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Chapitre 1 – La culture – transmission et

Partie 1 – Les activités économiques et construction collective

sociales
Sous-partie 1 – L’organisation sociale
Notions fondamentales : culture

Fiche 1 – Définition de la culture

I. La culture , un concept délicat à définir

A. La culture un concept polémique

Comme le souligne E Morin, le terme culture est un mot piège :


• Selon la science qu l’utilise, il désigne :
- soit le développement du corps humain (culture physique),
- soit la totalité des productions d’une société ( la culture s’oppose alors à la nature ; l’acquis à l’inné),
- soit un nombre limité de production maîtrisé par l’esprit d’un individu (la culture générale).

• Il peut sous entendre un jugement de valeur (ethnocentrisme : opposition entre le barbare et le civilisé) ou au contraire
rechercher une impossible neutralité (cf. le relativisme culturel dans la suite du chapitre)

• 160 définitions au moins ont été proposées par les sociologues et ethnologues afin de cerner le concept sans qu’aucune ne
recueille un accord réel.

Conclusion :

• E Morin peut alors en conclure que : « la notion de culture est sans doute en science sociale la moins définie de toutes les
notions, tantôt elle englobe tout le phénomène humain pour s’opposer à la nature, tantôt elle est le résidu où se rassemble ce qui
n’est ni politique, ni économique, ni religieux ».

• Doit-on en conclure que cette notion doit être abandonnée ? Non, car supprimer le mot ce n’est pas résoudre le problème auquel
nous sommes confrontés, c’est à dire décrire un des concepts clé des sciences sociales.

• La solution paraît alors d’aborder le terme en s’appuyant sur les différents sens qui lui ont été donnés.

Un Article de Sciences humaines : Le débat nature/culture relancé Jean-François Dortier

B. La culture, un concept protéiforme

Comme on l’a vu précédemment de multiples définitions du terme ont été proposées (pas moins de 160).
Il peut donc être utile d’opérer un tri parmi toutes les définitions et de faire apparaître les six principales façons de définir le
terme (cliquez ici pour plus d’informations)

II. Définition de la culture : (cf. doc. 8 p144)


Pour conclure ont peut donc retenir que la culture est
- un ensemble d’éléments interdépendants constituant un tout organisé,
- inculqué aux membres de la société et respecté sous peine de sanctions,
- visant à répondre aux défis auxquels chaque société est confrontée.
Chapitre 1 – La culture – transmission et
construction collective

Partie 1 – Les activités économiques et


sociales
Sous-partie 1 – L’organisation sociale Notions fondamentales : valeurs,
normes ,rôle, statut et rites

Fiche 2 – Fonctions et composantes de la culture

I. Les fonctions
A – L’homme se définit par la culture (7 et 8 p143-144)
Le concept de culture est essentiel pour les sciences sociales car il permet de penser l’unité de l’humanité dans la diversité
autrement qu’en termes biologiques :
• En effet si l’on ne fait pas référence à la culture, les différences de comportements entre les peuples peuvent conduire à une
explication naturalisante en terme de race. Explication dont on connaît aujourd’hui non seulement les dangers (cf le génocide du
peuple juif par les nazis) mais aussi l’absence de caractère scientifique.

• La référence à la culture permet alors de démontrer que chez l’homme rien n’est purement naturel : même les fonctions qui
répondent à des besoins physiologiques (boire, manger) ne s’observent jamais à l’état naturel, mais sont retranscrits en termes
culturels (chaque société définissant des interdits culturels).

B – La culture adapte l’homme a son environnement


Face aux limites et aux contraintes qui lui sont imposés par son environnement (en particulier le milieu naturel dans lequel il vit),
l’homme va développer des stratégies adaptatives plus ou moins inconscientes et complexe qui vont assurer sa survie (par exemple la
société va imposer des interdits alimentaires afin d’assurer la survie de la population).

Relativisation : Mais l’homme ne fait pas que s’adapter passivement à une prétendue nature hostile :
• chaque société va sélectionner la réponse qui lui paraît la plus adaptée au contexte dans lequel elle vit : les types de réponses
peuvent être ainsi très différents

• l’homme transforme la nature en fonction des ses propres besoins. Ainsi aujourd’hui même les paysages apparemment les plus
naturels ont subi l’influence de l’homme.

