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.

AFRIQUE
ANCIENNE

ESQUISSE GÉNÉRALE
DE L‘AFRIQUE ANCIENNE
par M. l)'-\vcLac

I'OMI'Ç PREMIER

Ë .
I' ÉDITIONS BOUSLAMA - TUNIS
\_AFRIQUE./
ESQUISSE GÉNÉRALE DE L'AFRIQUE
ET AFRIQUE ANCIENNE.
PAR M. D’AVEZAC,
m2: mué-ru uiuonrumnu un nus. un‘ nus}? numcrorr, n: meus-ri APIICAIDK on Lonunu
' 1' ' t'rmwwalqus m: pull, 3

CABTHAGE,
PAR M. BUREAU DE LA MALLE,
ET PAR M. .I. Y ANOSKI,
s SI'I‘I'LÉJS‘I‘ Au «.oLLrÏun un runcz. AunÏoi un L'umvnan'i,

NU M 1 D1 E ET MAUBITAN IE ,
‘PAR M. LOUIS LECROIX,
I0 lsszu l) n un:

I‘ZAFRIQUE CHRÉTIENNE
E’l‘ DOMINATION DES VANDALES EN AFBIQUE,
PAR M. J. YANOSKI.

R‘EHVIPRESSION

TOME PREMIER

EDITIONS BOUSLAMA-TUNIS
AFBIQUE.
TABLEAU GÉNÉRAL,
PAR M. D’AVEZAC,
nu mai-ris ol'oonnuqus n: un: , Lornns u- uucron ,
n: LA sucliri Anlcuxn un Loxnns,
vxcx-nismln' nl LA socn'ri l'rnnozomqul nl nus, u'c.

AFRIQUE ANCIENNE’
(CYRÉNAIQUE, CARTHAGE, NUMIDIE, mwmnmn) ,
PAR MM.
BUREAU DE LA MALLE,
IIIIII Dl L'ÀCÀD‘III DIS IISCIIPTIOIS I‘I IILIII-LINIIS.

YANOSKI,
uousuvn surrLiAI-r Au confia: ni un!“ .
Amie!’ nl L'unvIun-l', u-c.

PARIS,
CHEZ FIRMIN DIDOT FRÈRES, ÉDITEURS,
mnfllBUlS-LlBMIlES M; L'ms'n'ru'r,
nus ucon, .m.

Il DCCG XLII.
PRÉFACE
DE L’ÉDIT EU R.
mesa

Nous remplissons aujourd’hui l’engagement que nous avions contracte,


il y a quelques mois , avec nos souscripteurs, en leur promettant d'ache
ver, dans'un bref délai, le volume consacré à l’Afrique ancienne.
Nul, assurément, en lisant ce volume, ne sera tenté de blâmer notre
lenteur et nos retards.
Jusqu’à présent, on n'avait pas encore fait en France , ni à l'étranger,
une histoire suivie et complète de I’Afriqne ancienne. Il fallait multiplier
les recherches pour rassembler les éléments épars de cette vaste et curieuse
histoire. Il fallait remuer, compulser, longuement étudier les livres des
anciens et les meilleurs travaux de la critique moderne.
Les auteurs de l’ouvrage que nous offrons à nos souscripteurs se sont
acquittés de cette tâche avec un soin et un zèle dont nous ne saurions trop
ies remercier, et nous demeurons convaincus que leur œuvre, compléte
ment neuve par le plan qu’ils ont adopté, et par la masse des faits qu’eux,
les premiers, ont mis en lumière, obtiendra un plein succès , non point
seulement auprès des gens du monde, mais encore auprès des hommes les
plus versés dans les matières d’érudition.
Les diverses parties dont se compose notre Histoire de l'Afrique an
cienne ne sont pas simplement juxtaposées; elles ont été composées d’après
un même plan et dans une même_idée. Tout avait été réglé et déterminé à
l’avance par les auteurs; et il est aisé, suivant nous, de remarquer que,
dans ce volume, depuis la première page jusqu’à la dernière, il existe le
plus rigoureux enchaînement.
Nous devons donner ici, en quelques mots, le plan de cette histoire.
Ce volume est le premier ‘de la série consacrée à l’histoire et à la des
cription complète de toute l’Afrique. C'est pourquoi il s'ouvre par une
Esquisse générale, où l’on considère I‘Afrique sous ses divers rapports
n PRÉFACE
d’aspcct et de constitution physiques, d'histoire naturelle, d’ethnologie,
de linguistique, d’état social, d’histoire politique, d’explorations et de géo
graphie.
Si l'on excepte cette esquisse générale, qui se compose d’environ cin
quante pages, tout le volume est consacré à la description et à l’histoire
de l’Afrique ancienne, depuis les temps les plus reculés iusqu’à l'invasion
arabe. Après une introduction destinée à fixer la place, l'étendue et les
grandes divisions de l’Afrique dans le monde connu des anciens, une pre
mière partie traite de la Libye propre , comprenant la Cyre'naîque et la
Marmariquc, tour à tour royaume des Battiades, république turbulente,
conquête des Ptolémées, province dans l’empire de Bome et de Constanti
nople, et dans l’Église d’Alexandrie.
La seconde partie‘, consacrée à la région d’Afrique, comprenant l’Afri
que propre, où était Carthage, la Numidie et les Mauritanies, est précédée
d'une nouvelle introduction ayant pour objet la description de cette région
au point de vue de l’antiquité classique, la distribution générale des popu
lations qui y étaient répandues, et la question , très-difficile, des délimita
tions successives de ses diverses parties. /
C’est M. d’Avczac qui a rédigé ce commencement du volume avec ces
connaissances spéciales et cette savante critique qui lui ont assigné un
rang distingué parmi nos meilleurs géographes.
En tête de la deuxième partie se trouve l’lu'stoz're (le Cartlmge, par
MM. Bureau de la Malle et Jean Yanoski. C’est le morceau le plus com
plet qui ait été écrit sur cette ville célèbre. On y rencontre tous les faits et
tous les résultats critiques contenus dans les travaux des érudits français,
et aussi dans les ouvrages composés à'l’étranger par Campomanes, Miin
ter, Heeren, Bôttiger, etc. Elle renferme, sur la troisième guerre punique,
des détails pleins d’intérêt et très-dramatiques, que l’on ne trouve dans
nul autre livre.
Vient ensuite l'histoire de la Numidie et de la Mauritanie. Les faits qui
se rapportent à cette histoire étaient disséminés dans mille ouvrages divers.
L’auteur les a tous recueillis avec soin et classés. Il a divisé son travail en
trois parties: 1” la Numidie, jusqu’aux Romains; 2° la Mauritanie, Ins
qu’aux Romains‘; ë° la Numidie et la Mauritanie sous les Romains, jus
qu’à la conquête de l’Afrique par les Vandales. Cette division répand sur
l'ensemble des faits une vive lumière. L’auteur de ce travail est M. L. La
rroix , ancien élève de l’École normale, professeur d’histoire au collége
ltollin.
DE L'EDlTEUR. lll
M. Jean Yanoski a repris alors, dans leur ensemble, toutes les provin
ces, depuis les limites les plus orientales de la Tripolitaine jusqu’à l’Atlan
tique, pour raconter les origines, les développements successifs , la gran
deur, la décadence et la chute de l’Église d’Afrique. Rien d’important, en
ce qui concerne les hommes et les doctrines, n’a été omis dans ce fragment
d’histoire ecclésiastique, qui a pour titre l'Afrique chrétienne.
Enfin, M. Jean Yanoski a terminé le volume par une histoire de l'Afri
que sous la domination vandale et sous la domination byzantine. L’au
teur ne s’est point borné à donner ses propres re‘éherches; il a en soin de
reproduire tout ce qu’avaient écrit, avant lui, à diverses époques, Lebcau,
Gibbon, Mannert, Saint-Martin, l’Académie des inscriptions et belles
lettres, etc., et tout récemment MM. Louis Marcus et Papencordt. Nous
signalerons à nos souscripteurs, dans ce travail, le récit de l'expédition
de Bélisaire.
Rien n’a été négligé pour rendre facile l’usage des diverses parties de
ce volume. Chaque morceau, chaque histoire est suivie d’une table alpha
bétique rédigée avec le plus grand soin. Nous croyons donc avoir mené à
bonne fin, malgré de grandes difficultés, une des parties les plus impor
tantes de notre vaste collection.
En France, nous l’espérons, on accueillera ce volume avec quelque bien
veillance. Un grand nombre des pages qu’il contient se rapportent à la
portion de l'Afrique que nous avons récemment acquise par des sacri
fices sans nombre et au prix de notre sang. Nul, parmi nous, c’est notre
opinion, ne peut désormais rester indifférent en lisant les faits qui rap
pellent l’antique splendeur de cette Algérie , où nous avons recommencé,
au profit de la civilisation et de I’humanité, et avec d’héro‘iques efforts,
l’œuvre des Romains, et où il n'est pas aujourd’hui un seul coin de terre
qui ne puisse attester la gloire et la puissance de nos armes.

Mai 1344. FIBMIN DIDOT FRÈRES.


HISTOIRE ET DESCRIPTION
DE TOUS LES PEUPLES,
DE LEURS RELIGIONS, MOEURS, INDUSTRIE, COUTUMES, n'rc.
“flacon-0000.0.0...” 0.000.000.000. 0.0.0.0...” 9.000.000.000...

HESÜP©IIIRJE E’Il.‘ IDESŒIRIÜPTECŒN IDE IL’AIFIÈIEQUJË.

ESQUISSE GÉNÉRALE DE L’AFRIQUE,


ASPECT ET CONSTITUTION PHYSIQUE, HISTOIRBNATURELLE;
ETHNOLOGIE , LINGUISTIQUE , ÉTAT SOCIAL, HISTOIRE;
EXPLOBA'I‘IONS ET GÉOGRAPHIE.

PAR M. D’AVEZAC ,
nu socu'sris ciiocsnaxqoss un ans, m. Lotions u‘ ne “Micron-r, ne.

INTROD UCTION.
Près d’aborder un sujet vaste dans le futile mérite de présenter tour_ à
son ensemble, compliqué dans ses dé tour des descriptions ou des récits
tails, dont nous ne voulons laisser en particuliers , dont l’intérët spécial fasse '
oubli aucun trait essentiel; ayant des oublier le récit qui précède pour s’ef
sein d‘eflleurer, au moins, les parties facer bientôt devant le récit qui sui
que diverses raisons, telles que le temps vra : préoccupé du besoin d’exciter
et l’espace assignés à notre travail, la dans la pensée quelques idées plus du
nature de ce travail lui-même , et par rables que les fugitifs souvenirs de ces
dessus tout notre propre insuffisance, descriptions et de ces récits morcelés ,
ne nous permettraient point d'appro qui nont d’autre lien apparent que
fondir; forcé de consacrer, au ta leau leur juxtaposition ou leur succession
que nous allons entreprendre, une lon matérielle, nous avons dû porter nos
gue série de pages, variées comme les premières sollicitudes sur la méthode
aspects multiples du sol, comme la qu’il nou convenait d’adopter pour
physionomie diverse des populations, montrer et ne jamais laisser perdre
comme les faits successifs de l’histoire de vue l’enchainement mutuel de toutes
des em ires; et désirant, plus que ces choses que nous avons à décrire et
toutes c oses , que ce tableau dont le à raconter.
cadre est si grand. les détails si nom C’est d'une puissante synthèse qu’il
breux, les parties si variées, n’ait point
nous faut emprunter le secouys, afin
1" Livraison. (Hls'r. DE L’AFBIQUE. 1
de ramener à une constante unité les phgsiqnes qui la caractérisent, et les
faits de divers ordres sur lesquels no in uences atmosphériques auxquelles
tre attention doit se trouver tour à tour elle est soumise; puis nous apparaîtra
appelée. Montrer et définir cette unité, la végétation distribuée à sa surface
la considérer sous les divers aspects par grandes agglomérations diverse
qu’elle peut offrir dans son ensemble; ment nuancées au gré de la multipli
tracer les grandes coupes naturelles cation de telle ou telle espèce prédo
entre lesquelles se distribuent par minante. Ensuite se montreront les
masses, puis par groupes successive animaux qui la peuplent, et à leur
ment étagés les détails sans nombre tête l'homme, sur lequel se concen
qui doivent ormer comme les fils d’un trera dès lors toute notre attention :
vaste tissu 2 tel est le plan qu’il con nous. verruns les différences de couleur
vient de suivre pour que , saisis et de formes, nous entendrons les
sant la corrélation naturelle des faits variétés de langages qui le séparent
isolés, des groupes où ces faits ont en races distinctes; nous étudierons
leur place déterminée, des masses où ses mœurs, ses usages, son dévelop
ces grou se doivent encadrer, et pement intellectuel , la constitution
du gran tout, enfin. que compose sociale qu’il s'est donnée; nous pour
la réunion de ces masses , l'esprit par rons aussi interroger ses traditions
coure sans ennui, retienne sans fatigue historiques, apprendre son origine,
une multitude de détails, dont chacun son établissement, ses alliances, ses
aura désormais ainsi une valeur de guerres, les conditions actuelles de sa
position, un degré d'importance ap vie politique, et peut-être même cal
préciable dans l'ensemble du sujet. culer ses chances d'avenir. Et souvent,
Elevons-nous par la pensée hors des au milieu de ces considérations, un
limites terrestres où notre frêle hu retour sur nous-mêmes nous portera
manité se trouve emprisonnée , et pla à rechercher par quelles routes nous
nant dans l'espace, considérons cette sommes parvenus jusqu’à lui, et quelle
terre, notre demeure. d’assez haut place nous devons lui assigner dans
pour que son unité seule nous soit nos inventaires géographiques du sol
perceptible; puis, nous ra prochant qu'il occupe.
d’elle par degrés, nous dist nguerons Aussi, en 'etant d’abord un coup
la masse des eaux et la masse des ter d’œil d’ensem le sur la vaste division
les émergées, parmi ces terres des terrestre dont nous avons entrepris la
continents séparés, en ces continents description historique, nous parait-il
de grandes divisions tracées par d’im convenable de traiter tour à tour, en
muables limites; et concentrant dé trois sections distinctes, du sol afri
sormais notre attention sur l'une d'el cain, des peuples qui l'habitent , et de
les, nous observerons d'abord ses l’étude qui en a été faite.
formes extérieures, les grands traits

PREMIÈRE SECTION.
DU SOL DE L’AFRIQUE.
5 I.
vun GÉNÉRALE ma: L'AFRIQUE.
Aux premiers temps de sa forma tion universelle , la forme sphéroîdale
tion , la masse terraquée, roulant in qui lui est restée; un refroidissement
candescente dans l’espace, revétait, graduel concrétait successivement, des
sous la pression des lois de la gravita pôles àl’équateur, la pateuse fluidité
HISTOIRE DE L’AFRIQUE. 3
des couches minérales, et cette cristal tre ignorance, et auquel d'autres dé
lisation homogène offrait une surface couvertes ont depuis ajouté un monde
unie sur laquelle se condensaient les maritime C’); le nôtre est resté pour
eaux jusqu'alors suspendues dans l’at nous le monde ancien. Et dans ce
mosphère : il n’y eut ainsi d'abord monde ancien, ui est le nôtre. des
qu'une seule mer enveloppant le globe séparations tranc des par des mers in.
tout entier, et déposant par assises, térieures entre les plages occupées par
sur l'écorce plutomenne, les sédiments les nations civiliséesdont nous avons re
terréux qu’elle tenait dissous. Mais cueilli l’béritage, donnèrent jadis nais
quand l’inégalité de retrait de la croûte sance à une distribution desterres alors
refroidie à l'égard des couches inférieu connues en trois grandes divisions con
res eut forcé la pellicule externe à se tinentales, qui portent de nos jours les
rider, se ramasser en plis , se soulew noms d’Afi'ique, d’Europe et d’Asie.
ver, s’affaisser, se tourmenter de mille Mais l'œil de l'homme n’embrasse à
manières, comme le constate la diver la fois qu'un étroit horizon; il lui faut
sité d’inclinaison des roches stratifiées, une longue série d’études persévéran
l'écorce solide n'offrant plus la symé tes pour reconnaître de proche en ro<
trie d’un sphéroîde régulier , la mer che toutes les parties d'un district, ‘un
ambiante alla combler de sa masse pays, d’une région, et arriver ainsi
fluide les dépressions qui altéraient la jusqu'à la notion générale des grandes
forme primordiale, laissant à décou divisions terrestres : aussi des appel
vert une quantité de terres égale au latiops générales n’ont-elles été données
volume de liquide que ces dépressions aux continents que longtemps après la
absorbaient. dénomination des contrées particuliè.
Nées de cet anti ne partage des ter: res qui y sont encloses; et celles-ci, à
res et des eaux à a surface de notre leur tour, n'ont eu de noms propres
globe , trois îles immenses, que nous que postérieurement aux localités spé.
intitulons pompeusement des mondes, ciales renfermées dans leurs limites;
émergent du sein d’un océan plus im resque toujours, au surplus, l’appel
mense encore. Habitants de l’un de ation générale n’a fait que reproduire
ces mondes terrestres, nous avons ap dans une acception plus large le nom
elé nouveau celui qu'une découverte qui était primitivement restreint à une
ameuse (*} vint révéler naguère à no région, à un pays, à une localité fort
bornée. Tel est le fil conducteur dont
(') a A Cnstilla y Leon il se faut aider pour la recherche des
1 Nuevo mundo diè Colon.»
étymologies géographiques; et nulle
sans doute du navigations antérieures part, peut-être, ce guide n'est plus
avaient l'ait connaître certaines plages sep utile et plus sûr qu’en cette grande
tentrionales, visitées par les aventuriers terre d’Afrique, ainsi dénommée air
nordmans; peut-être aussi quelques autres, jourd’hui dans son ensemble , quoique
points des terres d’outre-mer avaient-ils déjà_
cet ensemble lui-même soit encore
été aperçus : le hasard , les courants , et tes
vents alizés ont du conduire obscurément bien loin d'être complètement connu.
plus d'une fois les marins d’Europe à ce
nouveau monde dont la découverte aficielk tant c'est un autre qui eut l'insigne triom
était réservée àColomb; mais à Colomb seul pire de donner son nom au monde que
revient la gloire de cette grande révélation, Colomb était allé découvrir: le charlata
annoncée à l'avance par d'autres peut-être, nisme et la camaraderie l'emportèrent sur
mais poursuivie par lui seul avec cette les droits légitimes de l'inventeur véritable;
tenace persévérance qui caractérise une mis « . . . . . . . . . .. tulit alter honore“
sion providentielle, et vérifiée par lui après u Sic vol non valais. . . . . .
des obstacles, des dégoûts, des entraves , (') C'est au baron Walclseuee qu'a! dû
des lenteurs qui donnaient une solennité le premier emploi de cette démon
plus grande encore à cette épreuve en la, pour caractériser la troisième division ter
quelle lui seul avait une robuste foi. Et pour restre éparpillée dans le grand Océan
1.
4
nfiuomm‘nous ne t’srnrqvn. essayé d’autres étymologies : le docte
Varron avait cru trouver celle de Libye
Les traditions les plus anciennes ne dans le nom grec du vent de sud-est ,
sont pas toujours celles que nous ra libs; et le scholiaste de Virgile, Ser
content les écrivains des premiers âges; vius, proposait de dériver Afrique soit
elles ne nous sont parfois conservées du latin aprica, exposée au soleil, soit
que chez les polygraphes des temps du grec a-phrilœ , privée de froid.
inférieurs, usagers encore de sources Les étymologistes modernes, incon
historiques qui n’ont point survécu au testablement plus habiles, se sont éver
vandalisme ou à l’oubli des siècles de bar tués, sans beaucoup de succès, à décou
barie. C’est ainsi qu’Etienne de Byzance vrir l’origine cachée de l’une et l'autre
nous a transmis. d’après Alexandre de ces dénominations usuelles 2 la Li
Polyhistor, un catalo ue des dénomi bye a été pour eux tour à tour le pays
nations qu'avait‘ portées lapolyonyme des lions, la plage rousse, la région
Afrique, tour à tour appelée Olympie, enflammée, la terre noire ; et cette
Océanie, Eskhatie, Kqgphe, Hespé dernière explication du moins s’accor
rie, Ortygie, Ammon' , Ethio'pie, dait avec le sens énéralement recon
Cyréne, Ophiuse, Libye, Kephenie, nu des noms d‘ Jthiopie , d’Aérie et
Aérie. De tous ces noms , les uns n'ont d'Éthérie , qui désignaient certaines
jamais eu qu’une application spéciale contrées libyennes; mais il semble que
et restreinte. comme Cyrène, Ammo les biblistes sont bien mieux fondés à
nide, Éthiopie, Aérie; les autres sont revendiquer les Libyens comme ‘repré
appellatifs, et désignent tantôt une sentant les Lehbym de la Genèse, iden
situation relative, comme Océanie ou tiques aux Loubym des Paralipomènes
plage de l'océan, Eskhatie ou extré et des Prophètes, postérité directe des
mité du monde, [-Iespérie ou région Messrym ou Égyptiens, occupant le
du couchant; tantôt quelque trait phy littoral opposé à la Grèce, et fournis
sique, comme Koryphe ouxhaute ter sant ainsi aux Hellèues un nom pour
re, Ophiuse ou patrie des serpents. désigner toute la plage qui s’étend à
Peut-être faut-il comprendre aussi l’ouest de l'Egypte.
dans la méme'classe Kephénie. Orty Pour ce qui est du mot Afrique, on
gie C‘) , et plus douteusement Olympie, a voulu y retrouver un territoire fer
que semble revendiquer la mythologie tile en épis, le pays des palmiers, la
hellénique. Le nom de Libye fut seul région poudreuse, la contrée divisée,
employé par les Grecs dans toute la la terre de Bar ah, et même (sans
largeur d’acception que les Romains s'en douter) l’Ét érie des Grecs; mais
ont attribuée au nom d‘Afrique. combien ces diverses conjectures pa
Les écrivains de l'antiquité, poëtes raissent forcées à’côté de l’assertion
plutôt que linguistes, avaient adopté toute simple de Su1das(*) (qui souvent
le procédé commode de rattacher tou a puisé à d’excellentes sources), énon
tes les dénominations géographiques nt qu'Afrique était le nom antique
au grand arbre de leurs généalogies e Carthage même! N’est-ce point là
divines ou héroïques : il leur suffisait une origine toute naturelle de cette dé
ainsi de forger, d’une part, une prin nomination venue en grandissant jus
cesse Libye, soit indigène, soit fille qu’à nous pour désigner un continent
de Jupiter, ou de Neptune, ou d‘Epa tout entier, mais dont les'siècles n’ont
phus; d’autre part un prince Apher, pas effacé complètement les applica
fils de Saturne ou d'Hercule, trans tions antérieures, successivement cor
formé par les juifs et les chrétiens en un respondantes d’abord à la seule Zeu
fils d’Abraham ou de Madian, et par gitane, puis à cette province augmentée
les Arabes en un de leurs propres rois.
Cependant, quelques érudits avaient (") ,Kaprnôc‘ov, ‘h au! ’Açpmñ mi. Bépaa
1610M
(') Knwlv, guêpe: 'opwë, caille Smms, au mot 'Aappmzvôç
HISTOIRE DE L'A FRIQUE. 5
de la Byzacène, ensuite à la région Afi'yqah un établissement séparé, une
comprise depuis les Mauritanies jus colonie de Tyr; et les Arabes sont ve
qu'à la Cyrénaique, même jus uaux nus, par une dérivation régulière, dé
confins de l'Égypte, puis enfin a tout nommer Afryqyah le pays dépendant
ce que Rome et l’Europe néo-latine de cette antique Afryqah. Il n'est pas
connurent de cette vaste portion de sans intérêt d'annoter ici que le pre
l'ancien monde? Et-quant à l'étymolo mier emploi connu que les Romains
gie radicale de cette a pellation ri aient fait de ce nom étranger date du
mitive de Cartbage, la angue de ar vieux poète Ennius (‘), postérieur à
thage elle-même nous la fournit simple la première guerre punique et contem
et naturelle en nous montrant dans porain de la seconde.

5 II.
ASPECT ET CONSTITUTION PHYSIQUE.
SITUATION , menus, ÉTENDUE. dominatrices de cette plage, mais im
Double de l’Europe en étendue, mais * puissantes à franchir l'étroite lisière
plus etite d'un tiers que l'Asie, à qui resserrée entre la mer et l’Atlas. De
elle ispute en vain quelque parcelle puis ce détroit où la fabuleuse anti
de l'orient, l'Afrique partage l'occi quité plaçait les colonnes d‘Hercule,
dent avec l’Europe, et tandis que jusqu'au cap des Aiguilles qui marque
celle-ci tient l'empire du Nord, tous au sud la pointe extrême du continent,
les feux du Midi s’épandent et débor se contourne onduleusement sur l'o
dent sur la torride Afrique. céan Atlantique un littoral de plus de
En sa forme ramassée et compacte, 2,600 lieues, où quelques rivages mal
où nul golfe rofond, nul fleuve aisé connus attendent encore l'exploration
ment navi aEle n'a ouvert au com de l’hydrographie moderne. Et depuis
merce et à a civilisation l'accès des ré ce cap des Aiguilles, que lesmarins
gions intérieures, l'Afrique oppose à de Tyr doublèrent dans les vieux âges
la fois au génie des découvertes, ui avec une flotte égyptienne , jusqu'au
tourmente notre savante Europe, es fond du golfe Arabique où ces habi
difficultés naturelles d'un sol brûlant, les navigateurs ramenaient du grand
sans routes et sans abords, etl'inhosc voyage d'Ophir les vaisseaux chargés
pitalité sauvage des peuples indigènes d'or de l'opnlent Salomon, se déve
dont la fréquentation des nations loppe sur l'océan Indien une côte de
étran ères n'est point venue adoucir plus de 2,400 lieues, dont la majeure
la ruäesse native. partie ne nous est connueque par le re
Depuis l'isthme de Souéys , qui lui èvement nautique de ses contours.
est à l'orient comme une jetée de com L'ensemble de cette vaste périphé
munication avec I'Arabie, jusqu'au rie offre donc une ligne continue de
détroit de Gibraltar, où elle n'est se’ plus de 6,000 lieues géographiques,
parée de l’Europe que par un détroit présentant en sa forme une figure ir
de moins de 3 lieues, l'Afrique dé régulière que l'on a bien ou mal com
ploie de l'est à l'ouest, sur la Médi parée, tantôt à un triangle, tantôt à
terranée, plus de 1,000 lieues de côtes un cœur, ou bien à ce jouet que les
en regard de la Grèce, de l'Italie, de enfants nomment cerf-volant :si nous
la France et de l'Espagne, tour a tour voulions grossir le catalogue des com
paraisons de ce genre, nous ajoute
(‘) u Al‘riu terribiloi [remit horrida terra tumoltn
« Undique. » rions que l'Afrique reproduit la figure
Env. Annal. vu (Cice'ron, Festus, 91€.). réniforme d'une noix d'acajou tour
il Lali campi quo: gerit Africa terra polilos. » naäit ses deux lobes à l'ouest et au
EII. .îuljr. ux (Noniur Mnrcellus). su .
6
Depuis le cap Blanc, voisin de Di lieues carrées; puis, rangées autour
zute, qui tte 1! 87'19’40' de la d’elle comme des ‘satellites, les Come
tltude ‘nord leittrémité la plus avan res les Séchelles, et ces iles de France
bée de la côte septentrionale, jusau’au et de Bourbon, que les affections mu
cap des Aiguil es , qui termine à ttlelles, le langage; les mœurs et la
34° 38'40" de ‘atitude australe la pointe èommunauté d'origine tiennent étroi
sud du continent, on mesure un dia‘ tement liées sous des pavillons rivaux;
mètre de 1,450 lieues, que coup'e, sous enfin, à l'extrémité du ‘cap Gharda<
‘un an le de cou nord-ouest, un autre fouy, Soemora, de plus de 100 lieues
diamè le dé 1-,080 lieues, déterminant carrées, ‘acquisition récente de l’An
la plus grande largeur de l’Afrique, gleterre pour assurer à ses paquebots
entre le cap Vert, par 19"53'7” de lon la voie de l’Inde par la mer Rouge.
gitude à l’ouest de Paris, et le cap Bien plus : située au voisinage im
Ghardafony qui s’avance à l'opposite médiat de l’Afrique, offrant avec elle
jusqu’à 49'1'36” de longitude est. La la plus parfaite similitude de caractè
superficie totale est évaluée à 929,000 res physiques et de productions natu
lieues carrées géographiques, Et, com relles , ainsi que les rapports ethnolo
me a ' ndlbes immédiats, le banc des giques étlinguistiques les plnsintlmes,
Alguul es à l'extrémité sud , et le banc ‘Arabie semble constituer au nord
d'Argttin; sur la marge occidentale, est un appendice de ce continent bien
prolongent sous les eaux de l’Océan la plutôt que de celui d’Asie. Sans pré
vaste étendue des terres africaines. tendre sur ce motif introduire une dé
limitation nouvelle des randes divi
bitpsunsncas. sions de l'ancien mon e, du moins
est-il opportun de signaler ces con
En dehors de ces limites existent nexités répétées, ne la géographie et
des "sa, soit isolées, soit groupées en l'histoire s’accor ent à montrer si
archipels, que leur voisinage relatif étroites et si nombreuses.
fait encore annexer, comme des dé‘
pendances, au large continent d’Afrii [I118 AHBIANTBB, COURANTS.
ne. En nous bornant à indiquer les
t'incipales, nous avons à énumérer, Les mers qui baignent ces immen
dans l’océah Occidental, Madère, (‘a ses rivages circulent autour d'eux en
meuse par ses vins; les Canaries, auxa courants rapides, dérivations du grand
quelles se rattache le souvenir des lies‘ courant équatorial que la rotation ter
Fortunées, des Hespérides et des Gor restre imprime aux mobiles eaux de
gones de l'antiquité, et celui peubétre l’Océan. Dans la mer des Indes, le
de cette Atlantide disparue, que la mouvement normal, modifié par la
vieille Egypté racontait à la Grèce disposition des côtes. court au nord
naissante; plus loin, les iles du (:211) ouest le lon des rivages, jusqu’au
Vert; au fond de la mer de Guinée, fond du gel e du Bengale, d'où il se
Ferna‘n-do-Po, le Prince, Saint-Thomé, réfléchit au sud-ouest pour aller frap
Annobon, qui semblent culminer sur perles berges de Madagascar; pen
une prolon ation sous-marine des dant que la même impulsion, propagée
montagnes es Ambozes; au large, et en deçà de la chaîne des Maldives, en
{alarmant la route de l'océan Indien, traîne les eaux de la mer d’Oinan le
0 rocher de l'Ascension, terre une long des plages orientales du continent
sans souvenirs, et celui de Sainte-Hé africain, et les précipite dans le canal
lène, sur lequel est ineffaçablement de Mozambique. Au sortir de cette
écrit le plus grand nom historique manche, elles se réunissent à la fois
des temps modernes; sur la côte au courant particulier du Bengale et
orientale, Madag'ascar, la plus grande au grand courant équatorial, pour
des îles africaines, présentant à elle continuer avec une nouvelle puissance
seule une étendue de plus de 20,000 de glisser le long des côtes jusqu'au
HISTOIRE ni: L'AriuQUE. 1
banc des Aiguilles, le traverser en le qu'aux abords du littoral africain : sur
contournant, et là, se combinant avec toute la côte occidentale, des vents
les
parteffluves claires,
au nortildans s'avancer
la mer d’une
de Guinée, tout aussi réguliers, tout aussi cons
tants, loin de soufller à l'ouest, se di
et ,s'aller perdre d'autre part au nord i'igent dans un sens opposé vers la
ouest dans le courant équatorial de terre; et dans la tuer des ibdes, le
l’Atlantique. Ici encore les mers 8'44 phénomène des moussons fl'ap e les
frique se refusent à l'influence direété côtes orientales, jusqu'au cap lgaà
du mouvement normal; elles né reçoi do, d'un ‘veut de nord-est qui dureuhe
veut que son iin' ulsion réfléchie, alors ihoitié ‘de l'année (d’octobre à février),
qu'après avoir g‘issé sur les côtes bras tandis qu'un vent de sud-ouest le reins
siliennes, contourné le golfe du Mexi place pendant l’autré ‘moitié (d’avril à
que et longé les États-Unis, il revient août).
sur, lui-même port r d'une part les eaux GOLFBS B1‘ cars.
del'océandiiiisla éditerranée,_oùelles
courant à l'est c'o'ntl‘e le littdralbarba‘à Les iilers ambiantes‘ ne tracent
i'ësque, etd’autre part se diriger ‘en biai-‘ ‘oint de ‘profondes découptire‘s dnnd
sant vers la côte occidentale,imprlmer ‘e massif du continent afriraiii; l'éâ
àu bancd’Arg'ui'n la triste célébritéd’tin chaticrlire la plus cbitsidérablé, 'tll
fameux naufrage (celui de la Méduse), est au sud-ouest, de fait qu'une ll-'
et poursuivre sa marche fatale jusque tuse rentrée, où l’océa'n Atlahtlquü
dans le golfe de Guinée, où sa rencohâ élargi forme, entre le cap des Palmes
tre avec le courant du sud se révèle et le cap tapez; le ‘golfe ou plutôt là
par des tournants moins renommés, mer de Guinée’; l qdélle reçoit, en
mais plus à craindre que Charybde et s'approchant des terres, à anche le
se lla, tant chantés par la poétique nom‘ de golfe ou baie de éhin à
au iquité. _ . droite celui de golfe ou baie de mafia,
Cëtte route circulaire du Golf séparés par l'a polhtti basse et mousse
S'treàtn (comme l'appellent les marins qu’ou ‘appelle Fdl‘ino'se. _
du Nord) q’a-t-elle d'autre ho au cen La mer Mëdit rl‘äiiée dessine‘ pareil;
tral que à masse inerte ës eaux leinent au nord, entre le cap Bon de
atlantiques? ou bien faut-il croire Tuhis et le. Gebel Akhtiliai' de la Cÿl‘é-l
qu'un grand continent submergé trace naîquë, une large réduite, ou plutôt
encore, au fohil des mers, un lit la, deux rentrées jumelles, que les an.‘
franchlssable à ce fleuve gigantesque? ciens nommaient les Sÿr'tes, et que lti
O Platon! cette Atlantide, attestée à géographie moderne a dênomméeä
scion par les traditions immémot-lales cité du Sidr (nom arabe du jlljlllsieii
de l’Égypte, ‘et dotée, par‘ ta rêveuse rites), et golfe des Qâbes.
imagination, de peuples si merveilleuà comprimée en quelque sorte entré
sem'ebt ‘sa es, cette terre, que ia fable les Syrtes et la mer de Guinée; l'Afi'i-t
dispute à histoire, it-elle, en effet, que s‘é anuuit ensuite vers l'ouest en
sous ces eaux immdb les, autour des un vas e deinlàcercle, jalonné d'ufiü
quelles roule incessamment un cou; multitude de caps, 'armi lesquels le
rant fougueux, emprisonné dans ses cap Sparte], le cap dan, le‘ cap Bo
liquides rivages? jla or, le cap Blanc, le cap Vert, le cap
agrin et le cap Mesurado sont les
vnn'rs miGunniis. plus connus. Dans les intervalles dit
ces caps, là côte n'éprouve que des dé
D'accord avec les courants mariti pressions peu sensibles‘; mais en avait:
mes généraux, l’es v‘ents alizés règnent çant au sud, les rentrées et les saillies
constamment d'est en ouest sur la zone se prononcent davantage de même
équinoxiale de l'océan; mais, comme que sur la plage orientale, dont les un
les courants généraux, l'es vents alizés ' ulations correspondent avec une sins
n'ét'endent point leur domaine jus: gulière symétrie à celles du rivage ou
eidental :c'est ainsi qu'à l'enfoncement Gambie, le Sénégal, le Dara'li. Quant
de la mer de Guinée corres ond la au versant se tentrional, compris entre
longue saillie du cap Gharda ouy, au le cap Sparte et Soueys, etqui porte ses
cap Lopez la rentrée de la côte de Zan eaux à la Méditerranée, il ne présente
zibar, à la rentrée de celle de Benguéla qu’un grand fleuve, le Nil d Egypte,
la saillie de celle de Mozambiqne, au ébouchantà la mer par plusieurs ras,
cap Negro la baie de Sofalah, a la baie dont l'écartement sépare de la terre
des Baleines le cap des Courants, à la ferme une grande île triangulaire, cé
côte saillante des Namakouas la baie lèbre sous le nom de Delta, que les
de Lourenço Marquez : il semble que Grecs lui donnèrent en la comparant à
les ondulations d’un axe commun aient cette lettre de leur alphabet.
simultanément déterminé ces symétri
ues configurations; car les rentrées LACS.
du littoral accusent, par la grandeur
des fleuves qui s'y versent. l'éloigne Des lacs assez nombreux , mais im
ment des reliefs généraux où ils ont parfaitement connus. sont ré andus
leurs sources; et les dernières ex lo sur le sol africain : sans parler e l'im
rations de celles du Garie ont e fec mense mais douteuselagune à laquelle
tivement constaté, en con rmation de est attribué le nom des peuples Ma
cette théorie, qu'il naît au voisinage ravis, qui semble reproduire, comme
de la côte orientale. tant d'autres en Afrique, celui de l’an
tique Méroé; sans compter non plus
VEBSANTS cr nanars GÉNÉRAUX, ce Kalounga Kouffona, qui offrirait
neuves. le singulier phénomène de se déchar
gerà la foisdans les deux océans , nous
C'est ainsi que la disposition et la avons à mentionner, comme les plus
mesure des reliefs généraux, liées par célèbres et les plus considérables, dans
une corrélation nécessaire aux circons l’est le lac de Dembaya ou de Ssanà,
tances hydrographiques, se euvent dé traversé par le Bahhr Azreq, bran
duire conjecturalement' de a longueur che orientale du Nil d’Égypte; dans
des fleuves, et de l'inclinaison de leurs l’ouest le lac Gybâ ou Gyébou. traversé
pentes, révélée par la rapidité de leurs par le Niger ou Nil des Nègres; dans
ondes. L'Afrique, sous ce rapport, of l’intervalle compris entre les Nils, le
fre trois versants principaux, séparés grand lac Tchâd, que l’on croit en gé
deux à deux par de tortueuses démar néral occuper le fond d'un vaste bas
cations, dont le sommet commun est sin intérieur, mais dont les eaux dou
au point où les traditions'ont placé les ces trahissent l'écoulement inconnu :
hypothétiques montagnes de la Lune. on a voulu le rattacher hypothéti ne
Sur le versant oriental, qui s'étend ment, à travers les sables et des c al
depuis Soueys jusqu'au cap des Aiguil nes de lacs, au Bahhr Abyadh ou bran
les, et s'abaisse vers l'océan Indien, che principale du Nil égyptien; mais
coulent les grands fleuves de Maqda il nous semble bien plus probable (d'a
schou, de Mélinde, le Lofih, le Zam rès le témoignage précis que rendent
bâzé, et nombre d'autres, dont le cours es indigènes, d'une communication
est entièrement inconnu, sauf celui continuellement navigable entre le
du Zambézé ou Kouama, le seul, sur Tchâd et le Niger. par le Schâry ou
cette côte, que les Européens aient re Tchâdy) que le Yéou , traversant le
monté. Le versant occidental, qui du Tchâd, en ressort au sud sous le nom
cap des Aiguilles s'étend jusqu'au cap de Schâry (au lieu d’y affluer comme
Spartel, offre, parmi les cours d'eau le dit Denham), pour s’aller jeter dans
les plus considérables, le Gariep ou le Niger, où Lander a vérifié la direc
Orange, la rivière aux Poissons, le tion de son cours. Enfin, dans le nord,
Kouanza, le Zaire ou Kouango, le fa nous avons à mentionner encore la
meux Niger ou Gjalibâ ou Kouârah, la grande Sebkhah-A’oudyah, lac de sel et
HISTOIRE DE L’AFRIQUE. 9
de boue que traverse un sentier ja sins des deux océans, offre, selon toute
lonné par des poteaux, Jadis fameux apparence, vers le point où naissent
chez les Grecs sous le nom delac_ Tri d’une part le Kouâma ou Zambèze,
tonide, et que les Arabes de nos Jours et de l'autre le Kouanza et le Kouan
désignent comme le tombeau muet de go, un grand nœud austral dont I’é
lus d’une armée, de plus d'une nom lévation des terrasses inférieures doit
reuse caravane. faire estimer la hauteur fort considé
rable; les montagnes de Loupata qui
MONTAGNES. n’atteignent guère qu’un maximum
de 2,000 mètres, et celles du Congo
Les culminances montagneuses qui dont l'altitude a été fort exagérée,
serpentent plus ou moins capricieuse semblent former à l’est et à l’ouest
ment sur les lignes de partage de tou des chaînons collatéraux de l'axe cen
tes ces eaux, ne sont connues avec cer tral, dont une des culminances, le
titude qu’au voisina e des cotes, d’ou MouIoundou-Zambi, est évaluée à 5,000
l'œil européen a pu es apercevoir: au mètres. Madagascar, avec ses hautes
nord-ouest l‘Atlas, qui s’élève prés de cimes de plus de 3,500 mètres, étend
Marokjusqu’à 4,000 mètres, projette dans l’est une chaîne isolée parallèle à
ses rameaux , d'une part jusqu'au cap celle de Loupata. Enfin, dans la ré
Noun et dans les Canaries, e l’autre gion australe, une chaîne dirigée est
jusqu’au fond de la grande Syrte , et ouest, et dont quelques pics culmi
s’abaissant par degrés pour se perdre nent peut-êtrejusqu’a 2,500 ou 3,000
dans les sables de Bar ah. La chaîne mètres , semble constituer un prolon
de Koung, dont le nœu principal sem gement de l'arête dorsale, et vient
ble marqué par les sources du Nlger et expirer au sud-ouest , où la montagne
des fleuves de la Sénégambie, et que de la Table élève auprès du Cap un
l'on retrouve aux bords occidentaux sommet aplati qui n’atteint pas 1,200
du Niger inférieur, n’accuse en ces mètres.
points extrêmes que des hauteurs mé
PLAINES ET TERRASSES.
diocres ; la partie mitoyenne est lgno.
ree. De hautes plaines, tantôt fertiles,
De l’autre côté du Ni er se mon tantôt brûlées, s’étendent par étages
trent les ramifications ‘une autre entre les chaînons collatéraux, com‘
chaîne à laquelle appartiennent peut me de vastes terrasses, dont ils figu
être aussi les montagnes des Amboses, rent les parapets; l’éle’vation de ces
et qui se poursuit à l'est pour culmi plaines est quelquefois considérable, et
ner, dans le Mandharah, jusqu’à 2.000 dans les Karrous du sud elle dépasse
ou 2,500 mètres. Peut-être encore une 1,500 mètres. C’est dans ce trait ca
liaison est-elle établie entre ces alpes ractéristique que le docte géographe
centrales et celles qui, sous le. nom de Ritter a puisé l’idée s nthétique sous
montagnes de la Lune, renferment, laquelle il a individua isé le continent
au dire de Ptolémée et des Arabes, africain , supposant un vaste plateau
les sources les plus ‘reculées du grand supérieur dont la périphérie s‘abaisse
Nyl, élevant vers le ciel des cimes en terrasses successives, sillonnées de
neigeuses dont il faut, d’après cette cours d’eau qui conduisent par une
circonstance, estimer l'altitude à plus transition graduelle du plateau aux
de 5,000 mètres, offrant plus loin, basses terres; I’Atlas, la Cyrénaïque,
dans l’Abyssinie, des sommets pres membres détachés de ce grand corps ,
que aussi élevés , et se continuant en reproduisent, sous des échelles pro
un long rameau, sur le littoral de la gressivement rapetissées, les mêmes
mer Rouge , jusqu’aux environs de formes constitutives, et demeurent an
Souéys. nexés à la masse principale par la mer
Le relief dorsal qui trace la dé de sables, à travers laquelle des chaî
marcation commune entre les bas nes d'oases sont aux caravanes voya
10
cases comme autant de ports de ‘re sans eau , sans verdure, couvrant plus
che au milieu de cet océan dont le de 200.000 lieues carrées, depuis la
vent du midi tourmente les flots des vallée du Nil jusqu'à I’Océan occiden
séchés ("); plaine immense, effrayante tal, et depuis l'Atlas jusqu’au Tchâd ,
d’étendue et de nudité, ondulant quel avec une altitude moyenne de 500
quefois en sèches collines, coupée ra mètres.
rement de quelques rangées de rochers,

5 III.
HISTOIRE NATURELLE.
nous MIN snAL. ‘part des caps de la côte occidentale
CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUI. . îont basaltiques; des trachytes, des
La éologie n'a point encore enregis aves , des p‘onces et des scories ont
tré es observations assez nombreuses été observées dans le pays d’Alger : des
pour qu’il soit possible d'indiquer la volcans ignivomes existent même, dit
distribution géognostique des terrains on, dans les montagnes du Cong’o, dans
gui constituent le sol de l'Afrique; cellesde Mozambique, etjusqu'en Abys
ans toutes les chaînes de montagnes sinie; mais la plupart de ces indica
qui ont été visitées, la base granitique tions auraient besoin d’étre vérifiées.
a pu être aperçue, se montrant surtout Quant aux sables du Ssahhrà, sont-ils
à découvert dans celles du Marok, du un transport alluvionnaire, ou le ré
Mandharah, de l’Abyssinie et du Con sultat d’une décomposition spontanée
go, avec les por hyres, la syénite, le de roches préexistantes P C’est une
gneiss, le micasc iste. le schiste argi question sur laquelle les notions acqui
leux, le quartz, le calcaire primitif. ses ne permettent point encore de pro
Les grès abondent à peu près partout, noncer, bien ne la nature friable des
tantôt reposant immédiatement sur les grès du Fezz n paraisse favoriser la
formations granitiques, tantôt sur les seconde hypothèse; mais, d'un autre
formations schisteuses; dans la région côté, le quartz gris blanc qui a formé
australe ils se présentent comme un ces sables si te’nus se retrouve de même
couronnement tabulaire posé horizon au désert en graviers, en galets, en
talement sur le granit qui s'élève au cailloux roulés, et semble témoigner
travers des roches stratifiées. Les cal de l’ancienne action d’un océan que
caires secondaires prédominent dans la les traditions historiques n’ont peut
région moyenne de l'Atlas ; dans le être pas , non plus, complètement
sud, ils se montrent, comme le grès, oublie.
en couronnement horizontal sur les onvcrocNosm. — Quant aux espè
hautes terrasses du Gariep. Le sel, soit ces minérales disséminees, sans parler
en couches, soit dissous dans les eaux ‘des mines de fer, de cuivre, et autres
de quelques lacs , de quelques ruis métaux moins recherchés, qui parais
seaux, se trouve en diverses parties sent nombreuses et abondantes, de
du continent , mais particulièrement riches mines d'or ont rendu certaines
dans celles du nord; la plaine de‘sel régions africaines célèbres parmi les
de I‘Abyssinie est fameuse par son éten éographes orientaux; les pa sdeBan
due. Des basaltes, (les roches trapéen ouq , de Bouré, de Ouanq rah dans
nes sont indiquées dans presque toutes l’ouest, celui de Sofalah dans l'est, sont
les grandes chaînes montagneuses, sur les plus renommés sous ce rapport.
tout dans les rameaux de l’Atlas qui Les Arabes appellent spécialement ces
s'étendent au sud de Tripoli ; la plu ‘deux dernières contrées Beled el-dze
heb ou Beled el-tebr, le pays de l’or ou
(') - Ille (auster) immodicus exsurgit, de la poudre d'or; les Européens eux
are‘nasque quasi maria àg’ens, siccis sævit mémes donnent le nom de Côte d’or
fluctibus. - Mans, 1, vm. à une partie du Ouanqârah, où l’or se
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. Il
montre en grains dans les roches quart rie; et dans la région du Cap elle est
zeuses qui alternent avec le schiste aussi fraîche, aussi douce et moins
argileux sous les couches du grès su variable qu’en notre beau pays de
périeur. Des gemmes précieuses exis France.
tent, dit-on , en abondance dans cer VÉGÉTATION.
tains cantons, tels que les parties
élevées du Congo, et surtout les pays Sous l'influence de températures
ui avoisinent le Nil , où l'on voit les aussi diverses , la végétation, fille du
ameux Gebél el-Zamurra‘d, ou mon sol et du climat, ne peut manquer d’of
ta nes d’émeraudes; lefliamarfl lui frir des aspects pareillement divers;
meme, dont Pline attestait l'antique cependant, malgré les variations de
existence dans la région ui s'étend puissance végétative que déterminent
depuis Thangeh jusqu'à Meroé, a été les différences de latitude. ë’eltitude ou
retrouvé de nos 'ours dans les sables d'exposition, des caractcresaisément
aurifères de Condtantine. saisissables, permettent de distribuer
la flore générale de l’Afrique en trois
CLIMAT. flores spéciales (‘), ayant chacune un
Les deux tropiques enferment dans vaste domaine; et l’Arabie, placée dans
la zone torride la majeure part des des conditions climatériques et cho.
terres africaines; les portions compri rographiques absolument analoglîes,
ses dans les zones tempérées se rédui vient en outre s’annexer au continent
sent à moins d'un quart de la superficie africain , pour être classée dans cette
totale. Cependant la température n’est grande division tripartite.
point aussi généralement brûlante que Les dénominations respectives de
cette distribution climatérique pour septentrionale ,- équz‘noæiale et aus
rait le faire supposer : l’élevation des trale, appliquées aux trois zones phy
terrasses qui se succèdent par étages tographiques ainsi établies, obéissent,
jusqu’à des hauteurs considérables pro il est vrai, aux conditions les plus
cure, jusque sous l’équateur, un air frappantes de l’habitat des types, mais
frais et doux, quelquefois même un sont‘loin de représenter le gisement
froid vif et piquant; mais les plaines de chacune dalles et leur disposition
inférieures et les plages maritimes su relative. Une ligne tirée d'est en ouest,
bissent toute l’ardeur du soleil zénia du Caire à Marok ou aux Canaries,
thal , à laquelle viennent seulement laisse en effet au nord la première de
faire diversion les vents constants et ces trois zones, étendue presque en
les brises réglées. Des pluies diluviales entier sur la Méditerranée , et produi
reviennent chaque année grossir tou sant le chêne , le pin, le cyprès, le
tes les rivières intertropicales, dont myrte , le laurier , l‘arbousier, la
les débordements couvrent et fécondent bruyère arborescente, l’olivier, l’o
les terres riveraines : les crues du Nil ranger, le jujubier, le dattier, le rai
sont fameuses depuis les temps les sin, la figue, la pêche, l'abricot, les
plus reculés. L’époque qui succède im melons, l’orge, le mais, le froment,
médiatement à la saison des pluies est le riz , le tabac, le coton, l’indigo, la
un moment critique, où l’humide cha
leur de l’air occasionne de dangereu (") De précieux échantillons, types de
ses maladies, 'usqu’à ce que les vents ces trois flores distinctes , nous sont offerts
aient assaiui latmosphère. C’est dans par les beaux ouvrages de Destontaines
(Flore atlantica, 2 vol. grand in-4O, Paris ,
le Ssahhrâ et les plaines limitrophes r 798),de Palisse! de Beau vois (Flore d’Oware
que la chaleur est le plus intense : elle t1 de Bénin, 1 vol. in-folio, Paris, 1501.),
s’élève, au Bournou et dans le Hhaou et de Tliunberg (F10M! capensis, vol. in-8°,
sâ , jusqu’à plus de 45" du thermomè Upsal, 1807), auxquels on ne peut se dis
tre octogésimal;-elle atteint même 50° penser de joindre les travaux plus récents
dans les basses terres de Bénin; mais de Robert Brown, de Perrettet, de Ton
elle est fort modérée dans la Barba nlng et Scbumakar, etc.
12
canne à sucre; offrant ainsi de nom mier élaîs, le khaîr, le nété, les ar
breuses analogies avec les côtes oppo bres à beurre, le kola ou gourou , les
sées de l'Europe méridionale. cypéracées, etc., non par divisions
Mais c'est une ligne tirée du sud juxtaposées, mais par succession de
ouest au nord-est , entre le fleuve d'0 plus grande fréquence au milieu de la
range et Maskat, qui détermine la fusion commune. Outre les fruits et les
limite et la direction de la troisième autres produits que le nègre retire de
région phytographique, développée sur ces arbres, tels que le vin et l'huile de
l'océan Indien en une zone prolongée palme , le beurre végétal, etc. , il re
qu'il serait plus exact d'appeler aus cueifle pour sa nourriture le miel, le
tro-orientale, et que caractérise d'une mais, le manioc, les ignames, quelques
manière remarquable l'abondance des légumes, la banane, la goyave, l'o
plantes grasses. On y rencontre en range, le limon, les fruits du papayer,
nombreuses tribus les stapélias, les du tamarin, et nombre d'autres; il
mesembryanthèmes, les aloès (qui ont cultive aussi le coton, l'indigo , le ta
fait la renommée de Socotora), les bac : mais c'est la végétation spontanée
euphorbes, les crassules aux fleurs écar sur laquelle est basée notre réparti
lates; puis les pélargoniers, les protées tion.
au feuillage d'argent , les ixia , les La vallée du Nil, appartenant à la
bruyères; sans parler de la vigne, des fois aux trois zones , conduit de l'une
fruits , des céréales, et autres végétaux à l'autre par un passage insensible; la
que la main de l'homme y cultive pour basse Égypte se lie, par la Cyrénaîque,
ses besoins. Madagascar et les îles voi à la lisière barbaresque; à Thèbes se
sines établissent une sorte de liaison montrent le palmier doum et le bala
entre cette flore et- celle de l'archipel nite; en Nubie paraît le baobab; et dans
indien, offrant en outre quelques plan les mares de l'Abyssinie se retrouve le
tes qui leur sont propres , surtout des souchet papyrier des bords du Kouan
fougères et des orchidées en grande go et de ceux du Scbâry, comme le
quantité. sésame ptérosperme du Bornou ; la
Tout le reste de l'Afrique appartient flore d'Abyssinie tend d'ailleurs à se
à la grande division intermédiaire'dé rapprocher de celles de Mozambique et
signée sous l'appellation d'équinoxia du Cap : les pélargoniers et les protées
le, figurant un triangle immense dont s'y montrent dé'à.
le sommet est au golfe Persique, et Quant àl'Ara ie, elle n'offre qu'une
dont la base onduleuse s'épanouit sur prolongation des zones africaines, de
l'océan Atlantique. Peut-être pourrait puis les gommiers et les balanitesjus
elle être subdivisée en bandes succes qu'aux mesembryanthèmes et aux sta
sives, qui tireraient leurs caractères pélias; le café lui-même, qui fait la
spéciaux de la prédominance de cer renommée de Mokhâ, ne serait , de
tains genres , si des notions moins l'aveu des Arabes, qu'une importation
vagues et moins bornées permettaient de l'Abyssinie.
de déterminer avec quelque assurance
ZOOLOGIE.
leur distribution. Le désert a des buis
sons de gommiers , l'agoul ou herbe La faculté locomotive qui distingue
du pèlerin , quelques po‘acées et pani le règne animal rend plus difficile la
cées, entre autres le kaschya, incom distri ution du sol par régions zoolo
mode au voyageur par les piquants de giques; peut-être cependant une con
son calice, une capparidée , appelée naissance plus étendue des circonstan
souag , et un petit nombre d'autres ces spéciales d'habitat pour certains
plantes chétives et glauques. Le pal genres , ‘certains ordres, certaines
mier doum et le soump ou balanite ca classes même , permettra-t-elle de dé
ractériseraient ensuite la bande la plus . terminer ultérieurement quelques cen
voisine du désert; puis viendraient tour tres de fréquence pour ceux dont l'u
à tour le baobab, les fromagers, le pal biquité est plus restreinte; mais ce
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. 13
n'est point dans l'état incomplet et Sennâr, resté inconnu à Salt, mais
vague des notions actuelles qu'il est retrouvé par Rûppel, est loin d'être
possible de se livrer avec assurance à aux hommes et aux animaux un aussi
cette zoographie dianémétique. Nous redoutableennemi que l'avait proclamé
devons nous borner, quant a présent, Bruce; les mosquites, les abeilles, les
à indiquer, pour l'ensemble du conti scolopendres à la piqûre douloureuse,
nent africain, la physionomie caracté et mille autres insectes divers, méri
ristique que lui procurent les animaux teraient également une mention. Parmi
répandus à sa surface ou le long de les aranéides nous devons citer la ta
ses contours , depuis le polype qui est rentule qui abonde en Barbarie, le
au bas de l'échelle jusqu‘a l'homme tendaraman ou araignée venimeuse de
qui en occupe le sommet. Marok, la mygale à robe veloutée de
INvEn'réBnÉs. - De nombreux zoo la Séné ambie, et l'araignée du Cap ,
hytes végètent autour de l'Afrique : toutes ort dangereuses; le scorpion
e plus remarquable est le corail rouge, est également redoutable, et plus fré
dont les Européens font des pêches quent, ainsi que le galéode qui lui est
réglées ; l'épongc fait l'objet d'un analogue. Enfin , parmi les crustacés,
commerce assez considérable; des co on trouve mentionnés par les voya
rallines, des madrépores, des gorgo geurs des homards, des crabes, des
nes, des alcyons, des polypes de toute langoustes, des chevrettes.
forme abondent sur le littoral, où se POISSONS. —— Passons aux vertébrés.
trouvent aussi quantité d'échinoder Les poissons maritimes qu'on pêche
mes et d'acalèpbes; nous ne devons aux atterrages d‘Afrique sont ceux des
pas oublier, entre les helminthes , le mers qui baignent ces côtes; et quant
ver de Guinée, filaire qui s'insinue sous aux poissons des fleuves, on nen a
la peau de l'homme, et lui cause à la encore étudié qu'un nombre fort res
longue les plus cuisantes douleurs. Les treint : M. Geoffray Saint-Hilaire a
mollusques maritimes appartiennent décrit ceux du Nil, parmi lesquels se
aux mers et non aux côtes : l’Atlanti font remarquer l'énorme bichir, des
que amène sur le littoral des seiches silures et des pime’lodes, dont les ana
que l'on dit colossales; la spirule n'est logues ont été retrouvés au Congo. des
point rare dans les parages du Séné coffres, etc. Les rivières occidentales
gal; le nautile se montre en nombreu ont fourni de curieux acanthopodes,
ses flottes aux environs du cap de des gymnarques, des sciènes, quelques
Bonne-Espérance; la janthine pour poissons qui vivent dans la vase, et
prée 'se faitremarquer le long du rivage eaucoup d'autres encore mal connus.
arbaresque; les doris, les aplysies Les poissons d'eau douce paraissent
abondent dans la mer Rouge. Parmi d'une extrême rareté dans la région
les fluviatiles, M. Caillaud a fait con australe; on n’ a guère signale’ que
naître les éthéries du Nil : les terres le silure à tête piste et la, carpe gono
tres sont presque complètement igno rhynque.
rés. Entre les annelides, nous nous Rennes. —— Les reptiles arais
contenterons de signaler la sangsue du sent fort multipliés, plus toute ois par
Sénégal , que l'on a, dans ces dernièo le nombre des individus que par la
res années, tenté de naturaliser aux variété des espèces. Les plus remar
Antilles et à Cayenne. Le plus vorace quables sont, parmi les lézards, ces
des insectes africains, c'est la saute crocodiles et ces caïmans ou alligators
relle vo ageuse, fléau aussi terrible que qui peuplent les grands fleuves; les
l'incen ie, qui anéantit les récoltes, et monitors ou ouarans du Nil et du
dont les essaims immenses obscurcis Kouango; les iguanes de Guinée ;' les
sent le jour (sans que cette expression cordyles du ap; les geckos immondes
ait aucune exagération métaphorique); du Caire et e Madagascar; les scin
les fourmis et les termites font aussi ques du Fezzan et des régions du haut
de grands ravages; le ssalssalyah du Nil, si prompts à disparaître sous le
14
col ; et ces caméléons dont les diverses l'ancienne Numidie :.le dronte, qu'on
affections sensitives se peignent sur la voyait jadis à l'île de France et dans
peau en couleurs changeantes. On a quelques parties du continent, ne se
observé peu de batraciens, mais parmi rencontre plus, et peut-être a-t-il en
eux ,_ des crapauds énormes et des 38 tièrement disparu du globe. Les échas
lamandres. Les fleuves et les rivières siers offrent des falcinelles, des plu
offrent beaucoup de tortues soit de viers, des vanneaux, des grues, des
mer, soit d'eau douce, et la tortue’ hérons, des ci ognes, entre autres la
terrestre d'Europe est aussi fort ré cigogne à sac e la côte orientale; des
pendue en Barbarie. Entre les serpents ombrettes , des flamants, des spatu
on cite l'énorme boa,,mais à tort, les , l'ibis, oiseau sacré de l'ancienne
les grands serpents d’Afrique parais Égypte, des courlis, des bécasses, des
sant appartenir au genre python; le râles, des poules d’eau. Dans les pal
céraste et d'autres es èces venimeuses mipèdes on trouve le canard et l'oie,
ont surtout été sign és dans la région le pélican , le cormoran, la frégate,
du Cap; des vipères d'une nouvelle es l'anhinga, le fou, le manchot; on voit
Pèce ont été recueillies au Sénégal', l’as de plus, sur les côtes, des goélands ,
pic, et surtout l’uræus en mm, sont des pétrels, des albatros. Mais le plus
fameux dans l'histoire de l'Egypte. remarquable de tous les oiseaux de
OISEAUX. — Trop souvent simples cette partie du monde, c'est l'autru
hôtes passagers , les oiseaux ne four che , compagne habituelle du zèbre ou
nissent point un des traits les plus de la girafe, et qui vit en troupes dans
saillants dans la ph sionomie zoolo le Ssahhrâ; il faut mentionner aussi
gique du sol; cependant , sur environ plusieurs espèces d'outarde, vivant pa
six cent cinquante espèces qui se trou reillement en troupes en compagnie de
vent en Afrique, près de cinq cents lui la gazelle.
appartiennent en propre: c'est un trei MAMMIFËBES. — A mesure que l'on
zième de la totalité des espèces con remonte l'échelle zoologique, des no
nues. Les plus nombreuses sont, dans tions plus précises et plus nombreuses
l'ordre des promeneurs, les passereaux permettent de reconnaître mieux la
si variés, les hochequeues, les gobe— physionomie particulière et tranchée
mouches, les merles, les loriots, les que l'Afrique présente sous ce point
rolliers , les troupiales , les pique c vue. Cette spécialité d'aspect est
bogufs, les calaos, les hirondelles, les surtout remarquable pour les mammi
soui-mangas, les guêpiers, les martins fères; elle possède un quart, à peu
pécheurs , les pies-grièches, les mé près, des espèces connues, et sur cette
anges, les alouettes, le crinon dont quantité un sixième seulement (ou un
le becest accompagné à sa base de vingt-quatrième de la masse totale )
soies l0 ues et rudes. Puis, parmi les étend son habitat sur d'autres ter
oiseaux proie, on compte les vau» res.
tours, les griffons, les percnoptères, Il est vrai de dire , toutefois , que
les aigles, les pygargues, les éperviers, les ordres qui ne s'offrent à l'étude de
les buses, les faucons, les messagers, et l'homme qu'en des rencontres rares et
la plupart des rapaces nocturnes. Lesfortuites, en même temps qu'indiffé
grimpeurs fournissent beaucoup de rentes, ont naturellement moins éveillé
perroquets et de perruches, des tou .son attention. Ainsi, parmi les céta
racos , des couroucous , des coucous, cés proprement dits, les voyageurs
aux riches plumages. Entre les gallina n'ont guère mentionné que les dau
cés on remarque des pigeons variés.tels phins souffleurs et les marsouins, fré
que la tourterelle à collier du Sénégal quents dans les mers d'Afrique. Ils
et de l’Afrique australe, et le pigeon ont remarqué aussi, à l'embouchure
vert d’Abyssinie et de Guinée; ‘des des fleuves, ce curieux lamentin qui,
perdrix, des cailles, des tétras , et la sans doute, fut le type des fabuleuses
pintade qui appartient spéciatementâ syrènes de l'antiquité. Ils ont vu pa
AFLILIUE ANCIENNE.

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flan/ni /: fini/.111 h'r /Î///n h'l‘d‘


HISTOIRE DE L’AFRIQUE. 1s
reillemcnt sur les côtes quelques amv du baudet et de la vache. que Rozet
phibies, du moins le phoque commun n'a pu retrouver. _
et le lion de mer. Quant aux quadrupèdes onguwulés.
Les pachydermes sont répandus en les moins nombreux en Afrique sont
Afrique dans une proportion très-f0!‘ les édentés, parmi lesquels nous n'a’
te, et l'on eut estimer que les deux vous à citer ue l'oryctérope du Cap
cinquièmes es espèces. connues appar ‘et le kouagge 0 ou pangolin à longue
tiennent en propre à ce continent. queue, à écailles mobiles efltranchanæ
Entre les ruminants, le genre antilope tes, qui habite au Sénégal et en Gui:
est particulièrement développe : ses née. Dans les ron eurs on remarque
espèces les. plus remarquables sont le lnsieurs es èces ‘écureuils à riches
canna ou élan du Cap, et le gnou, qui Fourrures, es erboises. du désert ,
existe sous ce même nom en Guinée l'a e-aye de Ma agascar, le rat-taupe
comme dans le Sud; mais il ne faut et e rat-sauteur du Cap, des rats vas
guère s'attendre à y rencontrer la fa riés, entre autres la souris du Caire
buleuse licorne des anciens, que des armée de piquants , le porc-épic à
rapports indigènes persistent néang crête, et quantité de lièvres et de la
moins à signaler encore dans l'ouest pins. Les carnassiers sont répandus en
du Dan-Four, mais ‘ne Cuvier suppo grand nombre sur le continent : le ..
sait avoir été imaginée d'après un pro— l on, la panthère, le léopard, l'once,
fil églyptien de l'oryx recticorne; le le lynx, le caracal, le serval, y sont l'ef
mon on traîne une énorme et pesante froi du voyageur; l'hyène vient en
queue; le bœuf à bosse sert de mon‘ troupes dans les villes pendant la nuit;
ture, de bête de somme et de trait le loup et le chacal abondent; le re
dans toute la Nigritie; le boeuf galla nard a été signalé dans le Nord et dans
porte des cornes immenses; le buffle le Sud ; le chien , hôte dédaigné dans
sauvage. du Cap est remar uable par sa la demeure de l’Arabe, lui, montre en
grosseur et sa férocité; a girafe bas retour peu d'attachement, et il est re
bite depuis l‘Égypte jusqu'au Gariep; devenu tout à fait sauvage au Congo;
le dromadaire ou chameau à une basse le fennec de l'Abyssinie et du Beléd
est, comme on sait, le naviredu de’ el-Géryd, qui semble devoir être rap:
sert. Entre les pachydermes non ru porté au même. genre, est caractérisé
minants, le premier rang est dû à par ses longues oreilles. de lièvre; la
l'éléphant africain , différent de celui civette se rencontre presque. partout,
d’Asie par ses molaires losangées , son et l'ichneumon, jadis adoré en Égyp.
front convexe, sa tête ronde , et ses te, continue son incessante guerre aux
immenses oreilles : on le rencontre reptiles; enfin l'ours, dont, Quvier réa.
depuis la limite du Ssahhrâ jusqu'au voquait en doute l'existence. sur le soi
cap de Bonne-Espérance; le rhinocéros africain , paraît du moins y être ex
à_d_eux cornes a été trouvé en Abys trêmement rare; il faut citer encore.
Slme comme au Cap; l'hippopotame, plusieurs espèces de hérissons, la mu
qui a disparu depuis longtemps des saraigne. et la chrysochlore du Cap à
eaux du Nil , se montre dans tous les robe dorée, le tenrec de Madagascar,
rands fleuves de la région australe; et diverses taupes. Parmi les cheiroptèz
e phacochère à défenses énormes a été res, l'Afrique possède diverses espèces
Vu au cap Vert en même temps que de chauves-souris, dont la plus grosse
dans le Sud, où se rencontre aussi le est la roussette, recherchée à Mada
sanglier à masque, différent du san gascar et à Maurice comme un mets
glier éthiopique du Sénégal. Le zèbre, comparable au faisan et ala perdrix;
et le couagga sont répandus dans les les nyctères et les rhinolophes-méri-=
parties centrales et méridionales; le tent aussi une mention. Quant aux
cheval et l'âne sont élevés principale quadrumanes, l'Afrique possède à elle,
ment dans le Nord; Shaw y avait signa seule plus d'un quart de la totalité des,
lé aussi le kumrah,_- produit hybride espèces. : l'indrl paraît, il est. "31,
16
spécial à Madagascar; mais les gala d'une manière encore plus frappante’;
gos et les makls'à longue queue sont Nulle part, au surplus, cette res
nombreux dans toute la Nigritie. Entre semblance singulière ne pouvait pa
les singes, le genre cynocéphale est raître aussi prodigieuse quen Afrique,
représenté par des espèces variées, car la nature ya réuni, comme une
presque toutes grandes, fortes et mé nouvelle preuve de l'enchaînement inin
chantes; les guenons sont aussi fort terrompu de tous les êtres , à côté de
multipliées : et dans le genre si remar ce singe si voisin de l'homme, l'homme
quable des orangs, c'est l'Afrique qui le plus voisin du singe, ce bushman
ngns offre la plus remarquable des es abruti, ui , d'un autre côté, se lie,
peces , ce curieux chimpansé dont les sur le tu me sol, à travers une série
ras sont moins longs, la taille plus de variétés intermédiaires, à celles ui
haute, l'intelligence moins étroite que sont regardées comme le type le p us
chez l'orang-outang de Bornéo, et parfait de l'espèce humaine.
qui se rapproche ainsi de l'homme

SECONDE SECTION.
DES PEUPLES AFRICAINS.

5 I.
ETHNOLOGIE AFRICAINE.

ltUL'rtPLtcI'rii nns nscns HUMAINES. cha ue type et ne sauraient permuter


de l un à 'autre.
A ces mots d'espèce humaine se On cherchera peut-être longtemps
rattache une grande question débattue encore dans les traditions bibliques des
parmi les adeptes des sciences natu arguments contre la multiplicité origi
relles : celle de savoir si l'homme cons nelle des espèces dans le genre hu
titue à la fois un ordre, un genre et une main; mais en invoquant, contre les‘.
espèce uniques, conservant invaria résultats des études scientifiques , un
bles tous les caractères fondamentaux témoignage présenté comme dogmati
de l'ordre, du genre, de l'espèce, et ne que, on oublie trop que les textes al
laissant percer de diversité que dans légués ne sont produits qu'à travers
ces caractères accessoires et accidentels une interprétation grammaticale qui
de forme et de couleur, que la science n'est point incontestée, et une exégese
considère d'habitude comme les signes lus contestable encore : et d'ailleurs
diacritiques des simples variétés; ou e prophète s'écriant que la peau du
s'il faut l'admettre comme un genre nègre ne peut changer de couleur, pas
subdivisé en plusieurs espèces distin plus que celle de la panthère ne peut
guées entre elles par des caractères cesser d'être mouchetée (‘), n'apporte
tranchés, constants, ineffaçables: en t-il point un argument de même valeur
d'autres termes, si l’Européen, le Mon à l'hypothèse contraire i’ Loin d'ad
gol et le Nègre, qui offrent les trois mettre que la Genèse ait voulu faire
types les plus divergents, peuvent être descendre de l'unique Noé toutes les
ramenés a une souche commune, ou ramifications de la grande famille hu
s'ils ont chacun des caractères spé maine, nous soutiendrions volontiers
ciaux , entre lesquels des croisements la thèse que l'écrivain génésiaque n'a
à divers degrés peuvent, il est vrai, voulu désigner que les trois grands
avoir produit des variétés nombreu
ses, mais qui sont fondamentaux pour (") Jérémie, nu, 23.
AFl'lI',-"E AN"H‘2N N F.

IAl
[.mu tnv .hhuvl

Â/um" fluynrl/r‘ .
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. 17
rameaux de la race blanche, individua variétés, 'les nombreuses espèces de
lisés pour nous dans les trois types Bory de' Saint-Vincent, et celles qu'il
grec égyptien, et syriaque, dont les faut ajouter à son incomplète nomen
trad' ions respectives ont conservé à clature. Sans nous detemr a montrer
tra ers les siècles, comme un témoia comment le zoolo iste anglais, s’éle
gn e indélébile de la véracité de Moi vaut sur les idées e Mac-Leay, établit
5 , es noms de Japet, de Hham et de dans toute section naturelle du règne
hém; mais sans aborder digression animal une subdivision tripartite pré
ellement une uestion aussi vaste, sentant un type, un sous-type. et un
âtons-nous de ire qu’à nos yeux les/ groupe aberrant ou moins développé,
textes bibliques sont fort ,désintéres composé à son tour de trois groupes
sés dans les doutes que soulève celle secondaires dont un principal et deux
de l'unité ou de la multiplicité des subordonnés, nous supposerons de
espèces dans le genre humain. prime abord que l’espèce blanche ou
A ne considérer cette dernière ques caucasique est le t pe fondamental du
tion que sous un ,aspect purement genre humain , l’e pèce jaune ou mon
scientifique, on ne/ tarde point a re-, golique le sous-type, et l'espèce éthio
c'o/maître que la controverse roule en pique le groupe aberrant, formé des
l ajeur‘e partie sur l’acception réelle trois sous-espèces nègre , américaine
des mots espèce, variété; et/l'on peut et malaie, dont la première se lie à
considérer que si, d'un autre côté, les l'espèce blanche par la sous‘espèce amé
partisans de l’unité d’espèce restent en ricaine ou rouge, et à l’espece jaune
deçà des concessions qui semblent in par la’ sous-espèce malaie ou brune.
dispensables, leurs antagonistes vont Poursuivant l’application de la même
sans doute beaucoup au delà en ad méthode, ou peut classer l’espèce blan
mettant autant d’espèces qu’ils ont che en trois variétés qui seraient ainsi
reconnu de types plus ou moins tran échelonnées, savoir : la variété japé
chés, bien que les cadres les plus lar tique ou inde-germanique constituant
ges qu'ils aient tracés ne comprennent le groupe normal, la variété schémi
point en re, ta‘nt s’en faut. tous les tique ou syro-arabe offrant le sous
mesdi .férents que présente l’Afrique. type, et la variéte hhamitique ou phé
mec-égyptienne formant le groupe;
GRANDES DIVISIONS DU GENRE
aberrant, dans lequel il faudrait pro
HUMAIN. hahlement compter comme sous-vas
Nous ne saurions prétendre établir riétés les M essrytes, les Kouschytes et
ici une nouvelle classification du genre les Kananéens, ces derniers servant
humain ; mais il nous importe du de lien avec la variété japétique, et les
moins d‘indiquer en gros quelle place tlfouschy’tes se rapprochant davantage
occupent les t pes africains dans le e la variété schêmitique.
vaste tableau es populations du glo Les races blanches africaénes repré
be. Sans nous restreindre aux trois sentent, autant à raison de leurs gé
variétés de Link et de Cuvier, ou aux néalogies traditionnelles que par la
cinq variétés de Blumenbach, ni même persistance des caractères physiques,
aux deux espèces de Virey, sans débor toutes ces grandes sections de l'espèce
der non plus jusqu’aux “onze espèces blanche, dont la coordination ‘présen
de Desmoulins ou aux quinze espèces tait dès lors ici un intérêt direct et
de Bory de Saint-Vincent, nous pren. immédiat.
drons comme un mezzo termine com L'espèce jaune, sans être compléte
mode les trois divisions principales et ment désintéressée dans l‘ethnologie
deux divisions subordonnées dans la africaine, ne laisse toutefois aperce
coordination desquelles Swainson a voir qu’une liaison éloignée, immémo
concilié les classifications de Cuvier et riale, et dont la trace u‘est pourtant
de Blu‘menbach : dans ces grandes pas entièrement perdue, entre le Cop
coupes viennent se ranger, à titre de te, héritier dégénéré de l’antique peu
2‘ Livraison. (1118!. ne L'ArnIQus.) 2
18
ple d’Égypte , et le Chinois, variété 2° Les races arabes répandues sur
sous-type dans l’espèce mongole , où les côtes orientales jusqu’a Sofalah et
le groupe aberrant paraît formé par Madagascar, dans toute I‘Ëgypte, sur
les sous-variétés hyperboréennes. la lisière boréale le long de la Médi
Quant à l’espèce éthiopique, la sous terranée, sur le littoral atlantique jus
espèce nègre, qui en constitue le type qu'au Sénégal, et étendues à une assez
normal, appartient essentiellement à rande profondeur dans le désert ,
l’Afrique; mais pour coordonner dans dont elles occupent encore les parties
un classement rationnel les variétés austro-orientales.
de celle-ci, il serait indispensable de 3° La race copte, au teint jaune
réunir des notions beaucoup plus éten foncé, au nez court et droit, aux gros
dues et plus précises que nous n’en ses lèvres, au visage bouffi, qui tend
possédons encore sur les populations à s'effacer chaque jour davantage du
susceptibles défigurer dans ce cadre: sol de l’Egypte, et qui semble, ainsi
ce n'est donc qu’à titre d’hypothèse que nous lavons dé'à remarqué, con
aventurée et conjectnrale que nous dé server la trace de lancienne infusion
signerions le Nègre africain propre d’un élément mongol ou chinois.
ment dit comme variété tyoe, le Papou 4" Les races [couse/Lyres, au teint
de I’Océanie comme sous-type, et que nigrescent, au nez presque aquilin , à
nous placerions dans le groupe aber la bouche moyenne, au visage ovale,
rant le Hottentot, le Kafre et l‘Al qui peuplent l’Abyssinie et une partie
l'ourous. Puis, dans la variété nègre du littoral de la mer Rouye sous les
proprement dite, il est impossible de noms de Hhabeschyn, Danâqyl, Scho
méconnaître que des subdivisions sont hou, Ababdeh; la plupart e ces na
commandées air des différences frap tions, sinon toutes, se dénommant
pantes entre es belles races du Nord elles-mêmes aga’zg/dn, ou pasteurs.
et celles qui vers le Sud se rappro Peut-être divers éléments asiatiques et
chent du Hottentot par les formes cor africains s’y sont-ils fondus dans des
porelles; mais les indications éparses proportions diverses; les traces d’une
et incomplètes qui laissent apercevoir infiltration nègre sont aisément sai
ces diversités tranchées ne sul'lisent sissables. et, d’un autre côté, le noyau
point à en esquisser la distribution semble offrir une grande analogie avec
synthétique : la détermination des ty les vastes inférieures de l'inde. Quoi
pes, la recherche des éléments géné qu'il en soit de l’origine indigène ou
rateursdes populations hybrides, sou étrangère de ces peuples, toujours est
lèvent à chaque pas d’inextricables il que l’Afrique seule les possède au
diflicultés. jourd‘hui; quelques rameaux détachés
s'en retrouvent sur la côte de Zan
CLASSIFICATION DES RACES AFRI uebar et parmi les populations ber
GAINES. eres.
5° Celles-ci forment l’un des groupes
Quoi qu’il en soit de ces essais de les plus
elles remar uables
occupenttles du continent,
régions montagneu où
classification , les races africaines qui.
doivent trouver leur place dans ce ta ses du Nord, et les parties centrales
bleau d’ensemble peuvent être énu du Ssahhrâ, depuis I’Egypte jusqu’à
mérées en qros dans l’ordre suivant , l’océan Atlantique et aux Canaries, et
corrélatif à a disposition systématique depuis la Méditerranée jusqu’à Ten
des groupes naturels. eu égard aux Bohtone et Kasynah , peut-être même
affinités les plus marquées : jusqu’au dela du lac Tchäld , sous les
1° Les races européennes , qui ont dénominations diverses de Schelouhh,
formé des colonies disséminées sur Berêber, Qabàyl, Tonârek, Sourqâ et
toute la périphérie et dans les îles, y autres, que leur donnent leurs voisins
compris la race turke, clair-semée dans arabes ou nègres, et sous l’appellation
les pays de la côte septentrionale. générale de Amazygh, c’est-à-dire
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. 19
nobles , ou de zlmazerqt, c'est-à-dire races qui forment cette division eth
libres, qu’ils se donnent eux-mêmes : nographique : ainsi le Ouolof, le plus
réunion d’éléments fort divers , les noir de tous les nègres, est celui dont
uns blancs, d'autres hâlés, la plupart le nez est le moins épaté, les lèvres les
olivâtres, quelques-uns presque noirs; moins grosses; le Moutchicongo, au
un front étroit, une figure ovale, des contraire, dont le teint est beaucoup
traits arrondis, des yeux foncés et moins foncé, a le nez presque plat,
cruels, des cheveux noirs et rudes des lèvres énormes, et la femme pos
semblent, avec le teint olivâtre, carac sède , dans de moindres proportions,
tériser, au milieu de cette aggloméra le tablier et les grosses fesses de la
tion confuse, une souche primordiale, Hottentote; entre ces types extrêmes,
que les traditions désignent comme l’Aschanty, le Manding, I’Arada . l’I
kana’néenne, mais qui, d’une part, b0, le Monjou, le Makoua , offrent
s’est nourrie d’une sève dérobée aux une série de types intermédiaires.
races nègres, et sur laquelle, d'autre 8" Les races hottentotes, à peau
part, sont venus s’entcr de puissants brunâtre comme la suie, au nez entie
rameaux ,japétiques. rement épaté, aux lèvres grosses et
6° Du milieu des races nègres se avancées, aux pommettes saillantes ,
détache une population metive, à cou au visage triangulaire profilant celui
leur tannée ou cnivreuse, au net sail du sin e, habitent l’extrémité sud-ouest
lant, à la bouche moyenne, au visage de l’A rique; chez la femme, un trait
ovale, qui se compte elle-même parmi remarquable est le développement des
les races blanches, et se dit issue de nymphes qui couvre les parties génl
pères arabes unis à des femmes tau tales d’une sorte de tablier naturel,
roudes. Sous les noms de Foulahs, et celui des fesses, dont l‘énorme sail
Fellân s, Fellâtahs, ou plutôt sous lie semble destinée à supporter l’en
celui e Peuls‘, u’ils se donnent eux fant pendant l'allaitement.
mêmes, ces peup es occupent une zone 9° Les races kafres, au teint gris
large et onduleuse depuis les rives du noirâtre ou plombé, au nez arqué,
Sénégal jnsqu’aux montagnes du Man‘ aux grosses lèvres, aux pommettes
dbarah , et peutQétre beaucoup plus saillantes, occupent, au nord est des
loin; leur chevelure crépue et même Hottentots. une vaste portion de l’A
laineuse , quoique longue, justifie leur frigue orientale, ainsi que la pointe
classement parmi les populations ou sa de Madagascar; il semble u’avec
lotriques; mais ni les traits du visage, elles doivent être classes les allas,
ni la couleur de la peau, qui leur a qui, depuis Melinde, se sont avancés
valu de la part des voyageurs la dé jusqu’au cœur de l'Abyssinie.v
nomination de Peuls rouges, ne per 10'’ Enfin la race malaie a répandu
mettent de les confondre avec les quelques colonies sur la plage afri
nègres. quelque intime que soit d'ail caine, puisqn’elle a peuplé les rivages
leurs, sur la lisière commune, la fu orientaux de Madagascar ; d’ingénieux
sion des deux types. rapprochements voudraient même en
7° Les races nègres proprement di signaler des traces jusque dans le cen
tes, à peau noire plus ou moins fon-‘ tre de la Nigritie.
cée, au nez généralement épaté, aux Il est à peine besoin de dire que sur
lèvres grosses et saillantes, au visage la limite mutuelle des cantonnements
court, aux cheveux laineux, sont ré géographiques respectifs, les races ne
pandues sur la majeure partie du sol nous venons d'énumérer se sont p us
africain , depuis le Sénégal et le haut ou moins fondues les unes dans les
Nil jusqu’au delà du tropique austral. autres , et que leurs démarcations pré
Les caractères spécifiques sont diver cises ne sont pas toujours faciles à
sement combinés chez les différentes discerner.

