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R. W.

EMERSON

La Conduite
de la Vie

Traduction de M. DUGARD

3* Édition

1912

Tous droits réservés.


• ... Je n'ai jamais vu de vous auparavant des
éclairs de pensée comme on en trouve ici. La
conclusion, ces « Illusions • tombant sur nous
comme des tourbillons de neige, mais où vous
montrez à nouveau « les dieux assis fermement
sur leurs trônes • pendant la tourmente — quel
Fiai lux dans les profondeurs d'une philosophie
que le vulgaire n'a pas, et dont à peine trois
hommes vivants ont rêvé! •
(Lettre de Carlyle à Emerson après la publi-
cation de la Conduite de la Vie.)
LA DESTINÉE

I.IL CONDUITS Di LA VIS. I


LA DESTINÉE

Des symboles légers, flottant dans les nuages,


Au Barde solitaire offraient leurs témoignages,
Et des oiseaux, venus en messagers des cieux,
Lui disaient en leurs chants des bruits mystérieux,
Pour avertir son âme, ainsi que fait l'augure.
Le poète suit donc la route droite et sûre
Quand, dédaignant les mots du scribe et des courriers,
ll se fle aux écrits plus largement tracés
En sa pensée intime où déjà, dès l'aurore,
Passe l'ombre des soirs que le couchant colore.
Car le pressentiment des Voyants est lié
Au fait qu'à leur esprit le songe a dévoilé.
Le rêve du futur, et la force infinie
Qui fait notre avenir sont le même Génie.

Le hasard voulut qu'un hiver, il y a un petit nombre


d'années, l'attention de nos villes se tournât vers le
discussion de la philosophie du Siècle. Par une coïn-
cidence étrange, quatre ou cinq hommes éminents
firent chacun aux citoyens de Boston ou de New-York
un discours sur l'Esprit du Temps présent. Et il
arriva que le sujet eut aussi le premier rang dans
quelques brochures et journaux remarquables publiés
à Londres à la même époque. Pour moi cependant, la
question du temps présent se ramène à la question
pratique de la conduite de la vie. Comment dois-je
4 LA CONDUITE DE LA VIE

vivre? Nous manquons de compétence pour résoudre


les problèmes du siècle. Notre géométrie ne peut
mesurer les vastes orbites des idées prédominantes,
discerner leur retour et concilier leurs oppositions.
Nous ne pouvons qu'obéir à notre propre polarité.
C'est une belle chose pour nous de spéculer et choisir
notre voie, si nous sommes contraints d'accepter des
ordres irrésistibles!
Dès le premier pas pour atteindre l'objet de nos
désirs, nous nous heurtons à des bornes immuables.
Nous sommes enflammés de l'espoir de réformer les
hommes. Après maintes expériences, nous décou-
vrons qu'il faut commencer plus tôt — à l'école.
Mais les garçons et les filles ne sont pas dociles; on
n'en peut rien faire. Nous déclarons qu'ils ne sont
point de bonne souche. Il faut commencer la
réforme encore plus tôt — à la race : c'est dire qu'il
y a un Destin, et que le monde est régi par des lois.
Mais s'il est des injonctions irrésistibles, ces
injonctions s'expliquent elles-mêmes. S'il nous faut
accepter le Destin, nous n'en sommes pas moins
contraints d'affirmer la liberté, l'importance de l'in-
dividu, la grandeur du devoir, la puissance du carac-
tère. Ceci est vrai, et cela est vrai également. Mais
notre géométrie ne peut mesurer la distance de ces
points extrêmes, et les unir. Que faire? En obéissant
franchement à chaque idée, en pinçant ou, si vous
voulez, en frappant chaque corde de la harpe, nous
apprenons sa puissance. En obéissant de même à
nos autres pensées nous apprenons la leur, et pou-
vons avoir l'espoir raisonnable de les harmoniser.
Bien que nous ne sachions pas comment, nous
sommes sûrs que la nécessité se concilie avec la
LA DESTINÉE 5

liberté, l'individu avec le monde, notre polarité


avec l'esprit du temps présent. L'énigme de l'époque
a pour chacun une solution particulière. Si l'on veut
étudier son propre siècle, la méthode doit consister à
prendre tour à tour chacune des questions domi-
nantes qui font partie de notre conception de la vie
humaine et, en exposant fermement au sujet de l'une
tout ce qui s'accorde avec l'expérience et en rendant
la même justice aux faits opposés qui se trouvent dans
les autres, les vraies limites se manifesteront. Tout
ce qui est trop accentué d'un côté se corrigera, et
l'on arrivera à l'équilibre.
Mais exposons honnêtement les faits. Notre Amé-
rique est malheureusement réputée pour son carac-
tère superficiel. Les grands hommes, les grands
peuples n'ont point été vantards ni bouffons, mais ils
ont perçu le tragique de la vie, et se sont virilisés pour
l'affronter. Le Spartiate, incarnant la religion dans
la patrie, meurt sans hésitation devant sa majesté.
Le Turc, qui croit que son destin a été écrit sur une
feuille de fer au moment où il est entré dans le
monde, se précipite de plein gré sur le sabre ennemi.
Le Turc, l'Arabe, le Persan, acceptent le sort prédé-
terminé.
Il est deux jours où rien ne sert de fuir la tombe,
L'un est le jour fatal, l'autre, le non fixé;
Le premier, nul docteur n'empéche qu'on succombe,
Le second, l'Univers ne peut vous écraser.

