrocordat et écrivit au kihaia du g,rand vizir. Finalem.ent il fut reçu
par le grand vizir lui-même, auquel il remit la lettre de l'ambassadeur
qui annonçait son intention d'envoyer son secrétaire porter au roi la pro-
position d'allia,nce esquissée par Mavrocordat. L'ambassadeur songeait
en ce cas à un engagement similaire, la Porte ne devant point conclure de
paix avec l'Empire que de concert avec le roi, toutefois il attendait des
instructions avant de rien proposer. Mais le grand vizir déclara
voulait une réponse positive du roi avant d'entreprendre une guerre avec
l'Empire qui, par contre, proposait le renouvellement de la tréve avec la
Porte, bien avant qu'elle ne soit près d'expirer. Il fa,llait done s'armer de
patience. Pour l'instant le sulta,n était irrité par l'inconstance des Polo-
nais, etc ... Reprena,nt le refrain du marquis de Nointel, il déclare que
leur empressement pour la paix était interprété par le grand sultan comme
preuve de faiblesse, etc ... A son tour, adoptant le style de son chef, le
secrétaire écrivit deu.x lettres, l'une en chiffre N M. de Marseille, l'a,u.tre
en clair A, M. de Giza, 6 dont le ton est très exactement copié sur celui plut6t
altier de M. de Nointel. Il y est de nouvea,u question de la mauvaise voie
suivie par la Pologne de se chercher partout des média,teurs sans prestige
etc ... comme le prouve la lettre du. roi Sobieski au prince de Moldavie.
Après la hâte fiévreuse manifestée jusque-là, le secrétaire se Masse. Il
fait des observations sur la magnificence du gra,nd Nizir comparée au
train médiocre du grand sultan, trace le portrait du nouveau Reis Effendi,
N qui il offre « une montre à boite d'or érnaillée pour captiver sa bienveil-
lance » etc. en lui a,tmon9a,nt une lettre de l'ambassadeur et le présent
ordinaire ». D'a,illeurs il distribue de riches présents N droite et N gauche
(N l'en croire). Il rend visite au Capikihaia du prince de Tra,nsylvanie,
revoit Radies' avec mille précautions, pour ne pas tra,hir leur intelligence,
celui-ci étant épié par les gens du résident allemand. Entre temps il s'oc-
4 Alexandre Mavrocordat avait été pendant deux ans le médecin de M. de Nointel.
avait ensuite servi sous le Grand Interprète Panaiotti Nicousios et succéda à celui-ci A sa mort
en 1673. Il suivit Cara Mustapha devant Vienne, et eut toutes les peines à se racheter et A
reprendre son poste plus tard. 11 fut fort mal avec le succésseur du marquis de Nointel, le mar-
quis de Guilleragues, et après celui-ci fort bien avec M. de Girardin le succésseur de celui-ci.
11 n'est plus très bien avec le Sieur de La Croix, qui le laisse quelque peu entrevoir.
5 C'est-A-dire lablonowski.
Envoyé po/onais auprès du prince de Transylvanie pour demander sa médiation pour
nne paix avec la Turquie.
7 Délégué des mécontents de Hongrie, veuu à la Porte plaider leur cause.

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3 JOURNAL INRDIT DU SIEUR DES LA CROIX 189

cupe aussi, avec une certaine désinvolture, des affaires confiées N ses
soins. Et tout d'abord du mémoire concernant les Lieux Saints de .16-
rusalem pour la garde desquels Latins et Grecs se livraient une guerre
sans merci, récemment renouvelée A, l'occasion de la visite sur les lieux
du marquis de Nointel. Le secrétaire semble manifester une certaine tié-
deur 8. Mais au Palais de France l'ambassadeur s'inquiétait. Il envoie
une lettre angoissée N son factotum lui ordonnant de presser la réponse
du grand vizir « de crainte que le roi n.'ait été induit en erreur par la com-
munication qui lui avait déjà été faite de la suggestion d'a,lliance trans-
mise par Mavrocordat et dont il n'avait plus été question depuis ». Mavro-
cordat, A, qui il montre la lettre déclare de nouveau qu'il ne faut pas se
hâter ... tout ira bien. Le kihaia et le reis « sono li nostri protettori »,
mais le kihaia attend des avis de Transylvanie aussit6t le secrétaire
de soupçonner le grand vizir de faire trainer sa décision, attendant sans
doute la réponse du prince de Transilvanie que les Turcs préfèreraient
certainement comme médiateur. ....Le retour du courrier n'étant attendu
que dans un mois, l'auteur s'arme de patience et ne sachant plus que
faire pour se désennuyer et « couler le temps avec mon interprète, nous nous
amusâmes à tirer d'un manuserit ara,be les rèveries de ces peuples sur la
naissance de leur faux prophète »9. Suivent deux morceaux : Reveries
de 13 pages et De la véritable origine de Mahomet, 24 pages, introduites
dans le Journal de manière fort artificielle, mais probablement dans la
phase tardive de son amplification. Le 7 mars il va enfin, sa,ns grande
conviction, h, l'audience publique du kihaia et réussit à lui parler, mais
s'attire de nouveau la recommandation. de «Patience » en même temps que
l'offre inattendue de prendre part «pour se désennuyer » à la chasse du grand
seigneur 1°.
Après ces hors d'ceuvres, le journal reprend le fil interrompu. Le
secrétaire a reçu une lettre de M. de Giza qui &dare les conditions tur-
ques inacceptables, laisse entendre que le roi de Pologne pourrait bien
s'allier avec l'Empereur, la. Suède et le Brandenbourg qui lui offrent de
l'argent, étant sollicité 0;alement par les Moscovites et les Persiens ».
Enfin il lui dit que Doroscenko s'est refugié chez- les Moscovitès. Une
autre lettre de l'un des chefs des mécontents de Hongrie, Szepesi, lui re-
commande leur nouveau représentant auprès des Tures. Ces deux missives
avaient été apportées par le courrier venu de Transylvanie, dont contrai-
rement à ses promesses il avait tu Parrivée. Le secrétaire lui écrit done
une lettre en turc, lui communiquant la lettre de M. de Giza, demandant
une réponse rapide au sujet de la dernière résolution prise, ainsi que sa
propre expédition. Le soir il est averti par Mavrocordat que le kihaia
l'attend à l'heure ordinaire. Aux reproches du secrétaire, Mavrocordat
s'excuse sur les ordres du grand vizir et du kihaia.
Manifestée aussi en 1675. Arrive à Andrinople en 1676, La Croix envoie son interprete
au kihaia, porteur d'un mémoire sur les Lieux Saints, et se fait demander par celui-ci si son
mattre a perdu l'esprit pour revenir sur une question sur laquelle le grand vizir avait ses propre,s
vnes. Le secrétaire se le tint pour dit.
Ajouté probablement plus tard au moment des amplifications. Voir à ce sujet le dernier
chapitre (ou lettre) du t. II des Mémoires et l'exposé d'Antoine Galland dans son Journal, ainsi
que Rycaut dans son ouvrage sur la History of the three late famous impostors PadreOltomano,
Mohamed Bei and Sabatai Seoi ... de 1669.
10 Récit entierernent fantaisiste. Texte du journal II.

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190 MARIA HOLBAN 4

Finalement Mavrocordat et le kihaia s'arretent h la solution bizarrè


d'envoyer le secrétaire comme temoin, car il ne pouvait étre question d'une
mediation quelconque, en la,issant au Kan de Crimée et au commandant
turc la faculté de conclure la paix, sans ralentir les operations militaires.
Cette decision daft tellement illogique et superflue que l'on n'en peut
trouver d'autre explication que le désir du secrétaire de répéter en quel-
que sorte la inission de Pannée précédente. Quant à Mavrocordat et a,u
kihaia (finalement aussi au grand vizir), ils se flattaient de donner un
semblant de satisfaction h Parnbassadeur, qui d'ailleurs ne fut pas loin
de percer leur intention. Cela ressort également des protestations du
secrétaire qui se defend d'avoir été de concert avec le kihaia, et Ma-
vroeordat pour ce voyage. Nous renvoyons au text du Journal (p. 288 et
suiv.) où se mele une bonne dose de fiction h la réaliteu.
Sur le récit de son voyage A la suite des troupes turques, Pauteur
gra,ndit A son accoututnée son rôle et les honneurs qu'on lui rendit au
cours de ce voyage. Nous avons souligné dans le texte les passages les
plus fla,grants. Une comparaison avec les Guerres des Tures du méme
auteur pourra mettre en relief les exagerations du mérne Journal. La
presence du secrétaire à la fameuse chasse du sultan où il évolue en cos-
tume turc (I) etc. appartient au domaine des contes des fees. Le jour de
la chasse le secrétaire était occupé à déchiffrer sa,gement les lettres regues12,
cependant que Mavrocordat, soi-disant également present à ladite chasse,
gardait la chambre se disant indispose ( !) (Correspondance de La Croix
et de Nointel). Cette constatation jette une lumière assez trouble sur les
faits rapportés dans le Journal tel qu'il nous est parvenu. Le Journal II
s'achève sur le retour du secrétaire à Pera et la perspective de sa mission
en France. Il ne s'agissait plus d'instructions au sujet de la suggestion
d'alliance, simple ballon d'essai du grand vizir, mais au fond et avant
tout, de thcher de presenter au roi la situation facheuse de son ambas-
sad.eur perdu de dettes (par l'oubli volontaire du ministre Colbert d'en-
voyer les sommes qui lui étaient dues depuis trois ans de* Ses dépenses
avaient été accrues par les travaux qu'il a,vait fait faire au Padais de
France qui devait servir b, la gloire du roi. Mais la supplique de Parnbas-
sadeur, non plus que ses lettres ultérieures n'eurent pas d'effet.
Le début du Journal III rend un compte très exact du -voyage du
secrétaire jusqu,'h Smyrne, et ses démarches pour l'emprunt force prélevé
pour Pambassadeur sur la Nation frangaise de cette échelle. C'est un rap-
port en toute règle qui répond parfaitement au sens initial du Journal,
tel qu'il fut rédige en sa forme première. Cette partie est suivie d'incidents
pittoresques ou folkloriques, de récits touchant les bandits de terre ferme,
et les corsaires tripolitains ou majorquains croisés en route, de details
sur la navigation assez risquée pour plus d'un motif. L'auteur y raconte
la prise d'u.n gros vaisseau de Livourne par des corsaires majorquains.
Le récit est mend d'une plume habile qui ne manque pas de sousentendre
une collusion possible entre le capitaine des corsaires et celui du bateau
capture.
Récit réel. Correspondance de La Croix et de l'ambassadeur dans les Archives du
Qual d'Orsay, Turquie, vol. VI.
Texte du Journal. La Croix sera envoyé comme témoin. Attitude de l'ambassadeur et
vantardise du secrétaire.

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5 JOURNAL INEDIT DU SIEUR DE LA CROIX 191

Jusqu'ici l'exposé du voyage se maintient assez correctement dans


les limites d'un compte rendu réel. Il est vrai que l'auteur se met en avant
plusieurs fois, mais sans altérer les faits essentiels. Le 25 mai il arrive
enfin A, la cour où M. de Pomponne le présente au roi.
L'exposé qui suit touchant la querelle du sofa a dû étre introduit
au cours d'une amplification ultérieure du texte 13, de méme que la phrase
stir Putilité de garder à l'ambassade un seerétatre 'perpetuel", prenant
exemple sur les Anglais et Hollandais. Entre l'explication de l'attitude de
Pambassadeur et l'audience de congé du secrétaire s'interposent dans le
Journal deux morceaux qui se rapportent en fait à la ratification du traité
de paix de Yuravna et aux perspectives d'une guerre, entre les Cosaques,
chez lesquels la Porte envoie Georges Hmelnitzki, le fils du Mare Bogdan
Hmelnitzki, chef du soulèvement contre les Polonais. Une notice sur celui-ci
est suivie de la description de Parrivée de l'amba,ssade polonaise h.. la
Porte 15, prologue brillant ne faisant pa,s prévoir le lamentable épilogue
de Pannée suivante. Les deux morceaux se retrouvent dans Pou-vTage
Guerre des Tures publié A, La Haye en 1689.
Avec l'audience de congé du secrétaire plein de zèle, son rôle prenait
fin. A partir de ce moment son Journal perd son caractère de compte rendu
donné à son supérieur. On peut s'en assm.er en lisant les invraisemblables
propos qu'il préte au roi et fait suivre de ses propres réflexions tout aussi
inattendues. Quaint à lui, selon chargé par M. de Pomponne d'observer
lui' la Moscovie » il allait se ménager une
les mouvements de la Porte contre
nonvelle mission calquée sur celle de la campagne turque en Pologne de
Pannée 1676.
Le voyage de retour est soigneusement noté à partir de Toulon jus-
qu'à, la c6te africaine, où les ruines de Carthage et les affaires de Tunis
occupent ensemble plus de 180 pages. Un séjour de six semaines à Messine
entraine une nouvelle digression, cette fois sur les maréchaux de Vivonne
et de la Feuilla,de qui y commandent successivement les troupes du roi.
Le remplacement du premier par le second se fit à cette date. Mais on
prétera moins de foi aux confidences faites par le premier à, ce chroniqueur
improvisé, ainsi qu'aux propos séditieux de deux Messinois entendus
par lui lors d'une promenade matinale A, la pointe du jour ... sur les rem-
parts, dont il alla prévenir le maréchal à son lever «lequel lui en sut bon
gré » etc. Ce voyage se poursuit sans encombre jusqu'h Smyrne, puis
Constantin.ople où il arrive le 2 avril 1678, « jour de jeudi saint et n'eus
que le temps de me préparer au voyage de Moscovie, A, la suite du grand
vizir qui allait mourir ou vaincre sous Czegrin ainsi que le ferai voir dans
la partie suivante ».
Or ce Journal (III) n'eut pas de suite proprement dite, c'est-5,-dire
80118 la forme d'un journal IV. Au lieu de cela, cette campagne moscovite
figure dans les Mémoires chap. 4 sous le titre de G-uerre moscovite
13 Voyage du Sieur de La Croix Ala suite de Parmée en traversant la Moldavie. Ce texte
inédit ect publié maintenant pour la première fois, ne figurant qu tn résumé dans le vol. VII
de nos Voyageurs él rangers (Callori sir& ni despre e románe, VII, Bucarest, 1980). Texte
du Journal.
14 L'exposé de la Querelle du Sofa. Texte du Journal. Suggestion d'un seerétaire perpe-

tuel de Pambassade. Texte du Journal.


