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Lettre de l'Editeur

Pour une vive


mémoire
AMMAR KHELIFA
amar.khelifa@eldjazaircom.dz

es nations se hissent par le savoir et se maintiennent par la mémoire. C’est cet ensemble d’évé-
nements qui se créent successivement aujourd’hui pour qu’un jour on ait à le nommer : Histoire.
Sans cette mémoire, imbue de pédagogie et de ressourcement, l’espèce humaine serait tel un
atome libre dans le tourbillon temporel et cosmique.
L’homme a eu de tout temps ce pertinent besoin de vouloir s’amarrer à des référentiels et
de se coller sans équivoque à son histoire. Se confondre à un passé, à une ancestralité. Cette
pertinence va se confiner dans une résistance dépassionnée et continue contre l’amnésie et les
affres de l’oubli. Se contenir dans un souvenir, c’est renaître un peu. L’intérioriser, c’est le revivre ; d’où cette ardeur
permanente de redécouvrir, des instants durant, ses gloires et ses notoriétés.
En tant que mouvement dynamique qui ne s’arrête pas à un fait, l’Histoire se perpétue bien au-delà. Elle est éga-
lement un espace pour s’affirmer et un fondement essentiel dans les domaines de prééminence et de luttes. Trans-
mettant le plus souvent une charge identitaire, elle est aussi et souvent la proie pitoyable à une éventualité faussaire
ou à un oubli prédateur. Seule la mémoire collective, comme un fait vital et impératif, peut soutenir la vivacité des
lueurs d’antan et se projeter dans un avenir stimulant et inspirateur. Elle doit assurer chez nous le maintien et la
perpétuation des liens avec les valeurs nationales et le legs éternel de la glorieuse révolution de Novembre.
Il est grand temps, cinquante ans après le recouvrement de l’indépendance nationale, de percevoir les fruits de
l’interaction et de la complémentarité entre les générations. Dans ce contexte particulier et délicat, les moudjahi-
date et moudjahidine se doivent davantage de réaffirmer leur mobilisation et leur engagement dans le soutien du
processus national tendant à éterniser et à sacraliser l’esprit chevaleresque de Novembre. Ceci n’est qu’un noble
devoir envers les générations montantes, qui, en toute légitimité, se doivent aussi de le réclamer. A chaque dispari-
tion d’un acteur, l’on assiste à un effacement d’un pan de notre histoire. A chaque enterrement, l’on y ensevelit avec
une source testimoniale. Le salut de la postérité passe donc par la nécessité impérieuse d’immortaliser le témoi-
gnage, le récit et le vécu. Une telle déposition de conscience serait, outre une initiative volontaire de conviction,
un hommage à la mémoire de ceux et de celles qui ont eu à acter le fait ou l’événement. Le témoignage devrait être
mobilisé par une approche productive d’enseignement et de fierté. Raviver la mémoire, la conserver n’est qu’une
détermination citoyenne et nationaliste. Toute structure dépouillée d’histoire est une structure sans soubassement
et toute Nation dépourvue de conscience historique est une nation dépourvue de potentiel de créativité et d’inté-
gration dans le processus de développement.
C’est dans cette optique de rendre accessibles l’information historique, son extraction et sa mise en valeur que
l'idée de la création de cette nouvelle tribune au titre si approprié : Memoria, a germé. Instrument supplémentaire
dédié au renforcement des capacités de collecte et d’études historiques, je l’exhorte, en termes de mémoire objec-
tive, à plus de recherche, d’authenticité et de constance.

amar.khelifa@eldjazaircom.dz

LA REVUE DE LA MÉMOIRE D'ALGÉRIE


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Supplément offert, ne peut être vendu
Supplément
N°34 - Avril - 2015

Fondateur Président du Groupe P.07 P.15


AMMAR KHELIFA

Direction de la rédaction
Assem Madjid

Coordinatrices
Meriem Khelifa
Chahrazed KHELIFA

Reporter - Photographe
ABANE RAMDANE AHMED BEN BELLA
Abdessamed KHELIFA
Sanae Nouioua
P.19
Rédaction
Abane ramdane - Ahmed ben bella
Adel Fathi P.07 Histoire
Ahmed HADJI abane-ben bella
Dr Boudjemaâ HAICHOUR couple incompatible ou complémentaire ?
Hassina AMROUNI P.11 Histoire
Mohamed Lamine abane vu par ben bella
Mehdi Benabdelmoumène
P.15 Histoire
Direction Artistique
ben bella vu par un thuriféraire d’Abane AHMED MAHSAS

Halim BOUZID P.19 Histoire


Un bouc émissaire nommé mahsas P.38
Salim KASMI
P.23 Histoire
Contacts : Le complexe des négociations
SARL COMESTA MEDIA
N° 181 Bois des Cars 3 guerre de libération
Dely-Ibrahim - Alger - Algérie
P.27 Histoire
Tél. : 00 213 (0) 661 929 726
Genèse d’une libération
+ 213 (21) 360 915
Fax : + 213 (21) 360 899 P.33 Histoire MHAMED BOUGUERRA
E-mail : redaction@memoria.dz La Wilaya IV historique
info@memoria.dz P.45
P.35 Histoire
La Wilaya IV dans la guerre
P.41 Histoire
L’affaire Kobus
ou l’histoire d’une manipulation

P.45 Histoire
L’affaire Si Salah ou celle de l’Elysée
www.memoria.dz SALAH ZAMOUM
P.34 P.34
P.53 P.36 Supplément du magazine
ELDJAZAIR.COM
Consacré à l’histoire de l'Algérie
Edité par :
Le Groupe de Presse et
de Communication

Dépôt légal : 235-2008


RABAH BITAT AMAR OUAMRANE SLIMANE DEHILES ISSN : 1112-8860

P.37
P.73 P.38 P.57

SOMMAIRE
DJILALI BOUNAaMA YOUCEF KHATIB evian, 19 mars 1962

P.09
guerre de libération
P.49 Témoignage
Les Melzi
« Frères de sang, frères de guerre »

P.57 Histoire
Diplomatie militante et restauration de l’Etat Algérien
KRIM BELKACEM
LES ACCORDS D’EVIAN A L’EPREUVE DES FAITS
P.69
P.69 Histoire
Confér ences sur le r é a rmement mor a l
Cheikh Mahmoud Bouzouzou à New York
en Février 1957

HISTOIRE D'UNE VILLE


P.77 de milev la romaine à mila l’algEriEnne
MAHMOUD BOUZOUZOU

MILA
mdane
ane Ra
Ab

p a t i b l e
l e i n c o m
c o u p n t a i r e ?
m p l é m e
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en Bella
med B
Ah

Par Adel Fathi


Guerre de libération
Histoire

De tous les conflits internes à la Révolution de novembre 1954,


celui qui opposa Abane Ramdane à Ahmed Ben Bella a été sans
conteste le plus marquant et ayant suscité le plus de commen-
taires et de controverses.

P
our ceux qui person-
nalisent le problème
à outrance, il s’agit
d’une incompatibilité
d’humeur, mais aussi
de formation et d’accointances
politiques différentes, qui auraient
fait que ces deux dirigeants adop-
taient des attitudes divergentes,
alors qu’ils étaient appelés, à un
moment crucial de la lutte armée, à
coordonner leurs efforts et à apla-
nir leurs divergences pour l’inté-
rêt suprême de la révolution. Pour
qui y voient l’expression d’une
lutte de clan sur fond de course au
pouvoir, le « clash » entre Abane
Ramdane et Ahmed Ben Bella
cristalliserait un schisme bien Au congrès de la Soummam : Zighoud, Abane, Ben M’hidi, Krim et Ouamrane
plus profond entre deux visions
politiques diamétralement oppo- une «OPA» sur la révolution, à directe entre le responsable le plus
sées. La première est formulée l’effet d’imposer des choix orga- en vue et aussi le plus audacieux
par l’homme de la Soummam à niques et idéologiques qui seraient du front de l’intérieur, Abane
travers son fameux slogan adopté loin d’avoir le consensus de tous Ramdane, et le représentant le plus
par le congrès, et même officielle- les responsables, et d’instaurer une emblématique de la délégation
ment par les instances qui en sont direction hégémonique. C’est ain- de l’extérieur, Ahmed Ben Bella.
issues : «La primauté de l’intérieur si que Ben Bella et ses partisans, Mais comme l’explique un des
sur l’extérieur.» Les partisans de la à l’image d’Ahmed Mahsas, ne se compagnons d’Abane Ramdane,
deuxième vision, tout en émettant gênaient pas d’accuser Abane de Mabrouk Belhocine dans son
des réserves sur les conclusions nourrir des ambitions de pouvoir, livre témoignage : Le courrier :
des assises du 20 août, soupçon- faisant fi du caractère collégial de Alger-Le Caire 1954-1956, les di-
naient les dirigeants de l’intérieur, la direction. vergences de vues entre ces deux
et plus particulièrement Abane C’est donc tout naturellement piliers de la Révolution peuvent
Ramdane, de vouloir organiser que la confrontation avait été plus s’expliquer par le facteur géogra-

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(8) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
phique. «Il est évident que des
responsables d’un même mouve-
ment, séparés géographiquement
de 500 kilomètres, sont politique-
ment à des années-lumière les uns
des autres, ceux qui sont dans la
gueule du loup et ceux qui n’y sont
pas», écrit-il.
En effet, Abane a toujours
accusé Ben Bella et les autres
membres de la Délégation exté-
rieure (Mohamed Khider et
Hocine Aït Ahmed notamment)
d’être restés coupés de la réalité du
terrain. Ces derniers avaient quitté Mohamed Khider krim Belkacem
l’Algérie dès le début des années
cinquante, pour s’installer au armée contre l’occupation fran- de l’avion, avec quatre autres diri-
Caire où ils siégeaient au bureau çaise. geants du FLN. Dans des décla-
du Maghreb arabe, aux côtés des Les divisions entre les deux rations à la presse, le premier pré-
représentants des partis nationa- hommes se sont accentuées à la sident de l’Algérie indépendante
listes tunisiens et marocains. Pire, suite de la tenue du congrès de affirme n’avoir jamais voué de la
Abane leur reprochait de militer la Soummam, le 20 août 1956, haine contre Abane, mais tente de
seulement pour l’«autodétermina- même si Ben Bella était, à cette justifier son exécution en 1957. « Je
tion » de l’Algérie. Dans une lettre époque, en détention, à la suite de préfère Krim Belkacem à Abane
datée du 15 mars 1956, il leur la célèbre affaire du détournement
signifia clairement la position du
front de l’intérieur : «Nous avons
rayé de notre vocabulaire les ex-
pressions « peuple à disposer de
lui-même » « autodétermination »
etc. Nous n’usons que du vocable
«indépendance» alors que vous
nous parlez très souvent d’autodé-
termination.»
Les membres de la Délégation
de l’extérieur se sont, eux, tou-
jours défendus de vouloir «brader»
l’indépendance de l’Algérie, mais
ne comptaient pas céder sur la «
légitimité » que leur conférait le «
contrat moral » qui existait entre
les neuf chefs historiques qui ont
préparé et proclamé l’insurrection Les cinq dirigeants de la Révolution arrêtés

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Guerre de libération
Histoire

De g. à dr. : Rabah Bitat, Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf et Mohamed Khider

Ramdane, a-t-il expliqué, mais pas Mahsas. Ben Bella affirme que sas lui-même se dit victime d’une
au point de justifier son assassi- Abane Ramdane lui avait de- cabale menée par les hommes de
nat.» Et d’ajouter : « Je ne défends mandé d’exécuter Ali Mahsas, Abane ; ce qui l’amenait à fuir la
pas le groupe qui a tué Abane son adjoint en Libye, sous pré- Tunisie vers l’Europe. Ces aveux
Ramdane, mais ils avaient dit à texte que ce dernier aurait pro- sont quelque peu occultés par les
l’époque que s’ils ne le tuaient pas, noncé des mots indécents en thuriféraires d’Abane Ramdane,
lui, allait les tuer. » Simple préjugé sa présence. «Il m’a demandé à parce qu’ils ternissent son image
ou déclaration fondée ? Les his- trois reprises de juger et de tuer de visionnaire et de démocrate et
toriens sont partagés sur cet avis. Mahsas», a-t-il lâché dans une démontent tout un mythe bâti sur
Autre épisode lancinant dans interview quelques mois avant sa son personnage.
cette rivalité historique : l’affaire mort. Dans ses mémoires, Mah- Adel Fathi

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( 10 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Abane
vu par Ben Bella
Par Adel Fathi
Guerre de libération
Histoire

Le premier président de l’Algérie indépendante n’a


jamais dissimulé son animosité envers l’homme du
congrès de la Soummam, au point de lui attribuer toutes
les «dérives» enregistrées durant la période 1956-1958 :
les divisions sanglantes dans la Wilaya I, la dissidence
d’Amara Bouglaz dans la Wilaya II, l’exécution des
colonels en Tunisie, la cabale montée contre Ahmed
Mahsas….

S
i des historiens trouvent
exagérées ou subjectives,
voire même empreintes
de haine, certaines dé-
claration d’Ahmed Ben
Bella au sujet d’Abane, nombre de
témoignages accréditent au moins
une partie de ses assertions ayant
trait notamment à l’affaire Mahsas
et aussi au sort réservé aux sept
colonels de l’ALN.
Dans ses dernières «confes-
sions», l’ex-président de la Répu-
blique, décédé le 11 avril 2012,
s’est montré implacable envers
Abane Ramdane, mais tout en se
défendant de vouloir «régler des
comptes personnels». Dans l’in-
terview que lui avait consacrée la
chaîne arabe Al-Jazeera en 2005,
il a déclaré qu’Abane Ramdane lui
aavit demandé d’exécuter Mahsas Les quatre rescapés du CCE en 1957.
De g. à dr. : Benyoucef Benkhedda, Saâd Dahleb, Abane Ramdane et Krim Belkacem.
«parce que ce dernier avait pro-
noncé des mots indécents», a-t-il gi ses collègues ? Pour quel motif tant de questions qui restent, à ce
expliqué. «Il m’a demandé à trois
Abane aurait souhaité et demandé jour, sans réponse.
reprises de juger Mahsas et de le
tuer», a-t-il précisé. Il ne cite pas de la liquidation de cet homme spé- Pour donner foi à cette accusa-
témoins à cet échange, ni les cir- cialement, Ahmed Mahsas ? Qui, tion, Ben Bella estime que Abane
constances dans lesquelles celui-ci en dehors de ce dernier, pouvait envisageait de « tuer » les autres
a eu lieu. Comment y auraient réa- accréditer cette accusation ? Au- membres du CCE. D’après lui,

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( 12 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire

Ben Bella au stade El Anasser à Alger

«tous ceux qui étaient en prison époque-là, nous étions en prison», Krim Belkacem est le plus impor-
avaient accordé des prérogatives a expliqué le premier président de tant des trois chefs et sa parole est
à Krim Belkacem pour représen- l’Algérie indépendante. respectée et exécutée.»
ter la direction». «Je ne défends A propos de l’affaire de l’assas- Sur cette question, la veuve
pas le groupe qui a tué Abane sinat d’Abane Ramdane, Ben Bella d’Abane Ramdane a estimé, dans
Ramdane, expliquera-t-il, mais ils accuse les «trois B» (Krim Bel- une déclaration à la presse algé-
avaient dit à l’époque que s’ils ne kacem, Bentobal, Boussouf » de rienne, que Ben Bella avait accordé
le tuaient pas, lui, allait les tuer». l’avoir commandité, en endossant sa caution à l’assassinat en 1957 de
Il dira, à ce propos, que Ben Bella néanmoins la plus lourde respon- son mari qui se trouvait au Maroc
et ses camarades qui étaient en sabilité à Krim Belkacem. Cela en compagnie de Krim Belkacem,
prison au moment de l’assassinat pour mettre sans doute fin à une de Ben Tobbal et de Boussouf.
d’Abane Ramdane, n’avaient ap- polémique présentant l’exécution «De sa prison de la Santé, a-t-elle
pris la nouvelle de son assassinat d’Abane Ramdane comme un acte affirmé, Ahmed Ben Bella fait
qu’un an après. Tempérant son de nature régionaliste visant un parvenir une lettre le 26 avril 1958
jugement, Ben Bella préférera res- dirigeant issu de la Kabylie. Car, aux trois dirigeants dans laquelle il
ter à l’écart de cette liquidation qui souvent les détracteurs de Ben apporte son soutien à l’élimination
chamboulera la Révolution. «Je Bella l’accusent de nourrir un sen- physique de Abane Ramdane. Voi-
préfère Krim Belkacem à Abane timent «anti-kabyle». ci ce qu’il écrit : “Nous ne pouvons
Ramdane, mais pas au point de « Je suis sûr, souligne Ben Bel- donc que vous encourager dans
justifier son assassinat. Ni moi ni la à ce propos, que sans l’accord de cette voie de l’assainissement. Il
Hocine Aït Ahmed n’étions t au Krim Belkacem, Abane Ramdane est de notre devoir à tous, si nous
courant de son assassinat. A cette n’aurait pas été tué, parce que tenons à sauver la Révolution et

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Guerre de libération
Histoire

Abane, Meriem Belmihoub, Safia Bazi et Chafika Meslem et Amara Rachid en 1956

l’Algérie de demain, de nous mon- dans la même interview-testa- Bella se réfère à des sources invé-
trer intraitables sur ce chapitre de ment, à propos du Congrès de la rifiables pour se donner raison.
l’épuration.” » Soummam : «Le Congrès de la Il rapporte des propos qu’aurait
Evidemment Ben Bella a nié Soummam a été une trahison.» Il tenus un des chefs historiques,
l’existence d’un tel message ; mais n’était pas le seul à le penser, ni à Zighoud Youcef, au lendemain
la controverse demeure ouverte le dire ouvertement, mais ses pro- de la réunion de la Soummam. Le
sur cet épisode, même après sa pos ont eu l’effet d’une bombe. colonel de la Wilaya II aurait dit :
disparition. Car, en l’absence de «Le Congrès de la Soummam, «Si l’indépendance est inéluctable,
preuves documentées et authenti- célébré à grands bruits, a, en vé- la Révolution, en revanche, vient
fiées, les échanges d’accusations ne rité, fait dévier la révolution des d’être enterrée.»
font que cultiver des stéréotypes objectifs tracés le 1er novembre Ben Bella va jusqu’à considérer
qui ne contribuent aucunement 1954.» D’aucuns expliquent ce ju- que «les problèmes que vit actuel-
à rétablir la vérité sur les zones gement par l’absence de Ben Bella lement l’Algérie ont commencé
d’ombres qui entourent certains et de tous les autres membres de avec le Congrès de la Soummam
faits historiques, encore mois à la Délégation de l’extérieur à ces (l’intérieur contre l’extérieur et la
enrichir l’écriture de l’histoire. assises, dont Abane Ramdane et primauté du militaire sur le poli-
Ben Bella a encore choqué Larbi Ben M’hidi furent les prin- tique)», assénera-t-il.
les esprits en déclarant, toujours cipaux initiateurs. Là encore, Ben Adel Fathi

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( 14 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Ben bella
vu par un thuriféraire d’Abane

Par Adel Fathi


Guerre de libération
Histoire

Se présentant comme le défenseur de la mémoire


d’Abane Ramdane, son neveu, l’universitaire Belaïd
Abane, ne rate pas une occasion pour vilipender Ahmed
Ben Bella. Il a même consacré tout un ouvrage pour ré-
pondre aux accusations des détracteurs de l’homme de
la Soummam, en tête desquels figure l’ancien président
de la République. L’ouvrage, intitulé Ben Bella-Kafi-
Bennabi contre Abane : les raisons occultes de la haine,
paru aux éditions Koukou en 2012, se veut un réquisi-
toire contre trois personnages historiques ayant eu une
attitude différente du congrès de la Soummam et de la
démarche politique qui en a été inspirée, mais peine à
sortir de la logique du règlement de compte qui a fait
tant de mal à l’histoire de la Révolution.

P
our Belaid Abane, jamais assouvie ». Pour le cas
toutes les réac- de Ben Bella, l’auteur estime
tions ayant éma- que le congrès de la Soum-
né de Ben Bella, mam a été « le point focal de la
présenté comme rancœur tenace et de la détes-
étant le chef de file de la Dé- tation, du reste réciproque»,
légation extérieure, ne saurait que vouait Ahmed Ben Bella
être que le reflet d’une « haine à Abane Ramdane. L’ancien
viscérale » ou d’une « jalousie » président, tout comme les
vis-à-vis d’un homme qui au- autres membres de la Déléga-
rait réussi à unifier les rangs et tion extérieure du FLN, n’au-
à organiser les maquis de l’in- rait jamais accepté, en effet,
térieur grâce à son « génie » et à sa mise à l’écart des instances
sa «perspicacité». Pour appuyer dirigeantes issues des assises
sa théorie, il se réfère à des dé- du 20 août 1956. Belaïd Abane
clarations, à des évocations ou reproduit, ici, un vieux cliché,
à des attitudes qui sont, pour réduisant Ben Bella à un diri-
l’auteur, autant de preuves geant «confortablement ins-
Belaid Abane
irréfutables d’une rancœur « tallé au Caire» et qui se voyait,

Groupe El-Djazaïr.com . MÉMORIA .


