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Champ de force

Champ de force

Recueil de récits de science-fiction

Communication et vulgarisation scientifique

Hiver 2018

Champ de force Recueil de récits de science-fiction Communication et vulgarisation scientifique Hiver 2018

Avant-propos

La découverte d’une voix

« Madame, pensez-vous que nous

avons une voix? Même dans une dissertation? »

L’étudiante qui, un jour, m’a posé cette question connaissait de toute évidence la réponse. Elle savait que j’allais m’exclamer d’un ton enjoué : « Bien sûr! » Elle me demandait de confirmer ce qu’elle avait senti lors de la session que nous avions passée ensemble. En effet, je pense que les étudiants se construisent une voix d’une rédaction à l’autre. Et même dans une dissertation, pourtant réglée au quart de tour par une série de contraintes! Un œil attentif peut voir se dessiner entre les lignes de toutes les rédactions un style, une personnalité et parfois même une vision du monde. Le plaisir du professeur de littérature est précisément d’avoir ce contact avec sa classe par le biais de l’écrit. Cet espace rend encore plus profonde la relation que nous bâtissons en personne.

E n p r é p a r a n t l e c o u r s

Communication et vulgarisation scientifique, offert aux finissants de Sciences de la nature du Collégial, j’ai eu l’idée de leur demander d’écrire des récits de science-fiction sans savoir si le projet allait leur plaire. Comme

professeure, je suis habituée d’être la personne la plus ouvertement enthousiaste au sujet des activités

q u e j e p r o p o s e . J ’ a i m e

expérimenter, essayer de nouvelles

formes d’évaluation. À chaque fois,

j’ai hâte de voir le résultat. Parfois, ça ne fonctionne pas aussi bien que je le souhaitais. Il arrive aussi des moments magiques où tout va complètement au-delà de mes attentes. Ce fut le cas de cette évaluation! L’activité de création littéraire a montré que les étudiants avaient en effet leur voix et qu’ils éprouvaient un réel plaisir

à

l’explorer dans un contexte fort

d

i f f é r e n t d e c e l u i d e l a

dissertation. L’idée de faire un recueil, suggérée par certains étudiants, est arrivée d’elle-même. C’était la suite logique du travail réalisé en classe!

Au début de l’activité, j’ai annoncé aux étudiants que nous allions travailler sur les récits de science- fiction en atelier, comme les étudiants de création littéraire à

l’université le font. Ils ont écrit une première version de leur récit, qui

a été lue et commentée lors d’une

table ronde par six collègues de classe choisis au hasard. À la suite

de celle-ci, ils ont retravaillé leur texte, grâce aux commentaires des autres, avant de me le remettre. Lors des ateliers, j’ai observé avec grand bonheur des étudiants fiers de leurs textes et très heureux que

p l u s i e u r s p e r s o n n e s s e

rassemblent pour les commenter. Les étudiants avaient lu les textes des autres avec curiosité et générosité. C’était très émouvant de regarder ces jeunes adultes prendre leur place dans les ateliers

et

collègues.

offrir

des

conseils

à

leurs

nous » porte sur la conquête de l’espace; « Des yeux brillants avides de découvertes » évoque le

Les contraintes de l’exercice

En vue de la publication, j’ai

p l a i s i r d e l a r e c h e r c h e ;

étaient assez réduites. Leur

«

Avançons-nous toujours pour le

histoire devait être construite à partir d’un fait scientifique réel de

mieux? » exprime des inquiétudes sur la suite de notre monde;

leur choix. Ils pouvaient ensuite

«

Trouble dans l’être au monde »

s’en détacher pour tomber dans le domaine de l’imaginaire. Comme professeure, je vivais une joie infinie d’avoir trouvé une évaluation où les étudiants pouvaient partager leur savoir. Dans les tables rondes, nous pouvions donc collaborer en

explore l’existence de manière philosophique; « Les humains? Inutiles. On s’en passe bien » parle de robots, d’intelligence artificielle et de clonage et « Toute bonne chose a une fin » se situe dans des univers apocalyptiques ou post- apocalyptiques.

apportant nos connaissances respectives, eux au sujet de la science, moi, à propos de la littérature. Je leur demandais aussi de partir d’au moins un des procédés narratifs propres à la science-fiction recensés par Roger Bozzetto : « l’extrapolation », où l’on s’inspire d’une situation réelle et on imagine les conséquences à long terme de celle-ci; « l’effet papillon », où l’on travaille à partir d’une hypothèse de type « Et si… »; « l’anamorphose », où le lecteur est plongé dans une atmosphère d’entrée de jeu hétérogène; « l’analogie », où l’on crée un monde parallèle au nôtre; « l’effet vocabulaire », où l’on produit un effet d’étrangeté grâce à des mots inusités ou inventés. À

Déroutés par la liberté de l'exercice, déroutés aussi par les ambiguïtés permises par la littérature, ils ont pourtant su trouver leur propre manière de concevoir un récit de science- fiction. L’atelier de création littéraire a sans doute eu un rôle rassurant dans leur parcours créatif, puisqu’ils allaient recevoir des premiers commentaires afin de les aider à retravailler leur récit. Habitués d’écrire des dissertations et des rapports de laboratoire, ils m’ont semblé avoir envie de cette liberté, même si elle pouvait être aussi angoissante dans un premier temps. Découvrir dans leurs yeux cette soif de liberté m’a fait extrêmement plaisir.

partir de là, tout était possible!

Mes étudiants ne le savaient pas – ils l’apprendront à la lecture de ce

regroupé les récits en sept sections afin d’illustrer les grandes tendances de notre corpus :

texte! –, mais ils réalisaient aussi un rêve que je caresse depuis longtemps. En tant qu’étudiante,

«

L’inquiétante technologie » traite

j’étais une première de classe qui

d

e s d a n g e r s d e s a v a n c é e s

s’est ennuyée beaucoup sur les

scientifiques; « L’univers est à

bancs de cette école que j’adorais

pourtant. Je me tournais les pouces pour de multiples raisons :

je terminais trop vite, on m’enseignait des choses que j’avais déjà vues les années précédentes ou c’était tout simplement trop facile et on ne m’offrait pas la possibilité d’aller plus loin. Devenue enseignante, je me demande souvent comment pousser les étudiants doués afin d’éviter qu’ils aient, comme moi, le sentiment de piétiner. En les observant en atelier de création, j’ai vu des étudiants déjà talentueux découvrir en eux de nouvelles avenues. Dans les ateliers de création littéraire, quelques étudiants ont même exprimé l’envie de poursuivre leur texte pour le transformer en un projet littéraire de plus longue haleine. Si certains d’entre eux deviennent un jour des auteurs, j’en serai fort heureuse, mais le but de l’exercice n’était pas là et, à mon avis, notre objectif était déjà atteint. Découvrir en soi une capacité inédite, il n’y a rien de

plus merveilleux! Peu importe qu’on veuille écrire de la littérature dans l’avenir ou non. J’espère que la force, la fierté, la curiosité, la générosité et la soif de liberté qu’ils portaient en eux lors de l’atelier de création littéraire les guideront dans leur vie d’adulte qui débute à peine.

Je tiens à remercier les directrices du Collégial, Rachel Gendron et Élaine Simard, pour l’appui chaleureux et enthousiaste à ce projet. Un grand merci à Émilie Choquet pour le minutieux et rigoureux travail de révision linguistique. La couverture du

r e c u e i l e s t u n e o e u v r e

d e

l’illustrateur français Albert Robida intitulée La sortie à l’opéra à l’an 2000 qui date de 1902. Et, bien sûr, toute ma reconnaissance va à mes étudiants qui donne à mon travail son sens.

Amélie Paquet Professeure de français et littérature

Partie un :

L’inquiétante technologie

Tous les mêmes Marianne Boulet

T r a n s p o r t é e p a r l ’ é t a t

hypnagogique suivant mon long sommeil, je rêve toujours à la détonation bruyante m’ayant privée d’ouïe au moment même où j’observais de façon impuissante l’entièreté du monde comme je l’avais toujours connu s’écrouler

tout autour de moi. Je suis, malgré moi, promptement éveillée par un

m o r c e a u d e m é t a l g l a c i a l effleurant ma jambe nue sous ma jaquette d’hôpital. Malgré mes nombreux efforts de réhabilitation

s u r l e s p l a n s p h y s i q u e e t psychologique, je n’arrive guère à contrôler ma hantise omniprésente provenant de mes nombreux

s o u v e n i r s e n c o r e v i f s d u bombardement des États-Unis par la Corée du Nord. Ce carnage, ayant tué et blessé des millions d’innocents, m’a coûté une jambe que les médecins ont remplacée par une prothèse bionique. Celle-ci détecte les activités nerveuses et musculaires émises par mon cerveau à l’aide de capteurs électroniques et les utilise pour guider mes mouvements. Même si mon nouveau membre est l’une des avancées technologiques les plus avant-gardistes, celui-ci ne fait que me remémorer ce terrible évènement qui a bouleversé le cours de ma vie. Malgré tout, j’essaie d’apprivoiser cette nouvelle partie de moi-même comme le font plus d’un million

d’Américains chaque jour depuis l’attaque cruelle de Kim Jong-un.

Soudainement, ma jambe bionique me fait sauter hors de mon lit et me transporte jusqu’à la salle commune. Encore somnolente, j’y rejoins l’ensemble des amputés qui, comme moi, ne comprennent guère pourquoi ils s’y retrouvent. Troublés, nous ressentons tous une impuissance envers nos membres bioniques qui semblent subitement être habités par un esprit qui leur est propre. Tout à coup, la voix du président est diffusée à travers tout l’hôpital grâce aux interphones :

à travers tout l’hôpital grâce aux interphones : « Ici le président des États-Unis, Donald Trump,

« Ici le président des États-Unis, Donald Trump, qui vous avise que vous êtes les heureux élus. Dès

aujourd’hui, votre corps devient la

propriété de l’État et l’entièreté de vos déplacements et de vos actions

l e

gouvernement américain grâce à vos nouvelles prothèses bioniques. Merci de votre service and God bless America!»

s e r a

c o n t r ô l é e

p a r

Dès lors, nos corps possédés se

p

l a c e n t e n r a n g s e t n o u s

c

o m m e n ç o n s

u n e m a r c h e

ordonnée tels des soldats de

plomb. Les visages de certains

d é p e i g n e n t u n e i m a g e d e

confusion et d’autres de peur. Je tente désespérément d’arrêter le mouvement de ma jambe, mais celle-ci ne cesse d’avancer. Mon corps tout entier tremble de terreur devant son impuissance alors que ma prothèse se raidit en m’imposant sa nouvelle volonté despotique. Tous priaient les médecins et les infirmières de nous sauver de ce cauchemar devenu réalité, mais ceux-ci ne nous ont fait qu’un salut militaire en nous regardant disparaître à l’horizon.

Cette marche interminable et épuisante nous mène à la Maison- Blanche où se trouvent déjà des milliers de patients amputés recrutés à travers l’ensemble du pays. Tous sont tournés vers une estrade où apparaît, quelques secondes plus tard, le président des États-Unis en chair et en os. La foule déchaînée lui hurle des insultes, mais on nous ordonne rapidement de nous taire sous peine d’emprisonnement. Une coulée de sueur froide glisse lentement le long de ma colonne vertébrale, m’alertant que le pire

est encore à venir. Trump place rapidement son toupet, se racle la gorge et annonce fièrement :

« Mes chers sujets, comme vous le

savez probablement déjà, nous sommes officiellement en guerre contre la Corée du Nord. À partir d’aujourd’hui, votre mandat est d’envahir ce pays et de tuer son dirigeant. Plusieurs d’entre vous y perdront la vie, mais ceci est un

sacrifice que je suis prêt à faire afin de prouver au monde entier que je

suis

ou plutôt que nous sommes

les meilleurs. Merci de votre service and God bless America! »

Tels des robots, nous nous levons tous à unisson et marchons dans les vestiaires où notre armure de guerre ainsi que nos fusils nous attendent. Après avoir enfilé nos uniformes, nos membres possédés

nous dirigent dans un avion où les nouveaux soldats de l’armée bionique américaine sont coincés comme des sardines. Un sentiment

d e c o l è r e , d e d é s a r r o i e t

d’incompréhension règne au cours du voyage. Dès notre atterrissage, nos prothèses nous précipitent vers le palais de Kim Jong-un que nous encerclons. Mécaniquement, nous épaulons nos fusils et les pointons vers sa résidence tels des millions de doigts accusateurs. Sachant que son équipage n’a aucune chance devant une armée formée de créatures mi-homme mi-machine, Kim Jong-un se livre immédiatement à nous. Le dernier son qu’il entend est celui d’un fusil qui annonce le début du long règne persécuteur du dictateur Trump.

Notre mission ayant été complétée, nous retournons tous dans l’avion la tête basse et soulagés que cet enfer ait pris fin. Soudainement, la voix du président résonne encore une fois dans mes tympans, me donnant la chair de poule :

« Bravo à tous. Nous avons gagné notre première bataille, il est maintenant temps de gagner la guerre en dominant le monde

Playlist Amélie Bibeau

Bip bip bip

J’ouvre

difficilement

les

yeux

et

aperçois

du

coin

de

l’œil

mon

réveille-matin.

 

Ah

non!

Fuck!

Pas

encore

à

matin…

— Ah non! Fuck! Pas encore à matin… entier. Il est temps de prouver à toute

entier. Il est temps de prouver à toute l’humanité que l’empire Trump est indestructible et vous en êtes la preuve première. Continuez votre beau travail, chers sujets, and God bless the Trump empire! »

Dès lors, le cœur lourd et l’âme en peine, je réalise avec amertume que les hommes avides de pouvoir sont tous les mêmes.

Comme beaucoup trop d’autres jours, ce matin j’ai encore trop snoozé et je vais… encore… me retrouver en retard au travail. Un coup d’œil rapide à mon téléphone et je choisis la playlist de la journée : « Des yeux bleus comme le ciel », « Tender heart », « Sexy body », « Blonde » et « Skinny as Barbie ». Pour le reste, je laisse le mode aléatoire décider pour moi. Je démarre la playlist qui, j’espère bien, sera la combinaison gagnante pour affronter ma journée bien remplie. Je saisis ma tasse de café, mes clés et mon sac à main au passage et cours à toute vitesse pour tenter de rattraper l’autobus qui décolle de l’arrêt. Sans succès… Je sens déjà que la journée sera longue et pénible

Enfin terminé avec cette journée épouvantable! Ce soir, cours de tennis et Tinder date à l’horaire. Deux playlists complètement différentes, quoi! Avant tout, c’est l’heure de la sieste. En m’étendant dans mon lit, je jette un coup d’œil

rapide aux médias sociaux puis je regarde mes options pour créer

mes playlists de la soirée. Je n’ai plus beaucoup d’options vu tous les points que j’ai perdus aujourd’hui. Pas le choix, je vends mes vieilles options démodées. Ce soir, pour mon rendez-vous, je

d o i s ê t r e à m o n m e i l l e u r

physiquement et, pour ça, je dois vendre mon option « Muscles d’enfer » et « Bright as an engineer ». Je choisis donc dans ma playlist de belles grandes jambes bronzées, un ventre plat, les fesses de Kim Kardashian et un petit visage parfait. Mon Tinder boy ne pourra simplement pas résister au choix de ma playlist.

Je ne comprends toujours pas comment ma grand-mère faisait pour toujours vivre dans le même corps chaque jour et ne pas pouvoir choisir chaque matin ce à quoi elle voulait et devait ressembler physiquement pour être à son meilleur pour la journée. La playlist pour choisir mon

a p p a r e n c e l e m a t i n , c ’ e s t assurément un must!

Tantôt je tente le tout pour le tout pour séduire ma date. Je termine donc ma playlist avec tout ce qu’il me faut pour être la parfaite white girl dont tous les gars tombent amoureux. On se rencontre au Starbucks dans deux heures; je suis terriblement stressée. Je m’assure de sauvegarder ma playlist et je m’endors pour ma sieste.

Bip bip bip

C’est bientôt l’heure du rendez- vous! Je clique sur « Démarrer » et je me transforme aussitôt en parfaite instafamous. Un dernier coup d’œil dans le miroir et c’est parti.

J’arrive quelques minutes en retard puisque apparemment ça parait bien d’être fashionably late. Je vais rejoindre ma date et nous allons nous commander un café pour ensuite revenir nous assoir à la table. Je remarque qu’une fille à l’autre bout du café est identique à moi. Classique… Le kit white girl pour le Starbuck’s est juste trop populaire.

— Fuck, laissai-je échapper lorsque je vis une autre fille entrer, identique à moi, elle aussi. Mon cell se mit immédiatement à vibrer et à sonner l’alerte. C’est game over cette fois… Avec le nombre de points que j’ai, c’est sûr que c’est moi qui suis éliminée du jeu de la vie… Pour éviter le chaos d’un monde où tout le monde serait clone, l’une des règles de la playlist est de ne jamais se retrouver avec deux autres personnes identiques sous peine de voir la personne ayant le moins de points se faire exclure du jeu de la vie.

Cette fois, c’est mon tour. J’ai à peine le temps de dire au revoir à mon rencard que je décède.

Frigone Maxime Mousseau

Il y a cent ans, beaucoup d’étudiants se servaient de stimulants, comme le Concerta, le Vyvance, le Ritalin, etc. Ces médicaments ont initialement été inventés pour combattre le trouble du déficit d’attention, mais plus la compétition pour la performance devenait féroce dans les cégeps et dans les universités, plus les stimulants se vendaient sur le marché noir. Peu à peu, l’industrie pharmaceutique a commencé à s’intéresser au développement de ces stimulants. En moins d’un demi-siècle, de nouvelles formes de stimulants sont apparues. Celles-ci ne font pas que rétablir le n i v e a u d ’ a t t e n t i o n d e s m é d i c a m e n t é s , m a i s e l l e s décuplent les habilités du cerveau, rendant l’étude et l’apprentissage bien plus faciles.

Aujourd’hui, le stimulant le plus attendu par la population se nomme le Frigone. Celui-ci a été conçu pour l’armée canadienne afin que les soldats soient aptes à avoir une vision nocturne, une vision rayon X, une mémoire photographique et une force physique incroyable, leur donnant ainsi un avantage au combat. Le cerveau est donc capable d’utiliser non pas 10% de ses capacités à la fois, mais bien 50%. Les soldats n’ont qu’à prendre du Frigone quotidiennement et ces nouvelles habiletés prisées seront les leurs.

Maintenant, les stimulants sont en vente libre, donc tout le monde

peut s’en procurer. Le Frigone, lui, qui n’a fait que ses preuves dans le domaine militaire depuis bientôt un an, commence à faire languir toute la population. On ne vend

p a s e n c o r e d e F r i g o n e e n

pharmacie, car il est le plus puissant des stimulants fabriqués à ce jour et, même si celui-ci est populaire dans l’armée, il cause aussi beaucoup de dommages. Certains militaires ne tolèrent pas que leur cerveau soit aussi stimulé

e t f i n i s s e n t p a r m o u r i r d’épuisement. On peut reconnaître les victimes du Frigone à leurs vaisseaux sanguins oculaires éclatés, qui rendent leurs yeux rouge écarlate.

les victimes du Frigone à leurs vaisseaux sanguins oculaires éclatés, qui rendent leurs yeux rouge écarlate.

Comme pour tout autre produit attrayant, il s’est créé un marché noir dans la population pour avoir accès au Frigone. Les étudiants

universitaires et préuniversitaires sont les plus importants clients de

n o u v e a u m a r c h é .

Malheureusement, ceux-ci ne sont pas aussi informés que les militaires au sujet de l’épuisement qui peut accompagner la prise du nouveau stimulant.

c e

En fait, dans la dernière semaine, on a retrouvé neuf étudiants morts, les yeux pleins de sang. Vu que le Frigone est naissant et que la population ne connait pas encore les effets secondaires de celui-ci, les étudiants en ont pris sans se poser de questions dans le but d’obtenir des résultats scolaires phénoménaux. Les étudiants feraient n’importe quoi pour leurs notes, ils sont vraiment compétitifs et stressés par leur avenir.

En un mois, les étudiants sont tombés comme des mouches; soixante-dix jeunes adultes ont été retrouvés sans vie, les yeux rouges. Le gouvernement a tout fait pour essayer de régler le problème, même si le stimulant n’est pas encore légal pour la population. On pouvait soit stopper la

encore légal pour la population. On pouvait soit stopper la production de la pilule magique, mais

production de la pilule magique, mais cela engendrerait une perte importante dans les forces militaires du pays, soit créer un programme, une activité ou un entraînement qui saurait préparer le cerveau à tant d’activité, évitant ainsi son épuisement.

La seule façon de pouvoir stimuler le cerveau presque autant que le Frigone le fait est de simuler des situations de danger. Affronter sa plus grande peur prépare le corps entier à réagir, donc le cerveau doit travailler très fort pour tout coordonner. Vu que c’est un réflexe naturel, il n’est pas dommageable pour la santé.

Le gouvernement a donc aussi dû créer des centres de peur, des maisons hantées, où chacun affrontait sa propre peur. Des publicités ont été faites pour contrer la prise de Frigone sans passer par cet entraînement dans les centres de peur. Sans être totalement parfait, le nouveau système semblait fonctionner.

Nous sommes tous au courant que la solution première à ce problème aurait été de ne pas avoir autorisé la vente libre de stimulants et forcé l’industrie pharmaceutique à faire plus de recherches. Le Frigone et les autres stimulants peuvent aider notre population et la qualité de vie de certains. Mais sans précautions, on ne fait que causer du tort! En tant que société, nous devons changer notre perception de l’école, afin de ne pas l’associer à la performance, mais bien à l’apprentissage.

Homo Animalis Shaonie Ton-Leclerc

Ses pleurs écorchaient l’air, son désespoir perlant le long de ses joues dorées : son père attachait sa meilleure amie par les pieds dans une cage à peine plus grande qu’elle. Leo sentit ses entrailles se nouer en la regardant suffoquer, sans espace pour même ouvrir ses ailes.

En effet, la transformation

d’Aquila était terminée. Elle était devenue un aigle à part entière, et

le père de Leo jugeait plus sage de

la garder enfermée dans le laboratoire au cas où d’autres métamorphoses de ce type se manifesteraient. Son cœur se fendit lorsqu’elle plongea son regard dans celui d’Aquila. Elle reconnaissait les yeux de son amie, aussi inondés d’eau saline que les siens, malgré son apparence métamorphosée. Elle dirigea son regard embrouillé vers la cage d’à côté. Un cri déchira sa gorge à la vue de son Pardus, lacéré et affaissé au fond de sa cage.

Elle défia son père du regard, des poignards dans les yeux. Il avait emprisonné son copain et, maintenant, sa meilleure amie.

O s e r a i t - i l

t r a i t e r

impitoyablement, elle aussi, tel un animal sauvage et dangereux… lorsqu’elle en deviendrait un?

l a

+++

Tout commença un an auparavant. Fille de deux généticiens, Leo Skriver vécut sa vie dans un laboratoire en banlieue de Stockbridge, un petit village du Massachusetts. Elle n’allait au village que pour fréquenter l’école et, même là, elle en apprenait davantage en côtoyant les différents scientifiques du laboratoire que dans cette petite école chrétienne et conservatrice. Leo était un lion chez les moutons : elle avait besoin d’être libérée de cette soumission et de cette ignorance.

Elle saisit donc l’occasion dès que celle-ci se pointa le bout du nez. Brillante et astucieuse, Leo se vit présenter une place de sujet dans le projet pilote de transgénèse de la directrice du laboratoire : le projet Homo Animalis. La directrice, Docteure Morgan Mendel, voulait introduire un gène animal dans un génome de cellule humaine. Celle-ci avait isolé l’enzyme de restriction Amola :

une protéine capable de décoller et de recoller l’ADN pour pouvoir y faire des modifications. Son but était de créer des hybrides.

Mendel recruta une équipe de jeunes afin de leur insérer un segment d’ADN animal pour leur procurer un phénotype hybride humain-animal. L’expérience fonctionna parfaitement sur quatre d’entre eux, Leo incluse.

