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ÉCOLE POLYTECHNIQUE FÉDÉRALE DE LAUSANNE

INSTITUT DE STRUCTURES – LABORATOIRE DE CONSTRUCTION EN BETON

Dr Olivier Burdet, Assistant : S. Plumey, E. Hars, D. Redaelli

EXERCICES 4ème - 6ème SEMESTRE 2005

Corrigé exercice 6: Précontrainte dans les poutres

1. Tracé de la précontrainte

a) Déterminer les points de passage des câbles de précontrainte dans les sections à mi-
travée, sur appuis et aux extrémités de la poutre. Expliquez les raisons de vos
choix.
Pour obtenir un degré de balancement le plus grand possible, on essaye de maximiser l’effet positif
de la précontrainte en augmentant l’excentricité du câble, donc en le plaçant le plus bas possible à
mi-travée et le plus haut possible sur les appuis (flèche utile maximale, voir figure 1).

Remarque : Ce principe (maximisation de la flèche pour un balancement le plus efficace) est


valable pour les structures de type poutre continue. Dans notre cas, la poutre est isostatique, donc
les efforts hyperstatiques sont nuls. L’effet de la précontrainte dans une section est donc donné
uniquement par la position du câble dans cette section et ceci indépendamment du tracé (effets
primaires). Il n’est donc pas nécessaire de maximiser la flèche du câble en passant le plus haut
possible sur les appuis. En fait, il peut être plus judicieux de positionner le câble sur appui de sorte
que le rapport Mprec/Mg soit le même qu’à mi-travé. On obtient ainsi un meilleur comportement en
service. Par contre, le bras de levier du câble utilisable pour la reprise du moment à la ruine est
plus petit (pas un problème ici car le moment est très petit puisque le porte-à-faux est petit).
Pour ce qui concerne les extrémités de la poutre où les moments dus aux charges sont nuls, on
essaye de placer le câble au centre de gravité de sorte qu’il ne produise pas de moment. Pour des
raisons constructives, il peut cependant être nécessaire de s’écarter de cette position idéale. Dans ce
cas, il faut s’assurer que ce moment peut être repris convenablement par le dimensionnement.

sur appui
à mi-travée

e
T T

Figure 1a

1 SP/EH/DR 05
ENAC – IS - BETON Exercice 6

b) Dessiner le tracé de la précontrainte.

Figure 1b

2. Dimensionnement et vérification de la précontrainte


a) Déterminer la quantité de précontrainte nécessaire pour balancer 85 % des
charges permanentes (β = 0.85). En admettant que les pertes à l’infini valent 20 %,
que vaut P0 ? En quoi consistent ces pertes ?
Charges permanentes :
g = (0.2⋅2 +0.25⋅1)⋅25 = 16.25 kN/m
g’= 25 kN/m

Force de deviation nécessaire:


u = β⋅(g + g`) = 0.85⋅(16.25+25) = 35 kN/m
Précontrainte nécessaire:
u = 8⋅P⋅f / l2 ⇒ P∞ = u⋅ l2 /(8⋅f) = 35⋅162 / (8⋅1.05) = 1067 kN
avec f = 1.2 – 2⋅(0.030+0.07/2+0.01) = 1.2 -2⋅0.075 = 1.05 m
esup = 0.33-0.075 = 0.255 m, etrav = 0.87 – 0.075 = 0.795 m.
En estimant les pertes de précontrainte à long terme à 20% ⇒
P∞ = 0.8 ⋅ P0 ⇒ P0 = P∞ / 0.8 = 1333 kN
Ces pertes correspondent aux effets du retrait et du fluage du béton, de relaxation des câbles (effets
différés), et du frottement. Elles varient donc dans le temps et l’espace, et doivent être calculées de
manière plus précise lors du dimensionnement final.
Nombre de torons de précontrainte Y1770S7-15.7:
n = P0 / (ap ⋅ 0.7⋅fpk) = 1333 / (150 ⋅ 0.7⋅1770 ⋅10-3) = 8 torons

b) Choisir l’unité (les unités) de précontrainte et faire un schéma sur la figure 2 de la


partie inférieure de la section à mi-travée en considérant la position de l’armature
passive (à calculer au point e)).
On peut choisir un câble de 8 torons (8T15S) qui a un diamètre de gaine φ d = 67 mm et une
excentricité de 7 mm, à la figure 2. Un câble 8T15S n’utilise malheureusement pas pleinement la
tête d’ancrage. Pour le calcul de l’armature passive voir 2 e).

2 SP/EH/DR 05
ENAC – IS - BETON Exercice 6

armature constructive

φ 10

6 φ 26

8T15S

Figure 2

c) Déterminer l’état de contraintes à long terme sous charges permanentes dans la


section à mi-travée.
Les contraintes peuvent être déterminées par :
N M g ,g' ,q + N ⋅ e N M g ,g' ,q + N ⋅ e
σ= + = + y
A W A I
Alternativement, le moment Mg,g’,q,u peut être calculé, et le terme N⋅e tombe. Mais pour ceci, u doit
être connu dans les porte-a-faux également.

