Vous êtes sur la page 1sur 480

AFRIQUE

ANIENNE

CARTHAGE V

par M. Dureau de la Malle

NUMIDIE ET MAURITANIE
par M. Louis Lacroix

L’AFRIQUE CHRÉTIENNE
Histoire de la domination des Vandales
par M. Jean Yanoski

ñ‘ TOME SECOND » . ..,_:

‘ ÉDITIONS BOUSLAMA -TUNIS


fÿrqu /
Avezac - Hawulaj nrmand cl‘,
\‘ l<oo— 4ms
HISTOIRE ET DESCRIPTION"
DE TOUS LES PEUPLES.

AFRIQUE.
CARTHAGE
NUMIDIE ET MAURITANIE.
AFRJQUE CHRÉTIENNE.

REIMPRESSION

TOME SECOND

E DITIONS BOUSLA MA -TUN1S


Ajÿvwncx
C1 (9 l
A‘? 5 (00.,
l (121
J. 2,

© ÉDITIONS BOUSLAMA-TUNIS

Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par quelque procédé


que ce soit et notamment par photocopie ou microfilm, est strictement interdite.
AFRIQUE.
AFRIQUE ANCIENNE‘
(CYRÉNAIQUE, CARTIIAGE, NUMIDIE, mwmmmn) ,

PAR MM.

BUREAU DE LA MALLE,
il)!!!‘ ni L'Auniun nu lueur-nous n IILLIS-LITTAIS.

YANOSKI,
uonsslvn surru’ur Av cnuicx u nmcz ,
Aon'cl' n! L'mnvlnsxn'. ne.

CHEZ FIRMIN DIDOT FRÈRES, ÉDITEURS,


mPnmEuns-Lmnunxs ms L’INSÏITUT,
RUE JACOB, 56.

H DCCC XLII.
HISTOIRE ET DESCRIPTION
DE TOUS LES PEUPLES,
DE LEURS RELIGIONS, MOEURS, INDUSTRIE, COSTUMES ETC.
0.0... IOMIQOCOO” l.

CABTHAGE.
PAR M. BUREAU DE LA MALLE,
Il‘!!! DE L’IISTITUT.