Elle se réveilla ainsi un matin, une force nouvelle chatouillant ses

m u s c l e s . L e o s e d i r i g e a

immédiatement vers le miroir. Elle n’était plus dans sa chambre. Elle avait passé la nuit dans un grand local vitré partagé avec trois autres personnes. Celle-ci s’aperçut qu’ils étaient observés – non – analysés par une dizaine de généticiens en sarraus blancs, dont ses parents, Gerald Skriver et Lydia Skriver, et Docteure Mendel.

En regardant à travers les murs vitrés, elle aperçut soudainement

son reflet. La jeune fille, qui était auparavant plutôt frêle et pâle, était devenue légèrement musclée

et son teint était semblable à celui

d’un doux coucher de soleil. Elle

Le garçon qui s’y trouvait était basané et avait de larges épaules. Sa peau était parsemée de taches noires et son nez était semblable au sien. Elle rencontra Pardus, un hybride léopard. Une chaleur réconfortante dans sa poitrine lui fit savoir instantanément qu’il serait son futur copain.

Quelques instants plus tard, elle fit la connaissance d’Aquila et de Draco. Aquila était une jeune fille d’origine mexicaine et son hybridité entre humain et aigle lui conférait un air de grâce et de puissance. Draco, lui, était un garçon à la peau écailleuse et à la langue bifide : un serpent p h y s i q u e m e n t , u n c h a t o n psychiquement.

A p r è s a v o i r f a i t

connaissance, ils furent tous amenés dans des pièces séparées afin

d’être testés. Les tests se poursuivirent pendant plusieurs semaines, et

p a s s e u l e m e n t e n

laboratoire. Leo eut la chance de voyager en Afrique pour se fondre dans la savane. Elle réussit à se faire accepter dans un clan de lions et l’expérience ne fut pas aussi stressante qu’elle se l’était imaginée.

En effet, son ADN modifié lui conférait des qualités félines qu’elle ne s’imaginait même pas pouvoir exister. Grâce à une ramification de nucléotides L-I-O-

exister. Grâce à une ramification de nucléotides L-I-O- lissa ses cheveux, jadis foncés, maintenant dorés. Son

lissa ses cheveux, jadis foncés, maintenant dorés. Son nez était devenu plus petit et foncé et il était décoré de petites moustaches.

Une réflexion plus imposante apparut à côté de la sienne. Elle se retourna immédiatement.

N-C-E-A-U sur sa double hélice,

e l l e a v a i t l a c a p a c i t é d e comprendre les lions et de communiquer avec eux, non seulement en rugissant, mais aussi grâce à son langage corporel.

Plus le temps passait, plus elle

d é c o u v r a i t d e n o u v e l l e s

caractéristiques de lion dont l’origine était camouflée dans son génome. Il en était de même pour ses compatriotes hybrides avec leurs animaux respectifs. Un lien d’amitié et de confiance naquit donc rapidement entre eux. Jusqu’au jour R-A : Rébellion de l’Amola.

T o u t d ’ u n

caractéristiques animales prirent le dessus et leur humanité s’estompa. Leo comprit vite une fois le processus enclenché:

c o u p , l e u r s

l’enzyme se retournait contre eux et l’ADN animal envahissait leur ADN humain.

C’est ainsi que ses amis furent battus et violemment mis en cage un à un. La scène se déroulant sous ses yeux lui lacéra le cœur.

Incapable d’assister à cette barbarie, elle courut avertir Docteure Mendel pour que cette

dernière trouve une solution. Elle aperçut Mendel dans son bureau. En y pénétrant, elle ne vit pas la

d o c t e u r e , m a i s e l l e s e n t i t

soudainement une férocité s’emparer d’elle. Son regard devenait plus perçant; son ouïe, plus fine; son appétit, grandissant. Ses yeux se posèrent sur un

morceau de céleri sur la table. Elle le dévora en une seule bouchée.

S o n

immédiatement sur les papiers où

s e d i r i g e a

r e g a r d

se trouvait le céleri : les fiches des sujets d’expérimentation. Elle y fit une découverte tout aussi ahurissante que démoralisante :

« Morgan Mendel - Hybride végétale (Homo sapiens /Apium graveolens) »

D o c t e u r e M e n d e l s ’ é t a i t

transformée en céleri. Et Leo venait de l’ingérer.

Brusquement, une force féline prit le dessus sur elle. Des poils dorés fleurirent sur ses membres et ses dents s’acérèrent. Elle vit le reflet de son visage s’aplatir et ses cheveux rétrécir.

Férocité. Voracité.

Elle n’avait qu’un désir : chasser. Elle localisa rapidement la proie la plus proche.

Proie. Attaque. Mort.

Elle dépeça rapidement sa victime et s’enfuit à la recherche d’autres proies, ne laissant derrière qu’un sarrau blanc et une étiquette à l’inscription « G. Skriver ».

Futur dissociatif Cédric Barré

Acte 1

Depuis 8 heures ce matin, je suis cloué à ma chaise à faire le même boulot merdique. Je n’ai pas bougé d’un poil pour remplir la paperasse du directeur. Mon interface me fait mal à la tête à force de regarder les factures, les demandes d’assistance et d’altération et les versements de cryptomonnaie défiler à toute allure. La lumière bleue et l’atmosphère grise du bureau éreintent les yeux à en brûler la rétine. Le mal de tête persiste jusqu’à ce que tu te décides à faire comme le reste des travailleurs et te droguer pour masquer la douleur : une bonne vieille Advil fait l’affaire.

Dans ce bureau, il est plutôt impressionnant de voir l’ensemble des travailleurs hypnotisés par l’interface, les yeux rivés sur l’écran. C’est une sorte de réseau où chaque cellule de bureau est un écosystème digital d’employés branchés à leur interface. Des individus analysant et prenant des d é c i s i o n s c o n c e r n a n t d e

l’information et des données qui ne leur appartiennent pas : des 1 et des 0 quoi. Nous sommes comme un ordinateur géant qui gère les demandes de consommateurs de plusieurs compagnies supra mondiales.

Durant la journée, il m’arrive souvent de dériver de l’interface et de regarder autour de moi. Lors de ces moments, je réalise que je ne connais personne ici. En fait, lorsque vient le temps de prendre la pause, tout le monde dîne et se retire dans son imagination augmentée pour naviguer sur son FakeBook et son Slimstagram. Si tu veux parler à une de tes jolies collègues, il faut passer par FakeBook. Du coup, je me fous de tout le monde ici, pas moyen de connecter. Cependant, je m’amuse souvent à imaginer ce que ces gens font en finissant leur journée. Oh, lui il a une sale gueule aujourd’hui! Il retournera sûrement dans son studio s’éclater le champignon en naviguant sur son imagination augmentée. Il regrettera ensuite de ne pas être allé trainer avec ses

le champignon en naviguant sur son imagination augmentée. Il regrettera ensuite de ne pas être allé

amis et se saoulera jusqu’à ce qu’il tombe dans un sommeil très peu profond. Wow, elle a l’air en forme en ce jeudi! Elle sortira avec ses amies au club Le Bleu avant de se retrouver dans le lit d’un étranger et de se réveiller en état de confusion et de regret absolu…

Après avoir fait le tour du bureau, je me retrouve seul à ne pas savoir quoi faire post laborem. Je me demande souvent pourquoi je

devrais arrêter si ce n’est que pour revenir et répéter le même bordel

c h a q u e j o u r . J e p o u r r a i s démissionner et il y aurait probablement un androïde prêt à me remplacer d’ici demain. Après tout, je retournerai probablement

r e g a r d e r m o n

d i v e r t i s s e u r a v a n t d ’ a l l e r

m’étendre sur mon lit et d’essayer de m’endormir avant que je puisse méditer sur la futilité de mon existence. J’y pense souvent, à cela. C’est ce qui me garde éveillé la nuit. À quoi bon s’efforcer d’endurer ce quotidien merdique seulement pour pouvoir me nourrir et en avoir de côté pour mon vieux corps à la retraite? Contrairement aux autres, je n’ai pas si peur de mourir seul. J’ai peur de ne plus ressentir. N’est-ce p a s p o u r q u o i n o u s n o u s endormons en pleurant la nuit? Pour nous rappeler que nous avons des émotions?

c h e z

m o i

Acte 2

Je ne suis jamais retourné chez moi après le travail. Je suis passé devant l’édifice à logement imposant où j’habite sans même y

poser mon regard. J’ai continué à sillonner la ville entre les mastodontes de béton carbonisé et de vitres s’élevant à des hauteurs de plus de 800 mètres. En regardant vers le ciel, ces géants paraissaient se replier sur eux- mêmes comme s’ils allaient me tomber sur la tête. En effet, il était presque impossible de voir le soleil pendant la journée tellement cette forêt de béton était dense. C’est sans compter les vagues de débris et de résidus provenant des industries du Nord qui frappent la cité de temps en temps. Cela dit, tout en prenant gare d’éviter les ballons commerciaux et les balayeurs qui cherchent toujours à nettoyer votre pare-brise sans permission, j’ai survolé la ville pendant quelques heures avant d’apercevoir un bar non loin.

Alors me voici assis dans un bar miteux du quatrième secteur à boire un Lenotonic et à regarder une bataille de machines sur une interface vieille de six générations. En regardant autour de moi, je vois dans le fond de l’endroit un groupe de jeunes assis sur une banquette. Ils ont l’air totalement camés. Ils ont le regard vide avec les pupilles complètement dilatées et un peu d’écume sur la lèvre. Ce sont des androïdes vagabonds, probablement évadés des usines du Nord. Ils ont bouffé de la myxostatic. C’est un produit chimique qui fait buzzer leur logiciel. Le logiciel entre dans un stade d’incertitude où le réseau n e u r o n a l é l e c t r o n i q u e mésinterprète les signaux du contrôleur et déséquilibre la

conscience qui émane du réseau. Cela place les androïdes entre la conscience et l’absence, la vie et la mort. J’ai du mal à comprendre pourquoi quelqu’un ferait cela. Peut-être cet équilibre précaire fait sentir plus en vie?

Au même instant, j’entends une voix qui s’adresse à moi. Je me retourne pour faire face à la personne et je vois une femme d’environ deux ans plus vieille que moi.

toi,

right? », dit-elle en riant, ayant clairement remarqué la manière dont je regardais les androïdes.

« Tu

ne

viens

pas

du

coin

« Non. », lui répondis-je.

« So, what’s your deal? Qu’est-ce

que tu fais seul dans un bar du quatrième secteur? », m’a-t-elle demandé.

« Je suis un peu perdu… et fatigué

d’être perdu, tu vois », lui dis-je.

« Ouais, je comprends. Je suis

comme toi. Le système ne semble pas pouvoir nous offrir ce que l’on

Le loup-garou de Riverside Laura Fouquette

La ville de Riverside est un endroit paisible avec très peu d’habitants. Tout le monde se connaît et est relié d’une façon ou d’une autre. Marine sort avec Nathan, le fils du maire. Ils sont tous deux à l’école secondaire Trois-feuilles, la seule

veut. Il nous semble étranger. Tu sais ce que nous devrions faire? Partir. Je connais un endroit éloigné de la ville où d’autres comme toi et moi vivent en communauté », me dit-elle.

C’est à ce moment que j’ai réalisé qu’elle était artificielle.

« Je crois que vous vous trompez,

je ne suis pas un androïde », lui dis-je.

« En es-tu vraiment sûr? »

Acte 3

En sortant du bar, j’ai décidé de me rendre à la frontière de la ville. J’embarquai dans mon engin et filai à toute allure avant d’émerger quelques minutes plus tard d’entre les immenses édifices de la cité. J’aperçus alors le soleil se lever à l’horizon. Je n’avais pas vu le soleil depuis plus d’un mois déjà. Cela semblait faire une éternité que je n’avais vu quelque chose d’aussi magnifique. À cet instant, j’eus le sentiment qu’il y avait de l’espoir et je me sentis heureux.

du coin. Leur cercle d’amis se limite à Jason, à Katherine et à Charles. Les cinq se connaissent d e p u i s t o u j o u r s ; i l s s o n t inséparables depuis l’âge de sept ans. Riverside étant une petite communauté, les incidents et les

crimes se font rares. Le travail des pompiers se limite à porter secours aux chats pris dans les arbres. Les policiers, eux, s’occupent de donner les amendes et d’engloutir les derniers beignes au dépanneur du coin. Cependant, depuis quelques semaines, deux meurtres ont eu lieu à Riverside. Du jamais vu dans cette ville! Deux jeunes adolescents âgés de dix-sept ans ont été retrouvés dans la forêt, avec ce qu’on pense être des traces de griffes profondes partout sur leur corps. Le maire a demandé un regroupement des parents de la ville dans l’église. Il a exigé un couvre-feu à dix heures le soir pour tous les enfants, puisqu’ils ne sont pas en sécurité la nuit. La forêt a été bannie, et le shérif a insisté sur le fait que les curieux seraient arrêtés sur-le-champ s’ils allaient s’aventurer dans cette forêt. Le shérif fait la patrouille et essaie de retrouver cet étrange animal qui a mutilé ces pauvres enfants.

Cependant, pour Marine, Nathan et les autres, ce n’est pas un couvre-feu ou une interdiction qui les arrêtera. Il n’y a jamais eu d’action dans leur ville natale; la curiosité l’a donc emporté. Un samedi soir, ils se donnent tous rendez-vous à l’entrée de la forêt. Ils attendent que le shérif passe une fois et parte faire les rues de la ville ensuite. Les cinq amis entrent dans la forêt. Néanmoins, ils remarquent quelque chose d’inhabituel. Ils connaissent tous les recoins de la forêt puisqu’ils ont passé leur enfance à s’y aventurer. Ils remarquent l’abondance

anormale d’une fleur inconnue et étendue un peu partout. Marine ne perd pas de temps, elle prend une des fleurs sur son chemin et la rapporte chez elle. Le lendemain, elle organise une réunion à la bibliothèque avec les autres. Ils cherchent tous les livres de fleurs qu’ils peuvent trouver et ils s’installent à une table ronde ensemble pour essayer de trouver quel type de fleur cela pourrait être. Finalement, après une heure, Jason montre aux autres sa découverte: l’Ephedra foemina, surnommée la fleur loup-garou.

Après de plus amples recherches,

ils trouvent pourquoi cette fleur est

unique. Elle n’utilise que les cycles lunaires pour se développer, d’où

le nom « loup-garou ». Elle est la

seule espèce à se comporter ainsi. La nuit, elle sécrète de minuscules gouttelettes de liquide sucré pour attirer les insectes pollinisateurs. Lorsqu’un papillon de nuit ou une mouche se pose sur elle, le liquide préalablement sécrété vient absorber le pollen transporté.

M a r i n e , t r o u b l é e p a r s e s

découvertes, cherche un lien entre cette fleur et les meurtres. Elle trouve sur Internet un formulaire pour faire partie d’une étude sur un nouveau médicament à base d’Ephedra foemina. Selon les consignes, ce médicament est l’équivalent de la mélatonine. Il règle le cycle jour-nuit pour soigner ceux qui souffrent d’insomnie. Marine a un mauvais pressentiment et elle sent qu’elle doit aller au bout de cette affaire. Cependant, elle sait aussi que les

autres ne la comprendraient pas ayant tous lâché l’enquête. Elle prend donc en note l’adresse du lieu où est faite l’étude et décide de s’y rendre sans en parler aux autres.

essayait d’en sortir. Elle s’approche de la porte…

La ville de Riverside était un endroit paisible avec très peu d’habitants. Du moins, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne après la création et la fuite du loup-garou.

Le centre des recherches se trouve dans la ville voisine. Marine passe devant la forêt puisque celle-ci délimite la frontière entre les deux villes. Rendue au centre, elle rencontre le médecin responsable de l’étude. Pour aller au bout de toute cette histoire, elle dit être intéressée à participer à l’étude sur la fleur loup-garou. Cependant, le médecin parait anxieux et marmonne que l’étude a été annulée par manque de budget. Marine, confuse, décide d’arrêter son enquête et de retourner chez elle. Toutefois, lorsqu’elle passe devant une porte fermée à plusieurs serrures, elle entend des bruits de griffes sur les murs et des grognements très étranges, comme si quelqu’un ou quelque chose

La prise en charge des sentiments d’amour et de haine par la drogue Maria Guirguis

d’amour et de haine par la drogue Maria Guirguis C'est un vendredi soir, le 25 août

C'est un vendredi soir, le 25 août 2096. Il fait beau, le ciel est plein d’étoiles. C’est un vendredi comme tous les autres. Max est un jeune homme de petite taille, plutôt enveloppé, au regard doux et joyeux, reconnu pour sa capacité intellectuelle impressionnante et sa personnalité charmante, et aimable. Sa spécialité est la découverte de médicaments qui mènent à la guérison des diverses

maladies qui existent dans le

m o n d e .

biotechniciens les plus connus en Australie, où tout le monde lui fait confiance. Il passe la plupart de son temps dans le laboratoire, une chambre blanche pleine de béchers, d'erlenmeyers et de produits chimiques. C'est sa zone de confort; il peut y être isolé du monde. Pour lui, c'est une c h a m b r e m a g i q u e r e m p l i e

d e s

I l

e s t

u n

d'ambition et de potentiel menant au succès, à la guérison et au prolongement de la vie de diverses personnes.

et au prolongement de la vie de diverses personnes. Max a toutes les caractéristiques qu'un être

Max a toutes les caractéristiques qu'un être aimerait avoir: il est intelligent, passionné par son métier, a beaucoup de succès et est connu pour ses nombreuses d é c o u v e r t e s à s u c c è s . Malheureusement, malgré tout cela, il n'est pas complètement satisfait. Il trouve que quelque chose manque à sa vie. Après une longue réflexion, Max déduit que le sentiment qu'il ressent est la solitude. Il n'a pas d'amis, pas d'amoureuse, ne parle plus à sa famille puisqu'il passe la majorité de son temps isolé dans son laboratoire. Sa passion pour son métier l’a mis en état de solitude profonde. Il a honte et est trop gêné pour contacter sa famille et ses amis qui l’ont rejeté et ignoré à plusieurs reprises. Ce vendredi soir, Max décide de mettre fin à son sentiment d’isolement. Quoi faire? Comment peut-il résoudre

ce problème et se débarrasser de cet état de solitude rapidement et sans se faire rejeter?

En pensant à cela, Max arrive à

l’hypothèse suivante : s'il est

c a p a b l e d e d é c o u v r i r d e s médicaments pour guérir les différentes maladies, il serait sans doute capable de découvrir un médicament qui peut augmenter ou diminuer les sentiments d'amour qu'un être humain ressent. Après de longues heures de travail, de recherches et d’expérimentations, il décide de faire cela en créant une pilule rouge qui augmente la libération et

d e s

n e u r o t r a n s m e t t e u r s d a n s l'amygdaloïde, une partie du système nerveux central qui contrôle les émotions et qui augmente également la libération d'ocytocine dans le sang, puisqu’il s'agit d'une hormone qui projette des sentiments d'amour. Il décide également de créer une pilule bleue qui arrête l'effet de la pilule rouge en cas d'amour extrême. Max décide donc de mettre son hypothèse en pratique et essaie de créer une drogue sur laquelle il effectue plusieurs tests et expérimentations pour s'assurer que celle-ci n'a pas d'effet néfaste sur la santé des êtres humains. Le jour même, les tests démontrent que celle-ci n'a pas d'effets dangereux. Max décide de la mettre en action, afin de s'assurer de son efficacité. Il commande donc de la pizza et demande au livreur s'il veut essayer le nouveau médicament qu'il a créé avec des substances naturelles comme du

l a

r é c e p t i o n

chocolat et lui explique clairement

tous les effets que cela aurait sur son cerveau et son comportement. Le livreur accepte l'essai du produit et quelques minutes plus tard, après la prise de la pilule,

l e l i v r e u r s o n t

soudainement devenus de bons amis. Cela confirme donc le succès de sa nouvelle découverte. Sans tarder, Max révèle cette substance magique et la met à la disposition de tout le monde en pensant que cela peut aider beaucoup de personnes et rendre leur vie plus

M a x

e t

facile et agréable. Le but principal de cette invention est de diminuer

la haine et la colère qui mène aux

chicanes, ou même à la guerre

entre les différents pays. En raison de la confiance qu'ils ont envers Max, plusieurs personnes essayent

le médicament, puis en quelques

semaines, cette drogue devient très en demande et de plus en plus de personnes se mettent à l’utiliser pour avoir ce qu'ils désirent.

Max prend un moment pour observer l'effet que sa découverte a eu sur le monde et les gens qui l’entourent. Il se rend compte que sa drogue fait ressortir le côté monstrueux des gens puisque la nature humaine est dominée et attirée par le mal. Il trouve que les gens abusent de la consommation de ce médicament et que cela commence à détruire le monde. Les gens l'utilise pour les mauvaises raisons, c’est-à-dire pour se faire aimer et pour avoir ce qu'ils désirent, que ce soit de l'amour, de l'argent, des objets ou

même des emplois. D'autres utilisent la pilule bleue qui diminue le sentiment d’amour. Cela fait en sorte que les gens cessent de faire attention aux autres. Ils deviennent égoïstes et donc plusieurs bonnes relations sont détruites.

et donc plusieurs bonnes relations sont détruites. Il voit que la haine commence à surgir et

Il voit que la haine commence à surgir et de plus en plus de conflits émergent dans le monde. Max ne sait pas quoi faire, mais il sait que cette drogue mènera rapidement à la guerre, à une société remplie de mal, ou les gens ne seront plus en mesure de s'exprimer librement et de distinguer la différence entre les choses qu'ils aiment et les choses qu'ils n'aiment pas. Un univers de robots égoïstes. Il essaie donc d'arrêter la production et la vente de cette pilule, mais il est trop tard. Malheureusement, plusieurs compagnies qui ont commencé à produire la drogue ne veulent pas arrêter de la vendre puisque ça leur rapporte beaucoup d'argent. Plus le temps passe, plus les problèmes augmente. Max est submergé et déçu que sa création, qui pourtant inspirée par de bonnes intentions, ait mené à la destruction du monde.

Arena Fighter Online : Le futur de la réalité virtuelle Yussef Shehadeh

Nous sommes en l’an 2028, et la réalité virtuelle est maintenant une industrie en expansion massive grâce à l’immense popularité des casques de réalité virtuelle (appelés NerveGear) et des V R M M O ( V i r t u a l R e a l i t y Massively Multiplayer Online). Ces casques envoient des ondes dans le cerveau pour stimuler les sens et permettre au joueur de ressentir le monde qui l’entoure. Les joueurs ne peuvent pas ressentir de douleur, mais seulement une sensation inconfortable. Le premier VRMMO à être sorti fut Sword Art Online en 2022. Toutefois, il survint un incident dans lequel 10 000 joueurs furent piégés pendant deux ans dans le jeu, de sorte qu’une mort virtuelle équivalait à une mort réelle. Des 10 0 0 0 j o u e u r s p i é g é s , 6 1 4 7 survécurent. Malgré la controverse que cet incident a déclenchée, les VRMMO ont tout de même vu leur popularité augmenter. Toutefois, les évènements de Sword Art Online étaient sur le point de se répéter, cette fois-ci, dans un jeu de plateformes de combats virtuels appelé Arena Fighter Online. Deux joueurs sont placés dans une arène. Les règles sont simples. Le jeu se déroule en tournoi à élimination; celui qui perd la totalité de ses points de vie en premier meurt. Une fois que le duel s’achève, du vainqueur émerge un champion. Le serveur se rafraichit alors, on recommence

Inspiré de l’univers de Reki Kawahara

à zéro, et les joueurs obtiennent une nouvelle chance. Dans mon cas, je n’en ai malheureusement eu qu’une seule. Je n’avais aucun moyen de savoir que ma vie allait changer à tout jamais ce jour-là. Mon nom est Charlotte Richard, voici mon histoire.

Je rentre dans ma chambre et verrouille la serrure de ma porte. Je suis si contente d’avoir reçu ma première NerveGear! Je n’hésite pas une seconde; je m’allonge sur mon lit et enfile mon casque.

— « Game on! », dis-je.

L’écran dans mon casque s’allume et m’emporte dans le monde virtuel d’Arena Fighter. Une fois connectée, j’apparais dans le hall d’attente. Une voix robotique, probablement celle d’une femme, m’accueille dans le jeu.

— Bienvenue dans le jeu, joueur Playmaker, dit-elle.

— Euh

voix ne me répond pas.

Merci,

je

suppose?

