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NOTE DE

M. le Ministre de flnlérieur de Romanic, adressée a son Collegue, M. le Ministre des-

. Aires étrangeres, en reponse a ia Note du 15 Juin, de 11. l'Agent et Consul general de

I France, a Bucarest.
, 4, V4

j . .

r.
V-
4.,
,
C. J.,
MONSIEUR LE MINISTRE, 4

!2. T . _

J'ai lu avec la plus grande attention la Note que M Memo ,


Agent et Consul general de France, vous a adressee , en date du
%, Juin 1869 , concernant l'expulsion d'un certain nombre d'Is-
raelites des Communes rurales de Moldavie.
Notre reconnaissance pour la France et pour son glorieux Em-
pereur, , ce magnanime bienfaiteur de la Roumanie , m'impose le
devoir de donner a M. Mellinet et au gouvernement qu'il repré-
, sente , les explications les plus loyales et les plus satisfaisantes
:

sur les questions dont traite sa Note.


Jefais cela surtout , parce que le gouvernement. Imperial .
comme je vois, eQt mal renseigne sur les incidents qui concernent
les Israelites roumains, et que notre devoir est de convaincre la
France et le reste du monde civilise, qu'il n'y a jamais eu , qu'il
n'y aura jamais de persecutions religieuses en Roumanie.
Avant tout, je ne puis cacher la douloureuse impression que
m'a causee la lecture de cette Note.
Depuis notre entree aux affaires, nous nous flattons d'avoir don-
ne, taut a l'exterieur qu'à l'interieur, assez de preuves de la mo-
deration et de la parfaite loyaute de notre politique , et cela sur
)

toutes les questions. ,

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En ce qui concerne les Israelites , nous avons pris toutes les
mesures exceptionnelles, reclamees par l'humanite et autorisées
par les lois, pour assurer leur vie, leur honneur et tears biens.
Et dans l'espace de sept mois , pas un acte violent n'est venu
dormer un dementi , ni aux intentions , ni aux mesures de notre
administration.
Toutefois, nous n'avons pu obtenir ce resultat, sans tenir comp-
te des souffrances et des interets des populations chretiennes, qu'h
notre entrée au Ministere ,nous avons trouvees profondement ir-
ritees contre les Israelites des districts Moldaves.
Nous etions done en droit d'attendre que le gouvernement Fran-
cais serait le premier a reconnaitre nos bonnes intentions et nos'
incessants efforts, pour calmer les passions et affermir l'ordre dans
le pays, par la satisfaction des interets legitimes des populations.
Malheureusement , je commence I craindre que nos bonnes
intentions ne soient pas appreciées a l'exterieur, comme, nous au-
rions eu le droit de l'attendre. Je remarque que les Israelites ne
reconnaissent point assez tout ce qu'ils doivent a notre adminis-
tration et aux hommes dont elle se compose. Je vois avec peine
qu'au lieu de s'adresser a la generosite de la nation Roumaine ,
a. requite du Prince et des Corps Legislatifs de l'Etat , ils recou-

A
rent de nouveau aux interventions etrangeres. Cette maniere de
proceder,, pour parler en toute franchise , n'est, certes, pas la voie
la plus propre , pour les Israelites roumains , a s'attirer les sym-
pathies de la nation , qui leur a donne une large hospitalite , ni
a. leur faire obtenir de sa justice une modification a leur conditi-
on legale d'aujourd'hui.
Je viens maintenant a la question.
Son Excellence , M. le marquis de la Valette , intervient dans
eette affaire interieure et entièrement de la competence du gou-
vernement Roumain, en vertu de la Plainte adressee au President
de l'Alliance israelite de Paris, par les Juifs de Moldavie, et trans-
mise par M. le President au Gouvernement Imperial. Son Excel-

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knee intervient a juste titre, en sa qualite de Ministre d'une Puis
sauce garante, et pour la raison que les mesures, prises par l'ad-
ministration Roumaine contre les cabaretiers et les fermiers d'oc-
trois dans les villages moldaves , seraient une atteinte a des
droits, places sous la protection de certaines dispositions con stitu-
tionnelles et de la Convention de 1858.
Pour ce qui concerne la Plainte des Israelites moldaves aux
autorites et associations étrangeres, j'ai exprime plus haut mon
opinion.
Relativement l'intervention de l'Alliance israelite pres du
gouvernement francais. je n'ai pas a m'en occuper, cela &ant en
dehors de notre cercle d'action. Mais je dois faire toutes mes re-
serves, touchant la theorie que le refus d'autoriser les Juifs a te-
nir des cabarets et a affermer, les octrois dans nos villages, con-
stituerait une violation de la Convention de Paris , et que cela
donnerait un droit d'intervention aux Puissances garantes. ,
S. Exc., M. le marquis de la Valette est trop eclaire, pour ne pas
savoir que l'autonomie Roumaine ne date pas d'hier. Les Princi-
pautes de Moldavie et de Valachie possedent, depuis des siecles,
et elles ont su conserver l'independance administrative et legisla-
five, assuree par d'anciens traites, conclus avec les plus illustres
et les plus puissants souverains de l'empire Ottoman.
Le Traite de Paris et la Convention qui l'a suivi, n'ont fait que
completer et mettre sous la garantie des grandes Puissances en-
ropeenes cette autonomie seculaire.
Ce droit nous a valu une reconnaissance plus etendue et plus
absolue, dans le preambule place par les Puissances garantes elles-
!denies, en tete du Statut du 9 Mai 1864. .