CARTHAGE eut le triste destin de Utique. Cette princesse demanda,


ne jeter un grand éclat qu’au moment ditvon, aux naturels du pays qu’ils
de sa ruine, et de voir le soin de sa voulussent bien lui vendre. pour I’é
gloire abandonné à des historiens tablissement qu’elle méditait, autant
étrangers. La mémoire de ses écri de terrain qu en ourrait renfermer
vains nationaux s’est erdue depuis une peau de bœu . 0n.ne crut pas
longtemps; et, parmi es étranvers, devoir lui refuser une grâce si petite
il n’en est aucun qui ait écrit d’une en ap arcnce. Alors Didon divisa sa
manière suivie l’histoire de cette ré peau e bœuf en lanières fort étroites,
publique. et les étendit à la suite les unes des
Omerm; x1 FONDATION ne CAR autres, de manière à former une vaste
TBAGE , 878 AVANT J Ésus-Cmus'r. — enceinte. où elle construisit'd’abord
Il est certain que Carthage est une une citadelle qui, de la , fut appelée
colonie de 'I‘yr, car la langue puni BYIlSA (").
ue , comme plusieurs auteurs anciens Que les fondateurs deCarthage soient
lont aflirmé, et comme l’ont prouvé Zorus et Karchedon , ainsi que le pré
.plusieurs savants modernes, est la tendent Pl‘iilistus , Appien , Eusèbc et
même que la langue phénicienne. Selon saint Jérome; que ce soit Élisa ou
la tra ition poétique , recueillie par Bidon,‘ comme presque tous les au
Virgile et Trogùe-Pompée, cette ville teurs anciens nous l'ont transmis, on
aurait dû sa fondation a Didon , fem peut admettre, comme un fait histo
me de Sichée et sœur-de Pygmalion ,
roi de Tyr. Ce prince ayant fait mou (‘) 1369m, en grec. signifie peau. C'est
rir injustement Sichée, Didon , que ce qui a donné lieu ‘a cette ridicule étymo
les Tyriens appelaient aussi Elisa , logie dont les savants versés dans les lun
s'enfuit avec ses trésors, suivie d'une gues sémitiqucs oul montré la fausseté en
petite troupe de ses partisans , et vint l'aisaul remarquer que bosra , qui, en hébreu
aborder en Afrique, à six lieues de et ensyriaque , signifie citadelle, a été changé
Tunis, dans le golfe où s’élevait déjà par les Grecs en B6941.
1" Livraison. (CABTBAGE) 1
2
ri ue, qu’elle a été fondée par une aussi vraisemblable qu’il est possible
C0 onie de Tyriens, et comme une de l’entrevoir à travers les nuages de
opinion vraisemblable, que cette fon la fable et le long espace des siècles.
dation a eu lieu avant celle de Rome, FORMATION m: ACCROISSEMENTS
environ 878 ans avant l’ère vulgaire. DE CAn'rHAGE , m; 878 A 543 AVANT
Ceux qui adoptent cette date ont J. C. — Carthage, qui avait eu de
reproché à Virgile l’anachronisme qu’il très-faibles commencements, s’accrut
a commis en faisant paraître à la cour d’abord peu à peu dans le pays même,
de Didon un prince troyen qui aurait et forma plusieurs établissements de
existé plus de trois cents ans avant commerce à l’est et à l'ouest sur la
cette princesse. Cependant d‘babiles côte septentrionale de l’Afrique. Mais
critiques ont cru pouvoir justilier le sa domination ne demeura pas long
oëte latin, en faisant remonter la temps enfermée dans ces bornes étroi
ondation de Carthage à l’année 1255 tes. Cette ville ambitieuse porta ses
avant J. C., qui est à peu près celle conquêtes au dehors, envahit la Sar
de la guerre de Troie. Dans cette der daigne, s'empara d’une grande par«
nière hypothèse, Didon et Karchedon tie \de la Sicile, soumit presque
auraient seulement agrandi l’enceinte toute l’Espagne, et, ayant envoyé de
et augmenté la puissance de Cartha e. tous côtés de puissantes colonies, elle
Cette opinion, soutenue ar . es demeura maîtresse de la mer pendant
savants distingués, s’appuieral encore plus de six cents ans, et se fit un état
sur les autorités d’après lesquelles qui le pouvait dis uter aux plus grands
Procope raconte l’origine des Maures empires du mon e par son opulence,
et l’établissement des colonies phéni par son commerce, ar ses nombreuses
ciennes en Afrique. L’auteur bysan armées, par ses ottes redoutables,
tin , invoquant le témoignage unanime et surtout par le coura e et le mérite
de tous les historiens anciens de la de ses capitaines. La ate et les cir
Phénicie, assure que, lors de l’inva constances de plusieurs de ces con
sion de la Palestine par Josué, fils de quêtes‘ sont peu connues : à partir de
Navé (1590 ans avant'J. 0.), tous les la mort de Didon , il existe une lacune
peuples qui habitaient la région mari de près de trois cents ans dans l'his
time, depuis Sidon jusqu’a l’Évypte, toire de Carthage.
et qui étaient soumis à un seul roi, Gnnnnn ENTRE CYRÈNE et CAB
les Gergéséens, les Jébuséens et plu THAGE. —- C’est entre l’époque de sa
sieurs autres tribus, dont les noms fondation et l'année 509 avant Jésus
sont inscrits dans les livres histori Christ, que Carthage s’affrancbit du
ques des Hébreux , abandonnèrent tribut qu’elle avait consenti à payer
leur atrie et se portèrent, à tra aux Libyens, et qu’elle étendit ses
vers ’Égy te, dans l’Afrique. Pro conquêtes dans l’intérieur de l’Afri
:0 e ajou e qu’ils s’étendirent jus que et sur le littoral de la Méditerra
qu aux colonnes d’Hercule, qu’ils occu née. Le fait historique le ‘plus ancien
pèrent la région septentrionale tout ‘que nous connaissions avec quelques
entière, et qu’ils fondèrent dans ce e’tails est une contestation entre
vaste pays un grand nombre de villes, Cartilage et Cyrène au sujet des limites
dans lesquelles , de son temps, la lan de leur territoire. Cyrene était une
alese récits
phénicienne était encore
s’accordent en usage.
assez bien avec ville fortépuissante située sur le bord
de la M diterranée, vers la grande
ce que les anciens nous ont transmis Syrte, qui avait été bâtie par Battus,
sur la fondation d‘Utique, qu’ils pla de Lacédémone. «Entre les deux États,
cent deux ou trois cents ans avant « dit Salluste, se trouvait une plaine
celle de Carthage, et il nous semble « sablonneuse, tout unie, où il n’y
que le rapprochement de ces autori n avait ni fleuve ni montagne qui pût
tés présente , de l’établissement et de u servir à marquer les limites , ce qui
la formation de Carthage , un tableau « occasionna entre eux une guerre lon
CARTHAGE. 3
« âne et sanglante. Les armées des neurs divins , et depuis ce temps-là ce
a eux nations , tour à tour battues et lieu fut appelé LES A'U'rELs mas Pru
« mises en fuite sur terre et sur mer, LÈNES, aræ Philenorum, et servit de
«s’étaient réciproquement affaiblies.. home à l’empire des carthaginois,
n Dans cet état de choses, ces peuples -qui s’étendait depuis cet endroit jus
«craignirent de voir bientôt un en qu’aux colonnes d’Hercule.
« menu commun attaquer tout ensem L’Art de vérifier les dates place
«ble les vainqueurs et les vaincus, l’histoire des Philènes en l'an 460 avant
u alement épuisés. Ils convinrent Jésus-Christ, sans s’appuyer sur au
æzd une trêve, et réglèrent entre eux cune autorité. Commele premier traité
9 que de chaque ville on ferait partir de Rome avec Cartha e est de 509 , et
« eux députés; que le lieu où Ils se u’il eut être rang au nombre des
« rencontreraient, serait la borne res aits es mieux averés, nous avons
«Àpective des deux États. cru devoir reporter à une é oque an
« Carthage choisit deux frères nom térieure cette légende du dévouement
« més Philènes. Ceux-ci firent la plus des frères Philènes, qui, de même
« grande diligence. Les députés de Cy que le combat des Horaces et des Cu
« rène allèrent plus lentement, soit riaces, semble appartenir à l’histoire
« que ce fût leur faute, soit qu’ils eus fabuleuse plutôt qu’à l’histoire posi
« sent été contrariés par le temps; tive.
«car il s’élève souvent dans ces dé GUERRE CONTRE LES PHOCÉENS,
« serts, comme en pleine mer, des AVANT J. C. 543. — La marine de
« tempêtes qui arrêtent les voyageurs: Carthage qui, dans les siècles sui
«lorsque le vent vient à souffler sur vants, devint si formidable, paraît
«cette vaste surface toute nue, qui 's’être montrée avec avantage dans la
a ne lui résente aucun obstacle, il Méditerranée dès l’époque de Cyrus
a élève es tourbillons de sable, qui, et de Cambyse. Une victoire rempor
« emporté avec violence, entre dans la tée en ce temps-là par les flottes com
« bouche et dans les yeux et empêche binées des Etrusques et des Carthagi
« les voyageurs de marcher. Les Cy nois sur les Phocéens , ui étaient
«rénéensse voyant un peu en ar alors une des plus redoutab es nations
« rière, et craignant d’étre punis à sur la mer, nous présente Carthage
«leur retour du tort que leur retard comme la digue fille de Tyr dans Part
on aurait causé à leur pays, accusent de la navigation. Les vainqueurs, après
t les Carthaginois d’être partis avant la retraite des vaincus , restèrent maî
« le temps, et font naître mille diffi tres de l'île de Cyrne, aujourd’hui la
« cultés. Enfin , ils sont décidés à tout Corse.
a plutôt que de consentir à un partage ENTREPRISE DES CAn'rHAGrNoIs
«1 aussi inégal. Les carthaginois leur sur LA SICILE, 536 AVANT L’ÈRB
« offrant un nouvel arrangement, égal vULGAIaE. -— Bientôt l’amhition fit
« pour les deux artis, les C rénéens aspirer les carthaginois à de nouvelles
« eur donnent le tion, ou ’être en conquêtes. Malchus, qui avait déjà
« terrés tout vifs ans le lieu dont ils remporté des avantages signalés sur
« voulaient faire la limite de Carthage‘, les princes africains, voisins de Car
« ou de les laisser, aux mêmes condi thage, s’empara de la presque totalité
« tions, aller jusqu’où ils voudraient. de la Sicile. Ce généra est le premier
« Les Philènes acceptèrent la proposi qu’on trouve dans l’histoire avoir oc-.
« tion, heureux de faire à leur patrie cupé la dignité de suffète. Peut-être
« le sacrifice de leurs personnes et de est-ce à l’epoque où il vivait. ou quelq
e leurs vies : ils furent enterrés tout que temps auparavant, que la monar
- vivants. » x ' chie, à Carthage, a fait place à un
Les Cartiaginois élevèrent deux au gouvernement republicain, composé de
tels en leur nom au lieu de leur sépul trois pouvoirs.
ture, leur rendirent chez eux les. bon ,PEsTE A CAnruAeE ET GUERRE
1.
4
m: SLRDAIGNE. 530 ANS AVANT J. C. « peu de jours après, Carthalou , ayant
— La joie qu’avait répandue a Car « obtenu du peuple un congé, retourna
thage e succès de ses armes en Si « vers son père, et se montra à tous
cile , fut. bientôt troublée par une peste a les regards couvert de la pourpre et
horrible qui‘ désola les carthaginois. a des bandelettes du sacerdoce. » Mal
(Jeux-ci , voyant'dans le fléau dont ils chus le prit à part, lui reprocha de
étaient victimes un signe non équivo venir insulter, par le luxe de ses orne
que de la colère des dieux , crurent les ments, à ses malheurs et à ceux de
apaiser en immolant sur leurs autels ses concitoyens, lui rappela son refus
des victimes humaines. Justin, qui outrageant de compara tre devant lui
rapporte ce fait, assure que cette quelques jours auparavant, et, oubliant
atrocité, loin de rendre le ciel favo qu’il était père pour ne se souvenir
rable à Carthage, lui attira de nou que de sa qualité de général, il fit at
veaux malheurs. «La haine des dieux, tacher son malheureux fils, revêtu de
«1 dit-il , vint punir ces forfaits. Long ses ornements, à une croix très-éle
« temps vainqueurs en Sicile , les Car vée, en vue de la ville.
« thaginois, ayant porté leurs armes Au bout de quelques jours , il s'em
n en Sardaigne, y perdirent, dans une pare de Carthage , assemble le peuple,
« cruelle défaite, la plupart de leurs se plaint de son injuste exil qui l'a
« soldats. Ce revers fut attribué à Mal forcé de recourir aux armes, et dé
“ chus , et ce général, injustement ac clare que, content de sa victoire, il
«cusé, fut banni avec les débris de se borne à punir les auteurs de ces
a son armée vaincue. Indignés de ces désastres , et pardonne à tous les au
« rigueurs, les soldats envoient des tres de l'avoir injustement banni. Il
«dé utés à Carthage, d’abord pour fit mettre à mort dix sénateurs et ren
« s0 Iiciter leur retour et le pardon de dit la ville à ses lois. Bientôt, accusé
a leurs revers, et bientôt pour déclarer lui-même d'aspirer au trône, il fut
« qu’ils obtiendraient ar la force des puni du double parricide commis con
« armes ce que l'on re userait à leurs tre son fils et contre sa patrie.
« prleres. Prières et menaces sont éga TRAITÉ ENTRE LES CABTHAGINOIS
« ement dédaignées. Aussitôt ils s'em ET LES ROMAINS, 509 ANS AVANT L‘Èm;
« barquent et paraissent en armes de VULGAIBE. -— Polybe nous apprend
« vaut la ville. Là, ils jurent au nom qu’une année après ’expulsion des Tar
a de Dieu et des hommes, qu’ils ne quins, et vingt-huit ans avant l'irrup
« viennent point asservir , mais recou tion de Xerxès dans la Grèoe. sous le
« vrer leur patrie, et montrer à leurs consulat de J. Brutus et de M. Ho
« concitoyens que c’est la fortune, et ratius, se fit le premier traité entre
a non le courage, qui leur a manqué les Romains et les carthaginois. Je
« dans le dernier combat. Les com rapporterai en entier ce monument si
« munications sont coupées , et la ville curieux de l’antiquité. Polybe l'a tra<
« assiégée est réduite au désespoir. duit en grec sur l’original latin, le lus
« Cependant Carthalon, fils du gé exactement qu’il ‘llll a été possi le;
« néral exilé, à son retour de fl‘yr, où car, dit-il, la lannue latine de ces temps
a les Cartha inois l'avaient envoyé est si différente äe celle d’aujourd’hui,
« our offrir a Hercule le dixième du que les plus habiles ont bien de la
« utin que Malchus avait fait en Si peine à entendre ce vieux langage
« cile, passe près du camp de son « Entre les Romains et leurs alliés,
« père , et. appelé devant lui, il fait a et entre les carthaginois et leurs al
a répondre qu’avant d’obéir au de « liés, il y aura alliance à ces condi
« V011‘ particulier de fils, il satisfera « tions : que ni les Romains ni leurs
« au devoir public de la religion. In « alliés ne navigueront au delà du beau
« digné de ce refus, Malchus ne vou « promontoire, s’ils n’y sont poussés par
« lut cependant pas outrager dans son a la tempête, ou contraints par leurs
« tils la majesté même des dieux. Mais « ennemis : qu’en cas qu'ils aient été
CARTHAGE. 5
« poussés malgré eux, il ne leur sera pouvaient facilement infester les côtes
. permis d’y rien acheter ni d'y rien maritimes de l‘ltalie.
a prendre, sinon ce qui sera précisé AccaorssEMEN'rs DE CAn'rnAGE
« ment nécessaire pour le radoube sous MAGON, DE 509 A 489 AvAN'r
« ment de leurs vaisseau‘x, ou pour le L’ÈEE CHRÉTIENNE. — Magon, qui
«culte des dieux, et qu’ils en parti succéda à Malchus comme suffète et
. ront au bout de cinq lours; que ceux comme général, accrut, par ses talents,
a qui y viendront faire le commerce sa prudence et son adresse, l’empire et
« ne pourront conclure aucune négo la gloire de Carthage. C’est lui qui, le
« ciation si ce n’est en présence d’un premier, introduisit la discipline mili
« crieur et d’un greffier : que tout ce taire parmi les carthaginois; il recula
a qui sera vendu devant ces deux té les frontières de la république, étendit
« moins, la foi publique le garantira au son commerce, et laissa en mourant
« vendeur; qu'il en sera ainsi pour tout deux fils, Asdrubal et Amilcar, ui ,
« ce qui se vendra'en Afrique ou dans suivant les traces glorieuses de eur
a la Sardaîgne: que si quelques Ro père , tirent _voir qu'il leur avait trans
« mains abordent dans la partie de la mis son génie avec son sang.
a Sicile qui est soumise aux carthagi EXPÉDITION EN SAnDArGNE ET EN
« nois, ils y jouiront des mêmes droits SrcrLE; GUEnnEs CONTRE LES Arni
- que les carthaginois : que ceux-ci cArNs , sous LE COMMANDEMENT
« n‘inquiéteront en aucune manière D’AsDnUBAL ET D’AMILCAE, FILS DE
a les Antiates , les Ardéates, les Lau MAGoN; DE 489 A 460 AVANT J. C.
a rentins, les Circéens, les Terraci —Sous les ordres des deux fils de Ma
« niens (") et aucun des peuples latins äon, Carthage porta la guerre en Sar
« qui obéissent aux Romains; que s’il aigne et combattit les Africains, qui,
« y en a même quelques-uns qui ne depuis longtemps, lui demandaient en
« soient pas sous la domination ro vain le tribut annuel promis pour prix
« maine, les carthaginois n’attaque du sol qu’elle avait occupé. Mais, pour
« ront point leurs villes; ue s‘ils en cette fois, les Africains virentla jus
« prennent queläu’une, ils a rendront tice de leur cause couronnée par le
« aux Romains ans son entier; qu’ils sort des combats, et Carthage, posant
- ne bâtiront aucune forteresse dans les armes, finit la guerre en acquittant
« le pays des Latins; que s’ils y en sa dette. Asdrubal, grièvement blessé
u trent à main armée, ils n’y passeront en Sardaigne, laissa en mourant le
en pas la nuit. » commandement à son frère Amilcar.
Ce traité, dont la sim licité et la Asdrubal s’était vu onze fois revêtu
précision sont remarquab es, montre de la dignité de suffète, et(quatre triom
que, sous le consulat du premier Bru phes avaient été le prix e ses victoi
tus, il y avait des Romains qui s’ap res. Les regrets de ses concitoyens et
pliquaient au commerce; que la ma le souvenir de ses actions glorieuses
rine ne leur était pas inconnue; que honorèrent ses funérailles; et, comme
l'usage des vaisseaux marchands était s’il eût emporté dans le tombeau la
commun chez eux, et qu'ils faisaient puissance de sa patrie, les ennemis de
des voyages d’assez long cours. puis Carthage reprirent confiance.
qu'ils allaientjusqu’à Carthage. Il nous Quelques années après le traité de
montre aussi quelle était à cette é o 509, entre Carthage et Rome, les
que la puissance des "carthaginois, es carthaginois firent alliance avec Xér
uels etant maîtres de la mer, de la xès, roi des Perses. Ce prince voulait
ardaigne et d’une partie de la Sicile, exterminer les Grecs, et les Cartha i
Dois s’emparer du reste de la Sici e.
(‘) Les peuples ou villes dont il est parlé Ils saisirent avidement l’occasion fa
ici bordaient la côte de la mer et cou vorable ni se présentait d’en achever
vraient Rome sur ce point depuis l'embou la conqu te. Le traité fut donc conclu :
chure du 'l‘ibre jusqu'à Ten'acine. on convint que les carthaginois attav
6
queraient avec toutes leurs forces les droit où ils manquaient de tout, ne
brecs établis dans la Sicile, pendant purent pas s’y dé endre longtemps, et
que Xerxès en personne marcherait se rendirent a discrétion. Ce combat,
contre la Grèce. suivant quelques historiens, se donna
Les préparatifs de cette guerre du le jour même de la célèbre action des
Thermopyles. Hérodote et Aristote di
rèrent trois ans. S’il faut en croire les
historiens de Sicile, qui ont peut-être,sent au contraire que ce fut le jour de
par un sentiment de vanité nationale, la bataille de Salamine. Le témoignage
exagéré le nombre de leurs ennemis, de ces deux écrivains mérite sans doute
l’armée de terre ne montait pas à la préférence. Le premier de ces deux
moins de trois cent mille hommes, ‘ auteurs raconte même d’une autre
et la flotte comptait deux mille vais manière la mort d’Amilcar: il dit que
seaux et plus de trois mille petits bâ le bruit commun parmi les carthagi
timents de charge. Amilcar, le capi nois était ne, ce général, voyant la
taine de son temps le plus estimé, défaite entiere de ses troupes, pour
partit de Cartha e avec ce formidable ne pas survivre à sa honte, se préci
appareil. Il abor e à Palerme, et, après pita lui-même dans le bûcher où il
y avoir fait prendre quelque repo à avait immolé plusieurs victimes hu
ses troupes, il marche contre la ville maines.
d’Hymère, qui n’en est pas fort éloi Les carthaginois, impntant à leur
gnée, et en forme le siège. Théron, général la défaite u’ils venaient de
gouverneur de la place, ayant vaine recevoir, bannirent e Carthage' Gis
ment imploré le secours de Léonidas, con, son fils, qui, dans la suite, périt
roi de Lacédémone, dé ute à Syracuse, de misère à Sélinonte. Quelques siè
vers Gélon, qui s’en etait rendu maî cles après, ils rendirent à Amilcar
tre. Ce énéral accourt aussitôt au des honneurs presque divins.
secours e la ville assiégée, avec une La victoire complète que Gélon ve
armée de cinquante mille hommes de nait de remporter, loin de le rendre
pied et cinq mille chevaux. fier et intraitable, ne fit qu’augmenter
Gélon était un général fort habile et sa modestie et sa douceur, même à
savait employer à propos la force et la à l'égard de ses ennemis. Il accorda
ruse. On lui amena un courrier chargé la paix aux carthaginois, exigeant seu
d’une lettre que les habitants de Séli lement d’eux qu’ils payassent pour les
nonte adressaient à Amilcar, pour le frais de la ruerre deux mille talents
prévenir que la trou e de cavaliers (11 millons de francs), et qu’ils bâtis.
qu’il leur avait deman ée arriverait un sent deux temples où l’on exposerait
certain jour. Gélon en choisit dans en public et où l’on garderait les con
ses troupes un pareil nombre, qu’il fit ditions du traité.
partir au temps dont on était convenu. PUISSANCE DE LA FAMILLE DE MA
Ayant été reçus dans le camp des en GON; CRÉATION nu CENTUMVIBAT;
nemis comme venant de Sélinonte. ils DE 460 A 440 AVANT L’r‘tnn VULGAIBE.
se jetèrent sur Amilcar, qu’ils tuèrent, — Amilcar, mort dans. la guerre de
et mirent le feu aux vaisseaux. Dans Sicile, laissa trois fils : Imilcon, Han
le moment même de leur arrivée, Gé non et Giscon. Asdrubal avait un pa
lon attaqua avec toutes ses troupes les reil nombre d’enfants : Annibal, As
carthaginois, qui se défendirent d’a drubal' et Sappho. Toutes les affaires
bord fort vaillamment; mais quand ils de Carthage étaient alors confiées à
ap rirent la mort de leur général, et leurs mains. On fit la guerre aux Mau
qu ils ‘virent la flotte en feu, le courage res; on combattit les Nun'nides; on
et les forces leur manquèrent, et ils força les Africains à renoncer au. tri
. prirent la fuite. but que leur avait promis Carthage
Le carnage fut horrible : il y périt, naissante. Cette famille de généraux,
dit-on, cent cinquante mille hommes. qui réunissaient dans leurs mains le
Les autres s’étant retirés dans un en pouvoir exécutif et l’autoritéjudiciaire,
CARTHAGE. 1
parut dangereuse à la liberté. On for que par la peste; mais son chagrin le
ma un tribunal de cent sénateurs, à plus vif était de n’avoir pu mourir au
qui les généraux. au retour de leurs milieu de tant de braves, et de se voir
campagnes, devaient rendre compte de réservé, non pour goûter les douceurs
leur conduite, pour que la crainte sa de la vie, mais pour servir de jouet à
lutaire des lois et l'attente d'un lu l'adversité; que cependant, après avoir
ement servissent de frein à l'arbitraire ramené dans Carthage les tristes dé
u commandement militaire. bris de son armée, il allait à son tour
CONTINUATION DE LA GUERRE DE suivre ses compagnons d'armes , et
SICILE; MALADIE coNTAGIEUsE nANs montrer à sa patrie que s’il avait ro
L’ARMÉE; DE 440 A 410 AVANT L’ERE longé jusque-là ses 'ours, ce n' tait
CHRÉTIENNE. — En Sicile, Imilcon point par amour de a vie, mais par
succéda à Amilcar. Après avoir rem crainte d'abandonner, en mourant, au
porté plusieurs victoires sur terre et milieu des armées ennemies, ceux u’a
sur mer, et ris un rand nombre de vait épargnés le terrible fléau. D l'o
villes, il per it tout coup son armée rant ainsi son malheur, il entre ans
par les ravages d'un mal contagieux. la ville, arrive à sa maison, salue d’un
Apportée à Carthage, cette nouvelle dernier adieu le peuple qui le suivait,
longea les habitants dans le deuil. et, faisant fermer les portes sans per
es maisons et les temples se ferment; mettre à ses fils eux-mêmes de pa
on court au port; on ne voit sortir des raitre devant lui, il se donne la mort.
vaisseaux qu'un petit nombre de sol CONTINUATION DE LA GUERRE DE
dats écha pés à ce désastre. SICILE; PRISE DE SIâLINoNTE ET
Cepen ant, dit Justin, qui nous a n’HvMERE PAR LES CARTIIAGINOIS;
transmis ce fait,'le malheureux Imil ENVIRON 410 AVANT L’EaE vULGAIRE.
con sort de son vaisseau dans l’aban -— Après la défaite des Athéniens de
don de la douleur, couvert d'une tu vant Syracuse, où Nicias périt avec
nique d'esclave. A son aspect, les toute sa flotte , les Ségestains, qui s’é
groupes de citoyens éplorés se rassem taient déclarés pour eux contre les
lentautour de lui. Il élève les mains Syracusains, craignant le ressentiment
vers le ciel, déplorant tour à tour son de leurs ennemis, et se voyant dé'à
triste sort et les désastres de sa patrie. attaqués par Sélinonte, implorèrent ‘le
Il reproche aux dieux de lui ravir ses secours de Carthage, et se mirent, eux
triomphes, ses nombreux trophées qu'il et leur ville , à sa discrétion. Les Car
devait à leur appui; de détruire ar la thaginois, après avoir longtemps ba
peste et non par le fer cette arm e qui lancé à s'engager dans cette guerre,
avait pris tant de villes, et si souvent que la guissance de Syracuse et l'éclat
vaincu sur terre et sur mer. Il appor e ses ornières victoires devaient lui
tait du moins, disait-il, à ses conci faire redouter, y furent poussés par
toyens ce motif de consolation, que les conseils d’Annibal leur suffète;
l’ennemi pouvait bien se réjouir, mais et envoyèrent du secours aux Séges
non se glorifier de leurs désastres. tains.
Ceux qui étaient morts n'avaient pas Annibal tira de l'Afrique et de PES
succombé sous ses coups; ceux qui pagne un grand nombre de mercenai
revenaient dans leur patrie n’avaient res; il y Joi nit un nombre considé
pas fui devant lui. Le butin que le rable de Cart aginois , et débarqua en
Grec-avait enlevé dans un camp aban Sicile avec une armée qu’Éphore porte
donné n'était pas de ces dépouilles à 200 mille fantassins et 4 mille cava
que l'orgueil d’un vainqueur se plaît à liers, mais que Timée et Xénophon,
étaler, mais de celles que la mort for historiens plus dignes de foi . rédui
tuite de leurs maîtres a laissées va sent en tout à 100 mille combattants.
cantes et livrées aux mains qui s'en Annibal, petit-fils d’Amilcar ui avait
emparent. Vainqueurs de leurs enne été défait par Gélon et tu ‘devant
mis, ses soldats n'avaient été vaincus Hymère, et fils de Giscon, qui avait
été condamné à l'exil, était animé nommèrent encore pour général An
d'un vif désir de venger sa famille et nibal. Comme il s’excusait sur son
sa patrie‘, et d’effacer la honte de la rand âge, et refusait de se charger
dernière défaite. Sa première entre e cette guerre, on lui donna pour
prise fut le siège de Sélinonte. L’at lieutenant lmilcon, tils d’Hannon, qui
taque fut très-vive, et la défense ne était de la même famille. Les prépa
le fut pas moins: les femmes mêmes, ratifs de la guerre furent proportion
les enfants et les vieillards montrèrent nés au grand dessein que les Cartha
un courage au-dessus de leur âge et de ginois avaient conçu. Le nombre des
leurs forces. Après une longue résis troupes montait, selon Timée , à plus
tance, la ville fut prise d’assaut, et de 120 mille hommes; Éphore. les
livrée au pillage. Le vainqueur exerça orte à 300 mille. Les ennemis, de
les dernières cruautés, sans avoir égard car côté, s’étaient mis en état de les
ni au sexe, ni à l’dge. Il fit déman bien recevoir, et les Syracusains avaient
teler la ville, qu'il rendit aux habi cnvo ‘é chez tous les alliés pour y le
tants que le fer avait épargnés. à con ver es troupes, et dans toutes les
dition qu’ils se reconnaîtraient sujets villes de la Sicile , pour les exhorter
de Carthage et lui payeraient un tribut. à défendre courageusement leur li
Hymère, qu’il assiégea ensuite, et berté.
u’il prit aussi d’assaut, a rès avoir Agrigente s’attendait à essuyer les
eté traitée avec encore plus e cruauté, premières attaques. C’était une ville