Sous la roue, l'Hindou se montre également ferme.


Nos Calvinistes de la dernière génération avaient
quelque chose de cette même dignité. Ils sentaient
que la force de gravité de l'Univers les maintenait
à leur place. Que pouvaient-ils faire? Les sages
6 LA CONDUITE DE LA VIE

sentent qu'il y a quelque chose qu'on ne peut écarter


par des mots ou des votes — une courroie ou ceinture
qui enserre le monde.
La Destinée, ou force universelle
Qui fait sortir des choses d'ici-bas
Tout ce qu'a vu la Prescience éternelle,
A tant d'empire et mène tant les pas,
Qu'eût-on dit non, juré le sort contraire,
Les faits viendront, et parfois en un jour
Vu rarement, même en un millénaire.
Car en ce monde, instinct, désir, amour,
Nous entratuant h la paix ou la guerre,
Tout est réglé par la vision d'en haut.
(CRAUCER, Le conte du Chevalier.)

La Tragédie grecque exprimait la même pensée :


« Tout ce qui a été décidé arrivera. La volonté
infinie et supérieure de Jupiter ne peut pas être
transgressée. »
Les sauvages s'attachent au dieu local d'une tribu
ou d'une ville. Le large enseignement moral de
Jésus a été promptement rétréci en une théologie de
village, qui prêche un salut fondé sur le favoritisme.
Et, de temps en temps, un pasteur bienveillant,
comme Yung S Lining ou Robert Hutington, croit en
une Providence banquière qui chaque fois que le
juste a besoin d'un dîner envoie quelqu'un frapper à
sa porte et laisser un demi-dollar. Mais la Nature
n'a rien de sentimental — elle ne nous choie pas, ne
nous dorlote pas. Il faut reconnattre qu'elle est
sombre, dure, et ne regarde pas à noyer un homme
ou une femme, mais engloutit votre navire comme
un grain de poussière. Le froid, sans considération
pour les gens, vous pique le sang, engourdit vos
pieds, et vous gèle un homme comme une pomme.
Les maladies, les éléments, la fortune, la force de
LA DESTINÉE 7
gravité, la foudre, ne respectent pas les personnes.
Les voies de la Providence sont quelque peu rudes.
Les moeurs du serpent, de l'araignée, le coup de
dent du tigre et des autres carnassiers sanguinaires
ou animaux de proie, le craquement des os de la vic-
time serrée dans le replis de l'anaconda' — tout cela
fait partie du système, et nos moeurs ressemblent
aux leurs. Vous venez d'achever votre dîner; mais si
scrupuleusement que l'abattoir soit caché à une
agréable distance de quelques kilomètres, il faut
bien reconnaître qu'il y a ici complicité — des races
dispendieuses — des races vivant aux dépens des
autres. Notre planète est exposée aux chocs des
comètes, aux influences perturbatrices des autres
astres, aux craquements des volcans et des tremble-
ments de terre, aux changements des climats, à la
précession des équinoxes. Les rivières se dessèchent
par l'éclaircissement des forêts. La mer change de
lit. Des villes et des pays s'y engloutissent. A Lis-
bonne, un tremblement de terre a tué les hommes
comme des mouches. A Naples, il y a trois ans,
dix mille personnes ont été écrasées en quelques
minutes. Le scorbut en mer, le climat meurtrier
dans l'ouest de l'Afrique, à Cayenne, à Panama, à la
Nouvelle-Orléans, supprime les hommes comme un
massacre. Nos prairies de l'Ouest tremblent sous la
fièvre. Le choléra, la petite vérole, se sont montrés
aussi homicides pour quelques tribus que le froid
aux grillons qui, ayant rempli l'été de leur bruit, sont
réduits au silence en une nuit par un abaissement de
la température. Sans découvrir ce qui ne nous
I. Grand serpent de l'Amérique du Sud, de la famille des boss.
N. du T.)
8 LA CONDUITE DE LA VIE