Ce preambule contient textuellement ce qui suit :


Les Principautes-Unies peuvent, a l'avenir modifier et chan-
ger les lois relatives a leur administration interieure , avec le
concours legal de tons les pouvoirs etablis , et sans intervention
d'aucune sorte." ; t,

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4 =
C'est 'en vertu de ce principe tine la nation Roumaine s'est
donnee la Constitution de 1-er Jui llet 1866, qui remplace la Con-
vention de 1858, en tout ce qui regarde l'organisation intérieure
de la Roumanie.
Je fais appel a la haute intelligence et a l'impartialité bien con-
nue de M. le marquis de la Valette, je l'adjure de nous dire mai-
m eme, s'il y a aujourd'hui une on plusieurs puissances investies
du droit d'intervenir dans les affaires interieures de la Rouma-
nie, et par consequent de porter atteinte a son autonomie, taudis
que leur belle mission a pour unique but de la defendre, en leur
qualite de Puissances garantes.
L'intervention des Puissances dans la question des Israelites
au nom de la Convention , serail injustifiable ; car la Convention
de 1858, art. 46, et la Constitution de 1866 , art. 7, prevoient,
expressement pour les Israelites un regime exceptionnek ;1

Toutes resenes faites sur la question de droit , je me fais in


devoir et un plaisir de donner au gouvernement Imperial les ex-
plications les plus larges et les plus satisfaisantes sur les faits.
Peuple de race latine, les Roumains , habitues a voir dans la
France, leur grande sceur et leur glorieuse bienfaitrice, tiennent
par-dessus tout a la bienveillance de la nation francaise et de
son Empereur. :

Ce serait done un malheur pour nous que le gouvernement


Imperial tilt l'idee, quit y a eu, gull pent y avoir , en Roumanie ,
des persecutions religieuses.
La tolerance religieuse Oat une vertu tres-ancienne sur les
herds du Bas-Danube. Depuis des siecles, l'hospitalite donnee I
l'etranger est ecrite sur nos drapeaux, et nous la pratiquons ,
nous aussi, come une vertu hereditaire, aussi bien dans la ca-
bane du pauvre que dans le palais du riche.
L'histoire atteste qu' a l'epoque on, en Espagne, on brillait les
gene pour leurs opinions religieuses, et on les Juifs etaient ex-
pulses d'Allemagne,uniquement parce gulls etaient juifs, la Rou-

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5

inanie leur accordait cette large hospitalité dont elle devient au-
.

jourd'hui victime. Un tel pays ne pent done etre le theatre d'une


-persecution religieuse, ni etre qualifid de barbare et livre h la
reprobation du monde civilise.
.Voila pourtant les qualifications que, depuis quelque temps, on
nous jette systematiquement h la face. Votre Excellence, en
qualité de Ministre des Affaires Etrangeres, connait mieux que
inoi, les causes secretes de cette subite levee de boucliers contre
nous. , '

Moi, comme Ministre de l'Interieur, je ne puis rien dire, si ce


n'est que l'opinion publique etrangere est induite en erreur, et
que la question est mal connue.
En effet en Roumanie, la question des Juifs n'est pas une ques-
tion de religion; elle est tout a fait autre. C'est a la fois une ques-
tion de nationalite et d'economie. . ;

En Roumanie, les Juifs ne constituent pas seulement une comd


munaute religieuse distinete, mais encore, dans toute la force du
terme, une nationalite etrangere aux Roumains, par son ,origine
se langue, ses magus, et même par ses sentiments. .

En Roumanie, les Juifs ne sont pas ce gulls sont dans les au-
tres pays civilises, c'est a dine Francais en France ; Anglais en
Angleterre; Italiens en Italie, Allemands en Allemagne, ne diffe-
rant des indigenes que par leur religion, et pour le reste.entière-
ment assimiles aux autres claSses de la population; et cela, ,bien
avant qu'ils eussent obtenu ces droits, qu'ils reclament , en Rou-
manie, avant d'être devenus Roumains de fait. ,

Le Gouvernement et la nation ont done le droit et le devoir de


s'interesser au progres de cette population etrangere. qui vit au
milieu de nous, et qui s'accroit incessamment par l'ernigration des
Juifs de Gallicie et de Podolie , provinces voisines de l'ancienne
Pologne. r-

11 ne s'agit done point de persecution religieuse; car, s'il en etait


ainsi, les Israelites rencontreraient des obstacles, ou des restrictions

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_6_
dans l'exercice de leur culte, ce qui n'est pas. Leurs synagogues ,

ne s'eleveraient pas librement a Me des jeglises chretiennes; leur


enseignement religieux, la publication
..
de leurs livres saints se-
raient également defendus, .

Si le rabbinat, si l'enseignement religieux, si les etablisse-


ments d'education et de bienfaisance sont bien moins avances chez
les Jai& que chez les Chretiens, cela tient au peu d'initiative et a
l'etat arriere de culture de la grande majorite des Israelites, sur_
tout de ceux d'au dela slu Milcov. Le peu de progres que les Israe-
lites de Moldavie ont fait, en ces dernières années, dans ces bran-
ches d'amélioration religieuse et sociale, ils en sont redevables
au gouvernement Roumain, et,qu'il me soit permis de le dire,
a moi aussi, A moi surtout, qui, pendant les trois fois que j'ai
eu l'honneur d'être mis a la tete du Ministere de l'Interieur, au
risque meme de me compromettre devant mes compatriotes, et
je dois le dire, contre la volonte et les prejuges de la majorite des
Israelites , ai travaille avec perseverance a eclairer leurs jeunes
gens et a les assimiler aux autres habitants de la Roumanie. :
Je ne m'etendrai pas davantage sur mes travaux ; j'aime mieux
laisser parler pour moi les actes ci-joints (lettres A et B), qui m'ont
ete adresses par les Israelites les plus notables de Jassy et de Bu-
carest; leurs noms doivent etre bien connus de l'alliance Israelite
de Paris. ; ,
Par la lecture de ces actes , M. le marquis de la Valette se
convaincra, je pense, que mkne les Israelites les plus eclaires se .
plaignent de rignorance et des prejuges de la grande majorite
de leurs coreligionnaires, et que c'est là l'obstacle le plus serieux
qui retardera longtemps encore les progres de l'instruction chez
les Israelites, et, par consequent, leur assimilation aux Roumains.'
Son Excellence verra encore que, tandisque les autres popula-
tions et commtmautes du pays reclament une extension de droits
dans la gestion de leurs affaires, les Israelites les plus marquants
demand ent l'abolition de l'autonomie, qui leur a ete aceordee,