C– La culture permet de réunir une pluralité de personnes (9p145)

Apparemment l’individu dispose d’une aptitude naturelle à se mouvoir en société et à communiquer. Mais cette capacité n’est pas
aussi évidente que l’on peut le penser au premier abord. Prenons par exemple les interdits que peut violer sans même sans rendre
compte un individu voyageant dans un pays dont il ne maîtrise pas la culture.
Ainsi l’on peut mieux comprendre le rôle fondamental que joue la culture :
• elle permet à une pluralité d’individus de vivre ensemble

• de pouvoir communiquer

• de fonder une collectivité en partageant des références et des modèles de comportement


II – Les composantes de la culture

A - La distinction entre valeurs et normes

1 – définition du terme valeurs

On appelle valeur une manière d’être ou d’agir qu’une personne ou une collectivité reconnaît
comme idéale et qui rend estimables les êtres ou les conduites auxquels elle est attribuée.

Il en découle que :
• La valeur est un idéal duquel il faut se rapprocher mais qui n’est pas forcément accessible

• La valeur appelle l’adhésion des membres de la communauté

• La valeur est la finalité et la justification de l’action

• La valeur se situe dans un système qualitatif, les différentes valeurs ne sont donc pas indépendantes les unes des autres . Elles
tendent à s’inscrire :
- dans une hiérarchie qu’on appelle l’échelle des valeurs
- elles s’organisent dans un système où chacune prend sens de ses relations avec les autres ( la devise française « liberté
égalité fraternité »suggère bien cette idée d’interdépendance)
- on peut alors parler d’éthos afin de désigner le système de valeurs caractéristique d’une culture
- néanmoins la cohérence des valeurs n’est pas totale la possibilité d’incomptabilité ou de conflits entre les valeurs existe.

Des études sur les valeurs des français et des européens :


Comment évoluent les valeurs des Français ? - LeMonde.fr
Les valeurs en France
Focus - Les valeurs des Français et des Européens de P Bréchon - 2009 –
L’évolution des valeurs des jeunes entre 1976 et 2009 Télécharger
l'article
Dans Sciences Humaines, Valeurs de jeunes

2 – définition du terme norme

les normes sont des règles de conduite très largement suivies dans une société ou un groupe
donné, dont la non-observance entraîne des sanctions diffuses ou explicites.

Il en résulte que :
• les normes sont des règles sociales ayant un caractère contraignant mais pas forcément légal

• les normes sont attachées à des valeurs puisqu’elles ont pour fonction d’inciter les individus à se rapprocher d’un idéal de
comportement : par exemple à la valeur respect d’autrui l’interdiction de la violence et du meurtre

• Maisonneuve distingue 2 types de normes :


- les normes communes à tous les membres de la société ou d’un groupe se référant aux cadres généraux de la vie et au
système de représentation, de croyances , de valeurs
- les normes de rôle qui dictent les conduites inhérentes à la position d’un individu dans un système social particulier
(exemple les normes à suivre comme élèves sont inscrites dans le contrat de vie scolaire)

B- Statut et rôle

1 – définition du statut

Le statut est la position qu’un individu occupe sur une des dimensions de l’espace social comme
la profession, le niveau d’instruction, le sexe, l’âge, etc.

Il en résulte que :
• le statut définit l’identité sociale de l’individu.
• le statut social n’est jamais complètement inné, il reçoit toujours au moins en partie une définition sociale (ex : dans les sociétés
traditionnelles les hommes sont plus valorisés que les femmes)
• le statut n’est pas définitif, il peut évoluer au cours du temps ( ex : statut d’élève, puis d’étudiants, puis d’actifs, puis de retraité)
• L’individu peut avoir simultanément plusieurs statuts : par exemple : le père de famille, maire de sa ville, ingénieur
2 - définition du rôle.

Le rôle correspond à l’ensemble des comportements d’un individu qui sont attendus par les
membres de la société, en fonction du statut qu’il occupe.

Il en résulte que :
• la société va imposer un système de norme qui lui est spécifique et qui va définir le comportement exigible de la part de
l’individu en fonction du statut qu’il occupe

• Si l’individu ne respecte pas le comportement exigible il sera sanctionné (exemple un élève dont l’absentéisme est récurrent)

• Un même individu peut avoir plusieurs rôles (qui peuvent être contradictoire) en fonction des différents statuts qu’il occupe :
l’individu n’est donc jamais totalement passif ;il dispose d’une liberté d’action lui permettant de s’adapter aux différents
groupes auxquels il appartient .