L’effort normal correspond à la force de précontrainte à long terme:


N = -P∞ =- 0.8 ⋅ P0 =- 0.8 ⋅8⋅ 0.7 ⋅ 150 ⋅ 1.770 = -1189 kN
Moment sur appui :
( 0.6 ⋅ q + g + g' ) ⋅ 2 2 ( 0.6 ⋅ 30 + 16.25 + 25 ) ⋅ 2 2
M g−,g' ,q = − =− = −119 kNm
2 2
Moment à mi-travée :
( 0.6 ⋅ q + g + g' ) ⋅16 2 ( 0.6 ⋅ 30 + 16.25 + 25 ) ⋅16 2
M g+,g' ,q = − M− = − 119 = 1777 kNm
8 8

Les contraintes maximales à mi-travée :


1189 1777 − 1189 ⋅ 0.795
σ trav
sup .
. = − + ⋅ −0.33 = −5369 kN / m 2 = −5.4 N / mm 2
0.65 0.077551
1189 1777 − 1189 ⋅ 0.795
σ trav
inf .
. =− + ⋅ 0.87 = 7501kN / m 2 = 7.5 N / mm 2
0.65 0.077551

Si l’on compare ces valeurs à la résistance moyenne à la traction de l’élément


1 1
fctd = kt ⋅ fctm = ⋅ fctm = ⋅ 2.9 = 2.64 N/mm2,
1 + 0.5 ⋅ t 1 + 0.5 ⋅ 0.2
on constate que la section est largement fissurée sous charges quasi-permanentes à long terme. Ceci
est dû principalement aux charges utiles très importantes que doit supporter la poutre. La fissuration
devra donc être contrôlée par la mise en place d’une armature minimale. Si les autres critères d’état
de service (flèche) ne sont pas remplis, il faudra éventuellement augmenter la quantité de
précontrainte mise en place.
3 SP/EH/DR 05
ENAC – IS - BETON Exercice 6

d) Calculer la flèche de la poutre à long terme. Le dimensionnement satisfait-il la


norme SIA 260 (wadm = l/300) ?
Une estimation précise de la flèche à long terme est assez compliquée dans ce cas puisque la section
est partiellement fissurée d’une part et qu’elle est soumise à un effort normal (précontrainte) d’autre
part.
La rigidité flexionnelle d’une section soumise à un effort normal de compression n’est pas affectée
brusquement par la fissuration comme pour une section soumise à une flexion simple. La perte de
rigidité de la section suite à la fissuration, qui dépend du niveau de sollicitation, est moins
importante que pour une section sans effort normal de compression.
La relation de la norme SIA 262 (équation 87) ne permet donc pas d’estimer de façon réaliste la
flèche à l’état fissuré. A noter en plus que l’utilisation de cette équation pour une section à Té n’est
pas évidente (choix de ρ et ρ’).
La flèche admissible à long terme vaut :
wadm = l / 300 =16 / 300 = 0.053 m = 53 mm
Estimation de la flèche :
La flèche (1+ ϕ) ⋅wc reste néanmoins un point de comparaison pour estimer la flèche probable à
long terme (avec ϕ ≈ 2.5). En négligant l’effet des porte-à-faux (environ une poutre simple) et en
admettant une force de précontrainte qui vaut P∞ :
5 (g ⋅ (1 − β ) + Ψ2 q ) ⋅ l 4
(1 + ϕ ) ⋅ wc = (1 + ϕ ) ⋅
384 E⋅I
5 (41 ⋅ 0.15 + 0.6 ⋅ 30 ) ⋅ 16 4
= (1 + 2.5)
384 33.6 ⋅ 10 6 ⋅ 0.077551
= 28 mm

On constate que w·(1+ϕ) / wadm = 0.52. Il y a donc une marge suffisante pour couvrir la perte de
rigidité due à la fissuration.
Un calcul plus précis de la rigidité flexionnelle effective basé sur le comportement de la section
précontrainte (diagramme Moment-courbure) pourrait être fait.
e) Vérifier la sécurité structurale en flexion. Dimensionner le cas échéant l’armature
passive nécessaire.
Md ≤ MR d
La précontrainte est considérée comme une armature à haute résistance. Elle n’intervient donc pas
pour le calcul de Md !
qd - =γG ⋅ ( g+ g`) + 0 ⋅ q = 1.35 ⋅ (16.25 +25) = 55.7 kN/m
Moment de dimensionnement à mi-travée :

Md =
q d ⋅ 16 2 −
− Md =
(55.7 + 1.5 ⋅ 30 ) ⋅ 16 2 − 55.7 ⋅ 2 2 = 3110 kNm
8 8 2
M Rd = Ap ⋅ f pd ⋅ z p + As ⋅ fsd ⋅ zs
Hyp. : z p = zs = 0.8 h = 0.96 m
M R ,Pd = Ap ⋅ f pd ⋅ z p = 8 ⋅ 150 ⋅ 1320 ⋅ 10 −3 ⋅ 0.96 = 1521kNm

