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DEVD31402 : Séminaire DEV Géopolitique et enjeux

PR Joseph Maïla :

Les accords de pêche : Le cas du


partenariat Maroc – Union Européenne
Par :

Karim Benzakour

1) Contexte et thématique des accords de pêche

a) Une introduction à l’actualité


L’accord de pêche qui lie le Maroc et l’Union européenne depuis 2006 a récemment refait parler de
lui fin 2015. Suite à une requête du Front Polisario, la Cour de Justice de l’Union Européenne a rejeté
l’accord de libéralisation des échanges agricoles et de pêche entre le Maroc et le conseil de l’UE
renouvelé en 2012, estimant qu’il ne présentait pas les garanties nécessaires pour que l’exploitation
des ressources de la région du Sahara profite aux populations de cette région. Même si les
représentants politiques de l’UE rassurent sur le caractère politique et non juridique de l’avis de la
CJUE, le Maroc a demandé aux responsables européens qui ont d’ores et déjà fait appel, de prendre
une position claire et ferme vis-vis-de la décision de la CJUE, à défaut de quoi le royaume reverrait «
l’ensemble de ses relations bilatérales » avec l’UE.

Début 2016, Mbarka Bouaida, ministre marocaine déléguée auprès du ministre des Affaires
étrangères et de la Coopération, a envoyé une note à tous les départements ministériels leur
demandant « la suspension immédiate » de toute participation aux réunions inscrites à leur agenda
bilatéral avec l’UE, en plus de « l’abstention de tout échange ou contact avec la délégation
européenne à Rabat, et ce jusqu’à nouvel ordre »1.

Le 16 Décembre 2011, le parlement européen2 avait déjà décidé par vote de ne pas prolonger
l’accord de pêche bilatéral qui le liait au Maroc depuis 2006 avant de céder quelques mois plus tard.
Les prétextes annoncés étaient déjà d’ordre politique : Cet accord est conclu par un gouvernement
d’occupation du Sahara Occidental, viennent ensuite les motivations écologiques qui mettent en
avant la surexploitation des ressources halieutiques sur la côte atlantique marocaine.3 En troisième
position pointent les raisons économiques : cet accord représenterait une perte pour l’Union
Européenne.

1
http://www.jeuneafrique.com/292359/politique/maroc-ue-durcissement-bras-de-fer-autour-de-lannulation-
de-laccord-agricole-de-peche/
2
Union Européenne. La codécision à l'épreuve de l'accord de pêche avec le Maroc !
http://aquaculture-aquablog.blogspot.fr/2012/02/coreper-eurodeputes-mailles-bruxelles.html
3
L’ACCORD DE PÊCHE ENTRE L’UE ET LE MAROC TOMBE À L’EAU
http://europeecologie.eu/L-accord-de-peche-entre-l-UE-et-le
L’Espagne est sans doute le pays qui a connu les réactions les plus vives à chaque accroc avec le
Maroc4. Des syndicats de pêcheurs avaient organisé plusieurs manifestations dans les villes côtières
du sud et Madrid avait même exigé de la commission européenne des réparations financières suite à
cette décision.

Cette actualité sera pour nous l’occasion d’étudier les tenants et les aboutissants de cet accord
particulier. Car si un proverbe marocain dit qu’il ne faut pas acheter un poisson dans la mer, c’est
bien à priori ce que fait l’Union Européenne. Qu’est-ce qui pousse l’UE à élargir ses zones de pêche ?
Pourquoi le Maroc ouvre-t-il ses mers aux bateaux étrangers ? Quels sont les enjeux soulevés par ces
accords ?

b) Un historique des accords de pêche entre le Maroc et l’Union Européenne

Les relations entre le Maroc et les institutions communautaires en matière d’accords bilatéraux de
pêche remontent à 1988, année d’entrée en vigueur du premier accord communautaire faisant suite
aux accords qui existaient entre l’Espagne et le Maroc (1983)5. Cet accord avait une dimension
autrement plus importante que celui qui vient de prendre fin : Il concernait 800 licences de pêche
pour les bateaux européens sans limite quantitative ou qualitative.6 Les relations ont été ensuite
ininterrompues jusqu’en 19997 quand les deux parties n’ont pu s’entendre sur le renouvellement du
protocole d’accord en cours. Début 2001, la Commission annonçait officiellement l’échec de la
négociation pour des désaccords persistants sur les possibilités de pêche à inclure et le niveau de la
contrepartie financière afférente. Une étude réalisée par Jordi Vaquer i Fanes impute cet échec aux
pressions exercées par la corporation des pêcheurs marocains mais également à la vague de
mécontentement qu’a suscité l’accord précédent dans la presse marocaine8. Dans le même temps, la
Commission a mis en place des mesures financières sans précédent pour indemniser les armements
et les équipages de navires européens victimes de l’arrêt de l’accord, incluant des primes à la
démolition des navires et des mesures socio-économiques versées aux marins concernés.