13 Le festin du palatin de Culmie. Texte du Journal.

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192 MARIA HOLBAN 6

(p. 207-258) et dams les GU67764 des Turcs qui contient l'histoire de trois
guerres : celle contre la Pologne, suivie de l'ambassade de Gninski A, Cons-
tantinople pour la ratification de la paix (1672-1676), celle contre les
moscovites (1679) et celle de Hongrie aboutissant à la débAcle devant
Vienne (1683). Leur récit n'est pas conté A la première personne. Une
seule fois l'auteur déclare qu'il a vu lui-méme les réjouissances de la Ca-
pitale pour la prise de Camenetz.
Fait assez suggestif, le Journal (III) a fourni les deux morceaux
cités précédemment (c'est-à-dire l'ambassade Gninski et la biographie
de Georges Hmelnitzki, englobés dans les Guerres des Turcs) mais en.
échange dans ce volume sont omis les deux voyages du secrétaire en
Pologne en 1675 et jusqu'à Zurava en 1676. Quant A, la suite promise
du Journal, elle est passée directement dans les Mémoires et puis, après
trois ans, dans les Guerres des Tuns. En fait ce volume publié en 1689
n'a d'inédit que le récit de la guerre contre l'Empereur. Le texte du Journal
a fourni aux Mémoires la description des fêtes d'Andrinople, mais a omis
les négociations et cheva,uchées du secrétaire au camp polonais qui les
ont précédées. Du Journal ne furent retenues que les circonsta,nces de la
conclusion de la paix de Zuravna (Guerres des Turcs ) et point le voyage
jusque là. Que faut-II en décluire ? que la description des cérémonies
d'intronisation des princes molda,ves, ainsi que la liste de leurs grands
dignitaires, et le bref coup d'ceil sur la ville de Iassy n'ont rien A voir
avec le récit du voyage de l'auteur qui s'arréte 20 jours à Iassy. Aussi
paradoxal que cela chlt paraitre, le coup d'oeil sur Iassy appartient 4 un
autre moment. L'auteur l'a simplement introduit dans l'exposé sur la cour
moldave, qui lui a été fourni par « des Grecs ». Rappelons un fait qui n'est
pas dépourvu d'intérét. Parmi les interprètes plus ou moins fictifs du
Palais de France, se trouvait aussi le jeune Ianache Russet, dont l'ambas-
sade-ur était assez mécontent au début de 1678, et n'attendait que le
retour de son indispensable secrétaire, envoyé par lui en France en 1677
1678, pour tâcher d'obtenir un comportement plus conforme A, ses devoirs.
Il est probable que le secrétaire avait plus de prise sur le jeune Russet,
qu'il avait peut-étre embauché lui-mème. Or le père de Ianache, Antoine
Ruset, fut nommé prince de Moldavie en 1675 (novembre). C'est le moment,
(croyons nous, ou le Sieur de La Croix, à peine rentré de sa randonnée en
Pologne et de son séjour à Andrinople, a &I chercher à s'informer, peut-étre
mème à l'intention de l'ambassadeur, des usages observés en pareilles circon-
stances, et obtint la communication des deux textes mentionnés plus haut.
Ceux-ci, traduits du grec en français, furent accompagnés d'un exposé
historique et du bref coup d'ceil sur Iassy et formèrent ensemble le noyau
de la lettre 3 du second volume des Mémoires.
Le nouvel ambassadeur qui prit la succession du marquis de Nointel
(1679-1685) sembIe avoir été d'humeur débonnaire et de commerce
facile. Le Sieur de La Croix était fort bien avec l'abbé Besnier, qui était
fort agréé par M. et Mme de Guilleragues. Lui-méme entretenait une
correspondan.ce confidentielle avec le ministre de Croissy qu'il informait
des affaires de l'ambassade sans pOurtant essayer de desservir son supérieur.
Evidemment son activité était plus sédentaire. Plus de missions A, la Porte
ou en Pologne. Il pouvait rédiger ses nombreux (Suits allant des mémoires

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7 JOURNAL INEDIT DU SIEUR DE LA CROIX 193

sur le &rail des Empereurs turcs à l'Etat de la marine de l'Empire Ottoman


avec des variantes. Mais M. de G-uilleragues rnourut à Constantinople en
1685, et son suceesseur, M. Pierre de Girardin (ja,nvier 1686 janvier
1689) n'eut de repos qu'il ne se soit débarrassé du secrétaire estimé in-
commode et même daaagereux. Apprenant qu'il correspondait en chiffre
avec le ministre de Croissy, le nouvel ambassadeur, qui comptait se créer
des revenus importants, grace à des opérations commerciales assez lucra-
tives, aidé par son frère, M. de Vauvré, demeuré en France, ne se contenta
pas de repousser les avances prudentes du sieur de La Croix, qui avait
quitté la Capitale avant sa propre venue et voulait connaltre les intentions
de la nouvelle Excellence, mais se déchalna contre lui, le dénigrant de
son mieux da,ns ses lettres envoyées en France. Il critiqua vivement les
Mémoires qui avaient paru en 1684 à París que les diplomates de Pera
et ce qui est plus grave le grand interprète lui-méme, Al. Mavrocordat,
étaient curieux de connaltre. Celui-ci était directement intéressé par un
passage des Mémoires, figurant dans la Guerre Moscovite où l'on pouvait
lire la réplique d'un prisonnier moscovite, que Mavrocordat engageait
se faire Musulman pour échapper à la moat, lequel lui demandait s'il
était chrétien, pour tenir de pa,reils propos. M. de Girardin s'empressa
de faire retirer tous les exemplaires qu'on put trouver à .An.drinople, et
répondit à Mavrocordat qu'il allait en commander à Paris A, son inten-
tion. Le nouvel ambassadeur soulignait l'inconvenance de certa,ines criti-
ques A, radresse des Turcs, qui auraient pu normalement se trouver sous
la plume de l'ambassadeur écrivant au roi, mais non point dans un ouvrage
comme celui-là, livré a,u public de manière si imprudente, et s'étonnait
que son impression eut été autorisée.
Rentré en France le ci-devant secrétaire se mit en train de publier un
nouvel ouvrage Les guerres des Turcs, utilisant le chapitre sur la Guerre
de Pologne du premier volume des Mémoires et celui sur la Guerre Mos-
covite du second, sans omettre le pa,ssage concernant Mavrocordat, en y
ajoutant encore une troisième partie, entièrement inédite, sur La guerre
en Hongrie. Détail assez curieux, ce livre fut imprimé et La Haye suivant
la copie de Paris. Formule plutôt bizarre. Tons ses autres ouvrages publiés
ultérieurement ont paru à Paris (en 1695). Cette exception doit avoir
une raison. Faut-il voir une coYncidence entre la parution de ce livre dans
le courant de 1689 et la mort de M. de Girardin en jaarvier 1689?
Le sieur de La Croix reparait à Constantinople en 1690 d'où
envoie au Ministère des affaires étrangères un mémoire sur la situation
du personnel du Palais de France, devenu un véritable guépier. D'autres
échos se feront entendre. Puis à Paris en 1695 paraltront trois ouvrages
n'en faisant que deux Etat présent des nations et eglises grecque, annéni-
enne et maronite en Turquie, qui parait au ménie moment sous un autre
titre : La Turquie chrétienne sous la puissante protection de _Louis le Grand
et Etat général de l'empire ottoman par un solitaire titre en 3 volumes
(soi-disant traduit du turc). On y trouve un grand nombre de ses
rents écrits autrement groupés selon une pratique qui luí est coutumière.
Cette date de 1695 est la méme que celle de la dédicace au roi du Journal
manuscrit.
Nous avons vu que le Journal ne nous est point parvenu dans sa
forme initiale mais avec des interpolations tardives. Dans le Journal (I)

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194 MARIA HOLBAN 8

les altérations sont mineures et consistent surtout en amplifications des


scènes décrites, ou exagération des chiffres cités etc. On peut comparer
pour Pexactitude le contenu des rapports envoyés à Pambassadeur avec
les réponses de celui-ci, ou le compte qu'il en rend dains ses lettres
M. de Pomponne. On ne peut en dire autant de la seconde moitié du Journal
(II) qui bonne faux. Les protestations du secrétaire à son supériem- d'avoir eu
la main forcée par le kihaia et Mavrocordat pour le pousser à entreprendre
une sorte de mission de pseudo-temoin des éventuelles négociations de
paix, la lettre qu'il leur fait aclresser à l'ambassadeur pour emporter son
consentement malgré lui, enfin ses vantardises sur son équipage commandé
par lui à ses propres frais ( !), l'aimable familiarité A, son égard du comman-
dant turc, le pacha Ibrahim, avec lequel il dine d'habitude, qui ordorme
qu'on ait soin de placer ses pavilions à côté de ceux du kihaia, et du
sien propre, la parfaite égalité qui s'établit entre lui et les grands sei-
gneurs polonais délégués pour la paix envoyés au camp et re9us magnifi-
quement ( !) etc. etc. et fina,lement les circonstances précédant la conclu-
sion de la paix qui sont contées par lui autrement que clans les Guerres des
Turcs imposent une réserve prudente quant à la veracité du récit A, partir
d'un certain moment. Il est certain que la présence de La Croix au camp du
pacha ne peut étre contestée, mais le style de cette présence n'est pas mini
qu'il déclare. Une autre particularité du Journal (II e volume, second
moitié) est Pappa,rition d'espaces blancs, où il ne se passe rien, cette ab-
sence étant comblée par l'introduction de morceaux indépendants, qui
plus tard prendront leur place dans quelque autre ouvrage. Il arrive aussi
qu'en pareille circonstance le lecteur soit invité à assister à une partie de
cha,sse qui soit une pure fiction. Mais cette invention est pour le commun des
lecteurs, et non pour Pambassadeur, A, qui il rendait compte à cette date
justement de Pemploi (réel) de son temps. Une conclusion done s'impose.
Le Journal (II) a subi des altérations rnassives, bien après sa rédaction.
Si son insincérité à l'égard de la, pseudo-mission ne fait pas de doute,
l'invention de la chasse est faite seulement au bén4fice des futurs lecteurs.
Qua,nt au Journal (III) on constate 11 aussi l'introduction de cha-
pitres entiers en dehors du sujet proprement-dit. Le plus curie-ux est celui
sur l'ambassade de Gninski, qui risque fort d'égarer le lecteur. A un mo-
ment donné il y est question du secrétaire du marquis de Nointel, pourtant
il n.e s'agit pas du sieur de La Croix qui se trouvait encore en France 6,
Parrivée de cette ambassade à la Porte, mais du secrétaire d'occasion dont
Pambassadeur s'est servi vers ce moment, peut-estre méme Pinterprète
juif qu'il mentionne à un certain moment. Dan.s la correspondance du
marquis rendant compte en France de la réception de l'ambassade polo-
naise venue pour la ratification de la paix, avec l'espoir décevant d'en
adoucir les conditions, on trouve une relation de Pentrée (de Gninski)
Constantinople datée du 13 wilt 1677. Il suffit d'en comparer un passage
avec le texte du Journal (III) p. 153, pour se rendre compte du procédé
suivi dans la rédaction de ce dernier.
En somme le Journal III devait s'occuper uniquement des circons-
tances du voyage à Paris du secrétaire chargé d'une mission confidentielle
de M. de Nointel. Le Journal III s'achève réellement avec la venue du
sieur de La Croix à Constantinople en avril 1678. A ce moment il ne

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JOURNAL TNED1T DU SIEUR DE LA CRODC 195

trouve plus que les restes de l'ambassade de Gninski arrivée A, Constanti-


n.ople en octobre 1677! Son sort tragique est raconté dans les Guerres des
Tares. Le fait d'en parler dans les Guerres des Tuns. Le fait d'en parler
dans le Journal crée une fausse impression.. De méme que l'envoi par les
Turcs de G. Hmelnitzki et toute sa biographie appartiennent aux Guerres
des Tares. Leur place n'est point dans le Journal. On assiste ici au méme
procédé que l'on finit par observer dans les lVfémoires : un assemblage de
chapitres A, la I" personne avec des episodes A, la Ille personne, introduits
dans le texte a,près co-up. Une particularité du Journal est qu'il n'est
scrupuleusement exact que dans la mesure où U doit passer sous les yeux
de l'ambassadeur. C'est ainsi que le Journal I et la moitié environ du
Journal II avec quelques additions au texte, mais d'importance secon-
daire, méritent de figurer parrni les sources de l'histoire de l'ambassade
de France auprès de la Porte. Toujours ainsi le compte rendu de la mission
du secrétaire à Smyrne obtenant l'emprunt force sur la Nation de France
de cette échelle est écrit avec le serieux et l'application d'un auxiliaire
utile et débrouillard au début du. Journal III. Pour la version de la querelle
du Sofa et les paroles du roi lui faisant suite, il est certain que les ecrétaire
a dû arranger le texte ultérieurement, car il y a contradiction entre la
première attitude et la seconde. Mais l'étonnernent est grand de trouver
l'apologie de M. de Nointel dans le manuscrit du Journal 6N:tie a,u roi !
Peut-étre la version a-t-elle fait partie du Journal tel qu'il fut présenté
l'ambassadeur à Pera et le reste fut ajouté après? Quand le sieur de La
Croix faisait calligraphier ce texte, en 1695 selon toute probabilité, l'actua-
lité avait passé de ces questions brillantes en 1677.
Au fond les contradictions observées quant As l'attitude du secrétaire
touchant l'affaire de Sofa s'expliquent peut-étre par des moments diffé-
rents, marquant le plaidoyer pour l'ambassadeur et enfin le congé du
sieur de La Croix de Louis XIV A, son depart pour Constantinople. L'am-
bassadeur avait une confiance presque superstitieuse dans son secrétaire,
qui avait démontré au grand vizir et A. M. de Pomponne par sa chevau-
chée en Pologne avec les conditions (inacceptables) de la paix turque,
que grAce au zèle de M. de Nointel ( !) la mediation désirée par le roi
avait en fait eu lieu, et que sa trop longue absence de son poste ne l'a-
vait pas erapéché de remplir ses devoirs. De plus, son secrétaire l'avait
délivré de la venue de l'émissaire de l'ambassadeur de France en Pplogne
et de celle de M. de Giza sans parler de celle imminente de M. du Fresn.e
Akakia. L'ambassadeur lui-méme déclarait que /e secrétaire était son
uniqUe confident dont, au fond, il attendait des miracles. C'est le méme
secrétaire qu'il voulait envoyer dès Vann& 3676 auprès du roi pour lui
presenter ses humbles requétes touchant ses appointements en souffrance
depuis trois ans. En 1677 il réussit à l'envoyer, le chargeant en méme
temps de remporter pour lui l'emprunt force sur la Nation frangaise.
Le secrétaire s'acquitta de toutes ses instructions et se mit en devoir
de plaider la cause de son supérieur devant le roi.
Mais quel était le sentiment du secrétaire à l'égard de son chef ?
La situation était assez compliquée. D'un dote était l'ambassadeur, dont
dépendait en somme le sort du secrétaire, de l'autre le tout puissant
Colbert à qui il avait adresse des offres de service lors de sa venue en
France en 1673 avec les Capitulations nouvellement obtenus par M. de

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196 MARLA NOLBAN 10

Nointel. Il est probable que le seerétaire plaida tout d'abord la cause de


son maitre, ju.squ'à la nouvelle de la concession regrettable intervenue
dans l'affaire du Sofa. C'est le moment qui correspond au passage du
Journal intitule La (Merelle du Sala. La volte face du sieur de La Croix
correspond au passage relatif à sa dernière entrevue avec le roi. Il a soin
de se faire dormer une mission par M. de Pomponne à l'oecasion des mou-
vements causes par la defection des Cosaques et de quitter Constantinople
presque immédiatement. Ajoutons que le sieur de La Croix allait garder
son poste de secrétaire sous le nou.vel ambassadeur, M. de Guilleragues.
Mais si le Journal sous forme de texte manuserit destine au roi en
1695 ( !) nous laisse quelque incertitude, n.ous voyons que les Mémoires,
publiés en 1683 oti 1684 dressent la figure tr.& honorable de l'ambassadeur.
Or ces Mémoires avaient été présentés au roi avant d'être imprimés. Faut-il
croire que ce/ui-ci avait fini par oublier l'affaire du Sofa, ou plutôt qu'il
avait díj négliger de faire lire le manuscrit en question par ceux qui au-
raient eu le devoir de dormer leur avis ?