La

a v a t a r

attentivement : armure futuriste noire, cheveux rouges, sabre des ténèbres. Bref, j’avais tout pour paraitre comme une vilaine.

J ’ o b s e r v e

m o n

— Argh

avec cet avatar, où est le menu de customisation de personnage ?

j’ai vraiment l’air sombre

Soudainement, la voix se fait entendre à nouveau. Cette fois-ci, elle annonce le début d’un nouveau serveur.

— Attention à tous, le tournoi

d’Arena Fighter Online vient tout juste de se terminer, le champion

l a

e s t

réinitialisation du serv

ERREUR!

K i r i t o .

D é b u t

d e

Le jeu s’est soudainement arrêté, et le monde autour de moi sombre dans le noir total. Je panique. J’ouvre la liste des j o u e u r s a c t i f s e n bougeant mon bras. Le casque perçoit mon signal et affiche le menu. Je vois plusieurs

Je panique, cette voix froide et morte continue de percer mon esprit. Je n’arrive plus à bouger, je reste immobile. Je refuse d’y croire. Les joueurs autour de moi sont tout autant effrayés, criant à l’aide, comme six ans auparavant. Plusieurs se déconnectent. Qui sait, peut-être qu’ils sont morts maintenant! J’ouvre mon menu et m’apprête à faire de même. La peur me hante, mais je me décide.

— Quitte à être piégée, autant mourir à ma manière, si tel est le cas, me suis-je dit.

Il était trop tard, pour mon propre malheur,

j ’ a i

longtemps. J’ai été choisie pour la première ronde du tournoi. Je ne pouvais plus retourner en arrière. Soit je tue, soit je suis tuée.

t r o p

h é s i t é

Soit je tue, soit je suis tuée. t r o p h é s i t

j

o u e u r s

s e

d

é c o n n e c t e r . J e

reprends mon calme et, quelques secondes plus tard, le jeu revient à la normale et je recommence à sentir mon environnement. La voix revient enfin, cette fois-ci pour annoncer :

Attention,

ne

pas

d

é c o n n e c t e r

l e

NerveGear. Toute déconnexion entrainera une surchauffe du casque et la mort du joueur. Avis à tous les 1024 joueurs actuellement en ligne, le tournoi est sur le point de commencer. Les perdants seront déconnectés et les gagnants progresseront jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un champion.

Mon adversaire se tenait devant moi. Comme moi, on pouvait lire la peur sur son visage. Il arrivait à peine à tenir sur ses deux jambes tellement il tremblait d’effroi. Impuissante devant la situation, je restais immobile, serrant mon sabre fermement dans ma main. Le compte à rebours avait commencé, probablement pour éviter que les deux joueurs renoncent à combattre. Il hurle soudainement de toutes ses forces, persuadé qu’il ne doit pas mourir

dans ce jeu. Il fonce sur moi d’un coup.

Je reste immobile, refusant de devoir enlever la vie à quelqu’un. Mais cet instinct à l’intérieur de moi, celui qui insiste pour s’accrocher à la vie, est trop fort. À contrecœur, j’esquive son attaque, et tranche son avatar avec mon sabre aussi fort que possible.

C’était suffisant, on pouvait lire la souffrance sur son visage crispé. Il crie d’agonie avant de disparaitre en éclats de mille morceaux. J’avais commis l’irréparable :

enlever la vie à quelqu’un.

Un être humain en moins sur cette planète. Un fils ou une fille de deux magnifiques parents, ou bien l’époux d’une femme ravissante, maintenant disparu. Je m’écroule par terre, criant de toutes mes forces, lâchant toutes les larmes de mon corps. Progressivement, un vide se forme à l’intérieur de moi. J’essaie de me convaincre qu’il ne s’agit que d’un jeu, que rien de ce qui se passe n’est vrai, que les joueurs ne meurent pas et réapparaissent plutôt dans le hall d’accueil. Combat par combat, joueur par joueur, je continue de grimper les échelons. Chaque personne que je tue devient une victoire de plus dans mes records. Peu à peu, la détresse que je ressens après avoir tué un adversaire se convertit en soulagement, le soulagement d’avoir survécu. Puis finalement, elle devient une satisfaction, la satisfaction d’avoir triomphé. Puis

rendue en finale du tournoi, je n’ai aucune difficulté à me défaire de mon adversaire. Le pauvre est en larme, pas que cela me trouble. Bien au contraire, je suis soulagée de savoir qu’il a abandonné tout espoir.

— Pitié,

enfants! dit-il.

j’ai

une

femme

et

des

Cela m’était égal, je le piétinai fermement, avant de trancher sa tête. Lorsque ses points de vie atteignirent zéro, je me sentis soulagée. J’avais gagné, j’avais survécu. J’avais prouvé que ma volonté de survivre était plus forte que celle des autres.

— Voilà, monsieur le juge, voici

mon histoire, dis-je calmement.

Je lâche un petit sourire narquois au jury, satisfaite de mon accomplissement. Je me fiche c o m p l è t e m e n t d e c e q u i m’arrivera. Tout ce qui compte, c’est que je sois sortie de cette arène victorieuse. Tous les membres du jury me fixent sans cligner des yeux. Chacun d’entre eux est ahuri de mon témoignage. Le juge est complètement bouche bée. Probablement qu’il ne s’attendait pas à m’entendre raconter de manière stoïque comment j’ai tué une centaine de personnes sans hésitation. Mon avocat me regarde pendant une fraction de seconde, il se retourne ensuite vers le juge, perplexe. Le pauvre! J’ai ruiné sa plaidoirie.

Je tourne mon regard vers la salle d’audience, tout le monde est livide, mis à part les développeurs,

qui essayaient de se réjouir discrètement. Mais moi, je pouvais voir à travers eux, ils avaient trouvé un bouc émissaire de justesse.

Ils avaient enfin quelqu’un à blâmer pour leur négligence, la même négligence qui avait coûté la vie à quatre mille personnes six ans auparavant. Bande de connards! Précipiter la production du jeu valait-elle vraiment la vie de milliers de personnes? Le juge me

regarde, hésitant au départ, puis il finit par se prononcer :

— L’accusée a-t-elle quelque chose à ajouter pour sa défense?

Je suis prise d’un fou rire, ma voix résonne dans toute la salle, et donne la chair de poule à tout l’auditoire. Une fois que l’écho de ma voix s’envole, je regarde le juge droit dans les yeux, et je dis :

Game over, j’ai gagné.

Partie deux :

L’univers est à nous!

Buvons l'eau de l'avenir Hugo Lamarche

Aujourd'hui, Lujendra Ojha,

coloniser Mars arrivent sur la

Certains croient à ce nouveau

étudiant à la Georgia Institute of Technology, doit prononcer son discours le plus important de sa vie et celui qui aura le plus d'impact sur l'humanité. Depuis

planète rouge et l'échantillonnent pour analyser en laboratoire les composantes de celle-ci. À l'âge de soixante-dix-sept ans, Lujendra voit son projet de vie prendre

p

l u s i e u r s a n n é e s , i l t e n t e

forme. Avec le drapeau de l'ONU

d'approcher la NASA pour ses

sur Mars, les scientifiques peuvent

d

é c o u v e r t e s p r é c é d e n t e s ;

analyser de la matière provenant

cependant, il n'a jamais reçu de réponse. Toutefois, pour ce jeune scientifique, la NASA ne pourrait échapper à cette découverte, puisque cette trouvaille peut aider à l'explication de la vie humaine. Le 27 septembre 2015, 11h23, il envoie ses travaux, ses recherches et les images prises dans un laboratoire de la Georgia Institute of Technology. Cinq heures plus tard, il reçoit un appel de John Grunsfeld, administrateur adjoint de la NASA, qui invite l'étudiant à venir le plus tôt possible à Houston. Le lendemain, les deux hommes avaient les caméras du monde entier rivées sur eux. « Ceci est une avancée significative qui paraît confirmer que l'eau, sous forme de ruisseaux de saumure, coule aujourd'hui à la surface de Mars », a déclaré Lujendra le 28 septembre 2015 à 16 h 22.

+++

de cette autre planète. Ce premier voyage vers cette planète a été un succès mondial. À l'arrivée des échantillons à Houston, chacun a été placé dans un bécher. Lujendra assiste aux expériences malgré son âge et voit du coin de l’œil, un collègue se tromper de verre et boire l'échantillon d'eau de Mars. La sécurité de la NASA reconduit immédiatement ce biologiste à l'hôpital de Houston pour ne prendre aucun risque. Après analyses et bilan de sa santé, on découvre que le biologiste vient de combattre son cancer du cerveau.

remède, d'autres croient à la coïncidence. Bref, rien ne peut empêcher les multinationales, dont Evian, de s'approprier cette eau extraterrestre. Le 31 juillet 2069, la conquête de Mars par Evian et Aquafina est lancée. Cette nouvelle a attristé de nombreux scientifiques, dont Lujendra,

Il

y

a

cent

ans,

les premiers

puisqu'ils venaient de perdre le

humains ont mis le pied sur la Lune et, aujourd'hui, c'est au tour de Mars de subir le poids de l'homme. Le 27 juillet 2069, 8 h 09, les premiers hommes à

contrôle de ce projet scientifique. La société est mondialisée à son maximum. Après peu de temps, des produits consommés dans un pays précis se propagent dans le

reste du globe. Évidemment, l'eau de Mars fait partie de ce processus, Evian et Aquafina ont réussi à mettre ce nouveau produit sur le

m a r c h é . L e u r s i m m e n s e s publicités sont des succès:

« Buvons l'eau de l’avenir »,

« Remède pour le cancer à

seulement 957,98$ », « Soyez intelligent et buvez l'eau pour prévenir la mort ». Lujendra se bat contre les compagnies pour que l'eau de Mars reste dans le domaine de la science. Son motif

e s t q u e c e t t e r e s s o u r c e

extraterrestre peut engendrer d'autres découvertes scientifiques i m p o r t a n t e s , c o m m e l a provenance de la vie sur Terre. Or, le 1 er septembre 2069, tous les terriens boivent cette eau extraterrestre et les cas de cancer ont cessé.

Quelques jours plus tard, il y a plusieurs cas de décès d'un motif inconnu. Des gens meurent par centaines avec la peau rouge et avec du sang dans chaque orifice. Les scientifiques, dont Lujendra, devaient prendre le dessus sur les compagnies pour analyser l'eau de Mars afin de vérifier si cette eau était la source de l'épidémie. Bien sûr, Evian et Aquafina refusaient d'admettre que leur eau était la cause de la nouvelle maladie, la grippe rouge. Toutefois, bien que Lujendra soit proche de la fin de sa

vie, il veut que sa découverte d'il y

a plus de cinquante ans soit enfin

éclaircie. Les médecins constatent que tous les corps morts de la grippe rouge ont des millions de vaisseaux sanguins éclatés, ce qui cause une mort inévitable. De son

côté, Lujendra analyse et remarque que l'eau de Mars contient plusieurs molécules de fer et d'un atome inconnu sur Terre. Après

de fer et d'un atome inconnu sur Terre. Après certains laboratoires, cet atome inconnu agit en

certains laboratoires, cet atome inconnu agit en catalyseur lorsqu'il se mélange avec du plasma. En d'autres mots, la réaction chimique du fer avec le plasma et la molécule extraterrestre produit des globules rouges en énormes quantités. Alors, la conclusion des scientifiques est que l'eau de Mars produit une quantité de sang qu'aucun vaisseau sanguin humain n e p e u t s u p p o r t e r . O r , l'impuissance des chercheurs envers Evian et Aquafina demeure. En gardant leur produit sur le marché, ces compagnies refusent d'admettre que leur eau est la source de la maladie. Par ailleurs, le 15 septembre 2069, Lujendra Ojha meurt à son tour de la grippe rouge.

+++

A u j o u r d ' h u i , l a T e r r e e s t

recouverte d'une couche épaisse de poussière rouge constituée de la décomposition de treize milliards d'humains, soixante-six milliards d'animaux et de végétaux morts contaminés par la grippe rouge. La température de la planète se situe entre 0 et 20 degrés Celcius, en raison de la réduction des gaz à effet de serre relâchés. Les quelques humains restants

Songes d’une nuit martienne Léo Pilote

Il fait noir. Très noir. Mon âme s’atrophie à chaque instant, chaque seconde. Ici, à l’Intérieur, je suis prisonnier de ma tête, prisonnier de ma vie.

je suis prisonnier de ma tête, prisonnier de ma vie. Tous les soirs, alors que je

Tous les soirs, alors que je quitte mon minuscule bureau et que je me dirige promptement vers ma cellule d’habitation, je m’arrête quelques instants pour observer le ciel. Mes yeux restent fixés sur chaque étoile comme si elles tombaient indéfiniment en orbite

a u t o u r d ’ e l l e s - m ê m e .

attendent leur mort ou se suicident puisque les conditions sur Terre ne sont plus agréables comme auparavant. Ces conditions sont même comparées à celles de Mars. Durant les derniers jours de l'humanité, cinq ou six personnes rapportent avoir vu un individu prendre de l'eau d'un des Grands Lacs dans un bécher et partir à la vitesse de la lumière vers le ciel.

L’étourdissante grandeur de l’Extérieur suscite en moi un émerveillement inexprimable, sans doute parce qu’ici, à l’Intérieur, le poids des structures métalliques m'opprime bien malgré moi. Soudain, une personne distraite me bouscule. Rapidement, je m’empresse de m’extirper de ma transe contemplative pour rejoindre le flot de gens qui, comme moi, se déplacent à travers les longs tunnels sinueux de Mons.

Mons, c’est le complexe colonial où je suis né, où je vis et où je mourrai. Tout est terriblement morose et gris. Même si les v é g é t a u x s ’ a c c r o c h e n t inexorablement à chaque morceau de structure d’acier pour nous fournir leur précieux gaz, leurs doux soupirs se mêlent à l’agonie de milliers d’êtres emprisonnés éternellement. Exilés de notre planète d’origine depuis des siècles, nous, Martiens, sommes les orphelins du système solaire. Alors que nos ancêtres ont détruit

le Meilleur des mondes, nous sommes définitivement exclus de l’Extérieur, un milieu hostile dont l’atmosphère suffocante tue ceux qui espèrent s’échapper.

J’ai entendu parler de gens qui s’échappaient du Grand réseau martien dans l’espoir de goûter, ne s e r a i t - c e q u ’ u n i n s t a n t , à l’incommensurable liberté d’être directement sous les astres. Sans épaisse structure au-dessus de la tête, on m’a dit qu’il est possible de voir la Terre. Cette planète, il y a longtemps que mes ancêtres l’ont quittée dans une vague de colonisation martienne massive. Bien entendu, seuls les plus nantis avaient le privilège de fuir les conséquences fatales de leur bêtise. Ceux qui sont restés derrière, les treize milliards d’innocents, sont presque tous morts. Le niveau de la mer, ayant monté drastiquement en raison de la fonte des calottes polaires, aurait inondé des zones très densément peuplées. Si seulement ils savaient à quel point l'existence est lourde ici, ils auraient peut-être préféré mettre fin à l’histoire de la race humaine sur-le-champ. Plutôt que de la laisser périr dans sa merde, ils ont décidé de perpétuer les vices de l’humanité grâce à un respirateur artificiel. Comme une bête malade que l’on fait vivre bien malgré elle dans des conditions atroces. Changer le mal de place n’était peut-être pas la bonne option.

Cette nuit, je peine à dormir. Le climat artificiel m’étouffe et les

murs de ma cellule m’écrasent. Sur Mars, je suis confiné. Enchaîné à

mon poste de travail, je suis forcé à vivre. Je quitte prendre une marche dans les longs couloirs intercellulaires, quand un faisceau de lumière lunaire m’éclaire et me fait arrêter subitement. Pris d’un vertige et d’une envie de liberté trop longtemps refoulés, je me heurte à la paroi rigide du Grand Réseau dans une tentative inouïe de rejoindre l’Extérieur. Frustré par le génie de la cruauté humaine, je cherche désespérément une issue. J’étouffe, je suffoque. Après une quête effrénée, je parviens à une sortie réservée aux travailleurs

l ’ E x t é r i e u r e t o p t e

d e

immédiatement pour celle-ci.

Dehors, l’espérance de vie de l’homo sapiens sapiens martiens n’est que d’une minute. Un. Au- dessus de moi s’ouvre enfin le voile céleste infini de l’univers comme une pluie incessante de cristaux égarés. Quinze. Autour de moi, plus de murs. Ma liberté est totale, complète. Trente. Le bruit de l’espace pose un baume sur ma vie. La valse des astres m’immerge dans l’immensité de Tout et me fait oublier les millénaires d’atrocités commises sans raisons v a l a b l e s . C i n q u a n t e - n e u f . J’aperçois la Terre, une petite boule bleutée qui se dresse à l’horizon. Paisible, elle est en suspension dans l’univers. Seule et enfin débarrassée des vices humains, je quitte la rejoindre. Redevenu poussière d’étoile, je suis enfin libre. Libre de vivre. Libre de mourir. Soixante.

Planète C-306 Andréanne Dubuc

6 juin 3042

Ici le capitaine Davidson du vaisseau spatial B21. Mon équipe et moi sommes à la recherche d’une nouvelle planète qui pourrait nous accueillir. En effet, notre planète ne peut plus subvenir à nos besoins et produire les ressources nécessaires, en raison de la surpopulation. Il faut donc trouver en vitesse un lieu où une partie de la population pourra être relocalisée. Aujourd’hui, la mission NewLand débute.

5 novembre 3043

Le vaisseau spatial B21 est finalement entré dans une nouvelle galaxie se trouvant à quatre cents millions d’années- lumière de notre planète d’origine. Même si la route fut longue, nous sommes présentement dans une galaxie où l’espoir règne. Celle-ci a la forme d’une galaxie spirale barrée ayant un diamètre entre 100 000 et 120 000 années- lumière. Elle comprend entre deux cents et quatre cents milliards d’étoiles et environ cent milliards de planètes. Parmi celles- ci, une, qu’on nomma C-306, attira particulièrement notre attention. Nous nous dirigeons à l’instant vers celle-ci.

20 janvier 3044

Nous sommes finalement arrivés à la planète C-306. Celle-ci

sommes finalement arrivés à la planète C-306. Celle-ci appartient à un système solaire composé d’une étoile

appartient à un système solaire composé d’une étoile naine d’une masse de 1,9891 ×1030 kg, d’objets célestes tels cent soixante-quinze satellites naturels et plusieurs planètes dont la C-306. Elle représente la cinquième plus grande planète et la plus massive des planètes telluriques. Avec son atmosphère, sa couche d’ozone, son champ magnétique et son hydrosphère, cette planète serait la place idéale pour accueillir notre population. Nous avons réussi. Notre race pourra survivre grâce à nous! J'ordonnai alors à mon équipage de trouver si des extraterrestres habitaient cette planète. Je fus informé qu’une race assez avancée la peuplait déjà. Je demandai alors à mon équipe d’approcher le vaisseau davantage de cette planète pour en apprendre mieux sur ses habitants. En effet,

si nous voulions vivre sur C-306, il était important de voir comment ils y survivaient avant d’y emménager et de cohabiter avec eux. Cependant, en approchant à 2 000 km d’altitude de la planète, l’alarme poussa un hurlement qui nous secoua tous. Cela indiquait qu’il y avait des objets dans les paramètres qui pouvaient nuire au vaisseau. En regardant par la fenêtre, je m’attendais à voir des capsules spatiales. Cependant, je vis des milliers de déchets. Comment est-ce qu’une population pouvait être assez négligente pour laisser des déchets circuler dans son atmosphère? Je décidai donc d’étudier, pendant un an, avec l’aide de mon équipage, plus amplement la vie des gens sur cette planète afin de savoir si nous pouvions réellement nous mêler à eux.

Août 3044

Tout au long de l’été, le même scénario s’est répété. Des gens, qui fuient un pays où leurs semblables sont massacrés par des bombes et des fusils sont retrouvés noyés. Jour après jour, des navires coulent, faisant des centaines de victimes, de gens qui avaient comme seul espoir de vivre et, jour après jour, la scène internationale regarde le spectacle de loin, sans agir pour autant. Mais quelle invention imbécile, la guerre! Elle a comme seul but d’obtenir plus de pouvoir, plus de ressources et plus d’argent sans se soucier des victimes qu’elle fait.

5 novembre 3044

Sur la planète C-306, un scandale est survenu ce 5 novembre. Des

l a

malhonnêteté des riches qui essaient de s’exempter d’impôts, une méthode de prélèvement fiscal

qui permet de redistribuer l’argent et d’offrir des services aux communautés. Alors, pendant que les plus riches trouvent le moyen d’économiser des millions de dollars, plusieurs n’ont pas d’emploi, plusieurs n’ont pas accès

à l’éducation, plusieurs n’ont pas

assez d’argent pour manger, plusieurs n’ont pas de maison et

un continent complet n’a pas accès

à l’eau potable. On peut en effet

dire que la justice règne là-bas.

p a p i e r s

o n t

e x p o s é

7 janvier 3045

Un désastre est arrivé aujourd’hui sur la planète C-306. Un journal humoristique ayant publié des caricatures a été la cible de deux hommes armés. Ils ont tué 12 personnes dont huit ayant participé à créer la caricature humoristique. Nous pouvons réellement dire qu’ils sont morts de rire.

20 janvier 3045

Aujourd’hui marque la fin de l’année allouée à la race qui habite la planète C-306 pour déterminer si nous pouvons ou non cohabiter avec celle-ci. Aujourd’hui marque aussi l’investiture d’un président qui, dans sa vie, a agressé plusieurs femmes, a créé une fausse université et est raciste. Si les habitants de cette planète acceptent d’élire une telle

personne comme représentant, quel message est-ce qu’ils nous envoient? Comment ces gens pourraient cohabiter avec nous s’ils ne sont même pas capables de se respecter entre eux? Après un

Lunarium Justin Teixeira

C’est l’année 2101. L’humanité a été divisée depuis la Grande

G u e r r e d e 2 0 7 3 e t a é t é

reconstruite en quatre continents principaux. À l’extrême ouest du globe, le continent démocratique

À l’extrême ouest du globe, le continent démocratique américain est composé des continents précédemment connus

américain est composé des continents précédemment connus de l’Amérique du Nord, de

l’Amérique centrale, de l’Amérique

d u S u d e t d e l ’ O c é a n i e ,

respectivement nommés Zone Nord, Zone centrale, Zone Sud et Zone océanique. Toutes les zones sont composées de villes dans lesquelles le peuple américain

an, il est temps pour nous d’abandonner le projet C-306, planète surnommée « Terre » par s e s h a b i t a n t s , e t d e n o u s concentrer sur un astre réellement viable.

habite dans un environnement de vie libre. Tous les quatre ans, le peuple américain doit voter pour un groupe de leaders intellectuels connus sous le nom de Gardiens pour superviser divers domaines tels que l’économie, le droit, la sécurité, l’exploration spatiale et militaire. De l’autre côté de l’Atlantique, le continent unifié d’Europe est composé de tous les pays européens connus et du vieux continent africain. Ce continent est séparé en deux zones connues sous le nom de la Zone Euro et la Zone sombre, où des millions de personnes sont mortes pendant la Grande Guerre pour obtenir ce territoire très contesté. Continuant vers l’est du globe, le continent socialiste de l’Union soviétique est composé du pays précédemment connu comme la Russie et d’autres pays d’Europe de l’Est tels que l’Ukraine et la Pologne. Ce continent est fusionné en une zone appelée la Zone soviétique. Enfin, à l’extrême est du globe, le continent communiste d’Asie est construit par tous les pays asiatiques précédemment connus. Ce continent comprend trois zones : la Zone arabe, qui comprend les anciens pays du

Moyen-Orient, la Zone chinoise et

la zone pacifique.