Les différents protocoles d’accord pour la période 1988 - 1999 incluaient des possibilités de pêche
diverses pour plus de 600 navires communautaires (espagnols et portugais en majorité) avec des
niveaux de contrepartie financière relativement élevés : 68 MECU par an en 1988 jusqu’à plus de 90
MECU par an pour le dernier protocole d’accord. Il s’agissait du plus gros accord communautaire
financièrement parlant, loin devant celui avec la Mauritanie (≈ 29 MECU à l’époque).

4
L'Espagne demandera à la CE la négociation d'un nouvel accord de pêche -
http://www.lematin.ma/journal/Maroc-UE_L-Espagne-demandera-a-la-CE-la-negociation-d-un-nouvel-accord-
de-peche-/160979.html
5
http://www1.american.edu/ted/ice/morspain.htm

6
Avant 2005 on parlait d’accords d’accès, expression remplacée par « accord de partenariat ».
http://en.wikipedia.org/wiki/EU-Morocco_Fisheries_Partnership_Agreement#Historical_background

7
Une analyse des accords de première génération disponible ici : http://www.jstor.org/stable/4192685
Too Many Boats, Not Enough Fish: The Political Economy of Morocco's 1995 Fishing Accord with the European
Union - Gregory White
8
The Domestic Dimension of EU External Policies: The Case of the EU–Morocco 2000–01 Fisheries Negotiations
http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/13629390308010003
On retrouve là un récit exhaustif, référencé et daté des négociations entre l’UE et le Maroc en 2000. A la
lecture de cet article on comprend bien la réticence du Maroc à ouvrir ses zones maritimes allant jusqu’à
renoncer au statut de partenaire privilégié et pénalisant tout sa filière agricole à l’export.
En 2005, les deux parties renouaient le dialogue et entamaient un nouveau cycle de négociation qui a
abouti au paraphe, en juillet 2005, d’un nouvel accord de pêche bilatéral sous la forme d’un accord
de partenariat dans le domaine de la pêche conformément aux conclusions de juillet 2004 du Conseil
sur la proposition de la Commission à propos de la réforme des accords bilatéraux (COM (2002) 637).
Ce nouvel accord est entré officiellement en vigueur le 28 février 2007 quand les deux parties avaient
officiellement terminé les procédures de ratification.

Pour autant, les relations entre les deux partenaires en matière de possibilités de pêche n’ont pas été
totalement interrompues entre la fin de l‘accord en 19999 et la signature d’un nouvel accord en
2005.

Après le naufrage du Prestige fin 2002 qui avait souillé les côtes de la Galice, le Maroc avait décidé
par Décision Royale d’accorder à titre exceptionnel et sans contrepartie financière des possibilités
d’accès à un maximum de 60 navires espagnols, et ce au titre des relations de voisinage.
L’opportunité aurait été saisie par une vingtaine de navires qui ont pu ainsi exercer dans la ZEE du
Maroc pendant près d’une année en dehors de tout cadre institutionnel bilatéral.

Le Maroc a actuellement 22 accords de coopération dans le domaine de la pêche avec différents pays
d’Afrique (Mauritanie, Ghana, Angola etc.), arabes (Libye, Egypte, Yémen), d’Amérique du Sud (Chili,
Pérou), européens (France, Espagne) ou d’Asie (Japon). Ces accords de coopération concernent
essentiellement les volets formation, valorisation des produits, ainsi que l’harmonisation des
positions au sein des organismes internationaux10. Tous ces accords ne sont pas actifs mais ils
existent.