( 16 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
grâce à Nasser et à son chef de ren- cement des rangs de la
seignements Fethi Dib, comme «le révolution par les autres
patron naturel de la Révolution». segments de la classe po-
Or, les membres de la Délégation litique algérienne ? Cette
extérieure, dont Aït Ahmed et Mo- intégration a-t-elle entra-
hamed Khider, se plaignaient, eux vé, en quoi que ce soit,
aussi, d’être marginalisés par les la coordination entre le
dirigeants de l’intérieur, sans pour front de l’intérieur et la
autant remettre en cause, a priori, direction de l’extérieur ?
le principe d’un congrès national. L’histoire nous apprend
Belaid Abane est persuadé que tant de militants et de
que Ben Bella «aurait été dis- cadres dirigeants de ces
suadé par les Egyptiens de venir partis nationalistes ont,
à la Soummam au risque d’être au contraire, fait partie, à
jugé pour “trahison” dans l’af- un moment ou à un autre,
faire de l’OS». Là aussi, l’auteur des plus hautes instances
manque de preuves tangibles, car de la Révolution, en
si les congressistes de la Soum- Egypte, puis en Tunisie.
mam avaient adopté le principe Revenant sur l’épi- FLN ? Il est permis d’en dou-
de la primauté de l’intérieur sur sode du congrès de la Soummam ter. Voici pourquoi. Depuis le 1er
l’extérieur, aucune accusation of- qu’il décrit comme « la pomme décembre 1955 que Abane avait
ficielle n’avait été formulée dans de discorde » entre Abane et Ben commencé à attirer l’attention des
ce sens. Ce qu’ils auraient bien Bella, le neveu d’Abane Ramdane membres de la Délégation exté-
pu faire si telle était leur volonté. donne une version qui est, à vrai rieure sur le projet d’une réunion
Autre grief sur lequel l’auteur dire, partagée par un certain nationale des responsables FLN-
appuie son argumentaire : Ben nombre d’historiens, mais qui ALN en prenant même soin de leur
Bella reprochait à Abane d’avoir nécessite un approfondissement indiquer l’itinéraire à suivre. Début
évacué le caractère «arabo-is- et surtout une confrontation janvier 1956, Abane informe de
lamique» de l’Etat algérien tel d’idées : «L’absence de la Déléga- nouveau la Délégation extérieure.
qu’imaginé et conçu par le congrès tion extérieure, écrit-il, fut l’autre Abane Ramdane revient longue-
de la Soummam. Ironie du sort, grosse pomme de discorde entre ment sur la réunion nationale pré-
Ben Bella sera, à l’Indépendance, Ben Bella et les dirigeants de la vue pour le mois d’août 1956, en se
critiqué pour le même motif par Soummam et tout particuliè- faisant plus précis et plus pressant
les thuriféraires de l’idéologie ara- rement Abane Ramdane. A en (lettre du 3 avril 1956, Mabrouk
bo-islamiste, qui lui reprochaient croire Ben Bella, “ceux de l’exté- Belhocine, Courrier Alger le Caire)
de faire peu cas des valeurs isla- rieur ont attendu patiemment huit : “Nous avons décidé de tenir une
miques au détriment du dogme jours à Rome d’abord et quinze réunion des principaux chefs de la
socialiste, par essence séculier. jours à Tripoli ensuite le signal résistance… chez Zighoud dans
L’autre « péché » relevé par l’au- promis par Hansen (pseudonyme le Nord-Constantinois. Y assiste-
teur : l’intégration au sein du FLN d’Abane, NDLA) pour rentrer ront le responsable de l’Oranie…,
des centralistes opposés à Messali, au pays”. Mais faut-il croire Ben Krim et Abane de l’Algérois, Zi-
de l’UDMA de Ferhat Abbas, des Bella ? Avait-il réellement l’inten- ghoud et son adjoint, Ben Boulaïd
Ulémas et des communistes. Ben tion de rentrer en Algérie pour et son adjoint et deux éléments de
Bella se serait-il opposé au renfor- participer au premier congrès du l’extérieur. (…) Dans cette réunion

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Guerre de libération
Histoire

Au Caire en 1957. de g. à dr. : Krim Belkacem, Fathi Dib, Abane Ramdane, M’Hammed Yazid, Lamine Debaghine,
Saâd Dahlab, Benyoucef Benkhedda et Ferhat Abbas.

seront réglés tous les problèmes et M’hidi, « pourtant activement re- Ahmed : “Personnellement, j’igno-
nous dissiperons tous les malenten- cherché, a réussi à franchir la fron- rais qu’un congrès s’était tenu à la
dus… L’intérêt du pays exige cette tière et à faire le trajet Alger-Oran Soummam… Khider et Ben Bella
réunion… Nous espérons que en train sans encombre», et aussi, étaient eux au courant de la tenue
vous serez au rendez-vous ; sinon, «de nombreux chefs militaires d’un congrès. Mais nous n’avons
nous prendrons seuls de grandes passeront également les frontières pas eu le temps d’en parler.” »
décisions et alors vous ne vous en dans tous les sens même après la Quel crédit donner à ces accu-
prendrez qu’à vous-mêmes. Nous construction du barrage Morice- sations visant particulièrement
demandons au frère Khider de le Challe». La raison est que, pour Ben Bella, lorsque Belaid Abane
rappeler par téléphone à tous les l’auteur, «les délégués extérieurs affirme que l’ancien président de la
frères pour que chacun prenne étaient surtout préoccupés par les République obéissait, avant tout, à
ses responsabilités. Envoyez de questions diplomatiques comme des injonctions du Caire «aux dires
préférence Ben Bella et Aït Ah- le suggère le contenu de leur lettre de son mentor égyptien Fathi Dib
med ou Ben Bella et Khider.”» du 15 août. Khider y dresse un (Gamal Abdelnasser et la Révo-
Pour l’historien, la question est bilan des activités diplomatiques lution algérienne, L’Harmattan)»,
de savoir si les délégués extérieurs très chargées des dirigeants du assène-t-il. «A la vérité, reprend-il,
avaient réellement l’intention de Caire qui “ont été tous absents Ben Bella n’avait pas l’intention de
rentrer en Algérie pour partici- les uns après les autres, ce qui rentrer en Algérie. Sa décision était
per au congrès de la Soummam. explique le flottement et le retard prise depuis que le Raïs égyptien a
Il juge que l’argument de sécurité de notre correspondance”. Autre pris “l’affaire de la Soummam” en
que les membres de la Délégation raison de croire que les délégués mains et que le Major Dib lui “a
extérieure aurait « trop souvent extérieurs étaient en réalité très déconseillé de retourner en Algé-
tendance à invoquer ne tient pas éloignés des questions intérieures, rie pour assister à cette réunion”. »
la route», au motif que Larbi Ben cette déclaration de Hocine Aït Adel Fathi

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( 18 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Un bouc émissaire nommé

mahsas

Par Adel Fathi


Guerre de libération
Histoire

Parmi les griefs retenus contre Abane Ramdane par


ses détracteurs, son animosité déclarée envers un
des pionniers du mouvement national et proche fidèle
d’Ahmed Ben Bella, Ali Mahsas, reste comme l’un des
arguments les plus forts. Qu’est-ce que l’homme de la
Soummam pouvait bien reprocher à ce vieux militant
de l’OS, si ce n’était sa proximité avec son « ennemi
juré » ?

s’étaient engagés, après la créa- testait avoir reçu des messages


tion du CCE notamment, à réu- d’Abane lui demandant de « tuer
nifier les rangs et à abandonner » Mahsas.
tous les vieux clivages (front de Pour Ahmed Mahsas, Abane
l’intérieur contre la délégation de Ramdane était « aveuglé par le
l’extérieur). pouvoir » et « manipulé par des
Jusqu’avant sa mort, Mahsas politiciens qu’il n’a pas nom-
continuait à en vouloir tant à més». Il fait allusion aux anciens
Abane d’avoir voulu le liquider. cadres de l’UDMA, à l’image
Son ami Ben Bella lui-même, de Saâd Dahleb, Ferhat Abbas

I
dans un de ses témoignages, at- et d’autres. Il est persuadé que
Ahmed Mahsas

l faut savoir qu’à l’époque


où Abane était en pleine
ascension, c’est-à-dire
entre 1956 et 1957, Mah-
sas était représentant
du FLN à Tripoli, « propulsé»
comme on le répétait par son ami
Ben Bella depuis sa présence en
Egypte, au déclenchement de la
Révolution. Mais la cabale, réelle
ou supposée, montée contre lui,
au point de le menacer de mort
et de le pousser à l’exil, semble
d’autant plus incompréhensible
que les dirigeants de l’intérieur Saâd Dahlab Ferhat Abbas

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( 20 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire

Ahmed Mahsas au Ministère de l’Agriculture, questionné par des journalistes

« le manque de savoir politique vaient déjà condamnés à mort seul Abane.


doublé de l’entêtement » du cé- par le FLN historique» Il estime Les partisans d’Abane esti-
lèbre architecte du congrès de que Abane Ramdane, « politi- ment eux, par contre, que Mah-
la Soummam est avéré par ses quement défaillant, d’humeur à sas s’était livré, dès le début, à un
« incessants appels au meurtre géométrie variable, avait d’abord « travail fractionnel » – accusa-
sans jugement », notamment à était isolé par ses manipulateurs tion qui aurait pu lui coûter une
l’égard des messalistes et des avant d’être condamné à mort et condamnation à mort –, avec la
pionniers du mouvement natio- liquidé par ses compagnons du complicité de Ben Bella. Les his-
nal, dont Mahsas faisait partie. CCE dont il n’a pas su ménager toriens notent que Mahsas s’est
Corroborant les accusations de politiquement et humainement manifesté publiquement pour
Ben Bella, Mahsas est persuadé les susceptibilités». la première fois au cours de la
que le congrès de la Soummam, L’ironie du sort est que Mah- guerre de Libération nationale
« tendait à liquider la délégation sas s’est trouvé forcé de prendre par une lettre adressée à Bachir
extérieure du FLN pour accapa- le chemin de l’exil, en Europe, Chihani, successeur de Mostefa
rer la direction de la révolution au même moment où Abane, sa Ben Boulaïd à la tête de la zone
aussi bien à l’intérieur qu’à l’ex- bête noire, était conduit au Ma- des Aurès-Nemenchas. Saisie au
térieur du pays ». Pour lui, cette roc pour y être liquidé. Mahsas cours de l’opération «Timgad»
intention « est avérée par des ne rentrera au pays qu’après l’In- qui donna lieu à la meurtrière
faits et gestes incontestables des dépendance. C’est peut-être là la bataille de Djeurf en septembre
congressistes eux-mêmes dont preuve qu’il ne redoutait pas seu- 1955, cette lettre, trouvée par les
plusieurs d’entre eux se trou- lement des représailles venant du parachutistes du colonel Ducour-

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( 21 ) www.memoria.dz
Guerre de libération
Histoire
cer « le pouvoir » au profit des «
historiques » qui restaient, à ses
yeux, les seuls dépositaires de la
légitimité de la Révolution ? Ben
Bella et Boudiaf, les deux histo-
riques dont Mahsas se revendi-
quait, étaient-ils informés de ce
que leur fidèle compagnon proje-
tait de faire ? Aucune preuve de
ce qu’avancent certains écrits sur
cette question.
Ce qui est sûr et vérifié, c’est
que sous la pression des diri-
geants d’Alger, et notamment
d’Abane Ramdane, Mahsas dut
assumer la paternité de la lettre,
Ahmed Mahsas au 1er plan pour disculper Ben Bella. Une
autre version raconte que Ben
neau sur le cadavre d’un combat- est un homme cuit, il s’est em- Bella, entré dans une violente
tant de l’ALN, est attribuée par bourgeoisé et a versé dans le che- colère, aurait pris à partie Mah-
les services spéciaux de l’armée min qui conduit à la déchéance.»
sas et l’aurait durement sermon-
française à Ben Bella. On sait Dans une autre lettre adressée
né pour son « faux pas ».
depuis que cette lettre avait été au même Bachir Chihani, et dont
Ces appels au calme n’ont
écrite de la main de Mahsas. Rap- l’auteur nie parfois l’authenticité,
pas mis fin, malheureusement,
porté dans le journal le Monde Mahsas se montre plus virulent
au conflit. Fin 1956, quelques
en octobre 1955, le message de et plus menaçant : «Il faut liqui-
Mahsas suscita une polémique au der toutes les personnalités qui mois après la tenue du Congrès
sein même du commandement voudraient jouer à l’interlocuteur de la Soummam qui entérine la
de la révolution. Et pour cause. valable… Ben Bella, Mahsas et prise du pouvoir exécutif de la
Toute la ville en parle. La lettre Boudiaf sont seuls responsables Révolution par les dirigeants de
fait part d’un sévère et étrange et dépositaires de la souveraineté l’intérieur, Ben Bella tente de
réquisitoire contre, l’ennemi de l’extérieur, les autres n’étant reprendre le dessus, en remobi-
colonialiste, mais aussi contre que des exécutants.» lisant ses partisans et en utilisant
ses compagnons de la Déléga- Cela dit, il faut se replacer tous les leviers dont il dispo-
tion extérieure. Il y écrit, entre dans le contexte de l’époque et sait (relations avec l’étranger…).
autres : «Khider et Aït Ahmed savoir dans quelles conditions C’est ainsi qu’il aurait fait appel
ne valent pas plus cher que les cette lettre a été rédigée, pour ju- à Mahsas à l’époque où il était
autres… Le seul qui pourrait à la ger des intentions de son auteur. le représentant du FLN à Tri-
rigueur se racheter ici est Yazid, Faisait-il un « travail de sape », poli, capitale stratégique pour les
et encore. Quand à Aït Ahmed, comme ses détracteurs ne ces- dirigeants de la Révolution algé-
il est toujours le même, c’est un saient de l’accuser, ou alors son rienne.
berbéro-matérialiste… Khider objectif était-il de contrebalan- Adel Fathi

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( 22 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Abane-Ben Bella

Le complexe
des négociations
Par Adel Fathi
Guerre de libération
Histoire

Dans ses Mémoires, parues en 2002, l’ancien colonel


de la Wilaya II, Ali Kafi, n’hésite pas à loger Abane
Ramdane et Ahmed Ben Bella – deux rivaux historiques
– à la même enseigne. Voulait-il régler ses comptes
avec ses deux dirigeants de premier rang ou alors avait-
il l’intention d’éclairer l’opinion sur un des épisodes les
plus scabreux de la Révolution de Novembre ?

S
elon l’ancien président des pires accusations ? Dans ses ri-
du HCE, la disparition postes, l’ancien président du GPRA
d’Abane Ramdane est Benyoucef Benkhedda, fidèle com-
à mettre sur le compte pagnon d’Abane, confirme les
d’une trahison. S’ap- contacts que Abane Ramdane et
puyant sur une des lettres portant lui-même ont eus avec l’envoyé de
la signature du colonel Amirouche Mendès France, l’avocat Charles
et sur une déclaration qu’il aurait Verny, et assure qu’aucun pacte
entendue de sa bouche, lors de la secret n’a été signé avec l’ennemi
fameuse rencontre de Oued Asker et que les discussions n’avaient pas
(Wilaya II), en 1957, Kafi est persua- dépassé ce cadre.
dé que Abane a noué des contacts D’après Rédha Malek, dans son
avec l’autorité coloniale. Il estime ouvrage L’Algérie à Evian : histoire
que cette « initiative » s’inscrit dans des négociations secrètes 1956-
le même esprit de négiociation avec 1962, vers le début mars 1956,
l’ennemi auquel, d’après lui, avaient Guy Mollet désigne un émissaire
pris part d’autres symboles de la ré- en vue d’ouvrir un dialogue avec
volution, citant Ben Bella, Lamine les représentants algériens. «A son
Debaghine et Mohamed Khider, retour d’un voyage à New Delhi
avec le gouvernement Guy Mollet. et à Karachi, M. Christian Pineau,
A supposer que ces contacts ministre des Affaires étrangères,
aient eu lieu, sont-ils pour autant s’arrête au Caire où il a, le 5 mars
des traitres, comme le dit et le 1956, des conversations avec le
pense Ali Kafi, relayé étrangement président Nasser. Il lui propose
par Ben Bella dans son réquisitoire l’ouverture de pourparlers secrets
contre Abane et les hommes du avec le FLN», écrit l’ancien chef
Congrès de la Soummam ? Pour- de gouvernement et ancien négo-
quoi cet empressement de jeter ciateur à Evian. Les membres de
Ali Kafi
l’opprobre sur lui et de l’accabler la Délégation extérieure du FLN

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( 24 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire

1 2
3
4

1. Abdelaziz Bouteflika. 2- Yacef Saâdi. 3- Ahmed Ben Bella. 4- Houari Boumediene

décident, après un moment de ter- les deux délégations, algérienne et Bella en personne aurait assisté à
giversation, d’aller à la rencontre française, se rencontrent dans la ces pourparlers. «En septembre,
afin de connaitre «les intentions capitale fédérale yougoslave, l’île nous aboutîmes enfin à un accord
françaises». Mohamed Khider fut de Brioni. Au cours de cette ren- (dit Ben Bella). Il fut décidé que
désigné pour représenter le FLN à contre, la délégation algérienne est chacun rentrerait chez soi pour
cette rencontre. représentée par M’hamed Yazid et le faire contresigner», écrit l’his-
En dépit de l’échec de ce pre- Ahmed Francis. torien et écrivain Robert Merle.
mier contact entre les deux par- D’après des historiens, se ré- Pourquoi le procès fait à Abane
ties, le dialogue, après près de férant à des témoignages, dont Ramdane n’a-t-il pas été fait aussi
deux ans de guerre, est enfin celui de Robert Merle, plusieurs à Ben Bella et à tous les négocia-
enclenché. Ainsi, après la ren- responsables du FLN ont eu des teurs du FLN : Salah Zamoum et
contre du Caire, le contact est contacts avec les représentants les officiers de la Wilaya III, etc.
rompu. Mais quelques mois plus du gouvernement français. Pas ? Personne ne peut les accuser
tard, l’initiative vient à nouveau moins de cinq rencontres auraient de trahison, du fait qu’ils vou-
du gouvernement français, par regroupé les deux parties, sous laient, tous, chacun à son niveau
l’intermédiaire du représentant du le gouvernement de Guy Mollet et à sa façon, servir la cause de
leader yougoslave, Jozip Broz Tito dans plusieurs capitales : Le Caire, l’indépendance. Encore, pour ce
à Paris. Ainsi, le 26 juillet 1956, Belgrade et Rome. Ahmed Ben qui concerne Abane Ramdane et

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Guerre de libération
Histoire
çais, à savoir connaissance du FLN en tant
la re- qu’unique représentant du peuple
algérien et le droit des Algériens à
l’autodétermination et à l’indépen-
dance.
Maintenant, il est vrai que,
dans la perspective des négo-
ciations d’autodétermination, la
France coloniale a tout fait pour
se passer des chefs historiques,
dont Ahmed Ben Bella, qui se
trouvaient alors en prison, en
France. Ce qui n’empêchera pas
Ben Bella, à l’Indépendance, de se
propulser à la tête du pays, adoubé
par l’armée des frontières et une
partie de la classe politique.
Rachid Gaïd (le frère de Malika Gaïd), en campagnie de Abane Ramdane à Tunis en 1957
Adel Fathi
d’après des témoi-
gnages concordants, ce
dernier aurait rencon-
tré, pour la première
fois, deux émissaires
de Pierre Mendes
France, dont l’avocat
René Stibbe à qui il
aurait expliqué que
le Front de libération
nationale (FLN) «ne
pouvait négocier avec
le gouvernement fran-
çais qu’à travers une
délégation officielle
française et une délé-
gation algérienne dans
laquelle devraient fi-
gurer des responsables
de l’intérieur et de
l’extérieur». L’artisan
de la plateforme de la
Soummam aurait mis
des «préalables» pour
toute négociation avec
le gouvernement fran-
Bamako, 3 décembre 1963.
De g à dr. : L’empereur d’Ethiopie Hailé Sélassié, Ben Bella, Abdelaziz Bouteflika. Derrière : Ahmed Boumendjel
à sa droite, Saâd Dahlab, le Président malien Modibo Keïta avec Réda Guedira derrière lui et Hassan II.

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( 26 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Genèse d’une
libération
Par Mohamed Amine

Par Mohamed Amine


Guerre de libération
Histoire

L’écriture de la guerre de libération algérienne souffre encore


que les faits soient, souvent, découpés et suspendus isolément,
ou insérés dans une narration linéaire, qui ignore leurs déter-
minants fondamentaux. A ce titre, la lecture policière sur la
mort du colonel Amirouche aurait été plus efficace si elle était
étayée par une vision globale des enjeux, aussi bien externes
qu’internes de la guerre d’indépendance. Pour autant que le
colonel Amirouche ait été victime d’une livraison à l’ennemi (le
colonel El Haoues, mort à ses côtés, ne figurant pas au même
plan). A côté, l’écriture officielle, lissée, emphatique qui croit
idéaliser le combat libérateur, se trouve impuissante à faire
face, ou au moins, à se faire une place dans l’espace où se vend
le passé revisité. Cette écriture veut construire l’opinion que
l’Etat actuel de l’Algérie est, dans le même temps, un aboutis-
sement naturel et idéal.

H
eureusement Après la tragédie de mai 1945, libérale communauté française»,
que, au bout l’Algérie avait changé. Le massa- en arguant que « … les distinc-
du compte, les creur en chef, le général Duval dé- tions actuelles, consécutives au
Algériens ont clarait : « Je vous ai donné la paix régime colonialiste, (nous) font un
gagné de ne plus pour dix ans ; si la France ne fait devoir d’accepter des aménage-
être des sous-hommes et de sortir rien, tout recommencera en pire ments provisoires… ». Les ulémas
de la nuit coloniale. et probablement de façon irrémé- ne se départissent pas de s’être in-
Le 1er novembre 1954, la guerre diable. » La réalité coloniale s’était terdits, dans leurs statuts, de faire
d’Algérie vient enfin de s’imposer exprimée. Elle a posé l’évidence de la politique, et s’en tiennent à la
aux colonisateurs. Ce fut le dernier de deux camps inconciliables sans revendication sociale et religieuse.
le reniement des Algériens de Le Parti communiste algérien
épisode d’un long et douloureux
leurs droits d’humains. Un parti, (PCA), quant à lui, persiste dans sa
drame qui a déchiré un peuple
seul, en tire les enseignements, le thèse, de minoration de l’oppres-
et a failli le faire disparaître, tel PPA. Sur la scène, les réformistes sion coloniale vis-à-vis de la lutte
que cela s’est déjà produit pour de tous bords s’accrochent à une des classes, à laquelle l’Algérien
d’autres. A la date décidée pour illusoire bonne volonté du colo- doublement opprimé n’adhère pas.
l’ultime combat, il s’agissait de nialisme. Ferhat Abbas, président Du côté des Européens, en
faire subir la guerre à l’oppresseur, de l’Union démocratique du Ma- général, de forts courants se cris-
qui devait prendre conscience que nifeste algérien (UDMA), ne dé- tallisent et se radicalisent en prévi-
le temps de la violence qu’il exer- sarme pas de sa vision d’un Etat sion de devoir défendre leurs pri-
çait impunément est révolu. algérien, au sein « d’une vaste et vilèges d’occupants. En novembre

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( 28 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
1946, la peur fonctionne, ils votent d’unité et d’action). L’événement
massivement pour « le Rassemble- Le Comité révolutionnaire s’est concrétisé le 23 mars 1954,
ment pour la défense de l’Algérie d’unité et d’action à la vieille medersa El Rashed, la
française». Confirmant par là qu’on plus ancienne du PPA-MTLD, 2,
ne réforme pas le colonialisme, tel Les luttes d’appareil et le blo- place Rabin Bloch (Ali Ammar,
que le prêchaient, depuis le début, cage qui en découlaient ont fini aujourd’hui). Ce fut le passage à
les indépendantistes, dans la ma- par faire accoucher le Mouve- l’acte, par une rupture radicale
trice ENA-PPA-MTLD. Restait avec le court passé du Mouve-
ment pour le Triomphe des liber-
seulement à clarifier la stratégie et ment national indépendantiste.
tés démocratiques (MTLD), de
les moyens à mettre en œuvre pour Dans les faits, ce fut la matrice de
ce qui sera la base de la direction
la libération du pays. Dix ans plus ce qui sera le Front de libération
de la lutte de Libération natio-
tard, le 1er novembre 1954, émer- nationale (FLN), grâce au bascu-
nale. Mohamed Boudiaf, Mostefa
gent de jeunes militants qui offrent lement dans la dynamique révo-
Benboulaïd (tous deux membres
à un peuple impatient la grande lutionnaire, devenue irréversible.
aventure vers l’indépendance. de l’Organisation spéciale-OS) Les mécanismes de la chimie qui
L’UDMA et les ulémas sont obli- et Bouchbouba Ramdane Alias ont abouti à cette issue sont à
gés deux ans plus tard de se fondre Amri (membre du comité cen- rechercher dans la crise qui dé-
dans le Front de libération natio- tral du MTLD), Dekhli Moha- chirait le MTLD et qui opposait
nale/Armée de libération nationale med dit Si Bachir, membre du sa direction, le Comité central,
(FLN/ALN). Le PCA obtient de comité central centraliste et au chef historique Messali Hadj.
ne pas se dissoudre, mais de sou- responsable général de l’orga- Elle a trouvé son dénouement,
mettre ses éléments à la discipline nisation, décident de fonder le une scission qui allait débloquer
du Front. CRUA (Comité révolutionnaire à jamais le cours de l’Histoire.