2.
20

5 II.
LINGUISTIQUE AFRICAINE.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES sua Lss Un phénomène qu'il importe de ne
nvmcsnons LINGUISTIQUES. pas perdre de vue dans cette étude
diacritique, c'est que la similitude de
Telle est l'ébauche grossière à la langage n'est souvent que partielle,
quelle nous devons borner, quant à tantôt bornée à des racines communes
présent, nos essais de distribution 01h modiliées et construites suivant des
aographique des races africaines sous analogies et des s 'ntaxes différentes,
le point de vue de leur constitution tantôt restreinte l'unité de syntaxe
physique : l'état incomplet de nos et d'analogie grammaticale a pliquées
connaissances actuelles à cet égard ne à des radicaux divers. L'a nite, en
permet point de tenter une esquisse ce dernier cas, est moins apparente ,
moins imparfaite; mais les données mais plus intime, et l'on peut dire
linguistiques , bien que fort incomplè qu'elle constate, sinon la parenté des
tes aussi, peuvent utilement concou idiomes, du moins celle des popula
rir à une classification méthodique de tions qui les parlent ; dans le premier
ces peuples, au moyen des échantil cas, au contraire, l'affinité est plus
lons de langage recueillis en grand apparente que réelle, et s'applique aux
nombre, et ont les connexités ou les langues bien plutôt u'aux hommes.
différences mutuelles sont plus fa Souvent, en effet, es peuples sont
ciles à saisir; mais il faut se garder forcés d'apprendre des langues étran
d'une erreur trop commune aux lin gères, au gré des réunions ou des
guistes, celle de considérer sans res morcellements politiques qu'ils subis
triction comme ethnographiques les sent; mais, en général, le vocabulaire
rapprochementsoulesdivisionsfondées de la langue maternelle est alors seul
sur de tels indices. On ne doit point changé, et la grammaire native con
oublier que bien souvent un même serve le privilège de façonner à ses
langage est parlé par des races fort di idiotismes les éléments nouveaux qui
verses, et que souvent aussi des ra lui sont imposés.’ L'étude des gram
meaux d'une même souche ont appris maires est donc la meilleure clef dont
«les langues distinctes. Ainsi parmi les la linguistique comparée se puisse ai
Berhers sont cantonnés quel ues pen der pour léclaircissement des origi
plades noires évidemment étérogè nes ethnologiques; malheureusement
nes, et qui n'ont‘ pourtant d'autre cette étude est difficile, souvent même
idiome que le berber, tandis que, d'un impossible faute de matériaux suffi
autre côté, ces mêmes peuplades, rapo sants; et réduits que nous sommes à
prochées des Abyssins par tous leurs de minces et imparfaits vocabulaires,
caractères physiques, en demeurent quelquefois même à de simples indi
complètement séparées par le langa ces, nous ne pouvons aspirer à des
e. Mais il est aisé de concevoir que ‘résultats exempts d'incertitudes.
es dissidences linguistiques entre des
CLASSIFICATION ARTIFICIELLE DES
peuples limitrophes ou mutuellement
enclaves révèlent, dans la plupart des LANGUES AFRICAINES.
cas, une diflérence réelle d'origine, et Quoi qu'il en soit, et sans avoir la
que réciproquement les similitudes de prétention de donner ici, des idiomes
langage entre des peuples séparés par africains, ni un inventaire complet,
de grandes distances, supposent une ni même une liste fort étendue , nous
communauté antérieure , sinon tou les distribuerons en deux catégories :
jours d'origine,au moins d'habitation l'une composée des langues que nous
et de nationalité. appellerions volontiers cohésives, pour
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. 2l
marquer l’espèce de lien qu’elles for de l’Atlas, qpi naguère parlait aussi
lnent entre tous les éléments d'une le berber, ou lié aujourd’ ni pour l’a
même race ou des éléments juxtaposés rabe, et chez lequel on retrouverait
de races diverses; l’autre, des langues eut-être encore, à travers l’arabe et
u'il faudrait, au contraire, appeler e berber, les vestiges d’une grammaire
iacritiques, à raison des séparations antérieure.
qu’elles déterminent entre des éléments Dans un voisinage immédiat, et sur
qui, au moins dans l'état imparfait de une étendue non moirh vaste, divers
nos connaissances ethno raphiques , dialectes, philologiquement rattachés
sont vulgairement consid rés comme à la souche araméenne, réunissent en
homogènes. Il n'est pas besoin d’ajou un seul groupe tous les éléments de
ter qu’un tel classement n'a rien de race sémitique répandus sur le sol afri
sérieux, et qu’il indique sim lement cain, puis à ceux-ci presque tout ce
le point de vue d’utilité actue le sous qui su siste encore de la race copte,
lequel nous envisageons momentané uis encore les seuls restes intacts (le
ment le catalogue général des langues a race kouschyte, et avec ces derniers
africaines. quelques débris étrangers que la jux
taposition ou l’enclavement a ramenés
LANGUES AFRICAINES cousrnémäns à la communauté de langage. Et si
sous UN POINT DE vos COHBSIF. l'on tranche la séparation des deux
L’espèce de fonction cohésive qu‘il dialectes principaux. l’arabe d'une part
est utile de considérer dans les unes avec toutes ses variétés, et, d’autre
est particulièrement frappante dans la part, le g’ez et ses annexes, il faudra
langue berbère ou amazygh , qui réu tenir compte , dans la division arabe ,
nit eu un seul faisceau, ramène à une indépendamment de la fusion des deux
souche unique de nombreux rameaux familles qahhthanyte et ismaylyte , de
dispersés sur une immense étendue: l’immixtion à celles-ci des Coptes, de
ses dialectes sont parlés dans toutes quelques débris des Hébreux pales
les ramifications de l’Atlas, dans toute tins, et d'autres éléments moins dis
la ligne d’oases qui s’étend , derrière tincts: peut-être les Kaldéo-Na bathéens
ces montagnes, depuis El-Ouahh el nous sont-ils révélés par les formes
Bahharyeh confinant à l’Egypte , jus syriaques qu’affectent tant de noms
qu’au Opâdy Dara’h qui s’approche de ropres de la topographie africaine. Il
l Atlantique, et dans toute cette vaste audra reconnaître aussi dans la divi
partie du Ssahhrâ comprise entre Soq sion kouschyte l’intromissiou de quel
nâ et Gen , entre Touât et Bornou; ques rameaux hhomayrytes, que leur
montrant a parenté intime de l’habi peau blanche signale encore sur les
tant de Syouah avec le Schelahh de montagnes de Samen et d’Énarya, et
Marok, même avec l’ancien Guanche’ que l’on a identifiés aventureusement,
des Canaries, et celle du Qahâyly d'Al sur la foi de leur culte, à des juifs de
ger avec le Sourqâ des bords du Ni er; Palestine, ou , d’après le nom de leur
réunissant aussi avec eux des dé ris province, aux Schamyyn ou Syriens
des races blanches du Nord, recon de Damas.
naissables encore à leur tête carrée, En continuant d’envisager les indicj
leurs cheveux blonds et leurs yeux tions linguistiques sous le même point
bleus; et des rameaux égarés de la race de vue d'assimilation ethnologique,
kouschyte, tels que les Erouâghah, en nous rattacherions à la race copte les
core noirs au milieu des blancs, encore peuples qui habitent, au sud du golfe
doux et bons au milieu de peuples fa de Qâbes , les montagnes de Mathmâ
rouches et cruels ; et. d’antres élé thah et de Naouayl, et dont le langa
ments que signalent des différences ge, au rapport d’un voyageur magh
physiques tranchées, mais qu’on ne rebin assez récent, n’est ni berber, ni
sait à quel type ra !porter, tels que le turlt, ni arabe, mais copte.
Beskery aux traits eurtés, Auvergnat De même, la langue peule ou fel
p
fane a fait reconnaître , avant que les la langue Eyo pour une autre partir
caractères physiques l’eussent confir non moins considérable.
mée, l’homogénéité des tribus qui Dans l'est, divers groupes sont for.
habitent, dans l’ouest, le Toro, le Fou més_d'après les analogies et les répul
ta, le Bondou , le Kassou , le Fonta sions respectives des langues nubien
Gjalon, le Sangaran, le Fouladou, le nes , qui classent ensembleles Nubee
Brouko, le Massina, avec les Fella ou Dongolais et les Qenouz ou Bara
tahs dont le puissant empire presse le bras à part des Tibbous de l’ouest et
Bornou par l'ouest et le sud , et en des Ababdehs et Bischaryyn leurs voi'
voie des colonies vers les bords infë— sins à l’orient : ceux-ci réunis à 1cm
rieurs du Niger. tour distinctivement des Schohou, De
Et pareillement le Malai de Mada nâqyl et Adayel, lesquels sont eux
gascar est rattaché par son idiome mémes rapprochés des Gallas et des
aussi bien que par sa physionomie na Sçoumâl.
tive, à la grande famille malaie de La langue bounda ou mogialoua, et
I‘Océanie. la langue bomba , déterminent pareil
lement, entre des populations limi
LANGUES AFRICAINES cousmé‘nläss trophes, une division tranchée en deux
sous un POINT DE vue mAom groupes, dont l’un renferme, avec les
nous. peuples du Congo, une quantité de
nations successivement voisines, dont
.Si nous considérons, au contraire, les plus remarquables sont les Cassan
les idiomes africains sous le rapport ges et les Molouas, tandis que l'autre
des indications diacritiques qui résul s’étend au nord , comprenant les peu
tent de leur examen comparatif, ils ples de Ho, ceux de Sala ou Anzico,
viendront en aide à notre ignorance et les Ninéanav. sujets du Mouéné
pour tracer . à défaut d'autres bases , Émougy. Plus loin, sur la côte orien
a distribution, en diverses races , de tale, on ne connaît encore, parmi les
tant de peuples différents que nous peuples qu'on y a aperçus, aucune
confondons vulgairement sous l'appel consanguinité de langage qui permette
l‘ation commune de nègres, qu'ils soient de les grouper par agglomérations con
noirs de jais comme le Ouolof, oli génères; mais , dans la région austra
vâtres comme le Sçoumaly, ou mar le , les peuplades hottentotes et les
rons comme le Nube; .mais ces langues tribus kafres sont respectivement réu
n’en conservent pas moins simultané nies et distinguées parldeux systèmes
ment un caractère cohésif à l’égard spéciaux de langages.
des fractions éparses qu'elles rallient. Autour des, diverses familles que
Ainsi l'idiome'manding sépare d'entre nous avons indiquées, quelquefois mê
la masse confuse de l'espèce nègre une me dans leur sein , des idiomes dissi
p0 ulation nombreuse et puissante, dents, parqués en quelques cantons iso
qu il réunit en un seul groupe, bien lés , témoignent encore de l‘ancienne
qu'elle constitue, sous les noms de existence de peuples qui se sont fon
Mandings. de Sousous, de Bambar dus ou effacés dans des nations con
ras , de Kong , et autres encore, plu quérantes : tels sont le sérère au mi
sieurs nations politiquement séparées. heu du ouolof, le feloup, le banyon
La langue ouolofe détermine de mé à côté du manding, le kissour à côté
me‘, diacritlqnement et cohésivement du peul , le bourour'n au sein de
à la fois, le groupe des peuples de l’aschanty, et mille autres. Nous ne
Ouâlo', Gjolot, Kayor, Baol, Sin et parlons point du turk,dominateur pré
Saloum. [l en faut dire autant de la caire sur la côte septentrionale, ni des
langue aschanty, pour une rande langues apportées par les colons euro
partie des euples du Ouanqâra , au péens, et qui demeurent confinées avec
tant de la langue aradah pour une au eux dans leurs établissements.
tre grande partie. et autant encore de
HISTOIRE DE L'AFRIQUE I8
icnrrunns AFRICAINES. cien alphabet. relégué aujourd'hui dans
des livres qu'ils ne lisent plus. Les
Les monuments lapidaires épars Abyssins ont gardé leurs vieux caraoa
dans le nord de l'Afrique nous ont tères éthiopiens, moins vieux peut
transmis , outre les alphabets des do étre que ne l'admet l'opinion com
minateurs phéniciens, grecs et ro mune; certaines tribus gallas les leur
mains, le triple alphabet des Égyp ont empruntés en les modifiant à leur
tiens, ingénieusement déchiffré ar guise ("); quelques juifs barbaresques
l'heureux effort de l'érudition mod‘érl gril‘fonnent encore l'écriture chaldaî
ne (‘); ils nous ont aussi révélé un que. Partout ailleurs l'alphabet arabe,
alphabet de caractères inconnus , ac natif chez les uns , importé chez les
colés à des inscriptions puniques , et autres, réservé aux docteurs chez queh
qu'il semble plausible d'attribuer aux ques peuples nègres, tout a fait inconè
peuples berbers (“), bien qu’ils les nu au delà d'une certaine limite, est
aient oubliés pour l'écriture arabe, à peu près le seul employé aujourd'hui
comme ont fait les Coptes de leur an par les Africains indigènes.

5 III.
ÉTAT SOCIAL DES PEUPLES AFRICAINS.
Naissante chez les uns, caduque chez Palestine, mais aussi chez lesHho
les autres, la civilisation est en géné mayrytes chassés d'Arabie par la per
ral médiocre parmi les peuples afri sécutton musulmane; l'islamisme est
cains les plus avancés sous ce rap la religion la plus répandue, mais pro
‘port, et elle est absolument négative fessée sans ferveur, et n’opérant dès
chez les nations qui occupent les der lors qu'un bien faible progrès dans la
mers degrés de l'échelle. mesure déjà si restreinte de son uti
lité sociale, tout en fomentant l'into
RELIGIONS DE L’AFIIQUB. lérance et le fanatisme de ses grossiers
Le principe le plus actif du mouve sectateurs; le sahéisme, qui se trou
ment intellectuel , la croyance reli vait jadis parmi quelques tribus de
gieuse , n'a acquis nulle part ce degré l'Atlas , et qui se retrouverait peut
d'épuration qui seul peut témoigner de être encore dans certains cantons re
l'accomplissement de sa mission civi culés de l‘Abyssinie , compte aussi
lisatrice : le christianisme grossier des quelques adhérents à Mozambique;
Coptes et des Abyssins, celui que le mais c'est surtout le fétichisme le plus
zèle des missionnaires évan é iques grossier qui constitue le culte ou plu
tente d'implanter chez les Ka res, les tôt la multitude de cultes entre les
Hottentots et les Nègres, n'est pour quels se partagent la plupart des
les uns et les autres qu'un culte sans peuples d‘Afrique, et ce rudiment lui
intelligence des préceptes, et par con méme ne s'est ‘point, dit-on , encore
séquent inerte; le judaïsme est tra fait jour à travers la stupide anima
ditionnellement conservé non-seule lité de quelques tribus, ou du moins
ment chez les Hébreux réfugiés de la la sagacité des voyageurs n'a-telle su
découvrir chez ces sauvages l'indice
(') Le nom de Champollion est trop po d'aucune idée religieuse.
pulaire pour que nous ayons besoin de le
rappeler ici. (') Leseul échantillon qu'on possède main
(") M. de Saulcy, membre de l'Institut, tenant en Europe de l'écriture galla, est
a déchiffré la «plus étendue de ces inscrip une lettre du roi d'Enâria à un prince abysr
tions, et nous avons reconnu des formes sin , envoyée par M. Arnaud d'Ahhadieà
berbères dans les noms propres qu'il y a M. Reinaud, de l'Institut, et ubliée dans
lu. le Bulletin de la Société de géographie.
24
Chrétien ou juif, musulman , sa actif, et l'usage naissant d'une écri
béen, ou idolâtre , I’Africain est poly ture importée. Mais cette industrie est
game, sans acception de culte, parce fort médiocre, même dans les Etats
que la nature l'a ainsi voulu en gros les mieux policés, et ne peut guère four
sissant la (proportion des femmes , et nir qu'aux besoins locaux, aussi le
en n’accor ant à celles-ci qu'une courte commerce est-il presque exclusivement
fécondité en regard d'une faculté roli borné à l'exportation des produits na
fique longtemps persistante chez l’ om turels, entre lesquels les plus notables
me : tant il est vrai que les mœurs des sont l'or, l'ivoire, les cuirs, la cire,
peuples ont, au-dessus- de la sphère la gomme. Quant à la zone septen
des volontés individuelles, des causes trionale, l'exemple de l'Europe y a
primordiales auxquelles il leur faut façonné les peuples du littoral à cer
obéir , en dépit des règles qui parais tains arts; et sous la volonté forte de
sent les meilleures à notre prétendue l'homme supérieur qui commande à
sagesse européenne. l’Égypte, legénie européeninstruit l'A
rabe et le Turk et le Copte à enfanter
ËCHBLLB DE LA CIVILISATION AFRI des prodiges : des ports, des flottes,
GAINE. des arsenaux , des hôpitaux , des éco
Dans la carrière ascendante que re les, une administration régulière, et
monte péniblement l'humanité, pour jusqu'à des victoires , l'Égypte les doit
arriver de l'état sauvage à l'état de ci aux enseignements de la France. Et
vilisation perfectionnée dont nous nous la France , en s'asseyant àAlger, ne
proclamons orgueilleusement le type, prometaelle point la civilisation de
il semble qu'arrive’s au but et regar toute la côte barbaresque? Qu'elle
dant en arrière nous voyions descen plante en maîtresse son dra eau sur
gre du netàl'd au sud, depuis lles bords 'Atlas, que ses garnisons ha 'ilement
e la M’duiterranée
australe 'usdlfricaimpcette
contineri‘t n'a a ointe échelonnées soient autant de digues
inébranlables, et le flot indompté dont
longue échelle dont le pied est occiàpé la vaine fureur se briserait contre leur
par le Bosjesman ou Hottentot es immobile résistance, viendra glisser
taillis, que les voyageurs nous repré autour d'elles en ondes amollies.
sentent comme si voisin de la brute.
.Nullé part, cependant, il ne se trouve ORGANISATION POLITIQUE.
‘isolé, et sauf quelques exceptions ré L'organisation politique des Etats
trogrades qu'expliquent des guerres et des nations africaines est naturelle
d'extermination et la plus profonde ment assortie au degré d'avancement
misère, le Hottentot est généralement social u’elle _est ap elée à régir: pa
arrivé à l'état de tribu, et la sociabi triarca 9 chez les trigus nomades, elle
lité est flagrante parmi toutes ces peu passe généralement à la monarchie
plades, puisqu'il existe entre elles un .chez les nations à demeures fixes; il
système uniforme de langage, quelque est cependant quelques peuplades où
étrange que soit d'ailleurs ce langage dominent les formes républicaines. La
par ses gloussements et ses claque royauté élective et temporaire, ou la
ments de langue. Une apathie stu ide présidence si l'on aime mieux ce mot,
est le partage de ces misérables or est décernée dans un congrès en cer
des, dont les plus avancées ont seule tains pays, tels que le Foutah. Une
ment quelques troupeaux. Les Kafres, sorte de féodalité , constituée par l‘hé<
pasteurs , chasseurs et guerriers, ont rédité des grandes charges et des com
sur elles une supériorité marquée. Les mandements provinciaux, existe en
euples nègres , généralement agrico d'autres contrées , telles ne les Etats
es et constitués en nations territo ouolofs, et peut-être chez es Molouas.
riales, s'élèvent graduellement jusqu'à Le despotisme absolu parait, du reste,
une demi-civilisation caractérisée par le régime le plus fréquent , et c'est lui
quelque industrie, hn commerce assez qu'on retrouve chez les nations les
HISTOIRE DE L’AFRIQUE. 25
plus avancées; au point où sont arri souveraine est exercée sous les titres
vées les populations africaines, le pro les plus divers, et l’on a peine à se
grès ne saccomplit d’ordinaire que reconnaître au milieu de toutes ces
sous l'irrésistible impulsion d’une V0! dénominations de konk, inkousi, ki
lonté de fer; plus tard les peuples téva, mani, mouata, mouéné, makoko,
marchent d'eux-mêmes : mais l’Afri mansa , bour, damel , téyn , brak, al
que est bien loin encore de voir poin mamy, salti é, dâ, mây, négous, râs,
dre l’aurore d’un tel jour. L’autorité paschâ, solth n, et bien d'autres.

5 IV.
HISTOIRE DE L’APRIQUE
TRADITIQNS FABULEUSES , HYPO' les auteurs anciens tous les vestiges
TBESES CONJRCTUBALES. des vieilles traditions sur les premiers
âges des terres d‘occident , dociles
Est-il une histoire générale de ces surtout à écouter les enseignements
contrées, et des peuples qui y sont ré écrits sur le sol par les révolutions
pandus? Où la trouver? La faut-il physiques qui l’ont tourmenté, nous
demander à de vagues et menteuses pourrions tenter de reconstruire l’his«
traditions, ou bien à de conjecturales toire de ces temps effacés où l’Espagna
hypothèses? tenait à l’Afrique pendant que la Me’
Les mythes grecs nous parlent d’At diterranée communiquait a l’Océau
las, ce poétique géant des vieux âges,
par une autre route , encore reconnais
qui de ses épaules rocheuses soutenait sable au nord des Pyrénées, dans les
la voûte vers laquelle l’entassement de
Pélion et d’Ossa n'avait offert aux landes et les lagunes de la Gascogne
Titans u’un' insuffisant marchepied; et du Languedoc; la mer Atlantique
il était ls de Neptune et ère de se t alors couvrait le Ssahhrâ, et de ses
Atlantides, dont l'aînée ut mère e
flots directs allait battre les rivages
méridionaux de la péninsule arabique,
Mercure: c’est-ce pas simplement une où Strabon et Diodore lui conservent le
tradition des temps primitifs dont nos nom d’Atlanti/ron pelagos (‘ ), en même
langues prosaïques offriront une ver:
sion fidèle en traduisant u’Atlas avait temps qu'Hérodote affirme son identité
émer é des eaux, qu’il äominait sept avecla mer Érythrée (*’), imbus qu’ils
étaient d’anti nos souvenirs. A cette
îles pus petites formées des culmi époque sans oute I’Afrique donnait
nances de ses rameaux, et'qu’en la
à l’Espagne ses premiers habitants,
principale d'elles prit naissance un ri qu’Hérodote avait entendu appeler
che commerce? Platon a mis dans la
bouche d’un prêtre égyptien de Sais Kynètes, et dont Ptolémée aussi bien
l’histoire d’une grande terre atlantide, que Tacite connurent plus tard la
où Neptune procréa Atlas, et sonju souche africaine, demeurée avec le
même nom au voisinage de la petite
meau Gadiron ou Cadiz , et bien
Syrte; et quand cette dénomination
d'autres enfants, dont "la puissance ont disparu de part et d'autre . Am
s’étendit graduellement jusqu’auprès mien et Corippe nous montrèrent en
de l’Égypte avant qu’un grand cata
clysme vint engloutir leur empire;
c’est une de ces lueurs vacillantes qui (*) 'I-I ‘Euôuïuwv ëo‘riv ....... .. péxpt roi‘:
percent à grand’peine l’épaisse. nuit ‘Aflavnxoû nela'tyouç.
des siècles oublies pour arriver jus s'rnuux. XVI (Comp. Dmnoxl, III. 38).
qu'à nos jours d’orgueilleux scepticis (“') Kali ñ {Etc ovmlétov Güao‘e‘a i) Ïàflav
me , de capricieuse incrédulité. Et ‘ri; xalewttévn , au! à 'Epuflpii , pic: 'ru'fxo'tvet
pourtant, soigneux à. rassembler dans &Üaa.
Hinouç'rl, l, 10:.
26
coi-e des. Cantavriens sur le territoire qui persiste encore, n'a point recueilli
dépendant d’Alger, et des Austures e souvenirs du passé.
vers la Tri litame, comme I'Hispanie Les races australes , pour lesquelles
avait ses antabres et ses Astures non n'a point déjà lui l'aurore de la civi
loin du fleuve Magrsda, homonyme lisation, n'ont à raconter que leur
lui-même du Megerdah tunisien. propre naissance 2 encore est-ce de
D'autres . rêveurs érudits, ou phy leurs tribus les moins sauvages que
siolosistes ingénieux, au lieu de rede Kolbe apprit la tradition de Noh et
mander l'histoire primitive des Afri de sa femme Hingnoh , premier cou
cains à des traditions presque perdues, ple générateur, que Dieu introduisit
ont mieux aimé la chercher dans d'a au monde par un sonpirail; mais elles
ventureuses hypothèses, et leurs con ne savent rien des déplacements terri
jecturales narrations nous montrent toriaux qu'elles ont subis, et la no
dans le nègre l'aîné de la création, menclature géographique du pays que
fils de la terre et du hasard . prenant les Kafres leur ont enlevé vient seule
naissance aux neigeuses montagnes de nous instruire des anciennes limites
la Lune, où trouva plus tard aussi son de la terre des Hottentots.
berceau l’homme qui depuis, descendu Les races centrales, beaucoup plus
dans le Sennâr, engendra I'Égyptien avancées, sont néanmoins trop jeunes
et l'Arabe et l'Atlante : la race nègre, encore pour avoir de vieux souvenirs:
longtemps plus nombreuse, soumit et leur histoire se borne à la mémoire de
domina d'abord la race blanche; mais quelques migrations peu anciennes;
celle-ci , graduellement multipliée, se migrations qui affectent en général un
couant le joug de ses maîtres , et mouvement vers l'ouest ou vers le
d'esclave devenant maîtresse à son sud, comme s'il existait au nord-est
tour, les condamna à porter désormais une puissance impulsive toujours la
des tyranniques fers qu'elle venait de même. Sans parler des prétendus peu
briser; des siècles ont passé, et sa ples Jagas, que Bruce a voulu identi
vieille colère n'est point encore apaisée. fier aux Aga'zyan de l'Abyssinie, nous
voyons à l ouest les peuples du Congo,
mmcss HISTORIQUES sUn L'enter que leurs traditions aussi bien que
nm, LBS mesurons m Les mâ leur langue rattachent aux Molouas
VOLUTIONS POLITIQUES DES rau du nord-est , tandis u'à l'orient, der
PLES atones. rière les Arabes de a côte, incontes
Ne nous arrêtons pas davantage à tablement venus du nord, nous sont
de tels récits, arbitraires imaginations indiqués des peuples maravis, dont
que l'histoire ne saurait adopter : le nom, ainsi que déjà nous l’avons
c'est dans les traditions nationales, annoté, offre la plus intime liaison
dans l'archéologie des langues et des avec celui de l'antique Méroé; et que
monuments, qu’il faut chercher les ce rapprochement Onomastique ne sem
vestiges des origines et des révolutions ble. point une de ces coïncidences for
africaines; et quand l'étude de la gé tui'tes ‘et sans portée, auxquelles un
néalogie des nations est impuissante esprit sage ne peut raisonnablement
à nous révéler leur berceau, force s'arrêter: car à une distance pareille du
nous est de les considérer comme abo oint de départ, mais cette fois dans
rigènes et autochthones, en dépit de a direction de l'ouest, la même coin‘
cette curiosité qui nous entraîne à re cidence se reproduit, sous des formes‘
monter sans cesse l'échelle des siècles que l'orthographe an laise a écrites
pour découvrir le commencement. des Mallowa et Marroa , aciles à rétablir
choses. Il faut bien reconnaître que en Méraoueh; et ici le nom est ne
nul indice subsistant ne rappelle la compagne de traditions , que le sultan
venue en Afrique d'aucun des peuples IvIohhammed-b-Ellah nous a trans
oulotri nes répandus sur la ma'eure mises dans ses annales de Takrour,
partie eœcontinent; et leur en ance, curieuse esquisse historique d'une
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. 21
partie de l'Afrique centrale, où il qui remontent aux siècles les plus re
assure que le Ghouber et le Mêly ont culés. Avant les merveilleuses listes
été peuplés par des Coptes. Ce livre que Manéthon déroula aux yeux des
nous montre également, d'un côté le souverains grecs investis de l'héritage
Bornou recevant par l'est des Berbers de trente et une dynasties antérieures,
expulsés du Yémen, et par le nord-est une chronique plus ancienne, que le
des Touâreq d'Aougélah; et d'un an rétro de Sebennyte comptait parmi
tre côté le Yaoury et le Ya'rbah tirant es sources historiques dont il fit usa
leur population de tribus kana'néen ge, montrait le pays soumis d'abord
nes chassées de l‘Arahie. a la domination des divins Aurites ,
Sans examiner si les Aschantys sont auxquels succédèrent les héros mes
venus de l'Abyssinie, ainsi que le pen tréens, remplacés à leur tour par des
sait Bowdich, toujours est-il qu'ils rois de race égyptienne("). Quels purent
sont arrivés de l’intérieur à la côte, être ces Aurites divins? Les Berbers
comme ont fait aussi leurs voisins les d‘Aou ryah ou de Haouârah les doivent
Daoumans et les Yébous. Enfin , dans ils revendiquer? Les vieux Hhorytes
la Sénégambie , les Mandings se disent de la Genèse, qui régnaient aux mon
issus des Bambarras del’est, les Peuls tagnes de Scha' r, se trouvent-ils ici
des Fellâtahs; et les Ouolofs eux en cause? Ou ien s'agit-il de ces
mémes, moins nouveaux dans leurs éants enfants d'E’na , race proba
demeures actuelles, en ont jadis re lement japétique, éta ie, à une épo
foulé vers l'ouest et le sud les anciens que perdue dans la nuit des âges, sur
possesseurs sérères. Mais à l'opposite le territoire palestin , d'où la vinrent
une race conquérante effectue sa mar expulser les tribus kana‘néennes, et
che du sud au nord , et les farouches qui, chassée encore d'Egypte et de
Gallas viennent ainsi déborder sur Libye, alla peupler la Grèce de ces
l’Abyssinie. Inachides devenus ensuite si fameux
A côté de ces vagues indices des sous le nom de Pélasges? Les ques
migrations des peuples nègres, l'his tions se pressent et se compliquent, les
toire doit enregistrer quelques notions conjectures s'entre-choquent à l'égard
éparses , acéphales et mutilees. des ré de ces premiers temps du premier de
volutions politiques de leurs empires : tous les empires, et l'esprit demeure
il fut chez eux, en effet, quelques en suspens au milieu de ce monde
grandes monarchies , comme celles de d'hypothèses.
Motapa, de Conga , de Gjolof, de Ten Les Mestrécns nous sont moins incon
Boktoue, aujourd'hui écroulées; il en nus : la géographie mosaïque nous les
est encore dont la puissance séculaire représente sous l'appellation de Mess
a persisté. comme celles de Bornou, rym , com ris avec les Kouschytes et
de Ya'rbah, et autres moins connues; les Kana'neens parmi les descendants
enfin il en est aussi de nouvelles, de Hham; et Sanlthoniaton, d'ac
comme Aschanty, que Say-Toutou cord avec ces généalogies , fait naître
Kouam nah a, de nos jours, rendue sur le sol phénicien leur ancêtre Messr,
redouta le même à des troupes euro dont le nom s'est perpétué dans la
péennes , et Haousâ , fondée par O'ts bouche des Arabes. C'est donc l'Asie
man-Dzou-el'Nafadhyah, et portée à qui débordait sur l'Afrique. Un mou
un haut degré de splendeur ar son vement plus ou moins sensible du
fils Mohhammed-b-Ellah, l’ été de nord-est au sud-ouest faisait refluer
Clapperton. ' Messr devant Kousch, et Konsch de:
vant Yeqthan , pousse lui-même par
ORIGINE ET HISTOIRE ANCIENNE DES Ismaël ; mais tandis que les Messr tes
EGYPTIENS. arrivèrent naturellement par l'ist me
Les races africaines du nord ont
seules une histoire suivie, et l’É ypte (*) 'flpâ'yrov pàv 113v ‘A 15v ôéuupav 6è
étale sur ses monuments des astes räv Meatpafœv, 'tpiwv 6‘; ’ itou-lite”.
28
de Souéys, la route des Kouschytes de Gétnles. Parmi ces tribus se vinrent
dut être par le détroit de Mandeb; et fondre et naturaliser de nombreuses
leur cantonnement dans les hautes colonies de Coptes, de Kouschytes ,
vallées du Nil refoula sans doute vers d’Arabes Sabéens, d'Amaleqytes et de
le nord la race égyptienne ‘ou ce te, Palestins , distinguées encore au mi
dont les ruines de Méroé, aussi ien lieu de la fusion commune par leurs
que les récits de Diodore, attestent traditions respectives, qui nous mon
lantique civilisation, descendue plus trent en particulier Ssenhégah , Kctâ
tard et si admirablement développée mah, Lamthah, Haouârah, Massmou
“plus le beau ciel de Thèbes et de Mem dah , Léouâtah , comme issues des
lS.
p Quelle était cette race méroétique Sabéens du Yémen , Zénétah comme
sortie de la lignée de A’maléq, et d'au.
apparaissant alors au sein de I’Égyp tres vulgairement dénommées Gja
te? C’est un problème encore non ré Ioutyah, comme représentant la pos
solu , insoluble peut-être. Et ourtant térité de Goliat.
si, d'une part, les traits p ysiques Tels étaient les éléments qui cons
des rejetons qui ont persisté jusqu'à tituaient, avec les Libyens, les deux
nous sur le sol trahissent en eux des races indiquées par Salluste comme
affinités mongoles, ne peut-on , d'au formant la population primitive de
tre part, soupçonner une souche ber l'Afrique septentrionale, alors que s'y
bère ou syrienne, quand plus tard , à vinrent agréger les débris de larmée
Syouah, colonie de Thèbes, Hérodote d'Hercule, refluant del’lbérie, savoir:
nous signale une population samien d'un côté des Mèdes et des Arméniens,
ne, où nous ne saurions reconnaître dont le mélange avec les Libyens de
des Grecs de Samos, alors surtout qu'il l'ouest donna naissance à la race hy
nous est permis d'y voir des Bel-bers bride des Maures; et d'un autre côté
ou des Syriens de Schâm? des Perses, tige sans doute des Pé
Des invasions de nomades étrangers rorses et des Farousiens de la géogra
et de conquérants éthiopiens avaient phie africaine, et qui, mélés aux Li
déjà interrompu plus d'une fois la suc yens du littoral, s'étendirent à l'est,
cession des monarques indigènes quand sous le nom de Numides, jus u'auprès
les victoires de Cambyse annexèrent de l'endroit où des colons éniciens
l'Égypte à l'empire persan; Alexandre, étaient venus fonder l'opu ente Car
vainqueur des Perses , fut à son tour thage. Quel fut cet Hercule menant à
maître de l'Egypte et de la colonie que sa solde jusqu'au fond de l'occident,
les Grecs avaient fondée à Cyrène. des guerriers de Médie, de Perse et
Dans la répartition de son héritage, d'Arménie? Peut-être le génie de Tyr
I'Egypte échut aux Ptolémées, C rene avec les soldats mercenaires qu'ache
eut encore quelques rois particu iers; tait son or; ou bien peut-être un sou
puis ‘tout fut englouti dans le monde verain fameux de l'Asie occidentale,
romain. conquérant de Tyr, dont Strabon et
ORIGINE ET HISTOIRE ANCIENNE DES
Eusèbe ont répété après Mégasthènes
POPULATIONS ATLANTIQUES.
la venue en Afrique et en Espagne,
Nabou-Kodn-Asar en un mot. ‘
A l'occident s'était répandue, ‘mê Carthage étendit au loin sa puis
lée sans doute de quelques E'naqytes, sance : les tribus de l'Afrique propre
la population kana'néenne que San lui étaient directement soumises; la
khoniaton a individualisée sous le nom Numidie et la Mauritanie lui formaient
d'Atlas; population identique, peut à l'ouest deux royaumes alliés; mais
être, au noyau de celle qui y subsiste la jalouse Rome sut appeler à elle leur
aujourd'hui, que ses propres généalo foi douteuse et s'en faire des auxiliai
ies font descendre de Mâzygh, fils de res contre sa rivale; et lorsque Car
ana'n, et que l'ancienne géographie thage-eut succombé après cent vin t
désignait sous les noms de Mazikes et ans d'une lutte acharnée, Rome t
HISTOIRE DE L’AFRIQUE. 29
subir son despotique rotectorat à ces el-Mandeb, vinrent se réfugier en
deux États , et les ré uisit successive Abyssinie, se répandre au sud le long
ment en rovinces de l’empire. Alors de la côte orientale, ou s'infiltrer à
toute l‘A rique septentrionale fut ro l'ouest vers le Bahhr-Abyadh.
maine, et le christianisme de ces nou Le débordement ismaylyte, rossî
veaux maîtres vint s’enter sur le ju peut-être de quelques convertis u Yé
da'isme des tribus émigrées du Yémen men , mais surtout de ceux de Syrie,
et des Hébreux‘ chassés de la Pales se précipita par l’isthme de Soueys sur
tine, comme celui-ci s'était implanté I'Ëgypte, et roula le flot musulman
au milieu du sabéisme des Kouschytes .l'usqu‘aux extrémités occidentales du
et du tiède paganisme des i'ndi ènes : ittoral barbaresque; mais les tribus de
les églises se multiplièrent, et e titre l’intérieur opposerent une vive résis
épiscopal leur fut décerné à profusion. tance, et le célèbre O’qbah lui-même
Lors du partage del’empire, l’Egypte éprouva de "leur part une défaite; et
et Cyrène échurent à B zance; Rome quand elles eurent été subju uées et
garda le surplus, que ni disputaient converties, de fréquentes r bellions
de perpétuelles révoltes; puis quand montrèrent, dans ces nouveaux frères,
les Vandales repoussés de l‘flispanie des gens impatients du 'oug, indiffé
vinrent chercher des établissements en rents à tous les cultes, c rétiens, juifs,
Afrique, les indigènes se joignirent païens, plutôt ue mahométans. Et
volontiers à eux contre les Romains, pourtant , ébran és par la commotion
qui furent dépossédés sans retour, et musulmane, ils s’élancèrent les pre
contre les Byzantins, qui vinrent re miers sur l’Espa ne, où les Arabes les
cueillir l’héntage de leurs frères. Les suivirent , et is continuèrent avec
Vandales furent vaincus et dispersés eux, sur ce nouveau théâtre, une lutte
sans que l’esprit de révolte des Afri incessante depuis' les haines de Thé
cains pût être dompté; on parvenait req et de Mousày jusqu’aux dernières
bien à réduire quelques districts, mais querelles des Abencerrages et des
la plupart des tribus bravaient le joug, Zégris.
et l'appellation de Barbares, qui leur Mais cet Occident, que la ferveur
était donnée par opposition aux Mau des conquérants islamites avait si ra
res soumis, leur devint bientôt une idement annexé à l’empire des kha
dénomination nationale, qui a persisté yfes, leur fut plus rapidement encore
'usqu’à nos jours dans le nom de Ber enlevé par de successives défections :
rs. Les Goths d’Espagne occupaient, un nouveau khalyfat s’éleva dans l’An
près du détroit des Colonnes, une dalousie pour les Ommyades que l'u
portion de la Tingitane. surpation a’bbasyde déshéritait de l’O
rient; les Medrârytes fondèrent, au
nolmu'nolv MUSULMAN]; EN delà de l’Atlas occidental, l’em ire de
AFBIQUE. Segelmêsah; les Berbers de Barg aouâ
Le grand mouvement islamique pour thah élevèrent un Etat indépendant à
lequel s’ébranlaient, dans les déserts Temsnâ; les Rostamydes établirent
du Hhegiâz, les Arabes de la troisième celui de Teyhert; le pays compris entre
famille (ces hordes mosta’rabes ui ceux-ci et les Barghaouâthah devint le
reconnaissent pour aïeul Ismaël), vint patrimoine des Édrysytes, fondateurs
peser de tout le poids du prosélytisme. de Fés; enfin les Aghlabytes, en se
et des persécutions sur les Hhomay rendant maîtres de toute la région
rites ou Arabes de la seconde famille comprise entre Teyhert et I’Égypte,
(issus de Yeqthan ou Qahhtlian), soit achevèrent de ravir aux sultans de
'uifs, soit chrétiens, soit encore sa Baghdâd le reste de leurs possessions
éens, possesseurs du Yémen et frères d’Occident. L’Égypte elle-même leur
des Arabes déjà établis en Afrique; échappa sous le gouvernement des
ceux qui ne voulurent point subir la Thoulounydes : s’ils la reprirent pour
conversion, s’échappaut par le Bâb quelques années , ce fut pour la perdre
30
encore. et sans retour, alors qu'elle des Fathémytes, leur fut un peu plus
passa aux mains des Ekhsrhédytes. tard enlevée par les Ayoubytes, qui se
' L’héritage des Édrysytes, déjà mor la virent arracher eux-mêmes ensuite
celé par les princes ghomérytes de par les mamlouks qu’ils avaient insti
Sebtbah, fut recueilli en partie par tués, et qui formèrent deux dynasties
les Bény-Aby-el-A’âfyah de Meknês: h, successives désignées par les dénomina
possesseurs passagers de la royale l"ês tions de Bahharytes et de Circassiens,
et souverains persistants d'Agarsyf; le jusqu'à ce que les Turks-Othomans
surplus passa aux Ommyades d’Espa missent fin a leur souveraineté.
gne, ainsi que. Sebthah et une partie Le reste de l’Afrique musulmane
de Segelmésah. Mais là, sur les ruines forma, à la chute des Almohades, trois
des Medrârytes, avaient surgi les Fa États principaux : le plus occidental,
thémytes, sous la puissance croissante qui est celui de Marok , échut aux
desquels croulèrent de proche en pro Méryn tes, auxquels succédèrent les
che les Rostamytes de Teyhert’, et les Bény- uâthâs. rameau détaché de la
Aghlabytes de Qayrouân, maîtres de même dynastie; ceux-ci furent rem
la Sicile. et lesEkhschédytes d‘Égyp placés par des schéryfs Dara‘ouytes,
te; et le Caire s’éleva sur les bords dont le sceptre assa en dernier lieu
du Nil pour devenir leur capitale. Mais aux schéryfs Fill lytes qui le tiennent
pressés de continuer leur marche vers aujourd'hui. Dans un voisinage immé
’Orient, ils abandonnent leurs pre diat, Telemsên redevint un royaume,
mières conquêtes à l’ambition de nou indépendant cette fois, sous les Zy'âny
velles dynasties : les A’bdélouâdytes tes, rejetons des anciens A’bdelouâdy
établissent dans l’ouest le royaume tes; mais sa durée fut peu longue : le
tributaire de Telemsén, les Hhamma fameux corsaire A’rougj , et son frère
dytes dans l'est celui de Bougie, tandis Khayr-el-Dyn Barbe-rousse, qui de
qu'entre les deux les Zéyrytes conser vint grand amiral de la Porte 0tho
vent l’état suzerain d’Aschyr et de mane, jetèrent à Alger les fondements
Qayrouân; puis à l'extrême occident d'une puissance nouvelle; tout le ter
se montrent les Yafrounytes de Salé , ritoire de Telemsén fut bientôt sou
maîtres intermittents de Fës et roili mis à leur pavillon ; Bougie, enlevée à
gateurs des infidèlesdeBarghaou thah; Tunis . vint aussi grossir leur domai
enfin , à côté d'eux , en même temps ne : et le repaire de ces forbans, no
que voisins et rivaux des Zéyrytes d'As minalement tributaire du Grand-Sei
chyr , les Bény-A’thyah, rois de Fês gneur,.fatiguait la chrétienté de ses
et fondateurs de Ouetchdah, qui éten perpétuelles déprédations, lorsque la
dirent leur domination jusqu au Zâb. France, vengeant son injure person
Bientôt apparut l‘associatiou redouta nelle , a délivré l‘Europe de ces auda
ble des Morâhethyn ou Almoravides, cieux pirates et fondé pour elletméme
formée au désert, qu’elle avait envahi une importante colonie.
jusqu’aux États nègres du sud, et qui Enfin. à l’est, le royaume de Tunis,
remontant au nord, absorha tour à étendu jusqu’à l’Égypte, fut le lot des
tour les monarchies des Bény-Aby el Hhafssytes, ni se partagèrent en plu
A’âfyah, des Barghaouâthah, des A’b sieurs branc es , dont l’une garda
délouadytes, des Yafroun tes, des Bé Tunis, et une autre eut Bougie, qui
ny-A’thyah , toute l'Anda ousie, et les lui fut enlevée par la victoire du comte
Baléares, étendant en outre sa suze Pierre de Navarre; puis les Turks
raineté'sur les Zéyrytes de Qayrouân s’emparerent successivement de ‘ce qui
et les Ehammadytes de Bougie. Puis restait aux Hhafssytes, ety établirent
les Mouahhedyn ou Almohades vinrent deux âschâs. l’un à Tunis, l’autre à
renverser les uns et lesautres, et tout Tripoli; ainsi furent constituées. avec
englober dans une seule monarchie Alger, ce que l'on appela depuis lors’
homogène. les Régences barbaresques.
L'EEYP“: alors encore aux mains
‘HISTOIRE DE L’AFRIQUE. 31

TROISIÈME SECTION.
DE L’ÉTUDE DE L’AFRIQUE.
5 I.
EXPLORATIONS m‘ DÉCOUVERTES.
ANCIENNES CIBCUMNAVIGATIONS. non pour aller fonder des colonies sur
les côtes occidentales.
De l’histoire des vicissitudes poli Les Grecs , qui, au temps d‘Homè
tiques passons à celle des découvertes re, ne connaissaient guère que de nom
et des informations géographiques suc« la Libye, terminée brusquement au
cessivement acquises sur l’Afrique par delà des Syrtes par les sources de I’O
les nations policées dont nous avons céan', ne voulaient pas , au temps
recueilli l'héritage littéraire. d'Hérodote, croire à la circumnaviga
Les Hébreux, qui n'avaient vu que tion des Phéniciens, et la même incré
I’Égypte, ne nomment guère dans leurs dulité n’est point encore complètement
livres sacrés qu’elle et ses dé endan vaincue dans l’esprit des savants mo
ces; au delà ils indiquent seu ement , dernes; mais l‘Europe occidentale, à
dans une contiguïté successive, les peine sortie, sans traditions, des té
pays de Kousc/L ou d’Etliiopie, des nèbres séculaires où la civilisation
Lehbym ou Libyens, de Fout, dont grecque et romaine la trouva plongée,
la synonymie paraît devoir être cher a mauvaise grâce à se prévaloir de sa
chée dans la Marinarique (*); plus tard longue enfance pour taxer de menson
ils entendirent le nom de A’oub, dont ge les récits que la vieille Égypte avait
la même contrée nous offre, chez les transmis a la jeune Grèce sur une ex
géographes grecs , une traduction lit édition que le génie de Tyr avait dès
térale dans la dénomination de Pa ongtemps exécutée. Pour un esprit
liouros. sans préjugé, cette navigation autour
Les Kana’néens de Tyr et de Sidon , de l’At'rique est un fait incontestable,
ainsi que leurs frères de Carthage, et le passage de l’équateur demeure
maîtres du commerce de la Méditerra hors de doute, par cette circonstance
née et de la mer Rouge , durent avoir si vraie. mais qu’en sa naïve igno
sur l’Afrique des connaissances beau rance Hérodote accueillait avec incré
coup plus étendues; mais ils ne les di dulité, que le soleil se trouvait à la
vulgaient point aux peuples étrangers: droite des navigateurs. Les Perses,
il n’est resté d’eux que le souvenir mieux instruits que nous du vaste
d'une expédition de circumnavigation commerce et des longs voyages des
accomplie par des marins phéniciens Tyriens, croyaient à l’accomplissement
pour le compte du pharaon Nékoh, et de cette périlleuse expédition : Xercès
6 rapport d’un autre voyage mariti accordait grâce de la vie au coupable
me, entrepris par le carthaginois Han Sataspes, à condition qu’il refît le tour
(') M. Lenormand , de l'Institut, a fait de l'Afrique; et lorsque , après l’avoir
ressortir l'identité du peuple Faut de la Ge tenté par l'occident,'Sataspes revint
nèse avec les Ni-Plzaiat des livres Coptes, sur ses pas conter les fabuleux obsta
où ce nom désigne les Libyens; si cette cles qui avaient arrêté sa navigation
dernière synonymie était rigoureuse. Fout à quelques mois du détroit de Gadès,
serait un double emploi avec Lehbym dans le grand roi n’admit point cette chi
le livre sacré: il faut les considérer comme mérique excuse, et Sataspes fut em
désignant. à l'ouest de l'Êgypte, deux po palé. Possidonius, s’appuyantd’un récit
pulations voisines , mais distinctes. (aujourd’hui perdu) ‘Hérodote,‘én0n
çait qu'une semblable expédition avait Hipparque, Marin de Tyr, Ptolémée
été renouvelée avec un plein succès supposaient l'Afrique contournée à
sous le règne de Darius. Le carthagi l'est parallèlement a l'Asie et ceignant
nois Hannon , dont nous ne connais la mer des Indes comme une autre
sons plus que les premières explora Méditerranée. Mais au lieu de conclure
tions, avait, au dire de Pline, franchi u’ils admissent la réunion complète‘
l‘Océan depuis Gadès jusqu'aux con es deux continents à leurs dernières
fins de l'Arabie, et laissé une relation limites, il faut suivre la trace vérita
écrite de ce Voyage; de même Cœlius ble de leur hypothèse, d'abord sur les
Antipateraflirmaitavoir connu un mar planisphères arabes, puis sur ceux
chand qui, dans une expédition com des cosmographes européens du moyen
inerciale partie d'Espagne, avait atteint a e, Mariiio Sanuto, Andrea Biau
l'Éthiopie; et Héraclide de Pont ra c o, Fra Mauro, qui fournissent les
contait , mais sans preuves , qu'un termes successifs d'une transition gra
mage était venu d'orient, par la même duelle aux résultats des explorations
voie, trouver Gélon à Syracuse. D'un modernes.
autre côté; Eudoxe de Cyzique avait, Mais à ne parler que des périples in
au ra port de Possidonius, trouvé sur contestés, de simples reconnaissances
la cdt orientale et rapporté en Égypte nautiques paraissent avoir été le but
les débris d'un navire gaditain; et des voya es de Scylax, qui décrivit,
Pline dssure que sous Au uste on re conform ment à la première naviga
connut pareillement dans e golfe Ara tion de Hannon, la côte occidentale
bique des vestiges de vaisseaux espa jusqu'à l'île de Kerné, au delà de la
gnols uiavaient éri.Bienplus,Eudoxe quelle la mer est couverte de sargasses
lui«m me, sans tre découragé par un épaisses qui la rendent impraticable;
premier naufrage, serait parvenu, dans d‘Euthyméme, qui parvint sur la mé
une nouvelle navigation. à effectuer me côte jusqu'à un grand fleuve (le
le tour entier de l'Afrique; Possido Sénégal, peut-être), soumis comme
nius, du moins, en était persuadé, et le Nil à des crues périodiques; et de
Cornélius Népos affirmait que, de son Polybe , qui semble n'avoir point dé
propre temps, Eudoxe avait mené à passé , dans son exploration du litto
eureuse fin cette entreprise si long ral, les caps où viennent aboutir les
temps et si opiniâtrément poursuivie grands rameaux de l'Atlas. Quant à
par l'intrépide navigateur. Tous ces Eudoxe, il était parvenu, dans sa pre
rapports ne méritent sans doute point mière expédition , jusqu'à un pays où
une égale confiance, mais ils temoi l'on parlait un langagequ'il avait déjà
gnent hautement des traditions d'a entendu sur la côte orientale, et dont
près lesquelles la pointe australe de il avait recueilli un vocabulaire. Quant
'Afrique avait été doublée ; en vain aux notions que l'on possédait sur ce
suppose-ton les anciens inébranlable littoral d'orient, le périple de la mer
ment convaincus ne le continent se Erythrée s'avance au sud jusqu'à Rhap
terminait au nord e l'équateur : Pline ta , qu'on croit généralement être a
connaît deux zones tempérées, et Lu Qiiiloa moderne, et qui était dès cette
cain, antérieur à Pline, mentionne les époque sous la domination d'un chef
Libyens éloignés qui voient leur ombre arabe de la tribu sabéenne de Mo'af
se îprojeter au sud : il faut donc recon fer; Marin de Tyr indique, au delà de
na tre, à travers les contes du cré Bhapta , la ville et le cap Prasum, que
dule Méla, bien moins une hypothèse l'on fait coïncider avec Mozanbique.
imaginaire, qu'une vague et confuse
notion des périples antiques qui étaient connaissances mas ANCIENS sun
allés doubler au loin ce cap, aujour L'iiv'rsnieun DE L'unique.
d'hui réputé découvert seulement vers
la fin du quinzième siècle. Il est vrai A l'intérieur du continent, les ex
que les géographes mathématiciens, plorations étaient plus difficiles, et les
5..
msromnns L’AFRIQUE. 33
voyages des Grecs ne dépassèrent as bus porta les armes romaines , par
l'oasis d’Ammon (la moderne Syoua ), Cydamus et la route de la Phazame,
colonie de la Thèbes égyptienne; mais jusqu’à’Garama , ou , en d’autres ter
Hérodote apprit des Libyens l’itiné .mes, par Ghadames et la route du
raire des caravanes par Aougélab et Fezzân jusqu’à Germah près de Mor
le Fezzân jusque chez les peuples de zouq , en traversant quelques bourga
l’Atlas. Ils lui racontèrent aussi le des obscures dont on a, surdedouteuses
voyage de cinq jeunes chefs nasamons, homonymies , voulu retrouver les tra
qui, traversant les terres habitées, ces jusque sur les bords du Kouârahl
uis des solitudes infestées de bêtes J ulius Maternus employa quatre mois
e’roces , et continuant leur route vers à se rendre de Leptis à Garama, et de
l’ouest pardes déserts sablonneuxd’une là, vers le midi, au pays d’Agysimba,
longue étendue, arrivèrent chez ‘des où l'on trouve le rhinocéros.*septimius
peu les noirs , habitants d’une ville où Flacons s’avança chez les Éthiopiens
cou ait d’ouest en est un grand fleuve jusqu’à trois mois de route au delà de
rempli de crocodiles. Nous pensons Garama. Ces deux expéditions, e l’on
avec Rennel que ce fleuve n’est autre a voulu rattacher à celle de Bal us, ne
ans le Niger, et nous ne faisons point sont guère connues que par une simple
ifticulté d’admettre que des nomades mention de Ptolémée, et leurs bornes
qui connaissaient toute l'étendue du extrêmes semblent difficiles à déter
Ssahhrâ entre Thèbes d’Égypte et le miner. elques rapprochements pour
voisina e des Colonnes d'Hercule, aient raient ire penser que les Étbiopiens
accompi dès lors une découverte que de Scptimius Flacons sont les Blem
.les Européens n’ont renouvelée qu’à myes de Pline, c’est-à-dire les Tib
la fin du siècle dernier. Ne sommes bous de Bilmah, et Walckenaer estime
nous point encore aujourd’hui fort en que la terre d’Agysimba n’est ‘autre
arrière des anciens à l’égard du Nil? que l’oasis d'Azben, tandis que d'au
Hérodote savait qu'à quatre mois de tres la vont chercher jusqu’en Ab s
route au-dessus d’Eléphantine, ou deux sinie, et même encore bien au olà
mois au-dessus de Meroé , une colonie jusque dans la Zimbaoueh de Motapa!
égyptienne était établie sur les bords A ces ex lorations des voyageurs qui
de ce fleuve , lequel en cet endroit ve allèrent ja onner dans le sud les limi.
nait de l’ouest; dès le temps de Pto tes extrêmes des connaissances géogra
lémée, les sources en sont indiquées phiques des anciens sur l’Afri ne, aux
dans les montagnes de la Lune, dont indications recueillies par les ommes
l’existence est confirmée par les Ara de la science , tels que Strabon et
bes , et sur lesquelles nous avons été Ptolémée, et l’encyclopédiste Pline, et
jusqu’à ce jour inhabiles à nous pro leurs abréviateurs Denys le Périégè
curer de nouvelles lumières. te, Pomponius Méla, Julius Solinus,
Les Romains, qui dans leurs démé il faut joindre deux documents officiels
lés avec Carthage, apprirent d’elle le du plus haut intérêt. L’un est la no
nom d’Afrique , contribuèrent eux-mé tice des grandes routes militaires de
mes par quelques expéditions aux pro‘ l’empire romain, dont la première ré
grès de la géographie africaine, bien daction paraît remonter au tem s de
qu’il faille restreindre de beaucoup la Jules César, mais qui nous a été l guée
portée qu’on attribue trop légèrement dans son état actuel par le dernier âge
et leurs itinéraires. Suétomus Paulmus, de la décadence de Rome (‘). ,L’autre
qui le premier traversa dans l'ouest le est la table ou carte itinéraire qui, de
grand Atlas, arriva en dix étapes jus la bibliothèque de Conrad Peutiuger,
qu’à un fleuve Ger ou Niger, qu’on a, dont elle a conservé le nom, est pas
sur la simple consounance des noms, sée dans celle de l’empereur à Vienne :
voulu identifier au Niger des Soudâns,
au lieu de le reconnaître dans le Gir (”) Cet itinéraire a été compilé vers 375
de Léon et de Marmol. Cornélius Bal. par l'istriote Ethicus.
3' Livraison. (HIST. DE L'AFRIQUE.) 3
84
la date de sa rédaction est l’année éloignées qu’il indique vers le sud sont
même de la mort de Constantin le Aoudcglîâst, qu’on s’accorde , trop lé
Grand (‘); quant à la co ie actuelle, gèrement peut-être, à identifier avec
c’est l’œuvre d’un moine u treizième Agades , Ghânah à dix journées plus
siècle. Les routes détaillées en l’une loin, et qu'on regarde généralement
et l’autre ne dépassent point l’Atlas, comme le Kano des voyageurs moder
mais elles constituent, pour la région nes; puis Koughah, qui semble être
qu’elles sillonnent, le réseau géodési Kouka de Bornou, et plusieurs autres
que le plus complet que nous possé dont il est difficile de déterminer la
dions encore. synonymie.
Un siècle après , Abou-O’bayd-el
CONNAISSANCES GÉOGBAPHIQUES DES Békry, de Cordoue, composa aussi un
ARABES SUR LE CONTINENT AFIN‘ livre des Routes et Royaumes, où les
GAIN. pays les plus reculés d’Afrique sont
décrits d'après le témoignage verbal
Quand l'exaltation-islamique eut mi du faqyh voyageur A’bd-el-Malek. Au
raculeuscment transformé les pillards delà des peuples musulmans, les pre
isma'ylytes en de nobles guerriers, de miers nègres u’on rencontre sont ceux
chevaleresques conquérants , de pas de Ssanghaya , ayant au sud-ouest
sionnés amants des lettres et des Takrour sur les bords du Nil des Sou
sciences, l’établisscment de leur domi dâns, lequel passe aussi à Silây, et
nation dans l’Occident vint redonner tourne au sud à la hauteur de Tyr ày;
une vigueur nouvelle à la civilisation, Békry n’oublie d’ailleurs ni Ghâna ni
qui expirait étouffée dans les nerveuses les autres lieux mentionnés par Ebn
étreintes de la barbarie germanique Hhaouqâl, et il indique , au delà, les
et scandinave. L’intérieur de l’Afrique Remrem anthropopbages.
leur était ouvert par les courses alité. A un autre siècle de distance paraît
rieures de leurs frères yéménytes et le schéryf El-Edrysy, natif de Sebthah
des Berbers devenus leurs alliés : les ( Ceuta des Espagnols) et courtisan
Almoravides y étendirent leur puis de Roger de,Sicile : il ne dissimule
sance, et les auteurs arabes décrivirent pas ses emprunts à Ebn-Hhaouqâl et
dans leurs livres les routes de leurs au Békry, mais il étend plus loin qu’eux
, caravanes, les conquêtes de leurs guer ses indications géo raphiques : il nom
riers, l’histoire de leurs dynasties.Ra me, au delà de hânah, le pays de
rementle moi du voyageur perce dans Ouanqârah entouré par le Nil des Nèç
les récits qui nous en sont arvenus; gras, le Kânem, Zeghaouah du Dâr
ils se bornent à constater ’une ma Four , les montagnes de la Lune avec
nière générale l'extension donnée de les sources du Nil d’Égypte, les côtes
leur temps aux connaissances géogra de Barbarah, de Zeng et de Sofalah;
phiques. puis, dans la mer des Indes , indépen
Precédé par Abou-Ishhaq-’Aly, d’Iss damment de l’ile bien connue de So
takhar, auquel il a beaucoup emprun qothrah, beaucoup d’iles confusément
té , Ebn-Hhaouqâl , de Baghdâd , qui ésignées vers la côte des Zeng, no
écrivit dans la seconde moitié du tamment les grandes îles de Scher
dixième siècle son Livre des routes et bouah et de Qomor, ui semblent tour
des royaumes, parcourut lui-même, à tour répondre à Ma agascar, appelée
dit-on, toutes les possessions musul peut-être aussi par les Arabes du nom
manes en Afrique, aussi bien qu'en de Qanbalou; et dans l’Océan occi
Europe et en Asie. Les villes les plus dental, ou mer Ténébreuse, nombre
d’ilesnon moins difficiles à reconnaî
(") Nous avons déterminé cette date tre, mais parmi lesquelles il en est
d'après des indications précises puisées dans six principales nommées Eternelles
le manuscrit même; et nous en avons fait (Khaledât) , qu'il faut peut-être iden
lesujel d’un me'moirelu à l'Institut en 1839. tifier aux Açores plutôt qu’aux an
HISTOIRE DE L’AFRIQUE. '35
ciennes Fortunées, puisque nous trou expéditions jus u’au delà de SierraLeo
vons bientôt celles-ci représentées en ne , à l’embouc ure du Rio dos Cestos,
même temps ar les {les du Bonheur où ils auraient établi dès lors le comp
(gezâyr-el-Sa’ deh) chez quelques géo toir ou loge du Petit-Dieppe° l'année
graphes arabes postérieurs. suivante ils auraient pousse eurs ex
Ebn-el-Ouârdy, le Qazouyny, Ebn plorations jus u’à la Côte d’Or, et ulté
Sa’yd, écrivirent dans le siècle suivant, rieurement éc elonné leurs comptoirs
et Abou-el-Fedâ au commencement du depuis le cap Vert jusqu’à la Mine, où
quatorzième : ils reproduisirent ou ils auraient bâti une église en 1383.
résumèrent les notions recueillies par Ces faits ont été contestés par une
leurs devanciers , mais n’en ajouté critique rigoureuse (*), aux yeux de la
rent point de nouvelles. quelle des allégations tardives ne peu
Peu après voyagea , pendant trente vent suppléer les preuves positives ou
années consécutives, Ebn-Bathouthah les témoignages contemporains.
de Tangeh, qui le premier a mentionné A défaut des expéditions dieppoises,
cette Ten-Boktoue, devenue si fameuse d’autres faits, mieux établis, contre
depuis par les tentatives d’exploration disent aussi la commune renommée
dont elle a été le but : il s’ rendit en qui a proclamé sans distinction comme
l’année 1358 , en partant (e Segelmê des découvertes toute la série des re
sah et passant par Karssakhoue et la connaissances que les Portugais effec
grande ville de Mély, dont Ten-Bok tuèrent plus tard, le long des côtes
toue n’était alors q u‘une dépendance; africaines, au delà du cap Boyador , et
puis il descendit e Niger vers l’est mémeducap deNoun. Un Catalan nom
Jusqu’à Koukou, et revint par Touât mé Ferrer avait envoyé de Maiorque, en
à Segelmêsah. 1346, une galéace à la rivière d‘Or,
Sans parler d’Ebn-Khaldoun, du Ba figurée au sud du cap Boyador sur un
qouy , ni d’Ebn-Ayâs, qui suivent dans portulan de 1375 qui existe à la Biblio
l’ordre chronologique, nous arrivons thèque royale de Paris, et même sur
à l*‘.I-Hhasan de Grenade , si connu la carte des frères Pizigani, conservée
sous le nom de Jean Lcon , qui visita à Parme et qui date de 1367. Madère,
deux fois Ten-Boktoue, ct nous a laissé Porto Santo, les Canaries , sont éga
une description étendue de l’Afrique , lement tracées en détail sur ces portu
rédigée par lui-même en italien : le lans et sur d’autres plus anciens; dès
cercle des connaissances géographiques le treizième siècle, les Génois avaient
n’y est point agrandi, mais (le nom conduit leurs flottes jusqu'à ces îles.
breux détails y sont ajoutés aux notions Or les navigations portugaises, reven
précédemment recueillies. A Léon il diquées d’ailleurs par les marins génois
faut annexerMarmol, qui souvent n’est qui les conduisaient (**), n’atteignirent
que son copiste , bien qu’il eût voyagé les Canaries que vers 1336, et le cap
lui-même dans plusieurs des contrées de Nana demeura jusqu'en 1415 la li
qu’il a décrites.
(‘).Un ouvrage ad hoc, accompagné de
NAVIGATIONS 1ms PEUPLES Monna fac-slmile de cartes du moyen âge, a été
NES AUTOUR ma L’ArmQUs. publié en 1842 par le vicomte de Santa
rem, sous ce titre : « Recherches sur la
Pendant que les géographes arabes a priorité de la découverte des pays situés
consignaient dans leurs livres les lu « sur la côte occidennde d‘Afrique au delà
n du cap Bojador. :9
mières par eux recueillies sur l’inté (") Depuis 1317, le roi Denis de Portu
rieur du continent africain, les marins gal avait engagé à son service, à titre d’amiral
de l’Europe en côtoyaient les rivages. héréditaire, le génois Emmanuel Pezagno,
A en croire les récits de quelques au avec charge expresse que celui-ci fournirait
teurs normands du dix-septième siè et tiendrait toujours au complet un état
cle, des marchands de Dieppe et de major de vingt ol'liciers génois pour le com
Rouen auraient, dès 1364, envoyé des mandement et la conduite de ses galères.
3.
36
mite des connaissances des pilotes pour la mer Rouge ceux des officiers
espagnols sur cette côte; Joflo Gon de la marine de l'lnde anglaise.
galvez ne fut poussé par la tempête à
orto-Santo qu'en 1418; GiI-Yanez ne DERNIERS voraces n'sxptonniou
double le cap Boyador qu'en 1434; et m un nscouven'rss mus L'us
enfin Antonio Gonçalvez ne parvint a'iinlxun DE L'AFRIQUE.
à la rivière d'Or qu'en 1442.
C'est seulement à partir de ce point Ainsi se trouve déterminée, avec
que commencent les découvertes réel une précision satisfaisante et sauf quel
les des Portugais. Denis Fernandez ques rares lacunes que l'Angleterre et
arriva au Sénégal en 1446 ; Nuno la France se partagent le soin de com
Tristäo, après avoir vu le Rio-Grande, bler, l'immense périphérie où prennent
atteignit en 1447 le fleuve auquel il a leurs points de départ les nombreuses
donné son nom, et où il fut tué; le lignes itinéraires qui convergent vers
vénitien Cadamosto et le énois An l'intérieur du continent; quelque mul
tonio Usodimare visitèrent es îles du tipliées que soient ces lignes , elles
cap Vert en 1455; Pedro de Cintra n'ont pu couvrir l'Afrique d assez nom
s'avança en 1462 jusqu'à la côte de breux sillons pour former un réseau
Guinée, et Jude de Santarem en 1471 continu d'où résultat une connaissance
jusqu'à la côte d'Or, où les nouveaux complète des grands traits géographi
venus bâtirent le fort Saint-George ques de cette partie du monde :des
de la Mine en 1482. Deux ans après , vides fort considérables laissent sans
Jotlo. Affonso d’Aveiro abordait au liaison mutuelle divers cercles distincts
Bénin, et Diogo Cam au Con 0; on d'exploration, et marquent ainsi la
longea ensuite rapidement la c te aus distribution naturelle en divers grou
trale, et Bartolomeu Diaz atteignit en pes, des vo ages de découvertes des
1483 le cube Tormentoso (cap des modernes. ous ne saurionsgirétendre
Tempêtes ) , que le roi Jean de Portu renfermer ici l'inventaire étaillé de
gal aima mieux appeler cap de Bonne ces voyages; il doit nous suffire de
Espérance. Vasco da Gamma fut en récapituler les plus importants et les
vo é en 1497 pour le doubler, toucha plus nouveaux.
à a côte de Natal, visita Mozambi Dans la région du Nil , les magnifi
que, Monbasah, Mélindah. et continua es travaux des Français de l'expé
sa route vers l'Inde; Pedro Alvarez ition d'Égypte, en 1798, ont procuré
Cabral vint en 1500 à Quiloa, Albu sur ce pays des lumières étendues et
‘uer ne en 1503 à Zanzibar, et Pedro précises, auxquelles ajoutent encore,
a N aya en 1506 à Sofalah, où il bâ sous certains rapports, les Egyptiaca
tit un fort, de Hamilton, qui arriva pareil ement
Après ce résumé des remières cir jusqu'à Syène en 1801. Parmi les pré-*
cumnavigations de l’A rique par les cédents voyageurs, Pococke et Nor
Européens, nous ne donnerons point den, qui datent tous deux de 1737, ne
le catalogue des expéditions qui ont peuvent être oubliés, non plus ne
été faites sur ces côtes pour en 0 érer Savary et Volney qui sont entre es
le relèvement nautique; il suflit e si mains de tout le monde. Comme Nor
gnaler, comme ayant procuré à l'hy den, Legh en 1813 et Light en 1814
drographie les documents les meilleurs dépassèrent les frontières égyptiennes
jus u'à Ibrim. Waddington en 1820,
et les plus récents, pour la Méditer
‘Ca alvène et Breuvery en 1830, sont
ranée les travaux de Gauthier, Hell,
Richard, Beechey, Smyth et Bérard; remontés jusqu'à Méragueh. Sous le
our l’océan Atlantique ceux de Bor vêtement arabe et le nom emprunté
a, Baldy, Arlett, Roussin, Demayne, de Scheykh Ibrahym , Burclshardt s'a
Le rédour , Owen, Vidal , Boteler, vança en 1814 jusqu'à Schendy, d'où
Be cher, Bouet; pour la côte orientale il opéra son retour par Souäken; Hos
oeuxd'Owen, Christopher, Jehenne; et kins, en 1833, est pareillement re
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. ' 37
monté jusqu'à Schendy. Rüppell, en térieur se sont concentrés dans le
1825, vint aussi à Méraoueh et Schen bassin du fleuve Kouâma ou Zambê
dy , et alla reconnaître le Kordoufan , zé; ils sont d'ailleurs fort rares, ceux
visité aussi en 1836 par Holroyd , en du moins dont il a été publié des no
1839 par le czeche Pallme, et au delà tices : le plus ancien est celui de Fran
duquel est le Dâr-Four, déjà marqué cisco Baretto, envoyé de Portugal en
sur le planisphère de Fra-Mauro en 1570, avec mission de s'emparer des
1460 , puis complètement oublié , mines d'or que possédaient les indi
signalé de nouveau par Bruce, et visité gènes. Après une première expédition
enfin par Browne en 1193. Cailliaud , peu fructueuse, il fonda le comptoir
en 1820, remonta le cours du fleuve de Séna, et s'avança ensuite jusqu'à
beaucoup plus haut que tous ses devan Chicova à la recherche d'une mine
nciers , et s'avança sur le Bahhr d'argent qu'il ne put découvrir; après
Azreq jusqu'aux pays de Fazoql et de quoi il bâtit le fort de Tété et demeura
Qamâmyl. Linant , prenant une autre Baisible possesseur du pays, où s'éta
direction à El-Khartoum , suivit le lirent successivement plusieurs au
Bahhr-Abyadh ou véritable Nil, à tres comptoirs. En 1796, Pereira se
soixante-dix milles du confluent: nul rendit à la cour du prince Cazembé,
autre encore n'avait entrepris cette sur le Zambézé supérieur, à quarante
voie; mais elle a depuis été explorée, deux journées de marche au delà de
en 1840, 1841 et 1842, jusqu'à une Tété et à trois mois de distance d'An
distance beaucoup plus considérable gola : mesures dont la combinaison
par les ordres du paschâ d'Egypte, exi e un raccourcissement notable de
qui fait poursuivre avec une ténacité la ongueur, qui est habituellement
digne du monarque le plus civilisé , la attribuée sur les cartes à la route de
curieuse et difficile recherche des sour Pereira. En 1798, le colonel la Cetda
ces de ce grand fleuve; et le français artit de Tété pour une exploration à
D'Arnaud en a tracé le cours jusqu'au 'intérieur, et y érit. Enfin, en 1823,
delà de 5n de latitude. La vallée du les officiers ang ais Browne, Forbes
Nil a encore servi de route à Poncet en et Kilpatrik, attachés à l'expédition
1699, pour arriver dans l'Abyssinie hydrographique du capitaine Owen,
où Bruce se rendit en 1768 par la remontèrent le Zambézé jusqu'à Séna,
mer Rouge et Massouah : c'est par et reçurent d'un colon ortugais une
la qu'étaient jadis ‘entrés en ce pays notice sur ce pays. Un ocument plus
les anciens voyageurs européens, no récent est le mémoire statistique du
tamment les missionnaires portugais, pair de Portugal Sebastiaô Xavier 30
tels que Alvarez, Paez, Fernandez, telho, sur les domaines portu ais de
Lobo , qui ont laissé des relations l'Afrique orientale, imprimé Lis
étendues; ce fut aussi par là que s'y bonne en 1835. Ajoutons-y, pour le
introduisirent Sait et Pearce en 1805, pays des Sçoumal, jusqu'alors complé
Salt encore à son second voyage en tement inconnu, les renseignements
1809, puis en 1830 le missionnaire nouvellement recueillis par Antoine
évangélique Gobat, ensuite Rüppell en d'Abbadie. En ce moment même une
1832, et Antoine d'Abbadie en 1842, grande expédition, envoyée par la Com
tandis que l'on voit Combes et Tami pagnie anglaise des Indes orientales
sier en 1835, .\rnaud d’Abbadie,en sous la conduite du capitaine Harris,
1841 , Lefebvre et Petit en 1843, s'a our fra er une route entre Zeyla’ et
vancer par cette route jusque dans le e cap e Bonne-Espérance par le
Schoa, où Dufe'y en 1838, Rochet, Schoa, vient d'abandonner cette ten
Isenberg et Krapf en 1839 , Thomas tative, contrariée par de trop grands
Beke, Harris en 1841, se sont de leur obstacles.
côté rendus par la voie de Ze la‘. Si les relations manquent en ce qui
Dans la region de Mozam ique et concerne la région i vient de nous
des côtes orientales , les voyages à l'in occuper, elles abon ent au contraire
as
pour celle du Cap ou de l’Afrique aus Yanvo, capitale des Molouas, et de
trale; à ne citer que les plus remar l’autre par Missel, ville principale du
quables , nous indi uerons celle de Macoco des anciennes cartes, embras
Kolbe, trop dénigr e sur la foi de sant ainsi dans le rayon des connais
quelques amours- propres froissée ; sances positives les points les plus
celle de Le Vaillant, dont la rédaction éloignés jus u'où se fussent étendues
trop étudiée a fait révoquer en doute les vagues in 'ormations jusqu'alors re
la véracité; celle de John Barrow, qui cueillies. Il est vrai que des doutes ont
a voyagé en 1797 et 1798 dans toute été élevés sur la véracité du voyageur;
la colonie, et au delà chez les Kafres mais les matériaux géographiques qu’il
et les Bosjesmen; celle de Truter et a rassemblés et mis en lumière n’en
SomervilIe, qui, en 1801 et 1802, se sont pas moins à nos yeux une inté
sont avancés jusqu'à Lattakou , capi ressante acquisition.
tale de Betjouânas; celle de Lichten Quant aux contrées intérieures que
stem, laquelle se rapporte à l’année borde la côte de Guinée, les routes
1803; et celles encore des voyages de parcourues par les Européens y sont
Campbell en 1812 et 1820, de Philips en général rares et d’une extrême briè
en 1825, de Burchell en 1811 et 1812, veté : la relation du voyage de Norris
de Thompson en 1821 jusqu'en 1824, en 1772, reproduite par Dalzell, et
de Cowper Rose en 1824 et 1828 , et copiée encore par Mac Léod, ne con
nombre d’autres, dont les plus ré duit que jusqu’à la capitale de Damas
centes sont celle du capitaine Harris , meh; Bowdich en 1817, Dupuis et
offrant le récit de son voyage dans le Hutton en 1820 , n’ont point dépassé
pays des Zoulas, et celle du capitaine la capitale de l’Aschanty, et tout l’in
Alexander, qui a visité en 1836 les‘ térêt de leurs voyages gît dans les in
Damaras. formations qu’ils ont recueillies sur
Les missionnaires portugais du Con. les pays plus reculés. Le missionnaire
go n’ont point ardé le même silence Thomas Freeman n’est pas allé plus
que ceux de la cote orientale sur l’his loin en 1841. C’est seulement dans l’Est
toire de leurs courses apostoliques: que les itinéraires ont acquis une exten
Lopez en 1658, Carli en 1668, Cavazzi sion et une importance très-grande,
de Monte-Cuccolo en 1654 jusqu'en car c'est par là que Clapperton est re
1670, Mérolla de 1682 à 1688, Zuc tourné, en 1827, à Kano et à Sakka
chelli de 1696 à 1704, nous offrent des ton; que Lander est allé , en 1830,
récits détaillés qui ont encore, malgré à Yaoury pour y trouver le Niger et le
leur ancienneté, un intérêt géogra descendre jusqu’à l'embouchure de
phique actuel. Cependant depuis eux Noun, et qu’il est revenu en 18:33 re
sont venus Tucke , qui en 1816 a re monter par cette même embouchure
monteleZaireou ouangojusqu’àune jusqu'au Tchaddah et à Rabbah, en
soixantaine de lieues; Gregorio Men compagnie de Laird et Oldfield , et
dez , qui parcourut en 1785 l’intérieur du lieutenant de vaisseau William
des terres au sud de Benguêla jus Allen qui a fait le relèvement hydro
qu'au cap Negro; et Feo Cardoso, qui graphique de leur route. Plus récem
a donné l’histoire et la description géc ment, une grande expédition anglaise,
nérale des possessions portugaises de sous le commandement du capitaine
cette région d'après les documents of Trotter , avait projeté de remonter
ficiels qu’il avait à sa disposition. Mais plus loin, mais les maladies y ont mis
le voyage le plus remar uable entre obstacle. Nicholls en 1805 , Coulthurst
tous ceux du Congo est ce ui qui a été en 1832, voulaient tenter aussi de re
ublié en 1832 par Douville, et dont monter, par le Kalbar, jusqu'au grand
a ligne itinéraire s’étend de uis Ben fleuve; mais l'un mourut au voisinage
guêla jusqu'à Bomba, capita e du peu de la côte , et l’autre ne put dépasser
le Nineanay et du souverainMouéne Ibo. Becroft en 1840, après avoir cher.
Ëmougy, en passant d'un côté par cbé vainement sa route par le Bio
HISTOIRE DE L’AFRIQUE. B9
Eermoso, a été plus heureux par la 1810; et l'on conte même u’un autre
ranche d’Owère. Français , Paul Imbert, es Sables‘
C’est aussi la recherche du Niger et d’Olonne. avait, dès 1770, visité deux
de Ten-Boktoue qui a produit les iti fois cette ville fameuse.
néraires les plus importants de la Sé Nous avons déjà dit comment Cla
négambie : Brue avait reconnu le perton et Lander étaient allés par l:
Sénégal jusqu’à Galam et Kényou, en côte de Guinée à Kano et Sakkatou ;
1698; Jobson en 1620, Stibbs en 1724 ce n’était pour Clapperton qu’un se
avaient exploré la Gambie jusqu’au cond voyage, car il s’y était déjà rendu
dessus de Barra-Koundah; Compagnon par le Bornou, où il avait quitté Dena
avait arcouru le Bambouc en 1716, am son com a non. Cette voie avait
et Rufiault avait, en 1786, frayé la été préparée e ongue main : Lucas ,
route de‘ Galam ar terre , quand envoyé dès 1788 à Tripoli pour l'en
Houghton, le premier de tant de mar treprendre, ne put s’éloigner de la côte
tyrs envoyés parl’zffrican-Association barbaresque, mais il revint à Londres
à la découverte du Niger, alla périr en avec provision de renseignements ;
1791 dans le Kaarta. Mungo-Park s'é Hornemann, autre voyageur de l’A
lança sur ses traces en 1795, échappa frican-Association, se rendit en 1798
comme par miracle aux mêmes assas au Caire, d’où il partit l’année suivante
sins, et put atteindre ce Niger objet pour aller au Fezzân à travers les oa
de ses vœux, qu’il remonta jusqu’à ses de Syouah et Aougelah : arrivé à
Silla. Il revint dire à ‘l‘Europe sa dé Mourzouq , il y recueillit de nombreu
couverte, et retourna en 1805 en Afri ses informations sur les populations
que pour la com léter: il revoit le du désert et sur les pays de Hhaousâ
Niger, et s’y em ar ue; il arrive à et Bornou, pour lesquels il se mit en
Yaoury, atteint Bous , et périt. Ped route en 1800, et l’on n‘a plus eu de
die et Campbell voulurent tenter en ses nouvelles; Ritchie et Lyon arrivè
1816 la voie du Foutah-Gjalo : la ‘mort rent à leur tour à Tripoli en 1818 : ils
arrêta leurs projets; Gray et Dochard visitèrent le Fezzan, et ajoutèrent de
prirent leur place et ne furent guère nouvelles lumières aux lumières pré
plus heureux. Mollien, en 1818, dé cédemment rassemblées sur les pays
couvrit les sources du Sénégal et de du Sud. Enfin en 1822 l’expédition de
la Gambie, sur une route que déjà Denham, Clapperton et Oudney éné
Watt et Winterbottom avaient parcou tra au delà du Fezzân, traversa e dé
rue sans en apprécier l'intérêt; et en sert, atteignit le Bornou, découvrit le
1822, Laing, parti de Sierra-Leone , grand lac Tchâd , et poussa des recon
alla constater, sansy pouvoir atteindre, naissances divergentes , d’une part
l’emplacement véritable des sources jusqu’au Mandhar‘ah et au Loghoun,
du Niger. Ernest de Beaufort, en 1825, de l’autre dans le Hhaousâ jusqu'à
fut arrêté par la mort avant d'avoir Sakkatou.
dépassé les derniers confins du Bam Le Ssahhra n’a été vu que par les
bouc. Enfin, en 1827, Caillié, revêtu voyageurs qui de la côte barbaresque
du costume musulman , s’avance à se rendaient aux pays des Nègres , et
l’est jusqu'à Timé , 'usqu’alors incon‘ réci roquement, ou bien par quelques
nue, reprend au nor pour aller attein nau ragés; tels que Robert Adams, ne
dre Gény, s’y embarque, descend le nous avons dé'à cité, Brisson, Fol le,
Niger gusqu’à Ten-Boktoue, et tra Saugnier, Ri ey, Cochelet, et cet
versan l’immense désert regagne la Alexandre Scott qui a occupé la saga
côte atlantique à Rabath. cité de Rennel, mais dont la route
Laing aussi avait vu Ten-Boktoue semble avoir été bien autre que ne le
en 1826 , quelque temps avant Caillé, soupçonnait le savant géo raphe.
mais il y était venu par le nord-est; le Il nous reste à parler ,es ex lora
matelot américain Robert Adams y tions géo raphiques des Etats u lit
avait été conduit du nord-ouest en toral mé iterranéen : les relations,
40
nombreuses pour les uns , ‘rares our quelques lignes, à celles qu'ils ont visi
les autres, sont généralement medio tées. Nous n'avons garde d'insérer ici
cres. bien qu'il y ait de notables ex le catalogue de ces explorations for
ceptions. Della Cella en 1817, Beechey tuites. Ayons soin d'ajouter, pourtant.
en 1822, Pacho et Müller en 1825, que l'illustration historique de Malte a
parcoururent la Cyrénaique et Barqah. justement motivé une exception en sa
La Bibliothèque royale de Paris pos faveur, et que de nombreux ouvrages
sède un manuscrit étendu, contenant sont consacrés au récit des prouesses
une Description et histoire de Tri de ses chevaliers; mais. au point de
ly, rédigée en 1685 par un chirurgien vue descriptif, bien qu'on puisse citer
provençal lon temps prisonnier et es quelques relations spéciales, elle a , le
clave du pâsc à; les Lettres que l’on plus souvent, été reléguée sur un plan
désigne habituellement sous le nom de secondaire, à côté de la Sicile, comme
Tully sont à peu près le seul ouvrage dans l'ouvrage de Brydone qui date de
édit spécialement consacré à cette ré 1770, et dans celui de Borch qui est
gence. Pour Alger et Tunis, le voyage venu le compléter en 1776; dans celui
de Shaw. en 1727, est encore, malgré de Houél ublié en 1782; dans celui
sa date ancienne {ce que l’on possede de Blaquieres écrit en 1812; et dans
de mieux sur ces deux États; cepen ceux de l'anglais Smyth en 1815, et de
dant nous avons aussi la relation du l'américain Bigelow en 1830.
major Grenville Temple. qui renferme Dans l'océan occidental, les Aço
d'intéressants détails sur le ays de res , Madère , les Canaries , déjà figu
Tunis, recueillis en 1833 peu ant une rées sur les cartes du quatorzième
excursion rapide, et la carte dressée siècle, ont en leurs explorateurs spé
par le capitaine de vaisseau Falbe , sur ciaux; bornons-nous à citer, pour les
des éléments amassés pendant une Açores, Webster en 1821, et Raid en
longue résidence; et, d’un autre côté, 1835; pour Madère, Bowdich en 1823; .
_ l'occupation française del’Adgérie :1 per pour les Canaries, il y aurait une lon
mis de rassembler‘ les matériaux d'une gue série de relations à énumérer;
description précise et nourrie, dont mais après avoir rappelé celle que Boc
une commission scientifi e est char cace nous a transmise de l'ex ition
gée de diriger la publication. Quant à de 1341, celle des pères Bontier et le
l'empire de Match, nous nous con Verrier, sur la conquête de Bétben
tenterons de citer le voyage du géné court en 1402; les histoires de Nuñez
ral Badia, mieux connu sous le nom de la Peña en 1676, de Glas en 1764,
mauresque d’Ali-Bey, en 1805; celui de Viera en 1772, et de Bory de Saint
du lieutenant Washington, de la ma Vincent en 1803, il nous ‘suffit de si
rine anglaise, en 1829; et les livres gnaler les descriptions de Léopold de
descriptifs de Hœst, de Jackson et de Buch,en 1815, et de Berthelot et Webb
Gräberg de Hemsô , dont le premier en 1835. Quant aux îles du Cap-Vert,
remonte à 1779 et dont le dernier vues dès 1455 par Cadamosto et Uso
porte la date de 1834. dimare, elles ont été visitées en 1639
par le père Alexis de Saint-L0 , et en
EXPLORATION DES [LES AFRICAINES. 1838 par Samuel Brunner. Roberts,
en 1725, avait décrit à la fois les îles
Nous n'avons encore rien dit des du Cap-Vert et les Canaries; et le père
îles. Celles de la Méditerranée, con Antonio Cordeyro a donné, en 1717,
nues de toute antiquité, ont une si une histoire générale des quatre archi
mince importance individuelle u’il se pels atlantiques.
rait difficile d'en trouver de re ations Au fond du golfe de Guinée, Fernam
spéciales; seulement les voya eurs et do Po, Principe, San-Thomé, Anno
les touristes qui y ont touc é dans bom , qui figurent dans tous les Pilotes
leurs courses ou leurs promenades, africains, ont occasionnellement été
ont accordé quelques pages, parfois visitées par beaucoup de ‘voyageurs.
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. 41
Des Marchais, en 1725, leur _a consa sont celles de Gauche qui s'y était
cré quelques pages; l’expedition_ d'0 rendu en 1638, ,de Flacourt qui y ar
wen, qui avait avec elle le capitaine riva en 1648 et y passa sept années,
Boteler et l'aimable aveugleHolman, de Souchu de Rennefort qui y fut
a recueilli, en 1827, les élements de envoyé en 1664, de Drury qui y fit nau
descriptions plus détaillés. ‘ frage en 1702, puis celles de Le Gentil,
L'Ascension et Sainte-Hélene ont de Rochon, d'une foule d'autres , ré
leur place dans tous les routiers de sumées en 1831 par d'Unienville, et,
l'Inde : ce sont comme deux bôtelleries en_ dernier lieu , celle de Leguével
par lesquelles il faut indispensablement qui y a séjourné de 1823 à 1830, et
passer; et cependant,_la route n'a point celle des missionnaires anglais qui s'y
toujours été si certaine , que Jean de étaient établis en 1818 et qui en ont
Nova n'eût trouvé, en 1501 , l'îlot été chassés en 1835.
écarté de la Trinidad , avant de décou Quant aux petites îles qui sont ré
vrir, en 1502, Sainte-Hélène, qui nous pandues autour de cette grande terre
a été décrite avec détail par Brooke insulaire , Bourbon, Maurice , Rodri
en 1806 , mais qui nous est bien mieux gue, les Séchelles, les Comores, con
connue par le fameux Mémorial de tentons-nous de citer les relations de
Napoléon, et par les récits de l'ex é Bernardin de Saint-Pierre en 1768, de
dition qui est allée y chercher nagu re Milbert et de Bory de Saint-Vincent
les restes du grand Empereur. Tristao en 1800, de Grant en 1801, de Billard
da Cunha trouva aussi, en 1506 , l'îlot en 1816, de Frappaz en 1818 , de Le
éloigné qui a gardé son nom , avant de lieur de VilIe-sur-Arce en 1819, de Tho
rencontrer, en 1508 , le rocher de l'As mas en 1828, et de d'Unienville en
cension, dont nous devons au capitaine 1831, dont les unes s'appliquent à quel
Brandretli une notice détaillée, publiée ques points isolés, d'autres à plusieurs
en 1835. îles à la fois, ou même à tout l'en
Dans la mer des Indes, Madagascar, semble de cet archipel inconnexe.
qui nous est connue sous ce nom (*) Il nous reste à dire un mot de Soco
depuis le temps de Marc Polo, a une tora: il doit se borner à signaler ici
telle importance, que les vu ageurs le mémoire descriptif du lieutenant
qui l'ont visitée en ont laisse e nom Wellsted, qui a exploré cette île en
breuses relations; les plus connues 1834. .

