Vous êtes sur la page 1sur 8

Mélina NEPERT

LA BÉNÉDICTION DE PROMÉTHÉE,
RELIGION ET TECHNOLOGIE

M I C H E L L A G R E E (1946-2000)

PRÉSENTATION DE L’AUTEUR

Michel Lagree (1946-2000), un professeur d’histoire contemporaine, consacra ses


recherches et ses études à l’histoire religieuse contemporaine et plus particulièrement
aux liens et aux antagonismes existants entre la religion et les évolutions culturelles. Il
réalisa sa thèse à partir du thème de la religion et la culture bretonne de la période de
1850 à 1950 et se concentra sur la nature des divers rapports entre le catholicisme et
l’évolution des techniques. En 1999, il rédigea d’une main passionnée un ouvrage de
référence, La bénédiction de Prométhée. Religion et technologie XIXe-XXe siècle, (Paris,
Fayard, 1999) ce qui lui valut progressivement la réputation de spécialiste en matière
d’histoire religieuse contemporaine. En effet, il enrichit et actualisa les connaissances
générales dans ce domaine et fit volontiers le rapprochement entre la religion et
d’autres sujets culturels et historiques tels que le sport ou les spécificités régionales.
Suite à sa disparition en 2000, on édita à titre d’hommage un recueil de ses meilleures
publications, Religion et modernité. France, XIXe-XXe siècles (Rennes, PUR, 2002).

INTRODUCTION

Le domaine religieux est confronté aux progrès et aux découvertes de la science depuis
un âge proche de celui de l’Antiquité. Autrefois, les techniques étaient une discipline
bien distincte des sciences si bien que, les seules études ayant tenté un
rapprochement entre la religion et les techniques ne concernaient que l’usage moral
(ou conforme aux préceptes religieux) que l’on pouvait en faire. Lagree écrivit cet
ouvrage principalement afin d’enrichir les données déjà reconnues sur le sujet des
relations entre le domaine du religieux et celui des techniques. Il a voulu remettre à
jour l’idée selon laquelle après avoir pénétré dans une « ère désenchantée », l’homme
a dû réinventer sa façon de croire en la raison relativement au domaine de la foi.
D’autre part, en analysant précisément le titre de l’œuvre, « La bénédiction de
Prométhée », on décèle une métaphore n’émanant principalement que du domaine
symbolique. En effet, l’auteur rappelle dans son introduction que l’univers religieux
resterait le pilier de son raisonnement. De la sorte, en usant du terme « bénédiction »,
il fait référence à un encouragement d’ordre divin. Cependant, en attribuant le fait de
cette bénédiction à Prométhée, il introduit sa réflexion. Premièrement, d’un point de
vue philosophique, Prométhée est perçu comme un héro et un bienfaiteur. Il est celui
qui aurait attribué aux hommes une forme de liberté à travers le feu et la
connaissance. Deuxièmement, d’un point de vue chrétien, Prométhée ne serait nul
autre que Lucifer, l’ange déchu. Il serait alors selon la religion chrétienne, l’Ange de
lumière ou le porteur de lumière qui, ayant trahi la confiance de Dieu, fut banni du
royaume des cieux. Ainsi, l’idée qui émane du titre de l’ouvrage présente une double
facette du rôle des techniques, d’un point de vue religieux et philosophique. Par
conséquent, cette « bénédiction » est-elle à cette époque, aux yeux des catholiques un
cadeau des enfers ? Etait-ce alors l’heure de la délivrance de Prométhée ou au
contraire celle de sa condamnation ? Quelle est durant cette époque, l’évolution de la
place du religieux au sein de la société française face au développement de
l’innovation dans le domaine des techniques ?
Mélina NEPERT

L’auteur développe son raisonnement en neuf chapitres autour desquels s’articulent


trois axes majeurs.

LE DÉBAT ENTRE L’ÉGLISE CATHOLIQUE ET LE MONDE DES TECHNIQUES: ENTRE


PASSIONS ET ENTENDEMENT

Dans un contexte où l’industrie s’offre en spectacle et tend à s’élever comme une


forme nouvelle d’expression du savoir-faire humain, un débat virulent entre le
catholicisme et l’industrie se développe à travers la presse et la littérature.