fut entièrement rasée. Il fit souffrir uissamment riche, et environnée de
toutes sortes d‘ignominies et de sup onnes fortifications. Annibal com
plices à trois mille prisonniers, et les mence, en effet, la campagne par le
fit égorger tous dans l’endroit même siège de cette place, située, de même
où son grand-père avait été tué, pour que Sélinonte , sur la côte de Sicile
apaiser et satisfaire ses mânes par qui revarde l‘Afrique. Ne la iugeant
le sang de ces malheureuses victi renabîe que par un endroit, il tourne
mes. ous ses efforts de ce côté-là, fait
Après cette expédition, Annibal re approcher des murs deux tours d'une
tourna à Carthage, chargé d’un im hauteur extraordinaire, ordonne la'
mense butin. Toute la ville sortit au démolition des tombeaux qui envi
devant de lui, et le reçut au milieu ronnaient la ville, et fait construire,
des cris de joie et des applaudissements avec leurs décombres, un a ger qui
unanimes : car en quelques jours il s’élève jusqu’à la hauteur es mu
avait plus fait que les généraux qui l’a railles. Bientôt une peste effroyable
vaient précédé dans le cours de plu ravage l’armée carthaginoise; Anni
sieurs campagnes. bal même périt victime du fléau. Les
FONDATION DE LA VILLE DE Tann soldats superstitieux croient voir dans
uns , EN SICILE , nNvInoN 408 AVANT les ravages de cette terrible maladie
L’Ènn CHRÉTIENNE. —- Ces brillants une punition des dieux, qui vengeaient
succès inspirèrent aux carthaginois ainsi les morts de l’outrage qu’on avait
le désir et l'es ir de s’emparer fait à leur dernière demeure. On cesse
de la Sicile entière. Mais avant de de toucher aux tombeaux; on ordonne
commencer la guerre, ils fondèrent des prières d'après le rit de Carthage ,
sur la côte septentrionale, auprès et, suivant la coutume barbare obser
d'une source d’eau chaude, une ville vée dans cette ville, on immole un
à laquelle sa position lit donner le enfant à Saturne, et l’on jette plu
nom de Thermes; ils la peuplèrent de sieurs victimes dans la mer en l’hon
carthaginois et d’Africains. neur de Neptune.
EXPÉDITION n’ANNInAI. s1‘ p’lMIL Ce endant les Syracusains, avec une
coN, suie); d’AGIiIGENTn, 407 m arm e de trente mille hommes et de
406 AVANT L’isns VULGAIRE. —— uel cinq mille chevaux, viennent au se
que temps après, les carthaginois cours d’Agrigente. Ils remportent une
CARTHAGE. 9
grande victoire sur l’armée des Car quent de pillage. On y trouva un nom
thaginois; ils les tiennent bloqués bre iniini de tableaux , de vases , de
dans leur camp, leur coupent les vi statues de toute sorte; car les arts
vres, et les réduisent à la plus déplo d'imitation étaient très-florissants dans
rable extrémité. Effrayés de leur der Agrigente. Parmi ces monuments pré
nier échec, les'assiégeants n‘osaient cieux qu’lmilco'n envoya à Carthage,
sortir de leurs retranchements pour était le fameux taureau de Phalaris,
livrer bataille. Déjà la famine avait qui, 260 ans plus tard , après la ruine '
fait périr un grand nombre de sol e cette ville, fut rendu aux Agrigen
dats , déjà les mercenaires menaçaient tins par Scipion Émiiien.
de passer à l'ennemi, lorsqu’un évé SIEGE E1‘ pnrss ne GÉLA PAn
nement imprévu vint changer la face IMILcoN; ‘muni ENTRE LES CAB
des affaires. Imilcon apprend par un rHAGrNoLs et DENYS L'ANCIEN, 'rv
transfuge que les Syracusains envoient nAN DE Svu-AcUsE , 404 AVANT L‘itns
par mer a Agrigente un convoi c0nsi-' CHRÉTIENNE. — Le siégé d’Agrîgente .1
dérable de vivres. Aussitôt, ce général, avait duré huit mois. Imilcon avait
avec quarante trirèmes, leur dresse épargné les maisons articulières pour
une embuscade. Les Syracusains navi servir de quartier d‘ iver à ses trou
guaient sans ordre , persuadés que les pes. Lors u’elles se furent reposées
carthaginois, tant a cause de leur de leurs fa igues , il en sortit au com
défaite récente qu'à cause de la saison mencement du printemps et rasa en
des tempêtes qui approchait, n'ose tièrement la ville. Imrlcon assiégea
raient pas se mettre en mer. Imilcon ensuite Géla, et la prit malgré le se
prolite de leur négligence , détruit cours qu‘y mena Denys le 'I‘ ran , qui
toute leur flotte et s’cmpare du con s’était‘ emparé de l’autorit a Syra
vor. cuse. Ce prince éprouva un échec con
La famine passa alors du camp des sidérable.dans une attaque dirigée '
assiégeants dans la ville. Les Agrigen contre le camp des carthaginois- Le
tins se trouvèrent tellement pressés, seul résultat qu’il put obtenir , fut de
que. se voyant sans espérances et sans sauver, de la colère du vainqueur, les
ressources , ils prirent le parti d'aban ‘habitants de Géla et de Camarine,
donner leurs murailles. On marqua la dontril protégea la retraite avec ses
nuit suivante pour ‘le départ. Alors troupes, et qu’il établit sur ‘le terri
une foule innombrable d’hommes, de toile de Syracuse. Cependant,‘ une
femmes, d’enfants, protégés par les maladie conta ' use qui se déclara dans
soldats, sortent de lasville au milieu - le camp des mthagtnois et leur en
des émissements et des sanglots ,' leva la moitiëlde leur armée, engagea
aban onnant à la merci du vain ueur Imilcon à proposer aux Syracusains
leurs richesses, leurs foyers, eurs des conditions de paix. Denys, «qui
dieux ‘domestiques, et, ce qui‘aug - venait d'éprouver de grands revers,
mentait encore leur douleur, les bles ‘et dont la puissance uétait.pas. en-n"
sés, les malades et les 'vieiliards. Ces 'eoresolidement' établie à Svracuæ,
infortunés se réfugièrent d'abord à accepta avec joie ces pro sitions.
Géla, et obtinrent ensuite de la pitié Les conditions du traite furent que
des Syracusains la ville des Léontius les carthaginois . outre leurs anciennes
pour asile. . conquêtes dans la Sicile, demeure
Cependant Imilcon entra dans la raient maîtres du aÿs des Sicaniens,
ville, et fit égorger tous ceux qui y do Sélinonte, d’ grigente et d’Hy
étaient restés. On peut se faire une mère, comme aussi de celui de Géla
idée de l’immensité du butin dans une et de Camarine, dont les habitants
des cités les plus opulentes de la Si pourraient demeurer dans leurs villes
cile, peuplée, selon Diodore, de deux démantelées, en payant tribut aux Car
cent mille habitants, et qui n’avait thaginois; que les Léontins , les Mes
jamais souffert de siège, ni par consé séniens-et tous les Siciliens vivraient
10
selon leurs lois et conserveraient leur d'envahir toute‘ la Sicile; que si l’on
liberté et leur indépendance; qu’enfin n’arrêtait leurs ro rès, leur capitale
les Syracusains demeureraient soumis se verrait bient t e e-méme attaquée;
à Denys. qu’il fallait profiter, pour se délivrer
Imilcon, après la conclusion du e ces barbares, du moment où la
traité, retourna à Carthage, où les peste qui ravageait leur pays les met
débris de son armée apportèrent la tait hors d’état de se défendre. Les
peste , qui fit périr un grand nombre Syracusains ap laudissent le discours
de citoyens. et les projets e leur premier magis
RENOUVELLEMENT nEs nosrrmrÉs trat.
PAa DENYs LE TYRAN, 399 AVANT Sans aucun sujet de plainte, sans
L’EaE vULGAmE. — Denys n’avait déclaration de guerre, il abandonne
conclu la paix avec les carthaginois au pillage et à la fureur du peuple
que pour se donner le temps d’affer les biens et les personnes des Cartha
mir son autorité naissante, et de tra ginois, qui, sur la foi des traités,
vailler aux préparatifs de la guerre exerçaient le commerce à Syracuse;
qu’il méditait contre eux. Ses prépara on force leurs maisons , on pille leurs
tifs furent immenses. Syracuse en effets, on leur fait souffrir toutes
tière était devenue un vaste atelier, sortes d’ignominies et de supplices,
où , ‘de toutes parts, ou était occupé à en représailles des cruautés qu’ils
fabriquer des armes , des machines de avaient exercées contre les habitants
guerre (") et des vaisseaux. Corinthe du ‘ays, et cet horrible exemple de
avait, la première , construit des vais per (lié et d’inhumanité fut suivi dans
seaux à trois rangs de rames; c’est toute l’étendue de la Sicile.
du temps de Denys que Syracuse, Denys, après cette sanglante in
colonie de Corinthe, perfectionna cette fraction des traités, osa envoyer des
invention en construisant des navires députés aux carthaginois, our de
à quatre et à cinq rangs de rames. mander qu’ils rendissent la iherté à
Denys animait le travail par sa pré toutes les villes de Sicile, et leur dé
sence, par des libéralités et des louan clarer qu’en cas de refus , ils y seraient
ges qu’il savait dispenser à propos, et traités comme ennemis.
surtout par des manières populaires Cette provocation jeta une grande
et engageantes, moyens encore plus alarme à Cartha e, surtout à cause
efficaces que tout le reste pour réveil de l’état déplora le où elle se trou
ler l’industrie et l’ardeur des ouvriers, vait.
et il faisait souvent manger avec lui SIÈGE DE MorYA PAR LEs SYaA
ceux qui excellaient dans leur genre. cUsAINs , 397 ANs AvAN'r L’ÈEE CHRÉ
Quand tous ces préparatifs furent TIENNE. -— Denys ouvrit la campagne
achevés, et qu’il ont levé un grand par le siège de Motya, qui était la
nombre de troupes‘en différents pays, place d’armcs des carthaginois en Si
il fit sentir aux Syracusains que les cile, et il poussa vivement ce siégé,
carthaginois n’avaient d’autre but que sans qu’Imilcon, qui commandait la
flotte ennemie, pût s’y opposer. De
nys avait sous ses ordres uatre-vingt
(") Parmi les machines de guerre, Diodore
mentionne-les catapultes. Élicu et Pluiarque mille fantassins, trois mil e cavaliers ,
disenl qu'ellesfurent inventées alors en Sicile, deux cents vaisseaux de guerre et cinq
Mais il est sûr que cette arme terrible ful cm ' cents vaisseaux de charge. Débarque
prunlée par les Grecs auxpeuples orientaux; devant la lace, il lit avancer‘ ses
car les livres sacrés en font mention en 8x0 machines , a fit battre avec le bélier,
avant l'ère vulgaire , sous le règne d'Osias, approcha des murs des tours à six
roi de J‘èrusalcm. Voy. sur l'époque de cette étages, qui étaient portées sur des
invention la Poliorcétique des anciens, par roues et qui égalaient la hauteur des
M. Bureau de la Malle, pag. 356 et suiv. maisons. De la, il incommodait fort
Paris, 181g, chez F. Didot. ‘les assiégés par ses catapultes, ma
CARTHAGE. il
chinée jusqu'alors inconnues aux Car flotte, sous la conduite de' ‘Magma,
thàginois, et qui leur inspiraient une côtoyait les bords de la mer.
rande terreur par la force et le nom L’arrivée des Carthaginols jeta un
äre des traits et des pierres qu’clles and trouble dans la capitale de la
lançaient. La ville lit une longue et icile. Magon, à la tête de ses navires
vigoureuserésistance.L'enceinte prise, de guerre. chargés des dépouilles de
les habitants barricadèrent leurs mai- ' la flotte ennemie, sur laquelle il venait
sons, et s’y défendirent avec opiniâ de remporter une victoire signalée,
treté. Ce nouveau siège .coûta plus de entra comme en triomphe dans le grand
monde aux Syracusains que le pre port, suivi de ses vaisseaux de charge.
mier. Enfin, la ville fut‘prise, et tous On vit en même tem s, du côté de la
les habitants passés au fil de l’é ée, terre, arriver la nomgreuse armée que
excepté ceux qui se réfugièrent (ans conduisait Imilc'on. Ce général fit dres
leurs temples. On abandonna le pillage ser sa tente dans le temple même de
aux soldats. Denys, y ayant laissé une Jupiter. Le reste de l’armée campa
bonne garnison et un gouvernement dans les environs à douze stades ,
sûr, retourna à Syraeuse. c'estLà-dire , un peu plus d'une demi
SIÈGE DE SYnAcusE PAR LES cAn lieue de la ville. Bientôt il range ses
THAGINOIS, 396 ET 395 AVANT L’ERE troupes en bataille sous les murs de
CHRÉTIENNE. — Pendant que Denys la place, et s’efforce, mais en vain ,
assiégeait Motya, Imiicon, que les d’attirer les Syracusains au combat.
carthaginois avaient nommé suffète , Non content d'avoir ainsi obtenu des
occupé en Afrique des apprêts de la assiégés l’aveu de leur faiblesse sur
guerre , conçut un projet de diversion terre, il veut encore leur montrer que,
qui fut exécuté avec une audace re sur la mer, ils ne sont pas moins in
marquable. Il met un commandant férieurs aux carthaginois. Du grand
actif à la tête de dix vaisseaux légers , port qu’il occupait, il envoie cent vais
et lui ordonne de partir secrètement seaux d’élite qui s'emparent des au
la nuit, de voguer à toutes voiles vers tres ports sans résistance. Pendant
Syracuse, de forcer l'entrée du port trente jours , il porte le‘ravage et la
et de détruire les vaisseaux qu’on y désolation dans tout le territoire de Sy
avait laissés. L'officier entre la nuit, racuse. II se rend maître du faubourg
sans être aperçu, dans le port de Syra d’Achradine, pille les temples de Cérès
cuse, coule à fond tous les vaisseaux et de Proserpine, et, pour fortifier
qui s’y trouvaient, et reprend la route son camp, il abat tous les tombeaux
e Carthage. - qui environnaient la ville,et, entre au
L’année suivante, Imilcon revint en tres, celui de Gélon et de Démarète sa
Sicileavec une armée composée , sui femme, qui était d'une magnificence
vant Ephore, de trois cent mille hom extraordinaire.
mes de pied et de quatre mille chevaux; Cette impiété, dit Diodore, attira
mais que Timée, dont l’assertion nous sur Imilcon le courroux des dieux. La
paraît plus probable, ne fait monter en fortune changea de face, et d’affreux
tout qu’à cent mille combattants. Sa revers suivirent les brillants succès
flotte était composée de trois cents qui avaient signalé le commencement
‘vaisseaux de guerre , et de six cents de la campagne. D'abord les Syracu
vaisseaux de transport pour les vivres sains, ayant repris confiance , avaient
et les munitions. Il ahorda à Palerme, eu l'avantage dans quelques légères
recouvra Éryx par composition, Motya escarmouches. Des terreurs paniqués
par la force , prit et rasa Messine, et troublaient chaque nuit le camp des
s'empara de Catane et de quelques au Africains. Imilcon l’entoura de nou
tres villes. Animé par ses heureux suc veaux ouvrages et construisit trois
cès, il marche vers Syracuse pour en forts, l'un à Pleminyre, l’autre vers
former le siège, menant ses troupes le milieu du port, etle dernier près du
de pied par terre , ‘pendant que sa temple de Jupiter Il les approvisionna
12
de blé, de vin et de toutes les choses porté toutes leurs forces à la défense
nécessaires à la défense; car il pré de leur camp, se précipitent en tu
voyait que cette guerre serait plus multe vers e port pour tâcher de
longue et plus difficile qu'il ne l’avait sauver leur flotte. Mais la diligence
cru d’abor . des ennemis les a prévenus. Ils n’ont
Pzsrx HORRIBLE DANS LE CAMP pas eu le tem s de se mettre en dé
nus CAa'rnAcINols. — Mais bientôt fense que déjà a plu art de leurs vais
une maladie contagieuse se déclara seaux sont ris, cou és à fond ou con
dans son armée et y lit des ravages sumés par es flammes. Ces premiers
incroyables. On était dans le fort de succès augmentèrent tellement la con
l’été, et la ‘chaleur, cette année, était fiance des Syracusains , que les enfants
excessive. De plus, son camp était et les vieillards se mêlèrent à l’armée
placé dans une vallée basse et maré et à la flotte, et voulurent aussi avoir
cageuse, circonstances favorables au leur part des périls et de la victoire.
développement de l‘épidémie qui, dans La nuit mit n au combat, et Denys
le même emplacement, avait décimé plaça son camp en face du camp en
les Athéniens lorsqu'ils assiégèrent nemi , près du temple de Jupiter.
Syracuse. Imilcon, vaincu à la fois sur terre
La contagion commença par les et sur mer, envoya secrètement vers
Africains qui mouraient par centaines. Denys pour lui demander la permis
D’abord on enterrait les morts, ou sion d’emmener avec lui à Carthage le
soignait les malades;.mais tous les re peu qui lui restait de troupes. Il offrait
mèdes étant inefficaces, le mal se com pour obtenir cette grace tout l’argent
muniquant à tous ceux qui assistaient qu’il possédait encore, et qui ne se
les pestiférés, et le nombre des vic montait pas à plus de trois cents talents
times s'accroissent tous les jours, les (I650 mille francs). Il ne put obtenir
cadavres demeurèrent sans sépulture cette grâce que pour les Carthagmols
et les malades sans secours. Bientôt, avec lesquels il s’échappa pendant la
l’infecticn causée par la putréfaction nuit‘, laissant tous les autres soldats
de ces cadavres augmenta l'intensité à la discrétion de l'ennemi.
du fléau. - Ainsi, dit Diodore, ces conquérants
Cette peste, dit Diodore, indépen qui s’étaient emparés de toutes les
damment des bubons, des [lèvres vio villes de Sicile, à l’exception de Syra
lentes et des engorgements glandulai cuse que même ils regardaient déjà
res, signes caractéristiques de cette comme une proie assurée, se vo aient
maladie,
tômes était accom née
extraordinaires‘îaäe de symp
cruelles dys réduits à trembler pour le sa ut de
leur patrie. Ceux qui avaient détruit les
senteries , de pesanteurs dans les jam tombeaux des Syracusains laissaient
bes, de douleurs aiguës dans la moelle’ étendus sur la terre étrangère, et pri
épinière, de frénésie même et de fus vés des honneurs de la sépulture, cent
reur telles qu’ils se jetaient sur qui cinquante mille cadavres de leurs con
conque se trouvait sur leur passage et‘ citoyens que la peste avait moisson
les mettaient en pièces. nés. Ceux qui avaient porté le fer et
Denys, connaissant le déplorable le feu dans le territoire de Syracuse
état de l’armée des carthaginois, les avaient vu, par un juste retour du sort,
attaque de trois côtés à la fois avec leur flotte immense consumée par les
toutes ses forces. Dans la confusion flammes. Ceux qui avec toute leur ar
où cette ætriple attaque jette les Afri mée étaient entrés orgueilleusement
cains, il emporte ’assaut deux des dans le port de Syracuse, parés des
forteresses qu’ils avaient construites. dépouilles ennemies et dans tout l’é
En même temps la flotte syracusaine clat du triomphe, ne prévoyaient pas
vient fondre sur leurs vaisseaux. Les u‘ils seraient forcés de s’écha per
carthaginois, qui pensaient n'être at ivemeut au milieu de la nuit, a au
taqués que sur terre et qui avaient donnant leurs alliés, leurs compagnons
CARTHAGE. 13
d'armes aux vengeances d'un ennemi pays : pour réparer l'outrage ni leur
justement irrité. Le chef lui-même avait été fait par le pillage e leurs
d'une armée si nombreuse, ce fier temples, on leur érigea de magnifiques
Imilcon qui avait osé dresser sa tente statues; on leur donna pour prêtres
dans le temple de_ Jupiter olympien, les citoyens les lus distingués de la
et porter sur les trésors du dieu une ville; on leur 0 frit des sacrifices et
main sacrilège, est réduit à implorer des victimes selon le rit grec, et l'on
une capitulation honteuse pour rame n'omit rien de ce qu'on croyait pou
ner du moins à Carthage quelques voir rendre ces déesses propices à la
restes de ses concitoyens. Les dieux république. Après s'être acquitté en
lui infligent pour peine de son impiété vers les dieux, on‘s'occupa activement
une vie misérable, déshonorée, en butte des préparatifs de la guerre. Heureu
aux reproches, aux outra es, à la ma . sement pour les carthaginois, la nom
lédiction universelle. On e voit, con breuse année des rebelles était sans
traint d'humilier son orgueil, couvert chefs; nulles provisions, nulles ma
de misérables haillons, se prosterner chines de guerre, point de discipline
dans les temples, faire l'aveu public de ni de subordination: chacun voulait
son impiété. implorer le pardon de commander ou se conduire à son gré.
ces mêmes dieux qu'il avait outragés; La division s'étant donc mise parmi ces
enlin, ne pouvant échapper aux re troupes, et la famine augmentant tous
mords de sa conscience, il s'impose les jours de plus en plus dans leur
la faim pour supplice et se laisse ex camp, ils se retirèrent chacun dans
pirer d'une mort lente et douloureuse. son pays , et délivrèrent Cartilage d'une
RÉVOLTE DES AFRICAINS CONTRE grande terreur.
LES CAIITHAGINOIS , 395 AVANT L'EIIE EXPÉDITION DE MAG ON EN SIcILE;
VULGAIRE. —'— Un nouveau surcroît de TRAITÉ ENTRE LEs CARTIIAoINoIs ET
malheurs vint accabler les Carthagi DENYS , TvaAN DE SYnAcUsE; DE
nois. Les Africains, qui depuis long 395 A 383 AVANT J. C. — Cependant
temps supportaient avec peine la do les Carthaginois, ayant eu le temps de
mination de Carthage, irrités alors rétablir leurs forces , font passer Ma
jusqu'à la fureur de ce que le général gon en Sicile , à la tête d'une nouvelle
de cette ré ublique avait lâchement armée. Ce général reconquit les an
abandonné eurs compatriotes, et les ciennes possessions carthaginoises, fit
avait livrés aux vengeances des Sy révolter plusieurs villes soumises à De
racusains, se préparèrent à la révolte. nys, et s'avança jusqu'à Agyris (*).
L'état de détresse de leurs domina Denys s'y était porté de Syracuse, et
teurs leur inspirait l'espoir de recou les forces des deux partis étant balan
vrer facilement leur indépendance. Ils cées, les Siciliens et les Carthaginols
se liguent entre eux, arment jusqu'aux s'accordèrent sur les bases d'un traité
esclaves, forment en peu de temps de paix. Les conditions furent les
une armée de deux cent mille hommes, mêmes que celles du traité conclu en
s'emparent de Tunis, et après avoir tre Imilcon et Denys, après la prise
vaincu les carthaginois en rase cam d'AgrIgente et de Géla, dont nous
pagne, dans plusieurs combats, ils les avons déjà rapporté la substance. Il
forcèrent à se renfermer dans leurs n'y eut d‘ajouté que ces deux clauses :
murailles. La ville se crut perdue : on que Magon abandonnerait Tauromi
regarda cc soulèvement imprévu com nium aux Syracusains, et que les Si
me un effet et comme une suite de la cules, jusqu'alors libres et indépen
colère des dieux, qui poursuivait les dants, seraient à l'avenir sujets de
coupahlesjus ue dans Carthage même. Denys.
Les peuples, ans leurs malheurs, sont Ce traité dura neuf années consécu
poussés par la crainte à la supersti tives.
tion. Cérès et Proserpine étaient des (*) Eulre Enna cl Catane, à 20 lieues eu
divinités inconnues jusque-là dans le viron de Syracuse.
14
RENOUVELLEMENT DE LA GUERRE Magon se montra rudent et ‘modéré
EN SICILE; MORT DE MAooN, SUF dans la victoire. 1 accorda à Denys
EETE ET GÉNÉRAL DES CARTEAGI une paix honorable. Les carthaginois
NoIs; 383 AVANT L’EnE CHRÉTIENNE. conservèrent toutes leurs possessions
— Cependant Denys excite à la défec en Sicile, y acquireut en outre Séli
tion les villes soumises aux carthagi nonte etune partie du territoire d’A
nois, et les reçoit dans son alliance. grigente , et exigèrent mille talents (‘)
Ceux-ci, craignant pour leurs posses pour les frais de la guerre.
sions, envoient de nouveau Magon en SÉNATUs-coNsULTE QUI INTERDIT
Sicile, à la tête de quatre-vingt mille Aux CARTHAGINoIs D’APPRENDRE ET
hommes. Après quelques combats, où DE PARLER LES LANGUES ÉTRANGÈ
les succès furent balancés, une bataille REs. —Ce fut à peu près vers ce temps
décisive se livra auprès de Cabala. De là , dit-on , qu’un citoyen de Carthage
nVs y fit des prodiges de courage et ayant écrit en grec à Denys pour lui
d‘habileté, tua dix mille hommes aux donner avis du dé art de l'armée car
ennemis, et fit cinq mille prisonniers. thaginoise, il fut éfendu par arrêt du
Magon perdit la vie dans cette bataille, sénat aux carthaginois d'apprendre à
et les carthaginois effrayés demandè écrire ou à parler la langue grecque,
rent la paix‘ a Denys. Celui-ci leur ré pour les mettre hors d état d’avoir
ondit qu’il ne poserait les armes que aucun commerce avec les‘ ennemis ,
orsque les Cart aginois auraient con soit par lettre, soit de vive voix.
sent! à évacuer la Sicile entière , et L’existence de ce décret, dont Justin
à payer les frais de la guerre. seul fait mention, me semble peu pro
EXPÉDITION DE MAooN II EN SI bable. Du moins, s’il a jamais existé,
cILE, 382 AVANT L’ERE VULGAIRE. il dut bientôt tomber en désuétude.
—— Cesconditions leur semblèreut ex Les relations de guerre et de com
trêmement dures, et, pour les éluder, merce que Carthage avait avec la Si
ils recoururent à leur adresse accou cile et les provinces voisines rendaient
tumée. Ils feignent d'accepter ce traité son exécution presque impossible. Nous
désavantageux et humiliant; mais, sous savons d’ailleurs qu’Amilcar Barca et
prétexte qu’ils ne,peuvent livrer les le fameux Annibal haranguaient leurs
villes sans l’ordre du gouvernement, auxiliaires dans leur propre langue;
ils obtiennent une trêve assez longue que ce dernier, suivant Cornélius
our envoyer demander la ratification Népos et Plutarque, cultiva la litté
a Carthage. On y profite de ce répit rature grecque, et composa dans cette
pour lever et exercer de nouvelles trou langue les mémoires de ses campagnes
pes. On leur donne pour chef Magon, et l’inscription du temple de Junon
fils du général qui avait péri dans la Lacinia ni a été vue et mentionnée
dernière bataille. Il était encore dans la par Poly e. r
première jeunesse; mais déjà son ha PESTE A CARTRAGE; NOUVELLE mâ
)iletê, son courage, sa prudence, l'a voLTE DEs AFRICAINS ET DES SARDEs;
vaient fait distinguer. Pendant le court DE 379 A 368 AVANT L’ERE VULGAIRE.
espace de la trève ses encourage “Cartilage était affaiblie par une peste
ments et ses leçons etablirent la dis épouvantable qui avait fait de grands
cipline dans son armée, et lui inspi ravages dans ses murs. Les Africains
rèrent une juste confiance dans ses et les Sardes- voulurent profiter de
forces. cette occasion pour secouer le joug;
Aussitôt après l’expiration de la mais les uns et les autres furent
trève, il livra contre Denys une ba domptés et forcés de rentrer dans l’o
taille, où Leptine, l’un des lus habiles héissance.
énéraux du tyran, fut tu , et où les RENOUVELLEMENT DE LA GUERRE
Ëyracusains , à qui les ennemis ne fai ENTRE DENvs ET LEs CARTIIAGINOIS;
saient point de quartier, laissèrent
plus de quatorze mille morts. Lejcune (') 5,500,000 fr.
CARTHAGE 15
MORT DE DENvs; 368 AVANT L’ERE mesure à tous les excès de la haine et
VULGAIBE. —— Vers le même temps, de la vengeance. Les Syracusains se
Denys veut encore profiter des em révoltèrent de nouveau contre lui et
barras d'es carthaginois pour renou appelcrent à leur secours Icétas, ty
veler la guerre. Une armée de trente ran ‘de Léontium, qui s’cmpara de
mille Siciliens, de trois mille chevaux toute la ville, excepté de la citadelle
et de trois cents vaisseaux prend Séli où Denys réussit à se maintenir.
nonte, Entelle’ et Eryx. Mais elle est La conjoncture de ces troubles parut
obligée de lever le siège de Lilybée. La favorable aux Carthaginois pour réa
flotte de Denys est surprise par celle liser leur désir obstiné de s’emparer
des carthaginois qui lui enlèvent trente de la Sicile, et ils envo èrent dans
vaisseaux. Les deux partis, las de la cette ‘île une nombreuse totte et une
guerre, font un nouveau traité de armée de soixante mille hommes com
paix. Peu de temps après, Carthage mandés par Magon. Dans cette extré
se vit délivrée de son ennemi le plus mité, ceux d‘entre les Syracusains qui
formidable. Denys mourut après trente étaient le mieux intentionnés eurent
huit années de règne , âgé de soixante recours aux Corinthiens, leurs fonda
trois ans. Il eut pour successeur teurs, qui les avaient déjà souvent ai
Denys son-fils aîné, qu’on a distingué dés dans leurs périls. Ceux-ci leur en
par le nom de Denys le Jeune. vovèrent Timoléon. C’était un général
SECOND TRAITÉ ENTRE LES Ro habile et un citoyen vertueux, qui avait
MAINS ET LEs CARTHAGINoIs, L’AN signalé son zèle pour le bien public en
