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TRAITEMENTS THERMIQUES :
INCINERATION DES DECHETS SOLIDES

I : Introduction (Problématique – historique – Statistiques)

II : Traitements thermiques

III : Principes généraux de l’incinération

IV : Les installations

Annexes :
- Loi 2800

Incinération des déchets solides, cours GDS BTP. Par : H.Hamdi, Prof. Départ.Phys.FSSM
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I : Introduction (Problématique – historique – Statistiques)

1. Problématique
Une fois les ordures collectées et transportées, il reste à les éliminer à des conditions
techniques et économiques satisfaisantes. Trois grandes catégories de traitement s’offrent aux
collectivités intéressées :

- La décharge contrôlée,
- L’incinération,
- Le compostage

La gestion des déchets solides est encore confiée aux communes pour la plus part des villes.
Actuellement deux formes de gestion sont souvent préconisées :

- La privatisation de la collecte et du traitement,


- La gestion concédée à une régie autonome

Depuis l’année 2006, le Maroc dispose d’une loi complète sur la gestion des déchets « Loi n°
28-00 relative à la gestion des déchets et à leur élimination » (voir Dahir n° 1-06-153 du 30
chaoual 1427 ( 22 novembre 2006) , BO n° 5480 du 7 décembre 2006)

L’objet de cette partie du cours concerne le traitement par incinération. A notre connaissance
cette filière n’existe pas encore au Maroc. Seuls des incinérateurs de faible capacité ont été
installés dans certain hôpitaux pour incinérer les déchets hospitaliers. Ils sont pour la plupart
actuellement hors de fonctionnement. Ci-dessous un tableau résumant, la situation et les
caractéristiques de ces incinérateurs en 1998.

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Situation du parc des incinérateurs dans les hôpitaux publics en 1998

La pratique de l’incinération dans les hôpitaux n’a pas bien été maîtrisée et actuellement la
solution adoptée est : le traitement des déchets de soin par banalisation.

En France par contre, l’incinération des déchets a connu un développement important dès le
début des années 1900. L’historique et les statistiques qui seront données concerneront donc
l’expérience française dans le domaine de l’incinération.

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2. Historique

L’incinération des ordures ménagères (déchets urbains) n’est pas récente, elle remonte au
début des années 1900.

 Avant 1900 : les ordures ménagères de la commune de Paris sont destinées à


l’agriculture.
 En 1899 : 1ère usine construite à Saint-Ouen. Deux autres après en Issy-les-
Moulineaux et à Romainville (région parisienne).

IL faut noter que l’incinération est apparue nécessaire, après que l’écoulement des ordures
broyées vers l’agriculture s’est avéré insuffisant à éliminer le flux croissant des ordures
ménagères.

Dès 1907 un turbo-alternateur fut installé à l’usine d’Issy-les-Moulineaux marquant ainsi dès
le départ l’utilisation de l’incinération pour la récupération de l’énergie thermique des
déchets.

Les fours du début du siècle étaient constitués de cellules juxtaposées à chargement


discontinue et nécessitant une conduite manuelle

Les fours actuels sont monocellulaires à marche continue et automatique n’impliquant aucune
ouverture vers l’extérieur pendant l’exploitation,

3. Quelques statistiques

En France, depuis l'interdiction de la mise en décharge le 1er juillet 2002, les collectivités
locales sont dans l'obligation de trouver des solutions alternatives pour éliminer leurs déchets
et ont de plus en plus recours à l'incinération.

En 2002, 165 usines d'incinération des déchets ménagers et assimilés traitent 12,6 millions de
tonnes de déchets dont 10,8 millions de tonnes d’ordures ménagères. 94 % des déchets sont
incinérés avec valorisation énergétique.

Répartition du parc des incinérateurs selon les tonnages reçus en 2002 (en nombre
d’unités)

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Les deux types d’incinérateurs, avec ou sans valorisation énergétique, ont des caractéristiques
de taille totalement opposées. Les incinérateurs sans valorisation énergétique sont de petites
unités, relativement anciennes. L'incinération avec récupération d'énergie est réalisée par des
installations de grande capacité

Les Usines d’Incinération des Ordures Ménagères (UIOM) peuvent accepter d’autres types de
déchets: déchets de commerce et d’industrie assimilables à des ordures ménagères, déchets
non contaminés provenant d’établissements sanitaires et assimilés et, sous certaines
conditions, des déchets contaminés d’établissement sanitaires.