Les médias se mettent alors à nourrir une vision pour le moins légère mais spontanée
de ce face à face en tirant leur arguments jusque dans les ères de la Grèce Antique et
du Moyen Age. Le Siècle, un quotidien républicain et anticlérical s’oppose à un œilleton
du catholicisme libéral intitulé Le Correspondant. On compte aussi parmi les prosélytes
catholiques, L’Ami de la religion du Monseigneur Dupanlou de tendance gallicane face
à l’ultramontain, Louis Veuillot et son quotidien, L’Univers.
Par ailleurs, l’exposition universelle de 1855 de Paris fait l’admiration des anti-
traditionalistes qui vantent sa large faculté à favoriser les évènements de pèlerinage
via le chemin de fer. Ainsi, quand certains annoncent la naissance d’une nouvelle
religion, celle du progrès, d’autres préfèrent y entrevoir une forme de Jugement
dernier. Cette exposition est en effet, la preuve ultime du rapprochement de l’homme
et de Dieu. Alphonse Baudon quant à lui, dans Le Correspondant voulait y percevoir
l’opportunité de la conciliation de deux éthiques, celle de la religion chrétienne et celle
enfantée par le progrès matériel. A partir de là, le catholicisme préviendrait le monde
des maux causés par l’industrie, la matrice du mal et de la douleur, en lui inculquant
des principes moraux. Selon L’Univers de Veuillot, l’industrie n’a eu aucun impact
concret sur la richesse des nations et pourrait au contraire avoir privé les campagnes
de leur aisance. Selon lui, « Il faut que le monde revienne aux vieux errements. La vie
patriarcale, la vie sauvage elle-même sont bien préférables à ces monstruosités dont
nous sommes témoins. […] Ce qui ne vient pas de Dieu, auteur de la nature, n’est donc
pas bon par nature. Il y a donc lieu de comprendre que ces choses viennent du diable,
du falsificateur de la nature. » Dans Le Siècle, au contraire, l’exemple du chemin de fer
montre un affranchissement des peuples des péages féodaux et des brigands de
grands chemins.
D’autre part, l’auteur précise que l’antagonisme de ces différents discours est le fait de
clivages ancestraux. En effet, depuis l’Antiquité le travail est l’apanage de la servitude
et de la souffrance alors que de l’artefact, il s’exhale une forme de liberté. Cette
représentation est aussi présente dans la Bible puisque Jésus est fils d’artisan. « A
l’époque où Jésus vint au monde, le travail était l’objet d’un souverain mépris, d’une
universelle désapprobation. Les plus grands génies de la Grèce, Platon et Aristote,
n’avaient pas hésité à la flétrir et à proclamer qu’il était indigne d’un homme libre. »
Toutefois, avant d’être associé à la servitude, le travail fut aussi le loisir de l’artisan.
Selon l’histoire germanique, le plus dur labeur s’élève au rang des arts. Le courant
stoïcien, voudrait aussi que la nature soit la seule garante du sort de l’humanité et que
rien ne viennent en modifier le dessein. Enfin, on attribue à la philosophie, loin des
relents religieux, le mérite d’avoir élevé une nouvelle nature à travers la technique. Il
serait alors un don de la terre pour l’homme que de savoir produire de ses mains les
conditions nécessaires à son bonheur dans la continuité de l’œuvre divine Pourtant,
durant les années 1840, certains antirévolutionnaires comme Louis de Bonald
considère l’innovation technologique comme une chose ayant toujours existé et dont
l’homme aurait toujours éprouvé le besoin, seulement, selon lui un développement
Mélina NEPERT

excessif de l’industrie s’écarterait de sa vision traditionnaliste du progrès. Dans ce


