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TEXTES EN FRANCAIS

Coutumes et traditions du mariage en France

Ce qui fait toute la magie du mariage, ce sont aussi ces rituels qui entourent cette journée si
particulière. Que vous soyez ou non pour un mariage traditionnel, voici différentes coutumes que vous
adopterez peut-être.
Le jour de la noce est riche en symboles. De la robe de mariée à la procession vers l’autel en passant
par le bouquet, les rituels ne manquent pas pour faire de cet événement une journée qui restera gravée
dans les mémoires.
Quel que soit le style de votre couple et de votre mariage, votre cérémonie de noce passera par
de nombreuses étapes riches en émotions. Si vous avez envie de suivre la tradition et de respecter les
coutumes, vous trouverez dans cette liste les principaux rituels du mariage en France.
Dormir séparément
La tradition veut que les mariés dorment séparément la veille du mariage. Ce rituel peut rendre le
moment des retrouvailles encore plus riche en émotions et permettre de marquer une différence entre
la vie de célibataire et la vie de couple.
Les 4 éléments
Il s’agit de l’idée selon laquelle la mariée doit avoir en sa possession 4 éléments au moment de se
marier : un accessoire ancien, un emprunté, un neuf et un bleu. Ils caractérisent respectivement les
liens familiaux, la chance, la réussite et enfin la fidélité des mariés.
La mariée à gauche
La mariée se trouve traditionnellement à gauche de son futur mari dans l’église. En effet, il fallait
dans le temps au marié avoir la possibilité de repousser des membres de la famille ou d’éventuels
prétendants en saisissant son épée de sa main droite. Cela remonte à l’époque où le marié enlevait sa
future femme pour l’épouser.
Les alliances
Lorsqu’on décide de s’unir à l’autre, on fait alliance, d’où le port d’un anneau. Celui-ci est glissé à
l’annulaire gauche, le doigt où se trouverait la Veine de l’Amour qui relit directement la main au
cœur. À l’origine les anneaux étaient de fer, ils sont aujourd’hui le plus souvent en or.
Le lancer de riz
Ce rituel est un vœu de prospérité et de fertilité pour les jeunes mariés. Il s’agit d’un rite
païen consistant à lancer des grains sur les époux pour leur transmettre force et fertilité. Le jeter de riz
a lieu à la sortie de l’église ou encore de la mairie.
Le cortège
À la sortie de la cérémonie, les mariés partent dans une voiture, généralement suivis par toute la noce.
Le cortège émet alors des coups de klaxon sur son passage. On doit ce rituel au Moyen-Âge où les
mariages clandestins étaient courants. Aussi, la loi exigeait de faire part de son union le plus
bruyamment possible.
Les dragées
C’est un des cadeaux les plus couramment offerts aux invités. Ces douceurs remontent à l’Antiquité et
ont été introduites en France dès le XVIème siècle. Très prisées des monarques, elles sont un symbole
d’amour éternel.
Le lancer de bouquet
Cette tradition est aussi apparue au XVIème siècle en France. C’était auparavant aux invités
masculins de s’emparer du bouquet, en courant après la mariée ! Aujourd’hui, la mariée le lance dos à
ses amies. Celle qui l’attrape sera la prochaine à se marier.
La jarretière
Elle est un symbole de virginité. Elle est le plus souvent blanche ou bleue, couleurs de la pureté et de
la fidélité chez les Hébreux. Elle donne parfois lieu à des jeux dans certains mariages.
Le pot de chambre
La légende veut que ce breuvage ait été inventé par Louis XV en personne. Elle est
généralement servie en fin de mariage pour reprendre des forces après avoir dansé toute la soirée.
Porter la mariée
Le marié porte traditionnellement sa femme pour franchir le seuil de leur domicile. Cela aurait pour
but d’éviter que de mauvais esprits attaquent la mariée ou encore que celle-ci ne trébuche, symbole de
malchance pour le jeune couple à l’époque romaine.

Ferriere, Astrid . "Coutumes et traditions du mariage en France." Mariages.net. 26 Nov. 2015.


Web. 3 Dec. 2017.
<Https://www.mariages.net/articles/coutumes-et-traditions-du-mariage-en-france--c872>
Un mariage à la française