SUITE DU TEXTE PCBL1I DANS R.E.S.E.E. no 2

(Journal II, p. 46)


Le même i our, le huitième à 6 heures du soir, comme je m'y attendois
le moins a Assan, le tchoadar du kihaia avec un autre valet de Mayrocor-
dat, vint me prendre et je me transportai chez le kihaia, accompagné seu-
lenient de M011 interprète et d'iin janissaire
Je trouvai dans Pantichambre Mavrocordat, lequel au lieu de m'introduire
dans la chambre des audiences publiques, frappa aux guichets d'une
armoire qui s'ouvrirent par dedaus ... et il apparut à nous un spectre
vivant et affreux (c'estoit un eunuque noir par ce qu'on nous introduisoit
dans un appartement secret) qui nous conduisit par une galerie éclairée
seulement d'u_ne petite lampe à une porte fermée de plusieu.res serrures,
qu'il ouvrit avec autant de tintamarre qu'u.n gé6lier, et me tenant par
la main me mena, suivi de Mavrocordat qui me tenoit de l'autre, par un
passage étroit, long, sans lumière et avec autant de silence que si nous
avions été dans Pantre de qu.elque oracle, Ai une petite chambre en d6me
três superbe, dorée et incrust& partout, jusque au dolmas et au foyer
de la cheminée de carreaux de porcelaine de Chine de toutes couleurs et
magnifiquement meublée de tapis de Perse A fond d'or, et de coussins de
même sera& de perles, elle estoit éclair& d'un gros flambeau de cire
blaaache, pose au milieu du Sofa dans un chandelier d'argent fort ro.assif
Le kihaia qui estoit assis dans un coin de son Sofa, se leva et se mit A, sa
droite et Mavrocordat sur ses genoux, et fit retirer cet eunuque qui nous
enferma.
(5ourna1 II, note marginale)
Cet Assan fut le valet de chambre du kihaia du Grand Sultan et Caimacam
de Constantinople où il eut de gros démélés avec M. de Girardin, qui. le

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11 JOURNAL INEDIT DU SIEITR DE LA CROIX

nommoit Fenergi (lanternier) par ce qu'il portoit autrefois une lanterne


au lieu de flambeau devant son maltre, et Assan nommoit cet ambassa-
deur Degri Mangi (meunier) à cause qu'il faisoit vendre publiquement
de la farine dans des sacs marqués d'une fleur de lys, comm.e si elle eût
appartenu à Sa Majesté. Effectivement les Juifs qui la vendoient cri-
oient en portugais : chen quere tomar la harina del Rex de Francia, et le
pèi e Besnier, Jésuite passant fortuitement par la, et leur ayant dit de
changer ce cri injurieux, alla chez le général de Janissaires en prendre
six qui les firent changer de ton. M. de Girardin le trouva mauvais maim
il fallut dissimuler à cause de ce négoce indigne de son caractère.
/La chasse du Grand Sultan/, Journal II, p. 250.
Le jour de la chasse fut le 12e. / Il prie le kihaia de lui donner le chiaoux
promis .../ On rassemble jusqu'a dix mille paysans chrétiens ... 255
Ainsi c'est pint& une guerre cruelle que l'on livre A, ces animaux qu'une
chasse ; les chevaux hennissent, les chiens jappefit, les tigres mugissent,
les hommes crient aussi bien que les bestes, et toute la fork et l'air retentit
de ce tintamarre horrible dont la confusion a quelque chose de grand et
est fort agréable à voir lorsque cette chasse est bien exécutée ... 257.
Je me rangeai au quartier du Grand Vizir avec Mavrocordati que la cu-
riosité et l'envie de faire sa cour y avoit attiré et quoique je feusse vétu
et coiffé a la turque, le sultan me remarqua et demanda qui j'estois
F3031 premier ministre ( !) ... 258
Le sultan monta à cheval et mangea de temps en temps à la dérobée
quelques moremaux de viandes refroidies ou de patisserie qu'il prenait sur
de grands bassins que des hommes postés en différents endroits portaient
sur leurs testes ... 258 '1 y avoit des cuisines pour toute la forèt et nous
limes comme les autre un petit fourneau en terre pour cuire une poulle
au ris, laquelle, quoique dure et enfumée, nous pa,rut un excellent manger
après avoir broussaillé 5 ou 6 heures à la suite du sultan ... 260. Comme
cette chasse finit fort tard et que nos chevaux estoient fatigués, nous
retournames à Arnaout Kul, où Mehmed et Omer Aga escuyers cavalca-
dours du Grand Sultan me vindrent joindre, et je les régalai assez bien
chez mon h6te qui estoit un grec à son aise et riche en bons vins et nous
retournames le 13`à Andrinople chargés de lièvres et d'un chevre
260... duquel le kihaia m'avoit fait présent, je fis mettre en pate pour
aller au devant de M. Morosini, nouvel ambassadeur de Venise, lequel
devait arriver le 16 pour prendre ses premières audiences. Je repartis le
15e et allai A, 4 lieus d'Andrinople, où j'arrivai exprès de bonne heure et
fis préparer une petite collation de laquelle cet ambassadeur, qui ne croyait
pas que je dusse venir si avant, me sut très bon gré, car il avoit faim,
ayant marché 12 heure« sans repaitre, mais il eut bien son tour le soir
par un grand repas de toutes sortes de gibier et vian.des de Constantinople
très bien aprétées par un cuisinier frangais, entremélées de vins excellents
d'Italie et de liqueurs admirables.
Archives des Affaires Etrangères, t. VI, Constantinople, 1676-1677.
Correspondance de Nointel axed de La Croix, etc.

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198 MARIA BOLEAN 12

/Concorda,nce parfaite du Journal, dans sa partie non altérée et de la cor-


respondance du secrétaire avec l'ambassadeur de La Croix h, l'ambassa-
deur, p. 48/
/L'audience promise des le 12 du mois precedent, fixée en dernier au 13
mars a été remise sous prétexte de chasse/. La chasse a esté un prétexte
de reraise reel ob. apparent A, l'exécution de cette promesse, mais Mavro-
cordat me rapportant l'impossibilité qu'il y avoit de rien faire ce jour-là,
m'insinuoit que j'aurais satisfaction aussi tôt que le vizir seroit de retour.
Le 14e qui estoit jour de la chasse du Grand Sultan j'ai receu les deux
lettres du 8e courant ... etc. ...Enfin lVfonseigneur voyant que je ne
recevois aucune réponse ni du kihaia ni de Mavrocordat, au soir j'ai este
visiter ce dernier. Il avoit donne ordre qu'on ne laissast entrer personne,
sous prétexte qu'il estoit incommode, je crois que son incommodité estoit
pour moi seulement, de honte de me veoir si souvent ballotté. J'ai persisté
A, le vouloir veoir et il n'a pu s'en dispenser. Je lui 8,i réitéré ce que Votre
Excellence m'escrivoit Réponse de Mavrocordat : Sua Eccellenza
prudentissima, Fa quello deve fare ... etc. / Mais il faut de la patience,
le kihaia attend des nouvelles de Transylvanie sans lesquelles on ne peat.
rien decider. Le Grand Vizir réfléchit toujours long-uement avant de Tien
entreprendre ... etc./ Le secrétaire attend des ordres précis/ ... Que
Votre Excellence ne m'écrive point en chiffre, car je serois dans le méme
inconvenient pour l'explication de ses ordres qu'elle a este de mes lettres
et de mon Journal. Je n'ai point encore fait passer l'expédition. de Votre
Excellence pour la Transylva,nie et je ne Pacheminerai point puisque
ce n'est point en chiffre ... Je n'ai point encore rendu au kihaia la lettre
de Votre Excellence contre le patria,rche de Jerusalem. J'attends les avis
de Frère Louis ...
Le 18 mars 1676, l'ambassadeur et de La Croix
/La barque Pattendra, à Smyrne jusqu'à la fin du mois/. C'est jusqu'à ce
point que peut 3,11er ma, complaisance. Sachez encore un coup que j'espère
aussi peu comme souhaite ardemment de m'étre trompé. Prenez là-dessus
vos mesares j'aurais fort aprouvé que vous eussiez suivi le Grand Sultan
A, la, cha,sse, car vous m'eussiez informé fort exactement de sa manière, en
comprenant les moindres circonstances qui s'y pressent, je vois bien que
vous me promettez Paccomplissement de mes autres curiosités, telles que
de la bibliotheque du Vizir et semblables, mais j'attends m'en assurer
quand je les aura,is en mains.
Journal II, p. 283 et suiv.
/Le Secréta,ire indigne du silence du kihaia, et de Mavrocordat écrit une
lettre en turc au kihaia. Celui-ci explique la remise de la campagne en
Hongrie par la desertion de Doroscenko, conséquemment aussi le voyage
de La Croix en France/. Le Grand Visir penskt donc à envoyer celui-ci
auprès de Ibrahim. Pacha « comme témoin de ce qui se passerait et b,
port& de negocier avec le roy de Pologne sur les difficultés qui pourroient
survenir dans le emirs de cette négocia,tion. Je lui répliquai que je n'étais
pas maitre de moi je donnerais nécessairement avis à, M. Pambassadeur
etc. aussi bien de celui qu'il me proposoit à la suite d'Ibrahim Pacha,
et que si il me l'ordonnoit j'estola prét de Pentreprendre, quelque 136141

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13 JOURNAL INÉDIT DU SIEUR DE LA CROIX 199

et fatigue qu'il y eut ... etc. mais que s'il se donnoit la peine d'écrire
A, M. Pa,mbassadeur, sa lettre le persuaderoit beaucoup plus que la mienne
de consentir A, ce que le Grand Vizir désiroit, paree que je eraignois qu'il
ne erit que je ne voulusse me rendre néeessairel. Le Grand Vizir fera &tire
cette lettre en italien par Mavrocordat et qu'il la signera et y mettra son
cachet, ce gull fit le lendemain et le 24e j'envoyai mon valet polonais à
Constanetinople. ILettre de Suleiman kihaia et M. de Nointel, et lettre de La
Croix et l'ambassadeur du 22e/ J'écrivis aussi une fort longue lettre A, M.
l'ambassadeur ... parce que je craignois qu'il ne crtzt que je fusse de
concert avec le kihaia et Mavrocordat pour faire ce voyage que le Vizir
avoit souhaité de lui-méme, je le priai de Mourner ce calice en lui repré-
sentant le risque, la fatigue et la dépense. /Réponse de Nointel au kihaia
et au secrétaire. Il attribue son hesitation/ » A, cause de la dépense parce
que je connoissois l'impuissance où il estoit de le soutenir par le défaut
de paiement de ses a,ppointements depuis trois années, qu'il m'envoyait
néanmoins 100 sequins vénitiens avec 3 chevaux de son écurie et qu'il
fa,lloit que mon savoir faire suppléat au reste ... etc. Comme je scavi
qu'effectivement M. Pambassadeur ne manquait pas de bonne volonté ...
J'écrivis A, un marchand de mes amis de m'envoyer six cents escus qu'il
me gardoit, gull donne A, mon va,let, lequel m'acheta deux rnulets qui
servirent A, transporter deux petits pavilions et d'a,utres ustensiles de
voyage. J'achetai le reste à Andrinople et robtins de la Porte une étape
de pain, viande, vin, foin et orge que le Grand Vizir ordonna, au muni-
tionnaire general de Parmée de me fournir durant tout mon voyage et
me donna, un chiaoux pour mon escorte.
/I1 part d'Andrinople avec une lettre du Grand Vizir au prince de Train-
sylvanie pour le retour de M. de Giza, envoyé polonais auquel je fis part
de ce qui se passoit A, quoi il ne s'attendoit pa,s ayant fort envie de venir
et la Porte...
Journal II, p. 305. Voyage de de La Crotx 4 la suite de Parma.
Je partis d'.Andrinople le 1 mai accompagné du chaoux de la Porte, de
mon interprète, de quelques orlogeurs frangais qui suivoient Parmée, d'un
janissaire et de six valets avec dix chevaux, deux mulets, et deux char-
riots attelés de boeufs, charges de munitions, et pris l'escorte des minces
d'Egypte commandées par Assan beig, a,uquel le kihaia du Grand Vizir
me recommanda. Nous passames le Danube A, Isaccea et joignimes le
20 (mai) Ibrahim Pacha A, Yatsi en Moldavie, oil il avoit mis ses chevaux
au verd, et y séjourna jusques au 10 juin en attendant le reste de son
armée. Mon interprète alla avec les chaoux lui faire compliment de ma
part et demander son audience qu'il me donna.
Je fus très bien receu de ce généralissime, qui me fit seoir auprès
de lui et je lui présentai les lettres du Grand Vizir et du kihaia, et pour
captiver sa bienveillance je lui donnai une montre A, boete d'agathe garnie
d'or, très jolie, il me régala de leurs liqueurs et de parfu.ms avec un caftan,
ordonna au cha,oux de fake dresser mes pavilions derrière les siens, A,
A, c6té de son kiha,ia, et envoya l'ordre du Grand Vizir pour mon &tape
au munitionnaire, qui me la fournit très exactement jusques A, mon depart
pour Parmée. Je fis fort régulièrement ma com. A, ce general axe° lequel
je mangeois sonvent en particulier parce qu'il prenoit plaisir A, m'entendre

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200 MARIA ROLBAN 14

parler des différents pays que j'avois ven et particulièrement de la France,


de laquelle il me parut assez bien informé, aussi bien que de toutes les
grandes qualités de l'Invincible Monarque qui la guverne, duquel m'ayant
fait faire le portrait je lui dis en finissant ... etc. la force de Scipion,
clémence de Pompée et la fortune de César. Le 30' Parmée ottomane
passa le Niester à eoa,nitz (Zwanec) et commença de ne plus marcher qu'en
bataille, à cause du pas ennemi, ma,is au lieu d'entrer en Pologne, elle
prit la route de l'Ucraine afin de surprendre le roi, qui n.'avoit qu'un petit
corps d'armée, et attendoit le reste de ses troupes, desquelles ce général
empécha la jonction et enferma Sa Majesté polonaise entre Halits et
Zura,nno (= Zurawna), où il fut contraint de se retrancher et de faire des
lignes de circonvallation autour de son camp pour le garantir de l'in-
suite d'ime armée de plus de 60"1 combattants, qui le tint bloqué plus de
deux mois, de sorte que pour se tirer de cet embarras avec honneur et
conserver sa réputation avec des troupes qui diminuoient tous les jours
par la disette et les escarmouches, il trouva A, propos de députer six com-
missaires le 16 septembre à Ibrahim Pacha pour l'examen des derniers
mémoires des conditions de paix, à laquelle ce général étant disposé,
les envoya recevoir hors le camp par 50 officiers avec deux compagnies
d'infanterie et de cavalerie qui les conduisirent au quartier d'Ussein pacha
de Natolie, lequel accompagné de quatre autre, les reçut dans sa tente,
j'eus Phouneur de lem.' faire la révérence et d'assister à un grand repas
que ce pacha leur donna, ensuite duquel on les conduisit aux pavilions
qu'on leur avoit préparé, auprès desquels Ibrahim Pacha m'ordonna, de
faire transporter les miens pour leur tenir compagnie, ce qui fit plaisir
b, ces Messieurs, auxquels je fis présent de liqueure qui estoient fort rares
dans le camp des Tuns, aussi bien que dans celui des Polonais, qui ser-
voient à calmer leurs chagrins. Les commissaires estoient sénateurs des
plus illustres maisons de Pologne et se nommaient : Lubomirski, Wisni-
owieski, Seniavski, Potoski, Zorawinski, et Landrovski.
Ibrahim Pacha leur donna audience le 17 avec un grand repas après lequel
on commença les conférences pour la discution des conditions lesquelles
durèrent près d'un mois, sans qu'il y eut au.cune cessation d'armes, au
contraire il arriva le 29 sept. dans le temps que les commissaires estoient
chez Ibrahim Pacha qu'on vint lui downer avis que le roy de Pologne
ennuyé de la lenteur de cette négociation estoit sorti de son ca,mp et avoit
battu un gros parti de Tartares et de Turcs, ce qui devoit apparemment
irriter ce général, néanmoins il se contenta de renvoyer ces comrnissaires
leurs tentes, sans s'émouvoir ni leur dire aucunes duretés, et les faire
garder à vue, leur laissant la liberté de se visiter et à, moi celle de les
veoir.
Mais enfin la paix fut conclue et signée sous Zuranno ( !) le 16e octobre
1676 et l'on dressa deux copies du traité, l'une en turc signée du Tatar
Kan et du généralissime et l'autre en latin Que signeront les eommissaires,
chacun desquels Ibrahim Pacha fit présent d'un cheval richement har,
naché, de mon choix et autres galanteries à, la turque et les armées se
séparèrent.
Le Roy de Pologne prit la route de Leopold .sans que je puisse
avoir honneur de lui faire la révérance, paree que Ibrahim Pacha me fit

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15 JOURNAL INEDIT DU SIEUR DE LA CROIX 201

connaltre que je courrerois jusque en rejoignant Parmée il me fa,llut done


me contenter de prier Messieurs les commissaires d'informer Sa Majeste
de mes services, aussi bien que M. l'évéque de Marseille. L'armée ottomane
décampa le 18e, repassa le Niester dont elle rompit les ponts et marcha
en diligence au Danube pour prévenir la mauvaise saison, oil elle arrive
le 9e novembre et je pris congé d'Ibrahim Pacha pour me rendre en dili-
gence A.,Andrinople, accablé de chagrin de la mort du Grand Vizir
arrivée le 24 oct. A, Carabiber auprès du pont de Chiourlou en re-
tournant hiverner avec le sultan dans cette ville impériale, où je trouvai
le sieur Fontaine, notre second interprète que M. Pambassadeur avoit en-
voyé faire compliment a,u nouveau Vizir, Cara Moustapha pacha, beau
frère du defunt. J'allai avec cet interprète fain la reverence à ce premier
ministre, duquel je feus assez bien receu, et qui me demanda un detail
de la campagne et de la paix, et me dit d'assurer M. l'ambassadeur qu'il
exécuteroit le plusôt pourroit le projet de son prédécesseur, mais
je connus à sa fierté affectée que son administration ne seroit pas si fa,
vorable aux étrangers que celle de Kiöprtili
L'envie que j'avois de rejoindre M. Pambassadeur me fit quitter
Andrinople le 12, et cornme il faisoit encore beau., je laissai taus les valets
derrièr e avec le petit equipage et me rendis en trois jours à Constantinople
A, M. l'ambassadeur fut très aisé de me voir, et m'annonça qu'il falloit
pour me delasser, me préparer de passer en France, afin de rendre compte
A. S. M. de l'affaire de Hongrie, au sujet de laquelle il avoit recen une
lettre de M. de Pomponne, ministre, qui se plaignoit de ce que l'on ne
me voyoit point encore paroitre comme il l'avoit mandé, mais comme
il n'y avoit point alors de vaisseaux A, Constantinople, ni à Smirne ce
voyage fut remis à Pannée suivante.
/Fin du t. II/

Journa/ III, p. 87 et suiv.