Le premier jour de l’année, les Américains se préparent à l’inauguration de leurs septièmes Gardiens. Ce groupe est dirigé par le célèbre, charmant et très intelligent leader du domaine de

l’exploration spatiale Jett Simons. Jett a été choisi par le peuple

a m é r i c a i n à c a u s e d e s a technologie nouvellement créée

q u i t r a n s p o r t e l e s o n d e s

lumineuses à travers l’espace tout

e n i g n o r a n t l a c i n q u i è m e dimension du temps. Cela permet aux ondes lumineuses d’atteindre des galaxies encore inexplorées au- delà des moyens de la technologie moderne. Jett explique que son équipe peut réaliser ce processus en utilisant la téléportation quantique des ondes lumineuses. Il espère découvrir de nouveaux éléments en passant ces ondes lumineuses à travers leur structure atomique et en calculant, à l’aide d’algorithmes de calcul complexes, l e n o m b r e d e p r o t o n s e t d’électrons qu’ils contiennent. Pendant cinq mois, Jett et son équipe travaillent jour et nuit pour essayer de faire fonctionner leur technologie avec peu ou pas de succès jusqu’à ce qu’un soir, dans la salle de contrôle de la station spatiale continentale, Jett entende un cri. Cela avait marché. L’onde lumineuse s’était téléportée et ne s’arrêtait pas. La distance

p a r c o u r u e a u g m e n t a i t

exponentiellement à la seconde, personne ne pouvant comprendre ce qui se passait jusqu’à ce que, soudain, le compteur s’arrête.

L’onde lumineuse avait atteint Andromède, une autre galaxie à environ 2,2 millions d’années- lumière. Mais pourquoi cela s’est-il arrêté? Quelque chose l’avait bloquée. Quelque chose que l’humanité n’a pas pu voir à cause de son noyau atomique condensé qui ne laisse pas traverser la lumière. Jett et son équipe ont conclu que cet objet était un nouvel élément sur une nouvelle planète appelée Lunari qui, en divisant ses atomes, pourrait créer une explosion nucléaire cinq fois plus puissante que l’uranium. Avoir cet élément pourrait

a c c o r d e r à q u e l q u ’ u n u n e puissance militaire presque infinie.

Un an plus tard, les nouvelles de l’invention des Américains se répandent rapidement et tous les continents planifient une mission spatiale pour explorer cette

nouvelle planète dans les semaines

à venir. Comme cette mission était

si loin, ils devaient traverser un trou de ver pour atteindre la galaxie d’Andromède. Chaque continent ne pouvait envoyer qu’une seule personne sur cette mission parce que les trous de ver ne peuvent laisser passer qu’une personne à la fois : Jett pour l’Amérique, Hugo pour l’Europe, Sébastian pour l’Union Soviétique et Qin pour l’Asie. Tous les hommes sont partis le même jour pour attraper le vortex qui pourrait les transporter directement à la galaxie d’Andromède. Comme Sébastian était le premier à s’approcher du trou de ver, Hugo a vu l’occasion de l’interrompre quelques secondes avant d’entrer,

car il avait repéré un moteur défectueux. Hugo avait battu

S é b a s t i a n

millisecondes, mais Sébastian était déjà entré. Le trou de ver se fermait rapidement sur Sébastian

et il se sentait plus lourd jusqu’à ce

que, finalement, toute sa matière atomique soit écrasée et relâchée dans l’espace. Ainsi, Hugo fut le premier homme à atteindre la galaxie d’Andromède. De retour dans la galaxie de la Voie lactée, Jett et Qin étaient en train d’avoir

une bataille spatiale et tiraient l’un sur l’autre avec des faisceaux laser. Bien que Qin fût le pilote spatial le

p l u s r a p i d e d u m o n d e , l a

technologie de téléportation de particules quantiques de Jett était trop difficile à éviter et Qin a rapidement péri dans un espace

infini. Jett a finalement traversé le trou de ver pour continuer son voyage à Lunari. Après trois semaines de voyage à travers la galaxie d’Andromède, le radar de Jett sonne pour indiquer qu’il atteindra bientôt Lunari. Soudain, son radar détecte le vaisseau spatial de Hugo, passant juste à côté de Lunari. Cela rend Jett perplexe; il ne peut comprendre pourquoi jusqu’à ce qu’il reçoive une transition de Hugo lui-même :

« Jett, Lunari n’est pas une planète, c’est une lune. J’ai trouvé

la vraie planète, mais il y a plus :

q u e l q u e s

p a r

m e s c a p t e u r s d é t e c t e n t l e mouvement de la vie sur cette planète. Maintenant, écoutez, je sais que nous ne nous battons pas pour le même continent, mais je suggère que nous fassions équipe et explorions pour le bien de l’humanité. Qu’en dites-vous? »

Jett accepta rapidement et les deux hommes descendirent lentement sur la planète.

En descendant, les deux hommes ne pouvaient observer aucune forme de vie alors que leurs radars détectaient de lourdes formes de vie. Tout ce qu’ils pouvaient voir, c’était de la poussière très brumeuse autour d’eux et des montagnes faites de Lunarium, le métal puissant qu’ils cherchaient. Jett sauta sur l’occasion pour recueillir des informations sur le métal, mais Hugo était toujours inquiet de la présence d’un autre être sur la même planète. Alors que Jett essayait d’extraire un échantillon pour retourner sur Terre, une explosion gigantesque a rompu le sol en dessous d’eux. Un véhicule de grande taille a surgi du sol, armé de ce qui semblait être d e s a r m e s h a u t e m e n t technologiques. Une silhouette sortit lentement de l’ombre en se révélant. Une créature humanoïde semblant avoir une peau de roche commanda des gardes actionnées par des machines pour capturer les deux hommes dans une langue inconnue. Jett et Hugo ont été jetés dans une pièce sombre à l’intérieur du véhicule où ils ont été interrogés par la créature humanoïde. Lorsque les deux hommes ont commencé à parler anglais, la créature a également changé sa langue pour l’anglais. La créature posait des questions très détaillées sur leurs voyages et leurs objectifs et ils étaient torturés lorsqu’ils refusaient de coopérer. Après des heures d’interrogatoire douloureux et épuisant, la créature

était satisfaite. Soudainement, Jett est arrivé à une conclusion : cette

Camp de base 001 Charles-Antoine Vézina

Ils m’ont contacté quelques jours avant le départ. Je me souviens encore de cette voix préenregistrée presque trop enthousiaste qui m’annonçait la nouvelle. Dans quoi est-ce que je m’étais embarqué ? Si ma femme était toujours à mes côtés, je n’aurais jamais donné ma candidature pour recevoir un aller simple vers l’inconnu. Le premier lancement de la fusée Falcon Heavy, le 6 février 2018, il y a environ 37 ans de cela, a captivé le monde entier. Cet exploit de la compagnie SpaceX assurait désormais que son programme Mars One était sur le bon chemin. Ce nouveau moyen de transport stimulait l’imaginaire d ’ u n e n o u v e l l e g é n é r a t i o n d’explorateurs ne voulant qu’une seule chose : trouver et coloniser une nouvelle planète habitable pour l’être humain. Cette volonté, plus forte que jamais, était justifiable ; la Terre ne peut plus subvenir aux besoins de notre population.

J’ai commencé à publier des articles sur Facebook pour exprimer mes opinions en matière d’exploration spatiale. Une douzaine « d’amis » et les m e m b r e s d e m a f a m i l l e m’encourageaient à continuer. Selon eux, j’avais une façon de dire les choses telles qu’elles sont. Rapidement, une compagnie

espèce inconnue planifiait une invasion sur Terre.

médiatique me prit sous son aile et en l’espace de quelques mois, mon

p a s s e t e m p s s e t r a n s f o r m a

rapidement en une carrière qui

s ’ a v é r a ê t r e e x t r ê m e m e n t fructueuse. Mes lecteurs avaient généralement des idéologies semblables aux miennes. J’arrivais même à changer la pensée de gens qui étaient auparavant contre moi. Mon discours était simple : il faut qu’une grande partie de la

p o p u l a t i o n q u i t t e l e p l u s

rapidement possible notre planète afin que celle-ci puisse avoir une chance de se régénérer. Deux jours avant mon départ, je devais me présenter à une rencontre avec les dirigeants du projet Mars One. Ils m’ont assuré que mes effets personnels sur Terre allaient être vendus et que les profits iraient directement à leur programme, comme je le voulais. Ma mission était simple : documenter la nouvelle civilisation sur Mars pour le reste de ma vie. Je ferais parvenir mes textes sur Terre toutes les deux semaines afin d’inciter la population terrestre à se joindre au camp de base martien 001. J’ai quitté la planète bleue avec un sentiment de nostalgie anticipé. Il n’y avait aucun doute que j’allais m’ennuyer de la Terre, mais mon excitation de mettre les pieds sur une nouvelle planète était incontrôlable.

Malgré le fait que SpaceX avait réussi à diminuer le temps de déplacement entre la Terre et Mars de cinquante pour cent, le périple était infiniment long. Un peu plus que trois mois au lieu de sept mois. Nous étions confinés dans un minuscule espace, sans intimité, sans repas chaud, sans douche. Dieu merci : ils avaient récemment installé des hublots et nous étions en zéro gravité. Les premiers arrivants ont eu beaucoup de tâches physiques à effectuer afin de mettre en place les installations qui maintenaient en vie une trentaine d’habitants. Malgré l’aide des robots qui avaient commencé le boulot en 2020, deux ans avant l’arrivée des premiers humains, les travaux progressaient lentement sur Mars.

La première chose que j’ai constatée à mon arrivée fut l’ambiance lourde et triste qui régnait dans cette communauté. Ce n’est pas du tout l’image du village uni et heureux que SpaceX nous transmettait sur Terre. C’est à ce moment que ma « simple » mission se transforma en un important dilemme. J’avais le pouvoir de sauver l’humanité et d’améliorer le sort de la planète Terre entre mes mains. Si je témoignais véritablement de la vie sur Mars, le programme Mars One tomberait rapidement à l’eau ainsi que cette idéologie de trouver une nouvelle planète habitable. Il

idéologie de trouver une nouvelle planète habitable. Il suffisait seulement d’embellir la réalité de mes

suffisait seulement d’embellir la réalité de mes textes…

Cinq mois se sont écoulés depuis que j’ai mis les pieds sur cette maudite planète rouge. Je ne sors même plus de mon dortoir pour observer la vie autour de moi afin d’écrire mes textes. Tout ce que j’écris est faux, mais je me dis que c’est pour le bien de l’être humain. Il semble que ma stratégie s’avère fructueuse. En l’espace de quelques semaines, la population totale du Camp de Base 001 a doublé. Il y a même des rumeurs qu’ils veulent développer un n o u v e a u c a m p à q u e l q u e s kilomètres d’ici.

Si seulement ils savaient à quel point la vie sur Mars est triste sans que ce soit moi qui leur dévoile la dure vérité. Je n’ai pas le courage de faire ça. Nous devons évacuer la Terre à tout prix si nous voulons y retourner un jour.

La Guerre de la Galaxie Daniel Gavrila

3013

La Guerre de la Galaxie Daniel Gavrila 3013 La galaxie tout entière est contrôlée par la

La galaxie tout entière est contrôlée par la race humaine. Chaque planète de notre système solaire est maintenant habitée par des humains depuis près de vingt- cinquante ans. La colonisation de notre galaxie par les humains commença par Mars en 2025. C’était le premier voyage humain qui avait comme but de s’installer sur une planète déserte et d’y instaurer la vie. Après la réussite de ce premier voyage la race humaine décida de continuer sa colonisation et d’étendre son territoire. Grâce aux nouvelles technologies, à des navettes pouvant voyager à la vitesse du son et à des combinaisons à la fine p o i n t e d e l a t e c h n o l o g i e , l’expansion de l’empire terrestre prenait très vite de l’ampleur. À ce jour, près de vingt planètes ont été colonisées comme Kepler en 2212, puis Saturne en 2307 jusqu’à

Pluton il y a exactement deux cent cinquante-quatre ans.

Je faisais partie du treizième

voyage qui avait comme mission

de coloniser Uranus en 2949. J’ai

présentement six missions de colonisation à mon actif et je suis connu comme l’un des plus grands astronautes de tous les temps.

Les humains ne sont plus divisés par race, par couleur de peau, par religion. Non! C’est maintenant à une planète qu’ils appartiennent. Chaque planète a son propre gouvernement. Au-dessus de tous ces gouvernements se trouve un chef. Le chef de la galaxie! Ce chef règne sur notre galaxie et détient tous les pouvoirs. Logé dans son grand manoir sur la Lune, ce chef est encore à ce jour le seul immunisé à toute mort naturelle. Il

a e x a c t e m e n t q u a t r e c e n t

cinquante-neuf ans, neuf mois et onze jours. Le fait que la même personne règne sur l’univers depuis aussi longtemps ne fait pas l’affaire de tous. Déjà quatre p l a n è t e s o n t g a g n é l e u r indépendance et deux d’entre elles s o n t e n g u e r r e p l a n é t a i r e puisqu’une moitié de la planète souhaite gagner son indépendance tandis que l’autre souhaite rester sous le règne du chef.

Je m’appelle Palkarbou et je suis

Saturnien, né d’un programme informatique qui a échoué. Un bogue s’est produit et, par erreur,

tout le contenu des serveurs planétaires a été stocké dans ma tête. En effet, comme j’étais un astronaute renommé, j’étais la clé de la bombe atomique. Par contre, lors du transfert de celle-ci dans mon cerveau, le reste du contenu des serveurs planétaires a été stocké dans mon cerveau. J’ai réussi à m’enfuir de la prison ultra sécurisée de la Terre, où j’ai été enfermé et utilisé comme rat de laboratoire pour trouver un moyen de récupérer toutes les données sans les endommager. Depuis ce temps, je suis le criminel le plus recherché par l’APMG (Association de la Police Militaire de la Galaxie).

Je possède les données de toutes les armées de la galaxie, les plans des armes les plus destructrices et les codes de l’arme nucléaire la plus puissante jamais construite. Je suis le cerveau du monde! Une

petite fuite d’information pourrait causer une guerre destructrice entre les planètes. Ayant accès à toutes ces informations, mon but était de renverser le chef une bonne fois pour toutes. Comment

a l l a i s - j e m ’ y p r e n d r e , m e demanderez-vous? Vous vous rappelez les codes que je détenais, ceux dont je vous ai parlé? Et voilà! C’était assez simple. Entrer les codes dans la base de données de APMG à laquelle j’avais accès

e n r a i s o n d e m o n n i v e a u hiérarchique élevé, choisir une cible et faire feu. Cible de l’attaque : la Lune! Dans un peu moins de vingt-quatre heures, tous

les humains vont me remercier. L’indépendance pour tous!

3018

Fin de la guerre. Jamais je n’aurais pensé que ça se terminerait ainsi. Dès que la mort du chef fut annoncée, les révoltes ont commencé. En l’espace de deux mois, les révoltes se sont transformées en tueries et les tueries en guerre. Tout l’univers était maintenant en guerre à cause de moi. Cette guerre dura cinq ans et me voilà aujourd’hui à quelques jours à peine de me faire expulser dans un trou noir pour trahison. Six des dix-huit planètes furent complètement détruites et près de soixante-quinze pour cent de la population galactique s’est envolée en fumée. C’est seulement aujourd’hui que je réalise l’ampleur de mes actes.

3020

Me voilà aujourd’hui dans une tout autre galaxie. Mon nouveau chez moi! Comment ai-je survécu? Je n’ai jamais atteint le trou noir. J’ai été intercepté en plein vol par un groupe de rebelles ayant colonisé une autre galaxie. Ce même groupe qui m’avait capturé vingt-cinq ans plus tôt, lors d’une de mes missions et qui avait fait de moi son espion. Personne sur la Terre n’est au courant de cette nouvelle galaxie ni de ce groupe de rebelles et encore moins de mon rôle d’espion.

La sélection Saphira Suoi

C’est le tout début de l’année 3067 sur ma planète. Chaque famille a

une fille et un garçon, ça a toujours été comme ça. Je me nomme Idris, j’ai un seul frère nommé Logan. Mes parents ont perdu la vie il y a deux ans à cause de la dernière pluie de météorites qui a frappé notre planète. J’ai eu quinze ans il

y a quelques jours et mon frère en

a vingt. Il me protège toujours,

même si je n’aime pas du tout ça. Il fait ça surtout parce que cette année, c’est l’année de la

« sélection ». La sélection n’arrive

que tous les dix ans et c’est une journée importante, car c’est la journée où le gouvernement choisit deux jeunes garçons pour aller dans une autre galaxie dans le but d’améliorer notre société avec de nouvelles substances. Les seules personnes ayant survécu à la sélection et qui sont revenues sur Terre sains et saufs ont été deux hommes, en 2045. Ces deux hommes ont découvert une substance qui nous a permis de se déplacer sans auto: grâce à eux, nous pouvons voler dans l’air, comme des oiseaux!

Habituellement, ce ne sont que les hommes qui y vont, car ils ont les connaissances pour ce genre de chose. Cependant, aujourd’hui, le gouvernement nous informe qu’ils vont choisir un garçon et une fille pour aller découvrir une nouvelle substance importante à notre survie. Il y a quelques jours, le gouvernement nous a envoyé des

Il y a quelques jours, le gouvernement nous a envoyé des lettres mentionnant que des scientifiques

lettres mentionnant que des scientifiques avaient découvert que le sang d’une fille contient des globules rouges différents de ceux d’un garçon et que ces globules rouges permettront à notre société de découvrir une substance nommée Arya, sur la planète de Yora, qui nous rendra immortels, grâce à un vaisseau spatial. C’est pour cela qu’ils ont choisi une fille cette année. Et si c’était moi qui me faisais choisir? En plus, personne de ma planète n’est jamais atterri sur la planète Yora, elle est beaucoup trop loin de chez nous. Cependant, ce nouveau vaisseau spatial est différent des autres grâce aux globules rouges des filles. Il peut se rendre beaucoup plus loin, en peu de temps.

Le jour arrive enfin: toute la société se rassemble autour du podium du président Rory. J’observe tout le monde et personne n’a l’air nerveux, sauf moi. Rory annonce les deux candidats: Idris et Logan. Mon corps veut s’effondrer, mon sang

va geler dans mes veines: Logan me rattrape juste avant que je m’écroule sur le sol. Pourquoi nous ont-ils choisis? Je ne comprends pas. Je regarde mon frère et je vois une larme couler sur sa joue droite. Tout le monde crie autour de nous, c’est le chaos total.

Quelques semaines passent après le jour de la sélection, puis je me sens finalement prête pour cette grande aventure. Pendant la sélection, le président Rory nous avait mentionné que le vaisseau spatial qui allait nous mener sur la planète de Yora se trouvait chez lui. C’est aujourd’hui que Logan et moi avons décidé d’aller chercher ce fameux vaisseau spatial, car si ce n’est pas maintenant, alors quand?

La seule manière de faire fonctionner ce vaisseau spatial est de faire une incision sur mon poignet pour récupérer un échantillon de mon sang, car il contient les globules rouges que les hommes n’ont pas. Je fais une minuscule incision dans ma peau, mon sang blanc et opaque coule et j’en mets une goutte dans un pot. Je le verse dans un tuyau du vaisseau spatial et il commence à vibrer: un signe de départ.

Tout est près pour le grand décollage, mais une seule chose ne l’est pas: moi. Je n’ai pas envie d’y aller mais je n’ai pas le choix, car c’est ce qui est mieux pour ma société. Je dois absolument trouver la substance Arya, qui nous rendra finalement immortels.

Nous rentrons dans le vaisseau spatial et au moment où nous nous assoyons sur nos bancs, les portes se ferment et un compteur commence:

10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2… 1 et VROOOM.

Le vaisseau spatial commence à monter du sol, et j’observe tout le monde d’en bas. Ils ont tous l’air de fourmis. La vitesse augmente de plus en plus et en quelques minutes, je me retrouve à l’envers. Je crois que je suis arrivée sur la planète de Yora. Je me tourne vers Logan: il est couvert de verre brisé venant de la fenêtre et il a un poteau en métal dans son cœur. Logan est mort à mes côtés en un clin d’œil! Je n’ai pas pu le protéger comme il l’a fait pour moi toute ma vie. Une substance étrange commence à couler de ses coupures et de son cœur; on dirait que c’est un liquide bleu. Ce n’est pas notre sang opaque et blanc, que j’ai l’habitude de voir. C’est plutôt un liquide bleu avec une odeur étrange.

Je pousse la fenêtre du vaisseau spatial et je prends une bouffée d’air, car on dirait que j’hallucine. Tout est poussiéreux dans l’air; il n’y a absolument rien, pas d’arbres, pas d’eau, ni d’animaux. Je retourne dans le vaisseau spatial et une ombre venant de ma chaise commence à bouger :

— Idris? C’est Logan.

Partie trois :

Des yeux brillants avides de découvertes

11 000 mètres sous la mer Gabrielle Côté

A u j o u r d ’ h u i

historique. Le 21 octobre 2118 sera le jour où la mission MSUB20 battra des records et s’aventurera dans la tranchée de Mariana, le point le plus profond de nos océans. Dans le passé, plusieurs hommes ont tenté la descente. En 1960, à bord du Trieste, ce sont Don Walsh et Jacques Piccard qui ont battu le record en descendant jusqu’à 10 916 mètres sous la surface. Depuis ce jour, leurs exploits ne font qu’être mis au défi par de grands aventuriers millionnaires, qui peuvent se payer les prix exorbitants des nouvelles technologies sous-marines. En 2102, le record fut presque battu par les actrices américaines Nicole Simard et Amanda Norris. Par contre, ces dernières durent remonter 5 mètres avant le record,

car elles arrivèrent à la fin de leur playlist iTunes. À la suite de cet échec, tous les sous-marins furent

é q u i p é s d ’ u n c e n t r e d e divertissement complet. Afin de faire place à ce dernier, les ingénieurs durent enlever les bombonnes d’oxygène de secours, maintenant considérées comme un

l u x e

n o n n é c e s s a i r e .

Malheureusement, malgré cet ajustement, ces profondeurs ne furent plus jamais atteintes.

s e r a

u n

j o u r

Par contre, aujourd’hui, tout cela va changer. L’équipe du MSUB20 tentera de descendre au point le plus profond de la tranchée.

de descendre au point le plus profond de la tranchée. Estimés à des profondeurs de 11

Estimés à des profondeurs de 11 034 mètres, ces paysages obscurs font partie des 95 pour cent des océans encore inexplorés. Ce sera le jour où l’équipe, minutieusement choisie, du MSUB20 guidera les premiers humains jusqu'aux secrets qui se cachent au fond de la tranchée. L’équipe, composée de deux femmes et d’un homme, fut choisie à l’aide d’une longue suite d’épreuves. Toutes les épreuves furent télévisées mondialement, et ce fut le public qui vota pour le

destin de leurs participants favoris.

s e m a i n e s

A p r è s p l u s i e u r s

d’élimination, ce fut Agata Borowski, la Polonaise de 22 ans, qui gagna le vote du public en

raison de sa popularité sur les médias sociaux. Par la suite, ce fut Juan Santamaria, le Colombien de 43 ans, fils de l’un des plus grands investisseurs du projet, qui reçut assez de « votes » pour être dans l’équipe. Finalement, le troisième membre de l’équipe élue fut S a m a n t h a S m i t h , l a j e u n e adolescente américaine de dix-huit ans, qui était une favorite du public en raison de son décolleté provocateur. C’est cette équipe de jeunes ambassadeurs mondiaux qui deviendront aujourd’hui des pionniers de la science moderne.

Le moment est arrivé. Plus de cent robots journalistes sont présents, au port japonais, pour ce grand départ. Directement sortis de leur séance photo de départ, Agatha, Samantha et Juan s’aventurent pour la première fois à bord de leur engin. Le sous-marin, complètement automatisé, les mènera à une profondeur de 11 034 mètres avant de les ramener à la surface.

10 h 45

La descente commence.

Les premiers quarante mètres sont faciles. Ceci marque la limite de profondeur pour la plongée récréative.

C’est à 100 mètres que les choses se corsent. C’est la limite où la plongée récréative peut devenir dangereuse.

À 500 mètres, on arrive à la limite de la profondeur à laquelle les

baleines bleues plongent, malgré le fait que l’espèce est disparue depuis plusieurs années.

A 535 mètres, la pression de l’eau

est équivalente à celle d’un ours polaire qui marche sur une pièce de vingt-cinq sous.

Les 1 000 mètres marquent la limite où la lumière peut pénétrer. La pression ressentie à cette profondeur équivaut à celle qu’un

humain ressentirait à la surface de

la planète Vénus.

À 2 250 mètres, on retrouve la

limite à laquelle le cachalot plonge.

À 4

profondeur moyenne des océans.

267

mètres,

on

atteint

la

À 6 000 mètres, la pression est

1 100 fois plus grande que celle

ressentie à la surface de la Terre.

