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REPUBLIQUE DU SENEGAL

Un Peuple – Un But – Une Foi


Ministère de l’Intégration africaine, du NEPAD

et de la Promotion de la Bonne Gouvernance

PROJET DE LOI RELATIVE A L’ACCES A L’INFORMATION

AU SENEGAL

EXPOSE DES MOTIFS

Le droit du citoyen d’avoir accès à l’information contenue dans les documents


administratifs et relative à la gestion des affaires publiques est un droit fondamental
consacré par l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme du 10
décembre 1948 et l’article 9 de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des
Peuples du 27 juin 1981. II est également consacré par les instruments internationaux
de promotion de la transparence et de la reddition des comptes. Il s’y ajoute que le
préambule de la Constitution du 22 janvier 2001, modifiée, affirme l’adhésion du
Sénégal à ces instruments.

Par ailleurs, après avoir affirmé son attachement à la transparence dans la


conduite des affaires publiques et proclamé le respect des libertés fondamentales et
des droits du citoyen comme base de la société, le peuple a souverainement réaffirmé,
lors du référendum du 20 mars 2016, que l’exploitation et la gestion des ressources
naturelles doit se faire dans la transparence.

Il a aussi décidé que le citoyen doit contribuer à la lutte contre la corruption et


la concussion, à travers les nouveaux articles 25-1 et 25-3 de la Constitution. Or, il ne
peut y avoir de transparence ni de lutte efficace contre ces risques et fléaux sans
informations disponibles et accessibles.

D’ailleurs, depuis son accession à la souveraineté internationale, le Sénégal a


mis en place un cadre juridique et administratif pour la gestion des archives et la
conservation des documents administratifs. La loi n° 2006-19 du 30 juin 2006 relative
aux archives et aux documents administratifs, qui s’insère dans ce cadre, prévoit les
modalités de production, de conservation et surtout de communication des documents
administratifs.
D’autres textes, tels que la loi n° 2012 – 22 du 27 décembre 2012 portant Code
de Transparence, la loi n° 2013-10 du 28 décembre 2013 portant Code général des
Collectivités locales, modifiée et le décret n° 2013-881 du 20 juin 2013 portant
création, organisation et fonctionnement du Comité national de l’Initiative pour la
Transparence dans les Industries extractives, prévoient des mécanismes pour l’accès
des citoyens aux informations budgétaires et financières.

Il s’agit là de textes sectoriels sur l’accès à l’information.

Malgré l’existence de ces textes, il est avéré que l’accès des citoyens à
l’information relative aux affaires publiques contenue dans des documents
administratifs ou détenue par des structures ayant une mission de service public, n’est
pas toujours effectif. Cette situation résulte de l’absence de base légale définissant les
rôles et responsabilités des acteurs ainsi que d’un dispositif opérationnel approprié.

Les impératifs de transparence, de participation, de contrôle citoyen, de


reddition des comptes, d’efficacité, de performance et de qualité du service public
inhérents à une administration moderne ne peuvent être effectifs que si le droit
d’accès à l’information, qui est déjà reconnu, est également bien organisé. En effet,
un dispositif juridique et technique d’accès à l’information renforce la démocratie et
l’Etat de droit par l’aménagement et l’élargissement des libertés d’expression et
d’accès à l’information.

Ainsi, il s’agira pour le Sénégal de se doter d’une loi régissant l’accès à


l’information pour favoriser l’émergence d’une véritable administration moderne et
d’un secteur privé performant, au service de citoyens beaucoup plus responsables et
engagés disposant de moyens légaux et opérationnels de construire leurs opinions en
se fondant sur des informations puisées à des sources authentiques et fiables.

Le présent projet de loi comprend huit (08) chapitres :


- le chapitre premier porte sur les définitions ;
- le chapitre II traite des dispositions générales ;
- le chapitre III est relatif aux modalités de mise en œuvre du droit d’accès
à l’information ;
- le chapitre IV concerne la Commission nationale d’Accès à l’Information
(CONAI) ;
- le chapitre V porte sur les recours ;
- le chapitre VI est consacré aux exceptions ;
- le chapitre VII est relatif à la responsabilité et à la protection des
personnes fournissant des informations ;
- le chapitre VIII porte sur les dispositions finales.

Telle est l’économie du présent projet de loi.


REPUBLIQUE DU SENEGAL

Un Peuple – Un But – Une Foi

LOI n°

RELATIVE A L’ACCES A L’INFORMATION

AU SENEGAL

Chapitre premier.- Des définitions

Article premier.- Au sens de la présente loi, on entend par :

- accès à l’information : la possibilité pour toute personne, qui en fait la


demande, d’obtenir ou de disposer à des fins de consultation et/ou de reproduction,
des documents, sous quelque forme que ce soit, détenus par des organismes publics
ou privés investis d’une mission de service public ou bénéficiant d’un appui de l’Etat ;

- assujetti : toute administration, tout organisme, établissement public, toute


structure publique ou privée ayant une mission de service public, menant une activité
d’intérêt général ou bénéficiant d’un appui de l’Etat ; est considéré aussi comme
assujetti un organisme privé n’ayant pas une mission de service public ou ne
bénéficiant pas d’un appui de l’Etat, lorsqu’il détient des informations nécessaires à
l’exercice ou à la protection d’un droit.