402 DE LA FONDATION DE Route, 352 afl'ranchissant sa patrie du joug de la
AVANT J. C. —- Nous avons déjà rap t'rannie, aux dépens de sa propre
porté un premier traité entre les Ro fâmille. Il partit avec dix vaisseaux
mains et les carthaginois. Il y en eut seulement, et, étant arrivé a Rhége,
un second qu’Orose dit avoir été conclu il éluda par un heureux stratagème la
la quatre cent deuxième année avant vigilance des carthaginois qui, ayant
la fondation de Rome, et par consé été avertis de son départ et de son
quent vers le temps dont nous parlons. dessein par Icétas, voulaient l'empê
Ce second traité contenait à peu près cher de asser en Sicile.
les mêmes conditions que le premier, Timol on n’avait guère plus de mille
excepté que les habitants de 'I‘yr et soldats avec lui; avec ce faible déta
d’Utique y étaient nommément com chement il marche hardiment au se
pris et joints aux carthaginois. cours de Syracuse, écrase auprès d’A
GUEIIIIE DES CAETIIAoINoIs coN driana l‘armée d’lcétas qui lui était bien
TRE DENYS LE JEUNE; TIMOLÉON supérieure en nombre , et, profitant de
VIENT AU SECOURS DE SYRAcUsE; DE sa victoire, il réussit à s’emparer d’une
352 A 342 AVANT L’ERE VULGAIRE. —— partie de la capitale de la Sicile. Icétas,
Après la mort du premier Denys, il effrayé de l’audace et des succès de
y eut de grands troubles à Syracuse. Timoléon ,' livre le grand port aux
Denys , qui, sans avoir aucun des ta carthaginois qui y font entrer cent
lents de son père, en avait exagéré cinquante vaisseaux , et débarquent
tous les défauts et tous les vices, se soixante mille hommes dans la partie
plongea dans la mollesse et la débauche, de la ville voisine de la rade. Etrange
et devint pour tous un objet de mépris position des Syracusains, où ils sem
et de haine. Syracuse lui déclara la blaient avoir perdu même jusqu’à l'es
guerre et le chassa de ses murs. Il fut pérance! Ils voyaient les carthaginois
accueilli parles Locriens sur lesquels maîtres du port, Denys de la citadelle,
il exerça pendant six ans une horrible Icétas de l’Achradine et de la ville
tyrannie. Chassé encore de Locres par neuve. Heureusement Denys, qui était
les habitants ligués contre lui, il re sans ressources, remit à Timoléon la
vint en Sicile, et rentra par trahison citadelle avec toutes les troupes, les
dans Syracuse où il s’abandonua sans armes et les vivres qui s’y trouvaient,
16
et en obtint un sauf-conduit pour se épouvanté de la supériorité des forces
réfugier à Corinthe. Il y eut alors une ennemies , que , dans sa nombreuse
suspension d’hostilités entre les trois garnison , Timoléon eut peine à trou
armées qui occupaient Syracuse. ver trois mille Syracusams et quatre
La plupart des, auxiliaires de Mavon mille mercenaires qui osassent le. sui
étaient Grecs. Ils se mélèrent pendant vre; encore, parmi ces derniers, il y
la trêve avec les soldats de Timoléon. en eut mille qui se laissèrent entraîner
Ceux-ci leur représentaient sans cesse par la crainte , et qui désertèrent pen
qu'il était indigne de leur nom et de dant la marche. Timoléon, loin d’être
leur courage d’employer leurs armes à ému de leur départ, regarda comme ,
la ruine d une des plus belles villes un avantage que ces lâches se fussent
fondées par les Grecs, pour la son déclarés avant le combat. Il encourage
mcttre à la domination barbare des par son air et par ses discours pleins
carthaginois; que l'appui que ceux-ci de confiance le reste de sa petite ar
prêtaient à Icétas n’était qu’un prétexte mée, et la mène droit à l’ennemi,
pour déguiser leurs projets ambitieux campé près du fleuve Crimise.
sur Syracuse et sur la Sicile. Ces insi ' Attaquer avec cinq mille fantassins
nuations se répandent dans le camp et mille cavaliers seulement une armée
des Africains; Magon, d’un caractère de soixante-dix mille hommes, abon
faible et pusillanime, que les entre ri damment pourvue de tous les moyens
ses hardies de Timoléon avaient éjà de défense, engager le combat à huit
frappé de terreur, se croit au moment journées de Syracuse , sans nul espoir
d’étre trahi et abandonné par ses trou de secours, sans aucun moyen de re
pcs, et la peur grossissant le péril à traite, c’était dans Timoléon un excès
ses yeux, il rembar ne son armée, s’é d’audace qui semblait tenir de la folie;
,loigne du port, et ait voile vers Car et cependant la témérité seule pouvait
thage. Dès que Magon fut arrivé dans donner la victoire. Il se sert habile
cette ville, on lui fit son procès; mais ment, pour rendre l’espoir à ses sol
il révint son supplice par une mort dats, du puissant mobile des présages
volontaire, et son corps fut attaché à ‘et des augures; il fait passer dans leurs
une croix et exposé en spectacle au âmes l’enthousiasme et la confiance
peuple. Le lendemain du départ de qui l’animent, et tombe à l’improviste
Magon, Timoléon attaque Syracuse par sur les Cartha inois, au moment où
trois endroits à la fois, renverse et ils passent la rivière. Au même ins
met en fuite les troupes d’Icétas, et tant, un ouragan épouvantable, ac
s’empare de la ville sans avoir-perdu compagné d'éclairs, de tonnerres, et
un seul de ses soldats. de grêlons énormes, éclata tout à coup
NOUVEAUX Erron'rs nEs CAn'mA sur leurs têtes : ce fut pour les Grécs
GINOIS EN SICILE; AmLeAn II E'r un puissant auxiliaire; car l’orage, les
ANNIBAL 11 50m auras un TIMO frappant par derrière, ne les incom
LÉON; 340 AVANT L’EnE vuLGArnE. modait que faiblement, tandis que le
-- Les carthaginois, jaloux de laver vent, la réle et les éclairs fra paient
la honte de leurs armes, é uipent deux en face es carthaginois. En utte à
cents vaisseaux longs, mi le vaisseaux la fureur des éléments, et vigoureuse
de charge, et les envoient en Sicile, ment pressés par les Grecs, ils ne
chargés de soixante-dix mille combat peuvent résister et prennent la fuite.
tants et d’un immense a pareil de Dès lors ce n'est plus qu’une déroute,
uerre. Ils abordèrent à Li ybée, sous une horrible confusion : les chars, les
a conduite d’Amilcar et d’Annibal, et cavaliers, les fantassins, se précipitent
résolurent d’aller d’abord atta uer les à la fois dans la Crimise, et s’embar
Corinthiens. Timoléon, sans tre ef rassent mutuellement dans leur fuite;
frayé de leur nombre, prit‘ aussitôt le fleuve, grossi par l’orage, les cas
le parti de marcher à leur rencontre; gloutit dans ses tourbillons. Ceux ui
mais à Syracuse, on fut tellement veulent chercher un refuge sur en
'CARTHAGE. 17
collines sont massacrés par les trou homme si uissant la découverte du
légères. La cohorte sacrée des r crime ne t plus funeste à l'État que
thaginois, composée de deux mille cinq le projet de son exécution. Se bornant
cents citoyens, les plus distingués par donc à prévenir la conspiration, ils
leurs richesses et par leur courage, fixèrent es frais des noces par un
combattit jusqu'au dernier soupir, et décret, qui, s'appliquant à tous les
se laissa massacrer tout entière plu citoyens, semblait moins désigner le
tôt que de se rendre. Les carthagi coupable que réformer un abus géné
nois laissèrent en outre dix mille ral. Hannon, entravé par cette mesure,
morts sur le champ de bataille : Ti excite les esclaves à la révolte, fixe
moléon leur fit quinze mille prison une seconde fois le jour des massacres,
niers et s'empara de leur camp, où il et, voyant encore sa trame découverte,
trouva des richesses immenses, qu'il s'empare d'un château fort avec vingt
abandonna tout entières à ses soldats mille esclaves armés. Là, tandis qu'il
sans en rien réserver pour lui-même. appelle à son secours les Africains et le
CONSPIBATION D'HANNoN coNTRE l‘Ol des Maures, il tombe aux mains
LE sENAT ET LE PEUPLE DE CAR des carthaginois, qui le font battre de
THAGE; 337 AVANT L’ERE CHËTIENNE. verges, lui font crever les yeux, rom-'
— Ce ‘fut probablement vers ce même pre les bras et les jambes, et lui don
temps, tandis que Carthage était af nent la mort aux yeux du peuple;
faibie par les revers qu'elle venait enfin son corps déchiré est mis en
d'éprouver en Sicile, qu'eut lieu la croix. Ses fils et tous ses parents,
conspiration d’Hannon, dont le récit même étrangers à son crime , sont ‘li
ne nous a été transmis que par le seul vrés au supplice, afin que de cette race
Justin. Hannon. le premier citoyen odieuse ne survécût personne qui pût
de Carthage, dont la richesse excessive imiter son exemple ou venger sa
était formidable pour la république, mort. ‘
employa ses trésors à l'asservir, et FIN DE LA GUERRE; NOUVEAU
voulut, en égorgeant le sénat, se frayer TRAITÉ DE PAIX ENTRE LEs SYRA
une route a la tyrannie. Il choisit, cUsAINs ET LEs CAR'rnAGINors; 338
pour exécuter son crime, le jour des AVANT L'ERE CHRÉTIENNE. — Après
noces de sa fille , afin de cacher plus ai la victoire remportée près du fleuve
sément, sous le voile de la reli ion, Crimise, Timoléon, laissant dans le
l'affreux dessein qu'il méditait. 1 fait pays ennemi les troupes étrangères,
dresser sous les portiques publics (*) our achever de piller et de ravager
des tables pour les citoyens, et, dans iiss terres des carthaginois, s'en re
l'intérieur de son palais, un festin tourna à Syracuse. En arrivant, il
pour le sénat, afin de le faire périr en bannit de Sicile les mille soldats qui
secret et sans témoins par des bois l'avaient abandonné en chemin, et il
sons empoisonnées, et d envahir plus les fit sortir de Syracuse avant le
aisément l'empire privé de ses chefs. coucher du soleil, sans en tirer d'au
Instruits de ce dessein ar ses servi tre ven eance.
teurs, les magistrats le dejouèrent sans Les arthaginois. aussi prompts à
le punir: ils craignaient qu'avec un se laisser abattre par les revers qu'à
s'enivrer d'espérances exagérées au
moindre succès , demandèrent la paix,
(') Ces portiques publics étaient la double que Timoléon leur accorda, à condi»
colonnade qui entourait le Car/ion, ou le
port militaire des carthaginois. Le palais tion que les bornes de leur territoire
d"Hannon s'élevait dans l'île qui occupait le seraient les rives du fleuve Halycus,
milieu du Cothôn. On peut en voir les pren qu'ils laisseraient à tous les Siciliens
ves dans les Recherche: sur la topographie la liberté d'aller s'établir à Syracuse
de Carthage, par M. Bureau de la Malle, avec leurs familles et leurs biens, et
p. 88 et planche 111. Paris, Firmin Didot. qu'ils ne conserveraicnt avec les ty
1835. rans ni alliances ni intelligences.
‘D
2' Livraison. (CAETEAGE)
18
RENOUVELLEMENT DES HOS‘I‘ILI contre les Campaniens, il fit conce
TÉS EN SlClLE; GUERRES nEs Can voir de lui de si hautes espérances,
TBAGINOIS connu AGATHOCLE, TY qu’il fut nommé général à la place de
nAN DE SYBACUSE; DE 319 A 309 Damascon qui venait de mourir , lais
AVANT L’ÈRE VULGAIRE. — Comme sant a sa femme d'immenses richesses.
l’histoire d‘Agathocle est intimement Agathocle aussitôt s’empressa d’épou
liée à l’histoire de Carthage, que ce ser la veuve, qui, depuis longtemps,
prince osa le premier porter la guerre vivait en adultère-avec lui. Ce passage‘
en Afriquc, et qu’il mit Carthage à inespéré de la pauvreté à l’opulence
deux doi ts de sa ruine,.il est né ne satisfit pas encore son ambition , il
cessaire ‘entrer dans quelques détails se fit chef de pirates et exer a ses bri
sur la naissance, sur les commence gandages contre sa patrie. es com
ments de cet homme extraordinaire, plices, faits prisonniers et mis à la
et sur les divers obstacles qu’il eut torture, le sauvèrent en ne l’accusant
à surmonter pour s‘élever à la tvran pas. Deux fois il tenta d’asservir S -
nie. ll naquit à Therma, en Sicile, racuse , et deux fois il fut condamn à
d’un otier de terre; son père l’ex l’exil.
posa ors de sa naissance, et l’avait Il s’était réfugié chez les Murgan
condamné à périr: il fut sauvé ar tins. Ceux-ci, en haine de Syracuse,
la tendresse de sa mère et élevé ciez le firent d’abord préteur et bientôt
un de ses oricles,_qui lui donna le général. Il entre en campagne, s’em
nom d’Agathocle. Son enfance fut pare de Leontium, et vient assiéger
aussi méprisable que son origine était Syracuse sa patrie. Les Syracusains
basse. Doué d’une rare beauté et d’une implorent la protection d’Amilcar, gé
grande perfection de formes, il ne néral des carthaginois, qui, abjurant
vécut longtemps qu’en prostituant sa ses sentiments de haine nationale,
pudeur: sitôt qu’il eut franchi l’âge leur envoie des secours. Syracuse vit
de la puberté, l’ardeur de ses assions donc à la fois un de ses citoyens l’as'
se dirigea des hommes vers es fem siéger avec toute l’ardeur d’un ennemi,
mes; bientôt en butte à la haine de et un ennemi la défendre avec le dé
l’un et de l’autre sexe, il se vit con vouement d’un citoyen. Comme la déc
traint d’embrasser le métier de bri fense était plus vigoureuse que l’atta
gand. Dans la suite, s’étant fixé à Sy ue , Agathocle fait supplier Amilcar
racuse, où son père et lui avaient e lui servir de médiateur auprès des
obtenu le droit de cité , il y vécut long Syracusains, promettant de reconnaî
temps dédaigné comme un homme qui tre ses bienfaits par ses services.
n’avait ni honneur ni fortune à per Amilcar, séduit par cette offre, et crai
dre; enfin, il servit comme simple gnant d’ailleurs les forces d’Agathocle,
soldat, et -on le vit toujours prêt à fait alliance avec lui, dans l’espoir
tout oser, aussi ardent pour le désor d’en obtenir, pour étendre sa puis
dre qu’il l’avait été pour la débauche. sance à Carthage, l’appui qu’il lui four
Il montrait en effet tour à tour une nirait contre les Syracusains. Il obtint
grande audace à la uerre, une élo donc, pour Agathocle, non-seulement
quence impétueuse ans les assem la paix, mais aussi la dignité de ré
blées. Aussi fut-il nommé centurion, teur à Syracuse. Agathocle fait a ors
et peu de temps après chiliarque , ou le serment solennel d’étre fidèle à Car
commandant de mille hommes. Peut thage, et reçoit d’AmiIcar cinq mille
être dut-il aussi cet avancement rapide Africains, par lesquels il fait égorger
à l’amour de Damascon, qui était les principaux Syracusains. Sous pré
éperdument épris de sa beauté. Dès texte de procéder à l’organisation des
sa première campagne, il donna aux pouvoirs, il convoque le peuple au
Syracusains des preuves signalées de théâtre , et rassemble d’abord le sénat
sa valeur dans une guerre contre les dans le gymnase , comme pour régler
habitants d’Etna. Dans la seconde, quelques préliminaires. Après avoir
CARTHAGE. l9
pris ces mesures, il fait marcher les PROJET DE PASSER EN AERIQUE; 310
soldats, enveloppe le peuple, égorge AVANT L'ERE vULoAIRE. — Les Car
le sénat, et se délivre encore, apres thaginois vainqueurs mettent- le siége_
ce massacre , des plébéiens les plus ri devant Syracuse. Agathocle , alors
ches et les audacieux. pressé par des forces de terre et de
Il lève alors des soldats, et ras mer supérieures aux siennes, mal pré
semble une armée avec laquelle il fond aré à soutenir un siège, délaissé par
brusquement sur les villes voisines, cas ses alliés révoltés de sa cruauté,
qui ne s'attendaient point à ces atta voyant la Sicile entière, à l'exception
ques. D'accord avec Amilcar, il mal. de Syracuse, au pouvoir des Barbares,
traite et persécute même les alliés de conçut un dessein si hardi et si impos
Carthage, qui envoient des députés sible à prévoir, que, même après
pour se plaindre aux carthaginois l'exécution et le succès, il parait en
moins d’Agathocle que d'Amilcar. «Le core presque incroyable. En effet, tan
« premier était un usurpateur et un dis qu'on pensait généralement qu'il
« tyran, le second un traître qui, par n'essayerait pas même de résister'aux
«un pacte frauduleux, abandonnait carthaginois, il laisse dans Syracuso
« ses alliés à leur lus cruel ennemi. une garnison suffisante, et passe en
« Pour prix d'un 0 ieux marché, dont Afrique avec l'élite de ses troupes. Au
v. le remier gage avait été le don dace vraiment extraordinaire, d'aller
« de g racuse, l'éternelle ennemie de attaquer dans leur capitale ceux contre
« Cart age, la rivale qui lui dispu lesquels il ne peut defendre la sienne;
« tait la domination de la‘Sicile, il d'envahir une terre étrangère, lors
« cédait maintenant les villes de leurs qu'il ne peut protéger sa patrie, et d'o
«i alliés. On verrait bientôt les effets 8er, vaincu, insulter à ses vainqueurs.
« de cette alliance de deux traîtres Il avait calculé que les citoyens de
et retomber sur Carthage et devenir Carthage, amollis par une longue paix,
« aussi funestes à l'Afrique qu’ils l'a ne pourraient résister à ses vieux sol
« valent été à la Sicile. » Ces plaintes dats, habitués à tous les travaux, à
irritèrent le sénat contre Amilcar; tous les périls de la guerre; que les
mais, comme la force était dans ses Africains, fatigués depuis longtemps
mains, la délibération fut secrète, et du joug oppresseur des Cartha inoIs,
les votes, avant d'être publiés, furent saisiraient avec joie l'occasion e s'en
renfermés dans une urne qui devait délivrer; qu'en un mot, par cette di
rester scellée jusqu'au retour d'un an version hardie, il arracherait l'ennemi
tre Amilcar, fils de Giscon , alors en du cœur de la Sicile, et transporterait
Sicile. La mort naturelle du général la guerre en Afrique. Le profond se
accusé rendit inutile l'adroite précau cret qu'il garda n'est pas moins sur
tion des sénateurs et la sentence se prenant que l'entreprise même. Il se
crètepar laquelle ils l'avaient condamné borna à éclater au peuple qu'il avait
sans 'entendre. Ce jugement, dont les trouvé la route de la victoire; qu'il ne
dispositions avaient transpiré, servit leur demandait que le courage de sou.
de prétexte à Agathocle pour déclarer tenir le siége pendant quelques l'ours;
la erre aux carthaginois. Il livra qu'enfin, ceux qu'effrayait l'étal pré
d'a rd, près d'H mère. une bataille sent des choses étaient libres de se
contre Amilcar, fi s de Giscon : il fut retirer. Seize cents citoyens seulement
vaincu, perdit la plus grande partie de quittèrent la ville; il fournit aux autres
son armée, et se vit contraint de se largent et les vivres nécessaires à sa
renfermer dans Syracuse. Bientôt, il défense, et n'emporta que cinquante
leva une armée plus considérable, et talents C’) pour les besoins présents,
tente une seconde fois, mais sans plus aimant mieux prendre le surplus a ses
de succès, la fortune des armes. ennemis qu'à ses alliés. Il affranchit
SIEGE DE SvRAcusE PAR LES CAR
TnAGINms; AGATROCLE FORME LE (‘) 275,000 fr.
2,.
20
tous les esclaves en état de porter les cuse, dont l'unique ressource est dé
armes, reçoit leur serment, les em sormais de faire souffrir à l'ennemi
barque et les incorpore dans ses trou ce qu'elle souffre aujourd'hui. « La
pes, persuadé qu'en confondant ainsi « guerre, leur dit-il, ne se fait pas
ces hommes de différentes conditions, a au dedans comme au dehors : au de
il établirait entre tous une émulation « dans, c'est à la patrie seule qu'il faut
de courage. Le reste fut laissé pour la « emprunter toutes ses ressources ,
défense de la patrie. « tandis qu'au dehors on peut vaincre
AGATIIOCLE TROMPE LA VIGILANCE a l'ennemi par ses propres forces, et
DES CARTHAGINoIs, ET DÉBABQUE a ses alliés rebelles, qui, las d'une
EN AERIQUE AVEC soN ARMÉE; 309 « longue servitude, accueillent avec
AVANT L'ERE vULeAIRE.-— Tout était « ‘oie des libérateurs étrangers. D'ail
prêt pour le départ; soixante vaisseaux « leurs, les villes, les châteaux de l'A
étaient armés, portant le roi et ses « frique, ne sont ni entourés de rem
deux fils, Archagathe et Héraclide; « parts, ni construits sur des monta
mais le port était bloqué par une « gnes, mais situés dans la plaine, et
flotte ennemie bien supérieure en nom « ouverts de tous côtés : la crainte de
bre. Tout à coup , un grand convoi de « leur destruction entraînera facile
vaisseaux chargés de blé se dirige vers « ment les places dans notre parti.
S racuse; les carthaginois lèvent le « L'Afrique elle-même va devenir pour
b Ocus , et courent, avec toutes leurs a Carthage une ennemie plus redouta
voiles, pour s'en emparer. Agathocle « ble que la Sicile. Tout va s'unir con
saisit l'instant propice, débouche du « tre une ville qui n'a guère pour appui
port et gagne la pleine mer : la flotte « ne son nom , et nous tirerons ainsi
puni ue alors se retourne vers lui, et « 6 cette terre ennemie les forces qui
aban onne les vaisseaux de charge, « nous manquent. De plus, l'épou
qui entrent dans la ville, désormais à a vante soudaine qu'inspirera tant
l'abri de la disette et de la famine. « d'audace contribuera puissamment
Agathocle, au moment d'être atteint a à la victoire. L'incendie des villages,
ar les carthaginois, est sauvé, d'a « le pillage des villes et des places qui
ord par la nuit, le lendemain par une « oseront se défendre, le siège de Car
éclipse totale de soleil qui leur dérobe «thage elle-même, montreront aux
sa marche. Enfin, apres six jours et « ennemis que leur pays n'est as à
six nuits d'une poursuite continue, il « l'abri du fléau de la guerre qu’i 3 ont
arrive aux côtes d’Afrique presque en « jusqu'ici toujours porté chez les au
même temps que les ennemis, et opère « tres. La victoire sur les Cartha '
son débarquement à la vue de la flotte a nois sera la délivrance de la Sici e.
punique, qui arrive pour en être té a Poursuivront-ils le siège de Syra
moin, mais trop tard pour s’y op «cuse, quand ils verront leur patrie
poser. Agathocle fait tuer ses vais « assiégée? Ainsi la guerre la plus
seaux à sec près des carrières où il « facile vous offre la plus riche proie;
était abordé (*), et les entoure d'un « car la Sicile et l'Afrique entière se
retranchement. « tout le prix de la conquête de Car
AGATHOCLE REVELR sEs PROJETS « thage. La gloire d'une si belle entre
A sEs soLDATs. — C'est alors que, « prise , perpétuée d'âge en à c ,
pour la première fois, Agathocle ré «triomphera du temps et de l’ou li.
vèle à ses soldats le dessein qu'il avait « On dira de vous que, seuls entre tous
conçu. Il leur rappelle l'état de Syra « les hommes, vous avez porté chez
« l'ennemi une guerre que vous ne
(') Lapidicinas AarogLizç. Ces carrières « pouviez soutenir chez Vous; que
dont parle Strabon (liv. un, p. 8'54), sont « seuls, après une défaite, vous avez
situées sur le côté oriental du golfe de Tunis, « poursuivi vos vainqueurs et assiégé
au sud du cap Bon, à un endroit appelé « ceux qui assiégeaient votre atrie.
Louaria, l'ancienne Aquilaria. « Entreprenez donc , pleins ‘espé
CARTHAGE. 21
« rance et de joie, une guerre où la « nous serions arrivés en Afrique.
a victoire vous romet d'immenses « Aidez-moi, soldats, à m’acquitter
« richesses, et la éfaite même un glo « de mon vœu; les déesses sauront
u rieux tombeau. » « bien nous dédomma er de ce sacri
AGATHOCLE nASSUnE sas SOLDATS «1 lice. Déjà même les victimes que je
EFFBAYÉS PAR L’ÉcLmsn E1.‘ MET LE « viens de leur immoler nous promet
FEU A SES VAISSEAUX. —— Tous les « tent un glorieux succès. » Aussitôt
soldats, enivrés d’espérance, applau il prend en main la torche sacrée; il
dirent à ce discours; ce ndant, ors en fait distribuer à chacun des capi
que la première impression fut calmée, taines; il met le feu à son propre‘vais
le souvenir de l’éclipse qui avait eu seau; chefs et soldats imitent son
lieu pendant leur voyage , agita de vives exemple, et, en un instant, aux ap
terreurs leurs âmes superstitieuses. laudissements et aux cris de joie de
Agathocle les rassura en leur faisant oute l’armée, la flotte entière n’est
entendre que ces variations dans le plus qu'un vaste monceau de cendres.
cours naturel des astres marquaient Les soldats n’avaient pas eu le temps
toujours un changement dans l’état de réfléchir. séduits par la ruse habile
résent; que l’éclipse,_ loin d’étre un d’Agathocle, .une ardeur aveugle et
uneste au ure, résageait indubita impétueuse les avait tous entraînés.
blement la n de eurs revers et le dé Mais lorsque leur enthousiasme se fut
clin de la prospérité de Carthage. refroidi, lorsque, mesurant dans leur
Alors, vo ant ses soldats bien dis esprit cette vaste étendue de mer qui
sés, il ex cuta une entreprise aussi les séparaitde leur patrie , ils se virent
ie et plus périlleuse eut-être qËJe en pays ennemi sans aucun moyen
sa diversion même en A rique; ce ut d'en sortir, une noire tristesse et un
de brûler entièrement la flotte qui l’y morne désespoir s’emparèrent de tous
avait amené. Plusieurs motifs puis les cœurs.
sants le déterminèrent à prendre un Agathocle, sans laisser à ce décou
parti si extrême. Il n’avait pas de port ragement le temps de se propager, se
en Afrique où il pût mettre ses vais hâte de conduire son armée vers ‘une
seaux en sûreté. Les carthaginois mai ville du domaine de Carthage, appelée
tresde la mer, s’empareraient facile Mégalopolis. Le pays qu’ils eurent à
ment de sa flotte, si elle n’étaitdéfendup traverser était orné de jardins, de vi
que ‘par une faible garnison; s’il laissait gnes, d’oliviers et de lantations de
assez de troupes pour la protéger, il toutes les espèces d’ar res fruitiers,
affaiblissait trop son armée active; entrecoupé de ruisseaux et de canaux
enfin, par la destruction de ses vais d’eau vive qui arrosaient abondamment
seaux, il enlevait à ses.soldats tout toutes les cultures. On trouvait à cha
espoir de retraite , et les mettait dans que pas des maisons de campagne,
la nécessité de vaincre en ne leur lais bâties avec une recherche et une ma
sant d’autre ressource que la victoire. gnifioence i attestaient l’opulence de
Après avoir fait approuver son pro'et leurs propriétaires, Les champs étaient
par tous ses ofliciers ui lui étaient é couverts d’immenses troupeaux de
voués, Agathocle et re un sacrifice à bœufs et de brebis, ‘et les prairies
Cérès et à Proserpine, et convo ue nourrissaient un grand nombre de su
l'assemblée des soldats. Alors, v tu perbes cavales. En un mot, cette belle
d’habits de fête, le front ceint d’une contrée, où les plus nobles et les lus
co ronne : « Lorsque nous partîmes riches Cartha inois avaient choisi eur
a e Syracuse, dit-il, au moment demeure, o ait partout des preuves
« d’être atteints par l’ennemi, j’invo de leur goût pour la vie champêtre,
« quai Proserpine et Cérès. divinités de leur amour pour les arts, et de
« protectrices‘ de la Sicile, et je leur leur habileté dans l’agriculture. L’as
a promis, si elles nous sauvaient dans pect de ce beau pays ranime le courage
et ce péril extrême, de brûler en leur abattu des soldats, et les entraîne à
- honneur tous nos vaisseaux, dès que braver tous les périls pour s’emparer
22
d’une si riche proie. Agathocle profite Il se trompa néanmoins dans ses pré
de leur ardeur et les mène à l'attaque visions. Bomilcar depuis longtemps
de Mégalopolis qui, assaillie à l'impro aspirait a la tyrannie. Jusqu’alors il
viste, et n’ayant pour défenseurs que n’avait ni trouvé l'occasion favorable,
des habitants sans expérience dans la ni obtenu le pouvoir nécessaire pour
guerre, est em ortée d'assaut. Aga arriver à son but. Revêtu alors du
thocle en aban onne le pillage à ses commandement de l'armée, il jugea
soldats. L'abondance règne dans le l'instant propice à ses desseins et en
camp; la confiance augmente, et aussi résolut l'exécution.
tôt ils s'emparent d'une ville que Dio Bientôt les deux généraux carthagi
dore appelle Leuco-Tunès ("), et qu'il nois marchèrent à l’ennemi , et l'ayant
place à deux mille stades de Carthage. atteint, rangèrent leur armée en ha
DErArrE n'HANNoN E1: DE BOMIL taille. Les troupes d’Agathocle ne mon
CAR PAR AGATHOCLE; 309 AVANT taient qu'à treize ou quatorze mille