Lors de mon séjour en France, j'ai eu la chance d'assister au mariage d'un de mes amis
français. Mon ami et sa fiancée sont tous les deux issus de familles imprégnées de la tradition
française, c'est pourquoi leurs fiançailles et leurs noces ont été préparées et organisées suivant la
coutume traditionnelle, ce qui m'a permis d'avoir une connaissance simple et superficielle de la
culture matrimoniale française et de ressentir un tout petit peu les aspects intellectuels de cette culture.
Aujourd'hui en France, une grande partie de la population s'éloigne de plus en plus du mariage
traditionnel qui ne les intéresse plus, car ils ne peuvent souffrir le gaspillage du temps et préfèrent
célébrer le mariage dans la joie avec quelques amis ou avec des parents et que tout soit terminé
promptement. Ainsi, c'est une occasion plutôt rare maintenant en France que de pouvoir assister en
personne à un mariage traditionnel à la française.
Mon ami m'a dit qu'après avoir fait connaissance, lui et son 'autre moitié' sont tombés
amoureux l'un de l'autre et se sont données rendez-vous, ce qui leur a permis de se connaître mieux et
plus profondément. Puis, il a chargé une intermédiaire d'aller chez les parents de la jeune fille pour la
demander en mariage. Ayant reçu une réponse favorable des parents, les deux jeunes gens peuvent
alors sortir ensemble ouvertement pour se promener, pour faire du shopping, pour assister à des
soirées et pour participer à toutes sortes d'autres activités. Leurs parents ont fait connaissance de leur
côté et se rencontrent fréquemment pour faire plus d'amples connaissances et pour discuter des
cadeaux de fiançailles et de noces. Entretemps, lui et sa petite amie se sont fiancés.
Quant aux préparatifs pour le mariage, ils ont commencé il y a déjà plus d'un an et le père du
futur marié a planté des arbustes et des fleurs dans la cour de leur maison pour que celle-ci puisse
paraître plus belle au moment voulu. Les préparatifs semblent vraiment compliqués, embrouillés et
difficiles à exécuter : commande de service de table, de menu, de fleurs fraîches et d'articles de parure
pour la nouvelle mariée ; impression des cartes d'invitation ; demande de rendez-vous aux autorités
municipales intéressées ; achats des matériaux, des articles et des équipements nécessaires aux noces ;
réservation de chambres d'hôtel à l'intention des invités ; toutes les affaires concernant l'accueil et le
départ, … etc. De toute façon, il me semble que les préparatifs pour le mariage traditionnel à la
française sont aussi et même plus compliqués et fatigants que ceux pour le mariage traditionnel à la
chinoise.
Avant les fiançailles, il faut procéder réciproquement à l' « examen » et à la « vérification » de
la situation financière familiale et de l'état des membres de la famille. A cet effet, il est important en
premier lieu de charger les notaires d'établir des actes signifiant le droit à la propriété de chacune des
deux parties. Lors de la cérémonie des fiançailles, les parents de la jeune fille doivent donner un
banquet dont l'ampleur ne cède en rien parfois à celle du repas d'apparat donné à l'occasion du
mariage. A cette occasion, le futur beau-père offre à sa future bru une bague de fiançailles, des bijoux,
ainsi que d'autres précieux cadeaux qui attestent une promesse solennelle de mariage. Les témoins des
deux parties doivent être présents lors de l'inscription notariale.
La tradition matrimoniale française veut qu'à la veille du mariage, les deux parties concernées donnent
chacune de son côté une soirée d'adieu : le futur époux donne à ses amis une soirée d'adieu pour «
enterrer son célibat », tandis que la future épouse donne de son côté à ses amies une soirée dite « dîner
d'adieu ». Ses jeunes amies profitent de cette occasion pour lui offrir des fleurs odorantes ainsi que
des corbeilles de fleurs enrubannées. Puis, remplies d'émotion, elles lui chantent des chansons
imprégnées d'une profonde tendresse et affection, et à la fin, elles l'invitent à danser avec elles
chacune à son tour pour lui exprimer leur attachement et leurs regrets de son départ.
La tradition veut en Chine qu'on choisit le jour propice pour le mariage, mais cela est superflu
en France où l'on n'a pas à s'en gêner, car dans la plupart des cas, on choisit l'après-midi d'un samedi
pour la cérémonie du mariage : d'un côté, le représentant des autorités municipales peut assister à ses
heures creuses au mariage en tant que témoin, d'un autre côté, les hôtes et les invités peuvent fêter
l'événement toute la nuit. Bien que ce soit une simple cérémonie de témoignage de l'union légitime de
deux personnes dans les conditions prévues par la loi, mais l'officier municipal porte son uniforme
avec épaulettes, à travers le ruban tricolore et à la poitrine des médailles.et il remplit en toute solennité
son devoir de témoin. A l'instant de la signature du certificat de mariage, les Français qui sont
toujours joyeux et bavards se calment et s'apaisent enfin pour exprimer leur profond respect envers la
procédure juridique. A l'issue de la cérémonie de mariage, tout le monde se rend à l'église pour
entendre la messe dite par un prêtre qui bénira le mariage au nom de Dieu.
La file de voitures arrive enfin à l'église et la cérémonie recommence avec le nouveau couple
conjugal qui prête serment et qui échangent leurs bagues, tandis que les enfants de chœur qui assistent
le prêtre entonnent un psaume. La cérémonie religieuse dure à peu près une heure. Les nouveaux
mariés et les garçons et demoiselles d'honneur s'engagent sur le tapis qui mène à l'autel. Puis c'est le
prêtre qui donne la bénédiction au couple qui prête serment alors que tout autour le chant religieux
entonné d'une voix grave. Ainsi, les fiancés deviennent époux et épouse par la grâce de Dieu. La
cloche de l'église sonne à toute volée à l'issue de la cérémonie religieuse et tout le monde sort de
l'église pour s'engouffrer dans les voitures qui se dirigent directement vers le lieu est donné le
cocktail. A ce moment-là, chacun ressent un grand enthousiasme et est prêt à plonger dans la joie et
l'allégresse pour fêter avec les nouveaux-mariés leur union conjugale légitime.
Toute comme la coutume fondée sur la tradition chinoise, les invités dans ce genre de mariage
traditionnel à la française doivent également offrir des cadeaux, des présents ou bien de l'argent aux
nouveaux mariés. Sur les tables bien rangées et bien alignées, on y a placé des fleurs et des
chandeliers façonnés de façon exquise. Chacun s'assoie à sa place indiquée devant laquelle est posée
une assiette contenant au milieu un tout petit sac rempli de sucreries et de friandises exquises. Après
l'apéritif et les premiers mets appétissants, accompagné de l'orchestre engagé à cette occasion ou bien
du DJ (Disc jockey), les invités et les hôtes, que ce soient hommes, femmes, vieux ou enfants, tous,
exaltés et surchauffés, commencent à danser frénétiquement ou à exécuter des pas de danse endiablés
et délirants, alors que les nouveaux mariés, portant leurs habits nuptiaux, donnent l'exemple, mais en
dansant plus modérément. Les mets suivants viennent à peu près vers minuit et le dessert est servi à
peu près à deux heures ou à trois heures du matin le lendemain. Le tout est accompagné de café, de
thé, de gâteaux succulents, de pâtés de viande de porc et enfin de glace et de crème glacée. Les
réjouissances terminent après le départ des grands-parents et des personnes âgées, puis les autres se
donnent une dernière poignée de main avant de se séparer et c'est ainsi que ce termine ce mariage-
marathon à la française qui a duré plus de douze heures du début à la fin.

French.peopledaily.com.cn. "Un mariage à la française-Le Quotidien du Peuple en ligne." 22


Jan. 2010. Web. 3 Dec. 2017. <http://french.peopledaily.com.cn/VieSociale/6876531.html>
Le Pakistan, pays où des fillettes de 5 ans sont mariées de force pour payer des dettes d'honneur
Grâce à Malala Yousafzai, le monde ne peut plus dire qu'il ignore la situation des jeunes
pakistanaises. Dans ce reportage impressionnant, Adriana Carranca décrit un pays encore aux
prises de traditions cruelles qui servent à justifier des crimes.