C - Les rites

Les rites sont des pratiques codifiées obéissant à des règles précises qui symbolisent :
• la communion des membres d’une collectivité,

• leur acceptation d’un certain ordre des choses,

• leur intégration à la société.

On peut distinguer deux grands types de rite :


• Les rites de passage qui servent à marquer les étapes de la vie d’un individu ( exemple le
baptême, le bizutage)

• Les rites d’entretien de la relation qui ponctuent la vie sociale aussi bien dans ses
manifestations symboliques et festives (ex Noêl) que dans ses aspects les plus quotidiens
( ex : se serrer la main)

Remarque : Il faut distinguer le rite du comportement ritualiste qui correspond au cas de l’individu attache tant de prix aux règles
qu’elles deviennent une fin en soi, et qu’elles ne sont plus rattachées aux valeurs qu’elles doivent perpétuer.

Un reportage de TFI sur le bizutage au CNAM, cliquez ici


Dans Sciences Humaines, Les rites de passage
Partie 1 – Les activités économiques et Chapitre 1 – La culture – transmission et
construction collective
sociales
Sous-partie 1 – L’organisation sociale
Notions fondamentales : déterminisme,
holisme, culturalisme , interactionnisme

Fiche 3 – Les différentes analyses de la culture

I - L’approche culturaliste .

Introduction - un précurseur : Durkheim .


Comme l’explique Durkheim dans une perspective holiste la culture (qu’il nomme conscience collective)
est :
• un tout qui est extérieur aux individus qui composent la société
• caractérisé par un système de normes et de valeurs relativement cohérent
• qui s’impose aux individus sans recourir obligatoirement à la contrainte,
• qui a pour fonction d’assurer un lien entre les générations qui se succèdent.

A - Les principes de base de l’analyse culturaliste.


Les théoriciens culturalistes vont s’inscrire dans la filiation durkheimienne. Ils vont considérer que c’est
l’adhésion des individus au modèle culturel spécifique à leur société qui en assure à la fois l’existence, le
fonctionnement et la pérennité.
Ils vont partager une conception qui les conduit à partir des postulats suivants :
• une société particulière est caractérisée par sa culture et non par sa production matérielle : ils
s’inscrivent donc dans une conception idéaliste (réfutant le matérialisme en particulier des
économistes)
• la culture est définie par un système de normes et de valeurs se caractérisant par leur cohérence (ils
s’inscrivent donc plutôt dans une perspective holiste)
• les individus vont intérioriser ce modèle culturel sous la forme d’une personnalité de base au cour
d’un processus de socialisation ( la culture est donc acquise )
• les culturalistes refusent donc les justifications naturalisantes qui expliquent essentiellement le
comportement des individus par des contraintes d’ordre physiologiques et psychologiques
• la culture va déterminer des modèles de comportement assurant aux individus une sorte de guide
pratique des usages de la société , permettant donc une prévisibilité des comportements qui
conditionne leur intégration et la survie de la société

B - Limites des analyses culturalistes


Les théoriciens en particulier individualistes vont émettre un certain nombre de critiques qui visent à
montrer les limites des analyses culturalistes :
• le culturalisme développe une conception déterministe des phénomènes culturels : les individus
censés accepter passivement à un conditionnement qui en fait des sortes d’automates. Or en
réalité selon de nombreux auteurs dont Boudon : « de nombreux comportements doivent être
analysés non comme le produit d’un conditionnement mais d’une intentionnalité » . C’est à dire que
les individus peuvent faire des choix et sont donc amenés à opérer des arbitrages entre les
différentes valeurs et normes caractérisant une société
• Le culturalisme paraît relativement bien adapté aux sociétés traditionnelles que ses fondateurs ont
étudié. Il fournit une grille de lecture beaucoup moins bien adaptée aux sociétés modernes. En effet
ci se caractérisent par :
- une perspective dynamique, une évolution perpétuelle des modèles de comportement des
systèmes de normes et de valeurs. Alors que le culturalisme suppose une stabilité des modèles
culturels
- le culturalisme postule que chaque culture forme un tout indissociable. Or si cela peut s’avérer
réaliste pour des sociétés de taille restreinte, c’est beaucoup moins crédible pour des sociétés
complexes et hautement différenciées telles que les nôtres aujourd’hui.