L’ÈaE vULcAtaE. — Cependant les hommes, dont plusieurs même n'a
carthaginois, instruits par les habi vaient pas d'armes défensives. Aga
tants des campagnes du débarquement thocle leur en fabriqua avec les cou
d'Agathocle en Afrique, conçurent de vertures en cuir des boucliers de ses
grandes alarmes. Ils crurent; d'abord hoplites. Il s’aperçut ensuite que ses
que leur armée et leur flotte de Sicile soldats étaient effrayés de la supério
avaientétéentièrementanéantjes. Com rité du nombre de l’ennemi, et surtout
ment concevoir, en effet, qu'Agatho de sa cavalerie. L’habile politique em
cle, à moins d’être vainqueur, etlt osé ploie aussitôt un pieux stratagème
laisser Syracuse sans défense , et qu'il pour relever leur courage. Il sétait
se fût hasarde à traverser la mer, si procuré un certain nombre de chouet
les vaisseaux carthaginois en eussent tes privées. Il fait lâcher à la fois dans
encore été les maîtres? Le trouble et plusieurs parties de son camp ces
la terreur se répandent dans la ville; oiseaux consacrés à Minerve, qui, se
le peuple court en désordre au forum. posant sur les drapeaux et sur les
Le sénat s'assemble à la hâte et tu oucliers des soldats, semblent leur
multuairement. On délibère sur les promettre au nom de la déesse une
moyens de sauver la république. On victoire assurée.
n’avait pas sous la main de troupes ré La bataille s'engane : les chariots et
gulières qu’on pût o poser à l’ennemi, la cavalerie des Carfhaginois viennent
et l'imminence du anger ne permet se briser contre les rangs serrés de
tait pas d'attendre celles qu'on pourrait l'infanterie sicilienne. Hannon, à la
lever dans les campagnes et chez les tête de la cohorte sacrée, soutient
alliés. Les uns voulaient qu’on deman longtemps l’effort des Grecs, et les en
dâtla aixà A athocle, les autres qu’on fonce même quelquefois; mais bien
atten it des in 'ormations plus précises. tôt il tombe mort aux premiers rangs,
L'arrivée du commandantde la flotte fit accablé d'une grêle de traits et percé
connaître le véritable état des choses. d'innombrables blessures. La mort de
Il fut résolu enfin d'armer les citoyens. leur chef intimide les carthaginois et
Le nombre des trou es monta à qua redouble la confiance des soldats d'A
rante mille hommes ‘infanterie, mille gathocle. Bomilcar, dont les forces
chevaux et deux mille chariots armés etaient encore entières , aurait pu ré
en guerre. On nomma pour généraux tablir le combat; mais cet ambitieux
de cette armée Hannon ct Bomilcar conspirateur, jugeant que la victoire
qui étaient divisés par des inimitiés d’Agathocle et la défaite des Cartha
héréditaires. Mais le sénat voyait dans äinois étaient pour lui un moyen sûr
la haine mutuelle de ces citoyens puis 'arriver à la souveraine puissance,
sants une garantie pour la république. se retire avec son corps d'armée sur
une hauteur voisine. Cette lâche déser.
C’) La position de cette ville est inconnue. tion amène une déroute générale. La
CARTHAGE. 23
cohorte sacrée soutient seule pendant sit: ils avouèrent publiquement leur
quelque temps les efforts de l'ennemi; mauvaise foi et leur sacrilège avarice ,
mais, entourée de tous côtés, elle se et pour expier leur faute, ils envoyè
laisse massacrer presque tout entière rent a l'I-Iercule tyrien une grande
sur le corps de son général. Agathocle. somme d'argent et un nombre consi
après avoir quelque temps poursuivi dérable de riches présents.
les fuyards, revient sur ses pas et Leur superstition barbare imagina
s'empare du camp des carthaginois. aussi que Saturne, irrité contre eux,
Les historiens varient sur la perte leur envoyait ces revers pour les punir
qu'éprouvèrent les Carthaginois dans d'avoir négligé l'observation exacte des
cette bataille. Les uns la portent à pratiques de son culte. Anciennement
mille hommes seulement, les autres on immolait à Saturne les enfants des
à six mille, ce qui nous parait plus meilleures maisons de Cartha 3. Ils se
vraisemblable. Après cette victoire, reprochèrent d'avoir usé de raude et
Agathocle s'empare des villes , fait un de mauvaise foi envers le dieu en of
immense butin, égorge des milliers frant, à la place des enfants de leur
d'ennemis. Il vient asseoir son camp à noblesse, d'autres enfants de pauvres
Tunis pour que les habitants de Car ou d'esclaves qu'on achetait dans cette
thage puissent voir du haut de leurs vue. Pour expier cette transgression
murailles la ruine de ce qu'ils ont de sacrilége, ils immolèrent à leur dieu
plus cher, le ravage de leurs campa sanguinaire deux cents enfants choisis
gnes, l'incendie de leurs maisons. Mé dans les plus illustres familles de la
morable exemple des vicissitudes de la ville, et plus de trois cents personnes
fortune, qui, par un retour inattendu, qui se sentaient coupables de cette
élevait les vaincus au niveau des vain fraude impie s'offrirent elles-mêmes
queurs! En effet, les carthaginois, en sacrifice pour éteindre par leur sang
après avoir remporté en Sicile sur les la colère de Saturne.
Syracusains une victoire signalée, as PEooREs D'AcATHocLE EN Arni
slégeaient Syracuse , tandis qu'Agatbo QUE; DÉFEC’IION DES sUJETs ET DEs
cle, vainqueur contre son attente dans ALLIÉS DE CARTRAGE. — Ce ndant
un combat décisif, entourait les murs la renommée publie dans l'Afrique en
de Carthage de ses retranchements; tière que l'armée des carthaginois est
et, chose étonnante, ce général qui, détruite, qu’Agathocle s'est emparé
dans son propre pays, avec ses forces d'un grand nombre de villes et met le
tout entières, n'avait pu résister aux siège devant Carthage. On s'étonne
barbares, maintenant, sur la terre qu'un si puissant empire ait été si
ennemie, avec une faible portion des brusquement attaquétet par un en
débris de son armée vaincue, ébranlait nemi déjà vaincu. A la surprise suc
la puissance de Carthage. cède insensiblement le mé ris pour les
OEEEANDES ET sAcRImcEs DEs carthaginois, et Agathoc e voit bien
CARTHAGINoIs A HERcULE ET A SA tôt passer dans son parti, non-seule
TUBNE. — Ces revers réveillèrent dans ment les Africains tributaires, mais
Carthage les idées superstitieuses. Elle
encore de puissantes cités alliées‘, en
attribua ses malheurs à sa négligence traînées par l'amour du changement;
envers les dieux. C'était une coutume il en reçoit pour prix de sa victoire des
à Carthage , aussi ancienne que la vivres et de l'argent.
ville même , d'envoyer tous les ans à DEEAITE D'AMILcAE EN SICILE,
T r, d'où elle tirait son cri ine, la ENVIRON 309 AVANT L'EEE CHRÉ
diine de tous les revenus de a répu TIENNE. -— Dans cette osition cri- "
blique, et d'en faire une offrande à tique, les carthaginois épêchent un
Hercule, le patron et le protecteur des navire en Sicile pour instruire Amil
deux villes. Depuis que que temps les car de l'état des choses en Afrique,
carthaginois avaient diminué la va et le presser d’envo er du secours.
leur des offrandes. Le scrupule les sai Employant encore ans cette occa
24
sion leurs ruses accoutumées, ils font alliance un chef africain , appelé Élyma.
remettre à Amilcar les éperons de Profitant du départ d’Agathocle, les
Vaisseaux grecs qu'ils avaient en soin carthaginois dirigent toutes leurs for
de recueillir après l'incendie de la flotte ces contre Tunis, s'emparent du camp
d’Agathocle. Le général carthaginois retranché, approchent de la ville les
prescrit aux envoyés le (plus profond machines de guerre, et redoublent l'ac
silence sur les victoires es Siciliens , tivité de leurs attaques, pour s'en em
répand le bruit qu'Agathocle a été parer avant le retour du prince sicilien.
complètement battu, que.sa flotte est Agathocle, averti de la prise de son
au pouvoir des carthaginois, et pour camp et du danger qui menace '_I‘unis ,
preuve de son assertion , il montre les laisse devant Adrumète la plus grande
éperons des vaisseaux qu’on lui avait partie de son armée, et, ne prenant
expédiés. Cette nouvelle s'accréditait avec lui que sa garde et quelques fai
dans la ville; le grand nombre son bles détachements, il gravit en silence
geait déjà à se rendre et à capituler; une montagne d'où il pouvait être
le commandant même de la place, aperçu et par les habitants d'Adru
Antandros , frère d’Agathocle , qui était mète et par les carthaginois qui assié
loin d'avoir son courage et son éner geaient Tunis. Là il invente un strata
gie, parlait déjà de traiter avec l'en gème qui jette à la fois la terreur chez
nemi, lorsqu'un esquif à trente rames tous'ses ennemis. Pendant la nuit, il
qu'Agathocle avait fait construire à la fait allumer de grands feux qui con
hâte arriva dans le port, et parvint, vrent un Vaste espace de terrain. Les
non sans peine et sans danger, jus carthaginois occupés au siège de Tu
qu'aux assié és. Les Syracusams, que nis, croyant qu'il marchait au secours
la curiosité aisait courir-en foule vers de la place avec une nombreuse armée ,
le port, avaient négligé sur quelques s'enfuient dans leurs murs en aban
points la garde des murailles. Amilcar donnant leurs machines. Les habitants
rofite de l'occasion, et, fait attaquer ,d'Adrumète, persuadés que lgs assié
rusquemeut cette partie des remparts Ëlœnts reçoivent un renfort considéra
parMais
unelatroupe
nouvelle des victoires d'A a-I
d'élite. 81' sont à‘ pés de crainte et se ren
dent à discrétion. D'Adrumète, il se
thocle s'était répandue dans la vile, dirige vers Thapsus,qu'il
a
emporte d'as
et avait rendu la confiance et le cou saut; et après s etre rendu maître , tant
ra e à tous les habitants. Pleins d'une par la force que par la persuasion , de,
ar eur invincible, ils se précipitent‘ près de deux cents villes , il entreprend
sur les assaillants, et les repoussent une expédition dans l'intérieur de l'A-. ."
après en avoir fait un grand carnage. frique.
Découragé par cet échec, Amilcar A peine s'est-il éloigné-de quelques
leva le sié e de Syracuse, et envoya v journées de marche ne les carthagi
cinq mille mmes au secours de sa nois ièvent de.nouv es‘ troupes, les
patrie. _ joignent à celles qu'ils ont reçues de
' CoNQuÉTEs n'AoATIIocLE DANS LA Sicile,-et mettent, pour la deuxième
BYZACÈNE; sTRATAeI‘aME DE cE fois, le siége devant Tunis. Agathocle,
PRINCE; 309 AVANT J. C. —Pendant instruit par un courrier de cette atta
que ces événements se passaient en que imprévue, revient de suite sur ses
Sicile, Agatliocle, maître de la cam pas , place son camp à deuxcents stades
pagne, tourna ses armes contre les de l'ennemi , et, pour cacher son arri
villes maritimes soumises aux Cartha vée, il défend à ses soldats d'allumer
ginois. Il laisse dans son camp re des feux. Il se met en marche pendant
tranché à Tunis, une armée suffisante, la nuit; au point du jour, il surprend
marche contre Néapolis, prend la Ville les carthaginois hors de leur camp,
d'assaut, et traite es vaincus avec in dispersés dans la campagne, et fourra
dulgence. De là il va mettre le siége geant sans ordre et sans discipline. Il
devant Adrumète, et attire dans son tombe sur eux œmme la fondre, en
CARTIIAGE. 25
tue deux mille et fait un grand nombre l'ennemi, se troublent, hésitent, et
de risonniers. Ce nouveau succès ré finissent par prendre la fuite. Les uns
tabrit la supériorité d'Agathocle , u'on tombent dans des précipices, les au
croyait alors inférieur aux Cart agi tres sont écrasés par leur propre cava
nois, de uis ue ceux-ci avaient reçu lerie; d'autres, par une méprise ordi
des ren orts e Sicile et des secours naire dans ces rencontres nocturnes,
de leurs alliés d’Afrique. se combattent entre eux. Amilcar,
NOUVELLE ENTREPRISE‘ D'AMILcAn avec sa garde, soutint d'abord coura
coNTnE SvnAcUsE; DÉFAITE ET MORT eusement l'effort de l'ennemi; mais
DE cE GÉNÉRAL; 308 AVANT L'i‘zIiE ientôt, abandonné par ses soldats,
vULGAInE. —— Pendant que ces événe transis de trouble et d'effroi, il est pris
ments se passaient en Afrique, Amil« vivant par les Syracusains.
car, qui, à la tête d'une flotte et d'une Ce fut encore un des événements les
armée très-nombreuse, avait soumis la plus inattendus que présenta cette
Sicile presque tout entière, résolut de uerre si féconde en changements de
tenter un nouvel effort contre Syra ortunc. Agathocle, le plus habile gé
cuse. Il se porte du côté du temple de néral de son siècle, à la tête d'une
Jupiter olympien, et prend la résolu puissante armée , avait été vaincu , près
tion de donner brusquement l'assaut à (l’Hymère, par les carthaginois, et à
la ville; car les devins lui avaient pré avait perdu l'élite de ses ‘troupes;
dit qu'il y souperait le lendemain. maintenant un petit nombre de Syra
Les assiégés, devinant l'intention cusains vaincus , restés pour la défense
de l'ennemi, avaient placé sur les hau de leurs murailles, venaient de dé
teurs d'Euryèle trois mille fantassins truire la nombreuse armée punique
et quatre cents cavaliers. Les Cartha qui les assiégeait, et de prendre vivant
ginois ignoraient ces dispositions et Amilcar, le plus illustre des généraux
croyaient surprendre l'ennemi. La nuit de Carthage. Trois mille hommes dé
était sombre et pluvieuse. Amilcar terminés , n'ayant pour eux que l'avan
marchait en avant à la tête de sa garde , tage de leur position et l'imprévu de
suivi de sa cavalerie et de deux corps leur attaque, avaient suffi pour mettre
d'infanterie, composés d'Africains et en déroute une armée de plus de cent
de Grecs auxiliaires. Attirée par l'es vingt mille combattants.
poir du pillaae, une foule immense Les carthaginois, dispersés de tous
d'esclaves et de valets désarmés, sans côtés, ne se réunirent qu'avec peine,
ordre et sans discipline, s'était mêlée et se virent désormais hors d'état de
dans les rangs. Cette multitude turbu rien entreprendre.
lente se pressait, s'entassait confusé Les Syracusains rentrèrent dans la
ment dans les chemins étroits et embar ville chargés de riches dépouilles.
rassés qui conduisaient aux remparts. Après avoir fait souffrir à Ainilcar
Bientôt des rixes , des querelles , suivies toutes sortes de supplices , ils le firent
de cris discordants, s'élèvent parmi périr d'une mort ignominieuse, et en
ces masses avides de pillage, qui se voyèrent sa tête à Agathocle. Ce é
heurtaient pour arriver aux remiers néral s'approcha aussitôt du camp es
rangs. Leur désordre gagne es trou Africains, et y jeta le sanglant trophée
es régulières, et l'éveil est donné à qu'il venait de recevoir, pour leur ap
'ennemi. Alors les Syracusains, qui prendre dans quel état étaient leurs
s'étaient postés sur l’Euryèle, fondent affaires de Sicile.
brusquement sur les carthaginois, les SÉDITION DANS L'AEMÉE D'AGA
accablent d'une grêle de traits, et, les THocLE; DÉFECTION D'UNE PARTIE
attaquant de plusieurs côtés à la fois, DE SES TROUPES. -— Les carthaginois
leur coupent la retraite. Les Cartha étaient consternés. Agathocle, que la
ginois, assaillis à l'improviste au mi victoire avait couronné dans toutes ses
ieu des ténèbres, ignorant la configu entreprises depuis son débarquement,
ration du terrain et les forces de voyant qu'en Sicile et en Afrique l'en
neml ne pouvait plus résister à ses prolonger sa Vie ne l'ont fait souscrire
armes, se croyait au bout de ses tra a une action indigne de sa gloire, et
vaux et se livrait aux plus ambitieuses pour leur en donner la preuve, il tire
espérances, lorsque, du sein de sa son épée et menace de s'en frapper à
propre armée, s'éleva subitement une leurs yeux. On court vers lui; on s'em
tempête qui menaça d'engloutir à la presse d'arrêter son bras. Toutes les
fois sa vie et sa fortune. Lyeiscus , l’un voix proclament son innocence et l'in
de ses plus braves lieutenants, au mi vitent à reprendre les insignes de la
lieu d'un repas ‘où il était échauffé par royauté. Il cède à leurs instances réi
le vin, avait lancé des traits mordants térées; il leur exprime sa reconnais
contre Agathocle et contre son fils sance en versant des larmes de joie et
Archagate. Dans son ivresse, il s'était de tendresse; tous les cœurs sont émus,
même emporté jusqu'à reprocher à ce et les applaudissements unanimes de
dernier une liaison incestueuse avec sa l'assemblée célèbrent le rétablissement
belle-mère. Archagate, bouillant de complet du pouvoir de leur général et
colère, saisit un javelot, et frappe de leur roi.
Lyeiscus d'un coup mortel. La mort NOUVELLES DEEAITEs DEs CAR
de cet officier fut le signal d'une ré TIIAGINoIs PAR AGATHOCLE; sur.
Volte‘ générale. Chefs et soldats se ras PLICE DEs TRANsEUGEs; 808 AVANT
semblent en tumulte autour de la tente L'ERE CHRÉTIENNE. — Cependant Aga
du prince; tous demandent à rands thocle, qui ne négligeait aucun moyen
cris qu'on livre le meurtrier a leur d'affaiblir la puissance de Carthage,
Vengeance. Si Agathocle persiste à vou envoya des députés à Ophellas, roi de
loir le sauver, il tombera lui-même la Cyrénaique , pour l'attirer dans son
sous leurs coups. En même temps, ils alliance. Ce prince, qui avait été l'un des
exigent insolemment le payement de lieutenants d'Alexandre (*), et avait
leur solde arriérée; ils nomment des épousé une descendante du fameux Mil
généraux pour les commander, s'em tiade, nourrissait l'es oir ambitieux de
parent de Tunis , et placent des gardes soumettre l'Afrique a sa domination..
sur tous les oints des remparts de Agathocle lui fait représenter que Car
cette ville. A a nouvelle de cette ré thage estle seul obstacle à l'agrandisse
Volte, les carthaginois conçoivent l'es ment de leur puissance , que le motif de
pérance d'attirer les séditieux dans leur son invasion en Afrique a été , non l'am
parti. Ils font proposer aux soldats bition de conquérir, mais la nécessité
une pave plus forte, et aux officiers de de se défendre, et qu'après la destruc
magnifiques présents. Plusieurs de ces tion de l'ennemi commun, il lui aban
derniers se laissent corrompre, et s'en donnerait l'Afrique, et se contenterait
agentà passer avec leurs troupes dans de régner sur la Sicile entière. Ophel
6 camp africain. las se laisse séduire ar ces offres bril
Dans cette extrémité Agathocle, re lantes, et vient jOin reA atbocle avec
doutant la mort ignommieuse qu'il une armée com osée e dix mille
aurait à subir s'il était livré à l'en hoplites grecs,et 'un pareil nombre de
nemi, trouve dans l'énergie de son troupes irrégulières. Agathocle l'ac
désespoir le moyen de ramener ses cueil e d'abord avec la lus grande
soldats. Il uitte la pourpre, se cou bienveillance, le comble e caresses,
vre d’humb es vêtements et s'avance lui prodigue des - flatteries, l'invite
au milieu d'eux. Ce changement inat souvent à sa table, et lui fait même
tendu les frappe; tous tout silence, adopter un de ses fils. Mais ce prince
Agathocle prend alors la parole. Après n'avait jamais reculé devant un crime
leur avoir rappelé tous les succès qu'il
doit à leur courage, il leur déclare (“) Ophellas avait d'abord conquis et gou
u'il est prêt à mourir si sa mort peut Verné la Cyréna‘ique au nom de Plolémée
2tre utile à ses compagnons d'armes; Lagus , et avait fini par se rendre indépen
que jamais la crainte ou le désir de dant.
CARTHAGE. 27
utile à ses intérêts et à sa puissance. velle ville, malgré les pierres et les
Par une perfidie sans exemple, il dé traits qu'on lance sur eux de toutes
bauche une partie des troupes d'0 les maisons situées sur leur route;
phellas, le fait périr au milieu de son enfin ils occupent sur une éminence
camp, et s'attache son armée tout une position avantageuse C‘); mais
entiere par des présents et de magni tous les citoyens, ayant pris les ar
fiques promesses. nies, viennent camper devant les ré
CoNwnATIoN DE BOMILCAB; sup voltés.
PLIcE DE cE GÉNÉRAL; 307 AVANT L'affaire se termina par une amnis
L’EEE CHRÉTIENNE. -— Jamais, de uis tie générale que la foi punique rompit
le commencement de la guerre, ar envers le seu Bomilcar. On le fit périr
thage' ne s'était trouvée dans un si dans les plus cruelles tortures. Justin
grand péril. Aux ennemis étrangers ajoute que Bomilcar fut mis en croix
ont les forces venaient d'être doublées au milieu du forum , afin ne le même
par la réunion de l'armée d’Ophellas , lieu où on lui avait con eré les bon
sejoignait un ennemi domestique, non neurs suprêmes devint le théâtre de
moins dangereux et non moins redou son su p ice et de son ignominie.
table. Bomilcar, qui depuis lon temps Dio ore observe, comme une sin
aspirait à la tyrannie, jugea e mo gularité remarquable, que les Cartha
ment favorable pour exécuter son pro ginois ignorèrent entièrement les pron
jet. Il éloigna de Carthage sous diffé jets d’Agathocle contre Ophellas, et
rents prétextes la plus grande partie qu'à son tour A athocle n'eut aucune
de la noblesse qui aurait été un obstacle connaissance de a conjuration de B0
à ses desseins. Bientôt, ayant fait des milcar. S’il en eut. été autrement, ou
levées dans le faubourg nommé la bien les carthaginois se seraient ligués
Nouvelle ville, qui\est un peu en de avec Ophellas pour chasser Agathocle
hors de l'ancienne Carthage, il licen de l'Afrique , ou bien ce général aurait
cia tous ceux qu’il croyait attachés profité de la guerre civile allumée
au gouvernement. Il rassembla quatre dans les murs de Carthage , pour s'em
mille mercenaires et cinq cents de ses parer de cette ville.
concitovens, complices de ses projets, PEIsE D’UTIQUE ET D'HIPPozAnI
et se lit déférer par eux le pouvoir TUs; AGATnocLE PAssE EN SIcILE;
despotique. Il divise sa troupe en cinq 307 AVANT L’ÉEE vULGAInE. -—— Ce
corps et entre dans la ville, massa pendant Agathocle porte ses armes
crant tous ceux qu’il rencontre dans dans les provinces situées à l'occident
les rues. Une terreur incroyable se de Carthage. Il s'empare, après une
répand dans Carthage. Tous fuient, vive résistance, d’Utique et d'Hippo
persuadés que la ville a été livrée à l'en zaritus, qui avaient essayé de se sous
nemi, qu'Agathocle a pénétré dans son traire à sa domination. Dans le but
enceinte. Mais sitôt que la vérité est de prévenir désormais de areilles ten
connue, les jeunes citoyens courent tatIves , il inmge à ces eux cités un
aux armes, forment leurs rangs et châtiment exemplaire : il en abandonne
marchent contre le tyran. Celui-ci, le pillage à ses soldats , et fait passer
après avoir tué tous ceux qu'il ren au fil de l’épée la plus grande partie de
cpntre sur sa route, énètre dans le leurs habitants.
forum. Alors les Cart aginois, ayant Après cette sanglante exécution, il
occupé les maisons très-hautes qui soumit à son pouvoir la plus grande par
bordent cette place publique , font pleu tie des villes maritimes et les peu les de
voir une rôle de traits sur les conju l'intérieur,exceptélesNumides, ontles
rés qui, ans cette osition, setrou
vaient à découvert e tous les côtés. (‘2 Cette position est probablement le
Ceux-ci , trop maltraités , serrent leurs Djc eI-k/iawz près du cap Qalnart. V0 et
ran s, et, à travers les rues étroites , la Topographie de Carthage, par M. u
se ayent un passage jusqu'à la Nou reau de la Malle, p. 73 et planche IL
28
uns entrèrent dans son alliance, les au provinces de l'intérieur. Hannon, qui
tres restèrent neutres en attendant l'is lui était opposé , lui dressa une em
sue de la guerre. C’est alors que, se buscade , ou le. général syracusain périt
voyant supérieur aux Carthaginois, tant avec quatre mille fantassins, et deux
par ses propres forces , que par l’éten cents cavaliers.
duc de ses alliances et que, jugeant sa lmilcon, chargé des opérations de
domination solidement établie en Afri la guerre sur les routières méridiona
que, il se résolut à passeren Sicile , où les, s'était emparé d'une place forte
le mauvais état des affaires semblait sur la route que devait tenir Euma
exiger sa présence. Il n’emmena que chus. Celui-ci ayant présenté la ba
deux mille soldats, et laissa le com taille, le rusé carthaginois laissa dans
mandement du reste de l'armée à son la ville une partie de son armée avec
fils Archagate. l'ordre de fondre sur l’ennemi au
ÉTAT DES AFFAIRES EN AFBIQUE moment où il feindrait lui-même de
soUs LE COMMANDEMENT D’ABCHA prendre la fuite. Au même instant, il
GATE , 306 AVANT L’ÈnE CHRÉTIENNE. sort de la ville avec la moitié de ses
— La fortune sembla d’abord favoriser troupes, s'avance sous les retranche
les armes du nouveau général. Il fit, ments de l’ennemi, engage le combat,
par ses lieutenants, quelques expédi et s’enfuit aussitôt comme frappé d'une
tions heureuses dans la partie méri terreur soudaine. Les soldats d’Eu
dionale del’Afrique, et subjugua même, machus, croyant la victoire décidée,
dit Diodore , quelques tribus de peu rompent leurs rangs et s’abandonnent
ples nègres. en désordre à la poursuite des fuyards.
Cependant le sénat de Carthage, se Tout à coup, la portion de l'armée
relevant de l'abattement où l'avaient carthaginoise qui était‘ restée dans la
jeté les succès d’Agathocle , résolut ville, tombe sur eux, ran ée en bon
de tenter un dernier effort, et mit sur ordre et poussant de gran s cris : les
pied trois corps d’armée, composés Grecs, surpris par cette attaque im
chacun de dix mille hommes , qui, sous prévue, s'arrêtent, frappés de terreur,
le commandement d’Adherbal, d’Han et s'enfuient presque sans résistance.
non et d’Imilcon, devaient agir, l’un Mais l’ennemi leur avait coupé la re
sur les côtes de la mer, l’autre dans traite du côté de leur cam ; Euma
les provinces de l'intérieur, le troi chus fut contraint de se ré ugier avec
sième sur les frontières méridionales. ses soldats sur une éminence voisine,
Ils espéraient, ar ce plan de campa position assez forte, mais entièrement
gne, contrain re l’ennemi à diviser dépourvue d'eau : les carthaginois les
ses forces, délivrer la ville du blocus y poursuivent, entourent la colline
qui gênait l'importation des vivres, d’un retranchement, et l'armée grec
et enfin, raffermir la fidélité chance que périt tout entière, soit par la soif,
lante de leurs alliés, qui, voyant de soit par le fer de l’ennemi. De huit
nouveau les armées puniques en cam mille huit cents hommes dont elle
pagne , ourraient compter sur un se était composée, il ne se sauva, dit Dio
cours e cace. dore, que trente fantassins et quarante
Ce plan , bien conçu , obtint le ré cavaliers.
sultat qu’on en avait espéré. Plusieurs Archagate, consterné par ces revers
des alliés de Carthage, que la crainte inattendus, se retire à Tunis, réunit
seule avait forcés de se réunir aux autour de lui tout ce qui lui restait de
Grecs , s'en détachèrent et renouèrent troupes, et envoya en Sicile porter à
avec la république leurs anciennes liai son père la nouvelle de ces désastres ,
sons d'amitié. D'un autre côté , Archa et le supplier de venir aussitôt à son
gate, voyant les troupes carthaginoi secours. Déjà il était abandonné de
ses répandues dans toute l'Afrique, presque tous ses alliés; il était bloqué
partagea lui-même son armée en trois dans Tunis par les trois généraux car
corps. Eschrion, à la tête d'une de ces thaginois, et, la mer étant au pouvoir
divisions , était chargé de défendre les de l’ennemi , son armée abattue et dé
CARTHAGE. 29
couragée était en proie à toutes les inois, dans la poursuite, eurent soin
horreurs de la disette. ’épargner les Africains auxiliaires
AGATHOCLE BEPASSE EN AFBIQUB qu’ils espéraient engager à la défec
POUR sscounrn SON FILS Aucunes tion; ils s’acharnèrent a massacrer les
TEE. — Agathocle, après avoir obtenu Siciliens et les mercenaires, dont trois
d’abord quelques succès en Sicile, avait mille environ restèrent sur la place.
vu la plus grande partie de l’île se INCENDIE nu CAMP mas Cumu
soustraire à sa domination. Néanmoins GINOIS; TERREUR PANIQUE DANS LES