camp on compte aussi Veuillot qui alimentait l’idée selon laquelle l’humanité à elle
seule pouvait constituer un être unique et que les technologies les plus viles étaient
celles qui s’évertuaient à vouloir remplacer l’homme. Il parlait aussi « d’attentat contre
la nature » car nul n’aime savoir qu’il travaille pour le petit confort d’une minorité.
Cette forme de romantisme l’amenait même à comparer trait pour trait l’industrie à
une « géhenne de feu », une science obscure réduisant les masses en esclavage.
Durant les années 1860, Veuillot s’opposa fortement au tournant libéral du Second
Empire car il semble que l’homme ne contrôle plus les machines comme Dieu le
voudrait ; les canons et les fusils à aiguille guident la destinée des peuples. En effet,
leur perfectionnement devient liberticide et tyrannise les esprits faibles et corruptibles.
C’est ainsi qu’en1869, même les découvertes « utiles » sont mises en rebut et certains
journaux, comme la « Revue du monde Catholique » n’annonce sans cesse qu’une
idée : l’apocalypse et ses mots sont aux portes de notre monde, des signes annonçant
la fin se dessinent derrières chaque innovation. Que se soit Tardivel, d’Armignon ou
d’autres admirateurs de lointaines techniques de leur jeunesse tous en vinrent à suivre
la philosophie veuillotiste et à percevoir en l’industrie une sainte horreur.
Face aux imprécateurs, certains arrivent à concilier christianisme et progrès
techniques. L’auteur justifie alors son choix quant à l’usage, du terme « bénédiction »
pour son titre mais aussi en référence au comportement des thuriféraires du progrès.
D’un point de vue liturgique puis métaphorique, entre le XVIème et le XVIIIème siècle,
les chrétiens bénissaient les malades puis progressivement, avec l’avancé de la
médecine et surtout en France, ils se mettent à bénir les lieux, les chemins de fer, les
machines dans les usines... Ainsi, l’inauguration du chemin de fer du Nord de Lille fut
consacrée par le Cardinal Girard. Entre 1829 et 1830 les navires à vapeur seront
également bénis afin que leurs occupants soient protégés, ce qui était une nouveauté
pour la tradition chrétienne. Il en fut également ainsi pour les points d’eau, les
barrages, les travaux d’irrigations et plus tard les travaux d’installation de réseaux
électrique. Les aménagements portuaires de Marseille, de St Nazaire, les
aménagements d’Haussmann étaient inaugurés « par un hommage à la divinité et un
acte de foi à [leur] providence. » Toutefois, de plus en plus, cette tradition devint privée
et le paternalisme industriel encourageait la piété populaire et la présence de symboles
religieux sur les lieux de travail. Pour les industriels, les textes bibliques annonçaient
les réalités mécaniques de l’industrie moderne, c’est notamment l’idée sur laquelle le
Saint Simonisme s’appuya afin de déclarer ouverte l’ère d’un « Nouveau
Christianisme » durant les années 1830. Loin de l’influence plus tardive de Veuillot, des
hommes encore fortement inspirés d l’expérience Saint Simonienne s’attachait au
progrès, voyant en lui l’opportunité de crée un monde nouveau : une véritable
« théologie du monde industriel se mettait en place».De là, il en vint à se constituer
une forme de catholicisme « bourgeois » souhaitant intégrer la culture moderne et
industrielle. De même, un quotidien catholique, « l’Ami de la Religion » fait paraître en
1860 un article d’un certain Abbé Corsière. Celui-ci montre que les mondes de la
technique et de la Providence ont tout deux le même but, celui de rendre l’homme plus
heureux. Toujours en ce sens, en 1849 Monseigneur de Sigbourg prononça en
l’honneur des « cadeaux » de l’industrie, un discours dans lequel il souligne que la
religion « applaudit à des efforts qui manifestent la grandeur primitive du roi de la
création, son origine divine et sa ressemblance avec son auteur. »
Le père Joseph Félix et l’ensemble de ses écrits regroupés sous le titre de « Progrès par
le christianisme » (1856-1868) pour sa part, témoignent de l’enthousiaste du milieu
ultramontaine modéré vis-à-vis de l’innovation technologique. « Non, le christianisme
n’est pas la malédiction de l’industrie ; non le christianisme de jette pas l’anathème au
progrès matériel », dit-il. Cette idée qui selon certains principes bibliques étaient
Mélina NEPERT