12 ans seulement, Nazia vit dans l’attente du pire. Au moment où je franchis le seuil de l’humble
complexe que ses parents partagent avec deux autres familles dans les terres pachtounes du nord-ouest
du Pakistan, son petit corps fragile se met à trembler malgré elle. Elle a été prévenue de mon arrivée,
mais elle a appris bien trop jeune à ne faire confiance à personne.

Nazia n’avait que 5 ans quand son père l’a mariée à un homme bien plus âgé, un inconnu, en
compensation d’un meurtre commis par son oncle. La décision de donner la petite fille en paiement,
ainsi que deux chèvres et un bout de terrain, a été prise par la jirga –une assemblée d’anciens de la
région qui rend la justice dans la plus grande partie des zones tribales du Pakistan et d’Afghanistan,
où les tribunaux conventionnels sont soit objet de méfiance, soit inexistants. « Un soir, un homme est
venu et m’a prise par la main», raconte Nazia, dans un gémissement presque inaudible.

Nazia était trop jeune pour comprendre ce qu’il se passait quand cet homme l’a attirée dans les
ténèbres. Mais, née dans un pays où les femmes ne doivent pas être vues par les inconnus, elle en
savait suffisamment pour comprendre que quelque chose allait vraiment de travers. « J’ai résisté, j’ai
pleuré, et j’ai essayé de m’accrocher au montant de la porte », se rappelle-t-elle.

Nazia a été amenée devant la jirga, exhibée comme un objet devant le cercle d’hommes et examinée
par le futur mari, en droit de décider si elle lui convenait ou pas. Nazia se souvient des hommes qui
fixaient ses yeux marron et profonds, ses longs cheveux noirs –l’humiliation de cette scène est si
amèrement gravée dans sa mémoire qu’elle peut à peine finir sa phrase avant de fondre en larmes.

Les hommes de sa famille ont protesté, en vain, avançant qu’elle était trop jeune pour être mariée. La
jirga prit une décision rare et admit que la petite ne devait pas être remise immédiatement. Le mari
exigeant devrait attendre —et c’est aussi ce que fait Nazia. Même lorsqu’elle est avec les femmes de
la maison, elle porte un tchador noir jusqu’aux pieds, comme si un homme pouvait de nouveau faire
irruption par cette porte. Je lui demande si elle sait à quel point elle est jolie, mais cela ne fait
qu’aggraver les choses. Nazia a peur d’être belle, car cela implique d’être désirée par cet homme.

L’idée de grandir la terrifie. Ses parents ont réussi à repousser la destinée de leur fille –mais plus pour
très longtemps, certainement pas après ses 14 ans. La plupart des jeunes mariées sont déjà enceintes à
cet âge-là.

Il existe un facteur aggravant dans le sort de fillettes comme Nazia. Offertes en compensation pour
résoudre des querelles tribales –coutume appelée swara en pachtoune– les filles représenteront
toujours l’ennemi pour la famille « déshonorée, » un symbole de leur honte.
Si l’on suit la tradition, la compensation est censée mettre un terme à la dispute et réconcilier les deux
familles en conflit. En pratique cependant, le mariage ne fait que servir de couverture à la vengeance.
Les filles du swara deviennent un objet de colère et de haine dans leur nouveau foyer. Elles sont
souvent battues, torturées psychologiquement, parfois violées par d’autres hommes de la famille. On
les fait payer pour un crime qu’elles n’ont pas commis.

La coutume du swara est une forme de punition collective qui perdure dans les zones tribales. L’oncle
de Nazia –l’auteur du crime pour lequel elle doit être punie– a tué un voisin lors d’un différend
portant sur un terrain, et il s’est enfui. Il n’avait pas d’enfant, la jirga a donc décidé que son grand
frère devait payer à sa place et sacrifier sa propre fille.

Le père de Nazia, fermier pauvre et sans éducation, n’a rien pu faire pour contester cette décision. A
cause de cette dispute, il a perdu son terrain et son bétail et il occupe aujourd’hui des emplois
temporaires dans le bâtiment qui lui rapportent 3 dollars par jour. Sa femme l’aide en faisant des
ménages chez les voisins pour quelques roupies.

Les parents de Nazia ont décidé que cette année serait sa dernière année d’école. La famille n’a pas
d’argent pour payer ses livres, et la dépense leur semble inutile de toute façon, puisqu’elle sera bientôt
mariée.

Nazia elle-même ne s’intéresse plus à l’étude. Depuis que ses camarades de classe ont découvert son
sort, elle va et revient de l’école en courant et ne parle à personne. « Elles me montrent du doigt dans
la rue et m’appellent “la fille swara” et elles se moquent de moi», marmonne Nazia. Des chiens
aboient dans le lointain, couvrant presque totalement son filet de voix.

Elle finit par laisser échapper :

« Ça faisait très mal, et je ne comprenais pas... cela me fait encore souffrir et ça m’attriste. Je n’en
peux plus, de cette sensation ! J’ai tellement peur, tout le temps ! Je préfèrerais ne plus jamais sortir
de la maison... Les gens me font peur, tous les gens. Je ne fais confiance à personne. »

L’appel à la prière vient se heurter aux murs de terre, annonçant la fin du jour. Pour des raisons de
sécurité, nous devons partir avant le crépuscule. Pendant notre départ, Nazia reste immobile –tête
blottie contre la poitrine, les yeux à terre, son visage pâle inondé de tristesse. Chaque crépuscule la
rapproche du jour où le vieil homme viendra et l’emmènera pour de bon.

Une fille toutes les trois secondes

Elle a beau être illégale, la pratique de marier les filles de force pour résoudre des conflits familiaux et
claniques existe à une échelle effrayante dans toutes les provinces du Pakistan. Elle porte des noms
différents –swara dans la province du Khyber Pakhtunkhwa (ancienne Province de la frontière du
Nord-Ouest) et les régions tribales administrées par le gouvernement fédéral, vani au Punjab, lajai au
Baloutchistan et sang chati au Sindh– mais toutes ses formes sont également cruelles.
Au Pakistan, au moins 180 cas de swara ont été signalés l’année dernière –un tous les deux jours–
grâce au travail de journalistes et d’activistes locaux. Mais il y a des centaines, peut-être des milliers
de cas qui restent ignorés. Au niveau mondial, on estime que 51 millions de filles de moins de 18 ans
sont mariées, selon les données de l’International Center for Research on Women (ICRW).

