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CHRONIQUE
DE L’ARCHÉOLOGIE WALLONNE
CHRONIQUE DE L'ARCHÉOLOGIE WALLONNE
La revue annuelle CHRONIQUE DE L'ARCHÉOLOGIE WALLONNE est une publication du
DÉPARTEMENT DU PATRIMOINE (SPW-Éditions/DGO4).

Service public de Wallonie


Direction générale opérationnelle de l'aménagement du territoire, du logement, du patrimoine et de l'énergie
Département du patrimoine
Pierre Paquet, Inspecteur général f.f.
Rue des Brigades d'Irlande, 1
B-5100 Jambes

COMITÉ DE RÉDACTION
Gaëlle Dumont (Département du patrimoine, Direction de l'archéologie) avec la collaboration d'Hélène Remy

COORDINATION ÉDITORIALE
Liliane Henderickx (Département du patrimoine)

COORDINATION GRAPHIQUE ET MISE EN PAGE


Fabien Cornélusse (Département du patrimoine, Direction de l'archéologie)

ÉDITEUR RESPONSABLE
Pierre Paquet, Inspecteur général f.f. (Département du patrimoine)

VENTE ET DIFFUSION
Institut du Patrimoine wallon – Service Publications
Rue du Lombard, 79 – B-5000 Namur - T. : +32(0)81 23 07 03 – F. : +32(0)81 23 18 90
publication@idpw.be – www.idpw.be
Possibilité également d'acquérir les ouvrages à la boutique de I'IPW : Résidence du Grand Cortil, place des Célestines, 21
(derrière I'hôtel Ibis), B-5000 Namur – ouverture du lundi au vendredi de 9h à 12h.
Pour tout renseignement complémentaire : +32(0)81 65 41 54

IMPRESSION
Bietlot, Gilly

CONCEPTION GRAPHIQUE
Fabien Cornélusse, avec la collaboration de Ken Dethier et Aude Van Driessche (Département du patrimoine, Direction
de l'archéologie)

COUVERTURE
Binche/Buvrinnes : le moteur droit du Messerschmitt Bf 110 G après nettoyage (photo N. Clinaz).

Tous droits réservés pour tous pays.


D/2016/13063/12
ISBN 978-2-930711-31-7
CHRONIQUE
DE L'ARCHÉOLOGIE WALLONNE
24
-
2016

Service public de Wallonie


Direction générale opérationnelle de l'aménagement du territoire,
du logement, du patrimoine et de l'énergie
Département du patrimoine
Direction de l'archéologie
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DIRECTION DE L'ARCHÉOLOGIE
Directeur f.f. : Alain Guillot-Pingue
Rue des Brigades d'Irlande, 1
B-5100 Jambes
Secrétariat :
T. : +32(0)81 33 24 75 – F. : +32(0)81 33 24 79
E-mail : darc.dpat.dgo4@spw.wallonie.be

Les adresses des Services de l'archéologie des Directions extérieures sont :

Direction du Brabant wallon


Responsable : Didier Willems
Rue de Nivelles, 88
B-1300 Wavre
T. : +32(0)10 23 12 07 – F. : +32(0)10 23 11 84
E-mail : didier.willems@spw.wallonie.be

Direction du Hainaut I
Responsable : Martine Soumoy
Place du Béguinage, 16
B-7000 Mons
T. : +32(0)65 32 80 94 – F. : +32(0)65 32 80 22
E-mail : martine.soumoy@spw.wallonie.be

Direction de Liège I
Responsable : Jean-Marc Léotard
Avenue des Tilleuls, 62
B-4000 Liège
T. : +32(0)4 229 97 11 – F. : +32(0)4 229 97 59
E-mail : jeanmarc.leotard@spw.wallonie.be

Direction du Luxembourg
Responsable : Denis Henrotay
Rue des Martyrs, 22
B-6700 Arlon
T. : +32(0)63 23 05 43 – F. : +32(0)63 23 05 45
E-mail : denis.henrotay@spw.wallonie.be

Direction de Namur
Responsable : Christian Frébutte
Route Merveilleuse, 23
B-5000 Namur
T. : +32(0)81 25 02 70 – F. : +32(0)81 25 02 71
E-mail : christian.frebutte@spw.wallonie.be
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Le volume présente les activités 2015 en Wallonie

FLANDRE BRUXELLES-
CAPITALE

Brabant wallon

WALLONIE
Hainaut

Namur
Liège

Luxembourg

0 50 km

Les articles sont à envoyer au :


Comité de rédaction de la Chronique de l'Archéologie wallonne
Gaëlle Dumont
Service de l'archéologie de la Direction extérieure du Brabant wallon
Rue de Nivelles, 88, B-1300 Wavre
T. : +32(0)10 23 12 02 – F. : +32(0)10 23 11 84
E-mail : gaelle.dumont@spw.wallonie.be
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Avant-propos
Chère Lectrice, cher Lecteur,

Bienvenue dans la Chronique de l'Archéologie wallonne, année 2015 !

Comme vous allez le lire, les activités de la Direction de l'archéologie et des Services de
l'archéologie des Directions extérieures de la DGO4 ont été nombreuses et de grand intérêt au
cours de l'année 2015, que ce soit en matière d'archéologie préventive, d'études, de valorisation du
patrimoine archéologique et de publications.

Le nombre et la valeur des articles de cette Chronique de l'Archéologie wallonne, activités de 2015,
témoignent de la qualité de nos chercheurs.

Les partenaires institutionnels et associatifs ont aussi contribué à compléter la recherche, à nourrir
la connaissance, à révéler la diversité et la richesse du patrimoine archéologique de la Wallonie.

Outre les activités scientifiques, développées dans le présent ouvrage, ce sont aussi des
préoccupations administratives et de sensibilisation qui caractérisent l'archéologie au Service
public de Wallonie. Ces trois orientations majeures sont renforcées par un maximum de partenariats
transversaux et d'interdisciplinarité.

L'année 2015 s'est caractérisée par la poursuite de nombreux dossiers emblématiques :


– la décision de remplacer le workflow actuel des permis d'urbanisme par un nouvel outil portant
le nom de GesPer (Gestion des permis) ;
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–  le dossier d'opération archéologique (DOA) réunissant toutes les données administratives,


techniques et scientifiques est maintenant entré dans les mœurs ;
– le zonage archéologique (ZA) a été redéfini, aussi bien du point de vue de sa forme que de sa
portée administrative ;
– l'inventaire des sites archéologiques, processus continu, évolue vers une gestion et une lecture
électroniques, autorisant dans le futur une appropriation de cette connaissance territoriale par le
citoyen ;
– la révision du décret relatif à l'archéologie dans le cadre de la mise en œuvre d'un nouveau Code
du Patrimoine a été rigoureusement examinée dans le respect des délais imposés ;
– le projet d'un fonds budgétaire, évoqué dans la Déclaration de politique régionale, a été soumis
au Gouvernement. Ledit fonds serait alloué à l'archéologie préventive en autorisant la perception
d'une contribution financière des aménageurs ;
– la base de données des chantiers archéologiques est à jour ;
–  le Centre de Conservation des Collections (C³), provisoirement situé à Saint-Servais, est
opérationnel et s'est enrichi d'une base de données aboutie et performante ;
– la question du diagnostic non intrusif a fait de grands progrès grâce à l'acquisition et la mise en
œuvre d'un LIDAR (radar laser) et d'un drone aérien photographique. Les résultats encourageants
devraient être sublimés lorsque ces deux technologies seront fusionnées, par l'usage d'un drone
LIDAR ;
– le projet d'opération archéologique « Grognon II » a été lancé, dans le cadre d'un triple projet
FEDER de rénovation de cette place emblématique, accompagné de la création d'un parking
souterrain.

Je vous souhaite une bonne lecture !


Jambes, le 10 octobre 2016
Alain Guillot-Pingue
Directeur f.f.
Brabant wallon

Nivelles, vue générale vers l'ouest de la fouille sur le site de l'église Saint-Jacques (photo F. Heller,
Serv. archéologie, Dir. ext. Brabant wallon).
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Beauvechain
L'Écluse
Nodebais
Jodoigne
La Hulpe Grez-Doiceau
Waterloo Rixensart
Énines
Bierghes Dion-Valmont Orp-Jauche
Rebecq Tubize Braine-l'Alleud Ottignies Chaumont-Gistoux Jauche
Ottignies-
Louvain-la-Neuve

Nivelles

Villers-la-Ville
Marbais

Carte administrative des communes de la province du Brabant wallon visées par les notices.
Commune dont la localité du même nom est concernée
Commune dont la localité du même nom n'est pas concernée
Autre localité concernée

Éditorial
Qui dit Chronique, dit recueil de faits historiques, rapportés dans l'ordre de leur succession ou ensemble des nouvelles
qui circulent ou encore article […] qui traite régulièrement d'un thème particulier (Le Petit Robert, 1996). En repre-
nant ces trois définitions dans le sens inverse, celle de l'archéologie wallonne concerne effectivement un sujet précis,
celui d'une discipline et de ses résultats dans une sphère géographique déterminée. Quant aux informations qui sont
divulguées, autant qu'elles le soient par les personnes à la source plutôt qu'à travers la presse uniquement. Enfin, si
l'ouvrage est bien un recueil (à conserver jalousement !), il concerne des témoins physiques de l'histoire avant tout
locale, présentés sur base d'une ligne du temps, classés selon les périodes auxquelles ils appartiennent et non… la
succession des actions sur terrain.
Fort heureusement pour les archéologues, et le public de surcroît, si elle privilégie les opérations d'une année en
particulier, la Chronique de l'Archéologie wallonne intègre également des interventions menées antérieurement. Les
raisons en sont multiples mais les deux principales sont le « saute-chantiers » (passage rapide d'une fouille à une
autre) et le temps imparti pour l'exploitation des données dans la foulée de la clôture des opérations. Le Brabant
wallon ne déroge pas à ce constat ; quelques opérations anciennes parfois reléguées dans un tiroir, comme celle de
l'église Saint-Jacques à Nivelles, ou menées dans un autre cadre refont surface au plus grand soulagement de tous,
public, aménageur, communauté scientifique, administration et équipes archéologiques (même si certaines se résu-
ment à un seul individu) bien évidemment.
Nous référant à la première formulation reprise ci-desssus, tout en respectant scrupuleusement la notion de faits
historiques et non de faits, actions, sous-entendu opérations sur terrain, nous constatons que les sujets abordés pour
la province brabançonne dans la présente publication concernent essentiellement des sites occupés dans la durée,
avec ou sans interruption, dans les centres anciens de communes telles que Jodoigne, La Hulpe et Nivelles, mais égale-
ment dans des contextes ruraux comme à Beauvechain, Chaumont-Gistoux, Tubize et Orp-Jauche ou des complexes
abbatiaux, a fortiori dans l'un des sites phares qu'est celui de Villers-la-Ville. Ceux ayant trait à une période unique
sont moins nombreux, citons le champ de bataille entourant la ferme d'Hougoumont à Braine-l'Alleud.
Aussi limitée soit-elle, une intervention peut apporter son lot de surprises ou tout au moins des données complé-
tant assurément celles acquises ou susceptibles d'être exploitées dans le cadre d'un projet ; tel fut le cas au moins à
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Chronique de l’Archéologie wallonne

Inventaire de pierres suite à l'effondrement des arcades de la pharmacie à l'abbaye de Villers-la-Ville (2013).

Beauvechain/L'Écluse (rue de la Cabourse, avec une occupation protohistorique de même qu'un parcellaire médiéval
et quatre sépultures modernes, trois animales et une autre qui pose question), à Jodoigne (Institut de la Providence,
l'enceinte), La Hulpe (église Saint-Nicolas) et Nivelles (habitation particulière à la rue de Mons, extension de l'Insti-
tut du Sacré-Cœur, mise au jour non seulement de l'église Saint-Jacques mais aussi d'un fossé qui lui est antérieur).
Un rien de terrain est un tout archéologique ; il y a toujours une explication. En effet, si certains suivis et évaluations
se sont révélés négatifs par absence de structures archéologiques, les stratigraphies analysées ont par contre pu appor-
ter des réponses, des confirmations, et/ou procurer des indices pédologiques utiles pour de futures interventions,
comme à Orp-Jauche/Énines (rue Bois des Fossés, proche du site Michelsberg du « Chêne au Raux »), Waterloo
(ancien site du contrôle technique) ou Ottignies – Louvain-la-Neuve (rue de la Baraque).
Signalons que, grâce à une sensibilisation le plus en amont possible, les aménageurs acceptent peu à peu une
implication dans les opérations archéologiques, se traduisant généralement par une prise en charge financière des
terrassements ainsi que par un accès plus aisé et mieux programmé aux parcelles ; tel fut le cas pour un chantier à
Tubize (lotissement au hameau de Stéhou). Certes cette démarche constitue une participation très partielle dans les
coûts des opérations archéologiques mais elle contribue à la mise en place d'un principe d'aménageur-payeur.
Dans le cadre de restaurations ou affectations de biens, comme à Beauvechain (cure de Nodebais), Jodoigne (section
de l'enceinte urbaine à l'Institut de la Providence) et Nivelles (hôtel Rifflart à la rue de Soignies), des échanges antici-
patifs ont été tout aussi profitables.
Il est cependant regrettable que, tout en étant prévenus, certains aménageurs peinent, même in extremis, à avertir les
archéologues ; les terrassements entrepris sur l'ancien site du contrôle technique de Waterloo en sont un triste exemple.
Bien que s'intéressant au passé, l'archéologie ne demeure toutefois pas à la traîne lorsque les nouvelles techniques/
technologies font preuve d'une évidente efficacité. Ainsi, l'usage du scanner 3D fut d'emblée envisagé pour le relevé
des arcades de l'abbaye de Villers-la-Ville, détruites accidentellement, et à Jodoigne où une section de l'enceinte
urbaine fut dégagée suite à des démolitions.
La prospection géophysique est également une alternative à l'évaluation classique, mécanique et intrusive, faisant
usage d'engins de terrassement, pour apprécier un potentiel archéologique. Les enregistrements opérés à Braine-
l'Alleud aux abords de la ferme d'Hougoumont ont ainsi permis à l'équipe internationale, dans laquelle était intégré
le Service de l'archéologie de la Direction extérieure du Brabant wallon (DGO4 / Département du patrimoine), de
déterminer au mieux les zones à exploiter, les secteurs dans lesquels des sondages devaient être ouverts. Signalons
qu'une autre option a également été adoptée sur ce site, à savoir l'usage d'un détecteur à métaux, dans les limites
strictes du cadre légal (CWATUP, art. 244).
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Brabant wallon

Si pour un site militaire comme celui du champ de bataille de Waterloo, la combinaison des divers résultats auto-
rise parfois une révision partielle des faits, parfois contradictoires, relatés dans la littérature, des vérifications peuvent
également être utiles pour d'autres chantiers ou thèmes de recherche. Ainsi, trois fosses observées sur un site proto-
historique mis au jour en 2012-2013 à Grez-Doiceau/Gastuche avaient été interprétées comme des trous d'obus. Or,
l'étude du matériel recueilli lors des fouilles dans d'autres structures sema le doute… Et si ces structures étaient des
témoins d'une extraction de minerai de fer ? Un retour sur chantier s'avéra porteur.
En marge des missions menées par la Direction de l'archéologie, des études du bâti sont parfois réalisées sur demande
de la Direction de la restauration afin de mieux comprendre un bien (son évolution, ses caractéristiques, ses faiblesses…)
et valider des options retenues tant techniques qu'esthétiques ; le château de Merode à Rixensart dont le portique de
l'aile septentrionale fut étudié par une équipe des Musées royaux d'Art et d'Histoire en est un exemple.
Enfin, le scientifique est parfois amené à dépasser largement les résultats bruts de terrain en se posant des ques-
tions finalement élémentaires tels le pourquoi et le comment. Une fois n'est pas coutume d'emprunter ce chemin, ce
champ d'analyses, pour un édifice « inédit » du 12e siècle mis au jour à Villers-la-Ville au début de l'année 2014, sur
la colline surplombant le cœur de l'abbaye. Qu'est-ce qui a motivé, guidé, le choix de son implantation ?
Pour clôturer cet éditorial, je dirais que les publications, comme la Chronique, sont un vecteur non négligeable
pour toucher le public mais d'autres moyens peuvent être mis à profit. Pour preuve, à Tubize (lotissement à Stéhou),
les autorités communales ont souhaité que les acquis scientifiques soient diffusés auprès des riverains et des citoyens
à travers un parcours archéologique (panneaux). Si la presse prend le dessus, souvent lors d'ouvertures de chantiers
majeurs ou de découvertes, jouant sur le sensationnel et l'information de proximité, elle peut parfois engendrer des
incompréhensions ou déclencher des situations délicates. Pour la ferme d'Hougoumont par exemple, les médias ont
largement contribué à une (dés)information relative au corps du soldat, découvert en 2012 au terme d'une évalua-
tion, et à son devenir ; lors de la réception organisée pour l'inauguration du site restauré, tout en manifestant son
intérêt pour les recherches en cours, le prince de Galles fit remarquer en aparté qu'il avait eu écho des débats entou-
rant le squelette et sa présentation controversée au public dans une vitrine du mémorial.
Une fois de plus mes remerciements s'adressent à tous mes collègues, tant en Brabant wallon qu'au sein de la Direc-
tion de l'archéologie et du Département du patrimoine dans son ensemble, de la Direction de la géomatique, ainsi
qu'à tous les prestataires extérieurs, partenaires scientifiques ou bénévoles, professionnels, stagiaires ou passionnés,
administrations régionales et communales, responsables politiques, aménageurs, architectes… qui ont accepté de
nous aider, de collaborer et de prendre nos desiderata en considération, dans un esprit de complémentarité, de
gestion raisonnée des intérêts et de respect mutuel.
Didier Willems

Braine-l'Alleud, ferme d'Hougoumont : visite de la presse sur le chantier ouvert dans le cadre du projet Waterloo Uncovered auquel
participe le Service de l'archéologie de la Direction extérieure du Brabant wallon.
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Moyen Âge Brabant wallon

MOYEN ÂGE
Nivelles/Nivelles : rue de Mons,
ancienne église du Grand Saint-Jacques

Frédéric Heller et Aude Van Driessche l'église à l'aide d'une pelle mécanique. Nous avons


alors pu en faire le relevé précis à la station totale, les
Suite à une demande de permis d'urbanisme, le Service seuls plans connus jusqu'alors ne s'accordant ni sur sa
de l'archéologie de la Direction extérieure du Brabant forme, ni sur ses dimensions.
wallon (DGO4  / Département du patrimoine) est Lors de la phase de décaissement, d'autres structures
intervenu à Nivelles de décembre 2007 à janvier 2008. sont apparues dont un très large fossé passant sous
Prévenue par l'entrepreneur de la découverte d'osse- l'église.
ments humains (parc. cad.  : Nivelles, 2e  Div., Sect.  D,
no 374S), la police fédérale y dépêcha une équipe d'en- L'église
quêteurs et un médecin légiste. Ce dernier a déterminé
sur place qu'il s'agissait des restes probables de plusieurs Attestée dans le courant du 13e siècle, l'église du Grand
enfants et de deux adultes, qu'ils dataient de plus de Saint-Jacques révèle deux phases de construction.
trente ans et que leur étude était donc du ressort du La première phase consiste en une petite église au
Service de l'archéologie du Service public de Wallonie. chœur à chevet plat (22,34  m  × 18,30  m), orientée
Nous sommes alors descendus sur les lieux et avons est/ouest avec un décalage de 20° vers le nord. Elle
confirmé les conclusions du médecin légiste. Une comportait dans son angle sud-ouest une tour carrée
rapide recherche dans nos dossiers et dans les archives de 6,50 m de côté, s'appuyant d'une part sur les maçon-
a montré que nous nous trouvions sur le site de l'église neries de l'église plus épaisses dans cet angle (1,50 m
disparue du Grand Saint-Jacques. d'épaisseur), d'autre part sur un pilier massif (2,73 m ×
La fouille de sauvetage a été menée en adéquation 2,50 m ; 1) qui formait l'angle opposé de cette tour.
avec le planning des constructeurs et à l'aide d'engins Les murs ouest et nord de l'église (2 et 3), conservés
mécaniques alloués par leurs soins. Elle s'est déroulée en élévation sur plus de 2 m, ne présentent aucune trace
en trois phases, la première concernant la fouille de d'ouverture ni de baie condamnée, l'entrée probable de
l'église proprement dite, la seconde le décaissement l'édifice se situerait dans le prolongement de la tour
de toute la parcelle jusqu'aux niveaux des fonds de (4), donnant accès au collatéral sud de l'église.
coffre et la troisième les relevés et prélèvements post- La nef centrale, de plan trapu (10,70  m  × 7,20  m),
excavation. prolonge le chœur à chevet plat (6,70 m × 7,20 m) d'à
Nous avons d'abord dégagé le mètre et demi de peine une fois et demie sa longueur. Elle est flanquée au
remblais de destruction qui recouvrait les restes de nord et au sud de deux collatéraux larges de 5 m, dont
elle est séparée par deux colonnes massives au nord, le
pilier de la tour et une colonne semblable au sud.
L'église est agrandie dans une seconde phase  : les
murs des collatéraux côté chœur sont arasés, comme
te-G
ertru
de l'indique la présence de trois sépultures recoupant
Sain
leurs fondations, et reconstruits au niveau du mur
lace
Gra
nd-P oriental du chœur d'origine. Le chevet plat du chœur
est remplacé par un chevet à trois pans (5), l'agrandis-
M
on
s
sant de 4 m et empiétant sur un ancien pavement exté-
de
Ru
e
rieur contemporain de la première phase de l'église.
Une petite pièce, probablement une sacristie, lui est
adjointe au nord-est.
Contrairement à la plupart des édifices religieux,
l'église du Grand Saint-Jacques, installée au sein d'un
tissu urbain déjà serré dans le courant du 13e siècle, a
dû se contenter des parcelles encore disponibles, ce qui
Le site de l'église disparue du Grand Saint-Jacques : localisation explique en partie son orientation et ses dimensions
de la parcelle dans le centre ancien de Nivelles.
particulières.
14

Chronique de l'Archéologie wallonne Moyen Âge

Phase 1
sont retrouvées à l'emplacement du mur
3 N
détruit du collatéral nord et dans l'angle
a
sud-ouest du chœur.
F162
Nous avons considéré une tombe
5
F197 F146 (F191) comme fondatrice de par son
F191 emplacement quasiment au centre de
Phase 2
2 l'entrée du chœur et parce qu'elle est
1 creusée dans le limon orange naturel
et non dans le remblai de construc-
tion comme la majorité des inhuma-
4
tions. Le fait qu'elle soit recoupée par
b
d'autres sépultures atteste aussi son
antériorité.
Quelques rares sépultures se trouvent
à l'extérieur, dans la partie méridionale,
Maçonnerie de part et d'autre de l'entrée.
Emplacement de la tour
Contrairement aux idées couramment
Fosse
Sépulture
admises pour les tombes médiévales
Zone d’inhumation c chrétiennes, certains défunts sont, ici,
Fossé reconstitué encore enterrés avec des offrandes : des
Fond du fossé dégagé en fouille 0 10 m monnaies retrouvées autour du corps,
a, b et c Coupes dans le fossé
voire sur une épaule ou encore dans une
probable bourse serrée dans la main
Nivelles, église du Grand Saint-Jacques : plan général.
(sous la fesse gauche).

Les sépultures Le fossé

Toutes les fosses à ossements humains ont été considé- Un large fossé évasé à fond plat, flanqué à l'est d'une
rées comme des tombes, qu'il s'agisse de restes in situ levée de terre (c), a été dégagé sous le mur oriental de
ou clairement rassemblés dans une fosse secondaire. l'église. Il a été reconnu sur une longueur de 45 m et
Ce ne sont pas moins de 184 sépultures à inhumation présente un changement d'orientation : la partie méri-
qui ont été fouillées dans et autour de l'édifice. dionale suit une orientation sud-est à nord-ouest sur
Toutes les sépultures sont orientées selon un axe 25 m et vire ensuite vers le nord pour les 20 m suivants.
parallèle aux murs gouttereaux de l'édifice. Le corps Nous n'avons pu le suivre plus avant car il continue
est placé en décubitus dorsal, la tête à l'ouest, les pieds hors de l'emprise des travaux au nord et sous la rue de
à l'est, les bras le long du corps, voire croisés sur le Mons au sud.
bas-ventre ou encore repliés croisés sur la poitrine, les Son profil présente une pente d'équilibre, ce qui
mains sur les épaules. Seules deux sépultures à l'exté- permet d'éviter qu'il ne se comble naturellement. Sa
rieur de l'église présentent une orientation différente : largeur, pour sa partie la plus profonde située à l'est, est
sud-ouest/nord-est, tête vers le sud-ouest. de 7,80 m pour une profondeur maximum conservée
Le défunt est inhumé soit en pleine terre soit dans de 2,14 m ; sa largeur totale avoisine les 9,80 m si l'on
un cercueil. Dans le premier cas, il est enveloppé dans prend en compte une partie moins profonde située sur
un linceul, comme l'indique l'emplacement d'épingles son flanc occidental.
en alliage cuivreux retrouvées sur et autour du corps. Les dimensions du fossé le situent plus dans
Dans le second cas, seuls sont conservés les clous en la catégorie d'un fossé défensif que d'un simple
fer d'assemblage du cercueil et parfois des restes de fossé de limite d'emprise. Ceci étant, comme nous
bois. n'avons reconnu qu'une longueur équivalente à
Les sépultures sont concentrées principalement quatre fois sa largeur,  il est prématuré de vouloir
dans la nef centrale et dans le chœur. Celles qui le relier au complexe de l'abbaye Sainte-Gertrude.
recoupent les murs disparus ou qui occupent les Tout au plus pouvons-nous dire qu'il a ici un axe
nouveaux espaces montrent une continuité dans les quasiment nord/sud et se dirige vers la Thisnes qui
inhumations au gré des transformations de l'église. coule en contrebas au nord. En outre, le parcellaire
Cependant, aucune ne se trouve dans l'extension en semble en avoir partiellement fossilisé le tracé vers
abside du chœur. Deux tombes d'individus juvéniles le nord.
15

Moyen Âge Brabant wallon

ouest est

1m

niveau de sol de l’église

a b c d e f g

Profil du fossé restitué à partir des coupes : a. Sol en place ; b. Couches d'humus ; c. Levée de terre ; d. Comblement du fossé original ;
e. Dépôts laminés attestant la présence d'eau ; f. Comblement du fossé secondaire ; g. Interfaces de creusement.

Deux creusements (g) sont visibles dans les coupes provenant d'échantillons à courte durée de vie telles les
du grand fossé  : le premier, large et évasé, entaille le graines de sureau, il est plus probable que ce dernier
limon orange en place (a) ; le deuxième, plus étroit, le remplissage, mis en place alors que le fossé est encore
recoupe après une phase de dépôts de ruissellement utilisé, date d'entre 992 et 1156.
(e). Enfin, une couche d'humus épaisse (b) vient sceller L'église quant à elle est construite après le nivel-
l'ensemble. Toute cette séquence est ensuite recoupée lement du fossé défensif. Son chœur recoupe une
par le mur sud de fondation de la tour d'angle de l'église fosse (F162) contenant des tessons de céramique du
du Grand Saint-Jacques et par son mur pignon ouest. 11e  siècle, et recouvre une fosse (F146) contenant de
la céramique des 12e-13e siècles. Enfin, sous la nef se
Les datations trouve une dernière fosse contenant des vases globu-
laires du 13e siècle.
La couche de fond du fossé (d) a livré deux tessons En ce qui concerne les sépultures, deux d'entre elles
de céramique  : un de faïence bleue (probablement ont été choisies pour une datation au 14C. Elles ont été
intrusif) et un autre de bouteille en céramique grise sélectionnées par rapport à leur emplacement et/ou
à fond épais et lèvre de Huy, datée de la transition recoupement et déterminées comme étant parmi les
Mérovingien-Carolingien (7e-8e  siècles de notre ère  ; sépultures les plus anciennes de l'église.
communication personnelle de Sylvie de Longueville). La tombe F197, située au nord dans la nef, à l'entrée
S'il est évident que ce tesson, rejeté dans un fossé après du chœur, a été datée d'entre 1273 et 1397 AD (cali-
son utilisation, ne donne au mieux qu'un terminus post brée, 95,4 % de probabilité). La sépulture F191, placée
quem pour la datation de celui-ci au 8e siècle, il est clair dans l'entrée du chœur, au centre, remonte entre 1257
également que l'on ne peut dater un remplissage sur et 1394 AD (calibrée, à 95,4 % de probabilité) avec un
base d'un seul tesson. pic à 1257-1324 AD (calibrée, à 62,9 % de probabilité),
La première couche de remplissage du recreuse- ce qui renforce l'hypothèse d'une tombe fondatrice.
ment du fossé (f) a fait l'objet de deux prélèvements,
effectués dans le fond au centre de celui-ci. Les prélè- Conclusion
vements ont été tamisés et deux échantillons choisis
pour datation au 14C  : il s'agit de graines de sureau Les fouilles de sauvetage effectuées sur le site de la rue
(NIV8RMONSF250-prel #1b) et d'un os de faune de Mons ont permis de mettre au jour une des églises
(NIVRMONSF250-prel #1). disparues de Nivelles, celle dédiée à saint Jacques le
Les graines de sureau donnent une fourchette de Majeur, saint patron de Compostelle. Étape wallonne
992-1156  AD (calibrée, 95,4  % de probabilité) tandis sur la Via Gallia Belgica du pèlerinage de Saint-
que la datation faite sur os de faune dans cette même Jacques-de-Compostelle, attestée dès le 13e siècle, elle
couche et au même niveau donne, elle, 896-1138 AD avait complètement disparu au début du 19e siècle, sauf
(calibrée, 95,4  % de probabilité) mais surtout pour une dernière chapelle qui fut détruite au début du
940-1138  AD (calibrée, 87,8  % de probabilité). En siècle dernier. Elle était le cœur de la paroisse du même
conclusion, comme nous favorisons les datations nom et une des onze églises de Nivelles.
16

Chronique de l'Archéologie wallonne Moyen Âge

Construite sur une parcelle de petites dimensions, Villers-la-Ville/Villers-la-Ville : l'ancienne


sa forme et son orientation reflètent le tissu urbain de abbaye, à propos d'un bâtiment inédit du
l'époque plus que l'adhérence à un style ou des propor-
12e siècle
tions canoniques, son entrée latérale, ses dimensions
trapues et épaisses la rapprochant plus des édifices
romans que de ses contemporains. Éric De Waele, Olivier Collette
Elle s'implante dans sa partie occidentale sur un et Didier Willems
léger creux, bande de terre cultivée depuis au moins
un siècle qui a pris la place d'un large fossé et d'une Lors des Journées d'Archéologie en Wallonie qui se
levée de terre devenus obsolètes. sont tenues à Rochefort du 18 au 20 novembre 2015,
Ce large fossé muni sur son flanc oriental d'une nous avons présenté une cave découverte sur le site de
simple levée de terre et partiellement rempli d'eau, l'ancienne abbaye de Villers-en-Brabant, à la pointe
a connu au moins un recreusement. Si la période de nord de la colline de la ferme (De Waele et al., 2015b).
son creusement originel n'est pas certaine, il resta en La communication portait sur la description de la cave,
service jusqu'au 11e siècle. sur la chronologie du bâtiment qui s'élevait par-dessus
La levée recouvrait à son tour une terre de culture –  dont la construction remonte à l'abbaye Villers  II
épaisse, qui atteste une utilisation prolongée d'un siècle (1147-1197) – et sur la position stratégique de ce bâti-
au moins. Sous celle-ci apparaissent plusieurs fosses. ment. Puis, dans le précédent numéro de la Chronique
La céramique locale ou d'importation qui y fut décou- de l'Archéologie wallonne (De  Waele et al., 2015a),
verte nous situe au 6e siècle. nous avons quelque peu développé la description de
D'autres traces éparses nous indiquent que l'occu- la cave en examinant entre autres sa technique de
pation des lieux ne débute pas à la période mérovin- construction ainsi que la descente de cave construite
gienne mais, comme l'atteste la présence de sigillée, en hors-œuvre ; dans la conclusion de cet article, nous
remonte jusqu'à la période romaine. avons souligné l'importance de la découverte pour la
Afin de poursuivre une politique de mise en valeur connaissance des premières décennies de l'abbaye.
des vestiges archéologiques découverts au sein de la Ensuite, au colloque «  Archaeologia Mediaevalis  »
ville de Nivelles, et tout comme les tracés des murs du qui s'est tenu à Bruxelles les 10 et 11  mars  2016,
rempart ont été matérialisés par un marquage au sol après avoir très brièvement rappelé les principales
rue du Géant et rue de Namur, le conseil communal a caractéristiques matérielles de la cave, nous avons
adopté le 20 octobre 2008 le nom de rue Saint-Jacques fait la démarche d'aller davantage au-delà du fait
pour une venelle qui passe devant l'emplacement du archéologique, en développant d'abord l'interprétation
chœur de l'église disparue, et relie les rues de Mons et du bâtiment disparu, en examinant ensuite dans la
Seutin. mesure du possible, au-delà de l'interprétation du
Nos remerciements vont à Olivier  Vrielynck bâtiment, la situation économique et géopolitique,
(Direction de l'archéologie), qui a offert son aide et la géomorphologie et le réseau routier de la région à
ses compétences lors de la fouille. Nous remercions l'époque de l'abbaye Villers II. Cette conférence a été
également le pédologue Kai  Fechner qui nous a publiée sous forme de résumé dans le tome 39 de la
permis de comprendre les types de sols rencontrés et chronique d'Archaeologia Mediaevalis (De Waele,
nous a aidés à isoler les restes de l'ancienne levée de Collette & Willems, 2016).
terre. Nous tenons enfin à remercier chaleureusement La présente étude reprend l'exposé de cette deuxième
Marie  Herman, Fanny  Martin et Frédéric  Broes qui communication en y ajoutant quelques précisions ou
nous ont secondés durant toute la fouille, ont bravé le réflexions supplémentaires. L'objet n'est plus le bâti-
froid polaire et rendu ce sauvetage possible. ment en tant que tel, mais bien les hommes qui ont
choisi son lieu d'implantation, l'ont construit puis
l'ont occupé, et au-delà, l'utilisation qu'ils en ont faite
et le rôle qu'ils lui ont attribué, dans un environne-
ment particulier, pour servir des objectifs précis à un
moment donné de l'histoire de l'abbaye.

Le fait archéologique : une cave

Le Service de l'archéologie de la Direction extérieure


du Brabant wallon (DGO4  / Département du patri-
moine) a réalisé une fouille de sauvetage de janvier
17

Moyen Âge Brabant wallon

La cave, vestige d'un bâtiment érigé vers le milieu du 12e siècle sur la colline de la ferme. Au second plan, le pignon sud du réfectoire
de l'abbaye Villers III (1197-1796). Vue vers le nord.

à mars 2014 durant les travaux d'aménagement d'un la conservation de nombreux produits. D'une manière
chemin piétonnier dans le flanc oriental de la colline générale on peut dire que la présence d'une cave fait
de la ferme (De Waele et al., 2015a). Une cave orien- suite à un choix, planifié en fonction de besoins spéci-
tée en long nord/sud, dotée au nord d'une imposante fiques.
descente de cave en hors-œuvre, a pu être partielle- En forme de rectangle très allongé (cave tunnel), la
ment fouillée. L'examen du remblai de comblement cave de la colline de la ferme offrait une superficie
indique que la cave est restée ouverte un certain temps intérieure de 35  m2 (8,95 m  × 3,95 m). Le sol était
après son abandon et qu'elle a servi de dépotoir. en terre battue. Aucun aménagement intérieur parti-
On ne soupçonnait pas la présence d'un bâtiment en culier n'a été observé, si ce n'est un muret d'empat-
cet endroit car cette localisation ne s'inscrit pas dans le tement au pied du long mur oriental, non liaisonné
paysage bâti de l'abbaye Villers III (1197-1796) dont les avec celui-ci, qui servait peut-être au rangement de
ruines se visitent aujourd'hui. certaines marchandises. Aucune trace de mobilier en
place – grands pots à provision par exemple – n'a été
Au-delà du fait archéologique : relevée.
l'interprétation du bâtiment qui s'élevait Un mur, supportant le plancher du rez-de-
au-dessus de la cave chaussée, divisait la cave dans sa longueur en deux
espaces inégaux ; son extrémité nord, distante de
La fonction, le rôle et l'utilisation du bâtiment qui s'éle- 1,40  m de la marche inférieure de la descente de
vait au-dessus de la cave peuvent se déduire à partir cave, ménageait un couloir de distribution à l'en-
de la descente de cave, de la chronologie haute et de la trée et sa position décentrée, davantage proche du
localisation du bâtiment. mur ouest de la cave (distance : 1,10 m), facilitait la
manutention de produits encombrants vers l'espace
La cave : présence, caractères et aménagements oriental.
Pour conclure, il apparaît bien que les constructeurs
Comme espace d'entreposage souterrain, une cave jugèrent indispensable de pouvoir disposer d'une cave,
garantit de bonnes conditions de fraîcheur, d'hygromé- et ce malgré le surcroît des travaux et le surcoût des
trie et de température, voire d'obscurité, nécessaires à matériaux.
18

Chronique de l'Archéologie wallonne Moyen Âge

La descente de cave : élément signifiant de la cave l'abbaye définitive Villers III (1197-1796). C'est l'abbé
Charles (1197-1209) qui planifia le développement de
La descente de cave est sans doute l'un des éléments les Villers II en Villers III et mit en chantier la construc-
plus signifiants qui permettent de cerner au mieux la tion de plusieurs bâtiments de la future grande abbaye
fonction voire l'importance de la cave. Presque monu- (Coomans, 2000, p.  42, 59, 61-62, 100-103, 216, 292,
mentale, entièrement construite en hors-œuvre, possé- 382, 545, 548-549 et 583).
dant des marches confortables et débouchant sur une
porte large et haute, elle nous renseigne sur l'utilisation La localisation stratégique du bâtiment : un choix 
de la cave mais aussi – en partie du moins – sur celle du
bâtiment. En effet, elle permettait une communication La localisation est le quatrième et dernier des facteurs
aisée avec l'extérieur, un va-et-vient direct sans passer que nous avons distingués en vue d'interpréter le
par l'intérieur du bâtiment, une utilisation fréquente et bâtiment. En effet, le choix délibéré de son emplace-
régulière, ainsi que la manutention de marchandises de ment sur la colline de la ferme contribue largement à
grand gabarit. déterminer quels furent sa fonction, son utilisation et
Située à l'extérieur du bâtiment, cette descente de surtout son rôle dans le contexte géopolitique local à
cave conférait à la cave une destination bien entendu l'époque de Villers II.
différente de celle d'une cave desservie par un esca- Il est manifeste que le bâtiment bénéficiait d'une
lier intérieur. En relation directe et spécifique avec implantation éminemment stratégique  : se trouvant
des activités extérieures, la cave de notre bâtiment hors zones inondables, il était situé en bas de versant
constituait une unité architecturale à part entière. On d'un promontoire terminant une avancée de plateau,
peut donc supposer que sa fonction de stockage devait ce qui permettait à ses occupants d'être rapidement
participer d'une économie plus large que
celle du simple cadre domestique. En
d'autres termes, les marchandises entre-
posées n'étaient sans doute pas réser-
vées à l'usage exclusif des occupants du
bâtiment, mais ceux-ci en assuraient très
probablement la garde et la gestion. En
outre, il est vraisemblable que d'autres
locaux du bâtiment étaient destinés au
stockage.

La chronologie haute du bâtiment :


construction vers 1150, au début de
l'abbaye Villers II (1147-1197)

La chronologie du bâtiment est un autre


facteur susceptible de nous éclairer sur
sa fonction car elle permet de le placer
dans une phase de l'existence évolutive
de l'abbaye, chaque phase possédant ses
caractéristiques propres en matière de
typologie, de fonction, d'implantation,
etc., du bâti.
Deux datations 14C permettent de faire
remonter sa construction aux environs
de 1150 et son abandon au plus tard vers
1410 (De Waele et al., 2015a).
La construction du bâtiment sur cave
remonte par conséquent à Villers  II
(1147-1197), l'abbaye méconnue, dite L'implantation stratégique du bâtiment qui s'élevait au-dessus de la cave : en hau-
de transition, mais en réalité fondatrice teur, à proximité d'un carrefour routier, d'une rivière, d'un gué ou d'un pont
(De Waele, 2014), qui prit véritablement et d'un moulin seigneurial (dessin A. Van Driessche, Serv. archéologie, Dir. ext.
Brabant wallon).
possession du site et se développa dans
19

Moyen Âge Brabant wallon

de la région, et ce en vue de reconfigurer, dans la


mesure du possible, la situation générale à l'époque
de la fondation de l'abbaye Villers  II. Une lutte pour
le pouvoir à l'échelle locale transparaît clairement à
l'arrière-plan de l'analyse  : durant toute la deuxième
moitié du 12e  siècle, les moines venus de Clairvaux
s'efforceront d'imposer leur présence aux autochtones.
Ils y parviendront comme chacun sait.
Tant les sources écrites que les sources archéolo-
giques nous éclairent sur l'économie et la géopoli-
tique de la région à l'époque de Villers II (1147-1197)
mais aussi –  en toute logique  – des quelques décen-
Localisation du bâtiment sur la colline de la ferme. Vue depuis nies qui ont précédé. En ce qui concerne les sources
le haut de la colline.
écrites, nous retiendrons un document de 1153  :
l'acte de confirmation des possessions de l'abbaye
à pied d'œuvre en fond de vallée tout en bénéficiant par l'évêque de Liège (Despy, 1957  ; Goffaux, 1987).
d'une vue étendue  ; plus précisément, il surplom- Quant aux sources archéologiques, nous évoquerons
bait de près non seulement la rivière Thyle, mais brièvement les résultats des fouilles réalisées au pied
aussi le gué ou le pont qui la franchissait ainsi que du pignon nord du grand moulin, d'une part (Heller
le carrefour de deux routes, l'une orientée est/ouest, & De  Waele, 2004), et de celles conduites sur le site
reliant entre autres Gembloux et Nivelles, et l'autre, de la porte de la ferme, d'autre part (De Waele, 2014 ;
d'axe sud/nord, se trouvant en fond de vallée (De De Waele & Heller, 2014a ; 2014b ; De Waele, Heller &
Waele & Heller, 2014a  ; 2014b  ; De  Waele, Heller & Van Driessche, 2013 ; 2015).
Van Driessche, 2015) ; enfin, sa position en hauteur
lui conférait un avantage défensif. Économie et géopolitique : les sources écrites
On peut donc affirmer que le bâtiment bénéficiait
d'une situation telle qu'il a pu servir de poste d'obser- D'une richesse informative exceptionnelle, l'acte de
vation et de contrôle du passage routier et peut-être confirmation des possessions de l'abbaye par l'évêque
fluvial  ; dans tous les cas, ses occupants voulaient à de Liège en 1153 est exploité ici de manière inédite
la fois voir, et être vus. Mais plus encore, l'interpréta- en ce qui concerne la situation économique et géopo-
tion que l'on peut faire de son emplacement concerne litique locale avant l'abbaye Villers II ainsi que les
jusqu'à la configuration spatiale même de l'abbaye conditions de la naissance de celle-ci. On trouvera
Villers II : si le bâtiment était positionné directement ci-dessous un extrait choisi de l'acte (correspondant à
au sud de la route Gembloux-Nivelles, c'est que vrai- un peu moins de la moitié de sa longueur) : […] nous
semblablement celle-ci n'était pas encore intégrée estimons digne d'appuyer de notre épiscopale autorité,
dans le domaine abbatial dont elle constituait, par les possessions de l'Église sainte Marie à Villers et de
conséquent, la limite nord. La localisation stratégique les confirmer par ordonnance. […] Il est en effet juste
du bâtiment aurait donc bien une signification dans que les débuts délicats d'une nouvelle plantation soient
le processus géopolitique de l'installation de l'abbaye favorisés de l'appui d'une bénédiction paternelle. Que
Villers II. par conséquent, aucune personne, ecclésiastique ou
Il apparaît donc que les moines n'ont pas pu occuper laïque, ne se permette d'envahir témérairement ou de
d'entrée de jeu l'ensemble du site tel qu'il sera constitué perturber, en molestant injustement ce lieu, les biens
plus tard et tel que nous le connaissons aujourd'hui. et possessions des frères qui y servent Dieu. Parmi ces
Cela signifie que toute la zone s'étendant au nord de la choses, nous désignons expressément la partie de l'alleu
route est/ouest – cette zone même où sera construite de Villers que Gauthier de Marbais, avec l'accord de son
l'abbaye Villers  III proprement dite  – ne faisait vrai- épouse, le don de sa mère Judith ayant précédé, a confé-
semblablement pas partie de l'abbaye Villers II. ré à la dite Église pour le salut de son âme et de celle
de ses prédécesseurs, c'est-à-dire tout ce que, en eaux,
Au-delà de l'interprétation du bâtiment : la région à bois, champs, prairies et pâturages, est connu apparte-
l'époque de l'abbaye Villers II (1147-1197) nir à sa seigneurie depuis Tebersart jusqu'au domaine
de Villers et depuis le même sart jusqu'à Chevelipont
Au-delà de l'interprétation du bâtiment, nous analy- de chaque côté de la rivière Thyle et suivant la limite,
sons ci-dessous le paysage économique et géopoli- sur sa partie gauche, de la route de Mellery. En plus,
tique, le cadre géomorphologique et le réseau routier nous confirmons à la susdite Église et aux frères qui y
20

Chronique de l'Archéologie wallonne Moyen Âge

servent Dieu, ce qu'Anselme de Hunefe et Engelbert de


Schooten possédaient par héritage dans le même alleu
de Villers, dans le domaine et autour, à l'exception du
moulin qu'Adélard de Mellery tenait en bénéfice. Ceci
a été remis par une légitime donation et déjà assigné
aux dits frères. […] (trad. : Goffaux, 1987, p. 88).
Cette charte livre des informations tant factuelles
que déductives. Nous ne discuterons pas ici des rensei-
gnements qui y sont fournis quant à la localisation du
domaine abbatial de Villers II.
Les faits renseignés sont les suivants :
–  l'évêque appuie les possessions de la nouvelle Localisation du bâtiment sur la colline de la ferme. Au premier
abbaye et les confirme par ordonnance ; plan, la route venant de Mellery (route Gembloux-Nivelles).
À gauche, le grand moulin abbatial. Vue depuis l'est.
–  il déclare que les débuts de la «  nouvelle planta-
tion » sont « délicats » ;
–  il menace ceux qui envahiraient les possessions, – un moulin se trouvait sur le site avant l'arrivée
imprécation qu'il réitère sous forme d'anathème à la des moines mais, en 1153, le seigneur de Mellery, son
fin de la charte ; propriétaire, n'a pas encore accepté de le céder  ; cela
– les possessions sont localisées et décrites ; signifie que ce dernier a toujours accès à son moulin
– l'abbaye Villers II est établie sur les deux rives de dans la vallée et que, par conséquent, l'importante
la rivière Thyle et celle-ci est franchie par « la route de route est/ouest, venant de Mellery, toujours ouverte en
Mellery » (Gembloux-Nivelles) ; 1153, n'est pas encore englobée dans la grande clôture
– le moulin du seigneur de Mellery est exclu de la abbatiale ;
confirmation : il ne fait pas (encore) partie des posses- – puisque la route ne fait pas (encore) partie de l'ab-
sions de la nouvelle abbaye. Signalons que le village baye, les moines prennent le parti d'ériger un bâtiment
de Mellery se situe sur le plateau à l'est de l'abbaye, à à proximité immédiate, sur une position élevée ; il ne
2,5 km à vol d'oiseau. semble pas y avoir d'autre explication à la présence
De ces données factuelles, on peut déduire ce qui du bâtiment sur la colline de la ferme, sinon celle
suit : – complémentaire et corollaire – de marquer la limite
–  l'existence même de cette charte prouve que les nord du domaine de Villers II ;
moines ont eu besoin de l'appui des puissants pour – d'après l'acte, l'abbaye occupe les deux rives de
s'installer à Villers ; « la rivière appelée Thyle » et, d'autre part, Adélard
– s'il est nécessaire de (faire) proclamer la légitimité de  Mellery exploite sur place un moulin. Or, ces
des possessions territoriales dès les premières années deux informations sont incompatibles : comment en
de l'abbaye, c'est que cette légitimité est controversée, effet concilier l'implantation de Villers  II des deux
ou qu'elle le fut ; côtés de la rivière avec l'exploitation du moulin par
– s'il est nécessaire que l'évêque profère des impré- le seigneur de Mellery, celui-ci ne pouvant évidem-
cations à l'encontre de ceux qui pourraient envahir ou ment pas se permettre de ne pas avoir le contrôle
malmener « les biens et possessions » de l'abbaye, c'est sur la rivière, tant en amont qu'en aval ? Comment
que de telles actions ont eu lieu et pourraient encore imaginer d'autre part que les moines occupent
avoir lieu ; le terrain et vivent sur place sans avoir accès à la
– il en ressort que ces « biens et possessions » font rivière  ? En somme, le texte laisse entendre une
l'objet de contestations ou suscitent des différends ; cohabitation quasi physique –  une situation en
–  l'environnement est décrit comme un paysage l'occurrence difficilement concevable  –, à moins
agricole diversifié et structuré sur la base de ses de supposer que la précision «  de chaque côté
composantes nécessaires  :  «  eaux, bois, champs, prés de la rivière appelée Thyle  » ne soit –  en 1153  –
et pâturages » ; l'expression du dessein des moines plutôt que celle
– tel que décrit et au vu de la date de 1153, cet envi- de la réalité. La cohabitation durant cette deuxième
ronnement remonte à une époque antérieure à l'arri- moitié du 12e  siècle devint sans doute conflictuelle
vée de moines ; mais la charte, bien entendu, n'en dit mot. Il reste
– les moines se sont trouvés confrontés à un ordre cependant que nous connaissons le dénouement de
économique et politique en place, dans un territoire la confrontation : les moines s'emparèrent du moulin
déjà organisé, ce qui explique que les « débuts » sont du seigneur de Mellery et par la suite, en construi-
« délicats » ; sirent un autre au même emplacement ;
21

Moyen Âge Brabant wallon

–  la configuration paysagère locale comprend une lés d'un châtelet qui contrôlait la route sud/nord déjà
rivière (sous le contrôle du seigneur de Mellery  ?), évoquée plus haut et que cet ouvrage fortifié avait
un moulin avec ses bâtiments annexes (appartenant lui-même été bâti sur une route plus ancienne encore
au seigneur de Mellery), ainsi qu'une route de liaison (De  Waele, Heller & Van  Driessche, 2015). Cela
directe avec Mellery ; signifie que, dès 1147, un tronçon de cette route de
–  pour conclure, le fond de vallée (route, moulin vallée fut annexé par les moines et, plus globalement,
et rivière) ne leur appartenant pas encore, les moines que l'abbaye fut implantée en un lieu déjà occupé et
érigent le bâtiment sur la colline pour servir leur aménagé, qui possédait par conséquent sa propre
dessein d'appropriation du site : tout en surveillant de histoire.
près les activités dans la vallée, ils manifestent ainsi
clairement leur intention de s'établir définitivement et Géomorphologie et réseau routier
d'agrandir leur domaine.
L'abbaye se situe en bordure septentrionale des bas-
Économie et géopolitique : les sources archéologiques plateaux de Moyenne Belgique, au début des vallonne-
ments de la Dyle formant la transition vers les plaines
Des fouilles de sauvetage menées en 2003 au pied du de Flandre. On remarquera que le village de Villers, de
pignon nord du grand moulin ont révélé la présence fondation plus ancienne que l'abbaye, est implanté en
de structures plus anciennes, notamment un bâtiment amont de celle-ci, aux premières incisions des vallon-
dont le sol était constitué de dalles de schiste ainsi nements ; il occupe en outre une position intéressante
qu'une aire de circulation extérieure également dallée sur la rivière Thyle puisqu'il s'est développé autour de
(Heller & De Waele, 2004). Rappelons que la construc- deux passages à gué, l'un permettant de franchir la
tion du moulin abbatial remonterait aux années 1197- rivière, l'autre l'un de ses affluents. Rappelons, d'autre
1200 (selon Coomans, 2000, p. 501). part, que Villers se trouvait aux confins de deux terri-
Des fouilles conduites en 2011 et 2012 à la porte toires politiques, dans une enclave du comté de Namur
de la ferme, à moins de 150  m au sud de la cave, en duché de Brabant (Coomans, 2000, p. 64-68 ; Despy,
ont livré les vestiges d'un bâtiment à pans de bois 1957, p. 12-14).
pouvant être identifié avec la porterie
de l'abbaye Villers II (De Waele, Heller
& Van  Driessche, 2013  ; De  Waele &
Heller, 2014a  ; 2014b). Cette porterie
primitive était établie sur le tronçon
d'enceinte qui barrait complètement la
vallée d'est en ouest. Aucune trace de
cette première enceinte n'a été retrou-
vée, mais elle consistait vraisemblable-
ment en une palissade en bois simple-
ment percée d'une porte ; la muraille en
pierre, visible encore aujourd'hui, fut
construite plus tard sur le même tracé.
Il semble bien que le bâtiment de cette
porterie et celui sur cave de la colline
participaient d'un même programme
d'occupation spatiale et d'aménage-
ment du site de Villers  II  : situés tous
deux sur la rive gauche de la rivière et
en lien direct avec la colline de la ferme,
ils étaient implantés l'un à l'extrémité
sud du site, l'autre à son extrémité
nord. D'autre part, les fouilles à la porte
de la ferme apportèrent la preuve d'une Restitution du croisement de la route est/ouest (Gembloux-Nivelles) avec la
occupation pré-abbatiale du site. Elles route sud/nord de la vallée de la Thyle, avant l'implantation de l'abbaye (fond :
révélèrent en effet que la porterie de Relief de la Wallonie – Modèle numérique de Terrain [MNT] 2013-2014 [http://
l'abbaye Villers II – le bâtiment à pans geoportail.wallonie.be, mise à jour 17 février 2015], infographie A. Van Driessche,
Serv. archéologie, Dir. ext. Brabant wallon).
de bois – fut édifiée sur les restes nive-
22

Chronique de l'Archéologie wallonne Moyen Âge

Les forêts se rencontraient principalement au nord 1153 peut être considéré comme une attestation pour
de Villers, car au sud les terres fertiles des plateaux ainsi dire officielle des « débuts délicats de la nouvelle
limoneux étaient majoritairement défrichées. Un plantation » – pour reprendre les termes de l'acte – qui
massif forestier continu recouvrait vraisemblable- furent sans nul doute engendrés par une vive opposi-
ment les vallonnements de la Dyle, les reliefs accusés tion autochtone.
et les sols sableux étant peu propices aux cultures. Sur le plan de la configuration spatiale de Villers II,
L'abbaye s'est installée à la lisière de ce massif forestier le bâtiment sur cave apporte très opportunément des
dont elle pouvait tirer parti des multiples ressources : informations complémentaires à la découverte de
exploitation du bois de chauffage, de menuiserie et de la porterie de cette abbaye provisoire à la porte de la
construction, apiculture, écobuage, écorçage, panage, ferme. Si la porte, en bord de rivière, sur la route de la
etc. vallée, perçait une palissade en bois au sud et marquait
Deux routes se croisaient sur le site même de la l'entrée dans le domaine abbatial, le bâtiment sur la
future abbaye  : la principale reliait Gembloux et colline, quant à lui, correspondait à sa limite extrême
Nivelles suivant un axe est/ouest transversal aux au nord.
vallées, la seconde longeait la Thyle en fond de vallée, Le bâtiment sur la colline de la ferme se trouvait en
participant à la liaison entre les bas-plateaux et les un endroit surprenant par rapport au site abbatial tel
territoires du nord. La route est/ouest franchissait que nous le connaissons aujourd'hui. En fait, plutôt que
primitivement la Thyle à hauteur d'un détour de la de s'y inscrire, il se situe à sa périphérie, en un point
rivière, à l'endroit où celle-ci recevait le ruisseau des élevé, alors que l'abbaye s'est développée dans le fond
Affligés  ; c'est l'accumulation des matériaux char- de vallée. À cet égard, il constitue un élément matériel,
riés par le ruisseau en fond de vallée qui a favorisé révélateur sur le terrain, du processus d'appropriation
le passage à gué. L'extension de l'abbaye au nord de progressive du futur site abbatial, qui fut lent mais
la route est/ouest –  sous l'abbé Charles (1197-1209) planifié. Les moines ont dû patienter, faire preuve de
comme nous l'avons rappelé plus haut, mais peut-être détermination et recourir à la persuasion divine – dans
déjà vers la fin de la période Villers II (1147-1197) – la charte de 1153, l'évêque de Liège profère des impré-
eut pour résultat qu'un tronçon de la voie passa dans cations à l'encontre de ceux qui s'opposeraient au projet
le domaine abbatial et fut par conséquent soustrait d'installation de l'abbaye  – avant de pouvoir s'établir
au réseau viaire régional, ce qui obligea à contourner définitivement et largement. En d'autres termes, il est
l'abbaye par le nord ou par le sud. Quant à la route très vraisemblable que le bâtiment n'aurait pas eu d'uti-
sud/nord, comme nous l'avons précisé ci-dessus, elle lité – et n'aurait donc pas été construit – si, dès 1147,
fut amputée d'un tronçon dès la création de l'abbaye les moines avaient pu d'emblée s'approprier le tronçon
Villers  II (De  Waele & Heller, 2014b  ; De  Waele, qu'ils convoitaient de la route est/ouest et développer
Heller & Van Driessche, 2013 ; 2015), ce qui obligea à dès ce moment le domaine abbatial au nord de cet axe
contourner celle-ci par l'ouest ou par l'est. routier.
Ce n'est que 50  ans plus tard, sous l'abbatiat de
Conclusion Charles (1197-1209), que débuteront les travaux d'édi-
fication de Villers  III, l'abbaye définitive en pierre,
Le bâtiment inédit sur la colline de la ferme contribue directement au nord de la route est/ouest. Si ce délai
de manière significative à la connaissance de Villers II paraît démesuré – surtout au regard du pouvoir consi-
(1147-1197), abbaye dont rien ne subsiste en élévation dérable dont jouissait Bernard de Clairvaux – c'est que
et dont la localisation même sur le site reste approxi- l'enjeu était un territoire déjà organisé et structuré sur
mative (Coomans, 2000, p.  61-68  ; De  Waele, 2014). les plans de l'économie, de la politique et du réseau
Cette abbaye méconnue est dite à tort « de transition » des communications. De ce qui précède, il ressort
car, en réalité, elle est celle-là même qui rendit possible en outre que, contrairement à l'opinion encore trop
l'établissement du monastère sur le site ; c'est elle qui souvent répandue, les moines ne sont pas arrivés au
correspond véritablement à la période de gestation milieu de nulle part en s'établissant à Villers. Il est vrai,
de la future grande abbaye, période durant laquelle se en revanche, que leur institution, novatrice et d'une
joua de manière décisive le destin de celle-ci. redoutable efficacité, contribua notablement au déve-
La durée de 50  ans –  inhabituellement longue  – loppement et au progrès en général.
qu'on attribue à l'abbaye Villers  II évoque ouverte-
ment les difficultés que rencontrèrent les Cisterciens Bibliographie
dans leur projet d'une fondation à Villers. À cet égard, ■■ Coomans  T., 2000. L'abbaye de Villers-en-Brabant,
l'acte de confirmation des possessions abbatiales en Bruxelles-Cîteaux (Studia et Documenta, XI).
23

Moyen Âge Brabant wallon

■■ Despy  G., 1957. La fondation de l'abbaye de Villers (1146),


Archives, Bibliothèques et Musées de Belgique, 28, p. 3-17.
■■ De Waele É., 2014. Villers-la-Ville/Villers-la-Ville : le moine
Jean de Soignies (1494-apr. 1568), chroniqueur et archéologue,
et l'abbaye Villers  II (1147-1197), Chronique de l'Archéologie
wallonne, 22, p. 44-59.
■■ De Waele É., Collette O. & Willems D., 2016. Abbaye de
Villers-en-Brabant : entre plaine et plateau,… À propos d'un
bâtiment inédit du xiie siècle (Brab. Wal.), Archaeologia Mediae-
valis, 39, p. 69-72.
■■ De Waele É. & Heller F., 2014a. L'abbaye de Villers-la-Ville :
découvertes à la porte de la ferme (Bt wallon), Archaeologia
Mediaevalis, 37, p. 73-77.
■■ De Waele  É. & Heller  F., 2014b. Villers-la-Ville/Villers-
la-Ville  : l'ancienne abbaye, dernière campagne de fouilles
aux abords de la porte de la ferme, Chronique de l'Archéologie
wallonne, 22, p. 40-44.
■■ De  Waele É., Heller F. & Van  Driessche  A., 2013. Des
bâtiments à pans de bois dans l'ancienne abbaye de Villers-la-
Ville, La Lettre du Patrimoine, 30, p. 19-20.
■■ De Waele É., Heller F. & Van Driessche A., 2015. Villers-
la-Ville : découverte d'une route et d'un ouvrage fortifié anté-
rieurs à l'abbaye, La Lettre du Patrimoine, 38, p. 8-9.
■■ De Waele É., Willems D., Collette O., Van Hove M.-L.,
Van  Nieuwenhove  B., Timmermans J., Challe  S. &
Fesler  R., 2015a. Villers-la-Ville/Villers-la-Ville  : ancienne
abbaye, un bâtiment insoupçonné sur la colline de la ferme,
Chronique de l'Archéologie wallonne, 23, p. 22-27.
■■ De  Waele  É., Willems  D., Van  Nieuwenhove  B.,
Timmermans  J., Van  Hove  M.-L., Collette  O.,
Challe S. & Fesler R., 2015b. Abbaye de Villers-en-Brabant  :
un bâtiment insoupçonné sur la colline de la ferme. In  :
Frébutte C. (coord.), Pré-actes des Journées d'Archéologie en
Wallonie, Rochefort 2015, Namur, Service public de Wallonie
(Rapports, Archéologie, 1), p. 91-92.
■■ Goffaux A.-F., 1987. La fondation de l'abbaye de Villers : une
copie inédite de la reconnaissance par l'évêque de Liège de la
donation du seigneur de Marbais dans les archives paroissiales
de Tilly, Revue d'Histoire religieuse du Brabant wallon, 1,
p. 85-89.
■■ Heller F. & De  Waele  É., 2004. Villers-la-Ville/Villers-la-
Ville : installation d'une station d'épuration pour l'ancien moulin
abbatial, Chronique de l'Archéologie wallonne, 12, p. 30-32.
24

Chronique de l'Archéologie wallonne Temps modernes

TEMPS MODERNES
Nivelles/Nivelles : rue de Mons, analyse
limitée autour et dans un immeuble du
16e siècle en transformation