Dans Sciences humaines, une présentation de l’analyse de Mead Moeurs et sexualité en Océanie
et sa critique Le mythe occidental de la sexualité polynésienne, 1928-1999

II - Les analyses interactionnistes de la culture .


Les théoriciens interactionnistes refusent de considérer que la culture est un tout cohérent extérieur au
individus qui composent la société. Ils vont chercher à analyser les processus d’élaboration de la culture
qui repose selon eux sur les interactions individuelles.
Pour faciliter la compréhension de leur analyse on peut prendre le modèle d’un orchestre :
• tous les membres de l’orchestre participent solidairement mais chacun à sa manière, à l’exécution
d’une partition invisible. La partition c’est à dire la culture n’existe que par le jeu interactif des
individus
• le travail du sociologue qui étudie la culture consiste alors à analyser les processus d’interaction .
• Mais pour cela il faut aussi tenir compte des contextes dans lesquels s’opèrent ces interactions car
chacun impose ses règles et conventions.
• Ainsi la pluralité des contextes explique le caractère :
- pluriel
- instable de la culture

Conclusion : Par l’approche interactionniste il devient alors possible :


• de penser l’hétérogénéité des cultures au lieu de s’évertuer (comme tentaient de le faire les
théoriciens culturalistes) à trouver une homogénéité culturelle illusoire
• le caractère dynamique et provisoire de toute culture qui n’est jamais figée mais en perpétuelle
évolution

III – La conception développée par Pierre Bourdieu (17 p150)

- P Bourdieu cherche à dépasser les deux conceptions théoriques dominantes qui, selon lui , ne permettent pas
d’analyser la réalité :
• la conception strictement déterministe conduisant à poser l’individu comme manipulé par des forces
qui lui échappent , n’est pas adaptée aux sociétés modernes individualistes
• la conception actionnaliste postulant un individu rationnel sans attaches sociales et familiales , ne lui
paraît pas plus réaliste
• paradoxalement , les deux conceptions , bien que développant des démarches opposées conduisent
finalement à des résultats comparables : les individus n’ont pratiquement aucune liberté d’action ,
puisqu’ils sont :
+ soit déterminés par des forces qui leur échappent
+ soit prisonniers des effets d’agrégation conduisant à des résultats non souhaités et sur
lesquels ils n’exercent pratiquement aucune maîtrise.

- Bourdieu veut développer une analyse lui permettant de dépasser les contradictions mises en évidence dans les
deux traditions :
• chaque individu est caractérisé par une histoire ( une trajectoire familiale , personnelle ) , occupe une
position sociale ( appartenance à un milieu ) qui déterminent un point de vue particulier sur le monde
social : c’est l’habitus .C’est-à-dire un ensemble de dispositions que l’individu a incorporé , assimilé au
cours du temps et qui lui font percevoir le monde d’une manière particulière et guident ses actions .
L’habitus est donc l’ensemble des savoirs et des savoir-faire que l’individu a intériorisé qui lui permet
de se comporter avec naturel , de s’adapter avec finesse à un milieu donné .
• mais l’individu n’est pas seulement déterminé ; il est aussi un acteur dont la liberté ( certes
surveillée ) n’est jamais inexistante . En effet , en fonction du système de valeurs intériorisé dans
l’habitus , l’individu dispose d’une grille de lecture qui va lui permettre de choisir le comportement qui
est le plus adapté aux buts qu’il cherche à atteindre . Ainsi ,l’habitus n’est pas figé , il évolue avec
l’histoire de l’individu , par exemple sa trajectoire professionnelle .
Dans Sciences humaines, Les Héritiers Martine Fournier
Partie 1 – Les activités économiques et Chapitre 1 – La culture – transmission et
sociales construction collective
Sous-partie 1 – L’organisation sociale
Notions fondamentales : sous-culture,
contre-culture , ethnocentrisme ,ethnocide ,
génocide, relativisme culturel ,
acculturation , assimilation , syncrétisme ,
contre-acculturation

Fiche 4 – Des cultures

I - Les cultures ne sont pas homogènes

A- Définition de la sous-culture (19 p 152)


Les sociétés modernes sont des sociétés complexes qui du fait de leur hétérogénéité imposent aux individus des modèles de
comportement plus souples et moins contraignants que ceux des sociétés primitives. La diversité des catégories ou communautés qui
caractérisent nos sociétés conduit alors à introduire la notion de sous culture c’est à dire :

Une sous-culture est le système de valeurs , normes et modèles de comportements, propre à un


groupe social (les jeunes, les ouvriers, les occitans, etc.) lui permettant de se différencier et
d’intégrer ses membres en développant une conscience collective sans pour autant s’opposer à la
culture de la société.