Dix millions de mineures se marient chaque année –une toutes les trois secondes, selon les chiffres de
l’ICRW. L’âge légal du mariage au Pakistan est de 18 ans pour les garçons mais de 16 ans pour les
filles, alors qu’elles ne peuvent conduire, voter ou ouvrir un compte en banque tant qu’elles ne sont
pas majeures. L’Unicef estime que 70% des filles pakistanaises sont mariées avant.

Mohammad Ayub, psychiatre de Lahore formé en Grande-Bretagne, a travaillé avec des enfants
soldats au Soudan et de jeunes recrues talibanes en Afghanistan et au Pakistan. Aujourd’hui, il gère le
CHU Saidu Sharif Teaching Hospital dans la vallée de Swat, région devenue célèbre lorsque des
terroristes ont tenté de tuer une jeune fille de 15 ans, Malala Yousafzai, parce qu’elle se battait pour
promouvoir l’éducation des filles.

«J’ai vu de petits enfants porter des fusils plus grands qu’eux, raconte-t-il. Mais ces fillettes... c’est
tout aussi tragique.»

Entre 5 ans et 9 ans

Beaucoup de très jeunes mariées viennent voir Ayub pour des blessures graves, parfois parce qu’elles
sont devenues aveugles ou paralysées –conséquences d’une maladie psychiatrique appelée troubles de
conversion. Pratiquement disparue d’Occident depuis le début du XXe siècle, elle a atteint des
proportions épidémiques dans les zones tribales du Pakistan et d’Afghanistan, explique Ayub. C’est
une sorte de stress psychologique qui se manifeste par des maux physiques, comme des convulsions,
une paralysie ou des attaques.

«Ici les femmes n’ont pas voix au chapitre, et surtout pas les filles, disserte Ayub. Elles ne peuvent
pas dire “Non je ne veux pas de ce mariage”... alors elles gardent tout à l’intérieur, et ça finit par
sortir sous la forme de douleur physique. Nous recevons de très nombreuses femmes ici, trois à quatre
cas avec les mêmes symptômes chaque jour rien que dans ma clinique, et quand je dis tous les jours je
suis sérieux! Des filles de 13 ans, 14 ans, toutes mariées.»

L’âge des filles promises en swara est compris en moyenne entre 5 ans et 9 ans, à en constater les cas
signalés et les récits locaux. La raison de ce phénomène donne un aperçu de l’immense tâche qui
attend ceux qui veulent changer des traditions profondément enracinées au Pakistan: dans les régions
tribales, une fillette plus âgée est probablement déjà promise à quelqu’un d’autre.

Mahnun avait 8 ans quand une jirga a décidé qu’elle serait donnée en swara, sa grande sœur de 10 ans
ayant déjà été promise à un cousin. Ces histoires sont d’une dérangeante monotonie: une dispute pour
un bout de terrain, un crime, une famille qui cherche à se venger, encore une jirga exclusivement
masculine composée de puissants chefs locaux, et le vol de l’avenir d’une fillette innocente. Le cas de
Mahnun sort de l’ordinaire parce son père, à la fois auteur du crime et père aimant, a refusé la
sentence.

Il est allé plaider auprès de la jirga, offrant tout ce qu’il possédait pour récupérer son enfant. Sa mère a
juré qu’elle vivante, aucun inconnu ne viendrait prendre sa petite fille. «Ils peuvent me décapiter,
mais ils ne prendront pas ma fille. Je ne les laisserai pas prendre ma fille», hurla-t-elle en entendant
la nouvelle. Mais la famille offensée a répondu qu’elle n’accepterait rien d’autre que la fillette, la jirga
y a donc consenti, rapporte la mère de Mahnun.

La famille a fui

Sans autre option possible, la famille de Mahnun a rassemblé quelques vêtements, les ustensiles qu’ils
pouvaient porter et ils se sont enfuis à la faveur de la nuit. Abandonnant tout le reste, ils sont partis se
cacher.

Les quatre vivent désormais dans une seule pièce miteuse d’un complexe délabré qu’ils partagent
avec d’autres familles. Ils n’ont pas d’électricité. Dehors, les toilettes sont un trou dans le sol, entouré
de murs; pour se laver, on apporte l’eau dans des seaux. Ils cuisinent dans l’unique casserole qu’ils
ont prise avec eux et qu’ils posent sur un feu de bois dans la cour.

Le père de Mahnun avait trouvé un travail temporaire de chauffeur, mais son contrat est arrivé à
échéance et désormais il est au chômage.

«Nous empruntons de l’argent aux autres pour pouvoir nourrir les enfants. Nous n’avons pas le
choix, dit-il. Rien ne nous importe plus que nos deux filles et leur vie.»

Une des fenêtres de la pièce encadre les montagnes recouvertes de neige au loin; dans un autre coin,
de lourdes couvertures sont entassées, dons de voisins compatissants. Mais la famille de Mahnun se
méfie toujours des gens qui l’entourent: «Dans ce nouveau village, nous n’avons dit à personne que
c’était une fille de swara. Si les gens l’apprennent, ils ne nous laisseront pas partir d’ici vivants»,
déplore la mère de Mahnun. Car désobéir à la décision d’une jirga et s’échapper est considéré comme
une trahison qui ne serait pas pardonnée à la famille.

«Chaque jour nous vivons dans la peur. Et s’ils nous trouvent?», s’inquiète la mère de Mahnun. Elle
accompagne ses deux filles à l’école et attend là jusqu’à leur retour. A 10 ans, Mahnun est en 5e et
rêve de devenir juge. «J’interdirai la coutume du swara, et je mettrai en prison les hommes qui la
pratiquent», explique-t-elle, pleine d’espoir.

«Elle devient coquine parce qu’elle sait que nous l’aimons très fort», ajoute son père, en adressant à
Mahnun un sourire plein de chaleur.

La force du code d'honneur

Les histoires de Nazia et de Mahnun posent au Pakistan une question fondamentale: pourquoi ces
familles n’ont-elles pas directement demandé justice aux tribunaux traditionnels? Une partie de la
réponse tient à la tradition –plus précisément à un ensemble de lois préislamiques non écrites qui
forment un code d’honneur dans les sociétés pachtounes.