5 II.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DU SOL
AFRICAIN.
svsrèmæs ANTÉBIEUBS. l'ensemble en eut été déterminé, au
moins par ses contours; et cette divi
Il ne put être uestion', pour les sion ne présenta d'abord, ainsi qu'il
géographes, d'une ivision méthodique devait naturellement arriver, qu'une
du continent africain, que lorsque simple extension, à ce cadre agrandi,
de la nomenclature précédemment ad
(') Le nom vulgaire de .Madagascar est mise, en attribuant désormais une si
une dérivation évidente de‘ celui de ses gnification plus large , mais avec des
habitants et de la langue qu’ils parlent ; de limites certaines, à la dénomination
cette même racine , Malacasm, sont pro vague jusqu'alors appliquée au limbe
venues les deux formes vulgaires de la dé indéfini de l'Afrique ultérieure. C'est
nomination donnée aux habitants, savoir, ainsi que Marmol , après avoir décrit,
Madecasses et Malgaches. en suivant Léon de Grenade, l'Afrique
42
musulmane, comprend sous le nom de cette division, sauf peut-être quel
commun d'Ethiopie, avec le pays des ques différences de nomenclature, ap«
Nègres connu de Léon, tout le surplus pelant, par exemple, Éthiopie orien
du continent, auparavant ignoré; seu tale ce que les De l’Isle nommaient
lement il distingue la haute et la basse Cafrerie.
Éthiopie, l'une répondant à l'empire Depuis que les explorations mo
d’Abyssinie , l'autre englobant tout le dernes ont rocuré des notions plus
reste. précises et p us nombreuses , les géo«
Graduellement cette immense sur raphes contemporains , Malte-Brun ,
face fut amoindrie, subdivisée , à me itter, Balbi, ont tenté de refondre
sure que l'on se lit une idée plus juste cette nomenclature pour l'ajuster au
de son étendue : Livio Sanuto crut de nouveau point de vue sous lequel il
voir en séparer le pays des Nègres de leur a paru convenable de considérer
Léon, en joignant même à celui-ci la l'Afrique dans son ensemble: et nous
région maritime jusqu'au cap de Lope avons à exposer, à notre tour, nos pro
Gonçalvez , et partager toute l'Afrique pres idées à cet égard. Sans répudier
en deux moitiés par une ligne tirée absolument certaines dénominations
d’Alexandrie d'Égypte à la mer de générales dès longtemps en usage,
Guinée, de manière a compter, dans la comme celle de Nigritie pour desi
remière, la Barbarie, la Numidie et la. gner vaguement tous les pays afria
.ibye de Léon, avec la Nigritie jus cains autres que ceux où dominent les
qu'au ca de Lope Gonçalvez ; et dans races blanches, celle de Cafrerie pour
la secon e, l’Egypte et les deux Éthio indiquer, sans plus de prétention à
pies: en tout, sept régions, qu'on re l'exactitude , ceux où étaient réputées
trouve les mêmes , quoique différem habiter des populations cafres; notre
ment rangées, dans la volumineuse dessein est de proposer un système
description de l'Afrique de Dap ici‘. de fractionnement qui réponde le mieux
Les Sanson , à leur tour, éta lirent possible à une étude raisonnée de cha
une première grande division de l’A cune des parties jusqu'ici explorées.
frique en deux moitiés, différant un Dans létat incom let de nos con
peu de celle de Sanuto, en ce qu'ils naissances sur l'A rique , ce n'est
réunissaient l’Egypte à la première, guère ni à la constitution physique du
qu’ils appelèrent du nom général de sol, ni au classement ethnologique ou
Libye; tandis que la seconde, com linguistique des habitants, ni aux cir
mençant à la Nubie, recevait le nom conscriptions politiques des empires,
général d'Éthiopie: puis l'une et l'au et moins encore à leur histoire, que
tre étaient symétriquement partagées l'on eut demander les bases d'une
en six régions chacune; en sorte que distri ution géographique de ce con
la Libye renfermait l'Ég pte, la Bar tinent; c'est plutôt à notre ignorance
barie, la Bilédulgérid, e Sahara, la même de certaines de ses parties qu’il
Nigritie et la Guinée; et n'en trou nous paraît nécessaire d'accommoder
vait, dans l’Ethiopie, la Nu ie, l'Abys une division provisoire en régions fac
sinie, le Zan uebar, le Congo, le M0 tices, déterminées par un cercle de
nomota a et es Cafres. notions acquises; et le tableau que
Clau e et Guillaume De l'Isle, au nous avons esquissé des explorations
lieu de ces douze régions, n’en com tè et des découvertes accomplies jus u'à
rent que six, savoir: l’Egypte, l’Et io ce jour, offre naturellement lui-m me
pie proprement dite comprenant la ce cadre que nous cherchons.
Nubie et l'Abyssinie, la Barbarie, la
Nigritie, la Guinée englobant le Congo, microns au son m: L'ÉQUATBUB.
et a Cafrerie renfermant a la fois l'ex
trémité méridionale et toute la côte Sous ce point de vue, ily a lieu
orientale du continent. D’Anville ne de considérer d'abord qu'une lacune
parait point s'être écarté en général, énorme sépare pour nous l'Afrique a:
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. 43
deux moitiés, au moyen d’une large sion tort rationnelle en laissant à l'est
. zone de terres inconnues entre le golfe la longue vallée du Nil , avec ses dé
de Biafra et la côte de Maqadoschou; endances; au sud les contrées que
puis, u’une seconde lacunelsépare en es indigènes appellent Taltrour et les
core v a moitié trans-équatoriale en Arabes Beléd-eldoudàn, ou pa s des
deux portions , au moyen d’une autre nègres; au nord les États barbares
large zone de terres inconnues entre ques, auxquels il s'annexe lui-même
la baie aux Baleines et celle de Lou pour former avec eux la grande région
renço Marquez. Le nom d’Afrique aus que les Arabes appellent Maghreb.Cette
trale ou de région du Cap appartient dénomination , qui sur nos indications
naturellement à celle de ces portions et nos conseils , a été introduite par
qui re ar'de le sud, et qui comprend, Balbi dans la Géographie vulgaire, a
outre a colonie européenne du Cap et our les musulmans un sens relatif à
ses dépendances, le pays des Hotten ’ensemble de l’empire islamique : tout
.tots et celui des Kafres. ce qui n’est point compris en celui-ci,
L’autre portion , presque entière soit parmi les Beydhân ou blancs,
ment renfermée entre l’équateur et le soit parmi les Soudan ou noirs , est
tropique du Capricorne, est composée Kafr nu mécréant ( et c’est cette épi
de deux régions , sur lesquelles les lu thète, si souvent lancée contre nous
mières ont respectivement été recueil mémes, que l’usage a consacrée ex
lies, pour l’une dans l’ouest , pour clusivement chez nous à dénommer la
l’autre dans l’est , sans que l'on sache race austro-orientale que nous enten
avec précision où ni comment elles se dions appeler ainsi par les Arabes de
rejoignent sur une limite commune. Sofalah ). Quant au pays des Mosle7
Cette circonstance oblige de classer myn ou fidèles, il a deux parts, le
dans la première , avec les ays de Maghreb ou occident, habitation des
Congo, dLAngôla et de Ben ué a, tous Maghrebyn ou Maures, c’est-à-dire
les cantons et les peuples in épendants Occidentaux, et le Schar ou orient,
qui se trouvent au delà de ces posses comprenant l’Égylpte, ha ité par les
sions portugaises, jusqu'aux Bihens Scharqyyn ou Sarrasins, c’est-à-dire
et aux Movanguêlas du sud-est, aux Orientaux.
Cassanges de l’est, aux Molouas et aux Le Maghreb se subdivise géogra
Ninéanay du nord-est ,« bien que le phiquement, pour les Arabes ( nos
pays de ces derniers soit évidemment maîtres sans contredit sous le rapport
une dépendance physique du bassin de des connaissances qu'ils possèdent sur
la mer des Indes; nous appellerons l’Afrique musulmane), en Ssah/zrd ou
cette agglomération de territoires con désert , en Beled el-Geryd, ou région
tigus, région du Congo. des dattiers, et en Tell ou hautes ter.
La seconde portion consiste princi res, dénomination appellative que rem
palement dans le bassin du Kouâma place quelquefois celle de Ardh el4Ber
ou Zambêzé,' avec les établissements er, c’est-à-dire la terre des Berbers
portugais dont le chef-lieu est à M0 ou la Barbarie. Cette longue zone est
zambique; et le surplus des notions partagée à son tour , sous le rapport
acquises sur le reste de la côte orien géographique , en Afrégqyalt , répon
tale est si peu de chose, qu’il y a toute ant à en près aux r gences de Tri
convenance de l’y réunir comme une poli et e Tunis; en Maghreb Aousath
annexe, pour former du tout la région ou occident mitoyen, représenté par
de Mozambique. _ ce que l’on appelle maintenant Algé
rie; et en Maghreb Aqssày ou occi
microns AU NOM) DE L’ÉQUATEUR. dent éloigné, qui correspond à l’em
pire de Marok.
Quant à l’Afri ue septentrionale, La région du Nil (ou le Nz'lland,
le grand trait qui a caractérise, l’i_m comme les Allemands ont eu l’heureuse
mense désert , nous indique une divi idée de l’appeler), restée à l’est du
44
Maghreb , comprend successivement , des Palmes jusqu'au fond de la baie
en remontant, 'Égypte, les deux Nu de Biafra; mais ici encore, où l'usage
bies; puis‘d'une part l'Abyssinie avec le conserve pour le littoral , nous lui
Adel ou Zeyla' et Hharrar, et de l'au préférons, pour l'intérieur des terres,
tre le pays inconnu u’arrose le Nil ce nom indigène de Ouanqârah , qui
blanc, et qui paraît ha ité en majeure s'étend précisément au nord jusqu'aux
partie , sur un long espace, par les nè limites du Takrour; sur la côte il of
g'res Schillouks, Ijusqu'aux hautes val fre dans une contiguité successive les
lées u'on appe le Donga; il y faut trois États d'Aschanty, de Daoumeh
rattac er le Kordoufân, que sa posi et de Beny.
tion géographique aussi bien que ses Enlin notre distribution géographi
relations politiques lient à la Nubie; que du sol africain se trouve complétée
et même le Bar-Four, qui appartient par l'adoption de ce nom de Talsrour,
peut-être physiquement au bassin du qui embrasse tous les pays entre la
Nil , et que les Européens n'ont d'ail Sénégambie et le Dâr-Four; nous le
leurs encore abordé que par la voie préférons à celui de Beléd el-Souddn
de l'Égypte. (vulgairement écourté en celui de Sou
Quant à la zone qui s'étend au sud dän) , par le motif que cette appella
du Ssahhrâ, depuis l'océan Atlantique tion , qui se rapporte aux peuples
jusqu'au Dâr-Four, l'extrémité occi nègres , s'applique avec une médiocre
dentale, caractérisée par lesdeux grands justesse à une région où domine par
fleuves du Sénégal et de la Gambie, e nombre comme par la puissance la
en a tiré le nom de Sénégambie, qui, race Penle qui est rouge, et qui se
borné d'abord , dans son application, compte elle-même parmi les blancs. La
aux bassins de ces deux rivieres, s'est région de Takrour se partage assez na—
successivement étendu vers le sud à turellement en trois grandes sections :
mesure que des notions étaient ac à l'est le Bormm et ses annexes, au
quises de proche en proche sur les centre le Hhaousâ, à l'ouest ce qu'a
contrées voisines le long du littoral, vec le sultan Mohhammed-b-Ellah
tandis qu'une grande lacune subsistait nous appellerons d'un seul mot Mel- ,
au delà. Pour nous , dépassant encore redonnant ainsi uneapplication actue le
les limites qui s’arrêtaient vis-à-vis de a une dénomination employée dès long
l'île Scherbrou, nous les porterons jus temps par les voyageurs et les géogra
qu'au cap des Palmes, où l’Union amé phes arabes, mais qui demeurait inu
ricaine a établi une nouvelle colonie, tile , ainsi que celle de Ouanqârah, faute
sœur de Liberia, qui prospère au cap d'indices suffisants pour les placer.
Mesurado, et que tant d’analogies doi
vent faire comprendre dans une même lLES AFRICAINES.
division avec la Free-town des Anglais
de' Sierra - Leone , inséparable elle Voilà pour le continent; restent les
méme de Saint-Mary sur la Gambie, îles. Celles que l'Afrique peut reven
dont elle est le chef-lieu hiérarchique. diquer dans la Méditerranée sont une
Nous effaçons ainsi de cette côte le annexe naturelle des Etats barbares
nom de Guinée, que nous avons déjà ques; dans l'océan Atlantique, les Ca
laissé en oubli pour la région du Con naries , dont on ne peut séparer Ma
go , où les routines géographiques la dère ni les Açores , sont évidemment
gardaient seules encore , bien que l'u un appendice de l'Atlas; les îles du
sage eût dès longtemps admis à sa cap Vert sont à leur tour un appen
place ce nom de Congo avec une ac dice de la Sénégambie : celles du golfe
ception plus large que celle qu'il eut de Guinée un appendice du Ouan â
dans l'origine. ,_ , - rah oriental; et dans la mer des la es
La dénomination de Guinée reste Madagascar se rattache à la région de
rait donc uniquement aux côtes qui Mozambique, aussi bien que Socotora,
s'étendent sur le golfe, depuis lecap prolongement insulaire de la grande
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. 45
presqu'île des Sçoumâl. Mais ces tincte toute la zone maritime où sont
iaisons respectives ne sont point tel disséminées les îles africaines, sauf à
lement étroites, qu'il ne convienne la subdiviser en archipels au gré des
peut-être mieux, ainsi que l'ont pensé affinités relatives qui déterminent la
la plupart de nos devanciers, de consi distribution de toutes ces îles en di
dérer comme une seule région dis vers groupes séparés.

5 III.
PLAN GÉNÉRAL DE L'OUVRAGE.
Nous venons de montrer sous ses tandis que certaines régions se recom
divers aspects ce grand tout/qui a nom mandent à la .fois par les traits de
Afrique .- nous avons dit ses caractères leur physionomie locale et par les sou
extérieurs et sa constitution intime, venirs de leur passé, il en est dont le
et sa parure d'êtres animés; puis con rôle est pour nous sans intérêt, dans
sidérant l'homme à qui la possession le temps aussi bien que dans l'espace.
en est dévolue, nous avons recherché De là une variété nécessaire dans la
sa race, étudié son langage, ses mœurs, forme sous la uelle se déroule le ta
ses habitudes sociales, scruté ses ori bleau successi de ces régions diver
gines, parcouru ses annales; et du ses, et dans l'étendue des pages que
sujet lui-même passant à ses rapports nous devons leur consacrer.
avec notre propre étude, nous nous Nous avons à nous préoccuper aussi
sommes demandé compte des explora de l'ordre dans lequel il convient de
tions qui nous l'ont révélé, et de la les ranger, our obéir à la double
corrélation qu'il est nécessaire d'éta condition de eurs affinités mutuelles
blir entre les notions acquises et le et de la séparation inévitable des vo
théâtre sur lequel elles sont recueil lumes où elles ont leur place. Emprun
lies. Tel est le cycle ne nous avons tant ici le commode artifice des clas
essayé de former des ragmeiits é ars sifications dichotomiques, nous avons
que nul encore n'avait réunisuâue que d'abord considéré lAfrique comme
mince que soit leur valeur isol e, elle offrant à notre étude, d'une part un
se grossit en raison de la ‘place qu'ils continent, de l'autre des îles; et nous
occupent dans le tableau 'ensemble. avons accordé un volume à ces der
Cette méthode, descriptive et nar nières. Puis, dans le continent afri
rative tour à tour, que nous venons cain, une distinction nous a paru facile
d'appliquer à l'Afrique entière, nous autant que naturelle entre les contrées
avons a l'employer maintenant pour où commande la race blanche et celles
chacune des parties de ce grand tout: où dominent les populations nègres;
mais les éléments tantôt historiques , et nous avons réservé un volume à la
tantôt géographiques dont nous ou Nigritîe. Il nous restait à partager
vons disposer, ont l'étendue et 'im cette autre portion , féconde pour la
portance la plus diverse. De vastes géographie et pour l'histoire, où se
régions explorées par de nombreux trouvaient concentrées toutes les con
voyageurs nous présentent un sol, des naissances que l'antiquité a eues de
productions, des habitants, à la des l'Afrique, et l'antiquité elle-même nous
cription des uels sont consacrés, dans a ici indiqué ce partage. Si les moder
nos biblioth ques, une multitude de nes, en effet, com rennent l'Egypte
volumes, mais elles ne peuvent nous dans le continent 'Afrique, il nen
offrir une seule ligne d'histoire; d'au fut pas de même des anciens, non plus
tres points au contraire, stériles pour que des Arabes : pour les uns et pour
la géographie , nous fournissent de co les autres l'Égypte appartenait à l'O
pieuses annales; et, d'un autre côté , rient, l'Afrique à l'occident; nous
48
avons fait comme aux , en consacrant en nous conduisant jusqu’à l’invasion
une division spéciale à I’Egy te, et à des Arabes.
l’Éthiopie qui occupe avec el a le bas
sin du Nil; et cette division a exigé surs nannanssquss.
deux volumes, l’un rempli tout entier
des faits de l’Égypte antique , l’autre La conquête musulmane imprime
réunissant 21 la fois l’Egypte moderne un nouvel aspect à l’Afrique, et ouvre
et les contrées ultérieures du haut Nil, ainsi l’bistoire moderne de cettegrande
Enfin, il nous reste à aborder l’Afri région, qui ne tarde pas à être mor
que des anciens, Maghreb des Arabes; celée en plusieurs Etats, sous diverses
Régences barbaresques des modernes, d nasties, dont il faut 130m‘ à tour ex
et nous lui consacrons aussi deux volu Eiorer les annales : àcôté des Aghla
mes . un pour les temps anciens, l’au V ytes de Qayrouân rè nent les Bos
tre pour l’état moderne. tamsytes de Teyhert , 'es Médrar tes
Ainsi , la Barbarie , l’Ég pte, la de agelmêsah,les Édrysytes de 65,
Nigritie, les Iles , tel est l’or re géné les Barghouâthes de Temsnâ, et d’au
ral de cette Histoire et Description tres dynasties encore à Sebthah, à
de l’Afrique , en tête de laquelle avait Nokour, au désert; puis surgissent les
sa place naturelle le tableau d’ensemr Fahémytes, sur les ruines de plu
ble que nous aehevons d’esquisser. sieurs de ces princi autés; mais ils
sont bientôt remplac s eux-mêmes par
les Zeyrytes d’Aschyr et les Hham
AFRIQUB moraux]. madytes de Bougie, les Abdelouâd tes
de Telemsén, et a côté , les B ny
Après un coup d’œll général sur la ‘Athyah, les Yafrounytes et les Bény
région que les anciens connaissaient Aby-el-A’âfyah, qui se disputent Fés;
sous le nom d’Afrique, et que nous ap puis s’élèvent les Almoravides , qui
elons vulgairement aujourd’hui Barn engloutissent la plupart de cesdynas
arie, vient l’histoire de la Cyrénai ties, et sont engloutis à leur tour,
que qui en occupe les parties les plus avec les Zeyr tes et les Hhammady
orientales : colonie grecque sur le sol tes, dans la omination des Almohha
libyen , tour à tour royaume des Bat. des, dont le grand empire ne dure
tiades, république turbulente, con-v
uère plus d’un siècle: les Hhafssytes
quête des Ptolémées d’Êgy te , et eviennent les maîtres de Tunis et de
enfin province obscure dans ‘empire toute la contrée qui s’étend depuis
de home et dans celui de Constanti l’Egypte jusqu’aux portes d’Alger; les ‘
nople, en même temps que dans l’église Zyanytes restaurent le royaume de
chrétienne d’Alexandrie. A la suite des Telemsén , et dans l’ouest, les Méry
fastes de Cyrène viennent se placer les nytes succèdent aux Almohhades, les
annales de Carthage, depuis sa nais Bény-Ouathâs aux Mérynytes; puis
sance jusqu’à la conquête des Ro aux Bény-Ouathâs des schéryfs Da
mains : r cit dramatique de la lutte ra’ouytes , remplacés enfin par les
acharnée où snccomba. l‘opulente ri schéryfs Fillêlytes aux mains des
vale de home. Puis nous nous occu quels est encore aujourd‘hui le scepn
pons de la Numidie et des Maurita tre de Marok. Dans l’est, Tri oli, Tu
nies , dont l‘antique histoire acquiert nis, Alger, conquis par les urks, ne
un intérêt nouveau par suite de notre sont plus que des paschâliks de l’em
ossessîon actuelle de lÏAlgérie. Le ta. pire othoman; et en 1830, Alger, ar
leau de la domination des Romains raché aux pirates, devient une pro
en Afrique. du développement et des vince française.
vicissitudes du christianisme en ces
contrées. le récit de la conquête et de Éevprx ANCIENNE.
la souveraineté passagère des Vanda
les, enfin la restauration byzantine, De la région barbaresque nous pas
complètent cette section de l'ouvrage sons en Egypte, dont le sol est Jon
HISTOIRE DE L'AFRIQUE. ' 41
che d'innombrables débris des temps souvenirs qui nous restent des vieilles
antiques; témoins, longtemps muets annales de la Nubie où fut Napata,
pour nous, d'une longue succession du Sennàr où fut Méroé, de l‘Abys
de siècles, ils nous en redisent aujour sinie où fut Axum, en même temps
d'hui l'histoire, de uis que le génie de que l’esquisse des révolutions qui s'y
Champollion a su aire parler les mil sont accomplies jusqu'à nos jours.
lie'rs de légendes hiéroglyphiques dont
leurs faces sont couvertes. A la vue mcmrrn.
de ces vénérables monuments, l'esprit Nous entrons alors dans la Nigri
s'enfonce dans la profondeur des âges tie. Là, ce n'est plus dans la descrip
pour étudier cette rimitive Égypte, tion des monuments , dans l’étude
dont il veut conna tre l’ancien état d'une civilisation immémoriale , dans
physique et les anciens habitants , la les récits d'une lutte acharnée dont
constitution politique, l'organisation l'empire du monde est le prix, ou
civile, les mœurs, les usages, les dans les chevaleresques exp oits des
croyances , et les curieuses écritures, apôtres d’une religion enthousiaste,
tracées, peintes , sculptées partout à que se trouve l’interét de notre tra
profusion. Puis il interroge ses im vail. Ce sont les mœurs, les coutumes,
mémoriales annales, où se succèdent, l’aspect , le langage, les costumes va
après les dieux et les héros, trente riés, les croyances et les superstitions
trois dynasties de rois et d'empereurs, singulières, qui doivent former les di
depuis l’indigène Ménès 'usqu’au by verses parties d’un tableau animé et
zantin Héraclius, détrôné par la con véritablement pittoresque, où des
quête des Arabes. hommes noirs, bruns, basanés , ollvâ
tres, gris, jaunes, au corps teilladé de
ÉGYPTB nonsnnn ; s'rmorrn. mille insignes distinctifs, doivent se
distribuer par groupes différemment
Là commence l'histoire moderne de caractérisés , depuis le Peul jusqu'au
l'Égypte, d'abord simple province du Hottentot, depuis le Yolof jusqu'au
grand empire des khalyfes, puis éman S oumâly. Entre le bassin du Nil et
cipée sous les Thoulounydes, reprise, l‘ céan s’étend, d'est en ouest, l’im
et perdue encore par la révolte des mense zone du Takrour, où se succè
Ekhschidytes , puis conquise sur ces dent, après le Kordoufân et le Dér
derniers par les Fathémytes, qui se la Four, les grands empires, disons plu
virent enlever à leur tour par les tôt ré ions, de Bornou, de Hhaousl,
Ayoub tes; ceux-ci furent dépouillés de M y, terminés à l'occident par la
eux-m mes par les mamlouks bahhao Sénégambie, et touchant au sud le
rytes , auxquels succédèrent les mam Ouanqârab, signalé par l'embouchure
louks circassiens , remplacés enfin du Niger, et dont les rivages , connus
par les Turks othomans. La France sous le nom de côte de Guinée, nous
alla inoculer a ces derniers posses offrent les grands états d'Aschanty,
seurs de la vieille Égy te la erme de Daoumeb et de Bénin. Plus loin,
d'une civilisation nouvel e , eti s'est c'est le Congo, lié par de curieux rap
trouvé un homme, dont la main vi ports de langage avec les peuples Be
oureuse et la volonté irrésistible, tchouanas, trères eux-mêmes des Ka
étouffant l'anarchie et façonnant les fres de la côte orientale, que tentent
populations orientales à l’ordre des aujourd'hui de refouler les Anglais,
sociétés européennes , a tenté de re possesseurs de la riche colonie du Cap,
constituer une monarchie égyptienne. où les races hottentotes ont à peine
Ses armes ont pénétré jusqu'aux plus laissé quel ues restes. Les autres par
hautes régions du Nil , et rattaché ties de l’A rique ne s'étaient montrées
ainsi à l'histoire de l’Egypte moderne à nous que du point de vue européen;
celle de l'antique Éthiepie. Là se pla celle-ci veut être envisagée du point de
cent donc naturellement le peu de vue africain.
48
ILBS on L'unique. que Atlantide, vérité perdue ou flction
ingénieuse , qui relie entre eux les ar
Enfin, nous arrivons aux îles ui chipels des A ores , de Madère, des
nagent dans la Méditerranée et es Canaries, et u cap Vert , après les
deux Océans, et qui sont rattachées au quels apparaît le rocher isolé de l'As
continent africain par la position géo cension, et cet autre rocher de Sainte
graphi ue, l'histoire, ou le langage. Bélène, stigmatisé à tout jamais par
Celles e la Méditerranée méritent un l'exil du grand homme que la France
dévelo pement particulier. Les unes avait op osé au monde entier , et sur
ont été) les escales des premières na lequel ' uro e voulut se venger de la
vigations dont se soit occupée l'anti longue humi iation qu'il lui avait fait
quité classique; nous les parcourons subir. Nous passons enfin à l'océan In
en suivant pieusement la trace de ces dien,et là nous avons deux parts à faire
vieux nautoniers , dont les routes des îles que nous connaissons; d'a
nous sont tracées dans les périples bord, le groupe où domine Madagas
recs; nous arrivons ainsi aux trop car, cette île immense dont les po u
ameuses Syrtes, où les anciennes îles lations diverses gravitent autour d un
des Lotophages sont devenues plus noyau malai aux mains duquel est le
tard , sous les noms de Gerbeh et de sceptre, et qui oppose une valeur sau
(jlerqeneh, le théâtre des expéditions vage, ou une politique rusée, aux ten
c rétiennes du m0 en âge, et le siége tatives d'établissement des ,Français
d'une seigneurie éodale; puis s'of de Bourbon , aussi bien que des An
frent à notre étude les îles que les glais de Maurice, maîtres aussi de
Grecs appelaient Pélagiennes, et au Rodrigue et des Séchelles; puis les
sein desquelles Arioste et Shakspeare îles de l'ancienne mer Érythrée, célè
sont venus placer la scène de leurs bres surtout dans l'antiquité, et nous
fantastiques créations; Malte , enfin , offrant la fameuse Pancliaia d’Evhé
s'empare de notre attention , en nous mère, pleine de merveilles et d'incer
racontant les hauts faits de cette mi titudes comme l’AtIantide , et cette île
lice, immortelle dans l'histoire, née à de Dioscoride, qui, sous le nom mo
Jérusalem, et qui, après avoir illustré derne de Socotora , devenue posses
Rhodes, vint aussi jeter sur Malte l'é sion anglaise, sert, aux paquebots de
clat de sa gloire, avant de s'y éteindre. la Grande-Bretagne, de point de ravi
Ensuite arrive le tour de cet Océan taillement sur la route nouvelle de
qui semble censerver,dans sa dénomi l'inde.
nation même , un souvenir de l'anti

un on L’esQmssa GÉNÉRALE.
a .umsuunnuunssuuuun \\|\Q\\\\uo|l“m\\\h.\“l\n\\\ unustuuuuuu uuunnunnnus

IBIIIS’E'OIHEE E51‘ IDIESGIRIIÏPÛI‘JIŒDN IDE IWMJBJIQTUE.

AI‘BIQ‘UE ANCIENNE.
——‘o.——

INTRODUCTION.
Du vaste continent que nous ap e recherches, en investigations pénibles,
lons aujourd'hui du nom commun (1 A en discussions appro ondies, allons
frique, les anciens ne connaissaient nous conduire le lecteur au milieu de
qu'une faible partie : les expéditions ce dédale d'assertions et d'hypothèses,
hardies d'un peuple navigateur avaient de conjectures et d'incertitudes, à tra
bien u le contourner au sud; mais il vers Iesquelles serpente, indécis et ari
n'en etait résultéaucun agrandissement de, l'étroit sentier par où la critique
du cercle dans lequel demeuraient ren introduit ses adeptes dans le sanc
fermées les notions en circulation par tuaire de la vérité? Non : sachons nous
mi les Grecs et les Romains, dont les garder de cette faiblesse inopportune;
traditions constituent pour nous l'an amant assionué de la déesse qui cache
tiquité classique. au fon d'un puits sa nudité pudique,
jetons un voile discret sur les luttes
SITUATION E1‘ GRANDEUR DE L'AFRI persévérantes au prix desquelles s'a
QUE DANS LE MONDE CONNU DES chètent ses- faveurs, sachons garder
ANCIENS. pour nous le secret de ses charmes, et
Quelle place était attribuée à l'Afri ne livrons à des regards profanes que
que, ou plutôt à la Libye , ainsi que ces contours vulgaires qu'il leur est
la dénommaient les Grecs, dans le donné
La 5 denthèse,
contempler.
résumant pour les uns V
monde géographique des anciens? Ce
n'est point d'un mot qu'on peut répon les mu tiples souvenirs d'une savante
dre à une question posée en des termes étude, esquissant pour les autres les
aussi larges; car ce monde antique, traits saillants d'un sujet encore ina
au sein duquel nous voulons chercher bordé, nous vient en aide ici pour ré
le site et les proportions de la Libye, duire à ses phases‘ principales la grande
ce monde fut variable au gré des siè question que nous nous sommes posée.
cles et des systèmes plus ou moins Tous les. monuments de la éogra
empiriques ou scientifiques des oëtes phie ancienne se peuvent, en et‘ et, dis
et des historiens , des géograp es et tribuer en cinq catégories successives,
des philosophes. Il faut donc parcou auxquelles s'attachent autant de noms
rir toute la série des monuments de célèbres pour les caractériser. D'abord
la géo raphie ancienne, pour détermi apparaissent les poètes, au milieu des
ner d' ge‘ en a e les conditions et la quels brille Homere; puis se montrent
solution, tout a la fois, du problème les historiens, avec Hérodote à leur
que nous venons d'énoncer. tête : c'est ensuite le tour des géogra
Entreprendrons-nous ici une pareille phes descriptifs, entre lesquels nul n'é
tâche; et cédant à l'attrait de cette cu gale Strabon; après eux viennent les
géographes mathématiciens, tous ma.
rieuse étude, féconde en laborieuses
4‘ Livraison. (Armous aucmuvn.‘ ‘ ‘
.50 L’UNIVERS.
gés autour de Ptolémée; enfin , la dé nord et le sud sont certainement dési
cadence romaine nous présente les gnés par Homère comme le côté de
itinéraires , notices, dictionnaires, et Borée ou de l’Aquilon et le côté de
cosmographies, fastidieuses mais oh Notos ou de l’Autan. Plus tard on ap
les compilations , dont les pluq impor pliqua aux deux segments les noms
tantes ont eu pour rédacteur Lthicus : d’Europe et d’Asie; mais le oëte ne
c’est encore de la géographie ancienne, connut ces deux noms que dhns une
mais c’est déjà le moyen âge de la acception beaucoup plus restreinte ,
géographie. inscrivant celui d’Europe entre le Pé
loponèse et les Iles (*),et celui d’Asie
CONTBÉES LIBYENNES comparses à l’embouchure du Kaystre (“'), tout
DANS LE DISQUE rnanssran n’no près d’l'lphèse.
Mime. Dans lhémicycle septentrional s’e
Le Planisphère homéri ue, dont le tendaient jusqu au limbe océanique, au
fleuve Océan déterminait e circulaire delà des Mysiens de la Thrace et des
contour, représentait la terre comme peuples hip omolges, les Cimmériens,
un disque , au centre duquel s’élevait dans lesque s l'ethnologie moderne est
l’Olympe, et que traversait, du cou tentée de retrouver les ancêtres de cette
chant 3 l'aurore , une zone tracée par puissante race celtique dont les restes
la mer Intérieure depuis les sources de portent encore le nom de Cymris.
l’Océan jusqu’au Phase. L’orbe terres Dans l’hémicycle austral, sur les
tre se trouvait ainsi coupé en deux se bords de la mer Intérieure, après la
ments, pour lesquels le divin rhapso e Colchide, la Troade, les Cariens, les
n'avait point encore de noms propres Lyciens , les Solymes, les terres qui
généraux. En vain Strabon, panegy s’arrondissent autour de Chypre, ‘la
riste, maladroit cette fois, de la science Phénicie et les Erembes, s’étend l’E
géographique d_’Homère_, affirme-t-il gypte , et enfin la Libye; et au delà,
que chez le poete l’hémicycle septen sur le limbe que baigne l'océan, les
trional est le côté des ténè res, l’autre Éthiopiens éloignés, divisés en deux
celui du soleil et du jour. Cette appli parts, l’une d’Orient et l'autre d’Occi
cation est plus ingénieuse ue vraie, dent. Ainsidans la mappemonde d’I-[o
et c’est folle de croire que e chantre mère, le disque terrestre , partagé en
d’Ulysse ait renversé l'ordre de la na deux moitiés inégales dont la plus
ture , qui a mis au levant l’aurore et grande était consacrée tout entière à
la source éternelle du Jour, au cou l’Europe, n’offrait plus qu’nn segment
chant les ténèbres et la nuit (*). Le amoindri pour l’Asie et l’Afrique en
semble; et quant à cette dernière en
' [I ‘C (ôçov-(änep ëe‘ri 1: c äpx'rov particulier, qui s’y trouvait reléguée
( ) 9:- al 85' -r' äv‘aufis npàç 15122’) 1" noté; ‘ce. au fond du couchant, il nous reste à
(510v 'rô vo'nov arlevpèv oiirm Xsyœv). examiner dans quelles proportions elle
Surnom, I. sur HORL, Odys, xx, 25. s’y trouvait comprise.
Il nous suffit d'opposer à cette explication Ménélas, qui passa huit années à er
celle qui ressort de cet autre passage d'Ho- ‘ rer sur des plages étrangères avant de
mère (Odyssée, x, 191).
‘Q qaüot, oi’qip ‘r’ ‘iôuev 61m lôtpoç, oùô’ jânç, Nous n'avons pas besoin de‘ nous étendre
008‘ 61m ñéhoç çaeaipôpotoç èîo" {me varan, ici davantage sur cette question.
066’ 51:11 âvveÎ-ran. (") ’Hp,‘sv ôool llslonôwnoov nietpaw Exon
Nous ne doutons pas que la véritable ow.
traduction ne soit celle-ci: « 0 mes amis , ’Hô’ ôaoi Eùpu'rlmv 'te nazi àprptpû‘raç
xa'rà v'ño'ouç.
u nous ne savons plus où sont l'obscu
« rité (l'occident), ni l'aurore (l'orient), m le Horaires, Hymne à Apollon, 250.
u côté où le soleil lumineux fait sa route au ("*) ’Ao'iap êv ketpaîm, Kaûcrpiov âprpi .
a dessous de la terre (le nord), ni le point où péafipa.
a il culmine au»dessps d'elle (le midi). » Hom‘ma, lliade, 11,461.
GÉOGRAPHIE D‘BOMÈRE

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AFRIQUE ANCIENNE. 5l
rentrer à Sparte , visita ainsi tour à de Cbarybde et le rocher de Scylla; il
tour Chypre et la Phénicie , les Egyp y fait naufrage , et, ballotté sur les
tiens et les Éthiopiens, les Sidoniens débris de son navire, il arrive au bout
et les Érembes, et la Libye où les de dix jours à Ogygie, l’île de Calypso
agneaux ont des cornes dès leur nais fille d’Atlas. Il en repart enfin sur
sance, où les brebis mettent bas trois un radeau , et après dix-huit jours il
fois l'an, offrant aux maîtres comme gagne l'île Skhéria, terre des Phéaciens,
aux bergers d'abondantes provisions qui le ramènent à sa chère Ithaque.
' de fromage, de chair, et de lait frais, L'antiquité, religieuse admiratrice
puisqu'on peut les traire toute l‘an-. des chants du sublime poète, devait se
née. Sur quel point de la Libye aborda complaire à reconnaître et a signaler
l’époux dHélène? La tradition géo tous les lieux qu'il avait décrits : aussi
graphique semble nous le révéler, en les noms homériques sont-ils restés
conservant, 'usqu’au temps de Ptolé traditionnellement attachés aux points
mée, le nom e Ménélas à l'un des ports qui semblaient répondre à ses indica
de la Marmarique. Ménélas, au sur tions , et‘nous les trouvons consignés
plus, ue doit point mourir dans la dans les géographes aussi bien que dans
Grèce : à la fin de ses jours, les dieux les scholiastes. La moderne Gerbeh
le transporteront au champ Élysien , est chez eux appelée l'île des Loto ha
à l'extrémité de la terre , séjour déli ges; Favignana, à la pointe ceci en
cieux à l'abri des neiges, du long hiver tale de la Sicile, représente Éguse,
et de la pluie, doucement rafraîchi par voisine du pays des Cyclopes. Quant à
le souffle du zéphyre, ou vent d'ouest, l’île flottante d‘Éole', c'est, d'après les
émané de l’Océan. Malheureusement explications de Pllne , la moderne
le poète ne nous dit point à quelle Stromboli. Les Lestrygons d’Homère
distance du phare d’Egypte, où Méné sont généralement placés sur la côte
las apprit son destin, gisait cette terre d’ltalie‘, au fond du golfe de Gaëte,
fortunée. où, suivant le dire d Horace(‘), La
Les pérégrinations d’Ulysse nous mos avait régné sur Formies. Le nom
instruiront sans doute davantage, car de Circé est resté jusqu'à nos jours
il se rendit lui- même aux limites du attaché à un promontoire, qu'on sup
profond Océan. Suivons rapidement le pose avoir autrefois été détaché'du ri-'
sillage de son navire, depuis qu'au de vage, et qui passe pour avoir été le
part de Trois, repoussé par les Cicones séjour de la fameuse magicienne. C'est
de la 'l‘hrace, il fut emporté par Borée de là que passant devant les îles Syré
jusqu'auprès de Cytlière , et poussé nuses indiquées en face de Pestum, et
ensuite en dix jours chez les Lotopha traversant le détroit de Messine, Ulysse
ges de la Lib e; de là nous le voyons fut poussé dans l'île Ogygie, qui se
aborder chez es C clopes, en face des retrouve dans le groupe maltais, et
uels est l’île bois e d'Eguse; échappé gagna ensuite Skhéria , la moderne
des mains de Pol phême , il arrive à Corfou , d'où il revint enfin à Ithaque.
l’île d‘Éole, d'où e zéphyre le ramène Dans cette navigation errante,Ulysse
-en dix jours jusqu'en vue d’lthaque, n'a touché aux terres Libyennes qu'en
mais où il est rejeté par le déchaîne (‘l « Æli, voluslor nobilis ub Luno
ment des vents contraires. Alors il ga
gne en sept journées la côte des Lestry - Qui lîorlniarum mania dicilur
gons, sujets du roi Lamos, échappe ct Prineeps, et innantem Mario
a_grand’peme à leur dent cruelle , et u Liltoribus lenuisse Lîrim,
u Lalè lyrannus.
gagne »Ééa, l’île de l'enchanteresse Honu, Ddu, lll, xn.
Circé. De la un joui‘ lui suffit pour se Malle-Brun conduit Ulysse chez les Les.
rendre aux bords de l'océan, et, re trygons de la Sicile, mais il oublie que ce
venu chez Circé, un jour encore le peuple était cantonné sur la côte orientale,
conduit, en doublant les îles des Syrè et il le transporte de son autorité prives
nes, au détroit où l'attendent le gouffre sur la côte septentrionale.
4.
v
sa
deux points insulaires, l'un habité par partagé en deux sections, en sorte que
tout un peuplede Lotophages, l'autre a Libye, bien que considérée encore
par la solitaire lille d'Atlas; et cette comme une dépendance de l'Asie, eut
double indication ne peut guère nous des lors à l'orient une limite déter
suffire pour estimer l'étendue de la mince.
Libye homérique du côté de l'occi
dent. Mais nous avons vu le fils de LA Ltnvs mus LE rumsrnizna
Laërte, parti de l'île de Circé, arve n'nsnonora.
nir en un jour jusqu'aux bords e l'O Au temps d'flérodote, les conditions
céan , de même qu'en un jour, de l'île du problème avaient changé : le disque
de Circé il revient au détroit de Sicile. terrestre s'était étendu, le cercle de
Cette deuxième journée nous donne la l'océan agrandi; il semble même que
mesure de la remière, et nous désigne le centre du monde se ftlt déplacé, et
l'entrée de l'océan fantastiquement que du Parnasse, qui avait succédé à
ouverte sous le méridien de l'île d‘Elbe l0lympe , il eût éte transporté vers le
et de Cartha e. T(il était donc le terme sud-est , à Rhodes peutvêtre.
de la Libye 'Homère. Et l'on n'était L'Europe, en effet, séparée de l'Asie‘
pas plus avancé dans les siècles sui par le Phase, l'Araxe, et la mer Cas
vants, jusqu'à ce que le samien Coléos pienne, était bien aussi longue que
eût éte poussé par la tempête au delà l'Asie et la Libye, en face desquelles
du détroit_d'Hercule, 639 ans avant elle étendait ses rivages; mais elle ne
notre ère.’ leur était point comparable en largeur,
Si le rapprochement des portes de quoique, à vrai dire, personne ne l'eût
l'Océan raccourcissait à ce point la encore explorée au nord et à l'est, et
Libye du côté de l'ouest, elle se trou ne pût certifier en conséquence qu'elle
vait bien plus rétrécie encore entre les fût de toutes parts entourée ar l' -
contours méridionaux de l'immense céan, comme on le savait our a Libye '
fleuve circulaire et la rentrée des Syr- V et l'Asie, autour desque les Nékos et
tes. On en peut juger en recueillant, Darius avaient fait naviguer leurs îlot
dans les Pythiques de Pindare, la tra tes, le premier du golfe Arabique aux
dition primitive du voyage des Argo Colonnes d'Hercule, sous la conduite
naut'es, qui, du Pont-Axène passant des mariniers de Tyr, l'autre depuis
par le Phase dans l'océan oriental, et Caspatyros sur l'Indus 'usqu'au golfe
naviguant au sud de la Libye, trans Arabique , sous les or res de Scylax
orterent ensuite leur navire à travers de Caryande : ce qui avait permis de ,
es terres, jusqu'au lac Tritonide, ac juger que ces deux grandes portions
complissant en douze journées ce mer de l'hémicycle austral étaient mutuel
veilleux trajet de tout le continent lement de grandeur égale.
africain (‘). Mais ce n'est point au Nil que l'il
Mais quand Hécatée de Milet, qui lustre historien veut placer leur limite
écrivit le premier traité. de géographie, naturelle : c'est au golfe Arabique, sé
comme son compatriote Anaximandre paré de la mer Intérieure par un isthme
avait tracé la première mappemonde, si étroit! Au surplus, il trouve risible
eut désigné le Nil comme un bras de qu'on ait voulu couper ainsi en trois
l'océan, les Argonautes virent s'ouvrir parts l'orbe terrestre, et qu'on ait
pour eux une voie plus aisée de retour choisi précisément le Nil pour faire
à la grande mer Intérieure, et le con cette coupure, puisque sa bifurcation
tinent austral se trouva naturellement sépare de l'Asie et de la Libye, tout a la
fois , le Delta égyptien, qui constitue
(') Adæäexa 8è rtpôtepov rait ainsi lui-même une quatrième (")
'Auépu; èE ‘Queuveü cpépouev
Nob‘rwv ûnèp Yaia; èp-hpmv
(') Les Égyptiens l'entendaient bien ainsi
‘Evähov ôôpu. dans leur division ethnologique du monde,
PINDARE, Pflhiquer, IV, Str. a.
AFRIQU E ANCIENNE. 58
partie du monde!... Ces moqueuses Bien que les con uétes de la science
sorties du grave historien nous prou ne soient point irr vocablement assu
vent que ses propres idées, malgré rées contre des retours d’ignorance
leur justesse, n’étaient point celles qui et de barbarie, il faut néanmoins se
avaient cours parmi ses contempo garder de croire, sur la foi de quel
rains , et que l’Egypte restait séparée ques exagérations modernes, que l’é
de la Libye. cole aristotélique, venue plus d'un
Les connaissances constatées par. siècle après Hérodote, eût rétrogradé
Hérodote sur la Libî'e au delà de jusqu'au monde d’Homère; que l'an
I’Egypte suivent trois 1go es principa teur d'un livre ublié sous le nom du
les vers l‘occident : l’une s’avance le Stagyrite Iui-meme ait voulu re ré
long des côtes de la Méditerranée, at senter la Méditerranée comme or
teint le détroit des Colonnes, et le mant le golfe Syrtique immédiatement
franchit pour se continuer jusqu’à un après le détroit des Colonnes; qu’un
peuple avec lequel les carthaginois autre disciple d’Aristote, Héraclide
échangeaient leurs marchandises con de Pont, ait arlé de Rome comme
tre de l'or; l’autre , partant de Thèbes d’une ville voisine de l'océan. Ce sont
d’Egypte, se poursuit d’oase en case, là de pures équivoques: lléraelide, en
à travers le desert, jusqu’à l’Océan; la effet, avait consigné dans un de ses
troisième, inclinant plus au sud, sil écrits la va ue nouvelle de la prise de
lonne tour à tour des pavs habités, des Rome par es Gaulois, et il la dési
solitudes infestées de bêtes sauvages, ognait comme une ville assise sur les
des déserts sablonneux, et aboutit en bords de la Grande mer; et la
fin aux bords d’un fleuve intérieur Grande mer ne fut jamais, dans l'an
coulant d'ouest en est, habités par tiquité classi ne, le nom de l'océan,
des. hommes noirs, ce qui a fait con mais bien ce ni de la Méditerranée.
Et quant au livre aristotélique Du
jecturer que cette indication s’applique
au grand fleuve Kouârâ oud‘liger, qui , Monde, on n’y trouve que cette ex:
passe à Ten-Boktoue. plication pleine de justesse : « L'O
S’il en est ainsi, Hérodote aurait c céan. régandu autour du monde que
recueilli dans ces informations, qui - nous ha itons, se frayant un'e route
n'étaient, au surplus, que le simple 1 à travers le détroit appelé les Co
récit d'une expédition isolée, des ren - lonnes d'Hercule, forme une mer
seignements qui s’étendaient, dans la a intérieure, s’agrandissant de proche
Libye intérieure, bien plus loin que a en roche et s’enfonçant dans des
les Grecs ni les Romains des siècles u gol s considérables, se rétrécissant
ultérieurs ne poussèrent leurs connais-i - et s’élargissant tour à tour. Et d'a
sances géographiques. Il ne faut point - bord,en effet, l’on dit quesurla droite
oublier, d'ailleurs, que, dans les Idées a des navigateurs venant des Colonnes
que le père de l'histoire se formait de « d’Hercule, elle s'avance dans les
lorbe terrestre, la Libye et l'Asie se « terres et produit les deux Syrtes;
balançaient s métriquement de part et « tandis qu’à l’o posite elle forme les
d’autre du go fe Arabique, et que même ' 1 trois mers Sar e, Gauloise et Adria.
l’A rabie était, au midi, la dernière des c tique, immédiatement suivies de la
terres habitées (_‘). r 0 c mer de Sicile,‘ après laquelle vient
a la mer de Crète, ayant elle-mémé
où ils se donnaient comme de raison l; -1 d'un
et decôté celles d‘Édgeypanne
‘Pamphylie, te, delaSyrie
mer
première, place , sous le nom de 176m: ou
Hom'mes; puis venaient successivement les - gée et celle de Myrtos. -
Nahasi ou Africains, les Namou ou Asia Il n’y a là, certes, rien qui ne soit:
tiques, et les Tamliou ou Européens. ‘ d’une parfaite exactitude; mais notre
(') l'lpàç 6' en‘; pee-apôr i114 èqäm ‘Apaâîn vaniteuse légèreté est prompte à taxer
'rd‘w olxeopévœv xmpiwv äni. d ignorance et d’erreur ce qu'elle ne
uinonon, Tlmlie, 107. 8 st pas donné la peine de compren
si
du : et c’est ainsi qu’une critique plis; la sphéricité de la terre. enaei.
superficielle et tranchante a pu mé gnée par Aristote, était devenue une
connaltre la supériorité réelle de l'é vérité incontestable; et la mappe
cole la plus savante de l’antiquité. monde, cessant de représenter un
Mais si l‘on ne peut imputer aux disque imaginaire, devait offrir désor
disciples d’Aristote un retour aux mais une projection rationnelle de la
vagues et étroites limites du monde ortion habitable de notre gIObeÎVers
homérique, on est forcé de reconnaî - e pôle un froid excessif, sous la zone
tra que Pline, compilateur laborieux torride une chaleur insupportable, ne
plut t u’habile critique, a reproduit, permettaient l'habitation de l’homme
sur la istribution des terres et leur que sur un espace allongé d’est en
étendue relative, des idées qui sem ouest entre ces deux extrêmes de
blent appartenir à l’âge d’Hérodote température; en sorte que pour long
bien mieux qu’à son propre tem s, temps désormais l’Ecumène (*), ou
malgré cinq siècles entiers d’étu es monde habité, présenta la figure d’une
progressives. Pour lui, l’Europe est chlamyde, ou, pour nous servir de la
presque é ale à l’Asie et l’Afrique comparaison de Possidonius, répétée
ensemble; 'Asie équivaut à peine aux dans les vers de Denis le Périégète ("),
deux tiers de l’Europe, et l’Afrique «elle affects la ‘forme d'une fronde,
n'en atteint pas les deux cinquièmes; mesurant, du levant au couchant, une
en d’autres termes, l’Europe compte, longueur ou longitude double de la
dans l’orbe terrestre, our un tiers et lar eur ou latitude comprise entre le
un peu plus d’un huitieme, l'Asie pour mi i et le Septentrion;
un quart et un quatorzième, et l’A Dès lors aussi la Lib e ne fut plus
frique pour un cinquième augmenté comptée comme une épendance de
d’un soixantième. Atin de représenter l’Asie, et formant avec elle l’hémicy
ces grandeurs relatives par une série cle austral, tandis que l’Europe cons
unique de chiffres qui ré ondent à tituait à elle seule l hémicycle boréal;
toutes les conditions énonc es par l'en l’Ecumène fut considérée comme sé
cyelopédiste romain, nous consigne
rons ici les valeurs suivantes de cha (") Olxouuéw; est l’expression usuelle des
que fraction dans l’unité terrestre : auteurs grecs; notre langue a bien admis
Europe............ 0.48 l'adjectif e’cume'nique, mais elle n’a point
Asie. . nnn.n....... 0.3l accepté encore écumé/le; cependant nous
Afrique. . 0.2l ne faisons pas difficulté d'employer ici ce
Gardons-nous toutefois de suppo mot, que Humboldt a déjà tente de natu
ser que Pline fût resté complètement raliser. -
Au surplus, l‘im ssibilité d'habiter sous
étranger aux connaissances perfec la zone torride n‘etait point absolue: ou
tionn es qui assujettissaient-la géogra admettait qu‘elle fût traversée par quelque
phie de son tem s à de savantes théo bande étroite de lieux habitables :Ttç olxou
ries cosmograp iques. Nous nous pœ'vn afin; èa‘ti , ôià uéo'nç r7); dom/‘.son ôtà
bornons à constater u’il restait fidèle xaüpa o'revfi remué/n. ainsi que le dit Stra
aux traditions du sièc e d’Hérodote sur bon à propos des déterminations australes
la distribution des trois grandes par d'l-tipparque.
ties du monde, et qu’il demeurait, sur ("') Mw'i‘o'opat nmvoîo flafiuppäw' èv
ce point. en arrière des notions déjà Yap Èxsivqo
acquises touchant la grandeur rela IIäoa. xfia‘ov , ä're vño'oç à-irsfptroç ,
tive de l’Asie. êo‘reçävmm‘
0v.’) pñv näo'a ôtampè 1rep€ôpopoc , 60.16
LA LI!“ DANS LA MAPPEHONDB ôzapqaîç
DE STEABON. ne vrépn fleôauîa ‘n'pôç 'ÀEMOIO x5186
ouq’,
Au temps. de Strabon, en effet, Xçevôovn elotxuïa.
d’immenses progrès s’e’taient accom Dents, Pe'rie'gère, 3-7.
..-.‘

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la jl'nî‘ll. daim":

GÉOGRAPHIE
DE
STRABON

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‘l; tu‘. .
du”, Mini
AFRIQUE ANCIENNE. 55
parée par le Nil, la mer Egée, la Pro dre que le double de cette quantité.
ontide, le Pont-Euxin, la Méotide et Quelle portion de l'Afrique actuelle
e Tanaïs, en deux fractions conoîdes, se trouvait comprise dans ce triangle
l'une orientale et formée tout entière ou ce trapèze? On ne peut se dissi
par I’Asie, l'autre occidentale et répu muler qu'elle était peu étendue. Le
tée Europe dans son ensemble, mais point extrême auquel on fût parvenu,
subdivisée par la Méditerranée en sur la côte orientale , était le promon
deux parties, savoir, au nord l’Europe toire appelé Corne du Sud, qui semble
proprement dite, et au sud la Libye. ne pouvoir être cherché plus loin que
Celle-ci com tait donc toujours pour le Râs-el-Kheyl , vers le huitième
un quart, p us ou moins, du monde degré de latitude nord. Sur la côte
habité; mais elle était annexée à l’Eu occidentale, on connaissait les iles
rope au lieu de l'être à l'Asie. Elle Fortuuées, situées à_ une médiocre
offrait, au sur lus, la fi ure d'un trian distance des extrémités de la Mauri
gle rectangle ont le Ni et la Méditer tanie , après la uelle étaient les Éthio
ranée traçaient les deux côtés mu piens du couc ant, limitrophes des
tuellement perpendiculaires, tandis états de Bocchus: on ne s'avançait
que l'océan en baignait l'hypoté donc'guère au delà du cap Noun , et
nuse; quelquefois aussi on la regar les Canaries étaient le dernier terme
dait comme un trapèze, sans doute que l’on atteignit. Dans l'intérieur
parce que le retranchement du Delta es terres , on n'avait que des notions
égyptien mettait en évidence un qua très-vagues sur ‘la région montagneuse
trième côté dessiné par la branche et déserte occupée par les Gétules et
Cano ique du Nil. Le sommet aus par les Garamantes, au delà desquels
tral e cette figure se prolongeait sous on pouvait, en neuf ou dix jours,
la zone torride, et ton n'en parlait arriver chez les Éthiopiens répandus
que par conjecture _: d'Alexandrie à sur les bords de l'océan : d'où il suit
Méroé, capitale de l’Ethiopie, on me que cet Océan était censé passer à une
surait dix mille stades environ, et de centaine de lieues tout au plus de
là jusqu'à la limite commune de l'IE Germa, et non loin des limites méri
cumène et de la région torride, encore dionales du Fezzan.
trois mille stades; en sorte que la plus Au surplus, la disposition que l’on
grande largeur de la Libye se pouvait
estimer à treize ou quatorze mille sta inévitablement tres-défectueuses dans un
des (*); sa longueur était un peu moin âge où l'on n'avait que des instruments très
imparfaits, déterminèrent, sur le méridien
_ (') Le stade, de 600 pieds grecs, ou 625 céleste, la mesure apgulaire de l'arc com
.pieds romains, équivalait précisément à pris entre le zénith d’Alexandrie et celui de
un huitième de mille romain , ce qui revient Syène, à un cinquantième environ de la
à un dixième de mille géographique. circonférence totale; et comme la mesure
Le tour de la terre, pris sur un de ses itinéraire de ces deux points était à peu
grands ‘cercles, était estimé 252,000 sta près de 500 stades, on en conclut très-logis
des : c'était un sixième de plus que la me quement que la circonférence à laquelle
sure généralement admise aujourd'hui. (‘vos appartenait cet arc contenait en totalité
sellin a eu la singulière prétention d'établir 252,000 stades, ce qui donnait 4200 stades
que les anciens connaissaient la Véritable par soixantième de cercle, comme comptait
mesure de la terre, et qu'ils en avaient Eratosthènes. ou 700 stades par degré; tandis
déduit la valeur exacte du degré, à laquelle qu'en réalité le degré terrestre ne valait que
était subordonnée la longueur du stade : 600 stades.
c'est renverser l'ordre naturel des idées, et D'autres mesures ayant fourni ultérieu
méconnaître les leçons journalières de l'ex rement des bases différentes, on attrihua
perience. au degré terrestre une longueur de 500 sta
La division du cercle en parties aliquoles des seulement: c'était une erreur en sens
susceptibles d'une mesure angulaire était contraire, puisqu'on restait d’un/ sixième
enseignée par la théorie; des observations, au-dessous de la vérité.
.g.
56
attribuait à notre Écumène n'était inconnus à cause de l’insu portable
as exclusive de l'existence d’autres chaleur de la lage intermé iaire; et
erres habitables. L’école d’Aristote il lui paraît tres-vraisemblable que le
avait dès longtemps proclamé que no .Nil a chez eux sa source, d’où il se
tre monde était, au sein de l’Océan , rend dans notre hémisphère par des
une grande île, la seule que nous voies souterraines , apportant chez
Eussions voir, mais que, vraisembla. nous , dans ses crues d'été , l'eau
lement, d’autres îles, les unes plus des pluies hivernales de l’hémisphère
grandes, les autres plus petites, émer austral. Telle est la vague notion que
geaient de l’immense Océan en des l'on se formait alors de la portion uI
parages éloignés de nous : et comme térieure du continent africain ; et
,Eratosthénes affirmait que, si la gran Pline, tout en croyant aux circumna
deur de l’Atlantique n'y faisait obsta vigations de Hannon, d’Eudoxe et de
cle, on pourrait naviguer à l’ourst quelques autres, n’en considérait pas
depuis l’Espagne jusqu’à l'lnde, Stra moins toute communication entre les
bon objectalt qu'une ou plusieurs deux zones tempérées comme imprati
terres habitables pouvaient occu er la cable à cause de l'ardeur du soleil.
zone tempérée à travers lequel e eût
dû s’accomplir cette navigation ; Chris LA LIBYE DANS LA HÀPPBHONDE
tophe Colomb, à dix-sept siècles de DE PIOLEHEE.
distance, artit d’Espagne pour na
viguer à ‘occident Jusqu’à l'Inde, Ptolémée fut l’éditeur d’une nou
comme le voulait Eratosthènes; il velle théorie géographique empruntée
rencontra sur sa route l‘Écumène en majeure partie à Marin de Tyr, et
nouvelle prévue par Strabon. où se réflétaient aussi probablement
Pomponius Méla, plus jeune que quelques-uns des résultats énoncés par
Strabon de quelques années, se pré Hipparque. La Libye ne fut plus une
occupa moins de l'existence possible simple annexe. soit de l’Asie comme
de plusieurs mondes sous une même aux siècles d’flomère ou d’Hérodote,
zone, que de l’existence, à eu près soit de l‘Europe comme au siècle de
certaine pour lui, d’un mon e habité Strabon; sa grandeur relative avait été
sous la zone tempérée opposée à la reconnue , et elle prenait rang en con
nôtre; aussi expose-t-il que la masse séquence immédiatement après l’A
des terres émergées de I’Océan est sie, et avant l’Europe. L’Océan ne la
partagée ar la zone torride en deux terminait plus au nord de l'équateur
côtés ou émisphères, dont l’un est pour rejeter loin d’elle la terre des
habité par nous ,_ l'autre par les Antichthones : on eut le mérite de
Antichfhones (*), lesquels nous restent savoir ignorer ce qu'on n’avait pas
vu, et l’on ne craignit pas d'avouer
(") Déja Hipparque avait soupçonné que qu’au nord et à l'est de l’Asie atte
la Taprobane pouvait bien être le commen naient des terres inconnues, qu'à
cement de cet autre monde, que Manilins l’ouest et au sud de la Libye atte
avait également signalé dans ses vers : naient pareillement des terres incon
u Terruum forma rotunda. nues. Mais on ne s’arrêta malheureuc
1 flanc eireum vlriæ genres huminum atque ferlrum sement point là : et cette terre incon
u Aeriæque colunt volucres. Pars cjus Id arclos
1 Emineuaustrinîs pus esl habitabilis oril.
- Sub pedibuaquc jlcet nostris, supraque videtur u Altera pars orbis sub aquîs jacet invia nnbis
I lpla sibi filleule solo declivia longs « lgnotæque bominum genres, nec lransita regna,
« Et puîler sursaute via, pariterque cadenle. - Commune ex une lumen ducenlia sole,
« llinc ubi lb nccuu nostros sol aspicît ortus, « Divcrsnsque umbrns, lævaque cademia signa,
a lllic orta dieu sopitu exciut urbeis. u Et dcxtros orlus cœlo speclanlin verso.
« Et :um lune refert operum vadiiuonia terril: Elc.
‘I Nos in nacre sumul, lomnosque in membra loch Idem, ibinlem, l, 432 sqq.
mm. « At lîhi, qnæcumque es, libyco gens igne diremla,
1 l‘unnv. ntrmque suis disringuit el alligat undis. « In Nmon umbra cadit, que: nobis exit in Arctonw
Murmure, lslmnomiqun, l, 134. Lvcun, Pharmlr. [X, 548.
A FRIQUE ANCIENN E. 51
nue du sud , ou se trouvait renfermé et plus étendue des contrées de la ter
le pavs d’Agas mba, on la contourna re, ainsi que cela arrive encore jour
vers l'est, para lèlement à l'Asie, pour nellement pour les régions peu ou mal
enfermer entre elles , comme une au connues; elle a supposé, dis-je, que
tre Méditerranée, la mer des lndes, la géographie positive a été ortee,
désormais séparée de l'océan , qui se dans des temps primitifs et ou liés, à
trouvait ainsi repoussé au delà des un degré de perfection qui a produit
terres inconnues. ‘La mappemonde de d'excellentes cartes , défigurées ensuite
Ptolémée, dont le cadre n’embrasse par l'ineptie des géographes grecs ou
que les parlies connues de notre globe, roznains de notre connaissance. Alors
ne ‘représente point dès lors l'orbe 0 '- se pose le problème de deviner
terrestre tout entier ; mais les cosmo comment Ptolémée a mal compris telle
graphes arabes, qui le prirent pour donnée très-juste du géographe primi
modèle au moyen âge ,‘ nous en don tif, comment il s'est mépris sur telle
nent un dessin complet. autre donnée non moins parfaite, et
par quelles corrections on rétablira
Étendue et formés générales du tout cela dans l'état où Ptolémée au
monde connu de Ptolémée. rait dû le laisser. Ce fut, à la fin du
siècle dernier et au commencement de
I au Le monde
sud, une connu
largeurembrassait,
de 40,000 du nord,
stades celui-ci, une œuvre glorieuse et vantée
que cette restitution fantastique de
et une longueur de 72,000 stades sous toute la géographie positive des anciens.
le parallèle de Rhodes , auquel se rap Le temps est venu d'en faire justice.
ortaient la plupart des mesures en Les erreurs de Ptolémée sont de
ongitude. Ptolémée , qui avait déduit deux sortes , et_ révèlent elles-mêmes
de quelque mesurage particulier une leur double origine : les unes existent
valeur de 500 stades pour la grandeur uniquement dans la graduation de sa
d'un degré du méridien, comptait donc carte. e.’ proviennent d'une fausse base
pour sa mappemonde quatre-vingts de cale‘ l pour la transformation , en
degrés de latitude entre le parallèle degrés. des mesures comptéés en sta
trans-équatorial opposé à celui de Me’ des; le degré de latitude vaut réelle
roé, d'une part, et le parallèle de ment 600 stades, et Ptolémée l'a éva
Tulé d'autre part; et il comptait, d'a lué à 500; le degré de longitude sous
près la‘ même base de calcul, cent le parallèle de Rhodes vaut réellement
quatre-vingts degrés de longitude en 485 stades. et Ptolémée l'a évalué à
tre le méridien des îles Fortunées et 444 : voilà de véritables méprisés, qu'il
celui de Thines, capitale des Sines est aisé de corriger en revenant aux
ichthyophages. mesures en stades qu'il a ainsi trans
L'erudition moderne, frappée de l'er formées; et cette correction faite, on
reur énorme qu‘offrait cette extension aura la carte fidèle du monde tel que
des latitudes et des longitudes, s'est ‘l'a connu le siècle de Ptolémée.
grandement préoccupée d'en recher Les erreurs de la seconde ‘espèce
cher les causes afin de restituer, tiennent à l'imperfection inévitable
comme on dit, la carte de Ptolémée; dans les observations» et dans les cal
mais la science moderne est si ingé culs de réduction des itinéraires : il
nieuse, si subtile, qu'elle a imaginé ne nous appartient pas d'y toucher , à
de merveilleuses explications, dont le moins de vouloir substituer arbitrai
seul défaut est d'être en contradiction rement, par un capricieux tripotage ,
avec les procédés naturels aussi bien aux connaissances de Ptolémée, le
qu'avec l'histoire de l'esprit humain. résultat de nos élucubrations pour les
Elle a supposé que la géographie posi‘ faire cadrer avec celles que nous pos
tive des anciens, au lieu de s'améliorer sédons aujourd'hui (*).
successivement par de lents progrès,
dus à une exploration plus attentive (') La restitution de Ptolémée d'après les
58
Cependant, après nous être rendu matériaux réunis et discutés en érudit
compte des formes sous lesquelles on par Marin , afin d'en soumettre la
se représentait la Libye, au temps de combinaison et l'emploi à une révision
Ptolémée, il convient d’examiner dans scientifique. Quoi qu'il en soit, nous
quelles limites réelles se trouvaient pouvons , à défaut du témoignage for
renfermées les notions alors acquises. mel de Ptolémée, qui nous manque
Là, encore, grand conflit entre les souvent, reconnaître par l'inspection
géogra hes critiques; les uns prolon attentive des noms géographiques, et
eant ort loin , les autres restreignant de l'ordre. dans lequel ils se succèdent
l’excès le terme des connaissances sur sa carte, à quels documents Ma
anciennes: pour les cas qui, sans rin les avait empruntés. Ainsi, pour
se plonger dans toutes es profondeurs la côte orientale de la Lib e, il avait
de ces graves uestions, veulent our pris pour guide quelques periples de la
tant sortir de ‘indécision qui 1- sulte mer Érythrée, analogues à celui qui
de telles dissidences, le procédé com nous est parvenu sous le nom d’Ar
mode des moyennes peut les tirer rien; pour la côte occidentale, il s'é
d‘embarras: In medio virtus, dit le tait servi du célèbre ériple de Hannon,
proverbe, et les proverbes sont la sa d'une date bien ant rieure à Strabon ,
gesse des nations. Eh bien, ce mode mais resté inconnu à celui-ci: quant à
facile de vider sans examen un grand l’intérieur des terres, Marin avait pro
litige scientifique , peut s'appliquer ici bablement employé les itinéraires four
avec tant de succès, que la critique la nis par les expéditions militaires de
plus rigoureuse en confirme les ré Caius Suetonius Paulinus (*) , au delà
sultats. > de l’Atlas occidental jusqu’au fleuve
Comme la mappemonde de Ptolé Gir, et de Lucius Cornelius Balbus (**)
mée nous offre, a peu de chose près, dans la Phazanie , l’un et l‘autre indi
dans leur extension la plus développée, qués par Pline; et nous apprenons de
les notions recueillies par les anciens Ptolémée lui-même que, pour les po
sur la géogra hie de la terre , et parti sitions les plus avancées, Marin avait
culièrement e la Libye , nous ne pou fait usage des routes de Septimius
vons nous dispenser d’exposer ici, Flaccus (***) et de Julius Maternus au
pour le continent auquel est consacré sud de Garama: nous ne connaissons
cet ouvrage, le résultat général des point autrement les détails de ces deux
explorations avancées au moyen des nouvelles expéditions , et la date même
quelles s’était agrandi le cercle des de la dernière est incertaine.
connaissances constatées par Strabon. Vérifions successivement jusqu’où
Ce n’est point Ptolémée lui - même ces documents divers peuvent nous
qui avait rassemblé les documents iti conduire , tant sur les côtes que dans
néraires employés à la construction de l’intérieur du continent africain, tel
sa carte: ce travail de recherches avait que nous le connaissons aujourd’hui.
été accompli par son prédécesseur, Et d'abord, examinons le périple de
Marin de Tyr, qui avait déjà mis en la côte orientale.
circulation deux éditions de son livre
et de sa mappemonde, et qui était Limite des connaissances anciennes
mort avant d’avoir pu mettre la der sur la côte orientale.
nière main à la troisième édition qu’il
préparait. Le savant d’Alexandrie sc Au sortir du golfe Arabique , auquel
orna à reprendre en sous-œuvre les nous restreignons à présent la déno