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comme un don funeste. parce qu'elle fait d'eux la proie de l'igno-
ranee et des prejuges de la multitude.
Enfin, toujours ces lames actes montreront au Ministre Fran-
cais tout ce que, dans les periodes successives de mon adminis-
tration, j'ai fait pour eclairer et instruire les Israelites, et lui prou-
veront, par consequent, qu'on ne peut flétrir du nom de barbares
et de persecuteurs, en matière religieuse, l'administration dont
j'ai l'honneur de faire partie, et moi en particulier. :

J'ai traite la question au point de vue national; et, en passant,


au point de vue religieux; je vais en aborder le dote économique.
Tous ceux qui ont visite les Principautés et partieulierement
la Moldavie , se sont effrayés du triste. aspect , pour ne pas dire
plus, que presentent les Israelites polonais, dont nos villes sont en-
combrees; leur frayeur n'a fait que redoubler, lorsque, par mu
examen approfondi du commerce , de l'industrie et des moyens
d'existence de cette multitude, ces voyageurs se sont convaincus
que les Juifs consomment sans produire, et que leur grande, ou
plutôt leur seule industrie consiste dans le debit des boissons.
Les representants des puissances, qui resident a Jassy, ont reconnu
eux-mêmes, j'en ai la conviction, ce terrible fleau qui rouge rime
de la Moldavie. Et, s'il mettait permis d'appeler comme Wmoin,
an de ces Agents des Puissances europeennes, qui, en leur qua-
lite de puissances chretiennes , doivent aussi leur part de compas-
sion aux chretiens de Moldavie, je n'aurais qu'à m'adresser au
Consul meme de France h Jassy.
C'est pourquoi, non pas d'aujourd'bui, mais depuis longues
annees, h toute epoque, et sous tous les regimes, tous les Princes,
tous les hommes d'Etat de la Roumanie, tous ceux qui portent un
serieux inters& to leur pays , se sont preoccuOs , de l'imperieuse
nécessite d'empêcher l'exploitation du peuple Roumain par un
peuple etranger, par les Juifs.
Un des moyens adoptes, et encore en viguenr,, je le prou-
verai plus bas est celui qui interdit aux Juifs d'etablir leur

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domicile dans les villages, et, specialement, d'y faire le commer-


ce des boissons.
En effet, les Juifs , par la constitution menu, de la propriete
fonciere en Roumanie, sold places dans la position exceptionnelle
de ne pouvoir, ni posseder, ni etablir leur domicile dans nos Com-
munes rurales. :

Et cela, parce que la loi fondamentale du pays ne permet qu'a


ceux qui appartiennent au rit chretien, d'acheter des terres ou des
domaines. Les Juifs ne peuvent paS meme acquerir des parcelles
de terrain, parce que la petite propriéte foneière n'existe en Rou-
manie que depuis le 14 Aotit 1864, date de la loi rurale; et que,.
d'apres cette loi, les anciens eorveables n'ont le droit d?aliener
tears proprietes qu'apres un terme de 30 ans.
Les Israelites ne possedent done point, et ne peuvent prouver
quills possedent, en dehors du rayon des villes, un pouce de
terre, qui leur donne le droit de se plaindre , de soutenir qu'ils
ont des domiciles dans les villages , et que l'administration les
en a chasses.
Dans les villages, les Juifs ne sont que locataires de maisons,
gulls lonent, en payant des termes, de un h trois ans. Nean-
moins,. les Juifs cabaretiers et entrepreneurs d'octrois, n'ont
pas ete chasses de ces domiciles précaires , ' vu que la mesure
recommandee aux Prefets, par Ma circulaire du 15 Janvier, 1868,
(lettre 0). n'a d'autre but que d'empêcher les proprietaires fon:-
ciers et les Communes de loner dorenaVant aux Juifs les caba-
rets et les accises; et cela, aonformément a la loi en vigueur. Ma
circtilaire dit categoriquement que les contrats de location doi-
vent etre respectes jusqu'h.leur expiration.
Dans la chancellerie de mon ministere, j'ai, 'par districts et
drrondissements, des Hates nominales et speciales des Juifs ca-
baretiers et fermiers d'accises, dont les contrats sont expireS et
,

de ceux qui, ayant des contrats legalises, a de plus longs termes


que le 23 Avril (5 Mai dernier), sont mates dans les villages. Je

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suis, par consequent, en de connaltre Ia condition de chacun
de ces locataires, et si l'on fait h un seul d'entre eux une injustice,
Ala premiere plainte,. je lui donnerai-raison, comme je Pal deja
fait A, tons :ceux qui ont en recours a ma légitime intervention.
II n'est pas non plus exact ait refuse aux cabaretiers et
aux fermiers d'octrois, dont les contrats sont expires, les termes
-nécessaires, pour encaisser les sommes qui leur sont Aues par
les habitants-. . rai, au contraire, publie nombre de circulaires is
ce sujet, et je ne.cesse de donner.des,ordres pour que lesadmi-
nistrations des districts accordent des termes de cette nature. Si,
malgre tons ces ordres, les employes subalternes ont commis,
ou commettent . des abus, je ferai tout ce qui dependra de moi
pour les reprimer; dejk demandé àr la prefecture de Berlad
explication exacte, a l'endroit des Israelites, qui pretendent
avoir .ete violemment chasses- des villages de ce district. .
En resume, j'e n'ai mis aucun Juifh la porte de son domicile,
pour la simple raison ,que, d'apres toutes les lois du pays, les
Israelites n'ont point, en Roumanie, le droit d'élire domicile dans
les villages. Le méme usage existe en Servie.
J'ai simplement limite, pour l'avenir, les contrats de,location
et d'entreprise des octrois avec les Israelites, et plus speciale-
ment avec ks Israelites de Gallicie et de Podolie. Gette mesure
est basee sur le Reglement organique et stir la loi votee par l'As-
semblee generale et sanctionnee par-le Prince Michel Stourdza,
loi qu'aucune autre posterieure n'est venue abolir, jusqu'a ce
jour; et dont, au contraire, tous les ministres.de l'interieur, avant
comme apres 14 Convention. ont ordonné et maintenu l'application.
Temoin les circulaires de mes predecesseurs , et nommement ,

celles du 17 et du 28 Juin 1861, a l'epoque du ministere de


M. Costafore; celle du 5 Fevrier 1866, signee par le general
Floresco; celles du 11 Mars et du 11 Avril 1866, adressees a la
la prefecture de Rimnic-Sarat, et signees par le prinee Demetre
Ghica; etc., etc.