Le père de Nazia n’a commis aucun crime, mais il n’a pas dénoncé son frère, la jirga ni la famille qui
exige qu’on lui livre sa fille. Dans des circonstances «normales,» le père de Mahnun, un homme
éduqué, aurait pu aller devant les tribunaux quand son voisin a essayé de lui voler une partie de ses
terrains. A la place, il l’a tué.

«Il y a une chose à prendre en compte chez les Pachtounes, c’est le fardeau de l’honneur, explique
Fazal Khaliq, journaliste et activiste pakistanais qui travaille à rendre publics les cas de swara et à en
dénoncer les auteurs. Ils s’entretuent pour des broutilles, au nom de l’honneur!»

Le père de Mahnun était agriculteur. Un jour, un nouveau venu érigea une clôture barbelée à
l’intérieur de sa propriété. Ils se disputèrent. Quelques jours plus tard, l’homme s’avança un peu plus
sur ses terres. «Je lui ai dit tellement de fois... Mais il continuait d’avancer, de quelques mètres à
chaque fois», raconte le père de Mahnun. Ce dernier a alors tranquillement posé de lourds parpaings
de ciment pour marquer les limites de ses 0,8 hectare. Le lendemain, l’homme les a enlevés.

«Mais le pire était que les villageois venaient me harceler, se souvient-il, la voix tremblante. Ils
disaient que je n’étais pas assez courageux, insinuaient que si je n’essayais pas de me venger, il
prendrait peut-être aussi ma femme, et suggéraient que je devais enterrer son corps sur mes terres
pour le punir de ce qu’il faisait... Alors quand cet homme est revenu envahir mes terres, je l’ai
abattu.»

Cependant, la force du code d’honneur pachtoune n’explique qu’une facette du phénomène. A


l’époque de l’empire britannique, les colons qui dirigeaient la région accordaient des titres de noblesse
à des chefs tribaux puissants appelés maliks en échange de leur loyauté; et toutes les affaires locales
étaient dévolues aux jirgas. Pour prévenir toute rébellion des sauvages pachtounes, les Britanniques
instituèrent un ensemble de règles –les Frontier Crimes Regulations– qui privaient les habitants de
représentation légale dans le système judiciaire traditionnel. Au moindre signe de rébellion, les
Britanniques pouvaient arrêter les suspects sans procès, et parfois ils arrêtaient des tribus entières.

Il a fallu attendre 2011 pour que le président Asif Ali Zardari signe des amendements à ces
régulations et donne aux citoyens des régions tribales le droit de faire appel des décisions prises par
les agents politiques locaux. Ces amendements interdisent aussi les punitions collectives et
l’arrestation de mineurs de moins de 16 ans pour des crimes commis par d’autres. Malgré ces
réformes, il y a eu peu de changements sur le terrain. Un siècle après la mise en place de ces lois, des
mineurs continuent d’être incarcérés ou de souffrir pour des crimes qu’ils n’ont pas commis, selon des
organisations de défense des droits humains comme Amnesty International et Human Rights Watch.

Ce sont aussi les failles du système judiciaire pakistanais qui poussent les habitants à s’appuyer sur les
jirgas.
«Les tribunaux traditionnels au Pakistan ont de très mauvais résultats. Certaines affaires datant de
plus de 30 ans sont encore en cours, et tout le système judiciaire est considéré comme extrêmement
corrompu, rapporte Khaliq. C’est aussi très cher. Les tribunaux font payer le moindre service, ce qui
fait que les pauvres n’ont pas les moyens de se les offrir, alors que les tribunaux islamiques (jirgas)
sont gratuits et rapides.»

La montée du militantisme islamique au Pakistan ne peut qu’aggraver la situation. A mesure que les
extrémistes gagnaient en puissance, ils se sont mis à imposer leurs règles draconiennes à la société –et
à intensifier les discriminations contre les femmes.

No women's land

En décembre 2012, d’Islamabad je me suis rendue au cœur des terres pachtounes. Dans la pittoresque
vallée de Swat, où l’armée pakistanaise contrôle strictement l’accès des journalistes, Fazal Khaliq et
moi avons tenté de rendre visite à la famille d’une petite fille de 8 ans qui venait juste d’être donnée
dans le cadre d’un swara. Sa mère était trop effrayée pour parler. Nous avons fait plusieurs tentatives,
mais les miliciens talibans étaient toujours dans les environs, nous ont expliqué les habitants, et une
loi du silence officieuse restait en vigueur en dépit de la lourde présence militaire.

Ancienne destination touristique pour la bourgeoisie pakistanaise et même pour la monarchie


britannique, la vallée de Swat tomba sous la coupe d’une faction des talibans pakistanais de 2007 à
2009. Des intégristes bombardèrent des écoles, interdirent l’éducation des filles et organisèrent des
exécutions publiques.

Après une offensive qui fit des milliers de morts et provoqua un exode massif, l’armée finit par
reprendre le contrôle de la région. Mais les terroristes continuent d’attaquer, comme lors de la
tentative de meurtre contre Malala et des attentats contre quatre écoles dans la ceinture tribale du
nord-ouest en février dernier.

Dans la vallée, nous n’avons vu pratiquement aucune femme dans les rues. Les rares qui s’y
aventuraient étaient couvertes de burqas et toujours accompagnées par des hommes. A Mingora,
capitale du district de Swat, les femmes n’ont le droit de se rendre au marché que quelques heures par
jour, et même alors la plupart de leurs maris ne les autorisent pas à y aller. Les femmes qui peuvent
accéder au marché achètent assez de denrées pour les revendre à d’autres lors de bazars improvisés à
la maison.

Le soir, alors que nous étions tous assis autour du feu, les femmes du village nous racontaient, tels des
contes de fées, les violences qu’elles subissaient. Ces histoires m’étaient répétées par l’un des
hommes présents, car aucune de ces femmes ne parlait anglais. Ces hommes, les auteurs des actes
qu’elles décrivaient, n’éprouvaient aucune honte à les traduire.

Une ville d’hommes


En revenant de Swat, je me suis arrêtée à Peshawar pour rencontrer Samar Minallah, anthropologue et
réalisatrice récompensée qui travaille avec des femmes pachtounes depuis des années.