bases de construction fournies par les ob (') Consul en l’année 66 de notre ère.
servations modernes, peut procurer quel (") 'l‘riompbateur en l'année 19 avant
ques résultats de détail d’une application ‘l'ère vulgaire. «
utile; mais' ce ne peut être ici le lieu d’en ("') Sous Domitieu, en l'année 87 de
exposer les procédés ni la portée. notre ère.
AFRIQUE ANCIENNE.‘ . 59
mination de mer Rouge. ou se diri point à se produire ici. Cette route
geait à l'est, le long de la côte, jus était donc, en totalité, de quinze mille
qu'au cap des Aromates, pointe la plus stades , et la direction en était au sud
orientale de la terre-ferme, et répon ouest , tandis que celle des Rhaptes au
dant dès lors, sans conteste, à ce qu'on Prason se dirigeait au sud-est.
appelle maintenant le cap Gharda ‘Telles sont les données que l'anti
fouy. ou plus exactement Râs’Aseyr. quité a fournies aux élucubrations des
De là, navi uant au sud, ou contour. modernes: les uns, comme Henri Ja
nait une c ersonnèse ou presqu'île cobs, ont hardiment poussé le Prason
pour gagner le comptoir d’Opone; on jusqu'au cap de Bonne-Espérance; le
dépassait ensuite une double apocope plus grand nombre, et avec eux le
ou échancrure, terminée par un cap docteur William Vincent, a qui l'on
appelé Corne du Sud; puis on lon doit un savant commentaire sur le pé
geait une petite côte et une grande riple de la mer Érythrée, se sont dé
côte, on faisait escale aux mouillages terminés pour Mozambique, faisant
de Sarapion et de Nicon , on trouvait répondre le comptoir des Rhaptes à
encore plusieurs embouchures de riviè Quiloa, et le promontoire de même
re ou ancrages, et l'on atteignait enfin nom au cap Delgado. Gossellin, qui
la rivière, le comptoir et le cap des semble avoir eu pour système d'écour
Rhaptes ou barques cousues, limite ter sans pitié ni mesure le monde
ordinaire des navigations commercia connu des anciens, ne fait aucune dif
les en ces parages. Depuis les Aro ficulté de colloquer à Brava le cap
mates jusqu'au voisinage des Rhaptes, Prason , et dans le torrent hivernal de
le pilote Diogène avait mis vingt-cinq Doara le fleuve et le comptoir des
jours d'une marche continue; tandis Rhaptes , sans s'inquiéter en rien du
que le pilote Théophile, favorisé par gisement de la côte intermédiaire, qui
le vent du sud , n'avait mis que vingt se continue au sud-ouest au lieu de
jours depuis les Rhaptes jusqu'aux faire retour vers le sud-est.
Aromates, estimant à mille stades cha Entreces déterminations dissidentes,
cune de ses journées de vingt-quatre nous avons une m0 cune, appuyée du
heures. Marin de Tvr jugeait cette es grand nom géograp ique de D’Anville,
time fort raisonnable; néanmoins il qui sans doute n'est pas infaillible,
n’évaluait qu'à cinq mille stades, quoi mais dont l’admirable sagacité est bien
qu'clle eût employe bien des jours, la rarement en défaut, alors surtout
navigation du pilote Dioscore au delà qu'aucun des éléments de solution ne
des Rha‘ptcs ius u'au promontoire Pra lui a manqué. Pour lui, qui d'abord
son , terme le p us éoigné des recon avait adhéré à l'opinion générale, mais
naissances vers le sud: la variabilité qui modifia ses premières idées après
des vents ne permettait pas une route un examen plus ri oureux de la ques
assez directe pour autoriser une éva tion , pour lui, is-je, les Rhaptes
luation plus considérable. doivent coïncider avec Paté , et le Pra
Ptolémée s'enquit lui-même, auprès son avec le cap Delgado : nous ne pou
des mariniers pratiques de ces parages, vons, ce sera le, que nous ranger à
de la distance qu'ils calculaient entre son avis, puisque son explication se
les Aromates et les Rhaptes; cette na plie , aussi bien ne celle du docteur
vigation équivalait à trente journées Vincent, aux con itions de détail du
de douze heures, soit de jour, soit de périple ancien et des tables de Ptolé
nuit , qu'on devait estimer à quatre ou mée, tout en se renfermant dans les
cinq cents stades chacune. Ce résultat limites les plus restreintes où se puisse
est précisément celui qu'offrait dé'à le encadrer la double direction de la côte
périple spécial de la mer Eryt rée au sud-ouest jusqu'aux Rhaptes , puis
connu sous le nom d’Arrien (antérieur au sud-est depuis les Rhaptes jusqu'au
de quatre-vingts ans à Ptolémée), sauf Prason.
quelques dissidences de détail qui n'ont La chersonnèse immédiatement
80
apfis laquelle vient le comptoir d'0 et son étude fut de restituer en con
pone, ne peut, dans toutes les hypo séquence cette partie du littoral : le
thèses, étre méconnue dans la pres promontoire Arsinarion ou 'Ryssa
qu’ile vulgairement a pelée, sur nos dion, identifié avec le promontoire
anciennes cartes, cap 'Orfui, et plus Gannaria d'une part, et avec celui
exactement‘désignée aujourd'hui sous d'Hercule d'une autre part, fut placé
la dénomination indigène de Ras-Rha au cap de Ger; la Corne du couchant,
foun, qui semble conserver'ïguelque identifiée avec le romontoire du grand
trace de l’anti ce nom d'Opôn Atlas, fut étable au cap Noun; le
L'île Menut ias, inscrite dans les fleuve Masitholos, confondu avec le
tables de Ptolémée au nordeest du Pra. fleuve Nia d'une part, et avec le fleuve
son, a étéspécialement considérée, Nouios d'autre part, fut représenté
et les partisans de l'hypothèse la plus par le fleuve vulgairement appelé au
arge. comme un indice de la grande Jourd'hui Ouédy Noun; et l'hypodro
île de Madagascar; dans la pensée de me d'Ethiopie trouva sa place non loin
D'Anville; cest de la moderne Zanzi de l'embouchure.
bar qu’il s'agit. Nous aurons à revenir Aucune des h pothèses que nous
sur ce sujet dans la partie de cet ou. venons de sitgna er ne résout d'une
vrage où nous traiterons spécialement manière satis aisante la question pro
des lles africaines de la mer Érythrée. posée : toutes pèchent par labase, en
ce qu'elles ont toutes négligé, pour la
Limite des connaissances anciennes détermination du promontoire Ar
sur la cote occidentale. sinarion, une condition essentielle,
Transportons-nous maintenant sur résultant des tables mêmes de Pto
la côte occidentale. pour détermi lémée, savoir, de se trouver préci
ner aussi le point d'arrêt es notions sément par le travers des îles Fortu
de Ptolémée. Le trait saillant de ces nées, que représentent de nos jours
longs rivages que le géographe alexan les îles Canaries. Le cap Boyador seul
drin tracejusqu’à cinq degrés seule est justement ainsi placé : voilà donc
ment de distance de l'équateur, c'est le véritable cap Arsinarion; et tout à
le cap Arsinarion, qui s'avance consi côté s'élève la Penha-Grande, on le
dérablement à l’ouest, et après lequel grand Rocher des premiers explora
s'ouvre le golfe Hespérique, c'est-à teurs portugais, pour représenter le
dire occidental, où l'on remarque suc promontoire Ryssadion. La Corne du
cessivement un promontoire appelé couchant 'semble se retrouver dans le
Corne du couchant, l'embouchure du cap du Lagedo ou pavé, au sud du:
fleuve Masitholos qui vient de la quel s'ouvre le fameux Ilio do Ouro,
montagne nommée Char des Dieux, ou fleuve de l'Or, visité au quator
et enfin l'hypodrome d'Éthiopie, ex zième siècle par les marins de la Mé
trémité des terres connues dans cette diterranée, et ni répondrait au Masi
direction. , tholos de Ptol mée'; enfin, l'hypodro
Pour un ‘grand nombre d'érudits‘ me d'Ëtbiopie viendrait se placer dans
du siècle dernier. le golfe Hespériql's la petite anse innommée qui précède
n'était ‘autre que la rande mer de I’Angra de Gonçalvo de Sintra.
Guinée, et la Corne n couchant ré Telle est la synon mie géographique
pondait au; cap des Palmes. D'An à appliquer aujour ‘hui, dans notre
ville trouva que le promontoire Arsi opinion, aux points les plus avancés
narion était évidemment représenté de la côte occidentale d'Afriq’ue dont
par le cap Vert, et le Char des Dieux ait fait mention Ptolémée. Cest jus
ar les montagnés de Sierra-Leone. que-la que s'était prolongée la navi
ossellin pensa tout autrement; il crut gation devflannon, aux temps de la
découvrir que Ptolémée avait répété splendeur de Carthage; mais l'ltalie
jusqu'à trois- fois, bout à bout, une et la Grèce'n'eurent qu'une révélation
même série de points géographiques, tardive de ces explorations puniques, et
AFRIQUE ANCIENNE. 6l
Pomponius Mela semble étrele premier trême limite de nos connaissances sur
qui en eût employé les résultats dans l'Afrique centrale, et la géographie
un ouvrage géographique. Le roi J uba vulgaire s'est même emparée du nom
le jeune les avait sans doute mis en de Niger pour l'appliquer au fleuve le
circulation; mais il ne paraît pas que plus considérable de ces arages, ce
les reconnaissances nautiques exécu ui-là même dont Laing, aillié, Mun
tées par ordre de ce prince eussent go-Park et Lander ont découvert de
dépassé les Canaries, et c'était. encore, notre temps quelques fractions suc
probablement, sur la seule foi de Han cessives.
non, qu’après un intervalle de six siè Il y a pourtant bien loin de là aux
cles , Marin de Tyr et Ptolémée indi notions réelles des anciens. Chez Pto
uaient sur leurs cartes la côte qui se lémée, le Nigir et le Gir sont deux
éveloppe au delà des iles Fortunées. fleuves, presque connexes, mais cepen
Nous examinerons dans son ensem dant distincts, le premier occupant la
ble et ses détails cette expédition de région de l'ouest, le second celle de
Hannon, le long des côtes libyennes, l’est. Quant au premier, son cours est
à l’île de Kernè et aux îles Gorgades, compris entre les montagnes Mandron
en traitant, dans la suite de cet ou. et Thala, d'un côté, Sagapola et Ou
vrage, des îles africaines de l'océan sargala de l'autre : celles-là au sud,
Atlantique. celles-ci au nord. Quant au second, il
est compris entre le même mont Ou
Limite des connaissances anciennes
sargala et la vallée Garamantique. Or,
dans I‘interieur. ce mont Ousargala, dont le nom se
Maintenant, c'est dans l’intérieur trouve mêlé à la description du cours
des terres, dans ces régions si peu de ces deux fleuves, est justement
connues à nous-mêmes, que nous aussi le point de départ du Bagradas, le
avons à chercher la limite es explo fleuve de Carthage, et il serait dès lors
rations romaines et des notions re complètement superflu‘ de chercher
cueillies par Marin de Tyr et Ptolémée. d’autres preuves que les deux cours
Des rivières, des montagnes, des d’eau signalés par Ptolémée dans la
noms de contrées et de peuples, occu Libye intérieure, ont leurs sources
peut le vaste espace compris entre les au revers de l’Atlas, et coulent au
deux côtes dont nous venons de véri nord du grand désert : et l’on peut
fier l’étendue : le Nil , avec ‘ses sources juger par les noms de quelques peu
remontant jusqu’aux montagnes de la plades indiquées au delà du Gir et du
Lune, est trace dans la partie orien Nigir, telles que les Dolopes, les As
tale. De ce côté, si le cours supérieur tacures, les Mimaces, les Nabathres,
de ce fleuve n’est pas une délinéation inscrites en même temps sur le ver
fantastique et conjecturale, les con sant boréal de l’Atlas, qu’il ne s'agit
naissances des anciens ont été pous en définitive ici que de la région atlan
sées plus loin que les nôtres; il fau tique. ' ,
drait avouer. dans tous les cas, qu’ils Puis vient l’Ethiopie intérieure, où
étaient aussi instruits que nous sur se trouvent l'éléphant, le rhinocéros
la région du haut Nil. et le tigre : on n’y voit figurer aucun
Deux autres grands fleuves, le Gir nom de peuple, mais seulement quel
et le Nigir, serpentent en lusieurs ues montagnes, et la grande contrée
rameaux sur le reste de la Li ye inté ‘Agasymba, après laquelle tout est
rieure, et c’est même à la région qu’ils absolument inconnu. Nous savons que
arrosent qu'est spécialement restreinte ces vagues notions étaient le résultat
cette dernière dénomination. On a des expéditions de Septimius Flaccus
beaucoup disserté sur la question de et de Julius Maternus. Le premier,
savoir quels fleuves modernes repré dans une campagne de trois mois,
sentent ces deux grands cours d'eau: était allé de chez les Garamantes
ou les a longtemps cherchés à l’ex chez les Éthiopiens du sud; l’autre,
62
parti de Garama et de la Grande Lep heures de la nuit '(*). Que dis-je? la
tis, avec le roi des Garamantes. pour rotondité même n'est plus une condi
marcher droit au sud contre les Éthio tion des représentations graphiques;
piens, avait, dans l'espace de quatre et le moine grec Cosmas, surnommé
mois, atteint la contrée d'Agasymba; Indicopleustes ou le navigateur in
mais, remarquait Ptolémée, il s'agis dien ,jnscrit sa mappemonde dans un
sait des Éthio iens limitrophes des parallélogramme, sur la marge duquel
Garamantes, tendus à l'ouest et à reparaît , au delà de l'océan, la terre
l’est aussi bien qu'au midi, etl’on n'en ,‘des Anttchthones de Méla , offrant à
rapportait d'ailleurs aucun renseigne e l'orient le paradis terrestre, où se
ment digne d'intérêt. Nous onvons -voient les sources non-seulement du
mesurer là-dessus la valeur es con Gihon ou Nil , comme l'avait énoncé
naissances acquises jusqu'alors sur le géographe romain, mais aussi de
l'Afrique centrale : elles se rédui l'Euphrate, du Tigre et du Physon.
saient à quelques vagues indices des Dans les œuvres du moyen âge pro
peuples noirs qui bordent le Fezzan prement dit, se reproduisirent ces
par le sud, c'est-à-dire, des Tibbous tantastiques délinéations du monde
de nos jours. connu des anciens. Les disques offrant
un hémicycle et deux quartiers se re
Connaissances géogra niques posté trouvent nombre de fois; les Anglo
fleures à Pto mee. Saxons, à l'autre bout de la terre, ont
Après Ptolémée, la science de la aussi laissé leur parallélogramme, ana
terre subit une révolution nouvelle: logue à celui de l'indicopleustes Cos
alors commence une époque de tran mas; quelques traces de la terre des
sition où la géographie, s'appliquant Antichthones se montrent sur de rares
encore à la période ancienne de l'his mappemondes orbiculaires, dans les
toire du monde, se rattache par ses conditions indiquées par Méla; puis
formes aux siècles ultérieurs : ainsi apparaissent les planisphères arabes,
que nous l'avons dit plus haut, ce ou percent, à travers l'impéritie de
n'est point encore la géographie du l'art le plus naïf, les enseignements de
moyen âge, mais c'est déjà le moyen Ptolémée , et son système du prolon
âge de la géographie. ement‘de l'Afrique à l'est pour en
Toutes les cosmographies latines ermer la mer des Indes comme une
sont désormais rédigées sur une base autre Méditerranée; ceux-là servirent
ui s'éloigne peu de ce principe fon de modèle aux cosmographes néo - la-_
amental, entouré
Àlairement que l’orbe
d'unterrestre, circu
océan continu, tins qui vinrent après eux, jus u'à ce
u’une subite lumière sur la v ritable
est diamétralement coupé du nord au orme de la terre détermina la brusque
sud par le Tana’is et le Nil, en deux transition de ces lanisphères grossiers
parties, dont la plus orientale s'ap aux mappemon es sphériques de la
pelle Asie , tandis que celle d’occident science moderne.
est séparée d'est en ouest par la Mé
diterranée en deux uartiers, l'un nn'suué mas NOTIONS mas ANCIENS
d'Europe , l'autre d'A rique. C'est un son L'unique.
retour grossier aux idées d'Ératos
thènes et de Strabon. La sphéricité de Ainsi , dans la revue historique que
la terre s'efface même, devant les scru nous venons de passer des phases'di
pules des Pères de l'Eglise; on rétro verses sous lesquelles se sont produites
grade jusqu'au disque plan d'Hérodote
et d'Homère; et le soleil, effectuant (') On retrouve l'exposition de ce sys
son cours du levant au couchant par 1ème au neuvième siècle dans le géographe
le midi pendant les douze heures de la anonyme de Ravenne, et son application
Journée, revient du couchant au le graphique beaucoup plus tard encore, dans
vant par le nord pendant les douze le Planisphère niellé du musée Borgia.
AFRIQUE ANCIENNE. 63
successivement les connaissances géo Rio do Ouro, par le nord du désert,
gra hiques de l'antiquité sur l'étendue le pays des Tibbous, et les sources du
et a répartition des continents ter Nil, jusqu'au cap Delgado voisin de
restres, parmi lesquels nous avions à Quiloa.
reconnaître la place réservée à l'Afri
que, nous avons vu, tour à tour, Ho‘ LIMITES DE LîAIfBIQUB ANcrnNNn
mère, donnant à l’Europe la plus grande DU cors D'Asuz.
moitié du disque, laisser lautre seg
ment à l'Asie , dont la Libye occupait Ptolémée, le premier, avait osé mar
l'extrémité occidentale; puis Hérodote, quer expressément la sé aration de
amoindrissant l"Europe, consacrer à l'Afrique et de l'Asie à l'ist me que les
l'Asie le segment le plus considérable, modernes ont aussi adopté pour limite
dans lequel la Libye avait la moindre définitive: Hérodote en avait déjà eu
part; ensuite Strabon, attribuant à la pensée . mais il ne l’avait pas impo
l'Asie toute la moitié orientale de l’Ecn sée d'autorité à ses contem orains et
mène sphéro'ide, donner l'autre à l’Eu à ses successeurs; aussi Ptolémée est-il
rope, en y comprenant la Libye comme forcé de la proposer lui-même comme
une annexe de moindre étendue, in une nouveauté, et d'en plaider les avan
dépendamment des terres extérieures. tages, sans parvenir toutefois à con
au nombre desquelles se range celle vaincre son siècle ni les géographes des
des Antichthones de Méla; nous avons âges ultérieurs: en vain il représenla
vu enfin Ptolémée, soudant la terre ne le Nil avait l'inconvénient de sein
des Antichthones aux extrémités con er I'Égypte , et d'offrir d'ailleurs une
nues de la Libye , agrandir celle-ci jus séparation moins tranchée et moins
qu'à lui assigner le second rang. après commode que le golfe Arabique; l'an
l’Asie et avant l’Europe, dans la dis; cienne routine prévalut. On se con
tribution des continents de l'Ecumène. tentait d‘échapper à l'inconvénient de
Après lui , la géowraphie rétrograde scinder l'Egypte et l'Ethiopie, en rat
vers l'imperfection (‘les âges antérieurs, tachant à l'Asie toute la rive gauche
et s‘enveloppe des langes de la barba de la vallée du Nil : cette vallée même
rie, d'où elle ne doit sortir qu'à la re devint plus étroite ou plus large au
naissance des lettres. gré des vicissitudes politiques qui an
Et ‘parallèlement à ces représenta nexaient à I‘Égypte une portion tantôt
tions contemporaines, sous lesquelles plus grande , tantôt moindre, de la li
les anciens formulaient à la fois leurs sière libyque limitrophe. '
connaissances positives et leurs théo Ainsi, tantôt c'était à l'embouchure
ries systématiques du monde habité, canopique du Nil, ou bien à Alexan
cherchant la portée véritable de leurs drie, ou encore au fond du golfe Plin
notions réelles, nous avons vu Ho thinète, tantôt à Parétonion, ou à
mère, mentionnant à peine quelques ‘ Apis, ou à Plynos, ou enfin au grand
îles libyennes de la Méditerranée , tout Catabathme, que l'on marquait, sur la
ignorer au delà du méridien de Car côte , le point de division de l'Asie et
thage; Hérodote n'a de renseigne de la Libye, continuant droit au sud
ments précis que sur une partie du lit leur ligne de démarcation. En un mot,
toral ; mais les informations plus vagues l'Egypte, avec ses dépendances, de
u'il avait obtenues suivaient la ligne meura fondamentalement annexée à
des Oases , et s’enfonçaient peut- être l'Asie , et le nom de Libye fut invaria«
même dans les terres jusqu'aux confins blement restreint, dans l'acception
ultérieurs du désert; la limite des con usuelle, a la_région africaine située à
naissances de Strabon, partant des Ca l'ouest de l'Egypte : les Arabes même,
naries, suivait la chaîne de l’Atlas, et dont Ptolémée fut pourtant le princi
passait au sud du Fezzan pour se ter pal guide, subirent néanmoins cette
miner au Ras el Kheyl; enfin , l'hori influence des vieilles habitudes ; et
zon de Ptolémée s'étendait depuis le comprenant le Messr, c'est-à-dire
r’"
M
l’Egypte dans le sella ou Orient,ils nègres proprement dits, qui se seraient
‘lirent, , ur représen’gr la Libye des avancés alors jusqu'au nord du désert.
miensfignom général de Maghreb soit qu’on les doive seulement regar
ou Occident. ' der comme une race basanée.
Il convenait donc. en traitant de A ces populations indigènes ou pré
P,“ ‘ ne ancienne, de n’y pas intro tendues telles, se vinrent mêler des
duim‘l'lgypte et le reste de la vallée élémeuts étrangers qui en modifièrent
du Nil, toujours considérés, dans l'an la composition intime et la distribu
tiquité, comme une division séparée , tion territoriale; c'est encore aux livres
et qui, dès lors , exigeaient une des de Biempsal que Salluste en a’ emprunté
cription à part, une histoire dis le récit. - Quand Hercule, dit-il , selon
tincte. les traditions africaines, eut péri en
Espagne , son armée , composée de
Divisions orioeannrquss m; L'A nations diverses, sans chef, en proie à
PIIQUI AIICIINII. des ambitieux qui s'en disputaient le
commandement, ne tarda point à se
Cette troisième partie du monde débander. Une partie, s'étant embar
connu des anciens n’a point gardé, dans quée, passa en Afri e: c’étaient des
le cours des siècles , une äclgttirizliî Mèdes et des Arméniens. qui s’établi
tion ' e constante de
mmsiîo’itnsqusœommoder . primeu e rent sur le littoral de la Méditerranée;
et des Perses , qui s‘enfoncèrent plus
sant les subdivisions de notre travail. loin. vers l'océan. Ceux-ci se lirent
D'abord on n’entrevoît d'autre distinc des abris de la coque renversée de leurs
‘tien quenelle des :J'ide'rodotet navires, à défaut de matériaux ne le
“d’a p rès“recueillies
les notions. qgalluste
‘il avait d'après
irec e sol ne leur fournissait pas, et qu ils ne
avaient tirer d’Espagne par voie
qu'il trouve consignées dans les ’achat ou d’échange, car l‘étendue de
l'wrespuniques de Bi‘empsal , concou la mer et la différence de langage s‘op
rent a nousnonncr une idée générale posaient aux relations commerciales.
de ia-sitoation primitive des popula Peu à peu ils se mélèrent aux Gétules
iem‘autochtlionœ, ou qu’ils rager par des mariages; et comme souvent,
tient de moins comme telles.’ sur tdtant le pays, ils étaient allés de place
toute l'étendue du littoral étant repan en place, eux-mêmes se donnèrent le
doe la race libyenne, à laquelle ce nom nom de Numides( i n’est qu'une au.
appartenait endpropre; depuis l’Egypte tre forme de celui de nomades). Au
üsqu’eu fond e la petite Syrte et aux temps de Salluste , les demeures de ces
rds du fleuve Triton , elle menait la Numides agrestes, appelées ma alia
vis errante des nomades; du Triton a en leur langue, avaient encore la orme
l'océan, elle était adonnée aux cul allongée et la courbure latérale d’une
turcs sédentaires. Derrière ces Libyens coque de navire. ‘
agriculteurs étaientcantonnés d’autres ‘aQuant aux Mèdes et aux Armé
nomades, peuples rudes et sauvages, niens, ils s’unirent aux Libyens, plus
däignés ‘sous le nom de Gétules, et rapprochés de la mer d’Afrique; tandis
‘ ne représentent peut-être les Berbers que'les Gétnles étaient plus au midi,
e nos jours : les traditions généalo non loin des ardeurs du tropique. Ils
gi nes de ces derniers, rapprochées de eurent bientôt des villes; car, séparés
ce les que nous a transmises Procope, de l’Espagne par un simple détroit, ils
tendent à montrer en eux les descen avaient institué un commerce d’échan
dants des Kananéens expulsés de la es. Les Libyens, altérant peu à peu
Palestine par Josué. Puis , derrière eur nom, les appelèrent, en leur langue
tous ces nomades. soit libyens ,‘ soit barbare, Maures, au lieu de Mèdes
gétules , habitaient les Éthiopiens, (se rapprochant ainsi de la prononcia
ainsi appelés de la noirceur de leur tion arménienne, qui donne en effet
teint, sont qu’il y faille reconnaître des la forme Mer au nom des Mèdes).
' AFRIQU‘E ANCIENNE. 05
- La puissancedesPerses fut prompte dont le plus considérable fut Carthage,
‘à se développer (et leur descendance 'bientôt devenue cité prépondérante au
directe se perpétua dans les tribus des milieu des cités puniques , souveraine
Pérorses et des Pharusiens , ainsi que d'un 'État puissant , et dominatrice de
Pline en a fait la remarque). Plus tard, tout le littoral africain depuis le fond
à cause de leur multitude, ils se sépa de la Syrtejus ne par delà les colonnes
rèrent de leur souche et s'étendirent, d’Hercule. Ce (furent , d'un autre côté,
sous le nom de Numides, dans les can les Grecs de Théra, qui vinrent fonder,
tons voisins du site de Carthage, qui sur la côte libyenne il l'est de la Syrte,
s'ap lèrent dès lors Numidie. Puis, des établissements dont la métropole
s'ai ant les uns les autres, ils subju fut Cyrène, moins célèbre par son im
guèrent par les armes ou par la crainte portance politique et ses richesses que
les peuples limitrophes, et s'acquirent par la culture des sciences et des
beaucoup de gloire et de renommée , lettres et par l'illustration de ses
surtout ceux qui s'étaient le plus avan écoles.
cés vers la Méditerranée,‘ où ils n'eu Alors se trouvèrent déterminées de
rent affaire qu'aux Libyens, moins véritables limites territoriales , que les
belliqueux que les Gâtules: en défini vicissitudes politiques purent dé lacer,
tive, la plage inférieure de l'Afrique mais qui ne s‘effacèrent lus; es au
tomba, pour la majeure partie, en la tels des Philènes, au feu de la Syrte.
possession des Numides; et tous les marquèrent la séparation des états de
vaincus n'eurent désormais d'autre na Cyrène et de Carthage; le nom de
tion ni d'autre dénomination que celle Libye acquit, surtout dans la bouche
de leurs maîtres. n , des Romains, une application spéciale
Ainsi, à sa deuxième phase, la po à la première de ces divisions, tandis
pulation de l'Afrique se trouva répar que le nom d'Afrique fut adopté comme
tie de manière à nous offrir, au voisi la dénomination propre du domaine
nagqule plus immédiat de l'Hispanie, carthaginois; tout le reste s'ap lait
les aures, formés du mélange des Numidie , f'usqu'au Molouya , apr le
' Arméniens et des Mèdes avec les Li quel était a Mauritanie.
byens indigènes; derrière eux les Pè Dans la Libye proprement dite, on
rorses et les Pharusiens. postérité des distinguait la Pentapole cyrénaique. et
Perses; puis les Ge'tules, et . en avant le pays des Marmarides ou Libye mar
de ces derniers, les Numides ‘formés marique, appelée aussi Maréotide;
de leur mélange avec les Perses, et quand les Romains en furent devenus
englobant les Libvens subjugués ,du les maîtres , ils en firent une province
littoral, depuis le fleuve Molouya, d'abord réunie à la Crète. puis sépa
borne des Maures, jusqu'au fond de la rée, et enfin divisée elle-même en deux
etite’ Syrte, et même au delà; enfin, à provinces présidiales sous l'autorité
‘extrémité orientale de cette lon ue supérieure du préfet d'Égypte.
zone. les Libyens pasteurs, chez es Dans l'Afrique et la Numidie, il y
uels les Numides ne s'étaient point eut, jusqu'à l'épo ue où la conquête
tendus; et derrière eux tous, les Ethio romaine eut passé e niveau sur les ri
piens. valités nationales des dominateurs pu:
D'autres races étrangères vinrent niques et des sujets indigènes . une
s'impatroniser en Afrique, non plus fluctuation de limites que l'érudition
comme éléments nouveaux destinés à et la science des modernes n'a pas tou
s'effacer dans une fusion commune, jours bien comprise , et que nous au
mais au contraireacomme fondatrices rons la tâche d'expliquer. contentons
de colonies conservant une nationalité nous de dire ici que la province
séparée. Ce furent, d'une part, les d‘Afrique, graduellement agrandie, fut
Phéniciens de Tyr et de Sidon, qui ensuite partagée de manière à former
échelonnèrent sur la côte , à l'ouest de d'est en ouest les provinces successives
la grande Syrte, divers comptoirs, appelées Tnpolitaine, Bizacène, Afri
5' Livraison. (Arnaque maman.) 5

"J ‘
66
que propre, et Numidie nouvelle. Le fils. Et la mer elle-mémé, vis-à-vis
reste de l'ancienne Numidie, donné de ce point , semblait avoir subi, dans
par les Romains au roi de Mauritanie la nomenclature qui lui est spéciale,
Bocchus, fut désormais confondu dans l'influence de ce grand divorce entre
les états de ce prince, sous le nom l’Occident et l’Orient; car un ancien
général de Mauritanie; puis, rentrées périple grec de la Méditerranée dis
sous la domination romaine , ces con tingue expressément, dans le golfe
trées formèrent les deux provinces de communément appelé grande Syrte,
Mauritanie, distinguées, d'après le nom d'une part une Syrte de Cgre'ne, de
de leurs capitales, en Mauritanie Césa äautre la grande Syrte proprement
rienne et Mauritanie Tingitane; plus ite.
tard, on sépara de la première, du côté Dépendance politique de l'empire
de celle de Numidie, une province nou d‘Orient , la Libye chrétienne recevait
velle, qu'on appela Mauritanie Siti ses évêques d’Alexandrie. Les provin
fienne. Quand Rome porta ses armes ces africaines, comprises dans l'em
au delà de cette zone littorale, les ire d’occident, constituèrent, sous
cantons qui subirent alors le joug a primatie de Carthage, la célèbre
furent annexés à la province la plus voi Église d'Afrique, placée dans l'obé
sine: le reste n'était connu que de nom. dience de Rome, et anéantie par la
Les dénominations territoriales ne persécution des‘Vandales. Quand elles
la géogra hie a consacrées pour es furent reprises aux barbares pour être
grandes ivisions de l'Afrique an réunies à l'empire d'orient, ces pro
cienne sont donc celles de Libye pro vinces formèrent ensemble une grande
pre, d'Afrique propre, de Numidie, et préfecture prétorienne, distincte de
de Mauritanies. toutes les autres.
Ces contrées n'ont point, n'eurent C'est donc adopter, pour notre tra
même jamais une histoire commune: vail, une distribution conforme au
et d'abord ‘une séparation profonde di sujet lui-même, que de traiter séparé
visait en deux parts très-distinctes ment de ces deux grandes divisions
cette longue zone de rovinces : d'un territoriales. Nous consacrerons, en
côté c'était l'orient , e l'autre l'Occi conséquence, une première partie de
dent, grandes régions dont la nature ce livre à la Libye roprement dite,
même avait indiqué. le partage. et que dont nous suivrons l’ istoire , sans in
la force des choses maintenait cons terruption, depuis les temps les plus
tamment en des mains diverses, bien reculés jusqu'à l'invasion arabe, dans
avant que les maîtres du monde son les flots de laquelle fut engloutie toute
geassent à le morceler en deux em l'Afrique ancienne.
pires jumeaux. Les dénominations gé Passant ensuite aux provinces afri
nérales étaient, dans leur acception la caines, nous donnerons une section à
plus large, soumises aux exigences de chacune des trois grandes contrées,
ce partage : on n'étendait point au l'Afrique propre, la Numidie , les
delà de la région occidentale l'appel Mauritanies, depuis l'origine jusqu'à
lation de provinces africairæs; et la leur réduction en provinces romaines;
langue de Rome‘échappait à l'influence la domination des Romains , le déve
des‘ habitudes grecques, pour concen loppement et les vicissitudes de l'É
trer dans la division orientale le nom glise d'Afrique , le règne des Vandales,
de Libye. * la restauration byzantine, demande
La borne commune. était marquée ront à leur tour de nouvelles sections
par les Autels des Philènes, monu pour arriver à l'invasion musulmane,
ments à la fois de l'ancienne étendue qui doit ouvrir, ainsi que nous l'avons
des possessions littorales deCarthage éjà marqué, l'histoire moderne de
et du patriotique dévouement de ses l'Afrique.
*
ummmummmu uoaumuawuuumuu\mmwnum W

AIFIRJIQUE ANŒEENNE.
‘#009

PREMIÈRE PARTIE.
———.

LA LIBYE PROPRE,
GOIPIŒIAN‘I

LA CYRÉNAÏQUE ET LA MARMARIQUE.

5 les‘.

DESCRIPTION .
I. 1.1: son. quelques îles de verdure étaient parse
mées à la lisière septentrionale de la
Limites générales, politiques et grande mer de sables, la possession
physiques; dénominations. de ces îles flotta ,souvent, incertaine,
LIMITES POLITIQUES DE L'AN entre la Libye, l’Egypte, et les popula
CIENNE LIBYE. — La Méditerranée au tions indépendantes du désert.
nord, au sud les profondeurs du désert, LIMITES NATURELLES ou PHYSI
à l'est l'Egypte, et l'Afrique propre à QUEs. — Cependant . le territoire que
l’ouest, telles sont. en termes généraux, nous venons designaler, peut aussi être
les bornes de la contrée à laquelle les considéré , au point de vue de la géo
Romains restreignaient le nom de Li graphie physique, comme une région
bye, employé parles Grecs dans up sens déterminée par des limites assez bien
beaucoup plus eteudu. Sauf le cote de tracées : il y faut remarquer en effet,
la mer, dont le caprice des hommes au nord-ouest, un plateau culminant,
ne pouvait avancer ou reculer les ri dont les déclivités s‘abaissent rapide
va es, ces limites n'eurent pas la fixité ment, dans cette direction, vers la
in élébile des démarcations naturelles mer qui l'entoure, tandis qu'elles s'é
que n'affectent point les vicissitudes pd tendent, à l'opposite, en vastes ter
litiques; mais si les variations qu'elles rasses successivement étagées vers
éprouvèrent furent fréquentes et sen l’est, où le passage de l'une à l'autre
sibles du côté de l'Égypte , où un pou est remarquable par les ressauts appe
voir puissant envahissait par degrés un lés le grand et le petit Catabathme,
domaine qu'il devait finir par s'appro et dont la dernière vient expirer aux
prier tout entier , les limites occiden confins immédiats de la vallée du Nil;
tales ne subirent que des changements pendant que vers le sud , depuis le fond
plus rares et moins considérables , dus de la grande Syrte jusqu'à l'extrémité
encore à l'extension de la puissance orientale, une longue vallée s'étend
égyptienne, qui, sous les Ptolémées comme un lit desséché‘, entre les der
s'avanca d'une centaine de milles au nières déclivités du plateau , et les
delà même des Autels des Pliilènes. jus dunes sablonneuses où commence le
qu'à la tour Euphranta; et au sud , où grand Ssahhrâ, présentant sur quel.
5.
68
ques points des cultures et des bosquets VILLES , BOURGADES En? Aunns
verdoyants , ui signalent les cases maux DÉPENDANTS DE LA PENTA
d'Augiles et Ammon. POLE. —- Cyrene , Apollonie, Ptolé
DÉNOMINATIONS nrvxnsns nu mais, Arsinoé, Bérénicert‘clles furent
rus-Le plateau culminant, partie les cinq cités qui constituèrent la floris
principale de tout cet ensemble , cons sante Pentapole : dans leur de ndance A
tituait, à proprement parler, ce qu’on étaient comprises d’autres vil e8_moins
appela tour à tour Cyrénaîque, Pen importantes , comme Adrianopolis ,
tapole, Libye supérieure; le reste for entre Bérénice et Arsinoé; sur la route
mait la Marmarique, Libye aride ou de Ptolémaîs à Cyrene, Kélida, Ké
inférieure, nommée aussi , dans sa nopolis, Phalacra, dans l’intérieur; et
partie la plus orientale , Libye maréo sur la côte, Ausigda, et le petit tem
tide. Il est superflu d'ajouter que, sous le d’Aptoukhos; sans compter nom
la domination de Cyrene , le nom de re de villages plus obscurs , répandus
Céyrénaîque s'étendait à toute la contrée sua tout le plateau en tirant vers le
r unie sous ses lois. su .
A l'est d’Apollonie, s’ouvrait une
Description de la Libye supérieure baie spacieuse offrant un Naustatlimos
ou Peniapole cyre'natque. ou station navale, au sortir de laquelle
Tsaal'roma ET VILLES DE LA PEN on rencontrait, sur la droite, Éry
TAPOLIL- Figurant une ellipse, le pla thron , puis Chersis voisine de la
teau verdoyant de Cyrene projetait'à petite île d’Aphrodisias , et sous l’abri
l’est la grande. Chersonnèse, à l'ouest le du promontoire Zephyrion la cité de
promontoire Borion , comme les deux Darnis, dont le nom a persisté dans
‘les de son grand axe; tandis que sur le celui de la moderne Derneh; après
anc septentrional , le promontoire de Darnis on trouvait encore, sur la côte,
Phyconte marquait l'extrémité de son Axilis, avant d'atteindre la grande
moindre diamètre: le llanc méridional Chersonnèse des Antides; et quand
s‘abaissait vers les landes arides d'une ; on avait doublé celle-ci , on voyait le
grande terrasse qui s’étendait elle Paliouros déboucher en face des îles
même au loin jusqu’à Augiles et à Platée et Sidonie. A l’intérieur étaient
l'oasis d‘Ammon. Sur le plateau étaient Limniade, Hydrax, Leucon, et d’au
assises Cyrène et Barkê, ayant à leurs tres points plus obscurs.
pieds , au fond de deux petites anses PRODUCTIONS NATURELLES nu
de la côte, les ports d'où elles expéw tLunAu CYBÉNÉEN. —— Le flanc sep
diaient leurs navires; là c’était Apol tentrional du Iateau offrait la plus
lonie,. le port de Cyrène, connu plus admirable fertilité, et les récoltes,
tard sous le nom de Sozousa, que s’étageant en trois saisons successives
peut-être il avait primitivement porté, depuis le pied jusqu'au sommet, oc
reconnaissable encore dans l'appella cupa‘ient les deux tiers de l’année. On
tion arabe de Mersày-Sousah qu’il commençait la moisson et la ven
conserve encore auiourd'hui; de l’au dange sur le bord de la mer; on pas
tre art, c’était Ptolémaîs, le port de sait ensuite à la région intermédiaire,
Bar é, d’abord appelé aussi Barké de celle des coteauxtoù le blé et le rai
même que la cité principale à la for sin achevant de mûrir appelaient la
tune de laquelle il était attaché. Plus main qui devait les couper; et pen
loin, à l’ouest, se montrait, sur la dant qu'on les cueillait sur cette zone
côte, Téulihira, qui fut appelée Arsinoé moyenne,v ils venaient aussi à matu
sous les Ptolémées, mais qui reprit rité dans la dernière région, et vou
ensuite son nom indigène, qu’elle garde laient à leur tour être moissonnés
encore de nos jours; puis enfin Béré et vendanges. L’extrémité occidentale
nice, l’antique Hesperide, près des _ présentait surtout la plus délicieuse
, ruines de laquelle s’élève la moderne végétation’, et méritait à juste titre ce
Ben-Ghâzy. nom de Jardin des Hespérides, que
AFRIQUE ANCIENNE. 69
l'antiquité poétique lui avait décer du grand Pétras et de Panormos.
né 2 c'étaient d'admirables vergers , de jusqu'au grand Catabathme; quelques
charmants bocages, où l'ombre et la autres points. marqués à l'intérieur
fraîcheur s‘étendaient sous l'épaisse dans la direction d'Ammon et d’Au
verdure des lotiers , des pommiers de giles , n'étaient probablement que des
toute es èce , des grenadiers , des poi lieux de campement. A l'ouest, au
riers , es arbousiers , des mûriers , delà du cap Borion , on voyait se suc
des vignes , des myrtes, des lauriers, céder les postes de Diachersis , d’Hé
des lierres , des oliviers, des oléastres, raclion, de Sérapion, les orts de
des amandiers , des noyers. Le figuier Diarrhoas et d'Apis, les ch teaux de
et le cornouiller, le lentisque , le gené Kainon, de Borion, d'Automala, et
vrier odorant et le cyprès, étaient aussi enfin le bourg et les Autels des Phi
répandus sur ce terroir fertile où la lènes. Si , de cette limite, on voulait
brise promenait un air pur et vivifiant, suivre plus loin le rivage, on ren
où des eaux fré uentes nourrissaient contrait le petit port d'Épèros, celui
de verdoyants p turages émaillés des de Charax où l’on croit ue naquit
fleurs du safran. Au delà de cette li Den s le Périégète, .et en n la tour
sière littorale, sur les hautes plaines, Eupl‘iranta, dernière ,borne de la Cy
depuis la grande Chersonnèse jus rénaîque sous les Ptolémées.‘
qu'aux Hespérides, dans une longueur SECONDE rsnmsss, Au-pnssous
e 1500 stades sur une largeur de DU GRAND Cnxnnnun. — En des
300, naissait le précieux silphion aux cendant à l'est le grand Catabathme,
ombelles d'or, aux vertus héroïques, on arrivait à une seconde terrasse. non
produit sauvage des terres incultes, moins aride et une que la première,
fuyant les soins de l'homme et dispa s'étendant vers l'orient jusqu'au petit
raissant sous la dent des trou eaux, Catabathme, et offrant, sur la côte,
jadis abondant, uis rare, puis isparu Zygris, Zagylis, Plynos, Apis , Paré
tout à fait duv so , et reparaissant après tonion, et autres lieux de moindre im
un long oubli, pour se laisser étudier portance , sans parler de nombreuses
par les botanistes modernes, sous le stations plus écartées de la mer. Et
nom de deriah ou zerrah que lui don lorsqu'on avait encore descendu ce
nent les Arabes nomades, maîtres ac deuxième Catabathme, on trouvait, sur
tuels de l'antique région silphiophore. le littoral, Pe’donia, Antiphra, Leu
caspis, et enlin Plinthine où la Libye
Description de la Libye inférieure venait expirer devant l'Egypte, outre
. ou Marman‘que. quelques autres points moins immé
diatement rapprochés du rivage.
Pnsmîznx TERRASSE, Au-nnssUs Tel est le théâtre sur lequel nous
DU GRAND Cmuænnus — Des avons à distribuer les populations qui
oendons du plateau supérieur sur la se partageaient la possession du sol.
vaste terrasse qui lui succède au sud,
et qui s'étend ‘d'est en ouest depuis 11. ms HABITANTS.
le grand Catabathme jusqu'au fond
de a grande Syrte, borne au midi, C'étaient , nous le savons , des races
comme nous l'avons déjà indiqué, indigènes, des Libyens nomades, au
par les oasis d'Ammon et d'Augiles; nord desquels s'étaient juxtaposés ,
ce n'était qu’un désert, parcouru par sur la côte, des colons grecs, hôtes
uelqucs nomades sans habitations d'abord , puis maîtres du pays.
fixes, et l'on n'y ouvait guère relever La’ plus ancienne description que
qu'un petit nom re de points sur la nous ayons de ces divers peuples , est
côte. A l'est, depuis l'embouchure du celle que nous devons à Hérodote : et
Paliouros , se succédaient les ports de nous ne pouvons mieux faire que de
Batrachos. du etit Pétras, d'Anti la transcrire ici , telle à peu près qu'il
pyrgos, de Skyt ranion, de Ménélas, nous l'a laissée.
70
Description des populations indi qu'à la mer près des flespérides. Vers
nes au cinquième siècle avant le milieu du territoire des Auskhises
ère vulgaire. sont cantonnés les Cabales, petite na
tion qui s’étend jusqu'à la mer vers
Antnxecmnas. Grucutss, As Taukhira , ville dépendante de Barkè.
bvs'rss, Ausxursas. — « Voici », Ces peuples ont les mêmes mœurs que
dit Hérodote, « l’ordre dans lequel on ceux qui habitent au-dessus de Cyrène.
trouve les peuples de la Libye, à com NASAMONS, PsvLLss. — « Aux
mencer depuis l’Egypte. terres des .Auskhises confinent , à
v Les premiers qu'on rencontre sont l'ouest, les Nasamons, peuple consi
les Adyrmachides. Ils ont presque les dérable, qui, laissant pendant l'été
mêmes usages que les Égyptiens; mais leurs troupeaux au bord de la mer.
ils s'habillent comme le reste des Li s'avancent jusqu'au canton d'Augiles,
byens , et leurs' femmes portent à cha our récolter des dattes , parce que
que jambe un anneau de cuivre. Elles es pa miers y sont abondants , vigou
laissent croître leurs cheveux, et si reux et tous féconds: on les cueille
elles sont incommodées par les poux, à peine mûres Ç‘), on les fait sécher
elles les prennent, les tuent avec les au soleil, et on les moud ensuite; on
dents, et s'en débarrassent de cette les détrempe dans du lait pour les
manière ;‘lls sont, au surplus, les seuls manger. Chacun a d'ordinaire plusieurs
d'entre les Libyens qui en agissent femmes, etil les voit publiquement, à
ainsi. Ce sont également les seuls ui peu près comme les lllassagètes, après
montrent au roi leurs filles nubi es avoir planté en terre son bâton. Lors
afin qu'il choisisse celle qui lui plaît. qu'un Nasamon se marie pour la pre
Ces Adyrmachides habitent depuis mière fois, la coutume est, la pre
l'Égypte jusqu'au port appelé Plynos mière nuit des noces, que la mariée
(voisin du grand Catabathme). reçoive les emhrassements de tous les
c Ils ont auprès d'eux les Gigames convives, qui lui font un cadeau ap
ou Giligames, qui occupent la con rté tout exprès de chez eux. VOICI
trée a l'occident, jusqu'à l'île A lll‘O eur manière (le faire des serments et
disias. Dans cet intervalle est l’ile de d'exercer la divination : ils mettent la
Platée, où les Grecs fondateurs de main sur les tombeaux des hommes
Cyrène s'étaient d'abord établis, et qui ont parmi eux la réputation d'avoir
sur le continent est le port de Méné été les plus justes et le plus gens de
las, et Aziris où les Cyréuéens habi bien, et jurent par eux. Pour exercer
tèrent aussi. Là commence le sil la divination, ils vont aux tombeaux
phion, car c'est depuis l'île de la de leurs ancêtres, y font leurs prières,
tée jusqu'à l'entrée de la Syrte que et y dorment ensuite : si pendant leur
croit cette plante. Ces peup es’ont à sommeil ils ont quelque songe, ils en
eu près les mêmes coutumes que font usage dans leur conduite. Ils
eurs voisins. s'engagent mutuellement leur foi en
« Après les Gigames, du côté du cou
chant, sont les Asbystes , qui habitent (') Le texte d'He'rodote est en cet en
le pays au-dessus de Cyrene; ils ne droit équivoque à tel point, que les uns y
s'étendent pas jusqu'à la mer, attendu ont vu des hanuetons, d'autres des saule
que le littoral est occupé par les Cyré relles, el peutvèlre ceux-ci ont-ils raison;
néens. Ils sont fort habiles, ce sont cependant nous avons préféré interpréter
même les plus habiles des Libyens à ‘robe 6è àrteléôouç ë'iteàv e-npeùcrwot par une
conduire les quadriges; ils s’étudient cueillette de (dattes) à peine mûres, plutôt
à imiter la plupart des coutumes des que par une chasse aux sauterelles, nous
Cyrénéens. consolaut d'avance, si nous nous trompons,
« Au couchant des Asbystos confl de Je faire en compagnie du savant Hem-i
nent les Auskhises, qui occupent le pays Estienne, réviseur et éditeur de la version
au-dessus de Barké , et s'étendent jus latine de Laurent Valla.
AFBJQUE ANCIENNE. 11
buvant réciproquement dans la main sables, est une colline de sel gemme
l’un de l’autre; à défaut de liquide, ils pareille à celle d’Ammon, avec une
ramassent à terre de la poussière et la source autour de laquelle sont établis
lèchent. les habitants: ce canton porte le nom
« Aux Nasamons confluent les Psyl d’AugiIes; c’est là que les Nasamons
les, lesquels périrent de la manière viennent, en automne , faire leur ré
que voici : le vent du midi avait, de colte de dattes. A dix- journées plus
son souffle, desséché leurs citernes , loin habitent les Garamantes.
et toute leur contrée, située en dedans - Les maisons de tous ce peuples
de la Syrte, est dépourvue d‘eau : ayant sont bâties de quartiers de sel, car il
tenu conseil entre eux, ils résolurent, ne pleut jamais dans cette artie de la
d'un consentement unanime, d’aller Libye, sans quoi les murail es de leurs
faire la guerre au vent du midi : je ré habitations seraient bientôt fondues.
pète le récit des Libyens eux-memes. On tire de ces mines deux sortes de
Lorsqu’ils furent arrivés au milieu des sel : l’un blanc, l’autre rouge. Au-des
sables, I’autan déchaîné les v enseve sus de cette élévation sablonneuse
lit. Quand ils eurent péri, les Nasa vers le midi, dans l'intérieur de la Li
mons s’emparèrent de leurs terres. bye, le pays est désert, sans eau, sans
POPULATXONS DE L’INTÉnxnun. — animaux, sans pluie, sans bois, dé
«Voilà quels sont les Libyens nomades pourvu de toute espèce d’humidité.
les plus rapprochés de la mer. Au-des Mœuns n13 COUTUMES nns Lr-I
sus , en avançant dans l’intérieur
des terres , on rencontre la Libye thé BYENS.— « Ainsi, à partir de l’Égypte,
riode ou sauvage. au-dessus de laquelle les Libyens sont des nomades se nour
on dit qu’une élévation sablonneuse rissant de la chair et du lait de ‘leurs
s’étend depuis Thèbes d’Égypte jus brebis; s'abstenant, comme les Egyp
u’aux stèles Héracléennes, offrant de tiens, de manger du bœuf, et n éle
ix en dix journées, ou à peu près, des vant pas non plus de cochons. Les
collines de sel gemme; du milieu de femmes cyrénéennes, même, ne se
celles-ci jaillissent des sources d’eau croient pas permis de manger du
douce et fraîche , autour desquelles bœuf, à cause de l’égyptienne Isis,
habitent les peuples les plus reculés dont elles observent soi neusement
vers le désert au-dessus de la Libye les jeünes et les fêtes; et es femmes
thériode. Les premiers qu'on rencon des Barke’ens s’abstiennent non-seule
tre depuis Thèbes, à dix journées de ment du bœuf, mais aussi du porc:
route, sont les Ammoniens, qui ont telle est leur observance.
un temple consacré à Jupiter thébéen, « Chez la plupart des Libyens no
car on sait qu’à Thèbes la statue du mades (je ne saurais dire avec certi
dieu et une tête de bélier. Chez ces eu tude s’il en est de même pour tous) ,
ples se trouve une autre source ont quand les enfants ont atteint quatre
’eau est tiède au point du jour, fraî ans, on leur brûle, avec de la lame en
che à l’heure du marché, extrêmement suint, les veines du haut de la tête,
froide à midi, au moment où ils arro quelquefois celles des tempes, pour les
sent leurs jardins; puis à mesure que élivrer à toujours de l'écoulement des
le jour avance , elle devient moins humeurs de la tête, et leur procurer
froide jusqu'au coucher du soleil, une santé robuste. Il est de fait que
qu’elle est tiède; elle s’élève ensuite de tous les peuples que nous connais
e plus en plus jusqu’à minuit, qu'elle sons, les Libvens sont ceux dont le
bout à gros bouillons; passé minuit, corps est le plus sain; je ne puis dire
elleva en refroidissant jusqu’au lever que telle en soit la cause, mais il est
de l’aurore. On appelle cette fontaine certain qu’ils ont une santé parfaite.
la fontaine du Soleil. Si, peu ant qu’on les brûle, les en
et Après les Ammoniens, à dix autres fants sont pris de convulsions, on y a
journées de route sur cette zone de trouvé remède: il suflit de les asper
72
er d'urine de boue; je répète ce que troisième ne reconnaît aucun roi, n'a
isent les Libyens. aucune notion de la justice , et ne vit
« Voici comment ces nomades font que de brigandages, enlevant tout ce
leurs sacrifices: d'abord ils coupent, qui arrive du désert, et l'emportant
à titre de prémices , un'. oreille de la aussitôt dans son repaire. Tous ces Li
victime, et la jettent sur le toit de byens mènent une existence abrutie,
leurs maisons; cela fait, ils lui tordent couchant en plein air, et n'ayant qu'une
le cou : ils l'immolent au soleil et à la nourriture sauvage; sans maisons,
lune, seules divinités auxquelles sacri sans habits, se couvrant seulement le
tient tous les Libvens sans distinction. corps de peaux de chèvres. Leurs chefs
(Nous dirons ailleurs le culte particu n'ont pas de villes sous leur obéis
lier des habitants du lac Tritonide, et sance, mais seulement, au voisinage
les emprunts que leur a faits la Grèce.) des sources , des tours où ils renfer
C'est aussi des Libyens que les Grecs ment leurs richesses; tous les ans ils
ont appris à atteler quatre chevaux à somment les peuples tributaires de
leurs chars. L'enterrement des morts faire leur soumission , traitant en
se fait chez les nomades comme chez amis ceux qui obéissent, poursuivant
les Grecs; il faut excepter les Nasa comme rebelles ceux qui s'y refusent.
mons, qui enterrent leurs morts assis, Leurs armes sont analo ues à la na
ayant soin de tenir les agonisants dans ture de leur pays et a eur genre de
cette posture, de peur qu'ils n'expirent vie; car, légers de corps , et habitant
couchés. Leurs habitations sont des un pays de plaines, ll_S courent au
cabanes tressées d'asphodèles et de combat avec troisjavelots et des pierres
joncs, qu'ils transportent à volonté. dans un sac de cuir, sans aucune au
Voilà quels sont les usages de ces .tre arme offensive ou défensive, ayant
peuples. » pour but de gagner de vitesse l'ennemi '
État des populations libyennes de dans la poursuite comme dans la re
puis le premier siècle avant J.-C. traite, habiles qu'ils sont à courir et à
jusqu'au deuxième siècle de notre lancer des pierres, après s'être appli
ère. qués à développer par l'exercice et
lhabitude leurs dispositions natu
Exposé ne Dronone DE SIcrLe, relles. En général, à l'égard des étran
AU PREMIER SIÈCLE AVANT NOTRE ers, ils n'observent absolument ni
. ÈnB. —Tel est le tableau que nous offre oi , ni loi. »
Hérodote, au cinquième siècle avant Exrosé on STRABON ET DE PLINE,
notre ère; quatre cents ans plus tard, au PREMIER SIÈCLE DE No'rnn iras.
Diodore de _Sicile nous fait une nou -— Strabon, un peu plus récent, est plus
velle description, moins étendue, mais bref: « La région aride et stérile qui
qui offre quelques détails curieux, di s'étend au-dessus des Syrtes et de la
gnes de trouver place ici. Cyrénaique, est occupée par les Li
« Passons», dit-il , « aux Libyens voi byens, et en premier lieu par les Na
sins de l'Égypte, et aux contrées limi samons, qui ont près d'eux (vers l'oc
trophes. Près de Cyréne et des Syrtes, cident) les Psylles et quelques Gétules,
habitent, dans l'intérieur des terres, après lesquels viennent les Garaman
quatre races de Libyens: on appelle tes; à l'orient , les Marmarides, qui
Nasamons ceux qui s'étendent au midi; d'un côté touchent à la Cyrénaîque,
Auskhises ceux qui occupent l'occi et de l'autre se prolongent jusqu'à
dent; Marmarides ceux qui ont leurs l'oasis d'Ammon. On ignore ce qui est
demeures entre l'Égypte et Cyrène, au delà d'Ammon et des cases jus
tenant une partie du rivage; les autres qu'aux frontières de l'Éthiopie. »
habitent autour des Syrtes. Deux de Pline, postérieur à Strabon, se
ces peuples obéissent à des rois, et borne comme lui à quelques notions
mènent une vie moins grossière, moins extrêmement conclses ‘: « Les Marma
éloignée de toute civilisation; mais le rides habitent à peu près depuis les
AFRIQUE ANCIENNE. 73
environs de Paretonium jusqu'à la ciers ensemble; mais il faut se hâter
grande Syrte; puis viennent les Ara de reconnaître que beaucoup de ces
raucèles, et, sur les bords de la Syrte, noms de peu les ne désignent proba
les Nasamons, que les Grecs appe blement que es habitants de quelques
laient jadis Mesammons à cause de petits districts, quelquefois de sim les
leur situation au milieu des sables. villages; les Espagnols qui appelent
Après lesNasamons viventles Asbystes pucblos ou peuples leurs villages, les
et les Maires. Depuis le Catabathme Portugais qui appellent les leurs po
jusqu'à l'Egypte s'étend la Libye _ma voaçâo ou population , emploient
réotide, occupée par les Marmarides une métaphore toute semblable. On
et les Adyrmachides, après lesquels est fra pé, dès le premier coup
viennent les Maréotes. » . d'œil, es rapports que présentent
Exposé DE ProLéMEE,AU DEUXIÈ les noms des Zygrites, des Khatta
ME SIÈCLE DE NOTRE ÈRE. — Mais niens et des Zyges, dans la liste ci
Ptolémée, dans le siècle suivant, vient dessus, avec ceux des villes ou villages
nous fournir de nouveaux détails : de Zygris, de Khetléa, de Zygis, ins
« Au-dessus de la Pentapole v, nous crits dans les tables du géographe
dit-il, « le pays est occupé, à l'est alexandrin. Il est probable que plu
des jardins des Hespérides, par les sieurs des peuplades qu'il désigne
Barkites, à l'orient desquels sont les étaient des branches ou des rameaux
Araraucides. Derrière le jardin des de tribus plus considérables.
Hespérides sont les montagnes appe.
Iées les buttes d'Hercule, au levant Résultats comparatifs des notions
desquelles on trouve les Asbystes. Plus qui précèdent.
loin vers l'Afrique , au-dessus des MODIFICATIONS ORGANIQUES ET
monts Ouelpa , se présentent les Ma DÉPLACEMENTS, SUBIS PAR LES DI
katoutes, puis les repaires des Lesa VERSES TRIBUS LIBYENNEs.-—Il faut
nikes, à l'est desquels sont les Psylles, tenir compte. au surplus, dans l'exa
et ensuite, des lieux sauvages et la men comparatif des données succes
région silphiophore. Les parties sep sives que nous venons de passer en
tentrionales de la Marmarique appar revue, des modifications qu'ont pu
tiennent aux Libyarkes, aux Anèrittes produire, d'une part la fusion de phi
et aux Bassakhites, derrière lesquels sieurs tribus en une seule, d'autre
sont les Apotomites, et plus au sud part le morcellement d'une seule tribu
encore, les Augyles; après ceux-ci les en plusieurs. Hérodote nous dit lui
Nasamons et les Bacates , ensuite les même que les Psylles avaient été ab
Aukhises et les Tapanites, au delà des sorbés par les Nasamons; il est à croire
quels sont les Sentites et les Obèles, que les Cabales et les Gigamcs ou Gi
puis les Esariens. Le littoral du nome ligames, qu'il avait signa és. et qui ne
de Libye est possédé par les Zygrites, se retrouvent plus dans les siècles os
les Khattaniens et les Zyges; les par térieurs, furent pareillement absor és,
ties méridionales par les Bouzes et les premiers par les Auskhises ou par
les Ogdémiens; au delà sont les Adyr les Barkéens , les seconds par les Mar
makhites, ensuite le pays d'Ammon, marides. Quelquefois aussi l'imper
uis les Anagombriens, et après eux fection des connaissances recueillies
es lobakhes et les Rouadites. » Nous par certains écrivains , ou le désir de
n'avons as à nous occuper ici de la réduire leurs descriptions à quelques
Maréoti e, dépendance trop immédiate grands traits, leur ont fait réunir,
de l’Égypte pour que nous puissions tous une désignation commune, divers
consentir à l'en séparer. peuples d'ailleurs indépendants; ainsi
On voit que Ptolémée à lui seul énu Diodore de Sicile, ,en distribuant tout
mère, dans la contrée qui fait le sujet l'intérieur de la Libye propre entre les
de notre étude actuelle, un plus rand Nasamons au sud, les Auskhises à
nombre de peuples que tous ses evan l'ouest, et les Marmarides à l'est,
74
confond avec chacune de ces nations qui forme l’éta 8 suivant, occupée à
une ou plusieurs des nations voisines la fois , depuis e Catabathme jusqu’à
qui n’avaient point péri, puisqu'on les la Syrte, par les Gigames à l'est, les
voit ultérieurement reparaître: tels Asbystes au milieu, et les Auskhises
sont les Asbystes ou Asbytes, proba à l’ouest, avec les Cabales enclavés;
blement sous-entendus parmi les Aus lus tard seulement, les Marmarides,
lihises; tels sont, d’une manière lus es mêmes peut-être que les Gigames,
frappante encore , les Adyrmachi s , se trouvèrent maîtres exclusifs de
enveloppés dans les Marmarides. cette terrasse ; à l'étage au-dessous
Il faut, en outre‘ se rendre compte figuraient, vers l'ouest les Psylles ,
de uelques déplacements; les Asbystes vers le sud les Nasamons, et vers l'est
et es Auskhises paraissent avoir été les Adyrmachides. Voilà, ce nous sem.
poussés au sud par les Barcéens, ou ble, la disposition générale qui ressort
plutôt par les Marmarides, qui au de l’étude des faits ultérieurs. Il est
raient été repoussés à leur tour par utile de ne pas perdre de vue cette es
les Barcéens, pendant que les Ararau pèce de symétrie des opulations in
cèles ou Araraucides, qui se trouvaient digènes avec les grau s traits physi
jadis au delà des Marmarides, tout au ques du sol, parce qu'elle a toujours
rès des Nasamons, remontaient vers influé, à un certain degré, sur les déli
e nord pour devenir limitrophes des mitations que l'histoire ou la géogra
Barcéens. Ces déplacements n’ont rien phie ont ensuite adoptées.
qui nous doive surprendre , puisqu'ils Et maintenant que nous avons dé
s’opéraient entre des tribus nomades, crit le théâtre où se succédèrent, dans
dont le cantonnement territorial a le cours des siècles, les actes divers
toujours moins de fixité que les éta du drame politique où le premier rôle
blissements des peuples sédentaires. appartient à Cyrène. il est temps de
DISTRIBUTION nsu'rlvs DES P0 raconter l’originhbecroissement, la ,
PULATIONS son Le 'rsnni'roins. -— puissance et les vicissitudes de cette
Quoi qu'il en soit, en remontant par la ville tour à tour royale et populaire,
pensée aux temps primitifs de la Li autonome et asservie , païenne, juive
ye, avant que les Grecs y fussent et chrétienne; fameuse par sa turbu
venus fonder leurs colonies, et em lence, par ses richesses, ar ses mœurs
brassant dans une considération sy raffinées, par ses phi osophes , ses
noptique les populations autochtho poètes et ses savants, aujourd'hui dis
nes et le territoire qui leur était parue du monde, et n’ayant laissé à sa
dévolu, on peut se représenter le pla place que le nom de Qerenneh pla
teau supérieur en la possession exclu nant sur quelques ruines éparses aban
sive des Barcéens; la grande terrasse données à d’insouciants nomades.

5 11.
HISTOIRE.