À 8 848 mètres, on arrive

hauteur du mont Everest.

à

la

Et puis finalement, à 10 916 mètres, Agatha, Samantha et Juan passèrent le point le plus profond atteint par des humains. Ces

derniers célébrèrent leur victoire brièvement avant d’atteindre les

11 000 mètres, et de réaliser qu’il y

avait quelque chose qui ne fonctionnait pas.

Samantha fut la première à remarquer qu’elle se sentait moins pesante qu’avant. Soudainement, les trois explorateurs tombèrent dans une sorte d’apesanteur. Le sous-marin commença à accélérer. Une force quelconque poussa les

explorateurs au plafond comme si la surface venait de changer de côté. C’est alors que Juan remarqua que de la lumière commençait à pénétrer l’eau. Agatha, elle, vit pour la première fois de sa vie de grands animaux nageant autour du sous-marin. Les trois savaient maintenant que, malgré leurs croyances, le sous- marin remontait à la surface et ne s’enfouissait pas dans le fond de l’océan.

Lorsque le sous-marin arriva à la surface, le brusque arrêt fit tomber les explorateurs. Les trois décidèrent alors de sortir de l’engin afin d’être accueillis par leurs milliers de supporteurs virtuels. Par contre, ce qu’ils virent à la sortie du sous-marin n’était pas du tout ce que les trois jeunes adultes s’attendaient à voir. Devant eux se dressait de la terre,

Diplômée en destruction Amanda Jipa

J’ai toujours été rêveuse. Depuis ma plus tendre enfance, on m’a dit que je pouvais accomplir tout ce que je voulais. Cette naïveté et cette innocence, quelque peu corrompues, je ne le nierai pas, m’ont suivie jusqu’à la fin de mes jours. En fait, c’est elles qui m’ont enterrée. Mes collègues et ma famille m’ont déconseillé de faire les expérimentations. Mais je devais les faire… pour mes ancêtres. Pour mon pays. Pour bâtir un monde meilleur.

de l’eau, des plantes et des animaux qu’ils n’avaient jamais

v u s a u p a r a v a n t . C e l a n e ressemblait pas du tout à la Terre sur laquelle ils avaient grandi, avec un ciel gris et un vent constant sec et chaud. C’était simplement magnifique. Samantha reconnut quelques-uns des animaux par leur ressemblance aux dessins animés qu’elle écoutait lorsqu’elle était petite. Lorsque les jeunes levèrent

la tête, ils aperçurent ensuite qu’ils

n’étaient pas du tout à la surface. Ils se situaient plutôt dans une sorte de monde inversé. Cette gigantesque salle ronde fermée était recouverte de terre et d’océans et retenue par une force de gravité quelconque. Les trois restèrent silencieux pendant un moment. Finalement, ce fut Juan qui se prononça : « On nous a menti… La Terre n’a jamais été pleine… »

Mes années universitaires n’ont

pas été faciles, mais j’ai fini avec la

m e i l l e u r e m o y e n n e d e m a promotion. J’attribue ce succès à ma persévérance et à ma curiosité quasi innées. J’ai obtenu mon diplôme d’études universitaires le jour de l’annonce officielle du Peak Water du dernier glacier en Suède. Dorénavant, la quantité d’eau douce déversée dans les fleuves de ma région, l’une des plus industrialisées dans le monde, serait dangereusement minime. Et

là, les vrais conflits allaient commencer. À la lumière de cette inquiétante nouvelle, j’ai senti le devoir de mettre à profit les connaissances que je venais d’acquérir au cours de mes cinq années en médecine. Je me suis rappelé l’histoire de mes ancêtres ayant péri dans la guerre civile suivant le fameux Jour Zéro au Cap. Impossible de laisser la violence l’emporter une fois de plus; heureusement que la science était de mon côté.

de plus; heureusement que la science était de mon côté. Afin de combattre les pénuries d’eau

Afin de combattre les pénuries d’eau à travers le monde, je comptais inventer une technologie qui enlèverait les contaminants de l’eau qu’il nous restait tout en la filtrant, afin qu’on puisse la recycler plus efficacement. Pour ce faire, j’ai développé un immense réseau de zones humides qui absorberait les polluants des eaux usées. À travers mes quelques semaines de recherche, j’ai rencontré deux spécialistes dans le domaine du réchauffement climatique, ainsi que deux

diplômés en gestion, et ensemble nous avons formé une équipe. Nous avons d’abord expérimenté à Stockholm, et bientôt, notre projet prit une ampleur nationale. L’instauration de zones humides servant à la clarification de l’eau

n’était rien de neuf. En effet, si je ne me trompe pas, cela existait même dans le temps de mes ancêtres sud-africains! Ce qui allait distinguer nos nouvelles technologies des plus vieilles, c’était l’utilisation de plantes aquatiques flottantes, mais qui se reproduiraient à une telle vitesse

q u e n o u s n ’ a u r i o n s p a s à

intervenir pour accélérer le

processus. Sans oublier que nos

z o n e s h u m i d e s s e r a i e n t gigantesques: c’était vraiment notre dernière chance de sauver la planète et ses nombreux habitants. Nils et Klara, les diplômés en gestion, avançaient que cela serait avantageux du point de vue économique. Elias et Astrid, les scientifiques, de leur côté me prévenaient du danger qu’on pourrait rencontrer à intervenir dans la nature. J’avais si soif d’accomplir quelque chose d’aussi important et immense que j’ai

b o u c h é m e s o r e i l l e s a u x scientifiques qui étaient, de toute

façon, bien moins spécialisés que moi. Je me dirigeai donc vers le laboratoire où j’avais complété mes études quelques mois auparavant, et je me mis à analyser la reproduction d’espèces à croissance rapide. Malgré les critiques des scientifiques de mon entourage, j’ai pu proposer mon projet au gouvernement suédois, et il fut accepté et bientôt mis en

m a r c h e .

lagunages seraient construits à travers le pays en trois mois.

c e n t s

M i l l e

d e u x

— Mademoiselle Thunberg! Vos plantes! VOS PUTAINS DE PLANTES SONT PARTOUT!

En un mois, notre équipe a fait trois millions de couronnes suédoises vu l’apparent succès de nos technologies. Nous restaurions l’espoir chez notre peuple en même temps de faire fortune… C’était magique.

J’ai allumé la télévision. La ville de Helsinbourg, où l’on avait installé le plus de lagunages, était submergée par nos plantes qui ne cessaient de croître. Les égouts étaient bloqués et les plantes avaient atteint les fondations des

12 avril 2118. Minuit onze: l’heure qui était affichée sur mon iPhone 381Z quand j’ai répondu à l’appel d’Elsa Kvistad, première ministre suédoise.

bâtiments. On annonçait déjà des milliers de blessés et des centaines de décès. Un avis d’évacuation défilait dans le bas de l’écran et j’entendais au loin le son de sirènes. Incapable d’écouter

Mademoiselle Thunberg! s’exclama-t-elle d’une voix d i s t i n c t e m e n t e f f r a y é e . Mademoiselle Thunberg! Écoutez les nouvelles! Vos lagunages ravagent le pays!

passivement cette souffrance, je me suis précipitée vers la sortie, pressée d’aider les pauvres victimes de mon inadvertance. En déposant le pied en dehors de ma demeure, j’ai reçu une balle provenant de la main d’Astrid. Avant qu’elle traverse l’outil

À

m o i t i é

e n d o r m i e ,

j e

n e

m’ayant permis de concevoir ce

comprenais

pas

ce

qu’on

me

réseau de plantes destructrices, j’ai

communiquait.

 

pensé à mes ancêtres. Ils n’étaient pas morts pour que le monde voie l’aube d’un nouveau Jour Zéro…

Sauvons la planète un véhicule à la fois Margot Vinet

En ce matin glacial du mois de mars 2020, le réveille-matin du jeune Isaac sonne de plein fouet. Malgré le volume au maximum, le jeune Isaac se bat pour poursuivre son sommeil profond. Étudiant en chimie dans une université très réputée du Québec, Isaac souhaite fortement rester au lit en cette journée hivernale très froide et sombre puisqu’il a travaillé sur un

travail presque toute la nuit. Il ouvre l’œil et en regardant l’heure, il décide de rester au lit un petit p e u p l u s l o n g t e m p s q u ’ à l’habitude. À l'aise et confortable dans son sommeil, Isaac se fait réveiller de façon brusque par le bruit alarmant de multiples klaxons qui semble provenir de la rue principale. Il ouvre donc ses yeux doucement alors que son

regard se pose sur son cadran qui indique 12:00. En sursaut, Isaac se lève de son lit comme une flèche et, à la vitesse de la lumière, s’habille, se brosse les dents, descend au rez-de-chaussée et court vers l’arrêt d’autobus. Alarmé par la situation, le jeune étudiant assidu et organisé est anxieux face à son retard considérable en classe puisque cela est une situation qui ne lui arrive jamais.

Une fois à l’arrêt d’autobus, essoufflé, Isaac prend position sur le siège et attend son passage. Près de trente minutes après son arrivée, Isaac s’y retrouve toujours puisque l’autobus n’est toujours pas passé. Il regarde sa montre et constate qu’il n’arrivera pas à temps pour son dernier cours de la journée. Il prend donc la décision de rebrousser chemin et d’aller faire des travaux chez lui. Sur le chemin du retour, Isaac est déçu d’avoir manqué une journée d’école puisque son champ d’étude le passionne vraiment. Les sciences ont une grande place dans sa vie. Il aime réfléchir, créer et surtout innover. En marchant sur la rue, le jeune scientifique réalise à quel point la présence de véhicules roulant au pétrole sur les routes au Québec est énorme.

« Ah, ces satanées voitures. Elles sont tellement bruyantes et e n g e n d r e n t u n e q u a n t i t é astronomique de pollution. Je pense qu’il devrait exister un carburant écologique pour réduire l’empreinte écologique de ces véhicules puisque notre planète

m o u r r a p r o c h a i n e m e n t s i personne ne passe à l’action. Je devrais mettre la main à la pâte et tenter d’être cette personne qui trouvera la solution à cette pollution monstrueuse », pense Isaac avec conviction.

cette pollution monstrueuse », pense Isaac avec conviction. Touché par cette situation qui est d i

Touché par cette situation qui est

d i r e c t e m e n t r e l i é e a u

réchauffement climatique et qui l’alarme considérablement depuis un certain temps, Isaac décide de prendre son après-midi de congé

pour mettre son savoir au profit de l’environnement. Emballé par cette idée géniale, Isaac déborde de motivation et décide de mettre son grand intérêt pour les sciences

à l’épreuve en tentant d’améliorer

la situation catastrophique du réchauffement climatique en découvrant une alternative au pétrole qui serait inoffensive pour l’environnement.

« Je vais révolutionner le monde

avec ma nouvelle invention! Mon c a r b u r a n t é c o l o g i q u e s e r a l’invention scientifique du siècle! », pense Isaac.

Isaac souhaite développer une solution miraculeuse qui sera inoffensive pour l’environnement,

mais ce n’est pas un jeu d’enfant.

U t i l i s a n t s o n s a v o i r , s e s

connaissances ainsi qu’en fouillant sur Internet, de site web en site web, de recherche scientifique en recherche scientifique et de livre en livre, Isaac pense avoir rapatrié les éléments nécessaires pour créer une solution chimique pouvant remplacer le pétrole. Il descend donc dans son sous-sol où se trouve un petit laboratoire de chimie. Ayant en main tout le matériel scientifique ainsi que les solutions chimiques nécessaires à la fabrication de la solution miracle, Isaac se vêt de ses lunettes, de son sarrau ainsi que de ses gants et commence à mélanger les proportions des solutions à sa disposition. Suivant sa théorie à la lettre, Isaac pense avoir concocté u n e s o l u t i o n q u i p o u r r a i t révolutionner le monde des transports. Surexcité par sa soi- disant découverte, Isaac sort dehors à la course pour aller essayer son carburant écologique dans le véhicule de ses parents, mais réalise rapidement que ses parents sont encore au travail et qu’il n’y a pas d’automobile à sa disposition pour tenter son expérience.

Attristé par cette situation, Isaac réfléchit et se souvient que son père vient de s’acheter une nouvelle voiture et que l’ancienne est dans le garage. Convaincu que son carburant révolutionnaire est sans danger, il retire le pétrole de l’automobile et y verse une partie de la solution chimique. Nerveux à l’idée de briser le moteur du véhicule, Isaac reste fermement convaincu qu’il vient de produire le nouveau carburant moderne. Il

tente donc de démarrer l’auto. Pour un bref instant, un léger bruit de démarrage se fait entendre, mais Isaac se met à percevoir de la fumée.

« Oh non! Mais qu’est-ce que j’ai fait? », s’exclame Isaac.

Horrifié par cette tournure d’évènements, il éteint le moteur en vitesse et observe les dommages physiques sur l’automobile. Heureusement pour Isaac, la fumée a cessé et le mécanisme du moteur semble intact.

Isaac doit donc réviser ses notes ainsi que les substances utilisées, leur quantité et leur concentration. Isaac se creuse la tête et poursuit ses recherches. Après trois heures de travail ardu, il réalise qu’il manque un ingrédient qui aidera à l’activation du moteur. Isaac a établi les caractéristiques de cet ingrédient manquant, mais ne semble pas capable de l’identifier. Puisqu’il est épuisé, il décide d’aller expliquer son projet du jour à ses parents. Ses parents sont emballés par le projet et félicitent Isaac pour son travail. Comme trois têtes valent mieux qu’une seule, ils décident de réfléchir tous ensemble à identifier l’ingrédient mystère.

Après plusieurs heures de

d i s c u s s i o n m o u v e m e n t é e ,

l’ingrédient mystère s’avère être

l’huile de cannabis en raison de ses

p r o p r i é t é s m i r a c u l e u s e s ,

biologiques et énergétiques. Puisqu’elle possède une plantation de cannabis, la famille d’Isaac se

dépêche d’aller cueillir quelques feuilles de cannabis pour en extraire l’huile. Isaac se précipite dans son laboratoire de chimie et en ajoute une quantité précise au carburant écologique qu’il a conçu plus tôt. Fier de son fils, le père d’Isaac lui propose de mettre à l’épreuve le carburant écologique sur sa nouvelle voiture. Enchanté, Isaac est maintenant prêt à vivre son moment de vérité.

C o m m e p r é vu ,

chimique d’Isaac est un grand succès, la voiture démarre, roule

s o l u t i o n

l a

Sarquofax Audrey-Ann Belzile

10 juin 2050. 7 h 00 du matin. Le réveille sonne. Je me prépare un café bien noir et deux rôties tartinées à l’avocat comme à l’habitude. J’enfile mes vêtements les plus confortables et mets par- dessus la touche finale: mon sarrau blanc. Je suis prête, alors je me rends au travail, dans une firme qui se nomme Canquo. Cela fait plus de quatre ans que ma routine est la même. Les mêmes mouvements, les mêmes habits, la même nourriture et finalement, la m ê m e e x p é r i e n c e . D e p u i s quelques années, le cancer touche environ trois quarts de la population. Si la tendance se maintient, il n’y aura plus d’humains sur cette planète dans maximum cinquante ans. C’est pourquoi je travaille tous les jours avec plus de deux mille collègues sur les cellules cancéreuses afin de trouver un remède contre cette

avec succès, ne produit pas de gaz à effet de serre. Tout emballé par sa nouvelle invention, Isaac se promène en voiture dans la ville de Montréal et crie sur tous les toits qu’il révolutionnera le monde des transports!

Impressionnant ce que manquer son autobus un matin d’école peut apporter à la science! Cette invention par le jeune scientifique Isaac ne fut que le début de sa carrière scientifique qui fut remplie d’une foule de découvertes subséquentes.

maladie. Malgré la routine, aujourd’hui est un grand jour. Une é q u i p e d e l a f i r m e a u r a i t finalement créé une substance qui contrôlerait le développement du cancer chez les cellules. Si celle-ci fonctionne, elle pourrait être administrée en vaccin à toute la population et mettre un trait sur le mot cancer pour toujours. J’observe avec toute mon attention les cellules cancéreuses et leur ajoute la substance nommée Sarquofax. Étonnamment, la réaction est instantanée. Je vois déjà une disparition des mutations et un retour à la normale. Mes collègues voient exactement la même chose. Mais nous nous réjouirons plus tard, car nous savons tous que des changements peuvent se produire et ce, très rapidement.

15 juillet 2050. Aucun changement notable sur les cellules depuis le 10 juin selon plusieurs facteurs. Le directeur général de la compagnie nous ordonne donc de commencer à produire du Sarquofax en quantité industrielle. Il est temps

du Sarquofax en quantité industrielle. Il est temps pour le lancement du produit. Je trouve personnellement

pour le lancement du produit. Je trouve personnellement qu’il est trop tôt pour administrer cette substance à tout le monde, car selon ma perception des choses, il faudrait le tester encore et encore jusqu’à ce que la perfection du produit soit atteinte. Par contre, seulement une petite partie des scientifiques de la firme pense la même chose qui moi, alors la majorité gagne.

1 er août 2050. Jour du vaccin. Toute la population est convoquée obligatoirement dans les centres de santé afin de se faire vacciner contre le cancer. Le vaccin se d o n n e g r a t u i t e m e n t , a l o r s personne n’a de raison de ne pas recevoir le traitement. L’euphorie règne dans les villes du monde entier. Le cancer va enfin disparaître. En fin d’après-midi, je m’administre moi-même le vaccin

sur ma chaise favorite dans mon laboratoire et, malgré tout, je me

sens libre. Après toutes ces années, nous avons enfin réussi. Pour la

p r e m i è r e f o i s d e p u i s t r è s

longtemps, je décide de prendre une soirée de congé et de me rendre au bar du coin afin de célébrer. Je commande mon cocktail préféré: le mojito à la framboise. Avant de commencer à siroter mon breuvage, j’observe les gens autour de moi. Je crois que c’est le plus beau jour de ma vie. J’ai contribué à la sauvegarde de l’humanité. La soirée est encore jeune et le bar commence à se remplir. Je m’avance vers ma boisson. Illumination. Nous n’avons pas vérifié l’effet de l’alcool sur le Sarquofax. J’en étais sûre! Nous avons oublié un paramètre! J’essaie de me calmer intérieurement. Peut-être qu’il n’y aura aucun effet. J’observe autour de moi les gens qui commencent à boire et tout semble normal. Une heure plus tard, je suis toujours assise et je fixe les personnes intensément, mais rien ne se produit. Je décide donc de rentrer et de laisser mon verre de mojito sur le comptoir.

1 er août 2055. Cela fait cinq ans

v a c c i n s o n t é t é

a d m i n i s t r é s . J e t r a v a i l l e maintenant dans l’hôpital de la ville et j’adore cette nouvelle vie. Aujourd’hui est une journée hors du commun. Dix hommes avec des douleurs abdominales extrêmes sont dans la salle d’attente. Je les examine un par un et la douleur se situe exactement au même endroit. Elle semble très semblable chez

q u e

l e s

chaque homme. Alors, plusieurs tests sont faits sur eux. Je découvre, en regardant les résultats, que ces hommes sont infertiles. Bizarrement, pendant la consultation, aucun d’eux ne m’a informée d’une telle chose.

1 er octobre 2055. Depuis deux mois, une quantité industrielle d’hommes ont visité l’hôpital. Ils ont tous les mêmes douleurs abdominales et le diagnostic est toujours le même: l’infertilité. Je ressens le besoin de savoir pourquoi. Étant une personne très curieuse, il me faut toujours des réponses et peu importe les efforts qui doivent être mis pour trouver des réponses, je m’investis.

1 er août 2056. Cela fait un an que les dix hommes avec des douleurs a b d o m i n a l e s o n t f a i t l e u r apparition à l’hôpital. Je suis de

La pensée Charles Robidoux

La foule qui s’étendait à perte de vue le long des clôtures en ceinturant la voie était si bruyante que Connor ne s’entendait même pas respirer, lui, pourtant qui haletait pratiquement après avoir parcouru autant de chemin. Le soleil n’était pas encore à son zénith que la lumière reflétait tels des couteaux sur son visage dans un spectacle éblouissant. La chaussée de son côté laissait se dégager une odeur de bitume à force d’être contrainte à cette chaleur étouffante. La file d’arrivée, l’endroit le plus bruyant

retour chez Canquo. Depuis ce jour, je cherche la cause de

l’infertilité et je crois avoir enfin trouvé: chaque homme ayant reçu le vaccin pour le cancer et ayant bu de l’alcool est devenu infertile cinq a n s a p r è s l a p r e m i è r e consommation. Je crois que c’est

la fin du monde, après tout

Je crois que c’est la fin du monde, après tout 
 et festif de tout Boston,

et festif de tout Boston, en cette Journée des patriotes, il y parvenait enfin. Le jeune homme de vingt-huit ans s’était entrainé toute l’année afin de pouvoir compléter cette épreuve mythique qu’était le marathon de Boston. Il pouvait enfin apercevoir les drapeaux des différents pays qui bordaient l’arrivée; cela signifiait qu’il ne lui restait seulement que quelques enjambées de plus pour terminer le plus vieux marathon annuel. Il se plaça sur le côté gauche des clôtures pour taper

dans la main des spectateurs en furie quand…

Connor

?

Connor, réveille-toi.

Voilà maintenant déjà deux semaines que Connor avait perdu une jambe lors des explosions du marathon de Boston et toujours il refaisait le même cauchemar dans lequel il se voyait sur le point de croiser le fil d’arrivée, quand une première bombe éclata sur Boylston Street, à seulement quelques de mètres de lui. L’explosion lui déchira quasiment la jambe gauche quand des billes d’acier et des clous de métal rouillés pénétraient son membre inférieur à une vitesse fulgurante, l’envoyant du même coup dans le coma. Lorsqu’il se réveilla aux soins intensifs, sa femme Judith était à ses côtés et elle lui apprit que sa jambe avait été amputée au- dessus du genou en raison des dégâts dévastateurs de la bombe artisanale. Connor était en état de choc en apprenant la nouvelle. Il nageait entre un sentiment de haine et d’incompréhension en se remémorant les brefs souvenirs qu’il avait des attentats. Tant de p l a i s i r e t d e s e n t i m e n t d’accomplissement en un moment et en même temps un sentiment d’effroi et de douleur. Lui qui quelques heures auparavant était sur le point de compléter un marathon se retrouvait désormais en chaise roulante avec une jambe manquante.

Lorsqu’il se retourna vers sa femme qui venait de le réveiller de son mauvais rêve qui relatait un

moment noir de son existence, elle lui dit :

qui relatait un moment noir de son existence, elle lui dit : — Encore ce vilain

— Encore ce vilain cauchemar, hein?

Oui. J’ai assez hâte de passer par-dessus.

Je te comprends, mon amour.

Tu

vas voir, après aujourd’hui, tu

vas retrouver ton aplomb et qui sait, tu vas peut-être pouvoir refaire le marathon l’année prochaine. Allez, recouche-toi, c’est une journée importante aujourd’hui.

Aujourd’hui, c’était son tout premier rendez-vous avec la firme robotique Live Always, qui lui promettait le remplacement de sa jambe par une prothèse robotisée. Il espérait énormément de cette nouvelle technologie qui avait été financée par l’armée américaine dans le but d’assurer une certaine qualité de vie aux soldats ayant perdu des membres et qui avait été ensuite commercialisée par la firme robotique new-yorkaise. Cette prothèse, le modèle G-22, se

détaillait à quelques quatre-vingt-

dix mille dollars et nécessitait une

opération afin d’insérer des

récepteurs nerveux dans le muscle de sa jambe et de recréer le lien entre le cerveau et le nouveau membre qui avait été sectionné durant l’amputation. Le membre robotique venait par la suite directement se brancher sur ces mêmes récepteurs et le contrôle du membre se faisait presque inconsciemment comme si le membre robotique avait toujours été là. De plus, un amplificateur était greffé au cervelet dans le but d’augmenter le courant électrique qui se rendait au membre robotique puisque celui-ci n’était pas en mesure de capter les courants envoyés par l’encéphale.

L’opération se déroula à merveille et en moins de dix minutes, Connor était de nouveau en m e s u r e d e m a r c h e r e t d e complètement contrôler sa prothèse robotique. Il avait peine à contenir sa joie. Il courut pour prendre sa femme dans ses bras en manquant de tomber à la renverse. A p r è s q u e l q u e s t e s t s d e c o o r d i n a t i o n s e t q u e l q u e s ajustements, ils étaient prêts à retourner dans leur charmante maison du Brighton à Boston pour que Connor se remette de son opération.