La ville de Peshawar est le centre nerveux de la ceinture tribale. Elle fut le quartier général de
l’insurrection afghane contre les Soviétiques dans les années 1980 et c’est là que les talibans se
rabattirent après l’invasion de l’Afghanistan menée par les Américains en 2001. Main dans la main
avec des mouvement extrémistes locaux, ils ont consolidé leur emprise sur la ville. Rien qu’en 2012,
des roquettes sont tombées sur l’aéroport local, des commissariats et des check-points ont été l’objet
d’attentats à la bombe, des véhicules transportant des responsables gouvernementaux ont été pris pour
cibles et des personnalités publiques abattues en plein jour. Les attentats se sont poursuivis cette
année et la violence sectaire s’intensifie.

Aujourd’hui, Peshawar est en état de siège. Les vestiges de la vieille ville sont désormais cachés sous
des sacs de sable et des barbelés en spirale, tandis que des soldats armés jusqu’aux dents et vêtus de
gilets pare-balles gardent ses vieilles avenues bordées d’arbres. A trois reprises, nous avons été
arrêtées et interrogées tandis que des policiers vérifiaient qu’il n’y avait pas de bombe dans la voiture.
Ils ont fini par nous ouvrir le passage vers Edwardes College, école fondée en 1900 par des
missionnaires chrétiens, qui a survécu ces dernières années en étant extrêmement protégée.

A ma grande surprise, c’est une jeune élève, vêtue d’un uniforme vert et d’un tchador blanc, qui vient
à ma rencontre pour me guider dans les locaux. Jusqu’en 2007, Edwardes College n’admettait pas de
filles. Aujourd’hui, 305 d’entre elles y sont inscrites aux côtés de plus de 2.000 garçons. Encore
minoritaires dans la salle de classe, ce sont des privilégiées –les deux tiers des filles du Khyber
Pakhtunkhwa sont analphabètes.

J’entre dans un gymnase bondé où une centaine d’adolescents, garçons et filles, attendent un cours sur
le swara dispensé par Samar Minallah. Elle commence:

«L’éducation seule ne peut arrêter les violences contre les femmes, car beaucoup de députés éduqués
siègent dans les jirgas tribales et ce sont eux qui décident que ces petites filles doivent être données...
Pour arrêter cela nous devons changer les mentalités, et c’est vous qui pourrez le faire.»

Elle se tourne brusquement vers les garçons:

«Et surtout vous.»

Un murmure sonore remplit la salle; les garçons prennent un air confus. «Comment?» demande un
sosie de Justin Bieber. Elle répond:

«Quand vous estimerez que c’est votre problème, je vous assure que vous aussi participerez au
changement.»

Née à Peshawar dans un clan pachtoune, Samar Minallah a eu la chance d’avoir un père progressiste
et féministe. C’était un fonctionnaire, père de trois filles et de trois garçons, qu’il traitait de façon
égale. Pendant qu’elle raconte son histoire à son auditoire, un garçon l’interrompt:
«Pardon mais, les hommes et les femmes... nous sommes différents. Regardez-nous: nous sommes
différents.»

Samar n’hésite pas une seconde: «Oui, tu as raison» répond-elle.

«Nous sommes peut-être différents, mais nous avons les mêmes droits.»

Son affirmation encourage les autres filles. Une adolescente de 14 ans, dont seuls les yeux sont
visibles sous le voile, se tourne vers les garçons:

«Ne comprenez-vous pas que c’est vous qui siégez à la jirga? Allez, arrêtez de discuter et faites
quelque chose!»

Tout le monde applaudit, même les garçons. La jeune fille poursuit en racontant à l’auditoire sa lutte
quotidienne pour venir à l’école, contre la volonté de son père et de ses frères.

«Ces filles sont très courageuses, me murmure Samar. Le simple fait de venir à l’école et de porter
leur uniforme dans la rue est très dangereux pour elles.»

Samar Minallah n’a appris l’existence du swara qu’en 2003, alors qu’elle se rendait dans le
pittoresque village de Matta, au sommet de la chaîne de montagne de la vallée de Swat. Là, elle a
rencontré une mère sur le point de marier de force sa fille de 11 ans.

«Cela m’a vraiment donné un coup, se rappelle-t-elle. J’ai ressenti une grande colère et de la honte
que de telles choses arrivent au Pakistan et que nous ne soyons pas au courant parce qu’elles se
produisent dans les régions tribales.»

Elle décida alors que le Pakistan devait savoir, tout savoir. Son premier documentaire, récompensé:
«Swara: A Bridge Over Troubled Water», faisait le portrait de la mère et de la fille de Matta. Le film
fit son chemin jusqu’aux plus hauts échelons du système politique: en 2004, le parlement pakistanais
vota un amendement au code pénal national faisant du swara un crime passible d’emprisonnement
allant jusqu’à 10 ans. Depuis, une soixantaine de décisions rendues par des jirgas impliquant des
fillettes de swara ont été empêchées par des tribunaux locaux, mais dans la plupart des régions tribales
la loi n’est toujours pas appliquée.

«Je suis vieille. S’ils me tuent qu’importe?»

Samar s’appuie sur un réseau de journalistes et d’activistes locaux, comme Khaliq, pour l’informer
sur les affaires de swara. Elle compte aussi sur quelques policiers de la région pour bloquer les
affaires qui s’annoncent.

Abid Ali était l’un des rares en qui Samar avait confiance. «Lorsque j’étais informée d’une jirga
impliquant un swara, il suffisait que je lui passe un coup de fil et il arrivait!», raconte-t-elle.

Ali, policier de Lahore marié à une Pachtoune, était réputé pour son courage dans sa lutte pour le droit
des filles dans des zones où d’autres refusaient d’aller. Il avait reçu des menaces pour être intervenu
dans des affaires de swara. Un soir de 2006, il a été abattu alors qu’il conduisait sur l’autoroute
Peshawar-Kohat. Son meurtrier n’a jamais été inquiété.

Le dernier poste d’Ali était dans le district de Mardan, à la lisière de la vallée de Peshawar. Irrigué par
les nombreux affluents de la rivière Swat, Mardan est une zone agricole très fertile. Les différends
territoriaux y sont monnaie courante –tout comme le swara.