1. msrotns ne La FONDATION antiques, entourée d'incertitudes ‘et


DE CYBENB. de fables; au milieu des récits divers,
ressort néanmoins invariablement ce
Origine des Thére'ens fondateurs fait principal, que Cyrène fut une co
de Cyrène. lonie de Pile de Théra, dont les habi
tants étaient, pour la plupart, venus
LES AcHÉsNs DE LA LACONIE, de la Laconie. Il est donc nécessaire,
PREMIER ÉLÉMENT DE LA POPULA pour éclaircir, au point de vue ethno
‘NOM DE TnÉnA.-—L’origine de Cyrène ogique, l’histoire de la fondation de
se trouve, comme toutes les origines Cyrene , de remonter, comme l'a fait
* AFRIQUE ANCIENNE. ‘I5
Hérodote, aux colons qui (peuplèrent assumés un Lemnos. -— Dans l'in
Théra , et aux causes qui éterminè tervalle, l'invasion des Pélasges avait
rent leur émigration. chassé de Lemnos les Minyens, origié
Un coup d'œil sur l'état de la La maires de Thessalie, et célèbres à raison
eonie à cette époque paraît d'abord de la part qu’ils avaient prise à
indispensable. Cette contrée était en l'expédition des Argonautes; expul<
la possession des Achéens, quand l'in sés de leur île, ils cinglèrent vers la
vasion dorienne, conduite par les Hé. Laconie, débarquèrent à Ténare pa
raclides , au douzième siècle avant trie de l‘argonaute Euphème, et vin
notre ère, vint y établir un ordre de rent camper sur les hauteurs du Tay
choses entièrement nouveau : les con gète.A la vue des feux qu'ils y avaient
quérants, dont le nombre n'était point allumés , les Lacédémoniens leur en.
assez considérable pour occuper à la voyèrent demander qui ils étaient,
fois tout le pays, se contentèrent, dans d'où ils venaient, et ce qu'ils voulaient:
le principe, de s'établir à Lacédémone, ils répondirent qu'ils étaient Minyens,
sauf à étendre graduellement leur do descendants de ces vaillants guerriers
mination sur les cantons voisins , en qui montaient le navire Argo, et qui
refoulant les anciens habitants au ayantabordéà Lemnos yavaientlaissé
delà des limites, successivement a ran leur postérité; ils ajouterent qu'ayant
dies, du territoire subjugué. De à les été chassés par les Pélasges. ils ve
émigrations qui eurent pour résultat naient, comme cela était naturel ,
la colonisation de Théra , métropole à chercher un asile au pays de leurs pè
son tour de Cyrène, res; ils priaient donc les Laconiens
Sncorm in‘msur, LBS CAnuÉms de les recevoir chez eux et de les ad
nsrnclss DE Tuianns. -— Mais avant mettre au partage non-seulement de
l'arrivée deafléractides, l'ancienne ca leurs tends. maisenoore des droits et
pitale des Me'ens de la Laconie, la deshonneurs‘dela cité. Les Laco
ville de Tyudale et de Le’da, la pa niens y consentirent,en considération
trio de Castor et de Pollux , d’flélene surtout de ce que les radar-ides
et de Clytemnestre. Amyelée, 'avait avaient fait partie de l'ex ' ‘tion des
. reeu dans son les restes de la Argonautes: ib accueillirent les Mi
nobte race desgltgides, dépossédée "yens, leur donnèrent des terres et
de Thèbes par l'invasion béotienne les répartirent parmi leurs tri s.
(1150 ans avant notre ère); elle avait Ceux-ci y prirent aussitôt des épou
ainsi donné l'hospitalité a Thérns et ses, et y trouvèrent des époux pour
Argie, tous deux enfants d’Autésion, les filles qu'ils avaient amenées de
fils déshérité du roi Tisamèue, dont Lemnos.
la généalogie remontait, à travers huit Mais bientôt les Miuyens affiché
générations, par OEdipe,jusqu‘à Cad rent des prétentions exorbitantes : ils
mus. Quand l'héraclide Aristodème voulurent s'emparer de l'autorité, et
s'empara d'Amyclée, il y prit pour violèrent sur plusieurs points les lois
épouse la cadmeenne Argie, et la ren du pays. Les Lacédémoniens alors ré
dit mère de deux princes jumeaux, solurent de s'en délivrer: ‘ils se sai
Eurysthènes et Patrocles , qui ne vi sirent d'eux , et les jetèrent en prison
rent toutefois le jour qu'apres sa mort pour attendre leur supplice, les exé
(1125 ans avant .l.-C.) : leur oncle ma cutions, à Lacédémone, ne se faisant
ternel Théras gouverua pendant leur que-la nuit, et jamais de jour. Comme
minorité, et quand ils furent en âge l'heure de leur mort approchait, leurs
de prendre eux-mêmes les rênes de femmes , qui étaient il es des‘ rinci
l'État, Théras , trop fier pourobéir paux citoyens de Lacédémone, 'eman
après avoir si longtemps commandé, dèrent à entrer dans la prison pour
résolut de s'expatrier pour aller ail parler à leurs maris , ce qui leur fut
leurs fonder un nouveau royaume. accordé sans défiance. Elles ne furent
Tuorsrènn ÉLÉMENT, LES MINYENS pas plutôt entrécs,qu'elles se hâtèrent
76
de donner à leurs époux leurs propres à la postérité de Théras, avec laquelle
vêtements , et de prendre les leurs: l’aristocratie des Ê ides et des Mi
et les Minyens, ainsi cachés sous les nyens partageait l’a ministration des
habits de leurs femmes, sortirent à la affaires publiques. Si Théra eut plus
faveur de ce déguisement, et s‘echa - tard un gouvernement opulaire sous
pant de la sorte , se réfugièrent e des arcbontes, ce ne ut sans doute
nouveau sur les hauteurs du Taygète. n'a une époque postérieure à la fon
FoNnuroN DE LA comme on ation et à l’émancipation de Cyrène.
TflÉnA.—C’était le moment où Théras Causes ne L'ÉMIGBA'IION vans
voulait quitter Lacéde’mone pour aller Tmâas m: on LÀ vans CYEÈNE. —
fonder une colonie: il avait jeté les Quels que soient les détails anecdoti
veux sur l'île appelée alors Calliste, déjà ques au milieu desquels se trouve
habitée, depuis huit générations, par élayée l’histoire- de la colonisation de
ses compatriotes les descendants de’ Théra, on voit qu’elle eut lieu par suite
Membliarès fils de Péciles, phénicien, des rivalités intestines qui devaient na
que Cadmus y avait laissé quand il tra turellement surgir entre des popula
versait les mers à la recherche d’Eu tions de races diverses, amenées sur
rope. Théras avait réuni pour son ex un même sol par des déplacements
pédition , un grand nombre de Laco qui ne sont pas sans quelque analogie
niens pris dans les tribus parmi les avec ceux dont l’Europe occidentale
Êgides et les Achéens d’Amyclée, avec fut le théâtre au moyen âge. L'expé
le dessein d'aller s’établir au Calliste, dition _de Cadmus avait jadis donné
non à la place des anciens colons cad des habitants à Thèbes ; celle des Ar
méens, mais paisiblement et dans une gonautes en avait laissé à Lemnos:
parfaite union avec eux : il proposa l’invasion des Béotiens chassa les Cad
d'emmener aussi les Minyens fugitifs, ‘méens de Thèbes; celle des Pélagcs
qui dans leur \ retraite du Taygète chassa les Minyens de Lemnos, et celle
excitaient encore l'inflexible colère de des Doriens chassa à son tour, de la
Lacédémone, et il obtint leur grâce à Laconie, les Cadméens et les Minyens
la condition de cet’ exil volontaire. qui s’; étaient réfugiés, et les Achéens
Son fils ayant'refusé de s’embaruuer anciens maîtres du pays.
avec lui, il le laissa comme une brebis Ce furent probablement aussi des
parmi les loups , ce qui lit donner à dissensions intestines entre les Mi
celui-ci le nom d'Oiolycos. Théras nyens et les Cadméens de Théra qui
mit à la voile avec trois vaisseaux de déterminèrent, quatre siècles et demi
trente rames, se rendit à Calliste au plus tard , l’émigration à laquelle -
près de la postérité de Membliarès, rène dut sa naissance: la tradition e
et y forma un établissement qui prit cette cause simple et naturelle nous a
le nom de son fondateur, bientôt subs même été conservée par un scholiaste.
tituéà celui de Calliste même. Les Mais Cyrène eut des destinées trop
traditions de Lacédémone aussi bien brillantes , pour que la fable ne vint
que celles de Théra avaient conservé pas, de mille manières, parer son ber
jusque-là un souvenir uniforme des ceau, et l’entourer de cette trompeuse
événements que nous venons de rap auréole qui rend indécises les formes
eler: Théra seule pouvait raconter sur lesquelles elle semble jeter le plus
a suite de ,on histoire. d'éclat. Il nous faut donner au moins
Ainsi , l’ile de Théra , d’où Cyrène un coup d’œll rapide à ces menteuses
devait un jour sortir, était une colonie annales.
laconi'enne; elle avait reçu pour ha
bitants des Amycléens de race achéen Ea: éditions des Théréens pour la
ne ou danaënne,des Minvens venus de jfndation d’une colonie en Libye.
Lemnos au Ténare, et des Cadméens
tant Égides que Membliariens. La di TBAD‘ITIÇNS cousmm’sss A THÉ
gnité royale, dans le nouvel État, resta nA; mamans RECONNAISSANCE DE
AFRIQUE ANCIENNE. 71
L'ÎLE ne Purée. — Dix-sept généra et remirent en mer pour aller en dill
tions après la colonisation de Théra, le gence faire aux Théréens leur ‘rapport
sceptre se trouvait entre les mains de sur cette île. .
Grinos fils d'Esanios; et le principal SÉJOUR ne Cononros; Annwñl
des Minyens était Aristote ou Aristée nes COLONS A Purée-Leur absence
fils de Polymneste, plus connu sous le s'étant prolongée au delà du temps
nom de Battos, descendant de ce Sé convenu , Corobios se trouva dans
same. fils de Leucophane et petit-fils une très-grande disette; heureusement
de l'argonaute Euphème , qui avait qu'un navire de Samos , qui allait
accompagné Théras à Calliste. Or en Egypte sous le commandement
voici, au dire d'Hérodote , ce que ra de Coléos ,- ayant abordé à Platée
contaient d'eux les Théréens. et appris la position critique de C0.
Grinos fils d’Esanios, descendant robios , lui donna des vivres pour un
de Théras et roi de l'île de Théra, était an, après quoi il se remit en route
allé à Delphes pour y offrir une héca pour I’Égypte où il était pressé d'ar.
tombe, en compagnie de plusieurs ha river; mais le vent d'est qui soufflait
bitants de son lle, et entre autres du alors, emporta, comme on sait, le na
minyen Battos fils de Polymneste , vire jusqu'au delà des colonnes d‘Her
euphémide. Quand ce prince consulta cule. La conduite de Coléos à l'égard
l'oracle , la Pythie lui répondit qu'il de Corobios fut l'origine de la grande
lui fallait aller fonder une ville en Li amitié que les Théréens et les Cyré
bye. « Divin Apollon , s'écria Grinos , néens eurent depuis ce temps pour les
un je suis vieux , trop lourd pour de Samiens.
« telles entreprises»; et montrant Bat Les Théréens qui avaient laissé Cu
tos : t Chargez-en plutôt quelqu’un robios à Platée, rendirent com te , à
« de ces jeunes gens venus avec moi.‘ leur arrivée chez eux. de l'éta lisse
De retour dans leur île. les Théréens ment qu'ils avaient commencé de for
n'eurent aucun égard à la réponse de mer dans cette île libyenne. Là-dessus
l'oracle, attendu que ne sachant point il fut résolu que de tous leurs can
où était la Libye, ils n'osaient s'aven tons , qui étaient au nombre de se t,
turer à y envoyer une colonie. on enverrait des hommes, que es
Il se passa ensuite sept années sans frères tireraient au sort, et que Bat
qu’il plût à Théra, où la sécheresse fit tos serait leur chef et leur roi : et en
périr tous les arbres hors un seul ; les conséquence de cette résolution , fu
Théréens eurent alors recours à l'ora rent équipés deux vaisseaux à cin
cle, et la Pythie leur ordonna de nou quante rames, qui transportèrent à
veau d’aller fonder une colonie dans Platée les nouveaux colons.
la Libye. N’avant donc pas d'autre re RÉCIT nxs CYBÈNÉENS; onmmx
mède a leur fâcheuse position, ils en CBÉTOISE ne Bs'r'ros un SA mime.
voyèrent en Crète s'enquérir de quel —- Les traditions cyrénéennes , consi
qu’un, crétois ou étranger, qui eût été gnées dans l'histoire d'Hérodote, et
en Libye. Les envoyés parcoururent rappelées dans les chants de Pindare,
l’île, et arrivés à la ville d’Itanos, ils y attribuent à Battos un rôle plus im
découvrirent un teinturier en pourpre, portant, et entrent, à l'égard de ce
nommé Corobios , qui leur dit avoir prince, dans beaucoup plus de détails,
été poussé ar un vent violent dans que nous allons rapiporter aussi. Nous
l'île de Platee en Libye; ils l'engage ne pouvons mieux aire que de trans
rent movennant salaire, et revinrent crire le récit du vieil historien.
avec lui à Théra. On lit partir alors , htéarque, roi de la ville d'Axos en
sous la conduite de Corobios, un petit Crète, ayant perdu sa première femme,
nombre de citoyens chargés d'exami dont il avait une fille appelée Phro
ner les lieux; et quand il les eut me nime, prit une nouvelle épouse, ni, à
nés à l'île de Platée , ils l'y laissèrent peine installée chez lui, se con uisit
avec des vivres pour quelques mois, en véritable marâtre , cherchant tous
78
les moyens de nuire à la jeune prin Battus répliqua: «Divin régulateur,
cesse, qu'elle accusa enfin, aupres de a je suis venu vous consulter sur le
son crédule époux , de s'être abandon t défaut de ma langue; mais vous me
née à un homme; et à l'instigation « commandez des choses impossibles
de cette femme, Etéarque se porta, à - en m'envoyant établir une colonie
l'égard de sa fille , à une résolution on en Libye : avec quelles troupes, avec
odieuse. Il y avait alors à Axos un c quelles forces puis-je exécuter un tel
marchand théréen nommé Thémison: au projet? » Malgré ces raisons , il ne
ce prince le lit- venir , et après avoir put amener la Pythie à lui parler au
contracté avec lui l'hospitalité, il lui trement. Voyant donc ‘que l'oracle
fit promettre, avec serment, de lui persistait dans sa réponse, il quitta
prêter son ministère dans toutes les Delphes, et retourna a Théra. .
choses où il aurait besoin de lui : et Mais dans la suite, il lui arriva beau
dès que le serment eut été prononcé, coup de malheurs, ainsi qu'aux autres
il lui remit sa fille, en le chargeant de habitants de l'île, et comme ils en ‘igno
l'emmener et de la jeter à la mer. raient la cause, ils envoyèrent consul
Péché de se trouver ainsi lié ar ter l'oracle de Delphes sur les calami
une promesse surprise à sa bonne oi, tés qui les frappaient: la Pythie leur
Thémison rompit avec Etéarque, par répondit qu'ils seraient plus heureux
tit avecla jeune princesse, et pour s'il‘ fondaient avec Battos la ville de
obéir à son serment. quand il fut au _ ène en Libye. Sur cette réponse,
large, il la jeta a la mer, mais attachée ils lirent partir Battus avec deux vais
à une corde , au moyen de laquelle il se ux a cinquante rames; Battus et
la retira de l'eau; et il l'emmena a se compagnons, forcés par la néces
'l'héra. Là elle fut recueillir. par un si é, naviguèrent vers la Libye, puis
grand seigneur nommé Polynineste, il voulurent retourner à Théra; mais
de qui elle eut. quelque temps apres, un Tliéréens les repoussèrent quand
lilsqui, d'apres les 'l'heryens aussi bien ll tentèrent de débarquer, leur inter
que les Cyrenéens ‘ut appelé Battus. di ent d'aborder, et leur ordonnèrent
Bures CONDUIT UNE COLONIE A de retournera l'endroit d'où ils ve
PLA’I‘Bl-L- Le jeune prince avait.dit—on, naient. Force leur fut de reprendre la
été appelé Battus parce qu'il hégayait même route, et d'aller s'établir dans
et ne pouvait prononcer certaines ar une île voisine de la Libye; cette île,
ticulations; mais llérodote cro ait comme on l'a déjà dit, était celle de
qu'il avait un autre l'lOlll (Pin are PI ée , dont la grandeur ne dépassait
et Callimaque disent Aristote, Jus pa celle qn'eut plus tard la ville mê
tin (lit Aristée ) , et que celui de me de Cyrène.
Battus luifut donné en Libye, tant {Les COLONS QUITTENT PLATÉE
à cause de'la réponse qu'il avait re roux Azims, ET ARBIVENT ENFIN
que de l'oracle de Delphes qu'a rai LEUR DESTINATION. — Les récits
son de sa dignité; car Battos, comme d 5 T héréens et des Cyrénéens concor
le fait observer l'historien grec, signi ient entre eux, quant à la suite de
lie roi dans la langue des Libyens, et c tte histoire, qu'Hérodote poursuit
c'est pour cela sans doute que la Py en ces termes:
thie , l'envoyant en Libye pour y ré Les Théréens restèrent deux ans
gner, lui donna, dans sa réponse, ce dans l'île de Platée; mais comme rien
titre libyen. En effet, étant allé, a sa ne leur prospérait, ils y laissèrent
majorité, consulter l'oracle de Del l'un' d'entre eux, et le reste se rem
phes sur le défaut de sa langue, la barqua pour aller à Delphes. Quand
Pythie lui répondit : « Battus, comme ils v furent arrivés, Battos dit à la
si elle lui eût dit : «Roi ! tu viens ici Pythie qu'ils s'étaient établis en Li
a pour ta voix: le divin Apollon t'or bye , et que , cependant, ils n'en
« donne d'aller t'établir dans la Libye étaient pas plus heureux. L'oracle lui
e où paissent de nombreux moutons. n répondit : « Tu n'as jamais été dans la
AFRIQUE ANCIENNE. 79
« Libye féconde en troupeaux , et tu peler quelques autres versions qui nous
« prétends la connaître mieux que sont parvenues par d'autres voies.
a moi qui y ai été. J'admire gran ‘Et d'abord il nous faut rapporter
« dement ton savoir! » Sur cette ré en première ligne le mythe oétique,
ponse , Battos s'en retourna avec son célébré dans les vers de Pin arc et de
monde, puisque le dieu ne les tenait Callimaque , où figure la chaste et
pas quittes de l'entreprise tant qu'ils courageuse Cyrène, fille d‘Hypsée,
ne seraient pas allés dans la Libye roi des La ithes de la Thessahe, fils
même. De retour à Platée, ils prirent lui-même u Pénée, et petit-fils de la
avec eux celui des leurs qu'ils yavaient Terre et de l'océan. Ce n'étaient pas
laissé, et allèrent s'établir sur le con la navette et les fuseaux, les soins et
tiuent libyen , vis-à-vis de l'île, à les jeux domestiques qu'elle aimait,
Aziris , lieu charmant, environné de c'était la garde active des troupeaux
deux côtés par des collines agréables de son père, .et la chasse des fauves,
couvertes d'arbres, et arrosé en outre qu'elle poursuivait de ses javelots et
par une rivière. combattait de son épée d'airain. Apol
Ils demeurèrent six années à Aziris; lon l'aperçut' un jour luttant seule
mais la septième année ils se lais contre un lion impétueux; il appelle
sèrent persuader d'en sortir, sur les aussitôt Chiron du fond de son antre
vives instances des Libyens, et sur la pou'r venir admirer cette vierge intré
promesse qu’ils leur firent de les me ide , dont la résolution , la vigueur,
ner dans un meilleur canton. Les Li e courage, étaient inaccessibles à la
byens leur ayant fait quitter cette ha crainte ‘et supérieurs au danger. Il lui
bitation , les conduisirent vers le cou demanda qui était cette noble fille, et
chant; et de crainte qu'en passant s'il pouvait prétendre à ses faveurs.
par les plus beaux sites du pays , les « Est-ce à moi, répondit le centaure,
Grecs ne les référassent, ils réglè a à révéler le présent ou l’avenir à un
rent leur marc e sur la durée dujour « dieu? Vous l'épouserez et la condui
de manière à leur faire traverser pen « rez au delà (les mers pour lui don
dant la nuit cette belle contrée appe « ner à régirune cité où vous aurez
lée Irasa (*). Sèuand ils les eurent con « réuni, sur une colline entourée de
duits à une ontaine qu'on prétend « plaines, des habitants insulaires;
consacrée à Apollon : « Hellènes n, leur « la vieille Libye recevra la nymphe
dirent-ils, a la commodité du lieu c illustre dans ses palais d'or, et lui
a vous invite à fixer ici votre demeu « donnera aussitôt, pour l'assujettir à
« re: le ciel y est ouvert pour vous « ses lois , une terre fertile en fruits
a donner les pluies qui rendront vos n de toute espèce, féconde aussi en
« terres fécondes. » « bêtes sauvages. Là elle enfautera
Ce lieu était l'emplacement où fut « Aristée, chasseur et pasteur à la
bâtie Cyrène. un fois. un Les dieux sont prompts. sur
tout quand ils sont pressés ': dès le
Traditions diverses relatives à la T jour même le fils de Latone, enle:
fondation de Cyrène. vant dans un char d'or la vierge chas
MYTHE POÊTIQUE DE LA NYMPHB seresse, la conduisit dans les sompg
Cvniuvs. —A côté -de ces traditions tueux palais de Libye ou Vénus les
que le père de l'histoire avait recueillies reçut et consacra leur union‘, et Cy
sans doute lui-même à Lacédémone, à rène demeura la maîtresse d'un pays
Théra et à Cyrène, il convient de rap chargé de trogpeaux et de moissons ,
dans la plus ri e des trois parties de
(') 'Ipaooa 1:6)“ 'Av-rotiou, comme la de la terre.
signe Piudare dans sa rxe Pythique; ‘on Est-ce l'histoire ornée de poétiques
verra, dans notre volume des îles, que le dehors, ou bien est-ce une allégorique
nom des Anlides était attaché à la cher fiction que Pindare a voulu consacré:
sonnèse appelée aujourd'hui Râs-el-Tyn. dans ses chants? Il semble imposait
80
ble d’hésiter pour cette dernière hy « tre est bon; abandonne une terre
pothèse. La nymphe thessalienne, a isolée au milieu des flots, le con
conduite en Libye par Apollon, n'est a tinent te vaut mieux: renonce à
ce pas une allusion directe à la popu « l'orient, où fut ton premier domi
lation d'origine minyenne , transpor « cile. et obéis à mes ordres en allant
tée sur le sol libyen par ordre de l'o en habiter la terre-ferme, suivant la
racle de Delphes? Quand il rappelle a volonté des dieux. Garde-toi donc
des souvenirs historiques , Pindare « d'entreprendre une navigation fu
lui-même ne nous parle pas de la nym a neste pour retourner dans ta patrie,
phe Cyrène, mais bien d'Aristote ou « et souviens-toi que selon les œu
Battos fils de Polymneste , que la . vres de l'homme est le succès de ses
Pythie envoya fonder une colonie « entreprises. 1»
quand il venait la consulter sur le dé vnnsiou ADOPTÉE PAR L'ms'ro
faut de sa langue, et qui amena en BIEN TROGUE-POMPÉE. — Le récit de
Libye, dans ses vaisseaux, les colons Trogue-Pompée. tel que nous l'a trans
minyens , égides et lacédémoniens , mis son abréviateur Justin, semble
qui de Sparte s'étaient jadis rendus être un amalgame des traditions et
àCalliste. Le poète a'oute qu'ayant des fables antérieures, emprunté, à
alors recouvre’ l usage acile de sa lan ce qu'il semble, d'un fragment de
gue, il effrayait les lions du seul bruit Théopompe; nous nous bornerons à
de sa voix; tandis que Pausanias ra le traduire ici.
conte que la frayeur qu'il eut d'un Cyrène, raconte-t-il. fut bâtie par
lion lui délia la langue en lui faisant Aristée, surnommé Battos à cause de
pousser de grands cris. sa difficulté à parler. Son père Cyr
Bécrrs nncuEiLLis PAR UN ANCIEN nus , roi de l'île de Théra , étant venu
SCHOLIASTE. — Cependant, si l'on en à l'oracle de Del hes pour consulter
croit Acésandre, ‘auteur d'une histoire le dieu au sujet e l'infirmité de son
de Libve ou de Cyrène, citée par l'an fils adolescent qui ne parlait point
cien scholiaste de Pindare, Battos n'au encore, re .ut une réponse qui ordon
rait été nullement bègue, mais bien au nait à ce liS Battos de se rendre en
contraire, élo uent, instruit et habile, Afrique pour y bâtir la ville de Cy
et son'préten u défaut de langue n'au rène, où il recouvrerait l'usage de sa
rait éte qu'une feinte. Un autre histo langue. Comme cette réponse avait
rien. Ménéclès, cité par le même scho l'air d'une plaisanterie , a cause du pe
liaste,traitait de fables tous ces récits tit nombre d'habitants de l'île de Thé
où il était question du bégaiement de ra, où il s'agissait de prendre des
Battos, et voici la version qu'il donnait colons pour aller fonder une ville dans
lui-même de la fondation de Cyrène. une contrée aussi vaste que l'Afrique ,
« Il y euh», dit-il, « des troubles dans on négligea de s'y conformer. Mais
l'île de Théra , et les citoyens se par quelque temps après , ils furent. com
tagèrent en deux factions : Battos, qui me des rebelles, forcés par la peste
était a la tête de l'un des deux partis, d'obéir au dieu: ils étaient si peu
ayant eu le dessous dans un combat, qu'ils remplissaient à peine un seul
fut obli é de quitter sa patrie; et navire. Quand ils furent arrivés en
comme i désespérait d'y pouvoir ren Afrique, ils occupèrent, à cause de
trer, il forma le projet de s’aller'éta l'aménité du lieu et de l'abondance de
blir ailleurs avec ceux qui l'avaient ac la source , la montagne de Gym , dont
compagnévdaus sa fuite. Etant allé à ils chassèrent les habitants. Là leur
Delphes pour y consulter l'oracle sur chef Battos commença à parler sans
ce qu'il devait faire,‘ de combattre difficulté, ce qui, en leur montrant
pour recouvrer sa patrie, ou de cher l'accomplissement des romesses du
cher ailleurs un établissement . le dieu dieu à cet égard , leur onna du cou
lui répondit: u Battos, de ces deux rage et l'espérance du succès pour la
- partis , le premier est mauvais , l'au. fondation d une ville.
AFRIQU E ANCIENNE. 8l
Ayant établi leur camp sur ce point, navire l’espace de douze jours à tra
ils apprirent la tradition de l'ancienne vers les déserts de la Libye jusqu'au
fable d'après laquelle Cyrène , vierge marais ‘de Triton; bien que , suivant
d'une merveilleuse beauté , enlevée du Apollonius de Rhodes , ils effectuèrent
mont Pélion en Thessalie par Apol ce portage à partir seulement de la
lon , et transportée sur le sommet de Syrte, ou les avait poussés une tem
la montagne même dont ils occupaient péte qui les avait saisis en vue du
le versant, avait eu de ce dieu quatre Pélo onèse; tandis qu'Hérodote et
enfants : Nomius, Aristée, Eutocus Dio ore de Sicile,. se taisant sur le
et Argée. Son père Hypsée, roi de portage, racontent que la tempête,
Thessalie, ayant envoyé a sa recher saisissant le navire sur la route de
che, les messagers, séduits ar l’a Delphes, au retour de la Colchide d’a
ménité du lieu, s'étaient établis avec rès celui-ci, avant le départ d'après
la princesse sur ce même territoire. ’autre, l’emporta sur les basses du
Les enfants étant devenus adultes , lac de Triton. Quoi qu'il en soit, il
trois d'entre eux étaient retournés en s'agissait, pour les navigateurs grecs,
Thessalie, où ils avaient succédé aux de dégager leur vaisseau de ces bas
domaines de leur aïeul; Aristée avait fonds dangereux :' Triton lui-mêmes
eu un vaste royaume en Arcadie: c'est se‘ montrant à leurs yeux sous les
lui qui, le premier, avait fait connaî traits d'Eur pyle roi du pays, leur
tre aux hommes les abeilles et le miel, enseigna la onne route, soit au prix
le lait et le fromage, et qui le pre du trépied ne Jason destinait au tem
mier avait observé le lever solsticial ple de Delp es, ou d'une patère d'or
des astres. Instruit- de ces détails , et au- dire de Lycophron, soit sous l'in
s’étant informé du nom de la prin fluence d'un sentiment plus désinté
cesse, Battos fonda en cet endroit la ressé; et comme présent d'hospita
ville de Cyrène. - lite', racontent les uns, il arracha du
ATTRIBUTION PROPHÉTIQUE 1)]; LA sol une glèbe pour la leur offrir, et
POSSESSION DU TEnaiToIns DE CY elle fut reçue par Euphème, en fa
niamz, Lons nu‘ PASSAGE DES Anco veur duquel elle était, ainsi que le
NAU'rss. -- Un savant géographe cri prophétisa Médée ou Jason, l'emblè
tique, Mannert, a cru trouver, dans le me de la possession future de la con
mythe de la nymphe Cyrène,une preuve trée; suivant les autres, c'est au tré
que des navigateurs grecs avaient, dans pied ou à la patère d'or qu'étaient at
leurs pérégrinations, en des temps re tachées les destinées du pays.
culés, abordé à ces rivaees. En quittant le Triton, les Argo
Cette opinion est confirmée par les nautes arrivèrent près de Théra, et
traditions des temps héroïques, où Euphème y ayant laissé tomber à la
nous trouvons, au milieu du récit de mer la glèbe qu’il avait reçue d‘Eury
la grande expédition des Ar onautes, pyle, cet accident fut le texte de la
des traits directementrelati s à l'éta prophétie que Pindare a mise dans la
blissement futur des Grecs dans 'les ouche de Médée: « De cette île », dit
parages où fut plus tard bâtie Cy elle, « la fille d'Épaphus recevra un
rene. a jour le‘ germe des villes qui s'élève
Sans nous engager dans le dédale cx ront sur le sol consacré a Jupiter
des traditions iverses qui, dans la a Ammon , et à‘ cause de cette glèbe
succession des âges , se sont formulées « Théra deviendra la métropole de
sur la route par la uelle les Argonau en grandes cités; car dans cette île est
tes revinrent de a Colchide, nous « prématurément ‘tombée la semence
nous bornerons aux récits les plus « destinée à féconder la vaste Libye.
anciens , d'après lesquels , suivant Pin c Si Euphème l'eûtjetée sur sa terre
dare, les conquérants de la Toison « natale, aux abords du Ténare,
d’Or rentrèrent de l'océan dans la « ses enfants , après quatre généra
Méditerranée en transportant leur « tions, seraient allés occuper cette
6' Livraison. (AFBIQUE ANCIENNE.) ' 6
82
c grande terre avec les Danaëris tous les cas, qu'une date incertaine.
« qui seront alors chassés de Lacéde Enfin , le savant évêque de Césarée ,
« moue, d'Argos et de Mycènes; tan Eusèbc le chrouologiste, n'est pas,
-x dis ne maintenant il rencontrera plus que Solin , d accord avec lui
« des épouses étrangères , de qui naî même, puisqu'en trois endroits de son
« tra dans cette île le rejeton que les canon , il énonce des dates différentes,
c oracles d'Apollon Päthien invite répondant aux années I333, 758 et
« rent à transporter ans ses vais 631 avant J.-C.; on peut croire, avec
« seaux de nombreux colons en Li ceux qui supposent divers établisse
« bve. » ments successifs des Grecs dans la
DATE PROBABLE DE LA FONDATION Libye , que ces trois dates se rappor
DE CYBÈNE.——- A quelle époque faut-il tent a trois différents essais de coloni
rapporter la fondation deCyrène? C'est sation. Quoi qu'il en soit , la dernière
un point d'autant plus controversé par a été acceptée par les critiques comme
mi les modernes. que les anciens ne nous la plus probable de celles qui ont été
ont transmis à cet égard que des indica attribuées à l'établissement de Battos,
tions vagues et discordantes. Le natu et nousl‘adopterons nous-même sans
raliste Théophraste énonce d'une plus de discussion.
manière générale que les Cyrénéens
étaient établis dans leur ville environ‘ Il. RÈGNE mas BATTIADES.
trois cents ans avant l'archontat de
Simonides , dont la date se rapporte Enfance, développement et organi
à l'année 311 avant notre ère. Pline sation de la colonie sous les cinq
l'ancien, ré 'tant probablement le premiers rois.
calcul de T éophraste , fait corres ENFANCE DE LA COLONIE soUs LES
pondre la fondation de Cyrène à l'an DEUX PREMIERS MONABQUEs.—Pen
143 de Rome, ce qui revient de même dant huit générations, dont les chro
à 611 ans avant l'ere chrétienne. So nologistes évaluent habituellement la
lin , si fréquemment servile copiste de durée à deux siècles, Cyrène fut sou
Pline, s'écarte cependant ici du maître mise à des rois, dont la dynastie prit
dont on l'a surnommé le singe; sui le nom de Battiades, de celui de son
vant lui , c'est à la quarante-cinquième fondateur Battus Aristote.
Olympiade, au règne d'Ancus Martius, Le règne de ce premier monarque
et à l an 586 de la prise de Troie, que fut de quarante ans, et ne laissa que
doit être fixée la date de l'établisse de bons souvenirs1 consacrés par les
ment formé par Battus à Cyrène : or louanges des historiens et des poètes;
cette triple indication est d'autant il bâtit aux dieux plusieurs sanctuaires,
plus embarrassante, que si d'un côté et fit construire, pour les solennités
l'année 599 avant l'ère chrétienne ré instituées en l'honneur d'Apollon. une
pond aux deux conditions tirées de la route droite et pavée rendue célèbre
chronologie grecque, d'un autre côté parles chants de Pindare, età l'un des
les vingt uatre ans du règne d'Ancus bouts de laquelle , vers le Forum, fut
Martius s étendent de 640 à 616 avant ensuite placé son propre tombeau.
J. C., en sorte que la première date ne Pausauias rapporte que les Cyrénéens
s'accorde nullement avec la seconde , avaient consacré à sa mémoire, a Del
qui est précisément celle que Solin a phes, un tableau du peintre crétois
il écrire avec le plus d'assurance , Amphion de Gnosse, où ce prince était
puis u'elle se rapporte à la chronolo représenté dans un char conduit par la
gie e sa propre patrie. On a tenté di nymphe Cyrène, et couronné par la‘
verses corrections au texte de l'auteur, nymphe Libye.
ou en a donné diverses explications, Il eut pour successeur son fils Ar
pour faire disparaître les contradic césilas, le premier de ce nom, qui
tions qu'il présente ou semble présen régna seize années; c'est tout ce que
ter; mais on n’en a pu retirer, dans nous savons de celui-ci. Hérodote
AFRIQUE ANCIENNE. sa
nous apprend seulementque , sous ce sur le territoire qu’ils avaient envahi,
prince, comme sous son père, la co et sur les tribus libyennes d'alentour;
onie resta confinée dans les limites elle leur valut aussi le respect de l'É
du premier établissement. gypte, dont le nouveau souverain,
EXTENSION DE LA COLONIE sons Amasis, rechercha leur amitié; il
LE RÈGNE DE Bx'r'ros L'HEnnEux. leur envoya, pour se concilier leurs
—Le troisième roi, appelé Battos bonnes graces, une statue de Minerve,
comme son aïeul, fut surnommé Eudé et la sienne pro re; enfin l'alliance
mone ou l'Heureux: il s'appli ua au des deux États ut cimentée par le
développement de la cité rest e jus mariage d'Amasis avec une princesse
qu'alors stationnaire, et trop faible cyrénéenne, Ladice, fille de Battos ,
pour tenir tête aux peuplades indigènes ou d'Arcésilas , ou peut-être d'un
dont elle était entourée. Il appela les grand seigneur nommé Critobule.
—Grecs au partage des terres fertiles C'est sans doute à cette époque d'ex
qu'on pouvait enlever aux Libyéns , et tension et de développement qu'il faut
s'adresse, pour les déterminer, à la rappoi ter aussi ,‘la fondation de la
Pythie , dont les oracles se firent en plupart des villes et bourgs d'origine
tendre aussitôt: « Ceux qui n'iront recq! e disséminés sur le territoire de
« dans la fertile Lib e qu'après le par a Cvrénaîque. L'augmentation consi
« tage des terres», isait le dieu, «au dérable tout à coup survenue dans la
« ront plus tard sujet de s'en repen population, et la diversité des élé
« tir. » Ainsi excités, nombre de ments dont elle se trouvait composée,
Grecs du Péloponèse, de la Crète et durent naturellement amener cette
des îles de la mer Égée, vinrent grossir diffusion , ce fractionnement entre
la population de Cyrène, et la colonie divers centres d'agglomération. Les
s’étendit alors aux dépens des Li dissidences politiques contribuèrent
byens nomades du voisinage, hors surtout à la formation de plusieurs
d état désormais de lui résister. Les cités distinctes, ainsi que le règne
anciens maîtres du sol ne se laissèrent suivant en offrit un exemple remar
pourtant pas dépouiller sans mur quable.
mure : ils étaient faibles, il est vrai, RÈGNE n'AncEsILAs II: DISSEN
mais ils pouvaient appeler à leur aide SIONS POLITIQUES. —-— Battos Il avait
un protecteur puissant : c'est ce qu'ils laissé plusieurs enfants, Arcésilas,
firent; leur chef Adikran im lora le Léarquc, Persée, Zacynthc, Aristomé
secours d'Apriès , le pharaon e Sais , don et Lycos; Arcésilas, l'aîné, succéda
ui envoya contre les Cyrénéeris des au trône; mais ses frères ne voulurent
orces considérables; les deux armées oint subir son autorité, et quittèrent
se rencontrèrent dans la belle con e canton de Cyrène pour s'aller éta
trée d'Irasa, près de la fontaine de blir sur un autre point: résolus à fon
Thesté. Les Égyptiens, qui jamais en der une cité nouvelle, ils firent alliance
core n'en étaient venus aux mains avec les Barcéens, et soit que ces peu
avec des Grecs , dédaignaient de tels ples eussent déjà une ville où les Bat
ennemis : mais ils firent en cette oc tiades dissidents vinrent avec leurs par
casion une cruelle épreuve de leurs tisans prendre domicile‘, soit que les
armes ; ils furent battus si compléte nouveaux venus fussent les premiers
ment , qu'il n'en retourna en Égypte à élever chez leurs alliés nomades la
u'un très-petit nombre; et cette dé ville qu'ils habitèrent depuis en com
aite devint, dans leur patrie, le si mun, telle fut l'origine de la cité
gnal d'une révolte qui précipita du gréco-libyenne de Barkê ou Barca,
trône Apriès lui-même, 570 ans en dont le nom couvre encore le sol de
viron avant notre ère. l'ancienne Libye. Excités par leurs
Cette victoire, à laquelle sans doute hôtes , les Barcéens s'insurgerent con
Battos II dut le surnom d'Heureux, tre la suprématie de Cyrène : Arcé
assura la domination des Cyrénéens silas marcha contre les rebelles et
6.
84
contre leurs fauteurs; ceux-ci, redou solider son usurpation, voulut obte
tant ses armes, s'enfuirent à son ap nir sa main , remettant d'adopter en
proche chez les Libyens orientaux; même temps e jeune prince; la reine
mais Arcésilas se mit à leur poursuite, feignit d'y souscrire, mais en repré
et les atteignit près de Leucon , dans sentant la nécessité du consentement
la Marmarique : forcés d'accepter le de ses propres frères; et ‘ceux-ci fai
combat, ils se comportèrent avec vi sant à dessein traîner la chose en
gueur, et la victoire se déclara pour longueur, elle parut céder au désir
leur cause , si bien que les Cyrénéens du prétendu régent, en lui donnant
y perdirent sept mille hommes de leurs . un rendez-vous qui devait rendre inu
meilleures troupes. tile l'opposition calculée de ceux-ci;
Il résulta sans doute de cet échec mais au lieu d’Eryxo, le tyran trouva
des concessions de la part d'Arcésilas Polyarque , frère aîné de la princesse,
envers ses frères, et probablement accompagné de deux jeunes gens ar
l'admission d'un ou plusieurs de ceux més qui se jetèrent aussitôt sur l'u
ci au partage de l'autorité souveraine; surpateur et le percèrent de leurs
il paraît du moins que Léarque s'im épées.
misca complétement au maniement Il était à craindre que les Égyp
des affaires, expulsa ou fit périr beau tiens dont Léarque s'était entoure,
coup de citoyens considérables , en n'attirassent sur ses meurtriers la co
ayant la perlide adresse de faire attri lère d’Amasis, ou pour mieux dire,
buer au roi ces actes d'odieuse ty n'offrissent à l'ambition du pharaon
rannie , de manière à attirer l'exécra un prétexte d'envahir la Cyrénaique,
tion publique sur ce prince , auquel il dont il convoitait la possession; peut
projetait e se substituer lui-même : être une armée égyptienneétait-elle
quand les choses lni'parurent suffi déjà réte à marcher sur la Libye,
samment avancées , il empoisonne son quan les desseins d'Amasiskd’abord
frère, et comme l'effet du breuvage ajournés par la mort de sa mere , fu
n'était pas assez prompt , il l'é rent heureusement, conjurés par les
trangla. démarches de Polyarque, qui se rendit
Usonpuron m: LÉABQUE, mâ auprès du pharaon avec sa sœur
JouÉs Pan LA nmun Envxo MÈRE Eryxo et sa vieille-mère Critola, sœur
DE BAINS 1n.——Arcésilas Il laissait de Battos l'Heureux; les bonnes rela
un fils encore mineur, à qui devait,ap tions ui avaient existé entre Amasis
partenir la couronne; Léarque s'en em et la ynastie royale des Battiades
para, sous prétexte de la conserver in furent consolidées , et le monarque
tacte pour son neveu, lejeune Battos III, égyptien renvoya ses, nobles hôtes
le Boiteucc, ainsi appelé, parce qu'en comblés d'honneurs et de présents.
effet il était affligé de cette infirmité; LOIS DONNÉES A LA comme un
et le nouveau tyran, s'entourant de DÉMONAX. —- Cependant, après avoir
soldats é ptiens gagnés par ses lar détourné les périls extérieurs, il fallait
gesses, onna un libre cours à ses pourvoir à l'ordre intérieur; et les der
dispositions arrogantes et cruelles. niers événements n'avaientquetrop fait
Mais il ne jouit pas longtemps de l'im sentir l'imperfection des institutions
punité : la reine Eryxo, veuve d'Ar olitiques sous le régime desquelles les
césilas II, et mère du jeune Battos, actions ouvaient faire naître de pa
femme d’un esprit aussi ferme que reils bou eversements : on eut recours
doux, qui jouissait à Cyrène de la con au dieu protecteur de la colonie, et l’on
sidératlon due à ses vertus, et qui députa vers l'oracle de Delphes pour le
appartenait d'ailleurs à nue famille consulter sur l'organisation qu'il con
uissante, étant, par sa mere, la nièce venait de donner au gouvernement ‘de
äe Battos l’Heureux; Eryxo, dis-je, Cyrène afin d'y assurer désormais la
sut ven er son époux et maintenir les tranquillité publique. La Pythie ré
droits e son fils. Léarque, pour con pondit qu'il fallait aller chercher à
AFRIQUE ANCIENNE. 85
Mantinée, en Arcadie, le législateur monax subsistassent plus longtemps ,
dont les sages règlements sauraient et réclama les honneurs et préroga
apaiser leurs dissensions. Il y avait tives dont avaient joui ses ancêtres;
en effet alors , parmi les Mantinéens, mais il éprouva une vigoureuse résis
un homme jouissant d'une grande con tance;on recourut aux armes, et son
sidération politique, ap elé Démonax : parti ayant eu le dessous‘, il s'enfuit à
et ce fut lui que, sur a demande ni amos , et sa mère Phérétime à Sala
leur en fut faite, ils envoyèreut à y mine de Chypre.
rène. Phérétime étant arrivée à la cour
Le remier soin de Démonax fut d’Évelthon, qui régnait alors à Sala
d'étudier la situation de la colonie ur mine, lui demanda des troupes pour
laquelle on lui demandait des ois; se rétablir à C rène, elle et son fils;
quand il se fut bien mis au fait de mais ce prince ui donnait plus volon
létat des choses, il sépara en trois tiers toute autre chose qu'une armée :
différentes tribus les éléments hétéro Phérétime acceptait ses présents ‘et les
gènes dont se composait l'ensemble de trouvait fort beaux; mais elle ajoutait
la opulation : il réunit dans la pre qu'il serait beaucoup plus honorable
migre tous les anciens colons venus de e lui accorder des soldats. Comme
Théra; puis il distribua dans les deux elle faisait, à chaque présent, tou
autres, d'une part les Péloponésiens jours la même re’ nse, Evelthon lui
et les Crétois, et d'autre part les insu en‘voya enfin un useau d'or avec une
laires venus de l'Archipel; il attri uenouille chargée de laine, en lui
bua au roi le soin des choses sacrées , aisant dire qu'on offrait aux femmes
avec la jouissance des revenus du do de tels présents, mais qu'on ne leur
maine sacerdotal; mais il lui retira , donnait pas une armée.
pour les rendre au peuple. tous les AncEstLAs RASSEMBLE DES TROU
droits que les monarques s'étaient jus PEs E'r REPREND POSSESSION DE CY
qu'alors arrogés. BÈNE.—- A Samos, où Polycrate avait
Ce nouveau régime fut accepté par sans doute besoin de garder pour lui
toutes les parties , d'un commun con même ses soldats,Arcésilas ritle parti
sentement , et il se continua sans op defairede tous côtés unappe auxGrecs,
position pendant tout le règne de Bat en leur promettant des terres dans
tos le Boiteux , bien qu'il y ait lieu de la Cyrénaique; ce moyen lui réussit,
croire que son épouse Phérétime, prin et ayant ainsi rassemblé un corps de
cesse ambitieuse et hautaine, cher troupes assez considérable, il se rendit
chât à lui faire considérer comme une à DelEhes pour consulter l'oracle sur
honte l'abaissement de puissance au les c ances de son entreprise; voici
quel il s'était résigné. quelle fut la ré anse de la P thie:
u Apollon accor e à ta famille :1 do
Histoire d'Arce’silas 111 et de Phé « mination de Cyrène pour huit géné
rétime. « rations de rois, quatre du nom de
« Battos , quatre du nom d'Arcésilas;
AncEsrLAs E'r sa MÈRE EXPULSÉS « mais le dieu te recommande de ne
Poux AVOIR VOULU ABOLIR LES LOIS « rien prétendre au delà. Quant à toi,
DE‘ DÉMONAX. — Arcésilas III, fils de a Arcésilas, il te conseille de rester
Battos et de Phérétime , succéda à son « tranquille chez toi, quand tu y seras
père vers l'an 530 avant l'ère chrétien « rentré : si tu trouves un fourneau
ne; il avait sucé, avec le lait de sa mère, « plein de vases de terre ,' garde-toi de
les idées d'ambition et de fierté de cette « es faire cuire , mets-les au contraire
femme orgueilleuse, dont les conseils « au grand air; que s'il t'arrive d'al
eurent désormais sur son esprit et sa « lumer le fourneau , prends garde
conduite une influence exclusive. A a d'entrer dans le lieu qu’entoure l'eau
peine monté sur le trône, il déclara qu'il au courante; autrement tu périrais, et
ne souffrirait point que les lois de Dé « avec toi le plus beau des taureaux. »
86
Sur cette réponse , Arcésilas fit voile .Pnnsns POUR LE vxNGnn. — Ce n
pour Cyrene avec les troupes qu’il dant Arcésilas . ne pouvant se issi
avait levées à Samos, et rentra en pos muler la puissance des factions sou_
session de ses Etats; mais au lieu d’y levées contre lui à Cyrène, n’osa point
demeurer tranquille, ainsi ne l’avait y rester après qu'il eut reconnu , dans
reco mandé l'oracle, il vou ut se ven ce qu’il venait de faire à la tour d'A
ger es rebelles qui l’avaient expulsé , älomachos, l'accomplissement d'une
et il ordonna contre eux des pour es conditions fatales auxquelles l’o
suites; ceux dont on put se saisir fu racle avait subordonné sa destinée,
rent déportés en Chypre, ou ils de persuadé qu’il était d’ailleurs que Cy
vaient trouver la mort; mais leur vais ‘rène était le lieu entouré d’eau cou
seau ayant touché à Cnide, les habi rame où il devait en ce cas prendre
tants les délivrèrent, et leur fournirent garde d'entrer. Comme il avait épousé
les moyens de se sauver à Théra. De une de ses parentes , fille d’Alazir roi
ceux qui échappèrent , les uns émigré des Barcéens , ce fut à Barké, près de
rent à l'étranger, les autres se refu son beau-père, qu'il alla fixer sa rési
giérent dans le château fortifié d’Aglo dence, laissant sa mère Phérétime
machos , l’nn d’eux. Arcésilas , ne {cuir en son nom à Cyrène de tous
Ëouvant les forcer dans cette retraite, es privilèges de la souveraineté, en
t entasser du bois à l'entour, y mit le tre autres de celui de présider auxdéli
feu, et les étouffe de la sorte au milieu bérations du sénat.
de l'incendie, sans réfléchir qu’il vio Mais déjà s'étaient réfugiés parmi
lait ainsi la défense que lui avait faite les Barcéens'quelques-uns des citovens
la ‘Pythie, de faire cuire dans leur de Cyrène, que les persécutions d’Ar
fournaise les vases de terre qu’il y césilas avaient forcés d'émigrer , et ils
trouverait réunis. (fomenterent contre lui un soulèvement,
LA Lrevn pxvrmvrr TBIBUTÀIBE dans lequel il fut tué sur la lace pu
DB8 Penses. -— rendant qu’Arcésilas blique, et avec lui le roi A azir son
amassait sur sa tête les haines de beau-père. A peine la nouvelle en fut
son peuple, Cambyses envahissait l'É elle arvenneà Pliére'time, qu’elle se
gypte, se rendait maître de Memphis, ren it en toute hâte à Mem his , au
et s‘asseyait sur le trône des pharaons près d’Aryandes satrape ’Ég_vpte,
(l'an 525 avant notre ère). Les Libyens afin de lui ‘demander vengeance , com
voisins de l’Egypte, craignant d’étre en me au représentant de Cambyses, dont
vahis aussi, se soumirent sans combat. Arcésilas avait reconnu l'autorité en
s’imposerent un tribut, et envoyèrent lui livrant Cyr‘ne et se soumettant
des ‘présents. Les Cyrénéens et les au tribut; et el e ne manqua pas d’ao
Barcéens imitèrent les Libyens par le jouter que c’était surtout en haine de
même motif de crainte. Campyses son attachement à la domination per
re ut favorablement les présents de sape qu’il avait été assassiné par les
ce x-ci; mais il trouva mesquins ceux factieux.
de Cyrène, qui ne montaient pas au Les Pnnsns VIENNENT ASSIÉGER
dessus de 500 mines d'argent (valant BAnKñ. .-——Aryandes, touché des plain
epviron 45,000 fr. de notre monnaie), tes de Phérétime, mit à sa disposition
de il les abandonna à ses soldats. toutes les forces de l’Égypte, tant de
Ayant trouvé à Sais la rincesse La terre que de mer , les premières com
(lien, du sang royal des attiades , et mandees par le maraphien Amasis, les
veuve d’Amasis, Cambyses lui permit autres par le pasargade Badrès; ce
de retourner à Cyrène. Depuis cetemps, pendant, avant de les faire partir, il
la Libve orientale, Cyrène et Barkê, envoya à Barké un héraut chargé de
furent comprises comme tributaires demander qu’on lui livrât le meurtrier
dans la satrapie persane de l’Egypte. d’Arcésilas; mais les Barcéens, qui
ARCÉSILAS ss'r TUÉ nus uNn avaient eu beaucoup à se plaindre de
imams; se MFBB s’mnxssn AUX ce prince. se déclarèrent tous soli
AFRiQUE ANCIENNE. s1
daires de l'attentat; et cette réponse Le serment ayant été prêté sans dé
ayant été rapportée à Aryandes, le fiance par les Barcéens, ils ouvrirent
satrape saisit avec empressement cette leurs portes , sortirent de la ville , et y
occasion d’envahir la Libye, ainsi u’il laissèrent entrer ceux des ennemis qui
en avait le dessein; et il expédia 'ar voulurent y venir; pendant ce temps
mée avec Phéréti me. là, les Perses, ayant détruit le pont
Arrivés devant Barké, les Perses caché , entrèrent en masse dans la
sommèrent la ville de livrer les coupa ville. Ils avaient en soin de détruire le
bles, et n‘ayant point obtenu satisfac pont, afin de ne pouvoir être accusés
tion , ils attaquèrent vigoureusement de violer le traité qu’ils étaient tenus
la place; ils poussèrent leurs mines, d'observer tant que subsisterait le ter
en neuf mois de siège, jusqu’aux rain sur lequel il avait été conclu; en
murailles; mais elles furent éventées effet , le pont une fois détruit , le
par un ouvrier en cuivre, au moyen traité lui-même cessait d'être oblige.
d’un bouclier d’airain, qu’il prome toire.
nait contre terrele long des murs d’en Les Perses llvrèrent à Phérétime les
ceinte: là où les ennemis ne minaient plus coupables d'entre les Barcéens;
pas , le bouclier ne rendait aucun son; aussitôt elle les fit mettre en croix au
mais il résonnait distinctement dans tour des murailles; et avant fait eou-_
les endroits où l'on travaillait. Guidés per le sein à leurs femmes, elle en fit
par cet indice, les Barcéens firent order le mur, Barké fut mise au pil
aussitôt des contre-mines, et tuèrent lage par l'ordre de cette princesse : on
les mineurs persans; quant aux atta n'épargna que les Battrades et ceux
ques ouvertes, ils parvinrent egale qui n'avaient eu aucune part à l'assas
ment à les repousser. sinat d'Arcésilas. Ce lurent les seuls
BARKÊ EST PRISE PAn 'rnsmsou qui eurent la ermission de demeurer
ET SACCAGÉE-Lé siège durait depuis ans la ville. e reste fut emmené en
longtemps, et les pertes étaient consi esclavage.
dérablrs de part et d'autre, autant du FIN DE L'EXPÉDI‘I‘ION; BABCÉBNS
côté des Perses que du côté des Bar nÉronrEs EN BACTBIANE; mon 1)
céens,quand Amasis, qui commandait PHÉBÉTIME. — L’armee persane s‘ -
l’armée des assiégeants, voyant qu’il ne tant remise en marche pour retourner
pouvait réduire la place parla force, en F. ypte, passa par Cyrène, dont l'en
s’avisa de la prendre par la ruse; et trée ul fut librement accordée; Badrès,
. voici le stratagème qu’il imagina : commandantde la flotte, était d'avis de
Il fit creuser , pendant la nuit, un la piller; mais Amasis s’y opposa , par
large fossé, sur lequel on mit des le motif que leur mission avait unique.
pièces de bois très-faibles , qu’on cou ment été de réduire Barkê. Cependant,
vrit de terre, de sorte que le terrain après être sortis de Cyrène, et avoir
était de niveau et égal partout. Au a'ssis leur camp sur la colline de Ju
point du jour, il invita les Barcéens à piter-Lycéen, ils regrettèrent de ne '
un pourparler; ils reçurent cette nous s'être pas emparés de cette riché cité;
velle avec ‘oie, ne demandant pas ils rebroussèrent chemin pour tenter
mieux que ’en venir à un accommo de rentrer dans la place; mais ils trou
dement. On se réunit donc sur le fossé vèrent les Cyrénéens en devoir de s'y
couvert , et ayant conclu un traité , on opposer; et bien qu’il ne se montrât
jura de part et d'autre d’en observer aucun ennemi, ils furent tout à coup
tous les articles aussi longtem 5 que saisis d'une terreur panique , et se re
subsisterait le terrain sur leque on se tirèrent lprécipitamment à soixante
trouvait. La convention portait ne stades de à , où ils posèrent leur camp.
es Barcéens payeraient au roi un tri ut Ils furent‘ rejoints en cet endroit par un
convenable , et que les Perses ne for courrier d’Aryandes , qui les rappelait.
meraient point de nouvelles entreprises Ils demandèrent aux Cyrénéens de
contre eux. leur fournir des vivres. et en ayant
obtenu , ils continuèrent leur marche l’on ne prenait arde que son décès
vers l'Egypte, harcelés tout le long avait dû précéder e succes d’Arcésilas.
de la route par des Libyens pillards, TENTATIVE D'msUnnEc'noN BÉ
qui cherchaient à leur enlever leurs PBIMÊE PAR AIISAMES. — C'est donc
bagages, tuant les traînards et tous sous Battos le Beau qu'il faut placer
cepx qui s'écartaient du gros de l'ar une expédition contre les Barcéens,
m 9. commandée par Arsames qui fut l'un
Ainsi se termina cette expédition, des généraux de Xerxès, et rappelée
qui s'était avancée à l'ouest jusqu'au dans un de ces récits anecdotiques où,
pa s des Evhespérides; les Barcéens , sans indiquer la date du fait ni l'au
qu elle emmenait en servitude, furent torité à laquelle il l'a emprunté, Po
envoyés d'Egypte en Perse, où Darius lyen raconte aux empereurs Marc
fils d‘Hystaspes était monté sur le Aurèle et Vérus les stratagèmes em
trône quelques mois après la mort de ployés par les chefs militaires en des
Cambyses. Ce prince leur accorda des circonstances célèbres. Il s'agit ici
terres dans la Bactriane, où ils bâti d'un événement contemporain des pré
rent une ville à la celle ils donnèrent paratifs de la fameuse guerre des Per
le nom de leur c ère patrie, qu'elle ses contre les Grecs. Il est probable
conservait encore au temps d'Héro qu'entraînées par l'exemple de l'insur
dote. rection des Égyptiens, à la fin du règne
Phérétime, ajoute l'historien, eut de Darius, les populations de la Libye
une rin malheureuse : revenue en voulurent aussi recouvrer leur indé
Egypte après s'être vengée des Bar pendance, et que Xerxès , après avoir
céens, elle périt misérablement, dé réduit l'Égypte-et lui avoir donné pour
vorée par les vers dont son corps gouverneur son propre frère Achémé
fourmilla : tant il est vrai que les dieux nès, envoya Arsames contre les pro
haïssent et châtient ceux qui portent vinces plus occidentales. Celui-ci ayant
trop loin leur ressentiment. mis le siège devant Barkê, des ambas
sadeurs lui furent envoyés pour traiter
Insurrections contre la domination de la paix; il la leur accorda, en leur
persane; abolition de la royaute. donnant la main , suivant la coutume
persane, et leva le siège. Il engagea
Duaés PBÉSUMÉE Du RÈGNE Ds alors les Barcéens à se joindre aux
BATTOS 1v. —— Au troisième Arcésilas Perses pour l'expédition qui se prépa
succéda le quatrième Battos,surnommé .rait contre la Grece, et à fournir des
leBeau,qui ne nous estainsi individuel renforts de chars de guerre. Ils dépê
lement désigné que par Héraclide de cbèr nt leurs chefs pour traiter avec
Pont, et dont nous ne savons rien autre lui c cette alliance; Arsames ayant
chose, sinon que son règne doit rem lir fait préparer un splendide festin, y
la lacune qui sépare la mort d'Arcesi invita ces chefs, et ouvrit pour la foule
las 111 son père, tué dans les premières des Barcéens un marché abondant èn
années de Darius, et l'avènement d'Ar toute espèce de denrées. Pendant que
césilas IV son fils, qui était tout jeune ceux-ci y aflluaient , il donna un signal
encore mais déjà roi, en 466 avant aux Perses, qui, armés de leurs épées,
l’ère chrétienne, quand il fut vainqueur s'emparèrent des portes, envahirent
aux jeux Pythiques : les chronologistes et sacca èrent la ville , tuant tous ceux
attribuent ainsi a Battos IV environ qui vou urent leur résister.
cinquante ans de gouvernement, et mê Tnourss LIBYENNES DANS L'As
me davantage, en sorte qu'il aurait vu MÉE DE XEBXÈS. — Nous n'avons
s'écouler la majeure partie du règne de aucun autre détail sur cette expé
Darius fils d’Hystaspes , celui de dition de Libye, qui ne nous est
Xerxès le Grand tout entier, et qu'il connue que ar cet épisode : mais
aurait même pu voir encore l’avene nous savons u moins qu'elle eut pour
ment d'Artaxerxès Longue-main, si résultat de faire marcher les Libyens
AFRIQUE ANCIENNE. 89
avec l'armée de Xerxès , dans cette dans ces éloges un peu de fiatterie,
grande invasion de la Grèce qui devait car le poète attend une grâce du jeune
si désastreusement échouer à Platée : roi de Cyrène: les trou les politiques
dans le dénombrement de l'immense ont causé l'exil de quelques hommes
armée du roi des rois , on voit figurer distingués, entre les uels brille Dé
en effet, après les Arabes et les Ethio mophile, qui a cherc é asile à Thè
piens au-dessus de l'Egyptè comman bes, et Pindare veut obtenir le rap
dés par Arsames , les Libyens avec pel de ce noble Cyrénéen, l'allié des
leurs vêtements de peau et leurs épieux rois, l'honneur de son pays, qui as
durcis au feu, sous les ordres du Per ire à revoir sa terre natale; ll sem
san Massages lils d'Oarize : ils de le même‘ que l'unique objet de la
vaient former un corps très-considé quatrième Pythique tout entière soit
rable, pour avoir ainsi à eux seuls un e gagner la cause de Démophile au
de ces généraux dont le commande près d'Arcésilas.
ment embrassait souvent le contingent Quelle qu'ait été la décision du mo
de plusieurs nations, et se partageait narque dans ce cas particulier, il paraît
en nombreuses divisions de dix mille certain qu'il. avait juste motif de se
hommes d'infanterie chacune. Il faut défier de l'esprit remuant et factieux
compter à part, en outre. une division des Cyrénéens : aussi médita-t-il un
de cavalerie libyenne menant ces chars changement de résidence , et s'occupa
de guerre que les Cyrénéens étaient si t-il prudemment de se ménager ainsi
habiles à diriger. un refuge en cas d'événements graves.
ABCÉSILAS Iv, vxmousua AUX Il chargea en conséquence Euphème,
JEUX PYTBIQUES. — Le règne d‘Ar allié à la famille royale, de réunir des
césilas IV, fils et successeur de Bat troupes mercenaires pour la défense de
tos le Beau, ne nous est guère mieux son autorité, et de rassembler des co
connu que celui de son père; mais lons pour fonder une nouvelle ville aux
il remporta le laurier pythique, pour Evhespérides , sur la côte occidentale
la course des chars, à la trente et de la Cyrénaïque , à l'endroit où gît la
unième célébration des jeux institués moderne Ben-Ghâzy; mais Euphème
à Delphes par Euryloque , c'est-à ayant péri, à ce qu'il paraît, dans un
dire en l'année 466 avant notre ère; engagement où la victoire resta aux
et Pindare en a immortalisé le sou siens, ce fut Karrhôtos fils d'Alexi
venir en consacrant au royal vain bias, beau-frère du roi, qui prit à sa
queur la quatrième et la cinquième de place le commandement des troupes,
ses odes p thiques. Le chantre thébain et qui reçut la mission d'établir la nou
a célébré a puissance et la sagesse de velle colonie des Hespérides.
son héros; il s'est plu à répéter ce que INSURBECTION DE LA LIBYE sous
la renommée proclamait de son esprit LA CONDUITE D'INABOS. —— Lorsque,
et de son éloquence au-dessus de son à la faveur des troubles qui suivirent
âge, de son audace et de sa vigueur le meurtre de Xerxès, les Égyptiens
dans les combats , de sa précoce faci s'insurgèrent contre Artaxerxes , en
lité our la poésie. de son habileté à l'année 462 avant notre ère, il sem
con uire les chars (‘). Peut-être y a-t-il ble que l'insurrection eût son foyer
en Libye, puisqu'ils mirent à leur
(") . . . . . . . . . . . . . . . .c'tv tête le roi libyen Inaros, en même
69a xsiîvov ènawéov'rt auveroi. temps qu'un autre prince du nom
levôpsvov épée)‘ d’Amyrtée; et il y a tout lieu de
xpéo'oova p.èv àkmiaç présumer que la Cyrénaïque profita
voov çépôerm ,
ylücadv te Oozpaoc 1:5 rami.
de cette occasion pour échapper elle
mepoç êv ôpvtEw ai
a'ràç émue-ra. äywviuç patpàç pilote‘, ‘ttépav'rai
ô' ëpuoç oîoç , côévoç' 6' àppn'mlamç O‘WÔÇ.
Ev se poiaaici noravè: ômè Pur m n , Pythique V.
90
même-lu joug persan, d'autant plus ce qu'on ignore, bien que cette dernière
qu'lnaros, après avoir chassé le sa hypothèse semblé s accorder mieux
trape Achéménès et tous les gouver avec l'idée que Cyrène, en prenant part
neurs étrangers, appela aux armes non à l'insurrection ibyenne contre le do
seulement les guerriers du pa s, mais minatipn persane, se débarrassa dès
encore tout ce qu'il put r noir de lors d'une dynastie de rois u’elle
tous les côtés, envoyant chercher du considérait comme les alliés e ces
secours jusqu'à Athènes , d'où il reçut maîtres étrangers, à l’ap ui desquels
un renfort de deux cents vaisseaux. était due la restauration e Battos IV
Artaxerxès renvo a Achéménès avec sur le trône d'où Arcésilas IlI avait
trois cent mille hommes, tant d'in été précipité. Quoi qu'il en soit, nous
fanterie que de cavalerie; l'armée liby apprenons d'un des scholiastes de
co-égyptienne soutint seule le premier Pindare, qu’Arcésilas IV fut tué en
choc, et semblait devoir céder la vie trahison par les Cyrénéens, qui dé
toire au nombre, quand l'arrivée des clarèrent alors la royauté abolie , et se
Athéniens rétablit le combat : Aché constituèrent en république démocra
ménès fut tué de la main d'Inaros, son tique.
armée taillée en pièces, et les fuyards Battos, fils du dernier Arcésilas,
accolés et assiégés dans une forteresse fuyant la turbulente cité où ses pères
près de Memphis. avaient régné pendant deux siècles,
Artaxerxès mit une nouvelle armée alla chercher asile dans cette nouvelle
de trois cent mille soldats sous les cité des Hespérides que son père avait
ordres d'Artabaze et de Mégabyze élevée pour être la sauvegarde de sa
pour aller réduire les insurgés; mais il puissance etde sa race; mais il y trouva
eur fallut plus d'une année pour se une aussi cruelle destinée: il périt
rendre à leur destination et refaire misérablement, et pour effacer jusqu'à
leurs troupes. Enfin , cette multitude sa mémoire, on jeta sa tête à la mer,
se porta contre les insurgés, et les en haine de la royauté.
enveloppa à son tour : les Égyptiens, Tels sont les renseignements que
effrayés, se soumirent en livrant leurs Diodore,Thucydide,HéraclidedePont,
chefs, et lnaros, trahi par les siens, et les scholiastes, fournissent sur les
périt sur la croix (458 ans avant J.-C.). derniers règnes de la d nastie des Bat
Mais les Athéniens tinrent ferme, .brû tiades, dont les descen ants, confondus
lèrent leurs vaisseaux que l’ennemi désormais avec le reste des citoyens,
avait mis à sec, et s'apprétèrent avec ne se distinguèrent plus que par le vain
une telle résolution à se frayer un che prestige d'une illustre origine, jusqu'à
min par la force des armes, que les ce que l’auréole poétique de Calhmaque
généraux persans , pour éviter un car vint encore jeter sur leur nom un der
nage inutile, leur permirent d‘opérer nier éclat.
leur retraite en sûreté : ils gagnercnt
la Libye, arrivèrent à Cyrène, et de III. GOUVERNEMENT BÉPUBLICAIN.
là s'en retournèrent par mer dans leur
patrie. Soit magnanimité, soit impuis Période de complète indépendance.
sance, les Perses ne poussèrent as DÉVELOPPEMENT REMABQUABLB
lus loin leur victoire contre les i DE LA PBOSPÉBITÉ DE CYBÈNE. —
yens; ils laissèrent Thannyras fils Après deux siècles de monarchie ,
d lnaros succéder tranquillementà son Cyrène eut deux siècles de gouverne
père, de même qu'Amyrtée eut pour ment républicain; mais son histoire,
successeur son fils Pausiris. pendant cette seconde période, nous
ABoLI'rxoN DE LA BOYAUTÉ A CY est tout à fait inconnue, sauf quelques
EÈNE. — Arcésilas vivait-il encore à résultats généraux et quelques faits
cette époque comme le pensent quel épars dont la mention isolce se ren
ques critiques, ou bien était-il déjà dé contre au milieu des récits du temps.
cédé comme d’autres le supposent, c'est Le développement de la prospérité
AFBIQUF. ANCIENNE. 91
agricole . industrielle et commerciale, oussés par les vents sur les côtes de
fut une conséquence naturelle de l’ac a Cyréna‘ique; ils y furent hospitaliè
cession des classes inférieures au ma rement reçus, et on leur fournit deux
niement des affaires de la cité; car trirèmes et des pilotes pour les guider
l'égalité politique engendre des rappro dans leur navigation jusqu’à Syracuse :
chements sociaux qui amènent la dif cette conduite reçut sa récompense
fusion des richesses précédemment immédiate; car, en passant devant la
concentrées entre les mains des classes colonie des Hespérides, les troupes
privilégiées. Le morcellement de la qu’emportait la flottille délivrèrent
ropriete territoriale augmente la pro cette place des attaques auxquelles
’nction du sol; l’accumulation des elle se trouvait alors en butte de la
produits multiplie les transactions part des tribus libyennes du voisi
commerciales, qui à leur tour accé nage, qui en avaient formé le siége.
lerent la circulation de l'argent; et INsunnec'rIoN POPULAIEE sous
sous l’imlnence de cette circulation LA CONDUITE n’AEtsroN. — La
rapide naît le luxe, dont les ca rices turbulente Cyrène était toujours en
ai uillonnent l'industrie manu actu proie aux factions : la querelle s'agi
ri re, inséparable des arts utiles, ui tait entre l'aristocratie et le peuple,
eux-mêmes appellent à leur aide es l'une voulant conserver une supréma
bea x-arts. Telle est la voie par la tie que l’autre considérait comme un
quel e L‘yrène devait arriver à une opu joug insupportable; enfin un chef po
lence sans bornes, admirée et enviée ulaire , Ariston , se rendit maître de
par les autres nations, tributaires ou a ville, et résolut de consommer par
émules de sa puissance commerciale. le meurtre l’abaissement de la classe
Avec les mœurs élégantes et raffi jusqu’alors rivilégiée : cinq cents des
nees qu’amène l’abondance des ri rincipaux e la cite furent massacrés;
chesses, se concilient mal les exigences es autres parvinrent à échapper par
et les rudes habitudes de la guerre: la fuite, en attendant quelque circons
quand les cités opulentes ont besoin tance favorable qui leur permit de
e soldats, elles ont de l’or pour en rentrer avec sécurité dans leur patrie.
acheter, et rarement elles arrachent Cette occasion ne tarda oint à se
leurs citoyens à la paisible activité des présenter ; quand , après a bataille
affaires pour tenter la fortune des d’Égos-Potamos, les Spartiates restés
armes. vainqueurs chassèrent les Messéniens
CYBÈNE NE PEEND POINT rem: de Naupacte et de Céphallenie(“),
A LA GUERRE DU PÉLOPONÈSE. — trois mille de ces fugitifs vinrent,
Pendant que la guerre du Pélopo sous les ordres de Comon, chercher
nèse rassemblait toutes les forces ac asile dans la Cyrénaîque, où les Évhes
tives de la Grèce sous deux bannières érites, harcelés par les incursions li
rivales, la grecque Cyrène s‘abstint de yennes, appelaient de’ toutes parts les
prendre part à une lutte dont le théâ Grecs à s’aller établir. A peine débar
tre était éloigné d’elle; mais elle ne gués, ils furent sollicités par les exilés
refusa pas ses bons offices, quand elle e Cvrène à leur prêter main-forte
en trouva l’occasion , aux membres de pour reconquérir la position politique
la famille dorienne, à laquelle elle dont l'usurpation plebéienne les avait
méme était si étroitement apparentée; dépouillés. Les Messéniens se laisse!
quand le spartiate Gylippe entreprit rent persuader, prirent fait et cause
e rétablir l’e’tat désespéré des affaires pour l’aristocratie déchue, et lui four
de Syracuse et appela à son aide les nirent un corps de troupes pour tenter
renforts de la mère patrie, il arriva (*) un mouvement contre-révolution
que des vaisseaux doriens , partis du naire; mais l’attaque fut vigoureuse
éloponèse pour la Sicile, furent ment soutenue , le combat acharné , et

f") L'an 413 avant l’ère vulgaire. ("W L'un ‘et avant l'èl‘e vulgaire.
92
la perte énorme des deux côtés , à tel ans après (*), la bataille de Leuctres
V point que les Messéniens auxiliaires ayant substitué la fortune de Thèbes à
périrent presque tous. Après cette ru e celle de Lacédémone, Epaminondas
épreuve , les deux partis en vinrentà des rappela avec instance dans leurs foyers
prétentions moins exclusives; ils mi les fugitifs de la Messénie, dont il
rent bas les armes, et un accommo voulait restaurer l'existence politi
dement fut ménagé, à Cyrène , entre que C"), afin d'établir ainsi l'ennemi
leurs envoyés respectifs : il fut unani aux portes mêmes de Sparte; et Comon,
mement convenu , sous serment , que quittant la Cyrénaîque , où des songes
la querelle serait oubliée, et que per prophétiques lui avaient déjà fait pres
sonne ne garderait rancune du passé. sentir la renaissance de lllessène, ra
Des MODIFICATIONS soNT APPOR mena alors à Naupacte ses compa
TÉES A LA CONSTITUTION POLITIQUE gnons d'exil: « On ne peut se figurerr,
DE CYRÈNE. —- Quelques modifica s'écrie Pausanias. « avec quel em
tions furent introduites alors dans « pressement ces fugitifs accoururent
l'organisation de la république; elles « a l'appel d'Épaminondas, tous éga
eurent sans doute le succès qu'on en « lemeut transportés d'amour pour
devait attendre, puisque Aris'tote , « leur patrie et de haine contre Lacé
en son traité de la Politique , les cite - démone. n
comme exemple de ce qu'il convient TRAITÉ m; LIMITES avec Cu
de faire en pareil cas : n Augmen THAGlL-DHDS le développement sans
ter le nombre des tribus et des sec bornes de sa richesse et de sa puissance
tions , effacer autant que possible commerciale, Cyrèue avait une active
l'ancienne distinction des nationalités et jalouse rivale : de l'autre côté des
diverses, faire rentrer dans le culte Syrtes, Carthage s'était élevée aussi
commun les observances religieuses à la plus haute prospérité , et la con
particulières; tout faire en un mot currence des deux cités pour l'appro
pour opérer une fusion générale , et visionnement du monde devait amener
étruire l'empire des vieilles coutu fatalement des collisions dès qu'elles
mes. » Ce changement fut-il immédiat , se rencontreraient sur un même théâ
ou fut-il le résultat d'une pénible éla tre. Séparées ar une immense lage
boration :c‘est ce que nous ne saurions aride et déser e, ce n’est point e ce
‘dire; nous pensons toutefois qu'il ne côté que la lutte dut commencer, et
fut résolu, ou du moins effectué, qu'a déjà sans doute leurs flottes s'étaient
près une infructueuse tentative faite, plus d'une fois trouvées aux prises
suivant une anecdote vulgaire , auprès avant que l'extension de leurs comp
du divin Platon, pour obtenir de sa toirs sur la côte rendit leurs posses
sagesse de nouvellesinstitutions poli sions territoriales contiguès;‘ mais
tiques. Platon connaissait bien Cyrène, quand à peu de distance du poste
où il était venu écouter les leçons du cyrénéen d’Automalax fut venue s'é
célèbre Théodore sur la géométrie : tablir l'escale punique de Charax, le
a Les Cyrénéens sont trop riches et conflit fut engagé aussitôt sur la li
« trop blasés », répondit le philosophe, mite où devaient mutuellement s'ar
« our que j'essaye de leur donner des réter les deux puissances devenues
« ois : il est trop difficile de gouver voisines : l'irritation était vive des
« ner une républi ue si opulente. nu deux parts . et il s’ensuivit une guerre
Quoi qu'il en ‘soit , es dispositions qui longue et sanglante , dans laquelle
furent alors adoptées, parvinrent à des armées et des flottes furent dé
ramener l'ordre et la paix dans la cité. faites et dispersées, au grand dom
RAPATBIEMENT mas MESSÉNIENS. mage de chacune des parties conten
— Quant aux Messéniens qui n'étaient dantes; si bien que reconnaissant enfin
pas intervenus dans la lutte, ils se
cantonnèrent chez les Evhespérites, et (“) L'an 37| avant l‘ère vulgaire.
y demeurèrent jusqu'à ce que, trente (") L'an 369 avant l'ère vulgaire.
AFRIQUE ANCIENNE. 93
qu'un tiers pourrait profiter de leur ment qu'elle eut lien vers l'an 350
affaiblissement et de leur fatigue pour avant notre ère.
venir sur leurs brisées, elles convinrent
de régler à l'amiable leur différend , et Période de soumission nominale à
voici les conditions qu'elles arrétèrent: Aleæandre le Grand.
à un jour désigné, des délégués de
vaient respectivement partir de chez ALBXANDRB LE GRAND sE MET
eux, et le point de leur rencontre se EN nouTE POUR ALLER CONSULTER
rait désormais la limite commune des L'onAcLE D'AMMON. — Bientôt le
deux peu les. Les envoyés de Carthage nom d'Alexandre de Macédoine, le
étaient eux frères du nom de Phi plus grand de tous les noms histo
lène; ils hâtèrent leur marche , tandis riques que l'admiration des euples
que les Cyrénéens se laissaient attar ait lé ués jamais à la postérit , vient
er, soit par négligence, soit par acci remp ir le monde et lui annoncer un
dent; en ces régions , en effet, les maître; des bords du Danube aux
tempêtes peuvent retenir les voyageurs plaines d'lssus, et d'lssus aux riva
aussi bien qu'en pleine mer; car lors ges de Tyr, la victoire l'accompagne
que le vent souffle sur ces plaines nues partout ; il arrive en Égypte, et
et arides, le sable, enlevé du sol et 'Égypte, aussitôt soumise, voit s'é
violemment agité, remplitla bouche lever une capitale nouvelle qui ef
et les yeux , et empêchant de rien aper facera Thèbes et Memphis , et perpé
cevoir, arrête forcément la marche. tuera dans les siècles à venir la gloire
Quoi qu’il en soit, les envoyés cy de son fondateur; Alexandrie, qui
rénéens se voyant en retard , et crai sera l'entrepôt du commerce de l'uni
gnant d'être punis au retour pour avoir vers entier, projette son merveilleux
mal fait leur devoir, se mirent à accu port en avant de la côte, sur la limite
ser les Carthaginois d'être partis de de l'Égypte et de la Libye: c'est dire
chez eux avant le temps convenu , éle assez que la Libye désormais doit
vèrent des contestations , déclarèrent obéir à Alexandrie.
enfin qu'ils tenteraient tout plutôt A cette époque où les croyances
que de s'en retourner vaincus: mais païennes exerçaient sur les esprits un
les Carthaginois leur ayant demandé empire illimité , il était d'une bonne
de poser une condition dont les chan politique de se concilier les oracles ,
ces fussent égales, les Grecs offrirent de donner à ses armes l'appui des
à leurs adversaires cette alternative , superstitions populaires, et Alexandre
ou de se laisser enterrer vivants à l'en ne négligea en aucune occasion ce soin
droit qu'ils réclamaient pour limite important : il avait promis de rebâtir
de leur pays, ou de souffrir qu'eux le temple de Diane à Éphèse; il avait,
mêmes, à pareille condition , pussent dans la capitale de la Phrygie, tranché
avancer jusqu'où ils voudraient. Les avec éclat le célèbre nœud gordien;
Philènes , souscrivant à cet accord , et aux portes de la Libye, il avait voulu
sacrifiant leur existence à leur patrie , visiter, au milieu des déserts, l'oracle
furent ensevelis vivants en cet endroit; fameux de Jupiter Ammon.Cet oracle,
et Carthage éleva à cette même place dit Arrien, passait pour infaillible:
des autels consacrés aux frères Phi Persée , Hercule même , l'avaient in
lènes , pour lesquels d'autres honneurs terrogé lorsqu'ils marchaient, l'un
furent aussi institués dans leur ville par ordre de Polydecte contre la Gor
natale. gone, l'autre contre le libyen Antée
Cette détermination, antérieure à la et contre l'égyptien Busiris; Alexan
rédaction du Périple de Scylax , où dre voulait rivaliser de gloire avec
l'on voit figurer l'es autels de Philène, ces héros dont il était descendu , fai
n'est point rapportée par les historiens sant d'ailleurs remonter sa propre ori
et les polygraphes à une date précise; gine jusqu'à Ammon lui-même,puis.que
mais on peut estimer approximative les traditions mythiques rapportaient
94
à ce dieu celle de Persée et d'Hercule. ni arbres, ni hauteurs pour se recon
Il avait dessein, au surplus, de s‘ins naître; rien n'indique la route que
truire de sa destinée, ou de passer du doit tenir le voyngeur,plus malheureux
moins pour être allé s'en instruire. Il que le nocher, dont les astres du moins
se mit donc en route, cheminant le dirigent la navigation. Alexandre et
long de la côte l'espace de seize cents les siens étaient dans cet embarras,
stades, à travers un pays désert où lorsque, au rapport de Ptolémée, deux
l'eau ne manque cependant pas tout à dragons sifflent et précèdent l'armée:
fait jusqu'à Parétonion, Alexandre accepte l'augure et ordonne
SOUMISSION DEs CYBÉNÉENS. — de suivre leur trace, qui dirige ainsi
Les Cyrénéens, avertis de la mar leur marche vers le temple, et ensuite
che d'Alexandre, s'étaient empressés leur retour. Mais Aristobule prétend,
de lui dépêcher des ambassadeurs; et son opinion paraît plus générale
c'est auprès du lac Maréotide au rap ment adoptée, que ce furent deux cor
port de Quinte-Curce, ou vers le mi beaux dont le vol guida l'armée. Je
lieu seulement du voyage suivant Dio crois bien, ajoute Arrien, u'Alexan
dore de Sicile, que les envoyés de dre n'arriva que par un pro ige; mais
Cyrène rencontrèrent le héros macé ici, vu la diversité des récits, tout n'est
donien; ils lui apportaient une cou qu'obscurité.
ronne d'or et des présents magnifiques « L’ondée imprévue qui survint au
parmi lesquels on remarquait trois milieu du désert avait permis à l'or
cents chevaux de guerre et cinq qua mée de recueillir dans un ravin une
driges de la plus grande beauté, en le nouvelle provision d'eau pour les qua
suppliant de leur accorder sa bienveil tre journées qu’il lui restait à faire
lance et de venir visiter leurs villes. dans cette contrée aride. On arriva
Alexandre les accueillit favorablement, enfin au lac amer, et après avoir mar
leur octroya amitié et alliance, mais ché encore l'espace de cent stades, on
ne se détourna point de sa destination. gagna les lieux habités; puis, en une
ALEXANDRE CONTINUE sa ROUTE journée de marche on atteignit le tem
A TRAVERS LE DE'sEnT JUSQU'AU ple d'Ammon.
TEMPLE D'AMMON. — Il quitta la DESCRIPTION DE L'oasis D'AM
côte à Parétonion pour s'avancer di MON. — Ce district, entouré de tou
rectement vers le temple d'Ammcn tes parts de déserts sans eau et sans
à travers le désert et les sables brû culture , est lui-même arrosé , sur un
lants de la Libye; il emportait dans espace de cinquante stades en tous
des outrés chargées sur des chameaux sens, d'eaux abondantes, douces et
la provision d'eau nécessaire pour saines , qui fertilisent un sol couvert
voyager dans ces vastes solitudes dé de bosquets,et surtout de vergers, où
pourvues de sources; mais le qua l’on jouit d'une agréable température
trième jour cette provision était déjà semblable à celle du printemps, for
épuisée, et son armée, haletante et mant un délicieux contraste avec la
abattue, eût éprouvé toutes les hor sécheresse et l'intolérable chaleur des
reurs de la soif, sans une pluie abon alentours.
doute qui survint à l'improviste, et qui « On dit (nous empruntons ces dé
fut regardée comme un prodige, aussi tails à Diodore de Sicile) quele temple
bien que le fait suivant raconté par fut bâti par l'égyptien Danaüs. La ré
Arrien d'après l'autorité de Ptolémée gion sacrée où il domine a pour voi
le Lagide et d'Aristobule, deux des sins, à l'ouest et au sud les Éthiopiens,
compagnons assidus d’Alexandre. au nord les Libyens nomades et les Na
« Quand le vent du midi souffle dans samons qui leur succèdent vers l'inté
ces contrées, il élève une si grande rieur; ce canton lui-même est exclusi
quantité de sables, qu'il en couvre les vement habité par les Ammoniens. Au
chemins disparus. Alors ces plaines centre est une acropole composée de
offrent l'aspect d'un océan immense : trois forteresses; la première est l'an
:
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AFRIQUE ANCIENNE. 95
cienne résidence royale des princes du chemin selon Aristobule, en allant di
pays ; la seconde, beaucoup plus consi rectement à Memphis au dire de Pto
dérable, renferme la demeure des fem lémée, qui semble avoir, sur ce point,
mes, des enfants, et de tous les parents une plus grande autorité.
du roi, la citadelle, le sanctuaire, et la ALEXANDBE POURVOI’! A L’ADMI
fontaine sacrée où sont purifiées toutes NISTBATION DE L’ÉGYPIE ET DE LA
les offrandes destinées à la divinité LIBYE. — De retour à Memphis ,
du lieu. Dans la troisième habitent les il distribua le gouvernement et l’ad
satellites du roi, qui y ont des caser ministration. de l’Égypte et des con
nes fortifiées. trées voisines entre divers officiers :
«Non loin de l’acropole est un autre et la satrapie de Libye échut à Apol
temple d’Ammon , ombragé d’arbres lonius , fils de Charinus. La Cyré
grands et touffus, et près duquel se naïque était-elle comprise i’ Il sem
trouve la fameuse fontaine du soleil ble dif cile d’en douter: car Alexan
à la température périodiquement chan dre avait la prétention de commander
geante. L’image du dieu est couverte au monde; et l'on sait qu’il reçut plus
d’émeraudes et d’autres pierreries; et tard les députations des peu les afri
les oracles sont rendus avec des for cains plus reculés à l'ouest, es Libo
mes particulières : quatre-vingts prê Phéniciens, les Carthaginois,et autres,
tres portent sur leurs épaules une nef jusqu’aux colonnes d’Hercule. Mais on
d’or dans laquelle le dieu est conduit eut considérer, en même temps, que
à l’endroit dont il fait choix; il est e conquérant macédonien n’imposait
suivi d’une troupe nombreuse de filles qu'un joug très-léger aux nations sub
et de femmes psalmodiant en leur lan juguées, et qu'à l’egard des populations
gue,tout le long du chemin, des hym grecques en particulier sa domination
nes en son honneur. » etait plutôt un sim le protectorat. Il
ALnxANnnE CONSULTE L’onAcLn est donc plausible e croire que tout
ET RETOURNE A MEMPHIS.—-Al6xün annexée qu’elle était à l’empire d'A
dre ayant été introduit dans le tem lexandre , la Libye Cyrénaïque n’en
ple , en présence du dieu, le plus conservait pas moins toutes les liber
vieux des prêtres s’avança vers lui en tés politiques dont elle s'était habituée
le saluant du titre de fils, au nom de à user et abuser à son caprice.
la divinité dont il était le prophète; On en vit de nouvelles preuves au
Alexandre , oublieux de sa destinée moment où la mort d’Alexandre vint
mortelle, s’empressa d’agréer ce titre livrer les lambeaux de son empire à
en demandant que Jupiter lui accordât l’ambition de ses généraux: on sait
l’empire du monde :. ce à quoi il fut en effet que I’Égypte échut en partage
répondu aussitôt qu'il serait le maître à Ptolémée le Lagide, qui en prit pos
de toute la terre. Il voulut ensuite sa session sans conteste; mais la Cyré
voir si tous les meurtriers de son père naique suivait alors d'autres desti
avaient été punis; et le prêtre cour nées , que Diodore de Sicile nous a
tisan de répondre: que le dieu son racontées avec détail, et que nous rap
père était au-dessus de toute atteinte porterons d’après lui.
criminelle; mais que s’il voulait parler
de Philippe, les meurtriers de ce prince Histoire de la tyrannie de Thimbron.
avaient subi leur peine; et il prédit
enfin à Alexandre qu’il serait toujours THIMBBON APPELÉ A Cvm‘ms
invincible jusqu’à ce qu’il allât pren PAR UNE FACTION; ses PREMIERS
dre place auprès des dieux. , SUCCÈS. —— Il faut rappeler d’abord
merveilleusement satisfait de ces que pendant l’expédition d’Alexandre
oracles, le héros macédonien fit à Am ans les Indes, Harpale, qu’il avait
mon et à ses ministres de magnifi laissé gouverneur de Babylone, sup
ques offrandes, et se remit en marche posant que son maître n’en revien
pour l’Egypte, en passant par le même drait jamais, s’était abandonné à
96
toute espèce de luxe et de débau était le crétois Mnasiclès , homme de
che, de telle sorte qu’il la nouvelle grands talents militaires, pétulant et
du retour de son souverain , il n’osa audacieux, qui,mécontent du partane
attendre les effets de sa juste co du butin , fit défection , et passa u
1ère. et emportant cinq mille talents côté des Cyrénéens, auxquels il ,per
d’argent, il se fit suivre d'environ six suada, par ses accusations de cruauté
mille hommes de troupes mercenai et de perfidie contre Thimbron , de
res, avec lesquelles il se rendit d'abord rompre la capitulation et de repren
dans le Péloponèse. uis en Crète, où dre leur liberté. Comme il n’y avait
il périt par les emb ches du lacédé encore que soixante talents de payés,
monien Thimbron, l'un des siens, qui et qu’ils n’acquittaient pas le surplus,
s’empara de ses trésors, de ses sol Thimbron, les traitant de rebelles, fit
dats et de ses vaisseaux. arrêter ceux des Cyrénéens qui se
Tel était l’état des choses lorsque trouvaient dans le port, au nombre
Cyrène, toujours partagée entre deux d'environ huit cents , et menant aus
factions rivales, et dominée alors par sitôt ses troupes contre la ville, il en
l’une d'elles , expulsa de son sein les fit le siège, mais avec si peu de succès.
chefs de l'autre parti;'et ceux-ci, aux qu’il fut obligé de revenir à Apollo
quels se réunirent les ,Barcéens qui me.
partageaient la même fortune politi Les Barcéens et les Évhespérites
que, allèrent chercher asile en Crète, ayant fourni à Thimbron,‘contre Cy
où ils trouvèrent Thimbron disposé rene, les renforts stipulés pour une
en apparence à prendre fait et cause autre destination, les Cyrénéens, afin
pour eux. Les troupes et les réfugiés de se venger de cette conduite, allèrent
furent embar nés sur les vaisseaux, ravager les terres de leurs jaloux voi
et Thimbron t voile aussitôt pour la sins: ceux-ci recoururent à Thimbron,
Cyrénaîque , où les connaissances lo qui partit d’Apollonie pour marcher à
cales des exilés qu'il ramenait lui ser leur aide; et les Cyrénéens, profitant
virent merveilleusement à diriger ses habilement de l’occasion d’après les
opérations. Les Cyrénéens s’étant conseils du Crétois, vinrent aussitôt
avancés à sa rencontre . il leur livra sous ses ordres reprendre ossession
bataille , les vainquit , leur tua beau de leur port pendant l’a sence de
coup de monde,leur fit un grand nom Thimbron, recouvrer leurs marchan
bre de prisonniers , et s’étant rendu dises, et se mettre en défense.
maître du port, il les assiégea si vi La perte de cette place , et de ses
goureusement , qu’il les força à capi munitions, ôta d’abord tout espoir à
tuler moyennant une contribution de Thimbron; cependant, ayant repris
cinq cents talents d’argent et de la coura e et s’étant rendu maître par
moitié de leurs chars de guerre com voie e siège de la ville de Teuchira,
me contingent dans les expéditions il conçut quelque espérance de se re
qu’il voulait entreprendre. Il envoya lever; mais il éprouva bientôt de nou
aux autres villes des délégués pour veaux désastres; car ceux'qui étaient
conclure une alliance, comme s’il allait dans les vaisseaux, exclus du port et
soumettre les populations Iibyennesqui manquant de vivres, faisaient chaque
tenaient le plat-pays; et s’appropriant jour des descentes sur la côte pour se
les richesses que les marchands avaient DI‘OCLI‘CI‘ des provisions; mais les Li
abandonnées dans le port, il les livra byens se mirent en embuscade, en tue
au lpillage de ses soldats afin de sti rent un grand nombre, et firent beau.
mu e‘r leur ardeur pour la guerre. coup de prisonniers ; ceux qui échap
Rsvnns népérés DE THIMBBON. pèrent et purent regagner leurs vais
-— Mais la fortune ne tarda point à seaux, se dirigèrent vers les villes
changer la face des affaires et à met alliées; mais la tempête en fit sombrer
tre un terme aux prospérités de Thim plusieurs , et le reste fut emporté en
bron: parmi les chefs de son armée -Chypre et en Égypte.
AFRIQUE ANCŒNNE. 97
ON APPELLE nEs “nous ne rent des secours pour leur rétablisse
PAn'r E'r D'AUTRE. .— Sous le poids ment, et obtinrent l'envoi d’une armée
de tant de calamités, Thimbron ce tant de terre que de mer sous les or
pendant continuait la guerre; il y dres du général Ophellas.
avait dans le Péloponèse, auprès de Les ÉGYPTIENS, vENus AU 51:
Ténare, un corps de soldats étran couns DES CYRÉNÉENS, s'amusent
gers; car beaucoup de mercenaires, DU PAYS. -— A la nouvelle de son ap
restés sans emploi, erraient de divers proche, ceux qui s’étaient réfugiés au
côtés, cherchant qui les prit à sa solde; près de Thimbron, cherchèrent à s'é
et il se trouvait alors près de Ténare chapper dans la nuit pour aller joindre
une troupe de deux mille cinq cents leurs compagnons; mais ils furent dé
hommes environ, dans cette position. couverts et mis à mort. De leur côté.
Thimbron leur dé êcha quelques amis. les chefs plébèiens deCyrène, craignant
intelligents , qui es engagèrent pour les effets du retour des exilés, firent la
lui et les ramenèrent en Cyrénaique. paix avec Thimbron, et se réunirent
Mais dans l'intervalle, les Cyrénéens, pour résister ensembleà Ophellas; mais
euhardis par leurs précédents succès, celui-ci battit Thimbron et se rendit
avaient attaqué à leur tour , étaient maître du pays et des villes , à l'ex
restés vainqueurs, et avaient tué beau ception de Cyrène qui se défendit en
coup de monde à l'ennemi. Ainsi battu, core vigoureusement; Thimbron fugi
Thimbron désespérait presque de sa tif fut pris par quelques Libyens , et
cause , quand l'arrivée des renforts livré à l‘olinthien Épicydes qui com
partis de Ténare, en augmentant no mandait à Teuchira pour Ophellas ,
tablement ses forces, vint de nouveau puis conduit à Apollonie, où il avait
rétablir ses affaires et lui rendre cou commis tant de méfaits pour y être
rage. crucifié. Enfin , Ptolémée lui-même
Les Cyrénéens, deleur côté, voyant vint, dit-on , achever en personne la
la guerre se ranimer, demandèrent aide conquête de la Cyrénaïque (’), et laissa
aux Libyens du voisinage,et même aux garnison dans les places.
carthaginois; et ayant rassemblé ainsi, Quelle était la nature de le do
en y joignant les troupes de la ville, mination ainsi établie par Ptolémée?
jus u à trente mille soldats, ils se pré sans doute, dans sa pensée,. une
ar' rent a une bataille décisive. Thim souveraineté absolue; et de cette épo
ron , ayant réuni une armée consi que , à ce compte, devrait dater le
dérable , livra le combat, obtint la règne des Lagides à Cyrène. Mais il
victoire , fit un grand carnage, et se est douteux que les Cyrénéens fussent
regarda comme bientôt maître des vil disposés à considérer comme un mal
les voisines. Mais les Cyrénéens, dont tre véritable l'allié dont ils étaient
tous les chefs avaient été tués dans allés solliciter le secours; et le monar
l’action , en élurent d'autres à leur que égyptien avait trop affaire lui.
place, avec le crétois Mnasiclès à leur même, en ces premières années de son
tête, pendant que Thimbron, profitant avénement, avec les rivalités et les in
de sa victoire, assiégeait Apollonie et trigues auxquelles donnaitlieu le r
livrait à Cyrène des assauts journa tage de la succession d'AlexamiÏè ,
liers. La continuation de la uerre pour s'appliquer à tenir dans une
amena dans la place la disette es vi stricte obéissance une population qu’en
vres, et bientôt le renouvellement des faisait plier difticilement sous le joug.
séditions et des querelles entre la
plèbe et l’aristocratie; le parti popu Histoire de la tyrannie d’ophellas.
aire révalut, et expulsa les riches, INTERVENTION n’ornnuss DANS
qui, ésormais sans patrie, allèrent LES nIssENsmNs nEs CvnENEENs.
chercher asile, les uns auprès de Thim -— Il arriva cependant, peut-être, que
bron même , les autres en Egypte au
près de Ptolémée , dont ils sollicitè (") L'an 322 avant l’ère vulgaire.
7' Livraison. (Aramon ANCIENNE.) 7
98
la garnison égyptienne que les Cyré troupes nombreuses , il manifesta des
néens avaient reçue comme une con intentions d'agrandissement qui arri
cession , voulut un jour faire la loi; vèrentjusqu’aux oreilles d’Agathocles,
telle fut sans doute la cause d'une in roi de Syracuse , alors en Afrique , ou
surrection qui éclata par la suite C‘) , il menait rude uerre aux carthagi
et dans laquelle les Cyrénéens, reje nois. Ce prince épécba le s racusain
tant la garnison dans la citadelle, ' Orthon vers Ophellas, pour ni propo
tinrent bloquée : il vint d‘Alexandrie car une alliance offensive contre les
des envoyés chargés de les inviter à carthaginois leurs ennemis communs,
lever le siège ; mais les Cyrénéens dont la destruction laisserait à Aga
irrités tuèrent les envoyés, et res thocles la ossession paisible de la
sèrent plus vivement encoreles s0 dats Sicile , à 0p ellas l'empire de la Libye.
égyptiens. Ptolémée, irrité a son tour, Le Macédonien accepta avec ‘oie, et
envoya une armée sous les ordres envoya demander du renfort a Athè
d'AgIs , et une flotte sous le comman nes, où il était connu et fort estimé,
dement d'Épainète; Agis , ayant atta tant à cause de son mérite personnel
qué vigoureusement les insurgés, se u'à raison de son mariage avec Eu
rendit maître de la ville , se saisit des t ydice fille de Miltiades, de la
chefs des mutins pour les envoyer à race du vainqueur de Marathon : les
Alexandrie, désarma les autres, et Athéniens se rendirent avec empresse
ayant rétabli l'ordre dans la Cyrénaî ment à son invitation; et beaucoup de
que , s'en retourna en ypte. guerriers des autres cités de la Grèce
Il est probable que insurrection accoururent aussi se ranger sous ses
ainsi apaisée n'était que l'une des drapeaux, espérant que la fortune al
phases de la lutte toujours subsis lait leur livrer la plus belle portion de
tante des deux partis entre lesquels la Libye et les richesses de Carthage
se divisait la population de Cyrene, our se refaire de l'état misérable où
l'un ayant pour noyau l'aristocratie es dissensions intestines les avaient
des villes qui s'appuyait sur l'armée réduits.
d'occupation égyptienne commandée EXPÉDITION MALHEUREUSE D'O
par Ophellas, l'autre formé de la PHELLAS CONTRE LES CABTHAGI
plèbe impatiente de toute domina Nois. —— Ophellas ayant tout préparé
tion et de tout frein. L'expédition pour son expédition,se mit en marche
d’Agis et d’Épainète ayant rendu à avec une armée de dix mille fantassins,
Dphellas la supériorité de forces que six cents cavaliers, et cent chars mon
l'insurrection populaire avait quelque tés par plus de trois cents combattants;
temps neutralisée, le parti aristocra il y avait en outre, hors des cadres de
tique, recouvrant par ce moyen sa l'armée, près de dix mille hommes,
prépondérance politique , dut se mon avec femmes, enfants et baga es, en
trer reconnaissant envers le chef ma sorte qu'il semblait que ce lit une
cédonien qui avait fait cause commune colonie tout entière. Après dix-huit
avec lui; et de là résulta sans doute, journées de route , pendant les
pour celui-ci, l'occasion et le dessein quelles on avait parcouru plus de trois
de se former aussi un royaume indé mille stades , on campa auprès d'Auto
pendant , à l'exemple des autres corn malax. '
pagnons d'armes d'Alexandre. Au delà sont des montagnes aux
OPHELLAS SE DÉCLARE soi ne LI flancs abrupts, renfermant une vallée
BYE. —- uoi qu'il en soit, au lieu de profonde d'où surgit une roche es
se borner être le lieutenant de Ptolé carpée, au pied de laquelle des
mée, Ophellas prit en son propre nom lierres et des cyprès cachent l'entrée
le gouvernement de la Cyrénaîque d'une vaste caverne. C'est là, dit-on.
avec le titre de roi, et ayant réuni des ue vivait jadis la reine Lamia,
emme d'une beauté merveilleuse,
(‘) L'an 3x3 avant l'ère vulgaire. transformée en bête féroce à cause de
AFRIQUE ANCIENNE. 99
ne cruauté: a raconté que, voyant CORQUÊTI. ne m, Cru'nIQul
mourir tous ses enfants, le chagrin un Les ÉGYPTLEM. — Avec la
lai inspira une envie furieuse contre mort d’Ophellas 'évanouit le rêve
les hautes fécondes, et qu’elle leur d’un‘ empire de Libye. Mais ce n’est
fit arracher leurs enfants pour être p‘oint a dire que Cyrène tomhét im
aussitôt massacrés. a Aussi, jusqu'au médiatement sous la domination égyp
jour, écrit Diodore de Sicile, les enfants tienne: la veuve d’flphellas, Euthy
ont- ils srdé le souvenir de cette dice, ,retournés en Grèce, y devint
femme, ont le nom est pour eux un l’épouse deDémétrius fils d'AMigone,
épouvnntaii. I Elle chercha l’oubli de l'ennemi le plus redoutable de Ptolé
ses douleurs dans l’ivresse, laissant mée, et l'on peut croire qu’slh employa
ators chacun faire ce qu’il voulait, sans l'influencequ’elledevaitavoirœnservée
s'enquérir de ce qui se passait dans le en Lib e, à déjouer les projets de con
pays, en sorte qu’on la tint pour quête u maître d’Alexandsie. Nous sa
aveugle : et l'on en vint à dire ligu vous du moins, de Pausanias, qu’un
rativement qu'elle avait mis ses yeux moment où Ptolémée marchait contre
dans sa poche, exprimant son incurie Cyrène, Antigone, lui enlevant la S3‘
née de l’ivresse par la cécité supposée rie et la Phénicie , le forçait à revenir
lui aurait causée le vin. Qu'elle vers l’Orient; puis ce fut en Chypre, et
ait. dans tous les cas , vécu en Libye, bientôt en Égypte même, qu’Antigoue
c’est un point, ajoute Diodore, sur et Démétrius transportèrent le théâtre
lequel on peut invoquer le témoignage de la guerre , en sorte que c’est seule
formel d’Euripide, lorsqu’il dit (*‘) : ment après la mort d’Antigone et la
« Qui ne connaît la race, en horreur défaite de Démétrius, à la célèbre ba
aux mortels , de la libyenne Lamie? u taille d’lpsus (*) , que Ptolémée, ayant
Ophellas conduisit ses troupes à repris possession de la Syrie et de l’ile
travers ces déserts arides et infestés de Chypre, put songer de nouveau à
d'animaux dangereux, où le manque soumettre la Cyrénaïque.
d’eau et de vivres mit en péril le sort Il chargea de ce soin son beau-fils
de toute l'armée. Au voisinage des Magas, fils de cette Bérénice qui, de
Syrtes , le ays est rempli de bêtes ve suivante qu’elle était d’abord de la
nimeuses ont la morsure fit‘beaueoup reine Eurydice fille d’Antipater, s’éo
de ravages , sans que là médecine Dl tait élevée à son tour jusqu’a la couche
les soins de l’amitié en pussent con royale. Magas, fils de l’obscur macé
jurerles effets; en rencontrait des donien Philippe, dut à l’influence de
serpents dont la couleur’ terreuse se sa mère le commandement des trou
confondait tellement avec celle du pes chargées de réduire les Cyrénéens
soi , qu’on ne savait les éviter, et ceux a l'obéissance, et ensuite le gouverne
qui les foulaient par inadvertance, mentde la nouvelle province ajoutée par
p‘éeissait de leurs morsures. Enfin ses armes à l’empire'des Ptolémées.
après plus de deux mois de la marche C’est de ce moment que date l’éta
la plus pénible, on rejoignit Agatho blissement définitif de l'autorité des
cles . et l’on campa dans le riche pays Lagides sur la Cyrénaïque.
de Carthage : on sait comment le per
fide Syracusain fit périr Ophellas (“) IV. RÈGNE mas LAGIDBS.
pour s’approprier son armée. Rois particuliers de la Cyrénaïque.
(’) Ttç 'rm'noçwz r6 &«Miùmv flootoîç
MAGAS souvenirs n’snonn au
Ot‘nt 07.6s Aqsiaç flic liôua'rtxñç TÉVOç. NOM DE Pronsusn LAGIDB. .- De
Bourru. qui Dmlrol. , xx. (x. puis l’expédition de Mages, Ptolé
(") L'an 308 avant notre ère. ‘r71; (Bpaç ñ'mbpevoc rrsptsîrrev au’rrov, sa‘; 11: !
'Ayaôoxlñç ’Oçs'ktzvn . môépavoç eivau. 90,6 'rñv Osparretzv ai‘rroü p.6vnv Molette... 1.1‘. .
mtôa, ôprnpov dût‘? ‘tèv lôtov uiàv Enspiluev Pourri, Slralag‘cmfl. V. Aglth. 4.
'Hpœùdônv abpaîov 6ms"... .‘O Kuonva‘foç (") L'an 301 avant notre ère.
7.
100
mée régna encore quinze années , 'Apamé, fille d’Antiochus Soter roi de
pendant lesquelles Cyrène demeura Syrie, et petite-fille de Démétrius Po
tranquillement soumise à son sceptre, lyorcète. Il rofita des circonstances,
sous le ouvernement doux et ferme prit le titre e roi ("), et se prépara à
de son eau-fils; car la douceur de marcher contre l’Ég’ypte. Avant de
Magas n'est pas moins vantée que ses quitter Cyrène, il noublia point les
qualités militaires, et Plutarque cite précautions de prudence que comman
un exemple de son indulgence envers daient l'esprit remuant et l'humeur
le poète Pbilémon , qui l'avait publi changeante de ses inconstants sujets;
quement offensé par des railleries pi il eut soin d'y laisser une garnison
quantes dans ses comédies : une tem dévouée, de renfermer dans la cita
pête l'ayant poussé à Parétonion , delle toutes les armes, machines et
Magas , pour toute vengeance,'se con munitions de guerre, et de faire dé
tenta de l’effrayer par l'appareil du manteler les murailles de la ville , afin
supplice, et tournant ensuite la chose d'être toujours, en cas de sédition , le
en plaisanterie, il le renvoya chargé maître d'y rentrer par cette voie. S'é
de jouets et de bagatelles comme un tant mis en marche, il s’empara bien
enfant. tôt de Parétonion, et il envoya de là
L’historien Josèpbe nous apprend des éclaireurs qui , s'avançant sous
que c’est ce premier Ptolémée qui des dehors amis, conduisirent ainsi
établit, à Cyrène et dans les autres l’armée sans obstacle 'usqu’au village
villes de la Libye , de nombreuses co de Khi (**), voisin d'Alexandrie.
lonies de Juifs, tirés de l’Egypte, où INSUBBECTION Des Mxnusmnxs ;
il les avait d'abord transportés après RÉCONCILIATION DE MAGAS’ET DE
ses expéditions en Syrie, et où il en PHILADELPHB. — Ptolémée Phila
existait d'ailleurs déjà du temps d’A delphe , à la première nouvelle de
lexandre le Grand. l'approche de Magas, se bêta de for
Sentant sa fin approcher, Ptolémée tifier tous les passages, et se tint sur
voulut désigner et même installer son la défensive; mais dans ces conjonc.
successeur : il choisit l’aîné des enfants tures, Magas apprit ne les Marma
qu’il avait eus de Bérénice mère de rides errants de la Li ye secouaient
Magas, et le fit solennellement pro le joug et pouvaient rendre sa re
clamer roi à sa place (*); puis il s’é. traite périlleuse: il abandonna aus
teignit environ deux ans après , dans sitôt ses projets pour regagner Cy
un âge fort avancé. rène. Ptolémée eût bien voulu le pour
MAGAS sa mienne SOUVERAIN suivre, mais quatre _mille Gaulois
s1: MARCHE courus PHILADELPHE. mercenaires u il avait ris à sa solde
—— Le nouveau roi d’Egypte, frere ont se défen re contre es Cyrénéens,
utérin de Magas, avait nom Ptolémée ui inspirèrent une telle défiance, que
comme son père; il fut surnommé son premier soin fut d'aller les perdre
Philadelphe, par une amère ironie sur une île déserte du Nil , où il les
de sa conduite envers plusieurs de ses laissa mourir de faim et de détresse.
frères , dont la vie fut sacrifiée à son Magas avait, d'un autre côté, engagé
ambition. son beau-père Antjochus à venir por
Magas n’attendit point d'être à son ter la guerre en Egypte; mais Ptolé
tour une nouvelle victime de cette
amitié fraternelle; dix-sept années (*) Il est parvenu jusqu'à nous des mou
d'un gouvernement paisible avaient uaies et des pierres gravées de cette époque.
habitué les C rénéens à son autorité, (’*) Ce village, ainsi nommé dans le Sla
et rendaient acile toute tentative d’in diarme anonyme de la Grande mer, est
dépendance de sa part : il avait d’ail appelé de même par Polyen, comme le
leurs consolidé sa position en épousant marquait le ms. de Casaubon, bien que le
savant critique ait regardé cette leçon
(') L'an 285 avant notre ère. comme fautive.
AFRIQUE ANCIENNE. 101
mée y obvia en dépéchant dans les alliance avait été résolue, s'empressa
États de ce prince des émissaires af de la rompre pour faire passer entre
fidés, chargés d’inciter les pc ulations les mains d’un autre époux le sceptre
à la révolte , en sorte que e roi de de la Cyrénaique. Arsinoé jeta les yeux
Syrie fut retenu chez lui par le soin sur le beau Démétrius, fils du Po
de ses propres affaires. lyorcète, et frère d’Antigone Gonna
La concorde fut rétablie plus tard tas roi de Macédoine : ce prince nc
entre lesdeux frères , et la paix fut cepta avec joie l'offre qui lui fut faite
cimentée par les fiançailles de la jeune de la main de Bérénice et du trône de
.“Bérénice,.fille unique et héritière de Cyrène; il accourut, fut fiancé à la
Ma as, avec le jeune Ptolémée, fils de royale héritière, et prit possession de
Phi adelpbe. Ainsi se trouvaient con son royaume : mais il n'en jouit pas
ciliées toutes les prétentions; et Ma longtemps.
gas, passant les dernières années de sa Démétrius était d'une telle beauté,
vie dans le repos et la mollesse, acquit que le philosophe Arcésilas s'en était
une telle obésité qu'il mourut étouffé épris, et que la reine mère conçut pour
par l'excès d'embonpoint, après avoir lui un amour auquel il ne sut pas lui
commandé à Cyrène pendant cinquante même résister ; Bérénice, offensée
annees. de l'oubli qu'il faisait de ses engage
TROUBLES DE CvnÈNE APAISÉS ments envers elle , conjura sa perte;
un ECDÈME ET DÉMOPHANES. — et l'imprudent Démétrius fut surpris
A la mort de Magas , privés d'un et mis à mort par ses ordres , dans la
maître dont l'habileté avait su à la propre chambre d’Arsinoé, qui essaya
fois concilier et comprimer leurs riva vainement de le défendre (*).
lités et leur turbulence, les Cyrénéens Alors Bérénice, libre d'accomplir le
se laissèrent de nouveau entraîner à mariage auquel son père l'avait des
des dissensions civiles: il ya lieu de tjnée , apporta en dot à Ptolémée
croire que le parti populaire, ébloui Evergète, au moment même où il
de l'éclair de liberté qui sillonnait montait sur le trône d'Égypte ("), la
alors la ‘Grèce et préludait aux grandes couronne de Cyrène , _une beauté que
luttes de la ligue achéenne, renouvela les poètes ont célébrée, et une pureté
ses anciennes prétentions à une pré-' virginale qu'ils ont aussi proclamée
pondérance exclusive; deux philoso dans leurs vers ('**). Callimaque la re
phes mégalo olitains , Ecdème et Dé présentait comme la quatrième des
mophanes , isciples d'Arcésilas, les Grâces, et C rène préparait ses par
deux lilus grands publicistes de leur fums de rose es plus délicieux pour sa
siècle, qui avaient délivré leur patrie magnifique chevelure , immortalisée
de la tyrannie d’Aristodème , et puis par le sacrifice qu'elle en fit à Vénus
samment {aidé Aratus à délivrer Sicyo pour obtenir l'heureux retour de son
ne décolle de'Nicoclès, furent appelés époux lors de son expédition de Syrie,
à Cyrène pour y rétablir l'équilibre et par la ilatterie de l'astronome Co
entre les- actions rivales; et le dou non de samos qui lui donna place
ble témoignage de Polybe et de Plu<
tarque nous assure qu'ils remplirent (') Cùm in leclum socrùs concessisset
avec succès leur‘mission, et maintin percussores immittuntur.Sed Arsinoé andilà
rent la versatile cité dans le paisible voce filiæ ad fores slantis et præcipientis
exercice d'une sage liberté. ut malri parcerent, adnlterum paulisper
BÉBÉNICE ÉPOUSE SUCCESSIVE corpore suo protexit. (JUS'HIT, flirt. XXVI.)
MENT DÉMÉTBIUS ET PTOLÉMEE C’) L'an 247 avant l'ère vulgaire.
ÊVEBGÈTE. — Cependant, le mariage ('n) Què Rex tempestate, novil suclus byme.

