Vous êtes sur la page 1sur 1

vos droits  Filmer n’est pas jouer

Shutterstock
Moyen de preuve Celui qui se laisse filmer en commettant un excès de vitesse ne peut opposer l’art. 179 quater du Code pénal qui interdit de filmer sans l’accord
des personnes des faits relevant du domaine privé.

Ce que vous filmez pourra


être retenu contre vous!
video et vitesse Les graves excès de vitesse tuaient pas des preuves illicites inexploitables pro-
venant de l’infraction visée à l’art. 179 quater du
filmés sur un portable et découverts par hasard Code pénal (CP), qui interdit de filmer sans leur
accord des personnes dans des faits relevant du
par la police sont un moyen de preuve utilisable domaine secret ou du domaine privé.

selon le TF! Jurisprudence très (trop) large


Dans une seconde phase, le TF considère que les
séquences filmées en question constituaient à l’évi-
dence des découvertes fortuites au sens de l’art. 243
Texte: Sébastien Fanti,
conscience d’être filmé lors de ses «exploits». A tout CPP. Or, expose-t-il, «selon la jurisprudence, l’ex-
Avocat – www.lexcar.ch
le moins, avait-il donné son accord tacite pour être ploitation des découvertes fortuites suppose non

D
filmé (considérant 1.1.2). [Pour rappel, selon l’art. seulement que la mesure de contrainte originaire
ans un arrêt du 16 février 2018, le 141 al. 2 CPP, une preuve illicite peut tout de même qui a conduit à ces découvertes ait été valablement
Tribunal fédéral (TF) entérine être exploitée si elle est «indispensable pour éluci- ordonnée, mais aussi que les autorités pénales aient
l’utilisation du moyen de preuve der des infractions graves», ce qui n’est pas le cas pu ordonner cette mesure si elles avaient eu, dès le
consistant en l’enregistrement fil- du délit de l’art. 90 al. 2 LCR, le crime de «délit de départ, le soupçon concret de la commission de
mé sur le téléphone portable d’un chauffard» n’existant pas encore en 2012]. En cette autre infraction» (considérant 2.1). Tel a bien
tiers de graves excès de vitesse, infractions décou- d’autres termes, les séquences filmées ne consti- été le cas en l’espèce, selon le TF, puisque la per-
vertes par hasard à l’occasion du séquestre dudit quisition du téléphone portable a été régulièrement
portable dans le cadre d’une enquête sur un trafic ordonnée lors de l’instruction ouverte à l’encontre
de drogue. En conséquence, le Tribunal fédéral
confirme la condamnation pénale du conducteur
Réfléchissez à deux fois du propriétaire Z du portable pour trafic de drogue.
De plus, si l’autorité pénale avait eu connaissance
à 180 jours-amende avec sursis et fr 2’160.- Se laisser filmer en commettant un grave excès de vitesse est un acte dès le début de la commission de graves excès de
d’amende, pour trois excès de vitesse commis en dangereux et irresponsable. Et celui qui exploite les images dans un vitesse comme du fait que ces infractions avaient
2012 (donc d’avant l’entrée en vigueur de Via si- cercle de personnes élargi peut également être poursuivi. été filmées par Z, elle aurait pu ordonner le sé-
cura) de +90 km/h (170 au lieu de 80 km/h), +110 Les jeunes conducteurs adoptent très souvent ce comportement sans questre du portable de Z et son analyse par la police
km/h (230 au lieu de 120 km/h) et +150 km/h (270 tenir compte ou avoir pleinement conscience de la mise en danger (considérant 2.2).
au lieu de 120 km/h). qu’ils induisent, autant pour eux que pour les autres usagers. En réalité, on le voit, la justice pénale est omnipo-
De plus, il apparaît désormais que les poursuites peuvent être enga- tente face au crime pour exploiter toute preuve qui
Preuves valables gées a posteriori et sur la simple découverte fortuite de l’infraction. lui tombe sous la main. Quant à l’idée de preuves
A l’appui de son verdict, le TF commence par Dès lors, gardez la raison, refrénez vos ardeurs et n’entrez pas dans illicites «de données concernant le domaine secret
constater que les enregistrements filmés ne consti- ce jeu. Il n’en vaut clairement pas la chandelle et ne cause que des ou privé» qui seraient inexploitables, elle n’est en
tuaient pas des preuves illicites inexploitables (au désagréments. AO définitive – selon nous – qu’une théorie rendue lar-
sens de l’art. 141 al. 2 du Code de procédure pénale, gement inopérante par une jurisprudence trop
CPP), puisque le conducteur avait pleinement large. RA

10 revue AUTOMOBILE No 14 Vendredi 6 avril 2018