Rafaqat, une toute petite femme à la peau craquelée par le soleil, a consacré sa vie à l’élimination du
swara dans la région. «Je suis vieille. S’ils me tuent qu’importe? Je finirai par mourir de toute façon»,
affirme-t-elle en riant très fort.

En 1998, le neveu de Rafaqat, alors adolescent, tomba amoureux d’une fille promise à quelqu’un
d’autre. Sachant son amour interdit, il s’échappa avec elle. Pour compenser la perte pour la famille, la
jirga décida que la petite sœur du jeune home, la nièce de Rafaqat, devait être donnée en swara. Elle
avait 11 ans.

Rafaqat ne la revit jamais. Elle parvint à obtenir des nouvelles de sa nièce et fut donc informée
lorsque l’adolescente tomba enceinte. Lorsque le moment de l’accouchement fut venu, sa nouvelle
famille refusa de l’emmener à l’hôpital. A 14 ans, la fille de swara mourut en couches, en donnant
naissance à un garçon.

«Ils ne sont même pas venus à l’enterrement. Ils n’ont jamais présenté de condoléances à notre
famille, s’indigne Rafaqat. Tout ce qu’ils ont dit c’est: nous avons eu notre badal (vengeance).»

Comme c’est une vieille femme, Rafaqat peut marcher librement dans la rue, son voile déchiré
couvrant à peine ses longs cheveux gris. Elle est bien connue dans le village, et les mères la contactent
en secret pour lui signaler des cas de swara. Lorsqu’on l’appelle, elle convoque immédiatement Samar
Minallah.

Lors d’une de ces affaires, Samar contacta la jirga avant qu’elle ne débute. Voilée de façon
appropriée, elle pénétra dans le cercle d’hommes, un Coran à la main. «Je suis certaine que vous
savez que le Coran dit qu’il est anti-islamique de donner des filles en compensation», les sermonna-t-
elle.

Une heure et demie plus tard, la jirga annonça qu’elle ne prendrait pas la fillette.

«Ça a été une telle joie pour moi! Certains anciens tribaux, ils ne savent pas... ils sont analphabètes,
explique Minallah. Si vous leur dites, et s’ils voient que des gens vont en prison pour ça, ils y
réfléchissent à deux fois.»

Nous nous glissons entre les murs de béton fissurés et les portes en fer rouillées des rues étroites de
Mardan, lorsque le chauffeur s’arrête brusquement. Un bébé vêtu de guenilles, une fille, si petite
qu’elle ne sait pas encore ramper, est posée au milieu de la route de boue durcie. Ses yeux
s’écarquillent à mesure que notre véhicule s’approche –ses paupières sont noircies de kohl.
Samar et Rafaqat se ruent sur le bébé pour le ramasser. Nous repérons une femme au loin, debout
dans l’encadrement d’une porte. Ses cheveux sont couverts, seuls ses yeux sont visibles. En riant
nerveusement, elle dit qu’elle est la mère du bébé. Ses plus grands ont emporté leur petite sœur pour
jouer dehors, mais l’ont laissée derrière eux. La mère n’a pas le droit de mettre un pied hors de la
maison sans la permission de son mari, et il est absent, alors elle reste là, et elle attend que quelqu’un
passe et sauve sa petite fille.

Nous laissons Rafaqat chez elle et repartons pour Islamabad. La route Nowshera-Mardan est couverte
de camions pakistanais colorés traditionnels, et quelques femmes en burqas marchent sur le bas-côté;
d’autres sont recouvertes d’un long tchador [qui laisse voir le visage, NDT]. Je m’interroge en voyant
que certaines arborent des taches rouges sur leur vêtement. «Elles représentent le sang des femmes de
leur famille tuées lors de crimes d’honneur. Une protestation silencieuse», m’explique Samar.

Si Mardan est réputée pour être la ville des hommes braves, ses femmes n’y manquent pas de courage
non plus. Je demande à Samar si elle a reçu des menaces: «Oh, une tonne!», s’exclame-t-elle.

Quelques minutes plus tard, Samar reçoit un appel téléphonique. La ligne est mauvaise, mais elle en
entend assez pour comprendre qu’un expatrié pakistanais l’appelle de Prague pour l’informer qu’une
jirga doit se rassembler dans son village natal dans quelques jours, pour décider du sort de filles
swara.

Un nouveau combat pour Samar Minallah.

«C’est encore une tradition, explique-t-elle, mais je crois que les gens commencent à comprendre
qu’en réalité, c’est un crime.»

Slate.fr. "Le Pakistan, pays où des fillettes de 5 ans sont mariées de force pour payer des
dettes d'honneur." Slate.fr. 8 Sept. 2013. Web. 3 Dec. 2017. http://www.slate.fr/story/76088/pakistan-
filles-malala
TEXTES EN ANGLAIS
French cohabiting unmarried couples are ‘more equal’
French couples who live together but are not married are increasing in number, and are likely to be
less well-off but ‘more equal’ than married couples or those in civil partnerships, figures show.

A new study on the group by the National Institute of Statistics and Public Studies (L’Institut national
de la statistique et des études publiques (Insee)) was published this week, as reports French
newspaper Le Monde.

Every year, over half a million couples (550,000) in France begin living together long-term,
but neither get married nor have a civil partnership. This figure is higher than those who get married
every year (240,000) and those who have civil partnerships (164,000).

Similarly, the numbers of couples living together but unmarried has increased ten times since
the 1960s - from just 2.9% of couples in 1962, 2.6% in 1975, and only 6.3% in 1982. Now, this figure
has risen to over a quarter of the total number of couples overall - at 26%.

Age

These couples tend to be on average around 17 years younger than married couples - aged
38.5 on average compared to the 55.5 years on average of married people.

Those in civil partnerships - a measure that was only introduced in France in 1999 - are likely
to be younger still, aged just 37.5.

Within the partnerships themselves, over 10% of unmarried couples living together had ten
years between them, e.g. one partner was ten years older than the other.

Education and wealth

Those living together unmarried were likely to be slightly less-well educated; 28% had
education levels lower than the Baccalaureate (high school diploma) compared to 20% of married
couples and 13% of civil partners.

Similarly, unmarried couples tend to be less well-off and earn less, but they tend to be more
equal, in terms of earning power, between the individuals themselves.