les nouvelles qu’il reçut d’Afrique lui DIEUX ABMÉES. — Pendant la nuit qui
parurent si désastreuses, u’il résolut, suivit la bataille, un événement inat
de s’embarquer sur-le-c amp pour tendu porta la terreur et le désordre
aller au secours de son armée. Il dans les deux armées. Tandis ne les
trompe, par un nouveau stratagème, carthaginois, en réjouissance e leur
la vigilance des carthaginois qui blo victoire,‘ immolaient aux dieux l’élite
quaient le port de Syracuse, en sort ‘de leurs prisonniers, le feu de l’autel
avec dix-sept galères, met en fuite la embrasa la tente du sacrifice. Favorisé
flotte supérieure en nombre ni le par un vent impétueux, l’incendie
poursuivait, et débarque en A rique. consuma en un instant le camp tout
Là, retrouvant ses soldats épuisés par entier, qui n’était qu’un assemblage de
la disette et abattus par le désespoir, cabanes grossièrement formées de
il relève leur courage par ses exhorta paille et de roseaux. Les rapides pro
tions, leur démontre qu’une victoire grès du feu rendent tout secours inu
décisive peut seule les sauver, et les tile. Les uns, surpris par les flammes
mène contre l’ennemi. Il lui restait dans les rues étroites du camp où ils
encore en infanterie six mille hommes s’étaient entassés, y trouvent le même
de troupes grecques , un pareil nombre supplice que leur impiété barbare vient
de mercenaires étrusques, celtes et d’mfliger à leurs prisonniers; les au
samnites, et dix mille Africains, sur tres, qui, en tumulte et en désordre,
la fidélité desquels il ne pouvait pas s’étaient jetés hors des retranche
entièrement compter. Il avait encore ments , y trouvent une nouvelle cause
quinze cents hommes de cavalerie grec de trouble et d’épouvante. Cin mille
que, et six mille chars de guerre mon Africains de l’armée d’Agathoc e dé
tés par des Africains. Les généraux sertaient en ce moment ses drapeaux,
carthaginois, quoiqu’ils eussent l’a et se rendaient au camp des carthagi
vantage du nombre et de la position, nois. Ceux-ci, les avant aperçus de
ne voulaient pas s’exposer aux hasards loin, supposent que l'armée des Grecs
d’une bataille contre un ennemi au vient tout entière les attaquer. Une
désespoir; ersuadés qu’en traînant la terreur incroyable se ré and dans l’ar
guerre en ongueur, et .en continuant mée; tous prennent la uite: les uns,
a lui couper les vivres, ils le force aveuglés par la crainte, se jettent dans
raient à se rendre. Agathocle, ne pou des précipices; les autres, dans l’obs
‘ vant attirer l’ennemi dans la plaine, curité de la nuit, croyant combattre
prend le parti d’attaquer les hauteurs l’ennemi, tournent leurs armes contre
sur lesquelles étaient retranchés les leurs camarades, et s’égorgen‘t entre
carthaginois. La détresse où il se eux. Cinq mille hommes périrent dans
trouvait justifiait à ses yeux la témé ce tumulte; le reste s’enfuit précipi
rité de l’entreprise. L’armée puni ue tamment vers Carthage, dont les ha
sort de son camp rangée en batail e; bitants, trompés par cette fuite désor
Agathocle, malgré tous les désavanta donnée, crurent que leur armée avait
ges de sa position, résiste longtemps été complétement défaite.
aux efforts des carthaginois. Enlin, Cependant, les déserteurs africains,
les mercenaires et les Africains a ant à l’aspect de l’incendie du camp des
été enfoncés, il est contraint e se carthaginois et du désordre qu’y avait
retirer dans son’ camp. Les Cartha jeté leur approche, n’avaient ose pour
30
suivre leur marche, et étaient retour l'espoir d'être secourus par Agatho
nés sur leurs pas. A leur retour, la cle, ne voulurent point souscrire à
même terreur panique qui venait d'é cette capitulation. Les 'Carthaginois
tre si fatale aux troupes carthagi mirent le siége devant ces villes, et,
noises, se répandit tout à coup dans après s'en être em arés , ils mirent en
le camp d'Agathocle. Les Grecs s'ima croix les chefs, r uisirent en escla
ginèrent aussi que l'armée ennemie va e les soldats, et forcèrent à faire
tout entière venait les attaquer; le 're eurir la culture dans leurs campa
tumulte et l'épouvante causés par cette gnes, ces mêmes mains qui y avaient
erreur produisirent sur eux les mêmes porté le ravage et la désolation.
effets, et coûtèrent la vie à quatre Telle fut la fin de cette guerre mé-‘
mille hommes. morable, i avait duré quatre an
AGATnocLE ADANDONNE soN AR nées et qu avait ébranlé dans sesfon
MÉE ET REPA‘ssE EN SIcILE; FIN déments la puissance de Carthage.
DE LA GUERRE; 806 AVANT L'ERE L'année suivante. un traité conclu
VULGAIRE. ——A rès ce nouveau dé entre Agathocle et les carthaginois
sastre, Agathoc e, se vovant aban rétablit es possessions des deux partis
donné par tous ses alliés, et trop faible en Sicile dans le même état où elles
‘désormais pour lutter avec les Cartha étaient avant la guerre. La république
ginois,‘ résolut d'abandonner l'Afri cousentit à payer pour ce traité au
que. Il manquait de vaisseaux pour prince syracusain trois cents talents
transporter ses troupes; d'ailleqrs, la et deux cent mille médimnes de blé.
mer tait au pouvoir des ennerms. Ces MORT D'AGATIIocLE; NOUVELLE
deux motifs le décidèrent à s’embar. EXPÉDITION nEs CARTIIAGINoIs EN
quer seul sur un vaisseau léger, lais» SIcILE, DE 305 A 278 AVANT L'ERE
sant ses deux fils et son armée exposés VULGAIRE. -—a Les vingt-cinq années
à toutes les chances de la guerre. A la qui suivirent le dernier traité avec
nouvelle de son départ, les soldats Agathocle furent probablement pour
épouvantés, et se croyant déjà dans Carthage une période de calme et de
les mains d'un ennemi implacable, s'é bonheur. Le silence de l'histoire est
criaient que, pour la seconde fois, leur presque une preuve de la tranquillité
roi les abandonnait au milieu des enne uniforme dont jouit alors cette répu
mis; que celui qui leur devait jusqu'à blique, Les é ues stériles pour les
la sépulture renonçait même à dé historiensson généralement heureuses
fendre leur vie. Ils veulent poursuivre pour les peuples. \
leur roi, mais, arrêtés par les Numi Agathocle était mort en 289 avant
des de l'armée carthaginoise, ils sont J. 0., après un règne de vingt-huit
forcés de rentrer dans leur camp. ans, dans la soixante-douzième, et
Alors, dans leur désespoir, ils égor suivant quelques historiens, dans la
gent les fils d'Agathocle, et trailent quatre-vingt-quinzième année de son
avej: les carthaginois. Les conditions go. La démocratie s'était rétablie dans
de cet accommodement furent ne les Syracuse; les dissensions intestines
Grecs, moyennant trois cen s ta qui, pendant neuf ans entiers , déchi
lents (‘), livreraient aux carthaginois rèrent cette malheureuse ville, réveil
toutes les villes dont ils étaient en lèrent chez les carthaginois l'espoir
possession; que ceux qui voudraient de s'en emparer. Ils vinrent l'assieger
servir dans les armées puniques y re par terre et par mer, avec cent vais
cevraient la aye ordinaire des trou seaux de guerre et cinquante mille
pes , et que es autres seraient trans hommes de troupes de débarquement.
portés à Suloute, en Sicile, où on leur TROISIÈME TRAITÉ DES RoiuAINs
donnerait les moyens de s'établir. Les. ET DES CARTrIAGINoIs; GUERRE EN
commandants de quelques plaoes,dans SICILE CONTRE PYRREUs; 278 AVANT
L'ERE VULGAIRE. -— Deux ans aupa
(e) I,65o,ooo francs. ravant, les carthaginois et les B0
CARTHAGE. 81
mains, alarmés de l'ambition de Pyr gociation fut rompue. Dès lors Pyr
rhus, roi d'Épire, qui menaçait à la rhusrésolutd'em oyertouslesmoyens
fois la Sicile et l'Italie, avaient renou pour s'emparer e Lil bée; mais les
velé leurs anciens traités, en v ajou Carthagiiiois, étant maitres de la mer,
tant la clause d'une alliance offensive avaient fait entrer des vivres et une
et défensive contre ce prince. Leur nombreuse garnison dans cette ville,
prévoyance n'avait pas été vaine : Pyr qui, située sur un promontoire es
rhus tourna ses armes contre l'Italie, c'arpé, de toute part environnée par
et y remporta plusieurs victoires. Les les eaux, ne sejoignait à la terre ferme
carthaginois, en conséquence du der que par un isthme fort étroit. Ils
nier traité, se crurent obligés de se avaient en outre fortifié avec le lus
courir les Romains, et leur envoyè grand soin cette partie, qui était la
rent une flotte de cent vingt vaisseaux, seule accessible. Pyrrhus employa vai
commandés par Magon.- Le sénat ro nement toutes les machines, tous les
main témoigna sa reconnaissance de procédés usités pour l'attaque des pla
l'empressement de ses alliés, mais ces. Après deux mois de tentatives
n'accepta pas leurs secours. inutiles, il fut obligé de lever le siége.
Magon, quelques jours après, alla Ce premier revers fut pour Pyrrhus
trouver Pyrrhus, sous prétexte de mé le présage de revers plus funestes. Il
nager un accommodement entre ce avait besoin de rameurs et de soldats
prince et les Romains, mais, en effet, pour l'exécution de ses rojets ambi
pour le sonder, et pour pressentir ses tieux: la dureté avec aquelle il en
desseins au sujet de la Sicile, qui, de exigea des villes de Sicile excita con
puis longtemps, l'appelait à son se tre lui un mécontentement universel.
cours. Les carthaginois, prompts à saisir une
En effet, les Syracusains, vivement occasion si favorable de recouvrer
pressés ar les carthaginois, avaient leurs anciennes possessions, envoyè
envoyé éputés sur députés à Pyrrhus, rent en Sicile une nouvelle armée, qui
pour le supplier de venir les délivrer. se grossit de jour en jour par le con:
Ce prince, ayant 6 ousé Lanassa, fille cours des mécontents. Alors Pyrrhus,
d’Agathocle, regar ait en quelque sorte ' sous prétexte de défendre les villes
la Sicile comme un hérita e qui lui contre les troupes puniques, y mit des
était dévolu. Il partit‘donc e Tarente, garnisons qui lui étaient dévouées , et
assa le détroit, et aborde en Sicile. t périr, comme coupables de trahison,
s peuplades grecques de cette île le les citoyens les plus distingués , dans
reçurent avec une joie extraordinaire, l'espoir u'il lui serait plus aisé de
et lui offriront à l'envi leurs villes, contenir a multitude privée de la pro
leurs troupes, leur argent et leurs tection de ses chefs. Ces actes de
vaisseaux. Pyrrhus avait amené avec cruauté décidèrent sa ruine. Dès lors,
lui trente mille fantassins, deux mille il se vit abandonné par le petit nombre
cinq cents cavaliers, et deux cents de villes qui jusque- là lui étaient res
vaisseaux de guerre. Ses conquêtes tées fidèles; la Sicile repassa sous la
furent d'abord si rapides, qu'il ne resta domination de ses anciens maîtres,
dans toute la Sicile aux carthaginois et il perdit cette belle et riche contrée
que la seule ville de Lilybée, dont il avec autant de rapidité qu'il l'avait
s apprétait à faire le siége. Alors les conquise. Plutarque rapporte que lors
carthaginois entrèrent en négociation qu’i se fut embarqué pour retourner
avec lui : ils consentaient même à ache à Tarente, il s'écria, les yeux tournés
ter la paixiau prix d'une flotte et d'une vers les côtes de Sicile : ‘a 0 le beau
somme d'argent considérable qu'ils « champ de bataille que nous laissons
livreraient entre ses mains. Pyrrhus « aux carthaginois et aux Romains! »
exigeait qu’ils abandonnassent la Sicile Cette prédiction fut pleinement justi
tout entière. Cette condition sembla fiée par les guerres acharnées que se
trop dure aux carthaginois, et la né firent ces deux peuples, et par les
32
sanglantes défaites qu'ils essuyèrent vREiuEnE GUERRE PUNIQUE.
tour à tour.
HIÉRON, ÉLEVÉ A LA RovAUTÉ A Ici les événements s'agrandissent,
SI'RApUsE, CONTINUE LA GUERRE coN et l'histoire prend un caractère plus
TRE LEs CARTIIAGINOIS , 275 A 268 imposant. Les deux; plus puissantes
AVANT L'ERE VULGAIRE. — Après le républiques du monde, alliées de uis
départ de Pyrrhus, la magistrature su plus de deux siècles et dont jusqu’a ors
prême de Syracuse fut remise aux aucun différend n'avait troublé la
mains d'Hiéron. Gagnées par l'attrait bonne intelligence, vont s'entrecho
de ses vertus, toutes les villes lui dé quer avec toutes leurs forces, avec
cernèrent d'un commun accord le com ‘un acharnement sans exemple. Car
mandement des troupes contre les thage avait pour elle d'immenses ri
carthaginois. Fils d’Hiéroclès,homme chesses , une marine formidable,
d'une naissance distinguée, qui des une cavalerie auxiliaire excellente:
cendait de Gélon, ancien tyran de la Rome, l'union et la force de son gou
Sicile,v son origine maternelle était vernement, l'austérité de ses vertus
obscure et honteuse. Il devait le jour antiques, le courage et la discipline de
à une esclave , et son père le fit expo ses armées nationales, exercées par
ser comme l'opprobre de sa maison. deux cents ans de victoires contre les
Bientôt, sur la foi de brillants pré peuplades guerrières de l'ltalie. Jamais
sages, qui annonçaient la grandeur fu on ne vit aux prises des nations plus
ture de cet enfant, Hiéroclès le prit belliqueuses, et jamais ces mêmes na
avec lui et s’appliqua à le rendre digne, tions ne déployerent plus de force et
des destins qui l'attendaient. A peine d'énergie. En effet, ce n'était pas seu
sorti de l'adolescence, il se distingua lement une médiocre province, c'était
dans "plusieurs actions, et reçut de l'empire du. monde que ces deux
Pyrrhus plusieurs récompenses mili peuples rivaux se disputaient dans l'é
taires. Doué d'une rare beauté, d'une troite arène de la Sicile.
force plus qu'ordinaire, plein de grâce CAUsEs DE- LA PREMIÈRE GUERRE
dans.ses paroles, de justice dans sa PUNIQUE, 268 ‘AVANT J, C. —— Déjà
conduite, de modération dans le pou quelques signes de refroidissement
Voir, il se vit déférer d'un consente s'étaient manifestés entre les Romains
ment unanime le nom et l'autorité de et les carthaginois pendant la guerre
roi. Il fut chargé de la guerre contre de Pyrrhus et le siégé de Tarente:
les carthaginois, et remporta sur eux mais ce furent les dissensions de Mes
de rands avantages. Mais bientôt des sine qui amenèrent entre les deux
int rêts communs unirent les Cartha peuples une rupture déclarée. Sous le
ginois et les Syracusains contre un règne d'Agathocle, tyran de Sicile,
nouvel ennemi, qui menaçait la Sicile, quelques aventuriers campaniens qui
et qui leur donnait aux uns et aux au étaient à la solde de ce rince s’é
tres de vives et justes alarmes. Il était taient ouvert par la perti ie l'entrée
aisé de prévoir que les Romains, qui de la ville de Messine , avaient égorgé
avaient conquis toute l’Italie jusqu'au une partie des habitants, chassé les
détroit de Sicile, ne s'arrêteraient pas autres, épousé leurs femmes, envahi
devant cette faible barrière, et qu'ils leurs biens, et étaient demeurés seuls
porteraient bientôt leurs armes victo maîtres de cette place importante. Ils
rieuses dans cette île riche et féconde, avaient pris le nom de Mamertins (*).
qui leur semblait en quelque sorte une A leur exemple, et par leur secours,
annexe de l'Italie. Il ne leur manquait une légion romaine, composée de sol
pour s'en emparer, qu'un prétexte ou dats campaniens, et commandée par
une occasion favorable: elle se présenta Décius Jubellus, citoyen de Capoue,
bientôt, et fut cause de la première
guerre punique. (*) Ce nom venait du mot Maman‘, qui,
dans la langue campanienne, signifiait Mars.
CARTHAGE. 33
avait traité de même la ville de Rhége’, flotte carthaginoise, et arrive à Mes
située vis-à-vis de Messine, de l'autre sine. Là, par son élo uence et de bril
côté du détroit. Les Mamertins, sou lantes promesses, il étermiue les ha
tenus par ces dignes alliés, accrurent bitants à réunir leurs efforts pour
rapidement leur puissance, et devin recouvrer leur liberté. Les Mamertins
rent un su'et de crainte et d'inquié emploient tour à tour les menaces, la
tude pour es Carthaginois et les Sy ruse, la force, et arviennent à chas
racusains,'qui se partageaient l'empire ser de la citadelle 'officier qui y com
de la Sicile. Mais sitot que les Bo mandait au nom des carthaginois.
maius, délivrés de la guerre contre Ceux-ci font mettre en croix le com
Pyrrhus, eurent tiré vengeance de la mandant dont la lâcheté ou l'impéritie
erfide légion qui s'était emparée de avait causé la perte de Messine, et
hége, et rendu la ville à ses anciens assiégent cette ville par terre et par
habitants, les Mamertins, demeurés mer. En même temps, Hiéron, jugeant
seuls et ‘sans appui, ne furent plus en l'occasion favorable pour chasser en
état de résister aux forces de Syra tièrement les Mamertins de la Sicile,
cuse , et crurent devoir recourir à une fait alliance avec les Carthaginols, et
protection puissante. Mais la division part de Syracuse pour se joindre à
se mit parmi eux : les uns livrèrent eux.
la citadelle aux Carthaginols, les au Le consul Appius Claudius qui, pen
tres envoyèrent à Rome un ambassa dant cet intervalle, était retourné à
deur pour offrir la possession de leur Rhége, essaye de traverser le détroit
ville au euple romain, et le presser de avec sa flotte, dans le but de faire
venir à eur secours. lever le siège de Messine. Ce fut d'a
L'affaire, mise en délibération dans bord en plein jour qu’il tenta ce pas
le sénat, fut envisagée sous deux points sage dangereux; mais la supériorité
de vue opposés. D'un côté, il parais et l'expérience de la flotte carthagi
sait indigne des vertus romaines de noise, l'impétuosité des vagues dans
protéger, en défendant les Mamertins, cette mer difficile et resserrée, et une
des brigands semblables à ceux qu'on violente tempête, qui s'éleva tout à
avait punis si sévèrement à Rhége; de coup, furent pour ses matelots peu
l'autre, il semblait important d'arrêter exercés des obstacles invincibles. Il
les progrès des carthaginois , qui, perdit quelques vaisseaux, et ne re
maîtres de Messine, le seraient bien gagna qu'avec beaucoup de peine le
tôt de Syracuse et de la Sicile entière, port de Rhége, d'où il était sorti.
et qui, ajoutant cette con uête à leurs L'âme ferme et constante du consul
anciennes possessions de ardaigne et ne se laissa point abattre a!‘ ce pre
d'Afrique, menaçaient de toutes parts mier revers. Persuadé qu'i ne pour
les côtes de l'Italie. Le sénat u'osa rait passer en Sicile tant que les Car
rendre aucune décision : il renvoya thaginois occuperaient le détroit, il
'affaire au peuple, qui, excité par les eut recours à un ingénieux stratagème.
consuls, résolu de secourir les Ma Il feignit d'abandonner l'entreprise,
mertins. de retourner à Rome avec sa flotte, et
PAssAoE ou DÉTEOIT DE SICILE, fixa ubliquement le jour et l'heure
ET OCCUPATION DE MEssINE PAn du épart. Sur l'avis qui leur en fut
LEs RoMAINs , 264 AvANT L'EEE donné, les ennemis qui bloquaient
vULoAInE. — Aussitôt, le consul Ap Messine du côté de la mer s'étant
pius Claudius se mit en marche avec retirés comme s'il n’ avait plus rien
son armée, et se rendit à Rhé e, où à craindre, le cousu , qui avait soi
il attendit l'occasion favorable c pas gneusement observé la nature du dé
ser le détroit de Sicile. Ce général au troit, s'empressa de saisir le moment
dacieux ose se confier à la mer sur favorable. Aidé du vent et de la ma
une frêle barque de pêcheur, passe, rée, profitant de l'absence des Cartha
sans être aperçu, au travers de la ginois et de l'obscurité de la nuit, il
3' Livraison. (CARTHAGIL) 3
34
effectue le passage et aborde à Messine. Alors les carthaginois, persuadés
L’accomplissement de cette entre que c'était à leur valeur et non il l'a
prise immortalisa le nom d’Appius. vantage du terrain qu’ils devaient la
Comme il avait transporté au milieu victoire , sortirent de leurs retranche.
de la nuit, à travers cette mer dange ments et poursuivirent les Romains.
reuse, la plus grande partie de ses Tout à coup la fortune changea avec
soldats sur des radeaux formés de la position des lieux; il ne resta à cha
troncs d'arbre et de planches grossiè cun que son propre courage. Les Car
rement jointes, on lui donna le surnom thaginois ne purent soutenir le choc
de Caudeæ, des mots caudices et cau des Romains. Il y en eut un grand
dicarivæ naves, par lesquels les Ro nombre de tués. Les autres se réfu
mains désignaient ces sortes d'embar gièrent soit dans les villes voisines.
cations. ' soit dans leur camp d'où ils n'osèrcnt
Ap;ius, se voyant pressé dans Mes plus sortir tant qu’Appius demeura
sine par des forces de terre et de mer dans Messine.
supérieures aux siennes, fit offrir la Appius, maître de la campagne, laisse
paix aux Carthaginois et aux S racu une forte arnison dans Messine, porte
sains, à condition qu'ils aban onne le rava e ans le territoire de Syracuse,
raient le siège de cette ville. Ces pro et met e siège devant cette ville dans
positions furent rejetées. Alors le con l'espoir de détacher Hiéron de l'alliance
sul, réduit à tenter la fortune des des carthaginois. La campagne finit
armes, résolut d'attaquer séparément sans qu’il e t pu réussir dans son des.
chacun de ses ennemis. Il fondit d'a sein , et il repassa en Italie.
bord sur l'armée d'Hiéron , qui, après CONTINUATION DE LA GUERRE ;
une assez vigoureuse résistance, fut TRAITÉ Des ROMAINS AVEC HIÉBQN;
vaincue et forcée de se retirer dans 263 AVANT L’ÈBE VULGAIBE. — L’an
son camp. Hiéron, déjà mal dis osé née suivante, les Romains, ayant à
envers les carthaginois, à cause e la cœur de terminer la guerre de Sicile ,
né ligence qu’ils avaient mise a garder y envoyèrent les deux nouveaux con
le äétroit, et, de plus, prévoyant , d'a suls avec quatre légions, et le nombre
près l'essai qu'il venait de faire des d'auxiliaires qui était attaché à chacun
armes romaines, que l'issue de la de ces corps (*). Avec ces forces impo
guerre leur serait favorable, s'échappa santes, tantôt unissant leurs trou es,
en silence au milieu de la nuit, et re tantôt les séparant, les consuls at
tourna promptement à Syracuse. tirent en plusieurs occasions les Car
DÉFAITE DES CABTHAGINOIS DE thaginois et les S racusains, et ré
VANT MESSINE; LES ROMAINS s'A pandirent partout a terreur'de leurs
VANCENT JUsQU’A SYRACUSE. —- Le armes. Leurs succès furent si rapides
lendemain , Appius , enhardi par la vie qu’ils se virent en peu de temps maî
toire et par la retraite des Syracusains, tres de soixante-sept villes, au nombre
résolut d'attaquer les carthaginois desquelles furent Catane et Taurome
dans leurs retranchements. Ils étaient nium. Alors Hiéron qui, voyant le dé
campés dans un lieu que la nature et couragement général. des peuples de la
l'art avaient fortifié. D'un côté la mer, Sicile, se dé lait de ses forces et de
de l'autre un marais large et profond, celles de ses alliés, envoya des députés
formaient une péninsule qu'ils avaient aux consuls pour traiter de la dpaix
fermée d'une muraille sur le seul point avec eux. Ceux-ci ne furent as i fli- ‘
par où elle était accessible. Les Ro ciles sur les conditions. En étachant
mains tentèrent de forcer cette bar de l'alliance des Cartha inois Hiéron,
rière; mais la difficulté des lieux, et la souverain des contrées es plus fécon
résistance opiniâtre des carthaginois des de la Sicile, ils se proeuraient les
rendirent leurs efforts inutiles. Appius
reconnut bientôt la témérité de son (") En tout 32 mille fantassins et 3600
entreprise, et ordonna la retraite. . cavaliers.
CARTHAGE. 35
moyens d'approvisionner leur armée, ments. En cette occasion comme en
qui ne pouvait que très-difficilement plusieurs autres, les lois rigoureuses
recevoir des vivres d’Italie, tant que de la discipline militaire sauvèrent
les flottes puniques étaient maîtresses l’armée romaine d’un désastre qui
de la mer. Les clauses du traité furent paraissait inévitable. Ces lois punis
qu’on se rendrait de part et d’autre saient de mort le soldat qui lâchait
les risonniers, qu’Hiéron serait réta pied dans une bataille ou qui abandon‘
bli 8ans la possession intégrale de son nait son poste. Aussi, quoique infé
royaume, et qu'il payerait cent talents rieurs en nombre aux assaillants, les
pour les frais de la guerre (*). Annibal, Romains chargés de la défense du
général des carthaginois, s’avançait camp soutinrent leur choc avec une
éjà avec sa flotte pour secourir Hié incroyable fermeté, leur tuèrent plus
ron qu’il croyait assiégé dans S racuse de monde qu’ils n’en perdirent, et
ar les Romains; mais lorsqu’i apprit donnèrent le temps aux cohortes de
a conclusion du traité, il jugea pru s’armer et de venir à leur secours.
dent de retourner sur ses pas. Alors, les carthaginois, qui s’étaient
TaoIsI‘EME ANNÉEDE LA 1" GUERRE vus au moment d’emporter les retran
PUNIQUE; sIEGE ET BATAILLE D'A chements, sont enveloppés de toutes
GBIGENTE; 262 AVANT L’I‘znE cuné parts, taillés en pièces ou mis en dé
IIENNE.—Cependant les carthaginois, route, et poursuivis jusqu’aux ortes
voyant les Romains fortifiés de l’al de la ville. Cet événement ren it à la
liance- d’Hiéron, jugèrent à propos fois les Romains plus circonspects,
d’envoyer en Sicile des forces plus con et les Carthaginois moins entrepre
sidérables, tant pour résister à leurs nants.
ennemis que pour conserver leurs an Ceux-ci n'engageant plus c rare
ciennes possessions. Ils joignirent à ment de légèresescarmouc s, les
leurs armées nationales un grand nom consuls divisèrent leur armée en deux
bre de mercenaires tirés de la Ligurie, corps, dont l’un fut placé devant le
de la Gaule et surtout de l’Espagne. temple d’Esculape, l’autre du côté de
Ils choisirent pour leur place d’armes la ville qui regarde Héraclée. Les deux
Agriyente que sa position naturelle et camps étaient protégés par une double
ses ortifications rendaient presque li ne de retranchements, l’une desti
imprenable , et y firent entrer des n e à empêcher les sorties des assié
vivres et une nombreuse garnison. gés, l’autre à garantir les derrières du
Les consuls romains, ayant réuni à cam , età intercepter les secours qu’on
leurs légions toutes les forces de leurs vou rait introduire dans la place. Des
alliés, viennent camper à mille pas postes fortifiés remplissaient l’espace
d'Agrigente , et forcent les Carthagi Intermédiaire entre les deux corps
nois à se renfermer dans les murs. Les d’armée.
moissons étaient alors parvenues à Le blocus durait depuis cinq mois.
leur maturité, et les soldats romains , Les Romains recevaient de leurs alliés
qui prévoyaient la longueur du siège , de Sicile des vivres en abondance.
s’étaient impîudemment dispersés dans Agrigente au contraire , où cinqlymte
la campa ne pour ramasser des grains. mille hommes se trouvaient entassés,
Les Cart aglnois , profitant de leur né< souffrait déjà toutes les horreurs de la
ligence, fondent à l’improviste sur les disette. Annibal, fils de Giscon, qui
ourrageurs et les mettent aisément en commandait dans la place, envoyait
fuite. De la ils marchent au camp des depuis longtemps à Carthage courriers
Romains , et partagés en deux corps, les sur courriers pour exposer sa détresse,
uns commencent a arracher les palis et demander des secours en vivres et
sades , tandis que les autres combattent en soldats. Enfin les carthaginois firent
les postes qui couvrent les retranche passer en Sicile le vieil Hannon avec
cinquante mille hommes d’inl‘anterie,
(") 550,000 fr. six mille chevaux et soixante éléphants.
3.
36
A ine ce général était-il débarqué à sollicité parles vives instances d’Anni
H raclée avec toutes ses forces qu'on bal qui lui mandait que les assiégés ne
lui livra la ville d'Erbesse , voisine du pouvaient plus résister à la famine et
camp latin, où l'on apportait de tous que plusieurs de ses soldats passaient
les points de la Sicile les vivres desti à l'ennemi, Hannon résolut de donner