Sid Ali Abdelhamid. (CRUA) Hocine Lahouel. (CRUA) Ramdane Bouchebouba. (CRUA)

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( 29 ) www.memoria.dz
Guerre de libération
Histoire
légial, dit des « cinq », constitué de Mustapha Benboulaid,
La réunion des 21 de Mohammed Boudiaf, Mostefa 2. La deuxième zone : le Nord
dite des « 22 » Ben Boulaid, Rabah Bitat, Larbi constantinois, confiée à Di-
Ben M’hidi et Mourad Didouche douche Mourad,
Le CRUA s’élargit à 21 mili- qui seront rejoint par Krim Bel- 3. La troisième zone : la Grande
tants qui vont décider de la date kacem, pour compléter les « six » Kabylie, dirigée par Krim
de déclenchement de la lutte de qu’une photo, prise à la place des Belkacem,
libération nationale (le 22e étant martyrs à Alger, a immortalisés. 4. La quatrième zone : le
Lyès Derriche, le propriétaire de La révolution avait sa direction. Centre, sous la direction de
la maison qui a abrité la réunion). Le 10 octobre 1954, le CRUA se Rabah Bitat
La réunion a lieu le 25 juin 1954, transforme en Front de libéra- 5. et la cinquième zone : l’Ouest
à Clos Salembier (El Madania). tion nationale. oranais, dirigée par Larbi
Les 21 font tous partie de l’Orga- Ben M’hidi.
nisation spéciale du MTLD, l’OS Découpage du
clandestine qui a eu à effectuer territoire national Liste des 22
des opérations de sabotage, des
attentats et de préparer l’insur- En guise d’organisation de - Badji Mokhtar
rection armée, tandis que la di- l’Armée de libération nationale - Belouizdad Athmane
rection s’enfonçait dans l’iner- (ALN), le découpage du territoire - Ben Boulaid Mustapha
tie. Inconnus pour la plupart, en cinq zones (qui prendront plus - Benabdelmalek Ramdane
sauf des quelque 3000 hommes tard le nom de Wilayas) fut opé- - Benaouda Amar
potentiels de l’OS, la gageure ré, de toute évidence, selon des - Benm’hidi Larbi
de se faire reconnaître par les critères géographiques, écono- - Bentobbal Lakhdar
larges masses était de taille. Mais miques et socioculturels. Il fallait - Bitat Rabah
ils exprimaient objectivement la assurer la viabilité du terrain aux - Bouadjadj Zoubir
seule alternative, étant donnée combattants, en termes d’appui - Bouali Said
la radicalité de la colonisation populaire, de ravitaillement et - Bouchaib Ahmed
et la décomposition légaliste ou de topographie militaire pour les - Boudiaf Mohamed
l’attentisme incongru du MTLD. unités. Le Sahara a été intégré à - Boussouf Abdelhafid
Ils pressentaient que le peuple la première zone jusqu’en 1956. - Didouche Mourad
était mûr pour s’engager dans la Sans que le commandement, qui
- Habachi Abdesslam
bataille. Ils ont eu raison, mais fut désigné dans le même temps,
- Lamoudi Abdelkader
le succès de l’aventure était très ne leur obéisse, encore moins au
- Mechati Mohamed
loin d’être garanti, a priori. La fur et à mesure du développe-
- Mellah Rachid
détermination qui les animait n’a ment de la guerre de libération.
- Merzougui Mohamed
pas failli. A l’issue de la réunion, Mohamed Boudiaf est désigné
- Souidani Boudjema
l’Algérie était découpée en cinq en tant que responsable de la
- Zighoud Youcef
zones d’intervention (jusqu’au coordination entre les zones.
- Derriche Elias
congrès de la Soummam, en août 1. La première zone : les Aurès-
1956) et un comité ou conseil col- Nemencha, sous la direction Mohamed Lamine

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( 30 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
RABAH BITAT AMAR OUAMRANE SLIMANE DEHILES M'HAMED BOUGUERRA SALAH ZAMOUM DJILALI BOUNAaMA YOUCEF EL-KHATIB

La Wilaya IV
historique

M'HAMED BOUGUERRA

Par Mohamed Amine


Guerre de libération
Histoire

Centre politico-économique du pays, elle était la plus


riche en potentialités, aussi bien économiques que
sur le plan humain. Elle recelait, par sa situation géo-
graphique, les terres les plus riches, telles la Mitidja,
plaine du Chéliff et le Sersou. Avec Alger, elle jouissait
du privilège d’être le pivot de la révolution et d’avoir
été le théâtre d’événements majeurs, dont le retentisse-
ment a pu impacter l’opinion internationale ou ébranler
les institutions de l’Etat français lui-même.

A
lger, siège du Sa consistance géographique a bar, Bouzegza, monts de Tablat
pouvoir militaire été la suivante : et Palestro. Les principales villes
et colonial fran- Au nord : elle s’étend depuis du périmètre sont Boudouaou,
çais, de l’Etat- Zemouri El Bahri (à l’est) à Té- Bougara, l’Arba, Tablat, Palestro,
major de l’armée nès (à l’ouest). El Harrach, Rouïba et Thénia.
française, du gouvernement gé- A l’est : sa limite est la route La zone 2 : est constituée du
néral de l’Algérie, de l’Assemblée nationale n°5, qui la sépare de la Sahel, des monts du Chenoua,
algérienne et lieu de concentra- Wilaya III Tamezguida, Chréa et des ma-
tion des principales fortunes in- A l’ouest : elle est limitée par quis du Titteri. Comme prin-
dustrielles, agricoles et commer- la route départementale Ténès cipales villes, on peut compter
ciales du système colonial. Ce – Chlef et l’oued Rameka, qui la Tipasa, Hadjout, Cherchell, El
qui lui conférait aussi la possibi- séparent de la Wilaya V. Affroun, Mouzaïa Boufarik, Bli-
lité de recruter des cadres, à par- Au sud : elle est limitée par la da, Médéa, Kasr Boukhari.
tir de l’université notamment, rocade (Nord) jusqu’à Tissemsilt La zone 3 : se compose de la
pour renforcer l’encadrement de et Mahdia ( rocade sud), limites plaine du Chéliff et des massifs
ses instances. Mais elle souffrit nord de la wilaya 6. montagneux, du Zaccar, du Da-
de son enclavement, par rapport Les appellations ayant changé, hra, de l’Ouarsenis et des monts
surtout à l’approvisionnement en la wilaya est divisée en zones, la de Amrouna, Teniet el Had et
armes, au vu de son éloignement zone en régions, la région en sec- Doui. Les principales villes sont
des frontières Est et Ouest et teurs, le secteur en sous-secteurs El Asnam, Ténès, Khemis, Mi-
du fait de la concentration et du et en douars. liana, Ain Defla, Teniet El Had
nombre important de casernes Elle est subdivisée en trois et Tissemsilt.
et de postes militaires. Elle cor- zones : Cette configuration connaî-
respond à la quatrième zone du La zone 1 : la Mitidja Est, le tra une évolution et des modi-
découpage. secteur montagneux de Zbar- fications, notamment après le

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( 32 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire

Congrès de la Soummam (1956) Zaccar, Dahra et ses principales et une partie de la Mitidja avec
et au fur et à mesure de l’évolu- villes étaient : Tipasa, Cherchell, comme villes importantes : Bou-
tion des données politiques et Hadjout, Miliana et Ténès. farik, Douéra, Staoueli, Saoula,
militaires, en termes d’adaptation En 1959 : fut créée la zone 5, qui
Cheraga, Birkhadem, Birtouta et
aux exigences de la guerre. Ainsi, dépendait de la Wilaya VI en tant
en 1958, la zone 3 a été divisée que zone 1. Elle était composée Baba-Ali.
en 2 parties de part et d’autre de la des montagnes de Dira, Bougou- Détachée en 1956 de la Wilaya
route nationale (Alger-El Asnam), dène et d’une steppe alfatière du IV, par le Congrès de la Soum-
le sud est maintenu en zone 3. sud. Comme villes importantes, mam, Alger a jouit du statut par-
Au nord, la zone 4 nouvellement elle comptait Sour-El- Ghozlane,
ticulier de « Zone autonome »,
créée est affectée la région de Ti- Bir-Ghebalou, Sidi-Aissa, Ain-
paza-Cherchell qui dépendait de Bessem et Ain-Boucif. jusqu’en 1960 où la Wilaya IV fut
la zone 2. Cette zone engloba les En 1960 : ce fut la zone 6 qui est de nouveau chargée de la réinté-
monts du Chenoua, de Cherchell, créée qui englobait le grand Alger grer.

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( 33 ) www.memoria.dz
Guerre de libération
Histoire
Les chefs successifs : 3 - Slimane Dehilès dit Si 6 - Mohamed Bounaama
Sadek (1956-1957) (1961) mort au combat
1 – Rabah Bitat (1954-1955)
arrêté 4 - M’hamed Bougara (1958- 7 – Youcef Khatib (1961-1962)
1959) mort au combat
2 – Amar Ouamrane dit Mohamed Lamine
Boukourou (1955-1956) dé- 5 - Zaamoum Salah (1959-
légué au Conseil national de 1961) mort au combat (cf
la révolution l’affaire si Salah)

Amar Ouamrane

Rabah Bitat Slimane Dehiles

Mhamed Bouguerra

Youcef Khatib
Djillali Bounâama
Mohamed Zamoum dit Salah

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( 34 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
La Wilaya IV dans la guerre

Par Mohamed Amine


Guerre de libération
Histoire

Les témoignages les plus crédibles s’accordent à dire


que la wilaya a été la plus scrupuleuse, jusqu’en 1959,
dans le respect des directives du Congrès de la Soum-
mam. On y parle de « démocratie exceptionnelle ». Ce
qui peut expliquer l’éclatement de l’«Affaire Si Salah»,
due à cette liberté de débat et d’opinion qui régnait.
Après l’empreinte organisationnelle, du colonel Si
Sadek, les hommes qui se distinguèrent et marquèrent
de leur aura la wilaya sont Si M’hamed, Bougarra, son
adjoint militaire Si Lakhdar, Ali Kodja, son successeur
le commandant Azzedine, Omar Oussedik, (si Taleb),
le colonel Si Salah, et Boualem Oussedik.

S
ur le plan purement mi- Parti communiste algérien (PCA).
litaire, après les tâton- Ce ne fut réellement qu’en 1957 que
nements et l’aguerrisse- l’efficacité a pu se manifester. Ce fut
ment des trois premières cette année que furent mis en place
années de guerre, car, les redoutables commandos, qui
comme la plupart des wilayas, le donnèrent des coups très sévères à
ralliement à la révolution n’a pu se l’armée coloniale. Ces commandos
faire dans l’immédiateté du déclen- ont été créés sous le commande-
chement. Même si, dès le 23 octobre ment du colonel Slimane Dehilès,
1956, l’ALN a pu tendre une embus- désigné par Abane Ramdane pour
cade meurtrière à l’armée française organiser la wilaya. Son successeur,
à El-Fernane, près de Berroughia. M’hamed Bougara, impulsa la dy-
L’attaque était dirigée par le chahid namique à un niveau très élevé de
Mustapha Lakehal. Un fait majeur stratégie.
est à noter, celui de la grève des étu-
diants et lycéens de mai 1956 qui Les commandos se répartissent
offre au FLN et à l’ALN un réser- comme suit :
voir inespéré de recrues de qualité,
Zone une :
qui apportaient des compétences à
l’organisation, ajoutées à l’apport de Commando Ali Khodja :
Slimane Dehiles l’intégration des militants issus du • katiba Omaria (région une)

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( 36 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire

Commandant Azzedine lors de son arrestation Commandant Mokrani Saïd dit Si Lakhdar

• katiba Rahmania (région • Katiba Koudria (région trois) ler, ont bénéficié de l’action de « la
deux) • Katiba Karimia (région trois) Zone autonome d’Alger », caisse de
• katiba Othmania (région • Katiba Hoceinia (région résonance médiatique, qui obligea
trois) quatre) les forces colonialistes à se concen-
• katiba souleimania (région Zone quatre : trer sur la capitale, ce faisant, en dé-
quatre) laissant les maquis. Sans préjudice
• Katiba Hakimia (région une)
• Katiba Djelloulia (région du fait qu’elles n’avaient pas encore
Zone deux :
deux) pu prendre la mesure de la guerre
Commando Si Mohamed : • Katiba Zaabania (région de guérilla menée par l’ALN et que
• Groupes de fidayine (région trois)
une- Sahel) Dans l’ensemble on compte, ain-
• Katiba Omaria (région deux) si, 26 katibas de 105 à 110 hommes
• Katiba Youssoufia (région répartis en trois sections et près
trois) de 3.000 hommes en 1957 (sans y
• Katiba Hamdania (région intégrer les services auxiliaires et
trois) les différents soutiens de l’Orga-
• Katiba Zoubiria (région nisation civile du FLN (OCFLN).
quatre) Ce chiffre va connaître des hausses
• Katiba Azzedinia (région et des régressions, en fonction des
quatre) pertes au combat et des flux de re-
Zone trois : crutement, selon les périodes. Mais
Commanda Si Djamel : l’année de leur constitution a été
• Katiba Hoceinia (région une) très prolifique en faits d’armes.
• Katiba Hamdia (région deux) Les commandos, il faut le signa- Djilali Bounaâma

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Guerre de libération
Histoire

1 2
3

1- Youcef Khatib. 2- Slimane Dehiles. 3- M’hamed Bouguerra

les moyens qu’elle aura, plus tard, sateurs et de leurs soutiens. Elles de la mythique bataille du Djebel
ne sont pas encore fournis. Sans démontraient, de plus et avant Bouzegza, qui a coûté plus de 600
préjudice, de même, que l’achemi- tout, pour l’Etat français, qu’il morts à une troupe dirigée par
nement des armes pouvait encore avait à faire à un peuple en armes, quatre généraux, dont le général
se faire à partir des frontières. un peuple qui démontrait sa déter- Massu, haut fait d’armes du com-
Il ne s’agit pas, bien sûr, d’une mination à se défaire de la domi- mando Ali Khodja, mené par
guerre classique, mais d’actions à nation, qu’il s’en était défait dans le commandant Azzedine, voici
très fort impact politique et psy- sa conscience et qu’il s’était libéré. quelques autres :
chologique, qui marquaient la rup- Ainsi, rapportées à leur dimension - Le 9 janvier 1957, une embus-
ture avec des dizaines d’années de de guérilla, dans un rapport de cade est menée par Mohamed
règne, sans partage de la violence force asymétrique, les opérations Benmoussa (Si Hamdane) à Tizi
institutionnelle du colonialisme, de l’Armée de libération natio- Franco, près de Menaceur, dans la
qui signifiaient la fin de la sou- nale ont irrémédiablement miné région de Cherchell, sur le versant
mission d’un peuple à un système les fondements hégémoniques de nord du Dahra où l’ALN a pu ré-
inique et qui répandaient l’insécu- la colonisation et détruit son mo- cupérer 90 armes dont trois fusils
rité et l’effroi au sein des coloni- nopole de la violence. En dehors mitrailleurs.

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( 38 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
- Le 28 février 1957, un comman- - Le 5 juillet, la katiba Hassania a le seul Ouarsenis, nécessité fut de
do, dirigé par Si Slimane, a réalisé abattu un avion Jaguar dans la ré- bannir les grands regroupements
une opération près de Damous, gion de Aïn-Defla, près du djebel et à n’y recourir qu’en cas de be-
entre Cherchell et Ténès. Il a ré- Doui qui surplombe la plaine du soin, et ce, jusqu’à l’indépendance.
cupéré 68 armes, dont six fusils Chéliff. Mode de gouvernance pour-
mitrailleurs (dont deux d’un avion - Le 30 décembre 1958, la katiba suivi par les successeurs de Si
abattu). Omaria a été accrochée par les M’hamed, Si Salah et Youcef Kha-
- En mai 1957, près de Hassania, forces françaises à Mokorno, tib (Si Hassan). Alors que le côté
dans la région de Aïn-Defla, une dans les montagnes qui entourent militaire cédait peu à peu à l’enga-
compagnie ennemie fut décimée, Berrouaghia, au sud de Médéa. gement populaire.
un capitaine et deux sous-officiers Deux jours plus tard, le bataillon
furent capturés. Ben Badis, composée des katibas Le PCA, l’aspirant Henri
- Le 13 septembre 1957, une em- Zoubiria, Hamdania, Omaria et Maillot et le maquis rouge
buscade dans les monts de Dira, une section de la Djelloulia de la
près de Sour El-Ghozlane, dirigée Wilaya VI, zone une, affrontait, Le 4 avril 1956, le militant com-
par Nouri Seddiki, dit N’Haye, au même lieu, plusieurs milliers muniste Henri Maillot, fils d’un
permit de récupérer une trentaine de soldats français. L’ALN abattit Européen d’Algérie, précédem-
d’armes. trois avions, élimina près de 200 ment comptable au journal Alger
- Le 16 octobre 1957, à Zougala, éléments des troupes françaises, et Républicain, rejoint la révolution,
au pied du Zaccar, près de Milia- perdit 144 hommes. en détournant un camion d’armes
na, neuf fidayine, ont affronté des Cependant, l’objectif restait qu’il était chargé de convoyer.
parachutistes. Dix sept militaires beaucoup plus politique que mili- Maillot dira dans une lettre : « Je
français furent tués, dont un capi- taire, et la violence révolutionnaire ne suis pas musulman, mais je suis
taine. Huit fidayine trouvèrent la était, principalement, destinée à Algérien, d’origine européenne. Je
mort. pousser l’ennemi à reconnaître le considère l’Algérie comme ma pa-
- Le 16 janvier 1958, la katiba Ka- droit à l’indépendance du peuple trie. Je considère que je dois avoir
rimia, dirigée par Tahar Boucha- algérien. Selon ce principe, l’enga- à son égard les mêmes devoirs que
reb, attaqua une compagnie près gement des forces disponibles de- tous ses fils. Au moment où le
du barrage de Oued Foddha, entre vait obéir au principe de minimiser peuple algérien s’est levé pour libé-
la plaine du Chéliff et l’Ouarse- les pertes en vies, au profit du gain rer son sol national du joug colo-
nis. Le bilan fut de 28 prisonniers psychologique. En réponse, donc, nialiste, ma place est aux côtés de
français. à une augmentation des moyens ceux qui ont engagé le combat li-
- Le 5 mars 1958, quatre katibas humains et matériels mis dans la bérateur… En accomplissant mon
dirigées par le chef militaire de la balance par les colonisateurs, il geste, en livrant aux combattants
Wilaya IV, Si Lakhdhar, affron- fallait revoir la stratégie sur le ter- algériens des armes dont ils ont be-
tèrent des unités françaises, à Bou- rain. Face aux grandes opérations soin pour leur combat libérateur,
gaadoun, dans la région de Beni de ratissage, conçues par le général des armes qui serviront exclusive-
Slimane. On compta des dizaines Challe, telle l’opération « Courroie ment contre les forces militaires et
de morts dans les rangs français. », menée du 18 avril au 19 juin 1959, policières et les collaborateurs, j’ai
Si Lakhdhar et un de ses adjoints, dans la couronne montagneuse de conscience d’avoir servi les intérêts
Si Abdelaziz, y ont laissé la vie. Le l’Algérois et de l’Ouarsenis, sui- de mon pays et de mon peuple, y
22 avril suivant, une bataille a eu vie de l’opération « Cigale », du 24 compris ceux des travailleurs eu-
lieu où tombèrent 60 combattants. juillet au 24 septembre 1960, dans ropéens momentanément trom-

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Guerre de libération
Histoire

2
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1- Mhamed Bouguerra. 2- Bouchareb Tahar dit Laghouati. 3- Commandant Azzedine. 1958

pés. »L’opération a été coordonnée là. Le butin de Maillot : 97 fusils Combattants de la libération » à
par Bachir Hadj Ali, secrétaire du de guerre, 95 mitraillettes douze la Wilaya IV l’Arbaâ, Palestro, Té-
PCA et coordonnateur des Com- caisses de grenades offensives, 50 nès, Cherchell, Zaccar, El Asnam
battants de la libération (branche pistolets à barillet, modèle 92, et fut réalisée par Amar Ouamrane.
militaire du PCA, créée au mois de 40 pistolets automatiques 7 mm, Mais l’aspirant Maillot trouva mal-
juin 1955). Ce fait d’armes va per- 65. Ces armes étaient accompa- heureusement la mort, le 5 juin
mettre aux communistes algériens gnées de leurs munitions. Début 1956, dans ce qui est appelé le «
de prendre langue avec la direction mai 1956, une rencontre a lieu, Maquis rouge » dans l’Ouarsenis.
du FLN, assez réticente à intégrer place Bugeaud (Place Emir Ab- Le groupe est décimé par l’armée
leurs éléments dans l’ALN. Abane delkader), à Alger, entre Abane française, assistée des supplétifs
Ramdane écrivait le 15 mars 1956, Ramdane et Bachir Hadj Ali, assis- du tristement célèbre Bachagha
à la délégation extérieure du FLN, tés respectivement de Benyoucef Boualem. Maillot, capturé vivant,
au Caire : «Si les communistes Benkhedda et de Sadek Hadje- refuse selon des témoignages de
veulent nous fournir des armes, il rès. Selon l’historien Mohammed crier « Vive la France » et clame «
est dans nos intentions d’accepter Teguia, Abane rendit hommage Vive l’Algérie indépendante ! » Il
le Parti communiste algérien en aux communistes et annonça son fut abattu sur-le-champ..
tant que parti au sein du FLN, si projet de promouvoir l’aspirant Mohamed Lamine
les communistes sont en mesure Maillot comme lieutenant dans
de nous armer». L’occasion était la Wilaya III. L’intégration des «

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( 40 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
L’affaire Kobus
ou l’histoire d’une
manipulation

Par Mohamed Amine


Guerre de libération
Histoire

Un militant du PPA/MTLD, Abdel-


kader Belhadj Djillali, surnommé «
Kobus », allait causer beaucoup de
torts à l’ALN. Retourné par la po-
lice française, avant le déclenche-
ment de la lutte, il servit d’abord
d’indicateur et d’informateur. En
1956, il fut chargé de construire un
« contre maquis ». Son discours aux
recrues faisait des éléments de la
Wilaya IV des communistes, qu’il
fallait combattre. Les rescapés
du « Maquis rouge », qui avaient
Abdelkader Belhadj Djillali, échappé aux ratissages de l’armée
surnommé « Kobus »
française, servant de « preuve ».