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.Con dobjectera peut-être que la Convention et la Constitution,


.

proclament des principes plus liberaux, et cela, abStraction faite


de religion. C'est possible; toutefois, ces actes n'enoncent que
deS principes, lesquels, pour abroger des lois antérieures et
etre appliques, ont besoin d'être traduits en lois organiques et
positives. .
.
,t

Ainsi, la Convention, art. 46, proclame, en principe, l'emanci-


pation des .3orveables et Abolition des monopoles; nos paysans
n'en ont pas moins continue a faire la corvee, et a etre soumis
au monopole des boissons, durant six ans, jusqu'a la promulga-
tion de la loi rurale (1864), qui a définitivement aboli la corvee,
la dime et les monopoles. Et pnis, en France meme, le principe de la
liberte de commerce n'a-t-il point, pratiquement, des exceptions ?
Je ne suis animé d'aucun sentiment de haine contre les Juifs.;
autant que me le permettent les lois du pays, je m'efforce, au con-
traire de leur faire partager les avantages de la liberte industri-
elle ; et pour preuve, voici mes ordonnances (lettre D) qui , lame
dans leS villages; accordent un domicile provisoire a differentes
categories d'ouvriers Israelites, tels que, machinistes, distillateurs,
macons, menuisiers, taillears, cordonuiers. Alter plus loin, contrai-
Tenient A des lois positives et a l'interet de mon pays, ce serait
compromettre la securite publique; car la population Roumaine, ne
trouvant pas dans le gouvernement la protection et la defense, qu'-
elle a le droit d'en attendre, pourrait recourir a des moyens ex-
tremes, dont les premieres victimes seraient les cabaretiers Juifs.
Dans cello situation, je ne dis pas un_ministre, mais dix minis-
.

tres, se succedant au ponvoir, l'un apres l'autre, ne pourraient


faire autre chose que ce que nous avons fait, mes predécesseurs
et moi, et cela, peut-être dans l'interet meme des Juifs, comme le
reconnaissent deja les plus &Mires d'entre eux. .

s.
D'ailleurs, les Roumains n'ont pas la prétention d'être plus ci-
vilisés, en 1869, que ne l'etaient les Francais, de 1806, a 1812.
, Son Exc. M. le marquis de la Valette. commit mieux

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que moi les mesures exceptionnelles que dut prendre Napoleon


I, dans lintel* de la France, contre les juifs de l'Alsace et de
la Lorraine: ..

Ministres de Roumanie, pays de regime constitutionnel, nous ne


pouvons gouverner que conformément h la volonte de la nation.
Nous sommes done obliges de tenir compte de ses besoins, de ses
passions et, même jusqu'A, un certain point, de ses prejuges.
: Votre Excellence n'ignore pas, Monsieur le Ministre, quels
orages ont &late A, la Chambre , toutes les fois qu'un Ministre a
ose dire un mot dans la question Israelite ; vous savez a quel-
les interpretations , A quelle agitation a donne lieu la proposition
que , dans la séance du 22 Mai , j'ai faite aux Deputes, h l'effet
d'ordonner une enquête parlementaire, pour cette affaire aussi gra-
ve que 'corn
Cela prouve une grande irritation de la part des populations
roumaines , provenant de cruelles souffrances et d'une legitime
inquietude ; car c'est la voix d'une nation qui se sent menacée
dans sa nationalite et dans ses.intérêts économiques. Cette voix,
l'etranger peut l'étouffer, mais il n'est pas permis h un Ministre
roumain, h quelque opinion qu'il appartienne, de ne pas l'écouter.
Pent-etre me posera-t-on a present la question suivante : Faut-
il que l'etat des choses en ce qui concerne les Juifs, reste inde-
termine, comme il est aujourd'hui ? : .

Je réponds categoriquemeht : Non! Au contraire, ii faut que


nous nous occupions energiquement et sans relAche , éclairer,
i.

a ameliorer cette classe considerable de notre population , a.


eteindre ainsi la haine populaire qui existe contre les.Juifs, et
les assimiler aux autres habitants de la Roumanie. - .
On n'obtiendra toutefois ce resultat qu'en respectant tout d'a-
bord les interets de la nation et du pays , et les prescriptions de
la Constitution, laquelle , pour ce qui concerne les droits poli-
tiques , s'est deja prononcee d'une fawn definitive. Et ce n'est
pas nous qui viendrons , trois ans h peine après sa promulgation ,

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--. 12
demander qu'on modifie on qu'on viole notre loi fondainentale.
On petit dire qu'en dehors des restrictions de la Constitution, il
n'y a rien a faire dans ce pays pour ameliorer le sort des Israe-
lite& et les transformer en habitants, bate travail, et l'indifstrie
profitent aussi aux autres classes de notre population. "-
Dans la seance du 22 mai dernier j'ai expose a la Chambre
mes idees:surce qu'il y faire, et askant- idees
: a la haute appreciation du Gouvernement francais, je demande
la 'permission d'annexer ici mes paroles.(lettre E ).
,

Mais c'est la notre mission dans l'avenir.