acceptables souleva tout de même une polémique au sein de l’Eglise parisienne en


1855. D’autres catholiques, tels que Frédéric Ozanam verront en le progrès un moyen
de vaincre le paupérisme. D’autres tels que Ernest Hello qui souhaitait que le
christianisme s’identifie à la nature humaine et qu’il en embrasse la nature entière et
toutes ces surprises démontrèrent qu’il existait effectivement un côté universaliste et
favorable à la modernité au sein des mouvements catholiques français.
De la sorte, « l’homme prométhéen » aura nourrit, au cours du XIXème et XXème siècle
de nombreuses utopies qui obligèrent plus ou moins le catholicisme français à affronter
la mutation des valeurs culturelles françaises.
Le début du XIXème siècle fut pour sa part conquis par l’électricité et le pétrole. Ce
furent en effet, les deux énergies dominantes entre 1914 et 1960. La chimie et
l’électronique commençaient également leur arrivée néanmoins ce genre d’innovations
ne suscitaient plus autant l’enthousiaste des populations comme cela était le cas en
1830 et 1914. Pour cause, l’ancienne civilisation industrielle s’éloigne et que l’Eglise
doit de plus en plus affronter une idée qui a traversé les siècles et trouve finalement
son aboutissement en 1905 (je veux parler de l’idée énoncée par Victor Hugo « L’Etat
chez lui, l’Eglise chez elle » et de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de
l’Etat). Par ailleurs, la routinisation du progrès technique atténuera la force et la
passion dans les nouveaux débats opposant catholicisme et modernité.
En 1919, selon Robert Vallery-Radot, la technique fait perdre à la société son sens
communautaire et familiale. Le saint simonisme aura donc été moins une utopie qu’une
illusion. La nouvelle utopie du XXème siècle devint alors les courants religieux et
philosophiques privilégiant l’équilibre spirituel et naturel tels que l’Hindouisme, la
culture du Moyen Orient et du monde musulman. Face à ces nouvelles aspirations
d’ordre spirituel, le taylorisme et les machines auxquelles on associe directement les
courants totalitaires nourrissent l’opinion des nouveaux imprécateurs de la technique
comme Paul Claudel et Lanza Del Vasto. De nouvelles craintes religieuses font surface :
le progrès technique est tel le veau d’or de l’Ancien Testament, une idole qui pervertit
les masses. En cela, l’auteur cite Claudel qui avertit son auditoire de la menace que
pourrait représenter le monde nouveau des machines : « Le monde mécanique devant
lequel nous nous prosternons aujourd’hui, notre civilisation industrielle ! Est-ce qu’elle
n’est pas en train de dévorer toute la création avec ses dents de fer ? Les animaux, les
plantes, les forêts qu’elle transforme en papier, l’air dont elle fait de l’engrais, la terre
de tout côté qu’elle exploite et dont elle arrache les entrailles minérales. […] Voici la
Bête moderne. »
Le productivisme, la rationalisation et la standardisation du travail sont pourtant les
principaux acteurs de prospérité de l’Amérique entre les années 1890 et 1930. L’auteur
note aussi une diminution des bénédictions.
La reproduction en France du schéma rationnalisé du travail à l’Américaine que l’on
peut observer chez Renault et Citroën à travers le chronométrage des tâches ouvrière
a également nourrit un certain anti-américanisme. Mais l’automatisation émerveille car
une fois les craintes veuillotistes surpassées, l’homme se mit à aimer les machines, à
aimer ce qu’elle produisait tout en souhaitant qu’elle s’humanise. D’autre part, la
dimension collective du taylorisme est appréciée par certains : « C’est la recherche
effrénée du profit, le sacrifice de l’homme à l’argent et non le principe même du
taylorisme qui était la source de tous les maux » souligne l’auteur.
De même qu’il semble que la religion soit encore plus menaçante que le progrès car la
technique connectent les territoires tandis que la religion les divise. Avec les années, la
religion fut petit à petit polluées par la superstition et les incertitudes versées par le
progrès technique. Les comportements changent également et affaiblissent
Mélina NEPERT

progressivement l’emprise du religieux sur les domaines du secteur primaire de


l’activité industrielle comme l’agriculture. Ainsi : « Quand l’orage a détruit le vignoble,
le vigneron ne se monte plus contre Dieu ou le curé, il s’e prend à l’artificier qui a mal
réglé les fusées paragrêles. »
La Marxisme aussi se dressait de façon menaçante contre ces machines, ces outils du
capitalisme mais aussi contre la religion, « l’opium du peuple. ».
Il y eut aussi l’apparition de l’Union des ingénieurs catholiques en 1892 transformé en
« l’Abeille » après le Rerum Novarum en 1902 puis en l’Union sociale des ingénieurs
catholiques en 1905 pour le « salut » des ouvriers et de la société industrialisée.
Toutefois, leur rôle nécessitant de nombreux amalgames de doctrines
(taylorisme/fayolisme) eut beaucoup de mal à faire aboutir des résultats probants. Un
autre mouvement tout aussi étonnant était celui des artisans catholiques qui
s’inspiraient de l’image du « Jésus ouvrier ». Ce fut un secteur qui se développa
considérablement et qui donna un caractère particulier à l’industrie française surtout
durant la Première Guerre mondiale. Il en était de même pour le compagnonnage et les
corporations.
Le pape Pie XII multipliait les discours et diversifiait les occasions de ses apparitions
jusqu’aux secteurs liés à l’innovation technique. En plus, en 1957, l’encyclique Miranda
Prorsus permet la réconciliation du catholicisme avec le monde moderne autrefois
initiée par le Saint Simonisme.