M. de Pomponne me présenta au roi, auquel j'eus Phonneur de rendre
compte des affaires de Pologne et de Hongrie, dont il marqua étre fort
satisfait et promit de payer les appointements de M. de Nointel,. Huit jours
après mo.n arrivée je regus un autre paquet de M. Pambassadeur, du i mai,
lequel me donna l'occasion de faire une seconde fois la reverence à S.M.
en lui présentant cette lettre qui l'informait de la querelle du Sofa, dans
laquelle il loua la vigueur de son ambassadeur et dit en. termes exprès qu.'il
n.'en attendoit pas moins de Nointel, lequ.el gata tout en croyant bien
faire d'accomoder cette affaire au grè du grand vizir sans attendre les
ordres de la Cour, de crainte d'aigrir le I ministre qu'il vouloit mén.ager
de peur qu'il ne changeAt de dessein.. Comme cette affaire fit beaucoup
de bruit dans le monde, oil l'on en parla diversement, je crois étre oblige
d'en faire un detail veritable pour justifier la memoire de cet ambassadeur,
lequel n'eut point d'autre but dans son emploi qu'il soutint avec éclat,
A, la gloire de Dieu et du Roi et A, Pavantage de ses sujets, auxquels
procura la reduction de la douane de 5 à 3 pour cent avec plusieurs autres
2c. 2352

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202 MARTA HOLBAN 16

privilèges considérables. La Querelle di Sofa. 91 et sqq. /Antecedents.


L'ambassadeur dans l'audience qu'il eut de Kara.AIustapha lorsque celui-ci
était Kaimakam du grand vizir voulut bien rester au bas du Sofa (pour
ménager ses tapis A, la pike du kihaia). Le drogman Formetty était con-
pable de n'avoir pas averti l'ambassadeur. Quand Kara Mustapha devint
grand vizir, l'ambassadeur envoya par Fontaine (des presents extraordi-
naires qui furent une des principales cavses del'emprunt de Smirnel. Raconte
la scene et le depart de M. de Nointel etc .../ Il falloit done que ce
calice ffit présenté A, M. de Nointel dont le refus vigoureux mérita la
louange du Roi et lui efit acquis une gloire immortelle, s'il ne l'efit point
avalé deux m.ois après, sans attendre les ordres de S.M. qu'il avoit demandé
que je devois porter, et qui furent changes à la reception funeste de la
nouvelle de Pacceptation du bas de Sofa qui gata tout et donna lieux
aux plaisanteries de ses ennemis. Il eut beau rejeter sa faute sur sa crainte
du renouvellement de la ti eve avec l'Allemagne dont le vizir le menaçoit
que l'Empire sollicitait fortement, et que la France qui était en guerre
presque con.tre toute l'Europe, a,préhendoit extrémem.ent à cause de la
diversion favorable des troubles de Hongrie, ces raisons essentielles et
véritables ne prévalurent point Ai de vraisemblables, on le tourna en
ridicule et l'on dit qu'il avoit en peur d'estre empalé avec un grec son
confident, et gull ne devoit point entrere en raisonnements politiques
au dessus de lui, parce qu'on ne l'auroit point change pour le renouvel-
lement de la tréve d'Allemagne comme il le fut pour cette audience, la-
quelle produisit un grand refroidissement entre les deux empires et fut
cause du rappel de cet arnbassadeur infortuné, que le Roi eit ete oblige de
soutenir, dù moins jusqu'après la reparation de l'injiire ensuite de laquelle,
s'il efit été rappelé par l'importunité des Provenceaux qui se sont toujours
plaint des ambassadeurs, il fut revenu glorieux .../ L'importance de
suivre toujours le même usage, et ne rien innover qu'en mieux avec les
Turcs, qui se prevalent du moindre reflechement, et ce n.'est pas la seule
fausse démarche des ambassadeurs ; les prédécesseurs et les successeurs
de celui-ci ont commis d'aussi lourdes fautes et peut-étre moins excusa-
bles, mais elles ont trouvé des défenseurs dans ceux même qui vouloient
détruire M. de Nointel.
Il faut demeurer d'accord qu'un nouvel ambassadeur qui n'est point
informé, et n.e peu.t rare que par des interprètes, sujets de la Porte A,
laqu.elle ils sont très somis et fidèles, a de la peine de ne point tember
dans quelque inconvenient, à quoi les Anglois et Hollandois ont prudem-
ment rémédié par un secrétaire perpétuel qui instruit leurs ministres de
l'usage et de la politique des Turcs que Pon n'apprend que par une longue
experience.
journal III, p. 166 /Depart de La Croix/
La France, de son c6té, que la querelle du Sofa avoit refroidie, presta
Poreille à des proposition.s de paix et laissa M. de Nointel sans argent et
sans ordre, duqu.el n'osant plus parler qu'à M. de Pomponne, lequel ne
oyoit plus le lieu de lui ren.dre service ni d'empécher son rappel, me
ren-voya à la fin d'octobre, m'ordonnant d'observer tons les mouvements
de la Porte con.tre la Moscovie, pour lui en rendre com.pte, afin d'en infor-
mer le roi, qui eut la bonté en prenant congé de m'accorder une petite

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17 JOURNAL INÉDIT DU STEUR DE LA CRODC 203

gratification et de me dire que je continuasse de le bien servir, et que


si j' avois été et Constantinople l'affaire du Sofa ne seroit peut-être point
arrivée ; mais moi j'ai remercié plusieurs fois le ciel de mon absence, car
je n'aurais pas pu détourner ce coup, par des raisons que ma veneration
pour la mémoire de cet ambassadeur m'oblige de taire, ainsi je me serois
brouillé avec lui ou bien j'aurais impliqué dans cette malheureuse affaire
qui a été la cause de sa perte.
Journal III, p. 153
Le festin du palatin de Culmie
L'on avoit dressé quantités de tables dans un grand salon ouvert qui avoit
la veue du port, en face de laquelle estoit celle des ambassadeurs on M.
de Nointel prit place entre le bail de Venise et le palatin, les Residents
de Hollande et de Genes occuperent les deux bouts. Et le devant demeura
ouvert pour le service et afin de voir ce qui se passait aux autres rangées
sur deux files, auxquelles les secrétaires, interprètes et marcha.nas entre-
meles de gentilshommes polonois se placèrent suivant leurs rangs.
Ces tables furent abondamment servies, mais très malproprement
de toutes sortes de mets et ragouts à la polonoise, assaisones de vins, sucre,
poivre et sofran, avec des pruneaux, abricots, raisins de Corinthe et oi-
gnons.
Celle des ambassadeurs n'aurait pas été de meilleur gat si leurs
officiers ne s'en fussent pas mélés. L'on y but une grande quantité de
méchant vin et chaud dans des verres gras, lequel ne laissa pas de brouiller
la cervelle de plusieurs et principalement des Polonois qui s'enyvrerent,
depuis Pambassadeur jusqu'au dernier valet pour faire Phonneur de leur
maison. M. de Nointel et Morosini, se doutant bien que l'âme manquerait
ce festin, y envoyèrent leur buffet, avec plusieurs sortes de vins et de
liqueurs qui servirent à célébrer les sautés de l'Empereur de France, du
Roi de Pologne, du Doge, des Etats Géneraux, des families royales et des
ambassadeurs, dans lesquelles il y eut rat fracas de verres si grand, qu'ils
renchérirent à Constantinople, ce qui n'est point une hyperbole, et arrive
presque toujours dans ces repas publics, dont la voie ne seroit point par-
faite si Pon ne brisoit tout ce qui est fragile.
L'am.bassadeur de Pologne quelques jours après son entrée prit sa
première audience du grand vizir au bas du. Sofa sans difficulté et celle
du grand sultan à Pordinaire et ensuite il rendit visite aux représentants
qui le régalèrent magnifiquement avec sa suite, laquelle ne retourna
jamais tout entière A, son palais, car la plupart s'endormoient sur la table
ou dans les rues, sans que les Turcs les inquiétassent, au contraire ils se
détourn.oient pour les laisser passer.
Après ce fracas d'audiences et de visites ceux que la curiosité seule-
ment avoir attire à la suite de Pambassadeur se retirèrent et la peste se mesla
parmi les autres, et fit un si furieux ravage de ces hommes raalpropres,
que sa maison dirainua des deux tiers en peu de temps, de quoi il ne fut
pas fort Mae, car la diminution des bouches n.'ayant pas &Le suivie de
oelle du Tahin de 40 &us par jou.r, il profita beaucoup dans son ambassade
qui dura un an.

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LA LANGUE ROTTMATNE DANS LES ÉCRITS
DES MISSIONNAIRES ITALIENS
(XVIIe XVIII` siècles)
GIUSEPPE P ICC ILLO
(Universiti di Catania)

Une remaxquable contribution. A la diffusion en. Italie de la langue


et de la culture roumaine pendant les siècles, a été donnée
par les missionnaires catholiques italiens, surtout par les Con.ventuels,
envoy& par la Congrégation De Propaganda Fide dans les Principautés
roumaines.
Quoique le bu.t principal, et on pourrait dire presque unique, de ces
moines fût celui de conquérir, ou de reconquérir, A, la foi catholrque leg
ortodoxes et les calvinistes, implicitement et par nécessité pratique, ils
ont été aussi le véhicule de la diffusion en Italie, sinon de la culture dans
le Bens moderne du mot, du moins des cormaissances et des informations
sur la langue roumaine et sur la situation religieuse et politico-sociale des
Principautés.
On ch.ercherait vainement dans les activités, souvent multiples, de
ces missionnaires, des tentatives tendant à établir ou à raffermir les liai-
sons et les rapports politiques et diplomatiques entre les princes roumains
et la Papauté. Les finalités des missionnaires ont été toujours de caractère
catéchistique, et en outre les conditions de gêne économique dans lesquelles
ils se trouvèrent assez souvent, leux formation presque exclusivement
religieuse, leur position pas toujours agréable aux autorités locales, les
rivalités à Pintérieur du. même Ordre et, A, l'extérieur, avec d'autres religi-
eux catholiques, comme les Jésuites, tout cela contribua certainement A
déterminer les fonctions de ces moines : ils se bornèrent à avoir charge
d'Ames et à résoudre les problèmes que les ciiconstances présentaient
jour après jour. Toutefois, il se présenta bien des occasions où ils s'occu-
pèrent aussi de politique et de diplomatie. Il suffit de mentionn.er à cet
égard Pceuvre de Giovanni Battista del Monte Santa Maria qui a été
eragagé pendant plusieurs années par les princes roumains eux-mêmes en
mission.s diplomatiques auprès du roi de Pologne et de l'Empereur 1.
Mais, il nous importe id de mettre surtout en évidence la contribu-
tion donnée par les missionnaires à la connaissance de la langue roumaine
en. Italie par les ouvrages, édites ou inédites, que nous possédons, ou sur
l'existence desquels nous avons des données dignes de foi. A cet égard les
informations que nous donnent les lettres, les relation.s, les actes, gardés
dans les archives de la Congrégation De Propaganda Fide et des Conven-
G. CrIlinescu, Alcuni missionari cattolici italiani nella Moldavia nei secoli XVII
XVIII, Diplomatarium italicum I (1925), pp. 61-64.

Rev. Etudes Sud-Est Europ., XXVI, 3, p. 205-214, Bucarest, 1988

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206 GIUSEPPE PICCILLO 2

tuels, sont aussi très intéressantes. Il s'agit, comme on le sait, d'un ma-
teriel très riche et en grande partie encore inédit, bien que, il y a un demi-
siècle, des savants roumains, surtout Chlinescu, aient fait des publications
dans le Dipiomatarfum italicum.
En principe, à peu d'exceptions près, la production en roumaiu des
missionnaires italiens jaillit de motifs pratiques, plutôt que de desseins
culturels ou scientifiques.
Nous pouvons diviser ces écrits en deux categories : dans la première
on peut inclure les ouvrages adressés aux chretiens.
Puisqu'ils devaient enseigner la doctrine catholique en roumain,
et n'ayant à leur disposition aucun livre, les missionnaires se procurèrent
les instruments nécessaires à l'oeuvre de catechèse, et ils traduisirent, par
consequent, de Pitalien ou du latin les textes essentiels : des catéchismes,
des prières, des passages des Rvangiles, des hymnes, etc.
Dans la deuxième catégorie on peut situer les autres travaux des-
tines aux nouveaux missionnaires qui faisaient leurs etudes dans les insti-
tutions religieuses romaines, et qui, avec très peu de connaissances, ou
sans auoune connaissance de la langue roumaine, s'apprétaient à develop-
per leur o3uvre apostolique en Moldavie, en Valachie et en Transylvanie.
Il s'agit de glossaires bilingues, de grammaires, de recueils d'expressions
usuelles, _de dialogues, qui..ressemblent vaguement h nos manuels de con-
versation.
Très peu de ces travaux, comme nous le verrons, ont été publiés,
d'autres se trouvent à l'état de manuscrits, d'autres, sur l'existence des-
quels nous avons des temoignages assez stirs, sont aujourd'hui perdus.
Quoiqu'une presentation synthetique de ces emits ait été faite par
C. Tagliavini dans un article publie en 1930 2, et successivement par
Gazdaru en 1934 3, nous croyons bon de les mentionner par ordre chrono-
logique, en tenant compte des nouvelles données qui ont été découvertes
ces dernières années, à la suite aussi de nos recherches dans les bibliothè-
ques et les Archives religieuses de Rome, surtout à la Congregation De
Propaganda Fide.
Nous avons connaissance de l'existence d'un Catechisme de 1644,
anterieur, done, de 33 9218 à celui de Vito Piluzio et de 3 au catechisme
calviniste de Stefan Fogarasi 4. Ii aurait été rédigé par Gaspare de Noto,
sous-préfet des Missions catholiques en Moldavie et en Valachie de 1643
h 1650, comme il résulte d'une lettre du mt3me Gaspare datee du # Jas
25 di giugn.o del vecchio calendario 1644 », où on lit : a hora mi ritrovo
in Ias ove Bono molti cattolici, et ho voltato in lingua commune del
paese la dottrina christiaxia dell'Emin[entissi]mo Cardinale Bellarmino,
con le sue dichiarazioni per insegnarla a' putti, et anco a' grandi, che ne
meno sanno cosa sia segno di croce » 5.
2 C. Tagliavini, Alcuni manoscritti rumeni sconosciuti di missionari cattolici italiani in
Moldavia (sec. XV III ), dans e Studi rumeni *, IV (1929-1930), pp. 41-45.
3 G. GAzdaru, Informald italiene inedite despre diem texte romelneW scrise de misionani
catolici, Studii italiene N.S., I (1934), pp. 81-86.
4 Publié à Lugoj en 1647, cf. L. Tamits, Fogarasi Istodn Kdieja, Cluj, 1942.
a Archives de la Sacra Congregazione de Propaganda Fide [= APF], Scritture riferite,
vol. 127, ff. 122r-122v.