U
ne faille dans ce qu’on
appelle la « Force K », la
majorité des recrues était
des nationalistes convain-
cus. Deux années durant,
aux côtés des harkas du Bachagha Boua-
lem, la « Force K » sera d’une cruauté
insoutenable, sous l’apparat de l’ALN,
pour semer la confusion. C’est en présen-
tant à ses hommes des officiers français,
que Kobus jeta le doute la première fois,
au sein de ses hommes. La « Force K »
atteint un effectif de deux mille hommes.
Le conseil de la Wilaya IV décide alors
de liquider les forces de Kobus qui oc-
cupaient le passage indispensable entre
le Zaccar, et l’Ouarsenis, et gênaient les
mouvements de l’ALN. Par des actions
psychologiques et militaires combinées,
associant les familles des recrues de Ko-

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( 42 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire

Manifestations de décembre 1960

bus, la suspicion est semée, fai- bi Ben M’Hidi a été arrêté le 23


sant que trois officiers adjoints Les manifestations février et assassiné début mars
de Kobus prennent contact avec de décembre 1960 et, le 27 février, Krim Belka-
l’état-major de la Wilaya lV pour cem et Benkhedda se rendirent
discuter des termes de leur rallie- La « Zone autonome d’Alger », à l’extérieur à travers la frontière
tunisienne, Abane Ramdane et
ment à l’ALN. Le 28 avril 1958, qui a servi jusqu’en 1957 de siège
Saad Dahlab à travers la fron-
Kobus est abattu par l’un de ses à la direction du FLN/ALN, a
tière marocaine. Alger fut, après
officiers et sur un effectif de 1315 fini, après la « Bataille d’Alger » des tentatives de réorganisation,
hommes de la « Force K », 1025 et le démantèlement sanglant des rattachée à la Wilaya IV, qui
avaient rejoint l’ALN avec armes, réseaux qui animaient la résis- put mettre sur pied des filières
munitions et matériels militaires tance, par poser un problème de qui contribuèrent à encadrer les
divers. L’ « Affaire Kobus » était prise en charge pour le maintien mémorables manifestations de
close. et la réactivation de la lutte. Lar- 1960.

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( 43 ) www.memoria.dz
Guerre de libération
Histoire
l’Armée de libération natio-
nale, en affrontant désarmé
les balles assassines. La révolu-
tion vient de signer sa victoire,
plus rien ne pouvait l’arrêter.
L’historien allemand, le Pr
Hartmut Elsenhans, parle de
« Diên Biên Phu politique de
la guerre d’Algérie ». C’était le
cas, l’objectif du 1er novembre
s’est accompli, la population a
pris le flambeau pour l’exhiber
aux yeux du monde entier et à
ceux de l’occupant. Ce sera le
début de la reconnaissance de
la nation algérienne et le cata-
lyseur de tous les événements
qui vont amener l’Etat français
Démantelement du réseau bombes de Yacef Saâdi, le colonel Godard présente à la presse
33 bombes récupérées lors d’une fouille à la Casbah d’Alger
à la table des négociations à
Evian, et à reconnaître, enfin,
Le 11 décembre 1960, spon- des calculs les plus pessimistes. Le l’indépendance de l’Algérie.
tanément, les masses algéroises peuple rejoignait, au grand jour, Mohamed Lamine
envahirent les rues de la ville,
déferlant des quartiers popu-
laires, pour crier leur désir
d’indépendance. Le mou-
vement, parti de Belcourt,
arborant le drapeau vert,
blanc et rouge, se propage
à tous les quartiers, aux cris
de « Vive l’Algérie », « l’Algé-
rie algérienne », « l’Algérie
musulmane » ou, encore, «
Vive le GPRA ». Le pouvoir
colonial est pris au dépourvu,
étant loin de s’attendre à un
tel séisme qui ébranlait sa
certitude, officielle qu’Alger
était pacifiée et, plus loin, sa
propagande quant à l’affai-
blissement de la « rébellion
». Quelque chose venait de se La délégation du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) à Lugrin,
passer qui ne faisait pas partie en Haute-Savoie, le 20 juillet 1961

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( 44 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
L’affaire Si Salah
ou celle de l’Elysée

Par Mohamed Amine


Guerre de libération
Histoire

A la mort au champ d’honneur, les armes à la main du


colonel Si M’Hamed Bouguerra, le 5 mai 1959, à Ouled
Bouâchra, dans la région de Médéa, et dont le corps n’a
pas été retrouvé jusqu’à aujourd’hui, la Wilaya IV est
prise en main par le commandant Si Salah, de son vrai
nom Mohamed Zamoum. Un mois avant l’accession de
Si Salah au commandement de la Wilaya IV, et jusqu’à
juin 1959, celle-ci comme sa voisine la Wilaya III fai-
saient face à l’opération des militaires français, dite la
« bleuite », qui avait emporté entre 300 et 500 cadres de
l’ALN, selon diverses sources.

L
a survenue de cette les couper du soutien de la popula-
stratégie satanique tion. Les stratèges militaires colo-
adoptée par les ren- niaux n’ignoraient nullement que
seignements colo- les maquis de l’ALN n’étaient plus
niaux consistant à pourvus suffisamment, en armes,
convaincre les dirigeants de la Ré- en hommes et en vivres provenant
volution que leurs effectifs étaient de Tunisie et du Maroc, du fait de
truffés de faux cadres, notamment la construction des barrages élec-
les nouvelles recrues, à la solde de trifiés et bien gardés, tout au long
l’ennemi, intervenait alors que les des frontières algéro-tunisiennes
maquis de l’ALN étaient asphyxiés et algéro-marocaines. Les armes
par de vastes opérations des armées n’arrivaient pas notamment à la
coloniales, fortement équipées Wilaya IV, trop éloignée des fron-
en armements lourds, en blindés, tières, et les correspondances des
avions et autres moyens logis- chefs de l’ALN adressées dans ce Salah Zamoum
tiques et humains. Ces opérations sens aux dirigeants de l’extérieur
militaires portant divers noms de restaient souvent sans réponse, ce boutoir répétés des armées fran-
code entraient dans le cadre du qui mettait à rude épreuve le mo- çaises et de leurs alliés indigènes.
Plan Challe et étaient destinées à ral des dirigeants et des djounoud Dans la Wilaya IV, le Plan
neutraliser le gros des troupes de tenant difficilement, convaincus Challe commence par l’opération
l’ALN, pour contraindre les survi- qu’ils étaient là pour défendre une « Courroie », couronne monta-
vants à la mort ou à la reddition et cause juste, devant les coups de gneuse de l’Algérois à l’Ouarsenis,

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( 46 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire

M’hamed Bouguerra debout au maquis

du 18 avril au 19 juin 1959 et se lée, brisée ». Et c’est en connais- phyxie des maquis, due au manque
poursuit par l’opération « Jumelles sance de cause que de Gaulle, d’armement, a dissuadé nombre
» du 20 juillet au 30 mars 1960. Se revenu au pouvoir, lance son fa- d’entre eux de poursuivre le com-
réjouissant des résultats du plan du meux appel du 16 septembre 1959, bat. Mais il faut signaler aussi que la
sanguinaire commandant en chef parlant pour la première fois, du « décision de négocier avec la France
des forces armées françaises en principe de l’autodétermination du n’a pas été unanime. Mis à part les
Algérie, le général Morice Challe, peuple algérien », en réalité pour quatre commandants du conseil
des militaires français issus de tenter de gagner la sympathie de de la wilaya qui étaient associés à
la Légion étrangère soulignaient l’ALN, sachant que la poursuite de cette aventure, les maquisards de
qu’il « se révéla d’une magistrale la guerre d’Algérie, non seulement rang inférieur ne savaient rien de
efficacité. Le succès des premières ruinera la France, mais ne sera pas ce qui se tramait à ce moment-là »,
opérations dépassa les espérances : réglée militairement, d’autant que écrivait à ce sujet le journaliste spé-
50 % du potentiel rebelle détruits la cause algérienne gagnait en sym- cialisé en histoire de l’Algérie, Ait
dans l’Oranie, 40 % dans l’Algé- pathie internationale. « Bien que Benali Boubekeur, le 11 juin 2010.
rois, autant dans les autres régions. le conseil de la Wilaya IV ait été Après une série de contacts secrets,
L’ALN de l’intérieur était morce- exemplaire jusqu’à la mi-1959, l’as- en Algérie, entre les adjoints de Si

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( 47 ) www.memoria.dz
Guerre de libération
Histoire
ba au champ d’honneur dans une
embuscade de l’armée française à
M’chedallah, près de Bouira, le 20
juillet 1961, alors qu’il se rendait
à Tunis pour informer les diri-
geants de l’extérieur à propos de
la rencontre de l’Elysée, alors qu’il
n’était plus le chef de la Wilaya IV
depuis des mois. De son côté, Si
Mohamed successeur de Si Salah à
la tête de la Wilaya IV, a été tué, à
son tour, le 8 août 1961, à Blida. «
En se rendant à Blida en août 1961,
il a pris une initiative contraire à
l’habitude selon laquelle un chef de
Wilaya ne se rend jamais en ville. Il
De g. à dr. : Si Chérif, Si M’Hamed, Si Salah Zamoum, Si Amar Ouamrane,
Si Slimane Dehilès et Si tayeb Oussedik
voulait sans doute mourir au mo-
ment où les négociations venaient
Salah et des représentants du colo- de Gaulle a autorisé les chefs de la de progresser à Lugrin. Il ne vou-
nialisme autour de « négociations Wilaya IV à se rendre aux wilayas lait pas survivre alors que tous ses
de paix », et un éventuel arrêt de la limitrophes en toute sécurité. Le compagnons de l’affaire de l’Élysée
guerre, rendez-vous fut pris pour but étant bien sûr de rallier ces avaient tous disparu », a expliqué
une rencontre avec le général de wilayas au processus de cessez- dans ses mémoires le Comman-
Gaulle, à Paris, pour parvenir à ce le-feu, ratifié à l’Elysée », rappelle dant Lakhdar Bourega. La dispa-
but. C’est ainsi que Si Salah et ses Ait Benali. Seulement, il n’y avait rition de tous les dirigeants de la
deux adjoints Lakhdar Bouchama pas unanimité des dirigeants de la Wilaya IV, qu’ils aient pris part ou
et Si Mohamed Bounaama, sont Wilaya IV sur l’accord de cessez- non à la rencontre avec de Gaulle,
reçus à l’Elysée le 10 juin 1960, par le-feu, évoqué avec de Gaulle, qui arrangeait les affaires de l’Elysée,
le général de Gaulle qui cherchait a refusé la demande de Si Salah de
qui a préféré mettre définitivement
comme son entourage la signa- consulter le GPRA à Tunis, sur
au secret cette affaire, pour enta-
ture par les dirigeants de l’ALN les pourparlers, préférant infor-
mer de vraies négociations avec
d’une reddition pure et simple, mer lui-même Tunis et Rabat par
le GPRA. Toujours est-il que les
avec armes et bagages, à l’insu du un discours et par les médias. La
GPRA. « Bien que le général de suite, on la connait, les dirigeants chefs de la Wilaya IV n’avaient pas
Gaulle ait compris que la solution de la Wilaya IV seront mis au ban trahi la cause algérienne en ren-
au conflit ne pouvait se matériali- des accusés, sauf Si Mohamed, qui contrant de Gaulle, et refusaient
ser sans l’accord du GPRA, il n’en était réticent sur la rencontre avec tout accord de reddition, syno-
demeure pas moins que l’initiative de Gaulle. Aussi bien Si Salah que nyme de défaite, et nul accord de
de la Wilaya IV paraissait, pour lui, ses adjoints seront tués et plusieurs paix qui permet au peuple algérien
autant exploitable que tout autre versions sur leur mort seront don- de recouvrer son indépendance
manœuvre visant à fragiliser la nées mais jusque-là la vérité vraie n’aurait été conclu sans l’aval du
représentativité du gouvernement reste à découvrir. Selon la version GPRA.
provisoire. D’ailleurs, le général officielle du GPRA, Si Salah tom- Mohamed Lamine

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( 48 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Les Melzi
Frères de sang, frères de guerre
Par Mohamed Amine
Guerre de libération
Témoignage

Ils sont cinq frères à avoir embrassé le militantisme révolution-


naire dès leur jeune âge, ce sont les frères Melzi. Deux d’entre
eux, Allel et Salah vivent encore et ont reçu une équipe de « Mé-
moria » chez eux, à Hydra, au Djnane Nefissa El Haroual, ex-
chemin de la Madeleine pour évoquer leurs souvenirs durant le
mouvement national et leur participation ainsi que celle de leurs
défunts frères Mohamed, Chafik et Youcef. Allel du haut de ses 90
ans, se rappelle comment il a été enrôlé dans l’Organisation spé-
ciale (OS) pour devenir chef de groupe. A part, Youcef qui était
apolitique, selon Salah, mais militaire, les autres frères mili-

«
taient au sein du MTLD créé par Messali Hadj, en 1947.

Messali nous a appris que l’indé-


pendance ne se donne pas, ne
s’achète pas, elle s’arrache …. »,
ont-il dit dans un document retra-
çant leurs actions de Moudjahi-
dine, dès le déclenchement de la
lutte de libération nationale, par le
groupe des 22, en 1954. « Les pre-
mières bombes qui ont éclaté dans
les colis postaux en 1955, à El Biar
et ses environs, ont été déposées
par le responsable des Fidayine
et membre du PPA /MTLD/OS,
sous le nom de « Bataillon de la
mort » par Khider Ali dit : « Shlo-
fen ». Le contacte périodique était
dans la propriété Melzi à Hydra.
Un domaine de plusieurs hectares,
une grotte souterraine qui servait
de cache d’armes et d’engins explo-
sifs artisanaux et un tunnel sou-
terrain de plusieurs kilomètres que
les Fidayine empruntaient pour
leurs déplacements secrets ». Et
les frères survivants de poursuivre
que «plusieurs personnalités ont
Salah Melzi à gauche et son frère Allel dans la maison familiale

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( 50 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Témoignage
fréquenté ce lieu dont Mostefa
Benboulaid, Ben M’hidi, Rabah
Bitat, Hadj Belkacem Zinaï dit El
Beidaoui, El Arbi Tébessi, Moha-
med Boudiaf, Mourad Didouche
…etc.… », En fait leur maison
d’El Biar était le refuge des di-
rigeants de la Révolution avant
son déclenchement. Ces per-
sonnalités étaient recherchées
par la police pour leurs actions
au sein de l’OS. «Je faisais par-
tie d’un groupe de choc chargé
d’opérer dans le centre d’Alger
et dans les environs d’El Biar.
A cette époque, nous n’avions En médaillon, Mohamed Melzi, condamné à mort

pas d’armes et encore moins tat était commis par Allel Melzi,
d’explosifs. C’était difficile, bien Amar Brik et Louanes Melouah.
sur mais toute les peines du Entre temps, il y a eu des cou-
monde réunies n’auraient pas pu pures de poteaux des lignes
décourager l’Algérien digne de téléphoniques. « On sciait les
ce nom…. », témoignait l’ancien poteaux un à un, depuis le sol
condamné a mort Mohamed et puis, il suffisait de pous-
Melzi, décédé il y a quelques ser l’un d’eux pour que toute la
années et cité par ses frères série, chute », explique Salah.
Salah et Allel. « 16 Fidayine ap- « La 2ème action a été perpé-
partenaient au groupe de choc trée contre des voitures qui ont
chargé d’opérer dans le grand été incendiées. Cette action était
Alger, à leur tête Khider Ali, les préparée par Louanes Melouah,
frères Melzi Mohamed, Chafik, Lounis Khodja, Rezki Medjira ;
Allel et Salah, Diaf Ali, Tou- il y a eu 11 voitures brulées et
mi Ali, Slimani Ahmed, Me- cela suite à la saisie par la police,
louah Louanes, Hamou Guelti, de la voiture du parti, une trac-
Laaroussi Abdelkader, Zegli tion qui se trouvait dans la pro-
Ahmed , Lounis Khodja, Medji- priété Melzi », explique Salah.
ra Rezki , Brik Amar, Chadouli « La 3ème action, ajoute-t-il,
Aissa. Evoquant les attentats était commise au carrefour de
qui ont étés commis, pendant Ben Aknoun, où étais amassés
plusieurs mois à El Biar et ses plus de 200 poteaux flambant
environs, Salah précise qu’une neufs, qui servaient à remplacer
bombe a été lancée dans le ga- les poteaux qu’on coupait. « La
rage de CFRA où il y avait un 4ème action s’est faite sur un
cantonnement de CRS, l’atten- transformateur de gaz situé aux

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Guerre de libération
Témoignage
sont encore jalousement conser-
vées chez les frères, en guise de
souvenir. L’avocate, maitre Ni-
cole Dreyfus, les défendait. Elle
souligne « la dignité d’attitude
» des 16 accusés qu’elle défend.
« C’est au nom de la fraternité
humaine qu’elle entend prendre
la parole. Ses clients sont des
hommes courageux qui recon-
naissent leurs responsabilités,
elle rend hommage à l’attitude
fière et humaine des accusés
qui pour la plupart ont reconnu
l’aspect moral de leur organisa-
tion politique », rapportait pour
les enfoncer, le journal d’Alger
en mars 1957. Les avocats ayant
terminé leurs plaidoiries, le pré-
sident du tribunal demande une
ultime fois aux accusés s’ils ont
quelque chose à ajouter. « C’est
alors que Chafik Melzi déclare:
« Messali nous a appris que l’in-
dépendance ne se donne pas, ne
s’achète pas, elle s’arrache, je
suis près à mourir pour que vive
Chahid Melzi Chafik ma patrie.» Quant à Brik Amar,
il dit: « J’ai lutté, je lutterai, et si
Tagarins d’Alger, où il y’a eu à son domicile où il était gra- on me relâche, je lutterai jusqu’ à
un incendie. L’opération devait vement malade. Allel avait fait la dernière goutte de mon sang»,
toucher une bonne partie des ses armes au sein de l’OS. Au s e souvient Allel Melzi de son
gardes mobiles qui se trouvent tribunal permanent des forces compagnon. Ce courage Chafik
en face du fort l’empereur », dit- armées d’Alger, les 16 militants Melzi l’a toujours eu, indique ses
il encore. « La 5eme action était seront jugés après de longues frères. Lors de son procès déjà,
commise sous la responsabilité tortures, y compris supplice en il défia le juge Paul Caterino,
de Chafik Melzi. Il s’agit d’une mer et injection de sérum de vé- se souvient Salah, qui raconte
bombe déposée au hublot de la rité pour Chafik, raconte Salah. la discussion houleuse entre
mairie d’El Biar par Ali Diaf, Les frères Melzi Chafik, Moha- les deux hommes. Face au juge
son arrestation fut immédiate med, Salah et Brik Amar seront qui lui demandait pourquoi les
avec tout le réseau. Allel Melzi condamnés à la peine capitale, Melzi étaient contre la France
qui réussit à prendre la fuite, travaux forcés pour les autres, et en la présence de maitre Ben-
rejoindra les maquis en Kabylie. selon les journaux colonialistes toumi, Chafik a répondu : « nous
Il sera arrêté 18 mois plus tard de l’époque dont des vielles unes sommes contre le colonialisme. »

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( 52 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Témoignage

Salah Melzi relisant ses mémoires

Le juge : « Vous dites cela, « une armée régulière, puis-


mais en vérité, vous êtes sant ». Chafik lui explique:
contre la France. » Chafik : « nous faisons des embus-
« Non, des Français sont cades, nous tuerons vos sol-
avec nous. » Le juge : « Les dats et récupérerons leurs
arabes aussi sont des colo- armes avec lesquelles nous
nisateurs, ils ont été en Es- tuerons d’autres soldats. » Le
pagne 7 siècles, n’est-ce-pas juge dit alors à Chafik : « je
? ». La réponse de Chafik vois que vous avez beaucoup
est cinglante: « Oui, sont-ils de courage et un sourire à
sortis ? » Le juge : « Avec un la bouche quand vous par-
coup de pied, oui ». Et Cha- lez. J’espère que vous aurez
fik d’asséner: « La France le même sourire le jour de
aussi sortira par un coup de votre exécution ! ». L’avo-
pied », en tapant du pied. Le cate anticolonialiste, Nicole
juge demande alors com- Dreyfus, (1924 – 2010), té-
ment les militants comptent moigne, en 2006, dans un
procéder pour faire sortir colloque, à Toulouse, sur ce Allel Melzi

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Guerre de libération
Témoignage
termes du Code pénal, la peine
capitale. Signe de la manière
dont une grande partie des Eu-
ropéens d’Algérie considéraient
notre travail d’avocat, Le Jour-
nal d’Alger a publié en première
page de son numéro annonçant
le verdict une caricature me re-
présentant aux côtés de ces trois
frères condamnés à mort. Le
Journal d’Alger du 14 mars 1957
fait état de huées, de sifflets et
de vociférations du public qui
interrompt la plaidoirie et de ses
applaudissements aux propos du
président du tribunal militaire ».
Le 9 octobre 1957 Chafik Melzi
quitta pour toujours le couloir
de la mort, lorsque les gardiens
appellent Bourenane et Melzi,
nous étions 3 frères Melzi dans
la même cellule, nous nous
sommes regardés mais, mon
grand frère Chafik m’a devancé,
« Laissez c’est pour moi » Et les
gardiens m’ont claqués la porte
au nez. Raconte Salah, Sur son
chemin vers la guillotine il cria :
« Allah Akbar ! » « Tahia El Dja-
Salah Melzi montrant la photo de son frère Chahid Chafik
zair ! ». Trois exécutions à l’aube
ont eu lieu ce matin-là, raconte
procès « J’ai le souvenir d’une L’un des procès concernait une Salah : Kab abderrahmane,
période particulièrement dou- quinzaine de prévenus, tous Mohamed Bourenane et Chafik
loureuse, en mars 1957, en pleine militants indépendantistes, an- Melzi. Il avait 28 ans. « A chaque
période de la «Bataille d’Alger», ciens membres du MTLD, dont exécution on faisait un bruit as-
où, mandatée par Pierre Stibbe, plusieurs n’étaient pas forcé- sourdissant avec nos gamelles
ment membres du FLN, et qui pour réveiller les autres frères,
j’ai eu à défendre devant le tri-
n’étaient accusés d’aucun atten- pas question qu’on emmène l’un
bunal militaire siégeant dans la
tat. Quatre d’entre eux ont été des nôtres pendant son sommeil
Cour d’assises d’Alger, présidé condamnés à mort, dont les ! De l’autre coté de la prison de
par le juge Roynard, trois affaires frères Melzi, Chafik, Mohamed Serkadji, les femmes de la Cas-
en une semaine, dans lesquelles et Salah, que je défendais, bien bah lançaient des youyous. Une
il a été prononcé, au total, neuf que les inculpations qui pesaient solidarité absolue. Nous étions
condamnations à mort. sur eux ne méritaient pas, aux victimes d’une véritable guerre

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( 54 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Témoignage
psychologique, tous les jours on
entendait le son de la lame tran-
chant le cou de nos frères, de
mon propre frère. Ce courage
là nous le devons à notre mère
qui tout le temps nous soute-
nait et nous lançait : « Echeda
fe allah, ya ouledi » témoigne
Allel. Le 19 juin 2014, lors d’une
rencontre marquant la journée
des condamnés à mort, Salah ra-
contait les conditions de vie des
prisonniers à Serkadji. Ses pro-
pos sont rapportés par le Temps
d’Algérie. « Parqués ensemble,
à trois ou à quatre, dans de mi-
nuscules cellules, ils attendaient
la mort dans des conditions in-
soutenables», se rappelle Salah.
« Victimes d’une véritable guerre
psychologique, les condamnés à
mort pouvaient se rendre compte
qu’il allait y avoir une exécution à
l’aube. Cette nuit-là, les gardiens Salah Melzi montrant la photo de son frère Chahid Youcef
ne nous rencontraient pas. Les
guichets et les petites portières
par lesquelles on nous glissait les
gamelles, étaient fermés. Des ri-
deaux cachant «la scène» étaient
dressés .On entendait pénétrer
le camion transportant la guillo-
tine que la prison louait chez un
particulier, un certain Meisson-
nier d’El Biar. Ce soir, on empê-
chait les frères des autres cellules
de s’endormir. On tapait sur les
robinets de façon à créer des
vibrations assourdissantes dans
les conduits d’eau. Pas question
qu’on emmène l’un des nôtres
à la guillotine dans son som-
meil, de fatigue ou de maladie»,
raconte Salah. « Certains pou-
vaient s’assoupir. Les conditions Chahid Youcef Melzi

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Guerre de libération
Témoignage
de détention étaient telles que
nous avions entamé un mouve-
ment de grève de la faim. Nous
étions des condamnés à mort.
La décence aurait voulu qu’on
nous accorde au moins le droit
à de la bonne bouffe ! On nous
a ramené les CRS. On nous fai-
sait manger de force, nous lavait
et rasait de force. Mais cela a
fini par payer et nos conditions
ont été légèrement améliorées »,
se souvient-il. En 1958, le plus
jeune de nous, Youcef Melzi
tomba au champ d’honneur à
la frontière ouest du pays les
armes à la main, après avoir dé-
serté son service militaire où il
était commando parachutiste en
emportant armes et munitions,
raconte Salah, qui dit avoir
cherché en vain, où mourut son
frère pour l’indépendance du
pays. « Les parachutistes sont
venus chez nous. Ils ont vu la
photo de Youcef dans un cadre
accroché au mur. Mon père leur
a expliqué que son jeune fils
était dans l’armée. Ils ont salué
reconnaissants. Ils sont revenus
le lendemain, après avoir véri-
fié et appris sa désertion. Ils ont
alors brisé le cadre et roué de
coups mon père avant de l’arrê-
ter pour ensuite le libérer grâce
à une intervention.