Ainsi :
• la sous culture est en quelque sorte l’ aménagement d’un espace propre compte tenu des contraintes ou des opportunités des
membres du groupe en fonction de leur place dans la société.
• les valeurs et normes de la sous-culture reflètent au moins en partie la culture de la société. En effet partie prenante du système
social global, le groupe le plus souvent emprunte, voire subit les modèles culturels de ce système.Mais il peut , inversement ,
être un élément innovateur générant de nouvelles normes et de valeurs .
• les individus peuvent appartenir à plusieurs groupes et donc assimiler plusieurs sous-cultures qu’ils vont utiliser en fonction du
contexte dans lequel ils se situent.

Dans Sciences humaines, des exemples de sous-culture :Cliquez sur


• La troisième culture
• Je tague, donc je suis

B – Définition de la contre-culture

La contre-culture est la culture d’un groupe social dont les valeurs, les normes et les modèles de
comportement s’opposent au foyer culturel légitime de la société dans laquelle il réside.

Il en résulte que :
• La contre-culture se différencie de la sous-culture en ce qu’elle affirme son autonomie , voire même sa volonté de destruction
de la culture dominante et légitime
• Une contre-culture même quand elle affirme rejeter voire détruire la culture de la société dans laquelle elle se situe n’est jamais
complètement autonome car les individus qui s’en réclament ont intériorisé la culture à laquelle ils s’opposent.
• Les traits contre culturels ne sont souvent qu’une inversion (parfois violente et exacerbée) de la culture légitime, toute contre-
culture est donc une sous-culture.
• En réalité loin d’affaiblir le système culturel légitime, la contre-culture contribue à le renouveler et à développer sa dynamique
propre car dans la plupart des cas les mouvements de contre-culture ne produisant pas d’alternative à la culture qu’il dénonce.

Dans Sciences humaines, des exemples de contre-culture :Cliquez sur


• Mai 1968 et la libération des moeurs
• La force de l'utopie
II - Culture : entre intolérance et pouvoir
A - Culture et ethnocentrisme
Comme l’indique Lévi-Strauss, la majorité des sociétés considèrent que « l’humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe
linguistique parfois même du village ». Ceci les conduit à s’autodésigner du nom d’homme et donc à refuser aux autres peuples le
statut d’être humain. Ainsi, les hommes ont tendance à tenir pour naturel ce qui est culturel, ce qui les conduit à porter des jugements
dévalorisants sur les autres cultures c’est à dire à être ethnocentriste (cf. chapitre 1)

B - Les cultures sont hiérarchisées


Comme l’indique D Cuche: « si toutes les cultures méritent le même attention et le même intérêt de la part du chercheur, cela ne
permet pas d’en conclure qu’elles sont toutes socialement reconnues de même valeur »
Il existe en effet une hiérarchie de fait entre les cultures qui résulte de la hiérarchie sociale. Dés lors parler de culture dominante ou de
culture dominée , c’est recourir à des métaphores, dans la réalité ce sont des groupes sociaux qui sont en rapport de domination et de
subordination les uns par rapport aux autres .

III - Deux écueils : la marche vers une culture dite civilisée ou le relativisme culturel

A - La marche vers une culture dite civilisée

1- Les théories évolutionnistes

A l ‘époque des lumières s’est développé le courant évolutionniste évoquant l’adoucissement des mœurs, le développement des arts,
le respect des institutions politiques dont les effets sont ambivalents :
• il est un facteur de progrès car il postule l’unité du genre humain donc rejette l’idée de race.
• mais il n’est pas sans dangers car il considère que :
- il y aurait un progrès des civilisations humaines
- ce progrès serait historiquement nécessaire, il existerait des lois de l’évolution applicables à toutes les sociétés humaines
- l’histoire de l’humanité suivrait une évolution linéaire et continue orientée vers un avenir meilleur
- Ce progrès traduirait un perfectionnement des sociétés qui passerait du simple au complexe : du sauvage inférieur au
barbare pour atteindre enfin le stade de la civilisation