Répartition des quantités incinérées par nature des déchets en 2002 en


milliers de tonnes.

Parmi les autres déchets incinérés, on trouve les boues de station d’épuration (STEP) (166 000
tonnes) et les déchets dangereux (140 000 tonnes) constitués principalement de déchets
hospitaliers contaminés (112 000 tonnes).

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Part de l’incinération dans le traitement des ordures ménagères


(hors encombrants)

En 2002, en moyenne la France incinère 45% de ses ordures ménagères. Actuellement, la part
incinérée dépasse 50%.

Les conditions imposées pour les rejets, en particulier les fumées, font qu’aujourd’hui une
usine d’incinération peut être implantée au voisinage d’une agglomération.

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II : Les traitements thermiques

Une alternative à la mise en décharge pour les ordures ménagères résiduelles


Les traitements thermiques sont des traitements par l'action de la chaleur. Ils réduisent, dans
des conditions contrôlées, le potentiel polluant, la quantité ou le volume des déchets.
Les trois principaux procédés sont l'incinération, la gazéification et la thermolyse (pyrolyse) .
La thermolyse
La thermolyse ou pyrolyse est un traitement thermique sans apport d'air ou avec apport d'air
limité (teneurs en O2 < 1 %).
Le processus de pyrolyse se limite à la destruction thermochimique du déchet, sans
dégagement de chaleur susceptible d’entretenir la réaction. Il est donc nécessaire de fournir de
l’énergie au système, soit par un apport externe, en chauffage indirect, soit par combustion
partielle ménagée d’une partie de la charge.
Certaines technologies intègrent la combustion de l'ensemble des produits intermédiaires par
une oxydation à haute température : ils conduisent à la production d'un vitrifiat.
D'autres n'intègrent pas la combustion des résidus carbonés. Le traitement doit alors être
complété par une combustion externe.
En France, une unité de thermolyse est en cours de réalisation pour le traitement des ordures
ménagères.

La gazéification

Lorsque l’on chauffe un déchet dans une atmosphère en défaut d’air mais enrichie en vapeur
d’eau et/ou dioxyde de carbone (agents réactionnels), les matières volatiles émises ne subiront
pas de processus de combustion et le carbone fixe se mettra à réagir avec la vapeur d’eau et
CO2 à des températures de 850-900oC, dans des réactions endo/exothermiques de
transformation thermochimiques, dites de gazéification.
Si l’on veut obtenir un gaz à pouvoir calorifique élevé, donc riche en hydrocarbures, dont le
méthane, on doit travailler à une pression élevée et à une température relativement faible qui
doit être toutefois compatible avec la cinétique des réactions thermochimiques.
Par contre, si l’on s’intéresse à l’obtention d’un gaz riche en CO et H2 en vue d’une
valorisation énergétique, on a intérêt à opérer à basse pression et à température élevée.
Les réactions de gazéification sont globalement endothermiques, et l’apport d’énergie
calorifique nécessaire est en général réalisé en brûlant une faible partie de la charge.

Bien que les techniques de gazéification sont développées pour le charbon, elles ne sont pas
encore appliquées (du moins à l’échelle industrielle) aux déchets.

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L'incinération
L'incinération est un traitement basé sur la combustion avec excès d'air.

Avantages :
- traitement adapté à toutes sortes de déchets contrairement aux autres modes de valorisation
(tri, compostage ...). Cependant, il devrait aujourd'hui être réservé aux fractions résiduelles
des collectes séparatives, et aux refus de tri ou de compostage.
- diminue fortement le volume des déchets.
- génère de l'énergie dont la valorisation doit être optimisée. Le contenu énergétique des
ordures ménagères est environ 2300 kWh/tonne.
Une réduction de 70 % environ de la masse des déchets et de 90 % du volume.
Contrainte :
- Traitement indispensable des gaz pour limiter les risques de pollution de l'air. Mais les
techniques de dépollution sont sophistiquées ; la modernisation du parc des installations est en
cours afin de respecter les exigences de la réglementation.
Les déchets concernés :
- Les ordures ménagères. Toutefois dans les nouvelles installations ne sont incinérés que les
déchets résiduels des autres traitements (tri, compostage),
- Les déchets industriels banals,
- Les boues de station d'épuration,
- Les déchets d'activités de soins à risques infectieux.
Sous-produits générés :
- Les mâchefers récupérés en sortie de fours,
- Les résidus d'épuration des fumées (REFIOM),
- Les fumées épurées.

