Vous êtes sur la page 1sur 3

Macar Ioana

Groupe I

Commentaire de l’arrêt no. 03-19.376

L’arrêt de principe rendu par la Chambre mixte de la Cour de Cassation, le 26 mai 2006,
amène en discussion la sanction de la violation d’un pacte de préférence.
Dans l’espèce, un bien immobilier était l’objet d’une donation-partage, acte qui
contenait un pacte de préférence en faveur des réclamants. Une parcelle de ce bien a fait
l’objet de deux transmissions successives, la dernière en 3 décembre 1985, quand elle a été
vendue à une société civile immobilière (SCI Emeraude), sans que les bénéficiaires de la clause
de préférence aient eu la possibilité d’exercer leur droit. (Les consorts X).
À la suite de leur mécontentement, Mme X demande en justice la substitution dans les
droits de la SCI Emeraude, mais elle voit le refus de la demande tant en premier instance,
qu’en appel, par un arrêt de la Cour d’appel de Papeete, le 13 février 2003, suivi par un pourvoi
en cassation.
Elle critique l’arrêt rendu par la Cour d’appel, en considérant qu’elle a le droit de
réparer premièrement en nature son préjudice, que la substitution est nécessaire pour obtenir
l’exécution adéquate du contrat et que la société SCI Emeraude avait connaissance du pacte
de préférence lorsque le pacte de préférence avait faire l’objet d’une publicité régulière. Elle
se fonde sur les anciens articles 1134, 1138, 1142 et 1147 du code civil.
La problématique qui se posait était de savoir s’il suffit le fait que la SCI Emeraude avait
pris connaissance du pacte pour pouvoir admettre la substitution du Mme X ou il y a des autres
conditions.
La Cour de Cassation rejette sa demande, en statuant que deux conditions sont
requises pour obtenir la substitution dans les droits de l’acquéreur : les tiers doivent avoir
connaissance du pacte et il faut aussi que les tiers aient eu connaissance de l’intention du
bénéficiaire de se prévaloir du pacte. Dans l’espèce, la Cour apprécie que la deuxième
condition ne soit pas remplie et ne peut pas être démontrée.
Pour comprendre le sens, la valeur et la portée de l’arrêt, il convient d’avoir en vue le
contexte jurisprudentiel dans lequel l’arrêt a été rendu et d’analyser comment l’arrêt permet
de garder la force obligatoire d’un contrat. Par ce qui suit, on observera un revirement de la
jurisprudence de la Cour de Cassation, faisant de l’ancien article 1142 un principe subsidiaire
(I) et un arrêt symbolique permettant de demander l’exécution du pacte de préférence. (II)
I. Un revirement de la jurisprudence de la Cour de Cassation, faisant de l’ancien
article 1142 un principe subsidiaire

On traitera la jurisprudence antérieure de la Cour et les conditions que,


toutefois, elle impose avec cette décision afin de permettre la substitution. On
observera un refus de substitution du bénéficiaire dans la jurisprudence
antérieure de la Cour (A) et des conditions clairement délimitées pour
admettre la substitution du bénéficiaire (B)
Macar Ioana
Groupe I

A. Un refus de substitution du bénéficiaire dans la jurisprudence antérieure de la


Cour

 Contrairement a sa jurisprudence antérieure, la Cour admet sans


ambiguïté que la substitution du bénéficiaire au tiers est dorénavant
admissible
 Etant une obligation de faire, on admettait avant qu’on ne puisse
obtenir que des dommages-intérêts pour la résoudre (ancien article
1142 code civil)
 La jurisprudence antérieure de la Cour, qui admettait seulement la
sanction de la nullité de contrat conclu avec le tiers, est illustrée dans
les arrêts suivants : Civ. 1re, 04 mai 1957 Ch. Com. 7 mars 1989, Civ. 3me,
le 30 avril 1997, Civ. 1re 10 juillet 2002

B. Des conditions clairement délimitées pour admettre la substitution du


bénéficiaire

 Le remplissement des deux conditions doit être prouvé par le


bénéficiaire après une demande en justice
 On observe que l’exigence que le tiers ait pris connaissance de
l’intention du bénéficiaire de se prévaloir du pacte, sans avoir respecté
cette intention, est une exigence de mauvaise foi du tiers
 C’est difficile de prouver la mauvaise foi du tiers lorsqu’il s’agit d’un
élément subjectif ; on croit donc que la substitution aura un caractère
exceptionnel

Après avoir vu les sens de l’arrêt, on s’intéressera dans la deuxième partie à sa


portée.

II. Un arrêt symbolique permettant de demander l’exécution du pacte de préférence

On remarquera que l’arrêt a montré de nouveau le rôle de la jurisprudence


dans le développement du droit, en observant une solution générale de la Cour,
expression d’une volonté de statuer des principes applicables a tout pacte de
préférence (A) et un raisonnement aujourd’hui consacré dans le Code civil, à la
suite de la réforme du droit des obligations (B)

A. Une solution générale de la Cour, expression d’une volonté de statuer des


principes applicables a tout pacte de préférence

 C’est suggestif que, dans sa motivation, la Cour utilise une formule


générale (bénéficiaire, tiers, acquéreur), pour pouvoir immédiatement
appliquer la décision lorsqu’il s’agit d’un pacte de préférence, même si,
dans l’espèce, il avait été conclu un pacte en matière immobilière.
Macar Ioana
Groupe I

 Le fait que l’arrêt est publié dans le Bulletin suggère son importance et
les principes de droit qui y découlent
 On se pose toutefois le problème de savoir si la substitution peut être
écartée par une stipulation expresse des parties ou il s’agit d’une
sanction obligatoire dorénavant

B. Un raisonnement aujourd’hui consacré dans le Code civil, à la suite de la


réforme du droit des obligations

 Pour illustrer la portée de l’arrêt, on indiquera le nouvel article 1123,


concernant le pacte de préférence, qui n’est qu’une consécration de la
jurisprudence de la Cour de Cassation ; cet article envisage tant la
sanction de la nullité que la substitution
 Apres l’arrêt de 26 mai 2006 on se posait le problème de savoir
comment prouver l’intention du bénéficiaire de se prévaloir du pacte ;
après avoir repris ce que la Cour de Cassation a dit, le nouvel article
1123 apporte des éléments nouveaux, c’est-à-dire la possibilité
d’utiliser les actions interrogatoires pour s’intéresser à l’intention du
bénéficiaire