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3 ECRITS DES MISSIONNAIRES ITALIENS 207

D'après une affirmation de Bandini, publiée par V. A. Ureche dans


le Codex Bandimus (AAR, s. II, t. XVI, 1985, p. 198), Gaspare de Noto
ne posséclait pas une bonne conn.aissance de la langue roumaine : « Cas-
parus a Noto linguarum moldavicarum omnius ignarus [...1, et ob natu-
ralem bilem onerosus et difficilis [...J, cum ex sacerdotibus aculeatis
et mordacibus verbis perstringeret et perturbaret ».
Indépendamment de cet avis de Bandini, on ne sait pas jusqu'à que'
point il a été désintéressé et objectif, il nous importe ici de prendre acte
que la première traduction en roumain d'un catéchisme par un Italien
remonte à 1644 6.
Malgré les recherches faites dans les Archives romaines par Gazdaru
il y a 50 ans, on ne sait plus rien du catéchisme de Gaspare de Noto.
Peut-étre a-t-il été prêté à quelque savant, comme le suppose Gazdaru
/ui-même, mais il est aussi possible qu'il n'ait jamais été remis ài la Con-
grégation., puisque Gaspare n'indique nulle part un éventuel envoi
Rome de son travail (comme avaient coutume de le faire tom ceux qui
ont écrit quelque chose pouvant intéresser les Missions).
Le premier ouvrage publié, et dont nous possédons encore quelques
exemplaires , est la bien connue Dottrina christiana tradotta in lingua valacha
par Vito Piluzio, Conventuel et archevéque de Marcianopoli, qui exerga
son activité de missiomaaire en Moldavie pendant près de trente ans. La
personnalité de ce moine est une des plus intéressantes, non seulement
pour sa brochure publiée à Rome en 1677, mais aussi pour son apostolat
qui s'est déroulé dans une période historique particulièrernent complexe,
et pour ses rapports avec des personnages illustres, comme Alexandru
Ilia§, Constantin Cantemir 7, et stutout Miron Costin, qui le rappelle
dans son ouvrage De neamul Moldovenilor : « In casa noasträ au fostu
aceasta voroava in Iai cu un episcop italian, care Intre alte, foarte pre
voia gindului mieu, mi-au zis cuvinte de aceste neamuri (c'est-a-dire de
l'italien et du roumain), dziclnd aa, i era om de inteles » 8.
Malgré le jugement assez sévère, mais, du reste, superficiel et arbi-
traire, donné par Ramiro Ortiz, Per la storia della cultura italiana in
Rumania. Studi e ricerehe, Roma, 1943, pp. 95-103, le catéchisme de
M8me si nous ne possédons pas de données sftres sur la formation culturelle et sur
Pactivité religieuse de Gaspare Malandrino de Noto, quelques indices nous amènent à estimer
que le susdit avis de Bandini soit plut8t exagéré.
En premier lieu, en effet, Bandini lui-meme, en écrivant à la Congrégation, avait défini
notre missionnaire e vigilantissimo s, en souhaitant que dans les provinces roumaines o ne fossero
doi altri pari suoi * (APF., Scritt. rif., 1645, f. 52 rv). Nous savons, en outre, qu'Ambrogio
Grilli, beau-fils de Vasile Lupu, le considérait son padre spirituale s. A son retour A Rome,
après 7 ans de mission, dont 6 en qualité de sous-préfet de la Moldavie, la Congrégation de
Propaganda Fide, ayant remarqué que Gaspare o.. per sexennium et ultra inservivit laudabiliter
Sanctae Sedi s, il lui accorda le doctorat en théologie (nous tenons ce renseignement d'un
document publié par Bonaventura Morariu, La Missione dei Frail Minori Conventuali in Mol-
davia e Vallacchia nel suo primo periodo, 1623 1650, Roma, 1962, p. 56, n. 75,
Gaspare mourut it Noto en 1690 4 pieno di sante virtit : F. Tortora, Breve nolizia della
cilia di Noto prima e dopo il terremoto Note di Francesco Balsamo, Noto, 1972, p. 25; en
outre, F. Rotolo, O. F. M. Cony., La Chiesa di San Fancesco d' Assisi a Noto, Palermo, 1978,
pp. 79-82.
7 G. Ciilinescu, Alcuni missionari, cit., p. 35.
8 Miron Costin, Opere, editie criticil de P. P. Panaitescu, Bucuresti, 1958, p. 247; cf.,
en outre, N. Cartojan, Istoria literaturii romdne vechi, Bucuresti, 1980, p. 299.

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208 GJ1JSEir PICOILLO 4

Piluzio constitue aujourd'hui encore un document intéressant et digne


de foi sur la situation linguistique de la Moldavie dans la deuxième moitié
du XVII' siècle, comme je l'ai remarqué dans un article publié en 1979 9
De Piluzio nous possédons en outre : des lettres envoyées à ses sup&
rieurs, des écrits en italien sur l'état de l'Eglise cathclique en Moldavie
et en Valachie dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il s'agit de re-
lations brèves, sollicitées par la Congrégation de Propaganda Fide, où,
malheureusement, les références aux conditions politiques, économiques
et sociales du Pays sont assez vagues et secondaires ; par conséquent leur
utilité pour une meilleure connaissance de la réalité de cette époque, est
très limitée".
D'après ce que nous savoias par les Acta &come Congregationis de
Propaganda Fide, le Père Antonio Zauli, Préfet des Missions entre la fin
du 'VIP et le commencement du XVIIIe siècle11 aurait traduit
dialecte moldave un catéchisme et des sermons : « If P. Felice Antonio
Zauli, Minore] Conventuale gil Prefetto delle Missioni di Moldavia
ragguaglia [ ....] e giuntamente supplica della stampa d'un Catechismo
tradotto dall'A[uto]re in quella lingua coll'Evangely di tutte le dome-
niche e feste dell'amno » 12 En outre, dans l'Index des Acta de 1716, 116,
33, de la méme Congrégation on lit que : «P. Zauli, già Pref[ett]o dei
Min[o]ri Conv[entual]i in Moldavia torna a Rimini sua patria [ ].
Ha tradotto il Catechism° e gli Evangeli in lingua moldava [c'est-à-dire
en langue roumaine] perchè si stampino », et successivement «Il med[e-
simo] manda gli evangeli tradotti per farli stampare » (1716, 193, 34).
Toutes ces nouvelles ont une confirmation ultérieure de leur crédi-
bilité dans une lettre du m'ème Zauli, datée « Rimini li 14 marzo 1716 »,
adressée à la Congrégation, oft l'Auteur « supplica, la grazia di potersi
conferire a Roma per potere personalmente liferbe all'E[rainenze] loro
il stato di tutte le Missioni e la necessith di stamparsi in lingua moldava
un Catechism° per servizio di quei popoli tradate dal supplicante Oratore
con gli Evangelj di tutte le domeniche e feste dell'anno da leggersi prima

9 G. Piccillo, Note sulla 'lingua valacha' del Katekismo kriistinesko di Vito Piluzio, dans
Studii i cercetari lingvistice o, XXX (1979), n° 1, pp. 31-46, et id. Considérations sur le lexique
du Catechisme roumain (1677) de Vilo Piluzio, dans Revue de linguistique romana o, t. 44
o

(1980), pp. 121-134. Selon l'opinion de Ramiro Ortiz, Op. cit., pp. 95-103, l'ouvrage de
Piluzio serait o un capolavoro moldavo-dialettale-ciuchesco I o; cependant, le jugement de ce
savant ne jaillit pas d'une analyse de la langue du texte, mais seulement d'une impression
fautive suscitée par l'orthographe bizarre et assez compliquée de ce Catéchisme. Pour d'autres
informations sur le mame sujet, cf. I. Bianu, N. Hodoq, Bibliografia rom6neascd veche, I, (1508
1830), Bucuregti, 190S, p. 216; M. Gaster, Chrestomathie roumaine, LeipzigBucure§ti, 1891,
XLVI; I. Minea, tirl noui despre propaganda catolia in Moldova in sec. XVI, dans Revista
arhivelor *, 11 (1926), n° 3, pp. 399-400.
10 Mame dans la Relatione del slat° della Valacchia falla da F. Vito Pilutio Arcives[cov]o
di Marcianopoli (1687), APF, Scritt. rif., Bulg. e Vallac., V, f. 22, publiée par CAlinescu, Di-
plomatarium italicum o, I, pp. 141-143, les données que l'auteur nous présente sont relatives
la situation de l'Eglise catholique et au nombre des catholiques en Valachie.
11 APF., Scritt. rif., vol. 566, p. 413; vol. 567, p. 28; vol. 605, p. 284; en outre, B.
Morariu, Series clironologica Praefectorum Apostolicorum Missionis Fr. Min. Cono, in Moldavia
et Valachia durante saec. XV II el XVIII, dans Commentarium Ordinis Fratrum Minorum
S. Francisci Conventualiurn *, XXXVIII, nn. VIX (1940), p. 13.
Acta Sacrae Congr., de anno 1716, vol. 86, 33, p. 116.

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5 ECRITS DES MISSIONNAIRES ITALIENS 209

della predica, tanto necessari mentre dal Messale difficilmente si fa tal


traslazione 10.
Mais, de ces écrits qui selon les témoignages cités ont été
certainement remis à la Congrégation, on ne sait plus rien.
Quoiqu'il ne fasse pas partie du groupe des missionnaires, il faut
mentionner dans cette revue la personnalité d'Anton Maria del Chiaro,
secrétaire de Constantin Brincoveanu et, successivement, de Nieolae
Mavrocordat. Del Chiaro est auteur de l'ouvrage très connu letona delle
moderne rivoluzioni della V allachia, con la descrizione del paese, natura,
costumi e religione degli abitanti, publié à Venise en 1718.
Cet ouvrage qui, comme l'a remarqué Nicolae Imga, constitue « unul
din cele mai pretioase daruri pe care ni le-a Elea Italia in domeniul tre-
cutului nostru »F4, par ses contenus et ses proportions est bien différent
des autres écrits que nous avons mentionnés jusqu'ici. Dans les descrip-
tions ethno-géographiques, dans la narration des événements historiques,
dont il a 60 souvent le témoin oculaire, Del Chiaro se révèle un observa-
teur attentif et précis, un conteur objectif et subtil. Mais, ce n'est pas le
cas de s'étendre sur la valeur de cet ouvrage, puisqu'il a été déjà l'objet
d'études nombreuses et approfondies de la part de gens de lettres et d'his-
toriens Toumains.15 Ici, toutefcis, nous voulons souligner l'importance
que présente pour les Uncles linguistiques le glossaire annexé qui porte le
titre. Di alcune parole valache le quali hanno corrispondenza colla lingua
latina ed italiana 16, et qu'on peut considérer comme l'un des premiers
documents de la lexicographie bilingue italo-rounaaine, étant postérieur
seuIement au glossaire de Constantin. Cantaeuzino 17.
Contemporain de Zauli, et qui lui a succédé dans la charge de Préfet
est Silvestro Amelio de Foggia! La persormalité de ce missionnaire est
très intéressante, pas seulement pour son activité apostolique, développée
d'une façon exemplaire et profitable, mais aussi pour ses écrits roumains
qui heureusement nous sont parvenus. Par ordre chronologique, l'ouvrage
le plus ancien est le manuscrit D. 30 des Archives des Conventuels de
Rome. L'ceuvre, qui pour la première fois a été signalée en 1923 par Fran-
cise Monay de Lugoj (Glasul Illinoritäjilor, 10 juillet, 1923) contient un
catéchisme, les formules catholiques pour Padministration des sacrements,
/a Passion de Christ dans les versions des quatre vangélistes, un glos-
saire bilingue italien-moldave de 1409 mots.
13 APF., Scritt. rif., 20 aprile 1716, n. 132. Bonaventura Morariu, aussi, Op. cit., p. 13,
nous renseigne que P. Mag. Felix Antonius Zauli [ ....] Evangelic' Dominicalia et librunt
Catechismi lingua moldavica in usum missionariorum ac fidelium praeparavit et Secretario
S. Congr. de Prop. Fide ut Romae imprimeretur consignavit
14 G. Nlifulihl, Culturd f i literatura romand aeche in context european. Studii si texte, Bucu-
resti, 1979, p. 44.
16 Id. ib., note 2, et p. 45, note 1.
26 G. MihailA, Op. cit., pp. 47-52.
17 Cf. C. Tagliavini, Un frammento di terminologia italo-rumena ed un dizionariello geo-
grafico dello Stolnic Constantin Cantacuzino, dans Revista filologicil *, I, CernAuti (1927), pp.
167-184; C. Dima-Dragan, Un destin istoric : permanenfa latinitetlii in cultura romdneasca
peche (A testar documentare ale scrisului ronulnesc ca Were !atine in secolele XIII XV III,
Studii i cercetAri de bibliologie e, XIII (1974), pp. 21-38, a soutenu l'attribution de ce frag-
ment à un missionnaire italien ; cf. fe cet égard G. Piccillo, A proposito del ms. romeno Marsili
61 attribuito alto Stolnic Constantin Cantacuzino (sec. XVII), dans e Studii i cercetiri lingvis-
tice s, XXXII (1981), no 5, pp. 503-519.

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210 GIUSEPPE pica:LLD 6

la difference du Catéchisme de Piluzio, l'ouvrage d'.Amelio n'était


pas adressée aux chrétiens roumains, mais bien aux missionnaires italiens,
pour lesquels il aurait dû constitu.er une sorte de manuel pour l'enseigne-
ment de la religion. Dans une lettre du 11 décembre 1723, envoyée A, la
Congregation de Propaganda Fide, Amelia, en effet, se référe à l'« ope-
retta fatta [ ....] a pro de Novizi Missionarij ».
Nous ne savons pas pour quelles raisons la Congregation a laisse
inédit le manuscrit, malgré son utilité indiscutable. Ce fait apparalt en-
core plus surprenant si l'on considère que le travail de Amelio a été pre-
senté avec des references très positives par des ecclésiastiques influents
de cette époque : Martino Massimiliano Kiernozyeki, supérieur des jé-
suites de Iasi, le &clam « publicae salutari utilitati tam catholicorum,
quam aliorum hominum in Moldavia et Valachia », et, pour cela, digne
ut typis mandetur ac divulgetur ad pernecessariarn praedictarum p.
Moldaviam ac Valachiam Missionum usura [ ...] ». Egalement positif a
été le jugement de Francesco Bossi, Préfet des Missions de Moldav je:
Opusculum [ ] fuit ad istantia nostra lectura et examinatum a
supradicto R. P. Martino e.Societate Iesu, ac per specialem commissionem
ab aliis quoque Valachicae linguae peritis revisum, repertamque nihil
contra Sanctam Ecclesiam Catholicam Romanam continere, dignum ut
typis mandet, censuerunt et, pourtant, il souhaitait « ut opus dictum
;

tam necessarium [ ...] Missionariis E...] in lucem mandare possit »18.


L'autre ouvrage d'.Amelio, les Conciones latinae-muldavo, ms. de
la I3ibliothèque de l'Académie de Bucarest (2882), également destine aux
missionnaires pour s'en servir « [ ] in dominicts aliisq : festis infr[a]
annum occurrentibus » (ir), contient 85 sermons en latin et en roumain..
Wale si le manuscrit porte la date de 1725, l'époque de sa composition
n'est pas encore sftre. Selon l'opinion de Ramiro Ortiz 19, qui a fait une
breve presentation de cet ouvrage, « le prediche risalgono senza dubbio
a qualche anuo prima, quando il D'.Amelio era ancora Prefetto apostolico
di Moldavia, Vallacchia, Tartana e Transilvania Mais, à cet égard, dans
une communication presentee au « Gartner Kolloquium. » (Irmsbruck,
1985), Teresa Ferro, sur la foi de documents autographes insérés dans le
Manuscrit D. 30, a pu démontrer qu'Amelio a presque certainement com-
mence la composition de l'ouvrage avant 1722, mais que la redaction
definitive a été achevée après 1737 20.
On a donne sur la personnalité d'.Amelio et sur son activité de mis-
sionnaire des jugements très positifs. Par les témoignages qu'on. peut
APF., Serif!. non rif., Moldavia, vol. 3, f. 307, cf. G. CAlinescu, Alcuni missionari,
cit., pp. 150-151. La bibliographie rélative a cet ouvrage est assez pauvre : O. Densusianu,
Manuscrisul romdnesc al lui Silvestro Amelio, Grai si Suflet », 1(1923-1924), n° 2, pp. 286
311, oil l'on trouve une description synthétique du manuscrit et la reproduction d'une partie
du glossaire ; en outre, mon article It manoscritto romeno di Silvestro Amelio (1719) : osserva-
zioni linguistiche, Studii si cercetAri lingvistice s, XXX (1980), no 1, pp. 11-30, et mon
édition du glossaire : Il glossario italiano-moldavo di Silvestro .Amelio (1719) Studio
filologico-linguistico e testo, Catania, 298.
29 R. Ortiz, Per la storia della cultura italiana, cit., pp. 85-88; v. aussi, C. Tagliavini,
Alcuni manoscritti rumeni, cit., p. 44; D. Gdzdaru, Inforrnaiii italiene, cit., p. 81, no I.
20 T. Ferro, Un ms. romeno degli inizi del sec. XVIII: le Conciones latinae-muldavo
di Silvestro Amelio (1723), en cours de publication. L'Auteur a entrepris une analyse systéma-
tique de cet ouvrage.