Didier Willems à l'arrière, disposées en carré et entourant une cour


intérieure ; en outre, la propriété était prolongée vers
Malgré les dégâts occasionnés par les multiples le sud par un espace jardin d'une superficie similaire à
conflits, incendies et autres remaniements urba- celle du logis. Quelques décennies plus tard, les relevés
nistiques, l'intra-muros de Nivelles a conservé des de P.-C. Popp trahissent la division du bien, apparte-
témoins de son histoire, architecturale en particulier. nant à Mme Virginie Minne, négociante à Nivelles, en
La demande de régularisation  et de transformation deux habitations distinctes (parc. cad. : 1041a et 1041b).
introduite par M.  Steve  Marits pour son immeuble Une question se pose  : la partie reprise actuellement
situé en bordure de la rue de Mons (parc. cad.  : sous le no  29 était-elle déjà convertie en commerce
Nivelles,  2e  Div., Sect.  D, nos  1040h et 1041g  ; coord. comme ce fut assurément le cas au 20e siècle ?
Lambert  : 146673  est/142840  nord) a permis de se Avant la Seconde Guerre mondiale, le no  29 (no  37
pencher sur l'une de ces anciennes demeures, modeste à l'époque) accueillait un commerce  ; en témoignent
en apparence et non liée à des faits marquants, tels les remaniements des baies du rez-de-chaussée de la
brasseries, commerces notables ou autres, mais révé- devanture ainsi qu'une ancienne photographie prise
lant encore des caractéristiques originelles et modifi- par Paul Froment au lendemain du bombardement de
cations dues à des changements de propriétaires et/ 1940. En outre, la toiture commune était dotée d'une
ou d'affectations. lucarne à bâtière  ; elle se situait au niveau du no  27
Interpellé par un courrier stipulant l'intérêt patri- (no 35 à l'époque) (Froment, Hanse & Liénard, 1996).
monial porté à son projet, le propriétaire prit contact Avant d'envahir la Belgique, la force aérienne alle-
avec le Service de l'archéologie de la Direction exté- mande bombarda plusieurs points stratégiques et
rieure du Brabant wallon (DGO4  / Département centres urbains, parmi lesquels Nivelles. L'édifice
du patrimoine)  ; de commun accord, la visite fut abordé dans la présente notice fut épargné de justesse
programmée à la suite des démolitions prévues. Lors de ce désastre, contrairement à tous ceux situés en
de celle-ci, en date du 25  février 2015, les travaux amont, vers la collégiale, l'îlot situé en face, compris
dans la demeure sise au no 27 étaient en cours ; ceux entre les rues de Mons et Seutin, la Grand-Place et la
de l'habitation voisine étaient déjà clôturés. Malheu- rue Marlet, qui ne furent qu'une étendue de ruines.
reusement, seule une approche superficielle a pu être Actuellement, dans le cœur de la cité aclote
menée, consistant en des relevés photographiques. reconstruit, le bâtiment qui inclut les deux habitations
Conscient de la valeur de son bien, le propriétaire fait figure de limite, architecturale avant tout.
avait déjà pris quelques précautions pour le préserver Fin des années 1980, la demeure sise au no  27
au mieux tout en l'adaptant aux souhaits, pour ne pas accueillit une sandwicherie-petite restauration.
dire aux exigences, en termes de confort actuel.
Quelques observations
Ce que les archives nous apprennent
À l'extérieur
L'édifice est daté par ancrages de 1571. Érigé en bordure
de voirie, il participe à une enfilade d'habitations La façade septentrionale de l'immeuble, celle donnant
qui limite au nord le quartier dit du «  petit Saint- sur la voirie, est constituée d'un soubassement, d'en-
Jacques  ». Jusqu'en 1813, lui faisait d'ailleurs face cadrements de baies, de trous de boulin et de pierres
l'église Saint-Jacques, démolie pour construire habi- d'angle en petit granit/calcaire carbonifère  ; la pierre
tations et commerces. À cette époque, la demeure «  blanche  », calcaire lédien ou type calcaire gréseux
semble toujours être occupée dans son espace initial ; de Gobertange, a également été employée pour les
en effet, un seul numéro de parcelle lui est attribué. En piédroits chaînés et/ou harpés des quatre fenêtres de
analysant un autre plan cadastral du premier tiers du l'étage, originellement à meneaux. L'ensemble de l'élé-
19e siècle (Cadastre de l'intra-muros de Nivelles, non vation est en briques, y compris les arcs surbaissés
daté), il apparaît que le bâti était doté d'annexes érigées surmontant la porte du no 29 et les baies de l'étage.
25

Temps modernes Brabant wallon

À l'intérieur

À l'intérieur de l'habitation sise au no 27,


l'enlèvement du plafonnage mural fut
partiel. Les briques les plus anciennes
utilisées sont similaires à celles employées
en façade, liées au mortier de chaux  ;
les assises sont régulières. Au moins
deux ouvertures à linteau en bois ont
été observées au rez-de-chaussée, l'une
dans la façade arrière et l'autre dans le
mur de séparation avec la maison no 29,
érigé sous la poutre médiane ; au vu des
caractéristiques des briques utilisées,
la première ouverture semble avoir été
Nivelles : vue générale côté voirie des façades des deux habitations sises aux rebouchée plus récemment.
nos 27 (à gauche) et 29 (à droite), rue de Mons.
Comme mentionné plus haut, les
poutres, en chêne, sont probablement
Si le registre supérieur a majoritairement conservé d'origine. Les chevrons transversaux ont été réalisés
son allure d'antan, l'inférieur a par contre subi dans la même essence ; certains ont pu être remplacés
plusieurs remaniements. Probablement le plus ancien au cours des siècles. Quant au plancher, il s'agit de
directement visible est le percement d'une porte et larges planches en pitchpin (très en vogue dès le
d'une fenêtre du côté du no  27, au 18e ou au début 19e siècle), pin sylvestre ou sapin, ayant soutenu un sol
du 19e siècle  ; la haute fenêtre traverse le ressaut du probablement carrelé.
soubassement. Notons qu'aucune des deux baies ne Si l'immeuble a été scindé en deux demeures, l'espace
présente un arc de décharge en sa partie sommitale. sous toiture a par contre été préservé dans sa totalité.
Par la suite, le rez-de-chaussée du no 29 fut transformé Ce choix délibéré met nettement en évidence une pièce
pour la création d'une vitrine commerciale, traitement architecturale quasi intacte qu'est la haute charpente,
ayant pu inclure l'usage de matériaux de remploi  ; en chêne, totalement chevillée. Elle est composée de
abstraction faite des touches récentes, la taille des trois fermes reposant sur les poutres séparant l'étage
pierres est clairement distincte de celle des précitées et du grenier. Un entrait sépare ce volume sous toiture
des fenêtres de l'étage. en deux niveaux habitables. Dans la partie supérieure
Enfin, les six tirants alignés verticalement en deux de chaque ferme, un faux-entrait supporte à la fois le
rangées de trois, auxquels s'ajoute un septième pris poinçon de ferme, dans lesquels les deux arbalétriers
dans le pignon occidental, témoigneraient d'une s'emboîtent, et une longue sous-faîtière. Chaque cadre,
absence  de modifications des structures portantes en délimité par les poutres faîtière et sous-faîtière ainsi que
bois, voire de la charpente elle-même, à l'exception les poinçons, accueille une décharge en croix de saint
d'adaptations ou réparations. André. Pour rappel, un assemblage comparable avait
Si on évoque la taille des pierres, observer celles-ci été observé au 24, rue des Choraux à Nivelles (Willems,
afin d'y déceler des marques peut s'avérer bien utile. 2015) ; les deux maisons se différencient cependant par
Bien que les signes lapidaires n'ont pu être identi- le fait que la sous-faîtière dans ce second cas ne reposait
fiés avec certitude car très usés, un sablage en étant pas sur le faux-entrait mais en était surélevée.
probablement en partie la cause, un recoupement avec Actuellement, la toiture est percée de quatre lucarnes
l'étude de J.-L. Van Belle (1994) permet de confirmer à bâtière dans le pan septentrional et de fenêtres de toit
quelques suppositions. Ainsi, ceux observés sur le dans le pan méridional.
soubassement et les pierres d'angle de la demeure du
no 27 sont attribuables à la famille Nopère (no 1079), Que conclure ?
originaire d'Arquennes (seconde moitié 15 -fin e

17e  siècle). Par contre, les deux repérés au no  29, De toute évidence, l'édifice «  double  » a subi des
également sur le soubassement, appartiennent à deux modifications esthétiques, volumétriques et fonction-
ateliers différents : l'un (n  659) n'a pas d'attributaire et
o
nelles à travers le temps, incluant réparations, restaura-
l'autre, localisé sur une pierre en bordure de la maison tions, récupérations et transformations.
voisine, est trop effacé (également Nopère mais moel- Les composants architecturaux majeurs étant préser-
lon renversé ?). vés, une étude a posteriori peut toujours être menée ;
26

Chronique de l'Archéologie wallonne Temps modernes

seules les faces des murs plafonnés ou recouverts de cement européen FSE/FEDER-Région wallonne. Le
plaques de plâtre, isolantes ou autres empêcheront projet inclut notamment un nouveau cheminement,
toute analyse. débutant non de l'accès originel qu'est la porte de
Faute de pouvoir mobiliser des compétences Bruxelles mais du moulin. Le parcours dirige les visi-
adéquates dans les temps impartis pour ce type d'in- teurs vers le cœur de l'abbaye en les faisant transiter
tervention, il est regrettable que les quelques données par la colline, le jardin dit « des infirmes », la pharma-
collectées n'alimentent que l'Inventaire du patrimoine cie et ce qui fut l'infirmerie.
culturel immobilier de Wallonie (en cours pour Le franchissement de la voirie régionale reliant
Nivelles) et ne participent pas, du moins dans l'immé- Genappe à Gembloux, qui coupe le site, s'effectue doré-
diat, à un approfondissement de la connaissance des navant par une passerelle en bois créée entre les arcades
évolutions des architectures individuelles mais égale- de la pharmacie. En date du 22  octobre 2013, cette
ment des contextes urbanistiques, artistiques et autres dernière n'était pas encore posée ; fort heureusement
dans lesquels elles ont évolué. car un camion heurta les arcades dans l'après-midi
Même si l'intervention ne consista qu'en une visite de (parc. cad. : Villers-la-Ville, 1re Div., non cadastré , voirie
courtoisie et un reportage photographique, le Service N275 ; coord. Lambert : 161335 est/142191 nord).
de l'archéologie tient à remercier M. Steve Marits pour Fallait-il s'en attrister, rester de marbre et se conten-
son accueil, son écoute et surtout pour avoir autorisé ter de tirer les derniers clichés de ce patrimoine ou
la prise de clichés. aller de l'avant et mettre rapidement à profit toutes les
compétences disponibles pour collecter un maximum
Bibliographie de données pouvant assurer une reconstruction à
■■ Froment P., Hanse A. & Liénard J.-C., 1996. La collégiale l'identique ? Les représentants de l'IPW et du Dépar-
Sainte-Gertrude de Nivelles hier et aujourd'hui, Rif tout dju, tement du patrimoine, le Service de l'archéologie de la
383, s.p. Direction extérieure du Brabant wallon en particulier,
■■ R. de Mons, 1974. R. de Mons. Nos  27-29. In  : Province de n'ont pas hésité à agir.
Brabant. Arrondissement de Nivelles, Liège (Le Patrimoine
monumental de la Belgique, 2), p. 397. Contexte historique
■■ Van Belle J.-L., 1994. Nouveau dictionnaire des signes lapi-
daires – Belgique et Nord de la France, Louvain-la-Neuve, Artel. Comme le précise un cartouche armorié («  Fideliter
■■ Willems D., 2015. Nivelles/Nivelles  : déception partielle à et Suaviter Anno 1784 »), apposé en guise de linteau
la rue des Choraux, Chronique de l'Archéologie wallonne, 23, sur la fenêtre centrale de la façade orientale, la phar-
p. 28-29. macie fut érigée durant le dernier quart du 18e siècle,
sous le court abbatiat de Dom Léonard Pirmez (1782-
Sources 1784). De cet édifice ne subsistent que quatre murs en
■■ Atlas cadastral de Belgique publié par P.-C. Popp (1842-1879), briques, dont les façades, orientées à l'est et à l'ouest,
plan parcellaire de la commune de Nivelles. chacune percée de trois grandes baies quadrangulaires
■■ Cadastre de l'intra-muros de Nivelles, non daté (peut-être et reposant sur trois arcades en pierre bleue. Elle est le
entre 1810-1815 et 1830) et non signé (Musée archéologique de dernier aménagement majeur sur le site avant l'expul-
Nivelles). sion des moines en décembre 1796.

Contexte de l'incident

En s'engageant sous la pharmacie, un camion de l'en-


Villers-la-Ville/Villers-la-Ville : treprise Suez-Sita percuta les arcades de la façade occi-
des arcades malmenées à la pharmacie dentale et s'encastra dans celles de l'orientale, provo-
de l'abbaye quant leur effondrement.
Cet incident est en réalité le second de même type ; le
précédant se déroula en matinée du 8 novembre 1974, un
Didier Willems, Marie-Laure Van Hove accident de roulage qui détériora la façade occidentale. À
et Aude Van Driessche l'époque, la Régie des Bâtiments, propriétaire du site, fit
appel au Service de Topographie et de Photogrammétrie
Dans le cadre du schéma de développement touris- du Ministère des Travaux publics pour dresser des plans
tique du site de l'abbaye de Villers-la-Ville, l'Institut du et coupes les plus complets possible ; grâce à ces données
Patrimoine wallon (IPW) lança un chantier de restau- et aux archives, une restauration put être lancée par la
ration/réhabilitation dès 2013 et ce grâce à un cofinan- suite (Pharmacie, s.d., p. 9).
27

Temps modernes Brabant wallon

fiques : Faro/Trimble Scene (v. 5.1) pour


l'assemblage et les traitements initiaux
des données, Screened Poisson Surface
Reconstruction (v. 8.0) pour le maillage
(transformation des nuages de points en
surfaces continues) et PointCab pour les
vues orthogonales en nuage de points
(vues sur fond noir).
Au lendemain de cette intervention,
le Service de l'archéologie se chargea de
trier les multiples pierres chues, laissées
momentanément en place ou démontées,
afin d'en établir, sur base d'une nomen-
clature souhaitée par Sébastien  Mainil,
ingénieur-architecte à l'IPW, un inven-
taire le plus exhaustif possible.
Villers-la-Ville : vue générale de la façade orientale de la pharmacie, dans laquelle Concomitamment, une recherche à
s'est encastré le camion conteneur (22 octobre 2013).
travers les archives disponibles fut menée
pour collecter un maximum de données
Sauvetage et inventaire exploitables.

Les lieux devant être sécurisés, une mobilisation fut Conséquences et perspectives
rapidement lancée. Pour l'IPW, maître d'ouvrage, les
actes devaient répondre à un triple objectif, à savoir D'emblée, le projet de la passerelle fut modifié en vue
le démontage des parties instables, une dépose suivie d'une sécurisation accrue pour les visiteurs, contraints
d'une numérotation et d'un stockage des pierres de de pénétrer dans le site de l'abbaye par la pharmacie.
même qu'une consolidation des vestiges afin de main- Les résultats de l'intervention archéologique et des
tenir un état sanitaire correct, pré-requis pour une recherches complémentaires obtenus à ce jour consti-
reconstruction éventuelle (Mainil, 2013, p. 3). tuent une base technique solide pouvant appuyer
La Direction de l'archéologie prit part à ces interven- et justifier une réédification à l'identique. Toutefois,
tions de sauvetage. Ainsi, deux jours après l'incident, les si cette option paraît évidente, le doute subsiste, les
relevés des deux façades furent réalisés en recourant à travaux n'ayant toujours pas été entamés. Dans le cas
l'usage d'un scanner 3D, un Trimble TX5 à décalage de où cette tâche était exécutée, elle devrait immanqua-
phase (phaseshift) permettant une précision de mesure blement s'accompagner d'une signalétique routière
moyenne de l'ordre de 1 mm théorique jusqu'à 20 m suffisante, très en amont du bien, et encourager les
et 2 mm environ au-delà. Les résultats furent exploités démarches en vue d'un contournement acceptable
dans la foulée avec des logiciels informatiques spéci- pour le charroi volumineux.

Relevés au scanner de la façade orientale de la pharmacie Relevés au scanner de la façade occidentale de la pharmacie
( J.-N. Anslijn, Dir. archéologie). (J.-N. Anslijn, Dir. archéologie).
28

Chronique de l'Archéologie wallonne Temps modernes

Remerciements

L'intervention de sauvetage n'aurait pu être menée


dans ces circonstances quelque peu particulières
sans une mobilisation au sein du Département du
patrimoine ni la collaboration de l'IPW, représentée par
Annick Mahin et Sébastien Mainil, et de l'asbl Abbaye
de Villers-la-Ville en la personne de Michel Dubuisson.

Avec la collaboration de Jean-Noël Anslijn (Direction


de l'archéologie).

Sources
■■ Abbaye de Villers-la-Ville, l'ancienne pharmacie, plans et
élévations exécutés en décembre 1975 par photogrammétrie
terrestre par le Ministère des Travaux publics.
■■ Mainil S., 2013. Abbaye de Villers-la-Ville, arcades de la phar-
macie, fiche d'état sanitaire, Institut du Patrimoine wallon.
■■ Pharmacie, s.d. La pharmacie de l'abbaye de Villers-la-Ville,
rapport anonyme.
29

Époque contemporaine Brabant wallon

ÉPOQUE CONTEMPORAINE
Braine-l'Alleud/Braine-l'Alleud : fouilles
sur le domaine d'Hougoumont dans le
cadre du projet Waterloo Uncovered

Dominique Bosquet, Tony Pollard, de destruction par l'érosion agricole, particulièrement


Philippe De Smedt, Mark Evans, Stuart Eve, active sur un relief contrasté tel que celui-ci, de même
Charles Foinette, Marc Van Meirvenne que par la pratique illégale de la détection des métaux,
et Alasdair White difficile à maîtriser sur les quelque 615  ha classés du
champ de bataille.
Introduction Après une campagne de prospections géophysiques
menée début avril 2015, une campagne de fouille
En prévision du bicentenaire de la bataille de Waterloo, test de 4 jours à été programmée la dernière semaine
de nombreux aménagements ont été entrepris sur du même mois suivie, fin juillet, par 2  semaines de
le site et furent l'occasion de mener des fouilles fouilles plus approfondies. Dans un contexte d'époque
préventives à divers endroits du champ de bataille récente et abondamment documenté, l'archéologie
(Bosquet et al., 2015  ; Willems, 2015). Par ailleurs, doit permettre d'objectiver les données historiques
le regain d'attention porté à cette épisode majeur de parfois contradictoires, partielles ou de parti pris dans
l'histoire européenne a été mis a profit pour initier un la description des évènements ayant abouti à la victoire
programme de recherches archéologiques mené par des Alliés le 18 juin 1815.
une équipe internationale composée d'archéologues du
Service de l'archéologie de la Direction extérieure du Le domaine d'Hougoumont
Brabant wallon (DGO4 / Département du patrimoine),
des universités de Gand, Glasgow et Dundee et Les premières recherches se sont concentrées autour
du programme Operation Nightingale. Ce dernier de la ferme d'Hougoumont qui a joué un rôle majeur
consiste à réhabiliter, par la pratique de l'archéologie, dans la défaite des Français, ces derniers s'étant
des vétérans de l'armée anglaise ayant participé aux acharnés à essayer de la prendre tout au long de la
conflits afghan et irakien. Les recherches menées par journée, sans succès. Le domaine cadenassant le
l'équipe de Waterloo Uncovered s'avèrent d'autant plus flanc droit de Wellington, sa prise aurait en effet
importantes que le champ de bataille est bien menacé pu permettre aux troupes de Napoléon de prendre

Le domaine d'Hougoumont à la fin du 18e siècle (a) et en 1815 (b). 1. Ferme-château ; 2. Jardin ; 3. Verger ; 4. Potager ; 5. Verger et
potager nord ; 6. Bois ; 7. Jardin extérieur ; 8. Killing zone. Éléments reportés sur : a. Extrait de la carte de Ferraris, Braine la Leud,
pl. 78 (© Bibliothèque royale de Belgique) ; b. Extrait de la carte de Craan (reproduite avec la permission de S. Eve).

5
3
4 1 2
7
8

a b
30

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

à revers les lignes alliées, avec pour


conséquence possible une autre issue à
la bataille. Les combats autour d'Hou-
Jardin
goumont ont été rythmés d'incessantes Tr 27

allées et venues des troupes françaises


et alliées sur un terrain structuré par
divers éléments paysagers. Aujourd'hui Tr 30
Tr 23
disparus, ils sont diversement représen-
r sud
tés sur les cartes anciennes et ont joué
Mu
un rôle majeur dans la dynamique des
combats : le bois (6) et un grand jardin
(7) au sud, le jardin à la française (2) et Tr 16

le verger (3) à l'est, le chemin au nord et Killing zone


le potager (4) à l'ouest. 10 m
Tr 15
Questions posées

Comment plusieurs milliers de Français


ont-ils été incapables de prendre une
Balles alliées
ferme défendue par 1 500 Alliés proté- Balles françaises Bois
gés par un mur de brique de 2 m de haut
à peine demeure une question pendante Domaine d'Hougoumont : répartition des balles de mousquet alliées et françaises
de part et d'autre du mur d'enceinte (bord sud du jardin).
pour bien des historiens. Une partie au
moins de la réponse réside dans la confi-
guration des lieux qui, selon les documents consul- les plus significatives afin de procéder à l'ouverture
tés, varie parfois significativement. Chemins, fossés, de sondages, seuls à même de contrôler la nature
bois, vergers et haies (une haie en particulier, située (naturelle ou anthropique) et l'âge des faits mis en
entre le bois et le mur sud du domaine, semble avoir évidence. En 6 jours à peine ont ainsi été prospectés
joué un rôle décisif) sont autant d'éléments qu'il faut une partie de l'ancien bois (6), le jardin (2), le verger
essayer d'identifier en caractérisant l'emplacement (3), la killing zone (8), le potager et le petit verger (5)
exact, l'étendue et la configuration. au nord du jardin. Une trentaine d'anomalies géophy-
Une autre problématique guidant les recherches est siques ont alors été sélectionnées pour faire l'objet de
la localisation des charniers et des bûchers aménagés sondages test (avril 2015) et de fouilles (juillet 2015).
et entretenus dans les jours qui ont suivi la bataille La détection des métaux est, quant à elle, une
pour éliminer les corps et les débris humains. Ces méthode incontournable de l'archéologie des champs
opérations sont illustrées sur certaines gravures de bataille (Scott & Mc Featers, 2011 ; Pollard, 2009).
d'époque qui les situent à proximité des portails nord Elle permet, en peu de temps et sur de grandes
et sud, mais il est probable que de tels fosses et foyers surfaces, de spatialiser tous les déchets métalliques
existent ailleurs autour de la ferme, là où gisaient le liés aux combats et aux mouvements de troupes  :
plus de cadavres. munitions bien sûr, mais aussi débris d'armes, pièces
d'uniformes, éléments de harnachement, accessoires
Méthodes divers… Une série d'axes parallèles, espacés de 5  m
les uns des autres, ont été implantés sur le terrain
Plusieurs campagnes de prospections géophysiques, et systématiquement prospectés, couvrant la partie
couvrant 15  ha à ce jour, ont été menées entre avril accessible de l'ancien bois, la killing zone, le jardin
et septembre 2015 par l'unité Orbit de l'Université et le verger. Plus de 1  000  objets ont été relevés en
de Gand. Deux techniques ont été utilisées de façon coordonnées, extraits du sol et inventoriés avant trai-
conjointe : l'induction électro-magnétique (EMI) et la tement et analyse.
magnétométrie. L'intérêt majeur de ces méthodes est
qu'elles permettent de repérer les anomalies présentes Résultats préliminaires
dans le sol sans ouvrir celui-ci et ce à un rythme de 3
à 4 ha par jour (De Smedt & Van Meirvenne, 2014). Les résultats obtenus après 14  jours de terrain
Les relevés étant géoréférencés, il est ensuite possible seulement sont encourageants, les gains en termes
de cibler très précisément sur le terrain les anomalies de méthodologie étant, en particulier, substantiels.
31

Époque contemporaine Brabant wallon

Il n'est pas inutile de rappeler ici que, dans la illustration de ce que l'archéologie peut apporter aux
mesure où il s'agit de relever les traces d'un récits et aux mythes – le mot n'est pas trop fort – qui
évènement ayant duré une journée –  fait pour le relatent les combats pour la prise d'Hougoumont.
moins inhabituel en archéologie  –, les méthodes
jouent un rôle capital et doivent être en permanence Conclusion et perspectives
adaptées en fonction de ce qui est – ou n'est pas –
découvert. Ont ainsi été vérifiés la nature et l'âge En 14  jours à peine de recherches sur le terrain, les
de plusieurs anomalies caractérisées par une forte objectifs principaux sont atteints  : la validité des
susceptibilité magnétique, paramètre qui indique enregistrements géophysiques est confirmée, de
la présence probable d'éléments brûlés et/ou de même que la persistance possible, dans la réparti-
terre cuite, soit autant de bûchers potentiels. Les tion des déchets métalliques issus de la bataille, de
sondages ont révélé des fours à briques et des amas configurations spatiales significatives. À ce jour
de matériaux de construction très probablement liés cependant, aucun charnier n'a encore été mis au jour
à l'édification et à l'entretien du château, sans lien malgré la découverte de grands creusements qui, en
direct avec la bataille. Leur découverte confirme fouille, se sont avérés liés à l'extraction de sable et
néanmoins l'efficacité des méthodes géophysiques, de grès. La mise en évidence des charniers reste un
qui permettent d'ouvrir rapidement des « fenêtres » axe majeur des recherches, de même que la poursuite
sur des structures archéologiques qui, autrement, des prospections métalliques dans la killing zone et le
n'auraient été mises au jour que lors d'une jardin, là où, de façon de plus en plus évidente, s'est
évaluation systématique sur toute la superficie du en grande partie jouée la défaite française à Hougou-
domaine. Par ailleurs, les données enregistrées en mont, épisode majeur de la victoire alliée à Waterloo.
conductivité électrique ont permis de repérer de Plus de détails et le rapport complet des campagnes
façon tout à fait précise le fossé qui formait la limite d'avril et de juillet 2015 sont disponibles sur le site
orientale du verger. Ce fossé, repéré par sondage, est www.waterloouncovered.com.
un élément capital des combats ayant eu lieu dans
et autour du verger. Mentionné dans certains récits, Bibliographie
il ne figure de façon précise sur aucun plan ni carte ■■ Bosquet D., Yernaux G., Fossion A & Vanbrabant  Y.,
et il est probable qu'une partie des très nombreuses 2015. Le soldat de Waterloo. Enquête archéologique au cœur du
victimes tombées à cet endroit y aient été ensevelies. conflit, Namur, Service public de Wallonie, 22 p.
Des fouilles approfondies devront y être menées. ■■ Pollard T. (éd.), 2009. Culloden. The History and Archaeology
À ce jour, c'est la détection des métaux qui a donné of the Last Clan Battle, Barnsley, Pen and Sword Military.
les résultats les plus spectaculaires, en particulier ■■ Scott D.D. & McFeaters A.P., 2011. The Archaeology of
lors du suivi systématique des ouvertures de Historic Battlefields: A History and Theoretical Development
tranchées. Il est en effet apparu que, dans la killing in Conflict Archaeology, Journal of Archaeological Research, 19,
zone et dans le jardin en particulier, où la détection p. 103-132.
des métaux avait peu très donné préalablement, ■■ Willems D., 2015. Braine-l'Alleud/Braine-l'Alleud : inves-
une grande quantité de munitions pouvait encore tigations archéologiques à l'emplacement de l'ancien château
être retrouvée, mais après l'enlèvement de la couche d'Hougoumont, Chronique de l'Archéologie wallonne, 23,
arable sur 10 à 15 cm. À la lecture des coupes réali- p. 32-35.
sées, il semble en effet que ces deux secteurs ont
été soumis à au moins quelques épisodes de labour Sources
après la bataille, perturbations ayant entraîné les ■■ Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens (1771-1778) de
objets originellement dispersés en surface à une Joseph-Johann-Franz Comte de Ferraris, Braine la Leud, pl. 78.
trentaine de centimètres de profondeur. C'est ainsi ■■ Craan W.B., Plan of the Battle of Waterloo or Mount St. John,
que, pour la première fois et à l'encontre des récits reduced from the large Plan of the same Battle, 1816.
historiques, des balles tirées par les Français ont été ■■ De Smedt P. & Van Meirvenne M., 2014. Geophysical Soil
trouvées dans le jardin, à quelques mètres du pied Survey Waterloo: EMI Survey, rapport inédit, Research group
du mur d'enceinte. Il semble que les assaillants aient soil spatial inventory techniques (ORBit), Department of Soil
eu la possibilité de prendre appui sur le mur pour Management, Ghent University.
faire feu sur les Anglais retranchés à l'intérieur. La
présence d'une balle anglaise tirée dans l'enceinte
permet même d'évoquer un possible franchissement
de ce mur par des soldats français, mais ceci reste à
confirmer. Quoi qu'il en soit, on a ici la meilleure
32

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

Grez-Doiceau/Grez-Doiceau : fouille de 2015  ; Briers et al., 2015). Étant donné le caractère


contrôle sur le site protohistorique de exceptionnel de ce type de vestiges en Belgique, il a été
décidé de vérifier la nature exacte des trois fosses par
Gastuche
une fouille approfondie, qui fait l'objet de cette notice.
Pour rappel, l'emprise du lotissement de la Régie
Dominique Bosquet et Véronique Moulaert foncière du Brabant wallon, en cours de construction
au moment de l'intervention, est située en rive droite
Introduction de la Dyle et couvre le bas d'un petit vallon orienté
sud-ouest/nord-est, au tracé légèrement courbe, avec
La fouille a été menée sur trois fosses relevées au croi- un talweg bien marqué. La zone fouillée correspond
sement de la rue Joseph  Decooman et de la rue des au point culminant du terrain, situé au sud-est à 75 m
Thils (coord. Lambert  72  : 170124  est/158120  nord). d'altitude. La fouille, réalisée grâce aux moyens tech-
Lors de l'évaluation archéologique de 2012-2013, niques mis à disposition par l'entrepreneur (Frateur-
celles-ci avaient été interprétées comme des trous Mavoirie sprl) a concerné une zone de 70 m² et s'est
d'obus modernes (Bosquet, 2014) et n'avaient de ce déroulée les 28 et 29 octobre 2015.
fait pas été fouillées en 2014 (Bosquet et al., 2015  ;
Briers et al., 2015). Les analyses réalisées sur le matériel Méthode
archéologique exhumé dans les autres structures ont
cependant permis mettre en doute cette interprétation Deux fenêtres ont été ouvertes à l'aide d'une pelle méca-
et de proposer une autre hypothèse, ces fosses pouvant nique, dégageant les fosses en question. Celles-ci sont
être protohistoriques et liées à l'extraction de minerai apparues juste sous la couche de terre arable. Après la
de fer sous forme de goethite en croûtes (Bosquet et al., pose des axes de coupe, les fosses ont été topographiées
et ouvertes en quadrants, à la truelle dans
un premier temps, puis à la bêche.
no 101E

RL Résultats

Les trois fosses présentent les mêmes


caractéristiques  : forme circulaire et
remplissage supérieur de couleur grise
70 mm
contenant des fragments métalliques
pris dans une épaisse gangue de rouille
ainsi que des petites baguettes longi-
lignes d'un métal cuivreux. Dans les trois
cas, ce remblai gris coiffe une fosse plus
a b
vaste, dont le bord, assez difficile à perce-
voir, est caractérisé notamment par des
phénomènes de compression. On note
également des traces de stagnation et de
ruissellement d'eau à la base du remblai
gris et un fin dépôt noirâtre irrégulier
qui témoigne de la présence de matière
organique, probablement issue d'un
léger couvert végétal ayant poussé sur les
parois.
Une tête d'obus a été trouvée dans l'une
de ces fosses, confirmant sans ambiguïté
l'interprétation proposée à l'issue de la
c campagne d'évaluation. L'objet décou-
d vert est une fusée percutante anglaise
Fusée percutante anglaise n   101E (a) portant l'inscription   RL  pour Royal
o (graze fuse), dispositif servant de détona-
Laboratory (b), vue du pas de vis (c) et tête d'une fusée no  101 pour com- teur aux obus. Plus précisément, il s'agit
paraison (d, source : http://www.passioncompassion1418.com/decouvertes/ ici du modèle no 101E, mis en circulation
fusees_collection_gb.html).
entre 1916 et 1953, date de son retrait
33

Époque contemporaine Brabant wallon

des stocks de l'armée. Notamment fabriqué par le


Royal Laboratory, comme c'est le cas de l'exemplaire
découvert qui porte l'inscription RL, il était monté sur
différents types d'obus utilisés comme munitions pour
divers canons et obusiers (http://www.passioncom-
passion1418.com/decouvertes/fusees_collection_
gb.html, consulté le 17  mai 2016). Des détonateurs
comparables sont régulièrement trouvés et décrits par
les amateurs intéressés par les deux dernières guerres.

Bibliographie
■■ Bosquet D., 2014. Grez-Doiceau/Grez-Doiceau : évaluation
préventive à Gastuche, Chronique de l'Archéologie wallonne, 21, Château de Rixensart  : façade côté jardin de l'aile nord,
© MRAH, 2015.
p. 49-51.
■■ Bosquet D., Briers T., De Staercke O., Collette  O.,
Goemaere É., Goovaerts T., Hanut F., Leduc T. & Preiss S., site par arrêté du 20  novembre 1972. En 1993, il est
2015. Les arts du feu dans le site La Tène de «  Gastuche  » reconnu patrimoine exceptionnel de Wallonie.
à Grez-Doiceau (Brabant wallon)  : premières analyses et Les éléments construits ont fait l'objet d'un enregis-
interprétations, Lunula. Archaeologica protohistorica, XXIII, trement systématique graphique et photographique.
p. 125-136.
Parallèlement, divers fonds d'archives tels que les
■■ Briers T., Bosquet D., De Staercke O., Collette O., archives du Cadastre du Brabant (Bruxelles), les
Goemaere É., Goovaerts T., Hanut F., Leduc T. & Preiss S.,
archives de la famille de Merode (Rixensart) ou encore
2015. Grez-Doiceau/Grez-Doiceau : le site La Tène de Gastuche,
les archives de la Commission royale des Monuments,
résultats des fouilles et premières analyses, Chronique de l'Ar-
chéologie wallonne, 23, p. 15-21.
Sites et Fouilles (Liège) ont été consultés.
Le château de Rixensart forme un quadrilatère
autour d'une cour plus ou moins trapézoïdale, aux
angles flanqués chacun d'une tourelle octogonale. On
accède à la cour par une tour-porche aménagée au
Rixensart/Rixensart : étude préalable à la centre de l'aile méridionale. Celle-ci est précédée d'une
restauration du portique de l'aile nord du avant-cour partiellement bordée par des communs et,
château à l'ouest, par l'ancienne chapelle castrale, aujourd'hui
paroissiale. D'origine médiévale assurée, le château
est complètement reconstruit au 17e siècle, au profit
Patrice Gautier, Élisabeth Bruyns d'une nouvelle demeure, destinée à la plaisance et
et Antoine Baudry à la chasse (pour plus d'informations sur le château
de Rixensart  : Berckmans, 1977  ; Château, 1974  ;
Introduction Zecchinon, 1995). L'aile septentrionale est bâtie en
1631. Ensuite, le château est agrandi, de manière à
En 2015, le portique, logé contre le mur-gouttereau former un quadrilatère (aile ouest millésimée de 1648)
nord de l'aile septentrionale du château de Rixensart
(parc. cad. : Rixensart, 1re Div., Sect. G, no 69 ; coord.
Lambert : 161820  est/156144  nord), a fait l'objet
d'une étude archéologique (Musées royaux d'Art et
d'Histoire) couplée à une étude documentaire et d'un
dépouillement des sources archivistiques (Association
pour l'Étude du Bâti) préalablement à sa restauration
(Gautier, Baudry & Bruyns, 2015). La mission, finan-
cée à 95 % par la Direction de la restauration (DGO4 /
Département du patrimoine), a permis de documenter
la construction et l'évolution du portique – aujourd'hui
en ruine – afin d'orienter le maître d'ouvrage (famille
de Merode) et le maître d'œuvre (Atelier 20) dans les
choix de restauration. Le château a été classé comme Château de Rixensart  : portique adossé à l'aile nord,
© MRAH, 2015.
monument par arrêté royal du 15 mai 1964 et comme
34

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

avec l'ajout de galerie au rez-de-chaussée et couloir à de la structure étaient probablement légèrement plus
l'étage (millésimés de 1660 et 1662) le long des ailes bas lors de sa construction qu'ils ne le sont aujourd'hui.
orientale et méridionale (Marcolungo, 2004, p. 76). Aucun sondage n'a été exécuté pour retrouver ces
niveaux.
Le portique d'origine Les archives n'ont pas livré de mention explicite de
la construction du portique. Toutefois, les mentions
Le portique s'organise en trois travées. Huit piliers suivantes pourraient y faire référence,  l'une en 1852,
(UC 05 à UC 12), dont quatre engagés (UC 05 à UC 08) l'autre en 1831 :
contre la façade nord de l'aile nord du bâtiment (millé- – Memoire des ouvrages de marechal fait et livré pour
simée de 1631, UC  33), supportaient trois coupoles le service de Monsieur Compte Felix de Merode reco-
surbaissées, base d'une plateforme de 8,28  m de mancé le 3 9bre 1852 par moi F Pigeolet.15 7bre avoir
longueur pour 2,72 m de largeur. À hauteur du premier mis un neuf resort à cerure de la chambre de balcon et
étage, une baie à croisée de la façade a été transformée racomodé la cerure (archives de la famille de Merode à
en porte, permettant l'accès à cette plateforme domi- Rixensart, caisse contenant des photocopies de docu-
nant les jardins. Chaque travée se compose d'arcades ments d'archives, 1er lot-2e lot, 1re partie).
en plein cintre construites en briques  (UC  34, UC – Monsieur Bosquet, en vous écrivant hier pour le
35 et UC 36) entre les piliers et renforcés d'un tirant jet d'eau, j'ai omis de vous marquer la quantité de
métallique. Les piliers sont posés sur une base en grès zinc nécessaire pour la couverture du balcon. […]
ferrugineux et supportent un chapiteau façonné dans Le balcon comprend 300  pieds carrés… (archives de
le même matériau. Les niveaux de circulation au pied la famille de Merode à Rixensart. Lettre du 15  mai
1831, caisse contenant des photocopies
de documents d'archives, 1er  lot-2e  lot,
Briques
Petit granit 1re partie).
Grès lédiens
Grès ferrugineux Cette mention d'un «  balcon  » de
Vide
Végétation
Nord 300 pieds carrés de 1831 se réfère-t-elle
au portique de l'aile nord du château  ?
L'emprise au sol de la construction
31
(8,28 m de longueur × 2,72 m) présente
16 16 16
un rapport d'environ 1 sur 3. Sans
34 35
36
33 17
16
connaître la référence de la mesure en
24 vigueur à l'époque de sa construction, cet
édifice pourrait donc avoir des dimen-
33
33 sions de 30 pieds de long pour 10 pieds
de large, pour atteindre une superficie
06 05
04 de 300 pieds carrés. Le pied de Bruxelles
12
27
11
33 ou de Nivelles valant respectivement
03
27,575 cm et 27,7 cm, le « balcon » cité en
33
14
Alt : 64 cm
33
1831 mesure d'après ces valeurs 8,27  m
30 13
10 01
09 de longueur × 2,75 m de largeur en pieds
de Bruxelles et 8,31  m de longueur ×
Alt : 0 cm

2,77  m de largeur en pieds de Nivelles


(Doursther, 1840, p.  405  : Bruxelles  :
08 07
15 04
06 05 27,575 cm ; p. 413 : Nivelles en Belgique :
27,7  cm ou 27,709  cm  ; p.  418  : Wavre
20 03 02 en Belgique : 28,53 cm). La mention de
23 13
balcon en 1831 fait donc plus que vrai-
Alt : 2,075 m Alt : 64 cm
semblablement référence au portique de
14
10 01 09 l'aile nord.
27
12 11
Dès sa construction, le portique
Alt : 0 cm
sera recouvert d'une peinture blanche
(UC 17).
0 5m

Élévation nord et plan du portique de l'aile nord. Les chiffres renvoient aux Cet état est illustré notamment par
UC (unités de construction). En médaillon, plan du château (Atelier 20, 2011), la lithographie de J.-B.  Jobard –  artiste
© MRAH, 2015.
établi à Bruxelles dès 1817 et décédé en
35

Époque contemporaine Brabant wallon

Troisième état (entre-deux-guerres)

Sur les photographies de 1944 conservées à l'Insti-


tut royal du Patrimoine artistique (clichés A070104
et A070105), le portique a acquis une physionomie
très différente, encore en grande partie perceptible
aujourd'hui.
La plateforme inférieure a été détruite et a fait place
à un escalier en pierre de deux volées droites (UC 01
et 03) séparées par des repos (UC  02 et 20), installé
dans les deux travées occidentales du portique, sous les
trois « coupoles ». Cet escalier relie le jardin au rez-de-
Château de Rixensart, lithographie de J.-B.  Jobard (1792- chaussée du château. La travée orientale du portique
†1861), vers 1820-1830 (collection privée).
a été murée (UC  30) de manière à créer un petit sas
d'entrée, éclairé par deux fenêtres (dont UC  24), au
1861 –, sur laquelle le portique est dépouillé d'escalier devant du château.
et de tous les niveaux intermédiaires qu'on lui connaît La première volée (UC  01) se compose de quatre
actuellement. marches droites en grès ferrugineux (larg. 2,10 m), tail-
N'apparaissant pas sur les croquis d'arpentage du lées au ciseau ou à la boucharde. La première marche
cadastre, ce petit appendice néoclassique en saillie de la est néanmoins plus large que ses consœurs (larg.
façade du château du 17e siècle n'est pas évident à dater 2,70 m) et est adoucie. Cette première volée est encla-
précisément. La mention de 1831 et la lithographie de vée entre deux piliers du portique (UC 09 et UC 10).
J.-B. Jobard (1792 – †1861), datée vers 1820-1830, en La seconde volée (UC  03), quant à elle, se compose
donnent un terminus ante quem précis. de neuf marches droites en petit granit (larg. 1,94 m),
Elle est plus que probablement à dater des premières taillées au ciseau. Parfois, une ciselure d'environ 5 cm
décennies du 19e  siècle (avant 1831). Dans ce cas, sa borde l'une des arêtes des blocs. Cette seconde volée
construction est à mettre à l'actif du comte Philippe est enclavée entre deux murs maçonnés (UC  14 et
Félix Balthazar de Merode, né en 1791 à Maastricht, UC 15), composés de briques cassées et/ou possédant
décédé en 1857 à Bruxelles, homme d'état et écrivain des gabarits hétérogènes. Les murs sont eux-mêmes
qui réalisa de nombreux travaux au château de installés entre les piliers médians du portique (UC 06,
Rixensart, ou de ses parents, propriétaires du château UC 07, UC 10 et UC 11) avec lesquels ils ne sont pas
depuis 1804. Cependant, il n'est pas à exclure que le liaisonnés. Une main courante en fer garnit cette
portique ait été construit quelques années plus tôt volée. Contre un des piliers engagés (UC 06), l'escalier
– voire à la fin du 18e siècle (Zecchinon, 1995, p. 83 ; recoupe une fenêtre (UC 04), utilisant des pierres en
Merckx, 1994, p. 5) par le comte Balthazar Philippe de récupération comme encadrement, s'ouvrant sur les
Merode-Montfort (1735 – †1816). sous-sols voûtés de l'aile nord du château.
Les deux repos rectangulaires (UC 02 et UC 20) sont
Deuxième état (vers 1900) revêtus de dalles carrées en pierre d'environ 35-36 cm
de côté, décalées à chaque rangée d'une demi-dalle. Le
Plusieurs cartes postales imprimées du début du premier repos (UC 02) se clôture à l'ouest par un mur
20e siècle, montrant un portique entièrement couvert en briques (UC 13), localisé entre les piliers occiden-
de lierre, indiquent que ce dernier a été transformé (fin taux du portique avec lesquels il n'est pas liaisonné.
du 19e siècle-début du 20e siècle ?). Le portique est alors Le second repos (UC 20) sert de sol à une petite pièce
pourvu d'un nouveau  niveau de circulation intermé- voûtée, ouverte à l'ouest par une porte en plein cintre en
diaire, sous forme d'une plateforme inférieure posée bois à ferrures (UC 23), et éclairée au nord et à l'est par
pratiquement à hauteur du rez-de-chaussée de l'aile des baies cintrées (dont UC 24) protégées par un grillage
nord du château. Il est accessible depuis les jardins, à en fer forgé. Ces deux dernières sont garnies de vitraux
l'est, par un nouvel escalier en pierre d'une dizaine de dont les verres blancs sont disposés en losange. Sous cette
marches construit contre le mur-gouttereau nord de pièce se situe un petit réduit couronné par un entrevous
cette même aile (UC 33). La plateforme intermédiaire en briques reposant sur des solives métalliques. Ce réduit
et la plateforme supérieure sont pourvues de garde- est accessible à l'est par une porte en bois, dont les ferrures
corps en fer forgé (UC  31). Le portique sera repeint sont stylistiquement proches de celles de la porte UC 23.
en couleur rouge brique. La plupart de ces éléments ne Il est éclairé au nord par un petit jour aux encadrements
subsistent plus aujourd'hui. de pierre blanche et piédroits chanfreinés (UC 27).
36

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

1. État d’origine (?) 2. État vers1900

3. État entre-deux-guerres 4. État 2015

0 5m

Château de Rixensart : évolution du portique de l'aile nord, © MRAH, 2015.

L'escalier actuel du portique, le réduit et la petite Bibliographie


pièce voûtée ont été érigés entre-deux-guerres, une ■■ Berckmans O., 1977. Rixensart. In : Genicot L.-F. (dir.), Le
période durant laquelle le propriétaire du château grand livre des châteaux de Belgique, vol.  2, Châteaux de plai-
fait aménager les jardins et reconstruire la chapelle. sance : manoirs, demeures classiques et résidences d'été, Bruxelles,
Notons que lors de ces opérations, de nombreux maté- p. 216-119.
riaux ont été réemployés  : tel est le cas des briques ■■ Château, 1974. Rixensart. Château. In : Province de Brabant.
composant la plupart des murs (UC  03, UC  14, Arrondissement de Nivelles, Liège (Le Patrimoine monumental
UC 15 et UC 30) et peut-être aussi celui des marches de la Belgique,2), p. 481-484.
de l'escalier (UC 01 et UC 03). Les travaux de trans- ■■ Doursther H., 1840. Dictionnaire universel des poids et
formation du portique sont à attribuer au prince Paul mesures anciens et modernes, contenant des tables des monnaies
Ghislain Félix de  Merode (1882 – †1943), établi au de tous les pays, Bruxelles.
château de Rixensart avec sa famille vers 1920. C'est ■■ Marcolungo D., 2004. Rixensart. Le château des Princes de
lui qui entreprit de grands travaux de restauration du Merode. In : Deveseleer J. (dir.), Le patrimoine exceptionnel de
château et de ses jardins (Merckx, 1994, p. 3). Wallonie, Namur, p. 75-78.
Les deux travées occidentales de la structure se sont ■■ Merckx B., 1994. Le château de Rixensart. Évolution archi-
effondrées à la fin des années 1990. Aujourd'hui, seules tecturale, fascicule bilingue édité à l'occasion des Journées du
Patrimoine, s.l., 15 p.
la travée orientale et sa couverture sont conservées.
Suite à l'effondrement des deux coupoles occi- ■■ Zecchinon A., 1995. Le château de Rixensart  : histoire et
architecture, Namur (Carnets du Patrimoine, 13), 32 p.
dentales du portique, la trace d'un enduit rouge
(UC  16), rehaussé de lignes blanches reproduisant
un appareil de fausses briques avec une alternance Sources
de tas de boutisses et panneresses, a été mis au jour. ■■ Gautier P., Baudry A. & Bruyns É., 2015. La terrasse monu-
Ces restes d'enduits posés directement sur la façade mentale du château de Rixensart. Documentation historique et
de château (UC 33) pourraient en constituer le revê- archéologique à l'attention des Maîtres d'œuvre et d'ouvrage,
tement primitif et dater du 17e siècle – pour rappel rapport inédit, MRAH, Bruxelles, 57 p.
l'aile nord du château est millésimée par ancre de
1631.
37

Toutes périodes Brabant wallon

TOUTES PÉRIODES
Beauvechain/L'Écluse : une opération
archéologique à la rue de la Cabourse

Frédéric Heller et Aude Van Driessche

Le Service de l'archéologie de la Direction extérieure du


Brabant wallon (DGO4 / Département du patrimoine)
est intervenu au no 7 de la rue de la Cabourse (coord.
Lambert  72  : 182384  est/162544  nord) afin d'y effec-
tuer un suivi archéologique suite à l'introduction d'une
demande de permis d'urbanisme pour la construction
d'une maison. À notre arrivée, nous avons constaté que
les travaux avaient débuté un mois avant la date de mise
en œuvre légale. Les fondations étaient déjà entamées et
une partie des murs de soubassement construits.
Malgré les traces de chenilles couvrant l'intérieur de
l'habitation, nous avons pu nous rendre compte que le
décapage préalable n'avait apparemment pas recoupé
de structures archéologiques. Une vérification dans les Extrait de la carte de Charlot (1743) montrant le découpage
tas de déblais conclut également à l'absence de matériel des parcelles autour de la ferme des Perlets en 22
(© Archives générales du Royaume, Bruxelles, Familles de
archéologique.
l'Escaille, T 053 – 75A).
Outre ces fondations, trois tranchées de 50 m de long
et 2 m de large pour 1,20 m de profondeur devaient être
creusées à la pelle mécanique à l'arrière de la maison interfluve entre deux vallées : l'une au nord, le «  Fond
pour déposer les tuyaux du système de géothermie. Les des Béguines  », comblée de sédiments, n'est plus que
terrassements des trois tranchées étaient prévus pour marécages. L'autre, au sud, abrite le cours du Schoorbroek
être réalisés dans la journée, ce qui nous a permis d'en qui traverse le village de L'Écluse d'ouest en est.
assurer le suivi archéologique. Le substrat géologique constitué de sables du Bruxel-
lien est ceinturé au nord, à l'est et au sud par des allu-
Le site vions. Celles-ci sont mal drainées, probablement à
horizons réduits, et les sols de l'interfluve bien drainés
La parcelle se situe en contrebas du plateau de Beauvechain, (Olivier Collette, communication personnelle). Un dépôt
sur une légère éminence (alt.  84  m) à l'extrémité d'un de colluvions épais de 0,50 à 0,65 m a progressivement
recouvert les niveaux anciens sur l'ensemble du terrain.
Contiguë à la parcelle, la ferme des Perlets affiche sur
sa façade la date de 1629. On la retrouve en vue cava-
lière sur une carte aquarellée de 1743 (no 22).

Le suivi

La première des trois tranchées du système de géother-


mie a livré les traces d'un probable petit fossé aligné
sud-ouest/nord-est, et mis en évidence un colluvion-
nement important sur le site. La deuxième, à 6 m à l'est
en parallèle, n'a livré qu'un chablis.
La troisième tranchée, située 4  m à l'est de la
deuxième, a entamé le bord de deux fosses. Une troi-
sième fosse (F03) est apparue dans l'axe de la tranchée,
Localisation du site sur fond cadastral : 1. La zone fouillée ; sous un niveau de colluvions. Elle contenait des osse-
2. L'emprise de la maison ; 3. La ferme des Perlets.
ments en place.
38

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Nous avons alors fait dévier la tranchée vers l'est des structures isolées ou se recoupant, montrant ici
dans l'espoir que la pose des conduites soit terminée le trois périodes distinctes allant de la Protohistoire
même jour, mais d'autres fosses sont directement appa- aux Temps modernes. Au fond de la structure F03 se
rues, ce qui a motivé l'arrêt du chantier de géothermie. distinguait un trou de poteau. Son niveau d'apparition
Le grutier a ensuite effectué un décapage de 5 m de correspondait en coupe à l'interface entre deux paquets
large sur 30 m de long dans l'axe d'implantation de la de colluvions. Un décapage à ce niveau a permis la
dernière tranchée au niveau d'apparition des struc- mise au jour de la tombe F36, attestant ici d'au moins
tures archéologiques. deux phases d'occupation.

Les structures Les trous de poteaux

Trente-six structures ont été mises au jour, toutes de type Le site n'a livré que quatre trous de poteaux, à fond
fossoyé (trous de poteau, fossés, fosses et sépultures). plat et d'un diamètre variant entre 0,25 m et 0,32 m,
Le premier décapage sous les colluvions a dégagé profonds de 0,10 m à 0,17 m. Ils ne font pas partie d'une

L'Écluse : plan des tranchées et vues zénithales des fosses sépulcrales.


39

Toutes périodes Brabant wallon

structure directement identifiable et appartiennent à pelle en fer, pot en grès et autre sabot en caoutchouc.
des horizons stratigraphiques différents. Le contre-quadrant n'a pas été vidé.
Trois fosses sépulcrales (F03, F05 et F07/F22) conte-
Les fossés nant des ossements de faune en connexion anatomique
ont été mises au jour sous le niveau de colluvions le
Deux fossés de dimensions similaires ont été identi- plus récent.
fiés : le fossé F10, large de 0,53 m et profond de 0,30 m, La fosse F03, de petites dimensions, a livré les restes
aligné selon un axe sud-ouest/nord-est  ; l'autre, F21, d'un jeune suidé, à savoir la partie gauche de la cage
aligné sud-est/nord-ouest, perpendiculairement à thoracique, les deux humérus et une partie de la
l'axe de F10, venait se perdre dans une structure aux colonne vertébrale. Le squelette était déposé en décu-
contours flous, F16, pouvant correspondre à une série bitus latéral, tête à l'ouest, pattes vers le nord. L'absence
de chablis contigus. Ces deux fossés présentaient un d'autres os tel le pelvis atteste le dépôt d'une carcasse
profil en U et à fond plat et avaient conservé des traces partielle dans la fosse.
de passage d'eau. Il s'agit probablement ici d'un vestige La fosse F05 recelait les restes de deux animaux.
de parcellaire. L'un, un suidé, n'était représenté que par une partie
du bassin, la colonne et quelques côtes. Il était déposé
Les fosses en décubitus latéral, pattes vers le sud et bassin à l'est.
5 à 10  cm en-dessous se trouvait un équidé juvénile
Une première structure, F04, n'a pas livré de maté- complet, déposé en décubitus latéral, tête à l'ouest,
riel ; elle présentait néanmoins une forte précipitation jambes vers le sud, soit dans la même position que le
d'oxydes de fer sous la fosse attestant de la décompo- cochon.
sition de matière organique dans celle-ci. La structure La fosse F07/F22 contenait deux squelettes. Comme
F06, contenant de la vaisselle en tôle émaillée blanche, elle était fortement érodée (il ne restait qu'environ
n'a quant à elle pas été fouillée. 9 cm d'épaisseur), il était impossible de distinguer s'il
Les fosses dont la fonction a pu être identifiée sont s'agissait d'une fosse unique abritant deux corps ou
de trois types : fosse d'extraction de limon, fosse de de deux fosses successives se recoupant l'une l'autre.
rejet et fosse sépulcrale. La structure F07, au nord, comprenait un grand
La grande fosse d'extraction de limon F19 mesurait canidé complet déposé en flexion forcée, tête au nord
6 m de long pour 1,20 m de large sur une profondeur et regardant vers l'est. Les pattes étaient repliées les
de 0,90 m. Sa coupe montrait des traces de piétinement unes sur les autres à l'est. La colonne vertébrale venait
au fond, attestant une probable utilisation secondaire contre le bord de fosse à l'ouest et au sud. La fosse
pour gâcher du torchis. Son comblement en boulettes F22 la jouxtant au sud contenait un suidé juvénile
indiquait un rebouchage anthropique et les effondre- complet déposé en décubitus latéral, tête à l'est, pattes
ments de parois visibles au milieu de celui-ci, un temps vers le nord.
de latence à ciel ouvert avant son comblement défini- La fosse F36 était quant à elle différente de
tif. Cette fosse recoupait le fossé F21. Peu de matériel toutes les inhumations d'animaux. Visible lors du
identifiable y a été trouvé : quelques tessons permettent second décapage comme une trace foncée de forme
néanmoins de la raccrocher aux Temps modernes. trapézoïdale d'une longueur de 1,46 m, elle était large
La fosse F09, d'un diamètre de 2,50 m, était conser- de 0,51 m au nord, de 0,58 m au sud, et profonde de
vée sur une hauteur de 0,45  m. Son remplissage fort 0,20  m. Un liseré de bois partiellement décomposé
chargé en oxydes de manganèse et de fer dans sa partie était clairement visible sur ses côtés oriental et septen-
inférieure indiquait une utilisation comme fosse de trional.
rejet de matières organiques qui est restée ouverte aux La fouille a permis de dégager les restes d'un
intempéries. Elle contenait de la céramique non tour- couvercle en bois de 0,60 m de long pour 0,26 m mini-
née de type protohistorique dont un tesson décoré de mum de large. Il présentait un pendage vers l'intérieur
cannelures. Le fossé F21 la recoupait dans sa partie de l'est vers l'ouest. Si le creusement était visible à l'est
orientale. et à l'ouest, la caisse avait été déposée presque contre
La fosse F35, bien que non fouillée car partiellement les parois nord et sud. De rares côtes peu épaisses,
hors emprise, présentait une apparence similaire en pouvant appartenir à un nouveau-né, ont été retrouvées
surface. dans le remplissage. Rien n'assure néanmoins qu'elles
Une fosse de rejet d'un autre type, F8, mesurait aient fait partie du contenu de la caisse. Un objet en fer
1,10  m de long et 1,20  m de large et était profonde avait été déposé sur la planche de fond de celle-ci dans
de 0,28 m. Elle contenait des restes de couverture en l'angle sud-ouest. Au milieu, posé sur le fond en bois,
ardoise scellant une couche de coquilles de moules, un fragment de tissu à trame simple a été conservé.
40

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Aucune trace de traverses n'a été observée sous le fond Sources


de la caisse. ■■ Recueil de cartes figuratives dressées par le géomètre Charlot,
L'absence d'ossements in situ à l'intérieur de F36 pour les deux seigneurs de l'Écluse  : Louis-Richard d'Awans et
nous a laissés perplexes au vu de l'état de conservation Claude-Joseph Le  Franc, de ladite seigneurie, 1743 (Archives
du bois et du tissu. Néanmoins, la forme trapézoïdale, générales du Royaume, Famille de l'Escaille, T 053 – 75 A).
les dimensions, les espaces laissés de part et d'autre du
contenant en bois et la présence de tissu à trame simple
à l'intérieur autorisent à penser que nous sommes bien
ici en présence d'un cercueil et des restes d'un linceul. Beauvechain/Nodebais : découvertes au
S'il est rare de trouver des sépultures hors cimetière au presbytère pendant sa « cure »
Moyen Âge comme aux Temps modernes, ce n'est pas
inenvisageable.
Didier Willems
Conclusion
La cure de Nodebais (parc. cad.  : Beauvechain,
Les investigations archéologiques du site de la rue de 4e  Div., Sect.  A, nos  260a et 261a  ; coord. Lambert  :
la Cabourse ont permis de mettre en lumière les traces 175702  est/162517  nord) est inscrite comme monu-
d'une occupation protohistorique et du Moyen  Âge ment dans l'Inventaire du patrimoine culturel immo-
ou des Temps modernes sur une plage bordant la rive bilier de Wallonie (Streel, s.d.).
nord du Schoorbroek, en contre-haut de celui-ci. Une Acquise récemment par un avocat (P. Struyven) pour
séquence chronologique a pu être dégagée grâce aux en faire sa demeure familiale principale, elle devait être
recoupements des structures entre elles. Une stratigra- assainie, restaurée et adaptée aux exigences de confort
phie, même si limitée à deux niveaux d'occupation, a actuel  ; propriétaire, architecte et corps de métiers
également été mise en évidence (chose rare en archéo- impliqués ont tous œuvré dans cet esprit.
logie rurale). Si l'histoire de ce bien, situé rue de l'Étang, est
Outre la fosse F09 qui nous indique une occupation partiellement connue, tout ce qui précéda son édifica-
du lieu dès l'époque protohistorique, les restes de fossés tion constitue une inconnue. L'exécution de terrasse-
de parcellaire nous renseignent sur la structuration du ments était une opportunité à saisir dans le cadre de la
paysage au Moyen  Âge. Les sépultures, quant à elles, demande d'un permis d'urbanisme.
amènent un éclairage sur la vie d'une exploitation agri- Le Service de l'archéologie de la Direction extérieure
cole que l'on pourrait rattacher aux Temps modernes. du Brabant wallon (DGO4  / Département du patri-
Si l'ensemble de l'occupation n'a pas été dégagé moine) n'a malheureusement pas été interpellé dès le
ni fouillé faute de temps et de moyens, les résultats lancement des restaurations du corps de logis ni lors
de cette intervention archéologique montrent que du creusement de la piscine, mais il est intervenu les
les opérations de grande envergure ne sont pas les 7 et 8 juillet 2015 suite aux terrassements exécutés en
seules à pouvoir déboucher sur des découvertes bordure des bâtiments, à l'arrière du chartil/hangar à
intéressantes. carrosses en particulier.
Nous tenons ici à remercier chaleureusement
le propriétaire, M.  Claeys, pour son soutien et Contexte historico-architectural du site
sa compréhension tout au long des opérations
archéologiques, nos collègues Marie-Laure Van Hove, Le territoire de Nodebais aurait été occupé de manière
Heydan  Rossini, Julien  Devos et Vincent  Humé constante depuis le Moyen Âge  ; l'abbaye d'Hastière-
(Service de l'archéologie de la Direction extérieure Waulsort y détiendrait des biens terriers au milieu du
du Brabant wallon), ainsi que Jean-Christophe Sainte 12e siècle (Tarlier & Wauters, 1872, p. 158-159).
pour les relevés topographiques. Un tout grand merci La cure antérieure à celle abordée ici s'élevait sur un
à une archéologue du cru, Véronique  Moulaert, terrain proche du cimetière  ; détruite et arasée, elle
qui nous a apporté son aide sur chantier et mis aurait cédé la place à un verger. Comme le père abbé
à disposition sa cuisine pendant les jours de refusait toute intervention financière pour la construc-
canicule. Merci enfin à la famille Moureau-Daniel, tion d'un nouvel édifice, c'est le prêtre Liévin-Guillaume
propriétaires de la ferme des Perlets, pour leur Vander Eycken, originaire de Beauvechain et en charge
soutien logistique et leur intérêt, et à Brel  Galvez de la paroisse, qui acheta une parcelle proche et se fit bâtir
et Étienne  Hudon, deux étudiants canadiens qui un logis. Celui-ci, inachevé à la mort de son propriétaire,
ont pu à travers ce site découvrir une page de la aurait été parachevé par l'abbé Nicolas Falcq (Tarlier &
Protohistoire belge. Wauters, 1872, p. 161), décédé le 30 mai 1703.
41

Toutes périodes Brabant wallon

Sous des allures « classiques » du 18e siècle, le noyau plus profond a été exécuté afin d'accueillir le coffrage
du presbytère actuel de Nodebais aurait donc été érigé de fondation ; la profondeur atteinte par celui-ci était
à la fin du siècle précédent, vers 1695. Selon une date d'environ 1,20 m sous le seuil du passage vers le jardin,
apposée sur une poutre de l'étage, des travaux majeurs, situé au sud-est.
financés par l'abbaye d'Hastière, auraient été entrepris Le dégagement des fondations du chartil n'a été
dès 1772, comme en témoignent les fenêtres du rez- que partiel, sur environ 25  cm  ; l'usage de briques
de-chaussée, le rehaussement du niveau supérieur de fragmentaires est indéniable. L'élévation en tant que
la demeure (Nodebais, 1974) ainsi que l'escalier inté- telle de la façade présente des briques de gabarits
rieur. Enfin, près d'un siècle plus tard, une clôture fut différents (22  × 10  × 5/5,5  cm et 23  ×  11  × 5,5  cm),
construite pendant la prêtrise d'Emmanuel  Wynants incluant quelques exemples plus orangés et d'une taille
(1855-1876) (Streel, s.d.). légèrement supérieure (24 × 12 × 5,5 cm). Bien que ces
Selon la carte de Ferraris, la cure et ses annexes briques aient été disposées en lignes alternées boutisse-
formaient un U ouvert vers le nord-est, en direction panneresse, de nombreux « écarts » ont été observés.
de l'église Sainte-Waudru, légèrement décalée vers le Le vestige le plus ancien est une structure maçon-
nord (au demeurant, rebâtie au 19e siècle suivant une née quadrangulaire, parallèle à la façade du chartil.
orientation nord-ouest/sud-est). Elle fut construite à l'aide de briques de dimensions
Comme en témoignerait le plan cadastral de similaires à celles utilisées pour l'élévation de ce
P.-C. Popp, si aile complète il y eut au sud-est du pres- dernier (de 22 et 23 cm), disposées en boutisse et liées
bytère, elle aurait été démolie au plus tard durant le au mortier de chaux de teinte crème. Ses dimensions
troisième quart du 19e  siècle  ; il n'en resterait que le internes sont de l'ordre de 1,10  m sur 1,38  m. Les
petit édicule, toujours en élévation actuellement, abri- assises de la face occidentale sont imbriquées dans les
tant un four à pain. parois latérales mais de manière alternée  ; en outre,
un débordement équivalent à une largeur de brique
Structures mises au jour