9
Voici le texte de l’accord de 1995-99: https://fr.scribd.com/doc/305251704/Reglement-Du-Conseil-Europeen
10
L’accord Maroc-Japon
La contrepartie consiste en des financements de projets négociés chaque année. Le coût de ces projets est sans
commune mesure avec les modestes prélèvements opérés par les navires japonais. Le Japon a en effet financé
ces dernières années tout une série d’équipements importants, en particulier l’Institut de Formation d’Agadir,
le Centre de Valorisation des Produits de la Pêche, également à Agadir, un élévateur de bateaux, toujours à
Agadir, le Centre de recherches aquacole de M’Diq, plusieurs navires-écoles et navires de recherche et 4
villages de pêcheurs. Le prochain projet sera la construction et l’aménagement de nouveaux locaux pour
l’INRH.
L’accord Maroc-Russie
Le présent accord est le troisième du genre conclu avec la Russie ou l’ex-URSS. Le précédent s’était achevé,
comme l’accord Maroc-UE, en 1999. (Un quatrième a été signé lors de la visite du Roi du Maroc en Russie en
Mars 2016) http://www.agrimaroc.ma/peche-maritime-signature-accord-maroc-russie/ .
Cet accord de pêche porte, comme les précédents, sur la capture de petits pélagiques. Il autorise 12 chalutiers
congélateurs hauturiers pour une durée de 3 ans. La redevance est de 17,5 % du chiffre d’affaire calculé sur la
base de prix de référence des différentes espèces. Il s’y ajoute le prix des licences annuelles selon le régime
commun. De plus, les Russes réaliseront des études visant à évaluer l’état de la ressource et embarquent du
personnel en formation.
L’accord autorise une capture annuelle de 200 000 t répartis comme suit :
120 000 t exportables directement.
80 000 t valorisables à travers des « projets mixtes intégrés incluant notamment la pêche, l’industrie navale,
l’industrie de valorisation à terre et la commercialisation de produits finis ». En clair, cela signifie que 40 % de la
capture doit être débarquée et valorisée au Maroc.
L’accord-cadre a été signé en 2002 mais la commission mixte constituée pour définir les modalités
d’application ne s’est réunie qu’en juillet 2003, et les navires ne sont arrivés sur zone qu’en 2004. Jusqu’à
présent, le premier terme de l’accord, l’exportation directe de 120 000 t, a bien été réalisé, mais pas le second
terme. Source http://transparentsea.files.wordpress.com/2011/07/12-morocco.pdf
2) Du droit de propriété sur les produits de la mer
Dans cette partie du rapport nous allons effectuer un raisonnement qui va nous mener du besoin de
définir des droits de propriété sur les produits marins jusqu’à la problématique du Sahara occidental.

A première vue, on pourrait croire que le poisson vivant n’appartenant à personne ne peut être
vendu. Or, comment se fait-il que les produits de la mer fassent l’objet de transaction avant leur
extraction ?

Le poisson est « res nullius » Il n'appartient à personne et c'est pour cela que son appropriation est
aisée mais également disputée par les pêcheurs, libres devant la ressource.

Pendant des siècles et comme en témoigne l'Ordonnance de Colbert sur la Marine de 1681 la pêche a
été une activité libre. A cette époque, on pensait cependant que les ressources étaient intarissables
et les pêcheurs se sont faits de plus en plus nombreux, cherchant à retirer de la mer un profit
maximum. Les moyens de production se sont alors mis à augmenter et les captures de poissons ont
petit à petit dépassé le renouvellement des stocks.

On arrive donc aujourd'hui à une situation de surexploitation des ressources halieutiques ou


d'«overfishing» en anglais.

Ce constat introduit la problématique du libre


accès aux ressources naturelles finies. Avec
l’accroissement des échanges internationaux de
poissons et des possibilités de pêche de plus en
plus larges à cause des avancées technologiques
de nombreux conflits sur des zones de pêche
entre des flottes de nationalités différentes ont
commencé à apparaitre. Il a fallu attendre la
Convention des droits de la mer de 1973 pour
limiter la pêche dans des « Zones Economiques
exclusives » aux flottes nationales11.

Ensuite, de nombreux systèmes d'aménagement


des pêcheries sont apparus dans le but de limiter
la compétition pour l'acquisition des ressources
halieutiques et de réduire le développement des
moyens de captures.

11
http://www.jstor.org/stable/3003416 Le modèle économique Levhari et Mirman montre que les stocks de
poisson tendent vers 0 dans le cas d’une zone de pêche ouverte à la concurrence de deux pays.
a) Du Besoin d’accords de pêche avec des pays hors communauté

Parmi ces systèmes, la Communauté Economique Européenne a mis en place une Politique
Commune des Pêches, plus communément appelée PCP1213, depuis le 1er janvier 1983. Cette
dernière tente de parvenir à un ajustement des capacités de captures aux stocks exploitables dans
les eaux de l'Atlantique relevant de la souveraineté ou de la juridiction des Etats membres. C'est en
quelque sorte une « révolution » dans le droit de la pêche maritime. En effet, alors que l'activité de
pêche était une activité libre, les captures de poissons sont aujourd'hui strictement encadrées et un
droit de l'exploitation des ressources halieutiques fait son entrée.