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7 ECRITS DES MISSIONNAIRES ITALIENS 211

puiser dans les documents de la Congrégation., nous arrivons A, nous re-


présenter l'imag,e d'un bon missionnaire, préoccupé de la charge des
Ames et du cours de l'Rglise catholique, fidèle A, son devoir et en même
temps rigoureux et intransigeant avec les administrés dont la tenue n'est
pas correcte. Il est probable que la plainte port& contre lid par les ca-
tholiques de Moldavie, dont nous parle Cândea dans son ouvrage sur le
catholicisme dans les Principautés danubiennes 21, puisse étre niie en
relation avec sa sévérité. Amelio est défini « vir scandalosu,s, ignarus, et
sine ulla charitate circa nos », et il est accusé de faire recours très souvent
au Prince, et de parler ridiculement le Iatin. Il est clair que derrière cette
plainte on puisse entrevoir les intrigues et les cancans qui séparaient non
seulement les religieux appartenant à des ordres différents, mais aussi
ceux du mème ordre. Du reste, on peut difficilement imaginer que la
population moldave de cette époque se donuât la peine d'accuser un
prétre catholique de ne pas savoir parler correctement le latin !
D'après ce que nous savons par une lettre des archives de la Propa-
ganda Fide, aux environs de 1740 le Père Francesco Maria Mandrelli aurait
composé une gramrnaire roumaine en langue latine et un petit diction-
naire. Mandrelli écrivait : « Mi comprometto offrire alla S. Congregazione
per l'eterno beneficio di queste Sante Missioni e per il maggior frutto ed
emolumento di quest'anime una compendiosa ed utilissima grammatica
in lingua latina e vallacha con un vocabolario aggiunto, da me fatigato,
da che fui in questi Paesi per missionario » 22. Malheureusement on ne
sait plus rien de cet ouvrage qui - selon les données susdites serait
la première grammaire de la langue roumaine, antérieure, pourtant, non
seulement à celle de Micu, mais aussi à celle de Macarie 23, et A, la gram-
maire de Kalocsa 24, et méme à celle de Dimitrie Eustatievici Braso-
veanul 23.
En date des environs de 1760 sont placées les Diverse materie in
lingua moldava du Père Antonio Maria Mauro, ms. de la Bibliothèque de
l'Archiginnasio de Bologne, découvert et publié par Tagliavini en 1930 26.
A ce méme missionnaire, il faut attribuer la paternité du Ks. Asa.
223 de Glittingen (Petit recuei,l des [sic.] mots moldaves &tit par 92n italien
Yassil'an 1770), dont la publication de l'édition critique par mes soins
dans les « Travaux de linguistique et de littérature » de Strasbourg, est
en cours.
21 R. CAndea, Der Katholkismus in den Donaufarstenliimern, sein V erheillnis :um Staat
und zur Gesellschaft, Leipzig, 1916, p. 51, no 3.
22 APF., Scritt. non rif., Moldavia, IV, ff. 234-236, cf. aussi G. CAlinescu, Alcuni mis-
sionari, cit., p. 69, et C. Tagliavini, Studi rumeni e, IV, p. 42.
23 N. larga, Istoria literaturii romane, II, Bucuresti, 1901, p. 275, et M. Costinescu,
Norma si dialect in primele gramatici românesti, dans S'ludii de limba (iterará si filologie,
Bucuresti, 1972, pp. 10-11.
24 Cf. B. Nagy, Les débuts de l'histoire de la grammaire rouniaine, dans Ades du Xe Con-
grés international des linguisles, II, Bucarest, 1970, pp. 255-260 ; id. A Kalocsai romdn ngelvtan,
dans Maggar-romdn filologiai Tanulmanyok, Budapest, 1984, pp. 409-420; id., Les manuscrits
roumains de Kalocsa (Fragment d'une étude plus longue, e Annales Universitatis scientiarum
budapestinensis de Rolando E6tviis nominatae e, t. XIV (1983), pp. 201-217.
25 Gramatica rumdneascd (175r). Prima gramaticd a limbii romdne, editie, studiu intro-
ductiv si glosar de N. A. Ursa, Bucuresti, 1969.
28 C. Tagliavini, e Studi rumen! e, IV, pp. 41-104.

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212 incamr,o 8

D'après mes recherches, le premier sava.nt qui a annoncé l'existence


de ce manuscrit a été Nicolae Iorga, qui dans la séan.ce de l'Académie
roumaine du 28 mars 1898, en présentant une relation sur les manuscrits
roumains gardés dans les Bibliothèques étrangères, fit savoir que : « Bi-
blioteca din Göttingen posedä un manuscript neasteptat din téte punctele
de vedere. E o gramaticä romA'neascA, o gramatia, romäneasa din secolul
XVIII, posterioarä numai gramaticei lui Eustatei Brasoveanul,
sfirsit o gramatia iomneascà scrisä de un sträin. In italienesce » 27
Dans eette communication Iorga touche aussi le problème de la
datation et de la paternité de l'ouvrage : A, son avis on pourrait identifier
l'auteur dans un italien. « profesor de limbi sau ofiter rus » dans Parmée
de Catherine II. En outre Iorga présente à grands traits le contenu du
manuscrit et reproduit aussi une partie du dialogue qu'on trouve A, la
fin de l'ouvrage.
Presque quarante ans après, Stefan Paca retourne sur le sujet et
avance Phypothèse que le manuscrit soit l'ouvrage du missionnaire italien.
Francantonio Minotto qu.i exerça son activité en Moldavie pendant la
seconde moitié du XVIIIe siècle 28.
L'hypothèse de Paca, fond& sur des éléments peu probants, n'a
plus été mise en discussion, et aucun savant n'a prété son attention A, cet
ouvrage qui, toutefois, a été utilisé cornme répertoire lexical par les com-
pilateurs du DLR. Seulement Mircea Seche, dans son étude sur la lexico-
graphie roumaine 22, semble partager les conclusions de Paca: « De
altfel dit Seehe cel de-al doilea misionar catolic italian care a compus
In secolul al XVIII-lea o lucrare similarii, cu aceea a lui Silvestro Amelio
are preocupäri filologice si mai complexe », et, aussitòt après, que « Lu-
crarea este aproape intru totul identicä, din punctul de vedere al propor-
tiilor i realizàrii, cu aceea a lui Silvestro ».
Il faut remarquer à cet égard qu'en réalité entre les deux ouvrages
il y a des différences considérables, soit du point de vue des proportions
et de la structure, soit sous l'aspect des contenus. En effet, tandis que
l'o3uvre d'Amelio comme on l'a déjä souligné contient un catéchisme,
des prières, un glossaire, le ms. de Gtittingen, de 20 feuillets, est une
sorte de manuel de conversation bilingue, avec des éléments de grammaire,
des remarques sur la phonétique, des listes de mots disposés par champs
sémantiques, les formes de salutation employées dans les différents mo-
ments du jour, et, enfin, avec un dialogue qui représente les phases de la
journée d'un jeune seigneur.
Ce manuscrit, comme je l'ai démontré en 1982 par des dociunents
des Archives de la Propaganda Fide 3°, est Pcouvre d'Antonio Maria Mauro,
auteur des Diverse materie susdites et missionnaire en Moldavie de 1759
1784.

27 N. lorga, Manuscriple din biblioleci sit-dine relative la istoria Románilor sAnalele


Acadcmiei Romäne *, sectia istoricä, serie II, Bucurcsti, 1899, pp. 197-203.
28 S. Pasca, Manuscrisul italian román din Gtillingen Studii italic ne 8 N. S., II
(1935), pp. 119-136.
29 M. Seche, Schilá de istorie a lexicografiei romdne, I, Bucuresti, 1966, p. 15.
al G. Piccillo, 11 manoscritto italiano-romeno Asch 223 di Gattingen, *Revue de linguistique
romane s, t. 46 (1982), pp. 255-270.

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e ECRITS DES MISSIONNAIRES ITALIENS 213

Francantonio Minotto aussi, dont nous avons fait déj4 mention,


rnissionnaire 4 la personnalité pIutdt discutable, comm.e nous le savons
par des documents de la Propaganda 31, aurait composé une gra,mmaire
et un dictionnaire.
Dans une lettre du 23 mai 1775 adressée A, monseigneur Stefano
Borgia, Secrétaire de la Congregation., il écrivait « Io mai creduto avrei
di aver potuto si solecitamente imparare questa mista e bigola lingua che
veramente curiosa, ed acojo ancor Lei nelle ore oziose possa un Po ridere,
Gli spediro la grammatica manoscritta, quando l'avrei terminata di co-
piare 22; et encore, à la date du 19 octobre 1777 : « Vado componendo
un diccionario in lingua moldava, e compito lo spediro a V. S. Ill, ma e
Rev, ma, come pure un Catechismo in suddetta. lingua » 32. Toutefois,
les recherches faites pour retrouver ces ouvrages n'ont atteint jusqul
présent aucun résultat positif.
Nous avons connaissance de quelques écrits qui auraient été Pceuvre
du Père Lorenzo Placido Porcelli, missionnaire pendant treize ans
Moldavie, à Agiudeni, A, la fin du XVIIIe siècle. Ce renseigneme,nt nous
est donné par une lettre du 4 juin 1805 adressée par Porcelli méme au
Préfet de la Congrégation. Dans cette lettre Porcelli se déclare bien disposé
assumer la charge de « Lettore di lingua moldaviana dams le t Colleg,io
di Sant'Antonio » ; i/ dit, en outre, avoir remis dans le méme collége « un
esposizione degli Vangeli di tutto Panno, una dottrina, cristiana, un dizio-
nario, molti dialoghi, litanie e varie orazioni colla versione di alcuni
inni in lingua moldovana tutta fatiga mia per agevolare i giovani a pre-
dicare, a confessa,re quella povera gente » 34.
Nous ne connaissons pas la fin de ces écrits. Les recherches faites
par GA'zdaru dans le Collège de Saint Antoine, n'ont pas atteint un résultat
positif. D'autre part, le couvent franciscain de Piazza Armerina, dont
Porcelli était « deffinitore perpetuo e guardiano », et où l'on aurait pu
trouver quelque chose, est désormais détruit, et le matériel bibliographique
est en partie disperse et en partie transféré dans la Bibliothèque munici-
pale de la méme ville. Mais la lettre de Porcelli contient un autre témoig-
nage tr.& intéressant. Par la disponibilité expresse de ce missionnaire
assumer la charge de « lettore di lingua moldaviana, », on peut déduire que,
déjà, à cette époque, c'est-à-dire entre la fin du XVIIIe et le début du
XIXe siècle, on tena,it dans le Collège de Saint Antoine des cours de langue
roumaine. Il est permis de supposer qu'il s'agissait de cours préparatoires
réservés a,ux futurs missionnaires, et, pourtant, fermés au public, mais
qui nous témoignent toutefois d'un certain intérêt pour la connaissance
et la diffusion de la longue roumaine, dont l'origine latine avait été re-
marquée depuis des siècles par des hommes de culture, des religieux, et

31 Dans une relation du 3 octobre 1779 du Préfet Giuseppe Martinotti, on lit e [..J 6
degno [Minotto] di essere processato, e castigato a tenor de suoi delitti senza compassione
[...J perch6 contumace, insolente, incorrigibile APF., Scrill. non rir, Moldavia, V, ff. 191-192.
32 APF., Scritt. non Hr., Moldavia, IV, f. 139.
33 APF., ib., f. 163r; cf. aussi I. Ilianu, i Columna lui Traianu II, N. S., an 1V (1883),
n° 3-6, pp. 144-145; G. Cdlinescu, Meant missionari, cit., p. 69.
" APF., Scritt. rir, VI, ff. 430T-431r; en ontre, D. GAzdarn, Informalii italiene, cit.
pp. E4-86.

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214 GrUSEPPg PICCTLLO iò
des voyageurs : Poggio Bracciolini, Francesco della, Valle, Giovanni Bo-
tero, etc.
Pour conclure cette revue des écrits des inissionnaires, nous rappe-
lons les manuscrits de la Bibliothèque de l'Archiginnasio de Bologne, con-
servés dans le Cartone XII des Seritti vari du cardinal Giuseppe Mezzo-
fanti. Ii s'agit de textes de sujet religieux appartenant A, des auteurs dif-
f érents, mais qui remontent tous à la fin du XVIIIe siècle environ : 1)
Envezzatura erestinaska de Michele Sassiano de Nocera de Pagani ; 2)
Sermons edu Père Maitre Vincenzo Gatti Min. Conv., maltais ; 3) Une
vingtaine de sermons de plusieurs missionnaires (Berardi, Simoncini, etc.) ;
4) Des prières A, reciter pendant les Vépres ; en outre, un grand nombre
des feuillets contenant des prières, des formulaires, des avertissements,
etc., dont plusieurs sont même traduits en hongrois.
Du point de vue linguistique et philologique, les écrits des mission-
naires ont une importance qui, d'après ce que nous savons, n'a pas 60
mise en relief de manière adéquate. Seul Carlo Tagliavini, dans la prémise
l'édition des Diverse materie in lingua moldava de A. M. Mauro fait 6,
cet égard une mise au point qui vaut la peine d'être rapportée : « Le pro-
duzioni rumene dei missionari écrit-il hanno una considerevole im-
portanza filologica : esse sono scritte con lettere latine in un'epoca in cui
dominava la grafia cirillica ; la loro ortografia, per quanto sembri talvolta
un po bizzarra, cerca di rendere nel miglior modo possibile la pronunzia
rumena, e seguendo in massima il sistema italiano vi riesce meglio di
qua,nto non avvenga nei testi transilvani calvinisti che usano una orto-
grafia modellata su quella ungherese missionario, poi, è lontano da
qualsiasi scopo filologico e letterario ; non si preoccupa di scrivere bene ;
gli basta di scrivere &liar° ; non si rivolge alle persone colte, ma ai con-
tadini, agli umili, e per questo scrive come essi parlano per farsi me-
glio comprendere. E per questo appmato la differenza fra i testi scritti
dai missionari e la maggior parte dei testi rumeni a quelli contemporanei
considerevolissima, avv-icinandosi i primi assai di più alla lingua par-
lata attualmente » (p. 45).
En effet, à l'exception du catéchisme de Piluzio, dans lequel s'en-
trelacent trois systèmes ortographiques différents : italien, hongrois,
polonais, qui parfois présentent des problèmes d'interprétation difficiles
résoudre, les textes des missionnaires peuvent constituer un point de
repère pour la connaissance des particularités phonétiques, morphologi-
ques, syntaxiques et lexicales de la langue parlée en Moldavie au cours
des XVI le et XVIIIe siècles.
Des phénomènes phonétiques comme la diphtongaison de e en ie,
de o en uo, la palatalisation des labiales, l'évolution de à§, qui en général
sont évités dans les ouvrages anciens, parce que trop populaires, ces
phénomènes, done, apparaissent régulièrement dans les écrits dont nous
nous occupons, et constituent une documenta,tion digne de foi pour les
études de dialectologie historique.