La tranchée ouverte de manière continue tout le long


de la façade occidentale du chartil/hangar à carrosses a
permis de mettre au jour les fondations du bâtiment mais
également d'autres structures construites modernes,
préservées en sous-sol, à savoir deux anciennes citernes
(ou chambres de visite et/ou puits perdus) abandonnées
et comblées ainsi qu'un réseau d'évacuation récent,
devenu obsolète car trop endommagé.
La longueur du terrassement atteignait 13,90  m  ;
quant à sa largeur, elle oscillait autour des 2,05 m avec
un extrême à 2,50 m. Les profondeurs étaient elles de
l'ordre de 35 à 50 cm suivant le relief et les déblais accu-
mulés afin d'obtenir un niveau de fond plus ou moins
horizontal. En limite ouest de cette aire, un creusement

Vue générale vers le sud-est des structures révélées par


les terrassements à l'arrière du chartil/hangar à carrosses :
Nodebais : vue générale du chartil/hangar à carrosses du notamment une citerne (ou puits perdu) comblée et une
presbytère à l'arrière duquel des vestiges ont été mis au jour. évacuation en grès posée ultérieurement.
42

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

a été observé au-delà de la paroi méridionale. Cette En guise de conclusion


particularité de même qu'un débordement interne
sur 3 cm de trois briques posées en boutisse posent Les quelques structures mises au jour sont loin d'être
question quant à leur raison d'être  : dislocation ou exceptionnelles mais elles participent d'une part à la
reliquat d'un dispositif annexe comme un accès ou connaissance des abords de la propriété depuis sa créa-
un trop-plein ? Ladite paroi méridionale présente une tion à la fin du 17e siècle et d'autre part à une prise en
perturbation, témoignant d'une réparation ou d'un considération de l'ensemble des vestiges. Certes, il faut
rebouchage. Aucune présence d'indice concernant la pouvoir faire la part des choses : accorder de l'impor-
couverture n'a été constatée. tance au bâti sans négliger pour autant les « annexes »,
Abandonnée, cette structure fut partiellement qui ont eu leur raison d'être.
démontée ou démolie et comblée de terre, d'argile, Parallèlement, cette attention supplémentaire à
de nodules de mortier, de débris de briques, de frag- l'égard de tout indice en sous-sol ou en élévation a
ments d'ardoises ainsi que de quelques fragments de renforcé la confiance du propriétaire quant à ses choix,
céramique (dont un de cruche en grès) et de goulots incluant notamment le respect de son bien tout en
de bouteilles. Par la suite, elle fut recoupée par la pose tentant de l'adapter aux exigences contemporaines.
d'une évacuation en grès qui partait du chartil, en À travers cet article, mes remerciements s'adressent
passant à travers la fondation où une plaque en plomb en particulier au propriétaire, M. Paul Struyven pour
la protégeait. Dans sa première section, elle consiste la confiance accordée de même que pour l'attention
en l'assemblage de deux tuyaux de 1,06 m de long, en et l'intérêt portés à son bien, et à l'un de mes
terre cuite rouge rosé, couverts d'une glaçure externe collaborateurs-opérateurs, Vincent  Humé, pour son
brun violacé. L'extrémité qui s'emboîte est dotée de aide efficace.
5  anneaux/cannelures  ; l'autre section est longue de
9 cm, évasée sur 3 cm et plate sur 6 cm. Les diamètres Bibliographie
sont de 10 cm pour l'interne et 14 cm pour l'externe. ■■ Nodebais, 1974. Nodebais. Cure. In  : Province de Brabant.
Étrangement, ces deux tuyaux sont assemblés inverse- Arrondissement de Nivelles, Liège (Le Patrimoine monumental
ment au sens de la pente qu'ils suivent (10 cm d'est en de la Belgique, 2), p. 411-412.
ouest sur une longueur de 1,80 m). ■■ Streel B., s.d. Beauvechain (Nodebais). Presbytère (http://
Au-delà, le réseau se poursuit avec au moins un spw.wallonie.be/dgo4/site_ipic/index.php/pdf/fiche/25005-
tuyau aux caractéristiques différentes, dont seule la tête INV-0053-02, consulté le 26 août 2016).
a été dégagée. En terre cuite rouge orangé, il présente ■■ Tarlier J. & Wauters A., 1872. La Belgique ancienne et
un diamètre d'ouverture de 23 cm, au bord renforcé ; la moderne. Géographie et histoire des communes belges. Province
buse en tant que telle présente une épaisseur de 8 mm de Brabant. Canton de Jodoigne, Bruxelles, A. Decq, p. 156-161.
et est recouverte sur sa face interne d'une glaçure
quasi noire. L'emboîtement avec la section en amont Sources
a nécessité l'usage d'un mortier de chaux et de petits ■■ Atlas cadastral de Belgique publié par P.-C. Popp (1842-1879),
fragments de briques pour colmater. plan parcellaire de la commune de Nodebais.
La seconde structure, également quadrangulaire, ■■ Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens (1771-1778) de
est manifestement plus récente mais également Joseph-Johann-Franz Comte de Ferraris, Hougarde, pl. 112.
devenue désuète puisque condamnée et comblé avec
de la terre, des déchets de briques (quelques-unes
entières, de 23 cm × 11 cm), des fragments de tuiles
et d'autres détritus. Ses dimensions internes sont Chaumont-Gistoux/Dion-Valmont :
de l'ordre de 1,02  m sur 1,33  m pour une hauteur évaluation et suivis sur le site de la villa de
conservée sur au moins 30 cm ; ses parois, en moel-
Brocsous à Dion-le-Mont
lons, briques et carrelages fragmentaires, voire éclats
d'ardoises, liés au mortier de chaux de teinte ocre
à jaune, sont d'une épaisseur proche des 20  cm et Frédéric Heller
enduites d'un «  cimentage  » épais de 1,5  cm, de
teinte crème grisée, recouvert d'une couche blan- En 2015, ce ne sont pas moins de quatre opérations
châtre (chaux hydraulique  ?). Ce sont là les seules archéologiques qui ont eu lieu dans l'emprise présu-
données enregistrées car aucun dégagement fin ni mée du site de la villa romaine de Brocsous : il s'agit
relevé précis n'ont été entrepris en raison du temps de deux suivis, d'une découverte fortuite et d'une
imparti et du caractère clairement contemporain des évaluation archéologique préalable à des travaux de
vestiges. construction.
43

Toutes périodes Brabant wallon

Une fouille réalisée en 2003 avait révélé un bâtiment parc. cad. : Chaumont-Gistoux, 4e Div., Sect. C, no 79d ;
sur solin de fondation en pierre, des structures arti- coord. Lambert 72  : 170232  est/ 154214  nord) a fait
sanales liées à la métallurgie appartenant probable- l'objet d'une évaluation à 38 %, consistant en deux
ment à la pars rustica d'une villa et une mare datant tranchées parallèles, suite à l'introduction d'une
des 2e-3e siècles de notre ère (D. Preud'homme, notes demande de permis d'urbanisme pour la construction
inédites). Un suivi archéologique en 2012 avait révélé d'une habitation sur caves. Situé en bas de versant, le
la présence d'une petite cave construite en petits terrain est recouvert d'un épais dépôt de colluvions
moellons cubiques de grès calcaire  ; d'une longueur attestant d'une forte érosion du relief environnant,
de 4,55 m et large de 3,55 m, elle était conservée sur érosion déjà supposée lors de la fouille de la petite cave
0,55 m de haut (Willems & Van Driessche, 2014). située en contre-haut au sud. Aucun vestige archéolo-
Le Service de l'archéologie de la Direction extérieure gique n'y a été découvert.
du Brabant wallon (DGO4  / Département du patri- Cette série d'investigations ponctuelles, même si de
moine) est intervenu au 25, rue de Brocsous (parc. faible ampleur à chaque fois, donnent des informations
cad. : Chaumont-Gistoux, 4e Div., Sect. C, no 108d4 ; au sujet de l'archéologie du paysage de la villa de
coord. Lambert 72 : 170200 est/154095 nord) du 25 Brocsous : ce sont plusieurs zones de la villa qui
au 31 mars afin d'y effectuer un suivi archéologique peuvent maintenant être considérées comme vides à
suite à la demande de permis d'urbanisme introduite l'époque de son occupation, à savoir la fin du 2e et le
pour la démolition d'une terrasse et la construction début du 3e siècle de notre ère.
d'une véranda.
La parcelle est située sur l'emprise du site de la villa : la Bibliographie
fouille de 2003 a eu lieu sur la parcelle voisine au nord, ■■ Willems D. & Van Driessche A., 2014. Chaumont-Gistoux/
et celle de 2012 sur la colline en contre-haut au sud- Dion-Valmont : renaissance d'une cave romaine à la rue de
ouest (coord. Lambert 72  : 170028  est/154053  nord). Brocsous, à Dion-le-Mont, Chronique de l'Archéologie wallonne,
Le suivi des travaux a permis de déterminer in fine que 21, p. 11-13.
nous étions sur l'extrémité méridionale de la fouille
extensive de 2003.
Lors de prospections pédestres effectuées à l'occasion
du suivi archéologique dans le petit vallon situé en vis- Jodoigne/Jodoigne : voile temporairement
à-vis, en contrebas de la cave, force nous fut de consta- levé sur une section des remparts de la ville
ter la présence d'une piscine à peine construite (surface
± 50 m²) à l'arrière du no 39 de la rue de Brocsous (parc.
cad. : Chaumont-Gistoux, 4e Div., Sect. C, no 108s3 ; coord. Didier Willems
Lambert 72 : 170046 est/ 153996 nord). Une discussion
cordiale avec les propriétaires s'ensuivit, ceux-ci nous Confronté d'une part à l'accroissement de la fréquen-
assurèrent n'avoir rien vu apparaître lors du creusement. tation scolaire et d'autre part à des installations deve-
On peut dès lors raisonnablement imaginer qu'aucune nant peu à peu vétustes, l'Institut de la Providence,
structure maçonnée ne se trouvait ici. établi au no 23 de la rue du Sergent Sortet, a introduit
Alors que nous nous rendions sur place en octobre une demande de permis pour abattre d'anciennes
2015 pour préparer un chantier dans la rue de annexes et bâtir de nouveaux édifices (parc. cad.  :
Louvranges, nous avons constaté qu'une piscine devait Jodoigne, 4e  Div., Sect.  G, no  11k  ; coord. Lambert  :
être creusée le jour même sur une parcelle à l'angle 185389 est/157333 nord).
des rues de Brocsous et de Louvranges (parc. cad.  : Le site étant positionné sur le tracé de l'enceinte
Chaumont-Gistoux, 4e  Div., Sect.  C, no  93e2  ; coord. urbaine, le Service de l'archéologie de la Direction
Lambert 72 : 170283 est/ 154209 nord). Nous y avons extérieure du Brabant wallon (DGO4  / Département
effectué le suivi des creusements : une étroite tranchée du patrimoine) a interpellé la direction de l'institution
menant d'une annexe vers l'emplacement de la piscine a afin de pouvoir suivre les travaux de démolition. Très
révélé les vestiges d'un petit appentis moderne disparu ; rapidement, un accord fut établi, des réunions se sont
la fosse pour la piscine, profonde de 1,60 m, n'a livré que enchaînées et l'intervention a pu être menée.
des remblais récents et autres colluvions et ce jusqu'à
10  cm du niveau de fond de coffre (vu l'absence de Contexte historique du site
vestiges, nous avons décidé de ne pas descendre plus bas
afin d'éviter toute déstabilisation de la future piscine). En 1184, Henri  Ier, duc de Brabant, prit la terre de
Enfin, une longue parcelle dans le quart nord-est Jodoigne, détenue par le comte Gilles de Duras, et
du site de la villa de Brocsous (rue de Louvranges, 7 ; l'intégra dans ses États (Hanon de Louvet, 1941, p. 73).
44

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

les sœurs de la Providence le rachetèrent en 1920 à


la famille Mévis (Hanon de Louvet, 1941, p. 297). En
1963, l'ensemble du site passa aux sœurs de l'Union du
Sacré-Cœur (Meuwissen, 1999).
La dernière tour et la courtine associée sont classées
depuis le 7  juillet 1976 (Beauvechain, 2006, p.  245  ;
Streel, s.d.).
Les démolitions entreprises en avril 2014, pour
«  transformation et construction de vestiaires dans
un bâtiment scolaire  » révélèrent la face externe du
prolongement nord de la section de l'enceinte urbaine
évoquée ci-dessus. Préservée jusqu'à ce jour car ayant
Jodoigne : vue générale de la face externe du rempart vers servi d'appui pour des bâtiments, elle interpella tant les
le sud  ; la seule tour préservée, classée depuis 1976, se autorités académiques que la Ville et le Département
distingue à l'arrière plan.
du patrimoine du Service public de Wallonie quant à
son devenir propre mais également celui de l'ensemble
Suite à cette prise de possession, l'espace urbain se auquel elle appartient.
serait développé au nord de la petite bourgade exis- Ce qui délimitait encore le centre-ville à la fin du
tante, constituée autour de l'église Saint-Médard 18e  siècle et commençait à devenir un souvenir dans
(Hanon de Louvet, 1941, p.  192  ; De Meester, 2012- la seconde moitié du suivant se rappelle à la mémoire
2014, § Moyen Âge). Si l'édification de remparts à la collective en ce début du 21e siècle.
fin du 12e siècle est incertaine, elle semble par contre
indéniable au début du 13e  siècle (Hanon de Louvet, Options opérationnelles choisies et
1941, p. 76-78). résultats
Le système défensif mis en place était doté d'un fossé
profond à l'est et de trois portes (Tarlier & Wauters, Si un relevé pierre à pierre avait pu être réalisé, il
1872, p.  10  ; Hanon de Louvet, 1941, p.  191 et ss.). est certain que l'analyse de la section des remparts
Redressée en 1646, cette enceinte connut plusieurs dénudée aurait été beaucoup plus fine mais, faute de
dégradations durant la seconde moitié du 18e  siècle pouvoir libérer une petite équipe pour effectuer les
avec la destruction de tours qui devaient être au enregistrements au moment opportun, le choix de
nombre de huit ou neuf (Hanon de Louvet, 1941, recourir directement aux nouvelles technologies a été
p. 205). Sa dégradation se poursuivit jusqu'à son arase- adopté. Ainsi, dans la foulée des destructions menées
ment plus que partiel vers 1821 ; l'avant-dernière tour dans le cadre du permis délivré, un premier relevé au
fut démolie en 1901 (Hanon de Louvet, 1941, p. 207 et scanner fut réalisé le 15 mai. Cette tâche concernait la
ss. ; Jodoigne, 1974, p. 228). face occidentale de la section des remparts, au revers
De nos jours subsiste une section de ce système de de la tour conservée, côté crèche communale et aire de
défense à l'est de la rue du Sergent Sortet (Jodoigne, stationnement (parc. cad. : Jodoigne, 4e Div., Sect. G,
1974, p. 228), entre la crèche communale Les Lutins et nos 54l et 55c/pie) ; elle fut exécutée sur un peu plus de
l'Institut de la Providence. Elle consiste en une cour- 17 m de long.
tine d'un peu plus de 80  m de long, aisément visible L'appareil employé fut un modèle Trimble TX5, à
depuis les aires publiques de stationnement situées à décalage de phase (phaseshift), caractérisé par une
l'entrée de la voirie ; elle inclut la seule tour préservée. portée maximale de 120  m avec une précision de
Originellement, elle aboutissait, vers le sud, à la porte mesure moyenne de 1 mm théorique jusqu'à 20 m et
orientale de la ville, dite «  de Crétimont  », donnant
accès à la cité par la rue Saint-Jean. Au 19e  siècle s'y
adossait le couvent des Sœurs grises. Elle était bordée
de jardins privés et communaux  ; les demeures
s'élevaient majoritairement le long de la rue Neuve,
actuelle rue du Sergent Sortet, parmi lesquelles figure
l'ancienne propriété du bailli, P.-H.  Mary, acquise en
1843 par L.-J.-C. Baguet, curé de Saint-Médard, pour
y installer l'école des sœurs de la Providence (Streel,
s.d.). À l'arrière de la parcelle qui la jouxtait au nord Redressement et assemblage des photographies, septembre-
décembre 2015 (J.-N. Anslijn, Dir. archéologie).
s'élevait le château dit « G(h)obert », érigé dès 1792 ;
45

Toutes périodes Brabant wallon

2 mm environ au-delà. L'assemblage et les traitements hie par la nature (parc. cad. : Jodoigne, 4e Div., Sect. G,
initiaux des données ont pu être exécutés grâce au nos 11k, 4a et 6g) ; elle est également mentionnée dans
logiciel Faro/Trimble Scene (v.  5.1). Pour l'étape du l'Inventaire du patrimoine culturel immobilier (Beau-
maillage, consistant en la transformation du nuage vechain, 2006, p.  250  ; Streel, s.d.). La vigilance y est
de points en surface continue, un second programme également de rigueur afin de ne pas perdre ces témoins.
a été exploité, à savoir Screened Poisson Surface
Reconstruction (v. 8.0). Enfin, pour le traitement des Enseignement de cette expérience
vues orthogonales en nuage de points (vues sur fond
noir), nous avons pu bénéficier du logiciel PointCab. Bien qu'il soit regrettable qu'une étude minutieuse de
Par la suite, le 14 septembre 2015 plus exactement, cette élévation n'ait pu être menée, un enregistrement
une série de clichés photographiques a été prise afin minimal a été assuré grâce à l'apport de la photogra-
de réaliser un assemblage informatique, palliant phie et de l'informatique ; certes, elles ne remplaceront
partiellement à l'impossibilité de mener une pas pleinement l'œil et le raisonnement humains mais
approche minutieuse sur le site. Sachant que ladite elles permettent d'obtenir des résultats satisfaisants
section des remparts n'allait pas être détruite mais et largement fiables quant au rendu et aux données
maintenue en l'état, voire restaurée, mais cachée par métriques.
les nouveaux bâtiments, cet enregistrement fut jugé Indépendamment de cet aspect purement technique,
satisfaisant tout au moins pour constituer d'une les attentions de la direction de l'institution scolaire, de
part une archive et d'autre part un support primaire l'architecte et des autorités communales ont été attirées
d'étude. Le traitement des clichés a été réalisé avec sur ce patrimoine qui ne demande qu'à être préservé
le logiciel VisualSFM. Quant aux maillages, ils ont et valorisé.
également été produits avec Screened Poisson Surface L'intervention, aussi courte fut-elle, a pu bénéficier de
Reconstruction (v. 8.0). l'appui de nos collègues Florence Noirhomme (Direc-
La couverture photographique s'étendit sur une tion de la restauration) et Vincent Léonard (Service des
longueur d'environ 16  m, comprise entre l'édicule Monuments et Sites) ainsi que de la compréhension du
préservé dans le cadre du projet et la « brisure » (angle) pouvoir organisateur de l'institution scolaire, en parti-
observée à quelque 5,30 m de la limite méridionale de culier de sa directrice Madame Véronique Lacroix, et
la propriété, et une hauteur comprise entre environ 3,70 de l'architecte Jean-Christophe Mathen.
et 4,10 m, correspondant à l'élévation telle que dégagée. Avec la collaboration de Jean-Noël  Anslijn (Direc-
L'élévation se caractérise par un usage majoritaire de tion de l'archéologie).
moellons en grès et quartzite liés au mortier de chaux
ainsi qu'un registre inférieur présentant un fruit. Ledit Bibliographie
registre a clairement été remanié puisqu'il est partiel- ■■ Beauvechain, 2006. Beauvechain, Incourt et Jodoigne,
lement surmonté d'assises de briques aux gabarits Sprimont, Direction générale de l'Aménagement du territoire,
récents, cimentées. Le point «  de rupture  », l'angle du Logement et du Patrimoine (Patrimoine architectural et
obtus, clairement lisible dans le cadastre, a subi un territoires de Wallonie), p. 217-255.
renforcement consistant en un contrefort en briques et ■■ De Meester R., 2012-2014. Histoire (http://www.jodoigne.
une réfection partielle du parement, à l'aide du même be/culture/histoire, consulté le 26 août 2016).
matériau. Les multiples remaniements et rejointoie- ■■ Hanon de Louvet R., 1941 [1996]. Histoire de la Ville
ments au mortier de teinte jaunâtre (très sableux  ?) de Jodoigne, Beauvechain, Nauwelaerts, 2  vol. (réimpression
ou grisâtre correspondent à des modifications et anastatique).
constructions d'annexes entreprises lors d'extensions ■■ Jodoigne, 1974. Jodoigne. In  : Province de Brabant.
de l'établissement scolaire  ; à celles-ci appartiennent Arrondissement de Nivelles, Liège (Le Patrimoine monumental
indéniablement les cavités témoins de la pose de de la Belgique, 2), p. 228-266.
poutrelles pour des toitures et plateformes. ■■ Meuwissen E., 1999. Jodoigne. Ravalement de façade pour le
Cachée durant de longues décennies, cette face château Ghobert. Rénovation providentielle pour immeuble de
de l'enceinte urbaine sera à nouveau soustraite aux lumière, Le Soir, 19 octobre 1999, p. 22.
regards car les infrastructures modernes s'y adosse- ■■ Streel B., s.d. Jodoigne (Jodoigne). École (Institut des Sœurs
ront ; cela étant, des réfections (à la chaux ?) devraient de la Providence) (http://spw.wallonie.be/dgo4/site_ipic/index.
php/pdf/fiche/25048-INV-0161-02, consulté le 26 août 2016).
être apportées au préalable et des vides devraient être
créés à l'arrière des espaces à construire. ■■ Tarlier J. & Wauters A., 1872. La Belgique ancienne et
Enfin, plus au nord, toujours dans la propriété de moderne. Géographie et histoire des communes belges. Province
de Brabant. Canton de Jodoigne, Bruxelles, A. Decq, p. 1-34.
l'Institut et au-delà, une section des remparts est
conservée sur plus de 60 m mais laissée en l'état, enva-
46

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

La Hulpe/La Hulpe : ce que le sous-sol Cadre patrimonial


de l'église Saint-Nicolas a dévoilé
L'édifice religieux est en style roman et de type rural ;
sa fondation remonterait au début du 13e  siècle et
Didier Willems et Geneviève Yernaux émanerait d'une décision du duc Henri Ier de Brabant
(La  Hulpe, 1974, p.  271). Au moins depuis le début
Classée depuis 1936, l'église paroissiale Saint-Nicolas du 16e  siècle, il connut nombre de modifications et
de La Hulpe constitue un édifice de référence sur le adjonctions. Ainsi, le chœur fut doté de cinq pans,
plan patrimonial (parc. cad. : La Hulpe, 1re Div., Sect. B, en style gothique  ; ensuite, un haut portail de type
no  223a  ; coord. Lambert  : 158600 est/157880 nord). Louis  XV fut aménagé dans la tour en 1751, accen-
Bien que ce statut la préserve de toute intervention tuant de la sorte l'axe d'entrée  ; la nef originelle à
technique maladroite, elle peut toutefois bénéficier cinq travées fut flanquée de collatéraux plus larges
de commodités modernes, éclairages et chauffage par en 1835-1836 (Tarlier & Wauters, 1863, p.  72) par
exemple, notamment en raison de sa fonction de lieu A.  Moreau, architecte provincial. Enfin, d'ultimes
de culte principal. agrandissements et une rénovation générale furent
Limité à l'ouest par la rue de l'Église et à l'est par confiés dès 1905-1906 à l'architecte J.  Caluwaers  ;
celle du saint protecteur, le monument domine le côté ils se concrétisèrent par l'adjonction de collatéraux
nord de la place Albert  Ier. Si son évolution architec- supplémentaires, en style néo-gothique, qui élar-
turale est globalement connue, par exemple le passage girent davantage l'espace dévolu aux fidèles, et de
progressif d'un plan allongé vers un quadrilatère quasi deux sacristies (La Hulpe, 1974 ; Streel, 2010). Dans
carré, les « détails » échappent. Heureusement, grâce à son courrier appuyant une demande de classement
des opérations, même de courte durée, il est possible pour la tour, la nef centrale et le chœur, E. Dhuicque
de recueillir des données complémentaires, parfois (1935) précise qu'entre 1905 et 1909, l'agrandisse-
inédites, conformes ou contradictoires par rapport aux ment de l'église fut réalisé en détruisant les bas-côtés
acquis. où rien d'ancien ne subsistait, & en les remplaçant par
un double bas-côté avec épine de colonnes centrale. La
disposition initiale de la nef fut rétablie, la tour déba-
rassée des ses annexes, le chœur dégagé, remis dans son
premier état & pourvu de sacristie et magasin appro-
priés. Notons que la désaffectation en 1895 du cime-
tière ceinturant l'église aurait manifestement facilité
l'extension dudit édifice (Arcq, Boudart & Pirard-
Schoutteten, p. 88).

Contexte de l'intervention

Au cours des terrassements entrepris dans le bâtiment


pour la pose d'un nouveau système de chauffage devant
remplacer le dispositif en briques créé en 1910, des
indices liés au passé architectural du bien ont été dévoi-
lés. Face à ces découvertes « semi-fortuites », étant donné
la connaissance partielle du site à travers les archives, le
vice-président du Cercle d'Histoire contacta le Service
de l'archéologie de la Direction extérieure du Brabant
wallon (DGO4 / Département du patrimoine) le mardi
3  novembre 2015. Comme le chantier était suspendu
suite à la clôture de l'ouverture des tranchées, l'opéra-
tion fut menée deux jours plus tard, suite à une décision
prise de commun accord. L'équipe et le laps de temps à
consacrer étant réduits, les descriptions sous forme de
notes et l'enregistrement manuel de données métriques,
La Hulpe, église Saint-Nicolas : vue générale de la nef et des incluant des altitudes relatives, ainsi que les croquis ont
deux collatéraux méridionaux. On y distingue le tracé des été privilégiés ; à défaut, un relevé à la station totale était
plusieurs tranchées.
toujours réalisable a posteriori.
47

Toutes périodes Brabant wallon

Le jeudi 12  novembre, des ossements furent exhu- Si ces ouvertures sont limitées spatialement, elles
més lors du placement d'un des composants du chauf- ont néanmoins permis de révéler plusieurs structures
fage dans une des fosses. construites et multiples couches de remblais, principa-
lement en T1, dans la tranchée reliant T1 à T2 et en T3.
Résultats de l'intervention sur terrain En T1, il s'agit d'une fondation axée est/ouest, réali-
sée à l'aide de moellons en grès calcaire, probablement
Sept fosses ont été creusées dans l'église, à savoir deux récupérés, certains à peine équarris, à peine liés avec un
dans les collatéraux extrêmes, en limite orientale mortier de teinte jaunâtre (très sableux ?) et entre lesquels
(T1 et T3), deux dans les premiers collatéraux (T2 et sont bloqués des fragments de briques. Conservée sur au
T4), deux à l'ouest de la nef centrale (T5 et T6) et la moins 0,50 m de haut et d'une largeur estimée à environ
dernière dans le chœur (T7). Devant accueillir des 0,85 m, elle sert à asseoir un soubassement en matériau
modules de propagation de chaleur, elles présentent similaire, des blocs en pierre mais équarris sur la face
des dimensions oscillant autour des 2,10-2,15 m pour externe, érigés en retrait d'une vingtaine de centimètres.
la longueur, de  1,10  m pour la largeur et de 0,85  m Préservé sur une assise, soit l'équivalent de 0,12 à 0,15 m
pour la profondeur (la surface du béton coulé en chape de haut, et une largeur d'environ 0,70  m, ce dernier
était à -0,82  m par rapport au niveau de circulation soutient manifestement l'alignement des colonnes cylin-
actuel). En outre, elles sont reliées entre elles par des driques séparant les deux collatéraux méridionaux. En
tranchées étroites (environ 0,33  m, équivalant aux bordure septentrionale fut observé un comblement d'en-
dimensions des dalles de pierre constituant la couver- viron 15 cm de large, parallèle aux maçonneries préci-
ture de sol) et peu profondes (également une trentaine tées, contenant notamment du mortier réduit en poudre
de centimètres) ou par des chenaux en briques de l'an- et de petits fragments de briques  ; de prime abord, il
cien dispositif dans lesquels seront posés les tuyaux du pourrait correspondre à un rebouchage de la tranchée de
réseau ; deux des chambres de visite (CV1 et CV2) du fondation, creusée elle-même dans un remblai, mélange
système antérieur sont également mises à profit. de limon, sable jaune, nodules de chaux et éclats de

T3

T4

T7
T5

CV2 CV1

T6

T2

T1

0 10 m

La Hulpe, église Saint-Nicolas : plan général avec implantation des fosses (T1-T7) et chambres de visite (CV1-CV2) ainsi que des
limites de structures mises au jour. Seules T7 et CV1 sont positionnées approximativement (infographie A.  Van  Driessche, Serv.
archéologie, Dir. ext. Brabant wallon).
48

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

briques. Du côté méridional par contre, il semble y avoir On dénombre :


eu des terrassements d'envergure. – un crâne quasi complet, fort altéré au niveau du basi-
Le soubassement ayant été arasé, il fut recouvert par occipital et du sphénoïde, auquel manque un fragment
de multiples remblais successifs, à l'exception toute- de l'arcade zygomatique gauche. Il est de morphologie
fois des points de pose des colonnes des collatéraux. plutôt masculine et l'âge au décès a été estimé d'après le
L'ensemble de ces comblements est recouvert par un degré de synostose des sutures crâniennes aux alentours
lit de sable puis de mortier (de chaux ?) qui maintient de 55 ans (± 15 ans) (Masset, 1982). Une pièce métal-
et stabilise le dallage actuel en pierres. lique (peut-être un clou) était accolée sur le frontal droit
En limite nord apparut le registre inférieur en briques du à proximité du bregma (jonction entre la suture sagit-
mur occidental de la sacristie, accueillant un maître-autel tale, séparant le pariétal droit du gauche, et la suture
dans une large niche quadrangulaire aménagée à cet effet. coronale, entre le frontal et les pariétaux). On observe
Dans la tranchée menant de T1 à T2, à quelque la présence de caractères discrets (non pathologiques,
0,90 m de la fondation évoquée ci-dessus, fut dégagée juste des indicateurs de la grande variabilité des indivi-
une maçonnerie exclusivement de moellons en pierre dus), d'une suture métopique et d'os surnuméraires (un
« blanche » légèrement équarris pour les faces visibles sur la coronale droite, un petit à gauche et un petit à
et liés au mortier de chaux. Imposante par sa largeur, droite sur la suture lambdoïde). Sur le maxillaire, perte
estimée à près de 1,25 m, elle dut être la fondation d'un post mortem de la plupart des dents encore en place au
mur porteur. La limite supérieure de sa démolition décès  de cet individu ; il ne subsiste que la deuxième
se situe à 7 cm sous le sol actuel de la nef. Contre les incisive et une partie de la canine gauche. Perte de neuf
assises inférieures de sa face septentrionale, buterait dents in vivo ; l'os est toujours en cours de restructura-
une couche de limon contenant de la chaux  ; par- tion pour les trois molaires droites témoignant que celle-
dessus et sur le niveau d'arasement furent épandues de ci s'est produite peu de temps avant le décès. De plus,
fines couches de remblai hétérogènes incluant limon cet individu a souffert d'un abcès au niveau de la racine
sableux, petits fragments de briques (dim. originelles : de la canine gauche. Les alvéoles dentaires présentent
14,5 × 6,5 × 3,5 cm), etc. Tant ces dépôts que la partie une atteinte parodontale de stade  2, ce qui n'est pas
sommitale de la fondation précitée sont condamnés exceptionnel pour l'âge estimé au décès. La maladie
par les lits de mortiers et de sable jaune comparables à parodontale (ou parodontopathie) regroupe toutes les
ceux mentionnés dans le paragraphe précédent. atteintes des tissus de soutien de la dent, c'est-à-dire la
La tranchée T3 n'a quant à elle rien révélé de détermi- gencive, l'os alvéolaire, le ligament alvéolaire et la racine.
nant ou de neuf pour la connaissance des phases majeures Les atteintes peuvent aller jusqu'au déchaussement ou à
de l'église. Toutefois, l'épais dépôt limoneux de teinte la perte de la dent. Sur de l'os sec, cette maladie est cotée
brun moyen, incluant entre autres matières des nodules comme suit : « 0 » lorsqu'aucune atteinte n'est observée,
de mortier de chaux et de petits fragments de briques, «  1  »  lorsque le bord de l'alvéole est vascularisé, «  2  »
est manifestement similaire à ce qui fut observé en T1. avec l'apparition de crénelures sur le bord de l'alvéole,
Comme constaté dans cette tranchée et le chenal associé, « 3 » au déchaussement marqué de la dent ;
l'ensemble est recouvert successivement par des limons – une mandibule incomplète à laquelle manquent
remaniés, un épandage de briques fragmentaires et un lit les branches montantes  ; seules trois dents usées sont
de sable avant la pose du dallage sur une couche de mortier. conservées, à savoir la deuxième incisive, la canine et
Outre la mise au jour de ces structures construites la première prémolaire droite. Elle présente des traits
et remblais associés, c'est la découverte d'ossements
humains qui a également surpris. Ils ont été collectés
par les opérateurs de l'entreprise adjudicataire lors de
la pose d'un bloc chauffage, dans l'angle oriental de la
tranchée T4, près du muret septentrional du chenal de
ventilation créé en 1910.
Profitant d'un contrat d'étude anthropologique en
cours, une analyse rapide a été effectuée en mai 2016.

Résultats de l'étude anthropologique

Chaque ossement a été interprété individuellement car


rien d'un point de vue anatomique ne permettait une Vue antérieure des trois tibias récoltés, au milieu le
corrélation de manière absolue. Tous les spécimens tibia pathologique présente des déformations axiale et
volumétrique du tiers distal.
appartenaient manifestement à des individus adultes.
49

Toutes périodes Brabant wallon

masculins, les dents sont altérées et moyennement usées ; crâne et la mandibule semblent provenir du même
l'hypoplasie n'est pas cotable et il n'y a aucune trace de individu (probablement un homme adulte d'environ
tartre. L'individu a perdu six dents in vivo, probable- 55 ans), la fibula ne semble pas s'articuler avec le tibia
ment d'abord les molaires gauches ensuite les droites ; droit présent. Et, bien qu'il soit tentant d'attribuer à un
– un fragment de coxal gauche (une partie de l'ilion même individu les tibias gauche (le non pathologique)
et du pubis). L'os est très altéré. Sur base des fragments et droit, car ils présentent des  empreintes d'enthèses
conservés, il s'agit probablement d'un homme. Consi- (zones d'insertions dans l'os d'un tendon, d'un liga-
dérant la morphologie pré-auriculaire, il devait être âgé ment ou d'une aponévrose musculaire) qui semblent
de plus de 40 ans au décès, et d'après de la morphologie similaires et qu'ils paraissent de même taille, cette
pubienne, il devait avoir entre 27 et 66 ans ; hypothèse doit être testée car lesdits ossements n'ont
– un tibia gauche pour lequel le quart distal du pas les mêmes altérations taphonomiques.
corps est manquant. On peut juste noter que les zones
d'insertions du muscle soléaire et des fibres du liga- Épilogue
ment collatéral tibial (ligament qui sert de tuteur aux
mouvements de flexion et d'extension) sont un peu Limitée, l'intervention au cœur de l'église a néanmoins
développées  ; il ne s'agit pas d'une pathologie mais permis de confirmer le maintien de structures
peut-être des séquelles d'une activité physique (impos- anciennes en sous-sol, d'en compléter la connais-
sible à identifier sur un seul os sans pouvoir observer sance, basée exclusivement sur des archives écrites et
le squelette dans son ensemble) ; graphiques, et de dresser un canevas de l'évolution
– un tibia droit complet, taphonomiquement moins spatiale de l'édifice religieux.
altéré que les autres. Il appartenait à un individu dont la
stature devait atteindre environ 170 cm. Comme pour le
gauche décrit ci-dessus, les zones d'insertions du muscle
soléaire et du ligament collatéral sont plus marquées ;
– un fragment de tibia gauche, pour lequel la partie
proximale du corps avec l'articulation proximale est
manquante. Pathologique, il montre une déforma-
tion volumétrique, plus importante au niveau du tiers
distal du corps, et axiale. La déformation axiale semble
témoigner d'une fracture qui a pu s'accompagner d'une
infection. Le cal osseux n'est plus perceptible ;
– une fibula droite quasi complète (l'articulation
proximale est fragmentaire). Elle présente une défor-
mation volumétrique de la moitié inférieure du corps,
déformation qui ne semble pas relever d'une fracture,
mais qui pourrait avoir été causée par une infection ;
– un humérus gauche auquel il manque l'articulation
distale ; pas de pathologie observée, hormis une légère
atteinte arthrosique sur l'articulation présente ;
– un humérus gauche dont il ne reste que le quart
distal du corps avec également une légère atteinte
arthrosique sur l'articulation conservée.

Synthèse des observations


anthropologiques

En résumé, l'ensemble de ces restes provient d'au


moins deux individus adultes sur base des tibias et des
humérus, voire trois si l'on tient compte de l'aspect et
des altérations taphonomiques de certains os.
Tenant compte de la seule analyse en laboratoire, en
l'absence de connexions articulaires et de photogra-
phies du contexte de prélèvement, il n'est pas possible La Hulpe, église Saint-Nicolas : fondation du mur gouttereau
(façade) du collatéral méridional originel (?).
d'associer de manière indubitable les ossements. Si le
50

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Les caractéristiques des structures mises au jour Sources


autorisent à proposer des interprétations. Ainsi, le ■■ Dhuicque E., 1935. Rapport sur la proposition de classement
vestige le plus ancien serait la maçonnerie en pierres de la tour, de la nef haute et du chœur de l'église Saint-Nicolas
épaisse de 1,25  m (tranchée entre T1 et T2)  ; elle à La Hulpe, Bruxelles, 26 juillet 1935 (archives Direction de la
appartiendrait au collatéral méridional de l'église protection).
« originelle » et serait plus précisément une section de ■■ Masset C., 1982. Estimation de l'âge au décès par les sutures
la fondation du mur gouttereau de la façade externe de crâniennes, Thèse de doctorat inédite, Université de Paris VII.
l'édifice. Suivraient chronologiquement l'autre fonda-
tion et le reliquat de soubassement qu'elle supporte
(T1), édifiés pour élargir le collatéral dans les années
1830, de même que les remblais associés ayant servi Nivelles/Nivelles : le site de l'hôtel
à stabiliser l'aire de circulation interne contempo- Rifflart sauvé de la démolition ?
raine, non repérée. Trois quarts de siècle plus tard,
le soubassement précité fut arasé jusqu'à l'assise infé-
rieure afin de poser les colonnes séparant le collatéral Didier Willems
antérieur de celui nouvellement créé. Les couches de
briques… observées dans les registres supérieurs des Propriété de la Régie des Bâtiments, l'ancien siège du
stratigraphies datent manifestement de ces derniers Tribunal de Commerce, localisé au no 21 de la rue de
travaux d'envergure menés au début du 20e  siècle, Soignies (parc. cad. : Nivelles, 2e Div., Sect. D, no 276c ;
plus que probablement facilités par la désaffectation coord. Lambert  : 146578  est/142929  nord), était à
du cimetière paroissial qui entourait l'église en 1895. l'abandon depuis plusieurs années et, faute d'un projet
Enfin, si on évoque l'aire d'inhumations, les osse- porteur, fut inscrit sur le marché de l'immobilier à la
ments collectés dans la nef, plus exactement dans fin de l'année 2015.
le premier collatéral septentrional (T4), près d'une Cette procédure n'a pu passer inaperçue car le bien
colonne de séparation, ne sont manifestement plus n'est autre que l'hôtel Rifflart, du nom d'un marquis
en place. Vu leur nombre et le lieu de découverte, ils qui en fit l'acquisition au 18e siècle, propriété épargnée
proviendraient d'une ou plusieurs tombes d'adultes du bombardement de mai 1940 et présentant encore
perturbée(s) lors des extensions opérées au 19e siècle des caractéristiques architecturales dignes d'intérêt.
ou pendant le chantier ouvert vers 1906 au plus tard Le devenir de ce site fut à maintes reprises source de
(terminus ante quem). débats entre mandataires politiques ; la presse ne s'est
À travers la présente notice, nous tenons à remer- d'ailleurs pas privée de relayer les inquiétudes.
cier M.  Jacques  Stasser (vice-président du Cercle Avant même que le nouvel acquéreur ne soit connu,
d'Histoire de La  Hulpe), M.  Thibaut  Boudart (licen- contact fut pris par le Service de l'archéologie de la
cié en Histoire), M.  l'abbé Vincent  della  Faille et Direction extérieure du Brabant wallon (DGO4  /
M.  Michel  Abts (sacristain) pour l'intérêt qu'ils ont Département du patrimoine) avec l'instance fédérale
marqué, leur collaboration spontanée et l'accueil, pour visiter les lieux et déterminer les éléments à préser-
pendant et après l'intervention, ainsi que leur humeur ver autant que possible, sujet à amener délicatement sur
bien bénéfique. la table des négociations. Une visite complète par deux
Avec la collaboration d'Aude Van Driessche. collègues du Département du patrimoine et un agent
du Service de l'archéologie fut programmée le mardi
Bibliographie 20 octobre 2015 dans le but de coupler les intérêts, l'In-
■■ Arcq G., Boudart T. & Pirard-Schoutteten J., 2005. ventaire du patrimoine culturel immobilier d'une part,
La Hulpe, mémoire d'images, La  Hulpe, Cercle d'Histoire de dont la mise à jour est en cours, et l'archéologie (du bâti
La Hulpe. a priori) d'autre part pour un éventuel suivi des travaux
■■ La Hulpe, 1974. La Hulpe. In  : Province de Brabant. Arron- urbanistiques qu'envisagerait le futur propriétaire.
dissement de Nivelles, Liège (Le Patrimoine monumental de la À ce stade, il est opportun de préciser que les informations
Belgique, 2), p. 271-272. exposées dans la présente notice sont des observations et
■■ Streel B., 2010. Église paroissiale (Église Saint-Nicolas) non une description exhaustive de l'ensemble architectural.
(http://spw.wallonie.be/dgo4/site_ipic/index.php/pdf/
fiche/25050-INV-0002-02, consulté le 29 août 2016). Approche historique
■■ Tarlier J. & Wauters A., 1863. La Belgique ancienne et
moderne. Géographie et histoire des communes belges. Province Actuellement coincé entre les rue de Soignies, de
de Brabant. Canton de Wavre, Bruxelles, A. Decq, p. 60-73. Marlet et Seutin, le site aurait accueilli dès le 17e siècle
un bâtiment. Celui-ci, vendu aux Carmes en 1678,
51

Toutes périodes Brabant wallon

devint quelques années plus tard la propriété d'Adrien-


Léopold-Joseph de Rifflart (de Lalieux, s.d., t. 1, p. 111),
marquis d'Ittre (Nivelles, 1684  – en Espagne, 1755),
noble affublé de titres qui se distingua notamment
en Galice d'où était originaire son épouse (Stroobant,
1844, p. 394-395). Au décès de celui-ci en 1755, sa fille
Marie-Victoire hérita des biens, dont probablement
ceux dans l'intra-muros de Nivelles.
Vers 1813, la propriété devint la demeure de l'avo-
cat C.  Lagasse-Lamooninary  ; elle le resta durant
une vingtaine d'années. Par après, le Commissariat
d'arrondissement s'y installa et, ultérieurement, un
pensionnat de demoiselles, que dirigeait A.  Algrain, Nivelles : vue générale du site de l'hôtel Rifflart depuis la rue
de Soignies.
l'investit. Acquis ensuite par M.  Broquet, président
du Tribunal, les bâtiments auraient été la résidence
du bourgmestre Émile de Lalieux à la fin du 19e siècle mondiale. La limite orientale de l'immeuble semble
et intégrés au patrimoine de la famille Bosquet. avoir été recoupée, amputée de son pignon originel.
Passant à nouveau entre d'autres mains, le site abrita Lors de la visite, il est apparu que le bâtiment qui le
le Lycée royal, qui le dénatura quelque peu par des jouxte à l'est, dont la façade fut reconstruite, cache une
transformations (de Lalieux, s.d., t. 1, p. 111), puis le charpente très ancienne et un sol carrelé sur plancher
Tribunal de Commerce avant d'être définitivement dans les combles. Ces éléments architecturaux sont
abandonné au début du 21e siècle. manifestement associés à un reliquat de structure
Malgré un projet de rénovation et d'extension déposé en bois visible dans la façade côté cour, vestige dans
en 2011 (Chambre provinciale, s.d., §  5B. Travaux à lequel s'imbrique ou contre lequel bute un mur de
des biens d'intérêt patrimonial), le bien a été mis en prime abord du 17e siècle, voire de la fin du 16e siècle,
vente en septembre 2015. Au moins deux acquéreurs composé d'un soubassement en pierre, souligné par un
potentiels se sont manifestés, l'un souhaitant tout raser, ressaut en matériau similaire, supportant une élévation
l'autre n'excluant pas un maintien du bien mais dans en briques. Ce noyau originel, partiellement conservé
des limites techniques et financières supportables. au cours des siècles, servit d'appui pour les édifices
Finalement, c'est le second qui a emporté le marché. construits ultérieurement en limite orientale de la cour.
Détenteur de l'ancien Lycée sis rue Seutin, pour Dans la façade arrière (méridionale) de l'immeuble,
lequel il avait déjà introduit une demande de permis par conséquent côté cour, subsistent au-dessus de l'arc
d'urbanisme, il souhaite revoir son projet afin de la porte cochère un cartouche « J. de Maclot 1626 »
d'associer les deux sites et créer une résidence-services (en place  ?) et, en décalé vers l'ouest, au moins deux
plus adaptée à la configuration des lieux. motifs en briques (émaillées ?) de teinte foncée, figu-
rant pour l'un une croix (ou un X) et pour l'autre un
Observations lors de la visite pictogramme énigmatique (comme un profil de char-
rette sans timon). Le sommet de ladite façade est souli-
Le complexe se compose de deux édifices principaux, gné par une frise redentée.
l'un situé en bordure de la rue de Soignies et l'autre Au-delà de cette aile à front de rue, un second
à l'arrière, perpendiculaire au précité et relié par une ensemble se déploie dans la propriété. Clairement
extension tardive. remanié au 18e siècle, comme en témoignent sa façade
Le bâtiment à front de voirie présente encore un orientale et le majestueux escalier intérieur tournant,
pignon séculaire (17e siècle ?) dans lequel s'encastrent il conserve encore des spécificités de l'édifice anté-
deux façades dont la septentrionale fut remaniée rieur observables dans la façade occidentale. Certes
durant le troisième quart du 18e  siècle, dans un style subtilement, s'y distingue une discordance entre les
Louis  XV. La charpente est moderne et en sapin  ; deux rangées superposées de cinq fenêtres aména-
les pans de toitures ont été modifiés. À l'origine gées vers le sud et les autres (vers le nord), auxquelles
probablement très pentus, à coyaux, débordants et s'ajoute la porte. La première section, vers le sud, est
butant contre les faces internes des pignons, ils sont caractérisée par des soubassements plus hauts, des
actuellement droits et suivent une pente plus douce. Le meneaux (dont il ne reste que des indices dans les
perron qui devait doter la porte principale fut ôté ; sur piédroits), des arcs de décharge à deux assises pour
base d'archives photographiques anciennes, on peut les baies et l'usage de ressauts en pierre blanche (type
conclure qu'il dut l'être bien avant la Seconde Guerre Gobertange) pour souligner l'horizontalité, produi-
52

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Nivelles, hôtel Rifflart : vue générale de la façade occidentale Escalier conservé dans l'édifice moderne construit entre les
de l'édifice érigé en retrait, dans la propriété. deux bâtiments anciens afin d'y créer une jonction couverte.

sant de surcroît un effet de superposition de registres. sont posés verticalement, leurs aisseliers étant de gaba-
La seconde section, vers le nord, est plus modeste car rits clairement supérieurs à ceux utilisés à l'opposé. La
singularisée par un soubassement moins élevé, un façade orientale de l'édifice se situant bien au-delà, la
usage plus intense de la brique et un seul bandeau, charpente présente une structure « allégée » car partiel-
en petit granit (« pierre bleue »), à travers les fenêtres lement dépouillée d'arbalétriers supérieurs par exemple.
de l'étage. Quant à la porte, son encadrement en petit En raison de la modification de ladite façade, il est
granit présente une taille simple, sans décor sculpté probable que cette anomalie soit le résultat d'un travail
mais offrant un linteau courbe que souligne le tympan en sous-œuvre, d'une adaptation du pan de toiture.
de la porte. Enfin, l'édifice reliant les deux bâtiments, érigé
La démarcation entre les deux sections du bâtiment, tardivement, est doté d'une cheminée à manteau en
de prime abord unitaires et contemporaines, est souli- bois et rideau/tablier en fonte, et d'un escalier en chêne
gnée en extérieur par une cheminée qui marque la tournant droit et à paliers, très particulier et origi-
limite entre la haute charpente en chêne couvrant la nal. Ses balustres à section circulaire rappellent celles
partie méridionale de l'édifice et l'extension récente en de modèles du 18e siècle, mais plus élancés. Aucune
sapin, dotée au demeurant de baies de toiture. recherche n'ayant été engagée à son sujet, il pourrait,
La singularité majeure de l'ancienne charpente est son sans aucune certitude, dater de la fin du 19e siècle.
asymétrie, native ou postérieure, observable entre les
premiers et seconds faux-entraits. Chaque second faux- Perspectives
entrait est fiché dans deux arbalétriers et soutenu par des
aisseliers chevillés ; il sert d'assise au poinçon de fermette Depuis l'acquisition du bien par un privé, vu la richesse
et aux arbalétriers supérieurs qui le bloquent. Les poin- architecturale du site, même si elle se cantonne aux
çons et les liens qui y sont maintenus soutiennent la seules façades et aux escaliers des deux édifices ainsi
faîtière. L'asymétrie se marque en particulier par les qu'à la charpente principale du corps arrière, des
arbalétriers et les aisseliers associés ; à l'ouest, les arba- démarches sont menées avec le bureau d'architecture
létriers suivent la pente de toiture tandis qu'à l'est ils en charge du futur projet, afin d'envisager un maintien
53

Toutes périodes Brabant wallon

maximal mais raisonnable du patrimoine au sein de la temps, cette institution fut dénommée «  Maison des
résidence-services qui devrait y être implantée. 12 Apôtres  » (1787) et «  Maison du Champ retiré  »
Une approche plus approfondie, sous forme d'une (19e siècle), dont un porche subsiste toujours rue des
étude du bâti, a été suggérée pour compléter les Brasseurs, identifiable par un cartouche représentant
descriptions collectées à ce jour. le Christ portant sa croix placé au-dessus d'un écu
millésimé de 1738 (Osterrieth, Horbach & Triquet,
Remerciements 2007, p. 53 ; Osterrieth, 2010, p. 29).
Un document daté de 1366 précise que la rue
La requête introduite auprès de la Régie des Bâtiments Coquerne est la ruwelle qui vaut del graigne de le Keri-
a porté ses fruits grâce à M. Laurent Schoder, expert teit en le Kokierne. Ladite graigne (grange) se dressait à
technique, et M. Jacques Van  Belle, architecte- gauche en montant la voirie depuis la rue du Wichet.
conseiller, chef du service Wallonie région ouest. Au-delà, mais au 16e  siècle, s'élevait une maison
La reconnaissance du Service de l'archéologie détenue par l'abbaye de Floreffe en 1533 (Osterrieth,
s'adresse également à Mmes Bernadette  Streel et Horbach & Triquet, 2007, p. 45). En outre, une halle
Caroline  d'Ursel, collègues en charge de l'Inventaire aurait été érigée à l'angle des actuelles rues Coquerne
du patrimoine culturel immobilier (Département du et des Brasseurs durant la seconde moitié du 14e siècle
patrimoine, Direction extérieure du Brabant wallon), (Osterrieth, Horbach & Triquet, 2007, p. 36 et 43).
de même qu'à M. Olivier Dorchy, membre du bureau De nos jours, quelques façades d'habitations
d'architecture DDV à Nivelles. sises à la rue des Brasseurs témoignent encore d'un
passé brassicole remontant au moins au milieu du
Bibliographie 15e  siècle. S'y côtoyaient plusieurs établissements
■■ Chambre provinciale, s.d. Chambre provinciale du Brabant dont la brassine installée dans la cour du keriteit,
wallon. Rapport d'activité 2011, s.l., Commission royale des maison hospital, comme en témoignerait une archive
Monuments, Sites et Fouilles. de 1621 (Osterrieth, Horbach & Triquet, 2007,
■■ de Lalieux É., s.d. (1780-1800). Mémorial de la vie nivelloise, p. 86-88).
2 tomes, Nivelles. Si, selon la carte de Ferraris, des édifices existaient
■■ Stroobant C., 1844. Notice historique et généalogique sur encore durant la seconde moitié du 18e  siècle sur la
les seigneurs d'Ittre et de Thibermont, Annales de l'Académie parcelle touchée par le projet urbanistique à l'origine
d'Archéologie de Belgique, II, Anvers, p. 367-409. de l'intervention archéologique, l'espace fut clairement
libéré de toute construction quelques décennies plus
tard comme l'illustre un plan dressé au début du
19e siècle (Cadastre de l'intra-muros de Nivelles, non
Nivelles/Nivelles : vestiges dévoilés par daté).
les travaux d'extension de l'Institut du En 1810, une institution scolaire pour enfants
Sacré-Cœur pauvres fut créée à proximité par une communauté
religieuse, fondée par l'abbé F.-J.  Delfosse (Gouy-lez-
Piéton, 1769  – Hoegaarden, 1848). Les bienfaitrices
Didier Willems et Christophe Leduc occupaient trois habitations, dont deux se situaient
près de l'église Saint-Nicolas (Vanderwauwen, s.d.).
Pour répondre à un accroissement de la population Sept années plus tard, la Maison des 12 Apôtres ainsi
scolaire, l'Institut du Sacré-Cœur a envisagé des modi- que les hôpitaux Saint-Nicolas et du Saint-Sépulchre
fications et extensions de ses installations le long de furent regroupés pour devenir l'hôpital général, installé
la rue Coquerne (parc. cad. : Nivelles, 2e Div., Sect. D, dans l'ancien couvent des Récollets jusqu'en 1870 avant
no  932b ; coord. Lambert  : 146828  est/142771  nord). un transfert vers le site actuel près du boulevard de la
Comme redouté, ce projet allait révéler des vestiges liés Batterie.
à l'histoire médiévale tardive et moderne du quartier En 1835, la communauté fut reconnue par l'autorité
dit du « petit Saint-Jacques ». ecclésiastique et dénommée Congrégation des Sœurs
de l'Union du Sacré-Cœur. Durant la seconde moitié
Historique du site à travers les sources du 19e  siècle, leur implantation, déjà étendue vers la
littéraires et cartographiques rue des Juifs, se développa davantage en accueillant
notamment un internat près de la rue Saint-Jean
Selon les archives consultées à ce jour, en 1225 est (Osterrieth, Horbach & Triquet, 2007, p. 67). À cette
attestée la présence d'un keriteit, maison hospital de époque, Charles  Demulder (1820-1863), brasseur à
Dieu et de xii  apostels condist le Charité. Au fil du Nivelles depuis 1845 et conseiller communal entre
54

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

1851 et 1857 (Osterrieth, Horbach & Triquet, 2007, La future infrastructure n'étant pas dotée de caves
p.  90), possédait une propriété très vaste s'étendant mais l'importante dénivellation de la voirie devant être
sur approximativement la moitié de la superficie de compensée, des remblais furent maintenus en contre-
l'îlot, compris entre la place Saint-Nicolas et les rues bas et d'autres recoupés en partie haute. Le niveau
des Brasseurs, Saint-Jean, des Juifs ainsi que Coquerne. horizontal défini de la sorte constitua le niveau de fond
Les deux grandes parcelles situées en bordure de cette de coffre supérieur. Une tranchée de fondation fut
dernière étaient manifestement deux jardins. Les également creusée le long de la voirie pour accueillir
édifices formant l'angle avec les rues des Brasseurs et les bases du mur de soutènement et le soubassement
du Wichet furent convertis en habitats, les brasseries de la façade méridionale (côté rue).
ayant fermé leurs portes.
Fin avril 1879, un dénommé Coquelet ou Cognelet, Résultats de l'intervention archéologique
résidant à Villers-la-Ville, racheta les bâtiments de
la Maison du Champ retiré (Osterrieth, Horbach & Descriptions des structures apparues au sol
Triquet, 2007, p. 53-54).
En mars 1913, suite au décès de M.  E.  Demulder, Les vestiges sont essentiellement des structures
les sœurs signèrent un bail de neuf ans pour bénéfi- construites et des remblais. Abstraction faite des
cier d'un grand jardin bordant la rue Coquerne et perturbations et remaniements récents, il s'agit de
contigu à leur établissement. Son acquisition en avril fondations et soubassements de murs porteurs.
1922 auprès de la fille héritière ainsi que celle d'un Le plus ancien identifié lors de l'intervention serait
second jardin proche et de deux demeures sises à la une fondation, large d'au moins 0,65  m et longue de
rue des Brasseurs permirent aux sœurs d'aménager plus de 0,90  m, située en limite de voirie. Réalisée à
des espaces supplémentaires (Osterrieth, Horbach & l'aide de moellons calcaires liés au mortier de chaux,
Triquet, 2007, p. 68). elle servit d'assise à un soubassement sur lequel dut
En 1931, la Maison du Champ retiré fut démo- reposer une élévation de bâtisse, et assurément dès
lie pour ériger un nouvel édifice et, huit années plus le 19e  siècle, le mur de propriété. Axé ouest/est, ledit
tard, les demeures voisines devinrent propriétés des soubassement présente un changement d'orientation
sœurs ; après la Seconde Guerre mondiale, elles éten-
dirent leurs infrastructures vers le nord. En 1953, le
site fut recoupé en surface par la création de l'avenue
Jeuniaux, les deux parties étant jointes par un tunnel
(Vanderwauwen, s.d.).
Le départ des sœurs n'a pas mis un terme à l'établis-
sement, au contraire  ; la fréquentation augmentant,
des aménagements furent entrepris sur l'ensemble du
site et ce jusqu'au milieu de l'année 2015.

Contexte de l'intervention

La première phase des travaux, engagée le 22 juin 2015,


concernait la création d'un bâtiment en bordure de la
rue Coquerne.
En raison d'une situation dans l'intra-muros
et d'une documentation peu abondante pour ce
secteur de la cité, le Service de l'archéologie de la
Direction extérieure du Brabant wallon (DGO4  /
Département du patrimoine) souhaitait mener un
suivi des terrassements. Ceux-ci ayant révélé des
indices archéologiques, une intervention fut menée
dès le 8  juillet 2015 et ce cinq jours durant. Vu
les délais et moyens impartis, la tâche fut limitée
à un dégagement partiel des structures visibles en
l'état, au nettoyage d'une coupe de même qu'à des
descriptions et à une séance de relevés à la station Vue générale des structures mises au jour en bordure de la
rue Coquerne et du pignon dégagé de la maison sise au no 5.
totale.
55

Toutes périodes Brabant wallon

circulation associé n'a été clairement identifié.