de Bérénice avec le prince royal d'E næis ,


Vastatum fines iverat Assyrios.
gypte n'était point encore accompli; et Dulcia nocturna: portons vestigin rixæ
la reine Arsinoé, mère de la jeune prin Quam de virgineis gessernt exuviix.
cesse, contre le vœu de laquelle cette CAI‘VIÆI , de (‘and MM.
10!
parmi les constellations célestes, et qui s'y rattache. Pendant les cam
plus encore par les chants de Calli pagnes d'Annibal en Italie, quand les
maque et de Catulle. Campaniens , préférant l'alliance de
TRAVAUX E1‘ mon ,1): BÉBÉNICB. Carthage à celle de Rome, lui ouvri
— Béréniœ, dont le nom et l'image rent les portes de Capoue (*). Décius
accompagnent le nom et l'image e Magius, qui s'était hautement élevé
Ptolémée Évergète sur les nombreux contre cette honteuse soumission de
monuments dont la magnificence de sa patrie , lui fut livré. et aussitôt em
ce règne orna les villes de l'Egypte, barqué pour être exilé à Carthage;
voulut aussi consacrer, dans les déno mais la tempête emporta le bâtiment
minations nouvelles qu'elle imposa à de l'autre côté des Syrtes, et Décius
quel ues-unes des villes de la Cyréna'i Magius aborda à Cyrène, où il courut
que, a mémoire de son époux, de sa se mettre sous la sauvegarde de la sta
‘mère, et d'elle-même; le port de Barkè tue du roi. Ce fut le gage de sa déli
fut ainsi appelé désormais Ptolémais , vrance; conduit à Alexandrie devant
et la trace en est restée au nom mo Ptolémée pour s'expliquer, il exposa
derne de Tolomeytab; Teuchira reçut comment Annibal, au mépris du droit
celui d'Arsinoé, qui s'est effacé; et des gens, l'avait fait charger de chaî
Hespéride celui de Bérénice, qui a dis nes , et le roi les lui lit ôter aussitôt ,
paru sous celui de Ben-Ghâzy. lui permettant de s'en retourner à son
Après un règne d'environ trente gré à Rome ou à Capoue : Magius de
ans, depuis la mort de son père, Bére manda à rester dans les États du
nice, qui avait eu la douleur de voir prince à la protection duquel il devait
son époux bien-aimé périr par le poi son retour a la liberté.
son C‘) de la main d'un tils_qu'une Bisous ma Proréués ÉPIPHANES.
amère ironie surnomma Philo ator, -— Ptolémée Épiphanes, âgé seulement
et son autre fils Magas sacri ‘é par de cinq ans, succéda à son père en
son frère à une ombrageuse ambition, l'année 205 avant notre ère, et orta,
Bérénice elle-même devint la victime pendant vingt-quatre années, la ouble
de ce fils dénaturé. Peut-être avait couronne de Cyrène et de Memphis.
elle en la pensée 'de réserver à Magas C'est sous son rè ne qu'Annibal, de
le trône de Cyrène;epeut-étre eût-elle puis trois ans ré ugié près d'Antio
pu en faire pour le-méme la dot chus de Syrie, voulut tenter un der
d'un nouveau mariage: son fils aîné nier effort contre Rome : après avoir
coupa court successivement à toutes persuadé à son hôte de passer avec des
ces éventualités, en se défaisant de troupes en Italie, il partit lui-même
Magas et de Bérénice, comme il s'était pour l'Afrique avec cinq vaisseaux ("’),
défait de son père pour se saisir plus et vint débarquer à l'extrémité du ter
tôt du sceptre de l'Égypte; il ne lui ritoire cyrénéen, où il appela son frère
restait plus que sa sœur Arsinoé : il Magon pour concerter avec lui les
l'épousa. moyens de déterminer sa atrie à re
prendre les armes; mais es Cartha
La Cyrénaïque réunie à I’Égypte. ginois prononcèren‘t aussitôt contre
Magon la même peine qu'ils avaient
RÈuNn na PTOLÉMÉE PmLoPATon. portée contre Annibal; et les deux
-Ptolémée Philopator, débarrassé de frères n'eurent d'autre parti à prendre
tout compétiteur, réunit ainsi sur sa que de se rembarquer.
tête les deux couronnes d'Egypte et
de Cyrène. Nous savons peu de chose RÈGNE INDIVIS s‘r PBÉTENIIONS
de lui, en ce qui concerne cette der BESPECTIVES ne Pinxomâroa en
nière royauté: Tite-Live , cependant , DE PnvscoN. - Ptolémée Épipbanes,
nous a conservé l'indication d'un fait
(') L'an 216 avant l'été vulgaire.
(') L'an ans avant l‘ère vulgaire. (*’) L'an 193 avant l'èra vulgaire.
AFRIQUE ANCIENNE. 10!
en mourant (*), laissait deux fils en missaires spéciaux, que Polybe appelle
b s'ége, sous la tutelle de leur mère sim lement Canuléius et Quintus, pour:
C tre, fille d’Antiochus le Grand; rég er sa querelle avec sonrfrère. Le
tous deux avaient nom Ptolémée; patrimoine des deux inces. jusqu’ae
l’vaîné fut surnommé Philométor, et ors indivis et dispu entre eux deux‘
le. second, Évergète; mais ce der fut partagé: l’Egypte fut rendue à
nier, ui acquit plus tard un embou Philométon'et la Cyrénaïque avec la
point ifforme, en reçut le surnom Libye fut adjugée a Physeon.
de Ph scon, sous lequel il est plus
généra ement désigné. Arrivé à sa La Cyrénaïque de nouveau séparée
majorité, Philométor voulut porter‘ la‘ .de- l’Egypte
guerre en. Syrie; il fut battu , et Au
tioehus Éprphanes vint le faire. pri Récuxarrous un Pmrscon con;
sonnier dans Memphis i"). Évén ne ne uomcm’a ne son LOT. -
gète, qui à son .tour atteignait alors Physcon ne se tint pas pour satisc,
sa majorité, fut aussitôt proclamé à fait du royaume de Cyrène, et i
Alexandrie, et occupa seul le trône voulut, à son tour, venir à Rome
pendant uatre années, au bout des faire valoir ses droits C’); il s’y ren
quellesP ilométor obtint sa liberté; dit en même temps que les commis,
les deux princes régnèrent alors en saires qui avaient fait le partage, et
semble deux années, pendant lesquelles se plaignit au sénat de l'exiguïté de
des discussions s’élevèreut entre eux , la part qui lui était faite, demandant
chacun ayant la prétention de garder que l’on réformât. la convention, et
exclusivement la couronne. qu'on ajoutât a son lot l’ile de Chypre,
nous m'ranvrsnr ET un ADJU après quoi son domaine‘ serait encore
Gsa LA CYBÉNAIQUB a PHYSCON. beaucoup moindre que celui de son
—Rome, qui intervenait d’office dans aîné. Canuléius et Quintns combatti
le règlement des affaires d'orient, en rent cette réclamation. de concert
voya a ses commissaires en Syrie (Cnéus avec le carien Ménylle d’Alabandeœn
Octavius, Spurius Lucrétius et Lucius vo é de Philométor, qui prétendait
Aurélius) l’ordre d’aviser àla concilia u Evergète devait s’estimer heureux
tion des différends‘ qui divisaient les ’avoir obtenu le Cyrénaïque; qu’il en
deux rois d’Alexandrie ("*). Mais était bien redevable aux Romains,
dans l’intervalle la guerre s’était allu ainsi que de la vie, tant il s’était,fait
mée entre les deux princes, et l'aîné, détester des Égyptiens; qu'au surplus
chassé du trône par son frère, venait il y avait un traité juré sur les autels,
à Rome implorer la commisération et que les paroles avaient été mutuel
du sénat: il y entra à pied, couvert lement données. Physcon contesta tout
de haillons; en vain son cousin Dé-' cela, et le sénat, voyant qu’en effet
métrius Soter, alors en otage , vint au le partage n’était oint égal, profita
devant de lui mettre à sa disposition habilement, dit Po ybe, de la uerelle
un train plus digne de son ran ; il des deux frères, pour amoin rir les
refuse tout , et alla demander un oge forces du roi d’Egypte‘ par un nou
ment à, un peintre alexandrin. Aussi veau morcellement, en accordant au
tôt que le sénat en- fut instruit, il en plus jeune ce qu’il demandait. Deux
voya faire au monarque détrôné des autres commissaires, Tit-us Torquatus
excuses de ne lui avoir pas rendu les et Cne’us Mérula, furent envoyés avec
honneurs d'usage; en pourvut avec Physcon pour le faire mettre en pos
munificence à ses besoins, et l’on en-' session de l'île de Chypre, et établir
voya avec lui, en Egypte, deux com une paix durable entre les deux rivaux.
Arrivé en Grèce avec les envoyés
(‘) L'an x81 avant l'ère vulgaire. romains, Ptolémée Physcon y engagea
( min 170 avant l'ère vul 'airë.
( Wa- iüÿ amzl‘üc ' ‘aire.’ (F) L'as 162 avant l'ün ‘mitaines
104
un grand nombre de soldats merce la même conspiration, et que son lieu
naires, parmi lesquels se trouvait le tenant Ptolémée le trahit : c'était un
macédonien Damasippe banni de sa Égyptienà qui il avaitconfié le gouver
patrie pour crime politique; à la tête nement de son royaume lorsqu'il s'était
de ces troupes, il se rendit dans la Pé embarqué pour Rome. Ayant eu avis
rée , vis-à-vis de Rhodes, et se dispo bientôt après que les Cyrénéens en
sait à passer en Chypre , lorsque Tor armes se sont mis en campagne, et
quatus lui représenta que l'ordre du craignant qu'en se préoccupant trop
sénat était de le mettre en possession de l'affaire de Chypre, il ne s'expose“
de ses États sans recourir aux armes; à perdre la Cyrénaique, il abandonne
qu'il devait donc congédier son armée, tout pour marcher vers C rène. Ar
renoncer à s'emparer de force de l'île rivé au grand Catabathme , i en trouve
de Chypre, mais aller attendre en Cy les défilés occupés par les Libyens,
rénaî ne les commissaires romains, faisant cause commune avec les Cyré
qui c leur côté allaient se rendre néens: dans cet embarras , il partage
à Alexandrie auprès de Philométor ‘sa petite armée en deux corps , dont
pour le déterminer à consentir à l'ar il ait embarquer l'un pour tourner
rangement souhaité. et iraient ensuite l’ennemi et le prendre à dos, pendant
le rejoindre lui-même sur ses fron que lui - même l’attaquera de front et
tières, en amenant son frère avec eux. tâchera de forcer la montée. Les Li
Sur ces observations Physcon renonça bËens, effrayés de cette double attaque,
à son projet de descente en Chypre , a andonnèreut leurs postes; et Phys
liceucia ses troupes mercenaires, passa con, franchissant le Catabathme, ga
en Crète avec Damasippe et Cnéus gna les hauteurs et occupa Tetrapyrgia,
Mérula l'un des commissaires , et de où il trouva de l'eau en abondance.
là mettant à la voile pour la Libye De là , ayant traversé en sept jours le
avec un millier de soldats , il vint désert, et ayant été rejoint par les ha
mouiller au port d'Apis. bitauts de Mochyrinon, il atteignit les
De son côté, Torquatus, arrivé à Cyrénéens, campés au nombre de huit
Alexandrie, employa tous ses efforts mille fantassins et cinq cents cava
our amener le plus âgé des Ptolémées liers.
gfaire la paix avec son frère, et à lui Jugeant des dispositions de leur nou
abandonner l'île de Chypre; mais tan veau roi par ses précédents à Alexan
dis que ce prince, cédant sur quelques drie, et reconnaissant que ses com
oints , résistant sur d’autres, faisait mencements, aussi bien que toute sa
rainer les choses en longueur, le plus ligne de conduite, annonçaient moins
euue, campé avec ses Crétois en Li un roi qu'un tyran, les Cyrénéens ,
ye, auprès d’Apis, ainsi qu'il avait été loin de se soumettre de bon gré à sa
convenu ,_et s’impatientaut de ne rien domination, étaient résolus à tout ris
voir venir, envoya Cnéus à Alexan quer pour la défense de leur liberté.
drie pour joindre ses efforts à ceux Ainsi donc alors, à son approche, ils
de Torquatus. Mais il attendit vaine lui présentèrent la bataille, et eurent
ment son retour; le temps se passa, l'avantage. Physcon n’en continua pas
quarante jours s'écoulèrent sans qu'il moins la guerre: Athénée nous a con
ap rît rien de nouveau: son inquié servé un fragment des mémoires de
toge, était extrême. En effet , son aîné ce prince , où il fait mention des arti
cherchant, à force de caresses, à mettre chauts dont se nourrissaient ses trou
les envoyés romaius' dans ses intérêts, pes pendant qu'il campait aux envi
les retenait chez lui, quelque répu rons de Bérénice.
gnance qu’ils eussent à y rester. Dans un récit qui semble ne pouvoir
INSUBBECTION mas CvnéNÉnNs mieux s'appliquer qu’à cette époque,
BÉPBIMÉE. —Pendant ces délais, Phys Polyeu. rapporte que les Cyrénéens,
con apprend que Cyrène s'insurge cou dans leur guerre contre Ptolémée .
tre lui, que les autres villes entrent dans s'étaient donné pour chef , avec les
AFRIQUE ANCIENNE. 105
pouvoirs les plus étendus, l’étoli'en saires chargés de lui annoncer la déci
Lycope; et que, pendant que les hom sion rendue en sa faveur. Publius
mes combattaient, les femmes forti Apustius' et Caïus Lentulus furent
fiaient les retranchements , creusaient nommés, et partirent pour Cyrène,
les fossés, portaient les munitions, soi afin de s’acquitter au plus tôt de leur
gnaient les blessés, préparaient les mission. Physcon plein de confiance,
vivres; mais qu’après ’extinction des se mit aussitôt à lever des troupes et
uerriers, Lycope ayant voulu trans à s’occuper exclusivement de l’affaire
ormer son administration en souve de Chypre.
raineté, ces femmes l’accablèrent de Mais pendant ces préparatifs, il se
tant d’injures que, dans son exaspéra tramait contre lui une cons iration
tion , il en tua le plus grand nombre, dont il faillit être la victime; i courut
qui couraient elles-mêmes à la mort. risque de la vie. et n’échappa au fer
Ces circonstances expliquent assez des assassins qu’après avoir reçu plu
comment la résistance des Cyrénéens sieurs blessures: ce fut pour Il" le
ne put tenir longtemps contre les ar motif d’un nouveau voyage à Rome ,
mes de Physcon. afin de s’aller plaindre au sénat d’un
’ROME APPUIE OUVEBTEMENT LES attentat dont il ne craignait point d'ac
BECLAMATIONS DE PHYSCON. — Sur cuser son frère; et de son côté ce
ces entrefaites, Cnéus Mérula arriva lui - ci envoya Néolaidas et Androma
d’Alexandrie, et apprit au roi de Cy chos pour se disculper. Mais quand
rène que son frère rejetait toutes les Physcon, à l’appui d’un touchant dis
propositions qui lui avaient été fai cours, eut montré les cicatrices de ses
tes, prétendant qu’on (levait s’en te plaies, l’émotion générale fut telle,
nir exclusivement aux conditions pri que l’assemblée refusa d’entendre les
mitivementconvenues.Aces nouvelles, envoyés du roi d’Egypte, et leur 0r
le roi désigna aussitôt les deux frères donna de sortir de Rome sans délai.
Coman et Ptolémée pour se rendre à On désigna au contraire, au roi de
Rome avec Cnéus, et se plaindre au Cyrène, cinq commissaires. du nombre
sénat de la tenacité et des mépris de desquels furent Cnéus Mérula et Lu
son frère. Philométor laissa partir cius Thermus, qui devaient prendre
aussi, vers le même temps, Titus Tor chacun une galère afin (le conduire
quatus, sans avoir rien fait. Voilà où ce prince en Chypre; et l’on envoya
en étaient les choses à Alexandrie et aux troupes alliées, en Grèce et en
à Cyrène. Asie, l’autorisation de lui prêter main
C’est dans ces circonstances qu’ar forte pour opérer sa descente dans
rivèrent (*) à la fois à Rome les am l’île.
bassadeurs des deux Ptolémées; ceux RÉCONCILIATION DE PHYSCON En
du plusjeune ayant à leur tête Coman , DE PHILOMÉTOB. — Il semblait que la
ceux de l’aîné ayant pour chet Ménylle réussite de ses désirs fût ainsi assurée;
d’Alabande. Ils se rendirent au sénat, mais la fortune en décida autrement: il
où ils firent de longs discours et se je fut battu par son frère, bloqué dans la
tèrent mutuellement à la face les re ville de Lapithe, et obligé de se rendre
proches les plus odieux: on entendit à discrétion. Cependant Philométor,
aussi Cnéus et Titus qui se hâtèrent soit par indulgence, soit par crainte
d’appuyer de leur témoignage la cause des Romains, ne profita point avec ri
du plus jeune. Il fut décrété par le sé gueur de ses avantages: il lui offrit,
nat que Ménylle et les siens sortiraient en dédommagement de l’île de Chypre,
de Rome dans le délai de cinq jours , la cession de quelques ville-s libyennes
que toute alliance était rompue avec de plus à ajouter à son royaume de
laîné des Ptolémées, et qu’il serait Cyrène, des subsides annuels de fro
envoyé au plus jeune des commis ment , et dans l’avenir la main de sa
lille comme gage d'une alliance du
(’) L'an r61 avant i'ere vulgaire. rable. Ainsi fut terminée définitive
me
nt ("9 la querelle des deux rois; et En l'année 1:: avant èuvllgaina.
P_ yscon put désormais continuer dans sa tyrannie ayant la mesure .
l'étude, le repos et la mollesse, un règne gîte émdeute srlëveaueiuaandrie l’o
dont les premières années avaient été l la, remière
e que
se les
' osier en ülypre ' la.
si agitées. Il nous a transmis lui par
crasiäant Cléopatre
Alexandrine,
, n’eussent
même, dans un passage de ses m6
moires . conservé r Athénée , quel ‘idée e proclamer à sa place son fila
ques détails sur le uxeqn’il déploya à Memphite, jeune homme plein de râ
loccasion du sacerdoce du tem le ce et de bonnes qualités, qui était a ra
dÎA llon à Cyrène, quand il en ut à C rène, il le rappela près de lui, et
rev tu; c’était une charge annuelle, le t mettre à mort sous ses yeux;
dont le titulaire, à son entréelen exer puis, s’il faut en croire un affreux ré
cice, réunissait dans un festin tous cit, illuifitcou latétefles ‘ et
ceux qui l’avaient récédé dans les les mains, qui urent en dans
mêmes fonctions, e leur offrait un un drap et renfermée dans un panier
vase de terre d'une certaine capacité, pour être envoyés à la malheureuse
rempli de provisions, e y joignant mère comme un présent le jour anni-I
le plus souvent une «lyre. scion leu ver'saire de la nai ance de ce même
fit servir des vases d’argenth'un gran fils! A la suite elcette atrocité,
ix et.
ä‘eval 'init,
drgssjg gcouvelrætour
de charnais
acun, don
un Ptolémée Physcon revint en forces
reprendre ossessio" de l’Égypte.
rés et conduit par un écuyer, avec in d’où la viei e Cléo tre se sauva en
vitation à chaque convive de monter Syrie.
le sien pour's’en retourner (ËIGZ lui. Une grande pluie de sauterelles af
Pnvscon s'ennuie m; L’ GYP'rn iligea la Cyrénaîque dans les dernières
ET nÈGNn “saumons sur, — A années du règne de ce prince (‘):
la mort de Ptolémée Phi ométor,_ar d’immenses essaim, après avoir ra
rivée en l’an 147 avant notre ère, vagé toute l'herbe et toutes les feuil
Ptolémée Physcon, en ayant reëu la les des arbres, furent poussés dans ‘la
nouvelle à Cyrène, se mit aussit t en mer par le vent, et ramenés par les
marche avec une armée pour aller re flots sur la côte, où leur accumulation
vendiquer la succession de son frère, causa, par ses miasmes putrides, une
qui ne laissait qu'un fils mineur; sa ' cruelle peste ‘qui lit périr les animaux
sœur Cléopâtre. veuve de Philométor, et les hommes par milliers.
lui cave a offrir
de sonliyls sa main, etentra
: il accepta latutelle
dans La CYBÉNAIQUE russe A Amoiv ,
QUI LA LÈGUE AUX Romsms. — En
Alexandrie; et au milieu des fêtes du fin,‘ après quarante-cinq ans de règne
mariage, il lit mettre à mort les par depuis son avènement au trône de
tisans du jeune prince, le tua lui Cyrène, Ptolémée Physcon mourut,
méme entre les bras de sa mère, et en l’année ‘117 avant notre ère , et la
demeura ainsi maître du trône d'lêï'gyp Cÿyrénaique fut de nouveau l’apa‘na e
te, qu’il souilla de sang etde crimes. d un souverain distinct de celui d’ -
Les Cyrénéens même qui l’avaient ac gypte: le monarque défunt l'avait s'pé
compagne furent sacrifiés pour qp‘el cia ement léguée, par testament , à
ques paroles indiscrètes sur la cour Ptolémée, surnommé A ion , ou p le
tisane Irène, sa maitresse.Après avoir Maigresson fils nature‘. Ce prince
eu de ‘sa soeur Cléopâtre unfils qui occupa le trône plus de vingt années;
reçutle. nom de Memphite,‘ il la ‘ré mais l’his‘tôire se tait suii les événe
pudimafln de prendre pour épouse la ments de son règne , dont il nous est
Jeune Cléopâtre fille de la première, seulement parvenu quelques médail
dont il eut deux autres fils. Ptolémée les; et il n a ‘acquis une certaine cé
et Alexandria. lébrité qu’ä raison du testament
(‘33 En 159, axant l’ère vulgaire. Ç’) Un :25 avant l'ère vulgaire.
AFRIQUE ANCIENNE. “1
lequel, en mourant, il légua ses États sufflt de répéter qu’Apion fils de Phyr
au peuple romain ('). con fut le dernier roi de la Cyrénaîo
Cet acte 8 été , ur les érudits du que, dont les limites s'étendaient de
dix.» septième sièc e , le sujet d'une puis la grande Syrte jusqu’aux portes
grave controverse, à cause de l’équi de l’Égypte, comprenant l'ai-ide Libye
voque commise par un ancien compi aussi bien que la riante Pentapole, et
Iateur, et répétée sans examen par qu'à sa mort , arrivée en l'année 96
divers autres , sur la double date du avant notre ère, tout ce territoire de
legs fait à Rome par le‘ dernier Ptos vint, suivant les dernières volonté:
lémée de Cyrène, et de la réduction en du défunt, une dépendance de Rome.
rovince romaine de cette même terre
ibyenne ainsi léguée parApiomSextus' V. uœunsrpnmquss u Pnlvass
Rufus Festins, l’auteur du petit Bré nss cYnsNnENs AVANT LA peau
viaire des conquêtes et provinces du ou mon mnommrn.
euple romain , adressé à l'empereur
alens , y a consigné ainsi ce double Ce monde romain dans lequel ve
fait 2 « Cyrène avec les autres cités de nait se fondre leroyaume de Cyrène,
c la Pentàpole lib que,nous les avons c'était comme un Océan où disparais
un reçues de la li alité du vieux Pto saient dans un commun naufrage tou
« lémée; la Libye, nous l'avons ac. tes les nationalités qui s'y laissaient
« qulse par la dernière volonté du roi entraîner. Sans doute il ut rester, il
a Apion.» Ammien Mareellin, Eusèbe, resta certainement, à la p ace qu'occu
Jornandès, ont suivi cette rédaction, paient respectivement les nations ainsi
et Joseph-Juste Scaliger en a expres. englouties, quelque faible vesti e des
sément conclu qu’il y avait eu‘ deux caractères distinctifs qui les di éren
Apion, l’un roi de Cyrène, l’autre roi cialent; mais ils se laissaient difficile
de Libye, qui tous deux, celui-là d’a ment apercevoir à travers la surface
bord, œlui- ci ensuite , avaient légué uniforme de l’unité romaine. Il y a
leur royaume aux Romains: et quel donc intérêt à esquisser ici le tableau
ques modernes , faute d’examen suffi. rapide des mœurs publiques et privées
sant, ont admis cette explication. Mais des C rénéens avant que la conquête
les écrivains antérieurs, Cicéron, Tro et la ongue domination de Rome en
gue-Pompée, 'l‘ite-Live, Tacite , Ap eussent effacé les traits spéciaux et la‘
pien, suivis encore par Julius Obsé couleur ori inale.
quens , Eutrope et Cassidore , ne Passons oncen mue les cro ances,
reconnaissent qu'un seul roi Apion, les dispositions naturelles, les abitu
un seul royaume légué, un seul testa des, les goûts, les talents des Cyré
ment; et Henri de Valois , faisant va néens au temps de leur indépendance,
loir leur témoignage, a rétabli avec tous ces détails de la vie sociale qui
l'autorité d'une saine critique la seule donnent à une nation sa physionomie
explication admissible de l’e'quivoque propre, qui font qu’elle est elle—même
commise par Sextus Rufus, Ammien , et non point une autre.
Eusèbe et Jornandes; et de nos jours,
, un savant danois qui s’était fait l’hisL Religion, Culte.
torien spécial de Cyrène, le profes
seur Thrige, si prématurément enlevé APOLLON. — Apollon était ‘le dieu
aux lettres, a reproduit avec clarté la principal, le dieu arche’oète du pays:
discussion de Valois . que sans douté Il était naturel que les Fondateurs de
il n’avait point ignorée. la colonie grecque de Libye y missent
Nous n’avons donc point à nous en honneur le culte du dieu pythien,
préoccuper ici d’une question. ui pa dont la prêtresse leur avait tant de fois,
rait définitivement resolue ; et i nous dans le temple de Delphes, transmis
les oracles. son nom fut donné à la
(') Dan 96 avant l'ère ‘vulgaire. fontaine limpide. qui “agissait en voi
108
sinage de leur princi al établissement; mities : c'était endant leur célébra
il fut donné aussi à a ville même qui tion que le gran prêtre d'Apollon pre
s'éleva autour du port de Cyrène, d'où nant ossession de sa charge, réunis—
un chemin taillé dans le roc condui sait ans un banquet tous ceux qui
sait directement au temple consacré l'avaient eue avant lui.
au même dieu par le premier Battos Les anrnns camus maux. —
sur la grande place de la cité : de ma Cyrène célébrait aussi des Olympien
gnifiques cavalcades parcouraient en nes en l'honneur de Jupiter, qu'elle ap«
pompe cette avenue au temps des fêtes pelait Elz‘nyméne ou immuable. Et qui
carnéennes. Ces solemuités avaient pourrait oublier Ammon, ce Jupiter
successivement passé, avec les Égides, Libyen que les colons grecs considéré
de Thèbes de Béotie à Amyclee, à rent comme le même dieu que le maî
Tbéra, et enfin en Libye, ainsi que le tre de l'Olympc, et dont le culte, dé
constatent les hymnes du poète Calli bordant sur la Grèce, s’introduisit à
maque: on doit penser que le nom de Thèbes, à Sparte, à Athènes, 51 Elis?
Caruéades, qui se rencontre plus d'une Nous avons rencontré en outre, dans
fois chez les Cyrénéens, se donnait sou. l'histoire de l'expédition d'Amasis con
vent aux enfants nés pendant la célé tre Barkè, la mention du tertre de Ju
bration des Carnées. D'autres fêtes piter Lycéen, dont le nom avait sans
étaient réservées au dieu aleximbrote, doute été rapporté en Libye par Dé.
à Apollon médecin, pendant lesquelles monax de Mantinée. ‘Enfin des mon
on entendait retentir mille fois l'in naies cyrénéennes offrent également la
vocation sacramentelle : Yè, yè, Péan! tête de Jupiter.
Son fils Esculape avait lui-même un La déesse qui naquit tout adulte de
temple à Balacris près de Cyrène, et cette tête sacrée, avait our sa part
il semble qu'une écolemédicale y fût les fêtes Palladiennes, et es monnaies
annexée. à son effigie; le pharaon Amasis lui
- Le grand temple d'Apollon, où le avait consacré une statue à Cyrène; et
feu sacré brûlait toujours sur l'autel, son image s'est retrouvée encore par
était desservi 1' un collège de pré mi les ruines de Bérénice.
tres, dont le cg‘éf annuel était choisi Après les dieux du ciel, ceux des
entre les ersonnages les plus distin eaux. Le culte de Neptune avait été
gués par e rang et les richesses , et porté du Ténare aux rivages libyques
nous avons vu le roi Ptolémée Phys sur les vaisseaux des Minyens, et s’é
con revêtu lui-même de ce sacerdoce, tait répandu même chez les barbares;
et célébrant avec magnificence son en Synesios mentionne un de ses temples
trée en charge. dans la Cyrénaique: il était inv ué
Le culte d’Apollou se manifestait tour à tour sous l’épithète d‘Amp (
'usque sur les monnaies de la cité, où baios par allusion au circuit de l'O
la tête du dieu se trouve souvent 6 u céan, et sous celle de Pellanios eu
rée. Les barbares du voisinage su i égard à la sombre couleur des profon
rent eux-mêmes l'influence de cette des eaux. — La déité charmante née
dévotion des colons grecs au culte de leur écume donnait son nom d’A
d'Apollon pythien, et l on vit les Am phrodite à une petite île de la côte;
péliotes, peuplade libyenne du littoral, elle avait un temple et __des jardins aux
aller déposer sur l'autel de Delphes portes’ de Cyrène, où sa statue avait
l'offraude d'une branche de silphion. été placée par Ladice, épouse de l'é
La sœur d'Apollon, la chaste Diane, gyptien Amasis; un autre temple lui
ne pouvait manquer d'être particuliè tait consacré dans une île du lac Tri
rement honorée dans la cité dont il tonide. Nous aurions à mentionner de
était le patron ; on la voit figurer aussi plus ici la colline des Grâces, si elle ne
sur les monnaies cyrénéenues, et des se fût trouvée en dehors des limites
fêtes solemnelles lui étaient pareille de'la Cyréuaîque.—L’époux de la græ
ment consacrées sous le nom d'Arté cieuse décsse,,,ls noir Vulcain nous
AFRIQUE ANCIENNE. 109
montre aussi sa figure sur quelques nom à une bourgade obscure de l'A«
pierres gravées recueillies parmi les frique au delà des Syrtes. — Divers
ruines de Bérénice. rites avaient été empruntésà I’Égypte,
Venons aux dieux terrestres. Au dont le voisinage ne pouvait manquer
dire de Macrobe, les Cyrénéens attri de faire sentir, sous ce ra port, son
buaient à Saturne l'invention du miel influence: nous savons que es femmes
et des fruits, et pour célébrer sa fête, de Cyrène observaient, en l‘honneur
ils se couronnaient de figues fraîches, d’Isis, des jeûnes, des jours de fêtes,
et s’envoyaient réciproquement des gâ et l’abstinence de la chair de vache;
teaux. Ils observaient les Telluries en par quelque motif analogue les Bar
l'honneur de Cybèle, dont la tête cou céennes s’abstenaient en outre de la
ronnée de tours se voit sur quelques chair de porc.
monnaies de la Cyrénaïque. D’autres
offrent la tête de Bacchus; on trouve Caractère national.
d’ailleurs, parmi les ruines de Cyrène,
plus d'un vestige du culte de ce dieu , JusQU’A QUEL POINT L'ES DONNÉES
et l'on aperçoit encore à Tenkhira les BTHNOLOGIQUES PEUVENT suivi]! a
vestiges d’un temple qui lui était con DÉTERMINER LES INSTINCTS NATIO
sacré. NAUX. — Ce serait une étude vérita.
LES maux SECONDAIRES 0U blement curieuse, mais complexe et
ÉTRANGERS. — Quant aux demi ardue, que de rechercher à priori, dans
dieux, un temple dédié aux Dioscures la proportion relative et l’iniluence ré
s‘élevait sur la place de Cyrène, et un ciproque des éléments divers dont l'a
village s’était paré de leur nom; un grégation forma la po ulation cyré
temple d‘Hercule existait sur le rivage néenne, la résultante g nérale ui dut
près de Paliouros; des pierres gravées constituer le caractère national e cette
recueillies sur l'emplacement de Béré population, et de vérifier ensuite par
nice nous offrent son image, et son les faits de l’histoire les indications de
nom :était attaché à diverses locali la théorie. Malheureusement la plupart
tés de la Cyrénaîque; la nymphe Cy des données essentielles du probleme
rène et son fils Aristée étaient l’objet échappent à notre investigation: car
d'une vénération particulière, à cause nous n’avons, sur les races antiques
des traditions qui les faisaient inter d’où prenaient leur origine les diver
venir dans la fondation de la colonie ses fractions de la colonie grecque de
grecque. Libye, aucune notion assez précise
Outre ces dieux de la Grèce, les Cy pour qu’il soit possible de formuler les
rénéens re urent des étrangers, et mê caractères ethnologiques de chacune
me (les bar iares, certaines divinités et diq‘ces races, dont quelques érudits se
certains rites dont il convient de consta se t complu de nosjours à faire res
ter au moins la trace; ainsi les amène sortir avec une ingénieuse finessel'af
rides Glaucus, Érymanthe et Hippo finité ou l’antagoms‘me politique, com
loque, qui passaient pour s’être établis me de sûrs indices de la parenté ou de
chez Amnax roi des Libyens, sur une l’opposition généalogiques.
colline située entre Cyrène et la mer, et ll s’cst manifesté néanmoins, dans
à laquelle ils laissèrent leur patronyme, la vie sociale des différentes popula
furent placés par les colons grecs au tions grecques, quelques traits saillants
rang de leurs héros mythologiques, ni sans être peut-être caractéristiques
lorsqu’ils vinrent eux-mêmes prendre d'une origine diverse, accusent au
possession de ce lieu. — A l’ouest de moins une différence de civilisation
Cyrène, sur la côte voisine, se trouvait assez marquée pour n'avoir échappé à
un petit temple à Aptoukhos . sans personne; si bien que les noms de
doute un dieu libyen, sur lequel nous Sparte et d‘Atbènes rappellent forcé
n'avons aucune autre lumière, mais ment et immédiatement, aux es rits
qui semble pourtant avoir donné son les plus vulgaires, les termes extr mes
110
de la progression par laquelle les na exotiques sur une terre qui avait elle
tions grecques s’échelonnaient entre même ses rejetons autochthones,étouf
elles depuis une rossière rudessejus fés p it-être sur les points où l'implan
qu'à la politesse a plus raffinée. tation recque fut plus dense, mais
Mais si l’on traduit les \noms de qui durent s y entremêler dans le pour
Sparte et d'Athènes par les dénomi tour, bien qu’ils ne se développassent
nations génériques de Doriens et d’Io plus dans toute leur,vigueur qu’à de
niens, peut-on, même en forçant l’ex plus grandes distances des lieux en
pression de leur antagonisme jus u’à vahis. '
oublier les anneaux intermédiaires or Ainsi, dans les premiers siècles de
més par les Eoliens et les Achéens, son existence la population cyrénéenne
méconnaître encore qu’ils ont en tous fut grecque au centre et libyenne à son
un père commun dans Helleni’ Il est extrême circonférence; puis dans‘ le
vrai qu'on attribue à l’influence étran centre même, indépendamment de tou
gère des Pélasges asiatiques cette dé tes les accessions étrangères successi
.générescence ou. si. on aime mieux, ce vement amenées par les relations po
progrès qui détermina le caractère spe iitiques et par le commerce, mais qui
cial d’élégance et de mollesse des 10 durent se perdre dans la masse hellée
niens; mais ne sait-on avec précision nique, il fut introduit un élément asia
et certitude es Pélasges euxemémes P tique, important par le nombre autant
On n’est guère plus avancé quant que par le défaut d’affinité; je veux
aux immigrations austro-orientales des parler des juifs que le premier Ptolé
Inachides , des Cécropides, des Cad mée transplanta dans les villes de la
méens, des Lélè es et des Danaëns, dé Pentapole.
puis que le systeme d’explication sym Trois peuples, non-seulement dis
olique introduit dans l’histoire vient tinctis , mais encore hétérogènes, se
à la fois, arme à deux tranchants, dé trouvaient donc juxtaposés sur le mê
truire d’une part le voile mythique me sol: l'un en dehors de la cité, les
sous lequel on suppose cachés des faits Libyens, anciens possesseurs du pays;
traditionnels , et d’autre part le pré des deux autres, exer ant à des titres
tendu masque historique derrière le r divers leurs droits po itiques dans les
quel on suppose que se cache un my mêmes villes, l‘un nouveau-venu, les
the. Que penser, au milieu de ce bou Juifs tansplnntés de Syrie; l'autre an
leversementd’idées, desdénominations ciennement établi et réunissant en un
de Danaëns et de Cadméens qui se trou seul faisceau tous les éléments qui pou
vent mêlées aux indications ethnolo vaient prétendre au nom d’Hellènes.
giques touchant la formation originaire DÉCOMPOSITION DE LZÉLÉMENT
de la population cyrénéenne? GREC : CADMÉENS , EOLIENS ,
ÉLEMENTS PRINCIPAUX DE LA PO-_ ACHÉENS; PÉLOPONÉSXENS s'r CRÉ
PULA'ITION CYRÉNÉENNE AU POINT DE TOlS; INSULAIBES DE LA MER Écris.
VUE ETHNOLOGIQUE: LES LIBYENS — Les colons hellènes avaient été
INDIGÈNES, LES COLONS anses, LES groupés par Démonax , ainsi qu'on
J UIFS TBANSPLANTÉS. — Sans pré peut se le rappeler, en trois fractions,
tendre aborder de si haut, ni avec un eu égard à leur origine, savoir : en pre
tel dédain des vieilles croyances histo mier lieu les Théréens avec les voisins
riques, une question qui se présente à immédiats qu’ils s'étaient assimilés ,
nous entourée de tant de difficultés et puis les Péloponésiens avec les Cré
d’incertitudes, bornons-nous à rappe tpis, et enfin les insulaires de la mer
ler d’une manière générale que la co Egée. Chacun de ces grou es était,
lonie' grecque établie sur le sol libyen comme on le voit, formé ui-même
s’était formée d’un premier noyau thé par l'agglomération de plusieurs élé
réen, près duquel s’étaient ultérieure ments. Dans le premier surtout les
ment lmplantés d’autres rameaux hel éléments étalent nombreux et divers.
lènes, pour jeter ensemble leurs racines Et d’abord, ces voisins immédiats, cette
AFRIQUE ANCIENNE. 11,1
population ambiante (mp€oixoi),ces gens Minyens, en déroulant les généalogies
de la banlieue comme nous dirions au du cadméen Théras et du mmyen Bat
jourd’hui chez nous, semblent ne pou tos; Denys le périégète et son traduc
voir être que des Libyens sédentaires teur Priscien ont rappelé dans leurs
de la côte soumis par les colons thé vers l’origine am cleenne des Cyré
réens, et fondus dans I’agrégation néens ("); et Pin are, qui a consacré
commune; et quant aux Théréens, on par ses chants la tradition antique des
doit se souvenir qu’ils devaient leur Egides (**) et des Min ens (*“), donne
origine à une association de gens d’A. aussi aux fondateurs eCyrène le nom
myclée en Laconie, de Minyens, et de de Danaëns 0*“), comme si l'influence
Cadméens‘. Ces derniers, établis en de l’immigration conduite par Danaüs
partie d'ancienne date , en partie ve chez les Achéens d’Argos se fil! éten
nus avec Théras, étaient, suivant l’o due à tous ceux du Péloponèse avant
pinion vulgaire et probable. de race que la conquête dorienne les eût dé
phénicienne; les l'l’linyens, quoique nés placés. Ainsi le premier noyau de la
a Lemnos , avaient pris origine à population de Cyrène, il est bon de le
Iolchos en Thessalie, et araissent de constater, n'avait de dorien que le nom
voir être rapportés à la amille éolien et le langage.
ne; et le seul élément laconien de Le deuxième groupe, dans lequel
l’association appartenait à la famille figuraient les Péloponésiens et les Cré
achéenne. tois, était, suivant toute apparence,
Il n’en est pas moins vrai que les empreint davantage de la nationalité
Doriens étant devenus maîtres de la dorienne: il est présumable qu’il était
Laconie lors du retour des Héracli au moins conduit par des chefs do.
des, et leur domination s'étant éten riens,dans le nombre des uels se trou
duc et consolidée à Théra , les Thé vait même quelque Hérac ‘ide, puisque
réens eux-mêmes furent compris dans le cyrénéen Synésios, près de dix siè
la famille dorienne dont ils subissaient cles après; faisait remonter sa généa
à la fois l’autorité olitique et l’in— lo ie, par Eurysthènes, jusqu’à Her
fluence sociale, et outils prirent le cu e.
langage,soit parce que la langue du mal Quant aux nésiotes ou insulaires
tre s’impatronise d’ordinaire chez les réunis dans le troisième groupe, nous
sujets, soit peut-être aussi parce que n’avons aucune’désignatlon certaine
l’adoption s en trouvait favorisée par de la famille à laquelle ils appartenaient
la différence mutuelle des dialectes
des trois populations réunies, et par (”) Kup'ñvn t’ sôt'rmoç ’Apuzkaiuv ye’voc
la prédominance de la fraction éolien àvôpzBv.
ne, dont l’affinité était plus grande Denys, Pe‘riëge‘se, v. 213.
Necnon Cyrene clarorum mater equorum,
avec les habitudes doriennes. Quoi Urbis Amyclææ populus quam condidi! oliln.
qu’il en soit, il est manifeste que les Pkxscru, Pe'riégèse, v. x97-8.
Théréens, déjà compris dans la natio ("") ‘005v ysvsvauévoi
nalité dorienne au moment de leur lxovto 6139m6: (p5)
expédition coloniale en Libye, appor ‘rec Aiyeîäau, êuoi natépeç,
tèrent dans leur établissement cette PINDÀRE, Pjlliiques, V, Antîstr. 3.
même nationalité dorienne, avec la (“U”) . . .. 166e yàp yévoç Eu
langue qui en était le caractère exté çciuou putsubèv, lomàv ale!
rieur le plus apparent. 1mm, xal. Aaxeôcu
Ce n'est point à dire, toutefois, que novimv uixee'v'rsç àvôptîw
le souvenir y fût perdu de la distincn ‘ñewiv, ëv 1m15 Kal
Âio-rav ànq’uncav xpéwp
tion primordiale des trois éléments vowov.
réunis et confondus sous une déno Puvmu, Pythique, 1V, Sir. la,
mination commune : les traditions re (‘**‘) Aîné. ol iteivaw M65 o'ùv Aawzoîç
cueillies par Hérodote en font foi, sur eùpsîav änsipov.
tout à légard des Cadméens et des Pmmu, Pjthiquqs, 1V, Sir. 3.
il’
dans la division etbnologiqueide l'Hel En relisant, avec ces im ressions,
lade; mais en consultant les conve l'histoire de la Cyréuaique epuis l'ar
nances géographiques de proximité rivée de Battos jusqu'au testament
tant à l'égard de Delphes d'où partait d'Apion, on sera porté à s'expliquer,
l'oracle ‘l ui détermina leur . émigration
, . ar l'antagonisme des deux principes,
qu'à l'égard de Cyrène qui en était le a plupart des troubles dont elle fut si
but, on 'doit regarder comme infini souvent le théâtre; ou reconnaîtra, ou
ment probable u'ils venaient des Cy l'on croira reconnaître, ici les exigen
clades, où des P lasges, des Phéniciens, ces de l'aristocratie dorienne, là les
des Crétois , des Eoliens , peut-être caprices de la démocratie tels qu'ils
aussi déjà quel nes Ioniens, avaient étaient habituels aux Ioniens. Nous ne
tour à tour pose les assises d'une po voulons point formuler nous-mêmes
ulation mélangée, au sein de laquelle ces explications de détail : qu'il nous
e commerce de Délos appelait encore suffise de les avoir indiquées d'une
journellement des étrangers. manière générale, laissant à la pru
Nous ne poserons as ici, tant il dence de chacun des interprétations
nous semble difficile e la résoudre , tantôt plausibles, tantôt spécieuses ,
la question de savoir jusqu'à äuel point tantôt aussi fort aventurées.
la distribution ethnologique ont nous D'autres, d'ailleurs, voudront expli
venons d'esquisser les traits princi quer les mêmes faits, et 'usqu’à cet
paux, se trouva conservée ou mécon antagonisme dont on fait onneur à
nue dans la distribution politique si l'esprit de famille, par'des circonstan
ualée par Josèphe comme existante à ces tout à faitindépendantes des faits
yrène au temps de Sylla et de Lu ethnologi ues , telles que. l'opposition
cullus. et où l'on vit figurer, en quatre des intér ts individuels, l'esprit de
classes distinctes, les citadins, les pay corps, la différence des directions pri
sans, les étrangers et les juifs; toutes ses sur la grande voie de la civilisation
les hypothèses que l'on pourrait être et du progrès social. A ce compte, le
tenté de proposer à cet égard ne se caractere national des C énéens au
raient fondées que sur d'arbitraires rait été le produit, non es instincts
conjectures. héréditaires, mais ,de l'influence mu
LBS Gnncs ne Cxnîznn, coup tuelle des institutions politiques, et du
Ti'is DANS LA FAMILLE DOBIENNE, développement industriel et commer
AVAIBNT NÉANMOINS LES MŒUBS cial déterminé par la richesse du sol
BAFFINÉES DÈS IONIENS. —Ce qui et la facilité des communications ma
ressort au moins de ce que nous ve ritimes.
nons d'exposer, c'est que la population On ne peut du moins se dissimuler
cyrénéenne, formée d'éléments em que, dorienne par le langage et la dé
pruntés, dans des proportions inégales, rivation politique, et se reconnaissant
aux diverses races helléniques, dut comme telle, la population cyrénéenne
présenter, dans le développement de se distiugua bien moins ar la sévérité
ses instincts nationaux, une diversité des mœurs, l'économie, a sobriété. le
de caractères conséquente à ces pré patriotisme, la vertu guerrière, qui fi
misses: la prédominance dorienne se rent la gloire de Sparte, que par les
manifesta sans doute dans la consti mœurs élégantes, le luxe, la mollesse,
Ïtution aristocratique, dans les habitu la turbulence, l'amour des lettres et
des agricoles, dans le langage; tandis des arts, qui firent la célébrité d'A
que les races assujetties, ientôt puis thènes.
antes par les richesses que procurent Elle poussa même bien plus loin
l'industrie et le commerce, révélèrent qu'Athènes l'amour du bien-être, la
leur turbulence démocratique dans plus recherche, la sensualité, l'ostentation.
d'une tentative d'émancipation dont le Le poete comique Alexis, cité par
succès ne profita guère à la consoli Athénée, avait mis en scène le luxe
dation des libertés publiques. des festins à Cyrène : quelqu'un in
AFRIQUE'ANCIENNE. 113
vite-t-il un ami à dîner? voilà aussitôt le silphion si rare et si recherché, le
dix-huit autres convives, dix voitures‘, safran odorant , la rose ' irincipe des
quinze attelagesà héberger! — Qui plus suaves parfums, le spii'agnos mus
ne ‘sait d'ailleurs que l'école philoso qué, le concombre aux vertus médici
phique cyrénéenne avait pour doctrine nalés, enfin le bois de genévrier si es
que le'bonheur est dans le plaisir? timé à Athénes sons le nom de thyon,
Ce n'est point toutefois d'un seul à Rome sous celui de citrus, pour l'or
bond que la colonie dorienne de Libye nement des meubles de luxe. La chasse
‘put arriver à ce raffinement de mœurs; mettait de plus à leur disposition les
et la civilisation plus rude des monta magnifiques plumes de l'autruche; et
gnes de la Laconie ne dut s'oubller l'exploitation des mines leur procurait
que progressivement, à ‘mesure que le le sel limpide d'Ammon et la craie de
éveloppement des ressources agrico Parétonion. On peut supposer que l'or
les et commerciales amenait une opu de l'Afrique centrale parvenait Jusqu'à
lence corruptrice. eux par la voie du commerce indigene,
dont i-. temple d’Ammon était peut
Agriculture et commerce; Revenus être le comptoir. '
publics; monnaies. Corx MEncE. — Placée ventre Alexan
drie et Carthage , Cyrène eut dans
PEonuc'rIoNs. -—; Etablis sur un l'une et dans lautre de dangereuses
sol éminemment fertile , les colons rivales, dont l'active concurrence dut
grecs durent y continuer avec autant nuire beaucou à l'extension de son
e goût que de succès et d'avantages commerce d’éc anges avec les peuples
la vie agricole et “pastorale àzlaquelle reculés dans le continent, attendu la
ils se trouvaient déjà façonnés; aussi facilité qu'avaient l'une et l'autre de
ne doit-on pas être surpris que l'idée recevoir directement aussi parla val
de richesse et de bien-étrefût attachée lée du Nil ou par le Fezzân les. pro...
pour eux au mot ôwwtoç C‘). Le blé, duits
Cyrènedeavait
I’Ethiopie intérieure.
des produits quexseâlriï
e riz, la vigne,-.l.’olivier, couvraient la
majeure partie dg: leurs terres; leur vales même étaient forcées de ‘venir
huile étaitzï'îla meilleure qui fut lau prendre chez elle: Alexandrie lui de‘
Jonde. Synesios‘ vante aussi , us mandait le silphion et le thyon. qu'elle
tard, la qualité :du miel‘ de Cyrene, consommait sur place ou qu'elle réex
moins vanté toutefois que celui du portait à son tour, et les Carthagin
mont Hymettet‘au ‘surplusflla cire et le nois soutiraient par leur comptoir de
miel sont restés un des principaux Charax le silphion de la Cyrénaîque
articles d'exportation de ce pays. D'im occidentale, en échange des vins de
menses pâturages nourrissaient de luxe qu’ils apportaient de la Sicile et
nombreux troupeaux de bœufs, de de la grande Grèce. '
Bourceaux , de chèvres, et surtout de Cette précieuse denrée était telle
rebis au doux lainage, et de chevaux ment rec erchée que l'on fit sur plu
de race supérieure: tout cela se re sieurs points, notamment dans le Pé
trouve encore chez les nomades d'au loponnesc et dans l’Ionie asiatique ,
jourd’hui. mais artout sans aucun succès, des
Leurs céréales, leur huile, leur miel, tentatives d'acclimatement et de natu
la laine et les cuirs de leurs troupeaux, ralisation de la plante qui sécrétait
leurs chevaux même , étaient sous leur cette substance merveilleuse. Aussi,
main pour fournir les éléments d'un l'Ionie par la voie de Samos, le Pélo
commerce d'exportation considérable: ponnèse par celle de Cythère, en
la nature leur offrait spontanément étaient-ils directement approvision
d'autres articles plus précieux, tels que nés par les navires de‘Cyrène, qui
l'apportaient aussi en Crète, en Ch -
fi (') C'est-à-dire, ayant en abondance les pre, à Athènes, en Sicile, et jusqu à
uits de la terre. Borne.
8' Livraison. (AFBIQUE ANCIENNE.) a
114
Rxvnnus PUBLICS; montures. — spartiate Doriéus voulut tenter de
Les droits d'exportation et d'importa fonder une nouvelle colonie sur les
tion sur les marchandises devaient côtes libyques (*), il trouva à Cyrène
concourir à former, avec le produit des guides qui le conduisirent à l'em
des terres domaniales, les principales bouchure du Cynips, entre autres Phi
ressources du trésor public. L'or et lippe fils de Butacides, exilé de Cro
l'argent monnayés abondaient, ainsi tone, qui arma à ses frais une trière
que le démontre la variété des ty et y embarque des soldats pour le sui
pes et des modules monétaires parve vre. Un siècle après ("') Cyrène four
nus jusqu'à nous ou mentionnés par nissait de même à une fiotte spartiate
les anciens écrivains: à ne parler que égarée sur ses côtes, deux trières et
des monnaies d'or, le lexicographe des pilotes pour la conduire en Sicile.
Pollux constate l'existence, chez les Il nest point douteux que les forces
Cyrénéens, de tétrastatères, de statè navales des Cyrénéens ne fussent res
res, de demi-statères, et de pièces de pectables, puisque nous savons de Sal
cinquante drachmes ("). Il n'est pas luste qu'ils luttèrent longtemps sur
moins vrai que le tribut imposé par mer comme sur terre contre les Car
Rome à la Cyrénaîque fut exigé, pour thaginois, pour la question de limites
partie au moins, en nature, et que le qui fut enfin décidée par l'acte de dé
silphion notamment était re u et dé vouement des frères Pliilènes.
posé par les questeurs dans e temple Cnsvaox, cmns.— Un autre élé
de Saturne. ment de force militaire qui appartenait
en propre aux Cyrénéens, c'était la
Éléments de force matérielle. qualité supérieure deschevaux du pays,
et leur habileté à les dresser au trait
PUISSANCE MARITIME. — L'éten par attelages de deux et de quatre clie
due et l'activité du commerce mari vaux de front. Ce n'est probablement
time des Cyrénéens durent les rendre point en vue de la guerre qu'ils s’adon
habiles dans l'art de la navigation et naient à cet exercice: le luxe, l'élé
dans celui des constructions navales ; gance, l'amour-propre, y avaient sans
la renommée, ainsi que le constate doute la meilleure part, et la victoire
Pline, leur attribuait l'invention des des jeux olympiques , pytliiques ou
lembes, embarcations légères et rapi isthmiques, était celle qu'ils ambition
des, que les Romains adoptèrent lus naient le plus: un de leurs rois, le der
tard pour leurs stations flottantes ans nier des Arcésilas, se faisait gloire de
les grands fleuves C"). Quabd le prince remporter, à la course des chars, le lau
rier pythique (‘5) et l'olivier d’Olym;
(‘3 Le stalère d’or comptait pour 20 pie("); l'anti uité classique a de mé
drachmes d'argent, et vaudrait pour nous, me conservé es noms d'EubotasC'd),
d’après cette base, environ 20 francs; et de Cratisthènes, et des deux Théocres
dès lors le tétrastatère serait de 80 francs, tes, vainqueurs également à la course
l'hémistatère de 10 francs, et le penteconta des chars dans les jeux olympiques, et
dracbme de 50 francs. Mais dans ce calcul, dont l'un, le premier Théocrestes, avait
le rapport de l'or à l'argent est seulement déjà été couronné pour le même genre
décuple, tandis que chu nous ce rapport de course, aux jeux isthmiques. Anni
est de près de t6 à r : les monnaies cyré eéris conduisait ses chevaux avec une
néennes que nous venons de désigner au
raient donc pour nous une valeur intrin telle dextérité, que les roues de son
sèque d'environ 30 francs pour le slatère, char, après avoir tracé en cercle leur
no francs pour le quadruple, 15 francs
pour le demi, et 75 francs pour le pente (') En l'année 519 avant l'ère vulgaire.
contadrachme. - (") En l'année 4x3 avant l‘ère vulgaire.
("') Dans le Rhin et dans le Danube; et (‘5) L'an 466 avant l'ère vulgaire.
les soldats qui y étaient employés portaient (" L'an 460 avant l'ère vulgaire.
le nom de Lembarii. (' )L’an 3364 avant l‘ère vulgaire.
AFRIQUE ANCIENNE. 115