regarde pas, sans compter combien d'espèces de


parasites s'attachent au bombyx, sans nous aventurer
dans la recherche des parasites intestinaux, des infu-
soires dévorants, ou les obscurités de la génération
alternée — les formes du requin, le labrus, la
mâchoire du loup de mer tapissée de dents broyantes,
les armes des épaulards et autres guerriers cachés
dans l'Océan, sont des indications de la férocité
qui est au sein de la nature. La Providence va à ses
fins par une voie sauvage, rude, impénétrable, et il
est inutile d'essayer de purifier ses instruments variés
et immenses, ou d'habiller cette terrible bienfaitrice
du linge propre et de la cravate blanche de l'étudiant
en théologie.
Direz-vous que les désastres qui menacent l'huma-
nité sont exceptionnels, et que pas n'est besoin de
compter journellement avec les cataclysmes? Oui,
mais ce qui se produit une fois peut se reproduire
encore, et aussi longtemps que nous ne pouvons
parer les coups, nous devons les craindre.
Mais ces secousses et ces désastres sont moins
destructeurs que la puissance cachée d'autres lois
qui agissent sur nous quotidiennement. Un rapport
de fins à moyens, voilà la destinée — l'organisme
exerçant sa tyrannie sur le caractère. Le jardin zoo-
logique, collection des formes et des forces de l'épine
dorsale, est un livre du Destin : le bec de l'oiseau, le
crâne du serpent, détermine tyranniqur–vent ses
limites. Il en est de môme de la gradation ...tes races,
des tempéraments, du sexe, du climat, de la réaction
des talents canalisant la force vitale en certaines
directions. Chaque esprit se fait sa maison, mais
ensuite la maison emprisonne l'esprit.
LA DESTINÉE 9
Les grandes lignes de ce Fatum sont visibles, même
aux bornés; le cocher de fiacre est jusqu'à un cer-
tain point un phrénologue : il examine votre figure
pour voir s'il peut être sûr de son shilling. Un front
proéminent dénote une chose, et un large abdomen
une autre; un regard louche, un nez camus, des
cheveux embroussaillés, la couleur de l'épiderme,
trahissent le caractère. Les gens semblent engainés
dans leur solide organisme. Demandez à Spurzheim,
demandez aux médecins, demandez à Quetelet, si le
tempérament ne décide de rien, ou s'il est quelque
chose dont il ne décide pas? Lisez dans un livre de
médecine la description des quatre tempéraments, et
vous croirez lire vos propres pensées que vous n'aviez
pas encore dites. Trouvez le rôle que jouent les yeux
noirs et les yeux bleus dans une société. Comment
un homme pourrait-il échapper à ses ancêtres ou
retirer de ses veines la goutte de sang noir extraite
de la substance de son père ou de sa mère? Il semble
souvent que dans une famille toutes les qualités des
parents soient réparties entre plusieurs — quelque
qualité dominante se retrouvant dans chaque fils ou
fille de la maison — et quelquefois le tempérament
intact, l'élixir grossier et sans mélange, le vice de la
famille, est réservé à un seul, et les autres en sont
délivrés en proportion. Nous voyons de temps à
autre un changement d'expression chez notre com-
pagnon, et nous disons que son père ou sa mère, ou
quelque parent éloigné, apparaît dans ses yeux. A
différentes heures, l'homme représente tour à tour
plusieurs de ses ancêtres, comme si sept ou huit des
siens étaient enveloppés dans la peau de chaque indi-
vidu -- sept ou huit ancêtres au moins — qui forment
10 LA CONDUITE DE LA VIE

la variété des sons dans ce nouveau morceau de


musique qu'est la vie de chacun de nous. Au coin
de la rue, vous lisez les possibilités de chaque pas-
sant dans son angle facial, dans la complexion, dans
la profondeur de ses yeux. Sa parenté le détermine.
Les hommes sont ce que leurs mères les font. Vous
pourriez aussi bien demander à un métier qui tisse
de la toile ouvrée pourquoi il ne fait pas de cache-
mire, qu'attendre de la poésie de cet ingénieur ou une
découverte chimique de ce manoeuvre. Demandez
au terrassier dans la tranchée de vous expliquer les
lois de Newton : de père en fils, depuis trente ans,
l'excès de travail et la pauvreté sordide ont com-
primé les organes délicats de son cerveau. Quand
chacun sort du sein de sa mère, la porte des dons se
ferme derrière lui. Qu'il tienne à ses mains et à ses
pieds, il n'en a qu'une paire. De même, il n'a qu'un
avenir, et celui-ci est déjà prédéterminé dans les
lobes de son cerveau, écrit sur sa petite figure bouffie
aux yeux d'animal, et dans sa forme trapue. Tous
les privilèges et toutes les législations du monde ne
pourront jamais s'interposer ou l'aider à devenir un
poète ou un prince.
Jésus a dit : « En la regardant, il a déjà commis
l'adultère ». Mais avant même d'avoir regardé la
femme, il est adultère par l'excès d'animalité et le
manque de pensées de sa constitution. Qui les ren-
contre dans la rue voit qu'ils sont mûrs pour être
victimes l'un de l'autre.
Chez certains hommes, les fonctions digestives et
sexuelles absorbent le pouvoir vital, et plus celles-ci
sont fortes, plus l'individu est faible. Plus il périt de
ces frelons, mieux cela vaut pour la ruche. Si, plus
LA DESTINÉE