Le mur dégagé à l'est est moins large (0,36  m) et
appareillé quasi exclusivement avec des briques liées au
mortier de chaux, pour la plupart fragmentaires dans
le registre inférieur  ; des moellons en pierre calcaire
récupérés ont également été employés. Sa largeur est
plus importante que celle du mur occidental  ; bien
que constante, de l'ordre de 0,69 à 0,73 m, elle s'accroît
quelque peu (jusqu'à environ 0,80  m) en extrémité
méridionale et ce sur 1,13  m de long. La longueur
totale de cette maçonnerie atteint également au moins
une dizaine de mètres.
Nivelles : vue des longues maçonneries parallèles érigées Un remblai terreux séparait les deux maçonneries ;
perpendiculairement à la rue Coquerne, dans le haut de la il contenait quelques briques, de rares moellons et des
propriété. À l'arrière plan, l'édifice érigé au début des années nodules de mortier.
1930 et restauré dès 1946.
Au pied du pignon oriental de la maison sise au no 5
de la rue Coquerne, une fondation imposante a été mise
quasi en son milieu et s'oriente davantage vers le sud-est. au jour. Comme les deux longues structures parallèles
Contre les faces septentrionales de ces maçonneries décrites précédemment, elle butait contre ou servait
bute un remblai terreux, qui recouvre d'ailleurs partiel- d'appui au mur de propriété jouxtant la voirie ; elle filait
lement l'ancienne fondation  ; cette couche rapportée également vers le nord-est. Toutefois, cette maçonnerie
fut recoupée par un radier, construit perpendiculaire- s'en distingue par les matériaux utilisés, sa longueur et
ment aux maçonneries précitées. son niveau d'édification. En effet, ce sont des moellons
À proximité orientale de la rupture d'axe du en pierre calcaire à peine équarris et des briques frag-
soubassement évoqué ci-dessus, deux murs furent mentaires (de teinte orangée à bordeaux) assemblés au
érigés. Parallèles et distants d'environ 1,80  m, ils mortier de chaux (teinte crème à rosé) qui ont été privi-
s'appuient contre les fondations en pierre du mur légiés. Conservée sur sa largeur originelle, soit 0,97 m
délimitant la propriété au sud, en bordure de la rue à la base et 0,55 m au niveau de l'arasement, et sur une
Coquerne, et filent en léger biais vers le nord-est. Bien hauteur d'environ 0,95 m, elle fut dégagée sur près de
que similaires de prime abord, tant par les matériaux 2,60 m de long. Son extrémité septentrionale, préservée,
que les axes, ces maçonneries comportent quelques correspondrait peut-être à un retour orienté vers l'ouest
particularités pouvant trahir des modifications volu- sur lequel reposerait l'extension de la maison voisine.
métriques ou l'appartenance à deux édifices distincts, Bien que la présente structure ne s'imbrique pas dans
probablement érigés l'un après l'autre. le long radier bordant la voirie, contrairement aux deux
Ainsi, le mur situé à l'ouest se compose d'un radier longs murs dégagés à l'est, une association (imbrication,
de fondation et d'un soubassement. Le radier, d'une butée, appui) avec l'élévation qui y reposait n'est pas à
largeur estimée à 0,63  m et d'une hauteur de 0,39 à exclure ; si tel est le cas, sa longueur initiale oscillerait
0,45  m, est constitué de briques fragmentaires ainsi autour de 3,70 m. Ce qui apparaît clair par contre, c'est
que de moellons en pierre calcaire et en petit granit le fait qu'elle ait été construite sur un remblai terreux
(communément dénommé « pierre bleue ») noyés dans d'au moins 0,90  m d'épaisseur incluant des fragments
du mortier de chaux. Quant au soubassement, épais de matériaux (briques, ardoises et tuiles plates), de
de 0,54 m, conservé sur une hauteur de 0,42 m et une même que quelques rares coquilles (huîtres et moules),
longueur d'au moins 10 m, il fut réalisé à l'aide de maté- des ossements animaux et des débris de céramiques, le
riaux mixtes, à savoir des pierres taillées en petit granit tout recouvert, du moins à l'est, d'un dépôt moins épais
(récupérées) sur une section de la face orientale et des (0,27 m) de terres noires intégrant du mortier, de petits
briques (dim. : 21 × 10 × 6 cm) bien appareillés, liées moellons, du verre…
au mortier de chaux de teinte ocre, pour le reste. Ces
caractéristiques et le débordement du radier vers l'est Description du pignon de la maison sise au no 5
autorisent à supposer que l'intérieur de l'espace auquel
appartiendrait cette maçonnerie (bâtiment ou cour) Étrangement, le pignon oriental de la maison portant
se déployait vers l'ouest. Un remblai épais de plus ou le no  5 paraît être imbriqué dans les soubassements
moins 0,36 m, incluant un fragment de jatte en faïence, en moellons et le mur de façade mais uniquement à
et des couches successives de condamnation ont été partir de l'étage soit à environ 2,30  m au-dessus de
observés à proximité immédiate mais aucun niveau de l'aire actuelle de circulation publique ; entre les deux
56

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

téristiques trahissent une fabrication pouvant remon-


ter au 16e  siècle, elles n'excluent toutefois pas une
récupération de matériaux.
Deux baies dotaient cette élévation : l'une à l'étage,
rebouchée, et l'autre au niveau du grenier, juste sous
la pointe de toiture ; la seconde a pu être percée tardi-
vement. Leurs linteaux et seuils sont en petit granit
taillé ; la fenêtre supérieure, plus grande, est surmontée
d'un arc de décharge.
Par la suite, le pignon fut rehaussé, probablement
dans le cadre d'une extension du corps de logis.
Progressivement, elle s'étendit vers le nord sur plus
de 4,30  m et vers l'est sur près de 1,60  m à la base.
La partie inférieure de cet agrandissement n'est pas
imbriquée dans le pignon originel mais buterait contre
lui, en formant un angle extérieur aigu. Autant la
section méridionale fut érigée à l'aide de briques aux
dimensions variées, autant son retour oriental est
constitué essentiellement de moellons à peine équar-
ris  ; quelques briques bien cuites, de teinte bordeaux
(dim. : 21 × 9 × 5,5 cm) ont également été employées.
Ce retour était percé d'une baie haute de 0,85 m et large
de 0,64  m, pour une profondeur d'au moins 0,15  m.
Ses linteau (dim. : 0,89 m, en deux parties de 0,64 et
0,22 × 0,085 × au moins 0,15 m) et seuil (dim. : 0,72 ? ×
0,14 × au moins 0,14 m) en petit granit maintenaient
Nivelles : vue rapprochée du pignon oriental de la maison trois barreaux métalliques de section quadrangulaire
bordant le site et des structures dégagées à proximité.
(2 cm de côté), placés verticalement. Elle fut condam-
née par une maçonnerie dans les deux tiers supérieurs
extrêmes, une limite franche, comme retravaillée, ainsi que par l'encastrement d'une structure moderne
est observable. Cette particularité pourrait être la et le placage de béton.
conséquence d'un remaniement de la façade (dim. Les élévations en briques que ces bases supportent
des briques  : 20/22  × 10/11  × 5,5  cm), associé ou ont été érigées en retrait vers l'intérieur, ce qui rédui-
non à l'édification du mur de clôture des jardins qui sit les dimensions externes à 1,43  m pour l'un et au
devinrent propriété de l'Institut. moins 4,10 m pour l'autre. Sur la section méridionale,
L'allure du pignon originel est toujours visible. D'une la réduction consiste en un plat  ; du côté oriental,
longueur supérieure à 3,60 m, il est de type à épis et cette différence est soulignée par une double assise
était probablement débordant, doté de consoles à la de briques posées sur chant et de biais, probablement
base des deux pans comme en témoignerait la pierre réalisée pour évacuer les eaux ruisselantes (dim.  :
enchâssée à la jonction avec la façade côté voirie. La pente proche de 45° et large de 0,35 m). Les maçonne-
trace d'une plate-forme démolie, dont la partie sommi- ries furent réalisées à l'aide de mortiers à la chaux mais
tale correspondait à la mi-hauteur de l'étage de l'habi- les rejointoiements et réfections récentes l'ont été avec
tation, constitue une limite entre ce qui fut préservé en usage d'un mortier au ciment.
l'état depuis quelques décennies dans la partie basse, La fondation en moellons mise au jour près du
avec utilisation d'un mortier de chaux de teinte crème pignon et l'épais remblai sur lequel elle reposait
claire, et le registre supérieur, jusqu'au faîte de toiture furent recoupés par une tranchée, ouverte dans le but
moderne, remanié notamment comme l'attestent d'enduire ledit pignon et son extension d'un mortier
divers rejointoiements récents au ciment. d'étanchéité au ciment. Les pierres posées contre ce
Bien que les textures et nuances des briques soient pignon et sur la rigole aménagée dans le bas devaient
variables, allant d'une structure friable à très cuite et probablement garantir un drainage suffisant.
d'une teinte très orangée à rougeâtre sombre voire Plus proche de nous dans le temps, les divers aména-
gris-mauve, les gabarits semblent eux réguliers avec gements commandités par l'institution scolaire ont
des dimensions nettement supérieures à celles de la largement perturbé les quelques témoins d'occupa-
façade (dim.  : 26  × 12,5/13  × 5,5  cm)  ; si ces carac- tions antérieures dans ce secteur.
57

Toutes périodes Brabant wallon

Quelles conclusions tirer de cette Remerciements


intervention ?
Cette intervention, aussi courte fut-elle, n'aurait pu
En confrontant la répartition des vestiges révélés par être menée sans Vincent Humé, opérateur au sein du
les terrassements et les quelques archives disponibles, Service de l'archéologie et coéquipier durant l'interven-
il apparaît clairement que les structures majeures tion. Qu'il en soit remercié ainsi que Martine Soumoy,
décrites dans la présente notice sont toutes d'époque responsable du Service de l'archéologie de la Direc-
moderne. En outre, à l'exception de cette maçonne- tion extérieure du Hainaut 1, qui a accepté que notre
rie à peine dégagée en bordure immédiate de la rue collègue Christophe Leduc, technicien au sein de son
Coquerne, ayant pu servir d'assise pour un mur de équipe, apporte son aide pour les relevés de terrain.
propriété et d'appui pour les deux longs murs porteurs Notre reconnaissance s'adresse également
perpendiculaires, les faits mis au jour incluent des à M.  Francy  Glineur, architecte à Souvret, et
matériaux recyclés, récupérés, tels des moellons en M. Yannick Cimino, conducteur de chantier auprès de
petit granit. Dès lors, les vestiges se situeraient chro- l'entreprise Theret et Fils s.a., pour leur compréhension.
nologiquement entre le 16e siècle au plus tôt et la fin
du 18e  siècle, la carte de Ferraris illustrant du bâti Bibliographie
dans ce secteur, notamment un édifice érigé en long ■■ Osterrieth M., 2010. Le patrimoine de Nivelles, Namur
et axé sud-ouest/nord-est. Quant à une attribution (Carnets du Patrimoine, 74).
structurelle, il est tentant de les associer à la grange de ■■ Osterrieth M., Horbach R. & Triquet A., 2007. Le Petit-
la Maison hospital de Dieu et de xii apostels condist le Saint-Jacques hier et aujourd'hui, Nivelles, Nouvelles Imprime-
Charité ou la demeure de l'abbaye de Floreffe, sinon ries Havaux.
les deux. Si tel est le cas, au regard de leurs caracté- ■■ Vanderwauwen E., s.d. Institut du Sacré-Cœur. Son
ristiques, dont les longueurs, les pignons devaient être origine – Son histoire – Son avenir, Nivelles (http://www.
situés au sud, jouxtant la rue Coquerne, et au nord. iscnivelles.be/v3/?page_id=54, consulté le 4  octobre 2016).
Que ces maçonneries aient appartenu à des bâtisses et/
ou des limites de propriétés, l'espace qui les sépare est Sources
interpellant  ; il peut s'agir d'une venelle, un accès tel ■■ Atlas cadastral de Belgique publié par P.-C. Popp (1842-1879),
que celui qui semble avoir existé entre le pignon occi- plan parcellaire de la commune de Nivelles.
dental de la maison en contrebas et la demeure qui la ■■ Cadastre de l'intra-muros de Nivelles, non daté (peut-être
précédait en montant la rue (Cadastre de l'intra-muros entre 1810-1815 et 1830) et non signé (Musée archéologique de
de Nivelles, non daté). Toutefois, est également plau- Nivelles).
sible l'emprise d'une extension vers l'est ; cette modi- ■■ Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens (1771-1778) de
fication a pu engendrer un rehaussement du ou des Joseph-Johann-Franz Comte de Ferraris, Nivelles, pl. 79.
niveaux de circulation. Une troisième éventualité peut
être que l'un des deux murs soit le vestige d'une limite
de propriété ; rappelons à ce sujet la rupture d'orienta-
tion du mur longeant la voirie d'une part et l'inscrip- Orp-Jauche/Énines : suivi négatif sur le
tion dans les plans cadastraux du 19e siècle d'un tracé site néolithique du « Chêne au Raux »
prenant naissance en ce point et filant vers le nord-est,
suivant un axe similaire à celui de ces deux structures,
d'autre part. Dominique Bosquet
En ce qui concerne la maison sise au no 5, son exten-
sion au début du 19e  siècle devait correspondre à un Le suivi a été effectué le 14  septembre 2015 rue Bois
souhait d'agrandir l'espace habitable, le bien ne portant des Fossés, en face du no  43 (coord. Lambert  72  :
qu'une seule référence sur le plan cadastral non daté. 189648  est/153698  nord). Il a été occasionné par la
Quelques décennies plus tard par contre, la propriété construction d'une maison unifamiliale sans caves,
semble avoir été scindée, comme le suggèrerait le plan mais avec vides ventilés, citerne d'eau de pluie et
cadastral établi par P.-C.  Popp, mais le propriétaire chambre siphon pour les eaux usées par la société
était le même pour l'ensemble, à savoir un certain Maisons Compère, pour le compte de M.  E.  Chaves
Jean-Baptiste Decorte, marchand de grain à Nivelles. de  Sousa et Mme  E.  Joiris. Les terrassements ont
Enfin, les extensions et remaniements commandités couvert environ 120 m² sur une parcelle de 788 m².
par l'institution scolaire le long de la rue Coquerne, La zone touchée par les travaux est contiguë au site
surtout depuis le dernier quart du 20e siècle, ont large- Michelsberg bien connu du « Chêne au Raux » (Néoli-
ment gommé une part du patrimoine qui subsistait. thique moyen, vers 4500 av. notre ère). Celui-ci a fait
58

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

l'objet de trois campagnes de fouilles entre 1994 et à Jauche. Les deux carrières dont il est question ici ont
1996 (Burnez-Lanotte, Lasserre & Van Assche, 1994 ; été découvertes à la suite d'un effondrement de terrain
1995  ; Burnez-Lanotte et al., 1996-1997), mais cette (2015) dans un jardin privé rue de Folx-les-Caves
période de la Préhistoire reste très peu documentée (parc. cad. : Orp-Jauche, 2e Div., Sect. B, no 261 ; coord.
en fouille en Belgique, d'où la nécessité de ne prendre Lambert  72 : 191485  est/152196  nord). Elles ne sont
aucun risque quant à la destruction de vestiges, fût-ce actuellement plus accessibles, la zone effondrée ayant
sur une surface aussi faible que celle des travaux ayant été rebouchée.
fait l'objet de ce suivi. Le trou formé par l'effondrement, dans lequel le
La découverture réalisée a fait apparaître un horizon contenu d'un étang s'est entièrement déversé, présentait
Bt holocène bien conservé et le sondage réalisé pour une section d'environ 3 × 3 m et était profond de 6 m
implanter les citernes montre une épaisseur de lœss jusqu'au sommet du cône d'éboulis. Le réseau de gale-
de 2  m, reposant sur un cailloutis tertiaire criblé de ries accessible correspond à deux carrières différentes
galets de silex, situation classique en Brabant wallon. qui se recoupent (coupe B-B'), chacune étant munie
Le taux d'érosion n'a pas pu être évalué, mais il est très d'un unique puits d'accès. Les deux puits, distants l'un
probablement dans la moyenne de ce qui s'observe sur de l'autre de 15  m, sont colmatés de limons argileux
les terrains agricoles de Hesbaye, soit autour de 60 cm. bruns. Ces marnières ont une profondeur d'exploita-
Du point de vue de la conservation des vestiges, le tion légèrement différente : le sol de la carrière la plus
potentiel archéologique de la zone est donc réel, mais petite, probablement la plus ancienne, est environ 1 m
aucun fait archéologique n'a été mis au jour, ce qui plus bas que celui de la seconde carrière. Les galeries
est peu surprenant vu la faible surface touchée par les de la petite carrière sont également moins hautes et
terrassements. moins larges.
Le puits d'entrée de la carrière  1 fait 1,05  m de
Bibliographie diamètre. Il débouche au milieu d'une galerie longue
■■ Burnez-Lanotte L., Lasserre M., Clarys  B., d'environ 12 m, orientée nord-ouest/sud-est. Un cône
Van Assche M., Doutrelepont J. & Havard C., 1996-1997. d'éboulis constitué de craie, de blocs de silex et de
Orp-Jauche/Énines : « Chêne au Raux », enceinte Michelsberg, limon argileux se trouve à la base du puits. Des plaques
Chronique de l'Archéologie wallonne, 4-5, p. 5-6. de craie se sont détachées du plafond localement. La
■■ Burnez-Lanotte L., Lasserre M. & Van Assche M., 1994. galerie principale présente quatre courtes galeries
Orp-Jauche/Énines : « Chêne au Raux », enceinte Michelsberg, secondaires, disposées symétriquement de part et
Chronique de l'Archéologie wallonne, 2, p. 6-8. d'autre du puits d'accès. La hauteur des galeries varie
■■ Burnez-Lanotte L., Lasserre M. & Van Assche M., 1995. de 2,5 à 2,7 m et leur largeur de 1,6 à 2 m. La craie a
Orp-Jauche/Énines : « Chêne au Raux », enceinte Michelsberg,
Chronique de l'Archéologie wallonne, 3, p. 6-7.

Puits d’entrée
carrière 1

Orp-Jauche/Jauche : découverte de deux Puits d’entrée


B’

marnières
carrière 2
B

A
Olivier Vrielynck, Luc Funcken
et Frédéric Van Dijck Effondrement
2015
A’

La région d'Orp-Jauche est connue pour ses marnières


souterraines qui sont régulièrement à l'origine d'effon-
drements de terrain. Hormis celles, particulièrement
grandes, de Folx-les-Caves, peu de ces carrières sont A A’

connues et accessibles. La plupart du temps, les effon-


drements sont rebouchés sans que soit fait le relevé des
galeries éventuellement mises au jour. Seule exception, 0 5m
B B’

une carrière située sous un champ à la sortie de Jauche


en direction de Folx-les-Caves et découverte en 2011
(Vrielynck et al., 2013). L'aménagement de son puits Jauche : plan schématique des deux marnières et coupes
A-A' et B-B' réalisées dans l'axe des galeries.
d'entrée en fait actuellement la seule carrière accessible
59

Toutes périodes Brabant wallon

été creusée à l'aide d'un outil présentant un tranchant Ottignies-Louvain-la-Neuve/Ottignies :


large de 1,5  cm. Hors cône d'éboulis, une couche de évaluation négative rue de la Baraque à
boue d'au moins 10 cm d'épaisseur recouvre le sol des
Louvain-la-Neuve 
galeries.
C'est au niveau de la plus courte de ses galeries
secondaires que cette marnière a été recoupée par Dominique Bosquet
une seconde carrière plus vaste. Celle-ci a une orga-
nisation différente de la première, moins régulière. Cette évaluation fait suite à l'intervention préventive
Les galeries y sont plus larges et hautes. Le puits réalisée en 2014 sur le chantier de la future gare
d'entrée présente un diamètre de 1,2 m. Il débouche RER (Timmermans, Van  Nieuwenhove & Bosquet,
sur une galerie longue de 23 m, qui possède la même 2015), sur une petite surface destinée à recevoir
orientation que la galerie principale de la première d'importants remblais, située entre le chantier en
carrière. Cette galerie est entièrement colmatée vers cours et la rue de la Baraque (coord.  Lambert  72  :
le nord. Un sondage manuel semble indiquer qu'elle 167852,9  est/151363,7  nord). L'investigation a été
se termine à 4 m du puits. Au sud, la galerie présente réalisée à la demande de l'entrepreneur (Valens) qui a
trois embranchements vers l'est et le sud-est, longs mis ses moyens techniques à la disposition du Service
respectivement de 12  m, 5  m et 4,3  m. Enfin, une de l'archéologie de la Direction extérieure du Brabant
dernière galerie, parallèle à la première et longue de wallon (DGO4  / Département du patrimoine) durant
6,7  m, relie les deux premiers embranchements. Le une journée. Rappelons que l'intervention archéologique
développement total de cette seconde carrière atteint précédente fut menée sur une zone en grande partie
52 m. Les galeries sont larges de 2 m à 3,85 m et leur détruite par les travaux et ce malgré les dispositions
hauteur atteint par endroits 3,7  m. Des traces de inscrites dans le permis d'urbanisme (Timmermans,
pioche sont visibles sur les parois. Une petite niche est Van Nieuwenhove & Bosquet, 2015, p. 55).
présente dans le premier embranchement, à environ La parcelle, d'une superficie de 3 000 m², correspond
1,2 m du sol (larg. 1 cm, prof. 10 cm, haut. 30 cm). au bas d'un versant exposé au nord-ouest, en pente
La pratique du marnage des champs remonte à assez prononcée et occupé par une pâture au moment
l'époque romaine, s'est généralisée au 17e  siècle et a de l'évaluation.
perduré jusque dans la première moitié du 20e siècle Celle-ci a consisté en l'ouverture de trois tranchées
(Dudouble & Verlut, 2002  ; Préfecture de l'Eure, parallèles, qui se sont révélées négatives.
s.d.). La datation des carrières découvertes à Jauche
est difficile à établir. Aucun objet contemporain de Bibliographie
l'exploitation n'a été découvert. La présence de deux ■■ Timmermans J., Van Nieuwenhove B. & Bosquet D., 2015.
marnières non contemporaines qui se recoupent Ottignies-Louvain-la-Neuve/Louvain-la-Neuve : évaluation à
témoigne peut-être d'un mode d'exploitation plus l'emplacement du parking RER, Chronique de l'Archéologie
simple (et plus prudent) à une période plus ancienne. wallonne, 23, p. 55-56.

Bibliographie
■■ Dudouble A. & Verlut R., 2002. Les marnières, s.l.,
AREHN, éd. Résonnance, 4 p. (www.arehn.asso.fr/publications/ Rebecq/Bierghes : suivi négatif lors de
cpa/cpa22.pdf, consulté le 5 octobre 2015). la création d'une pelouse de dispersion
■■ Préfecture de l'Eure, s.d. Gestion et prévention des risques dans le cimetière paroissial
liés aux cavités souterraines dans l'Eure, s.l. (http://www.eure.
gouv.fr/content/download/2375/15761, consulté le 5  octobre
2015). Didier Willems
■■ Vrielynck O., Delaby S., Funcken L. & Van Dijck F., 2013.
Orp-Jauche/Jauche : la carrière souterraine de « Renau-Fossé », À Rebecq, et plus précisément sur la localité de Bier-
Chronique de l'Archéologie wallonne, 20, p. 40-41. ghes, se dresse le long de la chaussée d'Enghien une
petite église paroissiale dédiée à saint Martin. Les
parcelles la jouxtant au nord accueillent le cimetière et
la morgue (parc. cad. : Rebecq, 2e Div., Sect. B, nos 12,
13b et 14e ; coord. Lambert : 134105 est/154598 nord).
Les incinérations étant de moins en moins marginales,
l'Administration communale prit la décision de démolir la
morgue pour la remplacer par une pelouse de dispersion.
60

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Contexte historico-patrimonial d'eau il y avait, elle n'avait pas encore été touchée. De
prime abord, les niveaux atteints suffisaient pour réali-
Bien que l'église soit un ensemble architectural de style ser le projet. Aucun vestige ancien n'a été observé.
classique, érigé en moellons, briques et pierres bleues, Les opérateurs de l'entreprise n'étaient plus sur place
daté assurément du troisième quart du 18e  siècle pour fournir de plus amples informations. Pour la
comme la cure qui lui est associée, édifiée elle en 1763 documentation du Service, un petit reportage photo-
selon un millésime (Bierghes, 1974), rien n'exclut une graphique a été effectué dans et autour du cimetière.
antériorité. En effet, l'édifice religieux est doté d'un À travers cette très courte notice, que soient remerciés
portail de style Louis XVI et abrite du mobilier ainsi M.  Tony  Piron, de l'Administration communale de
que des pierres tombales des 16e-17e siècles. En outre, Rebecq, de même que M. Jean-Pierre Jouret, patron de
il était jadis lié à l'abbaye de Saint-Denis en Brocque- la société B Construct sprl.
roie qui y jouissait d'un droit de collation depuis 1222.
Incluse dans le doyenné de Hal, diocèse de Cambrai, Bibliographie
la paroisse fut rattachée à l'archevêché de Malines ■■ Bierghes, 1974. Bierghes. Égl. paroiss. St-Martin. In : Province
après le Concordat en 1801 (Evrard, 1994, p. 168-169). de Brabant. Arrondissement de Nivelles, Liège (Le Patrimoine
Signalons qu'au 19e  siècle, la commune de Bierghes monumental de la Belgique, 2), p. 42-43.
était intégrée au canton de Hal, arrondissement de ■■ Evrard L., 1994. Répertoire des églises du Brabant wallon,
Bruxelles (Recueil, 1823) ; elle n'en fut détachée qu'en Lasne, éd. de l'A.R.C.
1962. Lors de la fusion des communes de 1977, elle fut ■■ Recueil, 1823. Recueil des lois et actes généraux du gouver-
associée à Rebecq. nement, en vigueur dans le Royaume des Pays-Bas, 3e  série, 6,
Enfin, pour ne pas confondre ce lieu de culte avec Bruxelles.
celui de Quenast, lui aussi dévolu à saint Martin, il
fut également placé sous le patronage de saint Pierre
(Evrard, 1994, p. 168).
Tubize/Tubize : occupations
L'intervention et son résultat protohistorique, romaine et médiévales à
Stéhou
Un membre de l'équipe du Service de l'archéologie de
la Direction extérieure du Brabant wallon (DGO4  /
Département du patrimoine) s'est rendu sur place le Dominique Bosquet, Olivia De Staercke,
mercredi 7 janvier 2015 en début d'après-midi. La base Véronique Moulaert et Marie-Laure Van Hove
des murs de la morgue avait été maintenue et la dalle
de fond n'avait pas été perturbée. En outre, des tâches Introduction
ponctuelles de maçonnerie avaient été effectuées très
récemment, voire le matin même. Le site a été découvert lors d'une évaluation menée
Selon les informations recueillies au préalable, le par le Service de l'archéologie de la Direction
sous-sol sous et autour de la morgue était déjà perturbé extérieure du Brabant wallon (DGO4 / Département
par la présence d'une citerne à eau de pluie. Si réserve du patrimoine) préalablement à la construction d'un
lotissement de 25  ha par la société Evillas (Bosquet
et al., 2015). Il se situe non loin du hameau de Stéhou,
entre la chaussée de Mons, la rue de Stimbert et la
ligne SNCB 96 Bruxelles-Quévy. Partiellement
financée par l'aménageur, la fouille extensive d'une
zone riche en vestiges est menée en collaboration
avec l'asbl Recherches et Prospections archéologiques
(RPA). Elle a débuté en février 2015 et se terminera
en avril 2016.
Les occupations sont implantées sur le bord oriental
d'une large crête qui domine le ruisseau de Cœurcq
coulant à l'est, tandis que 750  m à l'ouest de la crête
coule la Senne. Le point le plus haut culmine au milieu
de l'emprise à 82,5 m d'altitude et le plus bas corres-
Cimetière paroissial de Bierghes : vue générale de l'ancienne pond au bord oriental du futur lotissement, situé à une
morgue démolie.
altitude de 60 m.
61

Toutes périodes Brabant wallon

Vers la chaussée de Mons

F130

F95

Bat. 1
F95

Limite de la fouille
Faits non datés
F95

Fosse La Tène
F 95
Période romaine
13e-14e siècles
Bat. 2
14e-15e siècles

Fouilles en cours 2016

10 m

Tubize, Stéhou : plan des fouilles.

L'évaluation a couvert 15 ha sur les 25 ha du projet à la chaussée de Mons. Il s'agit de fosses et de trous
immobilier, les 10 ha restants étant occupés par d'im- de poteaux. Pour ces derniers aucun plan ne se
portants impétrants ou n'étant pas menacés de destruc- distingue de façon évidente actuellement. Les coupes
tion. Les faits mis en évidence lors du diagnostic se effectuées montrent des poteaux porteurs assez
concentraient essentiellement sur une zone de 1,5 ha –  voire très  – imposants, dont certains sont inclinés.
dont 9  000  m² directement menacés de destruction Ces faits présentaient tous d'épaisses lentilles de
par le lotissement. En conséquence, quatre décapages compression et contenaient, pour certains, du matériel
extensifs couvrant 8  467  m² au total ont été réalisés, détritique, notamment de la céramique située entre le
mettant au jour 345 faits anthropiques : fossés, fosses, 1er et le 2e siècle de notre ère (F. Hanut, Direction de
trous de poteau et fondations en pierres d'au moins l'archéologie, communication personnelle). Aucun des
deux bâtiments. Dans l'état actuel d'avancement de la fossés présents sur la frange ouest de la fouille n'a pu
fouille et à l'exception d'une fosse protohistorique, les être daté de façon sûre jusqu'ici, mais il est possible que
vestiges datés concernent les périodes romaine (1er et certains puissent être attribués à la période romaine
2e  siècles de notre ère) et médiévale (entre les 13e et également, de même que d'autres fosses.
15e siècles), mais une majorité de structures en creux ne
sont pas encore datées de façon fiable. La chronologie La période médiévale
ne pourra être précisée qu'à l'issue des travaux de post-
fouille, en cours actuellement. La plus grande partie des faits mis au jour peut être
Rappelons enfin qu'aucun site archéologique n'était attribuée à cette période, notamment deux bâtiments
connu à cet endroit (Bosquet et al., 2015). (Bât. 1 et Bât. 2), un chemin dirigé en droite ligne vers
la chaussée de Mons (F130) et un vaste dépôt détri-
La période romaine tique (F95).
Le fait F95, dont le contour est diffus et très sinueux,
À ce stade de l'investigation, les faits romains semblent couvre au minimum 300 m². En coupe, sa profondeur
se concentrer essentiellement sur une bande de 30 à est de 40 cm à 50 cm autour du bâtiment 1 et diminue
40  m de large à l'ouest de la fouille, parallèlement graduellement au fur et à mesure qu'on s'en éloigne.
62

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

de schiste soigneusement appareillées à


sec, sans tranchée de fondation. L'édifice
étant construit dans la pente, une petite
terrasse horizontale a été aménagée préa-
lablement au montage des murs. Ceux-ci
dessinent un plan rectangulaire de 2,5 m
sur 4,3  m délimitant un espace interne
exigu d'à peine 6,5  m². La fonction de
cette construction est encore indéter-
minée, mais on pense au soubassement
Sondage d'un four ou d'une petite porcherie, les
Berme non fouillée deux installations pouvant éventuelle-
ment coexister (Fock et al., 2008, p. 143).
2m Une série de prélèvements ont été effec-
tués sur le niveau de circulation à l'inté-
Tubize, Stéhou : relevé pierre à pierre du bâtiment 1 (14e-15e siècles).
rieur du bâtiment, qui se présente sous
la forme d'une surface indurée couverte
Le remplissage est constitué d'une couche unique de d'une croûte d'oxyde de fer. Les analyses micromor-
couleur grisâtre, due en partie à la présence de cendre phologiques et des phosphates à venir devraient
et de charbon de bois, et contenant de la céramique, apporter des éléments d'interprétation de la fonction
des matériaux de construction (ardoise, brique/tuiles de cet édifice.
en fragments, petits blocs de calcaire), de rares objets La céramique associée à F95, aux bâtiments 1 et 2 et
métalliques et quelques ossements. Ce matériel est au chemin F130 permet de les situer de façon prélimi-
distribué de façon aléatoire au sein de F95, avec des naire entre la fin du 14e siècle et le début du 15e siècle
zones riches en matériel et d'autres qui n'en livrent pas. (S. Challe, Direction de l'archéologie, communication
En l'absence de toute trace de creusement, cette unité personnelle).
détritique correspondrait à une micro-dépression Une série de fosses, découvertes pour la plupart
naturelle comblée progressivement par les rebuts liés lors de sondages effectués dans F95, correspond à une
aux activités menées dans Bât. 1 qui en occupe le centre. occupation antérieure aux vestiges des 14e-15e siècles.
Ce bâtiment est constitué d'une série d'alignements Ces faits ont été relevés en plan mais n'ont pas pu être
et d'amas de dalles de schiste, ces derniers étant fouillés. En effet, le niveau du fond de coffre ayant été
vraisemblablement liés à des effondrements. Le plan atteint en maints endroits, il n'était pas possible de
est malaisé à définir, soit qu'il s'agisse d'un bâtiment vider l'entièreté de F95 sans hypothéquer gravement
comprenant plusieurs pièces, soit de plusieurs la stabilité du terrain. Seuls quelques sondages en
bâtiments contigus. Les parties correspondant à des long ont été ouverts, occasionnant la découverte
fondations en place sont conservées sur une ou deux d'une partie seulement de l'occupation antérieure.
assises, appareillées à sec et sans tranchées de fondation. Fort heureusement des récipients de céramique, assez
Le bâtiment 2, mieux préservé, est constitué d'assises complets pour certains, on été recueillis au niveau
d'une quarantaine de centimètres de hauteur en dalles du décapage, permettant de situer cette première
occupation médiévale aux 13e-14e  siècles (S. Challe,
communication personnelle).

Conclusion

La présence sur le site de Stéhou de vestiges romains,


qui s'ajoutent à plusieurs sites de cette période sur le
territoire de Tubize à proximité de la chaussée de Mons
(Dewert, Fourny & Van Assche, 1990-1991), étaye
l'idée d'une origine romaine de cette voie. Quand aux
vestiges médiévaux, ils sont très probablement à mettre
en lien avec le fief seigneurial de Renarbus, qui relevait
de l'abbesse de Nivelles et dont les détenteurs sont
connus depuis le début du 13e  siècle (De  Brabanter,
Le bâtiment 2 en cours de fouille.
1998  ; Hoebanx, 1952). Les études et analyses à
63

Toutes périodes Brabant wallon

mener sur le matériel et les prélèvements issus des


fouilles permettront ainsi un apport non négligeable
de données neuves sur l'histoire ancienne de cette
commune et, plus largement, de l'ouest du Brabant Cou
pe 1
wallon. À la demande de la commune, ces acquis
devraient être mis en valeur dans le cadre d'un petit
parcours archéologique qui serait aménagé à l'entrée

renu
Terv
du lotissement et que le promoteur, la société Evillas, a

e de
Chaussée de Bruxelles

u ssé
accepté de financer.

Ch a
Cou
pe 2

Bibliographie
■ Bosquet D., Delporte L., Van Hove M.-L. & Lozet S., 20 m
2015. Tubize/Tubize : évaluation positive à proximité de Stéhou,
Chronique de l'Archéologie wallonne, 23, p. 56-59. Waterloo : emplacement des deux coupes observées par
■ De Brabanter C., 1998. La seigneurie de Renarbus, Tubize rapport à l'emprise du projet immobilier (trait en gras)
reporté sur l'orthophotoplan (2012-2013).
et son passé, 12.
■ Dewert J.-P., Fourny M. & Van Assche M., 1990-1991.
Découverte d'une bouteille en verre gallo-romaine à Braine- lorsque la majeure partie de l'emprise, soit 120 000 m²,
le-Comte au lieu-dit «  Favarge  » (Ht.), Vie archéologique, 36, avait déjà été terrassée jusqu'à grande profondeur. Il a
p. 44-51. cependant été possible de relever deux coupes visibles
■ Fock H., Remy H., Goffioul C. & Bosquet D., 2008. Les sur les talus nord (coupe 1) et sud (coupe 2) de l'ex-
traverses du temps. Archéologie et TGV. Catalogue d'exposition, cavation. Après un nettoyage rapide, les deux profils
Namur, Service public de Wallonie, 161 p. ont fait l'objet d'un enregistrement photographique et
■ Hoebanx J.J., 1952. L'abbaye de Nivelles des origines au d'une description succincte.
xive siècle, Bruxelles, Académie royale de Belgique (Classe des
Lettres et des Sciences morales et politiques, Mémoires in-8°, La coupe 1
46/4).

Haute de 2,3 m et large de 1,2 m, elle présente quatre


unités. La base de la coupe pourrait correspondre à un
horizon illuvial du Bt holocène, surmonté d'une unité
Waterloo/Waterloo : fortement bioturbée, avec taches blanches et rouille de
suivi archéologique sur le site de l'ancien dégradation due aux racines, au-dessus de laquelle on
contrôle technique observe une unité plus claire, vestige possible de l'hori-
zon éluvial du Bt  holocène. La moitié supérieure du
profil est composée d'une terre noire riche en matière
Dominique Bosquet et Marie-Laure Van Hove organique, contenant des fragments de briques et/
ou tuiles, des charbons de bois et des petits tessons
Introduction d'allure moderne. Cette unité est interprétée comme
un humus d'origine anthropique (terre de jardin, pota-
La construction, par le groupe Trevi, du complexe Les gers, champs…).
Jardins des Vallons, entre les chaussées de Bruxelles et
de Tervuren (emplacement de l'ancien contrôle tech- La coupe 2
nique ; coord. Lambert 72 : 152415 est/154818 nord)
a été l'occasion, pour le Service de l'archéologie de Trois unités principales sont visibles, sur une hauteur
la Direction extérieure du Brabant wallon (DGO4  / de 6 m et une largeur de 25 m. À la base du profil on
Département du patrimoine), de réaliser un suivi observe une unité sableuse litée, qui correspond très
archéologique les 5 et 7  mai 2015. Le terrain touché probablement à la couverture tertiaire présente à
correspond à un fond de vallon partiellement urba- maints endroits en Brabant wallon. Elle est surmon-
nisé, occupé par une friche arborée et des jardins tée d'une unité lœssique, sorte de dune dans laquelle
situés à l'arrière des habitations. L'emprise empiète sur se sont développés quatre gleys (sols hydromorphes),
le centre ancien de Waterloo tel qu'il apparaît sur la au-dessus desquels s'observe le Bt holocène. Ce dernier
carte de Ferraris, mais aucun site n'est connu à l'em- semble ici très bien conservé, dans la mesure où l'hori-
placement du projet immobilier. Averti après le début zon éluvial, érodé dans la grande majorité des sites, est
des travaux, le Service de l'archéologie est intervenu ici encore visible.
64

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Conclusion

Malgré l'absence de vestiges archéologiques, l'enregis-


trement, même rapide, de coupes telles que celles-ci
représente un intérêt certain dans le cadre d'une poli-
tique d'archéologie préventive. Il permet en effet, en
divers points de la province, de recueillir des données
pédologiques qui conditionnent la présence et le degré
de préservation des sites à une échelle locale. Dans le
cas présent, il semble que le Bt holocène soit très bien
conservé à faible profondeur dans le fond de vallon.
Un humus, potentiellement ancien, est également
présent. La zone devra ainsi faire l'objet d'une surveil-
lance accrue lors de son urbanisation future.

Sources
■■ Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens (1771-1778) de
Joseph-Johann-Franz Comte de Ferraris, Braine la Leud, pl. 78.
Hainaut

Monitoring des minières du Silex's (site de « Petit-Spiennes ») par les ingénieurs du SPW (photo
M. Woodbury, Serv. archéologie, Dir. ext. Hainaut 1).
67

Mouscron

Enghien Petit-Enghien
Ghislenghien

Ath

Antoing
Soignies
Hollain Maubray Belœil
Brunehaut Quevaucamps
Laplaigne Brye
Lesdain
Saint-Amand
Baudour
Gouy-lez-Piéton
Saint-Ghislain Fleurus
Morlanwelz Courcelles
Montrœul-sur-Haine Saint-Symphorien
Hensies Binche Morlanwelz-Mariemont
Aiseau-
Buvrinnes Presles
Genly
Quévy Presles
Honnelles
Quévy-
Roisin le-Grand

Carte administrative des communes de la province du Hainaut visées par les notices.
Commune dont la localité du même nom est concernée
Commune dont la localité du même nom n'est pas concernée
Autre localité concernée

Éditorial
Comme il est difficile de faire plus avec moins, et même avec encore moins ! Bien sûr l'archéologie est un métier de
passionnés qui ne ménagent pas leurs efforts face aux menaces de destruction de vestiges. Mais pour creuser, dessi-
ner, étudier, il faut des équipes et des moyens en nombre suffisant. Or, on déplore de façon générale une baisse des
effectifs valides. Des chantiers pourtant planifiés ne sont pas réalisés faute de personnel ou sont effectués par trois ou
quatre agents, voire deux. Des choix de dossiers sont faits, la solidarité s'organise entre provinces, des fouilles et des
études sont confiées à des institutions mais le constat est là.
L'archéologie a un coût, c'est le prix de la connaissance de l'histoire de nos sociétés. Nous sommes fiers que la nôtre
puisse encore la financer et nous espérons que cela puisse se poursuivre, mais pour combien de temps et de quelle
manière ? Il semble plus aisé aujourd'hui de justifier la défense de l'environnement, bien que l'on puisse, au moins
partiellement, recréer des biotopes et des espaces de vie, au contraire des vestiges disparus…
Certes, une législation permet théoriquement de protéger le patrimoine archéologique mais là aussi, la vigilance
s'impose puisque le CoDT qui remplacera le défunt CWATUP pourrait laisser moins de marge de manœuvre encore
à l'administration. Le zonage préparé laborieusement doit aider les archéologues mais ces derniers sont toujours
dans l'attente de modalités pratiques pour qu'il soit efficient.
Bref, il importe de rester motivés et inventifs pour affronter l'avenir, d'autant qu'une réorganisation des institutions
de gestion du patrimoine est en gestation.
Malgré ces inquiétudes, il ne manque pas de motifs de se réjouir ; le site de Spiennes accueille enfin un centre d'inter-
prétation après des années d'attente et de préparation. L'administration a largement participé à la réalisation du Silex's
en apportant sa collaboration à la Ville de Mons, tout en poursuivant la fouille du puits contenant les restes humains.
68

Chronique de l'Archéologie
l’Archéologie wallonne

Site archéologique de « La Taille Marie » à Aiseau-Presles en cours de fouille (© CReA-Patrimoine/ULB).

Des chantiers ont fourni d'autres résultats remarquables comme à Ath, Quévy, Soignies ou Aiseau-Presles. Un
vaste village d'environ 1 ha, daté du Néolithique ancien, constitue les vestiges des premiers habitats de la ville d'Ath.
Un peu plus loin, les archéologues ont dégagé des éléments de fortification datant probablement du premier quart
du 18e siècle.
À Soignies, dans la Grande Carrière Wincqz où le Centre des Métiers de la Pierre verra bientôt le jour, le Service
de l'archéologie a assuré la surveillance des travaux et a eu ainsi l'occasion unique de relever scientifiquement les
vestiges d'une industrie. Trois mois de fouille à Quévy ont permis de cerner une occupation rurale continue du 8e au
20e siècle. À Aiseau-Presles, l'exploration exhaustive du site gallo-romain de « La Taille-Marie » s'est enrichie en 2015
d'un atelier lié au travail du fer, sans doute l'atelier de production des socs d'araire.
Autre découverte liée à l'artisanat à Enghien avec une nouvelle charbonnière qui alimente la recherche sur les
structures à combustion, longtemps restées énigmatiques.
Outre celles d'Ath et de Quévy, plusieurs fouilles ont livré des données relatives à l'habitat, comme à Pont-à-Celles/
Luttre, à Mons ou à Mouscron. Enfin, grâce à des chercheurs passionnés, de nombreux artefacts, essentiellement
préhistoriques et gallo-romains pour cette année 2015, ont été récoltés et surtout étudiés.
Pour compléter l'information, on ajoutera les chiffres de l'archéologie préventive en Hainaut, soit 13  suivis,
5 évaluations et 9 fouilles, avec une superficie totale évaluée de 22 ha sur 14 communes.
Au risque de se répéter, il est inconcevable de conclure autrement que par des félicitations et des remerciements à
tous les acteurs et défenseurs du patrimoine archéologique.
Nous souhaitons aussi une heureuse retraite à notre collègue Alain Joly qui nous accompagne avec une efficacité et
une bonne humeur jamais démenties depuis 1993, au début de l'opération TGV.

Suivis réalisés à :


Aiseau-Presles/Aiseau ;
Ath/Ath : Athénée ;
Ath/Ath : Esplanade ;
Ath/Irchonwelz ;
69

Hainaut

Comines-Warneton/Warneton : cimetière ;
Courcelles/Gouy-les-Piéton : église Saint-Martin ;
Enghien/Petit-Enghien ;
Fleurus/Brye : chaussée Brunehaut ;
Mons/Mons : rue Cronque ;
Mouscron/Mouscron : château ;
Tournai/Tournai : rue des Maux.

Évaluations réalisées à :


Ath/Ath : rue de la Sucrerie ;
Ath/Ah : rue des Haleurs ;
Frameries/Frameries : zoning du Crachet ;
Quévy/Quévy-le-Grand : couvent ;
Saint-Ghislain/Baudour : Douvrain.

Martine Soumoy

Fouille en cours de la grande scierie de l'ancienne Grande Carrière Wincqz à Soignies (photo N. Authom, Serv. archéologie, Dir. ext.
Hainaut 1).
71

Préhistoire Hainaut

PRÉHISTOIRE
Antoing/Maubray : matériel lithique au
lieu-dit « Polissart »

Marianne Delcourt-Vlaeminck
et Christian Fourmeaux

Lors de prospections au lieu-dit «  Polissart  »,


C. Fourmeaux a récolté une dizaine de fragments
de haches, ainsi que deux éclats, attribuables au
Néolithique.
Parmi tous les objets permettant de visualiser une
coupe transversale, on ne trouve qu'un seul fragment
proximal de section lenticulaire, à bords convergents
polis et talon arrondi. Cinq parties mésiales sont à
bords équarris suite à un facettage de ceux-ci allant
parfois jusqu'à un très net aplatissement, comme c'est
le cas de la pièce inv. 17544 mais surtout de l'exem-
plaire inv. 17545 où le méplat atteint une largeur de
7,5  mm. Les quatre autres fragments mésiaux, ne
présentant pas l'amorce d'un bord, ne permettent
pas de savoir si l'outil à l'origine était de section Tableau présentant les fragments de haches polies avec leurs
caractéristiques.
lenticulaire ou à bords équarris. Apparemment, c'est
ce dernier type (hache à bords équarris, aplatis par
polissage) qui prédomine à « Polissart ».

Fragments mésiaux polis (inv. 17544 et 17545). Dessin P. Bastien.


72

Chronique de l'Archéologie wallonne Préhistoire

Brunehaut/Hollain : récoltes 2015 gris, de section triangulaire à étroite nervure dorsale,


négatif d'un enlèvement antérieur. Les bords ébréchés
conservent le reliquat d'une retouche courte abrupte.
Marianne Delcourt-Vlaeminck, Le sixième (inv. 17528), en matériau local, est une
Christian Fourmeaux et Philippe Soleil partie proximale de lame épaisse ayant conservé un
bulbe saillant et quelques retouches ventrales abruptes
De récentes prospections à Hollain entre la Pierre sur le bord droit.
Brunehaut et l'ancienne ligne de chemin de fer, sur un Le groupe des percuteurs comprend trois éléments,
secteur que les chercheurs nomment « Le champ aux dont deux confectionnés sur fragments de haches.
poignards », ont à nouveau livré du matériel en silex. De la première (inv. 17558), relativement épaisse,
Le site a fourni plusieurs fragments de poignards et subsistent deux restes de bords facettés, les flancs ayant
de lames. Trois sont en silex pressignien. Le premier servi à la production d'éclats ; l'objet, en silex gris genre
est un fragment distal de section trapézoïdale apla- Spiennes, porte des traces de percussion à la périphérie,
tie (inv.  17526  ; 1). La pièce, aux bords ébréchés, tout comme le deuxième fragment de hache en forme
se termine par une pointe robuste, acérée, aména- de palet circulaire, en matériau local (inv. 17559). Le
gée par retouches semi-abruptes  ; le silex brun clair troisième élément (inv.  17531) en silex local est de
(code Munsell 10YR  6/3), mal silicifié, est de texture forme globulaire ; nucleus à éclats laminaires au départ,
grenue et révèle à la loupe binoculaire un gel interne il a servi de percuteur.
de type packstone. Le second (inv. 17524) est un frag- Un « percuteur » globuleux (inv. 17532 ; 3) présente
ment mésial sur lame de section triangulaire aux bords des traces d'usure sur son sommet arrondi, raison pour
aménagés par longue retouche abrupte à gauche, semi- laquelle nous l'avons considéré comme molette.
abrupte et plus courte à droite, suggérant une possible Le site a également livré un fragment de nucleus
réutilisation comme couteau/racloir (code Munsell pyramidal en silex local (inv. 17560), dont le sommet
10YR 4/3). Le troisième (inv. 17527) est un fragment conserve une plage corticale mince et quelques néga-
mésial sur lame de section trapézoïdale épaisse, ayant tifs d'enlèvement d'éclats.
subi l'action du feu (code Munsell 2.5YR  3/2)  ; deux Nous avons considéré comme ciseau probable une
négatifs d'éclats d'épannelage sur le pan droit plaident pièce de section lenticulaire (inv. 17530) dont la surface
pour une origine pressignienne. Un quatrième frag- a été fortement endommagée par un feu intense ; ne
ment (inv.  17525) est une partie proximale sur lame subsiste que la partie active au mince fil subrectiligne
robuste de section triangulaire, aux bords ébréchés, abrasé par polissage et aux angles arrondis.
ayant conservé son bulbe de percussion. Le matériau À cet ensemble s'ajoute un bec épais sur grand éclat
assez lisse, ponctué de micro-dépressions rondes et triangulaire en silex régional foncé présentant des
contenant des débris végétaux, pourrait être d'origine retouches abruptes sur les bords (inv. 17561).
tertiaire (code Munsell 10YR  7/3). Un cinquième Comme lors des récoltes précédentes, on remarque
(inv. 17529 ; 2) est une partie mésiale de lame en silex le nombre important de poignards-lames puisque sur

Hollain : 1. Fragment de poignard en Grand-Pressigny (inv. 17526) ; 2. Fragment de lame (inv. 17529) ; 3. Molette en silex (inv. 17532).
Dessins P. Bastien.
73

Préhistoire Hainaut

12 pièces, la moitié appartient à cette catégorie ; la présence révélés particulièrement riches en pièces originaires de
d'outils de qualité importés du Grand-Pressigny et peut- Touraine.
être du Bassin parisien permet de rapporter ces éléments à Au Néolithique, les ateliers pressigniens ont fabri-
la période comprise entre 2800 et 2400 avant notre ère, soit qué deux sortes de lames selon le type de nucleus
au Néolithique final. Les percuteurs sur haches et nucleus utilisé pour leur obtention. Le modèle le plus ancien
confirment l'existence d'un travail artisanal, la molette (nucleus à crête antéro-latérale), attesté vers 3000
évoquant la mouture. Il est certain que cette partie du site, avant notre ère, a fourni de belles lames, moins
en bordure du plateau surplombant la vallée de l'Escaut, longues toutefois que celles réalisées à partir des
n'a été que peu prospectée depuis plus de cent ans, la célèbres « livres de beurre » que l'on situe entre 2800
majeure partie des recherches ayant surtout eu lieu de part et 2400 av. J.-C.
et d'autre de la route Hollain-Bléharies. Quand on ne dispose que de fragments mésiaux, il
n'est guère facile de savoir à quelle phase les rattacher.
Lorsque, par chance, on découvre des parties proxi-
males intactes, il est possible de déterminer le type de
Brunehaut/Laplaigne : preuve de nucleus de départ.
l'exportation de grandes lames Tel est le cas de la pièce récoltée au lieu-dit
pressigniennes «  Baraque  » lors de prospections effectuées par
C.  Fourmeaux et P.  Soleil. Il s'agit d'un fragment
proximal de poignard de section trapézoïdale, ayant
Marianne Delcourt-Vlaeminck, conservé une partie de son talon dièdre piqueté d'ori-
Christian Fourmeaux et Philippe Soleil gine, ce qui permet de le classer dans la catégorie
des longs poignards obtenus à partir d'une « livre de
La présence en Tournaisis de silex du Grand-Pressigny beurre ».
exporté d'Indre-et-Loire (France) au Néolithique est La pièce à l'aspect truité, confectionnée dans un
connue chez nous depuis plus de cent ans et il est certain silex brun orangé (code Munsell 10YR 5/4), présente
que la découverte en Touraine de deux gros dépôts de à sa surface de petits points scintillants (quartz détri-
grandes lames brutes de plus de 30 cm de long aura fait tique). Comme en témoigne la retouche irrégulière
rêver plus d'un prospecteur de notre région. des bords, elle a subi divers réaffûtages qui ont modifié
Ce matériau secondaire de belle qualité, de teinte sa longueur et réduit sa largeur. Dans notre région, ce
le plus souvent « vieux cire », a été exploité à flanc de matériau, sans doute jugé très précieux, a été réamé-
coteaux en Touraine. Une fois mis en forme dans les nagé à outrance, tout comme ce fut le cas des lames
ateliers locaux, il a été diffusé jusque dans le nord des et poignards en silex tertiaire du Bassin parisien,
Pays-Bas et de l'Allemagne sous forme de longues concurrent et contemporain du Grand-Pressigny.
lames et de poignards. Les sites belges et français
du groupe Deûle-Escaut (Néolithique final) se sont

Brunehaut/Lesdain : objet poli en silex

Marianne Delcourt-Vlaeminck et Philippe Soleil

Lors de prospections sur une parcelle à Lesdain (parc.


cad.  : Brunehaut, 5e  Div., Sect.  A, no  340), P.  Soleil a
récolté un objet poli en silex brun clair et brun foncé à
grain fin (Musée d'Archéologie de Tournai, inv. 17543).
Long. : 67,2 mm, larg. : 24,9 mm, ép. : 17,9 mm, larg. au
talon : 12,2 mm. Code Munsell : brun foncé 7.5YR 3/2,
brun gris 7.5YR 6/2.
La pièce est de section ovalaire dissymétrique. Toute
sa surface a été régularisée par abrasion. Les bords
convergent doucement vers la partie proximale  : l'un
rectiligne, l'autre convexe et aplati par polissage sur
Laplaigne : fragment proximal de lame en silex du Grand- une largeur de 4,8 mm au tiers distal. La partie supé-
Pressigny. Dessin P. Bastien. rieure des faces et la portion de bord aplati ont fait l'ob-
74

Chronique de l'Archéologie wallonne Préhistoire

coord. Lambert 2008  : 662894  est/634271  nord). Ce


dernier a fourni la majeure partie du mobilier lithique
issu des secteurs prospectés.
Lors des premières études du matériel lithique
(Desterbecq & Tromme, 2010), nous avons remar-
qué, dans le secteur  12, plusieurs périodes d'occu-
pations préhistoriques. Nous avons ensuite constaté
que le territoire de ces occupations s'étendait un peu
vers le nord-ouest –  secteur  15 (Desterbecq, 2014),
même si la proportion d'objets collectés y était moins
importante. Nous avons également établi un lien
avec les secteurs 1 (zones 1 et 2 à plus forte concen-
tration d'objets) et 8 situés au sud-est du secteur 12.
Lesdain : objet poli en silex.
Nous avons dès lors conclu que le secteur 12 était la
partie centrale d'un territoire fréquenté du Mésoli-
jet d'un « surpolissage » intense conférant à l'objet un thique au Néolithique final dont les secteurs  15 et
éclat brillant et une douceur extrême. Le reste de l'outil 1 représentaient respectivement la périphérie nord
est plus mat, l'abrasion longitudinale moins intense sur et la limite sud. En effet, si le Néolithique moyen
les faces laissant subsister quelques plages légèrement caractérisait principalement l'industrie lithique
rugueuses au tiers proximal. (outils sur lame large de type minier, armature
Le surpolissage a entraîné un amincissement de foliacée et pièces polies), quelques objets relevaient
l'objet en direction de la fracture transversale distale néanmoins du Néolithique récent/final (fragment
montrant que la partie active devait s'y trouver. Au vu de lame en silex pressignien, armature à pédoncule
de l'épaisseur et de l'émoussé de la partie proximale, et ailerons récurrents, armature sur bord de hache
nous pensons qu'il convient de considérer l'outil polie). Nous avons également constaté une occupa-
comme une petite hache dont ne subsiste que le talon tion au Néolithique ancien repérée notamment par
aux angles adoucis par polissage et au fil subrectiligne des nuclei caractéristiques de l'industrie rubanée,
abrasé. c'est-à-dire à plage corticale réservée (en silex de
type Hesbaye). Quelques autres pièces corroboraient
une occupation à cette époque, dont notamment
une armature de flèche asymétrique à base oblique
Fleurus/Saint-Amand : un site préhistorique, retouchée, une armature sur lame et un grattoir sur
synthèse et dernières prospections lame à troncature. Mélangée au fonds d'artefacts
néolithiques, nous avons distingué aussi une indus-
trie se caractérisant par la petite taille de l'outillage,
Daniel Desterbecq par l'utilisation plus importante des troncatures et
par la matière première principale de ces supports,
Synthèse des prospections précédentes à savoir un silex brun et translucide de type Obourg.
Cette industrie d'aspect mésolithique ne fournissait
L'histoire des découvertes en archéologie préhistorique cependant aucun triangle, à l'exception d'une petite
dans l'entité de Fleurus s'est résumée, pendant près d'un armature et d'un seul trapèze. D'autres objets dans
siècle, à des prospections réalisées en 1915 (Debaille, le même silex étaient, par leurs dimensions réduites,
1921). Elles ont mis au jour deux sites préhistoriques : de facture mésolithique (armature atypique à base
l'un à Fleurus (ville) et l'autre à Lambusart, dans la retouchée, micrograttoir pygmée, microdenticulé
même commune. Fort de ces informations, nous avons sur petit éclat, microburin sur lamelle, microperçoir
entrepris, en 1997, des prospections pédestres qui se sur éclat). Nous avons conclu que le Mésolithique
sont étalées jusqu'en 2013. Elles se sont déroulées prin- à Saint-Amand était repérable par son industrie
cipalement à Saint-Amand et à Brye, autres localités microlithique non géométrique et par le choix de sa
fleurusiennes, et nous ont permis de récolter du maté- matière première de base. Son cadre chronocultu-
riel lithique préhistorique. Le village de Saint-Amand rel précis était plus délicat à définir et ne semblait
fut celui où les artefacts recueillis se sont avérés les plus pas correspondre à un stade récent/final. À défaut,
abondants, en particulier un champ de 4 ha, en assez nous l'avons imputé à un stade plus ancien. Enfin,
forte déclivité vers le sud-est, désigné secteur 12 (parc. quelques artefacts furent attribués au Paléolithique,
cad. : Fleurus, 7e Div., Sect. D., nos 2F³, 2H³, 2I³ et 2N³ ; du fait de la présence  d'une forte patine blanche à
75

Préhistoire Hainaut

retouchée (objet 5), toutes deux en silex


de type Spiennes. Un grattoir caréné et
encoché sur lame épaisse (objet 6), dans
le même type de silex, s'inscrit raisonna-
blement dans ce contexte. C'est le second
outil du genre sur le site.
La majorité des nuclei à lames (8 sur
11) sont en silex de type Hesbaye à plage
corticale réservée, ce sont des artefacts
typiques du Rubané. Un beau grattoir
qui a pour support un nucleus résiduel à
lames en silex de type Hesbaye (objet 7)
pourrait, dès lors, être attribuable au
Néolithique ancien. Un nucleus à éclat à
plage corticale réservée (objet 8), dans le
même silex, relève certainement du même
contexte culturel. Remarquons qu'aucun
nucleus à lames en silex de type Spiennes,
excepté un fragment, n'a été retrouvé
Secteurs prospectés du site de Saint-Amand (dessin M. Quercig, FAW).
dans ce secteur.
Quelques pièces paraissent de facture
jaunâtre, lustrée, rarement attestée sur le site. Trois mésolithique : la première est un fragment proximo-
éclats se retrouvaient dans le secteur 1 et un grand mésial de lamelle retouchée en silex de type Spiennes
éclat épais dans le secteur 8. (objet  9), la deuxième est une lamelle fine en silex
Par la suite, durant l'année 2014, nous avons réalisé brun de type Obourg (objet  10), la troisième est un
de nouvelles prospections dans le secteur 12 unique- flanc d'avivage de nucleus à lamelles en silex gris de
ment (Desterbecq, 2015). Il résulte de l'analyse du type Obourg (objet 11) et la quatrième est un micro-
matériel récolté que les traces les plus anciennes grattoir caréné dans le même type de silex (objet 12).
attribuables au Paléolithique supérieur étaient peu Enfin, une lame robuste, assez courte, à très
nombreuses et semblaient concentrées en bas de forte patine blanc-jaune (objet  13), complète les
pente, que les outils relevant du Mésolithique étaient quelques artefacts à patine semblable ramassés en
les plus abondants en ce lieu, par rapport aux autres bas de pente. Ces objets rares pourraient relever du
terres prospectées et, finalement, que les occupa- Paléolithique.
tions néolithiques se succédaient mais étaient mieux
représentées aux périodes moyennes et récentes, peu Commentaire final
d'artefacts étant attribuables à la période finale.
Le nombre d'artefacts recueillis lors de ces prospec-
Nouvelles prospections tions pédestres s'étalant sur une vingtaine d'années,
dans les quatre  secteurs mentionnés, s'élève à 458  :
Durant l'hiver 2015-2016, nous avons entamé une 67 % de ceux-ci proviennent du secteur 12, 21 % du
nouvelle série de prospections dans le secteur  12 secteur 1, 9 % du secteur 15 et 3 % du petit secteur 8.
et en bordure du secteur  15. Les artefacts recueillis Le secteur  12 occupe assurément une position
(87  objets) soutiennent les observations précédentes. centrale dans cet espace de dispersion du matériel
En effet, le Néolithique récent/final se voit confirmé lithique. Plus précisément, la majeure partie du maté-
par la présence d'une armature de flèche à ailerons riel provient d'une zone de quelques dizaines d'ares,
et pédoncule peu dégagés (objet  1). Par contre, deux à mi-pente, à proximité du bosquet du château-
armatures de flèche, l'une tranchante et l'autre amyg- ferme (la moitié ouest des parcelles nos  2H³ et 2I³).
daloïde (objets  2 et 3), relèveraient plutôt du Néoli- Quelques artefacts suggèrent les traces d'un Paléoli-
thique moyen. Jusqu'à cette dernière prospection, on thique indéterminé (parcelle no 2N³) mais elles sont
dénombrait sur le site 11 lames (généralement de type incertaines. Le Mésolithique est repérable par son
minier) et fragments de lame en silex de type Spiennes industrie microlithique non géométrique et le choix
(sur un total de 19), ce qui confirmait une fréquentation de sa matière première. Les objets néolithiques sont
du site au Néolithique moyen. À ce dernier décompte, largement représentés et plus spécifiquement ceux
se sont ajoutées une lame fine (objet  4) et une autre du Néolithique moyen. Ceux relevant du Néolithique
76

Chronique de l'Archéologie wallonne Préhistoire

ancien sont surtout identifiables par les nuclei à Obourg Saint-Macaire. Pas de cortex (L. : 23 ; l. : 20 ;
plage corticale en silex de type Hesbaye, tandis que ép. : 9 mm). Inv. B12/2016/1145.
les traces d'un Néolithique récent/final apparaissent 13. Lame épaisse, esquillée accidentellement. Très forte
plus marginales. patine blanc-jaune, silex indéterminé. Traces de rouille
(L. : 42 ; l. : 17 ; ép. : 10 mm). Inv. B12/2016/1158.
Descriptif des objets cités
Bibliographie
1. Armature de flèche sur éclat fin, ailerons et pédon- ■■ Debaille E., 1921. Les Néolithiques sur les rives de la Sambre,
cule peu dégagés. Retouches directes et abruptes. Silex Documents et Rapports de la Société royale paléontologique
de type Spiennes. Pas de cortex (L. : 29 ; l. : 23 ; ép. : et archéologique de l'Arrondissement judiciaire de Charleroi,
5 mm). Inv. B12/2016/1095. XXXVI, p. 83-92, pl. I-IX.
2. Armature de flèche tranchante sur éclat fin. Courtes ■■ Desterbecq  D., 2014. Les sites préhistoriques de
retouches directes semi-abruptes sur le bord gauche. Saint-Amand et de Brye (Fleurus, Hainaut). Prospections
Silex de type Spiennes. Cortex conservé à ± 25 % (L. : complémentaires et synthèse, Vie archéologique, 73, p. 5-36.
24 ; l. : 18 ; ép. : 5 mm). Inv. B12/2016/1121. ■■ Desterbecq D., 2015. Occupations préhistoriques au lieu-dit
3. Armature de flèche amygdaloïde sur éclat fin. Silex Trois-Fontaines à Saint-Amand (Fleurus, Hainaut), Vie archéo-
patiné. Pas de cortex (L.  : 24  ; l.  : 22  ; ép.  : 4 mm). logique, 74, p. 9-22.
Inv. B15/2016/1127. ■■ Desterbecq D. & Tromme F., 2010. Nouvelles découvertes
4. Lame fine, talon lisse. Silex de type Spiennes. Pas de préhistoriques de surface, Saint-Amand (Fleurus, Hainaut), Vie
cortex (L. : 47 ; l. : 18 ; ép. : 6 mm). Inv. B12/2016/1087. archéologique, 69, p. 33-49.
5. Lame fine retouchée sur le bord droit, talon puncti-
forme. Une encoche par retouche directe suivie d'une
autre par retouche inverse, puis courtes retouches
continues, inverses et semi- abruptes jusqu'à l'extrémité Mons/Spiennes : conservation préventive
distale. Silex de type Spiennes. Pas de cortex (L. : 65 ; l. : des minières néolithiques en 2014
22 ; ép. : 7 mm). Inv. B15/2015/1129.
6. Grattoir simple, caréné, à enlèvements longs sur
support lamellaire épais. Front esquillé. Retouches Nancy Verstraelen
inverses sur bord gauche formant une encoche large.
Silex de type Spiennes. Cortex conservé à moins En 2014, la dynamique climatique des minières de
de 25 % (L. : 73 ; l. : 32 ; ép. : 19 mm). Inv. B12/2015/1081. «  Petit-Spiennes  » se définit toujours par un état dit
7. Grattoir simple sur nucleus résiduel à lames. Front « au repos ». La construction de la structure muséale
convexe sur bord gauche. Retouches continues, directes, et les aménagements du site en vue de son accessibi-
abruptes et subparallèles. Grand enlèvement accidentel lité au public se terminent peu à peu. Le monitoring
sur la face inférieure. Silex de type Hesbaye. Pas de installé va permettre d'évaluer l'impact de ces diffé-
cortex (L. : 79 ; l. : 41 ; ép. : 20 mm). Inv. B12/2011/1072. rents aménagements sur le fonctionnement interne de
8. Nucleus pyramidal à éclats, à débitage unipolaire. la minière et leurs répercussions sur la conservation du
Plage corticale réservée. Silex de type Hesbaye. Cortex bien avant son ouverture.
conservé à ±  50  % (L.  : 41  ; l.  : 55  ; ép.  : 44 mm).
Inv. B12/2016/1137. Données thermo-hygrométriques
9. Fragment proximo-mésial de lamelle retouchée, extérieures
talon lisse. Deux encoches par retouches directes sur
le bord droit et une encoche par retouche inverse sur le Le 1er  avril 2014, un enregistreur est installé sur la
bord gauche. Silex de type Spiennes. Pas de cortex (L. : superstructure muséale, en façade nord, position
28 ; l. : 10 ; ép. : 5 mm). Inv. B12/2016/1090. idéale pour enregistrer les variations du climat
10. Lamelle fine, talon lisse. Extrémité distale esquillée. extérieur. La période étudiée s'étend d'avril à
Silex à grain fin, brun, translucide de type Obourg. Pas octobre de la même année. L'analyse statistique de
de cortex (L. : 33 ; l. : 10 ; ép. : 6 mm). Inv. B12/2016/1092. ces données ne peut être réalisée faute de données
11. Flanc d'avivage de nucleus à lamelles, à débitage suffisantes. Mais en parallèle, les résultats des relevés
bipolaire. Talon lisse. Silex gris, à grain fin de type effectués par l'IRM à la station d'Uccle démontrent
Obourg. Cortex conservé à ± 50 % (L. : 50 ; l. : 15 ; ép. : que la température annuelle est l'une des plus élevées
9 mm). Inv. B12/2016/1110. depuis 1833. La tendance générale s'oriente égale-
12. Micrograttoir caréné, sur éclat épais. Retouches ment vers une augmentation progressive de la tempé-
directes lamellaires. Front esquillé. Silex gris de type rature annuelle moyenne.
77