Coût de l'incinération

Le coût de l'incinération est d'environ 80 euros HT par tonne incinérée.

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III : Principes généraux de l’incinération

Au niveau d’une usine de traitement des déchets ménagers par incinération deux difficultés
sont à considérer :

- Les problèmes mécaniques liés à la manutention et ses conséquences (usure,


coincement, etc.) ;
- Les problèmes liés à la combustion

Les solutions sont fonction de la composition des déchets qu’il est possible de ramener à trois
constituants essentiels :

- Les matières combustibles ;


- Les inertes ;
- L’eau.

A ces trois constituants correspondent les trois phases successives de la combustion :

- Le séchage ;

- La combustion proprement dite ;

- La fin de combustion et le refroidissement des mâchefers

Humidité :

Elle a une grande incidence sur le procédé d’incinération. Avant la combustion


proprement dite, l’eau contenue dans les déchets doit être vaporisée (séchage) ce qui
consomme beaucoup d’énergie (environ 583.6 Kcal/kg).

La teneur en eau des déchets (humidité) varie selon l’origine, les saisons et l’état
atmosphérique du moment (pluie). Elle se situe, en général entre 25 et 60% de la masse
des déchets.

Matière combustible :

Elle est constituée des produits cellulosiques (PCI de l’ordre de 4000 kcal/kg) : papier,
bois, végétaux etc. et des matières à haut pouvoir calorifique (PCI de l’ordre de 6000 à
9000kcal/kg) : les matières plastiques, les déchets de caoutchouc (pneus usagés) etc.

La teneur en combustible varie en général entre 15 et 50%. La détermination de la teneur


en combustibles s’effectue par la mesure de la perte au feu à 500°C, pendant 4 heures,
d’échantillons d’ordures ménagères préalablement séchés.

Les inertes :

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Ils sont constitués des matières minérales et des métaux contenus dans les déchets
ménagers. La teneur en poids des inertes varie entre 15 et 40%. En fin de combustion les
inertes se retrouvent sous forme de mâchefer : matière sombre qui recouvre la grille à la
base du four qui se refroidie par soufflage d’air. La proportion d’inerte importante dans les
déchets ménagers nécessite des temps de combustion assez long pour éviter la présence
d’imbrûlés.

1. Pouvoir calorifique des déchets ménagers

Le pouvoir calorifique d’un combustible est la chaleur dégagée après combustion complète de
l’unité de masse du combustible.

Les valeurs usuelles du PCI (Pouvoir Calorifique Inférieur) des ordures ménagères s’étalent
entre 1000 et 2500 kcal/kg.

2. La combustion

Ordures ménagères = matières combustibles + Inertes +Eau

La fraction combustible est composée grossièrement de carbone et d’hydrogène. La teneur des


déchets en ces deux éléments leur confère leurs caractéristiques thermiques : débit d’air
nécessaire à la combustion, débit des fumées, pouvoir calorifique.

2.1 Combustion théorique sans excès d’air

Caractéristiques de l’air (comburant)

Composition volumique : Air (sec)  20.8%O2  79.2% N 2 (avec des traces de gaz neutres)

Combustion du carbone

 Réaction complète : C  O2  CO2  94.05 Kcal / mole

Combustion de l’hydrogène

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La réaction est la suivante : H 2  O2  H 2 O(vap)  57.8 Kcal / mole
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H 2  O2  H 2 O(liq)  68.32 Kcal / mole
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Dans les fours d’incinération, l’eau produite par la combustion reste à l’état de vapeur et le
dégagement de chaleur à considérer est 57,8 Kcal/mole.

Combustion de produits complexes

La connaissance de la composition élémentaire permet la détermination de la quantité


d’oxygène nécessaire à la combustion d’un produit complexe. Cependant elle ne permet pas le
calcul du dégagement calorifique en se basant uniquement sur les combustions élémentaires.

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Quantité d’air nécessaire (air théorique)

Les principaux éléments intervenant dans les réactions de combustion sont le carbone et
l’hydrogène. Cependant pour des calculs plus précis il faut tenir compte aussi de la teneur en
oxygène et en soufre.