ornière, passaient et repassaient sur remportèrent tour à tour le prix de la


la même trace sans s’en écarter, au course à Olympie; le barcée‘n Amési
tant de fois qu’il lui plaisait. Antici nesy gagna celui de la lutte ("). Elien
peut au surplus sur nos habitudes mo nous raconte l‘anecdote d’Eurydamas
dernes, les Cyrénéens se voituraient en de Cyrène,vainqueur au pugilat a Olym
char dans l’enceinte même de leur ville. pie, qui pour dissimuler un désavan
Mais ce raffinement deleur vie opulente tage momentané, avala les dents qu’un
tournait au profit de leur puissance coup vigoureux de son adversaire avait
militaire; car ces chars si commodes brisées dans sa bouche. On pourrait
et si habilement dirigés étaient d'un encore ajouter ici un témoignage re
grand effet à la guerre, soit qu’ils vins cueilli par Athénée sur le goût des
sent déposer inopinément des renforts Cyrénéens pour les monomachies ou
de troupes fraîches au milieu des com combats de gladiateurs à l’exemple de
battants fatigués, ‘soit que, lancés au ceux que Démonax avait établis à
sein de la mêlée, ils doublassent, par‘ Mantinée.
l’impétuosité de leur course, la vigueur
des guerriers qui les montaient. L’équi Culture des arts et des lettres;
tation était aussi dans leurs habitudes, Philosophie.
et la garde du roi se composait de
trois cents cavaliers choisis. BEAUX-ARTS,‘ LANGAGE, poésie.
Exsncrcns GYMNASTIQUES. — Du —— s’ils étaient adonnés aux exercices
du corps , ils ne négligeaie‘ntv pas ceux
reste, tous les exercices gymnastiques‘
propres à développer l’agilité' et la de l’esprit; nous ne pouvons guère
orce du corps,- étaient en honneur juger que par des ruines, de leurs
chez les Cyrénéens , ainsi que le cons talents dans les arts libéraux: des
tatent de nombreux triomphes dans pierres gravées, des médailles, des
les jeux publics de la Grèce. Télési vases peints , des restes d’édiiices
crates fils de Carnéades, deux fois écroulés , tels sont à peu près les seuls
vain ueur à la course dans les jeux témoignages ne nous ayons de leur
pythiques (") et dans d’autres solen habileté dans a sculpture , la peinture
nités à Égîne, à Mégare, à Cyrène et l’architecture.
même, fut chanté par Pindare et' eut Leur histoire littéraire est un peu
une statue à Delphes; les Cyrénéens mieux connue, malgré la perte des
Polymnestes (*‘), Eubates C“), En: cent vingt livres que le cyrénéen Cala
botas (“) , Pauros deux fois con limaque avait consacrés à un Tableau
ronné (M), Polyclès C"), Idéos Nica ‘des écrits de tout genre. Ils avaient
tor (‘1), Acusilas (‘1), Mnaséas (‘l’), apporté de Théra le dialecte dorien;
le voisinage immédiat. des .tribus li
(‘) Dans les 28° et 30° pythiades, 1578 byennes , de fréquentes relations mer
et 470 ans avant l'ère vulgaire. cantiles avec des peuples de toute
(*“) Dans la 81' Olympiade, 456 ans origine , durent altérer la pureté du
avant l'ère vulgaire. langage ,-«et introduire, au moins dans
(") Dans la 93° Olympiade, 408 ans le parler usuel, un‘ grand nombre de
avant l'ère vulgaire. mots et de locutions étrangères; mais
(‘0) Dans la 104° Olympiade, 364 ans les écrivains durent prendre d'autant
avant l'ère vulgaire. plus de soin de se tenir en garde con
("4) Dans les :05‘ et x06‘ olympiades, tre ces indices du contact des barbares.
360 ou 356 ans avant l'ère vulgaire. Comme dans toutes les histoires
‘ (") Dans la 108‘ Olympiade, 348 ans littéraires, c’est la poésie qui point
avant l’ère vulgaire.
(’I) Dans la 126° Olympiade, 276 ans d’abord à l’horizon': dès le temps du
avant l'ère vulgaire. second Battos, Eugammon com-posait
('I) Dans la 165‘ Olympiade, no ans
avant l’ère vulgaire. *) Dans la 80° Olympiade , 460 ans aven‘!
(") La date est incertaine. l'ère vulgaire.
8.
116
en deux chants son poème de la Télé son pro re chef-d’œuvre. A ces noms
onie, récit des dernières aventures géograp iques, nous devons ajouter
'Ulysse1 de son arrivée chez les Thes encore celui du cyrénéen Apellas. dont
protes, et de sa mort sous les coups l'âge est incertain, et qui n’est cité que
de Tèlégone. Il faut descendre ensuite dans l'abrégé d’Artémidore d’Éphese
sous les Ptolémées pour rencontrer par Marcien d’Héraclée.
le lyrique Callimaque lui-même, qui Parmi les divers précepteurs dont
florissant à la cour de Philadelpbe , et Ératosthènes avait pris les leçons à
dont il ne nous reste qu'un petit nom Cyrène, on compte le grammairien
bre d’hymnes , des epi rammes . et Lysanias; ce titre de grammairien
quelques fragments d’é e’giesî il ne n’était pas dédaigne, par Callimaque,
reste rien de son neveu , le poète épi par lster, ni par Eratosthènes lui
que Callimaque le jeune. Et ce n’est même. Il est donné encore à un Apol
plus qu’à de longs siècles d’intervalle, lodore , un Damon , un Démétrius
au dernier âge de Cyrène province des Stamnos, tous Cyrénéens aussi , mais
Romains , que Synesios nous donnera dont l'époque est incertaine, et l’exis
son nom à inscrire à côté de ces poètes, tence même à peine constatée.
pour les hymnes qui se trouvent parmi Dans le champ de l’bistoire , le juif
ses œuvres. cyrénéen Jason composa en grec. vers
GÉoGnArnns , GnAMMAmmNs ; l’an 160 avant notre ère, sur les évé
ars'rolns, MÉDECINE , SCIENCES nu nements de son temps touchant les
THÉIATIQUES. — Plutôt savant que Juifs, cinq livres de mémoires qui ser
oëte, Callimaque l’ancien avait écrit virent de guide au rédacteur du second
äe nombreux ouvrages scientifiques. livre biblique des Machabées,
parmi lesquels il y en avait d’histoire Dès le temps d’Hérodote, l’école mé
naturelle, et principalement de géo dicale de Cyrène était vantée comme
graphie, sur les îles et les villes au la plus habile après celle de Crotone;
point de vue surtout de la nomencla et pourtant aucune renommée indivi-.
ture comparative, sur les fleuves de duelle ne s'est fait jourjusqu’à nous;
la terre , sur les choses remarquables et nous n’aurions pas un seul nom
des diverses contrées du monde. Il propre à prononcer dans cette catégo
devait avoir, pour cette dernière scien rie, si Sextus Empiricus n’avait men
ce, une affection ou une aptitude par tionné un traité de Polyante le Cyré
ticulière, car la vocation des éleves néen, sur l’origine des Asclépiades ou
dépend presque toujours de celle du enfants d’Esculape.
professeur , et Callimaque compta Si nous passons aux sciences ma
parmi ses disciples plusieurs géogra thématiques, nous aurons à citer le
phes d'stingués: Phi‘lostéphanos, Is géomètre Théodore, contemporain et
ter, et e grand Eratosthènes. Philo ami de Socrate, et dont le divin Platon
stépbanos écrivit un livre des îles, cité vint à Cyrène écouter le docte ensei
par quelques scholiastes; Ister, ui gnement; mais ,nous n’avons pas d’au
semb e avoir été un esclavoaeyrén en tre géomètre à mentionner après lui.
originaire des bords du Danube, avait L’astronomie ne nous offre également
composé un recueil de documents sur u’un seul nom, celui de Nicotélès,
l’Attique, des Argoliques, et un livre ont nous ne savons d’ailleur’s rien
des colonies de l’Egypte, dont on re autre chose sinon qu’il avait écrit un
trouve quelques minces fragments chez mémoire contre l’astronome Conon de
les pol graphes ultérieurs; quant à Samos.
Eratost enes, qui fut bibliothécaire ÉcoLn PHILOSOPHIQUE m3 CŸ
des Ptolémées à Alexandrie, il réunis nÈNB , 1;! AUTRES PmLosoPnns CY
sait les connaissances les plus variées, BÉNÉENS. —— C’est la philosophie pro
mais c'est la géographie qui a fait par Prement dite ui fit la renommée
dessus tout sa renommée; et Strabon ittéraire de Cyrene; et sur cette ma
a puisé dans ses écrits le germe de tière l'antiquité nous a légué des no
AFRIQUE ANCIENNE. 111
tions plus étendues; mais il convient « d'argent , je viens à Denis. 7- S'il sol
de nous borner à quelques indications licite le tyran en faveur d'un ami (de
rapides, afin d'achever à grands traits Platon peut-être i), il ne rougit pas de
cette esquisse morale de Cyrène an pousser ses instances jusqu'à se pros
tique. terner; et quand on a le courage de le
A la tête de tous les noms que nous lui reprocher, il s'écrie: u Est-ce ma
avons à inscrire ici, vient se placer, « faute, à moi, si Denis n'a d'oreilles
dans l'ordre chronologique comme « qu'à ses pieds?» Mais si Denis ne
dans l'ordre de célébrité, le fondateur lui donne à sa table que le dernier
de l'école cyrénéenne, le fameux Aris rang: « Ah! dit-il, on veut que cette
tippe, tant méconnu , tant calomnié, « place devienne la plus honorable. n
amant du laisir et sachant le dédai Et si le tyran ose dire qu'un philoso
gner; cet omme à qui allaient égale phe, en venant à la cour, n'est plus
ment bien , suivant l'expression d'Ho qu'un esclave , de libre qu’il était au
race (") , toutes les couleurs, toutes les paravant: 1 Non, non, répli ue aus
conditions , toutes les fortunes, car il « sitôt Aristippe; un philosopie n'est
portait avec la même grâce le manteau a point a la cour un esclave, s'il était
de pourpre ou la robe de bure, gar « ibre avant d'y venir. » Et quand on
dait auprès des tyrans la même liberté lui demande quel est le mérite d'un
d'esprit que dans la vie privée, et mon philosophe: « De n'avoir rien à chan
trait la même aisance à jouir des ri « ger à sa vie, se borne-t-il à répon
chesses et à s’en passer. Disciple de « dre , soit u'il y ait ou n'y ait point
Socrate, il professa d'autres doctrines, « de lois. n ‘a philosophie, voisine de
qu’il parait n'avoir enseignées que sur celle d'Épicure , qui finit par l'absor
ses vieux jours, quand il fut rentré ber, en différait pourtant en ce que la
dans sa patrie, après avoir vécu tour volupté se‘trouvait davantage, pour le
à tour à Athènes, à Egine, à Syracuse. Cyrénéen, dans le bien-être matériel,
Aucun de ses écrits ne nous est par tandis que Iesjouissances intellectuelles
venu , et l'on ne saurait juger saine et morales tinrent une plus grande
ment de ses principes par les mé place dans le s stème du dernier.
disances ou les calomnies de ses L'école d'Aristippe se continua d'a
détracteurs; il semble résulter des bord par ses propres disciples, Anti
mots graves ou piquants, sérieux ou pater de Cyrène, Ptoléméel Éthiopien,
enjoués, qu'on lui attribue, qu'il re et sa propre fille Arété, qui transmit
gardait le bien-être matériel comme sa doctrine a son fils, nommé Aristippe
un élément essentiel du bonheur; mais comme son aïeul, et surnommé, avec
qu'il faisait consister la sagesse à sa juste raison, Métrodidacte ou élève
voir jouir des plaisirs sans leur accor de sa mère. Mais bientôt la secte cy
der assez d’iinportaiice pour les fuir rénnique se partagea en trois subdivi
comme un danger, ou pour subir leur sions, les Hégésiaques, les Annicériens,
empire comme celui d’un besoin indis et les Théodoriens; les premiers pro
ensable. S'il va voir Laïs , et qu'on fessaient les opinions d'Hégésias, dis
ni en fasse reproche : « Elle est à ciple de Parébates, qui était disciple
a moi , répond-il; mais je ne suis point d’Epitimèdes, disciple lui-même d’An
a à elle.» Si son esclave est fatigué du tipater; les seconds eurent pour chef
poids de l’or dont il est chargé : « Ne un autre disciple de Parébates, Anni
« porte que ce que tu pourras, lui dit céris , qu’il ne faut pas confondre,
c il, et jette le reste. » Si on lui de comme e fait Diogène de Laerte, avec
mande pourquoi il vient à la cour de son homonyme l'habile conducteur de
Syracuse, il répond : « Pauvre de quadriges, par lequel Platon fut ra
« science, j'allais à Socrate; pauvre cheté de l'esclavage; les derniers sui
virent les leçons de Théodore, disciple
(') Omnil Aristippuin decuit color et statut et ras. d'Aristippe le jeune, et auteur d'un
Houcl. Épi'tru, l, xvix, v. 13. traité des dieux, qui le fit surnommer
{I8
tour à tour l'athée et le dieu : du nom de sa nouvelle acquisition, pour se
bre de ceux-ci furent Bien de Borys l’assimiler d'une manière plus com
thène, renommé pour ses bons mots; plète , ou de prendre les choses dans
et Evhémère le Messénien, qui ensei 'état où elle se trouvaient, en subs
gna le premier l'origine historique des tituant pure ent et simplement l'au
dieux. Mais. en nous bornant à des torité du sénat à celle des rois. Elle
noms cyrénéens, nous n'avons à ajou rit ce dernier parti, laissant aux villes
tér à ceux qui précèdent que Nicotélès, e la Pentapole leurs’ libertés munici
frère et condisciple d’Annicéris; et un pales, se bornant à prendre possession
Aristote, dont nous ne savons rien, des terres domaniales, dont les pro
sinon que Iusieurs élèves le uittè duits durent étre désormais et furent
rent pour a ler écouter Stilpon e Mé en effet versés au trésor : dès les pre
gare. mières années de la domination ro
Parmi les philosophes qui, nés à Cy maine on voit figurer, armi les re
rène, n'appartiennent cependant point venus ublics, trente ivres de sil
à la secte cyrénai ne, Strabon nous phion aisant partie des tributs de la
fait connaître Apo onius Cronos, de Cyrénaîque ; et l'on sait que plus tard,
l'école de Mégare , professeur du dia au bommencement de la guerre civile,
lecticien Diodore. de Iassus, qui prit Jules César, dictateur, put retirer du
lui-même, de son maître , le surnom trésor cent onze livres de cette pré
de Cronos. Nous voyons plus tard La cieuse matière. En résumé , ce fut le
cydes fils d'Alexandre, au temps de domaine utile que retinrent les nou
Ptolémée-Évergète, briller au premier veaux maîtres du pays, laissant à leurs
rang dans la moyenne académie; Pto sujets pleine liberté de se gouverner à
lémée , qui avait reçu , par l'intermé leur guise.
diaire d Eubule et d’Euphranor, les Il était impossible , avec l'esprit
doctrines de Timon, essayer la res versatile et turbulent des Cyrénéens,
tauration de l'école sceptique; puis qu'une telle latitude ne produisit pas
enfin Carnéades, qui florissait environ e déplorables résultats; les divisions
170 ans avant notre ère , fonder la intestines recommencèrent, et du sein
nouvelle académie , ou l'école du pro de l'anarchie surgit un despotisme
babilisme. tgrannique. Un récit anecdotique de
Et si l'on cherche encore à Cyrène, lutarque peut nous donner une idée
dans les temps postérieurs , un philo de 'la situation où se trouva bientôt‘
sophe à mentionner comme un loin réduite Cyrène par l'exercice de cette
tain reflet de l'ancien lustre de sa liberté sans frein.
atrie, on verra luire, au milieu de TvnANNIn ne NICOCBATI , mi
a nuit qui enveloppe alors les der nium]; PAn ABÉTAPHI‘LE. —- Nico
niers restes de la civilisation cyré crate est le nom du tyran qui d'abord
néenne , le néo-platonicien SynésIos , s'empara de l'autorité et la conso
a rès lequel les lettres ne trouvent lida en ses mains par le meurtre d'un
p us un seul nom à prononcer. grand nombre de citoyens distin
gués , entre autres de Mélanippe ,
VI. DOMINATION mas BOMAINS. prand prêtre d’Apollon, dont il prit
a place; il fit aussi périr Phédime,
Première période, jusqu'à la réduc homme d'un rang illustre, dont il con
tion en province : Époque de dis voitait la femme Arétaphile, fille d’E
sension et de tyrannie. glator, aussi remarquable par sa gran
de beauté que par sa prudence singu
Pnnmn‘sns ORGANISATION DE LA lière et son aptitude a traiter des af
DOMINATION ROMAINE EN LIBYE. — faires publiques; et il l'épousa malgré
En recueillant la successiomdes rois elle. Il commit une infinité d'autres
de C rène , Rome avait le choix , ou actes en violation des lois, si bien que
de c anger les institutions politiques l'on se fût empressé de fuir pour se
AFRIQUE ANCIENNE. 119
soustraire à son horrible tyrannie, s‘il «jugiez digne de mort l'épouse qui,
n'eût eu la précaution de faire garder «.
par un breuvage d'amour, espérait
les portes avec une telle rigueur, qu'on « se faire chérir ' plus peut-être que
iquait même les cadavres, ou qu’on a vous n'aviez résolu. »
es passait au feu, pour s'assurer que En entendant Arétaphile se défendre
des vivants ne tentaient pas de s'é ainsi, Nicocrate ordonna seulement
chapper en faisantles morts. Ce mons qu'elle fût mise ‘a la question , laissant
tre farouche, que rien ne pouvait ap à l'implacable Calbia le soin d'y prési
privoiser , se laissait pourtant subju der ; mais Are‘taphile supporta les
guer par son amour pour Arétaphile; tourments avec tant de‘ fermeté, se
ur elle seule il était doux et mania tira avec tant d'avantage de toutes les
le, et souffrait qu'elle jouit d'une épreuves , que Calbia , fatiguée elle
grande autorité. Mais outre le poids même , fut forcée d'y renoncer, et que
de ses propres chagrins, elle avait le Nicocrate, persuadé de l'innocence de
poignant spectacle des malheurs de sa sa femme, lui renditla liberté, plein de
patrie indignement soumise à de si regret des tortures qu'elle avait subies.
atroces épreuves: car on sacriliait les Et bientôt il revint à elle plus amou
citoyens l'un après l'autre , et il n'y reux que 'amais , la comblant d'atten
avait pas de vengeance à espérer de tions et d honneurs.
la part de quelques exilés timides, Quant à elle, que la douleur et les
faibles et dispersés. tourments n'avaient pu faire céder,
Arétaphile sentait qu'en elle seule elle ne se laissa pas décourager; le
était l‘cspoirde son pavs, et pleined'une soin de sa gloire et sa ténacité à rem
noble résolution, mais dénuée de tout plir un noble dessein, lui firent pren
secours, elle tenta de se débarrasser de dre d'autres voies. Elle avait une fille
son époux par le poison; comme elle assez belle, et dé'à nubile, qu'elle fit
faisait ses dispositions, se procurait voir a Léandre, rère du tyran, jeune
les drogues nécessaires, et essayait la homme facile à enflammer, et dont
force de ses préparations, la chose fut elle exalta , ditson , par des prestiges
découverte; après en avoir recueilli et des philtres, la passionjus u’au dé
les preuves, Calbia, mère de Nicocrate, lire. Et lorsque, tombé dans e piégé,
femme sanguinaire et implacable , il eut, à force de prières, obtenu de
opina pour qu'Arétaphile , honteuse son frère la main de la jeune fille,
ment traitée, fût mise à mort sur-le celle-ci, sous l'inspiration de sa mère,
champ. Mais l'amour retenait Nico lui insinua l'idée de délivrer sa patrie
crate et lui ôtait le courage de sévir, d'une tyrannie sous laquelle il ne lui
d'autant plus qu'Arétaphile repoussait était pas permis de vivre en liberté et
vivement l'accusation et soutenait son de prendre ou de garder une épouse;
innocence. Voyant cependant qu'elle pendant que d’un autre côté les amis
ne pouvait tout nier absolument, elle d‘Arétaphile lui suggéraient officieu
avoua qu'en effet elle avait voulu pré sement de calomnieux soupçons con
parer un breuvage, mais non pour tre son frère. Léandre ayant compris
causer le trépas : « Il s'agissait pour que les idées d'Arétaphile étaient d'ac
a moi, dit-elle , d'une chose impor cord avec les siennes, se mit à l'œu
« tante; car les honneurs dont je jouis, vre, gagna le chambellan Daphnis , et
« l'autorité que je dois à votre bien par son moyen parvint à tuer Nico
« veillance , ont excité contre moi les craie.
« dangereuses jalousies de beaucoup TYRANNIE na LÉANDBE, DËTRUIT!
« de femmes; craignant leurs breuva ÉGALEMENT PAR ARÉTAPHILE. —
u ges et leurs artifices, j'ai voulu aussi Léandre ne remplit point ensuite l'at
« recourir à de semblables moyens: tente d’Aretaphile, et montra au con
u imaginations vaines et féminines , traire, par sa conduite inhabile et hau
a sans doute, mais non punissables taine, qu’il avait bien été un fratricide,
« du supplice; à moins que vous ne mais non un tyrannicide. Arétaphile
120
conservait toutefois auprès de lui son été en présence de l'image de quel ne
rang et son autorité , ne montrant divinité; et comme ils aflluaient es
elle-même ouvertement à son égard uns après les autres. ils ne purent
ni hostilité ni répugnance ; mais elle emmener Léandre et rentrer dans la
faisait silencieusement ses disposi ville que le soir. Là , après avoir sa
tions. Elle excita d’abord à la guerre tisfait le besoin qu’ils avaient de re
contre Léandre, Anabos, chef des Li mercier et de bénir Arétaphile, ils
byens du voisinage, qui fit des incur s'occu èrent enfin des tyrans : Calbia
sions dans le pays, et s'avança en ar fut br lée vive, et Léandre, cousu dans
mes contre la ville; puis elle repré un sac, fut jeté à la mer.
senta à son gendre que ses amis et On supplia Arétaphile de se joindre
ses généraux,peu disposés à la guerre, aux sénateurs pour gouverner et ad
ne cherchaient que la paix et le repos; ministrer la cité ; mais elle , comme
qu'au surplus, c'était le parti qui con s'il se fût agi d'une pièce de théâtre
venait le mieuxàses intérêts s'il vou en plusieurs actes qu elle aurait enfin
lait affermir son autorité sur ses con conduite jusqu’au dénoûment , dès
citoyens: et elle offrit en même temps qu'elle vit la liberté rétablie, elle ren
de s entremettre de la paix, se faisant tra aussitôt dans le gynéce'e , et refu
forte d'amener Anabos à une confé sant de se mêler en rien des affaires
rence avec lui, s'il le souhaitait, avant publiques, elle passa le reste de sa vie
que les hostilités eussent amené quel a filer sa quenouille au milieu de sa
que dommage irréparable. famille et de ses amis.
Léandre lui ayant ordonné d'agir INTERVENTION DE LUcuLLUs; RÉ
dans cette voie, elle eut d’abord une DUCTION DE LA CYRÉNAÏQUE EN
entrevue avec le Libyen,et obtint de PROVINCE. — La perturbation causée
lui, à force de présents et de promes par ces événements n’était point en
ses , u‘il s’engageât à se saisir de core effacée , quand le fameux Lucius
Léan re quand il viendrait pour con Licinius Lucullus aborda à Cyrène.
férer avec lui. Cependant Léandre Il avait accompagné Sylla comme ues
hésitait; néanmoins, par honte vis-à teur dans la guerre contre Mithri ate,
vis d'Arétaphile qui déclarait vouloir et pendant que l’armée campée autour
assister à la conférence ,. il s'y rendit d'Athènes avait ses convois interceptés
sans armes et sans escorte; mais lors par la flotte ennemie , il était envoyé
u’en approchant il aperçut Anabos, en Libye et en Egypte pour y rassem
i se mit à tergiverser, à vouloir qu’on bler des vaisseaux (’), afin de faire
apostât des satellites; sa belle-mère, cesser cet état de choses. A son arri
de son côté, le rassurait, le grondait;_ vée à Cyrène , Lucullus trouva la po
et enfin , comme il tardaittrop long pulation encore en proie à l'agitation
temps, elle le saisit hardiment par la et au désordre causés ar les révolu
main , et le conduisit bel et bien au tions intérieures dont e le venait d'être
barbare, et le lui livra. Léandre, ar le théâtre , et il mit ses soins à y ré
rété aussitôt par les Libyens. fait pri tablir le bon ordre et la tranquillité:
sonnier, et garrotté, fut gardé jusqu’à il se souvint, à cette occasion. de la
ce que les amis d'Arétaphile , accom réponse que jadis Platon avait faite
pagnés par le reste des citoyens, vins aux Cyrénéens qui lui demandaient des
sent apporter la récompense romise. lois : « Qu'ils étaient trop riches pour
Car la plupart, à la nouve le de ce « cela; attendu que nul n'est plus dif
qui se assait, accoururent au lieu de « ficile à gouverner que l’homme fa
la conf rence, et en voyant Arétaphile, ( vorisé par la fortune, tandis qu'au
peu s'en fallut qu‘oubliant leur colère « contraire nul n'est plus souple et
contre le tyran , ils ne négligeassent a plus docile ‘que l'homme dans la dis
d'en tirer vengeance , n'ayant rien de
plus pressé que de venir, en pleurant (*) Au commencement de l'année 86
de joie, la saluer comme s'ils eussent avant l'ére vulgaire.
AFRIQUE ANCIENNE. 12!
a grâce. un Le temps était venu où les bun du peuple Publius Servilius Rullus
Cyrénéens devaient se trouver dans proposa une loi agraire , dont le but
les dispositions convenables pour re apparent était de procurer aux citoyens
cevoir avecqsoumission les lois qui pauvres des terres en Italie : ces terres,
leur seraient données; et cette cir qu’on leur aurait gratuitement distri
constance rendit plus facile la tâche buées, il fallait les acheter. et pour cela _
de Lucullus, qui sans doute ne fit amasser des sommes immenses desti
u’assurer de nouveau l’observation nées à les payer; et Rullus proposait
es institutions anciennes. Après avoir d’y pourvoir en faisant vendre aux en
pourvu à ce que lui paraissaient exi chères, par dix commissaires spéciaux,
ger les besoins locaux, il poursuivit les terres domaniales de la république
sa mission et se rendit en Égypte. dans les provinces: les champs de la
Puis , lorsque douze ans après Lu Cyrénaique étaient formellement com
cullus fut parvenu au consulat (*), la pris dans cette opération. L’éloquenee
Bithynie, que Nicomède venait de lé du consul a rendu célèbre ce projet de
guer aux Romains , et la Cyrénaique loi, dont il sut avec tant d'habileté
qu'ils avaient reçue d'Apion vingt-deux faire prononcer le rejet; et les cam
ans auparavant, furent à la fois, ainsi pagnes cyrénéennes restèrent nomina
que nous l’apprend Appien , réduites ement un domaine de l’Etat, pendant
en provinces de l’empire. qu'elles étaient envahies en réalité
A quelques années de là, l’île de par des usurpations privées, ainsi que
Crète, qui s'allonge en face des côtes nous le verrons en son lieu.
libyennes , ayant été conquise par L’éloquence dé Cicéron a de même
Quintus Cecilius Metellus, et réduite consacré la mémoire du procès in
aussi en province ("'), on pourrait con tenté àCnéus Plancius, édile curule(*),
clure d'un rapprochement fait par par Marcus J uventius Laterensis, son
Eutrope dans une rédaction un peu concurrent évincé , qui , parmi ses
équivoque, que dès lors furent réunies titres aux suffrages du peuple, faisait
en une seule province la Crète et la valoir ses services comme questeur de
Cyrénaique, bien que cette réunion ne la Cyrénaique , où il avait su se mon
soit incontestable qu’à dater de l’em trer à la fois libéral envers les officiers
péreur Auguste , et que dans l’inter du lisc , et juste envers une opulation
valle la Crète d’une part et la Cyré alliée. ll accusait Plancius e lui avoir
naique de l'autre se soient dereclief enlevé, par la brigue et la corruption,
trouvées entre des mains diverses: une charge à laquelle il croyait avoir
car l’attribution des provinces n'eut plus de droits; mais Cicéron vint jeter
dans le principe aucune fixité. et dans dans la balance le poids de son talent
la répartition annuelle qui en était en faveur de Plancius , et l'ancien
faite entre les consuls et les préteurs, questeur de Cyrène fut débouté de ses
on en réunissait souvent ensemble poursuites.
deux ou trois sous un même gouver LA CYRÉNAÎQUE son: LE man
neur, ainsi que Dion Cassius a eu soin ma Pourris. — Au temps des guerres
d’en faire la remarque expresse. civiles, lorsque Jules César et Pompée
se disputaient l'empire, la Cyrénaî ue
‘seconde période, depuis la réduc dut se trouver d'abord , avec tout l 0
tion en province jusqu’à. Auguste : rient . entraînée dans le parti de Pom
Epoque des guerres civiles. pée ; du moins.aprèsla bataillede Phar
sale ("), la flotte aux ordres de Caton
CAUSE DE 17A CYBÉNAÏQUE PLAI vint-elle , avec les restes considérables
mâe PAR ClcEnoN._—— On sait que, de l’armée vaincue, y chercher refuge
sous le consulat de Cicéron (*" *), le tri et s'y enquérir des nouvelles du fugi
(") L'an 74‘avant l'ère vulgaire.
(") L'an 65 avant l’ère vulgaire. (') L'an 54 avant ‘l'ère vulgaire.
("') L'an 63 avant l'ère vulgaire. (") L'an 48 avant l'ère vulgaire.
122
tif: elle aborda au port de Paliouros , D'AN'roiNn. — Mais, quand ces deux
en face de l'île de Platée; ce fut là chefs eurent été détruits à la double ba
qu’on apprit la mort du grand Pompée, taille de Philippes(‘). et que les trium
e la bouche de son fils Sextus et de sa virs se partagèrent l'em ire , Antoine
veuve Cornélie, qui s’étaient enfuis de s’attribua la mission d‘al et‘ réduire les
la rade de Péluse, et après avoir tou provinces de l’Orient pour leur compte
ché à Chypre, avaient été portés par commun; puis, lors du traité qui scella
les vents au port même où arrivaient par le maria e d’Antoine avec la lille
Caton et les siens. Là se séparèrent d'Octavien a réconciliation de ces
dans diverses directions plusieurs des deux rivaux (") , dans le partage
chefs , qui n’espéraient plus qu’en la qu'ils se firent du monde romain, à
clémence du vainqueur, entre autres l exception de l’Italie qui demeurait in
Caius Cassius, qui alla peu après se divise , Octavien prit l'occident , et
rendre à César dans Alexandrie; mais Antoine l’Orient, choisissant pour li
le plus grand nombre persista dans mite commune entre ces deux immen
son dévouement à la cause des fils de ses départements , dans le nord la
Pompée. De Paliouros on vint à Cy ville de Scodra en Illyrie, et dans le
rène; d’abord la ville ferma ses portes sud l’Afrique propre qu’on abandon
à Labiénus, mais le port reçut la nait à Lépide pour son lot.‘
flotte , qui de là se rendit en Afri Antoine , subjugué par les charmes
ue (‘) , où allait se trouver le théâtre et l'adresse de la trop fameuse (,‘léo
de la,guerre. ptitre, se montra prodigue envers elle
Lorsqu’après la. mort de César C") de ses provinces, comme il l'était de
on changea la distribution qui avait son temps, de ses trésors, de sa gloire,
naguère été faite des provinces entre de son honneur même; il ne se con
les magistrats, que la Syrie fut retirée tenta point d’agrandir les domaines de
à Cassius pour être donnée a Dola la reine d'lägypte aux dépens de l’Ara
bella , et la Macédoine retirée à Bru bie, de la Judée, de la Phénicie, de la
tus pour être donnée à Autoine, ce Célésyrie, qui appartenaient à des
lui-ci, d’après ce que raconte Appien, princes tributaires et amis; il lui ren
fit assurer aux deux officiers ainsi dé dit encore des pays dont Rome elle
ouillés de leurs provinces , et envers même avait pris possession , et c'est
esquels il voulait cependant garder ainsi que la Cyrénaîque rentra avec
quelque apparence de ménagement, Chypre sous le sceptre des Ptolé
la Cyrénaîque et la Crète; suivant une me’es (“*). Cependant on le vit, trois
autre version recueillie par le même ans après ("“‘), se déclarant publique
historien, Cassius les aurait eues toutes ment l’époux de Cléopâtre, et procla—
deux, et c’est la Bithynie qu’on aurait niant rois les enfants qu’il avait eus
accordée à Brutus. Mais comme Cicé d'elle, disposér encore en maître de
ron , dans une de ses Philippiqnes ces mêmes wovinces, et faire de la
contre Antoine, rappelle expressément Cyrénaîque a dot future de sa fille
que la Crète avait été attribuée à Cleopâtre-Séléne, la même qui depuis
Brutus avec le titre de proconsul, il fut mariée à Juba le jeune, roi de Mau
semble qu’on en doit conclure que la ritauie.
première version est plus exacte, et TÉMOIGNAGE DE nncon NAISSANCE
que la Cyrénaîque et la Crète se trou DES JUIFS DE BÉRÉNICE nnvsns
vaient alors encore séparées , celle - ci lllAncus Ti'rius. — A cette époque
étant dévolue à Brutus, celle-là for se rapporte, suivant l’opinion du docte
mant le département de Cassius. Frérct, une inscription grecque gravée
LA CYBÉNAÎQUE ENTRE DANS LE LOT
(') L’an 42 avant l‘ère vulgaire.
(") Il s'agit de l'Afrique propre, distin (") L’an 40 avant l‘ère vulgaire.
guée de la Libye. ("'") L’an 36 avant l'cre vulgaire.
("') L'an 44 avant l'ère vulgaire. (“W”) L’an 33 avant l‘ère vulgaire.
AFRIQUE ANCIENNE. ‘[28
sur marbre blanc, venue originaire la jeune princesse sa fille , dans le
ment de la Cyrénai' ue, transportée royaume qui venait de lui être attri
plus tard de Tripoli s Barbarie à Aix bué. D'autres critiques ont opté pour
en Provence, et dont voici la traduc une époque plus ancienne , et d'autres
tion française: ' pour une date plus moderne : la us!»
u L'an 55, le 25 de paophi, en l'as tion dé nd, à cet égard. de l'ère la
« semblée de la fête des Tabernacles , quelle oit être rapportée l'année 65'
(1 sous l'archontat de Cléandre fils de inscrite en tété de ce décret; les uns
« Stratonicus, d’Euphranor fils d'A optent pour le commencement de la
« riston , de Sosigène fils de Sosippe, domination romaine en Cyrénaïque,
« d’Andromaque fils d’Andromaque , les autres pour la réforme législative
« de Marcus Lélius Onasion fils d'A de Lucullus, ceux-ci pour la réduction
« pollonius , de Philonide fils d'Agé en province, ceux-là pour l'adoption
« mon , d'Autoelès fils de Zénon , de du calendrier Julien à Alexandrie:
« Sonicus fils de Théodote, et de Jo chaque hy othèse a ses arguments et
« seph fils de Straton; ses difficu tés, et il est difficile de
a D'autant que.Marcus Titius fils prendre un parti définitif au milieu de
« de Sextus, de la tribu Emilia , per toutes ces incertitudes.
« sonnage excellent, depuis son avé Aurons]; Psnn LA CvaÉNAiQUn
«nement à la préfecture s'est com ET L'alarme. —Nous voici arrivés
« porté dans les affaires publiques avec au moment où la bataille d'Actium (*)
« eaucoup d'humanité et d'intégrité, allait décider de l'empire du monde. La
- et qu'ayant marqué dans sa conduite fuite de Cléopâtre détermina le départ
a toutes sortes de bontés , il continue et la défaite d'Antoine, qui la suivit à
« d'en user de même, et non - seule Parétonion , d'où il la laissa revenir
« ment se montre humain dans les seuleà Alexandrie. déterminé qu'il était
« choses générales, mais aussi à l'égard en apparence à faire quelques disposi
« de ceux qui recourent à lui pour leurs tions militaires pour la continuation de
en affaires particulières, traitant sur la guerre. Il avait, dans la Cyrénaïque,
a tout favorablement les Juifs de notre quatre légions commandées par Pinav
« synagogue, et ne cessant de faire rius Scarpus, un de ses lieutenants ,
a des actions dignes de son caractère et il voulut les appeler auprès de lui;
a bienfaisant: mais Scarpus refusa d'obéir, fit tuer
« A ces causes. les chefs et le corps les courriers que lui dépéchait An
«des Juifs de Bérénice ont ordonné toine, et même quelques soldats qui
et qu'il serait prononcé un discours à élevaient la voix pour blâmer une telle
a sa louange, et que son nom serait conduite; et il livra Cyrène et ses
u orné d'une couronne d'olivier avec uatre légions à Gallus, lieutenant
a le lemnisque, à chacune de leurs as ’Octavien. Antoine alors se rendit
« semblées publiques, et à chaque re lui-même à Alexandrie, pendant que
« nouvellement de lune; et qu'à la di Gallus venait, avec les légions de Scar
a li ence desdits chefs la présente pus, s'emparer lui-même de Paréto
a d libération soit gravée sur une co nion; le triumvir espéra qu’il pour
« lonne de marbre de Parcs, qui sera rait, en faisant directement appel à
«érigée au lieu le plus distingué de ces vieux soldats qui avaient com
« l'amphithéâtre. battu sous lui , les ramener à sa cause,
u Voté à l'unanimité. » et ressaisir ainsi la place importante
Il s'agit, comme on voit, d'actions que la défection de Scarpus venait de
de grâces décernées par les Juifs de Bé lui faire perdre: il reprit donc, avec
rémce au gouverneur romain Marcus une flotte et quelques troupes, la route
Titius , à raison de sa conduite pleine de Parétonion; sa flotte entra sans
d'humanité envers eux; Fréret pense obstacle dans le port, et lui-même
que la mission de Titius émanaitd'An
toine, et se liait ‘a la proclamation de f") L'an 3: avant l'ère vulgaire.
124
s'avança vers ses anciennes légions; rée consulaire , la Cyréuaique fut ran
mais comme il voulut leur parler, gée parmi les prétoriales. Les bornes
Gallus fit aussitôt couvrir le son de sa de cette dernière province étaient alors
voix par les fanfares de ses trompettes, marquées , en ce qui concerne la por
et rendit de ce côté ses efforts inu tion continentale, par les autels des
tiles; il lui fit même souffrir, dans Philènes à l’ouest, et le grand Cata
une sortie, quelque désavantage. D'un bathme à l'est; et cette délimitation
autre côté, des chaînes d'abord ca persista jusqu'au règne d'Adrien.
chées sous l'eau s'étaient tendues à REscnI'rs EN FAVEUR DES JUIFS
l'entrée du port, et les vaisseaux, blo CYBENEENS. — D'après le récit de Fla
qués, attaqués de toutes parts, étaient vien Josèphe , les Juifs de Libye ainsi
coulés à fond ou brûlés, et il n’en put que ceux des provinces asiatiques, se
écha per qu'un très-petit nombre. On voyant fort maltraités par les Grecs,
sait e reste: désormais la Cyréuaique qui les accusaient d'exporter'de l'ar
et l'empire tout entier étaient dévo gent et de leur être à charge en toutes
lus à Octavien, à qui il ne manquait choses, furent contraints de recourir
plus que le titre d'Auguste , créé tout à la justice d'Auguste, qui adressa des
exprès pour lui quelque temps après. rescrits aux magistrats provinciaux,
et notamment à Flavius, préteur de
Troisième période , depuis Auguste Libye (*), pour qu'on ne troublât plus
jusqu'à Trajan : Epoque (l'insur les réclamants dans l'exercice de leurs
rection des Juifs cyre’ne‘ens. droits.
Malgré ces ordres précis , ils se
LA CYBÊNAÏQUE commise DANS trouvèrent gênés de nouveau dans leurs
LE LOI DU SÉNAT. —Au commen libertés, et réilérèrent leurs plaintes ,
cement de cette ère nouvelle qui qui donnèrent lieu à un rescrit d'A
commençait pour Home avec des ins grippa ("") , dont la teneur nous a été
titutions où tous les pouvoirs des conservée par Josèphe, et que nous
grandes charges de l'ancienne répu croyons devoir transcrire ici :
blique venaient se concentrer entre « MABCUS AGRIPPA , aux magis
les mains d’un seul homme, quelques « trats et au sénat de Cyrène, salut.
dehors pourtant semblaient être con « Les Juifs qui demeurent à Cyrène
servés pour témoigner du respect de a nous ayant fait des plaintes de ce
ce magistrat suprême envers le sé « que , encore qu’Auguste ait ordonné
nat et le peuple; et il leur abandonna « a Flavius préteur de Libye, et aux
le gouvernement direct des (provinces « officiers de cette province, de les
dont la tranquillité ne ren ait point «laisser dans une pleine liberté d'én
nécessaire l'active surveillance du gé . voyer de l'argent sacré à Jérusalem,
néralissime des armées, ou empereur. «comme ils ont de tout temps cou
La Cyréuaique, réunie à la Crète en « tume de le faire, il se trouve des
une seule province, était du nombre « gens assez malveillants pour préten
de celles qui furent ainsi attribuées au « dre les en empêcher, sous prétexte
sénat (*); dans la même catégorie se « de quelques tributs dont ils les disent
trouvait aussi l'Afrique avec la Nu « redevables, mais qu'ils ne doivent
midie; en sorte qu'au sud de la Mé « point en effet;
diterranée, le lot du sénat se trouvait a A ces causes , nous ordonnons
compris entre la Mauritanie encore u qu'ils seront maintenus dans lajouis
aux mains de Juba , et l'Egypte dévo « sance de leurs droits, sans qu’ils
lue à l'empereur; l'Afrique fut décla «puissent y être troublés; et que si
a dans quelque ville on avait diverti
(*) Ce partage des provinces fut fait le « de l'argent sacré , il soit restitué aux
13 janvier de l'an 27 avant l‘ère vulgaire;
et ce fut quatre jours après qu’Octavieu re (’) L'an I5 avant l'ère vulgaire.
çut le titre d'Auguste. ("") L'an :4 avant l'ère vulgaire.
AFRIQUE ANCIENNE. 125
c Juifs par des commissaires nommés commises sur les terres autrefois pos
cr à cet effet. » sédées par le roi Apion , et par lui lé
Ces dispositions assurèrent peut-être guées, avec tout son royaume , au
la tranquillité des Juifs pour le reste peuple romain; les propriétaires voi
du règne d’Auguste; mais les vexa sins s’en étaient emparés chacun à sa
tions devaient recommencer pour eux convenance , et ils se fondaient sur
bientôt après la mort de ce grand em l'ancienneté de leur injuste possession
pereur. comme sur le titre le plus équitable.
Une simple mention de l’historien Lejuge ayant prononcé le retrait des
Florus, répétée par Jornandes, nous terres usurpées, il en était résulté à
apprend qu'Auguste envoya pour sou son égard de grandes animosités, et on
mettre les Marmarides insurgés et les avait porté plainte contre lui au sénat,
Garamantes , Publius Quirinius, le qui déclara n’avoir point connaissance
même sans doute qui avait, peu d’an e la mission donnée par Claude. et
nées auparavant , procédé par ses renvoya les parties devant l’empereur.
ordres au recensement de la Syrie, à Néron, apres avoir approuve’ l'arrêt
l’époque où naquit Jésus-Christ , ainsi d’Acilius Strabo , ajouta ue cepen
que le rapporte l’évangéliste saint Luc. dant il voulait se montrer avorable à
Quirinius fut victorieux, et il eût pu des alliés, et qu’il leur abandonnait les
se parer, à cette occasion , du surnom domaines qu’ils s’étaient appropriés.
de Marmaricus, s’il n’eût eu la mo INsUnnacnoN nu ZÉLATBUB JUIF
destie de priser moins haut les avan Jouarnas. —'— Sous le règne de Vespa
tages qu’il avait remportés. sien, qui avait jadis étélui-méme ques
Pnocénunas INTENTÉES PAR LES teur de Cyrène et de Crète, la C rénaî
CYBÉNÉENS CONTRE DIVERS orrr que fut troublée par une sorte ‘insur
CIEBS BOMAINS. — Sous Tibère, Cé rection parmi la population 'uive du
sius Cordus était proconsul de Crète pays. On sait ue Judas le Cialiléen,
et de Cyrène; il commit des exactions dont il est parl dans les Actes des apô
qui soulevèrent contre lui les Cyré tres, avait été le fondateur d’une secte
néens, et les déterminèrent à s’en de fanatiques ennemis de toute sou
plaindre devant l’empereur; Ancharius mission aux pouvoirs terrestres, sur
Priscus porta contre lui une accusa tout à la domination étrangère; que
tion de concussion , en y ajoutant celle cette secte , grossie plus tard des restes
de lèse-majesté , ui était alors comme de toutes les factions vaincues, et des
le complément ob igé de toutes les au malfaiteurs toujours disposés à se met
tres (*); la plainte des Cyrénéens fut tre en révolte contre les lois qui les con
reconnue fondée, et sur la poursuite damnent, couvrant leurs brigaudages
d‘Ancharius Priscus, Césius Cordus du prétexte d'un ztéle ardent pour l'in
fut condamné comme concussionnaire. dépendance nationale, joua un rôle
Sous Néron, Pédius Blésus, à son important dans la défense de Jérusa
tour, fut accusé par les ‘Cyrénéens lem contre les Romains; après la sou
d’avoir pillé le trésor du temple d‘Es mission de la Judée, un assez grand
culape, et de s’étre laissé corrompre nombre de ces Zélateurs, comme ils se
par argent ou par intrigue dans les nommaient eux-mêmes , ou de ces Si
opérations du recrutement militaire; caires ou assassins, comme les appe
le coupable fut exclu du sénat (”‘ ). lait la voix publique, s’étaient sauvés
Les Cyrénéens se plaignaient en même à Alexandrie , en y portant l’esprit de
tem s d’Acilius Strabo, qui avait exercé rébellion qui les caractérisait; mais il
les onctions de prêteur, avec une mis fut coupé court aux menées révolu«
sion spéciale de l’em ereur Claude, tionnaires qu’ils y avaient entreprises,
pour prononcer sur es usurpations en les livrant'aux magistrats romains;
plus de six cents furent extermlnés, et
(') L'an n de l'ère vulgaire. ’on poursuivit jusqu'à Thèbes ceux
(") L'an 59 de l'ère vulgaire. qui s'y étaient réfugiés.
128
Mais l'un d'eux , un tisserand nommé . le convaincre d’un si grand crime, il se
Jonathas , qui s’étalt enfui à Cyrène , servit de ce même Jonathas et de quel
travailla activement à la résurrection ques-uns de sa faction, prisonniers
de son parti au moyen du rôle de pro avec lui, pour dénoncer comme cou.
phèteotâu’il s’attribua; et ses annonces pables les gens les plus honorables de
de pr iges et de miracles ayant ras cette nation qui demeuraient à Alexan
semblé autour de lui la canaille juive drie et à Rome, et du nombre desquels
du ys, il se trouva à la tête de deux était l’historien Josèphe lui-même.
mil e misérables , avec lesquels il alla a Après avoir concerté une si grande‘
camper au désert (‘). Les principaux méchanceté , et ne doutant point de
d'entre les Juifs avertirent de ce trou réussir dans son détestable dessein.
ble naissant Catullus, préteur de Li il alla à Rome, y mena Jonathas en
bye, qui envoya contre les insurgés chainé, et ces autres calonmiateurs.
.des troupes de pied et de cheval; ils Mais il fut trompé dans son espé
furent entourés, tués pour la plupart, rance; car Vespasien , ayant conçu
gäelques-uns faits prisonniers et con quelque soupçon , voulut approfondir
its à Ctnullus; l’auteur du mouve la vérité; et quand il l’eut reconnue ,
ment, Jonathas , parvint alors à s’é— il déclara innocents , à la sollicitation
chapper, mais il fut recherché avec de Titus, Josêâphe et les autres qui
soin dans tout le pays, arrêté, et amené avaient été si aussement accusés; et
devant le préteur: alors, pour retarJ pour punir Jonathas comme il le mé
der sa punition, il entraîna Catullusà ritait, il le fit brûler tout vif après
des iniqnités au moyen de prétendues l'avoir fait battre de verges.
révélations qui désignaient les Juifs les Pmvrrron caLas'rs DB8 camus
plus riches comme les promoteurs sea mi CATULLIJS. — - Quant à Catullus ,
erets de l’insurrection. la clémence des deux princes le sauva.
EXAC’IIONS a1: canm'nâs ne par’: Mais bientôt a rès il tomba dans une
une CA'ruLLUs A L’ËGAaD Dss JUII'S. maladie incura le et si horrible , que,
*- c Cet avare gouverneur 1» ,- ainsi que quelque extraordinaires et insup rta
le raconte l’historien juif Flavien Jo bles que fussent les douleurs qu’il res
sèphe, et prête volontiers l’oreille à sentait en tout son corps, celles qui
une si grande calomnie , y ajouta même bourrelaient son âme les surpassaient
encore afin qu'il partit en quelque sorte encore de beaucoup. Il était agité sans
avoir terminé lui-même la‘ guerre contre cesse par des frayeurs épouvantables ,
les Juifs; et pour comble de méchana criait qu’il voyait devant ses yeux les
coté, il excita ces scélérats de sicaires fantômes de ceux qu’il avait injuste
à employer de nouvelles suppositions ment livrés au supplice; et ne uvant
pour perdre ces innocents. Il leur or demeurer en place , il se jetait gars du
donna particelierement ‘d’accuser un lit comme s'il y eût été sur la roue
juif nommé Alexandrav u’au su de ou, sur un brasier. Ses maux presque
tout le monde il haïssait epuis long inconeevabies allèrent toujours en
tem 's, et il le‘fit mourir avec sa augmentant, et enfin ses entrailles
femhie Be’réniee, qu'il enveloppe dans étant toutes devorées par le feu qui le
la même accusation. Il fit ensuite consumait, il finit sa vie coupable par
mourir aussi trois mille autres Juifs, une mort telle, que jamais Dieu n’a
dont le seul crime était d'être riches, manifesté d’une msniere plus remar
sans qu’il crdt avoir rien à craindre, quablc la grandeur des peines que les
rceque, se contentant de prendre méchants doivent attendre de sa jus
lälr argent, il confisqnait leurs terres tice.» n
au profit de l’empereur; et- pour ôter! ‘Josèphe a sans doute exagéré outre
à ceux qui demeuraient en d’autres mesure les tourments endurés par le
provinces le moyen de l’accuser et de préteur de Libye qui avait sévi contre
ses coreligionnaires. Divers savants
(') L'an 72 de‘ Père vulgaire. ont cru que ce magistrat était le même
AFRIQUE ANCIENNE. 121
que Catullus Messallinus mentionné mille le nombre des personnes ui ,
par Pline le jeune comme un homme dans la seule Cyrénaïque. périrent ans
sans hésitation, sans pudeur, sans pi cette épouvantable boucherie; les Juifs
tié, fameux par ses méfaits et ses ar d‘Égypte et de Chypre, excités par cet
réts sanguinaires. Quelques-uns ont exemple, massacr rent de leur côté
ensé aussi que les hallucinations deux cent quarante mille victimes.
ont il était tourmenté avaient fourni En vain les Grecs de Libye avaient
le sujet d’une pièce de théâtre citée tenté d'arrêter ce torrent furieux; ils
par Juvénal sous le titre de Phasma avaient été battus à la première ren
Catulll. contre, et s’étaient sauvés à Alexan
NoUvaLLx msnnnxc'rron pas Jmrs drie, où ils avaient immédiatement
sous TRAJAN. — Sous le règne de Do fait main-basse sur toute la population
mitien, il y eut un sénateur nommé juive de cette ca itale, tandis que celle
Cécilius Ruflnus, que le nouvei au qui était répan ne dans le plat-pays
guste, exerçant la charge de censeur ('), vint , avec Lucua son chef, qu’Eusè e
crut devoir rayer de la liste du sénat, décore même du titre de roi , se réunir
parce qu’il aimait à danser: peut-être aux révoltés de la Cyrénaïque. Trajan
est-ce a ce même personnage qu’il faut prit de sérieuses mesures pour remé
rapporter une inscription où l’on voit dier a ces désordres: il envoya en
figurer Quintus Cécilius Rufinus avec Libye des troupes d’infanterie et de
le titre de proconsul de Crète et de cavalerie, et même une armée navale,
Cyrène. le tout sous le commandement de Mar
Sous Trajan , en la dix-huitième an cius Turbo, l’un des plus vaillants ca
née du règne de ce prince ("'), une in pitaines de ce temps , qui devint peu
surrection générale des Juifs, née dans d'années après préfet du prétoire.
la Cyrénaïque et (propagée dans les Turbo réduisit en effet les rebelles,
contrées voisines, onna au monde le mais ce ne fut qu’à force de combats
spectacle des plus horribles atrocités. et de temps, ayant affaire non-seule
Voyant l’emperenr engagé dans la ment aux Juifs cyrénéens, mais en
guerre contre les Parthes, et toutes les même temps a tous ceux de l‘Egypte,
orces de l'empire tournées vers l'O qui étaient accourus à l’appel de leur
rient , ils avaient cru l’occasion favo roi; en sorte que la guerre se prolon
rable pour recouvrer leur indépen: gea jusqu’à l’avénement d'AdrienC‘),
dance : les Juifs cyrénéens donnèrent et que ce fut seulement au commen
le signal; ayant mis à leur tête un des cement de ce nouveau règne que Mar
leurs, nommé André, ils s’excitent au cius Turbo, ayant enfin complètement
massacre des Grecs et des Romains réprimé les Juifs de Libye, put être en
au milieu desquels ils vivaient, et s’il voyé contre les Maures d’Afrique.
en faut croire Dion Cassius, ils man<
gent les chairs de leurs victimes , dé Quatrième période, depuis Adrien
vorent leurs entrailles, se frottent le jusqu’à Théodose le Grand: Epo
corps de leur sang , se vétent de que de réorgarlisations adminis
leur peau; ils les soient en long par le lratives.
milieu , ou bien ils les livrent aux
bétes féroces , ou les font combattre CHANGEMENT DE LIMITES sous
entre eux jusqu’à la mort comme des ADBIEN. — Les déprédations des in
gladiateurs: affreuses représailles des surgés avaient tellement désolé la Li
scènes de l’amphithéâtre où ces mai bye, qu’elle serait demeurée presque
tres du monde amusaient la populace déserte , et inculte faute d’habitants ,
de Rome par de semblables horreurs. si Adrien n'eût rassemblé de tous
Dion fait monter à deux cent vingt côtés des colons pour y fonder de nou
veaux établissements. lls bâtirent, sur
(") L'an 82 de l’ère vulgaire.
(") L’an m5 de l'ère vulgaire. (') Le 11 août :17 de l'ère vulgaire.
128
la côte, ‘une ville à laquelle ils donnè un nome Maréote. Peut-être cette dé
rent le nom d’Adriane'ou Adrianopolis, limitation nouvelle était-elle la consé
qui a disparu sans laisser de vestiges. quence des dispositions militaires dont
Adrien. comme on sait, passa en la dernière insurrection des Juifs avait
voyages dans les provinces de l'em fait reconnaître la nécessité.
pire , plus de moitié de la durée totale Dans ces limites plus restreintes, la
de son règne; la Libye ne fut int Cyréuaique continuait d'être réunie à
exclue de cette inspection généra e du la Crète en une seule province , dont
monde romain , mais les historiens ne le jeune Publius Septimius Geta , fils
nous ont conservé à cet égard aucun de Septime Sévère , fut. questeur et
détail, ni même aucune mention pré propreteur avant son avènement à
cise: une anecdote seule, consignée _’empire , ainsi que le constatent‘ les
dans le curieux recueil d'Athénée, et Inscriptions. Le même ordre de choses
appuyée du témoignage des médailles, durait encore au temps de l'historien
nous fait connaître qu'Adrien, dans ' Dion Cassius.
une chasse qu'il fit en ce pays (*), _ Une mention isolée de l'historien Vo
y tua un lion d'une taille énorme , qui plscus nous apprend que sous le règne
depuis longtemps ravageait toute la d'Aurélien, Probus, qui bientôt après
Libye, et avait en beaucoup d'endroits fut empereur, eut à combattre vigou
forcé les habitants à déserter leurs reusement contre les Marmarides, qu'il
demeures. rédui‘sit à l'obéissance. ‘
C'est sans doute au règne d'Adrien, LA CYBÉNAÏQUE DEvsNUE cami
ce'grand et actif administrateur des TIENNB.-—A l'époque où nous sommes
provinces, que doit être rapporté, s'il arvenus, le christianisme, qui s'était
eut lieu en effet dans l'ordre politique introduit à Cyrène dès le tem s de la
comme on n'en peut guère douter, un’ prédicationdesapôtres,yavait aitassez
changement dans les délimitations de progrès pour que les mesures dont
communes de la Cyréuaique et de la religion nouvelle était l'objet de la
l‘Égypte, ui n'est accusé par aucun part des empereurs, eussent. pour cette
historien u tem s, mais qui se fait province , une importance directe;
remarquer dans es descriptions du tout en nous réservant ‘de consacrer
géographe Ptolémée. Dans le coup d'œil plus loin un para raph'e spécial à l'ex
général u'Appien, au commencement posé succinct du , éveloppement et des
de son histoire, jette sur le monde ro vicissitudes de l'Eglise chrétienne dans
main, on voit énumérées en effet, la Cyrénaî ne, nous ne pouvons nous
sans distinction expresse, et d'une dispenser 'annoter ici que plusieurs
manière assez équivoque , les diverses desvilles de la Pentapole avaient dé'à
provinces de l'empire; en sorte qu’il des évêques, et qu'à l'époque où a
est difficile de reconnaître si l'on doit persécution entreprise par Dioclétien
réunir on séparer mutuellement Cy vint commencer l’ère des martyrs (*) ,
rène et_ les Marmarides, et les Ammo de saints confesseurs y moururent
niens, et les peuples voisins du lac pour la foi; l'évêque Théodore fut
Maréote, qu'une même phrase nomme alors une des victimes de la persécu
ainsi bout à bout. Mais son contem tion , dont le ministre,dans cette pro-‘
porain Ptolémée décrit expressément vince, était le gouverneur Di nianus
a province Cyréuaique (fiKvpnvaîx-h (Diogenianus P), auquel la égende
èmpxia) comme bornée sur la côte, à donne le titre de præses ou comman
l'ouest par les autels des Philènes , et dant; et avec le saint évêque périrent
à l'est par la ville de Darnis; tandis le diacre Irénée, et les lecteurs des
qill'il annexe à l’Egypte un nome de divines Écritures Sérapion et Ammo
armarique, un nome de Libye, et mus.

(’) Probablement en l'énnée :32 de no (*) On sait que l’ère des martyrs date
du 29 août 284.
tre ère.
AFRIQUE ANCIENNE. 129
MoncELLEMEN'r DES HOMMES fournies par le livre De la mort des
sons DIOCLÉTIEN. —— On s'accorde persécuteurs : « Avare et timide à la
à ra porter au règne de Dioclétien, « fois, » s’écrie le fougueux écrivain,
sur a foi d'un reproche adressé à sa « Dioclétien a bouleversé toutela terre :
mémoire par l'auteur du livre De la a il s'est associé trois collègues . divi
mort des persécuteurs C‘), le morcel - sant le monde en quatre parties,
lement des provinces, dont on n’en « grossissant les armées au point que
trevoit que des traces éparses et fu a chacun des quatre empereurs a plus
gitivcs dans les auteurs contempo « de soldats qu’il n’en fallait autrefois
rains, et à l'égard duquel nous n'avons « au maître unique de tout l'empire...
de renseignements précis que posté - Les provinces aussi ont été coupées
rieurement à l'organisation générale en en morceaux; on a établi des gouver
faite par Constantm le Grand. On sait « neurs avec toute leur séquelle dans
du moins que Dioclétien, et son col « chaque contrée, pres ne dans chaque
lègue Maximien-Hercule, s’étantasso « cité: des intendants e finances mul
cie , le 1°‘ mars 292, Constance-Chlore «tipliés, des inspecteurs généraux
et Galère, il y eut alors, entre les deux en miliiaires, des vice-préfets,..... etc. »
augustes et les deux césars. une di Mena D’Araits LEQUEL L’EMPmE
vision quadripartite de l'empire, dans FUT DIVISÉ EN QUATRE PARTIES. —
laquelle Constance-Chlore eut l’Occi Il y a donc lieu de penser que le
dent au delà des Alpes, Maximien partage de l'empire se lit entre les
l’Italie et l'Afrique, Galère le reste quatre princes par voie d'attribution ,
de l’Europe, et Dioclétien l'orient : la à chacun d'eux , d'un certain nombre
Cyrénaique avec la Libye et l'Égy te de provinces, suivant certaines conve
étaient comprises dans ce dernier et. nances résultant des affinités mutuelles
Il est difficile de décider si la Crète de celles-ci; et que, plus tard seule-v
fut dès lors détachée de Cyrène pour ment, quand chacune de ces provinces
s’alter annexer à la Grèce, apanage de en eut formé plusieurs, la grande di
Galère: quelques auteurs ont admis vision quadripartite put être modifiée
cette séparation hâtive; il nous semble par le retrait ou l'accession de quel
plus sage de douter, et nous penchons qu’une de ces provinces nouvellement
même à croire qu’elle ne dut avoir lieu constituées. C’est ainsi que nous rap
que sous Constantin. Il est probable, portons au règne de Dioclétien l'or
en effet, que le morcellement des pro ganisation d'après laquelle trois pro
vinces ne précéda point le partage de vinces distinctes se trouvèrent formées
l'empire, et qu’il fut, au contraire, une du territoire de l'ancienne province
conséquence de ce partage, ‘parce qu'a Cyrénéenne établie par Au uste. ‘Nous
lors chacun desquatre princes ré nants avons déjà remarqué le éplaeement
voulut avoir sa cour, ses oflciers, de limites ui , sous Adrien avait
toute la hiérarchie administrative et transporté e cette province a celle
militaire d’un empire distinct ; et d'Egypte la Libye qui s'étend à l’est
pour multi lier les commandements, de Darnis; sous Dioclétien, cette der
il fallut mu tiplier les divisions terri nière dut être détachée de l’Egypte
toriales sur lesquelles ces commande pour faire une province nouvelle; et
ments étaient exercés. Telle est la celle qui du temps d’Adrien compre
marche naturelle des choses , telle nait sous un seul gouverneur la Pen
aussi la succession des indications tapole cyrénaique et l’île de Crète, fut
(") Ce livre est vnlgairemcnt cité sous lenaturellement subdivisée par Dioclé
nom de Lactance; mais le manuscrit unique tien en deux gouvernements distincts,
ni a servi de type a toutes les éditions ne l'un continental, l'autre purement in
gésigne l'auteur que sous le nom de Lucius sulaire; et c'est au temps de Constan
Cc'cilius, qui n'a qu'un rapport bien in tin seulement que ce dernier gou
complet avec celui de Lucius Cœlius Laclan vernement , ayant acquis ainsi une
tiw Finnianur. individualité propre , put étre distrait
9' Livraison. (AFBIQUE ANCIENNE.) 9
130
sans effort de l'un des quatre grands général à Nicée, en pré‘éence même
départements de l'empire, pour être u souverain, le 19juin 325, au nom
désormais rattaché à un département bre de trois cent dix-huit évêques.
voisin. pour y dresser le symbole de leur foi:
Il serait, en effet. erroné de croire es deux provinces de Libye (la Libye
que ces quatre grandes divisions, dans et la Pentapole) y furent représentées
chacune desquelles il y avait un préfet par sept évêques, groupés en deux
du prétoire avec plusieurs vice-préfets, camps, les uns autour de leur métro
répondissent précisément aux quatre politain le patriarche d‘Alexandrie , le
préfectures établies par Constantin, autres autour du théologien Arins, qui
et renfermassent les mêmes diocèses fut alors déclaré hérésiarque.
ou vice-préfectures: ainsi Dioclétien L'organisation générale de l’empire
n’avait point dans son département sous Constantin ne nous est pas con
le diocèse de Thrace, qui fut cepen nue dans ses détails avec une pré-t
dant compris ensuite dans la préfec cision telle qu’on la pourrait désirer,
ture d’Orient; et après l'abdication puisque la Notice des dignifés des
de Dioclétien (*), le lot qu'il avait en empires d’Orient et d’occident, ce
ne passa même à Maximin que dimi précieux inventaire de toutes lescharges
nue encore des provinces du Pont, civiles et militaires du monde romain,
u’il reprit seulement après la mort est postérieure d'environ un siècle à
e Galère C“); Licinius au contraire l'établissement administratif fondé ou
ajouta tout le département de Maxi complété par cet empereur. Toujours
min 0*") à une portion de celui de Ga est-il, nous le savons par le témoi
lère. Nous ne saurions, au surplus, gnage explicite de Zosime, que dans
déterminer le nombre et l'étendue des le partage qu'il fit, en quatre grandes
diocèses existants à cette époque préfectures prétoriales, du territoire
dans chaque département, et c’est uni de l’cmpire qu'il venait de pacifier (*),
quement par conjecture que nous pou la Pentapole et la Libye furent attri
vons considérer la Cyrénaîque et ses buées au préfet qui eut l’Egypte avec
démembrements comme englobés avec l’Orient; tandis que la Crète , déjà sé
I’Égypte dans un même diocèse, dont parée de Cyrène , fut dévolue à celui
la Palestine faisait peut-être alors éga qui avait lIllyrie avec la Grèce; l’A
lement partie: tout ce que nous sa frique, à l'ouest de la Pentapole, ap
vons avec assurance, c'est que ces partenait au préfet d'ItaIie; celui des
rovinces appartinrent successivement Gaules tenait l'ancien lot de Constance
a Dioclétien, à Maximin, et à Licinius, Chlore.
et que la persécution contre les chré Cette organisation devait recevoir,
tiens y fut à diverses fois renouvelée, de son auteur même, une modifica
jusqu‘à la réunion de tout l'empire tion importante, lorsqu'il voulut dis
dans les mains de Constantm. tribuer entre ses trois fils, Constantin,
ORGANISATION ET PARTAGE na Constance et Constant, et ses deux
L'Blmm: sous CoNs'rAN'rtN ET sas neveux Delmace et Annibalien (**),
ENFANTs.- Sous ce dernier empereur, les provinces de ce grand empire; il
le christianisme cessa d'être opprimé, est vrai que le département du jeune
il devint même la religion dominante et Constantin répondit exactement à la
favorisée; et les Pères de l‘Eglise ca préfecture des Gaules; mais celle d'0
tholique‘ purent se réunir en concile rient, donnée à Constance, perdit
C’) Le 1" mai 305. Maximin ne fut fait d’une part la petite Arménie, le Pont
-alors que césar, mais il se déclara lui-même et la Cappadoce, qui en furent démenn
auguste dès 308.
(") En avril 311. (’) Ce qui indique pour date l'année 326
(""") Maximin, vaincu par Licinius. mou de notre ère.
rut vers août 313; Licinius lui-même fut (") En l'année 335, deux ans avant sa
dépouillé par Constantin à la fin de 323. mort.
AFRIQUE ANCIENNE. 181
brés pour former un royaume à An ation mutuelle entre collè es. Aussi
nibalien, et d’autre part la Thrace, es aperçus géographiques e l'empire
qui fut jointe à la Grèce démembrée de romain qui nous sont fournis par Sex
l’Illyrie, pour constituer le départe tus Rufus sous Valens et Valentinien,
ment de Delmace; la préfecture d’lta par Ammien Marcellin et par la N0
lie s’nugmenta au contraire du reste tice des Provinces sous Théodose le
decelle d’Illyrie, pour devenir le lot de Grand et Valentinien le Jeune, le re
Constant. Mais à la mort de Constan présentent comme un seul tout, sub
tin le Grand, cet ordre fut encore divisé en provinces. La Notice y
bouleversé, et pendant que Constan compte cent treize provinces, renfer
tin le jeune et Constant se disputaient mées dans onze régions ou diocèses,‘
l'ltalie et l’Afrique, Constance repre la région d’Égypte y figure pour six
nait tout l'Orient et la Thrace; puis, provinces, parmi lesquelles sont énu
quand il alla combattre les tyrans qui mérées la Libye Aride (Libya Sicca),
s’étaient élevés en Occident à la place c’est-Îa-dire la Marmarique, et la Li
de ses frères, il laissa le gouvernement bye Pentapole, e’est-à-dire la Cyré
supérieur de' l’Orient à son jeune cou naique.
sin Gallus, avec le titre de César (*) SÉPARATION mas maux mrrrnxs A
et Lucilianus pour maître de la mi LA non'r DE Tmâonosn LE GRAND.
lice , indépendamment des préfets du -—-Après la mort de Théodose, au con
prétoire entre les mains desquels se traire, il y eut désormais deux empires
trouvait l’administrati’on réelle, et dont bien distincts, conservant, il est vrai,
il se réservait la nomination; mais une organisation similaire, mais non
trois ans après, Gallus ayant été mis plus commune. C’est le tableau de
à mort par ordre de Constance, tout cette organisation qui nous est donné,
l’empire se trouva réuni de nouveau pour chacun des deux empires, par la
sous un même sceptre. Au milieu de Notice des Dz‘ nités, où nous allons
ces changements, la Pentapole et la relever les in ications spéciales qui
Marmarique n’avaient cessé d’apparte concernent la Libye.
nir directement à Constance que pen L’empire d'orient était divisé en
dant le règne transitoire du césar deux préfectures du prétoire, celle d’O
Gallus. rient et celle d’Illyrie. La première
RÈGNE ne VALENS m on THÉO comprenait cinq diocèses, savoir , I’É
nosn LE GBAND.—-Quand l’empire fut gypte , l'orient, l'Asie, le Pont et la
donné à Valentinien (en 364),‘ on sait Thrace, dontles quatre derniers étaient
qu’il le partagea avec son frère Valens, gouvernés par des vice-préfets, tandis
à qui il céda tout l’Orient, dont les deux que le gouverneur du diocèse d’Égypte
provinces lib ennes formaient invaria avait le titre particulier de préfet au
lement une épendance; et si Théodose gustal: six provinces se trouvaient
le Grand, qui succéda à Valens (en 379), dans sa circonscription, savoir , la Li
parvint ,à réunir encore une fois en bye supérieure répondant à l’ancienne
ses mains tout l'empire, ce fut pour Cyrénaïque, la Libye inférieure ré
en consommer le partage irrévocable pondant à la Marmarique, l'E ypte
(en 395) entre ses deux fils, Arcadius propre, la Thébaîde, l’Arcadie,et ’Au
qui eut l’Orient, et Honorius qui eut gustamnique; sauf l’Égypte propre,
l Occident. J usqu’alors il n’y avait eu, directement régie avec le titre de pro
à proprement parler, qu’un seul et vince consulaire par le préfet augus
même empire, possédé à la fois ,par tal lui-même, toutes ces provinces
deux ou plusieurs empereurs, dont avaient chacune un commandant titré
chacun exerçait plus spécialement son de præses, ayant, pour l’expédition
autorité dans une circonscription dé des affaires administratives et judi
terminée, mais par une sorte de délé ciaires, des bureaux dirigés par un pre
mier commis.
(') Le :5 mars 351. Le commandement militaire, qui
9.
132
depuis Corlstantin le Grand demeurait que des autres documents que nous
tout à fait séparé du gouvernement possédons, laissent fort obscur pour
olitique, appartenait, en chef, sous nous; et grande est la divergence des
iès ordres immédiats de l'empereur, critiques qui ont voulu l'expliquer, les
à des grands-maîtres ou colonels-gé uns supposant le retraitj absolu des
néraux, deux pour la garde impériale, troupes régulières de toute la Libye,
toujours présents à la cour,.et trois ou au moins de la Cyréuaique, les au
pour le reste de l’armée, exerçant tres la coexistence d'un gouverneur
chacun son autorité dans une grande civil et d'un commandant militaire
division militaire, comme l'orient, la dans la Pentapole, d'autres encore la
Thrace‘ou l'lllyrie. Parallèlement à réunion des pouvoirs civils et mili
eux, un grand-maître des offices ou taires en une seule main("). Quoi qu'il
intendant-général avait dans ses at en soit à cet égard, des modifications
tribut/‘ions les services administratifs avaient eu lieu, qui excitaient le dé.
de l'armée et la juridiction militaire plaisir de Synésios, et lui avaient fait
supérieure. Cha ne grande division se réclamer, quoique en vain, le retour à
partageait en pusieurs subdivisions, l'organisation ancienne.
attribuées à des généraux de divers
rangs, les plus élevés en grade ayant Cinquième période , règnes d'zircœ
le titre de comte, les autres celui de dius et de Théo‘a'ose le Jeune :
duc; trois de ces généraux étaient af Epoque de Synésios.
fectés au diocèse d’Égypte, savoir , un
comte d'Egypte. un duo de Thébaîde, COMMENCEMENTS nE SYNÉSIOS.
et un duc de Libye. —Nous venons de prononcer un nom
CRÉATION D'UN DUC DE LIBYE. qui tient une place d'honneur dans
— Dans le rincipe, il n’ avait, pour l'histoire de la Cyréuaique à cette
la défense c tout le diocèse d’Égypte, époque: Synésios nous résente, au
qu'un seul duc, dont l'institution, sous milieu des calamités qui désolèrent sa
ce titre ou sous un autre, paraît re patrie, une de ces belles figures que
monter au règne même d‘Auguste; grandit encore la petitesse des person
uis on voit, au temps de Gallien, en nages qui occupent la scène autour de
‘année 265, figurer dans l'histoire du lui. Il nous faut consacrer ici à ce
t ran Celsus par Trébellins Pollio, un nom célèbre une page spéciale.
no de Libye, Fabius Pompeïanus, qui Issu de la race royale des Eurysthé
s'était prononcé pour cet empereur (') La première de ces opinions est ex
éphémère : mais quelque doute peut posée par Marcus, dans ses additions à
s élever sur l'exactitude de cette dési a Géographie de Mannert; elle n'est que
gnation; il est plus sûr de ne rappor spécieuse, et accompagnée de notables er
ter u'au règne de Valens la création reurs. La seconde est professée par le savant
des ducs de Thébaîde et de Libye, aux Tillemont, qui cependant n'a pas été suivi
dépens des attributions du duc d’É sur ce point par Lebeau, son paraphrasle
gypte, que l'on consola de ce démem ordinaire; mais Lebeau a certainement con
brement en l'élevant au rang de fondu des indications très-distinctes, et l'on
comte. peut s'étonner que. Saint-Martin , son der
Le duc de Libye, qui avait son quar nier éditeur critique, n'ait pas relevé cette
tier-général à Parétonion, paraît avoir confusion. Tillemont nous semble donc ici
été, dans l'origine, charge de la dé le meilleur guide à suivre, et c'est en nous
aidant de son jugement à la fois perspicace,
fense de toute la Libye, c'est-à-dire consciencieux et sur, que nous avons u
de la C rénaique et de la Marmarique cheminer dans le labyrinthe des données
ensemble; mais il y eut, à cet égard , historiques éparpillées dans le recueil désor
quelque changement notable, qu'une donné des écrits de Synésios. Notre con
lacune dans le seul exemplaire qui fiance n'a cependant point été aveugle, et
nous soit parvenu de la Notice des nous avons osé, sur quelques points, avoir
Dignités, et l'insuffisance ou l'équivo. une opinion différente de la sienne.
AFRIQUE ANCIENNE. 133
nides de Sparté, Synésios avait vu le sures qui lui paraissaient au contraire
jour à Cyrène vers le milieu du qua d’urgente nécessité. Ce fut d'abord à
trième siècle de notre ère, et se trou,” ïropos de l'abandon qui était fait de
vait l'alné de trois enfants: Evoptim a garde militaire et de l'administra
était le nom de son frère, Stratoniùe'Jtion de la cité à des mercenaires ,
celui de sa sœur. Il fut élevé dans sa’ abandon que Synésios combattait ,
ville natale, où il étudia les belles-let mais qu'il ne put empêcher. Puis ce
tres, mais surtout les mathématiques fut au sujet d'une mission que le noble
et la philosophie, et il alla perfection Cyrénéen alla remplir. au nom de son
ner son instruction à l'école d’Alexan pays, auprès de l'empereur Arcadius,
drie, où il suivit les leçons de la cé en l'année 397; mission que Julius
lèbre Hypatbie fille de Théon, aussi ambitionnait sans doute, et pour la
savante qu‘aimable, aussi chaste ue quelle il ne pardonna peut-être point à
belle, pour laquelle il conserva toîte son rival de lui avoir été préféré.
sa vie une vive et respectueuse affec MISSION DE SvNEsIos AUPRÈS
tion, soumettant à sa critique et à son n'Ancxmus- Synésios était chargé
goût exquis les œuvres sorties de sa d'offrirà l'empereur une couronne d'or,
plume, acceptant ses décisions comme et de demander une remise d'imposi
des oracles. Un riche patrimoine lui tions.Le discours d'apparat qu'il pro
permettait de suivre son inclination nonça à son audience d'introduction
pour la culture de la philosophie : il nous est parvenu; il y indi ue seulement
s’éloigna des affaires et embrassa une en quelques mots l'objet e sa venue au
vie douce et tranquille, conforme à ses nom de la grecque Cyrène, anti ne et
mœurs. L'étude fit ses délices, la vénérable cité que les oëtes cé ébré
chasse et l'agriculture son amuse rent jadis par es mil iers de vers,
ment.’ Fuyant la barbarie de son maintenant auvre et humiliée, ruines
temps , il se transportait dans les siè vastes et d sertes qui ont besoin de
cles les plus polis de la Grèce : c'était la munificence souveraine ur être
là qu’il vivait; il semblait en être un en mesure de soutenir la ignité de
reste précieux; il en prit le goût et le leur vieille origine. Puis il entreprend
langage; écrivain pur, élégant, ingé de faire entendre au jeune empereur
nieux. mais un peu trop chargé de quels sont les devoirs du monarque à
métaphores, il ne put. même dans les l'égard du ‘pays; il fronde cette pompe
fonctions austères du sacerdoce dont il extérieure dont la splendeur affecte de
fut revêtu dans la maturité de l'âge, se s'accroître à mesure que le mérite dé
défaire de ce tour de pensées et d'ex croît et s'anéantit. Quoiqu'il vit alors
pressions qui lui était devenu familier tant de barbares promus aux remières
pendant sa jeunesse, etdans le langage dignités de l’Etat, il s'élève ibrement
chrétien il conserva, pour ainsi parler, contre cette coutume de prodiguer les
l'accent du paganisme. honneurs aux ennemis naturels de
Sa position sociale, les charges mu l'empire; il conseille d'éloigner ces
nicipales auxquelles il ne chercha point étrangers, qui ne sont nés, dit-il, que
à se soustraire, lus tard l'épiscopat pour être esclaves des Romains. Il
dont il fut honor , lui assurèrent dans trace d'un pinceau ferme et hardi les
sa patrie une influence qu’il fit servir défauts du gouvernement, l'affaiblis
à rendre de nombreux services. mais s'ement des troupes romaines, l'ascen
ni lui suscitèrent aussi des rivaux et dant que prennent les barbares dans
es ennemis qui contrariaient ses des les armées, les maux que leur inso
seins ou se vengeaient de sa supério lence va infailliblement produire, la
rité par des invectives et des calom préférence que des hommes sans mé
nies. Parmi les hommes qui s’élevè rite et même vicieux obtiennent à la
rent contre lui dans les luttes du sé cour sur des officiers vertueux et dé
nat, il nous désigne un certain Julius, voués à la patrie. ll exhorte l'empereur
qu'il trouva toujours opposé aux me à se choisir des amis sincères et éclai
134
rés, à se faire aimer des troupes, à ne local, tout le monde s’accordant à dire
nommer pour gouverneurs et pour que l'unique moyen de rétablir les
magistrats que des hommes désinté« affaires était de faire rentrer les cités
ressés et qui aiment les peuples, parce sous l’ancienne administration prési
que ceux-là seuls aiment le prince, et diale, c’est-à-dire sous l’autorité du
à veiller par lui-même sur la conduite préfetd’Égypte (*); mais des motifs sor
de ceux qu’il emploie. Puisse-je, dit-il dides poussèrent encore Julius à s’y
en terminant, trouver un empereur opposer, peu soucieux qu’il était des
tel que je viens de le dépeindre, quand malheurs publics dont lui-même ne
je reviendrai l’entretenir des demandes serait pas atteint, et se félicitant d'un
que lui adressent les cités de ma succès présent, bien que la ruine fu
patrie. ture de la patrie y fût attachée.
Il suivit opiniâtrément pendant trois FANFABONNADB ET LACHETÉ DE
ans l’ob'et de sa mission, couchant JEAN, BIVAL m; SYNÉSIOS. —— Un
quelque ois sous le portique du alais, autre puissant du jour était un Phry
ans un grand tapis égyptien ont il gien nommé Jean, un de ces hom
paya plus tard les bons offices de l’un mes que l’on voit fanfarons pendant la
des tach graphes de la cour; il se con paix, lâches à la guerre, toujours mé
cilia les onnes grâces d’un autre er (*) Ilüw hpaipov {m‘ep mû Rada-eau 191v
sonuage en lui faisant cadeau ’un mp' ñpIv o'rpœrnyiav, änsp ä'rtawreç épopé
globe céleste d’argent; mais le pro vœ; et 1118: ävflpumot povov sivati quai. korri
tecteur qui lui fut le plus utile, c’est le ptov 163v ôewûxv, è-rravelfleîv sic àpxaiav ‘hya
sophiste Troîle, qui jouissait d’une povlow ‘tôt; 'rrôlctç, routéo'nv (m6 ‘tàv A’tyu
,grande considération et d'un crédit mtwv äpxov'ra ml. ‘ràç Atëûwv te‘râxfiat.
réel. Synésios atteignit le but de ses (SYIËSIOS, épître 94.)
efforts, et revint à C rène satisfait du Ce passage nous semble constater, contre
succès qu’avaient en n obtenu ses dé l’opinion de Tillemont, qu'il n’y avait pas à
marches. la fois dans la Pentapole, à cette époque,
ÉTAT on LA Cvmâmmus AU m; un gouverneur civil ou præses, Mswbv, et
roun DE SYNÉSIOS. — Mais il y un commandant militaire ou duc,duz, ôoùE,
mou-n76; Cependant le titre, un peu sus
trouva la guerre au dehors de la part pect il est vrai, de la Catastase de Syné
des barbares Mazikes et Ausuriens, sios porte que l’iu’vasion des barbares qui
habitants du désert sur la limite com en fait le sujet, a eu lieu ñyepovsûovroç
mune de la Libye et de I’Afri ue (*), I‘ewdôioo, xai ôouxàc ôv'roç 'Iwoxev‘rîou.
dont les incursions désolaient a Pen Cela supposerait dès lors le retour désiré
tapole et s’étendaient même jusqu’à par Synésios et; àpxaiav 'ñyepovîav; mais
l’Egypte; et au dedans l’opposition est-ce d'alors seulement? Tillemout regarde
de Julius, constant à repousser les Andronicus comme un gouverneur civil, et
mesures qu'il proposait comme re Anysios comme un duc militaire, et il ne
mède aux maux du pays; quand, pour peut y avoir de doute pour ce dernier;
redonner de la vigueur aux milices, quant à Androuicus, Synésios se sert géné
Synésios voulait en écarter les étran ralement à son égard des mots ñyepàw, ‘hys
gers, dont les habitudes mercantiles poviat, àpyfijç, qui appartiennent à la magis
ont l’inconvénient de réagir sur les trature civile; mais il semble le désigner
gens même les plus braves, J ulius s’y aussi, dans sa lettre 72, par la qualification
de :trale’ge.
opposa dans un intérêt purement per Il y a dans tout cela une question d’or
sonnel. S nésios réclama ensuite l’a ganisation provinciale assez difficile à dé
bolition u commandement militaire brouiller. Synésios parle de stratèges; le
(') Cette distinction entre la Libye et titre de sa Calastase accuse un duc et un
l’Afrique se trouve expressément observée præses; sous Léon et Zénon nous ne trou
ici par le grec Philostorge : Mätweç xa‘t vons que des ducs; Hiéroclès ne désigne
Aùäwpmvol tre-rail: 6è A1661“ ml. ‘Açpä‘w m'rrot que des præses, à la place desquels Justi
veitôvtat , xot'tà pèv 1o éwûwàv otù‘tüv xkipa nieu vient. constituer “un duc. Que de va
'rùv Atôi'mv èinpñjuooav (X1, 8). riations en moins d’un siècle et demil
AFRIQUE ANCIENNE. 135
prisables. Au forum, il soutenait sa l'art rendaient un asile inexpuguabie.
cause à coups de oîng, insultait de Tels étaient les hommes avec les
ses cou 5 de pie les gens les plus quels avait à lutter Synésios : il y re
tranquil es; le péril vint rabaisser son nonça de dégoût, et s’embarquant à
arrogance. Le ‘bruit courait depuis Phyconte, puis touchant à Erythron ,
quelques jours qu'une incursion des et débarquant le cinquième jour à l’ile
barbares se préparait; un détachement du Phare, il vint habiter Alexandrie,
de cavaliers désignés sous le nom de où il se maria C’) et vit naître son Pre
Balagrites , sans doute arce qu’ils mier enfant
avaient leur quartier à Ba acris, sorti GouvnnNnMsN-r on Cinémas. -—
rent avec leur chef our aller faire une Après deux ans d’absence, il rentra
reconnaissance, et es citoyens s’avan dans sa patrle, gouvernée alors par le
cèrent dans la campagne pour attendre stratège Céréalis, homme sans mérite,
l ennemi; mais ne voyant rien venir, ils peu soucieux de renommée ni même
rentrèrent chez eux, pour se présentei de considération in‘nabileà la guerreI
de nouveau le surlendemain. On ne put tracassier pendant la paix, a ni il
alors découvrir Jean nulle part; on avait suffi d’un court interval e de
faisait circuler le bruit qu il s’était tranquillité pour tout bouleverser dans
cassé la ‘iambe, ou qu’il lui était ar le pays. Afin de s’a oroprier l'argent
rivé que que autre grave accident, des soldats, il les is ensait du ser
mais on ne savait où il était; et ses vice, leur laissant la aculté de s’aller
amis de déplorer l’absence d’un homme établir la où ils croiraient pouvoir
si résolu, dont le bras serait d'un si trouver à subsister; telle était du moins
grand secours. Le danger passé, il sa conduite avec les troupes indigènes;
revient comme d’un long voyage, fait quant aux autres, dont il ne pouvait
le brave, s'érige en commandant des extorquer l’argent, il les employait à
milices, prétend les instruire et les ranconner les villes, en s'y portant
exercer, et s’avance avec elles pour comme pour tenir garnison, et accep
faire face à un ennem’ qu’il croyait tant l'or qu'elles s’empressaient d’of
fort éloigné; mais voilà u’il arrive au frir pour se racheter de cet onéreux sél
camp quelques pâtres ef rayés, suivis jour. De chez les Libyens à demi civiii
bientôt d’une troupe de pauvres cava sés du voisinage, la nouveile de cet état
liers que la faim plus que toute autre de cnoses se propagea chez les bar
cause semblait amener, et qui s’arré hares plus éloignés, et bientôt Cyrène
tèrent à lavue des Cyrénéens, descen se trouva assiégée par les Mazilses,
dirent de cheval et se tinrent en ob qui pillèrent et ravagèrent tout le plat
servation, paraissant disposés ‘à se dé pays;le lâche Céréalis, au lieu d'af
fendre plutôt qu’à attaquer; et il n’y fronter le danger qu’il avait provoqué
-eut;en effetaucun engagement, la re lui-même, se bêta de quitter la terre
traiteæ'étant opérée de part et d'autre pour se réfugier dans un bâtiment et
avec rudence. Mais dès l’apparition se tenir en mer à quelque distance du
de l’ennemi, Jean avait tourné bride, rivage, avec des navires chargés de
et pressant les flancs de son cheval, son or et de rovisions. Synésios à la
fouettant, criant, employant toutes ses tête de que ques soldats balagrites
ressources à accélérer sa course, il auxquels Céréalis avait ôté leurs ‘che
avait du moins, dans la fuite la plus vaux, mais qui n’en étaient pas moins
honteuse qu fut jamais, montré un d'excellents archers, faisait pendant la
admirable talent d'équitation fran nuit des rondes autour de la place,
chissant les montées les descentes, pour veiller à la tranquillité des habi
les haies, les fossés sans se laisser tants, et assurer l'approvisionnement
désarçonner, jusqu'à ce qu’il fût par d'eau dont laville ne pouvait se pas
venu tout d’une traite au site de Bom
béa, que l’aspérite des rochers, la pro (") A la fin de 403 ou au commencement
fondeur des vallées, et les travaux de de 404.
136
ser. On manquait d'armes et de ma lat; il alla jusqu'à faire emprisonner
chines: Synésios faisait fabriquer des un avocat qui ui refusait son minis
lances et des flèches, construire des tère pour cette injuste accusation;
balistes à lancer de grosses pierres du mais ses efforts furent inutiles, et la
haut des tours. réputation de Gennadius ne put être
, L'occupation du pays par les bar ternie.
bares se prolongea, avec des succès Andronicus , néanmoins , suivant
balancés, pendant plusieurs années, sans honte son penchant à la rapine,
sans que le zèle de Synésios se ralen enlevait les deniers publics et faisait
tît. Dans l'intervalle , sa femme lui mourir de faim dans les cachots les
donna deux autres enfants, que, dans officiers chargés de les .recueillir. Le
les moments de danger, il confiait aux pays avait déjà beaucoup souffert des
soins de son frère, tout en répétant tremblements de terre, des sauterelles,
pour lui-même ce mot des magistrats de la famine, et du ravage des barba
de Lacédémone à Léonidas : « Que res; Andronicus fut un cinquième
c'est en combattant comme si l'on de fléau. Il inventait des supplices inou‘is;
vait être tué, qu'on échappe‘ le plus il avait des instruments de torture
sûrement à la mort. » Les prêtres particuliers pour disloquer les doigts
d'Axilis, près de Darnis, pendant que des pieds, pour écraser le nez, pour
les soldats se cachaient dans les mon arracher les oreilles et les lèvres; et
tagnes, réunissant, à l'issue des saints il avait our conseillers, Zénas qui
offices, une troupe de paysans déter avait eu 'habileté de faire pa er l'im—
minés, marchèrent droit à l'ennemi, pôt annuel deux fois dans a même
qui s'était engagé sans précaution dans année, Julins qui lui imposait d'auto
la vallée profonde et boisée de Myrsi rité ses propres voloutes comme un
nis; le diacre Faustus, qui marchait maître à son esclave, mais surtout
en avant, frappe d'une pierre à la tempe Thoas qui de geôlier était devenu re
le premier de ces pillards qu'il ren ceveur de certaines redevances mili
contre, lui enlève ses armes, et donne taires. Ce Thoas fit un V0 age à Cons
l'exemple d'une attaque meurtrière, tantinople, et voulant per re deux hon
qui fut couronnée du succès le plus nêtes citoyens de Cyrène nommés
complet. Maximin et Clinias, il rapporta à son
GOUVERNEMENT n'ANnEoNIcUs retour, comme un secret fort impor
sUccessEUn DE GENNADIUS. —- Quel tant, que le patrice Anthémius, préfet
que temps après, nous voyons le gou du prétoire et premier ministre de
vernement de la Cyréuaique exercé l'empereur Théo ose le Jeune, étant
par le syrien Gennadius, homme juste malade, avait été averti en songe qu'il
et habile, qui, sans employer d'au ne guérirait pas qu'on ne fit mourir
tres ‘moyens que la persuasion, sut Clinias et Maximin: aussitôt Andro
faire venir au trésor public plus d'ar nicus, affectant un zèle ardent pour la
gent que les gouverneurs qui eut santé du tout-puissant ministre, fit
ployaient les rigueurs de la contrainte. arrêter ces deux citoyens; mais ce qui
Il fut remplacé par Andronicus, fils montra bien qu'il y avait en lui moins"a.
d'un pêcheur de Bérénice, qui obtint d'illusion que de méchanceté, c'est
sa nomination en achetant les bonnes qu'il ne les mit pas à mort sur-le
grâces des eunuques de la cour, et champ; ils furent cruellement maltrai
porta dans sa nouvelle dignité la bas tés à plusieurs reprises : c'était son
sesse d'esprit et la grossièreté qu’il passe-temps; il revenait à eux lors
devait à sa naissance. Comme la con qu'il n'avait personne à tourmenter.
duite de son prédécesseur devait for SYNÉSIOS, DEVENU ÉVÊQUE, Ex
mer un fâcheux contraste avec celle coMMUNIE ANDBONICUS. — Syné
u'il se proposait de tenir, il tâcha sios avait, dans l'intervalle, vu ajou
'abord de le noircir, et voulut le faire ter à l'autorité que lui donnaient sa
condamner comme coupable de pécu naissance et sa position sociale, celle
AFRIQUE ANCIENNE. 137
que confère le sacerdoce. Devenu chré c sienne, jamais nous ne mangerons à
tien. il avait été élu, en 410, évêque n la même table, bien loin de vouloir
de Ptolémaîs: il voulut résister, peu « communier dans les saints mystères
disposé qu'il était à uitter une femme « avec ceux qui auraient aucun rap
qu il chérissait et es idées philoso « port avec Andronicus et Thoas. »
phiques auxquelles il n'était pas moins Cet acte de vigueur étonna Andro
attaché; mais on insista, et il fut sa nicus et lui donna à réfléchir; il de
cré à Alexandrie des mains du pa manda la suspension de la sentence,
triarche Théophile , qui avait lui promettant de s'amender, et Synésios,
même, sept ans auparavant, béni son sur les instances du clergé de la pro
mariage. En prenant possession de son vince, consentit, uoiqu’il n'espérât
siège, il perdit un de ses enfants, et se rien de ce délai, à iffe'rer la publica
laissa aller à la plus grande douleur, tion de la sentence. Andronicus. ui
d'où il fut tiré par le besoin d'arrêter avait promis tout ce u'on avait vou n,
les persécutions d'Andronicus. Celui-ci montra bientôt que c étaient de vaines
connaissait le crédit de Synésios, il y promesses; il continua de piller, de
avait eu recours pendant le séjour du proscrire, de faire périr les citoyens.
prélat à Alexandrie, pour éviter d'y On déplora surtout la mort de Ma
être mandé lui-même. Mais il ne tint gnus, jeune homme de grande espé
aucun
s'aigrit compte
de sesderéprimandes,
ses remontrances,
voulutv rance, distingué par sa naissance et
ses services, dont le frère avait été
même ôter aux églises le droit d'asile, banni; on n'avait d'autre crime à lui
et s'emporta enfin en blasphèmes à ce reprocher que d'être le frère d'un
pro os. Synésios alors formula contre homme qu'Andronicus baissait : on
Amironicusil‘hoas, et leurs adhérents, lui demanda de l'argent, et on le battit
la terrible sentence d’excommunica jusqu'à ce qu’il payât; et quand il eut
tion. ' payé, on le battit encore jusqu'à ce
« L'Eglise de Ptolémais a toutes 'il expirât, parce qu’il avait trouvé
1 celles de la terre. Qu'aucun temple e quoi payer en vendant des terres
et de Dieu ne soit ouvert à Androni à d'autres qu'au stratège lui-même.
« cus ni aux siens, à Thoas ni aux Synésios alors lança l'excommunica
« siens; que tous les lieux sacrés et tion, et l'envoya à tous les évêques de
a leur enceinte leur soient fermés; la chrétienté, avec une lettre qui en
« car il n'est pour le démon aucune expliquait les motifs, et une seconde
« lace en paradis, et s'il s'y glisse ui faisait connaître les nouveaux mé
( furtivement on doit l’en chasser. aits d'Andronicus.
en J ‘ordonne, soit aux particuliers, soit ANnaoNIcus Esr REMPLACE; ARBI
« aux magistrats, de n'avoir avec eux VÉE n’ANvs1os.—Le vigoureux prélat
« ni le même toit ni la même table; je ne se borna point à user de ces armes
« le recommande surtout aux prêtres, spirituelles; il avait déjà écrità Constan
« qui ne leur parleront point de leur tinople pour dévoiler a quelques person
« vivant, et ne leur feront point de fu nages puissants la conduite du gouver
( nérailles après leur mort. Que si neur imposé à la Pentapole pour son
« quelqu'un, dédaignant une ville peu malheur; il s'adresse alors à Troïle,
« considérable. recevait ceux que son en le priant de mettre la vérité sous les
« Église a condamnés, comme s'il était yeux d’Antliémius; et enfin Andronicus
« permis de ne lui point obéir à cause fut révoqué. On avait déjà désigné, pour
a de son peu d'importance, qu'il sache le commandement militaire du pays (*),
« que c'est diviser l'Église que Jésus Anysios, jeune et brave, mais en même
« Christ a déclarée indivisible; et quel temps sage, vigilant, juste, pieux , in
« n'il soit, diacre, prêtre ou évêque, tègre, désintéressé, qui s'empressa de
« sera pour nous dans le même cas faire rentrer dans l'ordre tous les su
« qu’Andronicus lui-même , et ja
« mais notre main ne touchera la (') Avant Pâques de l'année 411.
138
balternes; d'arrêter leurs pillages et campagnes de la Cyrénaî a, ruinèront
leurs exactions. Andronicus fut pour le pays, ou le cours de a justice fut
suivi. et n'échappe aux rigueurs de la interrompu; S ne’sios lui - même se
justice que par 'mtercession de Syné trouva assiégé ans sa ville épiscopale,
sios , qui, pour le sauver , ne craignit avec le seul fils qui lui restai; alors, et
pas de froisser plusieurs de ses amis, qu'il devait bientôt voir mourir aussi
que le désir de se venger animait con tout jeune encore. L'éloquent év‘ ne
tre le gouverneur destitué. nous a laissé, dans un morceau quel on
Depuis sept ans, les courses sans a intitulé Catastase ou Constatation,
cesse renouvelées des barbares mena le tableau de l'état dé lorable où se
çaient la Pentapole d'une ruine com trouvait alors réduite a Pentapole:
plète; Anysios l on préserva une année - Elle était naguère en la possession
encore ar sa bravoure. Une horde un des Romains, s'écrie-t- il; mais
d'Ausunens s'étant avancée dans la a ils peuvent la rayer maintenant de
province, Anysios se mit à la tête des s la liste de leurs provinces; c'en est
troupes, composées de Marcomans et a fait d'elle , elle est perdue. — Il eût
de Thraces, avec quarante cavaliers « suffi, pour la conserver, d'opposer
hunnignrdes, qu'il attacha plus spécia « aux barbares quatre centuries et un
lement à sa personne, et ni suivaient « stratège; mais on a laissé les Ausu
tous ses mouvements; i attaqua en « riens s'enhardir par le succès; et
diverses rencontres les Ausuriens, et a leurs femmes même, l'épée au poing,
par la valeur de ses quarante Hunni et leur nourrisson à la mamelle, vieu
gardes, il les culbute et les battit si « nent partager,a_vec leurs maris,l’hon
rudement, que de mille cavaliers qu'ils c pour et le butin. --O honte! ces fiers
étaient , il en échappa à peine un cin « Romains, dont les trophées cou
quième. Synésios composa un éloge ' q vraient le monde, ne peuvent garder
spécial du stratége victorieux et de ses « les villes grecques de la Libye, ni
Hunnigardes, proclamant ceux-ci de a même peut-être Alexandrie d'Egypte!
véritables soldats romains quand ils et ,— Rien n'a arrêté les barbares, ni
étaient commandés par un tel chef, a les montagnes, ni les forts; ils en
et demandant hautement qu'il fût ac . lèvent les femmes et les enfants; les en
cordé à la province un corps de deux a fants qu'ils élèveront pour la guerre,
cents hommes de cette arme, persuadé a: et qu'i s ramèneront adultes dévaster
qu'avec eux Anysios ourrait non-seu « le sol ni les vit naître. -- Qui vou
lement chasser définitivement les Au - drait numérer les châteaux qu'ils
suriens du ays, mais encore aller les « ont démolis, les dépouilles qu'ils ont
battre sur eur propre territoire. ni emportées, les troupeaux qu'ils ont
É'rn parcouru: un LA Cumin“. - emmenés? ils ont chargé cin mille
QUE APRÈS La RAPPEL n’Am'sios. - chameaux de leur butin, et fait trois
—— Ce vœu ne devait pas être rempli, « fois plus de prisonniers qu'ils n'é
et Au sios, que l'on vit éleve peu - taieut eux-mêmes. La Pentapole est
d'eau es après à la dignité de comte - perdue sans retour ("). — Je n'ai plus
des largesses impériales’ , fut appelé à a de_ patrie; il ne me reste qu'à atten
une autre destination; sa place fut uedre un navire qui veuille me trans
donnée à un nouveau chef que l'âge et «1 rter pauvre et humble dans une
les infirmités rendaient impotent, et « le éloignée , à Cythère peut-être.
dont la bonne volonté ne pouvait sup - O Cyrènel quitterai-je donc ces ar
pléer les forces; une indication sus «chives publiques où ma généalogie
{sectû lui attribue le nom d'Innocent « est inscrite depuis Hercule , et ces
et la qualité de duc, en même temps - tombeaux doriens où le mien devait
qu'elle nomme Geunade comme gou
verneur civil. Les Ausuriens profitè (*) Téovnxev' dura'aôn r6: Kawa-61540:.
rent de sa faiblesse pour renouveler 19,04 ëxei' ôtaxexsipw'mi' ànôhokev“ 06%
leurs déprédations, ils envahirent les L1" éa-ti ‘transmit, oüô' ñuîv, od'rs Bamhî.
AFRIQUE ANCIENNE. 139
« être, et cette infortunée Ptolémaîs toire , relativement à certaines condi
« dont j'aurai été le dernier pasteur! tions d'admission dans les bureaux
« Non , non , "irai au saint temple de des grands fonctionnaires de l'Etat;
« Dieu, c’est la ma place; je m'entou et dans la nomenclature de ceuxvci
« rerai des vases sacrés , j’embrasserai qui y est insérée, on voit figurer à la
a les balustres de la sainte table, et fois les ducs de la Libye et de la Pen
«je m’assoirai là vivant pour y at tapole; ce qui constate l'existence , en
« tendre le moment où j'y reposerai 474, de deux officiers de ce rang pour
« mort. » les deux provinces libyennes, au lieu
Telles étaient les circonstances au d'un seul marqué dans la Notice des
milieu desquelles le gouvernement de Dignités; mais ne faut-il point faire
la Pentapole fut confié à Marcellin; il remonter beaucoup plus haut la créa
trouvait les villes assiégées au dehors tion du titre de duc de la Pentapole?
par une multitude de barbares furieux, Il semble que les écrits de Synésios
en proie au dedans a la licence des nous désignent précisément cet officier
soldats et à la rapacité de leurs offi sous l'appellation de stratège, bien
ciers; il ap arut comme un Dieu sau qu'il ne lui attribue nulle part le com
veur, mit 'ennemi en déroute dans mandement exclusif de la Cyrénaïque.
une seule bataille, appliqua une sur Sous Anastase , la Pentapole fut en
veillance soutenue à retenir les mili core afflige’e par le double fléau des
taires dans le devoir, et délivrant barbares et des mauvais gouverneurs.
ainsi les citoyens des deux fléaux qui Les Mazikes renouvelèrent en 491
les opprimaient, il leur rendit la paix, leurs incursions et leurs ravages dans
et se montra intègre, désintéressé, cette province, abandonnée en quel
bienveillant, pieux, juste, humain, que sorte à la famille du premier mi
tel enfin qu’un philosophe chrétien, nistre pour s'y enrichir: ce premier
ainsi que se désigne lui-mémé Syné ministre était le syrien Marinus,
sios, pouvait se complaire à faire de homme grossier, brutal, outrageux en
lui, après qu’il eut quitté sa charge paroles, impitoyable à l’égard des mal
et sa province, un éloge complet quoi heureux , avide de richesses pour lui
que exempt de flatterie; et c'est en et pour les siens. Il préposa d'abord
ces termes que l'évêque de Ptolémaïs à la Libye son neveu Marinus, jeune
rendait témoignage de la bonne admi écervelé, à qui les confiscations in
nistration de ce gouverneur. Synésios justes, le sang même des innocents,
occupa encore plusieurs années son ne coûtaient rien pour arriver le plus
siège épiscopal, et continua sans doute tôt possible à son _but de faire for
de prendre aux affaires de sa patrie tune. Après lui, ce fut le tour de Bas
une part active et influente; mais sianus, pro re fils du ministre, dont
l'histoire ne nous en a rien conservé. les excès et es violences sur-passèrent
encore celles de son prédécesseur , au
Siæiême période, depuis Marcien jus point de le faire regretter. Les richesses
qu'à Héraclius : Epoque de déca amassées par ces deux gouverneurs
dence et de transition. furent un appât pour toute leur pa
renté et leurs amis, qui allaient, comme
ADMINISTRATION DE LA CYBÉNAI un essaim , s'abattre sur cette pro
QUE sous ZÉNON ET SOUS ANASTASE. vince pour avoir leur part du pillage.
— Plus de soixante années s'écoulent RESTAURATION DE LA LIBYE sous
sans que nous trouvions aucune trace JUs'rINIsN.—Sous J ustinien, la Libye,
des événements politiques de la Pen qu’il avait trouvée entièrement envahie
tapole; sous Zénon , et pendant le par les barbares, fut restaurée, et reçut
court espace de temps ou il régna une organisation nouvelle.L’ancienne
conjointement avec le jeune Léon son organisation, telle qu'elle existait pen
fils, une loi fut adressée, par eux en dant les premières années de son règne,
commun, à Érythrius , pré et du pré est constatée par le Synecdème de
140
Hiéroclès, ou l'on voit figurer la pro blic. Il entoura de fortifications deux
vince présidiale de la Libye supérieure, monastères situés aux confins de la
avec les villes de Sozousa, Cyrène, Pto' Pentapole, afin de repousser les bar
lémaîs, Teukhira, Adriane et Bérénice; bares, et d’empêcher que, par des in
et la province également présidiale de cursions inattendues, IIS ne fissent ir
la Libye inférieure, avec les villes de ruption à l‘improviste sur le territoire
Pare’tonion, Zogra, Zagoulis. Pidonia, romain. Dans la même contrée est la
Antiphrai, Darnis et Ammoniaca. Pro ville de Ptolémaïs, 'adis florissante et
bablement ces deux provinces étaient populeuse, délaiss e à la longue, à
soumises, au moins nominalement, au cause du manque d’eau, par la plupart
préfet d’Égypte. Par un édit spécial , de ses habitants, qui avaient émi ré
Justinien separa entièrement l’admi dès longtemps pour ce motif, et s é
nistration de la Libye de celle de l’É taient dispersés, au gré de chacun, sur
Ÿypte , laissant cette dernière sous différents points; Justinien ayant fait
‘autorité civile et militaire du préfet réparer les aqueducs et les canaux de
augustal, et constituant dans une la place, lui rendit ainsi son ancien
complète indépendance, sous l'auto air d’o ulence.
rité civile et militaired’un seul duc, une La ernière ville de la Penta ole
rande province de Libye, comprenant est Borion , où la réunion des cha nes
a la fois la Cyréuaique et la Marma de montagnes et la difficulté des che
rique, plus la Maréotide et la ville de mins ferment le passage aux ennemis;
Ménélas qui est contre l’Egypte; ces elle n’avait pas de murailles; l’empe
deux annexes étaient enlevées à la cir reur l’entoura de solides fortifications
conscription du préfet augustal, pour qui en tissent unlieu sûr. A quatre
être désormais comprises dans la Li jpurnées de route de Borion pour un
bye. Le duc était chargé de toutes les on marcheur, sont deux villes, toutes
branches de l’administration , et de la deux portant le nom d’Augila, an
levée des impôts de toute nature, sur ciennes vtontes deux, tournées au sud,
lesquels il devait prendre la solde de dont les habitants conservaient les
ses troupes. mœurs et les usages antiques, tous
L’empereur n’épargna rien, au sur étant encore nomades au temps de
plus. pour relever les villes de l’état Procope , et adonnés au culte de plu
d'abandon et de décadence où elles sieurs dieux; autrefois il y avait là
étaient tombées; et nous devons à des temples à Ammon et à Alexandra
Procope le recensement des travaux de Macédoine, où les indigènes avaient
qu’il y fit exécuter. Taposinis, qui est continué, jusqu'au règne de Justinien,
à une journée d’Alexandrie, fut dotée, à sacrifier des victimes. Ce prince, plus
entre autres édifices, d'un palais et de jaloux encore du salut de leurs âmes
bains publics; comme cette partie de que de leursûreté temporelle , pour
la Libye est fort déserte et a besoin vut avec beaucoup de soin à leur con
d’étre défendue contre les incurñons version à la vraie foi, en établissant
des Maures du voisina e, Justinien parmi eux plusieurs familles chré
‘eut la précaution d’y aire prudem tiennes: ils abandonnèrent les bon
ment établir deux citadelles où il mit teuses pratiques de leur patrie, et il
arnison: l’une à Parétonion; l'autre leur construisit un temple consacré au
a Antipyrgos, qui n’est pas loin de la vrai Dieu, Quant à la ville de Borion ,
Pentapole. Celle.ci est, pour un bon voisine des Maures barbares , elle de
marcheur, à dix journées de route meura exempte de tributs; et jamais
d’Alexandrie: l’empereur y fit entou depuis qu’elle existe , ajoute le narra
rer la ville de Teuchira d’une forte teur, il n’y est entré aucun officier de
muraille, et réparer l’enceinte de Bé finances ni percepteur d'impôts. Il y
rénice depuis les fondements, sans avait jadis , au voisinage , une colonie
parler des bains qu'il fit construire en de Juifs possesseurs d un ancien tem«
ce dernier endroit pour l’usage du pu ple fort vénéré parmi eux; Justinien
AFRIQUE ANCIENNE: 141
les ayant convertis au christianisme , néens se font remarquer dans l'histoire
transforma ce temple en église. Au des premiers temps de l'établissement
delà sont les Syrtes. du c ristianisme:qui ne connaît Simon
La LIBYE ENLEvEE A L'EMrinE le Cyrénéen, qui aida Jésus-Christ à’
sous HÉBACLIUS. — Ces précautions orter sa croix, et qui fut père d'A
assurèrent sans doute à l'empire la con exandre et de Rufus, comptés au
servation de la Libye; du moins voyons nombre des premiers fidèles i’ qui ne
nous, à l'époque où l'exarque d'Afrique sait que les Cyrénéens vinrent à An
Héraclius, et le patrice Grégoire son tioche au temps du baptême du cen
frère et son lieutenant, résolurent, à la turion Cornélius? qui n'a vu le nom
sollicitation de Crispus gendre de Pho de Lucius de C rène parmi les pré
cas, d'envoyer leurs fils Héraclius et dicateurs entre esquels Paul et Bar
Nicétas pour détrôner cet empereur nabé furent désignés pour l'aposto
débauche (*) , du moins voyons-nous , lat? Nos livres sacrés nous fournis
dis-je, Nicétas choisir, pour se rendre sent eux-mémes ces premières indica
de Carthage à Constantinople, la route tions; et l'on doit croire que si des
de terre à travers l'Afrique, la Libye, Cyrénéens allaient ainsi professer au
l'Égypte et l'Orient, pendant que son loin le christianisme, il s'en trouvait
cousin Héraclius allait, avec la flotte , sans doute aussi, dans leur patrie, qui
tenter de surprendre la ville impériale, avaient embrassé la foi du Christ; et
ainsi qu’il l'exécuta heureusement. ce fut probablement parmi les Juifs de
Héraclius fut le dernier empereur la Pentapole quela nouvelle loi trouva
qui posséda' la Libye; les Arabes lui de nombreux adhérents.
avaient enlevé dé'à la Syrie et ,la Mé On croit que l'évangéliste saint Marc
sopotamie; ils étaient entrés en E'gypte; lui —même , le disciple et le secrétaire
quand il mourut("*), Amrou ben el-'As de saint Pierre, était un de ces Juifs
assiégeait Alexandrie , ui fut prise cyrénéens; aussi, lorsque, après avoir
dans la même année; et ientôt après écrit à Rome son évangile sous la dio
son lieutenant Oqbah ben Nafé' enva tée du prince des apôtres, il fut en
hissait l'antique contrée des Ba rkéens , voyé en Orient pour propager la parole
lui imposait tribut, et poursuivait sa divine, il était naturel qu'il vlnt.dé
course victorieuse vers l Occident. C'é barquer à Cyrène, comme le témoi
tait pour la Libye le commencement gnent les historiens ecclésiastiques,‘
d'une vie politique nouvelle, et son dont quelques-uns le font arriver dans
nom même disparaissait à tout jamais la Pentapole dès l'année 40 de Jésus
sous celm de pays de Barqah; l'his Christ, et lui attribuent un séjour pro
toire‘de l'ancienne Libye se termine longé dans cette province avant qu'il
donc naturellement à cette époque; et vint commencer sa prédication à
il ne nous reste plus qu'à jeter un Alexandrie; quelle qu'ait été la durée
cou d'œil rétrospectif sur les annales effective de ce séjour, il est unanime
de l Église chrétienne que les apôtres ment reconnu qu'il en résulta de nom
y avaient établie, et qui fut alors en breuses conversions, tant parmi les
gloutie par le flot musulman. juifs que parmi les gentils. De Cyrène
il passa dans les autres parties de la
VII. FASTES DE L'EGLISE cuné Libye, telles que la Marmariqué et la
TIENNE EN LIBYE. région Ammonienne,champs vastes et
vierges, où la moisson fut abondante.
Établissement et progrès du christia Enfin , en la septième année du règne
nisme dans la province de Cyrène. de Néron, l'an 61 de l'ère chrétienne,
PREMIÈRE PBÉDICATION DE L'E il quitta la Cyrénaique our se rendre
VANGILE EN LIBYE.—DeS noms cyré à Alexandrie, où il fou a diverses pa
roisses , et exerça pendant deux ou
f') En l'année ôro. trois ans les fonctions du patriarcat;
(") Ire u mars 64:. puis, s'étant donné un successeur dans
142
le gouvernement de l’église d’Alexan duit a Tapoliris, où il fut, malgré
drie (la seconde alors de toute la chré lui, délivré de leurs mains par quel
tienté), il revint dans la Libye visiter ques fidèles qui l’obligèrent à fuir
les fidèles u’il y avait convertis, en ans le désert de Marmarique, jusqu'à
augmenter e nombre par ses prédica trois journées de Parétonion. La mort
tions, et établir parmi eux des mi de Décius rendit un moment la aix
nistres du nouveau culte. On prétend à l'Église; et le patriarche rentra ans
qu’il y institua même des évêques; et sa métropole. Mais la persécution re
les martyrologes désignent Lucius le commen avec une nouvelle force
Cyrénéen , le même qui avait concouru sous Valerien, en 257 ; et saint Denis,
à la consécration de saint Paul et de mandé par le préfet augustai , fut exilé
saint Barnabé, comme a ant été alors en Libye, dans un village obscur ap
le premier évêque de yrène. Saint pelé Képbron; quoique malade , le
Marc retourna ensuite à Alexandrie, pieux évêque eut à partir sur-le-champ
pour y trouver la mort dans une pour cette destination, dont le nom
émeute populaire le 25 avril 68. même lui était à peine connu; mais
Panneau; ORGANISATION DE L’E sa présence y attira de nombreux fidè
cLrsn cvnnnsenne. -— Depuis cette les, tant d’Alexandrie que du reste de
première institution d’évéques ( si l’Egypte; et les habitants du lieu. qui
elle est réelle) dans la province, alors étaient idolâtres et persécutaient d’a
unique, de Cyrène, celle-ci fut désor bord saint Denis et‘ ses disciples, ne
mais soumise à l’obédience d’Alexan tardèrent pas .à subir l’influence de sa
drie; et il est remarquable que la prédication. Le préfet alors le trans
hiérarchie était réglée de telle ma féra à Collouthion dans la Maréotide,
niere, que l'ordination des évêques plus près d’Alexandrie il est vrai, mais
n’y pouvait être faite que par le pa séparé de ses compagnons d’exil, à
marche, soit directement, soit par dé chacun desquels fut assignée une rési
légation de ses pouvoirs à un de ses dence distincte.
.sutfr ants. ainsi que nous en ver HÉBÊSIE on SABELLIUS. — C’est
rons p us loin des exemples. pendant cet exil que saint Denis écri
Cependant, suivantles annales arabes vit, tant au pape romain Sixte Il,
du patriarche Eutychius , qui ne sont n'a Ammonius’ évêque .de Bérénice
point contredites en cela par les mo ans la Pentapole,et à d’autres, au
numents historiques plus anciens, les sujet de l‘hérésie de Sabellius de Pto
évêques d’Alexandrie , depuis saint lémaîs , qui commençait alors à se
Marc jusqu’à son onzième successeur répandre; renouvelant l’erreur de
Démétrius (*), se bornèrent à admi Praxéas, que lui avait transmise Noë
nistrer les églises de leur obédience tus de Smyrne, dont il fut le disciple,
par de simples prêtres; et eux-mêmes Sabellius enseignait qu'il n’y a en
étalentzélus et ordonnés par leur pro Dieu qu’une seule personne, appelée
pre’chapitre. Il est certain que, sauf de trois noms différents suivant le
,a mention de Lucius de Cyrène avec point de vue sous lequel on la consi
le titre d’évéque, dans certains marty: dère. « Il s’est élevé a Ptolémais dans
rologes, on ne découvre aucune autre « La Pentapole, » mandait saint Denis
trace d’évêque, dans la Cyrénaîque, à Sixte II, a une doctrine véritable
avant le milieu du troisième siècle. - ment impie, contenant plusieurs blas_
SAINT DENIS n’ALsxANnnIE EXI « phèmes contre Dieu le Père, tendant
Lé 131v LIBYE. — (le fut alors (en « a ne point regarder son fils unique
250) qu’eut lieu la persécution de «comme la première de toutes les
Décius. et la retraite en Libye du pa - créatures, le Verbe incarné, et à ne
triarche saint Denis d’Alexandrie , «point reconnaître le saint Esprit.
pris d’abord par des soldats, et con e J’en ai reçu premièrement des écrits
c de part et d’autre; et ensuite des
(“) Élu en 1,89, Inox-ton a3r. a frères sont venus m’en parler; sur
AFRIQUE ANCIENNE. 143
a quoi i’ai écrit quelques lettres trai ger, d’autres mangeaient plus tôt,
a tant a question sous le rapport du et quelques-uns dès e s( du samedi.
« dogme , et je vous en envoie les co Le saint patriarche blâme l’intempé
« pies. n En effet, quel ues évêques rance de ceux qui se hatent trop, loue
avaient adopté les idées e Sabellrus , le coura e de ceux qui tiennent bon
et leur opinion avait tellement pré jusqu’à a uatrième veille, et ne
valu, que l’on ne précbait presque trouve d’aileurs rien à redire à ce
plus le mystère de l’incarnation de qu’on cède au besoin du sommeil,
Jésus-Christ; saint Denis, en pasteur tandis que les plus fervents passaient
diligent, les avait exhorte’s à quitter la nuit entière sans dormir. «Vous
leur erreur; mais ils n’en avaient rien « nous avez fait ces‘ questions, mon
fait, et s’étaient imprudemment enga « cher fils, n disait-il en terminant,
gés plus avant dans leur impiété; et « non par ignorance, mais pour nous
c’est pour ce motif que le saint pa 41 faire honneur et entretenir la con
triarche avait adressé a Ammonius de «corde; et moi, j'ai déclaré ma pen
Bérénice et à Euphranor une lettre « sée, non pour faire le docteur, mais
spéciale, où il rappelait les témoigna « pour user de la simplicité avec la
ges évangéliques en ce qui touche l'hu a quelle nous devons parler ensemble. n
manité de Jésus-Christ, afin de mon Cette lettre à Basilides a toujours été
trer que ce n’est pas le Père, mais le regardée, par les églises d’Orient,
Fils qui s’est fait homme pour nous, comme une épître eanoni ue faisant
et les amener ensuite à la connaissance règle en matière de discip ine. Deux
de la divinité du Fils. Mais, ainsi qu’il écrivains ecclésiastiques du douzième
arrive souvent dans les discussions, en siècle. Zonare et le canoniste Tbéodore
voulantïombattre l‘unité de personne Balzamon. ont recueilli quelques frag
préchée par Sabellius, saint Denis, ments de Basilides luivmême.
dans sa lettre à Euphranor et Ammo PREMIERS ÉVÊQUES DE LA CvnÉ
nius, avait un peu forcé l’expression NAIQUE. — Letitre d’évêque de la Pen
des arguments propres à établir la tapole, que portait Basilides, ne doit
distinction du Père et du Fils; si bien point nous induire à enser qu’il n’yeüt
que des fidèles scrupuleux crurent alors qu’un seul év que pour toute la
trouver dans cet écrit des assertions Pentapole, puisque nous avons déjà
contraires à la consubstantialité des rencontré aussi le nom d’Ammonius
deux personnes divines, et signa évêque de Bérénice; peut-être le pre
lèrent au pape l’erreur prétendue du mier s'intitulait-il ainsi, arce que le
patriarche; ce fut. pour celui-ci, l’oc siège de Ptolémais, qu’iî occupait.
casion d’adresser à saint Denis, évê ne était le principal de la Pentapole, et
de Rome et successeur de Sixte 1, lui donnait, en uelque sorte, la qua
une nouvelle lettre, accompagnée d'un lité de métropo itain. Il y a lieu de
traité apologétique où ‘il se justifiait croire que , même sans remonter plus
pleinement de la fausse interprétation haut que le patriarche Démétrius, plu
donnée à ses paroles. sieurs évêchés furent simultanément
Érl'rnn CANONIQUB A BASILIDES établis dans la Cyrénaïque, bien que
ne PTOLÉMAIS. —— Une autre lettre nous n’ayons trouvé jusqu'ici d’indices
de saint Denis d’Alexandrie nous formels que pour Bér nice et Pto
fait connaître le nom de Basilides , lémaîs.
évê ne de Ptolémaîs , ou comme on Les martyrologes nous désignent
disait alors, évêque de la Pentapole, ensuite , à la date du 4 juillet, Théo
qui l’avait consulté sur plusieurs dore, évêque de Cyrène, comme a ant
points de discipline, notamment sur péri dans les tortures au temps e la
l’heure à laquelle on pouvait rom persécution de Dioclétien , en l’année
pre le jeûne le jour de Pâques; les 302; et sous la date du 26 mars, un
uns attendaient le chant du coq après autre Théodore, évêque de Ptolémais,
avoir passé tout le samedi sans man qui fut martyrisé avec le diacre Irénée
144
et les lecteurs Sérapion et Ammonius, lui, en telle sorte qu’il y avait distinc
peut-être à la même époque, peut-être tion, non-seulement de personne, mais
seulement sous le règne de Licinius, aussi de substance. Cet enseignement,
vers 319, comme on pourrait le con bien que renfermé dans son é lise, fit
clure des annales d’Eutychius, où se des prosélytes et entraîna p usieurs
trouve indiqué, sous ce prince, le mar des prêtres les plus distingués d’A
tyre de Théodore chevalier, et du mé lexandrie; mais d’autres résistèrent,
tropolitain de Bar/6è, sans désigna la controverse naquit, et le patriarche
tion plus précise de celui-ci; il nous assembla dans sa métropole, en 320,
suffit de rappeler, quant à ce dernier, un synode, où fut anathématiséerl’hé
que Ptolémaîs était alors la métro ole résie nouvelle, et son auteur excom
e la province, et qu’elle portait ans munié avec neuf diacres qui parta
l’origlne le nom de Barkè. geaient son erreur. La lettre synodale
adressée au patriarche d’Antioche et
Le Libyen Arius et son hérésie. à quelques autres évêques, pour les
instruire de cette décision, portait que
NAISSANCE x'r rnocnîzs DE 12113’ nombre d’évéques de l’Egypte, de la
nés"; n’Anrus.-Bientôt éclata l’hé Thébaîde, de la Libye, de la Penta
résied’Arius.C’était, suivant le portrait pole et de diverses autres provinces y
que nous a laissé de lui saint Épiphanes, avaient adhéré par leurs lettres.
un Libyen déjà âgé, à la taille élevée, au Mais l’hérésie, loin d'en être abat
maintien austère, au costume simple, tue, se propageait au contraire au de
au visage mélancolique et grave, a la dans et au dehors. Secundus, évêque
voix ‘douce et persuasive. Fait diacre de la Pentapole , c’est-à-dire de Ptolé
sous le patriarcat de saint Pierre mais, et Théonas, évêque de Marma
successeur de saint Denis, il avait en rique, c’est-à-dire peut-être de Darnis,
discussion avec son évêque en prenant l‘adoptèrent avec éclat;'_et le patriar
le parti de Mélétius de Panopolis con che assembla en 321 un nouveau sy
tre les rigueurs qui avaient déterminé node des évêques d’Egypte et de Li
le schisme de celui-ci. Saint Achillas, bye , au nombre de près de cent
successeur de saint Pierre, n’en avait disent les historiens , pour anathéma
as moins élevé Arius à la prêtrise, tiser de nouveau Arius et ses adhé
ui donnant même la direction de l’é rents, et avec ceux-ci les évêques Se
glise de Boukolion, l’une des paroisses cundus et Théonas. Des rétres et des
d’Alexandrie. Arius, s’il en faut croire diacres d’Alexandrie et e la Maréo
ses ennemis, prétendait à l'épiscopat, tide demandèrent à être compris dans
et ne put pardonner à saint Alexandre la même sentence , et Arius, se reti
de lui être préféré pour succéder à rant en Palestine, se vit à la tête d’un
saint Achillas' (en 313); d’autres, au parti nombreux, où tenait le premier
contraire, assurent qu’Alexandre ne rang Eusèbe de Nicomédie.
fut nommé que par l’influence d’A Rascnn: m: CoNs'rsN'rIN POUR LA
rius. PACIFICATION DE L’EGLIsE. —— Les
Alexandre, en réchant à son clergé choses en vinrent à ce point, que l’em
et aux autres fideles le mystère de la pereur lui-même sentit le besoin d’in
Trinité, parut à l’esprit prévenu d’A tervenir : il écrivit à Alexandre et à
rius se laisser entraîner au sabellia Arius une lettre commune, dans la
nisme; et le prêtre ardent , comme quelle, au milieu de développements
autrefois saint Denis d‘Alexandrie, étendus, il leur disait en substance :
prêchant à son tour contre cette er o J’ai résolu , avec l’aide de la Pro
reur, tomba dans l’excès contraire , et « vidence divine, de me constituer .vo
enseigna que, loin de n’admettre en « tre arbitre et votre médiateur, et de
Dieu qu’une seule personne, il fallait « vous rappeler à des sentiments plus
bien reconnaître que le Père étant le « sages et plus modérés. Je dirai donc
créateur du Fils, avait dû exister avant « avant tout que toi, Alexandre, tu
AFRIQUE ANCIENNE. “5
« as été la cause première de tout le « mon empire,aussi tranquilles et aussi
a mal, par ton imprudence à pro oser si heureux qu'autrefois, et que je puisse
« à tes prêtres des questions su tiles « rendre à Dieu, pour la bonne har
« et vaines sur divers passages du texte « monie, la rospérité et la liberté de
a de notre loi; et que toi, Arius, tu a tous, le tri ut de grâces et de louan
et as indiscrètement manifesté une opi « ges qui lui est si légitimement dû. -
« nion que tu ne devais point avoir, Osius, évêque de Cordoue, en ni
en ou que du moins tu devais cacher l'empereur avait toute confiance, ut
a avec grand soin: c'est de ces fautes chargé de remettre ces lettres et d'en
e qu'est née entre vous deux la dis suivre l'effet; il se rendit à Alexan
« corde qui trouble votre Église. Mais drie et y convoqua (en 324 ), de con.
a tout pouvait être réparé; au lien de cert avec le patriarche, un synode, où
a cela, vous avez refusé de vous con se réunirent,
cents dit-on,
évêques, tant lus deque
de l'Épgypte deux
de
« certer, de vous entendre; vous avez
a rompu toute communion religieuse la Libye; et il tenta tous es efforts
n entre vous; et le peuple des‘ fidèles, imagïnables pour amener une récon
« à votre exemple, s est séparé en deux ciliatian; mais ses tentatives furent
a partis, et a détruit l'unité de l'Eglise vaines, et il vint rendre compte à
« par un schisme déplorable. — Mais, Constantin de l'inutilité de sa mis
«1 puisque le mal est fait, ardonnez sion. Alors, sur le conseil des évêques
« vous mutuellement, tant adeniande les plus influents, l'empereur résolut
c in'considérée dé l'un que la réponse de convoquer un concile écuménique,
a imprudente de l'autre. Il ne s'agit c'est-à-dire de réunir en une seule as
en pas entre vous ‘de quelque point semblée tous les prélats de l'écumène
« principal de la loi nouvelle, ou d'un ou de la terre habitée, remier exem
« dogme qu'on veuille inventer pour ple d'une réunion gén rale de toute
« l'ajouter à la somme des articles de ‘Église chrétienne.
a notre foi; vous professez tous deux CoNciLE GENEEAL DE NrcEE, QUI
on une seule et même opinion sur le CONDAMNE Autos-Des lettres im
n culte de la divinité; à tous deux donc périales furent en ‘conséquence en
a il doit être facile de vivre dans la voyées dans toutes lès provinces; Ni
c même communion religieuse.— L'u cée fut désignée pour le lieu du
a nit'ormité en tout est impossible; rendez-vous, et les relais de l'empire
a elle n'existe ni dans les volontés, ni furent mis à la disposition des évêques
a dans les caractères des hommes: il et des prêtres convoqués. S'il en fal
«doit suffire que vous soyez parfaite lait croire les Annales d’Eutychius,
- ment d'accord sur la foi que vous cette convocation aurait amené à Nicée
n avez en Dieu et dans lagProvidence deux mille quarante huit évêques, tous
a divine; et si désormais uelque non divisés d'opinions et de croyances; mais
a velle question venait à s élever entre probablement les simples prêtres et les
c vous sur des choses d'un moindre autres clercs sont compris dans ce chif
a intérêt, ensevelissez-la soigneuse fre, et l'on doit penser que le nombre
e ment au fond de votre cœur, et ne des évêques était seulement de trois
a: vous attachez qu'à conserver la cha cent dix-huit. suivant le compte admis
« rité mutuelleçla vérité de la croyan par la‘tradition la plus répandue.
« ce, et l'obseryation des préceptes de Après quelques conférences particu
« Dieu et de la loi. Cro ez-m'en: ai lières, le concile s'ouvrit le 19 juin 325,
« mez-vous de nouveau es uns les au sous la(présidence de l'empereur en r
c tres; faites que tout le peuple, sans sonne, ans une des salles de son pa ais.
a exception, puisse, comme de cou Arius et ses partisans furent ‘entendus,
: tume, donner et recevoir-le baiser et malgré leur opposition la consubstan
a de paix. —- Faites, ‘a vous en c'on tialité du Fils avec le Père fut recon
. jure, que je puisse ientôt vous re nue et proclamée, et l'on adopta com
s voir, ainsi que tous les peuples de me sacramentel le mot destiné à Îexpri
10' Livraison. (ArarQUE ANCIENNE.) 10
146
mer ce dogme. La majorité futénorme, Avant de se séparer, les Pères du
et les évêques ariens qui rejetèrent le concile écrivirent une épître sf'nodale,
,ymbole de foi rédigé par elle se rédui adressée principalement à l’ég ise d’A
saient à dix-sept, parmi lesquels étaient lexandrie et à tous les fidèles de l’É
Secundus de la Pentapole, Théonas de gypte, de la Libye et de la Pentapole,
la Marmarique, Secundus de Theuchi comme plus directement intéressés
ra, Dathès de Bérénice, Sentianus de dans la question, et en général a tou
Borion, Zé hyrios de Barkè. La dis tes les é lises de la terre, afin de leur
cussion et es considérations diverses notifier es décisions de l'assemblée,
réduisirent bientôt le nombre de dix l’excommunication et l’exil d’Arius, de
sept à cinq seulement, savoir: Secun Secundus et deThéonas. Saint Alexan
dus de la Pentapole , Théonas de la dre, patriarche d’Alexandrie , et le
Marmarique, Eusèbe de Nicomédie, grand saint Athanase qui était alors
Théognis de Nicée, et Maris de Cal son archidiacre, furent chargés de
cédoine; mais ces trois derniers ne ré promulguer cette épître dans leur dio
sistèrent pas à des menaces de déposi cèse. .
tion et d'exil, et en définitive Secun RÉHABILITATION En leur D'A
dus et Théonas restèrent seuls entre nrUs.-—Maiscetacte solemnel, qui sem
tous les évêques , fermes dans la cause blait devoir anéantir l’arianisme, fut
d’Arius. Titus de Parétonion et Sé loin de le déraciner : Eusèbe de Nicomé
rapion d’Antiphra s’étaient rangés, die et Théognis de Nicée retirèrent leur
dès le principe, de l’avis de la majorité. signature, et se laissèrent déposer‘ et
L'assemblée arrêta vingt canons re exiler pour la cause d’Arius; plus
latifs à la discipline , dont le sixième, tard , à la prière de Constantia sœur
concernant principalement l’ordina de l’empereur. les deux évê ues et
tion des évêques, rappelait les ancien Arius lui-même furent rappe és; et
nes coutumes établies dansxl’Égypte, bientôt la rigidité de saint Athanasc,
la Libye et la Pentapole, ou l'évêque devenu patriarche d’Alexandrie vpar
d’Alexandrie avait l’autorité exclusive, surprise, au dire-de Philostorge, aigrit
de telle sorte ue, nulévêque ne pou contre lui Constantin, au point que la
vaut. en généra , être institué dans une sentence portée au concile de Nicée ne
province qu'avec le consentementdu lui‘ parut pl'us incontestablement juste
métropolitain, il fallait en outre ici le et qu’un nouveau concile futcouvoqué
‘consentement de l’évêque supérieur, à Tyr en 335,dix ans précisément après
patriarche, ou pape, auquel étaient celui deNicée. Ony vit des évêques
subordonnées en commun les diverses d’Égypte, de Libye, de tout l'orient,
provinces que nous venons de dési de Macédoine etdePannonie; ils étaient
suer (*). nombreux, .et la plupart ariens; ils
n'avaient pas terminé eurs o érations
(') a Antique consuetudo'servetur ins quand une lettre impériale es invita
. Ægypto, Libyâ et Pentapoli,_ul Alexan à se transporter à Jérusalem pour y
- drinus episcopus horum omnium habeat assister à la dédicace de;l’église du
- polestatem. n Saint-Sépulcre, qui eut lieu le 13 sep
L'édition arabe des canons du même tembre. Arias et tous les siens furent
concile nous a conservé, sous le nombre 89, reçus à la communion de l’Église,
le renseignement suivant , curieux pour l’his saint Athanase condamné et déposé,
toire de l'ancienne hiérarchie des églises et bientôt après exilé à Trèves par
d’Orient: Constantin, et Pistus ordonné à sa
u‘considerel Patriarche quæ Archiepis place évêque d’Alexandrie, par Secun
.copi et Episcopi ejus in provinciis suis dus de Ptolémais. Une lettre synodale
.faciunt, et si 'quid reperiat secùs quàm
- oporteat, factum mutet, et disponat ut u curam habet fratrum suorum, et ci debent
-sibi videbitur, siquidem ipse est pater « ob'edientiam quià præest, est tamen Pa
romnium; et quamvis sit Archiepiscopus « triarcha loco patris, sub cujus dominatu
u in Episcopos tanqumn frater major qui a ne potestate sunt filii ejus, n
AFRIQUE ANCIENNE. 147
fut adressée à l’Église d’Alexandrie, prononcée, et le désaccord se prolon
aux évêques d’Égypte, de la Libye et géant de concile en concile, l'empereur
de la Pentapole , et généralement à Constans proposa à son frère d'assem
tous les évêques, prêtres et dlacres du bler un concile général des évêques
monde chrétien. Arius survécut peu à tant d’Orient que d’Occident. pour
sa réhabilitation , et Constantm le trancher enlin la difficulté d'un com
Grand mourut lui-même peu de temps mun consentement. La réunion eut
apres. lieu en 347 à Sardique en Illyrie. aux
confins des deux empires; mais les con
Résistance de saint Athanase contre ditions que chacune des parties voulait
l’arianisme. imposer à ses adversaires rendirent
tout accord impossible , les Orientaux
SUCCESSION DE coNcILEs CONTRA refusant de siéger avec Athanase et
DICTOIRES QUI coNsoMMEN'r LE d’autres évêques quÎils avaient excom
scHIsME.—Constantius, à qui fut dé muniés et emandant que la procé
volu l’Orient, penchait pour l’arianis dure faite à leur égard fût au moins
me; mais Constantin lejeune, qui avait recommencée, les Occidentaux préten
les Gaules, se crut en droit de renvoyer dant maintenir leur détermination sans
saint Athanase à son gatriarchat, soit nouvel examen. Les choses en étant à
qu’il obéîten celaà des ispositionsréel ce point, les Orientaux quittèrent Sar
lement favorables, comme on l’admet dique et se rendirent à Philippopolis,
généralement, soit peut-être qu’il ju laissant les Occidentaux excommunier
geàt prudent d’éloigner cet homme al à leur gré le patriarche Grégoire et
tier et turbulent. Les ariens réclame dix autres évêques d’Orient; mais ils
rent hautement contre cette violation déclarèrent à leur tour maintenir leur
de la sentence portée par le concile de propre sentence contre Athanase et
Tyr; mais saint Athanase répondit à Asantus, évêques si empressés d’aller
leurs plaintes en assemblant à Alexan à l’étranger et loin du théâtre de leurs
drie, en l’année 340, un,synode d’en méfaits, obtenir l’absolution des con.
viron cent évê nes de l’Eg pte, de la damnations prononcées contre eux en
Thébaîde, de a Libye et e la Penta connaissance de cause; et ils excom
pole, qui écrivirent en commun une munièrent de leur côté le pape Jules
épître synodale à tous les évêques ca et quatre autres évêques d’Occident.
tholiques du monde chrétien, pour ré Parmi les soixante-treize signatures
futer les accusations dont le patriar que porte l'épître synodale écrite à ce
che consubstantialiste était l’objet, et sujet, nous devons relever spéciale
repousser comme nulle l’ordination m_ent ici celle de Pison, évêque de Dar
du patriarche arien que Secundus de ms.
la Pentapole et Théonas de Libye lui LES EMPEEEUas PRENNENT PART
avaient substitué. Il s’ensuivitun nou A LA QUEIIELLE; NOUVEAU RÉTABLIS
vel examen de la question dans un con SEMENT E'r NOUVELLE ExPULsIoN
cile convoqué à Antioche en 341 : saint DE SAINT A'IHANASE. — Les églises
Athanase y fut reconnu dûment déposé d’Orient et d'Occident se trouvèrent
par le concile de Tyr, et on lui nomma ainsi divisées plus que jamais; et cha
pour successeur Grégoire, qui reçut la cun des empereurs épousa la cause de
confirmation de l'empereur. Là-des ses évêques. Constantius exila dans la
sus, réclamation de saint Athanase, Libye supérieure ou Pentapole Arius,
surtout auprès du pape Jules 1", qui évêque de Pétra en Palestine, et Asse
convoque 31 Rome, en 342, un nouveau rius,évêque de Pétra en Arabie, qui s’é
concile, où saint Athanase fut déclaré taient séparés de leurs collègues à Sar.
flêque légitime et‘ Grégoire sans qua dique pour se réunir aux Occidentaux.
I e. Constans de son côté écrivit à son frère
Les églises d’Orient et celles d’Oc pourlui demanderle rétablissementde
cident se trouvant ainsi en dissidence saint Atlianase, avec menaces d'y pour
148
voir lui-même s’il le fallait. Grégoire Tnrourus MOMENTANÉ m; L'A
étant mort sur ces entret‘aites, au com BIANISME. —— Le récit, sans doute
mencement de l'année 349. Constan très-partial , de saint Athanase lui
tius jugea opportun de céder aux exi même, accuse cet officier général d’une
gences de Constans; il rappela saint rigueur cruelle : u il écrivit aux com
Athanase, et adressa au préfet d’E mandants et aux chefs militaires des
gypte, ainsi u’aux gouverneurs des provinces, pour requérir leur con
provinces de ‘Augustammque, de la cours; on vo ait des évêques prison
Théba‘ide et de la Libye, un rescrit à niers, des pr tres et des moines char
ce sujet. Arrivé à Jérusalem, le pa gés de chaînes ‘après avoir été bat
triarche y fut accueilli par un synode tus jusqu'à la mort. Toutle pays était
deseize évêques, qui écrivirent a ceux en trouble; les peuples murmuraient
d'Egypte et de Libye , et aux prêtres, d'une ordonnance si injuste et de la
diacres et fidèles d’Alexandrie .pour dureté de l’exécution; car, quoique
les féliciter du retour de leur pasteur. l'ordre impérial portât seulement de
De là saint Athanase se rendit à les chasser de leurs siéges, on les en
Alexandrie, où il fut reçu, dit-il lui voyait à deux ou trois provinces de là,
méme, avec une joie incroyable non dans des solitudes affreuses, ceux de
seulement du peuple, mais des évêques Libye dans la grande oasis de Thèbes,
d'Égypte et des deux Libyes, qui accou ceux de Thébaïde dans la Libye ammo
raient de tous côtés, joyeux de se voir nienne.0n traitait de cette manière des
délivrés de la tyrannie des hérétiques. vieillards, des infirmes : quelques-uns
Cependant la roideur de saint Atha« moururent au lieu d'exil , d'autres en
nase envers les ariens , les menaces chemin. La persécution frappa ainsi
qu’il avait inspirées à Constans vis-à près de quatrewingt-dix évéques,c’est
vis de son frère , son accession vraie a-dire à peu près autant qu'il yen avait
ou'supposée au parti de Ma nence, et dans toute l‘Égy te et la Libye; seize
d'autres griefs secondaires, ui eurent furent bannis, p us de trente chassés,
bientôt fait perdre les bonnes grâces les uns et les‘ autres remplacés aussi
de Constantius. désormais seul empe tôt par de jeunes débauchés qui achec
reur. Un concile, assemblé à Arles en taieut à prix d'or leur épiscopat; que].
353, le condamna de nouveau , et un ques-uns dissimulèrent par contrainte,
concile tenu à Antioche en 354 lui et se soumirent a la réordination du pas
donna pour successeur George, que triarche George. — Il y avait a Barkè
les Alexandrins refusèrent de recevoir; un prêtre appelé Secundus ui refusait
un troisième concile convoqué à Mi de reconnaître l'autorité e l‘évê ue
lan en 355 ratifia encore la condam Secundus de Ptolémaïs, l’un des p us
nation d’Athanase, qui n’en persista fougueux ariens : celui-ci, aidé du prêtre
pas moins à rester dans sa ville épis Etienne, qui depuis fut son successeur.
copale, jusqu'à ce qu’on eût recours maltraita tellement à coups de pied le
contre lui à la force, en faisant venir prêtre réfractaire , que le malheureux
de Libye les troupes aux ordres du duc en mourut : ceci se passait au carême
Syrianus. Saint Athanase écrivit alors de l'an 356. » — Saint Athanase se
aux évêques d’Égypte et de Libye une déroba aux violences dont il était me
lettre de protestation où il cite entre nacé, en s’enfuyant au désert.
autres Secundus de la Pentapole com ‘Les évêques d'orient s’e'tant assem
me un des promoteurs de la persécu .blés en concile a Séleucie au mois de
tion. Celle-ci , au surplus , s’etendit septembre 359, on y vit assister Hé
hors d’Alexandrie, par toute l’Egypte liodore, évêque de Sozysa, Etienne,
et la Libye: il y eut un ordre de Cons successeur de Secundus au siège de
tantius pour chasser des glises les évé Ptolémai‘s, Pollux ou Polydeuces, évê
ques consubstantialistes, afin de les que de Marmarique, c‘est-à-dire sui
livrer aux ariens; et le duc Sebastia< veut nous de Darnis, et Siras, évêque
nus fut chargé de l'exécution. de Parétonion; pendant le même temps
‘ AFRIQUE ANCIENNE. 149