Préhistoire Hainaut

Les séquences thermo-hygrométriques extérieures climatique extérieure caractérisée par un réchauffe-


sont contrastées en relation avec les variations ther- ment thermique estival et un refroidissement hivernal.
miques diurnes, nocturnes et saisonnières. Néan- Celui-ci demeure néanmoins minime puisqu'il est de
moins, ces fluctuations n'ont que d'infimes impacts sur l'ordre du dixième de degrés.
le microclimat de la minière du « Camp-à-Cayaux » en
étroite relation avec la configuration de la cavité. Pour Le site de « Petit-Spiennes »
le site de «  Petit-Spiennes  », si l'influence des varia-
tions quotidiennes se faisait quelque peu sentir avant Précédemment, le site s'apparentait à « un piège à air
2013, en 2014 la situation a sensiblement évolué avec froid » ou « piège thermique » qui se caractérisait par
la construction de l'espace muséal et le remplacement deux saisons souterraines au comportement dyna-
des bouchons des puits d'accès. L'étanchéisation des mique divergent. Les mouvements d'air liés aux phéno-
ouvertures a largement diminué les échanges avec l'ex- mènes de convection sont lents et ne sont possibles
térieur et permis une certaine stabilisation du climat que lorsque la température extérieure est inférieure à
de la cavité, ce qui n'est malheureusement pas sans celle de la cavité. Depuis 2013, la situation a nettement
répercussions sur la préservation du site. évolué, consécutivement à la construction d'un espace
muséal au-dessus des minières. Si ce dernier va tempo-
Le site du « Camp-à-Cayaux » riser l'impact des fluctuations thermo-hygrométriques
extérieures, ce qui a priori est assez bénéfique, il va
Luc Funcken (DGO1, Direction de la Géotechnique) également avoir d'autres répercussions sur le dyna-
installe une sonde thermique de type Mini Troll à l'in- mique climatique interne. Dès la fermeture physique
térieur des minières le 3 février 2012. Les mesures sont de la superstructure avec les parois en polycarbonate,
enregistrées selon un pas de temps de 120  minutes, les échanges dynamiques avec l'extérieur se modi-
soit 2 heures. Elles sont complètes et la période étudiée fient considérablement et deviennent indirects. Cette
s'étend donc du 1er  janvier au 31  décembre 2014. Le modification va générer une diminution significative
recul dont nous disposons actuellement par rapport du renouvellement de l'air de la minière en relation
aux données relatives à la température interne de avec la température ambiante de l'espace muséal et
la minière permet de mieux comprendre son fonc- ce particulièrement en période estivale. Durant trois
tionnement depuis les interventions menées en quarts de l'année, aucun phénomène de convection
2012 consistant à en étanchéifier l'accès. Au-delà du n'est possible en raison de la température supérieure
gradient thermique positif révélé précédemment et du musée. Ces mouvements ne débutent qu'au début
de sa permanence, on peut observer un léger phéno- de l'hiver et perdurent jusqu'en mars 2015. Durant la
mène annuel cyclique en étroite relation avec l'onde saison chaude, aucune ventilation naturelle n'est physi-
quement possible. Ce faible renouvel-
lement d'air va avoir des conséquences
importantes sur les taux de radon et de
CO2. Pour ce dernier, les normes sont
extrêmement strictes et risquent d'en-
traîner des complications dans le cadre
de l'ouverture au public du site.
Les données annuelles de la température
et de l'humidité relative permettent d'ap-
préhender l'évolution du comportement
dynamique des minières  ; la mise en
parallèle des relevés enregistrés en 2013
par rapport à ceux de 2014 confirme une
importante stabilisation des paramètres
qui s'accompagne d'une augmentation
sensible et graduelle de la température.
La moyenne annuelle en 2014 s'élève à
10,83°  C contre 10,01°  C en 2013 tandis
que le minimum et le maximum ther-
miques sont respectivement de 2,9°  C
Vue de l'espace muséal construit au dessus des minières néolithiques de « Petit- et de 12,1°  C (contre 7,3°  C et 12,1°  C
Spiennes ».
en 2013) pour une étendue de 9,2° C. La
78

Chronique de l'Archéologie wallonne Préhistoire

moyenne annuelle de l'hygrométrie s'élève à 97,76  %


pour un minimum de 80 % et un maximum de 98,5 %.
Les pics positifs enregistrés sur le graphe annuel sont en
relation directe avec l'ouverture de la trappe, la présence
de visiteurs à l'intérieur de la cavité et/ou la manipula-
tion de l'appareil de mesure. Pendant la saison estivale,
l'impact des ouvertures et des différentes visites est peu
perceptible, par contre en saison froide, on note systéma-
tiquement une diminution de la température. Le temps
de retour à la normale est relativement rapide. Les pics
négatifs observés dans le courant des mois de novembre
et de décembre doivent être mis en relation avec les tests
relatifs aux mesures des concentrations en radon. À Détail de la zone archéologique destinée à être visible à l'in-
térieur du musée.
cette occasion, le puits d'accès demeure ouvert d'abord
ponctuellement une partie de la journée puis en continu
jusqu'à la fin du test. Les températures basses extérieures Le nombre restreint de données ne permet pas une
s'infiltrent alors par convection à l'intérieur de la analyse statistique, néanmoins plusieurs constations
minière. Ces dernières sont insuffisantes et susceptibles intéressantes peuvent d'ores et déjà être présentées.
de générer des dommages complémentaires au site. Les Le climat de l'espace muséal est fortement influencé
minima enregistrés à cette occasion (2,9° C) sont dange- par le climat extérieur en raison notamment des maté-
reusement bas non seulement en raison du risque de gel riaux utilisés pour édifier le bâtiment (polycarbonate
de l'eau contenue dans la craie mais également en raison pour les parois extérieures, métal, béton…) ainsi que par
des taux hygrométriques insuffisants. Les variations sa configuration générale. On observe une grande insta-
du contenu en eau de l'atmosphère sont néfastes pour bilité des paramètres thermo-hygrométriques particu-
les parois déjà fortement fragilisées. Le substrat loca- lièrement en période estivale. Les écarts quotidiens sont
lement fissuré subit des contraintes et des tensions de systématiquement supérieurs à 1°  C et régulièrement
nature à perturber la stabilité et la cohésion des parois. proches et supérieurs à 7°-8° C. Toutefois, la structure
La moyenne annuelle des écarts thermiques quotidiens muséale atténue légèrement les variations extérieures et
est de 0,12° C avec un minimum de 0° C et un maximum un amortissement général est constaté. Les minima et les
de 1,9° C. Si les valeurs enregistrées au niveau de l'humi- maxima quotidiens subissent un phénomène identique.
dité relative doivent être considérées avec prudence en On constate dès la mi-août un déphasage par rapport à
raison du type d'appareil de mesure, les données ther- l'onde thermique externe. Les températures de l'espace
miques peuvent être jugées fiables. Les écarts quotidiens muséal sont alors relativement proches des maxima
sont globalement inférieurs aux consignes maximales diurnes tandis que le soir, la température emmagasinée
formulées pour la préservation des biens patrimoniaux, en journée s'élimine difficilement.
excepté en décembre. En parallèle, les résultats annuels La température ambiante demeure généralement
calculés pour l'enregistreur positionné au fond de la supérieure aux conditions climatiques externes tandis
cavité révèlent une inertie thermo-hygrométrique supé- que les conditions d'ensoleillement génèrent de
rieure, une étendue thermique annuelle inférieure tandis brusques modifications et ce en relation avec le faible
que la moyenne annuelle des températures et les minima pouvoir isolant des parois. Si, en hiver, elles contri-
sont plus élévés. buent à conserver des températures positives et donc à
limiter les risques de gel de l'espace muséal, il apparaît
L'espace archéologique qu'en été cet aménagement exacerbe les températures
et diminue ponctuellement l'humidité ambiante. D'une
Une zone de fouille est mise en évidence dans la zone manière générale, on constate que l'hygrométrie est
centrale de l'espace muséal. On peut y observer un supérieure aux valeurs enregistrées à l'extérieur. Cet
atelier de taille et la partie sommitale d'un ancien puits apport complémentaire d'eau provient du sous-sol,
comblé ainsi qu'un fossé ancien creusé sous Louis XIV humide et en contact direct avec la nappe phréatique
et ensuite remblayé. Durant les travaux, cette zone est sous-jacente. L'eau remonte par capillarité et s'évapore
entièrement bâchée et les couvertures ne seront enle- à l'intérieur de l'espace muséal. Si cette ambiance semble
vées que préalablement à l'ouverture du site au public a priori favorable à la préservation des dépôts archéolo-
en avril 2015. En mai 2014, on installe alors deux giques et sédimentaires, il apparaît qu'en relation avec
appareils de mesure supplémentaires, l'un dans l'es- une température élevée et un apport de rayonnements
pace muséal et l'autre dans le sas d'accès de la minière. solaires important dans le domaine du spectre visible
79

Préhistoire Hainaut

des développements biologiques sont à craindre. tion significative des taux en été tandis qu'en hiver une
En journée, la température ambiante du sas est baisse sensible des concentrations est enregistrée grâce
généralement supérieure à celle de l'espace muséal en à la réactivation de la ventilation naturelle. Les mesures
raison des contingences spécifiques de cette structure ponctuelles effectuées au niveau du CO2 dans le courant
destinée à indiquer au loin son emplacement. En effet, de l'année 2014 sont en hausse. Il est dès lors conseillé
l'excroissance architecturale réalisée en polycarbonate d'acquérir un enregistreur pour mesurer en continu les
génère un échauffement thermique en relation avec concentrations afin de s'assurer qu'elles restent sous les
son insolation directe. Peu isolante, et particulière- limites sanitaires définies par les organismes compétents.
ment bien exposée dans un environnement ouvert et
dégagé, la fine paroi transparente accentue donc les Conclusion
effets thermiques solaires. Dès que le soleil se lève,
la température augmente rapidement tandis qu'en La construction de l'infrastructure muséale au droit des
soirée, un phénomène inverse est constaté. L'intensité minières contribue fortement à en modifier le fonction-
du phénomène est supérieure à celui mis en évidence nement. Au-delà des avantages qu'elle présente comme
dans l'espace muséal caractérisé par son inertie supé- la limitation des infiltrations pluviales notamment,
rieure rendue possible par ses dimensions. En effet, un elle réduit le renouvellement de l'air de la minière, la
volume d'air restreint se réchauffe et se refroidit plus ventilation naturelle n'étant possible que lorsque la
rapidement qu'un plus grand volume. Ces premiers température de l'espace muséal est inférieure à celle de
résultats confirment que les conditions d'ambiance la minière. Ce phénomène va avoir des répercussions
ne sont pas appropriées à la préservation de dépôts directes sur les concentrations en radon et en CO2 qui
archéologiques et sédimentaires. Les températures risquent de nécessiter des mesures complémentaires
élevées en association avec une hygrométrie insuffi- comme un renouvellement forcé de l'atmosphère. Il
sante vont générer d'importants phénomènes d'évapo- apparaît néanmoins que la ventilation de la minière, si
ration de l'eau contenue dans les dépôts. Ces derniers elle s'avère nécessaire, doit se faire dans des conditions
vont rapidement s'assécher, se fissurer en entraînant strictes définies par les différents spécialistes. L'air de
une accumulation de sels néfastes en surface qui vont l'espace muséal ne peut en aucun cas être insufflé tel
générer à leur tour des dégradations complémentaires quel. Un traitement préalable doit lui être appliqué afin
comme des amas de cristaux, un voile blanchâtre et de le débarrasser dans un premier temps des impure-
un effritement des couches. De plus, l'ensoleillement tés (spores, pollens, moisissures…) et dans un second
direct de certaines portions du sol va accentuer l'assè- temps, d'atteindre les valeurs thermo-hygrométriques
chement, tandis qu'en parallèle l'apport de lumière va similaires à celles enregistrées en sous-sol.
générer des développements biologiques importants et
problématiques non seulement pour leur nettoyage et/
ou leur éradication mais aussi en raison des dégâts qui
peuvent être causés par les réseaux racinaires. Mons/Spiennes : fouille 2015 du puits
d'extraction de silex ST 6 à « Petit-
Radon et CO2
Spiennes »
De 2011 à 2014, plusieurs campagnes de mesure sont
menées pour assurer la surveillance des concentrations Hélène Collet, Philippe Lavachery,
en radon. Une modification des taux s'observe entre Stéphane Pirson, Michel Toussaint, Lyse Unger
2013 et 2014 que ce soit pour les mesures effectuées au et Michel Woodbury
fond ou pour celles effectuées à l'entrée de la minière.
Les concentrations sont multipliées par un facteur de 4 Introduction
à 5. Cette modification correspond non pas au rempla-
cement des bouchons des différents puits mais bien Le puits ST  6 (parc. cad.  : Mons, 19e  Div., Sect.  B.,
à la pose et à la fermeture de la structure muséale. Il no  393c  ; coord. Lambert  : 122504,5440  est/
semble qu'avant cette intervention, les phénomènes de 123288,7462 nord) appartient à un ensemble de puits
convection aient été suffisants pour maintenir des taux fouillés dans la zone minière de «  Petit-Spiennes  »
inférieurs à 3  000  Bq/m³. Le radon s'évacuait par les depuis 1997 grâce à des subventions accordées
interstices laissés autour des différents puits. La mise par le Service public de Wallonie, d'abord à l'asbl
sous cloche des minières a limité les phénomènes de Recherches et Prospections archéologiques, puis à
convection aux périodes froides soit entre novembre l'asbl Société de Recherche préhistorique en Hainaut.
et février-mars. On observe également une augmenta- Ces recherches se sont déroulées sans interruption
80

Chronique de l'Archéologie wallonne Préhistoire

jusqu'en août 2004 (Collet, 2003 ; Collet & Woodbury,


2000), date à laquelle l'intervention archéologique a
été interrompue. Les fouilles du puits ST 6 ont repris
en 2014 sous la direction de Philippe Lavachery pour
la Société de Recherche préhistorique en Hainaut et
d'Hélène Collet et Michel Woodbury pour le Service de
l'archéologie de la Direction extérieure du Hainaut 1
(DGO4 / Département du patrimoine). Elles se sont
déroulées d'avril à décembre 2014 (Lavachery et
al., 2015). Une nouvelle campagne de fouille a été
réalisée de mai à novembre 2015 par les deux mêmes
organismes. Elle a bénéficié pour ce faire du concours
Ossements humains trouvés en connexion dans le puits ST 6.
de Maxime Beltran, Marie Bucik, Arthur Chandelle,
Sophie  Duchêne, Marie  Gillard, Thimothée  Libois
et Marine  Michel, étudiants en archéologie issus a pu quant à elle être observée en direction du sud et de
des universités de Louvain, Gand, Namur, Liège et l'ouest. Les murs de l'exploitation sont situés respective-
Bruxelles. De septembre à novembre, la fouille a pu ment à 4,2 m et 3,6 m de distance. La fouille des remblais
compter sur le renfort de Carolina Cabrero, étudiante crayeux a livré, comme en 2014, uniquement des outils
à l'université d'Oviedo (Espagne) dans le cadre du miniers en silex. Il s'agit de pics de taille bifaciale.
programme ERASMUS+. Les fouilles sont amenées à Cinquante pics et fragments ont été dénombrés.
se poursuivre en 2016. Durant cette campagne, l'empreinte qui avait été
observée en 2014 a été fouillée. Cette investigation a
La campagne de 2014 renforcé son interprétation comme négatif d'un bois
disparu. Sa localisation à la base du puits d'accès
Au cours des fouilles menées en 2014 (Lavachery et al., permet d'émettre l'hypothèse qu'il puisse s'agir d'un
2015), la totalité du puits d'extraction ST 6 avait pu être dispositif lié à la descente et à la remontée des mineurs.
investiguée entre 4,4 m et 7,2 m de profondeur. À 6 m Les recherches se sont concentrées sur le dégagement
de profondeur et jusqu'à la base du puits d'accès, située des ossements humains. Au terme de cette campagne,
à 7 m, la morphologie initiale de celui-ci est devenue ce sont 180 os et fragments osseux qui ont été recueil-
apparente, montrant une structure cylindrique de 1 m lis. Ils sont localisés de manière préférentielle dans
de diamètre. À partir de 7 m de profondeur, l'évasement le quart sud-ouest de l'exploitation et sont dissémi-
de la structure laissait pressentir le développement du nés entre 5,4  m et 7,4  m de profondeur. Quelques
niveau d'exploitation du silex. Les fouilles de 2014 n'ont os en connexion ont été découverts. Il s'agit de trois
permis ni de rencontrer le radier de la minière, ni de vertèbres lombaires en connexion avec le sacrum ainsi
déterminer la surface de l'exploitation. Le sondage que d'un fragment d'os coxal. Quelques os éloignés de
mené jusqu'à 8,4 m de profondeur dans un secteur du cette concentration ont également été découverts dans
puits n'a pas atteint le sol en place. Le mur de l'exploi- le quart nord-ouest entre 7,2 m et 7,9 m de profondeur.
tation a été touché dans une seule direction, au nord, à Comme cela avait été noté précédemment, l'absence
3,4 m de distance par rapport au centre du puits. Cette de doublon et la présence de nombreux éléments de
campagne a été marquée par la découverte d'ossements main et de pied laissent présumer qu'il s'agit d'un
humains dans la cheminée du puits d'accès et dans des corps complet introduit dans le puits au cours de
sédiments limoneux surmontant les niveaux d'exploita- son comblement. Le mode d'introduction (rejet d'un
tion. L'examen des restes humains a été pris en charge cadavre, sépulture effondrée ou accident) reste encore
dès la phase de terrain par un anthropologue afin de à préciser. Comme en 2014, les observations relatives
réaliser le maximum d'observations in situ. Une trace aux ossements humains ont été effectuées in situ par
longiligne longue de 1,2  m et de 10  cm de diamètre un anthropologue. Les recherches ont aussi bénéfi-
présente dans le comblement de la base de la cheminée cié d'un suivi stratigraphique régulier de la part d'un
a été identifiée lors de la fouille. géologue de la Direction de l'archéologie.

Les fouilles de 2015 Perspectives

Les fouilles menées en 2015 n'ont pas encore permis d'at- La Ville de Mons, propriétaire du terrain, a autorisé la
teindre le radier de la minière malgré un sondage prati- poursuite des recherches en 2016, et nous l'en remer-
qué jusqu'à 9 m de profondeur. Son extension maximale cions. Celles-ci se concentreront, en priorité, sur le
81

Préhistoire Hainaut

dégagement des dépôts livrant des ossements humains. forme biconvexe trapézoïdale, ainsi qu'une section
Des sondages destinés à cerner l'extension dans les ovalaire et un talon étroit, se terminant en pointe.
trois dimensions de la minière ST  6 sont également Les bords présentent un méplat. L'outil présente une
programmés. parfaite symétrie bifaciale et bilatérale. Le polissage
de la hache a fait l'objet de beaucoup d'attention et
Bibliographie de soin. L'aspect de ce dernier est doux au toucher,
■■ Collet H., 2003. Mons/Spiennes  : fouille dans la parcelle il devait concerner pratiquement toute la surface de
393c de « Petit-Spiennes », Chronique de l'Archéologie wallonne, l'outil. Seules quelques petites plages inférieures à
11, p. 39-40. 1 cm² n'ont pas été polies. Les facettes de polissage
■■ Collet H. & Woodbury M., 2000. Mons/Spiennes : fouille mesurent 10  mm de large dans la partie mésiale et
de puits d'extraction de silex à Petit-Spiennes, Chronique de s'amincissent vers le talon. La fracture en partie
l'Archéologie wallonne, 8, p. 30-31. mésiale est typique d'un accident dû à l'utilisation
■■ Lavachery P., Collet H., Toussaint M. & Woodbury M., de l'outil. L'onde de choc dégagée par le coup qui a
2015. Mons/Spiennes : fouille du puits d'extraction ST  6 à brisé la hache est visible au travers de l'ondulation
«  Petit-Spiennes  », Chronique de l'Archéologie wallonne, 23, et des négatifs d'éclats présents en zone mésiale. Un
p. 88-90. enlèvement burinant au niveau du talon est peut-
être également lié à l'utilisation. Le coup à l'origine
de l'éclat a été donné sur la pointe du talon et l'éclat
a suivi le méplat gauche, jusqu'à rebrousser à 80 mm
■■Quévy/Genly : découverte d'un fragment de distance. Il n'est pas impossible qu'il soit une
de hache polie en silex de Spiennes conséquence de la technique d'emmanchement de
la hache. Complète, la pièce devait probablement
atteindre les 200-230  mm de long et présenter une
Philippe Lavachery, Hélène Collet, forme triangulaire (bords rectilignes, base étroite
Amandyne Rosart et Lodewijk De Lens voire pointue associé à une plus grande largeur au
tranchant), une morphologie typique de la produc-
Au cours de l'hiver 2004, l'un de nous (L.  De  L.) tion des minières de Spiennes.
a découvert un important fragment de hache Cette trouvaille est loin d'être isolée dans la
polie en silex au lieu-dit «  Champs des Plognes  », région. En effet, depuis des décennies, d'autres
bordant la rue Léonce  Spinette à Genly, à 11  km haches en silex ont été ramassées en surface dans les
au sud de Mons et à 7  km au sud-est de Spiennes environs des minières de Spiennes où elles étaient
(localisation approximative  : parc. cad.  : Quévy, produites en masse au Néolithique moyen, récent
1re  Div., Sect.  A, no  231b  ; coord. Lambert  1972  : et final, entre 4350 et 2200  av. J.-C. (Collet, 2012).
117626 est/118570 nord). La pièce a été trouvée en Ainsi des haches polies, complètes ou fragmen-
surface, lors d'une inspection pédestre, quelques taires, partiellement ou entièrement polies, sont
semaines après avoir drainé le champ sur 1  m de signalées à Hautrage (Dufrasnes, 2006b  ; 2006c), à
profondeur. Il n'est pas possible de préciser si elle a Sirault (Dufrasnes, 2009), à Villerot (Dufrasnes,
été remontée lors du drainage ou non, mais l'objet 2011), au Rœulx (Collet, Doumont & Rosart, 2014a),
présente des traces de rouille typiques de contacts à Obourg (Collet, Doumont & Rosart, 2014c), à
répétés avec les engins agricoles qui suggèrent un Harchies (Parent, 1999), à Pommerœul (Dufrasnes
long séjour proche de la surface. La pièce est conser- 1995 ; 2006a). Des haches taillées abandonnées avant
vée dans la collection de l'inventeur. d'être polies ont été découvertes à Gottignies (Collet,
Bien que la hache offre un aspect patiné, on peut Doumont & Rosart, 2014b), à Frameries (De Braeke-
observer qu'elle a été façonnée dans un silex mat, leer & Van Assche, 2001) et à Hautrage (Dufrasnes
moyennement grenu,  passant du gris clair en partie & Ballez, 2007). D'autres pièces sont connues mais
mésiale à un gris un peu plus foncé près du talon n'ont pas encore fait l'objet de publications. La
(pouvant correspondre à la transition entre le cœur plupart de ces haches, dont la matière première est
du silex gris clair et la zone sous-corticale plus foncée souvent décrite comme un silex de type Spiennes,
dans le silex de Spiennes). Il s'agit probablement d'un illustrent probablement la diffusion des productions
silex de type Spiennes. des minières dans les environs immédiats mais on
Le fragment découvert  consiste en les deux tiers sait qu'elles ont été exportées beaucoup plus loin
basal d'une hache polie. La pièce mesure 155 mm de encore (Bostyn & Collet, 2011).
longueur, 55  mm de largeur et 34  mm d'épaisseur,
pour un poids de 303  g. Le fragment possède une
82

Chronique de l'Archéologie wallonne Préhistoire

Quévy-le-Petit : fragment de hache polie.

Bibliographie ■■ Collet H., Doumont P. & Rosart A., 2014c. Mons/Mons :


■■ Bostyn F. & Collet H., 2011. Diffusion du silex de Spiennes découverte d'une hache polie de grandes dimensions en silex à
et du silex bartonien du bassin parisien dans le nord de la France Obourg, Chronique de l'Archéologie wallonne, 21, p. 66.
et en Belgique de la fin du 5e millénaire au début du 4e millé- ■■ De Braekeleer R. & Van Assche M., 2001. Frameries/
naire BC : une première approche. In : Bostyn F., Martial E. Frameries et Mons/Mons  : deux haches taillées, Chronique de
& Praud  I. (dir.), Le Néolithique du nord de la France dans l'Archéologie wallonne, 9, p. 34-35.
son contexte européen. Habitat et économie aux 4e et 3e millé- ■■ Dufrasnes J., 1995. Bernissart/Pommerœul  : hache polie,
naires avant notre ère. Actes du 29e Colloque interrégional sur le Chronique de l'Archéologie wallonne, 3, p. 18.
Néolithique. Villeneuve-d'Ascq, 2-3 octobre 2009, Amiens (Revue
■■ Dufrasnes J., 2006a. Bernissart/Pommerœul  : fragment de
archéologique de Picardie, no spécial, 28), p. 331-347.
hache polie en silex, Chronique de l'Archéologie wallonne, 13, p. 42.
■■ Collet H., 2012. La production des haches à Spiennes : un
■■ Dufrasnes J., 2006b. Saint-Ghislain/Hautrage : ciseau en silex
état de la question. In : de Labriffe P.-A. & Thirault É. (dir.),
partiellement poli, Chronique de l'Archéologie wallonne, 13, p. 50.
Produire des haches au Néolithique. De la matière première à
l'abandon. Actes de la table ronde de Saint-Germain-en-Laye, 16 ■■ Dufrasnes J., 2006c. Saint-Ghislain/Hautrage : hache polie,
et 17 mars 2007. Musée d'Archéologie nationale, Paris (Séances Chronique de l'Archéologie wallonne, 13, p. 50.
de la Société préhistorique française, 1), p. 137-146. ■■ Dufrasnes J., 2009. Saint-Ghislain/Sirault  : talon de hache
■■ Collet H., Doumont P. & Rosart A., 2014 . Le Roeulx/Le
a polie en silex au lieu-dit « Les Bruyères », Chronique de l'Archéo-
Roeulx : découverte d'une hache polie en silex de Spiennes au logie wallonne, 16, p. 36.
lieu-dit « Bois de la Noire Haine », Chronique de l'Archéologie ■■ Dufrasnes J., 2011. Saint-Ghislain/Villerot : hachette en
wallonne, 21, p. 64. silex, Chronique de l'Archéologie wallonne, 18, p. 52.
■■ Collet H., Doumont P. & Rosart A., 2014b. Le Roeulx/Le ■■ Dufrasnes J. & Ballez O., 2007. Saint-Ghislain/Hautrage :
Roeulx : découverte d'une hache taillée en silex de Spiennes à hache en silex, Chronique de l'Archéologie wallonne, 14, p. 48-49.
Gottignies, Chronique de l'Archéologie wallonne, 21, p. 65-66. ■■ Parent S., 1999. Bernissart  : fragment de hache polie à
Harchies, Chronique de l'Archéologie wallonne, 7, p. 24.
83

Protohistoire Hainaut

PROTOHISTOIRE
Mons/Saint-Symphorien : signalement d'une
pointe de flèche (Bronze final)

Alain Guillaume

Le site internet de l'agence flamande consacrée au patri-


moine immobilier (Agentschap Onroerend Erfgoed)
permet à tout un chacun de signaler une découverte
archéologique. C'est par ce biais que M. K. Welvaarts
a déclaré la trouvaille d'un artefact métallique ayant
eu lieu le 30  octobre 2015 dans un champ situé à
Saint-Symphorien (parc. cad. : Mons, 14e Div., Sect. B,
no 490t2 ; coord. Lambert 72 : 125009 est/124865 nord).
Les photos disponibles indiquent qu'il s'agit d'une
armature de trait en alliage cuivreux. Elle a visiblement
été découpée dans de la tôle assez épaisse et se caracté-
rise par la présence d'une languette destinée à la fixa-
tion sur la hampe (haut. : 37 mm ; larg. : 22 mm ; poids :
2,83  g). Plusieurs autres exemplaires sont connus en
Belgique, notamment à Rochefort/Han-sur-Lesse « Le
Trou de Han » (7 pièces) et sur les travaux de l'Escaut
à Audenarde/Melden (1  pièce), à Termonde/Schoo-
naarde (1 pièce) et à Wichelen/ Schellebelle (4 pièces).
En l'absence de précisions sur les circonstances de la
découverte, il est difficile de proposer une attribution
chrono-culturelle pour la pièce de Saint-Symphorien
mais le type est répandu au Bronze final (Warmenbol,
1995, p. 44-46 et pl. IV ; 2005, p. 125 et 131, fig. 4).

Remerciements
Pointe de flèche du Bronze final découverte à Saint-Symphorien
Nos remerciements vont tout particulièrement (photo K. Welvaarts).
à K.  Welvaarts, à I.  Jansen, à W.  Leclercq et à
E. Warmenbol.

Bibliographie
■■ Warmenbol  E., 1995. L'arc bandé et le lit de la Lesse. Les
pointes de flèche en bronze de Han-sur-Lesse, Amphora, 77,
p. 32-64.
■■ Warmenbol E., 2005. Instruments de la mort. Les pointes de
flèche du Bronze final de la grotte de Han (Namur, Belgique).
In : Mordant C. & Depierre G. (dir.), Les pratiques funéraires
à l'âge du Bronze en France. Actes de la Table ronde de Sens-
en-Bourgogne (Yonne), 10-12  juin 1998, Paris (Documents
préhistoriques, 19), p. 119-139.
84

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

ÉPOQUE ROMAINE
Ath/Ghislenghien : datation
archéomagnétique de deux fours à chaux

Souad Ech-Chakrouni, Jozef Hus


et Véronique Danese

La découverte d'un four à chaux lors de fouilles archéo-


logiques n'est pas exceptionnelle. En effet, la chaux
était utilisée en Europe comme matériau de construc-
tion (ciment ou mortier) dès l'époque romaine et Projection à égale surface des directions individuelles de l'ai-
mantation stable de tous les spécimens analysés.
comme un fertilisant des sols depuis le Moyen Âge. Les
fours à chaux peuvent être construits avec des blocs de
calcaire, de l'argile ou du limon, des briques et même Les fours de Ghislenghien, conservés de manière
avec des blocs de basalte dans les régions volcaniques. inégale, étaient aménagés dans le substrat limono-
Les fours à chaux sont souvent difficiles à dater pour argileux. La chambre de chauffe, de forme tronconique,
cause d'absence d'artefacts en relation directe avec la était surmontée d'un laboratoire de forme cylindrique.
production de la chaux. La distinction entre ces deux espaces était matérialisée
En 2014, l'asbl Recherches et Prospections archéolo- par une banquette qui rayonnait autour du four, depuis
giques (RPA) a été mandatée par le Service de l'archéo- le sommet de l'alandier, et dont la largeur était irrégu-
logie de la Direction extérieure du Hainaut 1 (DGO4 / lière. La chambre de chauffe possédait, en son centre,
Département du patrimoine) afin de mener des fouilles un fond ovale et plat dans le cas du four F 666 et en
préventives dans un terrain agricole à l'ouest du croi- déclivité vers le sud pour le four F 678. Dans les deux
sement du chemin de Skippes et de la chaussée de cas, ces cendriers contenaient une importante couche
Bruxelles. Des vestiges romains sont essentiellement loca- de charbon de bois témoignant de la dernière four-
lisés dans le quart nord-ouest de la zone des fouilles. Ils née. Les fours étaient alimentés en combustible via un
comportent une trentaine de fosses, trois fours à chaux et alandier situé dans l'axe de la chambre de chauffe. Le
deux tombes tibéro-augustéennes (Danese et al., 2015). laboratoire du four F 678 présentait un état de conser-
Deux des trois fours à chaux, F  666 (code archéo- vation remarquable, les parois atteignant une hauteur
magnétique GHIA02) et F  678 (code archéomagné- de 1,40 m. Le limon encaissant constitue les parois du
tique GHIA03), distants seulement d'une dizaine de four, sans ajout d'un parement de moellons  ; il a été
mètres, ont fait l'objet de prélèvements par la section altéré par les fortes températures atteintes lors des cuis-
Magnétisme environnemental du Centre de Physique sons. Les parois présentaient un degré de combustion
du Globe de Dourbes (Institut royal météorologique) qui variait d'une rubéfaction meuble de teinte rouge
en vue d'obtenir une datation archéomagnétique. Le (ép. : 0,10 m à 0,50 m) à des zones indurées orangées
troisième four isolé à 20 m vers l'est et construit hors- (ép. : 0 à 0,14 m) et pouvant atteindre bien souvent un
sol n'a pas été échantillonné. aspect vitrifié de teinte bleutée semblable à de la pierre
(ép. : parfois jusqu'à 0,10 m).
Des blocs de terre cuite ont été enrobés de plâtre et
orientés avec précision sur le terrain par rapport au
plan horizontal local et par rapport au nord géogra-
phique, puis découpés en laboratoire en cubes de 4 cm
de côté, appelés spécimens ci-après, tout en gardant la
direction repère.
La direction du champ magnétique ambiant enregis-
trée au cours du dernier refroidissement des fours par
des oxydes de fer contenus dans ces terres cuites, sous
forme d'une aimantation rémanente, a été mesurée
pour chaque spécimen (64  spécimens pour GHIA02
et 55 pour GHIA03) dans un magnétomètre cryo-
Le four F 678.
génique 2G à trois axes. L'aimantation rémanente
85

Époque romaine Hainaut

Après élimination des directions


individuelles aberrantes, la direction
moyenne de l'aimantation caractéris-
tique stable ChRM des terres cuites des
échantillons a été obtenue pour chaque
four en appliquant la statistique de
Fisher (Fisher, Lewis & Embleton, 1987).
Direction moyenne de l'aimantation rémanente caractéristique ChRM et inter-
L'écart angulaire entre les directions
valles d'âges possibles à 95 % de confiance des fours. N/n : nombre d'échantil- individuelles et la direction moyenne de
lons/nombre de spécimens ; Dm : déclinaison moyenne en degrés ; Im : inclinaison l'aimantation caractéristique des terres
moyenne en degrés ; K : facteur de concentration ; α95 : rayon du cercle de confiance cuites des échantillons est inférieur à 8°
centré sur la direction moyenne calculée en degrés. pour GHIA02 et 10° pour GHIA03. Le
facteur de concentration K qui est une
caractéristique (ChRM) stable de tous les spécimens, mesure de la dispersion des directions individuelles
qui est une thermorémanence, a été déterminée après autour de la direction moyenne est de 618 pour
désaimantation par étapes en appliquant successive- GHIA02 et de 945 pour GHIA03. L'angle de confiance
ment des champs alternatifs de 15, 20 et 25 mT. α95 qui exprime la fiabilité de la direction moyenne à
La projection à égale surface des directions indivi- un niveau de probabilité de 95 % est petit pour les deux
duelles de l'aimantation stable des spécimens analysés fours  ; ceci signifie que les directions individuelles
montre que, malgré une dispersion de quelques direc- de l'aimantation sont groupées dans un cône à demi-
tions des échantillons de GHIA02 (5  aberrantes), un ouverture respectivement de 1° pour GHIA02 et 0,9°
regroupement des directions individuelles de l'aiman- pour GHIA03.
tation stable caractéristique est visible. Pour GHIA03, Deux intervalles d'âges possibles ont été obtenus pour
il y a un regroupement net des directions individuelles chacune des deux structures à un niveau de probabilité
de tous les spécimens.

Courbes de l'inclinaison et de la déclinaison pour les trois Courbes de l'inclinaison et de la déclinaison pour les trois
derniers millénaires en France (marge d'erreur en gras) derniers millénaires en France (marge d'erreur en gras)
et datation archéomagnétique du four F 666. Densité de et datation archéomagnétique du four F 678. Densité de
probabilité des âges possibles sur base de l'inclinaison I et probabilité des âges possibles sur base de l'inclinaison I et
de la déclinaison D séparément et combinées. de la déclinaison D séparément et combinées.
86

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

de 95 %, en se référant aux courbes de référence de la C'est durant la phase d'abandon que l'objet subit le plus
variation séculaire de la direction du champ géomagné- de transformations qui vont profondément modifier
tique dans le passé en France, réduites à un seul endroit ses propriétés en fonction du milieu et non du temps
central, Paris (Gallet, Genevey & Le Goff, 2002). passé. Ces phénomènes sont chimiques mais aussi
Les valeurs de l'inclinaison moyenne (62,25° et mécaniques et modifient la cohésion du matériau. La
62,19°) et celles de la déclinaison moyenne (-0,96° phase culturelle se caractérise par l'épreuve de l'exhu-
et -1,96°) obtenues respectivement pour les fours mation, l'objet devant passer à un milieu atmosphé-
GHIA02 et GHIA03, relocalisées à Paris avec les rique auquel il devra s'acclimater, mais aussi par des
erreurs (lignes horizontales pointillées), sont compa- phases de traitements qui lui feront également subir
rées avec la courbe de référence. Les distributions de la des transformations. Ces phases critiques doivent être
densité de probabilité des âges possibles sont données gérées et accompagnées dès la découverte (Païn, 2015,
pour l'inclinaison et la déclinaison séparément et p. 20-23). L'état de dégradation, les niveaux d'altération
combinées. Les rectangles représentent les intervalles inégaux, la compréhension et parfois l'identification de
d'âges possibles à 95 % de confiance. l'objet, sa finalité, étude ou exposition, sont autant de
problématiques spécifiques à la matière. Même si de
Conclusion grands principes et méthodes peuvent se dégager selon
la nature de l'objet et la période traitée, nous sommes
Les intervalles d'âges possibles obtenus pour les confrontés au côté aléatoire de l'état de conservation
deux fours à chaux GHIA02 et GHIA03 indiquent et jamais à l'abri de bonnes mais surtout de mauvaises
que la dernière cuisson date de l'époque romaine. La surprises. Ce fut malheureusement le cas pour les
similitude des directions des rémanences enregistrées tombes de Ghislenghien III.
dans les fours et les dates archéomagnétiques obtenues Cette fouille réalisée en 2014 sur la future zone
suggèrent que les deux structures examinées étaient d'activité économique (Danese & Hanut, 2014 ; 2015)
probablement contemporaines. a mis au jour deux tombes comprenant un nombre
important d'objets en fer, en alliage de cuivre et de la
Bibliographie céramique. Vu la qualité des tombes et leur caractère
■■ Fisher  N.I, Lewis  T. & Embleton B.J.J., 1987. Statistical exceptionnel, il a été décidé de traiter ce matériel en
analysis of spherical data, Cambridge, Cambridge University priorité au sein du Service public de Wallonie, cela
Press. afin de limiter autant que possible les dégradations
■■ Gallet Y., Genevey A. & Le Goff M., 2002. Three millennia inévitables survenant après la mise au jour des objets
of directional variations of the Earth's magnetic field in west- et entraînant par conséquent du travail supplémen-
ern Europe as revealed by archaeological artifacts, Physics of the taire, comme ce fut malheureusement le cas pour
Earth and Planetary Interiors, 131, p. 81-89. d'autres anciens dossiers complexes. Vu la quantité
■■ Danese V., Authom N., Deforce K., Hanut F. & Pigière F., de travail, le traitement des pièces n'a pu se faire au
2015. Ath/Ghislenghien : les vestiges romains mis au jour lors sein même du SPW et a dû faire l'objet d'un marché
des évaluations de 2013 et 2014 dans l'extension est de Ghislen- de service pour «  étude, dessin et manipulation des
ghien III, Chronique de l'Archéologie wallonne, 23, p. 106-110.
alliages de cuivre  », attribué à l'asbl Recherches et
Prospections archéologiques (RPA) et exécuté par
une archéologue-restauratrice. Malgré la mise en
œuvre rapide de toutes les démarches administra-
Ath/Ghislenghien : la problématique de
tives, un inévitable délai d'un an a été nécessaire entre
la conservation-restauration du matériel la fouille et le début de la restauration.
archéologique métallique. Le cas des
alliages de cuivre de deux tombes augusto- L'évaluation et le travail
tibériennes
En présence d'objets en alliage de cuivre d'époque
romaine, on peut s'attendre raisonnablement à du
Muriel Van Buylaere matériel de bonne qualité, relativement bien conservé
et stable. C'est le cas d'objets similaires contemporains
En archéologie, l'approche de la conservation- trouvés notamment en Angleterre et dans le nord-ouest
restauration des biens se pose différemment que dans de la Gaule. Dès la fouille, les objets ont montré leur
les collections muséales. Le mobilier archéologique fragilité. Ils ont nécessité la mise en œuvre de précau-
connaît plusieurs phases au cours de sa vie  : «  phase tions particulières sur chantier, comme le prélèvement
utile  », «  phase d'abandon  » et «  phase culturelle  ». en motte systématique avec renfort de bande plâtrée,
87

Époque romaine Hainaut

Principaux objets de la tombe 1 (F650) après restauration. De gauche à droite : patère, œnochoé, bol à filtre, passoire et puisard,
marmite avec couvercle (photo R. Gilles, Dir. archéologie).

ou encore la réalisation de contenants spécifiques. produit en présence d'agents extérieurs, entre autres
Les prélèvements en motte demandent une interven- l'oxygène, l'eau ou des bactéries. C'est pour ralentir,
tion rapide en laboratoire pour éviter leur éclatement voire stopper cette dégradation que des mesures de
au cours du séchage, endommageant les objets. Au conservation préventive doivent être prises pour assu-
moment de l'évaluation du travail, les prélèvements ne rer le maintien de l'objet dans un milieu stable.
présentent qu'un dégagement partiel des objets accom- La maladie du bronze, forme particulière de corro-
pagnés de quelques remarques sur leur état notées sur sion active des alliages de cuivre archéologiques
chantier par les archéologues. Dans ces conditions, le qui peut mener à la disparition de l'objet, a aussi été
diagnostic ne peut être que très superficiel, fondé sur détectée sur l'œnochoé et sur la patère associée. Cette
les quelques éléments apparents, et l'estimation se fait forme de corrosion s'est manifestée surtout sur le
sur base de suppositions et des expériences antérieures, revers de ces objets qui présente un aspect de surface
constituant une prise de risque pour le restaurateur pustuleux. Elle demande des traitements spécifiques,
indépendant. avec notamment l'immersion des pièces dans de
Au fur et à mesure de l'avancement du travail, nous longs bains de déchloruration. À cause de la fragilité
avons constaté un très mauvais état de conservation du matériel due à tous les problèmes évoqués précé-
de tous les objets. En plus d'être très fragmentés, ils demment, le degré de nettoyage initialement demandé
présentaient toutes les étapes de la minéralisation du a été revu avec la réalisation d'un avenant au marché
métal, du cœur métallique à la disparition complète de service initial, et c'est finalement une intervention
de certaines zones. La marmite de la tombe 1 (F650) complète qui a été effectuée : nettoyage approfondi,
les réunissait toutes. Rappelons ici la définition de la remise en place de tous les fragments pour éviter les
corrosion métallique  : la corrosion est l'ensemble des pertes et compléter les profils, doublage et comblement
processus physico-chimiques qui s'établissent entre le pour consolider et stabiliser l'objet, indispensable
métal et le milieu à partir de la surface du métal et qui pour assurer la pérennité de ce matériel. Des conte-
provoque le retour du métal à un état minéral, proche nants adaptés ont été directement réalisés au Centre
de celui du minerai, plus stable. La corrosion est un de Conservation et d'Étude (CCE) du SPW à Saint-
phénomène spontané et irréversible (Bertolon & Relier, Servais selon les normes en vigueur et en collaboration
1990, p.  171). Cet état de retour à l'état minéral se avec le personnel du CCE. Une attention particulière a
88

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

également été portée sur le prélèvement en zones des esquilles osseuses ont été découverts concentrés sous
sédiments, dans le but de mener une campagne d'ana- le couvercle, autant dans le remplissage que sur le fond
lyse et d'identification. de la marmite. Un noyau a également été retrouvé dans
le creux de la carène.
Le matériel La passoire et le puisard (cola), très fins, minéra-
lisés à cœur et imbriqués l'un dans l'autre, n'ont pu
La tombe  1 (F650) renfermait le plus grand nombre être dissociés. Ils présentaient des cassures multiples
d'objets en alliage de cuivre. aux manches. Des racines se sont insinuées dans les
L'œnochoé est la pièce la mieux conservé, elle perforations du filtre de la passoire et dans le puisard,
comporte quelques pertes sur sa panse. Découverte découpant le fond en de multiples petits fragments
couchée, la face non lessivée présente une très belle devant être consolidés et fixés en place. Les perfora-
patine. L'anse est détachée, mais parfaitement reposi- tions du filtre de la passoire forment un décor. Le bord
tionnable grâce aux négatifs de soudure sur la panse et de la passoire a partiellement disparu et les sédiments
à l'ajustement parfait du col et de l'attache de l'anse. Le ont été conservés entre les deux bords restants, faisant
tout conserve encore un cœur métallique. ainsi office de renfort.
La patère ou bassin à manche (trulleum), qui présente La tombe contenait également deux paires de fibules
une très belle patine, a révélé un décor gravé au centre «  à queue de paon  » ayant perdu l'extrémité de leurs
de la face interne, très bien préservé malgré l'attaque pieds. Minéralisées à cœur, sans plus aucune cohésion,
de surface constatée au revers. Le manche et sa termi- elles n'ont pu être dégagées que grâce à une consolida-
naison en tête de bélier très fragiles sont minéralisés tion intensive et la conservation en place des matières
à cœur avec des risques de pertes de surface. La tête organiques présentes entre les paires de fibules, faisant
comporte encore une matière brune très dure, peut- aussi office de soutien. Elles restent malheureusement
être le reste du noyau de la fonte (Pernot, 1998). extrêmement fines et fragiles, difficilement manipu-
Le bol à filtre (Stainer bowl) présente un filtre décoré, lables.
déchiré et déformé. Sous le couvercle ont été décou- La tombe  1 comportait encore un anneau, deux
verts deux éléments triangulaires en plomb acco- petits boutons, un micro-fragment non identifié, laissé
lés à la paroi au ras du bord. Ce sont sans doute les en motte vu sa grande détérioration, et un élément de
supports du couvercle. Le filtre et le couvercle ont dû charnière.
être redressés et en partie comblés. Le bec verseur en La tombe 2 (F673) a livré trois fibules à ressort et un
forme de tête de canidé est très fragile et présente des disque en alliage cuivreux associé aux ossements inci-
perforations dues à la corrosion. Sur le bol, des traces nérés du défunt, le tout prélevé en motte. En accord
de cuprite accompagnées de pellicules argentées et de avec l'archéologue et l'anthropologue, le dégagement
résidus poussiéreux noirs rappellent des produits de des os a été effectué par la restauratrice, privilégiant
corrosion de l'étain. les objets plutôt que les ossements. Cependant, une
La marmite et son couvercle furent les éléments les attention très particulière a été portée sur le prélève-
plus complexes techniquement. En plus de leur grande ment des fragments osseux. Un relevé spatial et photo-
inégalité de conservation, les deux éléments étaient très graphique couche par couche a été effectué. Le disque
fragmentaires et déformés. Le couvercle se présentait plat de plus ou moins 10  cm de diamètre pourrait
en trois parties de conservation inégale avec des micro- être un miroir sans manche. Une bordure décorative
fragments. Un doublage complet et des comblements est présente sur une face. L'autre face, sans bordure,
ont été nécessaires pour pouvoir le reconstituer. Il était présente une patine bleu-noir. Des ossements étaient
muni d'un anneau de préhension en fer. Le dégagement accolés au disque avec pour conséquence la migration
fin a montré des restes fibreux de part et d'autre de cet des oxydes de cuivre sur les os. Il a été difficile dès lors
anneau. La marmite est écrasée sur un côté, rendant de séparer les éléments, avec comme conséquence la
l'accès à la surface interne difficile, et les nombreuses perte de micro-fragments sur le bord du disque.
cassures et perforations ont nécessité un doublage de
toute la face interne. Le fond de la marmite et le revers Conclusion
du couvercle présentaient une couche exceptionnelle-
ment épaisse d'oxydes de cuivre de ±  5  mm se déli- Dans l'ensemble, le travail fut long et minutieux
tant en plaques et révélant une surface partiellement mais scientifiquement concluant. Le rendu esthé-
patinée. Ce phénomène pose question quant à son tique est malheureusement décevant de par l'état de
origine. Provient-il des conditions d'enfouissement  ? conservation des objets. Tout au long du processus de
D'une utilisation particulière  ? D'un contenu spécial restauration, un dialogue permanent entretenu entre
lors de l'inhumation  ? Des fragments de clous et des la restauratrice, les archéologues et les membres du
89

Époque romaine Hainaut

CCE a permis de répondre à nombre de questions de ■■ Pernot M., 1998. Archéométallurgie de la transformation
part et d'autre, faisant de ce dossier une expérience des alliages à base de cuivre. In  : L'innovation technique au
très enrichissante pour chacun. L'expérience d'ar- Moyen Âge. Actes du VIe  Congrès international d'archéologie
chéologue associée à celle de la restauration présente médiévale (1-5 octobre 1996, Dijon – Mont Beuvray – Chenôve –
Le Creusot – Montbard), Caen (Actes des congrès de la Société
tout son intérêt car elle implique une compréhension
d'archéologie médiévale, 6), p. 123-133.
des besoins de chacun avec un langage commun.
Une restauratrice extérieure au SPW à participé aux
fouilles, conseillant les archéologues et aidant à la mise
en place de mesures préventives. Malheureusement,
elle n'a pas suivi les objets tout au long du processus Enghien/Petit-Enghien : une structure à
menant à leur restauration complète, ce qui lui aurait combustion du type « charbonnière »
permis une vision globale au gré des différentes phases.
Une intervention rapide est la clé d'un résultat opti-
mal. Même si dans le cadre de cette fouille, tous les Nicolas Authom
moyens ont été mis en œuvre rapidement, le délai d'un
an a tout de même causé des dommages. Ce problème La création d'une station de biométhanisation a été
est aujourd'hui activement pris en compte et le traite- l'occasion d'une surveillance archéologique aux abords
ment prioritaire des tombes de Ghislenghien en est la de la ferme du château de Warelles (parc. cad. : Enghien,
première application. 3e  Div., Sect.  C, nos  109c et 100a  ; coord. Lambert  :
L'enjeu dans le futur sera la conservation préventive 128386  est/151910  nord), seigneurie implantée au
de ces objets car même restaurés, il restera toujours 18e  siècle sur le territoire de Petit-Enghien (R.  Noir
des principes actifs au cœur de la matière tant qu'elle Mouchon, 1997). De nombreux sites, prospectés et/
n'est pas complètement minéralisée. En cas d'absence ou fouillés préalablement aux travaux de la LGV et
de conditions stables la corrosion reprendra que ce mentionnés à l'inventaire du patrimoine archéolo-
soit pour les objets en alliages ou encore plus s'il s'agit gique, ont également motivé cette intervention.
d'objets ferreux. Une surface de plus de 1 000 m2 a été décapée : hormis
Beaucoup de questions restent encore en suspens, un remblai moderne condamnant une dépression
comme les compositions chimiques, l'origine de la naturelle, a été mise au jour, à 0,60  m sous la surface
couche d'oxydes de la marmite… Nous espérons que les actuelle, une fosse à rejet cendreux. Partiellement hors
analyses prévues pourront y répondre. Des recherches emprise, elle est de plan rectangulaire (2,36 m × 0,90 m
peuvent également être entamées quant aux raisons de à 0,96  m) et conservée sur une profondeur de 0,08  m
la détérioration particulière des objets de ce site, tant à 0,26 m. Le fond est plat et recouvert d'une charge de
sur les alliages cuivreux, le fer ou encore la céramique. charbon de bois dont l'épaisseur est irrégulière (0,03 m
à 0,15 m). Celle-ci est surmontée de manière inégale par
Bibliographie un mélange de limon lessivé gris clair, de limon brun-
■■ Bertolon R. & Relier C., 1990. Les métaux archéologiques. jaune et de quelques éléments de terre rubéfiée. L'action
In : Berducou M.-C. (coord.), La conservation en archéologie : du feu n'a pratiquement pas marqué le sol encaissant, à
méthodes et pratique de la conservation-restauration des vestiges l'exception d'un court tronçon (0,60  cm) le long de la
archéologiques, Paris, p. 164-221. paroi sud (épaisseur de rubéfaction max. : 2 cm) et une
■■ Danese V. & Hanut F., 2014. Ath/Ghislenghien  : deux petite zone irrégulière dans la moitié nord. Aucun arte-
sépultures privilégiées d'époque augusto-tibérienne au cœur fact n'a été trouvé dans le remplissage supérieur, ni dans
du territoire nervien, Chronique de l'Archéologie wallonne, 23, la couche de charbon de bois dont une grande partie a
p. 110-116. été prélevée en vue d'analyses ultérieures.
■■ Danese V. & Hanut F., 2015. Découverte de deux sépultures Les recherches sur ce type de structures, il y a peu
privilégiées d'époque augusto-tibérienne au cœur du territoire encore énigmatiques (Bosquet & Livingstone  Smith,
nervien (Ath/Ghislenghien), Bulletin du Cercle royal d'Histoire
1995 ; Remy & Soumoy, 1996, p. 56) ou parfois abusi-
et d'Archéologie d'Ath et de la Région, 13, 238, p. 109-127.
vement interprétées comme funéraires, ont évolué ces
■■ Païn S., 2015. Manuel de gestion du mobilier archéologique. dernières années. Les fouilles menées entre autres à
Méthodologie et pratiques, Paris (Documents d'archéologie
Ghislenghien (Danese, 2014 ; 2015), Emblem (Deforce,
française, 109).
Marinova & Dalle, 2015, p. 75-79) ou Zoersel (Deforce
et al., 2013) ont permis d'observer de nombreuses
structures aux caractéristiques semblables, interprétées
comme des charbonnières. Le plan de ces dernières
évolue depuis une forme rectangulaire lors de la période
90

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

La charbonnière et son comblement avant fouille.

romaine et le Haut Moyen Âge à une forme circulaire Bibliographie


par la suite, schéma classique des aires de faulde. Elles ■■ Bosquet D. & Livingstone Smith A., 1995. Enghien/
se caractérisent par l'absence de tout matériel archéolo- Petit-Enghien  : structures énigmatiques dans un contexte
gique et de restes osseux. À Ghislenghien, cent structures d'occupation romaine le long de la rue Neuve, Chronique de
de combustion dévolues à la production de charbon de l'Archéologie wallonne, 3, p. 42-43.
bois suggèrent vraisemblablement une production à ■■ Danese V., 2014. Ath/Ghislenghien et Lessines/Ollignies.
grande échelle durant le Haut-Empire. Un «  champ  » de fosses romaines, Chronique de l'Archéologie
Dans l'exemple isolé de Petit-Enghien, les analyses wallonne, 22, p. 101-103.
anthracologiques permettront des comparaisons avec ■■ Danese V., 2015. Des fosses de charbonniers romaines dans
les autres sites de production quant aux combustibles la zone d'activité économique d'Ath/Ghislenghien IV, Signa, 4,
utilisés et une datation 14C offrira peut-être une four- p. 47-51.
chette chronologique intéressante pour associer, ou ■■ Deforce  K., Boeren  I., Adriaenssens  S., Bastiaens  J.,
pas, cette découverte aux vestiges étudiés non loin, De Keersmaeker L., Haneca K., Tys D. & Vandekerkhove K.,
rue Neuve à Petit-Enghien, lors des opérations TGV 2013. Selective woodland exploitation for charcoal production.
A detailed analysis of charcoal kiln remains (ca. 1300-1900 AD)
(Bosquet & Livingstone  Smith, 1995, p.  43). Deux
from Zoersel (northern Belgium), Journal of Archaeological
échantillons issus d'une structure (ustrinum  ?) y ont
Science, 40, p. 681-689.
bénéficié à l'époque d'une datation 14C dont le résul-
■■ Deforce K., Marinova E. & Dalle S., 2015. Vijf Romeinse
tat retenu est 170 av. J.-C. à 60 apr. J.-C. L'absence de
houtskoolbranderskuilen in Emblem (Ranst, prov. Antwerpen),
matériel archéologique et la proximité de nécropoles Signa, 4, p. 75-79.
(Frébutte, 1995  ; Frébutte & Hanut, 2014, p.  94-95  ;
■■ Frébutte C., 1995. Enghien/Petit-Enghien : nécropole gallo-
Moisin, 1953) avaient embarrassé les auteurs pour romaine, Chronique de l'Archéologie wallonne, 3, p. 41-42
interpréter ces foyers. Les similitudes entre la dizaine de
■■ Frébutte C. & Hanut F., 2014. La nécropole d'Enghien/
ces structures énigmatiques et celle trouvée à proximité
Petit-Enghien (province de Hainaut). In  : Hanut  F. &
de la ferme du château de Warelles sont incontestables, Henrotay  D. (dir.), «  Du bûcher à la tombe  ». Les nécropoles
et nous espérons que les prochaines études sur les char- gallo-romaines à incinération en Wallonie, Namur, p. 94-97.
bons confirmeront ces analogies et le rapprochement ■■ Moisin P., 1953. Nécropole romaine à Petit-Enghien, Archéo-
entre les deux sites. Un nouveau centre de production logie. Chronique, 2, p. 445-446 (= L'Antiquité classique, 22).
charbonnière pourrait se dessiner, au sein d'une région
densément occupée au Haut-Empire (habitat, nécro-
pole, four de potier, voie de communication).
91

Époque romaine Hainaut

■■ R. Noir Mouchon, 1997. R.  Noir Mouchon, nos  14-15. La surveillance couvrait un tracé de voirie de
Château de Warelles. In : Province de Hainaut. Arrondissement 2  200  m de long, depuis la ferme Chassart jusqu'au
de Soignies, Liège (Le Patrimoine monumental de la Belgique, lieu-dit « Phillipebourg » ; les sondages étaient implan-
231), p. 352-356. tés à mi-chemin entre l'agglomération de Liberchies
■■ Remy H. & Soumoy M., 1996. Chronologie des occupations (à 8,5  km au sud-ouest) et la bourgade de Baudecet/
et bilan archéologique. In : Remy H. & Soumoy M. (dir.), Sur la Sauvenière (à 13 km au nord-est). La voirie, depuis la
voie de l'histoire. Archéologie et TGV, Namur (Études et Docu- ferme Chassart jusqu'au croisement avec la rue Sart
ments, Fouilles, 2), p. 53-56.
Maletto, est conservée sous la forme d'un chemin
de terre carrossable  ; au-delà, et jusqu'au croisement
avec la RN93, toute trace de chemin a disparu sous les
terres agricoles. Enfin, après la nationale, le chemin
Fleurus/Brye et Villers-la-Ville/Marbais : n'est plus carrossable mais son tracé est matérialisé
analyse stratigraphique de la chaussée par un talus de végétation marquant la limite parcel-
romaine Bavay-Cologne laire  où subsistent, çà et là, quelques vestiges d'une
voirie moderne comme des panneaux de circulation et
du bitume.
Nicolas Authom et Olivier Collette Deux sondages perpendiculaires à la chaussée ont
particulièrement retenu l'attention  : le premier  (S1)
La voie antique Bavay-Cologne (sur le sujet, entre pour le bon état de conservation des niveaux anciens
autres : Bailleux & Graff, 1993 ; Brulet, 2008, p. 55-80 ; du chemin et la pédogénèse des sols sur lesquels la voie
Corbiau, 1997 ; 2014, p. 4-10 ; Corbiau & Bausier, 2015 ; a été implantée, le second  (S2) pour sa stratigraphie
Deramaix, 2006 ; De Waele & Soumoy-Goffart, 1988, tout à fait différente alors qu'il n'est éloigné que de
p. 114-121 ; Jurion-de Waha, 1984, p. 60-64) marque la 500 m du premier sondage.
frontière des territoires de Brye et de Marbais (Villers-
la-Ville, Brabant wallon). À cet endroit, la pose d'une Sondage S1
conduite d'eau commanditée par la Société wallonne
des Eaux a permis au Service de l'archéologie de la Le sondage est long de 10  m pour une profondeur
Direction extérieure du Hainaut  1 (DGO4  / Dépar- moyenne de 2,20  m sous la surface actuelle, avec un
tement du patrimoine) d'assurer une surveillance des approfondissement ponctuel jusqu'à 3  m au niveau
travaux et de bénéficier du creusement de sondages, de l'ancienne canalisation. Aucune information perti-
réalisés par la société TEGEC, en vue de retrouver une nente n'a pu être dégagée en plan, le sondage, effectué
ancienne conduite d'eau déjà présente sous le chemin en paliers, n'excédant pas plus de 1 m de large. Le profil
actuel. L'opération et certains sondages destinés présente une interruption côté nord (0,80 m de large)
uniquement au volet archéologique étaient intégrés au causée par la pose de l'ancienne conduite d'eau.
cahier des charges de l'entreprise, offrant une collabo- Le sol encaissant est un limon argileux jaune à glosses
ration aisée entre les différents intervenants. de décoloration et fentes de retrait (a) surmonté d'un
niveau brun limoneux (Bdark) (b) ; ces horizons d'élu-
viation ont été recouverts d'un fin dépôt de ruisselle-
ment silteux. Sur celui-ci, un épais remblai limoneux

Localisation du tracé de chaussée étudié sur la carte IGN,


avec implantation des sondages  S1 et S2 (infographie Vue d'ensemble du sondage S1 avec à l'avant-plan, la coupe
C. Tesch, Serv. archéologie, Dir. ext. Hainaut 1). et à l'arrière, la végétation qui recouvre la chaussée.
92

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

Coupe de la chaussée au niveau du sondage S1 (infographie C. Tesch, Serv. archéologie, Dir. ext. Hainaut 1).

homogène à fins constituants (c) semble avoir été un niveau de circulation cohérent. Une succession de
artificiellement apposé  ; son profil rectiligne et plat recharges (ép. : ± 30 cm) ont été apportées au-dessus
suggère une mise à niveau de la surface du sol. Les de ce niveau, composées de limons sableux mêlés à des
dimensions restreintes du sondage ne permettent pas cailloux, des galets et rythmées par de fines couches de
d'identifier ce remblai comme une phase préparatoire sables oxydés (j). Enfin, est apposé un dernier niveau
à l'installation de l'assiette de la voirie. Aucune couche dont la composition est proche des autres recharges
humifère n'a été observée ni de bioturbations typiques mais l'aspect plus hétérogène ne présente pas une
d'un horizon de surface ; le contact très irrégulier avec organisation stratifiée et la charge en galets et pierres
la couche inférieure peut résulter d'un arrachage de est bien moins importante  (k). S'y retrouvent encore
surface. Au-dessus de ce remblai se trouve un limon
homogène, gris clair, marqué d'un réseau de fines frac-
tures horizontales, soulignées d'oxydes de fer, et reliées
entre elles par d'autres fractures perpendiculaires (d).
Ce limon lessivé et remanié pourrait avoir été appor-
té par ruissellement durant un laps de temps assez
long, vu son épaisseur (jusqu'à 0,60 m). Après dépôt,
cette couche a subi des compressions nombreuses et
répétées (traces de circulation  ?) qui ont provoqué
l'apparition d'une structure «  feuilletée  ». L'étude de
ces deux strates a fait l'objet d'observations en lames
minces.
Un radier de pierres forme l'assise de la voirie  ; il
s'agit d'un mélange de grès, de calcaires, de phyllades
et quartzophyllades, de tailles et formes irrégulières,
liés entre eux par une argile brunâtre  (e). Au-dessus,
sont appliquées deux couches successives de sable
limoneux : un sable gris, dense, recouvrant les pierres
(f), surmonté d'un sable jaune, à la texture plus hété-
rogène  (g). L'épaisseur de la couche de sable jaune,
plus importante au nord, tend à s'affiner vers le sud où
elle vient buter contre une grosse pierre  (h). Celle-ci
marque l'extrémité de l'aménagement et est interprétée
comme une bordure destinée à maintenir le radier et le
sable. Couvrant cette assise, une couche compacte de
cailloux schisteux et schisto-phylladeux est mélangée
à un limon cohérent non carbonaté (i). Des gisements
de ce type de schiste sont connus à Villers-la-Ville. La
bordure est recouverte par cette strate dont la surface Détail de la bordure et des différentes charges formant la
voirie.
plane et légèrement bombée semble correspondre à
93

Époque romaine Hainaut

quelques liserés de sables oxydés.