Pour le paSse ni pour le present, les Israelites., je .le ,
ne peuvent Se plaindre de la Roumanie.
Depuis la Convention de 1858 jusqu'a ce Jour, c'est-h-dire
dans reaper de pres de 12 ails ; le gouvernement et la :nation
ont cherche a ameliorer le sort des Isréalites ils ont aboli
maintes lois qui avaient un cachet de barbarie , ils-ont mis les
autres en harmonie-avec.l'esprit de-la civilisation roOderne.
II n'y a paS encore longtemps que les Israelites étaieut de
yrais' parias dans notre societe ; ils n'avaientpas le droit. en
hiatiere'criminelle, de servir de temoins contre des .chretiens.
Leurs personnes et leurs biens etaient soumises a diverses
s.

restrictions, et la dignite humaine même .pouvait etre insultee


dans leurS personnes, sans qu'ils pussent recourir a la protection
des lois. 'Nombre de professions leur etaient interdites; Aujour-
d'hui ee deplorable etat de choses a cesse. Les Israelites jouissent
de la liberté la plus absolue de conscience et de religion ; ils ont
obtenu maints droits civils; ils peuvent exercer maintes profes-
. skins qui leur etaient interdites ils peuvent: étre professeurs et
médecinS, et comMe tels Alevenir fonctionnaires dee l'Etat ; ils -\;

peuvent aussi etre pharmaciens et litographes ; ce qui leur etait


defendu auparavant.,Par la loi communale, plusieurs categories
. de Juifs',.et..nommement ceux qui ont passe par les ecoles. ou par

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rarmee , ont acquis- les droits communaux. Enfin , les Israelites


jouissent aujOurd'hui de plusieurs droits constitutionnels. Le res-
p.ectdu domicile et de la .personne, le droit a l'enseignement sa-
larie par la libert e. de conscience, et , ainsi que

celle de la presse, ils les possedent sur le même pied que les
Roumains.. *.!

Eh bien! tons ces droits , les Israelites les doivent uniquement


au bon vouloir et aux sentiments de justice des en de-
hors de toute intervention diplomatique, de toute pression etran-
gene! Ils en obtiendront bien d'autres; mais pour arriver h un
tel resultat, il taut qu'ils se resolvent a ne s'adresser qu'a la ge-
nerosite du pays , h requite de cette nation qui, dans des temps
difficiles, donna l'hospitalite a leurs peres, et qui, aujourd'hui, les
nourrit.eux-mêmes dans l'abondance. Qu'ils emploient leur acti-
viter non h susciter aux Roumains des complications diploma-
tiques, mais h donner parmi eux l'impulsion a la civilisation et
an Roumanisme: Qu'ils imitent leurs coreligionnaires de France ,
d'Angleterre et d'Allemagne; qu'ils adoptent la langue et les
moeurs roumaines; qu'ils entrent dans nos ecoles et dans notre
armee; qu'ils donnent a. leur intelligence une direction profitable
non-seulement a eux-mêmes, mais a ussi aux autres classes de
la societe , au milieu de laquelle ils yivent; qu'ils s'assimilent
enfin aux autres habitants du pays.
Et quand ils seront devenus Roumains , qu'ils soient certains
que la Roumanie, dans ses nobles sentiments de justice, et dans
sa pleine autonomie , n'hesitera pas a les presser sur son sein
comme ses autres enfants, sans regarder au culte dans lequel
ils adorent Dieu. Ai , *4! ce

Je m'estimerais on ne peut plus heureux., si mes faibles pa-


roles pouvaient effacer de la conscience des Ministres français la
facheuse impression, qu'y ont produite les rapports errones de
l'Alliance israelite et de ses correspondants moldaves ; car,
comme je l'ai deja dit , la Roumanie tient a la protection , et sur-

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tout a la bonne opinion de la France. Et cela &ant ainsi dans la


question des Israelites , aussi bien que dans toutes les questions,
nous nous efforcerons toujours comme ministres et comme Rou-
mains, de nous 'rendre dignes de la bienveillance et de l'estime
de la nation francaise et de son Gouvernement.
Recevez, Monsieur le Ministre , l'assurance de ma tres-haute
consideration et de mon amitié.

COGALNICHEANO.

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Lettre A. .

1 : )"

Wire de M. le Président de la Communaute Israelite de Bucarest a M. Cogalnicheano,

Ministre de lintérieur, 5 Mai 1869.

MONSIEUR LE MINISTRE ,

A la suite des dispositions prises, a differentes époques, par


le Conseil des Ministres, relativement aux etablissements reli-
gieux de bienfaisance et aux ecoles des Israelites indigenes de
la Capitale , l'administration et l'entretien de ces etablissements
a &é laissée a la disposition de la Communaute, a condition toute-
fois que celle-ci prendrait l'engagement de se conformer, pour
tout ce qui touche h la discipline et a l'organisation des ecoles et
des hôpitaux, aux reglements et usages deja etablis, on a etablir,
par le Ministere des Cultes et de l'Instruction publique.
En consequence, la Communaute israelite indigene a ore& par
l'etablissement d'une gabelle, ou taxe sur la vente de la viande,
des fonds qui ont servi a la fondation d'écoles primaires oii 450
garçons et 180 filles étudient les langues hébreque , roumaine
et allemande. En dehors de l'enseignement religieux, la Commu-
naute a aussi fonde des institutions de bienfaisance , telles que
l'hôpital qui compte 28 lits; elle a, en outre, distribue aux pauvres
des secours en argent et en nature , a des époques régulieres ,
ou dans des circonstances difficiles.

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Les choses ont marche ainsi, avec plus ou moins de facilite ,


jusqu'à la fin de l'année dernière, 1868.
Aujourd'hui, cependant, apres avoir ete contrainte de suppri-
mer quelques-unes de ses institutions de bienfaisanee, et de ces-
ser la distribution de ses enmities; apres avoir renonce h la cons-
truction d'une nouvelle ecole, déja projetee, la Communaute se
voit réduite, d'une part, a supprimer definitivement la gabelle,
qui ne produit presque rien , et , d'autre part, a fermer l'hôpital
et même les ecoles , par suite d'un manque absolu de fonds.
Quelques israelites retrogrades qui etablissent leur propre ga-
belle , sont la cause de cette deplorable situation ; mais, comme
ils ne sont qu'un petit nombre, et que leurs instituts sont tres-
restreints , ils mettent peu ou point de taxes sur la vente de la
viande , et font ainsi une concurrence desastreusse a la Commu-
naute indigene, qui, organise et entretient de vastes etablisse-
runts, dans le genre de ceux dont nous avons mile plus haut.
En presence d'une si facheuse situation, le soussigne, en qua-
lite de president de la Communaute, vient vous prier, Monsieur
le Ministre , de vouloir bien abolir definitivement l'autonomie de
la Commune, et de la placer de nouveau sous les ordres du Mi-
nistère de l'Interieur.
, Cependant, jusqu'h l'elaboration d'un nouveau projet , et pour
que nous ne soyons point forces de fermer aujourd'hui méme les
ecoles, je vous prie de vouloir bien nommer,, sous la presidence
du soussigne, une commisston mixte, composee de 17 membres,
ci-dessous indiques et tires du sein de toutes les protections et
de tons les partis. Cette commission dirigera les travaux de la
Commune jusqu'a l'élaboration d'un nouveau projet..