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Mentalites collectives

UUNIVERS MENTAL DES ROMAINS

EUGEN CIZEK

Les Romains, de méme que les Grecs, ont connu, a,u moins une
partie de leur histoire, le régime de Cité, póli, ciuitas. Ce phénomène
impliquait non seulement la structure politique de ville- tat, mais aussi
un corps de citoyens, forts de leur identité, reposant sur une étroite soli-
darité envers l'extérieur, solidarité qui sans doute n'exclua,it guère cer-
taines contradictions socia/es intérieures. Par conséquent, ce corps de
citoyens était axé sur la cohésion intérieure, sur une fierté ostensible.
Ainsi que sur une certaine autonomie de la pensée, sur une légalité rigou-
reuse, sur un civisme « démocratique », méme durant les phases aristo-
cratiques, oliga,rchiques de l'évolution, en tout état de cause sur un répu-
blicanisme bien évident.
A Rome, le contexte mental collectif constituait un univers riche
lequel se manifestait dans la vie quotidienne des citoyens, dans les jeux,
dans les divertissements, dans leur culture, aussi bien que dans leurs
images fondamentales, dans /es représentations essentielles du monde
ou dans les institutions. Le niveau culturel des Romains était assez élevé,
du moins dans les vines. Les historiens modernes ont constaté les progrès
rapides, remportés en Italie par Palphabétisation. On a affirmé, à juste
titre, que l'essor de la culture a atteint A, Rome un niveau, qui, plus tard,
ne serait récupéré en Europe qu'à l'époque des lumières 1. Nous ne sommes
pas d'avis, comme on le soutient parfois, que Paliénation était étrangère
l'univers mental des Romains. Cependant, dans la Rome antique, elle
apparait d'une manière moins manifeste que dans certaines sociétés mo-
dernes. Quoi gill/ en soit, la -vie menta/e des Romains, la coinmunication
entre les hommes étaient très vivaces. La Cité, disait Cicéron, inclut les
choses les plus communes aux honunes : le forumoù on prend les décisions
d'intérét public , les temples, les portiques, les voies publiques où se
déploie la vie quotidienne , les lois, le droit, les tribunaux, les suffrages
(De officiis, 1, 17, 53) 2.
A la vérité, hi Rome les mentalités se nourissaient de la riche sub-
stance du contexte mental collectif et, du méme coup, relevaient de la
condition sociale des Romains, autant que des événements et des structu-
res politiques. Alex Mucchielli, dans son petit, mais excellent livre sur les
mentalités en général, montre qu'à, toute époque une mentalité est fagonnée
Comme /e montre Claude Nicolet, Le métier de ciloyen dans la Rome républicaine,
2 éd., Paris, 1976, pp. 517-519.
2 Cl. Nicolet, op. cit., pp. 508; 517; 526.

Rev. Études Sud-Est Europ., XXVI, 3, p. 215-227, Bucarest, 1985

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216 RUGEN CIZEK 2

par l'éducation, par toutes les experiences sociales,par les habitudes de


jugement et de comportement. Le système relationnel, où est insére
l'individu, met en ceuvre les mentalités. Le « contrôle social », exercé par
certains groupements humains, pour qu'on respecte les normes, les regles
de cohabitation, de conduite et de pensée, tache d'enrayer le changement
des mentalites. C'est qu'un trau.matisme culturel est nécessaire, afin que
les mentalités subissent des mutations. La situation extérieure doit exercer
une puissante pression sur les groupes sociaux en question et sur les atti-
tudes et les comportements des individus, qui en font partie. D'autre
part, afin de changer de mentalité, les membres de ces groupes doivent
étre à méme de connattre des modèles socio-culturels nouveaux, lesquels
répondent mieux à leurs besoins et qui sont suffisamment valid& 3.
Done en general, A, Borne et ailleurs, la mentalité est une donnée
commune à un groupe, qui pent 'are forme par de très nmnbreux indi-
vidus. La mentalité, soutient Alex Mucchielli, suppose un système de
references implicites d'un groupe social, une culture intériorisée, un état
d'esprit, une certaine perception, voire vision du monde, des comporte-
ments, ainsi que des opinions typiques, une position existentielle fonda-
mentale. En vérité, Alex Mucchielli fournit plu.sieus definitions des men-
talités 4. A tout cela, nous ajouterions, a la suite d'Alexandru Dutu, que
la mentalité implique en tout premier lieu un système, sinon plutôt un
essemble de representations communes à un groupmment social 5. En
outre, il est certain que la mentalité assure la cohesion du groupe social
qui l'avait adoptée.
A Rome, les mentalités évoluaient plus lentement, se manifestaient
comme fort persistantes, supposaient une longue durée 6. Les mentalités
romaines se sont modifiées en fonction des muta,tions subies par les struc-
tures politiques, aussi bien que des traumatismes cultmels, mais selon
un rythme plus lent. Tandis que certains elements du contexte mental
collectif des Romains ont survécu aux différentes structures mentales,
pratiquemment pendant tout le cheminement de la Rome antique. D'autre
part, les mentalités ont influe sur la condition socio-politique des Romains.
En 167 avant notre ère, l'impôt direct, que payaient les citoyens romains,
fut pratiquement supprime. A cet acte, grog de consequences, contribua
sans doute Pabondance de ressources financières, qu'on avait acquises
par suite de la guerre contre les Macédoniens. Cependant, y intervint
aussi la mentalité de l'époqu.e, selon laquelle on considérait les citoyens
romains comme un groupe humain privilegie à l'intérieur des immenses
territoires possédés par Rome. En effet, les Romains estimaient que
d'autres, leurs sujets et leurs allies, devaient payer pour eux, devaient
appuy er du point de vue financier leur empire.
3 Ainsi que le met en vedette Alex Mucchielli, Les méntalites, Paris, 1985, pp. 63-74;
83-85; 91. Sur les rapports entre les mentalités et Pidéologie, voir Fernand Dumont, Les icle_
ologies, Paris, 1974, pp. 7 11; Jean Buechler, Qu'est-ce que l'idéologie?, Paris, 1976, pp. 11-27.
4 A. Mucchielli, op. cit., pp. 5-7; 17-22; 93; 102; 116.
5 Al. Dutu, Literatura comparald si istoria mentalildfilor, Bucarest, 1982, pp. 19; 55;
89; 97-98; 109-114 etc.
Sur s la longue durée s, voir surtout Fernand Braudel, Écriis Sur l'histoire, Paris, 1969,
pp. 11-61; 112-115; 137-139 etc.

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3 L'UNIVERS MENTAL DES ROMAINS 217

L'outillage mental des Romains a été, en général, très stable. Nous


précisons qu'Alex Mucchielli appelle les composantes de cet outillage
mental « objets nodaux » ou catégories d'objets essentiels de référence
et de positiormement 7. C'est que cet outillage mental constituait, à vrai
dire, l'ensemble des modalités de pensée et des cadres logiques, des él&
ments clefs de la vision du monde, exprimés dans le vocabulaire, la gram-
maire de la langue, notamment dans les conceptions cardinales sur le temps,
l'espace, la nature, la société, la divinité, dans les mythes et les clichés
de pensée 8. C'est ainsi que les Romains se sont toujours représentés
l'espace et le temps en fonction des intérêts de Rome. A savoir comme
courts, aisément parcourus, lorsque ces intérêts étaient bien servis, alors
qu'ils les imaginaient comme longs, sournis aux distorsions, quand l'Em-
pire était accablé par les échecs ou par des difficultés maijeures.
Au centre de l'image que les Romains se faisaient de la société hu-
maine figura toujours leur Cité. Néanmoins certains éléments de l'outil-
lage mental se modifièrent au com s de l'évolution de Rome. Nous son-
geons aux éléments axiologiques fondamentaux ou, autrement dit, aux
éléments clefs de la vision du monde, au code du code axiologique. Alex
Mucchielli les a appelés valeurs clefs, mais nous préférons les qualifier
méta-valeurs. Ces éléments primordiaux changèrent sous la République,
de la République à l'Emph e et aussi din ant L'éducation ro-
maine initiale était étrangère à tout perfectionnement artistique, comme
l'a déjà mis en vedette Theodor Mommsen 9. Elle était solide, substantielle,
purement civique, on dirait anti-sportive. Le sérieux, grauitas, l'orientait
toujours. Cependant, pendant l'Empire, cette conception fut partiellement
abandonnée, sous l'influence de la gymnastique grecque, sportive, désin-
téressée par excellence. Néron souhaita implanter massivement à Rome
un type d'éducation agonistique, d'inspiration hellénisante, et reposant
sur une conception carnavalesque de vie, sur la fête en tant que mode
presque permanent d'existence o. Tandis que la vieille austérité morale fut
abandonnée par les Romains, dès le IIe siècle avant notre ère. Les jouis-
sanees, les plaisirs de la ville, acquirent un statut privilégié, aussi bien
dans la vie sociale que daaas l'univers mental des Romains Bien que le
gros comique des Italiques accompagnât même les plus élémentaires
manifestations des premiers et sévères Romains.
A notre avis, dans l'univers mental collectif des Romains se laissent
déceler deux couches, deux niveaux, dont le plus profond bénéficia d'une
sta,bilité notable.

Le niveau le plus profond de l'univers mental collectif était en


parte traduit par ce que nous avons appelé l'outillage mental, dans le
sillage des historiens des mentalités. Ce niveau profond transgresse les
7 A. Mucchielli, op. cit., pp. 17 ; 25-28; 114.
Quant à l'outillage mental en general, voir Jacques Le Goff, Les mentalités : une his-
toire ambigut, Paris, 1974, III, pp. 82-90; Al. Dutu, op. cit., pp. 19; 55; 97; 109; 114.
9 Theodor Mommsen, Istoria romand, traduction roumaine de Joachim Nicolaus, Bu-
carest, 1987, I, p. 141.
19 Voir a cet égard Eugen Cizek, Néron, Paris, 1982, pp. 161-165 it Yves Perrin, Le
carnaval, la Pie et la communication. La pte néronienne, in Actes des Premières liencontres Inter-
nationales de Nice, 8 au 10 mars 1984, Nice, 1985, pp. 97-109.

3-c. 2352
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213 EUGEN CIZEK 4

zones de la conscienee et de la prise de conscience. Il y a un système


relationntl, dans lequel sont insérés les individus, systéine formé do dif-
férentes contiaintes, dont les principaux éléments d'influence sont non
conscients. C'est de cette manière que prennent naissance les croyances
communes à un gioupe humain et lame à un peuple, croyances dont
l'essentiel agit à un niveau psychique profond, qui dépasse la conscience 1j.
En vérité, pour leur part, méme si les Romaius prenaiient conscience
des baits de ce niveau profond ou seulement d'une pa,rtie d'entre eux,
les niarques de cette couche de profondeur agissaient sur la vie mentale,
ainsi que sur le comportment des hommes en généraI, à pat tir de ce que
Vasile Paivan appelait le « subconscient collectif » 12
En effet, au niveau du subconscient collectif, des infrastructures
mentales, nous ci oyons pouvoir dégager certains traits, qu'illustraient les
comporteinents et les teprésentations des Romains. En premier lieu, nous
songeons au p agmatisme. Aussi bien les Romains eux-mêmes que d'au-
ti es, y comptis les Modernes, ont pu con later à Rome l'espi it pratique,
Pasphation à tout évaluer en fonction de l'efficacite, des résultats eoncrets,
atquis dans l'exi lence immédiate. Au point que Cieéron déplorait ce
pra,gmatisme, qu'il opposait au prix accordé par les Grecs à la culture.
les Grecs avaient développé, disait-il, la géométrie, les mathématiques
en généz al, ta,ndis que les Romains avaient consacié lems efforts à mesurer
les surfac s et à faire des calculs pratiques. Méme l'art oratoire des Ro-
mains aN ait eu, à ses débuts, une orientation plagmatique. En revanche,
affirmait Cicél on, les Romains excellent dans la vie politique, en tout
ce qui conceine les institutions ( Tusculanae disputationes, 1, 2 5). C'est
qu'en effet le pragma,tisme déterminait Vint& êt que les Romains vouaient
aux institutions, comme d'aillems deux autres tiaits du subconscient
collectif : le formalisme et le constiuctivisrne. Les Romains respectaient
scrupuleusc ment les formes. Ils s'appliquaient à construire de nombreuses
formes, architectui ales, politiques, ainsi qu'institutionnelles en généi al.
Les quatre assemblées du peuple, accumulées au long de leur histoire,
afin d'exprimer la volonté des citoyens, dénotent, d'une manière perti-
nente, Paction du formalisme. En raison de ce formalisme, les Romains,
quand ils créaient des institutions nouvelles, ne supprimaient pas les
anciennes, mais les laissaient subsister quitte à étre dépourvues de
toute itnportance i éelle à côté des structures récemment mises en ceuvre.
Du méme coup, les Romains non seulement ont développé l'architecture,
cornme aucun auti e peuple antique, mais ils avaient construit un droit
significatif et, ainsi que nous rayons montré, de nombreuses et complexes
institutions. Cicéron de même que d'autres témoignages antiques attestent
que les Anciens saisissaient, encore que d'une manière confuse parfois,
ces derniers traits, le formalisme et le constructivisme.
En outre, les Romains vénéraient les rites. Ils respectaient le rituel,
dans la vie quotidienne, comme dans la vie religieuse. Le ritualisme domina
avec autorité l'existence politique de Rome, ainsi que ses ressorts mentaux.
Qui plus est, la religion romaine était « contractualiste ». Car à Rome on
n A. Mucchielli, op. cit., pp. 14; 21
23 ; 49-50; 60.
Va%ile Parvan, Scrieri, texte établi par Alexandru Zub, Bucarest, 1981, pp. 365;
383:'85; 411.

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5 L'UNIVERS MENTAL DES ROMAINS 219

pratiquait le « contractualisme ». C'est que dans les représentations des


dieux et de leurs rapports avec eux, les Romains se conduisaient d'après
le principe « je donne afin que tu me dormes », do ut des. Les Romains
étaient h la fois un peuple religieux et frréligieux. Chez eux, tout acte
hurnain supposait une conaposante sacrée. Néanmoins dans le contrat
établi avec les dieux faisait Want la ferve-ur mystique, l'élan qui entrai-
nait la communion avec la divinité, du moins avant le He siècle de notre
ère. Entre l'homme et la divinité, on ne rnettait done en place que ce
contrat, qui supposait l'existence de deux entités autonomes : l'homme
et le dieu. Par conséquent, Phomme, qui procédait avec une autonomie
totale, se plaçait au centre de l'univers mental des Romains. Ce qui faisait
qu'à Rome Phomme était la mesure de toutes les choses, qu'il forgeait
sa propre existence banale, de m'ème què son histoire. L'homme deman-
dait au dieu uniquement de l'appuyer, en échange d'une offrande, mais
était capable d'agir sans un semblable soutien ; ou bien il s'adressait h un
autre dieu. Quoi qu'il en soit, l'appui des dieux était mis en ceuvre par
l'entremise modificatrice, responsable, au fond décisive, de Phomme.
L'anthropocentrisme agissait comme le dernier trait cardinal de l'univers
mental des Romains.
L'anthropocentrisme ne perdit guère du terrain à Rome, ni méme
lorsque le mysticisme oriental pénétra profondément dans l'univers mental
de. ses habitants. Du lame pas, les Romains « partagèrent » avec les
Grecs Panthropocentrisme. Entre les univers mentaux des Rornains et
des Grecs il y eut non seulement des différences importantes, mais tale-
ment de nombreuses affinités, qui exercèrent leur démarche à l'intérieur
d'une culture méditerranéenne relativement unitaire. C'est que ce phé-
nomène explique du moins partiellement pourquoi les Romains as-
similèrent facilement la culture grecque et pourquoi ils firent des Hellènes
les maitres de la moitié orientale de leur empire.
Toutes ces constantes du niveau le plus profond de Pu.nivers mental
romain, le pragrnatisme, le formalisme, le constructivisme, le ritualisme,
le contractualisme, Panthropocentrisme s'appuyèrent réciproquement,
opér ant comme des entités permutables. A vrai dire, ces constantes cons-
tituèrent ce qu'on saurait qualifier cornme le style romain, plutôt l'« eth-
nostyle » de Rome. L'importance des institutions et du droit doit être
mise en rapport avec le grand prix que les Anciens conféraient au politique.
Toutefois cette importance ce fut aussi l'effet de la démarche conjuguée
des traits de l'« ethnostyle ». Une telle démarche, particulièrement sous
l'incidence du pragmatisme, justifie au demeur ant la puissante soif de
concret, que manifestaient les Romains.
Un aspect spécifique de l'outillage mental révèle ce statut de l'univers
mental collectif de Rome. Nous songeons au vocabulaire, notamment A, la
répugnance que les Romains vouaient aux notions abstraites, formalisées.
Les mots abstraits existaient en latin, mais ils étaient rares et hésitants.
Ils se développèrent à peine dans la langue tardive, de sorte que toute
ten tative de traduire un texte moderne abstrait en latin classique, voire
cicéronien, se heurte h des difficult& majeures.
De toute façon, A, un certain niveau il y eut une nette prise de cons-
cience des représentations mentales, des images délibérément assumées et
p roclamées comme emblématiques, &ant du reste moins stables, en réalité