Mohamed Lamine

Portrait du Chahid Youcef Melzi

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( 56 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
53
e Anniversaire
DE LA FÊTE DE
LA VICTOIRE
Dr Boudjemâa HAICHOUR.
Chercheur universitaire,
ancien ministre

Diplomatie militante et
restauration de l’Etat algérien

LES ACCORDS D’EVIAN


A L’éPREUVE DES FAITS*
Par Dr Boudjemâa Haïchour
Guerre de libération
Histoire

Loin de toute approche historiciste plutôt une démarche prag-


matique qui consacre un processus séculaire par lequel de nom-
breuses insurrections anticoloniales ont fini par venir à bout d’une
colonisation meurtrière du siècle passé laissant de profonds sé-
quelles dans notre mémoire collective, un mouvement national
puis une Révolution armée nous ont permis de recouvrer notre in-
dépendance chèrement acquise.
Nous sommes au mois d’août 1961 et Benyoucef Benkhedda vient
d’être désigné président du GPRA succédant à Ferhat Abbas. Un
personnage-clé parmi les « 3B » surnommé le « Lion de Djurdjura
», Krim Belgacem, perdant le ministère des Forces armées, de-
vient ministre des Affaires étrangères, car la Révolution s’oriente
désormais vers le terrain diplomatique. Krim Belkacem mène au
nom du GPRA une intense activité diplomatique : les négociations
conduites à Evian avec la France, qui devaient aboutir à la signature
au cessez-le-feu le 19 Mars 1962 décrétant ainsi la fin de la guerre.

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( 58 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
Krim Belkacem signe
la fin des hostilités

Lorsque le 18 mars, à 17h 30,


Krim Belkacem et Louis Joxe
signent l’accord portant cessez-le-
feu le 19 mars 1962 à midi, l’Al-
gérie retrouve sa dignité et son
indépendance après 132 ans de
colonisation et sept ans et demi
de guerre ouvrant les portes à la
décolonisation des peuples sous
domination coloniale notamment
en Afrique. Quatre-vingt-treize
feuillets comportent la synthèse De g. à dr. : Kaci Hamaï, Krim Belkacem et Colonel Mohand Oulhadj

des documents garantissant les


conditions de l’autodétermina-
tion, de l’indépendance de l’Algé-
rie et du référendum par lequel
le peuple validera les conclusions
des Accords d’Evian.

Quel regard portent


les générations sur
le 19 Mars ?

A l’épreuve des faits et à l’aune


des valeurs, quel regard portons- Délégation du GPRA à l’ONU

nous sur la date historique du 19


Mars ? En effet, nulle place au
doute, quant à la place privilégiée
de ce repère glorieux, comme n’a
pas manqué de le souligner le
président de la République dans
son message à l’occasion du 19
Mars 2005, en affirmant que :
«Cette victoire n’est pas le fruit
du hasard. Elle ne constitue pas
non plus le dénouement heureux
d’un acte tragique. C’est la vie
qui est ressuscitée à partir de la
mort et c’est le possible qui a pris
le dessus sur l’impossible.» Les diplomates du GPRA à l’ONU

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Guerre de libération
Histoire
Nous avions 14 ans, lorsque tulera sous la pression du lobby pagné de Lamine Debbaghine
Krim Belkacem et Louis Joxe colonial et son projet tombe à réaffirme la position de principe à
ont signé l’accord portant ces- l’eau. Il reprendra lors d’une es- savoir : la proclamation de l’indé-
sez-le-feu le 19 mars 1962 à midi. cale au Caire de Christian Pineau, pendance de l’Algérie. Ce à quoi
Alors que Krim mandaté par le ministre des Affaires étrangères répond Pierre Herbault, chef de
CNRA apposait sa signature, du françaises, qui demanda l’entre- la délégation française : « Aucun
côté français les signatures des mise de l’Egypte pour une éven- gouvernement ne peut prononcer
ministres du général de Gaulle, tuelle rencontre avec le FLN. le mot indépendance concernant
président de la Ve République, C’est Georges Gorce qui sera l’Algérie sans être immédiate-
à savoir Robert Buron et Jean chargé par Guy Mollet du bien- ment renversé. » A partir de ce
de Broglie s’alignent avec celles fondé de la démarche en rassu- moment s’arrêtera la première
de Louis Joxe. Pour nous, déjà rant le chef de l’Etat égyptien. phase des contacts secrets avec
adultes à cet âge, nous compre- Les échanges de vues à travers le gouvernement Guy Mollet.
nions que l’ère coloniale s’ache- des négociations secrètes com- Le rapt de l’avion le 22 octobre
vait. C’est bien la fête de la vic- mencèrent dès le 10 avril 1956 1956 qui transportait les cinq
toire. Finies les rafles, fini le entre Mohamed Khider et Jo- ministres historiques démontrait
couvre-feu. Nous venions de seph Begarra membre du comité une fois de plus l’extrême fai-
retrouver existence à la vie. Et directeur de la SFIO. Mais les blesse du gouvernement français
sur les cahiers de lycéens, nous positions étaient très éloignées face au lobby colonial.
apprenons l’hymne à la liberté et entre les deux parties, tout en dé- M’hamed Yazid en profite
dessinons les premiers emblèmes cidant de maintenir les contacts. pour évoquer au plan interna-
: vert, blanc, rouge au croissant et En dépit des divergences, des tional le double jeu des Français.
à l’étoile. rencontres auront lieu mais cette L’arrivée de de Gaulle après la
Aujourd’hui 53 ans, comment fois parrainées par Tito dans l’ex- chute de la IVe république pré-
convient-il de lire cet événement, Yougoslavie le 26 juillet 1956. sage une reprise en main de la
à partir des témoignages d’acteurs C’est M’hamed Yazid et question algérienne. C’est ainsi
et de l’épreuve des faits occasion- Ahmed Francis qui rencontre- que de Gaulle commence à parler
nés par les difficiles négociations ront Pierre Commin, secrétaire de l’autodétermination de l’Algé-
secrètes d’Evian dans l’entredé- adjoint de la SFIO où les deux rie et qu’il s’engage à consulter les
chirement des passions, des dis- parties se prononcent d’un com- Algériens sur leur choix. La route
cussions et des conflits larvés de mun accord pour des discussions sera longue et jonchée d’épines.
cette période sensible autant de préliminaires, secrètes et directes Le 29 septembre 1959, Ferhat
notre côté que du côté des Fran- entre les représentants du gou- Abbas, alors président du GPRA,
çais. Le processus qui allait me- vernement français et les repré- répond que « le gouvernement
ner vers Evian avait commencé sentants du FLN. Le rendez vous provisoire de l’Algérie en lutte
dès janvier 1956 à l’occasion de la fut donné pour une rencontre à est prêt à négocier sur la base de
victoire aux législatives du Front Rome entre mi-août et début sep- l’indépendance où il affirme que
républicain sous le mot d’ordre « tembre. Il y avait M’hamed Yazid, le Sahara est partie intégrante du
Paix en Algérie ». Mohamed Khider et Kiouane territoire de l’Algérie ».
Le nouveau président du face à trois Français conduits par Dès le 10 novembre 1959, alors
Conseil en la personne de Guy Commin. que la ligne Challe et Morice la
Mollet se disait favorable à la né- Le 22 septembre 1956 à Bel- plus meurtrière se met en action,
gociation. Mais ce dernier capi- grade, Mohamed Khider accom- le général de Gaulle donne l’ac-

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( 60 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
cord des pourparlers pour discu- tembre 1961, il revient de Paris accords d’Evian étaient assortis
ter du cessez le feu. La troisième avec un texte secret du général de d’annexes secrètes permettant à
session du CNRA se tient à Tri- Gaulle écrit de ses propres mains la France de continuer ses essais
poli en janvier 1960 et ce n’est où il passe à des discussions offi- nucléaires et spatiaux de Regganr,
qu’en juin 1960 que de Gaulle fait cielles et sans préalables. d’In-nekker, de Béchar et de l’un
le premier pas où dès le 25 de ce De Gaulle tient une conférence des plus vastes centres d’expéri-
mois les négociateurs algériens de presse dans laquelle il exprime mentation d’armes chimiques et
Ahmed Boumendjel, Mohamed le choix de l’autodétermination. « biologiques au monde : il s’agit de
Seddik Benyahia et Hakiki ren- La France, déclare-t-il, n’a aucun B2- Namous.
contrent à Melun Roger Morris, intérêt à maintenir sous sa loi et Terribles et terrifiantes, ces
le général Castris et le colonel sous sa dépendance une Algérie expériences pour tester la guerre
Mathon. Ce fut un échec à Melun qui choisit un autre destin. » Ces nucléaire en grandeur nature dès
et ce sont les manifestations de négociations connaîtront quatre 1960 vont laisser des séquelles sur
décembre 1960 qui vont changer phases : Lugrin du 20 au 28 juil- la population du Sud qui conti-
le cap des pourparlers qui im- let 1961 ; Evian I négociations nua à vivre la tourmente radioac-
posent à de Gaulle de relancer les secrètes décembre 1961/janvier tive. Les essais nucléaires fran-
contacts par l’intermédiaire des 1962 ; Les Rousses discussions çais dans l’Algérie indépendante
Suisses. secrètes du 2 au 12 février 1962 et se poursuivront jusqu’en 1967 et
Deux personnages vont être la phase publique à Evian du 7 au la base B2- Namous ne sera fer-
au courant de cette reprise. L’Al- 18 mars 1962. mée qu’en 1978. Puisque nous
gérien Tayeb Boulahrouf, repré- Entre l’Algérie et la France, parlons des droits, les Algériens
sentant du FLN à Rome, reçoit le contentieux reste cependant exposés aux radiations avaient-ils
une communication du Suisse ouvert. De cette mémoire déchi- été indemnisés ?
Olivier Long qui lui parle de la rée parfois occultée, cinq décen- Loin d’apaiser les passions, les
décision du gouvernement fran- nies après, le sens à donner à un chances de la paix étaient de plus
çais de reprendre les négocia- rapprochement visant à l’appro- en plus menacées. La paix des
tions. Boulahrouf s’envole pour fondissement des rapports entre braves, nous l’avions vécue dans
Tunis et informe Krim Belka- les deux peuples, dans le respect toute l’atrocité du terme. L’Exé-
cem, Abdelhafid Boussouf, Ab- dû aux morts et au devoir de mé- cutif provisoire que présidait
dellah Bntobbal, Saad Dahlab de moire, n’a pas abouti à trouver les Abderrahmane Farès était dans
ses contacts. mots qu’il faut repentance pour l’incapacité de gérer cette transi-
Il repart au Caire pour rendre les uns, reconnaissance pour les tion périlleuse. Un régime plus
compte à Ferhat Abbas qui lui autres, que centenaire ne pouvait dispa-
donne le feu vert. Il retourne à Est-il judicieux de dire que le raître sans laisser de traces.
Genève et confirme à Olivier commencement s’est frayé une Les dépassements et les négo-
Long l’accord du FLN pour la ligne tortueuse? Les accords ciations des ultras de l’OAS ont
reprise des négociations. Le 20 d’Evian se terminaient par une rendu impossible une transition
février 1961, Ahmed Boumendjel année baignée de larmes et de douce telle celle de l’Afrique du
et Tayeb Boularouf rencontrent sang. L’ère coloniale prenait certes Sud avec Mandela et de Clerck.
à l’Schwarzen hôtel de Lucerne, fin, mais l’éprouvante atmos- De l’autre côté, le GPRA et
Georges Pompidou et Bruno de phère que l’OAS avait créée pre- l’EMG étaient dans une situation
Leusse. Il y eut encore des diver- nait toute son ampleur. Plus tard, d’affrontement pour la prise du
gences de fond, mais le 5 sep- étudiants nous apprenons que les pouvoir. La tension monte. Le

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Guerre de libération
Histoire
GPRA devait soumettre les do-
cuments de l’accord à la réunion
du CNRA tenue à Tripoli, du 22
au 27 février ; à la quasi-unani-
mité, le projet d’accords établi
aux Rousses fut approuvé sauf les
trois membres de l’EMG qui se
sont abstenus.

Des points de discorde

L’EMG estima que les accords


d’Evian comportaient beaucoup
de compromis. La discorde laisse
présager une grande tourmente
de l’Algérie indépendante. Tout
Le 18 mars 1962 à Evian, les représentants français et ceux du GPRA se retrouvent à l’hôtel du Parc
semble être miné. Le Roi Hassan
De g. à dr. : Tayeb Boulahrouf, Saâd Dahleb, Med Seddik Benyahia, Krim Belkacem, Mostefa
II et le Président Habib Bour- Benaouda, Reda Malek, Lakhdar Bentobal, Mhamed Yazid et Med Seghir Mostefai
guiba, que Dieu ait leurs âmes,
estiment devoir demander au faut organiser une conférence sait de se rendre aux conditions
GPRA de négocier les frontières des cadres et, enfin, le point de dictées par de Gaulle. C’est un
Est et Ouest. La réponse fut que vue des «Cinq historiques» qui peu l’histoire du «slougui et du
les instances élues de l’Algérie ne partageaient pas également loup», l’un craint l’autre. C’est
indépendante se pencheront sur les mêmes idées. Saâd Dahlab, Olivier Lang qui sera le média-
le tracé des frontières et donc le homme du terroir, a su mener teur dans le contact avec le FLN
conflit latent des frontières sera avec brio les négociations se- et de Gaulle. Tayeb Boulahrouf,
différé et finira par exploser aux crètes d’Evian. Sous la respon- représentant du FLN à Rome,
premières années de l’indépen- sabilité de Krim Belkacem, ces aura la primeur, lui annonçant la
dance avec le Maroc. Le conten- diplomates militants s’appelaient décision de la France de négocier
tieux et les accumulations des Bentobbal, Yazid, Dahlab, Bou-
avec le GPRA.
contradictions de la Révolution lahrouf, Mostéfaï, Rédha Malek,
Le FLN n’avait pas accepté
vont apparaître au grand jour. Mendjli, Kasdi Merbah... face à
C’est l’heure des règlements de que lui soit imposée une trêve
Louis Joxe, Robert Brun, Bruno
comptes qui ont couvé depuis les de Leusse, Jean de Broglie, le gé- ou un cessez-le-feu sans avoir
premières années de la lutte de néral Camas et Caillet. au préalable réglé tous les pro-
Libération nationale. Pour la première fois, de blèmes à la fois politiques et mi-
Il y aura trois visions diffé- Gaulle voulait des contacts litaires. Donc déclencher le pro-
rentes quant à la prise du pou- directs, lui qui nourrissait des cessus des pourparlers tout en
voir. Celle du GPRA dont il tire soupçons envers le FLN. continuant la lutte sur le terrain.
la légitimité du CNRA, l’EMG Car le GPRA n’était pas per- De Gaulle sera d’accord pour
qui considère que le CNRA est méable à n’importe quelle solu- que ne cessent pas les combats
une instance dépassée et qu’il tion, surtout que le FLN refu- avant d’avoir tout réglé.

Groupe El-Djazaïr.com . MÉMORIA .


( 62 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire

Le destin d’une Algérie


libre et indépendante

La France, malgré toutes les


déclarations de bonnes inten-
tions, continue de souffler le
chaud et le froid en voulant re-
connaître le MNA comme partie
dans les négociations. En fait, du
côté du GPRA, on attend sage-
ment la suite des événements.
Tandis qu’à Alger, le putsch des
généraux allait donner une autre
tournure, le destin de l’Algérie Le chef de la délégation algérienne Belkacem Krim, aux côtés de Tayeb Boulahrouf prend la parole.
18 mai 1961
se jouait face à la crise interne
qui prenait des dimensions sé- crètes, les négociations ont eu de toutes les tractations dans
rieuses. Inquiétude et interroga- lieu à Evian, Lugrin, les Rousses. les styles de négociations. Nos
tions commencent à se poser au Et en fonction des périodes voisins nous mettent le couteau
niveau des instances dirigeantes considérées, les délégations des sous la gorge, ajoutant du feu sur
de la Révolution. deux parties subissaient des l’huile par leurs revendications
Le risque d’un dérapage cer- modifications dans leur compo- des frontières.
tain se dessinait à l’horizon. Le sition, le changement intervenu
GPRA n’était pas pour un pro- dans le GPRA en août 1961 et le L’affaire
gramme d’associations, il se différend avec l’EMG dont Kaïd du pilote français
refusait d’accepter des enclaves Ahmed et Ali Mendjeli étaient
territoriales telles Mers El Kebir les représentants. A l’exposé pré- Le GPRA intercède mais ob-
ou Reggan et rejetait tout projet liminaire, d’emblée Krim Belka- tient difficilement la libération du
de défense commune. Une façon cem rappelle que «le problème pilote français, n’était la sagesse
de répondre à la conférence de pour lequel on se trouve ici est de Ferhat Abbas qui a convaincu
presse de de Gaulle du 11 avril celui de la décolonisation totale Boumediene du bien-fondé de
1961. Parmi les points essentiels, de l’Algérie, de la disparition ce geste au-delà des divergences
il faut retenir la langue arabe d’un système périmé et de l’ac- avec le GPRA. Cette version est
comme seule langue officielle cession de notre peuple à l’indé- celle de Ferhat Abbas dans son
et nationale, la révision du code pendance». livre Autopsie d’une guerre, tan-
pétrolier, la gestion de la transi- Les négociations ont été lon- dis que Rédha Malek dit dans
tion par un Exécutif provisoire, gues et difficiles. Si c’est à Evian son livre « L’Algérie à Evian »
la libération des détenus, le réfé- que l’avenir de l’Algérie se jouait que c’est Bentobal qui a persuadé
rendum sous contrôle interna- entre des diplomates ayant force Boumediene de le rendre. Cet in-
tional de pays neutres choisis de de caractère, les uns et les autres cident du pilote français, le lieu-
commun accord... étaient soumis à des pressions tenant Gaillard, va accentuer les
De suspensions en reprises, multiples. A Lugrin, le pro- dissensions et l’EMG présente sa
de pourparlers en réunions se- blème du Sahara va être l’enjeu démission.

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Guerre de libération
Histoire
alors que ce dernier ne voulait
même pas de Bentobbal au gou-
vernement qu’il allait présider.

Un 3e GPRA sans
représentants de l’ALN

Ferhat Abbas ira séjourner à


Rabat sur invitation du Roi Has-
san II, refusant de prendre un
portefeuille ministériel. Son dé-
part de la présidence ne réglera
pas la crise GPRA/EMG. Le 3e
GPRA a été investi en l’absence
des représentants authentiques
de l’ALN. Mais le cours de l’his-
Le 19 septembre 1958 a été constitué et proclamé le premier Gouvernement provisoire
de la République algérienne (GPRA), au Caire.
toire continuait et la Révolution
avançait en dépit des luttes in-
ternes.
Le GPRA demanda à l’EMG
de revenir sur sa décision de
démission. Abdelaziz Bouteflika
sera la personne à qui est confiée
la délicate mission de se rendre
auprès des cinq ministres déte-
nus au château d’Aulnoy, afin
d’abriter le conflit interne et de
trouver une solution à la crise
GPRA/EMG. Ce qu’il ne man-
quera pas de réussir. L’alliance
sera scellée entre Ben Bella et
Boumediene qui se disait pour
l’ALN lorsqu’il existe un conflit
avec les politiques. Pour Bou-
Le GPRA avec Benyoucef Benkhedda comme président après le 19 mars 1962 diaf, l’Algérie sera militante ou
ne le sera pas.
La crise est ouverte et consti- sés tout en proposant un homme Aït Ahmed rejoint presque
tuera le commencement d’une qu’ils pouvaient maîtriser. La di- la position de Boudiaf. Entre-
lutte sans merci pour la prise du rection du FLN fut homogénéisée temps, le GPRA affine ses
pouvoir. En élevant Benkhedda en attendant que les négociations contre-projets qui feront le fi-
à la présidence du GPRA, car les avec la France se terminent. En nish des Rousses, d’autant que
trois «B» ne peuvent accepter que fait, c’est sur proposition de Ben- l’EMG n’a nullement l’inten-
quelqu’un parmi eux soit porté à tobbal que Benkhedda ait eu à tion d’affaiblir les négociateurs.
la présidence, ils se sont neutrali- accéder à la présidence du GPRA, Krim et Bentobbal iront chez

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( 64 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
les Cinq qui donneront leur ac-
cord en précisant l’essentiel, à
savoir l’unité du peuple et l’unité
du territoire. Pour les Français,
difficile sera la contre-négocia-
tion. L’édifice argumentaire des
Français s’écroulera, rapportera
Rédha Malek dans son ouvrage
exceptionnel L’ « Algérie à Evian
», conduisant Louis Joxe à explo-
ser : «Votre projet est exorbitant,
il détruit complètement la notion
du droit acquis. » Après moult
tractations et consultations, le
moment est venu de trancher.
Le secret des négociations a fait
avancer les choses. Sans préci-
pitation mais tout en se hâtant Boumediène ainsi que d’autres membres du CNRA rejoignent Ben Bella.
Photo prise le 17 juillet 1962 à Tlemcen.
lentement, selon l’expression de
Rédha Malek, le GPRA ne vou- Sur les membres que compta C’est en fait le problème des
lait pas crier victoire ni même le CNRA, 33 sont présents et 16 troupes de l’ALN invitées à ren-
entretenir des espoirs qui pour- avaient délégué leurs procura- trer dans les casernes. La liberté
raient s’avérer vains. tions. Le quorum est atteint avec de mouvement des unités pou-
9 voix. Benyahia présidera la ses- vait être bloquée. Pour Boume-
Le conclave du CNRA et sion et Dahlab sera le rapporteur diene, c’est un principe qu’on
la validation des mandats aidé par Krim, Bentobbal, Yazid ne saurait transgresser. Pour
et Benkhedda interviennent à Bentobbal, l’ALN ne rentrerait
La lente et, ô combien, ardue chaque fois qu’ils jugent néces- pas avant l’autodétermination.
besogne de finalisation des pro- saire. Abbas, quant à lui, votera les do-
jets finaux allait laisser le crayon Les membres du CNRA cuments, même si c’est à contre-
s’illustrer. Il fallait attendre la doivent voter les dix documents cœur, estimant que la négocia-
ratification des documents par le alors que Boumediene avançait tion n’est pas encore terminée.
CNRA. A cet égard, la bataille l’idée du préaccord. Bentobbal Melun, Evian, Lugrin, les
fut rude pour que le cessez-le- et Krim se relaient en disant Rousses et Evian «II», même si
feu soit accepté par la partie que la liberté ne sera pas obte- pour Boumediene le document
algérienne. La bataille fut rude nue seulement avec les armes. Il est insuffisant et incomplet, il
pour son acceptation, y compris plaide pour un assainissement
est impossible «d’aboutir à une
la position des Cinq qui tarda de la situation interne avant de
indépendance idéale». Dahlab
à venir, tout en étant favorable continuer les négociations. La
reconnaît tout de même quelques
à l’essentiel des documents. Le résolution est votée par 45 voix
insuffisances et demanda des
CNRA se réunira en conclave contre 4 sur un total de 49 vo-
amendements à apporter lors des
dès le 2 février 1962. La valida- tants. Elle dépasse le quorum
prochaines rencontres avec la
tion des mandats va soulever des des 4/5 des suffrages requis pour
délégation française.
querelles. la proclamation du cessez-le-feu.