, Signe: ADOLPHE VAIMBERO.

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Lettre B . , ., .

I I 1.1 4 1:r,

Adresse des notables Israelites de Jassy a M. Cogalnicheano, Shish de l'intérieur,

.2' en date du 29 Anil 1869.


I. -5_

: :
;.. EXCELLENCE, . . " 1.

1: .

Votre presence a Jassy reveille en nous d'heureux souvenirs;


ceux de l'etat florissant de la Communaute religieuse israelite ,
a l'epoque de votre administration , en 1860 et 1864. Alors ,
notre Communaute se developpe rapidement, grace a l'appui
sincere et energique de Votre Excellence , et la jeunesse Israelite
commence a se rechauffer au soleil du progres et de la civili-
sation. .:
Deja, plus de 1000 jeunes Israelites jouissent des avantages
d'une education morale , et l'etude de la langue et de l'histoire de
la Roumanie est suivie avec zele et assiduite, a cote de l'etude
raisonnee de la religion hebraIque , dans cinq ecoles primaires
roumaines israelites , qui se fondent sous les auspices et par la
bienveillante protection de Votre Excellence.
: Les enfants israelites commencent a s'assimiler, par la langue

et les moeurs , a leurs freres roumains , de rite chretien , et


marchent rapidement dans la voie du progres. Deja l'hôpital

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israelite s'agrandit, de jour en jour ; le-nombre des lits s'eleve


130; les malades israelites de toute la Roumanie y trouvent Un
asile , et l'etat sanitaire de tout le pays est egalement en progres;
Les serviteurs de.notre culte ont leur avenir assure; des pen-
sions sont accordees a leurs veuves.
Cependant, arrive an autre Ministere , qui , par un Décret ,
dont nous ne voulons pas contester la bonne intention , mais que
nous ne pouvons nous empêcher de qualifier d'intempestif, de-
clare , d'une part, les communautes Israelites autonomes, tandis
que d'autre part, il les abolit completement, en retirant Fappui
.

du gouvernement 8 l'encaissement de leurs revenus , et en enle-


vant a la majorite le droit de preponderance sur la minorite.
Cette disposition , Monsieur te Ministre , detruisant l'ancienne
base d'une Communaute religieuse reconnue par l'Etat , avant d'en
créer une autre, plus conforme pent etre a l'esprit du temps, de-
vait infailliblemeat produire, a bref delai , dans l'organisation de
notre Communaute religieuse , une perturbation complete , telle
que la ruine des ecoles et de nos institutions de b;enfaisance.
.

En effet , bien peu de temps s'etait Louie , depuis la publi,


cation de ce nefaste decret, lorsque nos ecoles furent fermees ,
les pensions des veuves supprimees et l'hôpital reduit a, 40 lits ;
Malgre cette enorme reduction , ce dernier etablissement ne se
soutient grande peine, par les secours de quelques riches
.

charitables.
Nous sommes desoles , Monsieur le Ministre ,de ne pouvoir
rien faire pour l'instruction et l'education de la jeunesse; mais
nous devons avant tout soulager les douleurs physiques des mai-
heureux , et ne pas les abandonner 'sans secours dans les bras
de la mort. . :: . , I -1

Cependant cet hôpital lui-merne , reduit comme ii l'est, est


menace d'une destruction totale. L'esprit de solidarite humaine
ne peut longtemps soutenir des institutions conteuses , de tame
qu'un etat: quelque liberale que. soit son organisation, et si

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grand que soit le patriotisme de ses enfants, ne reussira jamais


ft pouvoir laisser, a la discretion.exclusive dii patriotisme, le paie-
ment des . . , . . ,.
C'est pourquoi . en jetant un regard retrospectif stir l'acti-
vite de Votre Excellence , aussi bien comme homme prive que
comme Ministre, vous trouvant toujurs au premier rang , luttant
avec vigueur pour le triomphe du progres et de l'humanite, tra-
vaillant avec une infatigable énergie pour la prosperite des insti-
tutions de bienfaisance, specialement israelites , ainsi que pour
le developpement moral et la roumanisation de notre jennesse ,
nous nous flattons, Monsieur le Ministre , de l'espoir que vous
viendrez a notre aide encore cette fois , et que vons voudrez bien
reorganiser la Communaute religieuse israelite, sur les bases
du progres et de la civilisation.
Pour le moment, nous venons , Monsieur le Ministre , vous
prier, avec le plus profond respect , de vouloir bien prendre les
mesures provisoires :

Nommer et constituer d'urgence , même durant votre sejour a.


Jassy , une Commission interimaire, dont les membres seront
pris parmi nos coreligionnaires de Jassy, a l'effet de s'occuper
de l'administration des affaires de notre Communaute religieuse,
de l'entretien de I'hôpital et de l'ouverture provisoire des ecoles.
, Autoriser la dite Commission a prelever,, a cet effet , une taxe
sur la viande consommee par les Israelites , comme on le faisait
auparavant , et ordonner a M. le Prefet de préter son concours
h cette mesure.
.
.

. Nous ne venons pas, Monsieur le Ministre, plaider par devant

vous l'application d'un imp& sur la viande , ou parler en faveur


des impôts indirects en general ; toutefois , jusqu'a l'organisation
definitive des Communautes religieuses israelites en Roumanie ,
nous ne voyons , pour le moment , d'autre moyen d'entretenir nos
institutions de bienfaisance, pie celui du retablissement de la taxe
sur la viande consommee par les Israelites. , . .