+++

Quelques jours plus tard, Connor se sentait de nouveau au sommet de sa forme et avait même recommencé à courir malgré les recommandations du médecin, qui lui suggérait d’attendre quelques semaines avant de se remettre à la

course. Le soir même, ils se rendaient chez son père pour une réunion familiale afin de célébrer cette nouvelle étape dans sa vie. Son père possédait un immense manoir bâti à même le sommet du mont Moosilauke situé à deux heures de Boston. Le paternel avait

été un avocat et ensuite un juge de

r e n o m

d u

Massachusetts dans son jeune temps et avait désormais une retraite dorée presque à l’écart de la société dans sa somptueuse demeure au milieu de nulle part.

d a n s

l ’ é t a t

Après un succulent repas où son frère, ses deux sœurs, ses cousins et cousines et les parents de Judith étaient rassemblés, ils sortirent à l’extérieur en cette journée nuageuse pour prendre l’air qui était frais en cette fin du mois d’avril. Ils se rendirent à pied jusqu’au plus haut point du mont où se tenait droite et fière la tour météorologique qui desservait les alentours. Justement, après quelque temps, son père leur conseilla de retourner à la maison avant que la pluie s’abatte sur eux. Mais Connor se sentait revivre depuis qu’il portait sa nouvelle prothèse et n’écouta pas les conseils de son père. Il n’avait qu’une idée en tête, et c’était de grimper au sommet de la tour météorologique comme il avait l’habitude de le faire lorsqu’il était gamin. Tout le monde l’encouragea sauf son père et Judith qui craignaient qu’il ne glisse sur un des barreaux et se blesse, mais ne dirent rien pour ne pas briser l’atmosphère d’énergie positive. Contre toute attente, il gravit la

tour sans aucun problème, même que Connor avait l’impression que sa prothèse lui facilitait le travail. Il commença à descendre lorsque la foudre le frappa de plein fouet et Connor s’écrasa sur le sol dans une chute de neuf mètres. Lorsqu’il se réveilla, il avait le visage imprégné de la terre molle et humide. Ce qu’il vit par la suite le dérouta complètement et il se pensait en train de délirer. Il vit en effet une explosion de différentes couleurs et des faisceaux lumineux virevolter dans tous les sens. Ses yeux étaient tellement éblouis par toute cette nouvelle information inconnue qu’il avait de la difficulté à traiter et interpréter ce qu’il semblait voir.

De leur côté, ses proches étaient si stupéfaits qu’il se remette à marcher comme si rien ne s’était passé qu’ils l’emmenèrent à l’hôpital pour comprendre comment un tel exploit avait bien pu se produire.

Après avoir analysé les résultats, les médecins ne comprenaient tout

simplement pas ce qu’ils voyaient. Ils expliquèrent à Connor que c’était la première fois qu’ils étaient confrontés à des résultats comme les siens. C’était comme si des régions du cerveau qui habituellement étaient inactives étaient désormais actives et émettaient des signes d’activités cinquante fois supérieures aux régions d’activités initialement connues. Selon leurs hypothèses,

l a f o u d r e a u r a i t

f r a p p é

l’amplificateur situé sur son cervelet et aurait inversé pendant

un court instant le sens du courant et l’immense puissance électrique de la foudre aurait activé des nouvelles parties d’exploitation dans son cerveau.

Connor comprit dès lors que ce qu’il voyait était une façon de percevoir son environnement physique d’une manière différente. Mais pas simplement différente, améliorée. L’explosion de couleur qu’il avait vue au réveil de sa chute n’était nulle autre que la chaleur thermique que ses proches et son environnement émettaient. De plus, il voyait différents faisceaux et il comprit qu’il s’agissait du son et de la lumière. Il voyait effectivement l’onde lumineuse descendre vers lui et caresser sa peau à une vitesse de trois mille kilomètres par seconde. Il était capable de la toucher, de la sentir comme jamais auparavant. De la même manière, il voyait l’onde sonore sortir de la bouche de sa femme comme une vague qui tranquillement remplissait son espace visuel en se dirigeant vers son père et rebondir pour revenir vers lui dans un chaos de remous. Tranquillement, il se rendit compte que le temps était au ralenti et il voyait le cœur de sa femme pomper le sang oxygéné jusqu’à ses capillaires, il voyait l’influx nerveux partir de ses yeux jusqu’à son cerveau et finir son chemin dans les muscles de ses jambes. Il sentait les composantes d’amande, d’extrait d’orange et de lavande dans le parfum de sa femme et l’odeur de brûlé qui émanait de tout son corps.

Quelques jours plus tard, il était toujours fasciné par ses nouvelles capacités et en apprenait toujours davantage sur sa sensibilité hors du commun. Ses nouvelles capacités l’aidaient énormément dans son emploi comme architecte

p u i s q u ’ i l é t a i t c a p a b l e d e s’imaginer la construction sur

santé pour continuer à faire

f o n c t i o n n e r s e s n e u r o n e s surdéveloppés. Le mois suivant avait été en montagnes russes, lui qui avait développé un nouveau composé en mélangeant le fer, l’iridium et l’antimoine donnant

d e s p r o p r i é t é s à l a f o i s

extrêmement solides et très

laquelle il était en train de

allaient agir dans la construction et

s

o u p l e s . S o n i n v e n t i o n

travailler si précisément qu’il n’avait pas besoin d’utiliser de logiciel de conception 3D. Seulement avec son imagination, il calculait toutes les forces qui

sélectionnait les bons matériaux en fonction de ces informations. Il était si productif qu’il reçut une

révolutionna le monde de la construction et les nouvelles constructions de bâtiments situées dans des zones sismiques ne se construisirent qu’à partir de son nouveau composé. Il se vit même remettre le prix Nobel de physique grâce aux avancées qu’il avait faites. Cependant, ses problèmes

p

r o m o t i o n d e s o n p a t r o n .

de santé foisonnaient et bientôt, de

Cependant, quelque chose le

n

o m b r e u x o r g a n e s é t a i e n t

tracassait, car il était constamment

d

é f a i l l a n t s o u a v a i e n t

déshydraté et se sentait faible. Pourtant, il s’alimentait bien et

complètement arrêté d’accomplir

leurs fonctions. Il avait aussi de

u v a i t a u t a n t d ’ e a u q u ’ à

l’habitude. Mais quelque chose se passait de travers à l’intérieur de

b

gros maux de tête et il ressentait des perturbations à même sa vision améliorée, qui commençait

lui et il le sentait. Sa femme était

à

le lâcher.

inquiète de son état, elle qui avait passé si proche de le perdre à deux reprises. Elle le conjura d’aller se faire examiner par des médecins, mais il était trop obnubilé par ses capacités qu’il balayait ses arguments du revers de la main. Ce qu’ils ne savaient pas, c’était que les reins de Connor étaient en train de cesser de fonctionner

p u i s q u ’ i l s n ’ a v a i e n t p l u s suffisamment d’énergie pour

effectuer leur tâche de filtration du sang. En effet, ses neurones siphonnaient le gros de son énergie, maintenant qu’il en avait trente fois plus, et son corps s’autodétruisait au détriment de sa

Très mal en point, il se rendit à l’hôpital et les résultats des scans confirmèrent la dégradation de son

é t a t . L e s c h i r u r g i e n s l u i expliquèrent que dans peu de temps, son cœur lâcherait en entrainant sa mort s’ils ne l’opéraient pas d’urgence. Il décida que le goût de vivre et l’amour de sa femme étaient plus puissants que tout ce que son intellect démesuré lui apportait. Les chirurgiens accomplirent donc les procédures d’urgence pour tenter de lui sauver la vie tant qu’il était encore temps. Ils sectionnèrent donc le nerf qui était relié à la

partie du cerveau qui avait été amplifiée lorsqu’il avait été frappé par la foudre. L’opération fonctionna et aucune aggravation

Jörmungand Zachary Tremblay

Quatre-vingt-quinze pour cent des océans du monde demeurent dissimulés du regard humain. Quelles merveilles pourraient s’y cacher, nul ne le sait…

« Un peu plus à droite! »

Véronique LeGaule regarde au loin

a v e c u n e c o n c e n t r a t i o n inébranlable. Elle cherche sa cible, celle qu’elle a aperçue il n’y a que quelques secondes. Ses yeux se plissent, son front se ride, sa main vient se reposer sur sa tête pour essayer de bloquer le soleil qui

t a p e a v e c a p l o m b . E l l e

n ’ a b a n d o n n e r a

p a s .

Soudainement, elle aperçoit le bout d’un aileron dorsal.

« Là! Direct en avant! », s’exclame-t-elle, espérant que le capitaine puisse l’entendre par- dessus les bourrasques de vent. Ces doutes sont rapidement apaisés et avec joie, elle sent le bateau sous ses pieds gagner en vitesse. Un sourire vient se poser sur ses lèvres et ses mains commencent à trembler un peu. Tu ne t’échapperas pas, pense-t- elle avec détermination. Se penchant par-dessus la rampe de la proue du bateau, elle voit l’animal avec clarté : Orcinus orca,

apparente ne se produit. Malgré toutes ces complications, tout revint en ordre et il reprit le cours normal de sa vie.

un orque aux flancs blancs et noirs scintillant dans la lumière du soleil. Curieuse, Véronique porte son regard un peu plus loin et discerne une masse flottante de chair qui semble être la destination ultime du mammifère marin. En observant le cadavre en détails, elle remarque sa taille immense et les nageoires décomposées des deux côtés du corps. Sans doute une baleine échouée, conclut-elle.

du corps. Sans doute une baleine échouée, conclut-elle . Elle note aussi la présence d’autres orques

Elle note aussi la présence d’autres orques autour de la carcasse, qui nagent en rond, s’arrêtant seulement pour prendre une bouchée.

« Arrête le bateau! », crie Véronique, ne lâchant jamais des yeux le buffet morbide qui se

rapproche avec une vitesse alarmante. Ce n’est que lorsqu’elle sent le moteur s’éteindre qu’elle se retourne, marchant d’un pas rapide vers la petite cabine de conduite. Entrant brusquement à l’intérieur, elle repère rapidement le capitaine et s’avance vers lui, les mots se formant déjà dans sa bouche.

« Capitaine Amaro! On doit se parler immédiatement! », gronde Véronique, sa voix rebondissant sur les murs de la cabine, son regard envoyant des lames acérées.

Elle force un sourire sur ses lèvres.

« Je te remercie d’avoir fourni ton bateau pour mes recherches, mais je dois te demander de répondre plus vite à mes… généreuses recommandations. » Remarquant

q u e l ’ h o m m e n e r é a g i t

aucunement à la réprimande, elle décide d'être plus agressive:

« Merde, je me fous d’être polie! Si

tu ne m’écoutes pas, espèce d’enculé, ce voyage marin aura été accompli pour rien! Alors fais ta job et suis mes ordres! » Véronique voit que le capitaine, choqué par l’effronterie de son

c o m m e n t a i r e , s ’ a p p r ê t e à répondre, mais elle ne lui laisse

p a s l ’ o p p o r t u n i t é e t s o r t

immédiatement de la cabine; elle n’a tout simplement pas le temps ou la patience pour argumenter avec lui. De toute façon, c’est elle qui le paie, donc c’est à lui de bien faire son métier. Revenant à la proue, Véronique scrute l’horizon, cherchant le cadavre de baleine et les orques qui intéressent tant sa recherche. Elle le distingue soudainement, flottant parmi les

vagues, mais réalise aussitôt que quelque chose ne va pas. Les

orques, pense Véronique. En effet, elle observe avec malheur la

c a r c a s s e m a i n t e n a n t complètement dépourvue de ses prédateurs voraces.

« Putain! », lâche Véronique sous le bruit des zéphyrs. Elle a dépensé des sommes exorbitantes et a souffert d’horribles conditions marines pendant plusieurs jours pour ses recherches et, tout d’un coup, tous ses cobayes sont disparus, sans lesquels elle est venue ici pour rien. Véronique largue un soupir désespéré au vent et s’accote sur la rampe, ne sachant plus quoi faire. Son regard balaie paresseusement le lointain, passant par-dessus la baleine morte à maintes reprises. Elle remarque avec lassitude que le cadavre possède une ouverture géante sur le côté maintenant,

s e m b l a b l e à u n e b o u c h é e gargantuesque. Elle aperçoit aussi avec surprise la carcasse d’un des orques, flottant en arrière de la baleine, presque hors de vue. Soudainement, un embarras intense s’empare d’elle. Pourquoi y aurait-il un orque échoué? penses- t-elle lentement. Ils sont très robustes et n’ont pas de prédateurs naturels… C’est à ce moment qu’elle la voit : une nageoire dorsale gigantesque, beaucoup plus longue que leur bateau et composée d’écailles et d’épines, qui sort sinistrement de l’eau à quelques mètres de la carcasse de baleine pour ensuite retourner dans les ténèbres marines. Véronique reste là, bouche-bée,

incrédule devant ce spectacle de la nature.

« C o m e m i e r d a ! D o c t e u r e LeGaule, yo ne sais pas qui vous

p e n s e z

comportamiento est complè… » Véronique est consciente que c’est l e c a p i t a i n e q u i v i e n t l a réprimander, mais elle n’y prête pas attention puisque toute sa concentration est désormais dirigée vers la tête monstrueuse qui vient d’apparaître à la surface de l’eau, tout près de la baleine échouée. Environ de la même taille que le cadavre, la tête de la créature est d’un vert très foncé, presque brun. Lorsque les mâchoires s’ouvrent pour prendre une bouchée du festin décomposé, Véronique aperçoit des dents acérées qui ressemblent à du verre tranchant. Ce n’est que lorsque son regard se pose sur les yeux luisants de la créature qu’elle remarque qu’ils pointent directement dans sa direction. Elle observe calmement l’animal et le regarde redescendre dans l’eau doucement. Aussitôt, Véronique se retourne et voit le capitaine en avant d’elle qui regarde aussi au loin avec la bouche béante.

V o t r e

ê t r e !

« Mais, Capitaine Amaro, sois pas

si hébété! Nous venons juste de voir un miracle naturel et ta bouche est si entrouverte qu’elle touche pratiquement le plancher!

Un petit pas pour l’homme Anaïs Nappert Drouin

On me parle souvent de ce à quoi

Va partir le bateau, merde! Nous devrions pas être si près d’un cadavre avec un prédateur nouveau et inconnu dans les parages. Et putain, dis à un des matelots d’aller chercher mon équipement! Nous devons à tout prix documenter cette découverte scienti… » Elle est interrompue par un soudain bercement violent du bateau et doit s’accrocher à la rampe pour se balancer. Elle n’a que le temps de croiser le regard de panique du capitaine avant de se retrouver projetée vers la surface de l’eau. Le vent fouette s o n v i s a g e , e l l e a p e r ç o i t brièvement la surface. Elle y entre douloureusement. Le froid de la mer la frappe fort, ses muscles se crispent immédiatement. Son sens de direction la quitte. Véronique coule dans le néant. Le bateau se renverse au-dessus d’elle. Elle regarde le mat du navire plonger dans la mer. Elle ne fait rien l o r s q u e c e l u i - c i l a h e u r t e directement dans le ventre. La noirceur l’enrobe de plus en plus. Sur le bord de l’inconscience, Véronique n’a que le temps d’apercevoir le serpent marin sous le bateau, se dirigeant vers elle avec la gueule entrouverte avant que ses yeux ne ferment pour de bon.

la société ressemblait avant que je

naisse. Même bien avant que ma mère ne naisse. Elle était dirigée par des hommes. Homme. Le mot sonne toujours bizarre au bout de ma langue lorsque je le prononce. Les femmes étaient, pour la plupart, oppressées et devaient obéir au moindre désir de ceux-ci. Cependant, tel n’est plus le cas.

En 3045, la scientifique R o s e Glendale a conçu une

a r m e

spécialisée qui ne

c i b l a i t

personnes ayant des chromosomes sexuels

n u c l é a i r e

q u e

différents. Ainsi, tous les hommes et les

g a r ç o n s

anéantis par la simple pression d’un bouton. Ce fut

f u r e n t

la catastrophe la plus grave de

l ’ u n i v e r s . E n e f f e t , c e t t e scientifique folle n’avait pas

r é f l é c h i a u x c o n s é q u e n c e s désastreuses qu’apporterait le fait d’éradiquer tout un sexe. À partir de ce jour, la reproduction était impossible et ce, pour toutes les espèces sans exception. Il fallait donc impérativement trouver une solution. Les scientifiques se fondèrent donc sur un concept découvert plusieurs centaines

d ’ a n n é e s a u p a r a v a n t : l a

reproduction n’utilisant que deux ovules provenant de la même mère. Même la descendance des animaux fut créée ainsi, de même que les espèces de plantes. Ainsi, chaque mère éleva ses filles qui élevèrent leurs filles et ainsi de suite. Cette méthode fut celle qui fonctionnait le mieux et fut

conservée pendant une très longue période.

Près de cent ans après la catastrophe, nous sommes sur le chemin de la réintégration du mâle

dans notre société. Cependant, cela reste impossible pour le moment puisqu’il nous manque une méthode afin de synthétiser le chromosome Y. Depuis ma graduation, il y a six

l a

scientifique en charge de la découverte de ce fameux chromosome Y. Une si petite chose qui fait un monde de différence pour l’être humain tant dans sa reproduction que dans ses relations. Cependant, tous mes efforts furent vains… jusqu’à aujourd’hui.

m o i s ,

j e

s u i s

Aujourd’hui est un grand jour. En fait, même ce terme ne permet pas de définir l’importance de ce changement dans notre société. Aujourd’hui c’est la journée où je regarde enfin dans mon vase de pétri afin de voir si ce que j’ai concocté il y a un mois a réussi. Si j’ai été capable d’extraire et d’isoler le chromosome Y que j’ai eu la chance de trouver dans une simple prune ratatinée pour laquelle j’avais eu peu d’espoir et qui, par un miracle ou grâce à une mutation, avait réussi à garder ce trait particulier. En fermant mes yeux et en retenant ma respiration, j’allume mon cher microscope. Lentement et avec prudence, j’ouvre un œil et… « MIRACLE! » Je crie alors que devant moi se trouve un petit microscopique

prudence, j’ouvre un œil et… « MIRACLE! » Je crie alors que devant moi se trouve

l e s

c h r o m o s o m e . I l e s t l a représentation directe de mon dur travail des derniers mois. Je ne peux en croire mes yeux. Je dois confirmer avec mes collègues. Une fois que ceux-ci ont tous confirmé le miracle, j’implante sans plus attendre le chromosome dans l’ovule fécondé préalablement. Cet ovule a été sélectionné tout particulièrement afin d’avoir les meilleurs attraits possibles. C’est le cycle le plus angoissant que j’ai vécu de ma vie entière.

Tous les jours, j’observe mon magnifique embryon qui se développe in vitro. Pour l’instant, i m p o s s i b l e d e p r é d i r e s i l’implantation a fonctionné. Bie ntôt, nous p ourrons le transférer à une mère porteuse sélectionnée pour la qualité de toutes ses gestations précédentes afin d’assurer la survie du fœtus en plus de son développement optimal.

Cela fait maintenant quelques mois que la gestation du fœtus est commencée, nous avons de forts espoirs pour le dévoilement du sexe de l’embryon. En effet, je suis en ce moment même assise dans la salle du médecin afin qu’elle puisse faire le premier ultrason qui nous permettrait enfin de voir si notre expérimentation a fonctionné. J’ai mal au ventre, la nausée me prend. Mais il faut que je reste forte. La médecin entre, finalement, dans la salle et commence son examen. Heureusement, la gestation se passe bien. Enfin le moment tant attendu, le grand dévoilement.

Lorsque la docteure révèle enfin le sexe, mes oreilles bourdonnent. Je ne crois pas avoir bien entendu. Celle-ci nous a annoncé que cela semblait bien être un garçon. Le premier depuis cent ans.

Notre mère porteuse est surveillée à chaque moment du reste de la gestation. Il ne faudrait surtout pas que quelque chose aille mal.

Les mois passent et j’ai la chance d’assister à l’accouchement du sujet 1. Le premier de tous. Sa mère a choisi de l’appeler Alex, mais nous le connaîtrons toujours comme sujet 1. Celui qui changera le monde à tout jamais. C’est un beau petit garçon qui naît à 15 h 45, pesant huit livres trois onces. Il est probablement le plus précieux enfant pour tous ceux du laboratoire. Sa naissance est hautement médiatisée. Toutes attendaient son arrivée. Les années passent et je ne me fais pas plus jeune. Cependant, Alex est enfin prêt à produire sa première descendance. Nous faisons donc les tests nécessaires afin de savoir si toute cette expérience et le temps que nous y avons mis a enfin porté fruit. Après une batterie de tests impressionnante, le résultat est enfin dévoilé. À côté d’où il est écrit « fertilité », on peut voir apparaître en gros « NON FERTILE ». Alex, mon sujet 1 qui était si prometteur pour notre société, se révèle donc infertile. C’est avec grande tristesse et désespoir que je quitte le laboratoire cette soirée-là.

La fin de la galaxie Matei Dima

Pendant des millénaires, la population Lekgolo vécut une existence paisible sur sa planète natale de Sera. Dès le début de leur présence, les habitants furent choyés grâce à une ressource naturelle incomparable aux autres. Celle-ci était un minéral connu sous le nom de Protrium, qui stockait d'immenses quantités

le nom de Protrium, qui stockait d'immenses quantités d'énergie. Seulement une livre de ce rocher pouvait

d'énergie. Seulement une livre de ce rocher pouvait alimenter la capitale de la planète pour une décennie entière. En raison de cette abondance d'énergie brute, les Lekgolos de Sera ne connurent jamais la guerre. Il n'y avait jamais eu de conflit pour des ressources ou de débats pour l’obtention du territoire sur Sera puisque la grande majorité de la croûte planétaire était composée de cette ressource. Aucun territoire n'était

plus précieux qu'un autre. Le Protrium était capable de se charger d’immenses quantités d’énergie sur des milliards d’années grâce au soleil. Cette pierre avait une structure cristalline qui agissait comme des milliers de miroirs capables d’absorber la lumière solaire et de l’emprisonner. Grâce à cette source d'énergie impressionnante, les Lekgolos concentrèrent leur attention sur la science plutôt que sur les prouesses militaires et sur la guerre. Leur intelligence supérieure les avait rendus l'espèce u l t i m e d a n s l e u r g a l a x i e . Curieusement, ils ne s’étaient jamais aventurés dans l'espace pour coloniser d'autres planètes ou découvrir les secrets de l'univers. Ils savaient que d'autres formes de vie existaient tout autour d'eux et ils étaient conscients qu'ils pouvaient atteindre ces planètes lointaines s'ils le désiraient. Cependant, l'effort n'avait jamais été fait puisque les citoyens de Sera n'avaient aucune raison de voyager. Tout ce dont ils pouvaient rêver se créait à base de Protrium.

Alors que les Lekgolo ne se préoccupaient pas de l'espace, ils n’avaient jamais considéré que quelqu'un d'autre leur rendrait visite. Leur manque d'ambition contribuerait à leur défaite.

Durant une journée comme toutes les autres au paradis qu’était la planète Sera, un objet volant non

identifié apparut de l’abysse. Grâce à un télescope spatial, un énorme vaisseau rectangulaire put être observé. Il avait quatre énormes moteurs à réaction pulsant un bleu solide. Des symboles inconnus étaient gravés sur son fuselage. Même si le vaisseau n’était pas une merveille du design, son énormité était impressionnante. La panique se répandit rapidement parmi les citoyens de Sera alors que le vaisseau s'approchait de leur planète. Cependant, ils ne pouvaient rien faire pour l'arrêter. Jamais ils n'avaient éprouvé autant de peur et de confusion qu'en cette journée. Le monolithe de l'espace avait lentement fait son atterrissage sur la surface de Sera avec un rugissement tonnant provenant des moteurs.