Pour pouvoir concilier capacité de pêche et stocks disponibles, la PCP a développé trois actions
essentielles : la gestion des ressources, l'instauration de mesures techniques de conservation et le
contrôle du développement de la flotte de pêche communautaire.

Le premier objectif se matérialise par la fixation annuelle de Totaux Autorisés à la Capture (voir
encadré TAC) par espèce et par quotas répartissant ces TAC entre les états membres14. Ces
contraintes obligent notamment la flotte européenne à une productivité 2,5 inférieure à son taux
optimal.

Face à la consommation très élevée de produits issus de la mer en Europe (voir carte), ces quotas
sont atteints très rapidement, et de plus en plus tôt dans l’année. En 2012 par exemple, l’Union
Européenne avait consommé le 13 Juin la totalité de ses quotas (c’était le 9 Juillet en 2010)15, toute
consommation au-delà doit avoir une autre provenance. C’est dans ce contexte qu’on estime que
seulement 38% des poissons consommés en Europe sont pêchés dans les eaux européennes16.

12
La Politique commune de la pêche (PCP) est l’outil de gestion dont s’est dotée l’Union européenne
pour développer la pêche et l’aquaculture tout en préservant la ressource et la biodiversité marine. Le
principal instrument financier de "l’Europe Bleue" est le fonds européen pour la pêche (FEP).
http://agriculture.gouv.fr/pcp-la-politique-commune-de-la
13
Pour en savoir plus http://ec.europa.eu/fisheries/cfp/index_fr.htm
14
http://ec.europa.eu/fisheries/documentation/publications/poster_tac2015_fr.pdf Quotas en détail par
espèces
15
http://assets.ocean2012.eu/publication_documents/documents/104/original/2011_Fish_Dependence_UPDA
TE.pdf
16
http://www.planetoscope.com/peche/1335-consommation-de-poisson-en-europe.html
Dès l’entrée en vigueur de cet accord, des conventions furent signées avec des pays africains dans le
but d’exploiter leurs ressources halieutiques. L’importation pure et simple mettant en danger un
secteur qui emploie directement 350 000 personnes.

La flotte Européenne réalise 40% de ses prises dans des zones régies par des accords bilatéraux, ce
qui permet d’employer 40 000 personnes en Europe17.

En contrepartie, les pays africains reçoivent une dotation monétaire dont une partie est affectée
directement à la modernisation du secteur de la pêche 18

17
Chapitre 10 : Pêcher au-delà de nos frontières: les avantages du partenariat
http://ec.europa.eu/fisheries/documentation/publications/pcp2008_fr.pdf
18
Pour en savoir plus : une analyse des accords de pêche de première génération :
http://www.jstor.org/stable/4192520 The Political Economy of Euro-African Fishing Agreements
Overview des accords de pêche actuels de l’UE
Régime juridique particulier de la zone économique exclusive19

La zone économique exclusive est une zone située au-delà de la mer territoriale et adjacente à
celle-ci, soumise au régime juridique particulier établi par la présente partie, en vertu duquel les
droits et la juridiction de l'Etat côtier et les droits et libertés des autres Etats sont gouvernés par
les dispositions pertinentes de la Convention.

Article 56

Droits, juridiction et obligations de l'Etat côtier


dans la zone économique exclusive

1. Dans la zone économique exclusive, l'Etat côtier a :

a) des droits souverains aux fins d'exploration et d'exploitation, de conservation et de gestion des
ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, des eaux surjacentes aux fonds marins, des
fonds marins et de leur sous-sol, ainsi qu'en ce qui concerne d'autres activités tendant à
l'exploration et à l'exploitation de la zone à des fins économiques, telles que la production
d'énergie à partir de l'eau, des courants et des vents;

b) juridiction, conformément aux dispositions pertinentes de la Convention, en ce qui concerne :

i) la mise en place et l'utilisation d'îles artificielles, d'installations et d'ouvrages;

ii) la recherche scientifique marine;

iii) la protection et la préservation du milieu marin;

c) les autres droits et obligations prévus par la Convention.