Les postulats sur lesquels ce courant repose sont fortement contestables car :
• contrairement ce que postulent les évolutionnistes , on ne peut affirmer que les sociétés primitives sont caractérisées par la
simplicité de leur système social et culturel et que nos sociétés seraient plus complexes. Certes les peuples andins n’utilisaient
pas la roue même s’ils la connaissaient mais ils avaient développé des états centralisés dont la complexité n’a rien n’a envié aux
nôtres.
• donc contrairement aux pré-supposés des évolutionnistes il n’y a pas de trajectoire historique unilinéaire de l’humanité, l’ordre
d’apparition des phénomènes est variable selon les sociétés , les logiques historiques sont irréductibles à toute notion de
nécessité.
• L’idée que l’intégration progressive des peuples non civilisés, des sauvages soient souhaitables est d’autant plus contestable
qu’elle a souvent servi de justification à la colonisation .

2- Risquent de générer des dérives : l’ethnocide et le génocide

L’ethnocentrisme peut ainsi mener au racisme qui postule :


• qu’il existerait des différences d’ordre naturel entre les peuples : des races
• qui permettraient de justifier une supposée supériorité d’une race sur les autres
• dont la pureté serait menacée par les peuples définies comme inférieurs
• afin d’éliminer tout risque de mélange des races serait alors mis en œuvre un génocide

un génocide peut être défini comme l’extermination physique systématique d’une population
(exemple le génocide du peuple juif)

L’ethnocide doit selon les sociologues et ethnologues être différencié du génocide :


• comme l’indique P Clastres : « le génocide assassine les peuples dans leurs corps, l’ethnocide les tue dans leur culture ».

l’ethnocide peut ainsi être définie comme une volonté d’extermination systématique de la
culture d’un peuple
C’est l’exemple de l’Amérique du Sud après 1492 :
- l’Europe catholique imposa son autorité et soumit les indiens à l’esclavage
- mais elle voulut en plus extirper l’idolâtrie
- pour cela elle interdit et réprima par la force tout ce qui pouvait avoir un caractère sacré dans les cultures indiennes
- le christianisme ne s’attaqua pas au corps mais à l’âme qu’il détruisit le plus souvent en voulant la redresser au nom d’une
prétendue civilisation.

Remarque : ethnocide et génocide se recoupent en partie car le meurtre de la culture contribue à la destruction de la personne dans
son identité profonde et la conduit donc à une déchéance physique et morale qui n’est souvent qu’une mort différée.

Un reportage vidéo sur la colonisation aux Etats-Unis, regardez surtout les 10 premières minutes : Cliquez ici
Quand parler d’ethnocide ? Cliquez sur: Les sourds, une « ethnie » à part ?

B - Le relativisme culturel

1 - Vers une macdonaldisation de la culture ? (23 p 154)

Certains sociologues dont A Mattelart :


• s’inquiètent d’une tendance à l’uniformisation culturelle qui risquerait de conduire à terme à la disparition des cultures les plus
fragiles et les plus minoritaires. Ce qui conduirait à un appauvrissement de la diversité culturelle
• cette uniformisation qui a pu être dénommée la mac donaldisation de la culture résulterait :
- d’une consommation de masse dont les symboles sont aujourd’hui universels ( ex le mac do ou le coca cola)
- du développement des réseaux techniques de l’information en temps réel ( cf. CNN)
- de la mondialisation des économies résultant du développement du libre-échange censé apporter à tous croissance et bien-
être.

2- Les risques de dérive du relativisme culturel.

• Le relativisme culturel est souvent compris comme un principe préconisant la neutralité à l’égard des différents cultures, car
toute production humaine n’a de sens que dans le contexte de la culture qui l’a fait naître et donc on doit se garder de tout
jugement de valeur assimilable à de l’ethnocentrisme
• Mais cette conception n’est pas sans danger :
- puisqu’elle peut conduire à considérer que toutes les pratiques sont également respectables puisqu’elles ont sens dans
leur contexte culture.
- la neutralité éthique (louable) peut alors conduire à cautionner des pratiques sociales s’opposant aux droits
fondamentaux établis par la déclaration des droits de l’homme (excision, guerre sainte, esclavage)

IV - La rencontre des cultures

A- Définition de l’acculturation (20 p 152)

Selon la définition classique de Redfield, Linton et Herskovits l’acculturation est


