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ARGENTINE.

Au-dessus du pétrole, la misère | Courrier international 10/04/2018 07:37

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Argentine. Au-dessus du pétrole,


la misère

La majeure partie du pétrole argentin provient du sous-sol de


Comodoro Rivadavia. Une ville de Patagonie où les services de base
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ARGENTINE. Au-dessus du pétrole, la misère | Courrier international 10/04/2018 07:37

sont inexistants, rapporte l’hebdomadaire Visão.

Comodoro Rivadavia, en Patagonie centrale [province de Chubut], est la première ville


d’Argentine pour l’exploitation pétrolière. C’est la ville des affaires, du pétrodollar, de
l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie qui a trouvé refuge dans la cité voisine de
Rada Tilly. C’est la ville du sous-sol, du travail, un concentré de plusieurs cultures, de
nombreuses diasporas. Et, en dépit de tout cela, Comodoro Rivadavia, c’est aussi la
ville du néant, en quête d’identité, perdue sur une mer de pétrole au cœur de
la Patagonie.

Les premiers colons – dont de nombreux Portugais – de cette cité centenaire ont dû
défricher une région à l’état brut. Manuel Orlando dos Reis, un Portugais de 77 ans, y
est arrivé enfant, à l’époque où il n’y avait là que des derricks. Comme son père avant
lui, il commença par travailler dans le pétrole. Aujourd’hui, c’est le roi de la ferraille. Il
vend des pièces pour l’exploitation pétrolière et possède une flotte de pêche. La
majorité des 3 700 Portugais de Comodoro n’ont pas connu la même réussite. La
plupart travaillent pour les compagnies pétrolières, certains dans le secteur de la
pêche, qui connut des temps prospères quand les rives de Comodoro étaient propres.
Leurs descendants parlent espagnol, ont fait des études et aspirent à autre chose. A
leur arrivée, il manquait de tout à Comodoro, et surtout de ce qui aujourd’hui reste une
denrée rare : l’eau. Elle sort au compte-gouttes des robinets de la ville. C’est d’ailleurs
en raison de la pénurie d’eau que les premiers colons parvinrent à convaincre le
pouvoir central de Buenos Aires d’envoyer des sondes exploratoires pour rechercher
des nappes phréatiques. La ville ressemblait à l’époque à une cité fantôme, cherchant
sa survie dans l’océan Atlantique, luttant contre le froid des longs hivers, battue par les
violentes rafales du vent de Patagonie. Après des années d’attente, les habitants
accueillirent dans une ambiance de fête les sondes promises. Mais, à la stupeur
générale, on trouva du pétrole, des nappes et des nappes de pétrole, comme jamais
l’Argentine n’en avait vues. Et la vie de Comodoro changea de façon irréversible.

Les grandes compagnies pétrolières débarquèrent, les multinationales, les gros


contrats, les appareils de forage. La ville allait croître rapidement, trop vite, de façon
désordonnée, maison sur maison, sans planification, s’éloignant lentement de la mer
pour gagner une colline surplombant le littoral. De là, on aperçoit une ville grise et

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morne, aussi désespérée qu’elle pouvait l’être avant l’arrivée du “progrès”.


Les géants pétroliers n’ont qu’un seul intérêt à Comodoro : l’or noir que les appareils
de forage – ils sont au nombre de 1 100 dans le seul périmètre de la ville – retirent,
sans interruption, du sous-sol. Dans la province de Chubut, on en compte plus de 50
000, extrayant jusqu’à la moelle les ressources naturelles. Il y a environ un an, le
Chubut a réussi à surpasser la province de Neuquén [nord-ouest de la Patagonie], qui
détenait jusque-là tous les records en matière d’exploitation pétrolière. En 2006, le
Chubut produisait près de 10 millions de mètres cubes de pétrole brut sur les 30
millions produits par le pays.

Pourtant, à Comodoro Rivadavia, on manque toujours de tout. Il n’y a pas


d’assainissement, pas d’enseignement digne de ce nom, pas de traitement des eaux
usées. Les déchets produits par la ville sont purement et simplement acheminés
jusqu’à la mer. Il n’y a même pas ce qui devrait être une évidence : une station de
désalinisation. De leur côté, les compagnies pétrolières retirent du sous-sol de la ville
un profit de près de 40 millions de dollars par jour. Mais de ce montant, la mairie ne
reçoit, apparemment, qu’une infime partie. Le pétrole part ensuite dans des raffineries
des environs, puis il est acheminé vers Buenos Aires pour être enfin exporté.

Comodoro n’est en cela pas différente de tant d’autres Comodoro du monde, des villes
très riches en matières premières qui végètent dans la pauvreté.

Repères

Comodoro possède une autre richesse : l’imposant parc d’éoliennes qui domine toute
la ville. Jusqu’à l’an passé, c’était le plus productif d’Amérique du Sud. Certains
secteurs de l’extraction pétrolière – extrêmement polluante – de la ville sont alimentés
par l’énergie éolienne.
Luís Pedro Cabral

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