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Guerre de libération
Histoire
Les quatre voix contre sont ceux Il faut rendre hommage à tous kacem, Benyoucef Benkhedda,
de Boumediene, Kaïd Ahmed, ceux qui écrivent pour entretenir Saâd Dahlab,Mohammedi Saïd,
Ali Mendjeli et le commandant la mémoire nationale, à l’instar de Lakhdar Bentobbal, Abdelhafid
Naceur de la Wilaya V. Rédha Malek avec son ouvrage Boussouf, M’hamed Yazid.
L’Algérie à Evian ou l’histoire Pour la première fois, l’hymne
La restauration de des négociations secrètes - 1956- national Kassamen retentit dans
l’Etat algérien 1962 -, qui porte un regard serein un silence de recueillement en
sur les événements. Il faut aussi hommage aux martyrs tombés au
Pour la première fois, un mou- saluer la mémoire de Benyoucef champ d’honneur pour que vive
vement insurrectionnel est mené Benkhedda, qui a eu la lourde l’Algérie libre et indépendante.
jusqu’à son terme. L’Etat algérien charge de faire aboutir les négo- Alors que celui qui a mené les
vient de renaître. L’Etat algérien ciations à terme malgré toutes les négociations au nom du GPRA,
exercera sa souveraineté pleine humeurs des uns et des autres. Krim Belkacem et qui a triomphé
et entière à l’intérieur et à l’exté- Le 1er juillet 1962, un réfé- dans un style de diplomatie mili-
rieur. La France reconnaît l’indé- rendum d’autodétermination tante et maquisarde, se retrouve
pendance de l’Algérie en pre- consacre l’indépendance de l’Al- avec d’autres compagnons en
nant acte des résultats du scrutin gérie. Le 3 juillet 1962, la com- marge des instances dirigeantes
d’autodétermination du 1er Juillet mission chargée de superviser le de l’Algérie indépendante. Il
déroulement du scrutin après le sera contraint de prendre le che-
1962 et la mise en vigueur des dé-
dépouillement rend les résultats min de l’exil. Il tenta d’organi-
clarations du 19 mars 1962. Pour
suivants : sur un total d’inscrits ser une opposition en fondant
la première fois aussi, le territoire
estimé à 6 549 736 électeurs ré- dès octobre 1967 le Mouvement
dans ses frontières actuelles est
partis sur 15 circonscriptions, 5 démocratique pour la révolu-
porté sur une carte déposée au-
992 115 ont exprimé leur suffrage tion algérienne (MDRA). Il est
près de la Cour de La Haye.
dont 5 975 581 de Oui et 16 534 condamné par une Cour révo-
Pour les générations de l’indé- de Non, soit 99,72% de voix pour lutionnaire spéciale siégeant à
pendance, les acteurs de la Révo- l’autodétermination de l’Algérie. Oran dont le compte rendu des
lution, quelles que fussent leurs La France adresse à Abde- délibérations fut rendu public le
divergences, ont mené à terme la rahmane Farès, président de 8 avril 1967 paru dans le Journal
libération de notre pays. Il serait l’instance exécutive provisoire, la République d’Oran. Comme
difficile et indécent aujourd’hui une lettre signée par le Président tous les héros de la Révolution
qu’on puisse porter un juge- français le général de Gaulle et de Novembre, Krim Belkacem
ment de mauvais aloi. Dans leur reconnaissant l’indépendance de ce chef historique sera étranglé le
contexte, tout était possible. L’es- l’Algérie. Le même jour alors que 18 octobre 1970 dans sa chambre
sentiel est dans le résultat. Ainsi l’avocat Kaddour Sattor, président d’hôtel de Frankfurt. Hocine Aït
le 19 Mars, en tant que Fête de de la Commission de contrôle du Ahmed rejoint le Front des forces
la victoire, doit être perçu comme scrutin immortalise l’acte d’Etat socialistes (FFS) le 3 septembre
un événement de dimension uni- civil de l’Algérie, l’avion caravelle 1963. Il est arrêté et condamné
verselle dans les mouvements de de Tunis air, atterrit sur le tarmac à mort par la cour d’assises d’Al-
libération nationale de ce siècle. Il de l’aéroport d’Alger. ger en 1964. Aït Ahmed réussit à
reste que les quelques acteurs de A l’ouverture de la porte appa- s’évader en avril 1966.Il continue
l’histoire contemporaine doivent raissent les personnalités suivantes son combat depuis l’exil. Il est
enregistrer tous les faits de notre : Mohamed Boudiaf, Hocine Aït entré plusieurs fois au pays après
histoire. Ahmed, Rabah Bitat, Krim Bel- l’ouverture démocratique. Nous

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( 66 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
lui souhaitons longue vie et qu’il Le 3e CNRA, dont la session Ben Bella suivi de Boumediene à
se rétablisse de sa maladie. s’est tenue du 22 au 28 février 1962, la villa Joly.
Alors que Mohamed Bou- est considéré comme seul habilité Ce sont les premières visites de
diaf créera son parti le Parti de à valider et à juger des accords de Abdelaziz Bouteflika alias Abdel-
la révolution socialiste (PRS) en paix, du cessez-le-feu où les repré- kader El Mali et de Mohamed-
septembre 1962, il est enlevé en sentants de l’EMG considéraient Seddik Benyahia pour approcher
pleine rue par un commando, que les accords menés sous la les historiques à Aulnoy. Abde-
détenu plusieurs mois sans ins- houlette du GPRA présentés par laziz Bouteflika retournera pour
truction ni jugement au Sahara. le talentueux Saâd Dahlab rappor- convaincre les uns et les autres.
Il sera libéré et rejoindra Kénitra teur sont une duperie. Ils se disent C’est Ben Bella qui a accepté
au Maroc jusqu’au moment où ulcérés par les concessions laissées l’offre de l’EMG qui cherchait un
il revient pour présider le Haut aux Français (Mers el Kebir et In parapluie historique pour la prise
Comité d’Etat(HCE). Il est assas- Aker). Il est important de noter du pouvoir. Il faut savoir que Mo-
siné le 29 juin 1992 à la maison que l’Assemblée constituante, élue hamed Boudiaf et même Hocine
de la culture d’Annaba, alors qu’il le 20 septembre 1962, avait reçu les Aït Ahmed avaient refusé la pro-
prononçait son discours. Ahmed pouvoirs de l’Exécutif provisoire. position.
Ben Bella est destitué le 19 juin Pour les uns, les Accords d’Evian Mais quelles que soient les dis-
1965. Il passera 14 ans de prison. sont une construction néocolonia- sensions entre les différents diri-
liste néfaste. Ce sont des accords geants de la Révolution, chacun a
Le Président Chadli le gracie et
politiques et non juridiques et apporté sa part de bravoure dans
retrouve sa liberté. Il crée alors
n’ont pas valeur en droit interna- le dénouement de l’ère coloniale.
son parti le MDA.
tional. Mais le principe de collégialité
Enfin la 4e session du CNRA et de concertation décidé lors du
Les différentes sessions
du printemps du 28 mai au 7 juin congrès de la Soummam fut en
des 4 CNRA 1962, qui montra l’impuissance du grande partie respecté surtout
GPRA à être respecté par l’EMG, dans la prise des décisions impor-
Il faut retenir que le premier précipite la tentative de destitution tantes. Après le second CCE, ce
CNRA, tenu à Tripoli du 16 dé- de ce dernier. Ben Bella se joint à sont les « 3B » qui retiennent la réa-
cembre 1959 au 18 janvier 1960, l’EMG contre le GPRA et le pou- lité du pouvoir jusqu’à la création
session qui dura trente-trois jours, voir est désormais entre les mains du GPRA, le 19 septembre 1958. Il
n’a pas été indemne de confron- des membres de l’EMG. C’est le y aurait le Conseil interministériel
tations entre personnes de diver- clash. Cette session présidée par de guerre (CIG) sous la responsa-
gentes sur la manière d’organiser le Mohamed Seddik Benyahia n’est bilité des « 3B ». Les Forces armées
pouvoir et la conception des pour- pas parvenue à un consensus, elle ne relèvent plus de la seule respon-
parlers avec la France. sera levée. C’est la dernière ses- sabilité de Krim, mais des « 3B ». Il
Quant au 2e CNRA de Tripoli sion ; elle ouvrira les hostilités de sera dépassé par l’Etat-major géné-
du 9 au 27 août 1961, l’EMG se ce qu’on appellera la crise de l’été ral (EMG) que dirigera désormais
comportera comme un groupe de 1962. La destitution de l’EMG est Houari Boumediene prélude à sa
direction politique et non comme un coup d’épée dans l’eau. L’armée prise de pouvoir au lendemain de
une équipe d’experts militaires. Il des frontières se dirige sur Alger et l’indépendance. Il faut dire qu’au
fait le procès du GPRA et ambi- les Wilayas historiques sont divi- niveau des gouvernements c’est
tionne de se poser comme une sées. Le Bureau politique, consti- toujours un conglomérat consen-
direction alternative aspirant à la tué à Tlemcen et consolidé par suel de chefs, des clans et des
prise du pouvoir. l’EMG, s’installe avec l’arrivée de clients.

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Guerre de libération
Histoire
l’opposition, ce 53e anniversaire
du 19 Mars s’avère le parfait sym-
bole de la victoire d’un peuple
ancré à jamais dans les valeurs de
Novembre 1954, de la tolérance et
des grandes idées humanistes, ins-
pirées par l’histoire de sa résistance
anticoloniale, pour que les généra-
tions futures puissent en faire les
incontournables référents de l’ave-
nir.

* Conférence donnée par le


Dr Boudjemaâ HAICHOUR
Maison de la Culture Mouloud
Mammeri Tizi Ouzou 19 Mars 2015

Notes Bibliographiques

1- Redha MALEK : « l’Algérie à Evian : l’his-


toire des négociations secrètes, 1956-
1962. Paris.
2- Guy Pervillé : « Les accords d’Evian
(1962). Succès ou échec de la réconci-
liation franco-algérienne (1954-2012).
Paris, Armand Colin, Collection U, His-
Cette perspective s’inscrit bien toire, «Les événements fondateurs»,
septembre 2012.
Sauvegarder notre dans le vaste dessein qu’assigne le 3- Mohamed Harbi : « le FLN mirage et réa-
histoire commune président de la République à l’évo- lité » édition J.a Paris1980.

cation du passé, justifiant celle-ci 4- Benyoucef Ben Khedda : Les Accords


d’Évian : Paris : Publisud ; [Alger] :
A ceux qui sont morts et qui par «la volonté de tirer les ensei- OPU, 1986.-

ont contribué à l’indépendance de gnements et y puiser les valeurs de 5- Benyoucef Benkhedda : « Les origines
du 1er Novembre 1954 » Editions du CN
notre pays, toutes nos pieuses pen- ce glorieux legs pour les inculquer RMN R Ministère des Moudjahidines
à tant d’esprits vacillants sous l’em- Alger 1999.
sées. Il reste que notre pays se doit
prise de la matière et l’égoïsme au 6-Gilbert Meynier : « Histoire intérieure du
de rapatrier encore les archives qui FLN- 1954/1962 » Casbah Editions
point de ne plus réagir aux valeurs Alger 2003
constituent le patrimoine national.
d’hier, pour lesquelles se sont sa- 7- Ageron Charles Robert : « La guerre
Des efforts considérables doivent crifiés hommes et enfants, animés
d’Algérie et les Algériens 1954/1962 »
A.Colin 1997.
aboutir à une saine réécriture de tous par l’amour de la patrie et l’at- 8- Haroun Ali ; « L’Eté de la Discorde » Cas-
notre histoire dans toute la com- tachement au peuple». bah Editions Alger 2000.

munion de notre patrie une et Alors que notre pays s’attelle 9- Ali Kafi : « Du militant politique au diri-
geant militaire » Mémoires 1946/1962-
indivisible. Tel sera le rôle des his- à mettre en œuvre l’avant-projet Casbah Editions 2004/2002 Alger.
toriens mais aussi de ceux qui ont de la Révision constitutionnelle 10- Chadli Bendjeddid : « Mémoires » Tome
11 – 1929/1979- Casbah Editions Alger
forgé l’histoire de notre période dans l’esprit d’une base consen- 2012.
contemporaine. suelle politique entre l’autorité et

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( 68 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Conférences sur le réarmement moral
Par Mehdi Benabdelmoumène

Cheikh
Mahmoud
Bouzouzou

à New York
en février 1957
Guerre de libération
Histoire

« Pas de politique mon fils. » C’est par cette phrase que


cheikh Mahmoud Bouzouzou quitta son père et sa ville
natale pour prendre la route du savoir dans une ville
lointaine. Séparation dictée par des ambitions – dans
des conditions où la politique était une aventure vers
le danger. Il quitta son père pour rejoindre la ville de
Constantine en suivant son conseil et en s’attachant à
ses études où il aura comme maître cheikh Abdelhamid
Ibn Badis.

C
heikh Mahmoud vénérée. Sa mère porte le nom cette action bénévole au moment
Bouzouzou ou Sidi d’Abdelmoumène, l’empereur al- où une copie d’un arrêté rectoral,
Mahmoud comme mohade. interdisant cet enseignement
on aime l’appeler Sidi Mahmoud doit ses pre- pendant les heures officielles des
est né dans une mières notions de langue arabe à cours, lui fut adressée.
ville de la côte algérienne, Bou- son père(2). Il le confia le moment Il exerçait successivement
gie, qui fut, à une époque de venu à une école coranique où dans quatre localités et partout,
l’histoire, la capitale de tout le il apprit tout le Coran à l’âge de s’intéressant à toutes les méthodes
Maghreb oriental, c’est-à-dire de onze ans. Puis il étudiait le fran- d’éducation, il encourageait ou
toute l’Algérie, et le centre d’un çais dans une école publique dont fondait une école libre, un groupe
grand rayonnement culturel pour le directeur le destinait à l’École scout, un cercle culturel et don-
toute l’Afrique du Nord. Ses ha- Normale d’instituteurs. Cepen- nait des cours à la mosquée.
bitants l’appellent depuis très dant, désirant une double culture, Plus tard, il fut muté d’office
longtemps « la petite Mecque », il entra à la Médersa où, après six par l’administration dans un vil-
à cause du nombre important des années d’études, reçut un diplôme lage du Sud algérien, lieu d’exil
saints qui y reposent. conférant le choix entre la mag- des hommes politiques. Cette
Ce passé splendide chanté dans istrature et l’enseignement. Son mesure le mit devant un cas de
des poèmes arabes emplissait Sidi père le voulait magistrat parce conscience : l’accepter, c’était en-
Mahmoud d’une fierté telle qu’il que son grand-père(3) le fut aus- courager l’injustice ; la refuser,
eut à cœur de les apprendre dans si. Mais il choisit l’enseignement c’était prévenir la même sanc-
son enfance, dès qu’il les décou- par souci de répondre au besoin tion à l’encontre de quiconque
vrit dans la bibliothèque de sa d’éducation du peuple. l’imiterait. Il pensa démissionner,
famille. Lorsque Sidi Mahmoud reçut mais, sous la pression de ses par-
Ses ancêtres paternels étaient sa nomination, il organisait, en ents et de ses amis, il demanda
des magistrats et des imams. La dehors de ses obligations offici- une mise en disponibilité. Il sut
mémoire de son arrière-grand- elles, des cours pour les enfants quelques années après par un juge
père(1), est, de nos jours encore, abandonnés. Mais il dut cesser d’instruction que cette mesure

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( 70 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
avait été motivée par le fait qu’il islamique précitée, qui était apoli- journal «El-Manar» respecte la
n’avait pas fait usage de son bul- tique, Sidi Mahmoud lança, avec liberté de la pensée et la considère
letin de vote lors des élections. l’aide d’un parti nationaliste, un comme un droit sacré à l’être hu-
L’important, c’était que cette journal indépendant(5) réclamant main. Il ouvre une tribune libre
mesure le fit voir les contradic- la révision des rapports entre la à toutes les critiques. Il appelle à
tions de la politique. Il chercha France et l’Algérie sur la base de respecter les principes avec com-
le remède. Cependant la nécessité la Charte des Nations Unies et de me slogan : « fins nobles par des
matérielle amena Sidi Mahmoud à la Charte universelle des droits moyens nobles » et bannit le ma-
accepter la responsabilité du jour- de l’Homme. Dans l’éditorial du chiavélisme de : « la fin justifie les
nal d’une association islamique premier numéro, Sidi Mahmoud moyens ». Il bannit toute forme
réformiste dont il partageait les écrira : « Cher lecteur, il y avait discriminatoire à l’exemple de : «
idées d’émancipation. Mais il dut au fond de mon âme une vieille celui qui n’est pas de notre camp
abandonner cette fonction pour se ambition de servir l’opinion gé- et contre nous ». Pour toutes ces
consacrer au scoutisme musulman nérale algérienne dans un cadre raisons, il appelle à entreprendre
algérien dont il était l’aumônier élargi, cela n’a pu se concrétiser des initiatives individuelles chez
général(4). L’administration fran- vu les circonstances restreintes au la jeunesse afin d’apprendre à
çaise voulut en faire éliminer service de la partie dans un cadre gérer les situations et assumer des
tous les éléments nationalistes. particulier. Cette ambition portait responsabilités. Il est du devoir
Le refus de l’immense majorité sur la publication d’un journal qui de chaque mouvement progres-
des chefs scouts provoqua une englobera tous les domaines de la siste de motiver toute entreprise
crise. Il fut désigné à l’unanimité vie quotidienne algérienne. Le sa- indépendante dans chaque do-
à la présidence. Le mouvement vant y trouvera de quoi enrichir sa maine si elle justifie de sa bonne
s’exposa alors à l’hostilité de foi en ressources scientifiques, le foi et de son service à la société.
l’administration : refus de sub- politique ce qui éveillera sa lucidi- Quant à l’idée de : « je ne soutiens
ventions, refus d’autorisations de té, l’intellectuel ce qui illuminera aucune entreprise si elle n’est pas
tenir des fêtes, de faire des quêtes, ses idées, le poète ce qui le portera sous mon autorité ». Cette forme
expulsions de campeurs scouts plus loin dans sa célébrité, l’artiste d’autoritarisme est considérée
­
par les gendarmes, intimidations ce qui l’encouragera, l’élève ce comme un acte de discrimination
et révocations de fonctionnaires qui l’assouvira dans ses cours, la très grave. Il ne souhaite pas du
scouts... femme ce qui renforcera ses sens tout cela à la société car elle tue
Ceci le détermina finalement de responsabilité, le religieux ce l’ambition. La société a besoin de
à entreprendre la lutte politique. qui apaisera sa spiritualité davan- plus d’ambitieux pour des hori-
Il pensa qu’il ne pourraient or- tage et le jeune de quoi gravir des zons lointains ».
ganiser la société, dans tous les échelons plus hauts. Voilà que Il fut en butte à certaines bri-
domaines, selon le véritable in- cette ambition se concrétise en- mades (entraves à la diffusion du
térêt du peuple algérien, que s’ils fin par la grâce et la bénédiction journal dans certaines localités,
étaient réellement libres. Sortir de Dieu à travers les colonnes de convocation dans les bureaux
le peuple algérien de la condi- ce journal. Je l’ai dénommé «El- des Renseignements généraux)
tion de colonisé pour en faire un Manar» dans le seul souhait que et lorsque la révolte armée éclata
peuple libre, telle était la lutte qui Dieu lui apporte toute sa lueur en novembre 1954, il fut arrêté
s’imposait à sa conscience. Ne afin d’éclairer l’opinion générale dans la première semaine par les
pouvant le faire avec l’association dans tous les domaines. [...] le agents de la D.S.T. (Défense de

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( 71 ) www.memoria.dz
Guerre de libération
Histoire
la Sécurité Territoriale), lesquels qui lui dit : « C’est toi qui m’as Quelques semaines après sa
lui infligèrent des tortures. Celles- amené en prison. — Mais je ne t’ai libération, Sidi Mahmoud ren-
ci consistaient à appliquer dans jamais rencontré et ne t’ai jamais contra un jeune homme qui lui
la bouche et le nez de la victime dit d’attaquer quoi que ce soit. — parla d’une découverte : il s’agit
déshabillée un tuyau d’où jaillissait C’est en lisant ton journal que le d’un voyage qu’il fit en Europe et
avec force une eau glacée. Après sang bouillonna dans mes veines. qui lui permit de découvrir une
évanouissement, la victime était » Ces paroles le firent beaucoup qualité de vie révolutionnaire idé-
ranimée par des coups à la tête et réfléchir, ainsi que celles du ale pour ceux qui croient en la né-
au dos. Il dut subir cette opération juge d’instruction qui lui dit : cessité d’une renaissance morale
à trois reprises. Ensuite, il reçut « Actuellement, il y a des chefs et spirituelle pour notre monde.
aux reins des décharges électriques scouts dans le maquis et c’est vous Connaissant ses soucis à ce su-
qui le faisaient tomber sans con- qui en êtes responsable. » Pourtant jet, dit-il, il était venu le chercher
naissance. L’opération, qui recom- sa lutte, aussi bien dans le scout- pour lui en faire part. Cela suscita
mençait dès qu’il se ranimait, fut isme que dans le journalisme, en lui une grande curiosité, qui
répétée jusqu’au moment où il ne s’inspirait de considérations pure- l’incita à visiter Caux en Suisse,
pouvait plus se réveiller. Il reçut ment humaines. Il pensait séri- au début de septembre 1955. Sidi
ensuite des coups de poing au eusement à la façon d’enseigner Mahmoud arriva avec scepticisme
ventre, au visage et à la tête. et méfiance, car, après avoir été
les grandes vérités. Sur ce point,
Il vit la mort. Il priait Dieu. Le enthousiasmé par la Charte des
Sidi Mahmoud dira dans une de
tortionnaire dit : « Ne fais pas le Nations Unies et la Charte uni-
ses réflexions : « ...Mais les S.M.A
mort... tu es croyant... Dis à ton verselle des droits de l’Homme,
pratiquent un scoutisme qui, par
Dieu de te délivrer. » Il menaça il était découragé de voir que non
l’observance des prescriptions is-
de le jeter à la mer. Il sut plus seulement ces Chartes n’étaient
lamiques et le respect des bonnes
tard qu’un jeune intellectuel al- pas appliquées dans son pays, mais
traditions musulmanes, répond le
gérien d’Oran avait connu cette surtout que ceux qui en réclama-
fin tragique en cet endroit. Dieu mieux aux aspirations du peuple ient l’application s’exposaient à
le délivra de ce sort comme Il le qui veut voir ses enfants évoluer l’hostilité des gouvernants.
délivra encore plus tard, dans des dans le respect de sa personnali- Arrivé à Caux, il se trouva au
circonstances semblables. té. »(6) milieu de gens de toutes nation-
Après l’interrogatoire, il fut Après quatre mois de détention, alités et de toutes confessions. La
amené devant le juge qui lui ap- il fut mis en liberté provisoire. première chose qui le frappa, fut
prit qu’il était « coupable d’atteinte Lorsque l’un de ses avocats, qui de voir des Anglais et des Afric-
à la sûreté extérieure de l’État ». était chrétien, lui demande ce qu’il ains du Sud unis et s’excusant mu-
Il fut conduit en prison, con- pensait faire contre ses tortion- tuellement de leurs torts les uns à
sidéré comme détenu de droit naires, il dit : « Ce sont des êtres l’égard des autres. Un étudiant af-
commun. Après avoir été mis au dénaturés qui ont perdu le sens ricain lui dit avoir une amertume
secret dans une cellule pendant de l’humain et du divin et dont telle que la disparition des Iles bri-
deux semaines, il lui était permis l’état nécessite une désintoxication tanniques sous les eaux n’eût pas
de passer une demi-heure par beaucoup plus qu’autre chose. » Il suffi à l’assouvir. Un autre lui av-
jour dans une cour sans soleil. lui répondit : « Savez-vous ce que oua qu’il étudiait la physique dans
Peu à peu le nombre des détenus vous venez de faire ?... Vous venez le but de connaître le secret atom-
augmentait. Un jour, il rencontra de donner à un chrétien une leçon ique pour faire disparaître un jour
dans cette cour un jeune homme de charité chrétienne. » les Iles britanniques. Un ménage