2. Lorsque, dans la zone économique exclusive, il exerce ses droits et s'acquitte de ses obligations
en vertu de la Convention, l'Etat côtier tient dûment compte des droits et des obligations des
autres Etats et agit d'une manière compatible avec la Convention.

3. Les droits relatifs aux fonds marins et à leur sous-sol énoncés dans le présent article s'exercent
conformément à la partie VI.

Article 57

Largeur de la zone économique exclusive

La zone économique exclusive ne s'étend pas au-delà de 200 milles marins des lignes de base à
partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale.20

19
Pour en savoir plus
http://www.cdmt.droit.univ-cezanne.fr/fileadmin/CDMT/Documents/Memoires/m_moire_BONDAR_ZEE.pdf
20
http://www.un.org/Depts/los/convention_agreements/convention_overview_convention.htm La
déclaration des nations Unies sur le droit de la mer
b) Pourquoi le Maroc ?
La zone de pêche marocaine est affiliée selon
le découpage de la FAO à la zone de pêche 34
« Atlantique Centre-est » qui regroupe la quasi-
totalité des pays côtiers de l’interface maritime
de l’Afrique de l’ouest.

C'est à la fin du XIXe siècle que le Maroc


s'éveille à la conscience maritime. La personne
chargée des relations extérieures du Royaume
au sein du gouvernement s'appelait alors "Le
ministre de la mer".

C'est en tant qu'Etat souverain que le Maroc


assista en 1958 aux travaux de la conférence
de Genève sur le droit de la mer. Il ne signa
aucune des quatre conventions adoptées mais
s'en inspira pour l'élaboration de sa législation
relative à la définition de ses espaces maritimes, mer territoriale, zone contigüe et plateau
continental. Aujourd’hui le Maroc suit les lois internationales sur le sujet21 :

Cette Zone est pendant longtemps restée sous


exploitée, avant d’attirer les industriels de la pêche à
partir de la seconde moitié du 20e siècle. On est ainsi
passé de 30 000 tonnes prélevées en 1950 à 3,6 millions
de tonnes en 1977 soit une multiplication par 12,
quelques années avant l’officialisation contractuelle des
liens entre la flotte européenne et la zone.
A l’extrême nord de cette zone, le Maroc représente à
la fois la cote la plus étendue avec 3500 km
représentant une superficie de pêche de 1 000 000 km2
et le ratio de consommation de poissons le plus faible
de toute la côte Ouest avec 9,6 kg par habitant. Ce ratio
peut paraitre faible mais il est en constante
amélioration avec l’urbanisation continue du pays (5 kg
de poisson par habitant seulement dans les zones rurale
avec une moyenne de 7 kg/personne en 2005). A titre
de comparaison, l’espagnol moyen consomme 46 kg de poisson annuellement.
Ce paradoxe donne lieu tout d’abord à une très importante exportation des produits de la mer,
principalement vers l’Europe (Environ 400 000 tonnes en 2008), mais également à l’ouverture des
espaces maritimes marocains aux bateaux de pêche européens. La première option rapporte environ
500 Millions€ annuellement tandis que la seconde renflouait les caisses marocaines à hauteur de
36M€.

21
Pour en savoir plus http://aan.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/AAN-1983-22_39.pdf
De manière générale 55% des poissons prélevés dans les eaux marocaines sont envoyés vers les
marchés européens. Cette statistique ne déroge pas à la tendance générale, puisque comme le
montre le graphique ci-dessous, le poisson est la première matière première en valeurs exportée par
les PED vers les pays du Nord.
Net exports from developing countries on selected commodities

Le secteur permet d’employer 180 000 personnes, soit deux fois moins qu’en UE pour une
population 13 fois inférieure et une production 10 fois moins importante.22 Cela révèle un secteur
peu productif dominé par la pêche côtière artisanale peu qualifiée.

Nous avons donc très bien compris que les eaux territoriales marocaines représentaient un intérêt
certain pour l’UE, voici une tentative de résumé.

 Proximité géographique pour les bateaux espagnols et portugais


 Ressources Naturelles peu exploitées par la population locale et donc peu valorisées
 Productivité très faible de la pêche locale et donc besoin d’utiliser ses propres instruments

Ces mêmes points attirent vers la Mauritanie, pays voisin du Maroc invité à prendre le relais après
l’expiration de l’accord entre les deux parties23. L’espace maritime de ces pays représente l’extension
des espaces de l’Espagne par les Iles Canaries et le Portugal par Madère. Il s’agit d’un avantage
important mais non déterminant. La Mauritanie par exemple avait déjà des accords de ce type avec
l’URSS.