- Commission nationale d’Accès à l’Information (CONAI): la structure


chargée de veiller à l’effectivité du droit d’accès à l’information dans le cadre de la
présente loi ;

- communiquer : mettre à la disposition du requérant, à sa demande,


l’information sous une forme exploitable qui peut être écrite, audiovisuelle ou
électronique ;

- données à caractère personnel : toute information relative à une personne


physique identifiée ou identifiable, directement ou indirectement, par référence à un
numéro d’identification ou à un ou plusieurs éléments, propres à son identité physique,
physiologique, génétique, psychique, culturelle, sociale ou économique ;

- information : ensemble de renseignements et de connaissances fixés sur


différents formats et supports visuels, sonores ou numériques et contenus dans les
dossiers et documents générés par les assujettis visés par la présente loi pour être
traités, utilisés, conservés ou communiqués ;
- publier : mettre à la disposition du public l’information sous une forme
exploitable qui peut être écrite, audiovisuelle ou électronique ;

- service chargé de la communication de l’information : tout organe


chargé d’assurer la gestion et la communication de l’information.

Article 2.- La présente loi a pour objet de garantir l’accès aux informations
détenues par tout assujetti.

Chapitre II.- Des dispositions générales

Article 3.- Toute personne physique ou morale a le droit d’accéder aux


informations détenues par les assujettis.

Cette disposition concerne également les informations détenues par des


organismes privés n’ayant pas une mission de service public ou ne bénéficiant pas d’un
appui de l’Etat, lorsque lesdites informations sont nécessaires à l’exercice ou à la
protection d’un droit.

Article 4.- Tout assujetti est tenu de rendre accessible au public toute
information, à l’exception des cas limitativement énumérés aux articles 21 et 22 de la
présente loi.

Chapitre III.- Des modalités de mise en œuvre du droit d’accès à


l’information

Article 5.- Les assujettis ont l’obligation d’assurer le traitement approprié des
dossiers et fonds documentaires produits ou reçus, la signalisation du service chargé
de l’information du public et la tenue d’un registre de consultations et de réclamations.

Tout assujetti a l’obligation de classer et de conserver, en bon état, les


documents cités au 1er alinéa du présent article, de manière à faciliter l’exercice du
droit d’accès à l’information tel que prévu par la présente loi.

Article 6.- Tout assujetti veille à la formation appropriée de ses agents


concernant le droit d’accès à l’information.

Article 7.- Toute personne déposant une requête auprès d’un assujetti a le
droit :

- d’être informée si l’assujetti détient les informations requises ;


- de se voir communiquer ces informations, le cas échéant.

Lorsque l’assujetti ne détient pas l’information, il peut orienter le requérant vers


tout autre assujetti susceptible d’être en possession de l’information recherchée.

Article 8.- La demande d’information doit être écrite en des termes


suffisamment clairs, datée et visée lors du dépôt et préciser le document sollicité afin
que l’assujetti puisse l’identifier facilement.
Dans le cas où le requérant ne sait ni lire ni écrire, obligation est faite à l’assujetti
de recevoir sa demande dans un registre ouvert à cet effet.

Article 9.- Sous réserve des délais prévus par les lois et règlements, toute
demande d’informations adressée à un assujetti reçoit une réponse immédiate.

Article 10.- Dans le cas où la mise à disposition de l’information nécessite une


instruction préalable ou l’intervention d’un support non immédiatement disponible et
exploitable, l’assujetti a un délai de quarante-huit (48) heures pour fournir sa réponse.

Dans tous les cas, la réponse est fournie dans un délai de trois (03) jours francs,
au maximum, suivant la réception de la demande.

Le non- respect de ce délai doit résulter de contraintes dûment justifiées.

Article 11.- L’assujetti saisi d’une demande nécessitant un délai


supplémentaire, en informe la personne concernée, avant l’expiration du délai fixé au
deuxième alinéa de l’article 10 de la présente loi.

Toute autre prorogation doit être dûment motivée.

En tout état de cause, le délai pour le traitement de la demande ne peut excéder


dix (10) jours francs.

L’absence de réponse au terme de la prorogation vaut décision implicite de rejet


de la demande.

Article 12.- Si le requérant se trouve dans une situation d’urgence, dont la


preuve lui incombe, l’assujetti a, sauf cas de force majeure, l’obligation de lui fournir
une réponse dans un délai lui permettant d’honorer le service ou l’engagement ayant
nécessité la requête.