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Aidez-nous , Monsieur le Ministre , a soutenir nos etablisse-


ments de bienfaisance, et une foule de malades , de veuves et
de jeunes etudiants , beniront eternellement votre nom.
Veuillez recevoir, etc.

(Suivent les signatures).

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Lettre C.

BARMY '54, APR 1863.

MINISTEDE DE L'INTERIEUR.

. MONSIEUR LE PREFET,

D'après les lois du pays, les Juifs n'ont point de domicile per-
. manent dans les villages. Par consequent , ils ne peuvent etre ni
cabaretiers , ni entrepreneurs d'octrois dans les communes rurales.
La tolerance, dont on a use envers eux dans quelques localites,
a éte un abus , qu'il faut bien se garder de considerer comme
l'abrogation de la loi.
Quant h moi, je ne suis point l'ennemi des Juifs ; ils sont re-
devables a mon administration de plusieurs droits acquis et
j'acclamerai avec joie le jour oil les Juifs ne se distingueront plus
du reste des Roumains, que par la religion. Jusqu'aujourd'hui ce-
pendant, la majorité des Juifs, notamment ceux qui oat emigre
de la Gallicie et de la Podolie , constitue non pas une comma-
naute religieuse dausnotre pays, mais bien une nationalite distinc-.
te , ayant sa langue, son costume et ses moeurs. Une triste expe-
rience a demontre, que les Jails de Gallicie et de Podolie, surtout
ceux qui habitent les villages, sout un fleau pourles paysans rou-
mains.
C'est pourquoi, M. le Prefet, je ne puis davantage tolérer l'abus,
et nous devons, tous, nous efforcer de delivrer le' plus vite possible
les habitants de nos campagnes du fleau qui les accable. Notifiez
donc , M. le Prefet , dans toutes les communes rurales de votre
arrondissement , qu'à partir du 23 Avril prochain , les Juifs ne
peuvent plus exercer dans les villages la profession de cabare-
tiers ni d'entrepreneurs d'octrois , et que , par consequent. aucun

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contrat y relatif,, ne peut plus etre passe ni !prolong& avec eux.


Une seule exception cependant est faite en faveur de ceux qui
ont reussi a obtenir de la part des proprietaires ou des Communes,
des contrats de plus longue duree , en tant , bien entendu que
ces contrats auront un caractere d'authenticite , c'est-h-dire, celui
d'avoir éte formellement revetus de la legalisation des tribunaux,
ou des mairies, avant la date de cette circulaire.
Sachez bien , M. le Préfet , que j'aurai l'oeil ouvert sur la mise
h execution de cette disposition, qui est d'une importance ma-
jeure pour nos interets nationaux et economiques.
Par consequent , vous me transmettrez , dans le plus bref
delai possible, un tableau des Communes oil se trouvent des JuifS
cabaretiers ou fermiers d'accises , munis de contrats legalises ,
dont le terme depasse le 22 Avril, afin que je puisse, moi aussi,
me prononcer en connaissance de cause.
Avant de terminer,, M. le Prefet , je vous recommends de
saisir les occasions de faire entendre h vos adminiStres et prin-
cipalement aux Israelites, que si je suis resolu h empêcher le
mal dans les villages , je ne le suis pas moins a m'efforcer d'ob-
tenir de la Chambre une extension de droits , en faveur des Suit's
eclaires, et notainment de ceux qui , par leur naissance , par
leurs services dans l'armee roumaine , par leurs etudes dans
nos ecoles , auront merite l'honneur (Pare comptes au nombre
des
. ,
enfants de la patrie , sans distinction de religion.
Recevez , Monsieur le Prefet, l'assurance de ma consideration
distinguee.

Signe. COGALNICHEANO.

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Lettre D.

WRIST, LI I AVRIL 1869.

ItIMISTERE DE L'INTEDIEUR.

MONSIEUR LE PREFET,

Je recois des reclamations, d'apres lesquelles, quelques Prefec-


tures auraient donne une interpretation erronee .a ma Circulaire
sous No. 761, et contraint quelques Juifs, fabricants de spiri-
ueux et d'autres, mecaniciens ou artisans, a quitter, eux aussi ,
les Communes rurales, a la St. Georges prochaine.
La mesure , que je vous ai communiquee , M. le Prefet, par
la dite Circulaire , concerne seulement les Juifs cabaretiers et
fermiers d'octrois, et non point les tabricants de spiritueux et
autres artisans, qui, d'après les lois existantes, peuvent provi-
soirement sejourner dans les Communes rurales. Par consequent,
bornez-vous a la stricte execution de l'ordre que je vous ai trans-
mis, et veillez a ce que vos subordonnes ne lui donneut point
une autre interpretation.
Recevez, etc.

Signe: COGALNICHEANO.

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Lettre E.

Discours de Mr. fogalnicheano, Ministre de l'Hérigur, prononce a ia timbre deg

Deputes, dans la seance du 22 Mai 1869.

Messieurs , je prends la liberte de vous adresser une priere,


au sujet d'une question qui agite autant le pays tout entier, que
l'opinion publique en Europe.
Je veux, Messieurs, vous parler de la question, qu'on appelle
la question des Israelites roumains.
. Messieurs, notre pays est la patrie de la tolerance religieuse,
et cela, depuis de longs siècles ; jamais on n'y a vu de persecu-
tions religieuses. Dans ces temps oh, les pays les plus ci-
vilises etaient en proie aux guerres de religion, h repoque oi,
en Espagne, on faisait des autodafes , torturant et brhlant les
genS, en l'honneur de la religion, notre patrie ouvrait ses por-
tes aux persecutes, et leur donnait l'hospitalite , sans leur de-
mander quelle était leur religion, ni comment ils adoraient Dieu.
C'est surtout dans l'intervalle de 1835 a 1847, qu'un grand
Hombre d 'Israelites des provinces voisines, la Polodie et la Gallicie,
ont *etre en Roumanie , et principalement dans la Roumanie
d'au dela du Milcov.
- Le nombre de ces etrangers s'est accru dans des proportions
effrayantes.
Ceux qui tiennent a conserver et a voir se developper notre
nationalite, ont done commence a s'inquieter et a s'alarmer, a jute