La formule suivante permet la détermination du volume d’air nécessaire à la combustion d’un


kilogramme d’un combustible quelconque (déchet) :

Va  0.095xC  0.2685xH  0.0335xS  0.0335xO

Où Va est le volume d’air nécessaire en Nm3 par kg de combustible. C, H, S et O sont les


teneurs en carbone, hydrogène, soufre et oxygène exprimées en % de la masse de
combustible.

Va est aussi appelé air théorique ou pouvoir comburivore du combustible.

2.2 Combustion avec excès d’air

L’air théorique représente la quantité stœchiométrique d’air nécessaire à la combustion


complète du combustible considéré. Cependant, même avec cette quantité d’air, la
combustion complète n’est pas assurée. Si toute la part combustible doit être brûlée il est
indispensable d’admettre de l’air en excès pour assurer un mélange intime air- combustible.
L’excès d’air est la différence entre la quantité d’air réellement délivrée par unité de masse de
combustible et l’air théorique.

 e  Va réel  Va
On a : Va réel  Va 1   Nm 3 / kg d’où : e%  x100 ; e  Excès d ' air
 100  Va

L’excès d’air se mesure dans les fumées par la détermination de leur teneur en oxygène.

Conditions et nécessité d’emploi d’excès d’air

L’excès d’air jusqu’à un certain point améliore l’efficacité de la combustion et permet de


tendre vers une combustion complète qui permet d’obtenir le maximum de dégagement
thermique et permettra l’obtention d’une température de combustion maximale. Au-delà de
cet optimum tout excès d’air sert plus à une dilution des fumées et un abaissement de la
température à l’intérieur du four. C’est un moyen de régulation important. Cette régulation
doit tenir compte des exigences suivantes :

- La température des gaz dans la chambre de combustion doit être inférieure à 1000°C
pour éviter la fusion et le ramollissement des cendres et mâchefers (problèmes
d’entretien).
- Il doit assurer une combustion complète (amélioration du rendement dans le cas de la
récupération de la chaleur) et maintenir la température à un niveau supérieur à 850 °C
pour minimiser la formation de certains produits toxiques (notamment les dioxines).

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Les difficultés de régulation proviennent entre autres de l’hétérogénéité des déchets. Dans un
four qui fonctionne dans des conditions bien régulées la température varie dans la gamme
850°C-1000°C.

Les valeurs typiques de l’excès d’air s’échelonnent entre 80% et 150%.

3. Refroidissement des gaz de combustion

La température des gaz à la sortie de la chambre de combustion est comprise entre 850°C et
1000°C. Lorsqu’il n’y a pas de récupération, cette température doit être ensuite abaissée
jusqu’à 300°C avant l’introduction au dépoussiéreur. En cas de récupération, à la sortie de la
chaudière, la température peut varier entre 150°C et 300°C suivant l’importance de la
récupération.

Nécessité du refroidissement

Ce sont les éléments de l’installation situés à l’aval du four: gaines, dépoussiéreurs,


ventilateurs et cheminée qui imposent une limitation de la température des fumées pour des
raisons de dimensionnement et de bonne tenue des matériaux. La valeur limite se situe aux
environs de 300 °C.

Les types de refroidissement

Dans une installation avec récupération, la chaudière assure le refroidissement des gaz.

Dans les installations sans récupération, les gaz sont refroidis soit par dilution soit par
échangeur thermique.

4. Récupération de la chaleur dans les gaz de combustion

L’incinération des déchets génère de l’énergie. Le contenu énergétique des ordures ménagères
est de l’ordre de 2300 kWh par tonne (8280 kJ/kg). Ils peuvent être comparés à un
combustible pauvre tel que la tourbe (50% de carbone) ou la lignite (70% de carbone).

Considérant le fait que cette énergie après combustion est libérée sous forme de gaz chauds à
haute température (850°C à 950°), que de toutes les façons il faut refroidir jusqu’à 300°C au
minimum, la récupération de l’énergie s’impose.

Cependant, le choix de récupérer ou de ne pas récupérer dépend des coûts supplémentaires


engendrés par le système de récupération (chaudière) et des recettes à en attendre qui
dépendent du coût actuel de l’énergie.

La récupération de la chaleur contenue dans les gaz de combustion s’opère essentiellement à


l’aide de chaudières (boilers) qui stockent l’énergie thermique récupérée sous forme de
vapeur d’eau. Cette vapeur peut être valorisée selon trois voies :

- Production de chaleur uniquement comme alimentation d’un réseau de chauffage


urbain ou privé.
- Production d’électricité uniquement par le biais d’une turbine à condensation.
- Production combinée d’électricité (par une turbine à contre pression) et de chaleur.