tard, ils donnent naissance à quelque individu supé-


rieur ayant assez de force pour ajouter une nouvelle
aspiration à cet être animal, et des moyens complets
pour la réaliser, on oubliera avec joie tous les
ancélres. Beaucoup d'hommes et de femmes sont
simplement un couple de plus. De temps en temps,
une petite cellule ou chambre nouvelle s'ouvre dans le
cerveau de l'un d'eux — une certaine disposition pour
l'architecture, la musique ou la philologie, quelque
goût ou talent isolé pour la botanique, la chimie, les
pigments, les contes, une main faite pour le dessin,
le pied pour la danse, une constitution athlétique
pour les grands voyages, etc., — aptitude qui ne
modifie aucunement le rang de l'être dans l'échelle
de la nature, mais sert à passer le temps, la vie sen-
suelle continuant comme auparavant. A la fin, ces
suggestions et tendances se fixent en un individu, ou
une succession d'individus. Chacun absorbe assez
d'aliments et de force pour devenir un nouveau
centre. Le talent nouveau aspire si rapidement
l'énergie vitale, qu'il n'en reste pas assez pour les
fonctions animales, à peine assez pour la santé; de
sorte que si un génie semblable apparaît à la seconde
génération, la santé est visiblement détériorée, et la
force génératrice affaiblie.
Les gens naissent avec des dispositions morales ou
des dispositions matérielles — des frères utérins ont
des destinées divergentes, et j'imagine qu'avec des
microscopes puissants M. Frauenhofer ou le Car-
penter arriveraient à distinguer dans l'embryon, dès
le quatrième jour, si celui-ci sera whig et celui-là
anti-esclavagiste.
C'est par un poétique effort pour soulever cette
12 LA CONDUITE DE LA VIE

montagne du Destin, pour concilier cette influence


despotique de la race avec la liberté, que les Hindous
ont été amenés à dire : « Le Destin n'est pas autre
chose que les actions accomplies en une existence
antérieure ». Je trouve un rapprochement entre les
extrêmes de la spéculation orientale et occidentale
dans ces paroles hardies de Schelling : « II y a en
chaque homme un certain sentiment d'avoir été ce
qu'il est de toute éternité, et nullement d'être devenu
tel avec le temps ». Pour le dire en termes moins
sublimes — l'histoire de l'individu contient toujours
une explication de sa condition, et il sent qu'il est lui-
même pour quelque chose dans sa situation présente.
Une grande partie de la politique relève de la phy-
siologie. De temps en temps, un homme riche adopte
dans les beaux jours de sa jeunesse le principe de la
plus grande liberté. En Angleterre, il se trouve tou-
jours un homme riche et ayant de nombreuses rela-
tions qui, durant toutes les années de sa force,
s'attache aux idées de progrès, mais qui, dès qu'il
commence à s'affaiblir, arrête sa marche en avant,
rappelle ses troupes, et devient conservateur. Tous les
gens conservateurs le sont devenus par leurs défauts
personnels. Leur position ou la nature les a effé-
minés, le sensualisme de leurs parents les a fait nattre
estropiés et aveugles, et, comme les invalides, ils ne
peuvent agir que pour se défendre. Mais les natures
fortes, les hommes des bois, les géants du New-
Hampshire, les Napoléon, les Burke, les Brougham.
les Webster, les Kossuth, sont inévitablement des
patriotes, jusqu'à ce que leur vie ait son reflux et que
leurs défauts et leur goutte, leur paralysie et leur
or, les pervertissent.
LA DESTINÉE !3

L'idée la plus forte, dans les majorités et les na-


tions, s'incarne dans les plus sains et les plus fermes.
L'élection est probablement déterminée par le poids,
et si dans une ville on pouvait peser la capacité du
corps d'une centaine de membres du parti conserva-
teur et du parti démocratique sur la balance Dear-
born, quand ils passent devant les plateaux à foin, on
pourrait dire d'avance avec certitude quel est le
parti qui l'emportera. En somme, mettre les conseil-
lers municipaux, ou le maire, ou l'alderman' sur cette
balance serait peut-être bien le moyen le plus rapide
de décider de l'élection.
En matière scientifique, nous avons deux choses à
considérer : le pouvoir et les circonstances. Tout ce
que nous trouvons dans l'oeuf, après chaque décou-
verte successive, c'est une autre cellule; et si après
cinq cents ans vous avez un meilleur observateur, ou
un meilleur microscope, dans la dernière cellule ob-
servée, il en découvrira une autre. Dans les tissus
végétaux et animaux, il en est exactement de même,
et tout ce que produit le pouvoir ou spasme primitif,
c'est encore des cellules et des cellules. Oui — mais
la Circonstance tyrannique ! Une cellule en des con-
ditions nouvelles, une cellule placée dans les ténèbres,
est devenue un animal, pensait Oken, et à la lumière,
une plante. Dans l'ancêtre, il se produit des change-
ments qui aboutissent à dégager de cette cellule
inaltérée des ressources miraculeuses, et elle se trans-
forme en poisson, oiseau ou quadrupède, tête et pied,
oeil et griffe. La Circonstance, c'est la Nature. La
Nature, c'est ce que vous pouvez faire. 11 y a beaucoup