nés à l'approvisionnement de l'armée la bataille sans lus différer, et con
romaine. Alors les Romains, assié vint avec Anniba qu'il ferait en même
geants à la fois et assiégés, se trou temps une sortie. Les Romains, par
vèrent réduits à la même pénurie qu'ils les pressants motifs que nous avons
faisaient éprouver à la garnison d'A indiqués , n'étaient pas moins disposés
grigente. La famine fit bientôt de tels à livrer le combat. La bataille s'en a
rogrès u'ils furent plusieurs fois sur gea dans une plaine située entre es
e point e lever le sié e, et ils y au deux camps. Le succès fut longtem s
raient été forcés si l'a resse et le zèle balancé. Enfin, par un dernier cf ort îe
d'Hiéron n'eussent réussi à leur faire consul Posthumius enfonce les rangs
passer elques convois qui soulagèrent des mercenaires qui combattaient en
eu eur détresse. Hannon, voyant tête de l'armée carthaginoise. Ceux-ci,
les omains affaiblis par la famine et reculant en désordre sur les éléphants
ar les maladies ai en sont la suite or et sur les troupes de la seconde ligne,
inaire, s'approc a de leur camp, ré portent le trouble et la confusion dans
solu de livrer une bataille générale. D'a toute l'armée. Dès lors plus de résis
bord il eut l'adresse d'attirer dans une tance; presque tous tombent sous le
embuscade leur cavalerie qui éprouva fer; Elannon se sauve à Héraclée avec
une perte considérable. Enhardi par une poignée de soldats. Les Romains
ce premier succès, Il porta son camp s'emparent du cam des carthaginois
sur une colline à quinze cents pas de et de presque tous Tes éléphants. An
l'armée romaine. Cependant la bataille nibal ne fut pas plus heureux dans sa
se donna beaucoup plus tard qu'on ne diversion. Il fit une sortie contre le
devait l'attendre de deux armées si camp romain, fut repoussé avec une
voisines l'une de l'autre, les Romains grande erte, et poursuivi jusqu'aux
et les carthaginois craignant alterna portes e la ville.
tivement de confier la décision de la Cependant il sut habilement saisir
guerre au hasard d'une seule journée. le moment favorable pour sauver sa
Ainsi, tant .qu’Hannon témolgna de garnison. Au déclin du jour, il remar
l’empressement pour en venir aux qua que les Romains, soit par l'ex
mains, les consuls se tInrent renfer trême confiance qui suit toujours la
més dans leurs retranchements , ef victoire, soit à cause des fatigues
frayés de la multitude et de la confiance d'une si rude journée, gardaient leurs
de leurs ennemis, et découragés en lignes avec plus de négligence qu'à l'or
outre ar la défaite récente de leur dmaire. Il sortit en silence au milieu
cavalerie. Mais quand ils s'a erçurent de la nuit, traversa les fossés des li
e leurs craintes et leurs dé ais affai gnes romaines sur des ‘pontons qu'il
blissaient le zèle et le courage de leurs avait préparés d'avance, et parvint à
alliés, ne les Carthaginoisen deve s'échap er avec toutes ses troupes à
naient p us fiers et plus hardis, et que l'insu es ennemis. Les Romains, au
la faim était un ennemi encore plus à point du jour, s'étant aper us de son
craindre pour eux que les soldats évasion, se contentèrent e harceler
d’Hannon , ils se décidèrent à accepter son arrière-garde et portèrent toutes
la bataille. Alors Hannon , à son tour, leurs forces à l'attaque de la ville.
parut en craindre l'événement et cher Agrigente, abandonnée de ses défen
cher les moyens de l'éviter. seurs, fut prise sans résistance et li
Deux mois se passèrent dans cette vrée au pillage; vingt-cinq mille de ses
alternative de confiance et de crainte habitants furent Vendus comme escla
sans aucun événement décisif. Enfin, ves. La conquête de cette place, dont
CARTHAGE. 81
le siége avait duré sept mois , fut éga ue aisible et tranquille, tandis e
lement utile et glorieuse aux Romains; l Itaiie était infestée par les'fréquen
mais elle leur coûta de grands sacrifi incursions des flottes puniques, ils
ces. Ils y perdirent plus de trente mille formèrent l'audacieuse et magnanime
hommes , tant de leurs soldats que des résolution de disputer à leurs ennemis
Siciliens leurs alliés. Aussi les consuls, l'empire de la mer. Ils n'avaient pas
se voyant désormais hors d'état de alors un seul vaisseau de guerre, pas
former aucune entreprise importante, un constructeur habile, pas un rameur
se retirèrent à Messine. expérimenté : une galère carthaginoise
QUATRIÈME ANNÉE DE LA GUEEEE à cinq rangs de rames, échouée sur leurs
PUNIQUE; 261 AVANT L'ÈEE CHRÉ côtes, leur sert de modèle. Ils se livrent
TIENNE. — Aucun événement impor avec une ardeur incroyable à des tra
tant n'a signalé la quatrième année de vaux, à des exercices entièrement nou
la première guerre puni ue. Les Car veaux pour eux. Les uns construisent
thaginois, indignés de a erte d'A les vaisseaux, les autres, imitant sur le
grigente et de la défaite 'Hannon, rivage les mouvements des rameurs,
estituèrent ce général et le condam s'exercent à la manœuvre. Les con
nèrent à une forte amende. Il fut suls animent tout par leur présence et
rem lacé en Sicile par un Amilcar, qu'il par leurs exhortations : à peine soixante
ne aut as confondre avec Amilcar jours s'étaient écoulés , et Rome avait
Barca, pere du fameux Annibal. La a l'ancre une flotte de cent vingt ga
flotte unique, envoyée en Italie pour lères , qui semblait sortie par miracle
empéc er le passage des consuls, ne tout armée et tout équipée des forêts
put accomplir son dessein; mais en de l’Italie.
Sicile elle réussit à recouvrer la plu Le commandement de l'armée de
part des villes maritimes dont les Ro terre en Sicile était échu à Duilius,
mains s'étaient emparés. Ceux-ci, ce celui de la .flotte à Cornélius. Ce der
pendant, depuis la prise d'A rige'nte nier avait pris les devants avec dix
qui avait répandu dans toute ‘île une sept vaisseaux, le reste de la flotte
consternation générale, s'étaient ren devait le suivre de près. Arrivé à Mes
dus maîtres de presque toutes les villes sine, il se livra avec trop d'imprudence
de l'intérieur, que les carthaginois à l'espoir qui semblait s'offrir de s'em
étaient hors d'état de défendre. Ainsi arer de lîle et de la ville de Lipari.
les Romains occupant les villes éloi es habitants, de concert avecAnnibal,
gnées des côtes aussi facilement que amiral de la flotte cartha irioise, lui
les carthaginois celles qui étaient si avaient promis de se ren re. Il part
tuées le long de la mer, et les deux avec ses dix-sept navires; mais à peine
euples conservant leurs conquêtes, est-il entré dans le port, qu'il y est
il existait entre leurs forces respecti bloqué par vingt galères que comman
' ves , uoique de nature différente , un dait Boodès , lieutenant d’Annibal.
équili re qui ne permettait pas de pré Alors, enveloppé de toutes parts, et
sager quel e,serait l'issue de la guerre. ne pouvant résister à deux ennemis à
CINQUIÈME ANNÉE DE LA GUERRE la fois , il est forcé de se rendre à Boo
PUNIQUE ; CONSTRUCTION DE LA FLOT dès qui le conduit en triomphe a Car
TE EoMAINE, PEIsE DU coNsUL Con thage.
NELIUs PAE LES CAnTIIAGINoIs; 260 INvENTIoN DU coEEEAU; BATAILLE
AVANT J. C. — Cependant les projets NAVALE ENTRE LEs RoMAINs ET LEs
et les espérances des Romains s'agran CAETIIAoINois. — Peu dejours après,
dissaient avec leurs victoires. La con le même excès de confiance qui avait
quête de Messine ne suffisait plus a causé la perte de Cornélius devint fu
leur ambition; ils méditaient mainte neste à l'amiral carthaginois. Il avait
nant celle de la Sicile entière. Lassés appris que la flotte romaine longeait les
d'un état de choses qui ne décidait côtes de l'Italie pour se rendre à Mes
rien, irrités d'ailleurs de Voir l'Afri sine.Plein de mépris pour un ennemi
88
sans expérience dans la navigation, la prise d'Agrigente, avait fait une re
et dans les combats maritimes , il traite si hardie, montait une galère
s'avança pour le reconnaître à la tête à sept rangs de rames que les Cartha
de cinquante galères. Dans sa pré ginois avaient prise dans leur guerre
somptueuse confiance, il marchait en contre Pyrrhus. Le dernier échec qu'il
désordre et'sans précaution, lorsque avait essuyé n'avait pas abattu sa pré
tout à coup, au détour d'un romon somptueuse confiance. A l'approche
toire d'ltalie, il rencontra a flotte des Romains ,' il s'avança dédaigneu
romaine voguant en bon ordre et toute sement contre eux, et, comme s'il ne
rête à combattre. Il fait de vains ef se fût pas agi de combattre , mais seu
orts pour réparer son imprudence et lement de recueillir des dépouilles dont
se trouve vaincu avant d'avoir pu même il se croyait déjà maître, il ne prit
disposer sa ligne de bataille. Il perdit pas même la peine de former sa li ne
la plus grande partie de ses Vaisseaux de bataille. L avant-garde des Cart a.
et eut bien de la peine à se sauver avec ginois fut pourtant un peu étonnée de
le peu qui lui en restait. ces machines élevées sur la proue de
La flotte victorieuse ayant appris le chaque vaisseau, et ‘qui étaient nou
désastre de Cornélius, en donna avis velles pour eux. Mais bientôt se ras
à Duilius son collègue, qui comman surant et se moquant même de l'in
dait les troupes de terre en Sicile, et vention rossière d'un ennemi igno
lui apprit en même temps son arrivée rant, ils ondent avec im étuosite sur
et l’avanta e qu'elle venait de rem les Romains. Alors les cor eaux, abais
porter sur 'ennemi. Duilius laissa le. sés tout à coup et lancés avec force
commandement de l'armée aux tribuns, sur leurs vaisseaux , les accrochent
et se mit à la tête de la flotte. Arrivé malgré eux, et, changeant la forme
à la vue des carthaginois près des du combat, les obligent à en venir aux
côtes de Mylæ (*), il se prépara au mains, comme si l'on eût été sur terre.
combat. Les uns sont massacrés; les autres,
'Mais s'apercevant aussitôt du dé frappés de stupeur à l'aspect de ces
savantage que ses pesants vaisseaux, mac _ines inconnues, se rendent Tison
construits grossièrement et à la hâte, niers. Les trente galères de lavant
' auraient en combattant ceux des Car garde , au nombre desquelles était le
thaginois, plus élancés , plus agiles et vaisseau amiral,furent coulées à fond
plus faciles à manier, il suppl a à cet ou prises avec tout leur équipage. An
inconvénient ar une machine qui fut nibal, voyant tout perdu, ne s'échappa
inventée sur- e-champ, et que depuis qu'avec peine dans une chaloupe.
on a appelée CorbeauÆlle se composait Le reste de la flotte des carthaginois
d'un mât planté sur la proue, auquel voguait avec ardeur pour fondre sur
s'adaptait un pont-levis, portant à son les Romains. Mais lorsqu'ils virent le
extrémité un cône de fer très-pesant désastre de leuravant-garde, ils s'avan
et très-aigu, ami de crochets mobi cèrent avec lus de circonspection, et
les. Cette ma . ines'abattant avec force cherchèrent a éviter par leurs manœu
d'une grande" hauteur, le cône. ar sa vres l'atteinte des redoutables cor
forme et par son poids, s'en onçait beaux. Ces habiles marins, se fiant à
dans le pont du vaisseau ennemi, y l'agilité de leurs galères et à la promp
fixait le pont-levis et donnait ainsi aux titude de leurs évolutions, espéraient
soldats romains un moyen facile de encore, en attaquant tantôt les fiancs,
monter à l'abordage. tantôt la poupe des vaisseaux romains,
La flotte carthaginoise se composait venir à bout de leurs ennemis. Mais
de cent trcntevaisseaux. Son comman comme ils se voyaient environnés de
dant Annibal’, le même qui, lors de tous côtés par ces terribles machines,
et comme, pour peu qu'ils s'approchas
(t) Mclazzo sur la côte septentrionale de sent, ils ne pouvaient éviter l'abor
la Sicile. - dage, la terreur les saisit, et ils pri
CARTHAGE. 89
rent la fuite après avoir perdu cin sieurs villes rentrèrent sous leur obéis
quante vaisseaux. C'est ainsi que les sance. Les Romains furent obligés de
Romains, qui l'emportaient dans les lever le siège de Mytistrate après l'avoir
combats de pied ferme par leur cou continué pendant sept mois et y avoir
rage, l'exercice et la bonté de leurs perdu beaucoup de monde. Quelque
armes, vainquirent aisément des en temps après, il s'éleva une dissension
nemis moins bien armés, ‘qui com - dans l'armée romaine entre les légions
taient beaucoup plus sur la légèreté e et les auxiliaires qui prétendaient oc
leurs vaisseaux que sur leur valeur per cuper le premier rang dans les batail
sonnelle et sur la vigueur de leurs bras. les. Amilcar, qui était alors à Palerme ,
Annibal sentait bien ce qu'il avait à ayant été instruit que, par suite de ces
craindre de ses concitoyens après sa divisions, les auxiliaires campaient sé
défaite. Il se hâta d'envoyer un ami à parément entre Paropc et Thermes (‘) ,
Carthage avant ne la nouvelle de son vint fondre tout à coup sur eux et leur
désastre y eût éte portée, et s'avisa de tua plus de quatre mille hommes; peu
cette ruse pour éviter le supplice dont s'en fallut même que toute l'armée ro
cette républi ue punissait souvent ses maine ne fllt détruite. Amilcar, après
généraux ma heureux. Le messager, cette victoire, reprit encore plusieurs
introduit dans la salle des délibérations villes, les unes de force et les autres
du sénat, informe l'assemblée que le par composition. '
consul Duilius est arrivé avec une nom SIXIÈME ANNÉE DE LA PEEMIEEE
breuse flotte, et lui demande si elle GUEnnE PUNIQUE; ExPÉnITIoNs DANS
est d'avis qu’Annibal livre la bataille. LA SAEDAIGNE ET DANS LA CORSE,
Tous s'étant écriés qu’Annibal devait 259 AVANT L'EEE vULGAInE. — Après
saisir au plus tôt l'occasion de combat sa défaite, Annibal re rit la route de
tre. « Eh bien, » reprit l'envoyé, « il Carthage avec ce qui lui restait de
« l'a fait et il a été vaincu. » Par cet vaisseaux. Quel ue temps après il
adroit stratagème, Annibal mit les sé équipa une nouvelle flotte, choisit pour
nateurs dans l'impossibilité de con commander ses vaisseaux les capitaines
damner une action qu'ils avaient con les plus expérimentés, et passa dans la
seillée eux-mêmes. Sardaigne. Les Romains lui opposè
Cette victoire signalée redoubla l'ar rent le consul Cornélius Scipio, a qui
deur et la confiance des Romains. était échu le commandement de la
Duilius débarqua en Sicile, reprit le flotte. Ce fut là leur première expédi
commandement de seslégions , fit lever tion contre la Sardaigne et la Corse.
le siège de Ségeste que les Carthaginols Ces deux îles, si voisines qu'on les
avaient réduite à la dernière extrémité, prendrait pour une seule et même île,
et emporta d'assautMacella, sans u'A sont cependant fort différentes pour
milcar, général des troupes cartiagi la nature du terroir et le caractère des
noises ostlt se présenter devant lui. habitants. La Sardaigne est grande et
Le consul, après avoir, par ses succès, fertile; elle possède de riches trou
assuré la tranquillité des villes alliées, peaux, des mines d'or et d'argent, et
voyant l'hiver approcher, s'en retourna produit du blé en si grande abondance
à Rome. qu'elle en a longtemps fourni à Rome
Les Romains lui rendirent des bon et à l'ltalie. La Corse ne saurait lui
neurs extraordinaires. Il fut le premier être comparée ni car la grandeur ni
à qui le triomphe naval fut accordé. pour la fertilité; e le est montucuse et
On lui érigea , une colonne rostrale pre, inaccessible et inculte en plu
avec une inscription qui existe encore sieurs endroits. Les habitants partici
aujourd'hui. ' peut de la nature sauva e du terroir,
DissENsioNs nANs L’AmuEE ao et sont d'un caractère ur et féroce.
MAINE rAvonAELEs AUx CABTHAGF Jaloux à l'excès de leur indépendance,
NoIs. —— L'absence de Duilius rétablit
les affaires des carthaginois, et plu (') Tliermœ liymereuscs.
40
ils ne se soumettent qu'avec peine à collègue de Cornélius, commandait les
une domination étrangere. légions romaines, Amilcar soutenait
Les carthaginois avaient longtemps encore la fortune de Cartbage. Enna et
fait la guerre aux habitants de ces deux Camarine lui avaient ouvert leurs por
îles, et ils avaient fini par s'emparer tes. Dré ane, situé près de la ville
de tout le pays, à l'exception de cer d’Éryx, ui oflrait un excellent port.
tains points inaccessibles et impratica Il s'empara d’Éryx , la détruisit de 0nd
hles à leurs armées. Mais il était plus en comble, et en fit passer tous les ha
facile de vaincre ces peuples que de les bitants à Dré ane, dont il fit une
dompter. Pour les tenir dans une en ville considéra le, u'il entoura de
tière dépendance, les carthaginois bonnes fortifications. nfin , il se serait
avaient arraché leurs blés , détruit leurs en peu de temps rendu maître de la‘
arbres fruitiers, et leur avaient dé Sici e entière, si le consul Florus .ne
fendu, sous peine de mort, de rien se fût opposé à la rapidité de ses pro
semer ou planter qui pût leur fournir grès en restant dans l'île malgré la ri
aucune espèce de nourriture. Par là, gueur de la saison.
ils les oblIgèrent à venir chercher en SEPTIÈME, ANNÉE DE LA GUERRE;
Afrique toutes les provisions néces PRISE DE PLUSIEURS VILLES EN SI
saires à leur subsistance, et les accou cILE PAR LES CONSULS A'I'ILIUs CA
tumèrent insensiblement au joug pé LA'rINUs R'r SULPITIUS PATEBCULUS ,
nible de la servitude. 258 AVAM' L'ERE VULGAIRE. — Les
Le consul Cornélius débarqua d’a nouveaux consuls arrivés en Sicile con
bord dans la Corse, et après avoir pris duisirent toutes leurs forces vers Pa
de force la ville d’Aléria, il se rendit lerme, où les carthaginois avaient
maître aisément de toutes les autres leurs quartiers d'hiver, et leur présen
laces de l'île. De là, il fit voile Vers tèrent la bataille. Ceux-ci l'ayant refu
a Sardaigne, où Annibal venait d’ar sée et fait ainsi l'aveu de leur faiblesse,
river avec ses vaisseaux. L'amiral car les consuls marchent sur Hi ne et
thaginois, bloqué dans un des ports l'emportent d'assaut. De là, 1s vont
de l'île par la flotte romaine, erdit la mettre le siége devant Mytistrate , place
plus grande partie de ses ga ères, et très-forte que leurs prédécesseurs
n'échappa point cette fois au ressenti avaient attaquée à plusieurs reprises,
ment de ses concitoyens. Il fut saisi mais toujours sans succès. La place
par ses propres soldats, irrités de son avait capitulé; mais le soldat, irrité
Impéritie, attaché tout vivant à une de sa résistance opiniâtre, massacra la
croix, et ne reçut la mort qu'après de lus rande artie des habitants et livra
cruelles tortures. vileaux ammes.
Cornélius marcha ensuite vers 0l L'armée romaine marcha ensuite
bia, dans le dessein d'en former le sur Camarine. Pendant le trajet, une
siége; mais se sentant trop faible pour habile manœuvre dugénéral carthagi
attaquer une ville défendue par sa po nois la mit à deux doigts de sa rte.
sition naturelle et par une nombreuse Ce général, suppléant par la ruse a l'in
garnison, il renon a pour le moment fériorité de ses forces, s'était hâté
a son entreprise, e retourna à Rome d’occu er les hauteurs qui dominaient
pour y lever de nouvelles trouples. une va lée où les Romains s'étaient té
A son retour, il reprit le siége d'Ol ia. mérairement engagés, et d'en fermer
Hannon avait succédé à Annibal dans toutes les issues. Ils se trouvaient pres
le commandement de la flotte cartha que dans la même situation u’aux
ginoise. Le consul battit son nouvel ourches caudines, et n'atten aient
adversaire, qui perdit la vie dans le plus que la mort ou une capitulation
combat, s'empara de la ville d’Olbia, Ignominieuse , lorsque le tribun M. Cal
et soumit en peu de temps toutes les purnius Flamma, par sa résence d'es
Villes de Sardaigne. prit et sondévouemcnt su lime , réussit
Dans la Sicile où le consul Florus, a sauver l’armée d'une perte certaine.
CARTHAGE. 41
Il se présente au consul et lui fait sentir reuse sortie ,dans laquelle ils blessèrent
l'imminence du danger. « Il faut te ou tuèrent un grand nombre de R0
- hâter, dit-il, si tu veux délivrer ton mains.
-‘ armée, d'envoyer quatre cents hom HUITIÈME ANNÉE DE LA GUEEnE,
a mes d'élite s'emparer de cette hau 257 AvAN'r L’EnE vULGAInE. — Cette
- teur. Notre diversion attirera toutes année il ne se passa entre les armées et
a les forces des ennemis; ils ne s'occu les flottes romaines et carthaginoises
« seront qu'à la repousser. Sans aucun aucune action remarquable. L'his
- oute nous y périrons tous; mais en ‘toire ne rapporte que quelques évé
c vendant cher notre vie, nous te don nements peu importants, où les suc
- nerons le temps de sortir du défilé - cès decpart et d’autre furent également
a avec tes légions. Il ne te reste plus balan 5.
a d’autre moyen de salut. n Les prévi NEUvIEnE ANNÉE DE LA PEEEIEnE
sions du tribun ne furent point trom GUERRE PUNIQUE; nA'rAILLE NAVALE
s. Il se rte sur la hauteur; l'in n'EcNoME; nErArrE nEs CAETIIA
anterie et a cavalerie carthaginoises GINoIs; 256 AvAN'r L'EnE cuné
enveloppent de toute part sa faible TIENNE. —- Cependant les deux peu
cohorte; elle se défend avec un courage pies rivaux, jugeant bien que l'issue
invincible; enfin, après d'incroyables e la guerre serait en faveur de ce
efl'orts, accablée par le nombre, elle lui qui resterait maître de la mer,
reste tout entière sur le cham de ba avaient employé toutes leurs ressour
taille. Mais la résistance avait té assez ces à des préparatifs immenses. Les
opiniâtre et assez longue ur que le Romains, avec une flotte de trois cent
‘consul eût le temps de égager son trente galères, abordèrent à Messine,
armée. L'issue d'une action 8! héroïque et de la se rendirent à Ecnome, où
est toute merveilleuse et en relève en leurs légions étaient campées. En même
core l’éelat. Calpurnius fut trouvé au temps Amilcar, qui commandait la
milieu des cadavres, criblé de blessu flotte carthaginoise, composée de trois
res, dont, par un hasard qui tient du cent cinquante vaisseaux de guerre,
miracle, aucune ‘n'était mortelle. Il avait abordé à Lil bée, et s’était. en
parvint à s'en guérir, reçut pour'ré suite porté sur H raclée, où il obser
com nse la couronne obsidionale, et vait les mouvements des Romains.
ren it encore de grands services à son Ceux-ci avaient conçu le projet auda
paIbélivré
s. du dan er, . Atilius alla met cieux de passer en Afrique, d'en faire
le théâtre de la guerre, et de réduire
tre le siége devan Camarine. Avec les par là les carthaginois à combattre
machines de guerre que lui fournit non pour la possession de la Sicile,
Hiéron, il renversa les remparts, s’em mais pour celle de leur territoire et le
para de la ville, et vendit comme es salut de leur patrie. Les carthaginois,
claves la plus grande partie des habi au contraire, sachant par expérience
tants.Enna, Sittana,Camicum, Erbesse combien l'accès et la conquête de l'A
et plusieurs autres villes de la province frique étaient faciles, ne craignaient
carthaginoise tombèrent en son ou rien tant que cette invasion, et avaient
voir. Enhardi ar ces succès, il 5 em résolu, pour l'empêcher, de tenter le
barqua pour a ler attaquer Lipari, où sort d’une bataille navale.
il croyait avoir un parti parmi les ha Les Romains firent leurs disposi
bitants. Mais Amilcar, ayant pénétré tions pour accepter le combat, si on le
ses desseins, était entré secrètement leur présentait, ou pour faire une ir
dans la ville, où il é iait l'occasion de ruption dans le pa s ennemi, si on n’y
le sur rendre. En e et, le consul qui mettait pas obstac e. Ils embarquèrent
croyait Amilcar bien éloignés'avançait l'élite de leur armée de terre, et divi
sous les murs de Li ari avec plus de sèrent toute la flotte en quatre esca
hardiesse que de pru ence, lorsque les dres , distribuant également les légions
carthaginois firent sur lui une vigou dans les trois premières, et réunissant
42
tous les triaires(*) dans la dernière. en l'éloignant du centre, et la compo
Chaque vaisseau contenait trois cents sèrent des vaisseaux les plus légers et
rameurs et cent vingt combattants , ce les plus propres , par la rapidité de leurs
qui portait les forces romaines à près manœuvres , à envelopper l'ennemi. Ils
de cent quarante mille hommes. Les ajoutèrent sur les derrières de l'aile
Carthaginois étaient supérieurs pour gauche une quatrième escadre qui s'é
le nombre, et avaient sur leurs vais tendait obliquement vers la terre. Han
seaux plus de cent cinquante mille non, le meme général qui avait été
hommes, tant rameurs que soldats. vaincu près d'Agrigente, commandait
Ces chiffres suflisent a eux seuls pour l'aile droite; Amilcar, qui avait battu
donner une haute idée de la puissance les Romains à Lipari, s'était réservé
et de l'énergie de ces deux grandes ré le centre et l'aile gauche. Celui-ci , pen
publiques. dant la bataille, employa un strata
Les Romains, calculant ue c'était gème qui faillit causer la perte des
surtout en pleine mer, où i s allaient Romains.
s'engager, que les carthaginois l'em Comme l'armée carthaginoise était
ortaient sur eux par la légèreté de rangée sur une simple ligne, qui, ar
Beurs vaisseaux , cherchèrent a suppléer cette raison, paraissait facile à tre
à ce désavantage ar une ordonnance enfoncée, les Romains commencent
compacte et diflici e à rompre. Dans ce l'attaque par le centre. Amilcar, pour
but, les deux vaisseaux à six rangs , que rompre leur ordre de bataille, avait
montaient les deux consuls Régulus et ordonné aux siens de prendre la fuite
Manlius, furent placés de front à côté sitôt que l'action serait engagée. Les
l'un de l'autre. Derrière eux s'allon Romains, se laissant emporter à leur
geaient, sur deux files obliques, la courage, poursuivirent les fuyards
première et la seconde escadre, figu avec une ardeur téméraire. Ainsi la
rant les deux côtés d'un triangle, dont première et la seconde escadre s'éloi—
la troisième escadre formait la base. gnèrent de la troisième qui remorquait
Cette troisième escadre remorquait les les vaisseaux de charge, et de la qua‘
vaisseaux de charge placés derrière trième où étaient les triaires destinés
elle sur une longue ligne parallèle; à les soutenir. Dès qu'il Voit que son
enfin, la quatrième escadre, ou les stratagème a réussi, Amilcar donne le
triaires, venait après, rangée de ma signal; les fuyards font volte-face, et
nière à déborder des deux côtés la fondent avec Impétuosité sur ceux ni
ligne qui la précédait. Cet ordre de ba les poursuivaient. Alors le combat e
taille; jusqu'alors inusité, rendait la vint terrible et le succès douteux. Les
flotte romaine également pro re à son. carthaginois l'emportaient sur les Ro
tenir le choc des ennemis et les atta mains ar la légèreté de leurs vais
quer avec avantage. seaux, 'agilité de leurs évolutions et
Cependant les généraux carthagi la précision de leurs manœuvres; mais
nois , après avoir exhorté leurs soldats les Romains compensaient ce désavan
à combattre courageusement dans une tage par leur vigueur dans les combats
action d'où dépendait le sort de Car de pied ferme, lorsque leurs corbeaux
tha e, les voyant pleins de confiance avaient accroché les vaisseaux enne
et d'ardeur, sortirent du port d’Héra mis, et par l'ardeur que leur inspirait
clée et allèrent au-devant de l'ennemi. la présence de leurs consuls, sous les
Ils disposèrent leur plan de bataille yeux desquels ils brûlaient de se si
d'après l'ordonnance des Romains. Ils gnaler.
partagèrent leur flotte en trois esca Pendant ce temps-là, Hannon, qui
dres rangées sur une seule ligne. Ils commandait l'aile droite, et qui, au
étendirent en pleine mer l'aile droite commencement du combat, l'avait te
nue à quelque distance du reste de la
, (9‘) Les triaires, chez les Romains, com- , flotte, tourne les vaisseaux des triai
posaient la dernière ligne de l'armée. res, les attaque brusquement par-der
CARTHAG 1:1.