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5. Traitement des fumées

Malgré ses aspects positifs, l'incinération des déchets présente des limites : elle génère des
émissions polluantes. On estime généralement qu’une tonne d'ordures ménagères génère 5200
m3 de fumées qui contiennent des polluants qu'il faut capter, tels les poussières, métaux
lourds, les dioxines ou les oxydes d’azote et de soufre. L'équipement pour le traitement des
fumées peut comporter plusieurs modules :
 le dépoussiérage;
 la neutralisation des gaz acides;
 le traitement des dioxines et furanes;
 le traitement des oxydes d'azote.

Au niveau des normes pour les émissions, la directive de la communauté européenne la plus
récente, Directive2000/76/CE qui sera applicable à partir de la date du 28 décembre 2005
(pour les NOx à partir du 1er janvier 2008) précise les taux suivants à respecter :
 Dioxines et furannes = 0,1 ng/Nm3
 COT (carbone organique total) = 10 mg/Nm3
 HCl (acide chlorhydrique) = 10 mg/Nm3
 SO2 = 50 mg/Nm3
 NOx (oxydes d'azote) = 200 mg/Nm3
 Poussières = 10 mg/Nm3

5.1 Le dépoussiérage des fumées

L’objet du dépoussiérage est d’éviter le rejet dans l’atmosphère de quantités importantes de


poussières et d’éviter ainsi leur retombée sur les zones urbanisées.
Pour le dépoussiérage des fumées, on utilise des équipements basés sur les principes suivants :
- Centrifugation : les dépoussiéreurs basés sur ce principe sont les cyclones
- Filtration mécanique : On fait traverser aux gaz une ou plusieurs couches filtrantes
(tissus de verre ou d’amiante). Il s’agit de filtres mécaniques.
- Filtration électrostatique : les appareils basés sur ce principe sont les électrofiltres.

5.2 Neutralisation des gaz - Traitement des dioxines et furanes

Le dépoussiérage des fumées était appliqué depuis longtemps alors que la neutralisation des
gaz et le traitement des dioxines et furanes sont récents après l’exigence des nouvelles
réglementations.
La neutralisation des gaz utilise le plus souvent la technologie d'absorption sèche, par voie
humide ou combinée.
Le traitement des oxydes d’azote peut se faire par voie catalytique (exemple peau
d’échappement des automobiles) ou par d’autres techniques innovantes (domaine récent).
Pour le traitement des dioxines et furanes, c’est l’injection de charbon actif dans les fumées
qui est le plus utilisé. Les contaminants sont adsorbés dans la matrice du charbon.

5.3 La dispersion des fumées

Les fumées traitées (dépoussiérage, neutralisation, …) contiennent encore, dans les limites de
la réglementation certaines poussières non captées par les filtres et des éléments chimiques
polluants. L’atténuation de la pollution au stade d’éjection est basée sur la dispersion.

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Le rôle de dispersion est assuré par la cheminée en plus de son rôle d’extraction des gaz vers
l’extérieur.

L’épuration des fumées génère des résidus appelés REFIOM (Résidus d’Epuration des
Fumées des Incinérateurs des Ordures Ménagères). Une tonne d’ordures ménagères incinérée
génère 25 à 40kg de REFIOM.

6. Mâchefers – Cendres volantes


Les produits solides de la combustion sont composés des inertes non volatiles présents dans
les déchets ménagers (métaux, verres, cendres des produits combustibles…). Les inertes qui
représentent 15 à 40 % du poids des déchets se retrouvent sous forme de mâchefers (90%) et
cendres volantes (10 %).

6.1 Mâchefers

Les mâchefers ont l’aspect d’une « grave » grisâtre dont la granulométrie varie entre 0 et 30
mm et qui contient de nombreux éléments métalliques et des fragments de verre.
La température de fusion des mâchefers est comprise entre 1000 et 1100°C.
Il est donc impératif, pour éviter le colmatage des grilles et des fumisteries et éviter
l’augmentation des imbrûlés (efficacité de la combustion) de maintenir un excès d’air
suffisant pour limiter la température des gaz en cours de combustion autour de 900 à 1000°C.