I. Conseiller municipal 8 vie. (N. du T.)


LA CONDUITE DE LA VIE

de choses que vous ne pouvez pas. Nous avons deux


choses — la circonstance et la vie. Jadis nous croyions
que la force positive était tout. Maintenant nous
apprenons que la force négative, ou circonstance, y
entre pour moitié. La Nature est la circonstance
tyrannique, le crâne épais, le serpent engainé, la
mâchoire puissante comme le roc, l'action nécessitée,
la direction violente, les conditions d'une machine,
comme la locomotive, efficace sur ses rails, mais qui
hors d'eux ne peut que faire des dégâts, ou comme
les patins qui sont des ailes sur la glace, mais des
chaînes sur la terre ferme.
Le livre de la Nature est le livre du Destin. Elle
en tourne les pages gigantesques — feuille après
feuille — sans jamais revenir à une seule. Elle pose
une feuille, une couche de granit; puis un million de
siècles s'écoulent, et elle dépose un lit d'ardoise;
après un millier de siècles, un lit de marne et de
limon; les végétaux apparaissent, puis les premiers
animaux informes, zoophytes, trilobites, poissons,
ensuite les sauriens — moules grossiers où elle ne fait
qu'enfermer sa future statue, cachant sous ces mons-
tres massifs le type supérieur de son roi à venir. La
surface de la planète se refroidit, se dessèche, les
races se développent, et l'homme naît. Mais quand
une race a vécu jusqu'à son terme, elle ne revient plus.
La population du globe est une population condi-
tionnelle; ce n'est pas la meilleure, mais c'est la meil-
leure qui puisse vivre actuellement; et l'échelle des
tribus, la constance avec laquelle la victoire s'attache
à l'une et la défaite à l'autre, sont aussi uniformes
que la superposition des couches géologiques. Nous
savons dans l'histoire de quel poids pèse la race.
LA DESTINÉE 15
Nous voyons les Anglais, les Français, les Allemands
s'établir sur les rivages et les marchés de l'Amérique
et de l'Australie et y monopoliser le commerce. Nous
aimons les habitudes de vie fiévreuse et victorieuse
de notre groupe de la famille. Nous suivons les pas
du Juif, de l'Indien, du Nègre. Nous voyons combien
d'efforts ont été dépensés en vain pour éteindre la race
juive. Lisez les conclusions désagréables de Knox
dans ses Fragments des Races — auteur hasardé et
peu satisfaisant, mais rempli de vérités piquantes et
inoubliables : « La Nature respecte les races pures,
et non les races hybrides ». « Chaque race a son
propre habitat. » « Détachez une colonie de la race,
et elle se détériorera au point de retourner à l'état
sauvage. » Voyez les ombres du tableau. Des millions
d'Allemands et d'Irlandais participent, comme les
nègres, à la destinée de l'engrais. Ils sont transportés à
travers l'Atlantique,charriés par toute l'Amérique pour
fossoyer les champs et peiner, afin que le blé soit à
bas prix, et ensuite pour être enterrés prématurément
afin de faire une place d'herbe verte dans la prairie
Un autre faisceau de ces chaînes de diamant, c'est
la nouvelle science de la statistique. Il est de fait — si
la base de la population est assez large — que les évé-
nements les plus extraordinaires et les plus acciden-
tels deviennent un objet de calcul fixe. On ne pour-
rait s'aventurer à prédire quand un capitaine comme
Bonaparte, une cantatrice comme Jenny Lind, ou un
navigateur comme Bowditch, pourront naître à. Bos-
ton ; mais avec une population de vingt ou de deux
cent millions d'âmes, on peut arriver à des prédic-
tions approximatives
I. Chaque phénomène se rapportant à l'espèce humaine.
16 LA CONDUITE DE LA VIE