À l'exception d'un léger débordement, cette succes-
sion de couches suit l'alignement initial dicté par la
bordure au sud. Côté nord, au-delà de la tranchée
pour la canalisation, la stratigraphie est complètement
chamboulée et ne s'observe qu'une masse compacte
où toutes les composantes des différents niveaux sont
mélangées (l).
Plus haut, une longue couche irrégulière (L. : 5,90 m),
relativement plane, interrompue en son centre, se
compose d'une terre brun foncé, à base caillouteuse,
avec des fragments de briques et de chaux  (m). La
partie sud de cette strate est désaxée par rapport à
Le fossé de traçage axial.
l'alignement et repose au sein d'un amas de limons
comportant des inclusions  (briques). Enfin, la partie
supérieure de la coupe est dominée par l'humus  (n) repose sur une couche d'argile brune dure et compacte
où gisent des alignements de briques, des poches de qui épouse le profil du sol encaissant. Cette charge cail-
bitume et des recharges de cailloux. louteuse ne correspond pas à un niveau de circulation
Aucun fossé adjacent à la voirie n'a été observé, soit mais semble avoir stabilisé le creusement pour recevoir
se trouvant hors emprise soit étant absent. Notons l'assise de la voie. Sous cette strate, deux enfoncements,
toutefois, à l'extrémité sud du profil, deux enfonce- espacés de 0,80 m, sont creusés dans le limon en place.
ments (l. : 10 cm ; prof. : ± 20 cm), en forme de cuvette, Si le premier, observé côté nord, est peu marqué (prof.
observés dans le sédiment limoneux gris clair  (o et au centre : 12 cm) avec un profil en U assimilable à une
p). Ils marquent une interruption du réseau de litages ornière, le second est beaucoup plus profond (30 cm au
brun argileux et se caractérisent par une oxydation centre par rapport au niveau de galets) avec un profil
importante. Vu leur espacement, large de  0,60  m, il en V. Il est pratiquement situé au centre de l'axe de la
pourrait s'agir d'ornières, leur profil et leur dimension voirie et correspond vraisemblablement au sillon de
rejetant toute interprétation comme fossé. traçage axial (Brulet, 2008, p. 68-69), particularité déjà
observée sous la chaussée à Villers-Perwin (De Waele
Sondage S2 & Soumoy-Goffart, 1988, p. 119). Ce fossé est comblé
par une pierre et un limon gris très compact avec
Ce sondage est localisé à quelques mètres au sud-ouest quelques liserés d'oxydation.
du croisement entre la chaussée romaine et la rue Sart Le reste de la coupe offre une séquence de six couches
Maletto. L'actuel chemin agricole a été coupé transver- de remblais limoneux et limono-argileux superposés
salement sur 6,40 m de long, jusqu'à une profondeur qui ont petit à petit colmaté la dépression naturelle et
de  2,20  m. Dans ce cas-ci, aucun aménagement fait remonter le chemin à la surface actuelle. Certains
construit n'est conservé, le profil révèle une large de ces niveaux sont chargés en fragments de briques,
cuvette avec des parois obliques et un fond relative- d'autres affectés par des réseaux de fractures dues
ment plat sur  3  m de long. Un fin dallage de galets à la compression  ; enfin les couches supérieures  (à
partir de 80  cm de profondeur et jusqu'à la surface)
comprennent des poches de bitume.
L'encaissement du chemin à cet endroit peut s'expli-
quer par sa position culminante. Un creusement initial
probablement anthropique devait faciliter le fran-
chissement du « col ». Par la suite, l'encaissement du
chemin a été facilité par le passage des convois et les
ruissellements.

Chronologie et conclusion

Aucun mobilier n'a pu être mis en relation avec les


différentes unités stratigraphiques observées, à l'excep-
Vue d'ensemble du sondage S2 avec à l'avant, la charge de tion des couches supérieures où la présence d'éléments
galets.
modernes, comme les briques et le bitume, identifie
94

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

clairement l'époque de construction. ■■ Corbiau  M.-H.,  2014. Les voies romaines à travers nos
Toutefois, certains indices issus des sondages régions. In  : Coquelet  C.  (dir.), L'archéologie en Wallonie.
témoignent d'aménagements déjà observés, lors de L'époque romaine. Voies de communication, établissements
fouilles plus anciennes, sur d'autres tronçons de la ruraux et agglomérations, Namur (Carnets du Patrimoine, 113),
chaussée ; tronçons qui, eux, sont avérés antiques par p. 4-10.
le matériel archéologique qui y est associé. C'est le cas ■■ Corbiau  M.-H. & Bausier  K.,  2015. Les voies de commu-
du fossé de traçage axial, repéré dans le sondage  S2. nications en pays nervien. In  : Bausier  K. & Beirnaert-
Mary  V.  (dir.), Rome en pays nervien. Retour sur notre passé
Tout porte à croire qu'il est le prolongement du fossé
antique, Ath – Bavay, p. 88-96.
no 35, fouillé à Villers-Perwin, dont l'analyse stratigra-
phique a confirmé un comblement antérieur au règne ■■ Deramaix  I.,  2006. Binche, Waudrez. Chaussée romaine,
constructions riveraines et nécropole. Rapport de fouilles menées
de Domitien. Si les remblais supérieurs ne peuvent être
lors d'aménagements modernes, Namur (Études et Documents,
attribués chronologiquement, le fossé de traçage laisse Archéologie, 11).
peu de doute quant à son caractère antique. Il est le
■■ De Waele É. & Soumoy-Goffart M., 1988. Villers-Perwin :
préalable à la construction de la voirie, axe figé dans le
la chaussée romaine Bavay-Cologne. In  : Activités  86 à 87 du
paysage à l'époque augustéenne. S.O.S. Fouilles, 5, p. 114-121.
Dans le cas du sondage S1, la mise en œuvre de la
■■ Jurion-de Waha  F.,  1984. Coupe dans la chaussée Bavai-
voirie correspond au modèle antique : une bordure, un Cologne à Gouy-lez-Piéton. In  : Activités  81 à 83 du S.O.S.
radier de pierre, les charges de sable et galets et un revê- Fouilles, 3, p. 60-64.
tement supérieur (Anderson et al., 2003, p. 175-184) ;
bien sûr, les composantes utilisées sont adaptées, selon
la région, aux matières premières disponibles.
L'information récoltée quant aux dimensions de la
chaussée est, elle, tronquée et ne peut être comparée Hensies/Hensies : habitat du Haut-Empire
avec d'autres sites étudiés. Dans le cas du sondage S1, à « La Neuville », estampille sur sigillée
des travaux modernes ont détruit une partie des infor- non répertoriée et petit matériel divers
mations et, dans le sondage S2, les vestiges construits
ont été érodés par les passages et les éléments naturels,
avant de laisser la place à un chemin creux, petit à petit Jean Dufrasnes et Éric Leblois
remblayé.
Les futures analyses menées sur les sédiments sous- En 1986, des prospections menées par l'un des auteurs
jacents à la chaussée révèleront l'environnement préa- (J.D.) permirent de repérer les vestiges d'une construc-
lable à la pose de la chaussée et la présence ou pas tion d'époque romaine au lieu-dit «  La Neuville  »
d'activés humaines antérieures sur ce plateau. (parc. cad. : Hensies, 1re Div., Sect. A, nos 204c et 206g).
Enfin, il est intéressant de signaler que pour ces Connu depuis le milieu du 19e siècle, ce site figure sur
deux sondages, le tracé actuel (soit toujours visible, différentes cartes archéologiques (Van Bastelaer, 1880 ;
soit matérialisé par la végétation) n'a pratiquement pas de Loë & de Munck, 1890).
dévié de son axe au cours des siècles, si ce n'est un élar- Outre quelques petits objets métalliques et un sigle
gissement ponctuel  (m) rapidement abandonné sous sur sigillée, trois fragments de meules tournantes en
un remblai et les terres de culture. «  arkose  » de Macquenoise furent aussi découverts
lors de ces recherches (De  Braekeleer, Dufrasnes &
Bibliographie Houbion, 1989, p. 160-163, pl. VI-VIII, photos 12-13.
■■ Anderson T.J., Agustoni C., Duvauchelle A., Serneels V. Détermination du matériau par Paul  Picavet). Un
& Castella D., 2003. Des artisans à la campagne. Carrière de sesterce fruste valut au site d'être enregistré au Cabinet
meules, forge et voie gallo-romaines à Châbles  (FR), Fribourg des Médailles de Bruxelles sous le numéro 7381001.
(Archéologie fribourgeoise, 19).
■■ Bailleux G. & Graff Y., 1993. Trente ans de fouilles à Liber- Alliage cuivreux
chies, Romana Contact, sans no.
■■ Brulet R. (dir.), 2008. Les Romains en Wallonie, Bruxelles. – Tête d'une fibule à ressort protégé (5). Le raccord
■■ Corbiau  M.-H.,  1997. La chaussée romaine Bavay- de l'arc à l'étui, courbe, et les cannelures la rattachent
Tongres, un patrimoine monumental remarquable. In  : au groupe  4, type  4, variante  1 ou 2 d'Émilie Riha
Corbiau M.-H. (dir.), Le patrimoine archéologique de Wallonie, (1994 : 1er siècle). Dim. : 1,8 × 1,4 x 0,8 cm. Les fibules
Namur, p. 274-276. à ressort protégé ne se rencontrent pratiquement pas
dans cette zone du fond de la vallée de la Haine, les
traces d'occupation datant du 1er siècle sont d'ailleurs
95

Époque romaine Hainaut

représente 20,3 % des bagues en argent (Guiraud, 1989,


p. 197-198 et p. 203). Dim. : 2,1 × 0,4 cm.
– Clef à révolution à poignée trilobée dégradée (1). Le
canon possède une extrémité femelle. Panneton ruiné.
Type peu courant en raison de ses proportions et de sa
facture grossière. Dim. : 7,1 × 2,2 × 0,7 cm.
– Fragment du bord, déformé, d'un récipient de type
indéterminé (8). Lèvre externe présentant une section
triangulaire. Dim. : 5,8 × 3 × 1 cm.
– Clou à tête globuleuse (2). Dim. : 2,2 × 1 cm.

Plomb

– Petite plaquette percée (7). Dim. : 2,3 × 2,2 × 0,3 cm.


– Plomb de réparation de poterie (6). Dim. : 2,5 × 2 ×
1,1 cm.

Pierre

– Pierre dont la forme, plus ou moins discoïde, semble


obtenue par piquetage (non illustrée). La face supé-
rieure est légèrement concave tandis que celle infé-
rieure, bombée, mais sans méplat, présente des traces
d'usure atteignant pratiquement le stade du polissage.
Dim. : 7,2 × 4,1 cm. Ce type d'artefact, souvent associé
à l'artisanat du métal, suscite un intérêt nouveau. Un
article décrit et analyse six polissoirs découverts lors
de prospections effectuées à Sirault par Serge  Parent
(Thiébaux et al., 2014). Ceux-ci présentent des facettes
Hensies, « La Neuville » : 1. Clef ; 2. Clou ; 3. Fibule à ressort ; dues à leur usage, ce qui n'est pas le cas pour la pierre
4. Bague ; 5. Fibule à ressort protégé ; 6. Plomb de réparation de décrite ici. Aussi, il s'agit vraisemblablement d'un
poterie ; 7. Plaquette en plomb ; 8. Récipient en alliage cuivreux.
broyon utilisé conjointement avec un mortier.

peu nombreuses. Ainsi, un unique exemplaire apparaît Céramique


parmi les cent six fibules trouvées lors de prospec-
tions effectuées sur les déblais du canal à Pommerœul – Coupelle Drag. 33 en terre sigillée du Centre de la
(Dufrasnes, 1994, no 20 ; 1999 ; 2001) ; les sites Hensies I Gaule dont le bord est conservé à 10 % (diam. bord :
et II n'en livrèrent également qu'un unique spécimen ca  27,5  cm ; haut.  : 4,6  cm). Estampille GRACCIM
parmi les trente-six broches répertoriées (Dufrasnes & au-dessus d'un petit cercle. Sigle non répertorié attri-
Leblois, 2009, no 77). buable au potier Gracchus iv (Lezoux, ca 155-195) ; il
– Fragment d'une fibule à ressort initialement à quatre pourrait en fait correspondre à celui, douteux, imputé
spires et corde interne (3). Une incision longitudinale
bordée de points orne l'arc à profil arrondi. Le pied,
formant un angle accusé avec l'arc et se terminant
généralement par un bouton aplati rapporté, manque.
Dim. : 3,3 × 1,3 × 1,1 cm. Type bien représenté dans
la basse vallée de la Haine. Époque flavienne-début du
3e siècle.
– Bague (4). Bien que très oxydée, sa forme hexago-
nale se laisse encore deviner et la rattache au groupe 9a
d'Hélène  Guiraud. Ces anneaux  se retrouvent dans
toutes les régions, surtout dans le nord-est, et on les
trouve en particulier s'ils sont modestes dans les vici, les Estampille GRACCIM sur une coupelle Drag.  33 en terre
sigillée du Centre de la Gaule.
zones rurales, les forts du limes. Au 3e  siècle, ce type
96

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

sans certitude à Gracchus iii, homonyme du Sud de la Hensies/Montrœul-sur-Haine : vestiges


Gaule (Hartley & Dickinson, 2009, p. 219). d'une construction d'époque gallo-
– Fragment du bord d'un plat à paroi concave Blicquy 5
romaine au « Coron Franoé »
(De Laet & Thoen, 1969) en céramique à vernis rouge
pompéien originaire des Rues-des-Vignes. Ces réci-
pients ont été produits en abondance durant la seconde Jean Dufrasnes et Éric Leblois
moitié du 2e siècle et au 3e siècle (Deru, 2005, p. 474).
Au fil des prospections effectuées ces dernières décen-
Bibliographie nies, le nord du territoire de Montrœul-sur-Haine
■■ De Braekeleer R., Dufrasnes J. & Houbion F., 1989. révèle les nombreuses traces d'occupations gallo-
Découverte de meules antiques dans la région de Belœil, Coup romaines qu'il recèle. Il semble désormais difficile de le
d'œil sur Belœil, 5, 37, p. 142-186. dissocier du vicus de Pommerœul (nous employons ici
■■ De Laet S.J. & Thoen H., 1969. Études sur la céramique de la le terme « vicus » dans le sens « d'agglomération », sans
nécropole gallo-romaine de Blicquy. IV. La céramique « à enduit préjuger de son véritable statut à l'époque romaine).
rouge-pompéien », Helinium, IX, p. 28-38. De celui-ci, on ne conservait, jusqu'ici, que la vision,
■■ de Loë A. & de Munck É., 1890. Essai d'une carte préhisto- forcément tronquée, laissée par les découvertes specta-
rique et protohistorique des environs de Mons, Annales de la culaires effectuées lors du creusement du canal à grand
Société d'Archéologie de Bruxelles, 4, p. 403-429. gabarit (1975) et les fouilles, partielles, qui s'ensui-
■■ Deru X., 2005. Les productions de l'atelier de potiers des virent. L'ancien canal Mons-Condé (1807), l'autoroute
«  Quatre Bornes  » aux Rues-des-Vignes (Nord). In  : Société Mons-Valenciennes (1972) et le cours de la Haine cana-
française d'Étude de la Céramique antique en Gaule. Actes du lisée contribuent à dissocier, tout à fait artificiellement,
Congrès de Blois, Marseille, p. 469-478. les deux zones d'occupations antiques. Par certains
■■ Dufrasnes J., 1994. Fibules gallo-romaines découvertes dans caractères, celle repérée à Montrœul-sur-Haine consti-
les déblais du canal à Pommerœul, Amphora, 76, p. 3-40. tue, pour le moins, une sorte de toute proche banlieue
■■ Dufrasnes J., 1999. Quelques objets, datant de la Préhistoire sud du site portuaire, banlieue avec peut-être, comme
à la période moderne, découverts dans les déblais du canal de nous le verrons, une part de ce que sa vision moderne
Pommerœul, Vie archéologique, 52, p. 29-59.
comprend et y associe. Dans cette optique, ses franges
■■ Dufrasnes J., 2001. Petit matériel d'époques diverses, mis au débordant sur les communes d'Hensies et d'Hautrage
jour à l'occasion du creusement d'un canal à Pommerœul (Ht) pourraient y être incluses, car elles aussi conservent le
en 1975, Vie archéologique, 55-56, p. 27-48.
souvenir de nombreux établissements gallo-romains ;
■■ Dufrasnes J. & Leblois É., 2009. Hensies (Hainaut)  : le mais tout cela demeure encore une histoire à écrire en
matériel métallique et la céramique recueillis en surface de deux
détail.
établissements gallo-romains, Vie archéologique, 68, p. 5-53.
À Montrœul-sur-Haine, les vestiges de constructions
■■ Guiraud H., 1989. Bagues et anneaux à l'époque romaine en
repérés sont chaque fois peu étendus et, contrairement
Gaule, Gallia, 46, p. 173-211.
à la zone portuaire, ils ne trahissent aucune véritable
■■ Hartley B.R. & Dickinson B.M., 2009. Names on trace de richesse matérielle, même si quatre dépôts
Terra Sigillata. An Index of Makers' Stamps & Signatures on
monétaires furent exhumés dans la localité en 1846
Gallo-Roman Terra Sigillata (Samian Ware). Volume 4 (F to
(Thirion, 1967, p.  124-125). Situés en bordure nord-
KLUMI), London (Bulletin of the Institute of Classical Studies,
Supplement 102-04). ouest d'un marécage, ils semblent correspondre aux
habitats de paysans tirant vraisemblablement quelque
■■ Riha É., 1994. Die römischen Fibeln aus Augst und Kaiser-
augst. Die Neufunde seit 1975, Augst (Forschungen in Augst, 18).
profit de cette zone humide. Des artisans, aux indus-
tries génératrices de nuisances, s'y installèrent aussi,
■■ Thiébaux A., Ansieau C., Henrich P. & Goemaere É.,
des scories de fer provenant d'une forge ayant été
2014. Saint-Ghislain/Sirault : les polissoirs romains découverts
en 1998, indices d'une forge spécialisée  ?, Chronique de découvertes mêlées à des fragments de tegulae (parc.
l'Archéologie wallonne, 21, p. 91-96. cad.  : Hensies, 2e  Div., Sect.  A, extrémité nord des
■■ Van Bastelaer D.-A., 1880. Les tombes gauloises de la nos 272b et 272c ; Dufrasnes, 1994, p. 21).
France et les tombes germaniques de la Belgique antérieures Le site particulier dont il sera ici question n'échappe
à l'invasion romaine. Une tombe germanique découverte et pas à ce constat général. Il s'étend juste au nord du
méconnue en 1851 à Bernissart, Annales du Cercle archéologique «  Coron Franoé  », à quelques mètres à peine au
de Mons, 16, p. 551-576. sud-ouest du cours actuel de la Haine, sur une surface
d'environ 50  a (parc. cad.  : Hensies, 2e  Div., Sect.  A,
zone de jonction des nos 335d, 335f et 338d). Le maté-
riel qui y a été ramassé (céramique, monnaies et petits
objets métalliques) témoigne d'une occupation qui
97

Époque romaine Hainaut

remonte au moins à la fin du 1er siècle ou au début du 4. Faustine la Jeune, Rome, 161-175.


siècle suivant et qui perdure probablement au 3e siècle. A. ]AVSTINA/AVGVS[. Buste de l'impératrice drapé
Quelques vestiges d'autres époques s'y remarquent à droite.
également. R. Cybèle assise à droite sur un trône, flanquée de deux
lions, et tenant un tambour sur ses genoux.
Matériel lithique Sesterce.
5. Empereur indéterminé, Rome, 2e siècle.
Fragment mésial d'une lame minière en silex. Un bord A. Buste lauré d'un empereur à droite.
présente une retouche directe marginale. Légère patine R. Personnage féminin debout à gauche tenant une
brunâtre à l'exception d'une extrémité, cassée récemment, lance, ou un sceptre, et une patère. S/C.
dont la tranche laisse apparaître un silex gris moyen légè- Sesterce.
rement graineux. L. : 4 cm ; l. : 2,3 cm ; ép. : 0,9 cm (1). 6. Sesterce fruste.
7 à 10.  Monnaies frustes du Haut-Empire en alliage
cuivreux. Diam. respectifs : 26, 22, 22 et 19 mm.

Petits objets métalliques

– Fragment d'une applique de harnais en alliage


cuivreux aux bords incurvés. Revers creux sur lequel
subsiste un rivet de fixation. L. : 1,6 cm ; l. : 1,7 cm ;
ép. (y compris le rivet) : 0,8 cm (2). Époque romaine
(Fauduet, 1992, no 685).
– Petit disque en plomb, dont les deux faces sont plates.
Pion ou poids non officiel à usage domestique. Diam. :
2 cm ; ép. : 0,5 cm ; poids : 14,52 g (3). Époque indé-
Hensies, « Coron Franoé » : 1. Fragment d'une lame minière ; terminée.
2.  Fragment d'une applique  ; 3.  Petit disque en plomb  ; – Fragment d'un crochet de suspension d'un fourreau
4.  Fragment d'un crochet de suspension d'un fourreau d'épée ou de baïonnette (4). De nombreux exemplaires
d'arme blanche (fin 17e-19e siècle).
sont connus en Belgique et en France. Fin 17e-19e siècle.
Les plus anciens, en laiton, se fixaient au moyen d'une
Monnaies petite plaque trapézoïdale insérée entre le cuir et le
bois du fourreau  ; les plus modernes, de forme un
1. Domitien, Rome, 81-96. peu différente, étaient rivetés ou soudés sur la chape.
A.  ]SDOMITAVGGER[. Buste lauré de l'empereur à Ces objets furent parfois assimilés à des crochets de
droite. simpulum (voir à ce sujet Dufrasnes, 2004, no  13,
R.  Minerve debout à gauche, tenant une lance de p. 21-22 ; Dufrasnes, 2014).
la main gauche et un foudre de la main droite, un
bouclier à ses pieds. Céramique
Denier (fragment).
2.  Faustine Mère, sous Antonin-le-Pieux, Rome, – Terre sigillée  : coupe moulée Drag.  37 (Sud de la
ca 141-146. Gaule, Domitien-Trajan), assiette Drag. 31 (Centre de
A. DIVA/FAVSTINA. Buste drapé de l'impératrice à la Gaule, 2e siècle), récipient indéterminé (Argonne).
droite. – Fragments de plusieurs dolia de grand module en
R. AVG/VSTA. Cérès debout à gauche, tenant une pâte à dégraissant grossier d'argilite. L'un d'eux à lèvre
torche de la main droite et soutenant son pallium de plate horizontale ornée de trois sillons concentriques
la gauche. type Gose 358. Quelques fragments de panse ornés de
Denier. groupes de deux cordons.
3. Faustine la Jeune, Rome, 161-175. – Mortier type Tongeren  350 en pâte de la région de
A. ]FAVS[ ]I[ ]/AV] [STA. Buste de l'impératrice drapé Bavay-Famars (Vanvinckeroye, 1991).
à droite. – Amphore à huile de Bétique Dressel  20, amphore
R. IVNON] [/REGINAE. Junon debout à gauche régionale Gauloise  13 (ou cruche-amphore) en pâte
tenant un sceptre de la main gauche et une patère dans septentrionale  et surface extérieure couverte d'un
la main droite, un paon à ses pieds. S/C. engobe beige.
Sesterce. – Cruches ou cruches-amphores en pâte scaldienne,
98

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

■■ Thirion M., 1967. Les trésors monétaires gaulois et romains


trouvés en Belgique, Bruxelles (Travaux du Cercle d'Études
numismatiques, 3).
■■ Vanvinckeroye W., 1991. Gallo-Romains aardewerk van
Tongeren, Hasselt (Publicaties van het Provinciaal Gallo-
Romeins Museum, 44).

Hensies/Montrœul-sur-Haine : vestiges
gallo-romains du Haut- et du Bas-Empire
recueillis au lieu-dit « La Préelle »

Hensies, « Coron Franoé » : fragment d'une coupe moulée Jean Dufrasnes et Éric Leblois
Drag. 37 en terre sigillée du Sud de la Gaule.

En mars 1991, l'un de nous (J.D.) a repéré des vestiges


en pâte septentrionale, en pâte de la région de Bavay- gallo-romains sur un champ localisé au sud-ouest
Famars (à lèvre pendante et ouverture évasée) et en de Montrœul-sur-Haine, au lieu-dit «  La Préelle  », à
pâte savonneuse. quelque 800  m à l'est de la chaussée Bavay-Blicquy
– Fragments de nombreux récipients en céramique (parc. cad.  : Hensies, 2e  Div., Sect.  B, no  506  ; coord.
commune sombre, certains en pâte scaldienne, d'autres Lambert  : 102650  est/124250  nord). Régulièrement
en pâte septentrionale. On y reconnaît des jattes NerJ2, prospecté depuis sa découverte, ce site a déjà fait
des bols carénés NerJ5 et, peut-être, un poêlon NerJ9, l'objet d'un bref signalement (Dufrasnes, 2000), mais
des marmites NerM1, NerM2 (proches d'exemplaires une imprécision concernant sa localisation et quelques
connus à Bavay durant la première moitié du 2e siècle découvertes effectuées depuis lors nous incitent à y
et durant la première moitié du 3e  siècle), NerM6 et consacrer une nouvelle notice.
NerM8 (Blondiau, Clotuche & Loridant, 2001). Cette occupation, probablement un habitat, se
– L'un ou l'autre tesson en céramique modelée. remarque essentiellement par la présence de frag-
Des fragments relativement nombreux de récipients ments de tegulae et d'imbrices répartis sur une surface
post-médiévaux en terre cuite rouge glaçurée y ont relativement vaste. Divers artefacts dignes d'intérêt y
également été ramassés. L'un d'eux était couvert d'une ont cependant été ramassés. Si la plupart sont attri-
glaçure verte sur engobe blanc. buables au Haut-Empire (du milieu du 1er  siècle au
3e  siècle), quelques-uns attestent que les lieux ont
Bibliographie également été occupés durant le 4e  siècle, ce qui est
■■ Blondiau L., Clotuche R. & Loridant F., 2001. Mise en relativement rare dans la région.
évidence de répertoires de céramiques communes sombres
dans la partie méridionale de la cité des Nerviens : l'apport des Vestiges du Haut-Empire
fouilles récentes. In : Société française d'Étude de la Céramique
antique en Gaule. Actes du Congrès de Lille-Bavay, Marseille, Les monnaies
p. 41-64.
■■ Dufrasnes J., 1994. Fibules gallo-romaines découvertes dans 1. Hadrien, Rome, 117-138.
les déblais du canal à Pommerœul, Amphora, 76, p. 3-40. A. ]IANVS/HADRIA[. Buste couronné de l'empereur
■■ Dufrasnes J., 2004. Traces d'un atelier de bronzier à droite.
d'époque romaine au lieu-dit Cocriamont à Blandain (Ht), Vie R. Fortune assise à gauche, tenant corne d'abondance
archéologique, 61, p. 7-37.
et gouvernail.
■■ Dufrasnes J., 2014. Ath/Meslin-l'Évêque : rectification Sesterce. 6. C.756 (RIC, 551a ; BMC, 1130).
à propos d'un crochet gallo-romain orné de coquillages et de 2. Faustine la Jeune, Rome, ca 161-175.
vulves, Chronique de l'Archéologie wallonne, 22, p. 121-122.
A. Buste féminin à droite coiffé d'un chignon.
■■ Fauduet I., 1992. Musée d'Évreux. Collections archéologiques. R. Junon debout à gauche, tenant une patère et un
Bronzes gallo-romains. Instrumentum, Évreux.
sceptre, un paon à ses pieds.
■■ Gose E., 1950. Gefäβtypen der römischen Keramik im Rhein- Dupondius. 11. C 123 (RIC, 1647 ; BMC, 983).
land, Köln (Beihefte der Bonner Jahrbücher, 1).
99

Époque romaine Hainaut

Les petits objets en alliage cuivreux type Tongeren  352 (le plus répandu au 3e  siècle  ;
Vanvinckeroye, 1991) ;
Deux fragments de fibules à charnière en étui furent –  dolia, généralement en pâte septentrionale, mais
découverts. aussi en pâte à dégraissant grossier ;
–  Le premier (1) s'intègre au groupe  23d4a de – commune sombre : assiette NerA6 (seconde moitié
Jacques Philippe (2000, no 412 : ca 50-80/90 apr. J.-C.). du 2e siècle à Bavay), marmites NerM1, NerM2 (proches
Ce modèle est connu à Augst dans des contextes plus d'exemplaires mis au jour à Bavay et à Étroeung dans
tardifs (Riha, 1979, no  924  ; 1994, no  2416, p.  114, des contextes de la première moitié du 3e  siècle) et
variante 5.7.7). L.  : 3,4  cm. À l'échelle régionale, un NerM6, jattes NPicJ4 et NPicJ22b (Blondiau, Clotuche
fragment semblable provient de Tertre (Dufrasnes & Loridant, 2001 ; Collectif céramique-ABG, 2010) ;
& Leblois, 2010) et une fibule appartenant au même –  pot à provisions à lèvre plate et horizontale et pot à
groupe fut trouvée sur le site de la villa de Meslin- provisions à lèvre évasée (Brulet, Dewert & Vilvorder, 2001,
l'Évêque (Dufrasnes, 1993, pl. II, no 1). p. 292 : principalement dans des contextes du 3e siècle) ;
– Le second (2) correspond au type Riha 5.5.5 (1979, –  fragment de la panse d'un récipient en céramique
no  754, fibule exhumée dans un contexte daté de la modelée.
période 70-250 apr. J.-C.). À Augst toujours, les autres
fibules de ce groupe sont principalement attribuées à Vestiges du Bas-Empire
la seconde moitié du 1er  siècle apr.  J.-C. (Riha, 1994,
p. 109, tableau typo-chronologique). L. : 3,8 cm. Les monnaies
Mentionnons aussi une fiche de passe-guide présen-
tant une section rectangulaire (3). L.  : 4,4  cm. De 1. Constantin II (330-332), Constance II (330-335) ou
tels fragments sont notamment connus à Hensies Constant (334-335).
(Dufrasnes & Leblois, 2009, Hensies I, nos 32-34) et à A. Buste lauré d'un empereur à droite.
Sirault (Dufrasnes, 2005, fig. 2, no 5). R. Deux soldats encadrant deux étendards.
Diam. : 15 mm.
2. Monnaie indéterminée du 4e  siècle (peut-être une
imitation ?).
A. Buste d'un empereur à droite (lauré ou perlé ?).
R. Personnage à gauche vêtu d'une tunique courte. Le
bras droit s'appuie sur une lance.
Diam. : 22 mm.

La céramique

Hensies, « La Préelle » : petits objets en alliage cuivreux : 1 et – Deux fragments de récipients en terre sigillée d'Ar-
2. Fragments de fibules ; 3. Fiche de passe-guide ; 4. Languette gonne ornés d'un décor imprimé à la molette. Il s'agit de
indéterminée.

La céramique

– Terre sigillée du Centre de la Gaule (assiettes Bet 15/


Drag.  36, Bet  43 avec rosette à six pétales et Bet  55)
et d'Argonne (tasses Drag.  33, Drag.  40 et Drag.  46,
mortiers Drag. 45) ;
–  terra nigra champenoise (assiette Deru  A39, hori-
zons IV à VI, ca 15/20 à 85/90) et savonneuse (assiette
Deru A42) ;
– céramique à vernis rouge pompéien : plats Blicquy 5
originaires des Rues-des-Vignes (De  Laet & Thoen,
1969) ;
– cruches en pâte scaldienne ;
–  amphore à huile de Bétique Dressel  20  ; amphore Hensies, « La Préelle » : fragment d'une coupe hémisphérique
régionale Gauloise 13 ; en terre sigillée ornée d'un décor à la molette (U.C.  58).
Argonne, 4e siècle.
–  mortier de Bavay/Famars à lèvre en crochet
100

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

deux coupes hémisphériques Chenet 320, la première ■■ De Laet S.J. & Thoen H., 1969. Études sur la céramique de la
associée à la molette U.C.  58, attestée à Avocourt  3 nécropole gallo-romaine de Blicquy. IV. La céramique « à enduit
et aux Allieux, la seconde à une autre molette trop rouge-pompéien », Helinium, IX, p. 28-38.
usée pour être identifiée en toute certitude (peut-être ■■ Deru X., 1996. La céramique belge dans le nord de la Gaule.
U.C. 108, attestée à Avocourt 3, aux Allieux et à Châtel- Caractérisation, chronologie, phénomènes culturels et écono-
Chéhéry, groupe Hübener 5, ca 340-430). miques, Louvain-la-Neuve (Publications d'Histoire de l'Art et
d'Archéologie de l'Université catholique de Louvain, 89).

Autres vestiges ■■ Dufrasnes J., 1993. La villa gallo-romaine de Preuscamps à


Meslin-l'Évêque. Contribution à la connaissance du site, Coup
d'œil sur Belœil, 8, 54, p. 44-61.
– Un fragment distal d'une lame néolithique retouchée
(non illustré). ■■ Dufrasnes J., 2000. Hensies  : vestiges d'une construction
gallo-romaine au lieu-dit « La Préelle », Chronique de l'Archéo-
–  Une languette en alliage cuivreux dont l'extrémité
logie wallonne, 8, p. 45.
repliée forme une charnière pourvue d'un axe égale-
■■ Dufrasnes J., 2005. Petit matériel métallique gallo-romain
ment en alliage cuivreux (4). Une face est décorée de
et fibule monétiforme carolingienne provenant du Champ des
deux sillons longitudinaux et le repli est orné de deux
Mansarts à Sirault (Hainaut), Vie archéologique, 63, p. 22-29.
traits parallèles transversaux. L.  : 4,8  cm. Des pièces
■■ Dufrasnes J., 2012. Prospections sur quatre sites ruraux,
similaires sont reprises dans le corpus des objets mili-
d'époques médiévale et post-médiévale, du Hainaut occidental,
taires d'époque romaine (Unz & Deschler-Erb, 1997,
Vie archéologique, 71, p. 59-108.
pl.  64, plus particulièrement les nos  1844, 1845, 1853
■■ Dufrasnes J. & Leblois É., 2009. Hensies (Hainaut)  : le
et 1854  ; Bishop, 1998, fig.  27, no  331). Cependant,
matériel métallique et la céramique recueillis en surface de deux
ici, aucune trace d'un moyen de fixation n'appa- établissements gallo-romains, Vie archéologique, 68, p. 5-53.
raît  ; il pourrait s'agir d'un élément post-médiéval
■■ Dufrasnes J. & Leblois É., 2010. Saint-Ghislain/Tertre : un
dont la fonction demeure indéterminée, tel un autre fragment de fibule d'époque romaine, Chronique de l'Archéologie
exemplaire découvert aussi à Montrœul-sur-Haine wallonne, 17, p. 63-64.
(Dufrasnes, 2012, fig. 9, no 67).
■■ Hübener W., 1968. Eine Studie zur spätrömischen Rädchensi-
gillata (Argonnensigillata), Bonner Jahrbücher, 168, p. 241-298.
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raugst. Die Neufunde seit 1975, Augst (Forschungen in Augst,
évidence de répertoires de céramiques communes sombres
18).
dans la partie méridionale de la cité des Nerviens : l'apport des
fouilles récentes. In : Société française d'Étude de la Céramique ■■ Unz C. & Deschler-Erb E., 1997. Katalog der Militaria aus
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chies IV. Vicus gallo-romain. Travail de rivière, Louvain-la-
Neuve (Publications d'Histoire de l'Art et d'Archéologie de
l'Université catholique de Louvain, 101).
■■ Chenet G., 1941. La céramique gallo-romaine d'Argonne du
ive siècle et la terre sigillée décorée à la molette, Mâcon (Fouilles
et Documents d'Archéologie antique en France, 1).
■■ Collectif céramique-ABG, 2010. Mise en évidence d'un
faciès céramique dans le nord-ouest de la Belgique romaine.
In : Société française d'Étude de la Céramique antique en Gaule,
Actes du Congrès de Chelles, Marseille, p. 207-224.
101

Époque romaine Hainaut

Honnelles/Roisin : fragments de bronze de la face figurée (ép. de la plaque variable entre 0,1 et
figurant un putto et applique à buste de 0,15 cm). Le second fragment, de taille plus modeste
(2,2 × 1,8 × 0,5 cm), porte la représentation d'une main
Silène
droite refermée sur un objet à l'extrémité circulaire.
Découvert à quelques mètres du premier et présen-
Jean Dufrasnes tant les mêmes caractéristiques, il appartient au même
objet mais, en raison de la taille de la main, pas au
C'est lors de prospections, effectuées par l'auteur le même personnage. L'identité de celui figurant sur le
6 janvier 1990 que furent découverts les bronzes figu- plus grand fragment ne fait aucun doute : il s'agit d'un
rés dont il sera ici question. Ils gisaient en surface putto, omniprésent dans le répertoire des arts décora-
d'un champ jonché de fragments de tegulae au lieu- tifs de l'époque romaine. Il pourrait s'intégrer au décor
dit «  Boutinier  » ou encore «  Trente Saules  » (parc. bachique d'un vase, tels ceux découverts ancienne-
cad. : Honnelles, 1re Div., Sect. B, zone sud du no 458w). ment à Bois-et-Borsu I et à Tongres (Faider-Feytmans,
Ces recherches permirent aussi la récolte de douze 1979, I-II, nos 347 et 374. H. respectives : 8,4 et 9,5 cm ;
monnaies, dont la plus ancienne est un Rameau D et den Boesterd, 1956, nos 310 et 311. H. respectives : 6,3
la plus récente un follis Urbs Roma des années 330-335 et 8,7 cm. 2e siècle). Cependant, la hauteur que devait
(van  Heesch, 1998, p.  285-286). De fouilles ancien- avoir le personnage (estimée à plus ou moins 7  cm)
nement pratiquées sur le site proviennent également et l'absence apparente de courbure du fragment, tant
deux appliques figurant la tête de Méduse, une poignée dans le plan horizontal que vertical, s'accordent assez
métroaque et une applique au Silène sur laquelle nous mal avec cette hypothèse. D'autre part, la paroi interne
reviendrons ci-après (De  Pauw & Hublard, 1903, de ces vases est égale, comme cela a pu être observé
p. 22-24, pl. III, nos 2-5 ; Faider-Feytmans, 1979, I-II, sur ceux précités exposés aux Musées royaux d'Art
nos 166, 170-171 et 185). et d'Histoire de Bruxelles. La découverte d'appliques
1.  Fragments de tôle en bronze coulé. Sur le plus à buste de Silène sur le site inciterait à penser qu'il
grand (5,6 × 4,3 × 0,6 cm) apparaît une bonne partie pourrait s'agir d'une plaque décorative de coffret.
d'un corps nu et potelé, légèrement tourné vers la Cependant, les quelques exemplaires rencontrés dans
droite. La tête, le bras et le pied droits ainsi qu'une la littérature consultée sont tous réalisés en mince tôle
partie de la jambe gauche manquent. Les pectoraux de bronze estampée et non coulée (par ex.  : Faider-
sont saillants, un sillon légèrement oblique, peut-être Feytmans, 1979, nos  215-216 et 225  ; Fauduet, 1992,
accidentel, se situe à hauteur de l'estomac et le triangle nos 113-119, 121-124 et 130a).
pubien, surmonté par le pli formé par le ventre, s'ex- 2. Cheville à buste de Silène. Deux oreilles de cheval
hibe en relief sans pour autant que soient représentés et de petites cornes encadrent le crâne chauve. Le nez
les organes génitaux. Le bras gauche s'écarte du corps est épaté et une imposante barbe comporte six tresses
et la main, à peine esquissée, tient ou s'appuie sur un étagées sur deux rangs. Le fleuron supportant le buste,
objet indéterminé. La jambe droite, portée en avant, contrairement à d'autres exemplaires, mais comme sur
suggère la marche. Le revers creux épouse les reliefs l'applique au Silène découverte anciennement sur le
site (De  Pauw & Hublard, 1903, p.  215, pl.  III, no  4  ;
de Loë, 1937, p. 168-169 ; Faider-Feytmans, 1979, I-II,
no 166), se réduit à un bord étroit en relief sur lequel de
simples encoches marquent la séparation des pétales.
Un tenon perforé de section rectangulaire, venu de
coulée, équipe le revers plat. H. : 3,8 cm ; l. : 2,8 cm ;
ép. y compris le tenon : 3 cm (exposé à l'Espace gallo-
romain d'Ath).
Ce type d'applique, à buste enté sur un fleuron à trois
pétales, se rencontre fréquemment en Belgique et dans
le nord de la France (Faider-Feytmans, 1979, I, p. 21).
Dans certains cas, deux rivets à tête discoïde assuraient
leur fixation sur du cuir (par ex. : Doyen, 1987, fig. 4 ;
Dufrasnes, 2004, no  50). Sur une poignée de Taviers,
un robuste tenon, exceptionnellement en fer, remplace
les rivets (Doyen, 1987, fig.  3). En ce qui concerne
Fragments de bronze représentant le corps d'un putto et une l'applique découverte anciennement au « Boutinier »,
main.
Germaine Faider-Feytmans signale simplement un
102

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque romaine

représenter Bacchus (Faider-Feytmans, 1979, I-II,


nos 55-56). Le Recueil des bronzes de Bavai n'en signale
que quatre dont une incertaine (Faider-Feytmans, 1957,
nos  41-44). Bacchus fait partie des divinités les moins
représentées par les artisans, même dans les régions où
d'autres témoignages prouvent qu'il a connu une grande
faveur. Essayer de comprendre ces particularités du
répertoire des bronziers, c'est, entre autres s'interroger
sur la fonction profane ou religieuse, que l'utilisateur
attribue à ces objets. C'est aussi tenter de percevoir,
à travers les objets mêmes, qui sont ces utilisateurs
(Manfrini-Aragno, 1987, p.  178-179). L'auteur note
encore : Bacchus est présent dans la plupart des laraires
pompéiens, mais jamais sous la forme d'une statuette
de bronze. Cette carence pour la cité campanienne a
été relevée par S.  Adamo-Muscettola, qui observe que
le dieu est représenté, dans les laraires, en peinture ou
par l'intermédiaire de l'un de ses acolytes. Si les peintres
ne craignaient pas de représenter Dionysos, il faut
croire que c'est avec l'accord de leur clientèle et que
l'absence de ses images de bronze est imputable aux
bronziers eux-mêmes. Pour découvrir l'origine de cette
répugnance, il faudrait peut-être rechercher les traces
d'une possible immixtion de la légende dionysiaque, en
Cheville dont la tête est constituée d'un buste de Silène.
ses manifestations les plus redoutables, dans l'univers
mental si particulier des «  maîtres du feu  » que sont
revers plat sans mentionner aucun système d'attache. les bronziers. De par la science de ces démiurges,
Quant à la cheville décrite ici, elle devait sans doute s'apparentant à celle des forgerons, cet univers devait
assurer la fixation, avec celle trouvée auparavant, d'une être tout pétri des mythes liés à la transformation des
plaque de serrure de porte, de coffre ou de coffret minerais en métaux (Éliade, 1977, p. 65 et passim).
(comme à Bavay  : Faider-Feytmans, 1957, no  213).
Certaines appliques au Silène au revers creux ne possé- Bibliographie
dant qu'un pivot sommital au revers, portant parfois ■■ de Loë A., 1937. Musées royaux d'Art et d'Histoire à Bruxelles.
des traces d'usure, devaient masquer des entrées de Belgique ancienne. Catalogue descriptif et raisonné. III.  La
serrure (Faider-Feytmans, 1979, I, p. 38 ; Doyen, 1987, période romaine, Bruxelles.
fig. 1-2). ■■ den Boesterd M.H.P., 1956. The bronze vessels in the
Plutôt que simples éléments purement décoratifs, ces Rijksmuseum G.M. Kam at Nijmegen, Leiden (Description of
symboles dionysiaques agissaient à des fins protectrices the collections in the Rijksmuseum G.M. Kam at Nijmegen, V).
en tant que mandataires du dieu lui-même. Les ■■ De Pauw L.-F. & Hublard É., 1903. Notice sur les antiquités
bronziers semblent leur déléguer ses pouvoirs. Au préhistoriques, belgo-romaines et franques découvertes dans la
sein de l'aire géographique ici concernée, la Belgique région Angre-Roisin  ; accompagnée d'une carte préhistorique
et le nord de la France, Bacchus-Dionysos, comme en et protohistorique, Annales du Cercle archéologique de Mons, 32,
p. 195-230, pl. I-V.
d'autres régions de l'Empire, n'apparaît que rarement
sur des objets utilitaires en bronze de la vie courante. ■■ Doyen J.-M., 1987. Bronzes figurés inédits de la région
Néanmoins, exceptionnellement, son buste peut orner mosane : les bustes de Silène, Amphora, 49, p. 5-10.
une applique à tenon, comme celle datée de la fin ■■ Dufrasnes J., 2004. Blandain, le petit matériel d'époque
du 1er  siècle, conservée au Musée archéologique de gallo-romaine récolté en prospection sur le site de « La Noire
Terre  » à Blandain, Bulletin de la Société tournaisienne de
Strasbourg (http://www.musees.strasbourg.eu/index.
Géologie, Préhistoire et Archéologie, IX, 3, p. 45-87.
php?page=l-epoque-gallo-romaine  ; site consulté le
■■ Éliade M., 1977. Forgerons et alchimistes, Paris, Flammarion
4 février 2016). Ses représentations se cantonnent
(Champs. Idées et Recherches, 12).
à quelques pièces purement décoratives telles des
statuettes. Ainsi, malgré les nombreux symboles ■■ Faider-Feytmans G., 1957. Recueil des bronzes de Bavai,
Paris (Gallia, suppl. 8).
bachiques répertoriés dans Les bronzes romains
de Belgique, seules deux statuettes «  pourraient  »
103

Époque romaine Hainaut

■■ Faider-Feytmans G., 1979. Les bronzes romains de Belgique, observée sur 5 m de longueur. La pièce centrale consiste
II vol., Bruxelles – Mainz am Rhein. en un local de 6 × 11 m intra-muros, occupant toute la
■■ Fauduet I., 1992. Musée d'Évreux. Collections archéologiques. largeur de l'édifice sans subdivision interne.
Bronzes gallo-romains. Instrumentum, Évreux. À l'ouest du diverticule et très proche du secteur J,
■■ van Heesch J., 1998. De muntcirculatie tijdens de Romeinse un puits maçonné a été découvert, fort bien conservé
tijd in het noordwesten van Gallia Belgica. De civitates van de jusqu'à la base de la couche arable. Il est construit en
Nerviërs en de Menapiërs (ca. 50 v.c.-450 n.c.), Brussel (Mono- larges blocs de grès siliceux formant un cylindre de
grafie van nationale archeologie, 11). 1,20 m de diamètre. Il a été vidé jusqu'à 1,50 m sous la
surface du sol. Son remblai de terre brunâtre contenait
Sources peu de matériel.
■■ Manfrini-Aragno I., 1987. Bacchus dans les bronzes De nombreuses fosses comblées ont été découvertes
hellénistiques et romains. Les artisans et leur répertoire, Thèse et explorées dans ces deux tranchées de fouilles. Cinq
présentée à la Faculté des lettres de l'Université de Lausanne d'entre elles s'inscrivent dans l'aire du bâtiment. La
pour obtenir le grade de docteur ès lettres. plus grande de celles-ci, de forme ovoïde de 3  m de
diamètre, était profonde de 1,50 m et contenait de la
céramique du 1er siècle.
Entre le diverticule et le bâtiment, une vaste fosse
Pont-à-Celles/Luttre : campagne de arrondie de 3,50 m de diamètre comblée de débris de
fouilles 2015 de Pro Geminiaco au vicus construction en bois et torchis atteignait la profondeur
des Bons-Villers à Liberchies de 2,15 m. L'abondante céramique qu'elle contenait est
datable de la première moitié du 1er siècle apr. J.-C. Au
sud du bâtiment, trois autres fosses encore ont fourni
Jean-Claude Demanet, Fabienne Vilvorder, de la céramique du 1er siècle apr. J.-C.
Xavier Sollas, Éric Lurquin, Pascal Vergauts Une centaine de petits objets en alliage de cuivre ou
et Willy Bayot en fer ont été récoltés de même que soixante et une
monnaies, dont beaucoup sont mal conservées. Il s'agit
En juillet et août 2015 la campagne de fouilles de Pro de monnaies gauloises et des trois premiers siècles de
Geminiaco à Liberchies a permis d'achever l'explora- notre ère. Parmi la céramique, il faut relever un encrier
tion du secteur L, entamée en 2013 et 2014, jouxtant intact en terre sigillée issue d'un atelier argonnais.
à l'ouest le secteur  J publié dans le volume Liber-
chies  VI (Demanet & Vilvorder, 2015). Comme les Bibliographie
deux années antérieures, deux tranchées parallèles de ■■ Demanet J.-C., Lurquin É., Bayot W., Sollas X., Clavel P.
5 × 25 m, séparées par une berme de 1 m de large, ont & Vergauts  P., 2015. Pont-à-Celles/Luttre : campagne de
été ouvertes à 1 m au sud des tranchées précédentes et fouilles 2014 de Pro Geminiaco au vicus des Bons-Villers à
parallèles à celles-ci, orientées à 45° par rapport à l'axe Liberchies, Chronique de l'Archéologie wallonne, 23, p. 118-119.
de la voie antique. ■■ Demanet J.-C. & Vilvorder F., 2015. Liberchies  VI. Vicus
Un nouveau segment du diverticule qui sépare les gallo-romain. Zone d'habitat dans le quartier ouest. Fouilles de
deux secteurs a été mis au jour dans la partie ouest de Pro Geminiaco (1995-2007), Louvain-la-Neuve (Collection
ces deux tranchées, portant à 40 m la longueur dégagée d'archéologie Joseph Mertens, XVI).
de ce diverticule perpendiculaire à la chaussée antique
et d'une largeur solidement empierrée en moyenne de
5 m.
À l'est du diverticule et à 7  m au sud du bâtiment
découvert les deux années précédentes (bâtiment  L  ;
Demanet et al., 2015), un nouveau bâtiment à fonda-
tions de pierre a été partiellement dégagé. Il forme un
quadrilatère de 8,50 m de large et de plus de 9 m de long,
dont les fondations sont en général bien conservées.
Divisé en deux parties par un mur de refend, seul le local
ouest a été complètement dégagé : ses mesures internes
sont de 3,60 × 6,70 m. Vers l'est, un second local large de
6,70 m se poursuivait au-delà des tranchées de fouilles.
Passant sous le mur ouest de ce bâtiment, la trace de la
fondation arrachée d'une construction antérieure a été
104

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

ÉPOQUE CONTEMPORAINE
Binche/Buvrinnes : fouille de la zone de
chute d'un Messerschmitt Bf 110 G

Nicolas Clinaz Tout d'abord, au nord de la dépression et à faible


profondeur, a été mis au jour un dépôt de munitions, en
Durant le mois d'août  2015, une fouille archéolo- vrac, constitué d'obus, explosifs et incendiaires (pour
gique a été entreprise dans le bois des Communes les Allemands, la dénomination «  obus  » commence
(parc. cad.  : Binche, 5e  Div., Sect.  C, no  22a2  ; coord. à partir d'un calibre de 2 cm) et de douilles en acier,
Lambert  : 137205  est/118240  nord). Cette opération très oxydées, ainsi que des douilles de balles de calibre
faisait l'objet d'une autorisation de fouille octroyée par 7,92 mm. La plupart des munitions avaient éclaté sous
la Direction de l'archéologie (DGO4 / Département du la chaleur d'un incendie. Cet ensemble n'est pas cohé-
patrimoine), en date du 13/04/2015, pour une période rent, issu à la fois de mitrailleuses et de canons, et leur
d'avril à septembre 2015. La fouille avait pour ambition regroupement localisé semble volontaire (résultat du
l'exhumation de l'épave d'un avion militaire allemand travail mené par l'unité allemande de récupération ?).
(ou ce qu'il en reste) tombé au cours de la Seconde Ensuite, à 1,80  m de profondeur, ressortait l'arrière
Guerre mondiale. d'un canon Mauser MG 151/20. Son tube était envelop-
Cette chute d'avion n'est enregistrée dans aucune pé dans un manchon pare-flamme, équipement stan-
archive militaire (Verlustmeldung – rapport de perte) dard sur le Bf 110 G. L'arme était entourée de cendres
ou civile (source communale). A priori, il s'agit d'une et des restes d'obus éclatés lors de l'incendie. Le tube du
perte matérielle n'ayant entraîné aucun décès au sein canon était plié à 45°, à hauteur de l'absorbeur de recul
de l'équipage. La destruction, en grande partie, des de la culasse. Une seule arme de ce type a été retrou-
archives allemandes a empêché de retrouver un quel- vée alors que le Bf 110 G est équipé d'une paire de ces
conque document rapportant ce fait de guerre. Seuls canons, positionnés en dessous du nez de l'avion.
deux témoins, contemporains mais indirects de l'évé- Enfin, au centre de la dépression, à 3,60  m de
nement, ont été interrogés en 2004  : ils confirment profondeur, a été dégagé le moteur droit de l'avion.
qu'un avion allemand est tombé de nuit (à 23h38 très Malgré la violence de l'impact, attestée par la
précisément selon l'un d'eux) durant l'occupation. profondeur d'enfouissement, ce dernier présente
Des prospections de surface ont permis de repérer une un état de conservation remarquable. Pourtant,
dépression artificielle d'environ 2  m de diamètre  ; des selon sa position, il s'agit du premier élément à
débris métalliques jonchaient encore le sol. Leur analyse avoir percuté le sol, absorbant une grande partie
a confirmé qu'ils provenaient d'un avion de chasse alle- de l'énergie de l'impact. Il reposait sur son flanc
mand type Messerschmitt  Bf 110  G, bimoteur multi- droit. Les culbuteurs de soupapes semblent toujours
place. L'étude de la zone d'impact au magnétomètre fonctionnels et la plupart des accessoires sont encore
a révélé trois masses ferreuses distinctes dont la plus présents (pompe à injection Bosch, filtre et pompe à
importante suggérait la présence d'un des deux moteurs. carburant, compresseur, etc.). Le moteur a été extirpé
prudemment grâce à une excavatrice car sa masse
avoisine les 700  kg. Le couvercle du carter présente
un marquage peint « 605 B » qui identifie le moteur
comme un Daimler-Benz  DB  605  B  1. Ce type de
moteur propulse le Bf 110 G. À l'intérieur du carter,
étonnement, se trouve encore la graisse d'origine
qui lubrifie l'embiellage, resté en excellent état. Le
moyeu d'hélice et le réducteur sont normalement
solidarisés au moteur par un carter en magnésium
qui a été dissout par l'humidité du sol. Le réservoir
d'huile, en fer à cheval, a été retrouvé écrasé entre la
plaque de blindage frontale et le moteur. Les pales
d'hélice, absentes, ont été arrachées du moyeu lors
La dépression observée dans les bois, lors de la prospection de l'impact. À proximité du moteur se trouvait un
de surface.
indicateur de pas d'hélice, en excellent état. Bien que
105

Époque contemporaine Hainaut

Interprétation des vestiges 

Le seul élément concret est la date qui figure sur le


moteur : 8.2.44. Cette information offre une fourchette
chronologique comprise entre le 8 février 1944 et début
septembre 1944 (libération) pour estimer une datation
de la chute de l'avion. Malheureusement, les archives
de la Luftwaffe pour l'année 1944 ont largement été
détruites et les pertes matérielles ne semblent pas avoir
été consignées. Buvrinnes et la région du Centre n'ap-
paraissent dans aucun document susceptible de relier
cette chute à une quelconque perte de la Luftwaffe.
Le moteur droit du Messerschmitt Bf 110 G après nettoyage.
Le seul numéro de moteur ne peut également aider à
l'identification de l'appareil. En effet, les moteurs étant
le cadran ressemble à s'y méprendre à une horloge, fort sollicités en combat, leur durée de vie était limitée
il s'agit du réglage de pas d'hélice, selon le système et leur remplacement récurrent, ce qui rend impossible
horaire, procédé typiquement allemand. Les aiguilles toute traçabilité. L'identification de ce Bf  110  G reste
indiquent  10h00,  ce qui confirme le fonctionnement donc inconnue à ce jour, tout comme les raisons qui
normal du moteur avant la chute de l'avion. Non loin ont conduit le Bergungskommando à investir autant
du moteur se trouvaient deux lests rectangulaires dont d'ardeur dans la récupération de cette épave d'avion,
la fonction et la position sur l'avion sont inconnues. À paradoxalement, alors que l'équipage a survécu et que
la même profondeur, au nord de la dépression, l'argile le début de la fin s'annonçait pour les Allemands.
présentait une teinte foncée d'où émanait une forte Avec la collaboration de Nicolas Authom.
odeur d'hydrocarbure. Plus profondément, la tache
s'estompe et l'odeur finit par disparaître. Aucune Remerciements
masse ferreuse n'y a été repérée au magnétomètre
mais la zone d'impact du moteur gauche peut Les Villes de Binche, Merbes-le-Château et Lobbes,
vraisemblablement y être restituée. Un séparateur le Département Nature et Forêt (Cantonnement de
d'écume en fonte d'aluminium y a été retrouvé  ; il Mons) de la DGO3, le Département du patrimoine
devait faire partie du moteur gauche. Il est intéressant de la DGO4 (Direction de l'archéologie, Service de
de signaler que cette pièce présente une oxydation l'archéologie de la Direction extérieure du Hainaut 1),
beaucoup plus prononcée que l'équivalent du moteur Mme Martine Soumoy, M. Laurent Renard, M. Jean-
droit. L'incendie du moteur gauche serait-il la cause Paul Beaucamp et son grutier, M. Alain Marcq et enfin,
de la chute de l'avion ? les bénévoles.
La position des débris permet de restituer le schéma
de la chute de l'avion : il s'est écrasé en oblique, l'aile et
le moteur droit frappant le sol en premier, ce dernier
allant s'enfouir très profondément. Le moteur gauche Morlanwelz/Morlanwelz-Mariemont :
s'est quant à lui, sans doute, moins enfoncé mais son découverte d'un abri anti-aérien
carburant a percolé dans le sol, entraînant la coloration
du sédiment en profondeur.
Les travaux entrepris par l'unité de récupération Marie Demelenne et Pierre-Philippe Sartieaux
allemande (Bergungskommando) semblent avoir été
efficaces puisque 90 % de l'épave ont été enlevés. Les En novembre 2014 un vaste chantier d'aménagement
pièces laissées in situ étaient sans doute trop lourdes de l'espace public autour du domaine de Mariemont
et profondément enfouies pour être récupérées. Le débutait sur le site du carrefour de l'ancienne gare de
moteur droit a littéralement été séparé du bâti lors Mariemont. Ce chantier, conduit dans le cadre d'un
de l'impact et aucun élément adjacent (radiateurs, projet FEDER 2007-2013 déposé par la Commune de
capots, train d'atterrissage) n'a été retrouvé à proxi- Morlanwelz, a permis la mise au jour d'un abri anti-
mité. Les ailes arrachées sont logiquement restées en aérien.
surface. Nous ne relevons aucun débris du fuselage, de Il était situé aux abords de la voie de chemin de
l'habitacle, ni d'effet personnel ou de restes humains. fer actuel, entre celle-ci et l'entrée sud du domaine.
L'équipage indemne (et resté anonyme) a évacué en Le local était autrefois contigu à l'ancienne gare de
parachute l'appareil en perdition. Mariemont, démolie dans la seconde moitié des
106

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

première chicane, était encore visible. Des plafonniers


en dôme de verre, quelques lattes de bois provenant
probablement des bancs, des gaines métalliques pour
les câbles électriques jonchaient le sol. Enfin, un livre
très abîmé et quelques boîtes de conserve ont été lais-
sés à l'abandon.
Un appel à témoins organisé dans l'entité à la suite
de la découverte a permis de rapporter cet abri à
la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs riverains
témoignant de sa construction, de son utilisation ou de
visites avant sa condamnation, dans les années 1950.
L'un de ces témoins rapporte également avoir
fréquenté deux autres locaux semblables dans la
Morlanwelz-Mariemont : vue intérieure de l'abri anti-aérien.
commune de Morlanwelz. Les sites mentionnés seront
l'objet d'une surveillance accrue lors d'éventuels futurs
années 1970. Long au total de 25,37  m et large de travaux dans leurs environs.
4,73 m, l'abri présentait une hauteur de 2,61 m. Son D'autres abris anti-aériens mis au jour en
plan était particulier : il était formé de trois couloirs Hainaut, l'un à Gosselies (Soumoy, 2012) et l'autre
de 7  m de long, dont celui du centre était décalé, à Roux (Soumoy & Sartieaux, 2014), témoignent
décrivant ainsi une chicane. À chaque extrémité, des du souci, durant la Seconde Guerre mondiale,
blochets en bois figés dans les parois témoignaient d'organiser une défense passive grâce à l'aménage-
de l'emplacement de deux portes. Chacune d'elles ment d'abris destinés aux civils. Si celui découvert
donnait accès à un petit sas quadrangulaire et à un à Mariemont présente des aménagements proches
escalier, grossièrement muré. Au sol, une grille de de ceux retrouvés à Gosselies, son parement inté-
45  cm sur 45  cm parfaitement centrée fermait un rieur constitué de tôle ondulée le distingue des
aménagement cylindrique de 83  cm de diamètre et deux autres abris.
d'une profondeur d'environ 80 cm. Cette excavation L'abri de Mariemont a été complètement enregistré
peut être interprétée comme un faux-puits. avant sa démolition, indispensable à la poursuite des
Les parois d'une épaisseur de 25 cm étaient en béton travaux.
armé recouvert d'un parement en tôle ondulée  très
oxydée. Les parois verticales étaient interrompues par Remerciements
un soubassement oblique (ca. 30°) en béton.
Des cornières métalliques étaient régulièrement Qu'il nous soit permis de remercier Monsieur
fichées dans le soubassement oblique. Une latte de André Biaumet, Madame Janine Brogniez-Philippart,
bois vissée sur ces cornières soutenait probablement le docteur Jacques Bruart, Monsieur René D'Hollander,
plusieurs planches de bois, formant ainsi des bancs Monsieur Willy Drofiak, Monsieur Godin et Monsieur
courant le long des murs. Didier Selvais pour leurs précieux témoignages.
Des éléments d'aménagement intérieur et quelques
objets usuels ont été retrouvés dans cet abri. Le cadre Bibliographie
de fixation d'un tableau électrique, placé à l'entrée de la ■■ Soumoy M., 2012. Charleroi/Gosselies  : mise au jour d'un
abri anti-aérien, Chronique de l'Archéologie wallonne, 19,
p. 91-92.
■■ Soumoy M. & Sartieaux P.-P., 2014. Charleroi/Roux  : un
abri anti-aérien sous la place Albert Ier, Chronique de l'Archéolo-
gie wallonne, 22, p. 123.

Vue axonométrique de l'abri anti-aérien.