⇒ une armature passive est nécessaire :


M d − M R ,Pd 3110 − 1521
As = = = 0.00381m 2 = 3810 mm 2
fsd ⋅ zs 435 ⋅ 10 ⋅ 0.96
3

4 SP/EH/DR 05
ENAC – IS - BETON Exercice 6

⇒ on choisit 4 φ 30 et 2 φ 26 (As = 3890 mm2)


d p = 1.2 − 0.085 = 1.115 m, d s ≈ 1.2 − 0.025 − 0.01 − 0.03 − 0.05 − 0.03 / 2 = 1.07 m
d p Ap f pd + d s As fsd 1.115 ⋅ 1.584 + 1.07 ⋅ 1.692
d moyen = = = 1.092 m
Ap f pd + As fsd 1.584 + 1.692
z = 0.9 ⋅ d moyen = 0.983 m
N cd = M d / z = 3110 / 0.983 = 3164 kN
N cd 3164
x pl = = = 79 mm < 200 mm = hsup ok .
bsup ⋅ fcd 2.0 ⋅ 20
z = d moyen − x pl / 2 = 1.092 − 0.077 / 2 = 1.052 m
M d − M R ,Pd 3110 − 8 ⋅ 150 ⋅ 1320 ⋅ 10 −3 ⋅ 1.052
As = = = 3153 mm 2
fsd ⋅ zs 435 ⋅ 10 ⋅ 1.052
3

⇒ on choisit 6 φ 26 (As = 3186 mm2).


f) Quel est le critère déterminant pour le dimensionnement de la précontrainte entre
les points a), d) et e) ? Comment intervenir si ce critère ne respecte pas les
exigences souhaitées ?
Suite aux points précédents, on constate que le contrôle de la fissuration doit encore être vérifié car
la section est fissurée à l’état quasi-permanent. Malgré cette fissuration, la flèche devrait cependant
restée en-dessous de la limite admissible.
On constate aussi que le critère de la sécurité structurale nécessite la mise en place d’une armature
passive non négligeable. Cette armature peut poser quelques soucis du point de vue constructif
puisque la place est limitée dans un élément de 0.25 m d’épaisseur.
Si l’on veut améliorer ce point, on peut par exemple :
• Elargir l’âme dans sa partie inférieure pour permettre de disposer
l’armature plus facilement (et de choisir des barres plus petites, 8 φ 22
par exemple). Ceci revient à créer une section à double-té.
• Augmenter la précontrainte, ce qui est possible dans notre cas
puisqu’on n’exploite pas pleinement l’ancrage avec un câble 8T15s.
• Augmenter légèrement la hauteur de la poutre.

5 SP/EH/DR 05
ENAC – IS - BETON Exercice 6

3. Conception de la précontrainte
Les figures 3 à 5 présentent différentes situations où une précontrainte est envisagée.
a) Sur chaque figure, dessiner le tracé de précontrainte idéal pour reprendre les charges
présentes.

Q
q

Q Q

Figures 3 à 5

Figure 6 : Plancher-dalle (câblage en sens x et y)

La solution présente une variante avec précontrainte par bande d’appui.


Les câbles en traitillé sont facultatifs. Ils sont favorables si ly / lx devient grand.

6 SP/EH/DR 05
ENAC – IS - BETON Exercice 6

b) Pour la poutre de la figure 4, discuter le tracé en relation avec le rapport Q/ql.


Pour un effet optimal de la précontrainte, on essaye généralement de suivre l’allure du diagramme
des moments. Si la charge Q est très importante par rapport à q⋅ l, on tend vers un tracé linéaire
(ligne verte). Dans le cas contraire, on s’approche d’un tracé parabolique (ligne bleue).

c) Pour le réservoir de la figure 7, déterminer les pertes de précontrainte en


admettant que les câbles font un tour complet et qu’on les met en tension depuis les
2 côtés. Admettre µ = 0.17 , ∆α = 0.005 rad/m, D = 6 m. Discuter le résultat
obtenu ? Peut-on le généraliser à toute autre situation (poutres, ponts, dalles,…) ?
P ( x) = P0 ⋅ e − µ (α + ∆α ⋅s )
Dp
−0.17 (π + 0.005⋅ π)
P ( x) min = P( D p ) = P0 ⋅ e 2
= P0 ⋅ e −0.17 (π + 0.047 )
P ( x) min = 0.58 ⋅ P0
1 + 0.58
P ( x) moy. = ⋅ P0 = 0.79 P0
2
On remarque que les pertes par frottement sont importantes même pour un câble très court
car l’angle de déviation est très important (> 180°). Les pertes maximales atteingent plus de
40%.
Dans les autres structures où l’on utilise généralement la précontrainte, les angles de
déviation sont généralement plus faibles. Il est donc possible de réaliser des câbles de
longueur importante tout en limitant les pertes par frottement à des valeurs raisonnables
(app. 15 %).

Figure 7

7 SP/EH/DR 05

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