les évêques d'Occident, réunis à Iti vien, qui prononça le rappel de tous
mini, acceptaient une profession de les bannis et la restitution des églises
foi arienne envoyée par l’empereur; aux catholiques. Saint Athanase écri
puis les uns et les autres furent man vit au nouvel empereur au nom de
dés tous ensemble à Constantinople tous les évêques d'Egypte, de Thé
au commencement de l’année 360 , baide et de Libye, pour lui demander
pour y signer en commun la‘ formule de proclamer l’observation exclusive
de Rimini , qui fut d’ailleurs envoyée du symbole de Nicée; les ariens vou
par tout l’empire, afin (le recevoir l'a lurent réclamer de leur côté, mais ils
dhésion de tous les évêques sans ex ne furent pas écoutés.Valens n’accorda
ception; et il y eut en effet très-peu point la même protection aux consub
de réfractaires. stantialistes, et il voulut même, en
RÉACTION CATHOLIQUE. — Le pa 367, expulser de nouveau saint Atha
triarche George ayant été tué dans nase, qui se. tint caché pendant quatre
une émeute populaire en 362, saint mois; mais, à la demande de Valenti
Athanase, qui depuis sept ans était nien, il fit cesser la persécution et
resté caché au désert. pensa qu’il pour laissa le patriarche tranquille sur son
rait rentrer sans obstacle à Alexan siège.
drie; il y fut recu en triomphe par INDULGENCE ET RIGUEUR DE SAINT
les catholiques, et il y eut une réac ATHANASE; FIN DE LA LUTTE. ——
tion contre les ariens, auxquels ils Il y avait dans la Penta ole , aux
enlevèrent la possession des églises, confins de la Libye, deux bourgades
leur laissant la consolation de se réu contiguës, nommées Hydrax et Palé
nir dans des maisons particulières et bisca , comprises dans la circonscrip
d’élire Lucius pour succéder à George. tion de l’église d'Érythron, et trop
Divers évêques catholiques , revenant peu importantes pour avoir elles-mê
de leur exil, se réunirent à Alexan mes un évêque; cependant comme elles
drie sous la présidence de saint Atha étaient un peu éloignées du siège, et
nase, et formèrent un concile peu quel‘évêque Orion qui l’occupait alors
nombreux (vingt évêques en tout ), n’était pas assez ingambe pour les pro
qui se crut en droit de protester au téger tant au spirituel qu’au temporel,
nom de toute l’Eglise contre la for elles eurent le désir de se donner aussi
mule de Rimini et les conciles qui l’a un évêque, et elles jetèrent les yeux
vaient acceptée. Au nombre des assis sur Sidérios, jeune homme actif et
tants se trouvaient saint Eusèbe de vigoureux qui revenait de l’armée pour
Verceil revenant de la Thébaïde , As faire valoir des terres qui lui avaient
sérius de Pétra en Arabie revenant de été accordées. A leur prière, Philon
la Libye supérieure, puis encore Caïus. de Cyrène vint faire l'ordination du
évêque de Parétonion, Ménas, évêque nouvel évêque: ordination très-irré
d’Antiphra, et Marcus, évêque de Z - gulière sans doute, puisqu’elle eût dû
gris, tous les trois de la Libye in é être faite par le patriarche d’Alexan
rieure et qui probablement revenaient drie, ou de son consentement par trois
de la grande oasis. évêques au moins; cependant saint
L'empereur Julien ayant appris le Athanase ne crut pas le moment favo
retour de saint Athanase, s’écria ne rable pour se montrer rigoureux en
celui qui avait été chassé par les d ci vers des chrétiens fidèles; d’autant plus
sions de plusieurs empereurs aurait que Sidérios lui arut un homme de
dû au moins en attendre une nouvelle mérite et de réso ution , très-propre à
avant de revenir; et il envoya l’ordre lutter contre l’hérésie arienne, si bien
le lus formel au préfet d‘Égypte d’ex u’il le transféra même sur le siège
pu ser l’audacieux évêque : celui-ci e Ptolémaîs, où l’arianisme avait be
quitta la ville , mais pour y rentrer se soin d'être plus vigoureusement com
crètement presque aussitôt, et s’y te battu. Plus tard Sidérios devenu vieux
nir caché jusqu à l'avènement de Jo— revint terminer ses jours à Pale’bisca.
150
L’altier patriarche ne se montra Épiscopat de Synésios.
point aussi indulgent envers le ouver
neur de la Libye, u’il traite d‘ omme La mutation]; Tm’zornrLs roun
brutal , cruel et debauché, mais dont vol'r A Divans SIÈGES EN LinYE.-—
on_ peut soupçonner que le principal Dans un concile assemblé en 394 à
crime à ses yeux était de favoriser la Constantinople, à l’occasion de la dédi.
cause des ariens; saint Athanase l’ex cace d'une é lise, et qui eut à opter en
communia, et dénonça l’anathème à tre deux év ques qui se disputaient le
saint Basile, qui avait dans son dio siège de Bostra en Arabie, on vit figu
cèse la famille de cet officier; l’évêque rer, avec le patriarche Théophile d’A
de Césarée répondit qu’il avait notliié lexandric, Probatius, évêque de Béré
cette condamnation à tous les servi nice.
teurs, tous les amis, tous les hôtes du C’était alors l’usage que les métro.
gouverneur excommunié, et que nul politains promulgassent chaque année,
n’aurait plus commerce avec lui, ni après l’Épiphanie, des lettres paschales,
de feu , m d‘eau, ni de couvert. où ils faisaient connaître le jour où
Saint Athanase étant mort en 373 , devait commencer le carême, et les
les ariens reprirent le dessus dans son fêtes mobiles dépendantes de la Pâque.
diocèse, sous la protection déclarée de Saint Jérôme nous a conservé trois
l’empereur Valens; mais à l’avéne des lettres paschales émanées du pa
ment de Théodose, les églises furent triarche Théophile, our les années
rendues aux consubstantialistes; et 401, 402 et 404; à la n de la seconde
l’arien Lucius fut expulsé d’Alexan se trouve l’indication de quelques nou
drie. Bientôt le concile général de veaux évêques de Libye, dont il'an
Constantinople , de 881, vint complé nonce l'avènement afin de les accrédi
ter le symbole de Nicée, et le rendre ter auprès de leurs frères, pour qu’on
tel qu’il est aujourd’hui chanté dans leur écrivit et qu’on reçut leurs lettres
nos églises. Ce concile fut successive suivant la coutume de l’Église. «Il
ment présidé par divers prélats , l’un « faut que vous sachiez u’en rempla
desquels fut Timothée, patriarche d’A «cement des saints év ques qui se
lexandrie; parmi les canons qui fu « sont endormis dans le Seigneur, on
rent décrétés , le cinquième attri naît a a ordonné, à Lemniade, Naséas à la
à l’évêque de Constantinople le second « lace de Héron; à Érythron, Paul à
rang, immédiatement après l'évêque « a place de Sabhatius. »
de Rome; mais cette décision, qui C’est ce même Théophile qui, en
préjudiciait aux droits de l’évêque l’année 410, ordonna Synésios évêque
d’Alexandrie, fut repoussée par des de Ptolémais, malgré la répugnance
conciles postérieurs (“). expresse .et motivée du nouveau pré
lat, que l’amour de la famille et des
(') Le 5e canon du concile de Constan études philosophiques retenait dans la
tinople est ainsi conçu dans les sommes la vie séculière, mais qui fut obligé de
lines : sacrifier ses goûts aux instances de
« Constantinopolitanæ civitatis episcopum ses amis, et qui, après s’être préparé
- habere oportet primatûs honorem post à ses fonctions sacerdotales par une
« Romanum episcopu'm, propter quôd sit retraite de sept mois, vint en 411
- nova Roma. 1
Mais le 2-, canon du concile de Rome, prendre ossession de son siège, et
en 496, porte: exercer es pouvoirs métropolitains
w Est ergo prima Pelri apostoli sedes Roc qui y étaient attachés à l'égard des
- mana ecclesla, non habens maculam ne autres siéges dela Pentapole, en même
«que rugam, nec aliquid hujusmodi. Se temps que la confiance de Théophile
a cunda auiem sedes apud Alexandriam l’investlssait des pouvoirs spéciaux ex
u beati Pelri nomine a Marco ejus discipulo clusivement réservés au patriarche
- et evangelisla consecrata; ipseque a Petro d’Alexandrie. Synésios, de son côté,
- apostolo in Ægy‘plum directus. n professait pour Théophile la défé
AFRIQUE ANCIENNE. 151
rence et la soumission la plus entière. du même nom qui occupait actueiiê4
‘romanes me‘ svmâs'iost —— En ment le même siégé. Mais la opu
arrivant à Ptolémaîs, il y trouva ré lation de ces bourgades, qui epuis
fumé et rentré dans la vie privée le la translation de Sldérios à Ptolé
nôble cyrénéen Alexandre, qui s’était mais, du temps de saint Athanase,
engagé très-jeune dans les observan était rentrée sous l'obédience de l’évê«
ces monastiques, avait ensuite été élevé ue d’Erythron , et s'était attachée à
au diaconat, puis à la prêtrise, et s’é aul , que Théophile lui-même avait
tant rendu à Constantinople, y avait en 401 nommé à ce dernier siégé, re
fait la connaissance de saint Jean fusa d'en recevoir un autre, et de
Chrvsostome, qui l'avait promu à manda avec instance à Synésios de
l’épiscopat en ui assi uant la ville suspendre l'exécution de sa commis
de Basilinopolis en Bit iynie; quand sion jusqu’à ce que le patriarche eût
avaient éclaté les querelles de Chry entendu la réclamation qu’on lui adres—
sostome et de Théophile , où la dissi sait; et il ne fut point donné de suc
dence religieuse des origéniens et des cesseur à Sidérios.
anthropomorphitescouvraitdes haines L’évêque de Ptolémais avait à ré
personnelles, Alexandre était resté at gler en même tem s un différend sur
taché au parti de son bienfaiteur; mais venu entre Paul ’Erythron et Dios
maintenant Chrysostome était mort core de Darnis, au sujet d’un tertre
depuis quatre ans , il y en avait trois situé dans la bourgade d’Hydrax , sur
que la réconciliation avait été conve la limite des deux évêchés, et dont
nue, et Théophile avait luicmême écrit les deux prélats se disputaient la os
au patriarche Atticus de Constantino session, Dioscore revendiquant le ieu
ple, en faveur des anciens partisans comme ayant été de tout temps dépen‘
de Chrysostome. Synésios . encore dant de son église, Paul prétendant l’a
nouveau dans le sacerdoce, était fort voir acquis par la consécration qu'il y
embarrassé sur la conduite à tenir en avait faite d'une chapelle sur les ruines
vers Alexandre; il prit un terme d'une plus ancienne. Une enquête dé
mo en, dont il rendait compte à Théo montra que cette consécration avait été
phi e en ces termes: « Voyant des subreptice : Paul avait violé la clôture
«vieillards qui, dans la crainte de d'une etite maison dontDioscoreavait
« blesser quelque règle canonique, le les cle s, et y avait fait porter une table
a traitaient durement, et sans pouvoir qu’il avait bénie; Synésios, présidant le
- articuler rien de précis contre lui, synode des évêques du voisinage qui
« refusaient de le recevoir sous leur sétaient réunis à cette occasion, é
en toit, je n'ai voulu ni les reprendre, clara indigne le procédé d’employer
et ni les imiter. Savez-vous, mon véné les cérémonies de la religion pour
« rable père, ce que j'ai fait? Je ne l’ai usurper la propriété d'autrui; Paul
et point reîu à l'église, ni à la commu reconnut ses torts, et Dioscore con
« nion de a sainte table; mais je l'ai sentit à lui céder. à des conditions fa
« accueilli chez moi comme un homme vorables, l'immeuble objet du litige.
a sans reproche, lui faisant honneur Synésios présida à l'élection d'un
« suivant mon habitude à l'égard de nouveau pasteur pour l‘évêclié d’Ol
a mes concitoyens, sans crainte de dé biaI devenu vacant par la mort d’Atlia
« roger en cela à la dignité de mon mas, qui l'avait rem li jusqu'à un âge
a sIége. » très—avance'. Les suf rages se portèrent
SvNEsIos BBMPLIT nIvEasEs ms sur Antoine , compagnon d’etudes de
sIoNs runraacnuss. —- Sur l'or deux évêques présents à l’assemblée,
dre de Théophile, Synésios se rendit et qui avait même re u de l’un d'eux
à Hydrax et Palébisca, pour y insti l'ordre de prêtrise; l'évêque de Ptolé
tuer un évêque en remplacement de maïs se joignit à eux pour le nommer,
Sidérios, jadis établi en ce lieu par et sollicita en sa faveur l’homologation
Philon de Cyrène , oncle de l'évêque patriarchale.
152
Dirénmvcr ma Svm‘rsros mvvmrs PHILOSOPHE Évannn PAR Svmâsros.
LE ra'rnuncne pour; LES AFFAIRES —Un livre de la vie des Pères, qui pa
DE SON nous DIOCÈSE. ——- Syné rait avoir été composé à Rome ans le
sios avait soin en outre de rendre septième siècle, et qui porte le titre de
compte a Théophile des affaires de Pré spirituel, contient une légende re
son propre diocese. Le prêtre Jason lative à la conversion opérée par Sy
ayant attaqué de paroles le prêtre nésios,d'unyphilosophe païen nommé
Lamponianus, celui-ci s'échappa en Évagre, son ancien compagnon d'étu
voies de fait, et sur la plainte de des, qui résista longtemps opiniâtré
Jason fut exclu des assemblées ec ment a ses instructions et à ses ins
clésiastiques: il témoigna un grand tances, mais qui se rendit enfin et se
repentir, et sa grâce fut demandée laissa baptiser: il remit à Synésios
par le peuple des fidèles; mais l'évêque une somme d'or pour être distribuée
déclara que le pouvoir d'absondre le aux pauvres, en échange d'une pro
coupable était réservé au patriarche. messe écrite de l'évêque, que ‘Dieu lui
—Des ecclésiastiques s'intentaient mu tiendrait compte de cette charité dans
tuellement des procès scandaleux de l'autre vie. A sa mort, Evagre recom«
vant les gouverneurs militaires, à qui manda à ses enfants de l'enterrer avec
ils procuraient ainsi un lucre illégi cet écrit dans les mains, ce qui fut.
time; Synésios demandait à Théophile exécuté. Trois jours après, il apparut
d'ordonner qu'on ne suivît plus cette en songe à Synésios, l'invitant à ve
marche à l'avenir, mais qu'on s'adres nir reprendre dans son tombeau ce
sât, en pareil cas, à lajuridiction épis même écrit revêtu de sa quittance, at
copale. —— Des prêtres, quittant volon tendu que la promesse qu'il contenait
tairement leur église, venaient jouir, se trouvait remplie; on alla rechercher
sans charges ni soucis, des honneurs dans le sépulcre l'écrit de Synésios;
du sacerdoce là où la vie leur semblait et l'on y trouva, fraîchement tracée
lus agréable; Synésios proposa de ne de la main d'Évagre, la quittance an
es admettre quà la communion des noncée. L'auteur de ce récit en avait
la'i ues, et de les laisser confondus dans recueilli les éléments à Alexandrie, de
la oule des fidèles, afin que la priva la bouche de Léonce d'Apamée. qui
tion des honneurs ecclésiastiques les avait fait un long séjour à Cyrène,
portât à retourner chez eux, et à gar dont il fut depuis évêque, et où il avait
der la résidence que leur ordination vu de ses yeux la pièce même dont
leur avait imposée. nous venons de parler, soi neusement
Le pieux évêque craignit une nou conservée dans le trésor c la cathé
velle invasion de l'arianisme dans la drale.
Pentapole, au moyen des prédications Nous avons déjà rapporté ailleurs
et des assemblées secrètes de ces sec les démêlés de Synésios avec le gou
taires, favorisés par un officier appelé verneur Andronic, et l’excommunica
Quintianus, et protégés par l'autorité tion dont il le frappa. Le noble évêque
militaire; il écrivit à ce sujet aux prê occupait encore, en 417 , le siège de
tres de son diocèse, pour les inviter à Ptolémais; mais , à partir de cette
se tenir sur leurs gardes, à épier et à date, l'histoire ne nous fournit plus
démasquer ces suppôts du démon, et à son égard aucune trace.
à les chasser honteusement, recom
mandant surtout d'agir en vue des Lutte de l'Église d'zfleæandrie con
récompenses célestes, et non d'une tre le nestorianisme.
avidité sordide des richesses, anathé
matisant d'avance ceux qui se laisse Hém’ssrn bn Nns'ronrus. — L’a
raient entraîner, à prix d'argent, à nimosité qui avait autrefois divisé
fermer les yeux sur ces réunions cri Théophile et saint Jean Chrysostome
minelles. se reproduisit entre leurs succes
LÉGENDE DE LA coNvEnsioN DU seurs, saint Cyrille, patriarche d'A
AFRIQUE ANCIENNE. 158
lexandrie, et Nestorius, patriarche de de saint Célestin. a Il nous dit, -
Constantinople. En expliquant le dog ajouta Daniel, « de revenir le lende
me de l’incarnation divine, Nestorius main le trouver en particulier; mais
avait poussé trop loin la distinction quand nous y allâmes, il nous ferma
des deux natures de Jésus-Christ, à les portes et ne daigna as nous répon
ce point qu’il refusait à la Vierge le dre. n La destitution e Nestorius fut
titre sacramentel de mère de Dieu; ses prononcée séance tenante, le 22 juin
écrits s’étaient répandus jusque dans 431. Mais le comte Candidianus fit
les couvents d’Égypte , et saint Cyrille publier dès le lendemain un édit de
écrivit à son tour pour les réfuter, en rotestation contre tout ce qui s’était
en référant en même temps à Rome, ait, avec ordre d’attendre, pour ou
au pape saint Célestin, qui écrivit‘de vrir le concile, l'arrivée des évêques
son côté , et envoya ses lettres à saint du patriarchat, d’Antioche. Ceux-ci
Cyrille pour les faire parvenir à Nes étant entrés à Ephèse cînqjours après,
torius, a qui elles furent portées par se réunirent de leur côté avec Nesto
quatre évêques du diocèse d’Egypte, rius et les autres évêques qui avaient
entre autres Daniel de Darnis. Les déféré aux avertissements du comte
partisans de Nestorius, André de Sa Candidianus, et ils prononcèrent a leur
mosate et Théodoret de Cyros. répon tour la déposition de Cyrille d’Alexan
dirent aux mémoires de saint Cyrille; drie et de Memnon d‘Ephèse. Chaque
ce fut Evoptios. frère et successeur de parti prétendit être le véritable con
Synésios à l’évêché de Ptolémaïs, qui cile, et écrivit en conséquence à la
envoya plus tard de (Jonstantinople à cour de Constantinople; saint Cyrille
son métropolitain la critique incisive y envoya même Daniel de Darnis avec
de Théodoret. L'empereur Théodose deux autres évêques pour y soutenir
le jeune, sollicité de convoquer un sa cause. L'empereur, admettant les
concile général pour mettre [in a ces dépositions prononcées de part et d’au
discussions , désigna Ephèsc pour lieu tre comme valables, envoya le comte
de réunion, et chargea Candidianus, Jean arrêter Nestorius , Cyrille et
comte des domestiques, c’est-àvdire Memnon, et tenter la réconciliation
capitaine de ses gardes, de pourvoir de leurs adhérents; et Jean n'ayant pu
à la sûreté du copcile. y réussir, Théodose ordonna que cha
CONCILE n’Emizse QUI coN que parti lui envoyât ses députés pour
DAMNE NEs'ronrUs. —— Nestorius et exposer les prétentions respectives sur
C rille se rendirent chacun de leur lesquelles il avait à statuer: Evoptios
coté à Éphèse , où le patriarche d’A de Ptolémaïs fut l’un des huit ora
lexandrie amenait cinquante de ses teurs désignés en conséquence de cet
suffragants, parmi lesquels nous de ordre par le parti de saint Cvrille.
vons signaler Evoptios de Ptolémaïs, Théodoret de Cyros, l‘un des huit en
Zénon de Teuchira , Zénobios de voyés du parti contraire, manda bien
Barliè, Publius d'Olbia, Samuel de tôt aux siens que leurs adversaires
Dysthis, et Daniel de Darnis. Avant avaient gagné à prix d’argent l’eutou
d'attendre l’arrivée du patriarche rage de l’empereur, et qu’il ne fallait
d’Antioche avec son clergé, et mal point espérer Gain de cause. lin effet,
gré les protestations tant de Nestorius le concile fut issous , Cyrille renvoyé
que du comte Candidianus, le véhément à, Alexandrie, Memnon maintenu à
Cyrille voulut commencer les opéra Ephèse, et ‘Nestorius exilé et rem
tions, et ayant fait sommer inutile placé.
ment Nestorius de comparaître, on PACIFICATION DE L’ÉGLISE EN
procéda à une enquête: Daniel de 0nIr.NT.—-Le schisme fut loin de ces
Darnis déclara qu’il avait, avec ses ser; Jean d'Antioclie, dans un synode
collègues, remis publiquement à Nes tenu a Tarse au mois de novembre 431,
- torius, un dimanche, dans sa cathé refusa de reconnaître le successeur de
drale, les lettres de saint Cyrille et Nestorius et auathématisa de nouveal.
154
saint CyrilIe avec les évêques députés de Sozysa, Rufus de Cyrène et Tbéo‘:
par lui vers l'empereur, et parmi les dore de Barkè, pour la Pentapole; Lu
quels était Evo tios de Ptolémais; et cius de Zygris et Philocalos de Zagylis
retourne à Ant oche , Jean y tint en our la Libye inférieure : Eutyches y
core un synode où furent confirmées ut absous, et ses accusateurs condam
ces résolutions; de leur côté, ceux nés. Les procès-verbaux du concile
ni se proclamaient exclusivement ca témoignent d'une grande régularité de
! cliques. profitant de la faveur im procédure, mais les historiens ecclé
périale, désignaient de nouveaux évê siastiques rapportent, surtout de la
ques à la place des Nestoriens qu'ils art e Dioscore. des scènes de vioa
chassaient de leurs siéges. Théodose ence et des voies de fait à peine croya
sentit le besoin d'arrêter ces désordres; bles, qui ont valu aux actes de cette
ll s'entremit de la paix entre les deux assemblée d'être llétris, par les ca
patriarches d’Alexandrie et d’Antio tlliloliques, du nom de brigandage d'É
che, et leur réconciliation fut enfin p ese.
obtenue après un an entier de négo Un nouveau concile général fut de
ciations. Nestorius fut relégué en 436 mandé; l'empereur Marcien, succes
dans la grande oasis. ‘ seur de Théodose lejeune, le réunit en
il semble ne des Ordinations irré octobre 451 à Calcédoine; il s'y trouva
gulières s'étaient faites dans les pro trois cent soixante évêques, parmi les
vinces libyennes, puisque nous avons quels nous remarquons , à la suite
une lettre de saint Cyrille provoquée u patriarcheDioscore d'Alexandrie,
pgr les plaintes des a bés de la Thé Théophile d'Erythron. La sentence
ide à ce sujet, et adressée aux évê prononcée à Éphèse fut annulée, et
ques de la Libye et de la Pentapole, pour Dioscore anathématisé avec Eutychès;
leur en'oindre de s'informer exacte on voulut ensuite faire violence aux
ment e la vie des ordinands, s'ils treize suffragants de Dioscore pré
étaient mariés on non et depuis quand, sents au concile,pour souscrire la nou
s'ils avaient été chassés par quelque velle profession de foi; mais sur leur
évêque, ou de quelque monastère, afin déclaration opiniâtre qu'ils ne. pou
de-n’ordonner que des personnes li vaient canoniquement rien faire de
bres et sans reproche. leur chef et sans autorisation de leur
patriarche, on les ajourna jusqu'à ce
Établissement de l’hérésie d'Eu qu'un successeur eût été nommé à
tgchés. Dioscore. Cependant le concile de Cal
cédoine ne fut pas reçu paisiblement
L'miaiisrp n'Eu'rvcuÈs , TRIOM en Orient, et il fallut lusieurs édits
nnmre a Ernizsn, en communs]; impériaux pour en or onner l'exécu
rus LB CONCILI ne CALCÉDOINE. — tion; il y eut schisme dans le patriar
D'une opposition outrée au nestoria chat d'Alexandrie, les uns persistant à
nisme était née l'erreur de l'archi tenir pour Dioscore, les autres lui
mandrite Eutychès, qui ne faisait point ayant donné pour successeur l'archi
une distinction suffisante des deux na prêtre Protérius.
turcs de Jésus-Christ; elle fut inci ScnrsMn sxncnm'r DANS LE PA
demment déférée en 448 à un concile ruuncnu‘ D’ALEXANDBIL- Dios
assemblé à Constantinople, et ana core mourut en 454 à Gangres en
tbématisée; Eutychès en appela à un Paphlagonie, où il avait été relév
nouveau concile, qui fut en consé gué; mais les eutychiens. maintenus
uence convoqué à Éphèse au mois dans le devoir tant que vécut l'empe
‘août 449 , et présidé par Dioscore, reur Marcien, profitèrent de son décès
successeur de saint Cyrille au.patriar pourse relever en Ég pte, et promu
chat d'Alexandrie; il avait près de lui rent au patriarchat e moine Timo
plusieursde ses suffragants, entre les thée Êlure (Aüoupot, chat), qui fut
quels nous devons nommer ici Zosime violemment intronisé le 29 mars 457,
AFRIQUE ANCIENNE. 155
par le meurtre de Protérius , dont le adressé aux évêques et aux fidèles d’A
cadavre fut traîné dans ‘les rues d'A lexandrie, de l’Egypte, de la Libye et
lexandrie. Quatorze évêques de .son de la Pentapole, et portant en sur‘)!
diocese, entre lesquels on voit figurer stance que pour obtenir l'unité de
Maxime de ZagylIs , fuyant les perse’. l’Eglise, si vivement désirée par les
cutions du patriarche intrus, se sau gens de bien , il convenait de se rallier
vèrent à Constantinople, où ils remi exclusivement au symbole de Nicée,
rent a l’em ereur une supplique afin com Iété à Constantino le, et suivi
d'obtenir izexpulsion de Timothée et es Pères du concile ’Éphèse, avec
Élure et la liberté d'élire régulière es douze articles publiés par saint
ment un successeur à Protérius. Un Cyrille contre Nestorius; anathématic
synode assemblé aussitôt dans la‘ ville sant toute profession contraire qui ait
impériale déclara nulle la nomination pu ou qui pourrait se produire,jadis
de Timothée, et un grand nombre de ou aujourd hui, à Calcédoine ou ail
synodes provinciaux tenus sur l'ordre leurs. Pierre reçut I’Hénotique. le fit
de l’empereur firent la‘ même déclara recevoir par les catholiques, et écrivit
tion. Pendant que cette affaire se pour. à ce suje des épîtres synodales tant
suivait, le patriarche Gennadios de au pape Simplicms qu'au patriarche
Constantinople ayant tenu un concile de Constantinople; mais l'év/éque Jean
contre la simonie , les évêques égyp de Zagylis et les archimandrites des
tiens présents sur les lieux y .assistè monastères de la basse Égypte s'insur
rent, et nous devons nommer parmi gèrent ouvertement, et envahissant
eux Pierre de D sthis dans la Penta séditieusement sa cathédrale, le forcè
pole, Apollon 'Antiphra et Maxime rentà anathématiser le concile de Cal
de Zagylis en Marmarique. cédoine et les lettres du pape Léon
Timothée Salofaciole fut élu patriar contre Eutychès. Le corps de Timo
che d'Alexandrie par les catholiques, thée Salofaciole fut déterré et jeté à
et Timothée Élure relégué dans la la voirie. Depuis lors le siège d’A
Chersonèse; mais il revint à Alexan lexandrie fut occupé par une suite de
drie en 475, à la faveur de l'usurpa patriarches eutychiens, qui énérale
tion du tyran Basilisque, et força son ment recevaient l'flénotique e Zénon
compétiteur à se retirer à Canope. et rejetaient en même temps le concile
Quand Zénon eut recouvré l'empire, de Calcédoine; et l'on ne peut guère
en 477, il voulut expulser de nouveau douter que les évêques de leur obé
le patriarche intrus ; mais celui-ci dience ne suivissent aussi les mêmes
s'empoisonna. Ses adhérents lui don doctrines.
nèrent alors pour successeur l'archi CONCILE GENEML DE CONSTANT!
diacre Pierre Monge (M0176; , bègue), NOPLB.— L'empereur Justinien eut à
qui fut sacré endant la nuit par un son tour la prétention d'opérer la réu
seul évêque; Zenon ordonna l'expulsion nion des diverses églises de la chrétienté
de Pierre et le rétablissement de Sa au moyen d'uneconfession de foi qui sa
lofaciole; mais le premier se cacha tisfit a toutes les exigences légitimes,
dans Alexandrie. et le second étant et il rendit à ce sujet en 546 un édit,
mort en 482, on lui donna pour suc où est formulée l'acceptation des qua
cesseur Jean Talaîa, que sa liaison tre conciles généraux de Nicée, de
avec le rebelle Illus, maître des offices, Constantinople, d'Éphèse et de Calcé
fit repousser par l'empereur. doine, tout en rejetant certains écrits
HENOTIQUE DE ZENoN. — Zénon de Théodore de Mopsueste. de Théo
donna alors son approbation à l'in doret de Cyros, et d'Ibas d'Édesse, dé
tronisation de Pierre Monge, et en signés en commun sous le titre vul
voya au préfet et au duc d‘Egypte des gaire des trois chapitres , et que le
ordres à ce sujet. en même temps concile de Calcédoine avait admis; es
qu'un édit d'union, bien connu sous pérantainsi lever le plus grand obsta
le nom d'Hénotique (évmmèv , unitif), cle à la réception du dernier concile
156
par les Eutychiens. Mais il éprouva des geait aussi à Cyrène l'évêque Léon
résistances auxquelles il ne s'était pas tius, qui avait naguère raconté à Jean
attendu, et après les plus déplorables Moschus, l'auteur du Pré spirituel, la
scandales, la décision de la question légende de la conversion du philoso
fut enfin déférée a un nouveau concile phe Évagre par Synésios dePtolemais.
écuménique : cent cinquante et un évê Au moment de l'invasion de l’E
ques rassemblés à Constantinople par gypte par les Musulmans, les Jacobi
ordre de l'empereur, au mois de mai tes obtinrent la protection du vain
553, condamnèrent les trois chapitres. queur, et furent même mis en posses
Avec le patriarche Apollinaire d'A sion des églises des melkites, suspects
lexandrie souscrivirent George de Pto aux conquérants comme liés de croyan
lémaïs dans la Pentapole, Émilien, évê ce avec 'empereur, leur ennemi oli
que d’Antipyrgos dans la Libye infé tique; aussi le patriarche me kite
rieure , et jusqu'à Théodore, évêque Pierre, ne trouvant plus la place te
d'Augila dans le désert. nable, se retira à Constantinople , et
Mais le schisme de. l'église d’Alexan Alexandrie n'eut pendant longtemps
drie était consommé; les Eutychiens que des patriarches jacobites. Quant à
ou monophysites, qu'on appela désor la Libye et à la Pentapole, il ne reste
mais Jacobites à cause de Jacques aucune trace de la dernière agonie du
d’Édesse leur chef le plus actif, ou culte chrétien dans les églises qu'il y
cophtes à raison de leur nationalité avait fondées: il ne s'est trouvé au
spécialement égyptienne, restèrent sé cune voix pour déplorer assez haut,
parés des catholiques,dont la masse se au milieu du naufrage, la disparition
composait des habitants grecs de l'É des évêques, des prêtres, des fidèles
gypte et des deux Libyes, et qui re u que le débordement musulman en
rcnt plus tard, soit des Juifs, soit es gloutissait.
Arabes, la dénomination de melkites u Etiàm periêre ruinæ. r
ou royaux, parce qu'ils suivaient la
religion de la cour de Constantinople. Tableau des e'céclze’s des deuæ Li
DEaNmns ÉVÉQUES mBvsNs ; byes.
CONQUÊTE MUSULMANE. — Le pa A cette esquisse imparfaite des vi
triarchat de saint Euloge d’Alexan cissitudes du christianisme dans l'an
drie, intronisé par les catholiques sur cienne Cyréuaique , il nous reste à
ce siégé en 580 , et qui y mourut joindre. comme un complément néces
en 607, a un droit particulier à notre saire, le tableau succinct des évéchés
attention, en ce que ce prélat, dis qui y étaient compris, et la liste des
tingué par ses écrits contre les di prélats dont l'histoire a enregistré les
vers, hérétiques de son diocèse, et par noms.
l'amitié du pape saint Grégoire le
Grand, avait pour syncelle ou coad 1° LIBYE supémeqnn, DENTA
jutenr Théodore, évêque de Darnis en POLE, ou cxnnmuoun.
Marmarique, dont le surnom de Skri
boon n'est peutcêtre qu'une trans 1. ‘Promiuus , métropole.
cription grecque du titre de scribe ou
secrétaire, et dénoterait de sa part un Basilides», évêque des paroisses de
concours actif aux écrits polémiques la Pentapole, à qui le patriarche saint
de son métropolitain. Lui-même mon Denis d'Alexandrie adressa, vers 260,
ta, après Euloge, sur le siége patriar une de ses lettres canoniques.
chal et l'occupa deux ans, jusqu'à ce Théodore, métropolitain de la Pen
qu'il périt en 609, de la main de ses tapole, martyr dans la persécution de
ennemis, à l'époque où l’Afri ce et Licinius vers 319.
l’Orient s'insurgeaient contre Piocas Secundus, évêque de la Pentapole,
our donner la couronne impériale à fauteur d'Arius, excommunié en 321
éraclius. Dans le même temps sié par le synode d’Alexandrie, et en 325
AFRIQUE ANCIENNE. 151
par le concile de Nicée; réhabilité en 7. Sozouss.
335 par le concile de Tyr, condamné Héliodore, présent au concile de Sé
de nouveau en 340, et rétabli en 356. leucie en 359.
Étienne, évêque de Ptoléma‘is de Li Zosime (ou Sosias), présent au bri
bye, arien, présent au concile de Sé gandage d’Éphèse en 449.
leucie en 359.
Sidérios , ordonné d’abord évê ue 8. EBYTHBON
d’flydrax et Palébisca, puis trans été Orion, vieux à l’époque de l’ordina
à Ptolémaîs vers 370. tion de Sidérios, avant 370.
Synésios, évêque de Ptolémaïs en Sabbatios,cité comme mort, dans la
410, siégeait encore en 417. . lettre paschale du patriarche Théo
Évoptios, frère de Synésios, présent phile pour 402.
au concile d‘E hèse en 431. Paul, nommé en 401, en différend
Georges, present an concile de Cons avec l'évêque de Darnis en 411.
tantinople en 553. Théophile, présent au concile de
Calcédoine en 451.
2. BÉBÉNICE.
Ammonius, à qui le patriarche saint 9. Hvnnax et PAL'ÊBISCA.
Denis d’Alexandrie adressa une lettre _Sidérios, transféré à Ptolémaîs, par
contre le sabellianisme, vers 260. saint Athanase, vers 370.
Dathès, arien, présent. au concile de
10. LEMNIADE.
Nicée en 325.
Probatius , présent au concile de , Héron, cité comme mort récem
Constantinople en 394. ment, dans la lettre pascliale du pa
3. CYBÈNE.
triarche Théophile pour 402.
Naséas, cité comme nouvellement
Théodore, martyr dans la persécu promu, dans la même lettre.
tion de Dioclétien en 302.
Philon l’Ancien, qui ordonna Sidé 11. OLBIA.
rios évêque d’Hydrax et Palébisca Athamas, mort à un âge très-avan
avant 370. cé, vers 410.
Philon le Neveu, qui siégeait en
Antoine, élu en présence de Syné
410. , sios vers 411. ,
Rufus, présent au brigandage d’E Publius, présent au concile d’E
phèse en 449. phèse en 431.
Léonce, contemporain de Jean Mos
chus, auteur du Pré spirituel, vers 12. Dvs'rms.
600.
4. Bannir. Samuel, présent au concile d’É
phèse en 431.
Zéphyrios (ou Zopiros), arien, pré-. Pierre, présent au concile de Cons
sent au concile de Nicée en 325. tantiuople en 459.
Zénobios, présent au concile d’É
phèse en 431. 2° LIBYE INFÉIRIEURE, SECONDE
Théodore, présent au brigandage LIBYE, 0U MARMARIQIJE.
d’Éphèse en 449.
5. TBUCHIBA. 1. DABNIS , métropole.
Secundns, arien, présent au concile Théonas, évêque de Marmariquc,
de Nicée en 325. fauteur d’Arius, condamné au synode
Zénon, présent au concile d’Éphèse d’Alexandrie en 321 et au concile de
en 431. Nicée en 325. ,
6. BonIoN. Pison, évêque de Darnis, présent/au
Sentianus, arien, présent au concile concile de Sardique en 347.
de Nicée en 325. Pollux ou Polydeuces, évêque de la
158
seconde Libye, présent au concile de Apollon, présent au concile décons
Séleucie en 359. tantinople en 459.
Dioscore, évêque de Darnis, en dif 4. ZYGnlS.
férend avec Paul d’Erythron en 411.
Daniel, présent au concile d'Ephèse Marc, présent au concile d’Alexan
drie en 362.
en 431. Lucius, présent au brigandage d’É
Théodore Scribon,syncelle ou coad
juteur du patriarche saint Euloge, et phèse en 449.
son successeur en 607. 5. ZAGYLIS.
Philocalos, présent au brigandage
2. Pané'romoiv. d'Éphèse en 449.
Titus, présent au concile de Nicée Maxime, présent au concile de Cons
en 325. tantinople en 459.
Siras, arien, présent au concile de Jean, qui força en 482 le patriarche
Séleucie en 359.
Pierre Mon erà anathématiser le con
Caius, présent au concile d'Alexan cile de Calc doine.
drie en 362. 6. ANTlPYBGOS.
3. ANTIPBBA. Emilianus, présent au concile de
Çonstautinople en 553.
Sérapion, présent au concile de Ni
.oée en 325. 7. AUGILA.
Ménas, présent au concile d'Alexan Théodore, présent au second con
" drie en 362. cile général de Constantinople en 553.

Il!‘ DE LA PREMIÈRE PARTIE DE L'AFRIQUE ANCIENNE.


summum amcmmmr.

SECONDE PARTIE.

LA. RÉGION D’AI‘BIQUE,


L’AFRIQUE PROPRE, LA NUMIDIE
ET LES M‘AURITANIES.
——.°.

5 1er.

nnscnrr'non GÉNÉRALE.
Q .
l. efioennms pnysmns. cette sec tion intermédiaire, où il
Étendue et limites. ne s'agit ni de toute l’Afl-ique connue
des anciens, ni de la seule Afri ue
Bomvss esnsnsus. — Ainsi que propre distincte de la Numidie et ce
nous l’avons dit au début de ce livre , Mauritanies, mais bien de la vaste
le nom d'Afrique fut d'abord restreint région à laquelle ce même nom d’A
à la colonie phénicienne concentrée frique était donné par opposition à
sur l’emplacement de Carthage; puis il celui de Libye, c’est-à-dlre de l'en
s'étendit avec elle dans les environs, et semble des contrées se succédant d'est
gagnant de proche en proche, il désigna en ouest depuis les Autels des Philènes
successivement une petite province , jusqu’à l'extrême occident, et sur les
puis une province plus grande. uis quelles l'évêque de Carthage étendait
toutes les possessions puniques ans son bâton pastoral à titre de primat.
leur plus rand développement, puis Lnutss A L'ss'r s'r AU Noun. —
enfin tout e continent ou elles étaient Cette region avait pour limite orientale
assises. la Libye ropre, et le désert ultérieur
De cette diversité d'étendue terri jusqu‘àl’ thio ieau-dessusdel’Egypte.
toriale que représente tour à tour la Au nord, e le étendait surla Medi.
dénomination d’Afrique, il résulte un terranée de longs rivages onduleux,
certain embarras dans l'emploi que où le cap des Trières (tpmptîw) et celui
nous en voulons faire ici. Dans son qu’on appelait les Têtes (mutant) suc
acception la plus large au point de vue cédaient ensemble à l’enfoncement de
de lanti uité classique, elle désigne la grande Syrte, tandis qu'un peu plus
le sujet 0 tout ce volume; dans son loin celui de Zitha et celui qui tirait
acception étroite , au contraire , elle son nom des bas-fonds adjacents (’),
reste attachée au domaine politique de
Carthage, auquel est consacrée une (") Bpaxcbônç äxpa chez les Grecs, Capa:
section importante dans la suite de ce 'vada chez les Romains.
travail. Pour le présent, il nous faut 1. . . . . ques nonino porta
160
enfermaient la petite Syrte; le cap la pointe de Phébus, s‘éclielonnaient
d’Hermès ou de Mercure projetait ensuite jusqu'au détroit des Colonnes,
ensuite sa longue saillie au nord, pour à la sortie du uel se projetait le cap
enceindre d'un côté le golfe de Car Côtés, où la igne des rivages, jus
tirage, que bornaient à la fois, de l'au que-là dirigée d'est en ouest, tournait
tre côté, le Beau promontoire (*).et brusquement au sud pour tracer, dans
celui d‘Apollon, jumeaux mais dlS cette direction nouvelle, les limites
tincts l'un de l'autre. Puis les golfes occidentales de la région d‘Afrique.
des deux Hippones , se’ arés entre eux Lmr'res A L’oUes'r ET AU sur).
par le cap Blanc (ou idum amon —Le cap Côtes ou Cota, que les Grecs
to'rium), étaient suivis de a Pointe nommaient Ampelousia, était placé
du Cheval (î-mrov image); plus loin le ca justement à égale'distance des Syrtes
Trèton ('rpmôv , percé.) divisait le gel e et du terme des connaissances ancien
Olcachites du golfe Numidique, lequel nes sur le littoral africain baigné par
se prolongeait vers l’ouest jusqu'au l’océan Atlantique. En suivant du nord
promontoire Audon; puis les dente au sud l’ondulation des rivages, on
lures de la côte s’amoindrissant, les trouvait d'abord le golfe des Comptoirs
géographes grecs et latins eurent peu puniques ( èimopmôç xôlmz) portant
de souci de constater la nomenclature également le nom de Côtès et celui de
de ces rentrées et de ces saillies si Saguti, puis la saillie du petit Atlas
petites et si nombreuses, jusqu‘à_ un ('Afluc êka'mwv) appelée aussi cap d‘fler
autre promontoire d’Apollon , voisin mès (*), et successivement celles de la
de Cartenna. Ils nous ont pourtant montagne du Soleil, du cap d'Hercule,
conservé à leur insu , en transcrivant du cap Oussadion, du Grand Atlas
quelques noms puniques significatifs, (‘Amie pelzwv); la pointe Gannaria, la
l indication de plusieurs de ces petits pointe Soloentia , le cap Arsinarion ou
caps intermédiaires, tels que Rouss Surrentium (**),extrémité la plus occi
zous , Rousoubbeser, Bousouccoron , dentale de l'Afrique alors connue; le
Rousibbicar, Rousgonion , où la syl cap Ryssadion , le cap Catharon , et
labe initiale rous n’est autre que la enlin la Corne du cOuchallt'CE'flts'pov
forme punique du mot que les Arabes xe’pac), après laquelle s’enfonçait dans
prononcent Ma, et qui nous est main les terres le golfe Hespéri ue , terminé
tenant si familier. Plus loin dans lui-même plus loin par a Corne du
l‘ouest s‘arrondissait le golfe Laturus. sud (Nô‘rou répare)‘.
LeGrand promontoire (ibéraàxpwrñpwv), La limite méridionale de cette vaste
et ceux qui portaient les noms de Mé région demeurait indéterminée; les
tagonite , Sestiarii et Oléastron , enfin connaissances positives s’arrêtaient à
la chaîne de lAtlas, dont on savait
u Allernl pro parle Ccpul dixOn vadanun déjà que le nom indi ène était D -
u Anliqui mulæ. »
Connu-x, Johannîde, I... 368. rin 0"); au delà, sau l'itinéraire e
Les modernes en ont fait Capoudia, et
même la Capoule. (') ‘Eppafa dxpa; c’est là que les R0‘
V(') Koûàv àxpwrñpmv de Polybe, Pul mains eurent plus tard leur poste le plus
chri promonlorium de Tite-Live; les criti avancé, sous le nom dlEzploratio ad Mer
610105.
ques qui le confondent avec le cap d’Her
mès, comme Heyne et Heeren, ou avec le (") Ce promontoire, ainsi appelé par
cap d'Apollon, comme Manuert, ne tien Polybe, était terminé par le mont Barce,
nent pas assez de cemple, dans le premier nommé Brace et Praze par l'anonyme Ra
cas, de la siluation relative à l'égard de vennate.
Carthage, et dans le second cas , de la dis (‘") Nous avons à cet égard l'affirmation
tinction entre le ras Sydy 'Aly-el-Mekky expresse de Slrabon, de Pline, de S