« l’ensemble des phénomènes qui résultent d’un contact continu et direct entre des groupes
d’individus de cultures différentes et qui entraîne des changements dans les modèles culturels
initiaux de l’un ou des deux groupes »
Ainsi :
• chaque société possède un foyer culturel qui la caractérise, un noyau dur en fonction duquel elle sélectionne les apports
extérieurs : elle ne les intègre que dans la mesure où ils sont compatibles.
• il est ainsi très rare que, malgré la violence du choc culturel que peut représenter l’acculturation (par exemple en cas de
colonisation), la culture primitive disparaisse complètement. Généralement la culture survit en réinterprétant les traits culturels
compatibles.
• L’acculturation s’opère d’ailleurs rarement à sens unique, R Bastide parle ainsi de double acculturation afin de qualifier les
répercussions que la rencontre des cultures à sur chacune des sociétés .
• Néanmoins la capacité d’une culture a influencé l’autre est inégale selon les rapports de pouvoir qu’elles entretiennent . En
particulier l’intégration d’éléments nouveaux sera d’autant plus faciles que les groupes dominants seront les porteurs des
nouvelles valeurs ou normes.

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B- Les processus de l’acculturation


Les processus acculturatifs varient mais ces variations ne s’opèrent pas au hasard. On peut ainsi dégager un certains nombre de
types :
• Suivant que l’acculturation s’opère dans l’amitié (ex l’apport d’éléments culturels US après la libération) ou dans l’hostilité (en
cas de colonisation forcée)

• Suivant que les cultures sont proches (exemple : le processus de construction d’une Europe culturelle), ou éloignées et peu
compatibles(exemple : la rencontre des cultures européennes et africaines au 19 ème siècle)

• Suivant que les populations en contact sont démographiquement égales (exemple l’amitié franco-allemande )ou au contraire que
l’une est majoritaire (exemple :les indiens d’Amérique du Nord face aux colons)

• Enfin suivant le lieu où se produisent la rencontre. Les processus d’acculturation sont ainsi très différents dans le cas ou le
contact s’opère dans une algérien colonisée ou quand un immigré algérien vient travailler en France.

Malgré ces variations on peut dégager un certain nombre de constances qui caractérisent le processus dynamique dans lequel
s’opère l’acculturation :
• on constate d’abord une période d’opposition de la culture native à la culture conquérante ou dominante

• puis si le contact se prolonge se produit une sélection par la culture native des traits offerts par la culture conquérante : certains
traits sont acceptés et deviennent dés lors partie intégrante de la nouvelle culture en formation, alors que d’autres sont refusés
pour cause d’incompatibilté.

On distingue alors généralement trois types de conséquences :


- l’adoption qui peut conduire à l’assimilation c’est à dire à la disparition d’une des deux
cultures qui acceptent intégralement les valeurs de l’autre, mais elle doit être volontaire ,
sinon la culture dominée continue d’imprégner la culture dominante

- la combinaison c’est à dire la constitution d’une culture syncrétique ( ou métisse) c’est à


dire que de la rencontre des deux cultures naît une culture nouvelle qui peut être une
véritable synthèse ou une configuration éclectique adaptable selon les comportements et
les situations.

- la réaction à cause de l’oppression ou des conséquences négatives imprévues résultant de


l’adoption de traits étrangers peut s’opérer un processus de contre-acculturation, c’est à
dire un mouvement de refus actif de la culture dominante qui peut générer une contre
culture préconisant la restauration du mode de vie antérieur au contact (mode de vie lui-
même réinterprété donc largement mythique)

Remarque :
• contrairement à ce qui est souvent affirmé (au moins implicitement)l’acculturation ne produit pas des êtres hybrides,
malheureux et inadaptés.. Ce type d’affirmation repose sur l’idée (fausse) que le métissage culturel serait un phénomène négatif
voire pathologique traduisant une perte de repères irréparable.

• Il faudrait inverser la perspective : aujourd’hui on ne part plus de la culture afin de comprendre l’acculturation mais de
l’acculturation pour mieux appréhender la culture. En effet aucune culture n’existe à l’état pur, identique à elle-même depuis
toujours. Le processus d’acculturation est un phénomène universel : toute culture est un processus permanent de construction,
déconstruction et reconstructions. Certains préconisent alors selon D Cuche de « remplacer le mot culture par celui de
culturation pour souligner cette dimension dynamique de la culture »

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