Dr. Stephen CUNNINGHAM 24 a expliqué que le « surplus principle » évoqué dans la Convention des
Nations Unies sur le droit de la mer rend impossible toute application de la loi des avantages
comparatifs. Il y a obligation faite au pays de partager l’accès à leurs ressources maritimes quand
elles n’ont pas la capacité technique de les exploiter de manière optimale.

22
Tous les chiffres de la pêche au Maroc se trouvent sur la page profil de la FAO
http://www.fao.org/fi/oldsite/FCP/fr/MAR/profile.htm
23
Aujourd’hui, l’accord mauritanien est deux fois plus important en valeurs que celui avec le Maroc.
24
Article original http://oceandocs.org/bitstream/1834/876/1/Catanzano-EN.pdf
Dans la plupart des situations, et notamment au Maroc, une partie des ressources satisfait aux
besoins alimentaires directs des populations nationales et africaines ; la pêche représente (on devrait
plutôt dire représentait), à travers sa composante artisanale, un secteur de savoir-faire national fort,
dans un contexte d’opportunités rares. La pêche constitue également un facteur de structuration
sociale et culturelle prégnant ; tout changement en termes d’analyse comparative des avantages de
différentes options de politique publique sectorielle se traduira par un accroissement du
développement, suite à la création d’opportunités nouvelles et à une meilleure captation de la rente
halieutique.

En réalité, les pays du Sud font peser sur leurs propres flottes les contraintes spatiales imposées par
les nouvelles législations internationales et nationales alors que les pays du Nord, sous couvert de
stratégies d’aide au développement, continuent à négocier des droits d’accès.

3) Le Problème du Sahara2526
Le territoire du Sahara dit occidental, territoire non autonome selon l’Organisation des Nations Unies
(ONU), est, depuis plus de 30 ans, l’objet d’un conflit. Celui-ci oppose le Polisario au Royaume du
Maroc qui revendique sa souveraineté sur l’ensemble du territoire.

L’exploitation par le Maroc des ressources naturelles du Sahara occidental est sujette, de ce fait, à
controverse. La question qui se pose consiste à savoir si le Royaume du Maroc est juridiquement
apte à exploiter les ressources naturelles du Sahara occidental.

L’accord ne spécifiait pas exactement où la pêche pouvait avoir lieu27. Conformément à l’accord, et
selon l’article 5 intitulé accès de navires communautaire aux pêcheries dans les zones de pêche
marocaines, paragraphe 1 :« le Maroc s’engage à autoriser des navires communautaires à exercer
des activités de pêche dans ses zones de pêche conformément au présent accord, protocole et
annexe compris. » cela explique, donner un accès de pêche dans les eaux sous la souveraineté ou la
juridiction du royaume du Maroc, ce qui est apparu aussi sur l’article 11, intitulé zone d’application :
« le présent accord s’applique, d’une part, aux territoires où s’applique le traite instituant la
communauté européenne, dans les conditions prévues par ledit traite, et, d’autre part, au territoire
du Maroc et aux eaux sous juridiction marocaine. »

Avec cette définition, c’est devenu une question d’interprétation de savoir si la pêche pouvait en
effet avoir lieu au Sahara occidental ou non.

Encore plus, cet échec à spécifier les coordonnées précises de l’accord de pêche, a laissé au Maroc et
à l’industrie de la pêche, la possibilité d’interprétation sur les limites de la zone de pêche.

Alors si le Maroc s’est permis de signer un tel accord commercial avec l’union européenne, incluant
les zones maritimes du Sahara occidental et permettant aux bateaux communautaire l’exploitation
des richesses halieutiques du Sahara occidental, cela peut expliquer que ce dernier est sous la
souveraineté juridictionnelle du Maroc. Mais revenant à l’histoire du conflit du Sahara occidental,
ainsi qu’aux différentes résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies, ainsi que de la

25
http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-16101666
Morocco's fish fight: High stakes over Western Sahara
26
Une analyse juridique du statut du Sahara occidental
27
Contrairement à l’accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis qui exclut explicitement les
produits issus du Sahara.
jurisprudence de la cour internationale de justice(CIJ), peut-on considérer que le Sahara occidental
est sous la souveraineté marocaine ?

i) Une vision initialement divergente


Le Maroc considère le Sahara comme partie intégrante de son territoire en raison des liens
d’allégeance historiques liant de nombreux chefs sahraouis au sultanat du Maroc. Et sur cette base, il
s’est engagé, dès 1975 dans une exploitation des ressources dont recèle le Sahara, à l’image de celles
présentes dans le reste du territoire national. Le Royaume a notamment signé des contrats de
prospection pétrolière avec des firmes multinationales telles que Total ou Kerr-Mcgee.