L’ E N C H A I N E M E N T E F F R É N É D E S T E C H N I Q U E S E T L E U R É V O L U T I O N TÉMOIGNE DE
L’ENTRÉE DU CATHOLICISME DANS UN MONDE NOUVEAU ET STANDARDISÉ.

Du chapitre III jusqu’au chapitre VIII, l’auteur fait une description détaillée du schéma
évolutif des techniques parallèlement aux réactions et aux évolutions de la religion
catholique. Cette deuxième partie établie donc clairement de façon plutôt
chronologique l’évolution des techniques en fonction de leur ordre d’apparition et la
pose en comparaison directement avec le catholicisme. Enfin, l’analyse de l’évolution
des comportements des populations vis-à-vis de la religion par rapport au progrès
technique fait partie intégrante du raisonnement de l’auteur. (Je ne reprendrais que
quelques thèmes présentés par l’auteur.)

L’A G R I C U L T U R E E T L ’A C T I O N C A T H O L I Q U E

Concernant le secteur primaire de l’industrie, c'est-à-dire la pêche et l’agriculture,


l’auteur explique pourquoi il a choisit de commencer par cette catégorie en rappelant
la place primordiale qu’avait les produits de type d’activité au temps de Jésus et de ses
apôtres. Il rappelle aussi que celle-ci est la catégorie de l’industrie la plus tardivement
touchée par le progrès mais aussi la moins étrangère aux membres du clergé
catholique.

Certaines techniques agricoles visant à améliorer les rendements agricoles étaient déjà
utilisées par les membres du clergé de la période de la Révolution jusqu’aux années
1860. Qu’il s’agisse de l’irrigation, de la greffe ou des techniques de fertilisation des
sols, les religieux maîtrisaient et contribuaient activement au développement des
méthodes d’agriculture. Il semble même que se soit eux qui, croix et bêche en main,
Mélina NEPERT

amenèrent à l’humanité, bien que le rite de la prière contre les insectes nuisibles n’ait
pas traversé les âges.

L’auteur donne en guise de preuve, l’exemple des moines ermites du XIXème siècle
dénommés « trappistes ». Les trappistes étaient des « moines laboureurs » qui
amenait de nouvelles techniques agricoles et fertilisant les sols partout sur leur
passage. Leur œuvre relevaient quasiment du miracle. Avec la crise agricole d’entre
1880 et 1900, de rudes transformations s’imposèrent mais l’Eglise jugeait plus sage
d’instruire les ruraux plutôt que de soutenir l’arrivée de machines. C’est ainsi qu’un
Manuel d’agriculture à l’école primaire en 1893. Il s’engageait également une lutte
contre l’exode rural en essayant d’augmenter les rendements agricoles pour la
préservation de la foi et des mœurs traditionnels. De cette façon, plusieurs prêtres se
mirent au service du progrès agricole par le biais de publications ou d’organisation.
Durant le XXème siècle, le succès de l’agriculture française fut aussi le fait de la
jeunesse agricole catholique (JAC). Toutefois, entre 1829 et 1943, la France se sentait
en marge des progrès agricole par rapport à la Grande Bretagne par exemple.

LA PÊCHE ET LA JEUNESSE MARITIME CHRÉTIENNE

Bien que dans la société française le catholicisme se soit très peu intéressé au monde
de la pêche, il se met en place une Société des œuvres de la mer en 1894 et dès 1930
le « Mouvement de Saint Malo » en Bretagne qui défend une « manière chrétienne de
pêcher ». Cela témoigne tout de même l’existence d’une réflexion religieuse sur la
pêche. Le « Mouvement de Saint Malo » découle de la formation de la jeunesse
maritime chrétienne. Elle était chargée principalement de gérer l’affrontement entre
les différents niveaux de techniques. Toutefois l’auteur souligne que « compte tenu de
la faible importance de la pêche en France, cet épisode n’aurait que peu de
signification s’il n’annonçait des évolutions de grande importance, le mouvement
Economie et humanisme et la postérité » Il rappelle aussi l’importance de ces secteurs
dans le développement de d’autres domaines.