107

Époque contemporaine Hainaut

Morlanwelz/Morlanwelz-Mariemont : relative à l'ouvrage, avec pour objectif prioritaire de


documenter le monument et d'identifier sur le terrain
étude préalable à la restauration du mur puis de localiser en plan la chronologie, au moins rela-
de clôture du domaine de Mariemont tive, des différentes portions.
La méthodologie retenue est de confronter l'étude
Marie Demelenne, Gilles Docquier des sources composées des publications antérieures
et Corinne Gysbergh (Van  den  Eynde, 1989  ; Recchia, 2002  ; Marré-Muls
et al., 2004  ; Quairiaux, Platiau & Bouilliez, 2005), de
Situé à cheval sur les communes de Morlanwelz et l'iconographie, des archives du Musée, du cadastre et
de Manage, dans la région du Centre, le domaine de des services publics avec des observations de terrain, se
Mariemont se présente aujourd'hui sous la forme d'un traduisant par la description analytique du mur sur tout
magnifique parc de plus de 40 ha. son périmètre (descriptions sur fiche des briques, des
Le mur d'enceinte du domaine, long de plus de couvre-murs, des types de drainage, des pieds de mur,
2 400 m (linéaire hors ouvertures), remonte pour ses des liants… et croquis métrés à l'échelle 1/100, complétés
parties les plus anciennes encore visibles au 19e siècle. par un enregistrement photographique systématique).
En 2012, il a subi des dégradations importantes, en Les limites anciennes se dessinent dès l'acquisition par
particulier l'effondrement spectaculaire d'un pan complet, Nicolas Warocqué, en 1813, de la demeure de l'ancien
long de plus de 10 m, dans sa partie méridionale. surintendant du domaine royal et impérial et, en 1829,
Un important chantier de conservation-restauration des bois de Mariemont pour le compte des charbonnages,
a été programmé pour le printemps 2013. En prévi- dont il se réserve le quinzième (Recchia, 2002, p. 204).
sion de celui-ci, une étude sanitaire a été réalisée en L'établissement des limites du domaine telles qu'on
septembre 2012 par la société Spherco. Le Musée royal les connaît aujourd'hui sont le fruit des décisions
de Mariemont s'est chargé de compléter celle-ci par successives des différents patriarches de la famille,
une double contribution historique et archéologique génération après génération, jusqu'à Raoul Warocqué.

Plan du parc de Mariemont indiquant les différents agrandissements fonciers au cours du 19e siècle (datés) et les tronçons déduits de
l'observation de terrain (A-T). D'après Plan du Parc de Mariemont appartenant à Monsieur R. Warocqué, 1906 (infographie J. Periaux,
Musée royal de Mariemont).
108

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

Le legs du domaine à l'État belge, à la mort de ce limites de 1840 et de 1870 (tronçon B).
dernier en 1917, a définitivement scellé le tracé du mur Après cette date et en particulier depuis le décès de
d'enceinte. Raoul  Warocqué, les limites foncières n'ont plus été
En comparant le Plan du parc de Mariemont appar- modifiées.
tenant à Monsieur R.  Warocqué (1906), présentant la Cependant, limite foncière ne signifie pas nécessai-
succession des phases d'agrandissement du domaine, à rement enclavement physique par un mur de clôture.
celui qui résulte de l'observation des portions d'enceinte, Une palissade, qui existait déjà en 1794 d'après les
on obtient une sorte de « patchwork » dont les différents archives du Département de Jemappes, a pu persister
tracés devraient refléter les étapes d'appropriation. durant le premier tiers du 19e  siècle et être ensuite
S'appuyant sur ce plan, une première hypothèse remplacée par un mur ou une clôture, à la faveur d'un
s'organise comme suit. premier ou d'un second agrandissement et de l'édifica-
1.  Un premier mur de briques aurait pu être érigé tion des conciergeries par exemple.
vers 1830, à l'acquisition de la propriété par Nico- Par ailleurs, il faut aussi compter sur les inévitables
las Warocqué. Cette portion (correspondant aux tron- phases de réparation qu'a dû connaître le mur, dont
çons R, S et T sur le plan) se distribuerait dans la partie certaines sont renseignées, quoique de manière laco-
orientale du parc, partant de l'entrée principale (drève) nique. Les archives de la Direction de la restauration
vers la gauche, face à la grille, et se terminant dans les (DGO4 / Département du patrimoine) conservent une
environs de l'actuel centre pour réfugiés (à l'emplace- demande adressée en 1945 par Germaine Faider, alors
ment des anciens bureaux des charbonnages de Marie- conservatrice du Musée, au Ministère des Travaux
mont, remplacés ensuite en clinique spécialisée dans publics de faire réparer le mur du parc de Mariemont
le traitement des maladies du travail minier, avant de qui s'écroule en trois endroits, entre les bureaux des
connaître son affectation actuelle). Charbonnages et la Drève dite de Mariemont.
2. À la faveur des travaux de construction des pavil- Le traitement des données recueillies sur le terrain
lons d'entrée vers 1840 (la grille ayant été fournie en doit permettre d'évaluer et, le cas échéant, corriger les
1839 et la drève percée en 1843), une partie du mur de cinq étapes théoriquement définies par cette première
clôture aurait été érigée, partant vers la droite de l'en- hypothèse.
trée principale et tournant vers le nord (tronçon A). C'est surtout au niveau de l'appareil, du format et du
3. Une troisième portion (tronçons C-G) aurait été type de briques (moulées main ou mécaniques) qu'ap-
aménagée vers 1870. Elle comprend aujourd'hui une paraissent des indications stratigraphiques.
partie extra-muros très escarpée et des enclavements Un autre élément intéressant à mettre en lumière est
correspondant à des habitations privées, leurs dépen- le système de drainage, les deux types principaux étant
dances et leurs jardins. le cylindrique en terre cuite ou la simple ouverture
4. La partie méridionale du parc était propriété des d'une brique sur champ.
Warocqué dès la deuxième moitié du 19e  siècle, en Quant aux couvre-murs, il est délicat de les utiliser
bonne entente avec la Société des charbonnages. Les comme marqueur chronologique. Les portions de mur
parcelles relèvent presque équitablement de l'un et ont manifestement été l'objet de campagnes de recou-
l'autre propriétaire, suivant la technique du damier, vrement indépendantes des élévations, dans le cadre
encore observée de nos jours dans le cas de proprié- d'autres réparations, voire même en-dehors de celles-ci.
tés agricoles par exemple. Si l'un des deux ayants Cela est également valable pour les pieds de mur,
droit décide de modifier une parcelle, l'autre, dont la qui consistent essentiellement en un enduit au ciment,
propriété est contiguë, en est immédiatement averti. dont la liaison avec l'élévation n'est pas assurée : l'enduit
Cette technique permet de verrouiller l'affectation du a pu être appliqué (bien) après l'élévation. Les joints
foncier sans devoir en assumer la totalité des charges. sont également difficiles à interpréter, considérant les
Le dernier descendant, Raoul  Warocqué (1870- campagnes de rejointoyage qui ont immanquable-
1917), annexe et enclave cette zone (tronçons H-Q) ment jalonné la vie du mur depuis son élévation. Les
comprenant les ruines du 18e siècle dans le parc privé mortiers de blocage sont généralement difficilement
familial en 1893. Pour ce faire, il détourne deux voiries accessibles, à quelques exceptions près.
communales, l'une nord/sud, montant de la gare de Un découpage par tronçons a été effectué sur plan en
Mariemont vers La  Hestre, qui sera remplacée par fonction des caractéristiques les plus pertinentes pour
l'actuelle chaussée de Mariemont, et l'autre est/ouest, les distinguer, puis superposé aux portions historiques
située perpendiculairement à l'axe de la cour d'hon- déduites des recherches préalables. L'interprétation
neur et cheminant derrière l'orangerie du 18e siècle. de cette superposition n'est pas aisée. Elle touche à la
5.  La dernière étape d'appropriation du domaine fois aux limites de notre première hypothèse (limite
remonte à 1899 et permet de faire la liaison entre les foncière n'est pas nécessairement limite physique et
109

Époque contemporaine Hainaut

le lot des inévitables réparations qu'a dû subir le mur ment, dont celles de 1870. Cela n'est pas impossible
depuis sa [ses] création[s]), dont il a déjà été ques- naturellement, mais l'aspect logique de la démarche ne
tion. Cela tient aussi à l'examen certes détaillé mais ne suffit pas à la démontrer.
portant que sur le parement et non sur les fondations Les tronçons  O (22  × 6  × 11  cm) et Q (23  × 6  ×
ou le blocage des maçonneries, qui limite l'observation 11 cm) peuvent participer ensemble du même projet,
d'éventuelles connexions stratigraphiques souterraines se situant dans la zone d'extension, donc datée de 1893
ou au sein de la maçonnerie. également.
Malgré ces contraintes, il est néanmoins possible Par ailleurs, on peut émettre sans trop de risque l'hy-
d'établir quelques grands axes d'interprétation. pothèse que la zone datée des agrandissements de 1899
En premier lieu, on peut remarquer l'importance du n'a pas dû être enclavée avant cette date.
tronçon A, homogène, et se distinguant nettement par Par contre, il n'est actuellement pas possible de dater
ses caractéristiques intrinsèques des autres parties. Sa les tronçons R et T. Sont-ils le fruit d'un enclavement
haute taille, le soin apporté à sa construction, la qualité consécutif aux tout premiers investissements privés de
des matériaux mis en œuvre (couvre-mur en pierre 1830 ou de périodes ultérieures ?
bleue, rosaces en fonte à valeur décorative, badigeon ou Pour répondre à ces questions, plusieurs axes de
enduit blanc) correspond bien, dans son programme, recherche pourraient être poursuivis.
au souci manifeste d'ostentation qui a dû présider à D'une part, on peut pointer l'approfondissement des
l'aménagement de la drève, la commande de la grille et recherches dans les archives de la famille Warocqué,
l'élévation des deux pavillons d'entrée encadrant celle- singulièrement les comptes, afin de détecter des
ci. Selon cette interprétation, le tronçon A remonterait dépenses liées à l'élévation ou la réparation de ces
dès lors à 1839 ou aux années qui ont directement maçonneries.
suivi. La confrontation avec la portion « après 1832 » D'autre part, des fouilles menées à la faveur de
du plan de 1906, qui en reprend les mêmes limites, travaux de voirie ou même de campagnes de sondages
conforte cette hypothèse. ponctuels à effectuer sur le tracé du mur, y compris
En second lieu, il faut distinguer les tronçons appareillés à l'intérieur de l'enceinte, pourraient permettre de
en briques mécaniques des tronçons en briques moulées trouver d'autres indices susceptibles d'éclairer les
main. L'utilisation de la brique mécanique est générale- connexions entre tronçons. Ces connexions invisibles
ment associée au 20e siècle, voire à la deuxième moitié de en surface sont peut-être encore perceptibles en sous-
celui-ci. Ce sont donc à des campagnes de réparation qu'il sol  ou dans les blocages. Elles pourraient d'ailleurs
faut rapporter les tronçons C, C', D, E, J, M, P et S. être établies ou confirmées via l'étude des matériaux
Il faut aussi exclure le tronçon H, en briques de récu- (appareils et liants).
pération, qui ne semble pas, par sa facture, participer L'état des lieux a permis de sécuriser l'intervention
d'un projet ancien mais bien plutôt d'un aménagement sur le plan patrimonial. Le monument a été précisé-
récent (liant au ciment). ment enregistré dans son état avant restauration.
Le cortège des portions présumées du 19e  siècle se Comme l'ensemble du domaine, l'aménagement
compose donc comme suit : A, B (partie basse), F, G, du mur correspond à un projet, celui des Warocqué,
I, K, L, O, Q, R et T. Il compte 1 630,75 m et représente qui a évolué au fil du temps et des chefs de famille.
donc 68 % de l'ensemble de l'enceinte. Il est le reflet non seulement de l'extension d'une
Est-ce à dire que près de 70  % du mur de clôture propriété, d'un souci d'appropriation du territoire
se trouve dans sa situation initiale, c'est-à-dire celle raisonné et ostentatoire, mais aussi de la personnalité
élevée sous l'impulsion des différents représentants de de chacun d'eux, surtout, naturellement, de celle de
la famille Warocqué suivant les étapes décrites au sein Raoul Warocqué. C'est grâce à ce dernier que le parc
de notre première hypothèse ? privé devenu public a conquis près de la moitié du
Considérant les différents formats de briques territoire qu'on lui connaît aujourd'hui et ses joyaux
moulées main mis en œuvre, il faut se méfier d'une parmi les plus prestigieux, les vestiges du palais de
interprétation trop rapide allant dans ce sens. Repre- Charles de Lorraine.
nant ces formats, il n'est possible d'assembler théori- Les campagnes de réparation ont permis de mainte-
quement que les tronçons K, L et F (21 × 10 × 6,5 cm). nir le domaine clos en suivant le tracé tel que légué par
Cependant, comme il a déjà été dit, sans connexion Raoul  Warocqué. Les restaurations à venir pourront
stratigraphique entre eux, cette version doit être mise continuer dans ce sens. Elles seront d'autant plus fortes et
sous réserve pour le moment. cohérentes qu'elles pourront s'appuyer désormais sur la
Elle reviendrait en effet à dire que la fermeture du reconnaissance de l'enceinte en tant que témoin historique
parc consécutive au remaniement du domaine privé et archéologique de première importance pour la compré-
en 1893 aurait inclus des portions acquises précédem- hension et la conservation du domaine de Mariemont.
110

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

Bibliographie
■■ Marré-Muls A.-M., Quairiaux  Y., Cokelberghs  J.-P.
&. Vassart  M., 2004. Promenades vertes dans l'entité de
Morlanwelz, Jumet.
■■ Quairiaux Y., Platiau R. &. Bouilliez A., 2005. Marie-
mont côté jardins, Morlanwelz (Monographies du Musée royal
de Mariemont, 13).
■■ Recchia L., 2002. Mariemont au xixe  siècle  : le jardin
paysager de la famille Warocqué. In : Baudoux-Rousseau L. &
Giry-Deloison C. (dir.), 2002. Le jardin dans les anciens Pays-
Bas, Arras, p. 203-217.
■■ Van den Eynde M., 1989. La vie quotidienne de grands bour-
geois au xixe siècle. Les Warocqué, Morlanwelz.
Soignies : l'intérieur de la grande scierie.

Sources
■■ Lettre de Germaine Faider au Ministère des Travaux publics, à l'initiative des aménageurs, qui permettra de les
Archives MRM DGATLP, Direction de la restauration, Beez, présenter au public lors d'évènements futurs.
200104-13-4-Parc. La dalle de béton a permis une conservation remar-
■■ Plan du parc de Mariemont appartenant à Monsieur R. quable du sous-sol du bâtiment et les vestiges ont été
Warocqué. Plan indiquant les différents agrandissements dressé à dégagés sans trop d'entrave. L'opération archéologique
l'échelle de 1250, 11 juin 1906, architecte O. Dessart, Archives du était appuyée par une source historique détaillée décri-
Musée royal de Mariemont. vant le fonctionnement d'une autre scierie de pierre,
■■ Préfecture du Département de Jemappes, 1793-1814, Archives également propriété de Monsieur P.J.  Wincqz, l'usine
de l'État à Mons, BE-A0524 / AEM.10.024. des Trois Planches. Cette source offre des mesures
précises, une description des éléments constitutifs de
la machinerie et de son mode de fonctionnement, ce
qui s'avère être un apport bien utile dans le cas de la
Soignies/Soignies : le Centre des Métiers grande scierie où tous les éléments hors-sol ont prati-
de la Pierre. Sous le béton, les pierres de quement disparu.
la grande scierie Installées dans les angles de la moitié nord de l'édi-
fice, deux paires d'armures de scierie se font face  ; il
s'agit de bâtis en fonte qui soutiennent le châssis porte-
Nicolas Authom lames. Leur plan et leur élaboration générale sont iden-
tiques mais chaque armure a connu des évolutions, des
En janvier 2015, une opération archéologique a été réparations et modifications qui traduisent son histoire
menée dans l'ancienne Grande Carrière Wincqz et son adaptation à la matière première à débiter.
(parc. cad. : Soignies, 1re Div., Sect. B, no 801h ; coord. Chacune se compose à ses extrémités de quatre socles
Lambert  : 129388  est/139591  nord) où le Centre des de fonte, fixés dans la pierre, sur lesquels s'appuient
Métiers de la Pierre verra bientôt le jour. L'intervention les colonnes formant le bâti. Entre ces colonnes est
était localisée dans la grande scierie qui hébergera le posé un dallage de grandes pierres bleues ; une pente
futur atelier des tailleurs de pierre. Ce bâtiment, millé- est créée afin d'évacuer vers des caniveaux extérieurs
simé de 1843, est doté d'une imposante cheminée qui l'eau et le sable utilisés lors du sciage. De part et d'autre
trahit déjà le recours à la machine à vapeur. du dallage et longeant les socles de fonte se trouve le
La mission a consisté en la surveillance du démon- négatif des rails qui permettaient le déplacement des
tage de la dalle de béton, posée dans le bâtiment au chariots supportant les blocs de pierre : depuis la zone
cours des années 1980, lorsqu'il servait d'entrepôt. d'extraction, les chariots pénètrent dans les armures
S'en est suivi le dégagement des vestiges industriels via les baies en arc qui rythment les pignons du bâti-
conservés sous celle-ci, leur enregistrement et le relevé ment. Il y a trois ouvertures par côté, deux de tailles
complet des structures. Ce travail a également offert identiques vers les armures et une troisième plus large :
aux auteurs de projet les informations nécessaires des négatifs de rails y ont aussi été observés mais pas
quant aux endroits privilégiés pour la pose des futures de trace d'armure à cet endroit. Cette voie servait-elle
gaines techniques avant le recouvrement définitif des à acheminer les matériaux nécessaires au fonctionne-
vestiges et la pose du nouveau béton de sol. Une zone ment de la scierie (sable), ou encore le combustible
de vestiges sera recouverte d'une surface modulable, destiné à la machine à vapeur ?
111

Époque contemporaine Hainaut

Un demi-cylindre en briques recoupé, en arrière-plan, par un


Détail d'une armure de scierie. mur plus récent.

Au centre du bâtiment, entre les armures, l'espace Une autre découverte, qui reste assez énigmatique
est occupé par la machinerie proprement dite mais au moment de la rédaction de ces lignes, occupe
les différents arbres, bielles, poulies et manivelles pratiquement un quart de la surface du bâtiment  :
qui se trouvaient hors-sol n'ont pratiquement laissé ce sont deux demi-cylindres parallèles et espacés de
aucun vestige. Par ailleurs, cette zone a été fortement 1,60 m, longs de 10 m pour un diamètre d'ouverture
remaniée, une grande citerne en béton y a été creu- de 1 m, construits en briques sur chant avec des parois
sée, des vannes, des tuyaux et quelques caniveaux élevées en briques réfractaires. Chacun débouche,
ont été installés dans de solides massifs de briques. à la base du pignon est du bâtiment, sur une sorte
Une importante cavité, assez étroite, suggère qu'une de chambre rectangulaire beaucoup plus profonde
roue d'un diamètre important (±  2  m) y était en qui se prolonge hors de la scierie. Des vestiges d'arcs
fonction, sans doute maintenue dans les élévations voûtés, observés dans le pignon, sont sans doute le
en briques qui l'enserrent, où a été observé un témoin de la couverture de ces chambres. À la diffé-
aménagement creux qui devait accueillir un axe de rence des demi-cylindres, l'action du feu se distingue
rotation. Cette roue intrigue et il n'est pas possible clairement sur les briques des deux chambres, ce qui
à l'heure actuelle de savoir si elle fait partie d'un suppose l'emplacement de foyers, peut-être destinés
mécanisme hydraulique antérieur à l'utilisation de à alimenter des chaudières placées dans ces sortes de
la vapeur (on sait que ce type d'énergie a été utilisé berceaux en briques.
dans l'usine des Trois Planches) ou si, activée par Enfin, un puits, se trouvant entre les deux armures
une courroie ou une bielle, elle fait partie du moteur situées côté est, a été exploré par Olivier  Vrielynck
à vapeur. (Direction de l'archéologie) et Luc  Funcken (Direc-
tion de la Géotechnique). D'une section carrée,
étroite en surface (0,95 m de côté), le conduit du puits
aboutit à 4 m de profondeur sur une voûte en briques
(4,20  m  ×  3,60  m) qui surmonte une cavité, taillée
dans la roche, profonde de 18,50 m. L'usage de ce puits
est antérieur à la scierie et il faut vraisemblablement
l'associer au front de carrière qui jouxte le bâtiment au
nord-est, servant peut-être à l'exhaure. La construc-
tion des armures de scierie au-dessus de cette cavité,
auxquelles peuvent être associés les vestiges d'une
probable pompe à eau, en connexion par une galerie
avec le puits, suggère que dans un second temps, le
puits a servi de réserve d'eau dont il ne faut rappeler la
nécessité dans le processus de sciage de la pierre.
L'emplacement présumé de la roue avec à l'arrière l'aména- Ces quelques lignes résument bien peu les
gement pour fixer l'axe de rotation.
nombreuses surprises qui ont accompagné la fouille
112

Chronique de l'Archéologie wallonne Époque contemporaine

Soignies, grande scierie : exploration du puits.

du sous-sol de la grande scierie. Si les sources écrites


permettent de restituer le schéma de fonctionnement
et les activités en surface, le sol regorge de bien des
zones d'ombre. En effet, de nombreuses structures,
ouvertures, canalisations se développent sous le bâti-
ment et se prolongent hors de celui-ci. Les prochaines
étapes de réaménagement du site seront l'occasion
d'autres surveillances et fouilles archéologiques qui
permettront de compléter les données et répondre à
certaines questions.
113

Toutes périodes Hainaut

TOUTES PÉRIODES
Aiseau-Presles/Presles : le site
archéologique de « La Taille Marie »,
campagne de fouille 2015

Nicolas Paridaens de mètres, est liée à des phénomènes d'érosion et


de ruissellements dont la formation remonte à l'Âge
Introduction du Bronze. En effet, la phase la plus ancienne de ce
vallon est caractérisée par un paléochenal ayant livré
Pour la cinquième année consécutive, une campagne du mobilier protohistorique (Paridaens & Leclercq,
de fouilles a été menée durant l'été 2015 au lieu- 2016). Un réseau de drainage en pierre a été mis au
dit  «  La Taille Marie  » (parc. cad.  : Aiseau-Presles, jour dans la partie septentrionale du secteur  H. Il
2e Div., Sect. B, no 13M2 ; coord. Lambert 72 au niveau complète les découvertes réalisées en 2014, et pour
du temple : 164665 est/121148 nord). Ces recherches, lesquelles nous avions envisagé une datation pouvant
financées par le Service public de Wallonie et la remonter à l'époque romaine, du moins pour l'une
Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université des structures (F48). Les observations stratigra-
libre de Bruxelles, avaient pour objectifs de finaliser phiques de 2015 permettent de réfuter cette datation
la fouille du secteur occidental du sanctuaire haute. Une attribution aux Temps modernes semble
(secteur  H) et d'évaluer le reste de la parcelle plus vraisemblable, lors du défrichement et de la
(tranchées d'évaluation I à N) afin d'estimer l'emprise mise en culture de la parcelle au tournant des 18e et
générale du site archéologique. On peut maintenant 19e siècles, même si on ne peut exclure que ce réseau
considérer que le site gallo-romain de «  La Taille remonte au Moyen Âge.
Marie » a été exploré de manière exhaustive. Deux fosses gallo-romaines ont été découvertes dans
ce secteur. La première, F54, est une petite structure
Le secteur occidental de plan irrégulier et peu profonde, à mettre en rela-
tion avec les autres fosses détritiques découvertes plus
Les secteurs E et H correspondent à une zone marquée à l'est dans le vallon. La seconde, F47, située dans
par un très faible vallon, orienté sud-ouest/nord-est, l'angle nord-est du secteur H, avait déjà été partielle-
en partie dégagé en 2014 (Paridaens et al., 2015). ment dégagée en 2014. Cette grande fosse sub-rectan-
Cette dépression, aujourd'hui large d'une trentaine gulaire, interprétée comme une fosse d'extraction de
limon, a livré de nombreux fragments
de céramique permettant de dater son
comblement durant la seconde moitié du
2e siècle.
Des traces d'activités métallurgiques se
concentrent (secteurs  H et I) au sein du
vallon formant la bordure occidentale
du sanctuaire. À l'époque romaine, suite
aux dépôts successifs de colluvions, ce
vallon est caractérisé par un encaissement
nettement moins marqué qu'à l'Âge du
Bronze mais très ouvert (environ 12  m
de large). L'atelier semble toutefois avoir
tiré profit de cette topographie, les foyers
étant installés côte à côte sur le versant
méridional du vallon et l'aire de rejet se
situant quant à elle en vis-à-vis des foyers,
sur l'autre versant. Quatre foyers (F57,
F58, F59 et F60) ont été jusqu'à présent
« La Taille Marie » : plan cadastral avec les secteurs fouillés de 2011 à 2014 (A à dégagés mais la présence de structures
G, en gris clair) et en 2015 (H à N, en gris foncé), © CReA-Patrimoine / ULB.
supplémentaires à l'ouest est envisageable
114

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

eu égard à l'étendue de la zone de rejets. Les foyers surtout de scories de réduction semble donc impliquer
présentent un plan allongé, légèrement piriforme. Leur une réduction du minerai sur place, l'exploitation en
creusement, à fond plat et parois verticales, mesure en matière première est quant à elle aussi envisageable
moyenne 0,70 sur 0,90 m de large, pour une vingtaine de à l'échelle locale puisque du minerai est largement
centimètres de profondeur. Le gueulard est aménagé en disponible, sous diverses formes, dans la région. On
plan incliné. Les parois des structures sont caractérisées ne peut s'empêcher de mettre en relation cette activité
par le limon en place rubéfié sur quelques centimètres de métallurgie avec la présence au sein de l'aire sacrée
d'épaisseur. Cette rubéfaction ne débute en général de plusieurs centaines de socs d'araire miniatures en
qu'à quelques centimètres du fond de la structure. Le fer et dont la grande majorité a été enfouie aux 2e et
comblement est composé de limon gris-noir fortement 3e  siècles. Le caractère unique de ces objets religieux
chargé en fragments de charbon de bois et comportant avait déjà permis de supposer qu'ils étaient fabriqués
quelques fragments de parois rubéfiées. Différents au sein du sanctuaire, voire dans un environnement
indices, comme la présence d'un culot ferreux au sein immédiat. La production d'objets sacrés en métal au
de l'une de structures, nous incitent à associer ces foyers niveau même des sanctuaires demeure exceptionnelle-
à la chaîne opératoire du travail du fer, plus particuliè- ment documentée par l'archéologie.
rement aux étapes de post-réduction, comme l'épura-
tion ou le forgeage. Cette hypothèse est évidemment Les dépôts F64 et F65
renforcée par l'aire de rejet découverte à proximité.
Cette aire de rejet est située à quelques mètres des Deux fosses présentant des similarités ont été décou-
quatre foyers, sur l'autre versant du petit vallon. Il s'agit vertes dans la tranchée d'évaluation  L. Elles ont été
d'un niveau de remblai d'une dizaine de centimètres creusées face au temple, à 36 m au sud de cet édifice.
d'épaisseur s'étendant, à ce stade des recherches, sur une La forte érosion du terrain à cet endroit explique que
zone d'une quinzaine de mètres de diamètre, puisque les structures ne sont que faiblement conservées.
lors de l'évaluation, cette couche a encore été repérée Distantes de 2,60 m, elles semblent avoir été creusées
dans la tranchée I, 9 m plus à l'ouest. Ce niveau (US183) selon une logique commune, les côtés s'alignant de
est caractérisé par un sédiment limoneux brun foncé, façon parallèle. La fosse F64 présente un plan carré
compact, riche en scories de fer, fragments de tuiles, bien marqué, de 1,10 m de côté. Le creusement, à fond
tessons de céramique et de verre et a été daté, de façon plat, est conservé sur 12 cm. Le comblement est consti-
préliminaire, des 2e et 3e siècles de notre ère. 1 075 scories tué de limon brun-gris clair mélangé, correspondant
de tous types ont été découvertes : scories de réduction, au sédiment d'origine redéposé. Dans la partie nord-
culots ferreux, culots argilo-sableux, scories internes, ouest de la fosse étaient rassemblés quelques fragments
scories de forge… Quelques battitures ont également été de céramique ainsi qu'un amas de sédiments calcinés
observées. 68 polissoirs, aiguisoirs et pierres à aiguiser de 10  ×  20  cm de côté. Le mobilier comprend un
proviennent également de ce secteur. L'association de fond de marmite altéré par le feu, un fond de gobelet
ces polissoirs et aiguisoirs avec les nombreuses scories à dépressions en céramique métallescente d'Argonne
de fer permet de rattacher ces objets au travail du fer ainsi qu'un fond de récipient en pâte rosâtre (cruche ?).
(Paridaens & Darchambeau, 2016). On pensera plus Ces récipients datent cet ensemble du 3e siècle. Étant
précisément aux étapes de polissage et d'abrasion du donné qu'il s'agit exclusivement de fonds de récipients
métal après sa mise en forme par martelage ou encore à et vu l'érosion de la structure, il est possible que les
l'affutage d'outils à tranchants. vases aient été complets lors de leur dépôt.
Sur base du mobilier et des structures découverts en La fosse F65 présente un contour moins net, vague-
2015, différentes phases de production du fer semblent ment quadrangulaire, de 1,10  m de côté. Le fond du
attestées : l'opération de réduction semble avérée par creusement est également plat, conservé sur 8 cm. Le
la présence de très nombreuses scories internes et comblement est constitué de limon brun foncé chargé
externes de réduction bien qu'aucune structure ne de particules végétales calcinées. L'aspect homogène
peut néanmoins, à ce stade de la fouille, être rattachée à ainsi que la présence de petites pierres, fragments de
cette phase. Les opérations de post-réduction (cinglage tuiles et tessons épars de céramique permettent d'in-
ou épuration) sont aussi illustrées, avec quelques culots terpréter ce remblai comme du limon humifère. Un
ferreux et culots argilo-sableux. Les petits foyers piri- dépôt charbonneux de 10 × 30 cm, une passoire et un
formes pourraient, avec prudence, être aussi rattachés poêlon en céramique, encore empilés au moment de
à cette étape. Enfin, les activités de forgeage et de façon- leur découverte, étaient concentrés dans la partie sud
nage sont représentées par quelques battitures et scories de la fosse. Ces deux récipients imitent de la vaisselle
de forge ainsi que par les très nombreux polissoirs et métallique bien connue, généralement en alliage de
aiguisoirs. Si la présence d'un atelier de métallurgie et cuivre. Dans l'Antiquité, la passoire et la casserole en
115

Toutes périodes Hainaut

métal, qui s'emboîtaient, constituent deux accessoires terpréter ces structures comme des tombes  : fosses
liés à la préparation du vin, l'un pour puiser les breu- carrées à fond plat, amas cendreux, zones vides, pots
vages, l'autre pour filtrer les aromates qu'on y avait fait complets, présence d'un service lié au vin, sont autant
macérer. Nos exemplaires imitent parfaitement leurs de caractéristiques que l'on retrouve dans les tombes
équivalents en métal, types Künzl ND30 et ND31, en à incinération. La présence d'une tombe à proximité,
usage surtout au 3e siècle apr. J.-C. Même si les poêlons bien qu'hypothétique, renforce encore quelque peu
et passoires sont bien attestés en céramique, ce type cette théorie. Toutefois, l'absence de toute esquille
d'imitation semble inédit. On peut penser que ces osseuse est évidemment problématique, bien que des
objets ont été fabriqués à dessein, comme offrande à fosses à cendres, dépourvues de ce type de matériau,
faible coût en vue d'un usage religieux. se rencontrent aussi au sein des nécropoles à inciné-
Lors des sondages menés durant l'hiver 1987-1988 ration. En outre, la présence de tombes à proximité
par Jean  Gabriel et l'Office de Recherches archéolo- directe d'un sanctuaire n'est pas attestée ailleurs. En
giques (O.R.A.), une tombe semble avoir été décou- revanche, les dépôts de vaisselle métallique, ici imitée
verte. Les notes de fouilles du 19  décembre 1987 en terre cuite, sont quant à eux omniprésents dans
renseignent un sondage de 1 m² où furent découverts les sanctuaires. D'autres fosses destinées à recevoir
un  grand gobelet à dépressions, écrasé et, dans le les restes de cérémonies religieuses ou les offrandes
gobelet, quelques ossements calcinés. D'autres notes réservées aux dieux ont évidemment été découvertes
réfèrent à la nécropole sud. D'après le plan des fouil- au sein du sanctuaire (Paridaens & Darchambeau,
leurs, ce sondage du 19  décembre se situe à proxi- 2014). En définitive, il pourrait s'agir de dépôts votifs
mité directe des fosses F64 et F65 et il s'agit très situés en périphérie du sanctuaire, bien qu'une nature
probablement d'un des cinq sondages repérés lors funéraire ne soit pas complètement à exclure.
de nos recherches, en 2015, quelques mètres à l'est
de ces dernières. Dès lors, comment interpréter cet Conclusion : « La Taille Marie »,
ensemble de découvertes ? Les deux fosses F64 et F65 un sanctuaire de villa
présentent des caractéristiques communes  : orienta-
tion, forme, dimensions et comblement. La présence Les fouilles réalisées de 2011 à 2015 ont permis de
de poches cendreuses et de vases complets groupés, circonscrire l'extension générale du sanctuaire de « La
voire empilés, indique que nous sommes en présence Taille Marie », installé de manière judicieuse sur une
de dépôts mais certains indices permettraient d'in- petite proéminence dominant tout le vallon d'Aiseau.

Plan général du site de « La Taille Marie », toutes époques confondues, © CReA-Patrimoine / ULB.
116

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Dépourvu de mur d'enceinte, il est toutefois limité Avec la collaboration d'Antoine  Darchambeau,
de manière naturelle, à l'est par la rupture de pente Stéphane  Genvier, Claude  Jacques, Fanny  Martin,
marquant la vallée de la Biesme, au nord par un talus Charlotte Van Eetvelde & Olivier Van Eyck.
et à l'ouest par un petit vallon. Si le temple est de taille
moyenne, avec 12,50  m de côté, l'aire sacrée, dont la Remerciements
surface a été aménagée à partir du 2e siècle, s'étend sur
minimum 20 a, avec un bâtiment annexe sur poteaux. L'équipe de fouille, constituée de chercheurs du
Un secteur artisanal s'organise par ailleurs aux 2e et CReA-Patrimoine (A.  Darchambeau, F.  Martin),
3e siècles dans le vallon occidental, où un atelier lié au de collaborateurs bénévoles (C.  Angeli, C.  Dawant,
travail du fer a été découvert. Certains indices laissent C. Delaere, S. Genvier, G. Gilbert, S. Guarella, E. Hodeige,
penser qu'il pourrait s'agir de l'atelier de production C. Jacques, R. Nicolas, O. Van Eyck) et d'étudiants de
des socs d'araire votifs découverts dans le sanctuaire. l'ULB (A. Dieu, L. Dikenda, T. Coussement, C. Deprez,
Quoi qu'il en soit, les structures ainsi que le mobilier D.  Ebertitan, C.  Fortemps, L.  Kervyn, A.  Lecomte,
qui leur est associé ouvrent d'intéressantes perspec- J. Malvoz, N. Petit, E. Vanderhaeghe, C. Van Eetvelde) ;
tives, tant pour la caractérisation des étapes de produc- la Société royale d'Archéologie de Bruxelles
tion du fer dans nos régions que dans la manufacture (F. Legat) ; les propriétaires et exploitants des parcelles
d'objets religieux. fouillées (C.  et J.  d'Oultremont, E.  de  Dorlodot et la
Les niveaux précoces, concentrés à l'emplacement Société de Gestion de la Sambre s.a.)  ; J.  Plumier,
du temple, mettent aussi en lumière l'organisation d'un A. Guillot- Pingue, M. Soumoy et C. Frébutte (SPW /
site religieux de la cité des Tongres au tout début de DGO4) pour l'octroi des subsides et le suivi de projet ;
l'Empire, soit à une période demeurant mal connue. La J. Pierard et sa famille pour leur aide logistique et leur
reprise programmée des fouilles dès 2016 au niveau de disponibilité ; L. Nonne, C. Dawant et E. Bouyer pour
la villa, dégagée une première fois en 1875, permettra les restaurations de mobilier ; N. Bloch et A. Stoll pour
de mettre en parallèle l'évolution du sanctuaire avec les dessins de mobilier et infographies  ; W.  Leclercq
cette dernière. pour l'expertise du mobilier protohistorique ; la Ville
En conclusion, les fouilles auront permis de et le Musée archéologique de Namur, dépositaires
dégager de manière exhaustive un sanctuaire de des collections  ; l'asbl des Œuvres paroissiales de
villa et donc vraisemblablement de nature privée. Farciennes ainsi que tous les collègues et étudiants
Ce type de lieu de culte, lié à de grands domaines ayant participé aux travaux de post-fouille.
ruraux et parfois qualifié de «  rural  », demeure
peu connu archéologiquement. Cette interpréta- Bibliographie
tion repose évidemment sur la présence d'une villa ■■ Künzl E. (dir.), 1993. Die Alamannenbeute aus dem Rhein
associée dans les environs proches, alors que, bien bei Neupotz. Plünderungsgut aus dem römischen Gallien, Mainz
souvent, l'emprise des fouilles est limitée soit au (Monographien Römisch-Germanisches Zentralmuseum
sanctuaire, soit à la villa. Dans la cité des Tongres, Mainz. Forschungsintitut für Vor- und Frühgeschichte, 34).
on en connaît par exemple à Matagne-la-Petite, ■■ Paridaens N. & Darchambeau A., 2014. Le sanctuaire
Gemechenne, Anthée mais il devait en exister bien gallo-romain de « La Taille Marie » à Aiseau-Presles (Ht). Troi-
d'autres. Si la gestion de ces chapelles et l'organisa- sième campagne de fouilles (2013), Signa, 3, p. 133-139.
tion des cultes qui s'y pratiquent incombaient aux ■■ Paridaens N. & Darchambeau A., 2016. Le site archéo-
propriétaires du domaine, des sources littéraires logique de «  La Taille Marie  » à Aiseau-Presles. Rapport des
indiquent que certains de ces sanctuaires étaient fouilles 2015, Signa, 5, p. 115-125.
communautaires et fortement fréquentés. À Aiseau- ■■ Paridaens N., Darchambeau A., Genvier S., Martin F. &
Presles, le nombre d'offrandes, notamment les Venant N., 2015. Le sanctuaire de « La Taille Marie » à Aiseau-
centaines de socs d'araire déposés autour du temple, Presles. Campagne de fouilles 2014, Signa, 4, p. 207-215.
laissent également penser que le culte n'était pas ■■ Paridaens N. & Leclercq W., 2016. Mobilier céramique de
exclusivement réservé aux habitants du domaine. l'âge du Bronze issu d'un paléochenal à Aiseau-Presles – «  La
Taille Marie  » (Ht., Bel.), Lunula. Archaeologia protohistorica,
La nature originale des offrandes renvoie peut-être
XXIV, p. 97-100.
à une divinité locale, dont les fonctions spécifiques
ont pu attirer des pèlerins, membres d'une famille
ou d'une communauté en lien avec la villa. On
notera encore la longévité de ces rites, que nous
serions évidemment tentés de mettre en lien avec la
fertilité, durant toute l'existence du sanctuaire, du
1er siècle avant notre ère jusqu'au 4e siècle apr. J.-C.
117

Toutes périodes Hainaut

Ath/Ath : fouilles préventives sur le site Tous ces murs s'appuient sur un mur plus ancien
de l'ancienne sucrerie dégagé sur une vaste superficie en 2015. Celui-ci est
doté d'une face parementée avec un léger fruit au nord.
Il descend à plus de 3,5 m de profondeur, sans que sa
Isabelle Deramaix, Adrien Dupont base n'ait pu être atteinte. Il pourrait correspondre à la
et Pierre-Philippe Sartieaux limite de l'ancien fossé maintenu ouvert après la démo-
lition des ouvrages externes de la fortification hollan-
En 2009, lors de l'assainissement du site de l'ancienne daise en 1852 (Ducastelle, 1984) avant le creusement
sucrerie d'Ath, un mur imposant a été relevé par le du canal Ath-Blaton entre 1864 et 1865.
Service de l'archéologie de la Direction extérieure Dans le deuxième secteur, au sud-ouest du site,
du Hainaut  1 (DGO4  / Département du patrimoine) un massif quadrangulaire et un mur associé ont été
(Deramaix & Dupont, 2011). Les parcelles (Ath, dégagés. Ces constructions témoignent d'une activité
1re Div., Sect. B, nos 811F102, 811C103, 811B103) se situent industrielle relativement récente mais non identifiée.
dans l'extra-muros de la cité médiévale et ont été occu- Le troisième secteur a livré deux ensembles de
pées de la fin du 17e siècle jusqu'au 19e siècle par des vestiges : d'une part, ceux d'une place d'armes rentrante
ouvrages militaires externes (Deramaix, Dupont & avec réduit et, d'autre part, une construction posté-
Sartieaux, 2015  ; à paraître  ; Dugnoille & de  Waha, rieure de type industriel, vraisemblablement un silo à
1983). Le projet de construction de sept immeubles betteraves.
à appartements à cet endroit nécessitait donc de La place d'armes semble correspondre à l'emplace-
nouvelles investigations archéologiques. Celles-ci ont ment de celle édifiée sous les dirigeants autrichiens
été entreprises en janvier et février 2015 par le même après 1720 (Dugnoille, 1984, p. 27-29). Le gabarit, la
service qu'en 2009. Elles ont débuté par une évaluation taille des pierres et l'appareil des maçonneries corres-
des terrains sous forme de longues tranchées réparties pondent à cette période. Démoli partiellement en
tous les 10 m. Trois secteurs ont fait l'objet de vastes 1745 (Dugnoille & de Waha, 1983, p. 189), cet ouvrage
décapages. aurait été récupéré par les Hollandais lors du redres-
Le premier secteur se trouve dans la partie septen- sement de la place forte entre 1816 et 1825 (Dugnoille
trionale du site, près du mur exhumé en 2009. Ce mur & de Waha, 1983, p. 186-189 ; Godet, 1973). En effet,
a d'abord été interprété comme pouvant appartenir à la des traces de reconstructions sont assez perceptibles
fortification hollandaise (Deramaix & Dupont, 2011), sur les vestiges notamment des réfections en brique
mais les découvertes réalisées en 2015 montrent qu'il et la présence de pierres taillées à la boucharde ou à la
s'agit d'un mur de clôture de la sucrerie. Il aurait été pointe, encadrées d'une ciselure, technique propre au
agencé entre la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle. 19e siècle. L'analyse des rapports des travaux mensuels
Il est associé non seulement à une plateforme destinée conservés montre une interruption des travaux entre
à la grue à vapeur, déjà relevée en 2009, mais aussi à 1818 et 1825 qui pourrait correspondre à la mise au
deux autres murs parallèles observés au sein de la jour des vestiges autrichiens par les Hollandais et à
parcelle. Ces aménagements sont reliés entre eux par la réintégration de ces fondations dans une nouvelle
des tirants qui en outre traversent le mur de clôture. Ils construction. En outre cette hypothèse est étayée
ont été réalisés vraisemblablement vers 1922 lors d'une par une modification des plans de la place d'armes
réorganisation des raccordements ferroviaires (Dera- dès 1825 (Deramaix, Dupont & Sartieaux, 2015  ; à
maix & Dupont, 2011). paraître).

Vue du mur de limite du fossé aménagé après le démantè-


lement de la fortification hollandaise en 1852. Vue du probable silo à betteraves.
118

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Ath, ancienne sucrerie : vue aérienne de la place d'armes prise depuis le sud-est : 1. Tronçon occidental ; 2. Tronçon oriental encore
voûté transformé en citerne ; 3. Annexe donnant accès du réduit vers le fossé ; 4. Nouvel accès vers le fossé.

La place d'armes se compose des deux fossés du à l'intersection des deux segments et un caniveau en
réduit disposés en angle de 140°. Ces fossés sont limités brique s'y déverse.
sur chaque segment par deux murs parallèles. Le tron- Au nord-ouest, une construction industrielle s'est
çon occidental (1) a été dégagé sur toute sa longueur, appuyée contre l'un des murs externes de la place
soit 42 m. L'autre (2) a été observé sur près de 18 m. d'armes. Incomplète, elle mesure au moins 12  m de
Du côté septentrional les murs des fossés sont renfor- long sur 2,80 m de large. Elle est réalisée en brique. Les
cés par des piliers disposés tous les 5,20 m. Leur socle, murs des longs côtés sont disposés à 45° contre les sédi-
réalisé en pierre calcaire, est chaîné au mur. La partie ments encaissants. Plusieurs murs successifs forment
supérieure présente le départ de deux arcs de décharge des cloisons. La forme en entonnoir de cette structure
façonnés en brique. Cette partie en brique appartient à évoque celle de silos à betteraves que l'on trouvait
la phase d'occupation hollandaise. au 19e  siècle (Blachette & Zoéga, 1826, p.  152-157  ;
L'accès du réduit vers le fossé se fait par une construc- Dureau, 1886, p. 379 ; Figuier, 1873-1877, p. 93).
tion annexe (3) comprenant un couloir. Ce passage
est bordé d'une petite pièce ayant vraisemblablement Bibliographie
servi de magasin à poudre. Une grande partie de ces ■■ Blachette L.-J. & Zoéga F.S., 1826. Manuel du fabricant de
aménagements semblent dater de l'époque hollandaise sucre et du raffineur ou Essai sur les différens moyens d'extraire le
comme en témoignent l'usage massif de la brique et les sucre et de le raffiner, Paris.
remarquables pierres de taille qui forment les chaînes ■■ Deramaix I. & Dupont A., 2011. Ath/Ath  : vestiges des
des piédroits des baies. fortifications hollandaises sur le site de l'ancienne sucrerie,
Après l'arasement des fortifications hollandaises, les Chronique de l'Archéologie wallonne, 18, p. 72-73.
fondations de la place d'armes ont encore été utilisées. ■■ Deramaix  I., Dupont  A. & Sartieaux  P.-P., 2015. Ath  :
Une voûte en brique en plein cintre a été agencée sur fouilles préventives sur le site de l'ancienne sucrerie. In  :
les deux segments de fossés. Seul le tronçon oriental a L'Archéologie en Hainaut occidental 2009-2015, catalogue
conservé aujourd'hui cette couverture (2). Un nouveau d'exposition, Ath (Amicale des Archéologues du Hainaut
occidental, XIX), p. 170-174.
couloir d'accès (4) assez étroit a été ajouté au sud-ouest
du tronçon occidental du fossé. Lors de l'activité de la
sucrerie le segment oriental du fossé a été transformé
en citerne. Un mur est venu condamner l'ouverture
119

Toutes périodes Hainaut

■■ Deramaix  I., Dupont  A. & Sartieaux  P.-P., à paraître.


L'archéologie et la revitalisation urbaine. L'ancienne sucrerie à
Ath : des fortifications au site résidentiel du 21e siècle. In : Patri-
moines. Mélanges d'histoire et d'archéologie offerts à Jean-Pierre
Ducastelle, Ath.
■■ Ducastelle J.-P., 1984. Le démantèlement des fortifications
et l'aménagement urbanistique d'Ath (1852-1896). In  :
Les enceintes urbaines en Hainaut, les fortifications d'Ath,
supplément au catalogue général, Ath, Cercle royal d'Histoire et
d'Archéologie d'Ath et de la Région et Musées athois, p. 55-97.
■■ Dugnoille J., 1984. La destinée des fortifications de Vauban
à Ath 1674-1803. In : Les enceintes urbaines en Hainaut, les forti-
fications d'Ath, supplément au catalogue général, Ath, Cercle
royal d'Histoire et d'Archéologie d'Ath et de la Région et Musées
athois, p. 15-54. Ath, site des Haleurs : vue générale d'une des zones en cours
■■ Dugnoille J. & de  Waha M., 1983. Ath. In  : Les enceintes de fouille.
urbaines en Hainaut, catalogue d'exposition, Bruxelles, Crédit
Communal, p. 183-198.
de bâtiments est rendue difficile. On dénombre
■■ Dureau G., 1886. Traité de la culture de la betterave à sucre, toutefois l'emplacement d'au moins deux habitats.
Paris (2e édition).
Près de 150  structures appartenant à cette période
■■ Figuier L., s.d. (1873-1877). L'industrie du sucre. In  : Les ont été recensées. Un premier examen du matériel
merveilles de l'industrie ou description des principales indus- attribue l'occupation au groupe de Blicquy. Cepen-
tries modernes, 2. II. Industries chimiques : le sucre, le papier, les
dant quelques structures semblent livrer du matériel
papiers peints, les cuirs et les peaux, le caoutchouc et la gutta-
percha, la teinture, Paris, p. 1-148.
davantage rubané. Le secteur contenant ces fosses sera
exploré en 2016.
■■ Godet J., 1973. Fortifications et bâtiments militaires créés à
Le site, toujours en cours de fouille lors de la rédac-
Ath sous le régime hollandais (1815-1830), Bulletin du Cercle
d'Histoire et d'Archéologie d'Ath et de la Région, 36, p. 188-293. tion de cette notice, est donc déjà très prometteur.
Pour la vallée de la Dendre, il s'agira du plus grand
village de cette période étudié dans la région (Hauzeur,
2009, p.  130). En outre, il constitue le premier gise-
ment établi le long du bras oriental du cours d'eau
Ath/Ath : fouilles préventives sur le site (Constantin & Burnez-Lanotte, 2008). Tout comme le
des Haleurs site d'Irchonwelz « Trau al Cauche » (Demarez, Dera-
maix & Wegria, 1992), l'occupation se situe à 150 m du
ruisseau, sur un léger plateau.
Isabelle Deramaix, Dolores Ingels Outre cette implantation néolithique importante,
et Olivier Collette des fosses d'époques romaine et médiévale ont été
repérées. De même l'ancien chemin menant d'Ath à
Dans le cadre du vaste projet immobilier des Haleurs Chièvres a été identifié ainsi que d'autres voies péri-
(parc. cad. : Ath, 1re Div., Sect. C, nos 221C, 221B, 242X, phériques. Ces indices laissent supposer une relative
238K, 242D2, 241G, 268F, 242Z, 269G, 242 et 238G), des continuité d'occupation depuis la période néoli-
fouilles préventives ont été entamées en mai 2015 par thique. Ces observations sont fondamentales pour
le Service de l'archéologie de la Direction extérieure la compréhension du développement la cité athoise.
du Hainaut 1 (DGO4 / Département du patrimoine). En effet, les recherches en cours se trouvent à peine
Les recherches se sont concentrées sur les secteurs à 500  m du bourg primitif de la commune, appelé
devant être aménagés en 2016 afin de ne pas entraver « Vieux Ath », où une église était dédiée à saint Julien
le bon déroulement des futurs travaux. La superficie de Brioude dont le culte s'est développé à l'époque
explorée par des sondages systématiques (longues mérovingienne. L'autel de l'église est connu dès 1076
tranchées réparties tous les 10  m) couvre un peu (Dupont, 2009) ; cependant le toponyme « Ath » est
plus de 3 ha soit plus d'un tiers de la surface globale d'origine celte, antérieur à la romanisation. La pour-
impactée. suite des fouilles sur les autres parcelles du projet,
Un vaste site daté du Néolithique ancien a ainsi été situées en direction de cet endroit, pourrait donc
repéré. Il s'étend sur environ 1 ha, mais seulement 65 % livrer de nombreuses informations sur les origines
de cette surface ont été fouillés en 2015. L'érosion est de la ville.
relativement importante par endroits et l'identification Avec la collaboration d'Adrien Dupont
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Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Bibliographie fracturée. Il a été réalisé après le bris de la pièce car sa


■■ Constantin C. & Burnez-Lanotte L., 2008. La mission forme n'a pas été affectée par la fracture. En outre, son
archéologique du ministère des affaires étrangères français en axe est oblique à l'allongement de la pierre (B) alors
Hainaut et en moyenne Belgique  : bilans et perspectives. In  : que, s'il avait été percé lorsque la pièce était complète,
Burnez-Lanotte  L., Ilett  M. & Allard  P. (dir.), Fin des il aurait été perpendiculaire à celle-ci pour réduire
traditions danubiennes dans le Néolithique du bassin parisien et l'espace à traverser. Le trou de suspension, parfaite-
de la Belgique (5100-4700 av. J.-C.), Paris (Mémoire de la Société ment circulaire, mesure environ 3 mm dans sa partie la
préhistorique française, XLIV), p. 35-56.
plus étroite. Il a sans doute servi à passer un lien pour
■■ Demarez L., Deramaix I. & Wegria M., 1992. Nouvelle suspendre l'objet à la ceinture ou le pendre autour du
découverte blicquyenne en Hainaut occidental, Notae Praehis-
cou. On n'y relève cependant aucun émoussé, échan-
toricae, 11, p. 103-110.
crure ou sillon attestant de l'usage prolongé d'une
■■ Dupont A., 2009. Ath-Chièvres-Lessines. In  : Mariage  F.
attache. Cela suggère que l'objet a été peu utilisé, voire
(coord.), Desmaele B. & Cauchies J.-M. (dir.), Les institutions
pas du tout, après son percement ; l'essentiel des traces
publiques régionales et locales en Hainaut et Tournai/Tournaisis
sous l'Ancien Régime, Bruxelles, Archives générales du Royaume
d'usure, décrites ci-après, seraient antérieures au trou
(Miscellanea Archivistica, Studia, 119), p. 293-306. de suspension.
Les quatre faces convergent faiblement vers l'extré-
■■ Hauzeur A., 2009. Céramique et périodisation  : essai de
sériation du corpus blicquien de la culture Blicquy/Ville- mité conservée dont la largeur n'est plus que de 1,1 cm.
neuve-Saint-Germain. In  : Burnez-Lanotte  L., Ilett  M. & Cette dernière comporte quatre petites facettes d'usure
Allard P. (dir.), Fin des traditions danubiennes dans le Néoli- de forme triangulaire, planes ou légèrement convexes,
thique du bassin parisien et de la Belgique (5100-4700 av. J.-C.), conférant ainsi une forme pyramidale à l'extrémité
Paris (Mémoire de la Société préhistorique française, XLIV), de l'objet. La pointe de la «  pyramide  » est convexe
p. 129-142. et fortement émoussée. Des entailles transversales
sont visibles sur une des arêtes de la pierre (A). Dans
son ensemble, l'outil reste, toutefois, peu utilisé. Des
marques fraîches à la surface de l'objet témoignent de
Belœil/Quevaucamps : pierre à aiguiser dégâts liés aux activités agricoles récentes.
médiévale ? La forme de cette pierre ainsi que les quelques
traces d'usure repérées sur la pointe et les arêtes nous
conduisent à l'identifier comme une pierre à aiguiser.
Jean Dufrasnes, Éric Goemaere, Serge Parent De petites facettes, comme pour l'objet de Quevau-
et Aurélie Thiébaux camps, sont très fréquemment retrouvées sur les
parties distales et proximales des aiguisoirs indiquant
Dans Un siècle de découvertes archéologiques dans l'en- un usage actif de la pierre, sans doute «  frottée  » et
tité de Belœil, l'un des auteurs (Parent, 1995) signalait «  pressée  » sur la lame. Le but de ces actions reste,
la récolte d'artefacts lithiques au « Bois de la Berlière » pour le moment, encore incertain. Il peut éventuelle-
à Stambruges. L'inventeur attribuait certaines pièces ment s'agir de régulariser le fil de la lame en forçant les
au Mésolithique, d'autres au Néolithique, à l'Âge du «  accrocs métalliques  », qui peuvent survenir lors de
Bronze voire à l'Âge du Fer. l'utilisation du tranchant, à s'aligner sur un même axe.
En réalité, le gisement n'est pas situé sur le territoire De par ses dimensions réduites, cet objet était sans
de la commune de Stambruges mais bien sur celui de doute dédié à l'aiguisage de petits tranchants. Le bris de
Quevaucamps. Il s'étend sur une bande de terrain d'en- l'objet n'a pas induit son rejet, soulignant ainsi sa valeur
viron 500 m de long sur 200 de large, orientée d'ouest aux yeux de son utilisateur. Cette tendance à prolon-
en est juste au nord d'un bosquet. Parmi le matériel ger l'emploi de pierres à aiguiser après leur cassure se
trouvé sur les parcelles contigües à ce dernier (Belœil, rencontre régulièrement à la période romaine. Cette
4e Div., Quevaucamps, Sect. C, nos 541a, 609b et 610b) importance accordée à certains aiguisoirs est peut-être
figurait un objet en pierre, non illustré dans la notice liée à la qualité et/ou à la rareté du matériau ou bien au
précitée, semblable à une pendeloque. Soumis peu caractère symbolique très fort que peut revêtir ce type
après sa découverte à Léonce Demarez, il fut supposé d'objet (Mitchell, 1985).
en schiste et daté d'une période allant du Bronze final à L'aiguisoir est réalisé dans un microquartzite vert
l'Âge du fer (Parent, 1995, p. 64, no 3). clair sans schistosité apparente et à paillettes de micas.
Cet artefact est un fragment de l'extrémité d'un objet La couleur verte est due à la présence de microphyllites
parallélépipédique à section carrée mesurant 6,1 cm de de chlorite. La structure quartzitique et la paragenèse
long et 1,3 à 1,4 cm de côté (poids : 20 g). Un perce- muscovite-chlorite place ce matériau dans le groupe
ment biconique est présent au niveau de l'extrémité des roches métamorphiques (faciès schistes verts).
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Toutes périodes Hainaut

Pierre à aiguiser découverte à Quevaucamps au « Bois de la Berlière ». A. Entailles ; B. Axe du trou de suspension.