Ceci étant, le Sahara occidental est, selon la qualification onusienne, un territoire non autonome,
c’est à dire un territoire « dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-
mêmes ». De ce fait, la qualification de la présence marocaine dans le territoire du Sahara est sujette
à discussion. Selon les accords tripartites de Madrid, signés en novembre 1975, l’Espagne a mis un
terme à sa présence coloniale sans pour autant transférer le statut de puissance administrante au
Royaume. Ce dernier a certes administré de facto depuis 1975 les deux tiers du Sahara, et à partir de
1979, après le désistement de la Mauritanie, la quasi-totalité du territoire, mais sans que cette
situation n’ait eu d’incidence sur le statut du territoire litigieux.

Un territoire non autonome


L’article 73 de la Charte des Nations Unies définit le régime juridique applicable aux territoires non
autonomes.
Il énonce également certaines obligations à l’égard des puissances administrantes, dont :
 Reconnaître le principe de la primauté des intérêts des habitants des territoires sous leur
dépendance.
 Accepter d’assurer le progrès politique, économique et social ainsi que le développement
de l’instruction des populations concernées.
 Aider les populations en question à se doter d’institutions autonomes adaptées et tenir
compte de leurs aspirations politiques.

Ceci renseigne sur le flou juridique qui entoure cette question. L’exploitation des ressources
naturelles du Sahara par le Maroc n’est régie par aucune catégorie juridique préétablie, étant donné
que l’article 73 susmentionné ne s’adresse qu’aux seules puissances administrantes. En supposant
que le Royaume soit considéré comme une puissance administrante, sa posture est-elle
condamnable ?

La reconnaissance au peuple sahraoui du droit à l’autodétermination a des implications juridiques et


économiques qui demeurent largement consacrées par les résolutions de l’Assemblée générale. En
effet, de ce droit des peuples à disposer d’eux-mêmes découle le principe de la souveraineté
permanente sur les ressources naturelles. Principe selon lequel, seuls les peuples des territoires non
autonomes ont le droit de disposer librement des ressources naturelles de leurs territoires. La
question qui se pose, alors, est celle de savoir si ce principe interdit à la puissance administrante
d’exploiter les ressources naturelles du territoire non autonome placé sous son administration ?

L’Assemblée générale des Nations Unies et la doctrine internationaliste ne prohibent pas


l’exploitation par les puissances administrantes des ressources naturelles des territoires non
autonomes. Néanmoins, elles exigent que les revenus de ladite exploitation soient affectés au
développement des territoires non autonomes considérés.

De façon affichée et sans équivoque, des progrès colossaux ont été enregistrés au niveau du Sahara
occidental, délaissé par l’Espagne sous forme d’espace désertique et aride. Comment assurer le
développement intégré de ce territoire sans procéder à l’exploitation rationnelle de ses ressources
naturelles, le Royaume étant lui-même un pays en développement ? Dans ce cadre, et en bonne
logique développementaliste, les contrats conclus par le Maroc avec des investisseurs privés sont
indispensables au décollage économique du Sahara occidental.

Il s’agit alors de déterminer si le Maroc désavantage les populations du Sud par rapports à celles de la
moitié nord du pays. L’Allemagne avait déjà soulevé la question à la Commission Européenne en
2006. A l’époque, la réponse marocaine avait unanimement été jugée satisfaisante.

Des chiffres plus récents révèlent que plus de 7,2 milliards de dirhams y ont été investis entre 2004
et 2009, notamment dans l’aménagement, la construction et le renforcement des équipements
collectifs, l’appui aux activités génératrices de revenu et la résorption de l’habitat insalubre. En
conséquence, le taux de scolarisation des enfants âgés de 6 à 11 ans dans la région du Sahara se
trouve supérieur à la moyenne nationale. De plus, la création et l’amélioration des infrastructures
ont permis de développer, à l’échelle des provinces du Sud, une activité commerciale conséquente
dans la mesure où le nombre de registres de commerce accordés annuellement ne dépassait pas 70
avant 1993 et qu’il dépasse 400 dès 2003 pour atteindre près de 600 en 2006.