« L’ É L E C T R I C I T É , U N E F É E O U U N E S E R V A N T E D E L ’E G L I S E ? »

La révolution industrielle intégrait aussi l’idée que l’homme devenait capable de


produire de nouvelles formes de matériaux et d’énergie. Parmi elle, le pétrole qui est
connue depuis la Bible et l’Antiquité. On maîtrise son raffinage en 1853 et son
exportation depuis les Etats Unis débute dès 1861. Celui-ci fit l’horreur des
superstitieux et l’imaginaire catholique savait lui donner les connotations les plus
effrayantes. Selon un évêque de Poitiers « En un mot, pour les Américains qu’il enrichit,
le pétrole est un présent du ciel ; pour les français qu’il incendie, c’est le produit de
l’enfer. » (Il voulait parler de l’incendie de l’Hôtel de ville le 24 Mai 1871.)

Contrairement au pétrole, l’électricité prête au merveilleux et au miracle. La vision


qu’on en avait était tout d’abord celle liée à la foudre. Elle avait alors une signification
divine plus liée à la colère de Dieu ou alors à la manifestation de sa puissance. La
cloche, en conviant à la prière pouvait alors être un moyen d’apaiser les cieux selon
Alain Corbin. L’invention du paratonnerre, de la pile industrielle entre 1841 et 1864
permis la domestication de cette énergie jusqu’alors peu connue. Son côté obscur est
plus lié au magnétisme qu’elle provoque et dont la manipulation a été formellement
interdite par l’Inquisition en 1847. Les mystères, les croyances et les superstitions
autour des ondes magnétiques invisibles se répandaient pendant que l’Eglise
s’évertuait à les rejeter systématiquement.
Mélina NEPERT

Autrement, l’électricité en tant qu’innovation technique importante se distingue


essentiellement grâce aux expositions universelles de Paris et surtout celle de 1881.
Cette dernière présentait : la dynamo de Gramme (1871), le moteur électronique
(1873), la « bougie » électrique lablotchkov (1876), la célèbre lampe à incandescence
d’Edison en enfin la locomotive électrique de Siemens (1879). L’ère de l’électricité
était alors à son apogée.

LE CONFORT DES EGLISES MODERNES

Toutes les innovations contribuent à l’établissement d’un certain niveau de confort.


Celui-ci « s’impose de façon irrésistible ». L’environnement matériel du catholicisme se
modifie par rapport à l’arrivée de nouveaux matériaux de construction et du chauffage.
Au XIXème, la construction d’Eglise est une activité répandue. On l’a retrouve dans le
style néoclassique, néogothique ou neoroman. La pierre reste aussi l’élément de
traditionalisme principal dans son mode de construction car selon Jésus Crist, elle est le
fondement de l’Eglise, une pierre d’angle représentant à la fois les fidèles et leur
fondements (l’auteur rappelle l’homonymie entre l’apôtre Pierre et la pierre fondatrice
de l’Eglise.)

Après l’exposition de 1990, les Eglises commencèrent à ressembler à des usines :


« Pleine à l’extérieur, mais fer à l’intérieur. Nos ancêtres n’avaient que la pierre et
construisirent d’énormes piliers qui empêchent de voir l’autel et la chaire ; nous aurons
désormais de légères colonnes en fer qui ne termineront en fines nervures comme les
feuilles du palmier ». Plus tard, les Eglises commençaient à être construites en béton
mais ce mode de construction était d’abord utilisé pour les bâtiments civils sous le
Second Empire. L’Eglise de Montmartre (1897-1905) qui arborait une façade en béton
fut jugé assez durement au XXème siècle car « le béton souffrait de son caractère de
prière artificielle, d’artefact » nous explique l’auteur.

L’éclairage changea aussi la vie et l’atmosphère religieuse au sein des Eglises. A cause
de l’obscurité des nefs la confession ne pouvait avoir lieu qu’en plein jour. On passe
alors des vitraux, à l’éclairage au gaz puis à l’électricité. La frayeur des religieux
concernant le possible excès de lumière au sein de l’Eglise susceptible de la faire
ressembler à un théâtre constituait une limite. Tout se jouait alors autour du
symbolisme de la lumière et de la réalité qui s’en dégageait.