C'est chose frivole de fixer pédantesquement la date


des inventions particulières. Toutes ont été inventées
et réinventées cinquante fois. L'homme est le méca-
nisme supérieur duquel tous ces expédients tirés de
lui-même ne sont que des modèles en miniature. En
chaque occurrence, il s'aide lui-même en copiant
ou répétant sa propre structure dans la mesure
nécessaire. Il est difficile de découvrir le véritable
Zoroastre ou le véritable Manou, plus difficile encore
de découvrir le Tubalcaïn, le Vulcain, le Cadmus, le
Copernic, le Fust ou le Fulton, l'inventeur incontes-
table. ll y en a des vingtaines et des centaines.
n L'air est rempli d'hommes. » Cette sorte de talent,
cette faculté de construire des mécanismes est aussi
répandue que si elle était liée à l'activité chimique,
que si l'air qu'on respire était fait de Vaucansons,
de Franklins et de Watts.
Dans chaque million d'hommes, il y aura indubita-
blement un astronome, un mathématicien, un poète
comique, un mystique. Nul ne peut lire l'histoire de
l'astronomie sans s'apercevoir que Copernic, Newton,
Laplace, ne sont pas des hommes nouveaux, ou une
nouvelle espèce d'hommes, mais que Thalès, Anaxi-
mène, Hipparque, Empédocle, Aristarque, Pythagore,
OEnipode, les avaient annoncés : chacun avait la
pensée également tendue vers la géométrie, apte à la
même logique et aux mêmes calculs rigoureux, un
esprit parallèle aux mouvements du monde. Le mille

considérée comme un tout, appartient à l'ordre des faits physi-


ques. Plus le nombre des individus est grand, plus l'individu
disparatt, laissant la prédominance à une série de faits généraux
qui dépendent des causes par lesquelles la société existe et se
maintient. » (Quetelat.
— Note d'Emerson.)
LA DESTINÉE f7

romain reposait probablement sur la mesure d'un


degré du méridien. Les Mahométans et les Chinois
savent ce que nous savons de l'année bissextile, du
calendrier grégorien, et de la précession des équi-
noxes, Dans chaque baril de « cowries » apportées
à New-Bedford, il y en aura une orangia; de même
dans une douzaine de millions de Malais et de Maho-
métans. il y aura un ou deux crans d'astronome.
Dans une grande ville, les choses les plus acci-
dentelles, les choses dont la beauté réside dans le
caractère fortuit, sont produites aussi ponctuelle-
ment et régulièrement que le petit pain du boulanger
pour le déjeuner du matin. Le Punch donne exacte-
ment une bonne caricature par semaine, et les jour-
naux arrivent à publier tous les jours une nouvelle
intéressante.
Et les lois de la répression s'exercent de même,
ainsi que les pénalités qui suivent la violation des
règles. La famine, le typhus, la gelée, la guerre, le
suicide et les races stériles doivent être regardés
comme des éléments calculables du système du
monde.
Ce sont là les cailloux de la montagne, quelques
suggestions des bornes qui murent notre vie et qui,
dans ce que nous appelons les événements fortuits et
accidentels, montrent une sorte de régularité méca-
nique pareille à celle d'un métier à tisser ou d'un
moulin.
La force avec laquelle nous résistons à ce tor-
rent de tendances parait si ridiculement inadéquate
qu'elle ne dépasse guère la portée d'une critique ou