Rapidement après l’arrivée de ces extraterrestres, les plus grands esprits de Sera furent capables de déchiffrer la langue parlée par les visiteurs. Ces êtres expliquèrent alors comment leur planète connue sous le nom de « Terre » avait été ravagée par une pluie de

météorites qui les avait ruinés. Le

v a i s s e a u d a n s l e q u e l i l s voyageaient était leur dernier effort pour maintenir la race humaine en vie. Ils avaient été envoyés, il y a des décennies, à la recherche d'une nouvelle planète

h a b i t a b l e s u r l a q u e l l e i l s

pourraient reconstruire, seulement pour se retrouver ici, sur Sera.

Il n'a pas fallu longtemps aux

humains pour trouver un intérêt

d a n s l e p r é c i e u x m i n é r a l

accumulateur d'énergie qui se

trouvait partout sur la planète. Les Lekgolos ressentaient de la pitié pour les humains et un accord fut conclu pour que les humains aient cent ans d'accès aux ressources de Sera. En échange, les Lekgolo exigèrent que les humains leur enseignent sur leur civilisation et la Terre. Au fil du temps, de nouveaux types de navires humains arrivèrent sur les lieux, de plus en plus intimidants et efficaces à chaque nouvelle itération.

Cependant, le contrat minier arrivait à sa fin, et quand la date arriva, les humains ne la prirent pas à la légère. Le problème avec les humains était qu'ils en voulaient toujours plus, plus qu'ils n'en auraient jamais besoin. Leur i m m e n s e a v i d i t é d e v i n t problématique pour les Lekgolos et ils furent forcés de les bannir de la planète. Cependant, les gens de Sera savaient que les envahisseurs seraient de retour. Ils devaient se préparer à un conflit comme ils n'en avaient jamais vu auparavant. Malheureusement, il était trop tard, il avait toujours été trop tard. Alors que les habitants de Sera n'avaient plus de temps pour se préparer, ils avaient donné aux humains un siècle entier quand ils leur ont permis de défigurer leur planète. Les Lekgolos avaient été assez naïfs pour croire que leur don aux humains servirait à reconstruire leur planète. En réalité, les humains avaient commencé à planifier une invasion dès leur premier retour.

Une guerre sanglante s'ensuivit lors du retour des humains qui dura un millénaire. Chaque civilisation occupait sa partie de la planète à partir de laquelle ils pouvaient extraire toute l'énergie dont ils avaient besoin. Alors que l'effort de guerre restait inarrêtable pour ce qui semblait être une éternité, Sera commençait enfin à s'assécher. Le Protrium n'était pas une source d'énergie renouvelable. Tout comme le pétrole, ce dernier se formait sur d’énormes périodes de temps et une quantité limitée de la roche existait. Quand Sera fut finalement épuisée de sa source d'énergie, la planète devint un désert total. Les plantes, la faune, les sources d'eau dépendaient toutes du précieux minerai pour survivre. Avec toutes les roches maintenant disparues, un nouveau conflit émergeât entre les espèces

Zeta 4 Gabriela Soucy-Cardoso

L’ADN est la base de la génétique. Elle détermine ce que nous sommes en tant qu’être vivant, chat, bactérie ou encore humain. Yeux bleus, cheveux noirs, intelligence supérieure, tout est prédit par l’ADN que nous possédons à la naissance.

En 2037, un professeur de l’université de Washington fait une découverte qui bouleverse le monde. Il est possible de créer un être vivant viable seulement à partir de fragments d’ADN d’autres espèces. Ce premier être est appelé Odocoileus Lepus, un

pour la survie. Comme il ne restait plus de ressources, les humains n'avaient aucun moyen de rentrer chez eux.

Tout était revenu à l'âge de pierre et toute vie fut effacée de la surface de Sera en seulement quelques mois lorsque le Protrium fut épuisé. Sur Terre, la production de nouvelles armes était sans fin pour l'effort de guerre de Sera. Les Terriens croyaient que leurs vaisseaux ne revenaient pas parce que la guerre faisait rage alors qu'en réalité ils envoyaient chaque nouvel équipage à sa mort, sans aucun moyen de le savoir. Lentement, mais sûrement, la Terre s’asséchât de ses ressources comme Sera l'avait fait avant elle et elle retourna lentement à son époque archéenne, dépourvue de vie et d’existence.

hybride entre un cerf de virginie et un lièvre d’Amérique. Cette réalisation ouvre la porte à la création de nouveaux êtres vivants à la fine pointe de la génétique. Finalement, en 2041, Hitarachi Ryoichi réalise le premier être humain génétiquement modifié q u ’ o n n o m m e A l p h a A 1 . Cependant, ce premier prototype a une apparence très bestiale. À la suite de cette réalisation, une course pour l’hybride le plus puissant s’ensuit. Lorsque la Troisième Guerre mondiale éclate, les modèles Delta sont sur le front. Comparativement aux modèles

Alpha et Beta qui s’approchaient de l’animal plus que de l’humain, Delta est humanoïde. Ces modèles sèment la mort derrière eux et sont redoutés sur le champ de bataille. L’armistice qui signale la fin de la guerre est signé ainsi que le traité d e S e o u l , q u i p r o c l a m e l’interdiction de poursuivre les recherches sur les humanoïdes. Ainsi commence l’exécution de tous les modèles toujours vivants d’Alpha à Zeta.

+++

Il pleut, le son métallique des machines résonne entre les bâtiments en reconstruction. Je regarde les gouttes de pluie éclater sur les vitres, lavant la poussière

de l’air. Soudain, une voix retentit.

— I r i s D e n i a u ! D e s c e n d e z immédiatement!

Oui, Mme Célice.

Je cours vers la cage d’escalier. Dans la cafétéria, le bruit d’ustensiles se mélange avec le

chahut d’enfants en plein festin. Je m’assois à ma table habituelle et commence à enfourner de grosses bouchées de pommes de terre pilées. - Riri. Riirii. RiiiRiii! Je lève la tête de mon assiette. Je rencontre le regard agacé d’une fillette aux bouclettes blondes.

Oui?

— Écoute quand je parle! Alors

comme je disais, est-ce que tu penses qu’il y aura quand même la

sortie en ville malgré la pluie. À ce qu’il parait, il y aura même un orage.

— Je sais pas, mais ça fait

longtemps que c’est prévu alors je

ne pense pas qu’ils peuvent annuler.

J’espère bien, déjà qu’on sort

jamais de ce foutu orphelinat.

+++

Nous sommes trempés et la pluie ne semble vouloir changer que

pour le pire. Mme Célice revient, le regard sombre.

— Les enfants, malheureusement,

en raison des intempéries, la foire est fermée. Des murmures de déception se font entendre dans notre petit groupe. Mais nous avons reçu la permission de vous laisser visiter la campagne environnante. Les murmures se changent en excitation.

Cependant! Vous devez rester en

groupe de deux. Minimum! L’excitation est à son maximum et certains enfants sautent de joie. Je pars avec Juju.

+++

Nous marchons depuis un bon moment.

— T’es sure qu’on n’est pas un peu trop loin?

— Mais non, Riri. Tu t’inquiètes pour rien!

Si tu le dis.

Soudain, on aperçoit quelque chose, couché sur le bord de la route. Je me précipite par curiosité. Je découvre un garçon q u i d o i t a v o i r n o t r e â g e , recroquevillé sur lui-même. Je le secoue légèrement. Il entrouvre les yeux et se lève d’un bond. Il a l’air terrorisé. Je lui parle doucement.

— Comment tu t’appelles? Moi, c’est Iris. Aucune réponse. Je repose la question plusieurs fois en gesticulant, mais mes essais restent infructueux. Pendant ce temps, Juju m’a rejointe. Malgré son manque de coopération, on décide de le ramener avec nous. C’est qu’il est sacrément mal en point. Il a des traces de sang partout sur son chandail, nu-pieds et assez sale pour que je ne sois pas certaine de sa vraie couleur de peau ou de cheveux.

Lorsque nous sommes arrivées avec lui, nous avons entendu Mme

Célice qui parlait avec un policier. À la vue du policier, j’ai senti le garçon se figer.

— Non, je n’ai rien vu. Je pourrais

demander aux enfants quand ils seront revenus, mais nous n’avons vu aucun petit garçon avec nous. J’ai tout de suite compris, j’ai regardé le garçon droit dans les

yeux et, pour la première fois, il a ouvert la bouche.

— J’ai rien fait, je vous en supplie

ne me donnez pas à la police, sinon ils vont me tuer.

Il avait les larmes aux yeux et me serrait fort la main. Je ne savais

pas s’il disait la vérité, mais je n’ai pas hésité.

— Mme Célice, je pense que j’ai vu de qui vous parlez.

Le policier a eu l’air surpris et m’a demandé d’un ton urgent :

— Par où est-il parti?

J’ai pointé la direction d’où nous venions. Il a murmuré quelque chose dans l’écouteur à son oreille

et est parti dans la direction. Un

cri de surprise a retenti. La voix de Juju s’est fait entendre :

— Faites attention! Maintenant, ma robe est toute sale.

J’ai vaguement entendu la voix du

policier qui s’excusait puis ses pas se sont perdus au loin. Je marche dans la direction où est parti le policier et murmure :

— C’est bon, tu peux sortir maintenant.

+++

Grâce à cette décision, Zeta a finalement décidé de nous parler et nous sommes rapidement devenus amis. Nous le cachions toujours de Mme Célice, qui n’avait rien découvert pour l’instant. Dans notre chambre, Zeta se cachait pendant les inspections, mais sinon il restait dans la chambre ou se glissait parfois dehors pour se dégourdir les jambes. Grâce à lui, les journées ennuyantes à l’orphelinat étaient devenues palpitantes et emplies de situations aussi hilarantes que pleines d’action.

à l’orphelinat étaient devenues palpitantes et emplies de situations aussi hilarantes que pleines d’action. 76

76

Une chose cependant était claire, Zeta n’était pas une personne ordinaire. Une fois, Mme Célice était rentrée précipitamment dans notre chambre et j’ai cru qu’on serait découverts, mais à ma grande surprise, Zeta avait disparu. Une autre fois, Juju avait perdu son chapeau dans un arbre pendant qu’on jouait à le lancer et Zeta avait bondi jusqu’à la première branche et grimpé dans l’arbre comme si de rien n’était. Je pense que Juju aussi se doute de quelque chose. Mais nous n’osons pas poser la question de peur qu’il ne disparaisse comme avec Mme Célice et que nous soyons forcées de retourner à nos journées mornes de l’orphelinat.

+++

Je subtilise en douce une miche de pain de la cuisine. Je grimpe l e n t e m e n t l e s e s c a l i e r s . J’entrouvre délicatement la porte puis me glisse rapidement dans ma chambre. Je me retourne pour me retrouver nez à nez avec Zeta. Ses grands yeux verts cachés entre les mèches de cheveux blancs comme la neige me regardent fixement. Je lui tends la miche de pain. Il étend les bras pour la saisir lorsque soudain, la porte s’ouvre dans un mouvement sec. — Ahahah! Notre petit voleur de pain est pris la main dans le sa… Mme Céline fixe Zeta en haussant un sourcil. Et qui pourrait bien être ce jeune homme? Je suis paniquée. — Eumm… C’est-à-dire que…

Eh bien, Mlle Iris, j’attends

votre réponse.

— Voilà, eumm… Je vous présente

Zeta, il est orphelin et il ne savait eumm… pas trop où aller et je me suis dit que l’orphelinat pourrait être une bonne place. Je glisse un sourire forcé. Mme Célice me regarde en maintenant le silence. Puis, soudain:

— Il suffisait de le dire, pas la

peine de le cacher pour ça! dit-elle en jetant un regard sur Zeta. Tu dois avoir faim, allons te préparer quelque chose à manger. Je restais figée, totalement hébétée par la scène qui venait de se dérouler devant moi. Ainsi commence vraiment la vie de Zeta avec nous. Les autres sont heureux d’avoir un nouveau compagnon et, avant même de nous en rendre compte, nous le considérons comme l’un des nôtres. Avec les mois qui passent, Juju, Zeta et moi sommes devenus inséparables. Et

puis finalement, le jour est arrivé.

— Zeta! Viens, Mme Célice nous a

chargés de faire les courses au marché!

— J’arrive, Riri!

Zeta arrive en courant, ses bras débordant de sacs de course.

Mme Célice, nous partons!

— À tantôt! Faites attention sur votre chemin. Nous arrivons au marché, les étals s’étendent devant nous. Zeta jette des regards curieux partout et je dois l’avertir de ne pas tout

toucher. Je le prends par le bras.

— Allez, viens! On n’a pas le

temps. Nous commençons nos achats :

pommes, poivrons, oignons, carottes. Zeta est devant moi, il

sourit bêtement et me pointe avec excitation des petits fruits rouges.

muette. Une femme à côté de moi murmure :

Je m’apprête à lui dire que ce ne

Monstre.

sont pas des tomates lorsqu’un bruit de pétard retentit dans le

Il a eu l’air blessé et est parti en courant. Je m’écris :

marché.

Attends!

Je regarde aux alentours avec curiosité. Zeta cependant se tend d’un coup. Des cris de panique se lèvent dans la foule; ce ne sont pas des pétards, mais des balles qui sifflent. Du sang s’écrase par terre, éclabousse les étals, et les corps commencent à couvrir l’asphalte. J’agrippe Zeta par le bras et commence à courir rapidement dans l’autre direction. Je me retourne. Ce n’est pas Zeta. Je cherche dans la foule. Soudain, une douleur intense me prend l’épaule. Je réalise que du sang coule abondamment de mon épaule. Je trébuche. Quelqu’un me rattrape le bras; c’est Zeta. Lorsqu’il voit ma blessure, son expression change. Son expression préoccupée se transforme en colère. Il se lève. Avant même que je ne comprenne vraiment ce qu’il se passe, le groupe de terroristes est sorti. Zeta a du sang de terroriste partout sur lui. Il me regarde avec un air triste. Je suis

— Tu l’as entendu toi-même, je suis un monstre.

Mais non, tu l’as fait pour me protéger. Il a eu l’air surpris. —Tu ne trouves pas que je ressemble à un monstre?

Mais bien sûr que non, tu es mon ami comme Juju.

Il m’a regardé et a murmuré :

« Merci. »

Il m’enlace. La police s’élançait dans la place. Nous sommes partis en courant.

+++

Zeta, dépêche-toi! On ne peut

p a s p a r t i r d e l ’ o r p h e l i n a t

longtemps.

Les passants jetaient des regards étonnés. Zeta transportait une bonne douzaine de sacs pleins.

d e

l’orphelinat. Une bande de gamins vient à notre rencontre. Je leur souris.

M. Zeta, Mme Iris!

J ’ e n t r o u v r e

l a

p o r t e

Partie quatre :

Avançons-nous toujours pour le mieux ?

80

2060

Ling Yun Feng

En 2060, la Chine est devenue un

l e

gouvernement communiste, contrôlé par une minorité de gens influents, est totalitaire et très croyant en la technologie. D’une part, les systèmes d’éducation et de santé, l’économie et les institutions sociales fonctionnent rigidement en fonction des lois

établies : tous les établissements

p u b l i c s o ù t r a v a i l l e n t d e s

fonctionnaires sont sous la surveillance des gendarmes vigilants et violents, entraînés rigoureusement afin se sacrifier en cas d’urgence; d’autre part, les robots ont remplacé beaucoup de t r a v a i l l e u r s , c o m m e d e s réceptionnistes de l’hôpital, des assistants, des policiers et des

p a y s

p u i s s a n t

d o n t

des policiers et des p a y s p u i s s a n t

professeurs. Ces gens ont soit des tâches répétitives ou soit besoin

d ’ u n e

intellectuelle.

g r a n d e

c a p a c i t é

Une jeune musicienne de 18 ans nommée Emma vit dans une petite ville costale chinoise. Elle vient d’une famille de classe moyenne.

Elle a appris dès un très jeune âge

à jouer du piano, un instrument de musique devenu de moins en moins valorisé par sa société à

c a u s e

monétaire. Un jour, comme d’habitude, elle met sa tablette électronique dans son sac pour prendre l’aérobus, un transport en commun qui possède une vitesse de 800 km/h, en direction d’un hôpital situé dans la capitale. La musicothérapie, qui a jadis connu une grande popularité, est à risque d’être remplacée par l’automation aussi. Cependant, son professeur de piano continue de donner des cours de musique dans le cadre

v a l e u r

d e

s a

f a i b l e

hospitalier. L’enfant de ce dernier souffre de la néphropathique cystinose juvénile, l’ayant rendu rachitique dès la naissance. Depuis

q u ’ E m m a a c o m m e n c é à

fréquenter l’hôpital quelques

a n n é e s a u p a r a v a n t , e l l e a remarqué que son professeur devient de plus en plus irritable. Elle soupçonne que la pression économique est grande pour celui- ci à cause des montants d’argent exorbitants qu’il a dû dépenser pour soigner son enfant. Tout l’argent des investissements technologiques pèse sur les épaules des citoyens. Étant donné

81

les efforts pour développer l’économie, l’environnement se dégrade de manière irréversible. Les rares environnementalistes dans la population chinoise, qui est très conformiste, parlent contre les émissions de gaz à effets de serre et contre la pollution de l’air et de l’eau, mais ils ne représentent guère le pouvoir autoritaire.

Après une vingtaine de minutes, Emma arrive à l’hôpital le plus r e n o m m é d u p a y s , d o n t l’immeuble moderne possède deux centaines d’étages, dans la capitale au Nord de la Chine.

« P u i s - j e r e n c o n t r e r m o n

professeur au soixante-sixième étage? » , d e m a n d e - t - e l l e machinalement à l’accueil, même si elle connaît bien les procédures. Elle est instruite mentalement à suivre des obligations procédurales et institutionnelles avec politesse.

« Bonjour, Emma! Oui, veuillez mettre votre pouce droit sur l’écran », répond un automate muni de quatre bras, qui est capable d’identifier le visage d’Emma. Ce genre de machine est programmé pour enregistrer l’empreinte digitale et pour assurer que l’identité des visiteurs soit reconnue.

Le gouvernement contrôle les médias de sorte que les nouvelles politiques soient propagées de façon très efficace. Soudainement, l’écran de télévision diffusant des émissions divertissantes sur le jumelage de couples dans la salle d’attente affiche une nouvelle. La

voix d’un animateur vêtu de manière sérieuse énonce que la modification génétique est rendue

désormais légale pour toutes sortes

d e p r a t i q u e s m é d i c a l e s e t

chirurgicales. Emma est choquée.

Les bienfaits de cette annonce du gouvernement chinois ne lui

p a r a i s s e n t p a s t o t a l e m e n t

convaincants, car d’après ses parents qui sont des ingénieurs biomédicaux, le jeu sur le plan des gènes constitue un enjeu éthique qui exige maints tests cliniques pour assurer la sécurité de la pratique. Même si elle sait que la chirurgie peut, entre autres, corriger le gène CTNS de la maladie génétique de cystinose, c’est-à-dire le défaut du dépôt de la protéine de cystine dans les organes, particulièrement dans les reins, les chances que les chirurgies tournent mal sont

e n c o r e g r a n d e s p o u r ê t r e pratiquées à grande échelle sur les êtres humains.

Envahie par mille pensées, Emma entre dans l’unité pédiatrique débordée de patients, où un musicothérapeute donne une séance de méditation aux enfants et à leurs parents. Près de l’extrémité de nombreux tapis de yoga étalés sur le plancher, est placé un piano électronique droit dont le modèle uniforme a dominé presque tout le marché du piano acoustique à une autre époque. Le piano électronique est plus apprécié par les gens, car il peut être silencieux une fois équipé d’écouteurs et il peut aussi sonner de manière grandiose comme un grand piano triangulaire de

82

concert. Le gouvernement chinois encourage les recherches sur les nouvelles technologies qu’on énumère, de la conquête spatiale à la nanotechnologie. Ainsi, récemment, on a organisé des compétitions dans lesquelles des robots, capables de jouer de la musique, gagnent contre les humains.

C’est la deuxième fois dans une journée que la voix autonome d’une machine brise la tranquillité plaisante à travers l’écran télévisuel :

« Attention à tous les travailleurs

de l’hôpital et aux familles des patients. Le président du pays déclare aujourd’hui la mise en pratique d’une nouvelle loi établie :

désormais, il est interdit de pratiquer toutes les thérapies pseudoscientifiques et artistiques, incluant la musique, la peinture et le yoga, dans les institutions publiques. »

l e

télétransmetteur de Félicia sur sa montre. Elle accepte mentalement l’appel et voit sa meilleure amie dans ses lentilles.

d e

E m m a

v o i t

n u m é r o

« Je suis obligée d’abandonner

mes cours avec mon professeur de flûte maintenant. Quel est le but de renoncer à la tradition si la société du futur doit se construire sur le fruit des expériences passées? », se plaint Félicia à Emma.

« J’aimerais tellement revoir les

visages radieux des enfants et des personnes âgées quand je leur jouais de mon instrument avec

passion », ajoute-elle avec des larmes au bord des yeux.

En effet, Félicia s’est obstinée à jouer de la flûte traversière traditionnelle en métal au lieu des flûtes électroniques dont les matériaux sont issus de la nanotechnologie, malgré la pression parentale et scolaire.

« C’est une injustice d’interférer dans la vie des individus et de leur causer une peine avec la science comme excuse, avoue Emma avec sincérité et conviction. Penses-tu que la science est encore au service de l’homme ou au contraire… »

La connexion s’interrompt abruptement. Emma aurait dû penser au fait que les parents de Félicia travaillent pour le parlement, de sorte que leur conversation est surveillée et contrôlée. Quelle mauvaise influence serait-t-elle pour leur fille, auraient-ils pensé ! Elle craint qu’elle puisse être considérée comme une malade en quarantaine à cause de sa musique. Sans le soutien de sa meilleure amie maintenant, elle se sent très seule. Elle craint aussi les actions plus radicales à venir, mais la détermination de poursuivre son rêve de musicienne est plus forte que jamais. La décision lui vient de planifier de façon clandestine une investigation sur la main derrière ces nouvelles lois contre l’art.

Voici ce qui se passe dans les prochaines semaines à la suite de ces nouveaux règlements : dans des émissions télévisuelles, deux

83

camps d’experts sont invités pour discuter de la controverse autour de la légalisation de l’eugénisme positif et négatif. Dans le salon chez Emma, le monde virtuel est créé par l’effet 4D avec le bouton télévision sur ses méta-lunettes munies de haut-parleurs dont le son est incroyablement réaliste. Plusieurs experts en statistique expliquent que le taux de maladies causées par la mutation génétique a augmenté de façon directement

proportionnelle à l’utilisation de la technologie nouvelle, à l’aide des

g r a p h i q u e s d e c o u r b e

exponentielle; des généticiens stipulent qu’une corrélation est possible entre l’avancement des technologies, l’émission des ondes électromagnétiques de haute fréquence et des autres ondes nuisibles au corps humain, et la

santé générale de la population qui se détériore; puis, des chercheurs en médecine vulgarisent les théories derrière les technologies de séquençage d’ADN et la technologie de génotypage afin d’expliquer la réalité des maladies au niveau des bases azotées et de promouvoir le bienfait de la chirurgie modifiant les gènes défectueux. Bref, Emma est frustrée de constater que les scientifiques ont mis en avant un faux dilemme entre choisir les conséquences fatales des maladies,

d e v e n u e s d e p l u s e n p l u s

nombreuses, et la technologie qui semble être le sauveur de l’humanité.

Parallèlement, les plus éminents professeurs d’art ont organisé une pétition signée par des médecins afin de s’opposer à ces lois du g o u v e r n e m e n t j u g é e s « totalitaires » ; de nombreuses manifestations par les artistes et par les thérapeutes ont lieu dans les rues partout dans le pays, à l’aide des images diffusées par des projecteurs sur les bâtiments publics ; dès leur apparition, ces projections sont confisquées et de nombreuses personnes arrêtées par les robots qui sont localisés partout et qui sont habiles pour reconnaître le tumulte social avec leurs détecteurs de chaleur, de lumière et de son, et avec leur cerveau informatique capable d’enregistrer et d’utiliser un grand nombre de données.

Emma procède à la première étape de son plan d’investigation dont elle ne parle à personne. Elle prend l’hyper-commande de sa mère durant la nuit. Puis, à l’aide de celle-ci, elle ouvre le coffret où s e s p a r e n t s m e t t e n t l e u r s documents professionnels et confidentiels sur lesquels figurent le numéro de télécommunication des chercheurs en génétique. Par la suite, elle a réussi à se fabriquer une machine de métamorphose de voix qu’elle insère dans sa montre pour imiter la voix de sa mère. Elle obtient l’invitation pour visiter le laboratoire national de modification génétique et elle a une intuition que ceci a un lien étroit avec la nouvelle loi prohibant l’art.