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4
titre, de la multitude de ces &rangers qui viennent dans le pays,
sans capitaux, sans instruction, sans industrie, uniquement, pour
profiter de l'activité et du labeur des Roumains. Aussi s'est-il
eleve, surtout au dela du Milcov, un cri retentissant contre.cette
invasion d'un peuple &ranger, qui ne peut que nuire (applaudis-
sements). Je crois, pour moi, que personne ne peat en vouloir a la
Roumanie, si l'instinct de conservation la presse de recourir a dif-
fe rents moyens, pour défendre,sa nationalite (applaudissements).
Voila, Messieurs, toute la situation de la question econornique;
car ce n'est, ni plus ni moins,.qu'une question- economique.
Toutefois, Messieurs, c'est h. peine depuis hier que la Roumanie
a commence h etre connue a l'etranger ; comment pourrions-nous
croire qu'a ate des autres pestions si nombreuses qui se de-
battent chez nous, celle-ci tilt aussi une question assez bien con-
nue a l'etranger, , pour, que le desk que nous avons de sauve-
garder notre nationalite, nous fasse donner -raison ? ii n'en est pas
ainsi ; au contraire, aussitet qu' tine mesure est mise en voied'e7
xecution, on commence a publier, a crier que c'est une persecu-
tion religieuse.
Les alartnes que nous a inspirees l'instinet- de conservation :
persecution religieuse ! la defense de notre nationalite:. persecu-
tion religieuse!
Et l'opinion publique europeenne, induite en erreur, s'indigne
et se re.% olte, non sans raison , contre nous. 11 résulte de lit que
cette question a deux faces ; l'une regarde l'intérieur et l'autre
l'extrerieur.
La question intérieure est une question économique- qui doit ,
h juste titre, nous preoccuper ; car nous nous voyons presses par
une population etrangere qui ne se livre, surtout de l'autre eke
du Milcov, qu'a. certaines industries tout-a-fait exclusives et nui-
sibles h notre societe.
Quant k l'exterieur, nous devons, nous sommes obliges d'é-
elairer l'opinion publique europeenne, et de. prouver que nous ne

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27 =
sommes pas des descendants degeneres des nos ancetres qui, stir
le drapeau national inscrivaient au-dessus de tout: Tolerance re-
ligieuse.
. Vous le voyez, Messieurs, la question est des plus graves, le
gouvernement ne se croit ni en état de la résoudre seul, ni d'en
trouver la solution dans les moyens dont il dispose. Il nous faut
toutes lies lumieres, en Commençant par les Wares. ii faut que
tous ensemble; Corps Legislatifs, gouvernement, opinion publique
et presse, nous nous unissions pour faire une enquête serieuse
sur cette question, afin de decouvrir , , d'une part, ce qu'il y a h
faire, pour preserVer nos intérets economiques. et, de l'autre, pour
prouver a l'Europe que nous ne cly.ssons pas du pays', sous pre-
,

texte d'economie, une partie de la population.


En effet, Messieurs, si cette multitude d'Israelites, surtout an
dela du Milcov, est tout-a-fait arrieree, si elle ne s'assimile en rien
a nous, si elle se livre h certaines industries pernicieuses, nous
ne ponvons pas dire qu'il n'y nit, parmi cette population, des
.

hommes civilises, ni qu'il faille leur fernier aussi l'acces de ces


droits que confere laConstitution. II existe une grande difference
entre les Israelites espagnols et ceux de Gallicie, une grande dif-
ference entre les Israelites issus 'de parents et d'ancetres itablis
dans le pays, et ceux qui y sont recemment venus.
Cette question doit etre etudiée; Nous devons voir ce qu'on
peut accOrder aux uns, ce qu'on doit refuser aux autres..
.
111. Cesar Boliac: Je demande la parole.
M. le .Ministre de l'Interieur. Messieurs, en vous faisant
cette communication, je n'ai entendu nullement que nous dus-
sions commencer sur le champ la discussion ; nous ne sommes
d'ailleurs pas en etat de la soutenir aujourd'hui: J'ai voulu sett-
lement appeler sur ce sujet votre serieuse attention, par cette en-
tree en matière. Je vous prie done, Messieurs, de nommer une
enquete parlamentaire, qui devra etudier la question sous toutes
ses faces. Le gouvernement, de son Me, rassemblera tous les

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elements , tons les documents, toutes les lumieres, dont il pent dis-
poser, et les mettra a la disposition de cette commission d'enquete.
Pour ce qui est de savoir si la proposition du gouvernement est
bonne ou mauvaise, je prends la liberte de prier aussi l'houora-
ble Assemblee de vouloir bien ajourner cette discussion. Je prie
egalement M. Cesar Boliac , puisque le Gouvernement ne fait
que se presenter et vous dire : Voici, Messieurs, la question ;
veuillez la mediter, et demain, apres demain, nous viendrons la
discuter a fond.' Je prie, dis-je , M. Cesar Boliac de laisser
MM. les Deputes, et a nous-mêmes le temps de pouvoir reflechir
a u moins 24 heures : Apres quoi, nous discuterons ; car le Gou-
vernement n'a fait que vous exposer l'historique de la question,
et cet historique, je le crois exact. ),. _.
Messieurs, je me resume : d'une part nous devonstenir compte
de l'opinion de l'Europe; de l'autre, nous devons nous occuper de
/ nos questions economiques, et chercher a mettre notre nationalite
et nos interêts a. l'abri de tout peril. Encore une fois, je prie l'ho-
norable Assemblee de vouloir hien laisser chacun reflechir a son
aise, et s'il m'est permis de m'expri,mer ainsi, de donner a la
question le temps de milrir, pour que demain, ou apres demain,
nous puissions voir, s'il est utile ou non, de nommer une enquete
parlementaire." .P,11 ;i
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