I. Coquilles marines. (N. du T.)


LÀ CONDU116 DE LA YIE. 2
18 LA CONDUITE DE LA VIE

d'une protestation faite par une minorité d'une seule


personne sous la pression de plusieurs millions
d'autres. Il me semble voir, au fort d'une tempête, des
hommes tombés par-dessus bord se débattant dans
les vagues, et emportés çà et là. Ils se jettent un
regard d'intelligence, mais ils peuvent bien peu pour
les uns et pour les autres; c'est beaucoup si chacun
réussit lui-même à se maintenir à flot. Ils peuvent
disposer de leur coup d'oeil et tout le reste, c'est le
Destin.
Nous ne pouvons traiter à la légère cette réalité,
cette floraison surgissant de la substance du monde,
dans nos jardins cultivés. Aucune peinture de la
vie ne peut être véridique si elle n'admet ces faits
haïssables. La puissance de l'homme est circonscrite
par une nécessité que, par mainte expérience, il
touche de toutes parts, jusqu'à ce qu'il en apprenne
l'étendue.
Le principe qui pénètre la nature entière, et que
nous appelons ordinairement le Destin, nous appa-
raît comme une limite. Tout ce qui nous limite, nous
l'appelons le Destin. Si nous sommes brutaux et
barbares, le Destin prend une forme brutale et ter-
rible. A mesure que nous nous affinons, nos obstacles
deviennent plus délicats. Si nous nous élevons à la
culture spirituelle, l'antagonisme prend une forme
spirituelle. Dans les fables hindoues, Vishnou suit
Maya à travers toutes ses métamorphoses ascen-
dantes, depuis l'insecte et l'écrevisse jusqu'à l'élé-
phant; quelque forme qu'elle prenne, il prend la
forme masculine correspondante, jusqu'à ce qu'elle
devienne enfin femme et déesse, et lui homme et
dieu. Les limites s'affinent à mesure que l'âme se
LA DESTINÉE 9
purifie, mais le cercle de la nécessité est toujours au
sommet.
Lorsque les dieux de la mythologie scandinave se
virent impuissants à attacher le loup Fenris avec des
chaînes d'acier ou à le maintenir sous le poids des
montagnes — il brisait les unes et repoussait les
autres du talon — ils lui mirent au pied une corde
souple, plus douce que la soie ou la toile d'araignée,
et cette corde l'immobilisa : plus il tirait, plus elle se
resserrait. Le cercle du Destin a la même douceur et
la même force. Ni l'eau-de-vie, ni le nectar, ni l'éther
sulfurique, ni le feu de l'enfer, ni le fluide éthéré
qui circule dans les veines des dieux, ni la poésie, ni
le génie, ne peuvent débarrasser de ce lien subtil.
Car, si nous lui donnons le sens élevé où l'employaient
les poètes, la pensée elle-même n'est pas au-dessus du
Destin : elle aussi doit agir selon les lois éternelles,
et tout ce qui en elle est opiniâtreté et fantaisie est
en opposition avec son principe fondamental.
Et en dernier lieu, bien au-dessus de la pensée,
dans le monde moral, le Destin apparaît comme un
vengeur, nivelant les grands, élevant les petits,
ordonnant à l'homme d'être juste, et frappant tou-
jours tôt ou tard quand justice n'est pas faite. Ce qui
est utile durera, ce qui est nuisible disparaîtra.
« L'agent doit souffrir, » disaient les Grecs : « Vous
voudriez apaiser une Divinité qui ne saurait être
apaisée ». « Dieu lui-même ne peut pas faire de bien
au méchant, » disait la triade gaélique. « Dieu peut
consentir, mais seulement pour un temps, » disait le
Barde espagnol. La limite est infranchissable à toute
intuition humaine. Dans ses dernières et suprêmes
ascensions, l'intuition elle-même et la liberté du
20 LA CONDUITE DE LA VIE

vouloir deviennent ses organes dociles. Mais nous ne


devons pas nous jeter en des généralisations trop
vastes, mais montrer les bornes naturelles ou distinc-
tions essentielles, et essayer de rendre également
justice à d'autres éléments.
Ainsi nous pouvons suivre la Fatalité dans la
matière, l'esprit, les moeurs, la race, les retards des
stratifications, comme dans la pensée et le caractère.
Ce ne sont partout que bornes et limitations. Mais la
Fatalité a son maître, la limitation, ses limites; elle
a un aspect différent selon qu'on la voit ou d'en
haut ou d'en bas, du dedans ou du dehors. Car si le
Destin est immense, la force, qui est l'autre réalité
dans le dualisme du monde, l'est également. Si la
Fatalité suit et limite la force, la force accompagne
la Fatalité et s'y oppose. Nous devons respecter la
Fatalité en tant qu'histoire naturelle, mais il existe
quelque chose de plus que l'histoire naturelle. Car
qui est ce critique qui scrute la matière? L'homme
n'est pas un simple organisme, une collection de
viscères, un abdomen et des membres reliés en un
tout, une sorte de paquet ignoble, mais un être pro-
digieux d'antagonisme, traînant ensemble en lui les
deux pôles de l'Univers. Le crâne épais, la cervelle
petite, sentant encore le poisson, le quadrumane —
quadrupède mal déguisé, à peine transformé en
bipède — il trahit ses rapports avec ce qui est au-
dessous de lui, et a payé ses facultés nouvelles de la
perte de quelques-unes des anciennes. Mais l'éclair
qui fait jaillir les astres et les façonne, qui fait les
planètes et les soleils, est en lui. D'un côté les élé-
ments, le sable et le granit, les chaînes de rochers,
les tourbières, les forêts, la mer et te rivage ; de
LA DESTINÉE 21
l'autre la pensée, l'esprit qui compose et décompose
la nature — ils sont là côte à côte, le dieu et le
démon, l'esprit et la matière, le roi et le conspira-
teur, la pression et la résistance, allant paisiblement
dans les yeux et le cerveau de tout homme.
Il ne peut fermer les yeux à la liberté. S'il est
permis de risquer la contradiction — je dirai que la
liberté est. nécessaire. S'il vous plaît de vous tenir du
côté de la Fatalité et de dire : La Fatalité est tout,
alors nous dirons : Une part de la Fatalité, c'est la
liberté même de l'homme. Sans cesse l'impulsion
du choix et de l'action jaillit de l'âme. L'intelligence
annule la Fatalité. Dans la mesure où l'homme
pense, il est libre. Et quoique rien ne soit plus
répugnant que d'entendre chanter la liberté par des
esclaves, comme le sont la plupart des hommes, de
voir ce qu'on confond impertinemment avec la liberté
dans tel préambule de journal pareil à une « Déclara-
tion d'Indépendance », ou réclamer le droit de voter
par ceux qui n'ont jamais osé penser ou agir, il est
bon pour l'homme de ne pas se tourner vers la
Fatalité, mais d'un autre côté : cet autre côté est le
côté pratique. La manière correcte de traiter ces
faits, c'est de s'en servir et de les dominer, non do
ramper devant eux. « Ne regarde pas la Nature, car
son nom est fatal, » disait l'oracle. La trop longue
contemplation de ces limites produit la petitesse.
Ceux qui parlent trop du Destin, de leur étoile, etc.,
sont à un niveau inférieur et dangereux, et invitent
les maux qu'ils redoutent.
J'ai dit des races instinctives et héroïques qu'elles
croyaient fièrement au Destin. Elles travaillent avec
lui; une résignation aimable accompagne les événe-
22 LA CONDUITE DE LA VIE