La datation de cet objet reste problématique car soient plus limitées, les observations et descriptions
hormis les pierres à aiguiser gallo-romaines, désormais que nous avons recensées incitent à ne pas attribuer
mieux connues par des travaux récemment publiés la pierre du «  Bois de Berlières  » à cette époque. Il
(Thiébaux, Herbosch & Goemaere, 2012  ; Thiébaux est, en l'état actuel des connaissances, très difficile de
& Goemaere, 2013 ; Thiébaux et al., 2016), les autres trancher entre Âge du Bronze et période médiévale sur
périodes n'ont pas fait l'objet d'études exhaustives en base de critères morphologiques. Pourtant, certains
Belgique et dans les régions limitrophes. Toutefois, la détails comme la légère convergence des quatre faces
forme parallélépipédique de l'aiguisoir de Quevau- vers l'extrémité ainsi que son usure pyramidale sont
camps, ses dimensions et son percement biconique des traits uniquement repérés, pour l'instant, sur des
sont des caractéristiques communes aux aiguisoirs de aiguisoirs médiévaux.
l'Âge du Bronze comme du Moyen Âge décrits dans Les études publiées (déjà anciennes et sans illus-
la littérature non belge (Cordier, 1964 ; Gomez, 1976 ; trations photographiques) sur les pierres à aiguiser
Pautreau & Cassen, 1975  ; Kars, 1983  ; Aubourg & de l'Âge du Bronze provenant du centre de la France
Josset, 2003 ; Resi, 1990). On peut également exclure indiquent l'emploi de schistes, de schistes métamor-
l'époque romaine parce que les trous de suspension phiques ainsi que de « roches verdâtres » mais en l'ab-
sont (très) rares à cette période, que les formes qui sence d'analyse approfondie et de matériel de compa-
dominent pour nos régions sont cylindriques et que raison dans nos collections de référence, il est difficile
ce type de roche n'a pas été utilisé pour les pierres à de tirer des conclusions définitives. L'utilisation de
aiguiser gallo-romaines du nord de la Gaule. Bien roches métamorphiques est attestée sur de nombreux
que nos connaissances des aiguisoirs de l'Âge du Fer sites médiévaux dans le nord de l'Europe (Dorestad
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Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

aux Pays-Bas, Haithabu au Danemark…) où deux ■■ Thiébaux A., Feller M., Duchêne B. & Goemaere É.,
types de schistes ont été utilisés, l'un est de couleur gris 2016 (accepté). Roman whetstone production in northern Gaul
clair et l'autre de couleur gris foncé. Ils proviennent de (Belgium and northern France), Journal of Lithic Studies.
formations calédoniennes du sud-ouest de la Norvège. ■■ Thiébaux A. & Goemaere É., 2013. Étude des pierres à
Le schiste gris clair était extrait de carrières de la région aiguiser provenant de cinq sites gallo-romains des Vallées des
d'Eidsborg (comté de Telemark, Norvège) exploitées Eaux-Vives (sud-ouest de la province de Namur, Belgique),
Archéo-Situla, 32-33, p. 69-79.
pour le façonnage de pierres à aiguiser  jusque dans
les années 1950 (Resi, 1990  ; Hansen, 2011). D'un ■■ Thiébaux A., Herbosch A. & Goemaere É., 2012. Un atelier
gallo-romain de pierres à aiguiser découvert à Buizingen (Hal,
point de vue macroscopique, ces matériaux diffèrent
Belgique) : reconstitution des étapes de fabrication et détermi-
par leur couleur de l'aiguisoir de Quevaucamps. Une
nation des origines géologiques et géographiques du matériau,
origine scandinave serait a priori à exclure. D'autres Revue du Nord, 94 (398), p. 143-158.
travaux sont donc encore nécessaires pour identifier,
caractériser et distinguer les matériaux utilisés aux
différentes périodes pour la fabrication de pierres à
aiguiser. C'est seulement à ce moment que nous aurons Courcelles/Gouy-lez-Piéton : sondage au
peut-être assez d'éléments pour nous prononcer sur la
pied de la tour de l'église Saint-Martin
datation de la pierre à aiguiser découverte au « Bois de
la Berlière ».
S'il reste donc beaucoup à faire, les premières études Nicolas Authom
menées sur les pierres à aiguiser de la période romaine
sont déjà révélatrices du potentiel de ces outils Dans le cadre d'un certificat patrimoine visant la
modestes. Les informations qu'ils nous livrent sur la restauration de l'église Saint-Martin (parc. cad.  :
diffusion des produits et l'économie ainsi que sur la vie Courcelles, 5e Div., Sect. B, no 1001b ; coord. Lambert :
quotidienne ne doivent plus être négligées. 147134  est/130627  nord), le groupe Monument (sa
filiale Monument Vandekerckhove NV) a commandité
Bibliographie un sondage au pied de la tour occidentale de l'édifice
■■ Aubourg V. & Josset D., 2003. Le site du promontoire du afin d'en diagnostiquer l'état sanitaire. Le Service de
château de Blois du viiie au xie s. (Loir-et-Cher). Seconde partie : l'archéologie de la Direction extérieure du Hainaut  1
le mobilier non céramique, Revue archéologique du Centre de la (DGO4 / Département du patrimoine) a apporté son
France, 42, p. 169-216. expertise quant à la direction du terrassement et au
■■ Cordier G., 1964. Aiguisoirs de l'âge du Bronze provenant traitement des vestiges.
de la Touraine, Revue archéologique du Centre de la France, 3/1, Une imposante fondation, large de 1,60 m, a partielle-
p. 49-53. ment été dégagée au sud de la tour ; elle longe parallèle-
■■ Gomez J., 1976. Quelques aiguisoirs protohistoriques du ment cette dernière, à seulement 0,46 m. La fondation a
centre-ouest de la France. Éléments de datation, Revue archéo- été observée, depuis le mur occidental de la nef, sur une
logique du Centre de la France, 15/3-4, p. 261-265. longueur de 2,90 m avant de marquer un coude à angle
■■ Hansen S.C.J., 2011. The Icelandic whetstone material. An droit vers le nord et de revenir sous la tour. Côté ouest,
overview of recent research, Archaeologia Islandica, 9, p. 65-76. elle se perd hors emprise du sondage. Elle atteint plus de
■■ Kars H., 1983. Early-Medieval Dorestad, an archaeo-pe- 2 m de profondeur (mesure exacte impossible à relever
trological study. Part  V. The whetstones and the touchstones,
Berichten van de Rijksdienst voor het Oudheidkundig Bodemon-
derzoek, 33, p. 1-37.
■■ Mitchell S.A., 1985. The whetstone as symbol of authority
in old English and old Norse, Scandinavian Studies, 57, p. 1-31.
■■ Parent S., 1995. Prospections archéologiques sur le territoire
de Stambruges (1980-1994). In : Un siècle de découvertes archéo-
logiques dans l'entité de Belœil, Belœil (Association pour la
sauvegarde du Patrimoine de Belœil, Documents, 2), p. 59-65.
■■ Pautreau J.-P. & Cassen S., 1975. Aiguisoirs inédits de l'âge
du Bronze dans le Centre-Ouest, Revue archéologique du Centre
de la France, 14/1-2, p. 63-67.
■■ Resi H.G., 1990. Die Wetz- und Schleifsteine aus Haithabu,
Neumünster (Berichte über die Ausgrabungen in Haithabu, 28).
La fondation dégagée au pied de la tour de l'église Saint-Martin.
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Toutes périodes Hainaut

vu l'étroitesse et la profondeur du sondage). La mise en à Léon  Losseau, célèbre avocat et érudit montois.
œuvre est soignée : sur les deux faces est monté un pare- Dans le cadre de Mons 2015, la Province de Hainaut,
ment, maintenu par un blocage central de pierres et de propriétaire de l'ensemble dénommé « site Losseau »,
mortier à base de chaux et sable jaune. Le soin apporté souhaitait y installer le futur Centre d'interprétation de
à la construction pourrait suggérer une élévation plutôt la littérature. Les sept interventions limitées du Service
qu'une fondation. Un débord de quelques centimètres, de l'archéologie se sont étalées entre novembre 2014 et
à 0,44  m de profondeur par rapport à la tête du mur mars 2015, date limite pour l'inauguration.
conservée, pourrait marquer le passage entre fondation Diverses découvertes fortuites de structures
et élévation. Mais à l'exception du débord, aucune diffé- anciennes (citerne, caves, évacuation, puits, fonda-
rence ne s'observe dans le mode de construction de ces tions…) ont amené l'architecte, gestionnaire du projet,
deux niveaux. Quelques traces de rubéfaction ont été à prévenir les agents du patrimoine et de l'archéologie.
relevées au niveau du parement côté sud où les pierres Plusieurs visites, espacées en fonction des découvertes
et le mortier sont rougis. et des possibilités de circulation sur le chantier, ont
Entre cette fondation et le mur sud de la tour se trouve permis d'observer de nombreux détails sans toutefois
un béton à base de mortier beige et moins chargé en avoir les moyens de réaliser les relevés étant donné la
sable ; sa surface est plane. Ce béton se prolonge sous rapidité d'exécution des travaux. Les diverses descrip-
le mur sud de la tour qui semble élevé sur celui-ci ; il tions présentées ci-après se suivent sans avoir nécessai-
peut s'agir d'un niveau de sol, aménagé à l'intérieur de rement de lien entre elles.
l'espace délimité par le mur de fondation. Une fissure Une première visite du bâtiment, alors que les murs
importante a été observée dans la fondation du mur étaient complètement dégarnis, a permis l'observation
sud de la tour, à  2  m de l'angle ouest, à l'endroit où des vestiges de baies et de décalages dans les murs et
la fondation découverte fait retour sous ce mur. Un les niveaux de sol des étages. Bien que l'ensemble ait
examen général de l'édifice montre qu'une partie de la déjà été très fort remanié au cours du temps, il s'avérait
façade de la tour a légèrement basculé vers l'ouest. Ce évident qu'il s'agissait de plusieurs anciennes maisons
déplacement pourrait trouver une explication dans le rassemblées en une seule rendue uniforme par la
sous-sol dont la densité est irrégulière vu la présence façade placée dans le dernier tiers du 18e  siècle. À
des vestiges d'un édifice plus ancien. l'arrière, l'espace d'une ruelle était parfaitement visible
L'église Saint-Martin, remontant au 16e  siècle, a été dans l'enchevêtrement des bâtiments.
remaniée et agrandie au 18e siècle, avant une restauration Lors d'un creusement profond en sous-œuvre, ont été
en 1926 (Égl. paroiss. St-Martin, 1994, p. 211). La tour mis au jour une vanne, probablement du 19e siècle, et
actuelle, hors œuvre, aurait été installée au 17e siècle. Le un réseau d'évacuation constitué entre autres d'un bac
mur de fondation retrouvé pourrait vraisemblablement en briques liées au mortier gris et aux parois internes
appartenir à l'église primitive du 16e siècle ou bien à un revêtues de céramique blanche avec estampille anglaise
édifice plus ancien encore inconnu. (encore non déterminée). Partiellement sous cette
installation se trouve le cuvelage en briques (liées au
Bibliographie mortier de chaux) d'un puits circulaire dont le diamètre
■■ Égl. paroiss. St-Martin, 1994. Égl. paroiss. St-Martin. In  : interne avoisine 50 cm. Creusé dans le sol en place, il
Province de Hainaut. Arrondissement de Charleroi, Liège (Le est comblé de restes de démolition  ; vu la profondeur
Patrimoine monumental de la Belgique, 20), p. 211-212. atteinte, aucun prélèvement n'a pu être réalisé et il
n'a pas été vidé. Sa partie supérieure de même que sa
hauteur d'origine resteront toujours inconnues.
À la même profondeur que le puits et à l'aplomb
Mons/Mons : rue de Nimy, suivis d'une fondation de cave plus récente, se trouve un
archéologiques au « site Losseau » alignement de briques liées au mortier de chaux,
conservé sur une seule assise longue de 60 cm et posé
directement sur le sol en place. Entre ces deux vestiges
Cécile Ansieau anciens se trouve un remblai mélangé de sol en place et
de fragments de briques rouges et de mortier.
Le Service de l'archéologie de la Direction extérieure En divers endroits, plusieurs caves ont été touchées
du Hainaut 1 (DGO4 / Département du patrimoine) est par la rénovation, dont l'une voûtée en briques du
intervenu dans le cadre de travaux de rénovation d'un 16e siècle (?) a été coupée en deux dans le sens de la
imposant bâtiment situé à la rue de Nimy, nos  39-41, longueur. Ses fondations encore visibles sont peu
jouxtant la maison classée de style Art nouveau (objet profondes et reposent directement sur le sol en place.
d'une restauration simultanée) ayant appartenu Son niveau de circulation est constitué de deux assises
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Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

de briques superposées (soit 16 cm) recouvertes d'une la présence d'une baie dans le pignon de la maison
couche de béton. Les fondations des murs porteurs Losseau, obturée puis divisée en deux par la construc-
descendent 30  cm plus bas que le niveau de sol en tion d'un mur dans le bâtiment qui nous occupe.
place. Les briques sont liées au mortier de chaux de Dans la partie nord du bâtiment à front de rue, le
teinte beige contenant des éléments végétaux. bois de charpente est surtout issu de la récupération et
Entre deux caves situées à l'extérieur de la zone décrite, en mauvais état sanitaire, tandis que du côté sud (côté
le sol en place apparaît quasi dès la surface et jusqu'à maison Losseau) la charpente avec les assemblages
plus de 2 m de profondeur ; cette information revêt une croisés semble d'origine, par contre sa base ouest a été
certaine importance tant les constructions sont denses modifiée par l'agrandissement du bâtiment de ce côté.
en intra-muros, rendant la restitution de la topographie La ville de Mons figure sur plusieurs plans rassem-
originelle bien compliquée. blés pour les campagnes de Louis  XIV  ; ils apportent
Une fois sa voûte percée, une ancienne citerne exté- des renseignements fiables, relatifs aux aménagements
rieure devenue accessible a pu être observée  (long. défensifs et militaires ou encore sur la fonction religieuse
interne 5,80 cm, larg. 3,60 m au bas de la voûte, haut. des parcelles  : église ou présence de congrégations.
2,60 m) : elle est constituée entièrement de briques régu- L'un d'eux daté de 1693, plus détaillé, est généralement
lières (22 × 10 × 5,5 cm) liées au mortier de chaux de utilisé pour apporter l'information recherchée (Recueil
teinte brun-beige contenant des fragments de briques des plans des places du Royaume, 1693) ; l'îlot qui nous
et des charbons de bois de tailles différentes. Elle est occupe est renseigné uniquement comme zone d'habi-
installée dans le sol en place composé de lits de sable tat et ne présente aucun détail particulier. L'enchevê-
et de fines couches d'argile (?). La voûte est constituée trement des murs, des charpentes et leurs orientations
d'une brique de long ou de deux demi-briques. L'enduit variées, le décalage entre les niveaux et la présence de
qui couvre les parois intérieures est un mortier de teinte ruelles plaident en faveur de cette interprétation.
beige, cependant, la couleur de surface est noire partout. Les indices d'agrandissement et de modifications de
L'enlèvement du niveau de sol d'une des pièces située même que du rassemblement de plusieurs modules de
à l'arrière a mis au jour une épaisse fondation (entre 80 base sont nombreux, cependant il aurait fallu procéder à
et 95 cm) dont l'orientation est différente de l'orienta- une étude d'archéologie du bâti plus poussée pour arri-
tion générale des bâtiments. Les parements de la fonda- ver à des conclusions pertinentes sur l'évolution de cet
tion, conservés sur 35-40 cm de haut, sont composés en ensemble.
tuffeau de Ciply avec quelques blocs de grès à la base La procédure de certificat de patrimoine ne
tandis que le blocage contient des briques. Elle est orien- s'appliquait pas à cette imposante bâtisse datée à
tée est/ouest et se trouve très reculée dans la parcelle, l'inventaire uniquement d'après sa façade unifor-
loin du front de rue où aucune trace n'a été perçue. Elle misée au 18e  siècle  ; le Service de l'archéologie
est assisée sur le niveau de sable vert (sol en place) ; tout n'aura pas pu tirer parti de toutes les informations
a été excavé autour d'elle et aucune stratigraphie n'est encore disponibles sur les habitations antérieures
visible dans les parois sous les autres fondations. Au qui la composaient  ; la synthèse finale de toutes les
nord-ouest de cette fondation, une couche organique observations archéologiques et réflexions n'a encore
(de décomposition de bois ?) est observée sur le sable pu aboutir à un plan complet. Toutefois, l'appel tardif
en place ; il est peu probable qu'il s'agisse d'un plancher mais efficace de Madame Daphné  David, architecte
en lien avec cette construction car il se situe plus bas en charge de ce dossier, aura permis de percevoir une
que la fondation ancienne et celle des murs de la pièce fois de plus la quantité de vestiges encore présents
(17e siècle) ; la fondation relevée est recoupée par celles tant dans les sous-sols que dans les élévations et char-
des murs de la pièce qui l'entourent et est donc antérieure pentes des édifices montois. Nous tenons vivement à
(15e-16e siècles ?). Aucun matériel archéologique n'a été la remercier, de même que le Service technique des
mis au jour à cette occasion. Peut-être correspond-elle à bâtiments de la Province de Hainaut dont elle dépend
un mur de soutènement ancien de cette partie haute de pour sa démarche constructive et qui aura permis de
la rue de Nimy ? mettre au jour de nombreux éléments aujourd'hui
Au rez-de-chaussée, le parement intérieur du couloir disparus ou occultés par la rénovation.
(qui correspond au pignon originel de la maison
Losseau) est réalisé en moellons équarris de grès de Sources
facture médiévale, indiquant la présence probable d'une ■■ Recueil des plans des places du Royaume, divisées en provinces,
ruelle à cet endroit. faits en l'an 1693, no  32, plan de Mons (Paris, Bibliothèque
À l'occasion d'une autre visite sur place, alors que la nationale de France, département Cartes et Plans, GE DD-4585
charpente et les étages étaient accessibles, de nombreuses [1, RES]  ; http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b5967727j/f113.
observations ont été réalisées portant par exemple sur item.r=Mons,%201693, consulté le 13 septembre 2016).
125

Toutes périodes Hainaut

Mouscron/Mouscron : château des dimensions atypiques pour le site (24 × 11 × 4,5 cm).
Comtes, suivi du réaménagement de la Le dégagement de la structure a livré quelques indices
basse-cour céramiques évoquant les productions du 17e  siècle.
Bien que le plan et les dimensions de cet élément
rappellent les structures de puits connues sur d'autres
Marceline Denis sites, sa mise en œuvre, légère et incomplète, semble
écarter de facto cette fonction. Une vocation plus
Le château des Comtes a déjà fait par le passé l'objet décorative n'est sans doute pas à exclure.
de nombreuses opérations préventives et de suivis Diverses fosses, massifs de fondation isolés, sections
s'attardant sur le logis et ses remparts (parc. cad.  : de canalisation maçonnées et aménagements de rigoles
Mouscron, 6e Div., Sect. A, nos 572l, 572m et 572h). En recueillant les eaux de ruissellement ont été perçus sur
2015, le projet de réaménagement de la basse-cour fut le flanc ouest de la basse-cour. L'absence de matériel
l'occasion de poursuivre les recherches menées depuis archéologique associé à ces structures empêche toute-
2002. L'intervention archéologique s'est uniquement fois tout essai de datation. Le suivi des décapages a néan-
concentrée sur le suivi des décapages opérés par le moins révélé des fondations plus explicites fermant
soumissionnaire des travaux. l'espace de la basse-cour sur son flanc nord-est. Cette
La basse-cour se développe à l'est du château sur annexe, exclusivement réalisée en briques et mortier
une surface de près de 2 000 m². Elle est encadrée par de chaux, était équipée d'une citerne extérieure. L'ana-
un portail d'entrée, deux ailes de bâtiments agricoles lyse des fondations a révélé plusieurs phases d'agran-
réhabilités, les douves et un large accès menant au dissement de l'édifice ainsi que des modifications de
logis du château. Cette configuration en fait le prolon- ses espaces internes. Des aménagements à fonction
gement naturel de l'espace dévolu au logis comtal. La indéterminée et probablement contemporains des
cour de plan rectangulaire est actuellement libre de précédents ont également été révélés dans l'angle sud-
tout aménagement. Le suivi des travaux de rénovation ouest de la basse-cour. Leur lien avec les édifices à
permettra toutefois de relever de nombreux indices vocation agricole toujours présents sur le site n'a pu
modifiant cette perspective. être établi avec certitude.
L'opération a pu mettre en évidence la nature très
largement remaniée de la terrasse dédiée à la basse- Bibliographie
cour. Le décapage de toute la surface a fait apparaître ■■ Dasseleer S., Dosogne M. & Deramaix I., 2003. Mous-
l'apport successif de substrat anthropique révélant du cron/Mouscron : étude archéologique au château des Comtes,
matériel couvrant une ample fourchette chronologique Chronique de l'Archéologie wallonne, 11, p. 75-77.
comprise entre le 15e et le 19e siècle. Cette observation
n'est pas en contradiction avec les sources historiques
mentionnant explicitement l'existence d'une basse-
cour dès 1431 (Dasseleer, Dosogne & Deramaix, 2003). Quévy/Quévy-le-Grand : fouille d'un
Un fossé de 3,20  m de large fut observé sur une établissement rural
section de 5,50  m sur la moitié est de la basse-cour.
Il est implanté suivant un axe nord-est/sud-ouest
dans les substrats anthropiques constituant le socle Véronique Danese, Olivia De Staercke
de la basse-cour. Son tracé est régulier et sa largeur et Benjamin Van Nieuwenhove
relativement constante. L'environnement immédiat
de ce fossé est fortement marqué par des épisodes de De mi-mai à octobre 2015, une nouvelle saison
réduction et d'oxydation successifs, témoignant d'une de fouille s'est déroulée à Quévy-le-Grand, sur les
présence d'eau discontinue. L'implantation de ce fossé parcelles comprises entre les rues des Sœurs, du Culot
réduit considérablement l'emprise de la basse-cour et de la Fontaine (parc. cad. : Quévy, 2e Div., Sect. C,
telle qu'on la connaît actuellement. Le comblement nos  560C, 562D, 564M, 559G et 558C  ; coord. Lambert  :
supérieur de ce fossé, vraisemblablement lié à la phase 120255  est/116871 nord). Les recherches, comman-
d'abandon de la structure, a révélé la présence de maté- ditées par le Service de l'archéologie de la Direction
riel céramique correspondant à des productions s'éta- extérieure du Hainaut  1 (DGO4  / Département du
lant des 14e-15e siècles au 17e siècle. patrimoine), ont été réalisées par une équipe d'ar-
Face au corps de logis du château, un dispositif chéologues, de techniciens de fouilles et d'opérateurs
circulaire de 2,20  m de diamètre a été identifié au de l'asbl Recherches et Prospections archéologiques
sein de remblais anthropiques. Sa mise en œuvre est (RPA), secondée par des opérateurs du Service de
caractérisée par l'emploi d'un seul rang de briques de l'archéologie.
126

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

le Service de l'archéologie programme une dernière


campagne de fouille sur le second secteur en 2016-2017.
À ce jour, aucune des interventions n'a fait l'objet
d'un travail de post-fouilles. Cette notice n'offre donc
qu'un premier aperçu des résultats des fouilles de 2015
et du potentiel particulièrement riche que recèle le site.
Les plans, dates et interprétations proposés doivent de
ce fait être compris comme des hypothèses de travail,
susceptibles de révisions.

Époque médiévale : les premières traces


d'occupation
Le site de Quévy-le-Grand en cours de fouille. Photomon-
tage dressé sur base de prises de vues réalisées par drone
Parmi les vestiges pouvant être datés, le plus ancien
par P.-M. Warnier (Direction de la géomatique) et retravaillé remonte à la fin du 7e-milieu du 8e siècle. Cette datation
par B. Van Nieuwenhove (RPA). est estimée sur base de l'observation de certains tessons
nettoyés et non sur une étude de tout le mobilier
Rappelons qu'en juin et juillet 2012, une évaluation (commentaire oral de Sylvie de Longueville, Direction
avait été réalisée par cette même asbl. Dès les premières de l'archéologie). Il s'agit d'un petit four de potier de
tranchées, la présence d'un château médiéval et d'un bâti- plan circulaire de 1 m de diamètre, à massif central, dont
ment lié à l'artisanat du métal avait été repérée (respec- le comblement contenait un grand nombre de tessons
tivement sur les zones 2 et 1 de 2012 ; Lecomte, 2014). de céramique. Ces derniers, actuellement en cours
Vu la richesse des résultats, l'évaluation n'avait pas été de nettoyage et de recollage, appartiennent à des pots
poursuivie, mais une première campagne de fouille a été entiers dont certains sont déformés par une cuisson mal
programmée entre les mois de juillet et décembre 2012. menée. Il peut s'agir soit de rebuts provenant de diverses
Les fouilles de 2015 ont eu pour objectif d'investiguer cuissons, soit de la dernière fournée qui suite à un acci-
deux secteurs non fouillés en 2012. Le premier, une dent de chauffe s'est effondrée sur le fond.
bande de 20 m × 100 m le long de la rue du Culot, avait Divers autres vestiges peuvent également être
été évalué mais non fouillé (zone 1 de 2015). Le second attribués au Haut Moyen Âge  : des trous de poteaux
secteur, une bande de 50 m × 100 m le long de la rue des formant des alignements et/ou des plans de bâtiments
Sœurs, n'avait été ni évalué ni fouillé (zone 2 de 2015). en bois sur poteaux dressés ainsi que quelques tron-
Vu leurs étendues respectives, le nombre de structures çons de fossés pour lesquels les données sont trop
mises au jour et la complexité des horizons stratigra- partielles pour proposer une quelconque organisation
phiques concernés, l'étude est demeurée inachevée et spatiale. Ces vestiges illustrent la fixation du premier
habitat documenté dans le centre villa-
geois de Quévy-le-Grand. Cependant,
en l'absence de matériel archéologique
datant, seuls quelques rares liens strati-
graphiques permettent de les associer à
cette phase d'occupation. Pour rappel,
parmi les vestiges découverts en 2012,
une vingtaine de vestiges en creux
remontent aussi à cette période.
D'autres structures mises au jour en
2012 appartiennent à une occupation
médiévale s'étendant du 10e au 15e  siècle.
Certaines sont liées à l'exploitation du
minerai de fer, d'autres au château carré
à tours d'angle circulaires. En 2015, de
nombreuses structures excavées telles que
des silos et des fonds de cabanes ont four-
ni du matériel céramique datant de cette
Quévy-le-Grand : implantation des tranchées d'évaluation de 2012 et des zones même période. Les silos, d'un diamètre
de fouilles de 2015.
variant entre 1,5 à quasi 3  m, sont tous
127

Toutes périodes Hainaut

Les diverses étapes de la fouille du four.

conservés sur plus de 1 m de d'épaisseur et présentent beige clair à jaune pâle. Les moellons sont essentiel-
un comblement multiple. Le fond de cabane le mieux lement en grès quartzites locaux de teinte bordeaux,
préservé mesure 1,90 m sur 1,40 m et 60 cm de hauteur. gris, blanchâtre et brun et plus rarement en calcaire
Il est orienté nord-nord-est/sud-sud-ouest et possède importé ou en silex. La détermination des phases de
un fond plan, des parois verticales, des poteaux d'angle construction n'a donc pu se faire que via l'observa-
et un plancher. Deux terres cuites presque entières tion de l'appareillage et des différentes coutures entre
et datant du 15e  siècle ont été mises au jour dans son les maçonneries.
remblai. Le logis se situe au sud-est et les autres bâtiments
Pour ces diverses époques (7e-15e  siècles), la docu- autour de la cour ont été identifiés comme ayant servi
mentation archéologique n'est encore que partielle. à la stabulation. Le bâtiment 5, l'abreuvoir et les accès
Une part importante de la superficie fouillée en 2015 complètent les éléments du plan.
est encore occupée par des vestiges maçonnés plus
récents, ce qui justifie en partie la saison archéolo- Le bâtiment 1
gique 2016-2017. Celle-ci permettra le démontage des
structures maçonnées en vue d'accéder aux vestiges Au sud-ouest de la cour, il subsiste la fondation d'un des
antérieurs au 16e  siècle et de les étudier. Elle devrait murs gouttereaux du bâtiment  1, orienté est-sud-est/
contribuer à conclure pour ces époques. ouest-nord-ouest. Elle mesure 19,5 m de long sur 60 cm
de large et a été construite en fosse. Seuls le creusement
Des Temps modernes à nos jours : une de la tranchée et parfois une à deux assises de la fonda-
exploitation agricole tion ont été conservés.

Aux époques moderne et contemporaine (16e- La grange


19e siècles) remonte l'essentiel des vestiges mis au jour
en 2015 : une très grande ferme organisée autour d'une Le bâtiment situé au nord-ouest de la cour, orienté
cour trapézoïdale, fermée sur ses quatre côtés par des nord-est/sud-ouest, est une grange construite sur un
bâtiments agricoles, d'habitat et des murs de clôtures. module allongé, qui dans son état initial mesurait
Quatre grands bâtiments et un cinquième de moindre 24,5  m de long sur 10,5  m de large. Les fondations
dimension sont apparus, fortement dérasés : le bâti- des murs gouttereaux ont une épaisseur allant de 70 à
ment  1, la grange, l'étable, le logis et le bâtiment  5. 90 cm et présentent, sur une longueur de quelque 3 m
À l'exception de certains petits espaces, les niveaux à l'extrémité orientale, un important épaississement.
de circulation ont disparu et la quantité relativement Les murs pignons sont épais de 1,20 à 1,30  m, celui
faible de matériaux de construction présents dans les au nord-est étant en outre beaucoup plus profondé-
décombres laisse à penser qu'ils ont dû faire l'objet ment fondé que les autres. Ces détails architecturaux
d'une récupération. Sauf mention contraire aucun peuvent s'expliquer par la déclivité importante du sol
des bâtiments n'a conservé d'élévation ; l'absence des encaissant vers l'est.
seuils et piédroits ne permet pas de déterminer avec En dépit de l'apparente robustesse des murs, une
précision l'emplacement des divers baies et passages. faiblesse du gouttereau nord a été compensée par la
Pour l'ensemble des vestiges et les diverses époques construction de deux contreforts de 80 cm de large et
rencontrées, le mode de construction s'avère extrê- minimum 70 cm de profondeur.
mement stable tant en termes de matériaux que de La grange est subdivisée, dans sa partie nord, en
mise en œuvre. Tous les bâtiments sont édifiés entiè- quatre travées de 5 m de large par des murets garde-
rement ou partiellement en moellons grossièrement grains longs de 4 m et larges de 70 cm. De nombreuses
équarris liés au mortier de chaux, de teinte variant de autres traces d'installations internes ont été repérées :
128

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Postérieurement, un passage charretier


a été construit le long du mur gouttereau
sud. Un mur, de la longueur de la grange et
large de 60 cm, permet un passage de 4 m
de large. Ce dernier devait être couvert
soit par un appentis, soit par le toit de la
grange. Il devait mener à un chemin situé
au nord-est de la ferme. Un mur étroit, en
moellons, a été construit dans le prolon-
gement du mur du passage charretier. Il
a été repéré sur 25 m de long et il conti-
nue au-delà de la zone de fouille. Ce mur
marquait peut-être l'emplacement d'un
chemin d'accès. Le second portail de la
grange devait permettre l'accès au sud-
ouest, à la cour et au chartil.

L'étable

Le bâtiment rectangulaire situé le long


du coté est de la cour, de 16 m de long
et 8  m de large, est interprété comme
étable. Les murs mesurent entre 60 à
70 cm de large. Le niveau de circulation
Plan schématique des principaux vestiges maçonnés datant des 16e-20e siècles.
n'a pas été conservé et le seul aména-
gement interne découvert est une
cloisons en moellons, en briques ou encore en maté- canalisation qui en traverse les murs gouttereaux. Le
riaux périssables. D'après les divers recoupements stra- fond et la couverture de celle-ci sont formés de dalles
tigraphiques, on en déduit que les aménagements sur plates, des moellons constituant les parois latérales.
poteaux sont antérieurs à ceux construits en briques. Ce canal devait permettre l'écoulement des eaux de
La grange est prolongée par une annexe accolée au la cour vers l'est, suivant ainsi la déclivité du terrain.
pignon sud-ouest, constituant certainement un chartil Une seconde canalisation longe à l'extérieur le mur
mesurant 7 m de large sur au minimum 8,5 m de long. pignon nord-ouest, construit en moellons et briques.
La construction de ce dernier est alignée sur le mur
gouttereau nord de la grange, ce qui libère un espace Le logis
entre le chartil et la cour et donc le long du mur pignon
ouest de la grange. L'identification repose notamment Le bâtiment fermant le côté sud-est de la cour est le
sur la présence d'au moins deux grandes baies, repo- logis, dont la partie mise au jour se développe sur
sant sur des piliers, ouvertes sur la cour de la ferme. Ces 27  m de long et 17  m de profondeur. Il se compose
baies ont été bouchées par des maçonneries en briques. de minimum dix pièces rectangulaires et dessine un
Le chartil, dont le niveau de circulation semble être en plan plutôt irrégulier résultant de plusieurs phases de
terre battue, présente des traces de trous de poteau construction. Le noyau primitif de 14 m sur 6,5 m est
et de sablière basse indiquant la présence d'une cloi- un alignement de trois pièces, dont deux cavées. Il s'est
son qui devait diviser l'espace en deux. Une fosse de vu adjoindre au fil du temps au moins sept autres pièces,
travail en béton, de 3,70 m de long sur 1 m de large et dont une seule vers le nord-est et toutes les autres vers
profonde de 80 cm, y a été aménagée récemment ; trois l'ouest et le sud. La très grande quantité de tessons de
marches y donnent un accès aisé. tuiles en terre cuite retrouvée dans le comblement des
La grange appartient certainement au type long à caves ne laisse pas de doute sur le type de couverture
passage latéral. En effet, les installations initiales de celle- de l'habitation. De même, le nombre impressionnant
ci, en moellons, laissaient un espace libre le long du mur de fragments de carreaux en terre cuite et celui, nette-
gouttereau sud, interprété comme un couloir charretier. ment moindre, en pierre bleue nous informent sur les
De plus, la construction du chartil, en retrait de la cour, différents types de revêtements de sols repérés dans le
libère dans le pignon ouest de la grange une largeur suffi- corps de logis. Divers canaux d'évacuation des eaux
sante pour confirmer l'aménagement d'un tel passage. ont été identifiés entre les caves et l'abreuvoir.
129

Toutes périodes Hainaut

La cour centrale et les chemins d'accès au sud-ouest de l'abreuvoir, à l'arrière du logis. Repéré
sur 16 m de long et sur 4 m de large, ce bief conserve
La cour centrale est de plan trapézoïdal mesurant de nombreux vestiges de poteaux et de branchages.
40 m × 33 m × 27 m × 27 m. Deux puits de 1,5 m de L'eau était maintenue dans le réservoir grâce à la vanne
diamètre ont été repérés dans l'angle sud de la cour. aménagée dans le mur nord-est. Le système d'alimen-
Distants de 8 m, ils sont proches du logis et présentent tation et d'évacuation des eaux explique certains détails
un cuvelage maçonné, pour l'un en moellons, pour architecturaux de l'abreuvoir, comme la reconstruc-
l'autre en briques. tion du mur sud-ouest dégradé par la poussée des eaux
Le niveau de circulation de la cour est partiellement ou encore les imposants massifs encadrant la vanne,
empierré, aménagement qui semble avoir été exclusi- destinés à canaliser les eaux sortantes et à renforcer le
vement construit ou alors seulement conservé dans la mur soumis à la pression des eaux.
moitié sud-est. Il n'est pas plan et présente un profil en Le comblement de l'abreuvoir a livré un très grand
légère cuvette. Le long du logis, un espace de 3 à 5 m de nombre de fragments de mobilier  : vaisselle en céra-
large, aménagé avec plus de soin, se caractérise par la mique et verre, couvert en métal, objets en fer, semelles
mise en œuvre soit de briques posées à plat, soit de pavés en cuir, etc.
disposés sur des surfaces quadrangulaires de gros blocs
équarris. La zone nord-nord-est possède également un Le bâtiment 5
sol particulièrement bien soigné. Elle marque le passage
entre la cour à proprement parler et le portail principal Au sud-ouest du logis, au-delà du bief, se localise le
de la ferme. Établi entre la grange et l'étable, celui-ci y bâtiment  5, constitué de trois pièces et d'une petite
forme un angle tronqué ; il présente un seuil constitué annexe. Le volume principal quadrangulaire de 6 m de
de grandes dalles taillées. De là, un chemin pavé de 3 côté est flanqué de deux petites pièces, dont une semi-
à 4 m de large, observé sur 20 m de long, s'éloigne de enterrée. L'une mesure 4,3 m sur 2,3 m et l'autre 3,3 m
la ferme en direction du nord-nord-est. Ce chemin a sur 2,6 m. Cet ensemble est construit en moellons et le
été partiellement aménagé sur le dérasement du mur revêtement de sol conservé dans l'une des petites pièces
en moellons qui prolongeait le passage charretier. Dans est constitué de briques posées à plat. Ces dernières
l'angle est-sud-est de la cour, un autre passage ouvert sur sont couvertes d'une couche de charbon de bois dont
1,5 m de large donne accès à un second chemin empierré la présence pourrait indiquer une fonction de cave à
se dirigeant vers le sud-est. Formé d'un pas d'âne large charbon. Cependant, l'emplacement dans le bief, soit
de 3 m et long de 13 m, il mène à un abreuvoir creusé dans une zone très humide, n'y serait pas favorable.
en contrebas des bâtiments du logis ; ses trois premiers Au nord-est du volume principal, une très petite
mètres ne sont pas conservés. La dernière marche est annexe a été construite en briques, matériau qui la
caractérisée par un empierrement assez fruste, contras- distingue des trois autres pièces. De 3,3 m sur 1,6 m,
tant avec le pavage soigné du reste du chemin. Ce détail elle est orientée nord-ouest/sud-est et présente un
semble indiquer que cette marche était sous eau et donc petit aménagement interne peu solide en briques, base
que son revêtement de sol était non visible. probable d'un petit établi.

L'abreuvoir Les fosses d'enfouissement d'animaux

Deux murs parallèles sont positionnés de part De très nombreuses fosses d'enfouissement pour
et d'autre des deux pas d'ânes inférieurs. À leurs animaux ont été creusées tout autour des bâtiments
extrémités sud-est, les murs s'écartent l'un de l'autre évoqués. D'époques diverses et de dimensions très
en deux courbes opposées et s'ouvrent sur un espace variables, elles contiennent des squelettes soit partiels
quasi ovoïde de 10 m sur 6,5 m, orienté nord-est/ soit entiers, souvent en connexion, de chevaux, brebis
sud-ouest, formant l'abreuvoir. Le mur nord-est de ou chèvres et de chiens. L'une d'elles sort du lot : elle
cet espace se compose de deux segments courbes dont mesure 3 m sur 11 m et contient de nombreux sque-
les têtes élargies en de puissants massifs maçonnés lettes en connexion mêlés à de la chaux. Cet enfouisse-
encadrent une baie de 50 cm de large, fermée par une ment collectif est sûrement le résultat d'une épidémie
vanne en bois. Au sud-est et au sud-ouest, les murs ayant ravagé le cheptel.
mesurent 40 cm de large. Le second, long de 4 m, est
percé en son centre d'une baie de 46 cm de large. L'état Bilan et perspectives
de ce mur semble résulter d'un réaménagement. Le
sol de l'abreuvoir consiste en un empierrement assez Actuellement, l'équipe archéologique ne dispose que de
grossier. L'amenée d'eau se fait grâce à un bief, situé peu d'informations historiques sur Quévy-le-Grand,
130

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Bibliographie
■■ Lecomte A., 2014. Quévy/Quévy-le-Grand : un site médié-
val à la rue du Culot, château et activité artisanale. Campagne
de fouilles 2012, Chronique de l'Archéologie wallonne, 21,
p. 102-105.

Sources
■■ Atlas cadastral de Belgique publié par P.-C. Popp (1842-1879),
plan parcellaire de Quévy-le-Grand.
■■ Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens (1771-1778) de
Joseph-Johann-Franz Comte de Ferraris, Havay, pl. 55B.

Saint-Ghislain/Baudour : sondages
Quévy-le-Grand : photogrammétrie de l'une des fosses
préalables à l'extension du temple
contenant le squelette d'un jeune cheval. protestant de Douvrain

si ce n'est la carte de Ferraris (1771-1778) et le plan Hélène Collet, Philippe Lavachery,


cadastral de Popp (1842-1879). Tous deux montrent, Jean-Philippe Collin, Anne Hauzeur,
en bordure de la rue des Sœurs, un complexe de bâti- Michel Woodbury, Lyse Unger,
ments organisés en carré, s'étirant du coin de la rue au Carolina Cabrero et Amandyne Rosart
petit cours d'eau qui traverse le terrain. D'après la carte
de Ferraris, le reste des parcelles concernées par l'in- Introduction
tervention archéologique de 2015 ont été aménagées
en potagers encadrés de haies, à la fin du 18e  siècle. Une intervention archéologique a été conduite du 5
Les vestiges maçonnés découverts lors des fouilles de au 8  octobre 2015 par le Service public de Wallonie
2015 correspondent assez bien à ceux visibles sur le en collaboration avec la Société de Recherche préhis-
plan Popp. Les cinq bâtiments et leurs annexes, la cour torique en Hainaut préalablement à l'extension du
centrale et le portail y sont bien visibles, mais aucune temple protestant, situé à l'angle de la rue du Temple et
des cartes n'indique l'existence de l'abreuvoir et des de la rue des Juifs (parc. cad.  : Saint-Ghislain, 2e  Div.,
deux chemins. Par contre, toutes deux montrent la Baudour, Sect.  B, nos  874r et 873h  ; coord. Lambert  :
présence d'un bâtiment dans l'angle nord-ouest de la 112833 est/129283 nord). Cette opération a été rendue
zone de fouille, qui n'a pu être sondé en 2015. En effet, possible grâce à la conclusion d'un protocole d'accord
une maison y est encore en élévation et étant donné entre le Service de l'archéologie de la Direction exté-
son état de dégradation avancé, il avait été décidé pour rieure du Hainaut  1 (DGO4  / Département du patri-
des questions de sécurité de ne pas travailler dans son moine), l'asbl Les Amis de l'Église protestante de
voisinage. Baudour, propriétaire des parcelles et maître d'ouvrage,
Ces quelques mois de fouilles, répartis sur les et Michel Gras, maître d'œuvre du projet. La réalisation
années 2012 et 2015, ont permis la découverte d'un de sondages sur une emprise de 2 800 m² était motivée
établissement rural d'une grande ancienneté et par le potentiel archéologique des deux parcelles. En
caractérisé par une longue occupation. Son origine effet, diverses haches taillées et à l'état d'ébauche ont été
remonte au moins à l'époque médiévale et perdure recueillies durant la première moitié du 20e siècle dans ce
jusqu'aux époques modernes. Cependant, les vestiges secteur par, entre autres, Clovis Piérard, Jean Houzeau
étant très nombreux et répartis sur une vaste éten- de  Lehaie et André  Delwarte. Elles sont conservées
due, il serait nécessaire de continuer la fouille de dans différents musées dont l'ancien musée du Cente-
certains secteurs explorés en 2015. Rares en effet sont naire à Mons et l'Institut royal des Sciences naturelles
les occasions d'appréhender une surface si vaste, au de Belgique. Leur examen a révélé la présence d'assez
cœur d'un noyau villageois et sur un site présentant nombreux artefacts en silex de type Ghlin (Leblois,
une telle continuité d'occupation. Le site de Quévy 2000 ; Collin, à paraître). Jean Houzeau de Lehaie décrit
pourrait s'avérer être un exemple de référence pour la présence d'une couche de déchets de taille livrant des
la compréhension de la dynamique rurale ancienne, ébauches d'outils et d'armes sous une couche de 50 à
encore trop peu documentée. 75 cm de sable en différents points situés aux alentours
131

Toutes périodes Hainaut

de l'église et du temple protestant. Il conclut à la présence atelier de taille) n'a été mise au jour. Les silex taillés
d'ateliers de taille du silex néolithiques comparables à et non taillés présents sur la totalité de la parcelle ont
ceux du « Camp-à-Cayaux » de Spiennes. Fin 1922, des été recueillis dans la couche de colluvions, au contact
sondages menés à l'arrêt du tram à Douvrain-Temple des sables immédiatement sous-jacents et dans les
livrent des artefacts en silex, tantôt épars tantôt plus structures archéologiques postérieures au Néoli-
concentrés, sur toute l'épaisseur des sables soit 1,2  m thique. L'assemblage est donc en position secondaire
à 1,5  m. Ceux-ci reposent directement sur le Crétacé et ne peut être considéré comme totalement homo-
(Houzeau  de Lehaie, 1922-1923). Entre 1936 et 1939, gène. Le sondage profond creusé jusqu'à 2,5  m de
des sondages ne dépassant pas 1,5  m de profondeur, profondeur n'a pas permis d'atteindre le Crétacé et
réalisés dans des jardins avoisinant le temple protestant n'a pas montré de banc de silex en place. Il a révélé
et le long de la rue Louis Caty, ont livré des ébauches de un substrat sableux extrêmement instable peu propice
hache et des outils sur éclat (Lefrancq, 1973). Des pros- au creusement de structures profondes. Les matières
pections pédestres réalisées en 2011 ont fourni quelques premières présentes sur le site comprennent par ordre
indices supplémentaires. Au cours de celles-ci, des d'importance du silex de type Ghlin, caractérisé par
déchets de taille, dont d'assez nombreux exemplaires un support en forme de plaquette, un cortex usé, une
en silex de type Ghlin, ont été collectés dans une prairie matrice grise à gris foncé mate présentant un litage et
située face au cimetière entre les rues du Temple, Louis des vermiculures caractéristiques, résultat de bioturba-
Caty et Pasteur Grégoire. Deux ébauches de hache en tions (156  pièces), des silex remaniés dans les sables
silex de type Ghlin ont été ramassées dans les déblais de thanétiens (37  pièces) et du silex turonien, au cortex
la construction d'une maison située au no 40 de la rue scoriacé et à la matrice foncée chargée de spicules
du Temple. d'éponges (37  pièces). Quelques artefacts en silex de
Ces découvertes successives laissaient donc espérer Villerot ou Obourg, à la matrice noire, fine et extrême-
la présence d'ateliers de taille et d'éventuelles structures ment homogène, sont identifiables. Par contre, aucune
d'extraction du silex en liaison avec ce type de vestiges. pièce en silex de type Spiennes n'a été identifiée. Il
La forte proportion de silex de type Ghlin renforçait s'agit pourtant d'une matière largement utilisée et
l'intérêt archéologique de cette intervention. En effet, diffusée dès le Néolithique moyen, au niveau régional
jusqu'à aujourd'hui on ne connaît pas la provenance mais également en dehors du Bassin de Mons (Bostyn
exacte de cette matière première utilisée abondam- & Collet, 2011). Près de 60 % des silex rencontrés sont
ment à partir du Néolithique ancien. taillés. Ce pourcentage varie fortement en fonction
de la matière première. Ainsi si la majorité des silex
L'intervention turoniens et la plupart des silex thanétiens sont bruts,

Quatre tranchées de sondage couvrant


l'ensemble de l'emprise ont été réalisées.
Leur orientation a été déterminée par des
contraintes d'accès au terrain et d'étroi-
tesse des parcelles. Leur profondeur était
limitée à 60  cm. La fouille à hauteur
des plots pouvait quant à elle atteindre
1,3  m de profondeur. Un sondage
profond réalisé en dehors de la zone
constructible a également été réalisé à la
pelle mécanique. Dix-huit structures ont
été repérées, relevées et photographiées
avant rebouchage. La totalité du silex
rencontré lors du creusement des
tranchées, qu'il soit taillé ou non, a été
collecté.

Résultats de l'intervention

Aucune structure archéologique attri-


buable au Néolithique et à la production
Baudour : plan des structures reconnues dans les tranchées de sondage.
d'outils en silex (puits d'extraction et
132

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Baudour : vue en plan du chemin à hauteur de la tranchée T1.

à l'inverse la majorité des silex de type Ghlin (environ du site (ST01, ST07, ST11, ST12, ST13, ST14, ST21 et
75 %) sont taillés. Les exemplaires non taillés en silex ST22). Les autres sont antérieures à cette couche de
de type Ghlin sont des fragments de plaquettes dont colluvions (ST02, ST04, ST06, ST09, ST15, ST16, ST17,
quelques-unes présentent un cortex verdi, mais sans ST18, ST19 et ST24). Parmi celles-ci, seul le fossé ST19
développement d'une zone sous-corticale brun orangé a livré quelques fragments de céramique datant des 17e
typique des silex thanétiens. La présence de fragments et 18e  siècles (identification par Cécile  Ansieau). Les
non taillés en silex de type Ghlin renforce l'hypothèse éléments céramiques hors structures découverts sur la
d'une origine locale pour ce matériau, même si l'em- parcelle sont datables des périodes s'échelonnant du
placement des affleurements reste à découvrir. Typolo- 16e au 18e siècle (identification par Cécile Ansieau et
giquement, un unique outil, un perçoir, a été collecté. Marceline Denis). La fosse ST18 a livré des moellons
Le reste des artefacts relève d'activités de taille et de de silex liés par du mortier. Il est à noter que la matière
débitage. La plupart des éclats et nucléus illustrent première est de type Ghlin et corrobore une probable
un débitage sur plaquettes avec production d'éclats origine locale de ce matériau.
et d'éclats laminaires. Quelques pièces diagnostiques
indiquent la production de pièces bifaciales (ébauches Bibliographie
et éclats de façonnage) ainsi que le débitage de lames ■■ Bostyn F. & Collet H., 2011. Diffusion du silex de Spiennes
(nucléus à lames, tablette d'avivage et lames). Alors et du silex Bartonien du Bassin parisien dans le Nord de la
que la production bifaciale daterait a priori au plus France et en Belgique de la fin du 5e  millénaire au début du
tôt du Néolithique moyen, la production laminaire 4e  millénaire BC  : une première approche. In  : Bostyn  F.,
pourrait, quant à elle, remonter au Néolithique ancien Martial  E. & Praud  I. (dir.), Le Néolithique du Nord de la
sous réserve d'une étude technologique plus poussée France dans son contexte européen : habitat et économie aux 4e et
3e millénaires avant notre ère. Actes du 29e colloque interrégional
du mobilier.
sur le Néolithique. Villeneuve-d'Ascq, 2-3 octobre 2009, Amiens
Dix-huit structures archéologiques postérieures au
(Revue archéologique de Picardie, n° spécial 28), p. 331-347.
Néolithique ont été identifiées. Il s'agit d'un chemin, de
■■ Collin J.-P., à paraître. Mining for a week or for centuries:
deux fossés et de fosses détritiques. Le chemin (ST09,
variable aims of flint extraction sites in the Mons Basin within
ST20, ST23 et ST24) large de 4 m présente une succes- the lithic economy of the Neolithic (Province of Hainaut,
sion d'ornières. Il est parallèle à la voirie actuelle de Belgium), Journal of Lithic Studies.
la rue du Temple et pourrait correspondre à l'Ancien ■■ Houzeau de Lehaie J., 1922-1923. Note préliminaire sur
Grand Chemin d'Hautrage qui doublait le Grand les ateliers de l'industrie néolithique spiennienne à Baudour
Chemin de Mons à Condé (Leblois, 1997). À l'excep- (Douvrain), Bulletin des Naturalistes de Mons et du Borinage, 5,
tion de la ST19, les structures n'ont pas livré d'élé- p. 20-23.
ments permettant de les dater. Stratigraphiquement,
plusieurs sont récentes. Elles sont postérieures à la
couche de colluvions présente sur la majeure partie
133

Toutes périodes Hainaut

■■ Leblois É., 1997. Témoins de la Préhistoire et de la Période


tions a été menée le 9 mars 2015, lors de l'enlèvement
gallo-romaine à Baudour. Bilan de 150  années de découvertes
archéologiques. Catalogue de l'exposition organisée à Baudour du de cette construction par le propriétaire.
13 au 17 septembre 1997, Saint-Ghislain, 38 p.
■■ Leblois É., 2000. Bilan de cent cinquante années de décou-
Le contexte historique
vertes archéologiques à Baudour. Première partie  : fouilles,
découvertes fortuites et prospections, Annales du Cercle La place Reine Astrid est de création relativement
d'Histoire et d'Archéologie de Saint-Ghislain et de la Région, 8, récente puisqu'elle a été réalisée en 1822. Elle s'appelait
p. 127-242. alors place du Parc car elle bordait le parc commu-
■■ Lefrancq M., 1973. Douvrain – Exploitation de silex. In  : nal. Elle a été agrandie considérablement en 1837
Archéologie de la Région de Mons. Le bassin de la Haine de avec le percement de la rue d'Espinoy. Les bâtisses
la Préhistoire au Mérovingien. Catalogue d'exposition, 1er au construites à cette époque sont de style néo-classique
30 septembre 1973, Mons, Maison de la Culture, p. 58-59. et sont l'œuvre des architectes B. Renard, A. Decraene
et Allard-Pecquereau. Au nord-ouest se trouve la salle
des concerts dessinée par B. Renard en 1822 (Bozière,
1864, p. 176 ; Pl. Reine Astrid, 1978). De ce côté s'éle-
Tournai/Tournai : sondages vaient jadis la halle des Consaux, ancien hôtel de ville,
archéologiques à l'arrière de l'ancien et la tour des Six qui servait de dépôt aux archives
communales (Bozière, 1864, p. 299). La première a été
garage Delune, place Reine Astrid
bâtie vers 1234-1237 et fut démolie en 1818 (Bozière,
1864, p. 299 et 303). Selon A.-F.-J. Bozière, la tour des
Isabelle Deramaix Six serait plus ancienne et aurait déjà été détruite lors
du sac de la ville par les Normands. Reconstruite à
Deux interventions archéologiques ont été menées plusieurs reprises, elle s'appuierait sur une tour appar-
par le Service de l'archéologie de la Direction exté- tenant à ce qu'il appelle la « seconde enceinte » de la ville
rieure du Hainaut 1 (DGO4 / Département du patri- (Bozière, 1864, p. 307-308), fortification qui depuis a
moine) sur le site de l'ancien garage Delune (parc. été reconsidérée comme la première enceinte commu-
cad.  :  Tournai, 1re  Div., Sect.  G, no  496e2  ; coord. nale, érigée entre 1187 et 1202 (Deramaix, Dury &
Lambert  : 80569  est/144219  nord), l'une en 2014, Sartieaux, 2002 ; Dury & Nazet, 1983, p. 223-238). Un
l'autre en 2015. Elles avaient le même objectif : repérer sondage effectué en 1943, au coin de la rue Garnier et
le tracé de la première enceinte communale au sein de de la place Reine Astrid, semble confirmer la présence
la parcelle afin que le bureau d'architecture puisse inté- de ce rempart sous les fondations de la tour des Six
grer au mieux ces vestiges dans le futur projet d'amé- (Amand, 1986, p. 171).
nagement. L'ancien établissement comprenait des Le passage de la première enceinte communale dans
bureaux et show-room en façade et un vaste hangar à ce quartier est bien illustré sur les plans anciens de la
l'arrière. C'est au sein de cet entrepôt qu'ont été réalisés ville connus aux 16e et 17e siècles (J. de Deventer, vers
les sondages, après démontage par le propriétaire de 1550  : Atlas des villes, 1884-1924  ; Le  Poivre, 1585-
la charpente métallique qui présentait des risques en 1622  ; G.  Bodenehr, 17e  siècle  : Thomas & Nazet,
termes de sécurité et santé. 1995, p.  88-89, 90-91, 146-147  ; Blaeu, 1574, réédité
Une longue tranchée de 1,60 m de large a été réalisée par Braun & Hogenberg en 1649, collection privée
sur quasi toute la longueur du site. Son extrémité nord- M.-A.  Jacques). Sur ces archives, le tracé du rempart
ouest se situe au niveau de caves anciennes déjà décou- aboutit à l'extrémité sud-est de la halle des Consaux,
vertes sur le site par les propriétaires et appartenant forme un angle à cet endroit pour longer ce bâtiment
à des demeures connues du 19e siècle. Sa profondeur au sud et se poursuit en ligne droite dans la parcelle qui
moyenne varie entre 1,20 m et 1,50 m. Ce sondage a été nous concerne. Sur ce tronçon, il est jalonné de tours
interrompu sur environ 3,50 m suite au passage d'une et bordé d'un fossé parfois inondé. Il ceinture une zone
conduite d'évacuation d'eau. Un décapage plus large peu bâtie où figure une chapelle : la chapelle Saint-Éloi,
a été effectué dans le secteur où des murs semblaient aujourd'hui partiellement conservée dans l'emprise du
correspondre aux vestiges recherchés. Un sondage site étudié. D'origine carolingienne cet édifice a été
profond au sud-est des murs F 006 et F 008 a permis reconstruit une première fois au 13e siècle puis en 1725
d'atteindre la base de ces maçonneries. Ces premiers (Bozière, 1864, p. 182 ; Jacques & Stocman, 2013).
travaux ont été effectués du 28 au 31 juillet 2014. Sur le plan en relief de 1701 (Vercauteren, 1965), la
La zone de décapage était contigüe à une fosse liée à première enceinte communale semble ne plus figu-
l'activité du garage. Les murs mis au jour se dirigeant rer et aucun bâtiment n'est installé sur la parcelle qui
sous cet aménagement, une seconde phase d'investiga- nous occupe hormis la chapelle. Les plans postérieurs
134

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

Tournai, place Reine Astrid : plan général des vestiges (infographie P.-P. Sartieaux, Serv. archéologie, Dir. ext. Hainaut 1).
135

Toutes périodes Hainaut

(Grand Atlas, 2009, carte 21B ; plan de Tournai en 1863 0,85 m de large et est conservé en fondation sur 1 m de
dans Bozière, 1864, pl.  I) n'offrent pas de précisions haut. Il est percé d'un caniveau dont la couverture et le
sur la nature de l'occupation de la parcelle. Il s'agit sol sont formés de grandes dalles en pierre de Tournai.
souvent d'un pâté de couleur qui laisse supposer qu'elle Ce caniveau se poursuit vers le sud-est où il plonge à
est entièrement bâtie. Par contre sur les cadastres du 45° vers un faux-puits qui n'a pu être dégagé suite au
19e siècle (plan de P.-C. Popp, notamment), la moitié passage en oblique de l'égout encore en usage. Il est
méridionale est exempte de constructions, l'autre est encadré à cet endroit de dalles en pierre irrégulières et
clairement occupée par des édifices dont l'accès se fait non cimentées. Ses parois sont réalisées en brique.
via la rue Saint-Martin. Parmi ceux-ci figure l'hôtel de Entre les murs F  001 et F  003 se trouve une vaste
Saint-Génois réalisé pour Nicolas-François de Saint- fosse quadrangulaire (F  005) de 3  m de long sur au
Génois par le père de l'architecte B.  Renard. Cette moins 1,50 m de large. Recoupée dans la tranchée, elle
maison de maître a été rachetée en 1839 par le baron de a juste été repérée, mais pas fouillée. Elle s'enfonce à
Rasse, bourgmestre et sénateur (Bozière, 1864, p. 182). plus de 1 m de profondeur. Son remplissage est prin-
Selon Soil  de  Moriamé (1895, p.  43), la construction cipalement constitué de limons gris-brun panachés de
remonterait au 17e siècle avec façade et avant-cour de boulettes jaunes qui dessinent un remplissage concen-
style Louis XVI. Vendu en 1947, cet immeuble dispa- trique.
raît avant 1951 au profit entre autres du garage Delune Un troisième mur (F 006) a été mis au jour au sud-
(Benoît Dochy, communication personnelle). est du mur F 001. Il se situe à 7,50 m de ce dernier. Sur
le profil nord-est de la tranchée (profil 2), on observe
Les résultats des interventions que ce mur s'installe au nord-ouest contre des strates
(US  024 à US  027) offrant un pendage de 45° nord-
Dans la tranchée réalisée en 2014 s'observe au nord- ouest/sud-est. De plus, il est en fondation de ce côté et
ouest une cave dont subsistent les départs de la voûte est doté d'un parement soigné à l'opposé. Ces observa-
en brique (US 007) et la paroi sud-est (US 006). Cette tions laissent à penser que ce mur retient des terres en
dernière, en brique (25  × 11,5  × 5 cm), s'appuie sur bordure d'un fossé. De plus le remplissage collé contre
un mur en fondation (F  003) constitué de moellons le parement soigné correspond assez bien aux rejets de
et rares briques liés par un mortier à base de chaux. destruction du mur lors de son abandon (US 022).
Large de 0,50  m, celui-ci est doté au sud-est d'une Le mur F  006 est arasé à 1,20  m de profondeur. À
excroissance arrondie. Sa base n'a pas été atteinte à ce niveau, il ne mesure que 0,50 m de large. Il offre un
1,30  m de profondeur. À 9  m de ce mur se situe un léger fruit du côté parementé. Il est suivi sur 4,50 m de
second disposé parallèlement et exclusivement réalisé long et s'interrompt au sud-ouest sans retour perpen-
en pierre (moellons bruts et équarris) cimentée par un diculaire. Il est réalisé en calcaire de Tournai cimenté
mortier blanchâtre à base de chaux (F 001). Il mesure par un mortier crème à base de chaux. L'appareil,

Profil 2 (infographie P.-P. Sartieaux, Serv. archéologie, Dir. ext. Hainaut 1).


136

Chronique de l'Archéologie wallonne Toutes périodes

de gabarit moyen, est réglé au sud-est. De ce côté, il d'un parement supplémentaire qui renforce le rempart
présente deux ressauts successifs de 0,20 m d'épaisseur sur sa face externe (Amand, 1986 ; Deramaix, Dury &
et d'une trentaine de centimètres de haut constitués Sartieaux, 2002). Cela sous-entend dès lors que le mur
d'assises irrégulières de moellons de petit gabarit déli- primitif a aujourd'hui disparu et que sa base était plus
mités à l'extrémité sud-ouest par un bloc équarri. haute puisqu'elle n'est pas perceptible dans le profil 2.
L'extrémité du mur F  006 est perturbée par le Ce qui est cohérent par rapport aux observations réali-
passage de buses en grès. Cette perturbation ne permet sées sur le site des Douze  Césars. À nouveau, à cette
pas d'appréhender le lien précis qu'il entretient avec le hypothèse s'oppose la faible largeur de la maçonnerie
mur F  008 qui débute à cet endroit. Ce dernier mur du mur F  006, puisque les dimensions relevées pour
est conservé sur près de 1 m de haut avant d'être arasé ces aménagements atteignent au moins 0,80 m. Enfin,
quasi à sa base sous la fosse de garage. Il présente dans il est aussi difficile de comprendre l'interruption du
sa partie supérieure quelques assises qui semblent mur à cet endroit.
parementées en appareil irrégulier du côté sud-est, Les autres murs (F  008, F  009, F  013 et F  014)
alors qu'il est surtout en fondation. Il tend à s'évaser témoignent clairement de constructions domes-
vers la base, de ce fait, il mesure 0,60 m à son point le tiques et non plus défensives. Peu d'indices matériels
plus haut d'arasement et 0,80  m à son niveau le plus permettent actuellement de les dater. Ils sont antérieurs
bas. Il est réalisé principalement en pierre calcaire de au 19e  siècle car ils ne figurent pas sur les premiers
Tournai associée à quelques briques liées par mortier cadastres réalisés à cette période. Ils pourraient être
beige à base de chaux. postérieurs au 17e siècle, car, avant cette date, les plans
À 9,65  m de son extrémité nord-est, le mur F  008 anciens de la ville montrent toujours la première
est chaîné avec un autre, perpendiculaire, de même enceinte communale bordée de son fossé. Néanmoins,
constitution et arasé au même niveau (F 009). Celui-ci cette supposition doit être toute relative, car les fouilles
s'appuie contre le mur F 012, situé à la limite d'emprise menées à l'ancien hôpital Saint-Georges ont mis en
de la fouille. Ce dernier semble en fondation, consti- évidence le manque de fiabilité de ces documents en
tué de pierres liées par un mortier blanchâtre à base ce qui concerne la représentation de cette fortification
de chaux. (Deramaix, 2013).
Contre le mur F  009, et dans l'axe du mur F  008,
s'installe le mur F 014. Il est réalisé en pierre calcaire
de Tournai associée à de rares briques cimentées par
un mortier beige à base de chaux. Il mesure entre 0,55
et 0,60  m de large. Il semble servir d'appui au mur
F 013. Ce dernier est réalisé principalement en brique
(24  × 11,5  × 5,5  cm) avec de gros blocs équarris. Il
dispose d'une baie de 0,60  m de large, délimitée par
deux piédroits en brique encadrant un seuil en pierre
calcaire (US 043). La face sud-est de ce mur est renfor-
cée par un parement en brique (24 × 11,5 × 5,5 cm) de
la largeur d'une brique (US 045 et US 046). Ces aména-
gements sont à la limite d'emprise de la propriété et
Tournai, place Reine Astrid : vue générale des fouilles.
sont perturbés par les fondations du mur qui clôt la
parcelle.
Conclusion
Interprétations générales
Les sondages réalisés à l'arrière de l'ancien garage Delune
Les murs F  001 et F  003 appartiennent à l'hôtel de à Tournai n'ont pas livré de vestiges concrets pouvant
Saint-Génois identifiable sur les cadastres du 19e siècle. être attribués à la première enceinte communale. Tout
La position stratigraphique du mur F 006 et sa face au plus le mur F 006 pourrait être un réaménagement
parementée semblent indiquer qu'il limite le fossé sur le tracé de celle-ci vu son parement soigné qui borde
périphérique à l'enceinte. Toutefois, sa faible épaisseur vraisemblablement l'ancien fossé défensif.
pose question et ne semble pas correspondre à un mur Les autres vestiges mis au jour conduisent à davan-
de courtine. En effet, les vestiges connus de la première tage de questions sur la pérennité de cette fortification
enceinte livrent à leur base des largeurs comprises dans ce quartier au cours des siècles qui ont suivi son
entre 1,20 m et 1,50 m. Il pourrait s'agir, comme sur abandon. Les limites de la fouille actuelle ne permettent
les sites du Marché au Jambon et des Douze  Césars, pas d'aller plus loin dans les interprétations.
137

Toutes périodes Hainaut

Ces premières interventions archéologiques devront ■■ Le Poivre P., 1585-1622. Recueil de plans de villes et de
être suivies d'une fouille préventive sur l'ensemble du châteaux, de fortifications et de batailles, de cartes topographiques
site lors de la demande de permis d'urbanisme, ce qui et géographiques, se rapportant aux règnes de Charles-Quint, de
permettra peut-être de mieux comprendre les vestiges Philippe II et d'Albert et Isabelle, s.l., pl. 46 (Description du siege
de la ville de Tournay, 1582).
déjà exhumés.
Avec la collaboration de Benoît Dochy

Bibliographie
■■ Amand M., 1986. Les enceintes médiévales de Tournai  :
documents inédits. In : Autour de la ville en Hainaut. Mélanges
d'archéologie et d'histoire urbaines offerts à Jean  Dugnoille et à
René Sansen à l'occasion du 75e anniversaire du C.R.H.A.A.,
Ath (Études et Documents du Cercle royal d'Histoire et d'Ar-
chéologie d'Ath et de la Région et musées athois, VII), p. 161-174.
■■ Atlas des villes, 1884-1924. Atlas des villes de la Belgique au
xvie siècle. Plans du géographe Jacques de Deventer exécutés sur
les ordres de Charles-Quint et de Philippe II, reproduction fac-
similé exécutée à l'Institut national de Géographie, Bruxelles.
■■ Bozière A.-F.-J., 1864 [1976]. Tournai ancien et moderne,
Bruxelles (réimpression anastatique).
■■ Deramaix I., 2013. Tournai/Tournai : fouilles préventives sur
le site de l'ancien hôpital Saint-Georges, Chronique de l'Archéo-
logie wallonne, 20, p. 130-132.
■■ Deramaix I., Dury C. & Sartieaux P., 2002. Fouilles
préventives à l'îlot des Douze Césars à Tournai. Un nouveau
regard sur la première enceinte communale. In  : Sixième
Congrès de l'Association des cercles francophones d'Histoire et
d'Archéologie de Belgique et LIIIe  Congrès de la Fédération des
cercles d'Archéologie et d'Histoire de Belgique. Congrès de Mons.
25, 26 et 27 août 2000. Actes. II, Mons, p. 131-141.
■■ Dury C. & Nazet J., 1983. Tournai. In  : Les enceintes
urbaines en Hainaut, Bruxelles, Crédit communal de Belgique,
p. 223-254.
■■ Grand Atlas, 2009. Le grand atlas de Ferraris. Le premier atlas
de la Belgique. 1777. Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens et
de la Principauté de Liège, Bruxelles.
■■ Jacques M.-A. & Stocman R., 2013. Deux chapelles jumelles
de haute antiquité à la rue Saint-Martin  : Saint-Éloi et Saint-
Pierre, Bulletin Pasquier Grenier, 114, p. 3-8.
■■ Pl. Reine Astrid, 1978. Pl. Reine Astrid. In  : Province de
Hainaut. Arrondissement de Tournai (T-W). Arrondissement de
Mouscron, tome 2 (A-T), Liège (Le Patrimoine monumental de
la Belgique, 62), p. 735-736.
■■ Soil de Moriamé E.-J., 1895. Tournai archéologique en 1895,
Tournai, Casterman.
■■ Thomas F. & Nazet J. (dir.), 1995. Tournai. Une ville, un fleuve
(xvie-xviie siècle), Bruxelles, Crédit communal de Belgique.
■■ Vercauteren F., 1965. Plans en relief de villes belges levés
par des ingénieurs militaires français, xviie-xixe siècle. Tournai,
Bruxelles, Pro Civitate (Collection Histoire, série in- 4o, 1).

Sources
■■ Atlas cadastral de Belgique publié par P.-C. Popp (1842-1879),
développement de la ville de Tournay (intra muros).
Liège

Herstal/Milmort  : cave gallo-romaine (photo S.  de  Bernardy de  Sigoyer, Serv. archéologie,
Dir. ext. Liège 1).
139

Juprelle Hermalle-sous-Argenteau
Oupeye
Milmort
Herstal Welkenraedt
Rocourt
Jupille- Soumagne
sur-Meuse
Ayeneux
Mons-lez-Liège
Olne Verviers
Soiron
Pepinster
Villers-le-Bouillet
Amay Esneux
Theux
Huy

Vierset-Barse
Anthisnes