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220 EUGEN CIZEK 6

soumises clairement aux mutations historiques. Les traits du niveau


profond des mentalités ne changèrent guère jusqu'à la fin de Pantiquité
ou presque jusqu'à cette fin. Pourtant une série d'images, de représenta-
tions, de concepts, qui formaient un climat mental, se modifia en profon-
deur d'une époque à l'autre 13. Quand la communication entre les Romains
s'intensifia, les climats mentaux manifestèrent plus activeriient leur pré-
Bence. Les signes, qui révélèrent les images mentales, dévoilèrent des
schémas de comportement, en vertu desquels étaient jugés des phénomènes
tels que la vie et la mort, les obligations vis-à-vis de la Cité. C'est en fonc-
tion des principes moraux austères que Phomme des premiers siècles de
Rome jugeait la vie et la mort, la solidarité civique. D'autres représenta-
tions, de nouveaux éléments de Poutillage mental émergèrent A, la fin
de la République, aux débuts de l'Empire et surtout à, la fin de Pantiquité.
La mutation des réalités socio-politiques, les traumatismes culturels
donnent lieu A, de nouvelles images, plus complexes, initialement plus
concrètes et plus individualistes, marquées par un certain laxisme moral
et civique. Intérieurement ces images se font plus ferventes, étant im-
prégnées par la philosophie mystique du Bas-Empire.
L'image que les Romains se forgeaient de P« autre », habitant d'au-
tres pays, fut surtout la représentation qui changea. La représentation
de l'étranger évolua, de l'image schématique d'un Barbare primitif ou, au
contraire, trop raffiné, tel POriental subissant la dissolution morale, vers
une autre, plus complexe, plus diversifiée, ott se glissa le goût exotique
des pays inconnus ; on accepta, en somme Pidée de l'existence du bon
sauvage ". Alors que, dans les derniers siècles de Pantiquité, on assuma
également rid& d'un permanent dialogue avec l'« autre », dialogue en
principe rejeté auparavant.
Le mouvement de Poutillag,e mental, des conduites et des représen-
tations fondamentales, s'est concrétisé dans la pluralité des structures
mentales des Romains.

Les grilles de pensée, les attitudes essentielles, les représentations


de la vie et de la mort, des rapports entre les citoyens et des relations
avec d'autres peuples, mods également des jouissances et des comporte-
ments quotidiens, s'orga,nisèrent systématiquement à Rome dans ce
qu'Alexandru Dutu appelle les structures mentales 15. Ces structures furent
substituées au cours de l'évolution historique, se succedant en fonction
du changement des structures socio-politiques, ainsi que des traumatismes
culturels, mais influaint à leur tour sur les contingences historiques et
sociales. C'est ainsi qu'à notre avis on pourrait déceler deux structures de
la pré-Cité, prae-ciuitas, deux structures dela Cité, cfaitas, lesquelles se
succédèrent dans l'histoire de Rome.
La vie civique des Romains, du 'twins lors de la Cité, quand ils
avaient acquis leur véritable identité, nous apparait tel qu'un ensemble
13 Sur la notion de elimat mental, voir M. Dulu, op. cit., pp. 131-161.
14 Quant à ce my the, voir Eugen Cizek, E oca lui Traian. Imprejureui istorice f i probleme
ideologice, Bucarest, 1980, pp. 111-112.
13 Al.Dutu, op. cit., pp. 114-117; 127-131; 265.

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L'UNIVERS MENTAL DES ROMAINS 221

cohérent, animé par une vraie logique intérieure. Les éléments des diffé-
rents domaines, financier, politique, militaire, culturel-mental étaient
interdépendants, s'appuyaient et se supposaient réciproquement. On
parvint ainsi h un authentique dialogue entre la Cité et le citoyen, entre
les organismes de gouvernement et les institutions. Plus tard, à l'époque
de ce que nous allons appeler Panti-Cité, la discipline collective, librement
consentie, se relhcha, mais de nouveaux facteurs culturels et mentan."
tâchèrent de tétablir l'équilibre de la vie quotidienne des Romains. Les
modèles de vie exemplaire se suivirent eux aussi, en s'appuyant sur les
constantes du contexte mental collectif.
Les fêtes, les plaisirs de Rome doruaaient lieu h des manifestations
populaires, où s'imposaient les modèles de conduite et de pensée. A la
fin de la République, à Rome avaient lieu sept grands jeux, dont certains
bénéficiaient d'une durée assez longue. Cicéron montre que ces jeux cons-
tituaient aussi une occasion où se manifestait la volonté du peuple roma,in
(Pro Sestio, 106). En réalité, les foules exprimaient leurs sentiments dans
certaines domaines, qui n'avaient rien à voir avec les plaisirs de la Ville 16
C'est ainsi que, lors de toutes les manifestations créées par les jeux et les
spectacles, on donnait libre cours aux aspirations sociales et politiques
des foules, mais on faisait aussi connaitre les aspects plus stables, ainsi
que les plus flous de l'outillage mental, des modes de pensée, des gotits de
la plèbe. De cette manière, se dégagea le modèle du Romain qui s'amusa,it
parfois d'une façon déchalnée, a,vec volupté, mais également en faisant
valoir un certain sérieux. Le modèle du jeu, décanté dans la célèbre for-
mule « pain et jeux », panem et circenses, acquit un important rôle, dans la
Cité, de même que plus tard dans l'anti-Cité. A notre avis, il n'y a aucune
contradiction entre l'« ethnostyle » et les valeurs des Romains d'une part
et leur goût concret, très pragmatique supposant un défoulernent indispen-
sable du comique, du rire, du burlesque, du fameux « sel italique », sal
italieum, de l'autre. Un sal qui, quelquefois, comportait aussi un peu de
« fiel », fel, done une évidente propension à réprouver les mauvaises
moeurs 17.
Pourtant il y avait d'autres occasions, qui mettaient en ceuvre les
modèles de pensée des Romains, leurs mécanismes menta,ux, autant que
les mutations qu'ils avaient subies au cours de la longue histoire de Rome.
Nous songeons à la procession déroulée dans la Capitale, lors des triomphes
des généraux victorieux, où se manifestait un double déploiement, d'un
côté de Cité, qui s'admirait dans son armée glorieuse, et de l'autre c6t6
du triomphateur, lequel s'offrait comme objet de cette admiration. La
fascination exercée par le spectacle relevait de l'outillage mental le plus
élémentaire des Romains. Leur vie était et devait étre un spectacle où
émergeaient toutes leurs préoccupations, y compris les préoccupations
politiques et tous les modèles de conduite. Il ne s'agit pas seulement du
triomphe, magnifique spectacle, comme nous l'avons constaté, ou bien
des représentations des pièces de théare, mais également des procès,
16 Sur les plaisirs de Rome, voir Jean-Noël Robert, Les plaisirs à Rome, Paris, 1983,
pp. 19-40; 71-91 etc ; aussi Cl. Nicolet, op. cit., pp. 480-482.
17 Pline le Jeune (Epistulae, 3, 21, 1) attribue à Martial, le célèbre auteur d'épigrammes
aussi bien le sel, sal, que le fiel, re/.

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222 EXIGEN CIZEK 8

le public était constamment sollicité. Si bien qu'il exergait un contrtle


indirect sur les tribunaux, se délectant et, en mérne temps, agissant serien-
semen t 18.
Les modèles de pensée et de conduite se sont deploy& lors des
diverses occasions et se sont transformés parfois, mais d'ordinaire se sont
polarises autour des ideaux huma,ins, adoptés par les citoyens. Ils se sont
concentrés tout spécialement autour du principal modèle collectif ou
ideal humain, dans lequel s'étaient condensées les representations fonda-
mentales, les valeurs.
Déja au. HP siècle avant notre ère s'est developpée a Rome la notion
de majeste du peuple romain. A ses debuts, ce concept s'est limite a porter
sur les rapports entretenus avec d'autres peuples, les relations diplomati-
ques, la souveraineté extérieure, sans incidence directe sur les institutions
intérieures de Rome. Ultérieurement, la philosophie politique fit develop-
per cette notion, qui imprégna profondement la sphère de la vie intérieure
de la Cite, afin de définir les intérêts majeurs des Romains ou ce qu'on
considérait comme tels. Sous l'Empire, la majesté du peuple romain se
transforma en majesté de l'empereur, dont l'étre, le statut, les intéréts
ne devaient subir nul outrage. Cependant la majeste du peuple ou de
l'empereur connota toujours des representations, qui prétaient aux Ro-
mains une position privilégiée dans le monde, un statut de peuple élu,
de centre de l'univers. Toujours est-il que quelqu'un du Inoins jusqu'a
l'Empire et méme a son. époque devait réunir les qualités les plus
portantes, les a,spirations essentielles des Romains. C'est ainsi qu'a pris
corps un portrait-robot de l'homme ideal, du héros exemplaire. Par
consequent s'est forme un veritable modèle collectif, un modèle socio-
culturel de comportement, largement diffuse. Il s'est répandu grace aux
efforts permanents de l'hniter.
Ce modèle collectif, Mr se décantaient les mentalités, à notre sens
a été incarne a Rome par la figure qua,si-legendaire du patricien Cincin-
natus. Certes, d'autres personnages demi-mythiques, tels Romulus, Numa
Pompilius, Brutus, Pennemi des rois, Mucius Scaevola réunissaient dans
leurs representations des qualités remarquables, relevant de l'image qu'on
se faisait du modèle collectif on bien de l'idéal humain. II n'empéche que
fort longtemps le héros exemplaire par excellence fut Lucius Quinctius
Cincinnatus, d'après la vulgate relative a Page araalque de Rome, consul
en 460 avant notre ère, dictateur en 458 et 439. Désigué dictateur en 458,
il &gages, l'armée de l'ancien consul Lucius Minutius Esquilinus, encer-
clée et assiégée par les Rques. Ceux qui lui apprirent la nomination comme
dictateur le trouvèrent courbé sur sa charrue, en train de labourer son
lopin de terre. Cincirmatus essuya la sueur, qui lui tombait sur les yeux,
et endossa la toge prétexte, celle des magistrats (LIV., 3, 26, 7-12;
EIITROP., 1, 17). Cincirmatus faisait de cette façon figure de brave
soldat et d'adroit general, maib surtout d'homme modeste, austere, pas-
sionné pour le travail de sa propre terre. Ce héros associait les plus hautes
vertus et dignites au travail humble, mais autrement utile, sur 8a propriété
rustique privée. Cincinnatus était imagine comme un exemple vivant de
discipline. En effet, méme durant le Ier siècle avant notre ère, si agite,
" Comme le montre Cl. Nicolet, op. cit., pp. 501-503.

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9 L'UNIVEBS MENTAL DES ROMAINS 223

on imposa comme un thème majeur, qu'abordèrent toutes les factions


politiques, celui de l'ordre, de la paix intérieure. C'est que subsistait encore
une puissante répugnance envers le désordre, engendré par les guerres
civiles, que les Romains avaient connues depuis les temps de Sylla.
Il n.'empAche que Cincinnatus était patricien. Il semble que les pa-
triciens qui le célébraient comme leur archétype, noble, mais pas du
tout prodigue, au contraire sobre, économe et aguerri au travail l'aient
imposé comme héros exemplaires du peuple romain tout entier. Nous ne
savons pas si les plébéiens de l'âge archaïque avaient essayé de résister,
de se créer un modèle collectif propre, concrétisé par un de leurs repré-
Bentants. En tout cas, les textes antiques ne nous ont guère conservé des
vestiges d'une semblable résistance à l'égard de l'idéal consacré. Seule-
ment au Ier siècle avant notre ère, la plèbe entreprit de transformer en
héros exempla,ire Clodius, son tribun, en réalité, à l'origine, patricien lui
aussi, et ensuite César lui-méme, également né noble. L'image de Cinein-
natus a perdu de sa, netteté, a été rendue plus pâle. Mais aucune autre
représentation de l'héroisme incarné n'a su la remplacer pendant l'Empire.
N'ont pu se faire accepter tels que des personnages absolu.ment exemplai-
res malgré les tentatives amorcées dans ce sensni Aug,uste, ni Trajan,
ni Antonin le Pieux, ni Constantin. Cette incapacité d'agencer un modèle
collectif nouveau, un héros exemplaire, témoigne en fait d'une tension,
d'une crise des mentalit'es. Le déclin de la représentation qu'on se forgeait
du héros exemplaires est done un fait significatif.
Si Cineinnatus demeure plusieurs siècles le héros exemplaire de s
Romains, cela semble l'oeuvre, nous l'avons déjà montré, des qualités
qu'on lui avait prétées. Cependant les patriciens l'ont fait admettre en
tant que modèle collectif, également grA,ce au jeu subtil des solidarités.
Car dans la société romaine a,gissaient diverses solidarités. Parfois elles
étaient géographiques ou horizontales, partant centrées sur l'origine, sur
la communauté territoriale ou urbaine, de municipe, de colonie, de tribu,
de région, somme toute sur des particularités locales. Toujours es t-il que
les solidarités pouvaient aussi être sociales ou verticales, lorsqu'elles
reposaient sur les alliances matrimoniales, sur les services réciproques,
ainsi que sur les amitiés, en principal sur les liens entre les clients et leurs
patrons 19. Les patriciens et ensuite les « nobles », nobiles, ont tiré parti
de ces solidarités, afin de faire accepter leur mentalité et son idéal, cristal-
lisé dans l'image de Cincinnatus. Les solidarités les plus étroites, prescrites
par la conscience qu'on appartenait à la même cité, à la Cité par excel-
lence, à, savoir Rome, furent pleinement utilisées dans le cas qui nous
intéresse. Toutefois nous a,vons déjà mis en vedette que le modèle collectif
s'affaissa lorsque de nouvelles filia,tions et communications surgirent
entre les Romains.

Dans le cadre des structures mentales, les représentations du monde,


de la Cité, d'autres peuples, autant que des détails relatifs A, la vie quo-
ig Pour ces solidarités, voir Cl. Nicolet, op. cit., pp. 454; 515-516; mais également
Ramsey Mac Mullen, Les rapports entre les classes sociales dans l'Empire Romain (50 avant
J.-C.-284 apres J. -C), traduction française d'Alain Tachet, Paris, 1986, pp. 115-117.

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224 EUGEN. CIZEK lo

tidienne, qui concernaient par exemple les divertissements, se sont or-


données en vrais systèmes ou macrosystèmes, lesquels ont évolué progressi-
vement. Ces systèmes eurent, dans leur centre, les moyens de saisir le
monde et de le juger, en general les moyens de tout hiérarchiser, compte
tenu d'une certaine appreciation. Nous songeons sans doute aux valeurs.
Alex Mucchielli montre que le jugement de valeur constitue le fonde-
ment des doctrines, des mentalités et des ideologies, des images collectives
stereotypes. Les valeurs se manifestent comme des principes généraux,
comme des règles et des lois où s'impose la source de conduite
qu'adopte une collectivité 20 Le noyau méme des mentalités se retrouve
done au niveau des valeurs. Un ch ngement des mentalités suppose tou-
jours une nouvelle orga,nisation des valeurs.
A notre avis pourtant, les valeurs dependent à leur tour de certains
leviers essentiels, qui les manceuvrent et les articulent systématiquement,
A, partir de leur extérieur, en réalité à partir de lairs assises. Nous les
avons déjà appelées méta-valeurs 21 D'autre part A, Rome, les structures
qu'elles soient sociales, politiques ou mentales, amorcent un ensemble
coherent, fonclé sur des ra,pports précis entre ses différents elements. En
fonction justernent de ces rapports de dépendance, d'ailleurs dialectique
et centrée sur des influences réciproques, nous suivrons désormais revo-
lution des mentalités.
Cela dit, la date conv