84

Le regard levé sur l’humanité Noémie Delhaye

Bienvenue en 2250. Je me présente, j’ai vingt-trois ans et je m’appelle Victoire. Depuis ma tendre enfance, je pense que j’ai dû parler à peu près cinq fois dans ma vie, en étant petite : notre société représentait un vrai mystère pour moi auparavant. Je sais que ça n’était pas comme cela avant. Mes grands-parents m’ont raconté les histoires de leurs parents à propos de l’ancienne société. A ce qu’il paraît, les rues étaient pleines de bruits ambiants, de rires, de cris… Nos rues sont silencieuses, puisque tout se fait à travers le téléphone portable. Tout est plus simple, plus rapide. J’ai du mal à imaginer comment ces gens ont vécu, ça me donne même mal à la tête rien que d’essayer d’entrevoir toutes les complications auxquelles ils devaient faire face.

Un groupe de rebelles qu’on surnomme les « Insoumis » refuse le fonctionnement de notre civilisation, et survit à travers les générations depuis l’ancien temps. Personne ne leur prête vraiment attention, mais pourtant tout le monde les soupçonne de préparer quelque chose.

Aujourd’hui, comme tous les jours en rentrant de l’université de droit, j’ai mon rendez-vous virtuel avec mon copain, Camille. Cela fait bientôt un an que nous sommes ensemble. On s’est rencontrés sur cette application de rencontre internationalement connue, et

même si je sais que c’est normal, cela me frustre parfois de ne l’avoir jamais vu, ou même de ne pas connaître le son de sa voix… Mais les règles sont établies pour être respectées, et je sais que cette société fonctionne ainsi.

E n p l e i n m i l i e u d e n o t r e

conversation texto sur le nouveau docteur robot de l’hôpital de la ville, mon téléphone a été coupé. Au premier abord, je n’ai pas vraiment compris, puis un message s’est affiché : « Vous ne voulez pas lever les yeux? On est désolés de vous y obliger. Les Insoumis ». J’ai mis quelques minutes pour réaliser, puis pour m’assurer que je n’étais pas la seule à avoir été coupée, je me suis penchée à la fenêtre pour observer

ce qu’il s’y passait. Le lendemain et comme les trois jours suivants, le monde a continué à tourner et j’ai pu aller à l’université comme si de rien n’était. L’idée de ne pas pouvoir parler avec Camille, et

p o u r e n c o r e u n e d u r é e

indéterminée, était en train de me détruire. Comme d’habitude, aujourd’hui, je prends donc le métro à la même station que depuis toujours. Les gens agissent bizarrement, tout le monde regarde ses pieds et on marche tous avec lenteur et sans émotions, moi la première. Je pense qu’on ne sait tout simplement pas comment agir, ni quoi faire et que le sentiment d’ennui nous submerge tous plus ou moins. Assise sur un

85

banc, observant mes bottines sales et attendant le métro qui est censé arriver dans quatre minutes, j’entends un bruit violent suivi d’un cri. En levant les yeux, j’aperçois une jeune femme ayant l’air d’être atteinte de cécité sur les rames du métro, se débattant avec ses bras pour trouver le rebord du quai, du mieux qu’elle peut. Je suis totalement désemparée : en temps normal, il y a un bouton d’urgence sur notre téléphone pour arrêter les machines à proximité, en cas de danger imminent. Alors que faire ? Je regarde autour de moi avec hâte, passant outre la gêne de regarder les gens dans les yeux, et je remarque que la plupart d’entre eux se posent la même question que moi et ont l’air plutôt perdu, mais toujours avec nonchalance. En levant la tête, je vois que le métro arrive à quai dans deux minutes maintenant. Et là, j’ai un déclic intense suivi d’une montée d’adrénaline surprenante, presque surhumaine, me permettant de sauter sur mes deux jambes et de courir vers cette femme en détresse. J’essaie de l’attraper comme je peux, mais je ne suis pas sûre d’être capable de la tirer par moi-même. Je me vois déjà tomber avec elle sur les rames à cause de l’effet domino, mais je ne recule pas pour autant. À ce moment, j’entends des bruits de pas rapides derrière moi et je sens des mains m’attraper les chevilles, pour pouvoir nous tirer toutes les deux. Nous avons réussi à retirer la femme des voies littéralement cinq secondes avant que le métro ne passe. Nous sommes tous assis sur le bord du quai, haletants et en

essayant de comprendre ce qui vient de se passer. Je ressens passer à travers tout mon corps une sensation de bien-être, de force indescriptible, de « fierté » ? Les personnes qui ont été spectateurs de cette scène sont pour la plupart debout, nous entourant et nous applaudissant. À ce moment précis, tous les téléphones présents dans la station ont émis des bruits de sonnerie, et leurs propriétaires ont aussitôt regardé leurs écrans. La vidéo de ce qui venait de se passer à l’instant était en train de défiler sur tous les appareils disponibles, avec un autre message des rebelles : « Vous voyez ce que l’on est capables de faire ensemble? ».

voyez ce que l’on est capables de faire ensemble? ». Après cet épisode, beaucoup de personnes

Après cet épisode, beaucoup de personnes ont jeté leur téléphone par terre, et les jours suivants, les rues sont devenues petit à petit pleines de bruits surprenants, jamais entendus auparavant : les g e n s s e p a r l a i e n t , r i a i e n t ensemble.

Moi, comme bon nombre de mes amis, avons rejoint le groupe de rebelles, pensant que le contact

86

humain valait largement la peine de se prendre un peu plus la tête. Camille est venu me voir à ma station de métro une semaine après que la vidéo soit sortie, m’ayant vue dedans et m’ayant

Frigide Curiosité Melanie McGrory

50/01/2198. 30 h 15. Je n’arrive pas à dormir. Il y a une force qui presse sur mon lobe temporal, plus particulièrement sur la capsule autour de mon lobe temporal. Je l’ai fait réinstaller récemment et elle me fait mal. Un mal physique, bien entendu, parce que le mal émotionnel nous est interdit depuis longtemps. Mère m’a toujours dit que je devais arrêter de parler de ce genre de truc, que c’était tabou. Parfois j’imagine comment la vie serait si nous avions des émotions. Est-ce que ma curiosité est une émotion? J’ai mal encore. Mère va m’amener chez le programmeur demain matin. Ce n’est pas la première fois que je vais le voir. Il dit souvent à mère que mon cerveau ne veut pas accepter ma capsule, qu’il le rejette. Mère a-t-elle envie de me rejeter?

1 5 . L e

programmeur m’a expliqué comment la capsule fonctionne et j’ai encore un mal physique. Il m’a dit que la capsule me prive de certaines fonctions pour améliorer ma mémoire, que la capsule est comme un filtre qui laisse passer

5 1 / 0 1 / 2 1 9 8 . 1 2 h

reconnue. Je lui ai sauté dessus, tellement heureuse de le voir, enfin. La chaleur humaine : je ne comprends pas comment je pourrais m’en passer, maintenant que je sais ce que c’est.

ma curiosité, mais aucune émotion, pour éviter de nuire à ma productivité. Je crois que c’est plus compliqué, mais il m’a dit que j ’ é t a i s t r o p j e u n e p o u r comprendre. Depuis ma visite, mon corps agit différemment. J’ai chaud, j’ai froid, je tremble. J’ai chaud, j’ai froid, mon cœur bat vite… Je ne comprends pas ce qui m’arrive. J’ai chaud, j’ai froid… Et puis j’ai oublié pourquoi.

51/01/2198. 30 h 15. Je suis curieux. On dirait que ma curiosité s’intensifie quand j’ai mal à la capsule. Est-ce que ma curiosité essaie de compenser pour mon manque d’émotions? Ou suis-je peut-être curieux par rapport aux émotions que je pourrais avoir? Quand j’ai mal, j’imagine un oiseau dans ma capsule, essayant de déployer ses ailes pour s’envoler, afin que sa cage explose et laisse mes émotions prendre le vent. Peut-être que cet oiseau pourrait enlever ma douleur. Je ne devrais pas trop y penser. Mère m’a toujours dit que je devrais éviter de penser à ce genre de truc. Elle a raison. La dernière fois que j’ai trop pensé à l’oiseau, une équipe

87

de programmeurs est venue à la maison. Je ne me souviens pas de ce qui s’était passé, mais je me rappelle avoir eu chaud, avoir eu froid et puis, plus rien. Mère m’avait chicané le lendemain.

54/01/2198. 8 h 15. Mère est étrange. Je me suis réveillé vers 3 h 15 et elle était dans ma chambre. Elle avait ouvert le compartiment crânien qui contient ma capsule. Elle ne sait pas que je l’ai vue. Je ne sais pas ce que mère faisait. Pourquoi me dit-elle de ne pas parler ni penser à ce genre de chose, alors qu’elle s’y intéresse décidément?

55/01/2198. 10 h 15. Mère n’est pas à la maison. Je ne sais pas où elle est. D’habitude elle m’aurait laissé un message, mais c’est c o m m e s i e l l e a v a i t t o u t simplement disparu. Je suis réveillé depuis 8h15, donc je patiente maintenant depuis deux heures, mais je commence à devenir curieux. Je vais appeler les programmeurs pour qu’ils la localisent.

vais appeler les programmeurs pour qu’ils la localisent. 55/01/2198. 17 h 15. Il n’y a toujours

55/01/2198. 17 h 15. Il n’y a toujours pas d’information sur mère. Tante est venue rester à la

m a i s o n p o u r q u e j e s o i s accompagné d’un adulte. Je ne vois pas pourquoi elle ressent le besoin d’être ici. Je suis assez grand pour rester à la maison le temps que mère revienne. Va-t-elle revenir? Est-ce que ma tante va remplacer mère? Est-ce que mère

a finalement décidé de me rejeter?

J’ai chaud, j’ai froid, j’oublie.

56/01/2198. 9 h 15. Mère est

l a

aujourd’hui. Ils disent qu’elle a piraté le système de la capsule,

qu’elle a réussi à enlever les effets de la capsule sur son propre lobe temporal. Ils l’ont arrêtée… Je ne sais pas si je suis plus curieux par rapport au fait qu’elle s’est fait arrêter ou par rapport au fait qu’elle avait des émotions! Elle a réussi à me cacher le fait qu’elle avait accès à l’existence même d’émotions humaines. Si elle savait comment pirater le système, pourquoi me laissait-elle avoir mal

à la capsule? Voulait-elle que j’aie

a p p a r u e

t é l é v i s i o n

à

mal et que mon mal se transforme en un mal de vivre? Qu’est-ce qu’un mal de vivre? Si c’était le cas, voulait-elle que je ressente des émotions sans risquer de ruiner mon lobe temporal? Maman m’aime-t-elle? Et au fond, je ne sais même pas ce qu’aimer veut dire. J’ai mal pour Mère.

56/01/2198. Je me suis réveillé différent aujourd’hui. J’ai chaud, j’ai froid, mais je n’oublie pas. Serais-je en train de ressentir

88

quelque chose de plus important que de la curiosité? Je repense à la nuit durant laquelle ma maman était dans ma chambre. Aurait- elle

Le répondeur s’allume.

« Mathias, c’est maman… Je t’appelle pour te dire que je t’aime. Je sais que tu ne peux pas comprendre pour le moment, mais tu verras bientôt. Dans quarante- huit heures, ta capsule se décomposera. Je m’en suis chargée

Immortel Gabrielle Laflamme

An 2189. L’homme est immortel. Depuis maintenant un siècle, il est possible pour l’humain de prolonger son existence. En effet, personne ne vieillit. Nous sommes tous figés dans le temps sans possibilité de retour vers l’arrière. Nous traversons les années munis de nos visages sans rides et de nos corps sans marques de vieillesse. Nous évitons la mort. En fait, nous inhibons cette peur de mourir à coups d’agents chimiques criblant nos corps et nos cellules dans le but de stopper cette vieillesse inévitable. Comment en sommes- nous arrivés jusqu’ici? Le réchauffement climatique est la réponse. Les inondations causées par la fonte des glaciers ont envahi les terres et emporté des vies. Les ressources et les terres pour la culture et l’élevage sont disparues progressivement en même temps que la population globale. Ces

avant que les officiers viennent me prendre. J’ai essayé de réparer ta capsule, car je ne voulais pas te voir ressentir autant de douleur, mais j’en étais incapable. Tu ne peux pas comprendre pour le moment, mais patiente s’il-te-plait, mon coco. Tu verras un monde nouveau. Ne révèle pas ton superpouvoir à qui que ce soit, mon fils. J’ai risqué et perdu ma propre liberté au profit de la tienne, pour te montrer ce que l’on fait pour ceux qu’on aime. Tu comprendras bientôt… »

catastrophes ont poussé les

scientifiques et les politiciens les plus fous à trouver une quelconque solution pour préserver la race humaine. L’immortalité semblait le parfait remède. 50 ans ont été nécessaires pour développer un produit permettant à tous de vivre infiniment. Ce n’est qu’après des milliers d’expériences sur des cobayes que le produit final

p e r m e t t a n t à l ’ h o m m e d e

prolonger son existence vit le jour. Vivre pour toujours. Avec l’immortalité vint l’infertilité.

Cent millions d’humains, c’est ce qu’il reste des sept milliards originaux. Nous sommes les mêmes individus parcourant les

a n n é e s . N o u s s o m m e s l a génération passée, présente et future. Nous tentons de nous réinventer au cours des années dans le but de colorer notre

89

existence. Par contre, il existe une certaine limite au pouvoir de ces changements. Chaque être porte en soi un vide ne pouvant être comblé. En effet, l’immortalité a amené l’infertilité et une vie

d é n u é e d e s e n s . N o u s n e

connaissons ni l’amour, ni l’amitié, ni la famille, car nous sommes tous trop centrés sur notre pauvre être pour tenter de trouver un plus grand sens à notre vie. Nous ne nous attachons plus à rien puisque l’ennui s’installe au coeur de chaque relation. Nous sommes tous dans l’incapacité de procréer et personne ne se pose la question pourquoi.

Sauf moi. Je m’appelle Ludivine Anderzon et je suis immortelle comme le reste de la population. Je ne fête plus le jour de ma naissance, car à quoi bon compter les années lorsque l’infini s’étend devant nous. Je ne me considère pas semblable aux autres. Depuis

plusieurs années, je ne suis plus les changements de notre société. Je ne tente pas de me renouveler pour donner du vivant à ma vie. Ah, du vivant à ma vie! Comme si nous pouvions nous considérer comme vivants. Certains vous diront que l’immortalité est le plus beau cadeau qu’ils ont reçu. Ces gens passent leur temps à exploiter les autres pour ensuite flamber leur argent dans des futilités. Je suis diplômée en génie biomédical

e t j e s u i s p r é s e n t e m e n t scientifique pour Syberco, une multinationale privée contrôlant nos ressources d’eau. En effet, l’eau potable est devenue une ressource privée à la suite de

potable est devenue une ressource privée à la suite de l’effondrement de notre société. Dans mes

l’effondrement de notre société. Dans mes heures libres, je travaille dans le but de trouver une raison derrière cette infertilité touchant l’ensemble de la population. Je me pose constamment la question à savoir pourquoi nous sommes devenus infertiles. Je pense avoir découvert la source de cette épidémie. Après maints tests, j’ai découvert que l’eau que nous buvons est contaminée d’un agent rendant hommes et femmes infertiles. Un agent inhibant la

s é c r é t i o n d ’ h o r m o n e s reproductives. Un simple agent abolissant la possibilité de construire une famille et une vie en dehors de ces nouvelles normes que cette société nous a imposées.

M o i , s i m p l e c i t o y e n n e e t

scientifique, j’ai finalement trouvé

la cause de notre problème.

Je ne comprenais pas comment cela avait pu passer inaperçu pendant tant d’années. En tentant de retracer la source de cette contamination, mes découvertes me rendirent perplexe. La source

90

provient de cette entreprise pour laquelle je travaille, Syberco. Étant extrêmement confuse et inquiète, je décidai d’aller voir mon mentor, Dr. Alexander Polov. Je cognai à la porte de son bureau.

Entrez!

En ouvrant la porte, je vis Dr Polov assis derrière son bureau, les jambes sur ce dernier. J’éclaircis ma voix et lui déballai en vitesse ma découverte. Il me regarda fixement sans ciller et sans émotions. Malgré sa façade rigide et impénétrable, je vis dans ces yeux une certaine crainte. J’attendis sans faire un son. Il me dit :

— Ludivine, pour la stabilité et le bien-être de notre société, ces informations et cette découverte doivent rester confidentielles. Nous devions choisir entre l’immortalité et la fertilité pour

L’espoir d’un monde meilleur Nicolas Allègre

Nous voici en 2026. Le monde comme nous l’avons connu a beaucoup évolué. Je m’appelle Noah, j’ai 34 ans et je vis aux États-Unis. Je me rappelle des jours où les États-Unis étaient un symbole de prospérité et de puissance dans tous les sens du terme. Malheureusement, nous ne pouvons plus en dire autant. En 2016, alors que j’avais 24 ans, un homme plutôt déjanté du nom de Donald Trump s’est présenté aux élections présidentielles avec la

préserver l’équilibre précaire entre ressources et humanité. Nous ne pouvions nous permettre d’avoir plus d’êtres humains. Nous avons fait notre choix.

Je redoutais la prochaine phrase qu’il allait me dire. Il y a de cela plusieurs années, les possibilités de l’immortalité semblaient attrayantes. La possibilité d’une vie sans fin semblait bien parfaite pour éviter la vieillesse et la crainte de la mort, mais cette mort donnait sens à nos vies. Elle était la fin d’un cheminement sinueux, u n m u r i m p é n é t r a b l e e t incompréhensible où mille questions se posaient. Notre temps autrefois limité nous permettait d’être vivants et présents. Malgré cette réalité bien fondée en moi, il enchaîna :

Tu devras garder ce secret pour l’éternité.

très sérieuse intention de les remporter. Comme plusieurs de mes proches, le 8 novembre 2016, j’étais très excité lorsque nous avons élu un président qui nous promettait du changement. Malgré quelques remarques déplacées de sa part, nous croyions tout de même qu’il apporterait un vent de changement avec ses politiques protectionnistes et sa vision très s t r i c t e s u r l ’ i m m i g r a t i o n . Cependant son caractère irritable et ses sautes d’humeurs n’ont fait

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qu’aggraver la situation sur le plan international.

Depuis quelques années, les emplois se font rares et le taux de chômage monte en flèche. Les grandes entreprises cherchant à s’installer en Amérique décident une après l’autre de s’établir ailleurs où la main-d’œuvre a de meilleures conditions sociales ou dans des lieux où celle-ci est moins dispendieuse. En 2016, nous avions élu Trump puisque nous nous sentions oubliés par la société et pensions qu’il renverserait la vapeur. Cependant, dès la première année de sa présidence, il

Cependant, dès la première année de sa présidence, il dérèglementa plusieurs secteurs, ce qui eut un

dérèglementa plusieurs secteurs, ce qui eut un impact très négatif sur l’environnement ainsi que sur les conditions de travail. En effet, les emplois dans le secteur manufacturier qu’il promettait ne se sont jamais concrétisés et le secteur du charbon n’a pas survécu, comme le prédisait presque tous les analystes à l’époque. Du côté des entreprises que nous disions « du futur », plusieurs d’entre elles n’ont pas survécu aux taxes auxquelles elles ont été soumises. Justement, Tesla, l’entreprise de voitures

électriques que tout le monde prisait, n’a pas pu résister aux mesures imposées par la nouvelle administration puisqu’elle avait déjà une situation économique précaire. De plus, avec l’arrivée de la robotisation dans le milieu manufacturier, les gens occupant des emplois plus simples se retrouvèrent sans gagne-pain. Du point de vue de l’environnement, les choses ne firent que s’aggraver. Des catastrophes naturelles c o m m e d e s t s u n a m i s , d e s inondations, des sécheresses et plusieurs autres n’ont fait que prendre de l’ampleur. Comme plusieurs scientifiques l’avaient prévu, les régions les plus touchées furent le sud du pays, où la situation économique était déjà moins stable. Évidemment, les personnes ayant les moyens d’aller s’installer ailleurs au pays le firent, laissant ceux dans le plus grand besoin seuls et sans possibilités pour s’en sortir.

L’état de la scène internationale avait beaucoup changé. En effet, l’Union européenne a pris le rôle de « leader du monde libre », que les États-Unis avaient occupé pendant si longtemps. Le plus dur coup porté à l’orgueil de notre nation fut certainement lorsqu’une décision aux Nations unies émergea avec le but de déplacer le siège social des Nations unies vers Berlin, en Allemagne. Les nations membres avaient jugé plus adéquat de déplacer le siège social de l’organisation puisque les valeurs portées par celle-ci n’étaient plus aussi compatibles avec les valeurs véhiculées par

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l’administration américaine. En effet, la nouvelle administration présidée par Trump prit plusieurs d é c i s i o n s e x t r ê m e m e n t controversées. Contrairement à ce que plusieurs auraient pu croire, il n’y eut pas de conflit avec la Corée du Nord. Cependant, la décision de déplacer l’ambassade américaine en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem, ou encore de se retirer de l’accord sur le climat de Paris furent les décisions les plus dévastatrices. De plus, le fait que l’état mental du président changeait tous les jours et qu’il s’exprimait par le biais de nombreux « tweets » déstabilisa la communauté internationale, ce qui ne fit qu’aggraver la situation.

Maintenant, après toutes les répercussions de l’élection de Donald Trump comme la montée du populisme, un groupe de courageux citoyens et moi avons été choisis pour voyager dans le temps à l’aide de la toute première machine à voyager dans le temps développée par des chercheurs du MIT dans le but de réparer les erreurs du passé. En effet, le 4 juillet prochain, notre groupe a comme mission de retourner en 2016 et de changer la tournure des é l e c t i o n s p r é s i d e n t i e l l e s américaines. Pour ce faire, des experts en politique ont mis sur pied un plan visant directement l’opinion des électeurs. Au cours de la mission, nous utiliserons l’outil le plus efficace pour la diffusion de l’information, soit les réseaux sociaux.

Le matin du 4 juillet 2026, je me levai avec un sentiment d’espoir extrêmement fort. Moi, Noah et

q u e l q u e s c o l l è g u e s n o u s

apprêtions à passer à l’histoire en changeant le cours de l’humanité. Vers 13 h, nous montâmes dans la machine, réglâmes la date cible au 5 janvier 2016 et appuyâmes sur le bouton de mise en marche. Dix minutes plus tard, nous arrivâmes en 2016. La première partie de notre mission consistait à nous trouver un endroit où vivre jusqu’au 8 novembre 2016 et nous procurer des ordinateurs. Après avoir fait cela, nous nous mîmes au travail. Chacun de nous avions

a c q u i s u n e t r è s b o n n e

connaissance des réseaux sociaux et du contexte politique des élections présidentielles et nous devions créer des comptes sur les principales plateformes dans le but de promouvoir le parti démocrate et de salir la réputation des candidats républicains. Après plusieurs mois de travail acharné, les élections n’étaient que dans quelques jours. Nous étions tous fébriles en attendant les résultats. Heureusement, c’est la candidate démocrate qui remporta l’élection. Le jour suivant, nous devions retourner en 2026. Nous étions tous très excités de voir comment le monde avait changé.

À notre retour, nous constatâmes que l’état de l’environnement était beaucoup mieux qu’à notre départ, que malgré quelques lacunes, la situation diplomatique mondiale

é t a i t p l u t ô t b o n n e e t q u e l’économie nationale américaine se portait beaucoup mieux.

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Les portes de l’enfer Alina Musteata

Dès les premières lueurs rouge sang de l’aube, un terrible tremblement avait commencé à se faire sentir dans la région. Après un cri de désespoir et de douleur à la suite d’une chaleur extrême durant plusieurs années, la Terre s’était ouverte en deux. C’était le début de la fin, mais tout le monde l'ignorait

Tout avait commencé avec l'arrivée d'une compagnie étrangère qui était intéressée à exploiter les ressources de la région, comme le pétrole et le bois. Plusieurs usines furent créées l’une à côté d