L’assujetti doit justifier l’impossibilité de délivrer le service requis dans le délai


imparti.

En tout état de cause, il appartient à l’assujetti de tout mettre en œuvre pour


satisfaire la requête. En cas de difficulté, il en informe le requérant par toute voie de
droit.

Article 13.- Chaque assujetti désigne un agent chargé de la communication de


l’information.

Article 14.- Chaque assujetti, dans l’intérêt général, publie et diffuse


largement, sous une forme accessible, avant le 31 mars de l’année suivante, outre
son rapport d’activités, toutes autres informations utiles aux citoyens.

Article 15.- Dans le cas où la communication d’une information nécessite des


frais, ceux-ci ne peuvent excéder le coût réel de la reproduction et/ou de la
transmission de ladite information. Ces coûts sont à la charge du requérant.
Article 16.- Tout manquement aux obligations prévues dans le présent
chapitre fait l’objet d’une sanction administrative.

Un manquement est constitué lorsque l’agent chargé de la communication de


l’information prévu à l’article 13 de la présente loi :

- fait obstruction à l’accès à l’information ;


- entrave le travail de la Commission prévue au chapitre IV ;
- détruit des documents administratifs en violation des procédures.

Chapitre IV.- De la Commission nationale d’Accès à l’Information (CONAI)


Article 17.- Il est créé une Autorité administrative indépendante dénommée
Commission nationale d’Accès à l’Information (CONAI). Elle est rattachée à la
Primature.

La CONAI dispose à cet effet de pouvoirs de surveillance, de sensibilisation, de


formation, d’investigation, d’injonction et de sanction.

Les modalités d’organisation et de fonctionnement de la CONAI sont fixées par


décret.

Article 18.- Les membres de la CONAI ont un mandat de trois (03) ans
renouvelable une fois. Les modalités de leur désignation sont fixées par décret.

Le président et les membres de la CONAI sont nommés par décret.

Les membres de la CONAI sont tenus au secret de leurs délibérations et des


réclamations qu’ils reçoivent.

Les membres de la CONAI ne peuvent être poursuivis, arrêtés ou jugés pour


des actes accomplis, des mesures prises ou des opinions émises dans l’exercice de
leurs fonctions.

Chapitre V.- Des voies de recours

Article 19.- Toute demande d’informations restée infructueuse peut faire


l’objet d’un recours. .

Les voies de recours sont :

- le recours hiérarchique obligatoire devant l’autorité dont relève le service


chargé de l’information ;
- le recours devant la CONAI ;
- le recours juridictionnel.
Chapitre VI.- Des exceptions à l’accès à l’information

Article 20.- Un assujetti peut refuser de communiquer à un demandeur une


information à caractère personnel lorsqu’elle porte atteinte à la protection de la vie
privée d’un tiers, sauf si:

- le tiers concerné donne son consentement de manière expresse en bonne


et due forme ;
- la personne qui demande l’information assure la tutelle du tiers concerné
ou est l’exécuteur testamentaire d’un tiers décédé ;
- la personne qui demande l’information est ou était un agent relevant de
l’assujetti et que l’information a trait à ses fonctions.

Article 21.- Un assujetti ne doit pas divulguer :

- les informations confidentielles reçues d’un tiers ou concernant un tiers ;


- les informations qui sont de nature à porter atteinte à la sécurité publique
et à la défense nationale ;
- les informations relatives aux procédures pendantes devant une
juridiction et n’ayant pas fait l’objet d’une décision de justice ;
- les informations relatives à une mission d’inspection, de contrôle ou
d’enquête non clôturée ;
- les informations susceptibles de mettre en danger la vie, la santé ou la
sécurité des personnes ou de leurs biens ;
- les informations dont la divulgation porterait gravement préjudice aux
intérêts nationaux ;
- les renseignements susceptibles de porter atteinte à la vie privée, au
secret médical et à la dignité de la personne.

Chapitre VII.- De la responsabilité et de la protection des personnes


fournissant des informations

Article 22.- Sous réserve des dispositions des articles 20 et 21 de la présente


loi, nul ne peut être poursuivi ou sanctionné, pour avoir mis à disposition ou publié
des informations impersonnelles qui révèlent une menace sérieuse à la santé publique,
à la sécurité nationale, à la protection de l’environnement, aux droits de l’homme.

Il en est de même pour toute personne qui a fourni une information qui permet
de révéler des actes de corruption.

Il en va ainsi de toute personne requise, par la CONAI, pour témoigner, si son


témoignage concourt à confirmer des irrégularités ou des menaces.
Chapitre VIII.- Des dispositions finales

Article 23.- Les modalités d’application de la présente loi seront fixées par
décret.

Article 24.- Sont abrogées toutes dispositions contraires à la présente loi,


notamment celles de l’article 25 de la loi n° 2006-19 du 30 juin 2006 relative aux
archives et aux documents administratifs.