ments. Mais la théorie fait une impression différente


quand elle est présentée par les faibles et les pares-
seux. Ce sont les êtres faibles et vicieux qui re-
jettent le blâme sur la Fatalité. Le rôle légitime de la
Fatalité est d'élever notre conduite à la hauteur de
la nature. Les éléments sont rudes et invincibles,
excepté par eux-mêmes. Qu'il en soit ainsi de
l'homme. Qu'il se défasse de ses imaginations creuses,
et montre sa supériorité par des manières et des
actes à la hauteur de la nature. Qu'il s'attache à ses
desseins avec une force pareille à celle de la gravita-
tion. Aucune puissance, aucune persuasion, aucune
séduction ne les lui fera abandonner. L'homme
devrait pouvoir supporter avantageusement, la com-
paraison avec une rivière, un chêne, ou une mon-
tagne. Il ne devrait pas avoir moins d'harmonie,
d'expansion qu'eux, et devrait avoir leur résistance.
La meilleure utilité du Destin est de nous ensei-
gner un courage fatal. Affrontez le feu en mer, ou le
choléra dans la maison de votre ami, ou les voleurs
dans la vôtre, ou n'importe quel danger sur le chemin
du devoir, vous sachant gardé par l'ange de la des-
tinée. Si vous croyez à la Fatalité pour votre mal,
croyez-y au moins pour votre bien.
Car si la Fatalité a tant de force, l'homme est aussi
une part de la Fatalité, et peut opposer le sort au sort.
Si l'Univers a des accidents violents, nos atomes sont
aussi violents dans leur résistance. Nous serions
écrasés par l'atmosphère, n'était la réaction de l'air
dans notre corps. Un tube fait d'une pellicule de
verre peut résister à la pression de l'océan, s'il est
plein de la même eau. S'il y a toute-puissance dans
le coup, il y a aussi toute-puissance dans la réaction.
LA DESTINÉE 23
I. - Mais opposer le Destin au Destin, ce n'est
que parer le coup et se défendre : il y a, aussi, les
nobles forces créatrices. La révélation de la Pensée
fait sortir l'homme de la servitude et l'introduit dans
la liberté. C'est avec raison que nous disons de nous-
mêmes que nous sommes nés, et ensuite nés à nou-
veau, et cela plusieurs fois. Nous avons une série d'ex-
périences si importantes que le présent oublie le passé,
d'où la conception mythologique des sept ou neuf
cieux. Le jour des jours, le grand jour de fête de la
vie, est celui où l'oeil intérieur s'ouvre à l'Unité des
choses, à l'omniprésence de la loi — voit que ce qui
est, est nécessaire, doit être, est le mieux. Cette béa-
titude descend d'en haut sur nous, et nous voyons.
Elle est moins en nous que nous ne sommes en elle.
Si l'air vient à nos poumons, nous respirons et
vivons, autrement c'est la mort. Si la lumière vient
à nos yeux nous voyons ; autrement, non. Et si la
vérité vient à notre esprit, nous atteignons soudain
à sa dimension, comme si nous nous épanouissions
en mondes. Nous sommes comme des législateurs ;
nous parlons pour la Nature; nous devinons et pro-
phétisons.
Cette intuition nous fait prendre le parti et l'intérêt
de l'Univers envers et contre tous, contre nous-mêmes
autant que contre les autres. L'homme qui parle
d'après l'intuition affirme de lui-même ce qui est vrai
de l'esprit; le voyant immortel, il dit : « Je suis immor-
tel »; le voyant invincible, il dit : « Je suis fort ». Cet
esprit n'est pas en nous, mais nous sommes en lui. Il
eient du Créateur, non de ce qui est créé. Il atteint
et transforme toutes choses. Il use de tout, et l'on
n'use pas de lui. Il sépare ceux qui y participent de