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( 72 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
blanc du Kenya lui reconnut sa Après une dizaine de jours On peut lutter pour ce qui
responsabilité dans l’apparition à Caux, Sidi Mahmoud ren- est juste, sans amertume. Dans
des Mau-Mau ; et pourtant ceux- tra en Algérie avec le regret de le cas de l’Algérie, il comprit que
ci avaient sacrifié le père de la n’avoir pas connu cette expéri- guérir l’amertume c’est résoudre
femme en offrande à leurs dieux, ence plus tôt. Deux semaines la moitié du problème ; l’autre
parce qu’ils voyaient en lui le plus après, les gendarmes français moitié, qui en est l’origine, réside
sage des blancs. Un jeune homme de la ville où il habitait vinrent dans l’esprit de domination, le-
noir et sa sœur, dont le père avait l’informer qu’il était l’objet d’un quel est non moins curable. Ayant
été tué par les Mau-Mau, per- arrêté d’expulsion avec le motif vu qu’un Occidental libéré de
dirent leur amertume après avoir : « Présence de nature à entraver l’esprit de domination et un Afric-
reconnu qu’ils n’avaient pas de l’action des pouvoirs publics. » ain libéré de l’amertume peuvent
réponse à la division et à la haine. Sidi Mahmoud quitta l’Algérie trouver l’unité, il découvrit que la
Tous découvrirent le secret du au début d’octobre 1955 et alla à lutte des uns pour les autres est
changement qui apporte l’unité Paris dans l’intention de gagner le plus avantageuse pour l’humanité
et la paix. Ces témoignages vi- Caire. Il demanda un passeport ; que la lutte des uns contre les au-
vants d’un changement réel chez on exigea de lui une justification tres et que changer les ennemis
de résidence de trois mois à Par- en amis constitue l’action morale
des hommes et des femmes qui se
la plus élevée dans les relations
trouvaient dans des circonstances is. Il resta pour répondre à cette
humaines.
où il est généralement difficile exigence. Quelques jours après, il
Les exemples vivants de
d’être attentif à la voix de Dieu rencontra certains amis de Caux.
changement qu’il avait vus ren-
et aux conseils de la sagesse, bou- Il apprit qu’un groupe de deux
forcèrent sa confiance et sa foi.
leversèrent Sidi Mahmoud. Et il cents personnes de ce centre était
Les Français et les Algériens
fut convaincu de la possibilité du en route pour Paris. Il eut la pen-
pourraient, tout comme d’autres,
changement de la nature humaine sée de rester jusqu’à l’arrivée de faire cette expérience. De nou-
et de l’efficacité de l’expérience ce groupe. C’est alors qu’il ré- velles relations naîtraient, d’où
enseignée à Caux. alisa l’importance de l’action de surgirait une Algérie renouvelée.
Il rencontra à un repas des Caux à l’échelle mondiale, et il eut Se trouvant alors à Paris dans
Français auxquels il racontait son l’espoir que cette qualité de vie une salle pleine de gens de toutes
histoire et les événements de son qui reflète les vraies valeurs de la conditions, il s’excusait de son
pays. Ils furent profondément tou- civilisation, devienne une réalité amertume à l’égard des Fran-
chés et ils lui firent humblement partout. C’est seulement dans un çais et des Occidentaux, et leur
leurs excuses. Quand il leur dit monde vivant ainsi que son pays tendit une main fraternelle pour
qu’ils n’étaient pas responsables connaîtra la paix et l’unité. La qu’ensembles lutteraient dans cet
de la situation, en Algérie, ils af- conscience de l’interdépendance esprit, le seul susceptible d’assurer
firmèrent que c’était leur mode de entre son pays et le monde en une paix réelle. L’auditoire fut
vie qui avait permis à leurs com- cette ère idéologique le mènent à très ému. Des personnalités fran-
patriotes de créer cette situation. lutter avec ces hommes pour une çaises se levèrent pour exprimer
Un député français, avec qui il ère nouvelle. La seule chose qui leur émotion et dire leur détermi-
eut un entretien, écrivît dans son le fit hésiter, ce fut l’amertume nation à lutter dans cet esprit.
journal un article relatant son qu’il avait à l’égard de l’Occident à Il était naturel que cet engage-
histoire ; il fut reproduit dans un cause de son colonialisme, contre ment, pris au moment où les pas-
quotidien en 1955. lequel il avait toujours lutté. sions étaient déchaînées dans son

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Guerre de libération
Histoire
pays, eût les répercussions qu’ils Après quatre mois de séjour qui que ce soit. « Nous connais-
pouvaient deviner. En effet, à ce aux États-Unis, il rentra au Ma- sons ta haute valeur morale, ta
moment-là, la femme et les quatre roc. Quelques semaines plus tard, lutte magnifique, ton passé sans
enfants de Sidi Mahmoud étaient il fut appelé une nuit au téléphone. tache. Ceci garantira que rien
en Algérie. Son fils aîné, âgé de Il allait à la poste mais personne de mal ne t’arrivera », dit-il. Il
onze ans, entretenait la corre- ne répondit à l’autre bout du fil. Il lui donna un costume, parce
spondance entre lui et sa famille. revint à la maison. Il trouva son qu’il fut pris dans sa gandoura à
Des amis leur apportaient un sec- voisin debout avec une personne l’improviste. Il fit sa prière, puis
ours matériel. Quand ils apprirent à côté d’une voiture. Il leur serra fut conduit à Oujda. Le chauf-
son engagement, ils retirèrent la main et soudain il se vit en- feur se tourna vers lui et dit :
leur soutien. La lettre de son touré de cinq hommes braquant « Je suis ton ancien élève. Je con-
fils qui lui apprit cette nouvelle, sur lui des revolvers. Ils lui lièrent nais ta grandeur morale. Nous sa-
traduisait une grande inquiétude les mains derrière le dos par des vons apprécier les hommes. Nous
par la question : « Qu’allons-nous menottes et fut emmené dans la n’aimons pas l’injustice. Tu seras
faire? » Il répondit : « Ne pensez voiture vers une ferme abandon- traité comme un hôte. » A Oujda,
pas à l’argent. Pensez à Dieu et Il née où il passa la nuit au clair de il fut enfermé dans une maison
pourvoira. » Quelques jours après lune, voyant sautiller des rats et isolée. Il recevait chaque jour un
il reçut la nouvelle qu’une somme entendant siffler des serpents. Il morceau de pain et deux sardines
importante leur était offerte par dut copier sous la menace d’un de conserve, auxquelles il pré-
d’anciens élèves à Sidi Mahmoud revolver une lettre à son frère férait un verre d’eau dans lequel
qui habitaient une localité voisine disant qu’il quittait subitement il trempait le pain sec. Cinq jours
et qui s’étaient cotisés spontané- la maison pour servir sa patrie. après, le commissaire de leur
ment. Plus tard, des perquisi- C’était la veille du 14 juillet. groupe et dix hommes armés, l’air
tions de l’armée dans le quartier Le lendemain, Sidi Mahmoud menaçant, vinrent l’interroger
voisin de sa demeure alarmèrent fut conduit à Rabat et enfermé sur ses activités, après lui avoir
sa famille. Il décida de la mener dans une cellule. Une personne enlevé la chemise et lié les mains
chez son frère qui réside depuis qui paraissait être le chef de la derrière le dos par des menottes.
vingt ans au Maroc. bande et qu’il connaissait pour un Deux semaines plus tard, le re-
Puis il alla aux États-Unis responsable dans l’une des deux sponsable principal pour le Ma-
pour y participer aux conférences grandes organisations nationales, roc de cette organisation natio-
du Réarmement moral auxquelles vint le saluer respectueusement nale, armé d’une mitraillette et
il était invité. Durant son séjour et lui apprit que les dirigeants de d’une cravache, vint l’interroger
à New York, en février 1957, la son organisation voulaient un en- à son tour. Il l’informa qu’il avait
question algérienne était venue tretien avec lui. Il protesta contre reçu de son représentant à New
en discussion à l’Organisation la façon dont on procéda pour York une lettre alléguant son ap-
des Nations Unies. Il allait as- cet entretien et rappelai que lui- partenance à l’organisation oppo-
sister aux débats. Il y rencontra même était allé à leur bureau à sée (alors qu’il en était indépen-
deux délégations algériennes, Rabat pour les voir, sans y trou- dant et le demeure, sans pour
dont chacune déniait à l’autre le ver, malgré une longue attente, la autant être contre elle ni contre
droit de représenter le peuple al- personne qui lui fixa rendez-vous ses adversaires, étant convaincu
gérien. Il n’y avait aucun contact par téléphone, et qu’il gardait tou- de la possibilité du changement
entre elles. Il essaya de lutter pour jours l’intention d’une rencontre, qui apporte l’unité constructive).
l’unité, mais en vain. n’ayant pas à le dissimuler devant Après avoir été torturé et menacé

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( 74 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Guerre de libération
Histoire
de mort, il lui fut demandé où il de gazon vert. Ils se séparèrent à tériel. Ils sont enfermés dans une
irait s’il était libéré. Il répondit : Casablanca, après y avoir rencon- salle dont on avait bouché com-
« Je continuerais ma lutte pour le tré leurs adversaires et échappé à plètement les fenêtres. Il n’y avait
Réarmement moral du monde. un sort tragique. Sidi Mahmoud ni air ni lumière. L’un d’eux prit
» Il regagna sa cellule avec des rentra chez lui, où il fut reçu com- le balai pour nettoyer par terre.
traces de cravache sur le corps et me un revenant. Quelques jours Une grande poussière fut sou-
des douleurs au ventre et à la tête, après, il décida de quitter le Ma- levée qui rendait l’air irrespirable.
provoquées par des coups de po- roc. Ils demandèrent au gardien de les
ings. Durant son séjour à l’étranger, laisser sortir au lavabo pour se la-
Plus tard, des Algériens qui il vivait dans une grande inquié- ver et boire. Pour toute réponse, il
étaient les premiers chefs de tude au sujet de ses amis, dont il ferma la porte. Quelques-uns sug-
l’armée de libération, furent était sans nouvelles. Il priait sans gérèrent de prier contre lui. Sidi
amenés dans cette prison. Après cesse pour eux. Plus tard, il apprit Mahmoud leur dit qu’ils étaient
six mois de détention, l’un d’eux qu’ils avaient pu quitter le Maroc dans une situation d’opprimés et
suggéra à Sidi Mahmoud de un mois après qu’il l’eut quitté leur rappelait le mot du Prophète
s’évader, en rappelant que leur lui-même et qu’ils avaient gagné : « Redoutez l’imprécation de
emprisonnement n’était ni juste l’étranger. Il vit alors clairement l’opprimé, car aucun voile ne
ni dans l’intérêt du peuple et que la véracité de la promesse divine s’interpose entre lui et Dieu », et
l’intention de ceux qui les avaient et il comprit mieux la puissance qu’il fallait par conséquent prier,
arrêtés était de les supprimer. Il de la prière et de la confiance en non pour le malheur de cet hom-
répondit : « Dieu sait mieux que Dieu, réalisant cette grande vérité me, mais pour qu’il ne revînt plus
nous ce qu’il est juste de faire. Il qui dit que « les miracles viennent comme gardien. Ils furent cette
nous a amenés ici pour une raison à travers l’obéissance incondition- prière. Depuis cette nuit-là, ils ne
que nous ignorons. Nous allons nelle à Dieu ». En effet, après leur le revirent plus.
Le prier de nous montrer ce qu’il évasion, ils apprirent qu’il était La prière fut aussi d’un grand
faut faire : s’il est juste de nous question de les exécuter deux secours moral pour eux. Des pris-
évader, nous nous évaderons ; s’il jours plus tard. Cinq semaines onniers étaient emmenés de leur
est juste de rester, nous resterons. après, des coups de feu furent ti- cellule la nuit ; le lendemain, on
» Ils furent la prière. La nuit, Sidi rés à bout portant sur ses amis, ne retrouvait plus que leurs vête-
Mahmoud vit en rêve qu’il fuyait­ mais Dieu les protégea. Com- ments. Ils étaient alors en proie à
avec un ami sur un terrain cou- ment expliquer cela autrement de fortes émotions, pensant que
vert de gazon vert, poursuivis par que comme un miracle ? leur tour allait venir la nuit suiv-
un serpent énorme sans être at- Sidi Mahmoud pense qu’il ante. Il ne put décrire sa douleur
teints. Le lendemain, il dit à ses était inutile ici d’entrer dans des lorsqu’il apprit, par un prisonnier,
amis que Dieu les autorisait à spéculations philosophiques. La la mort sous les tortures au Ma-
partir et qu’ils seront poursuivis puissance de la prière leur fut dé- roc, d’un avocat éminent d’Oran,
par leurs adversaires, mais qu’ils montrée à une autre occasion. Ils un patriote sincère. Il pensait
avaient la promesse de la protec- étaient détenus dans des lieux où aussi qu’il pouvait subir le même
tion divine. Quelques jours après, ils ne résideront pas longtemps. sort. C’est seulement la prière
ils s’évadèrent en plein jour, après Ils changèrent de résidence à qua- et la foi en Dieu qui leur don-
avoir ligoté et désarmé les gardi- tre reprises. Ils furent amenés une naient le courage et nourrissaient
ens. La route qu’ils parcoururent nuit dans le cabinet d’un dentiste, leur espoir dans une délivrance.
traversait des terrains couverts d’où on avait enlevé tout le ma- A la suite d’un recueillement un

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Guerre de libération
Histoire
matin, il eut la pensée que le vrai morale. Prôner les principes lui était venu cette pensée : « Tu
prisonnier n’est pas celui qui est d’émancipation et les bafouer sys- n’es rien, tu n’as rien ; Dieu est la
entre quatre murs, mais celui tématiquement, condamner la tor- seule Réalité. C’est Lui seul qui
qui est prisonnier de ses ambi- ture et l’assassinat et les perpétrer donne un sens à ton existence. La
tions, de ses craintes et de ses froidement les ont conduits à une vie n’a aucune valeur, sauf si elle
rancœurs. Sidi Mahmoud éprou- situation alarmante. Si les pertes est nourrie d’une idée inspirée de
vait une grande libération. Tous de vies humaines et les dépenses Dieu. » C’est avec la conscience
les prisonniers auxquels il fit part financières énormes sont déplo- de cette vérité qu’il avait la croy-
de cette pensée pour répondre rables, la destruction des valeurs ance nécessaire pour vivre.
à leur étonnement, éprouvèrent de la civilisation est sans doute À la lumière de ces considéra-
le même soulagement. Il les en- le dommage le plus grave. Tel est tions, Sidi Mahmoud est amené à
courageait à faire la prière et ils l’aboutissement normal d’un com- dire que dans tout ce qui lui est ar-
décidèrent de la faire régulière- portement avec la morale au ser- rivé, tant du côté français que du
ment. Il y eut même parmi les dix vice de l’intelligence. Comment côté algérien, une part de respon-
gardiens qui les surveillaient, cinq serait le monde avec l’intelligence sabilité s’incombe à lui-même,
qui venaient la faire avec eux. au service de la morale ! C’est car il n’avait pas su lutter d’une
Les autres étaient étonnés de seulement dans le recueillement façon efficace pour l’unité. Il sut
voir « la prison changée en sincère que Dieu nous donne la que l’unité des uns et des autres
mosquée ». Chaque prisonnier lumière. Dans sa situation, tout vient du changement des uns et
nouveau, ignorant ou instruit, ce qu’il avait vu et subi depuis son des autres. Il est dit dans le Coran
venait faire la prière avec eux et engagement dans la lutte libéra- : « Dieu ne change la condition
même ceux qui ne l’avaient ja- trice le fit méditer sur cette lutte, des hommes que si ces hommes
mais faite dans leur vie apprirent sur la nécessité d’être conséquent décident de changer eux-mêmes.
à la faire avec beaucoup de foi et avec soi-même et sur sa destinée » Il sut pour sa part que cela doit
de confiance en Dieu. Un jeune et celle de son pays. commencer par soi-même. Il sut
homme qui avait été torturé pr- Comment apporter la vraie combien cela est coûteux. Il a dé-
esque jusqu’à la mort, vint, après liberté à l’Algérie ? Les es- cidé d’en payer le prix pour réalis-
s’être remis de ses tortures, leur claves de l’esprit de domination, er la volonté de Dieu.
exprimer sa joie de se sentir dans d’exploitation, de supériorité, ne
« une école » non dans une pris- peuvent pas la lui donner. Les es- Mehdi Benabdelmoumène
on. Il récitait le Coran et priait claves des ambitions, des craintes Editeur
avec ferveur. et des rancœurs ne peuvent pas
(1) Sidi Ali Ou Taleb, un Saint qui repose
Sidi Mahmoud comprit l’effet la lui donner. Seuls des hommes au village de Koukou, Aïn El Hammam,
de la foi vécue et les conséquenc- réellement libres, avec un cœur Tizi Ouzou.
es graves d’une spiritualité non pur et des mains propres, pour- (2) Cheikh Boualem Bouzouzou, Si Boualem
vécue. S’il est des gens qui croient ront apporter cette vraie liberté à El Qadhi, fut Cadi à Bougie.
(3) Cheikh Cherif Bouzouzou fut Cadi à Aïn
possible d’agir impunément avec leur pays et au monde. C’est pour El Hammam, puis à Tizi Ouzou et enfin
inconséquence à l’égard de Dieu, cette liberté que Sidi Mahmoud à Bougie.
parce que la justice divine qui est a décidé de lutter. Dans sa lutte (4) Morchid.
immanente se fait souvent at- pour ses idées et ses convictions, (5) « El-Manar », Journal politique, culturel,
religieux libre dont le N°00 paraîtra le 29
tendre, l’inconséquence avec soi- il avait beaucoup souffert et il
Mars 1951.
même, quand elle est consciente, a été amené deux fois devant la (6) Bulletin S.M.A., Novembre-Décembre
se confond avec l’escroquerie mort. Dans l’attente de la mort, il 1946.

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( 76 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Par Hassina Amrouni
Histoire
d'une
ville
Mila

C
ette position géostratégique a
fait que, dès la préhistorique,
l’homme a pu s’y établir et
mener une vie sédentaire.
Plus tard dans l’histoire,
des conquérants venant de tout le pourtour
méditerranéen s’y succéderont, attirés par
son potentiel géographique ; d’ailleurs, on
la surnommait la « Reine des céréales et du
lait ».
Afin de faire face aux différents assauts
belligérants, les tribus berbères s’unissent
en formant des micro-Etats. Ils parviennent
à développer une économie locale, surtout
basée sur l’agriculture favorisée par les res-
sources en eau existantes.
Les Romains qui envahissent le pays vers
47 av. J.-C. réorganisent la vie politique et
sociale de la population autochtone, suppri-
L’ancienne ville de Mila

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( 78 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Histoire
Immense foncier agricole de la wilaya de Mila

d'une
mant les royaumes de Massinissa et Juba qui
constitueront désormais le royaume de P.
ville
Sittius Nocerinus Sarneusis, créé par Jules
César. Les Sittiens s’installent alors dans
une confédération formée par quatre colo-

Mila
nies, en l’occurrence Cirta (Constantine),
Rusicade (Skikda), Chullu (Collo) et Milev
(Mila). La Res publica quatuor coloniae Cir-
tenses n’avait pas le statut habituel des pro-
vinces romaines.
Selon le diplomate et explorateur Léon
l’Africain, Milev, située à 12 miles de
Constantine, était entourée d’un mur. Il té-
moignera également que le 27 août 402 et à
la fin du mois d’octobre 416, deux conciles
chrétiens seront tenus – le second par saint
Augustin. Les décisions prises seront insé-
rées dans « Le code des canons des conciles
d’Afrique ».
A noter que Milev qui était la patrie du
grand évêque africain Optat de Milève, qui
lutta avec acharnement contre le donatisme,
verra le christianisme se répandre à grande
échelle.
Après l’invasion des Vandales et l’ère de
chaos qui s’en est suivi, ces derniers fini-

La porte romaine de la vieille ville

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( 79 ) www.memoria.dz
Histoire
d'une
ville ront par être chassés par les Byzantins. La gnait ainsi la fin progressive du christianisme.
région renaît alors peu à peu de ses cendres, Après la conquête de la région du Cham et la
renouant avec la civilisation. Des construc- Perse, les Arabes entrent en Egypte puis en
tions diverses verront le jour sous le règne Tunisie où ils désignent la ville de Kairaouan
des Byzantins, apportant à la population comme le point de départ de leurs conquêtes
locale qui embrasse le christianisme dans sa futures. En Algérie, Mila sera la première ville
Mila
grande majorité, un certain confort. Monu- d’Algérie à être conquise par Abou Mahadjir
ments en pierre taillée, érigés dans les mon- Diar en l’an 55 de l’hégire. De là, ils investi-
tagnes environnantes, aqueducs et vastes jar- ront d’autres villes du pays.
dins donneront un autre visage à la ville. En Au cours d’un séjour qui durera deux an-
539, Solomon, préfet du prétoire et général nées, ce dernier fera construire – selon les dires
de l’empereur Justinien, va même construire de certains – notamment la célèbre mosquée
une forteresse et un mur d’enceinte afin de de Sidi Ghanem, l’une des plus vieilles mos-
repousser les attaques incessantes des tribus quées d’Algérie, au minaret de 365 marches.
voisines. Cet ouvrage est visible aujourd’hui L’emplacement de cette mosquée sera connu à
encore à Mila car relativement bien conservé. la suite des fouilles effectuées dans l’enceinte
même de l’église romaine.
Arrivée des Arabes Il faut noter qu’au cours de cette période,
Mila connaîtra une grande expansion à la fois
La présence byzantine à Mila dure jusqu’en urbanistique, scientifique, culturelle, sociale...
674, date à laquelle la région voit l’arrivée Malheureusement, cela ne fera qu’attiser
d’Abou Mouhadjer Dinar. L’arrivée des Arabes encore davantage de convoitises sur cette ville
en Afrique du Nord pour répandre l’islam si- qui, en 902, sera attaquée par Abou Abdallah,

La Mosquée de Sidi Ghanem à Mila en Algérie fut construite en (675-676 JC) par le compagnon et général omeyyade Abu Muhajer Dinar al-Makhzoumi, sous le califat de Muawiya (667-680).