LES CHEMINS DE FER, « LES VOIES DU SEIGNEUR » ?

Le chemin de fer, en permettant un moyen de mobilité nouveau, à fait quasiment


disparaitre les distances, les dangers liés aux voyages d’autrefois, les pèlerinages (qui
en deviennent plus spectaculaires.)
L’exemple le plus fameux est celui de Lourdes dont le succès semble être
principalement le fait du développement ferroviaire. Il en fut de même pour le
pèlerinage de La Salette. L’auteur énonce aussi l’arrivée de la bicyclette et les
nouveaux comportements qui en découlaient. En effet, la bicyclette permit la visite aux
malades. Cela n’empêchait que certains ne la maudisse ; l’auteur rapporte d’un prêtre :
« Oui, elle me choque […] , je n’aime pas voir un prêtre sur cette machine, soufflant,
aharrant, la soutane relevée, faisant aller ses pieds comme un rémouleur. Il y un je-ne-
sais-quoi qui est contraire à sa dignité sacerdotale. »La bicyclette était alors tantôt
autorisée tantôt interdite en fonction des évêques.

De la bicyclette, en passant par le chemin de fer, l’automobile et l’avion, les moyens de


transport sont les dignes représentants du monde industriel appliqué à la vie
quotidienne.
Mélina NEPERT

APPROCHE TERMINALE: LE MARIAGE ENTRE L’ÉVOLUTION DE LA TECHNIQUE ET LA


RELIGION.

Dans cette partie, nous montreront brièvement en quoi la religion a pu quelque peu
influencer le progrès technique pour nous attacher ensuite aux nombreux aspects de
l’ouvrage.

La première approche théorique de l’auteur soutient la pensée de Gilbert Simondon et


l’idée selon laquelle, depuis toujours le religieux à l’image de la science présente
toujours un schéma démonstratif porté sur le « pourquoi » des choses tandis que la
science une autre source de savoirs se cantonne au « comment » des choses. Il pense
alors la religion à la source même de l’éthique et de la pensée théorique. D’un certain
point de vue et en ayant lu ce livre on peut accepter cette dimension du mariage entre
les techniques et la religion.

Cette optique, l’auteur l’emprunte totalement à Simondon mais aussi à Patrice Flichy
(que l’auteur omet de présenter comme la plupart des personnalités qu’il cite) qu’il
compare aisément à Bruno Latour. En effet, une certaine philosophie des techniques
associée au constructivisme social formerait un rapport entre ces deux hommes. Il
pense également l’évolution des techniques conjointement à toute une série de
symbole et de représentations qui selon lui émanerait avant tout du domaine religieux.
(Ce qui est une idée que j’approuve.)

Il dit alors : « S’il est un domaine technique où la motivation religieuse semble avoir
joué un rôle essentiel pour certains inventeurs, c’est bien celui de l’électricité. »

Ne serait ce qu’à travers les raisonnements de Descartes derrières lesquels on peut


aisément déceler une forte croyance en un monde invisible, en une âme de nature
« électrique » et chargée d’ondes. Il demeurait par ailleurs en l’électricité une part
importante de mystère qui ne cessa de nourrir les superstitions et les suppositions des
scientifiques. Il souligne la foi marquée de certains scientifiques tels que Maxwell qui
terminait ses exposés par quelques professions de foi.

La critique première que j’attribuerais à cet ouvrage est tout d’abord et outre le fait
qu’il soit à la fois très agréable mais aussi très simple à lire. Deuxièmement, les
sources très diversifiées de l’auteur sont saisissantes tout comme la façon dont il
sélectionne les citations lui servant à illustrer ces propos. Par ailleurs, l’auteur sait sans
extravagances amener le lecteur à reconnaître ses idées et à l’inviter à s’ouvrir à une
nouvelle perception de la relation existant entre la religion catholique et le progrès des
technique. Ce que je veux dire, c’est qu’il réussit très étonnamment à concilier des
optiques opposées ’un chapitre à un autre sans pour autant contredire son schéma de
pensée. (Qu’il décrit très bien dans les deux premiers chapitres.) Ses parties et son
raisonnement ont aussi la chance de reposer sur un squelette équilibré. Il réussit donc
brillamment sa réhabilitation de ce pan rarissime de l’histoire moderne et
contemporaine.