For example, in 47% of unmarried households, the richer partner is still likely to earn less
than 60% of the total household income (a situation matched by only 33% of married couples).

Ultimately, this means that unmarried partners tend to be more equal financially and are more
likely to be able to weather the financial storm individually in the event of a break up, compared to
the money struggle that faces many divorcing couples.
Relationship outlook

And yet, although it is technically easier for unmarried couples to split up than it is for
married partners, figures over four years - from 2012 to 2015 - showed that over 26% of cohabiting
couples in 2012 had gone on to get married or have civil partnerships by 2015.

This was marginally more than the 25% who had split up by 2015, but still far less than the
50% who were still living together as an unmarried couple in 2015.

Unsurprisingly, youth had a role to play in these breakups: those who split up after three years
were more likely to be in their late 20s, while those who were still living together but unmarried were
more likely to be in their 40s.

Family and children

More children were affected by these perhaps-less-stable unions than those of married
couples; over 210,000 children were affected by the breakups of their unmarried parents between
2011 and 2014, compared to just 150,000 children whose parents had been married and divorced.

Connexion France. "French cohabiting unmarried couples are ‘more


equal’." Connexionfrance.com. 24 Nov. 2017. Web. 3 Jan. 2018.
<https://www.connexionfrance.com/French-news/French-cohabiting-unmarried-couples-are-more-
equal>
The Church In Decline: France’s Vanishing Catholics
France is an overwhelmingly Catholic country -- up to 88 percent of the population belongs to
the Roman Catholic church, according to the CIA World Factbook. However, the number of active
believers has been falling for decades.

Nonetheless, France boasts a glorious and splendid Catholic legacy -- from the iconic Notre
Dame cathedral in Paris to its status as one of the first countries to adopt Catholicism as its official
religion. In fact, when Pope Leo III crowned Charlemagne as Emperor of the Holy Roman Empire in
the year 800, France’s history became inseparable from that of the Catholic Church

Moreover, Avignon in the south of France served as the papal seat from 1309 to 1377 -- the last
of the so-called ‘Avignonese popes’ was Gregory XI, who was born Pierre-Roger De Beaufort in
Limoges-Fourche. (No Frenchman has served as the Holy Father since then.)

But now in the second decade of the 21st century, with the College of Cardinals having elected
a new Pontiff in the Vatican -- Pope Francis of Argentina -- France’s Catholic Churches are increasingly
bereft of parishioners.

The numbers are grim. Last year, according to reports, more than one-third (35 percent) of
France’s population and almost two-thirds (63 percent) of youth said they belonged to “no religion.”

Very few people, an estimated 1-in-20 of the French, regularly attend Mass anymore.

Father Innocent Feugna, an African deacon who toils at St Pierre de Guise in northern France,
complained that his congregation in aging and dying out.

“Here I'm preaching to pensioners,” he lamented to BBC.

"In Cameroon, [the Catholic] Mass is animated, it's alive -- here [in France], services are still
flat and cold. In Cameroon, the churches are full. We've got children. We've got adults, all ages. It's
completely different from France."

Not only are France’s church-goers aging, so are church officials -- the average priest in the
country is now 75, forcing the importation of foreigners to conduct religious services.

"Young people have different aspirations," Feugna stated. "Their interests lie elsewhere. The
Church perhaps doesn't have the right message for young people here."

Needless to say, it is very hard to find potential priests among French youth, commented
Douglas Yates, assistant professor of political science at the American University of Paris and professor
at the American Graduate School in Paris.

“As the priests in France get older, they are being replaced by Africans, particularly in rural
areas, a phenomenon that draws not a little attention in the mass media,” he said, “If the trend continues,
the Catholic church will become a minority religion. Already it is eye-to-eye with agnostic and atheists.
Modern France is a secular society.”
Members of France’s own Catholic Church have admitted as such -- noting that the number of
baptisms has plunged by almost 25 percent since 2000, while the number of Catholic wedding services
has dropped by 40 percent over that period.

“The Catholics are dispersed throughout the country, more heavily in the rural areas than in the
urban centers, but nevertheless geographically omnipresent,” said Yates.

“Demographically, the practicing Catholic population is gray haired, as anyone could see who
walks into a French church. Many churches are so ill-attended that they are abandoned, or sold to the
commune (often turned into private homes, restaurants or even cafes).”

Interestingly, despite its adherence to Catholicism, France has had a stormy relationship with
the Vatican.

Odon Vallet, a French religion and Vatican scholar, explained to FRANCE 24, why there have
been no French popes in over 600 years.

“This historical absence can be explained, notably, by the difficult relationship that Church and
French kings had with the papacy,” he noted.

“And it’s important to remember that Napoleon put a pope in prison.”

Moreover, while the embrace of Catholic values appears to be slipping from the French
consciousness, the rocky road for the legalization of same-sex marriage would suggest that some church
teachings have deep roots.

A bill approving gay marriage (and the right of gay couples to adopt) was passed in the lower
house of parliament last month – but it was hardly unanimous. The measure passed in the National
Assembly by a vote of 329 in favor to 229 against, while 10 deputies abstained.

The bill remains subject to approval by the senate before it becomes law.

Already, Paris has witnessed huge protests against the bill from social conservatives and church
figures.

Last year, Cardinal Andre Vingt-Trois, the archbishop of Paris, warned a group of French
bishops in Lourdes that same-sex marriage "would be a transformation of marriage that would affect
everyone" and amounted to a form of “deceit.”

Indeed, Yates notes that Catholicism should not be discounted as a force in French society.

“The Cathedral remains a pillar of the identity of most French cities, and the parish church the
symbolic center of small town France,” he said.

“One of the most visible showings of French Catholics were the public protests against gay
marriage that filled the streets of Paris this winter. If those crowds are any indication, French Catholics
have a voice equal to other social forces.”
Yates also points out that the French media that has not only given an extensive amount of
space and time to covering the papal conclave, but it has been extremely careful not to offend its French
audiences.

“One could say that while the French are no longer a practicing country, they remain nominally
Catholic, and retain something of this in their national identity,” he noted.

Ghosh, Palash. "The Church In Decline: France’s Vanishing Catholics


" International Business Times. 14 Mar. 2013. Web. 3 Dec. 2017. http://www.ibtimes.com/church-
decline-frances-vanishing-catholics-1125241