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( 80 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Histoire
d'une
lieutenant de Mahdi Obaïd Allah. En effet, ce absence totale de force décisionnelle sera dé-
ville
dernier, à la tête de nombreux Berbères, réu- possédé de son Etat par le calife almohade
nis à Tazrout, va lancer des attaques contre Abd el Moumen, dont il parvient à concilier
Mila. Il réduit la ville à feu et à sang et tue la bienveillance.

Mila
au cours de cet événement sanglant le gou- A partir de 1515, la ville de Mila passe
verneur Moussa Ben Aïach. Ce ne sera pas sous l’autorité du Beylik de l’Est. Contrai-
la seule fois où Mila sera attaquée et dévastée rement à d’autres régions du pays qui par-
– El Mansour fils de Bologhine saccage lui viendront à maintenir un certain climat de
aussi les villages des Koutama ainsi que Mila paix, en dépit de certaines lois iniques qui
–, mais la ville réussira à chaque fois à se rele- déposséderont les populations autochtones
ver et à renaître de ses cendres. D’ailleurs, cet de leurs richesses, Mila connaîtra d’incessants
exploit sera cité notamment par Ibn Hawkal troubles en raison du kharadj (impôt foncier)
au Xe siècle et la ville sera décrite en 1064 par imposé aux propriétaires terriens et jugé par
Al Bakri. trop excessif. Toutefois, cela n’empêchera pas
Selon Al Idrissi, la ville de Mila fut en la contraction de nombreux mariages mixtes
1154 soumise au prince de Bougie, Yahia notamment entre les janissaires et les femmes
Bey El Aziz, dernier souverain de la dynastie autochtones. De cette époque, Mila gardera
berbère des Hammadite. Cependant, ce der- les traces de richesses inestimables (poteries,
nier, en raison d’un caractère mou et d’une monnaies, statues, édifices...).

Autre vue sur la mosquée du compagnon Abu al-Muhajer Dinar al-Makhzoumi, à Mila.

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( 81 ) www.memoria.dz
Histoire
d'une
ville Bien que peu de Français vivent à Mila –
Présence française seuls 20 Français sont recensés en 1867 –, la
ville se développe et devient une commune de
Rentrées en Algérie en 1830, les troupes plein exercice en 1880.
françaises conquièrent Mila en 1837. C’est le Au lendemain du déclenchement de la
Mila
général Challe qui conduit ses troupes jusque guerre de libération nationale, Mila mais aussi
dans la ville. A l’opposition farouche des toutes les villes environnantes, à l’instar de
populations autochtones, ils opposent une Jijel ou Collo, entreront de plain-pied dans
répression féroce, poussant une partie de la la lutte armée. La région de Mila offrira à la
population à l’exil, notamment vers le Moyen- Révolution du 1er Novembre quelques-uns de
Orient (Syrie, notamment). ses plus valeureux enfants dont deux grands
Alors que ceux qui ont décidé de rester font hommes politiques : Abdelhafid Boussouf et
face quotidiennement aux abjections colo- Lakhdar Bentobal.
niales, la naissance du mouvement national à
Hassina Amrouni
partir des années 1920 va apporter de l’espoir
en des lendemains meilleurs. Des lendemains Sources :
de luttes et de sacrifices, certes, mais où l’es- www.milev-new.com
poir de recouvrer la liberté est enfin palpable. www.mila.onlc.com

La mairie de Mila Rue nationale

Ruelle de Mila Siège de la gendarmerie

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( 82 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Histoire
d'une
ville

Par Hassina Amrouni


Histoire
d'une
ville Au cœur de ce riche patrimoine se trouve la vieille
ville de Mila. Datant de l’époque ottomane, cette cité
s’étend sur 7,20 ha et est entourée d’une muraille
érigée par l’occupant byzantin. Classée patrimoine
Mila
national en 1992, la cité millénaire conserve encore
ses routes pavées, ses maisons d’époque, son souk,
sa célèbre porte romaine, la statue de M’lou, la fon-
taine Aïn Lebled, mais elle abrite surtout la célèbre
mosquée de Sidi Ghanem, œuvre de Aboumouhadjir
Dinar, l’un des compagnons du Prophète Mohamed
(QSSSL) auparavant une église byzantine.

La mosquée La Mosquée de Sidi Ghanem

C
de Sidi Ghanem

onsidérée comme l’une des plus


vieilles mosquées d’Afrique du
nord, cette mosquée omeyyade
a été érigée en l’an 59 de l’hé-
gire (678 après J.-C.) par Abou-
mouhadjir Dinar, à l’époque où il s’était lancé
à la conquête de l’Ifriqiya. Il s’était alors établi
à Mila, la capitale régionale des omeyyade et
durant ces deux années que dura son séjour,
il fit construire ce lieu de culte. Entourée d’un
mur comptant 14 tours de guet, la mosquée
de Sidi Ghanem a, au Xe siècle était citée par
l’historien et géographe Abu Ubayd Abd-Al-
lah Al-Bakri qui dira que c’est « la première
mosquée de Mila, jouxtant Dar El Imara »
(Maison de commandement omeyyade rem-
plaçant Kairouan).
Une autre preuve irréfutable du fait que Sidi
Ghanem est le plus ancien édifice religieux en
Algérie, est ce passage d’un livre d’Ibn Khayat,
datant du troisième siècle de l’Hégire, dans le-
quel l’écrivain évoque « l’établissement d’Abou
El Mouhadjir Dinar à Mila, vers l’an 59 de
l’Hégire, où il s’attelle à la construction d’une

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( 84 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Histoire
d'une
mosquée ». Un autre témoignage, venant cette
fois d’Ibn Thaghri Berdi qui, dans son livre
les Foutouhate prospères, rappelle l’apport de
D’autres en briques pleines remplacent les
colonnes manquantes. A l’origine basilique
byzantine, il a fallu au moment où a été dé-
ville
Dinar dans la diffusion de l’Islam en Afrique cidé de faire de cette enceinte une mosquée,
du nord et son séjour dans cette cité algérienne construire un minaret d’une soixantaine de

Mila
qu’est Mila. Deuxième plus ancienne mosquée mètres. Ce dernier a été démoli durant la pé-
en Afrique du Nord après celle de Kairouan, riode de la colonisation française, l’intérieur
le monument de Sidi Ghanem porte le nom du lieu de culte a également été transformé.
d’un illustre savant arabe, connu et surtout res- Scindant en deux parties la salle de prière, la
pecté pour son érudition et sa sagacité. partie supérieure a été aménagée en dortoir,
Découverte par un officier français en tandis que l’autre partie a été transformée en
1929, cette mosquée possède une architecture étables pour animaux. Ayant fait l’objet de
semblable à celle de Kairouan. Les colonnes nombreuses études et recherches archéolo-
romaines reposant sur des plinthes carrées gique, la mosquée de Sidi Ghanem a bénéficié
supportent des arcades en briques rouges. d’un plan de sauvegarde.

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d'une
ville
Mila

Fontaine « Aïn Lebled »

Fontaine « Aïn Lebled »

Vestige de l’époque antique, la fon-


taine romaine Aïn Lebled a, par le
passé, joué un rôle essentiel dans l’ir-
rigation des cultures environnantes,
Mila étant connue pour ses vastes
terres cultivables. Bien qu’elle remonte
à des milliers d’années, cette fontaine
qui reçoit aujourd’hui encore l’eau des
sources du Djebel Marchou, sur les
hauteurs de Mila, une eau fraîche en
été et douce en hiver, a par ailleurs,
conservé ses canalisations d’origine et
son tracé en pierres taillées. Servant
une superficie de 207 m2, Aïn Lebled
Fontaine « Aïn Lebled » a connu une période de tarissement en

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( 86 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Histoire
d'une
raison de canalisations bouchées. L’interven-
tion des travailleurs de l’Office de gestion et
d’exploitation des biens culturels protégés
ville
a permis de faire rejaillir l’eau. A noter que
cette fontaine qui a été proposée au clas-
sement comme patrimoine national a subi

Mila
dernièrement quelques dommages à la suite
de l’effondrement d’un mur mitoyen. Une
enveloppe financière a donc été dégagée par
les autorités concernées pour permettre la
restauration de ce vestige.

La statue de M’lou

Représentant une femme assise, cette sta-


tue millénaire qui trône majestueusement au
centre de l’ancienne caserne de la ville, n’a
pas jusqu’à aujourd’hui encore entièrement
livré ses secrets.
Découverte en 1880 par un officier fran-
çais, lors de fouilles archéologiques, mais da-
tant de deux siècles avant J.-C., cette statue
mesure 2,90 m de hauteur et 1,70 m de large
et constitue la plus grande statue de marbre
blanc dans le monde à être découverte en
une seule pièce.

La statue de M’lou

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Histoire
d'une
ville Baptisée « Statue de M’lou », vocable qui par ses sujets comme la protectrice de la cité
signifierait « ombre » en tamazight, cette sta- d’où cette statue trônant au milieu du forum
tue a été sculptée dans un matériau qui pro- où se trouvaient tous les édifices représentant
viendrait de la carrière de Filfila à Skikda. l’autorité de l’époque. La statue représenterait
Alors que des chercheurs américains en visite enfin, Mariossa, épouse du roi M’lou.
Mila
à Mila en 2008 ont affiché un grand intérêt
pour cette statue qui fera d’ailleurs l’objet de Palais de l’Agha de
publication scientifique, d’autres chercheurs, Ferdjioua
Français cette fois, voient en cette sculpture
une représentation du Dieu Saturne. Selon Le palais de l’Agha, situé dans la localité de
eux, cette thèse s’explique par les vestiges fu- Ferdjioua est un autre monument qui fait la
néraires découverts à proximité du lieu où a fierté des Miléviens. Datant de l’époque otto-
elle été découverte. D’autres thèses, d’ailleurs mane, cette résidence était le siège du chef de
plus accréditées par les Miléviens, penchent la région, désigné par le Bey de Constantine.
plutôt vers une représentation d’une reine nu- Durant la période coloniale, le palais de l’Agha
mide qui gouvernait Mila avant l’arrivée des était plus désigné sous le nom de Dar el-Hakem
Romains. Cette souveraine aurait été désignée (Maison du gouverneur) ou encore Djenane el-

Vestiges romains

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( 88 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Histoire
d'une
ville

Hakem (jardin du gouverneur) car il servait de siège à Classé patrimoine national, le Palais de l’agha a béné-
l’autorité d’occupation française. Cette bâtisse sera res- ficié d’une enveloppe financière pour sa restauration.
taurée, une première fois en 1929. Mila renferme d’autres vestiges, comme la mosaïque
Classé patrimoine national, ce palais s’étend sur 800 de Sidi-Zerrouk, dans la commune de Rouached, les
m2 bâtis et 2 000 m2 de jardins, il comprend un rez- thermes romains de Beni-Guecha, les vestiges de Mech-
de-chaussée, une grande cour, de nombreux sous-sols ta-Lebaâla (près d’Oued Athmania), le mur byzantin et
qui ont servi de dépôt de munitions et un étage avec de Aïn El Bled, au cœur du vieux Mila ou encore les gra-
vures puniques, romaines, grecques… D’ailleurs, selon
terrasses et balcons d’où l’on peut avoir une vue impre-
les spécialistes, Mila est la seconde ville, après Constan-
nable sur la ville.
tine à renfermer autant de gravures.
Durant les années 1940, le palais a été le refuge des
agents de l’administration coloniale qui s’y sont barri- Hassina Amrouni
Sources :
cadés pour échapper à l’ire de la population qui s’est www.milev-new.com
soulevée à la suite des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, www.mila.onlc.com
www.algerie-dz.com
Guelma, Kherrata. Divers articles de la presse quotidienne nationale

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Histoire
d'une
ville
Mila

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Histoire
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ville

Par Hassina Amrouni

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Histoire
d'une
ville
N
é en 1926 à Mila, Abdelhafid Au lendemain du déclenchement de la lutte
Boussouf y effectue ses armée, Boussouf est nommé adjoint de Larbi
études primaires, avant de Ben M’hidi, dans la Wilaya V, chargé de la
se rendre à Constantine, région de Tlemcen. Après la tenue du congrès
avant la Seconde Guerre de la Soummam, Boussouf qui accède au grade
Mila
mondiale pour s’engager dans la vie politique. de colonel est installé à la tête de la Wilaya V.
Il adhère au Parti du peuple algérien (PPA) où Il prend part à la mise en place du réseau de
il fait la connaissance de militants d’envergure transmission et de renseignements d’abord dans
qui deviendront des icônes de la guerre de sa région puis dans les autres wilayas du pays.
libération nationale, en l’occurrence Mohamed Membre du Comité de coordination et
Boudiaf, Larbi Ben M’hidi, Lakhdar Bentobal d’exécution, en septembre 1957, il est nommé un
et d’autres dont le rôle durant la révolution an plus tard, ministre des Liaisons générales et
sera prépondérant. des Communications au sein du GPRA, jouant
Membre de l’Organisation spéciale, il ainsi un rôle notable dans la création de l’appareil
entre dans la clandestinité, à partir de 1950, de renseignements et de communication mais
lorsque cette dernière est découverte. A partir aussi dans la formation de cadres, ce qui lui
d’Oran, il continue ses activités politiques, vaudra le surnom de « père des services de
en rejoignant les rangs du Mouvement pour renseignements algériens ». Celui que l’on
le triomphe des libertés démocratiques surnommait au front « Si Mabrouk » exercera
(MTLD) dont il deviendra le responsable de une grande fascination sur ses hommes et sur
la circonscription de Tlemcen, il sera ensuite tous ceux qui le côtoieront de près ou de loin.
membre du Comité révolutionnaire d’unité et Abdelhafid Boussouf meurt le 30 décembre
d’action (CRUA) et sera appelé à prendre part 1980, emporté par une crise cardiaque à Paris.
à la réunion des 22, vers la fin du mois de juin Il repose désormais au carré des martyrs, au
1954. cimetière d’El Alia.

1- Boussouf Abdelhafid. 2-Larbi BenM’hidi. 3-Houari Boumediene. 4 -Rachid Mostaghanemi De dr. à g. : Mohamed Boutella, Abdelhafid Boussouf, Houari Boumediene, Slimane Hoffman,
Mohamed Zerguini au siège du commandement de l’EMG.

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( 92 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Histoire
d'une
Egalement natif de Mila où il a vu le
ville
jour le 8 janvier 1923, Lakhdar Bentobal,
alias Si Abdallah a milité dès 1940 au
sein du Parti du peuple algérien, avant de

Mila
rejoindre l’OS dès 1947. Condamné par
contumace par les autorités coloniales, en
raison de ses activités politiques, Bentobal
entre dans la clandestinité, Appelé à faire
partie du groupe des 22, il devient l’un
des responsables de la lutte armée, dans
la région du Nord Constantinois. Nommé
à la tête de la Wilaya II, en remplacement
de Zighoud Youcef, il rallie Tunis en 1957,
avant d’être nommé ministre de l’Intérieur
du GPRA.
Lors des accords d’Evian, le 18 mars
1962, Lakhdar Bentobal prend part aux
négociations entre les représentants de
la France et ceux du Gouvernement
provisoire de la République algérienne
(GPRA).
Lakhdar Bentobal décède à Alger le 21
août 2010 des suites d’une longue maladie,
il est enterré au Carré des martyrs.
Lakhdar Bentobal et Larbi Ben M’hidi
Hassina Amrouni

Debout de g. à dr.: Saleh Nehari, Abdelhamid Latréche, Saphar Berrouane, Si Zoubir , Rachid Mostaghanemi,
Boudaoud Mansour, Amar Benaouda, Hocine Kadiri, Abdelhafid Boussouf, Abdelmadjid Benkedadra, Tebal Dr Francis et Boussouf Abdelhafid rendent visite à des d’enfants en Chine
Hadjadj Mahfoud, Si Boulfouateh, Chengueriha Abdelkader.

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Histoire
d'une
ville
Mila

Au congrès de la Soummam de g. à dr. : Zighoud Youcef, Krim Belkacem, Lakhdar Bentobal et Amar Benaouda

Le 18 mars 1962 à Evian, les représentants français et ceux du GPRA se retrouvent à l’hôtel Au congrès de la Soummam de g. à dr. : Amar Benaouda, Lakhdar Bentobal
du Parc. Lakhdar Bentobal, 3e à droite Larbi Ben M’hidi et Zighoud Youcef

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( 94 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Par Hassina Amrouni
Histoire
d'une
ville
La région de Beni Haroun n’est pas seulement connue
pour son célèbre barrage. Elle tient aussi sa réputation
des magnifiques sites naturels qui constituent un lieu de
villégiature privilégiés pour tous les Miléviens mais aussi
Mila
pour les touristes qui y affluent des différentes régions du
pays.

S
itué dans la commune de Hamala, L’alimentation de ces régions s’effectue par
daïra de Grarem Gouga, le site de un système de pompage unique consistant
Beni Haroun est distant d’environ à drainer l’eau sur d’autres barrages se
15 km du chef-lieu de wilaya. Cette situant en amont. A noter que pour parer au
zone a bénéficié d’une ZET (zone
phénomène d’envasement dus à l’érosion, plus
d’expansion touristique) de 1000 ha pouvant
de 2000 ha ont été reboisés. Plusieurs projets
accueillir plusieurs projets.
d’aménagement sont prévus afin de proposer
Concernant le barrage de Beni Haroun, il a
été construit entre 1996 et 2001. L’ouvrage qui de nouveaux sites de tourisme et de villégiature
a été réceptionné en 2002 possède une digue à la population.
de 710 m de long, 8 m de large à la crête, 93 Trois sites ont déjà été choisis pour la
m en fondation et s’étend sur plus de 20 km création de plages artificielles sur les berges
de long. Conçu pour les besoins d’irrigation du lac du barrage de Beni Haroun. Ces
et d’approvisionnement en eau industrielle de plages artificielles seront implantées à Mechta
cinq wilayas, en l’occurrence Mila, Constantine, Ferdouia, dans la commune de Sidi Merouane,
Oum El Bouaghi, Khenchela, Batna et Jijel, à Cibari (Grarem-Gouga) et sur les berges
le barrage a une capacité de stockage de 430 du barrage de Hammam Grouz, dans la
millions de mètres cubes correspondant à une commune d’Oued Athmania, au Sud-ouest de
côte de niveau général de 179/ 84. La surface Mila.
couverte par le barrage est 2100 ha, quant à la
surface expropriée, elle est de 2217 ha. Hassina Amrouni

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( 96 ) Supplément N° 34 - Avril 2015.
Par Hassina Amrouni
Histoire
d'une
ville Ahmed Hacini est, en effet, un personnage dont le dévouement
et l’engagement sincères sur les voies du savoir ont permis
à des dizaines d’enfants indigènes d’y accéder dans les plus
nobles règles de l’art. Il a dispensé son savoir avec un rare
savoir-faire, éduquant des générations de jeunes Algériens et
Mila
forgeant bien des esprits pour en faire des âmes éclairées.

I
l y a un peu plus d’une année, un de valeurs auquel élèves et parents vouaient ad-
très bel hommage lui a été rendu miration et respect, donnera le meilleur de lui-
par Radio Mila, à travers l’émission même avec, pour seule et unique satisfaction,
« Nostalgia », animée par Belkhir El cet accomplissement et cette réussite auxquels
Hacène. Ce dernier est revenu sur le accédaient ses élèves.
parcours riche et prodigieux de cet éducateur Même son administration ne tarissait pas
hors pair, s’appuyant sur plusieurs témoignages, d’éloges face à son dévouement à la tâche. A
notamment ceux de ses deux filles Samia et ce titre, un rapport d’inspection, rédigé le
Salima, respectivement docteur en médecine 16 février 1958 par l’inspecteur primaire de
et professeur en informatique à l’université Constantine-Ouest de l’époque mentionnait
de Constantine, un de ses petit-fils ainsi que ceci : «Monsieur Hacini est un excellent ins-
d’anciens élèves des années 1950 et 1960 par- tituteur dont l’expérience confirmée est évi-
mi lesquels l’éminent professeur en médecine, dente. L’école de Vieux Mila, qu’il dirige depuis
Abdelaziz Segueni, chef de service au CHU de 1941, lui doit sa prospérité, elle qui ne comp-
Constantine. tait qu’une seule classe en compte maintenant
Né à Condé Smendou, actuellement Zi- treize ! Monsieur Hacini se donne tout entier à
ghoud-Youcef dans la wilaya de Constantine, le sa tâche, ses adjoints, un instituteur et onze ins-
15 octobre 1912, Ahmed Hacini a grandi dans tructeurs ont pour lui respect et affection. Ils
une Algérie coloniale où le savoir n’était dis- suivent ses bons conseils. Même les autorités de
pensé qu’au compte-goutte. Chanceux de pou- Mila ont beaucoup d’estime pour ce directeur
voir user ses culottes sur les bancs de l’école, zélé et dévoué. Il assure même des cours aux
il saisira cette opportunité en étudiant avec adultes dont le nombre est actuellement de 65
beaucoup d’assiduité. Ancien élève du collège grands élèves.» Et d’ajouter : «360 élèves béné-
moderne de Médéa, il en ressort le 1er juillet ficient de la cantine. Chaque dimanche, la coo-
1939 avec plusieurs titres de capacité (BE, BS, pérative de l’école donne une séance publique
CAP, BEPC). Entamant avec beaucoup d’ab- de cinéma parlant… grâce à M. Hacini, l’école
négation sa carrière d’instituteur, il prodiguera de Vieux Mila rayonne. Elle a une excellente
l’instruction à nombre de petits enfants dont il réputation. Nous félicitons donc sans réserve
entreverra dès l’enfance l’avenir serein et pro- ce très bon directeur et exprimons la certitude
metteur qui les attend. Deux années plus tard, qu’il saura parfaire davantage son œuvre.»
le 30 septembre 1941, il est promu au poste de Jusqu’à son dernier souffle, rendu à Constan-
directeur de l’école du Vieux Mila, en passant tine le 5 juillet 2000, à l’âge de 88 ans, Ahmed
avant d’y être installé, par Condé Smendou, Hacini aura continué à lutter contre l’ignorance
Fréha, Takaats, Chemini, etc. et l’obscurantisme. Paix à son âme !
Pendant plus de trente ans – 37 pour être Hassina Amrouni
plus exact – (il part en retraite le 30 septembre Sources :
1978 à l’âge de 65 ans), ce maître d’école pétris Articles de la presse quotidienne nationale

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