Certains interprètent la rupture (ou un non renouvellement) de l’accord de pêche comme un échec
diplomatique du Maroc plutôt que commercial. En effet, on pourrait s’interroger sur les intentions
de l’Espagne qui d’un côté soutient le Polisario28 et de l’autre profite de la gestion marocaine des
ressources halieutiques. Soutenir une menace séparatiste incandescente serait une tactique tout à
fait intelligente pour garder une pression constante sur le Royaume du Maroc, une manière de dire,
si vous ne nous laissez pas pêcher dans vos eaux, elles ne seront plus vôtres, car si la compensation
financière est ridicule par rapport aux quantités pêchées, la reconnaissance du Sahara Occidental
comme territoire marocaine est un enjeu d’une toute autre dimension.

ii) Et si le Sahara était autonome ?


Quel avenir pour les accords de pêche si le Sahara devenait autonome ? Le territoire désertique du
Maroc en plus d’être très peu peuplé29, ne dispose d’aucun avantage comparatif : population très
peu qualifiée, modes de vie quasi-nomades ou récemment sédentarisés. On peut raisonnablement
avancer qu’il dépendra exclusivement des aides extérieures30 et des accords d’exploitation des
ressources naturelles comme le sont aujourd’hui quelques iles du pacifique.

Conséquence de l’instabilité politique et de la très faible consommation des produits de la mer par la
population sahraouie, un gouvernement hypothétique aura intérêt à négocier des accords de pêche
contre une très faible contrepartie. La très faible population du Sahara aidant à faire de Sahraouis
des « rentiers de la mer »31.

28
Les bureaux du Polisario se trouvent à Madrid
29
Moins de 400000 habitants d’après le référencement de 2004 dont beaucoup d’émigrés du nord. Par
exemple, 50% de la population de Laayoun, la plus grande ville de la région, est employée dans le secteur du
bétail et de la production de lait alors que la production de viandes et de produits laitiers ne couvre que 50%
des besoins locaux.
30
Algériennes par exemple
31
Le bénéfice par tête sera d’autant plus important que les Sahraouis sont très peu nombreux
Dans un deuxième temps, comme il a été observé dans le cas de la Mauritanie, la prise de conscience
de la richesse des ressources naturelles évoluant (même si le Sahara est totalement incapable de par
ses capitaux humain et financier d’exploiter pleinement ses ressources), les exigences vont croitre
dans l’espoir de doter la région en infrastructures tirant les montants de la contrepartie vers le haut
jusqu’à en devenir inintéressantes pour l’Union Européenne.

Il est important de noter que de nombreux projets amorcés par le Maroc font du Sahara Occidental
une Zone à fort Potentiel : Projets de désalinisation de l’eau de mer, relance de la culture des dattes
dans les Oasis, Plan solaire Méditerranéen pour la production d’énergies solaire et éolienne, offre
touristique croissante.

Dans le cas contraire, si la communauté internationale reconnait la légitimité du Maroc dans les
provinces du Sud, encore une fois, les termes actuels perdraient tout leur avantage. Le Maroc
pourrait ainsi réclamer une compensation au prix du marché ou sinon pêcher puis exporter ses
poissons comme il le fait avec le Japon.

On peut donc dire que l’instabilité politique de la région du Sahara profite aux pays qui pêchent dans
ces zones qui échangent du poisson contre une hypothétique reconnaissance de la souveraineté
marocaine un jour.

4) Et maintenant on fait quoi ?


Il existe un précédent à un non renouvellement d’accord de pêche entre le Maroc et l’UE. En 1999, la
flotte européenne avait reçu une compensation de 194 M€. Ces compensations comprennent le
démantèlement de bateaux sous forme de primes à la casse, le transfert de navires vers des pays non
–UE, des mesures de formation, d’allocation et de retraite anticipée pour les marins. De l’autre
côté, grâce à ces subventions, 52 navires ont exploité les eaux du Maroc sous forme de Joint-venture
euro-marocaines. Le Maroc est le pays hors UE qui a le plus de joint-ventures avec les pays de l’UE32.

Néanmoins, à moins d’un concours de circonstances particulièrement surprenant, il est très probable
que l’on continue d’appliquer les accords tels qu’ils ont été définis à la dernière négociation, puis
qu’ils soient renouvelés dès leur expiration.

32
On passera sous silence l’important risque écologique pris par les autorités marocaines et européennes qui
soucieuses de développer des partenariats UE-Maroc ont validés les quotas pêchés par ces 52 bateaux
spécialisés dans les crevettes et les céphalopodes.