A titre indicatif, le tableau ci après donne une analyse type de scories (composante principale
des mâchefers) :
Carbonates 1.85%
Chlorures 0.01%
Sulfates 0.83%
Anhydride phosphorique 0.75%
Chaux 11.23%
Magnésie 1.97%
Oxyde de potassium 0.91%
Oxyde de sodium 7.88%
Silice 53.61%
Alumine 6.14%
Oxyde ferrique 9.76%
Plomb 0.17%
Zinc 0.21%
Chrome 0.02%
Cuivre 0.20%
Manganèse 0.17%
Nickel 0.02%
Etain 0.06%
Titane 0.12%

Les teneurs importantes en Al2O3 (alumine), SiO2 (Silice) et CaO (Chaux) confèrent aux
mâchefers des propriétés proches de celles des ciments.

La valorisation des Mâchefers de l’Incinération des Ordures Ménagères (MIOM) apparaît


comme un enjeu important pour les industriels du BTP.

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Pour être conformes à la réglementation, les MIOM transitent par une Installation de
Maturation et d’Elaboration (IME). Après ce passage à l’IME, le matériau traité est maturé et
calibré.

En France, les MIOM sont principalement utilisés dans les terrassements, remblais et couches
de forme, ainsi que dans les structures de chaussées et de parkings. D’autres utilisations sont
étudiées par les professionnels, comme la consolidation de carrière ou comme charge de
bétons, pour des travaux n’ayant aucune incidence mécanique sur la tenue d’un ouvrage.

En 2002, 80 % des mâchefers issus de l'incinération sont valorisés.

6.2 Cendres volantes

Les cendres sont les particules entraînées par les gaz de combustion. Leur proportion
augmente avec la vitesse des gaz sortant de la couche des ordures en combustion. Elles sont
recueillies dans les trémies sous chaudière et dans le système de dépoussiérage. Elles forment
une poudre grisâtre dont la granulométrie varie de quelques m à quelques centaines de m.

La valorisation des cendres récupérées (REFIOM) est difficile. Elles sont souvent mises en
décharge (centre de stockage des déchets de classe 1 en France).

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IV : Les installations

1. Description générale

La figure ci-dessous représente un schéma typique des équipements qui interviennent dans
une installation d’incinération qui peuvent être séparés grossièrement en trois blocs :

 Réception et tri : regroupe le quai de déchargement, la fosse, et les différents


équipements optionnels de traitement avant enfournement.
 Incinération : Ce bloc comporte le four, le circuit d’alimentation en air et le dispositif
de refroidissement des gaz et de récupération des mâchefers. C’est dans ce bloc que sera
incorporée la chaudière dans le cas d’une installation avec option de récupération d’énergie.

 Traitement des fumées : Dans ce bloc se retrouvent tous les dispositifs de traitement
des fumées discutés ci avant à savoir : dépoussiérage, neutralisation des gaz, élimination des
dioxines et furanes et traitement des NOx.

L’installation, en plus des équipements ci-dessus, comporte des circuits auxiliaires


(pompage et circuits d’eau, circuits d’air comprimés, circuits électriques, de contrôle et de
commande) et les bâtiments principaux et annexes.

2. Les fours

Les fours utilisés pour l’incinération sont très diversifiés et connaissent un développement
continu. La plupart utilisent, au moins pour une partie de leur fonctionnement, le principe de
four à grille décrit ci-dessous. .

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Schéma de description d’un four à grille

Bien que, au coeur d’une installation d’incinération, le four et ses auxiliaires ne sont qu’un
élément de la chaîne d’incinération et ne représentent du point de vue coût que 25 à 50% du
coût de l’ensemble.

La chambre de combustion a pour buts :

- d’assurer un mélange intime entre l’air secondaire introduit au dessus de la grille et


les gaz imparfaitement brûlés, afin de réaliser une combustion aussi complète que
possible ;
- de réchauffer par rayonnement les ordures fraîches et les sécher.
- de maintenir grâce à sa grande inertie thermique un seuil de température dans
l’ensemble du four (T > 850°C) afin de réaliser une bonne combustion des gaz et
éviter la formation de certain produits toxiques (dioxines et furanes).

Dans le design de certaines installations avec récupération, la partie supérieure de cette


chambre est tapissée de tubes écrans d’eau (chaudière).

Pour illustration, on présente ci-dessous le schéma d’une installation avec four à grille de la
société VonROLL Inova mise en fonctionnement récemment en Allemagne (2001). Avec le
schéma du four à grille et la photo des grilles à l’intérieur du four.

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