L'a-6.1"“ 1
f 7 ,. l
C\É7/0nflc/%u/za/a / a. Æa‘aj.
examen.‘ 4a
rière, et y jette le trouble et la confu Romains‘, vingt-quatre vaisseaux'seu
sion. D'un autre côté, les Carthaginols lement périrent dans le combat; aucun
de l'aile gauche, qui étaient rangés ne tomba en la puissance des ennemis.
ubliquement vers la terre, changeant DESCENTE nus ROMAINS 131v Arm
leur première dis sition, se forment QUE; PRISE DE CLYPEA ET DE PLU
en ligne de batail e, ,et fondentsur la smuns surnss PLACES. -— Bientôt les
troisième escadre, dont les galères Romains, après avoir radoubé leurs
étaient attachées aux vaisseaux de vaisseaux et complété tous les répa
charge pour les remorquer. Ainsi cette ratifs nécessaires pour une on ne
bataille présentait trois actions diffé campagne, mirent à la voile pour l A
rentes, séparées l’une de l’autre par fri ue, sans qu’Amilcar osât faire un
des distances considérables. L’avan seu mouvement pour s’opposer à leur
tage fut longtem s balancé de part et passage. Les premiers navires abordé
d’autre. Mais en n l’escadre que com rent au promontoire Hermæum, qui
mandait Amilcar est mise en fuite, et forme l’extrémité orientale du golfe de
Manlius attache à ses vaisseaux ceux Carthage. Ils y attendirent les bâti
qu’il avait pris. Régulus vient au se ments qui étaient en retard 'et, a rès
cours des triaires et des vaisseaux de avoir réuni toute leur flo ‘3, ilsv on.
charge, menant avec lui les galères de gèrent l'a côte jus u’à la ville de Clypea
la deuxième escadre, qui étaient sor (aujourd’hui Kali ia); ils,y' débarquè
‘zies du premier combat sans être en rent, et, après avoir.tiré leurs vais
Jommagées. Pendant qu’il est aux seaux à terre, et lesv avoir environnés
mains avec Hannon, les triaires, qui d’un fossé et d’un retranchement, ils
étaient près de se rendre, reprennent mirent le siège devant la ville.
courage , et retournent à la charge avec La nouvelle de la défaite d’Ecnome
une nouvelle vigueur. Les Carthagi avait ré anduœla consternation parmi
nois, assaillis par-devant et par-der les Cart aginoisî Tous s’attendaient à
rière, et ne pouvant résister_à cette voir les Romaius,.enorgueillis d‘un si
double attaque, gagnent la pleine mer brillant succès‘, tourner leurs armes vic
pour échapper à une destruction iné torieuses contre Carthage elle-même.
vitable. . _ _ Mais quand ils ap rirent que les con
Sur ces entrefaites, Manhus revient suls d barqués à C ypea perdaient leur
et aperçoit la troisième escadre acçulée temps au slége de cette ville, ils repri
contre le rivage par les carthaginois rent courage, et s’occupèrent à ras
de l’aile gauche. Les vaisseaux de semblerdes troupes pour mettre leur
charge et les triaires étant en sûreté, capitale et le pays d’alentour à l’abri
Régulus et lui unissent leurs forces des attaques de l ennemi.
pour la tirer du éril extrême où elle Les consuls avaient envoyé des cour
se trouvait; car a le soutenait une es riers à Rome our informer le sénat
pèce de siège; et elle aurait été im de ce qu’ils avaient fait jusqu’alors , et
manquablement détruite, si les Car le consulter sur les mesures ultérieures
thaginois, par la crainte des corbeaux à prendre. En attendant leur retour,
et de l’abordage, ne se fussent con ils fortifièrent Clypea pour en faire
tentés de la tenir bloquée contre la leur place d’armes; ils y laissèrent un
terre. Les consuls arrivent, envelop corps de troupes pour garder la ville et
pent de toutes parts les carthaginois son territoire , pénétrèrent dans le pays
et leur enlèvent cinquante vaisseaux avec le reste de leur armée, et ravage
avec tout leur équipage. Quelques-uns rent le plus beau canton de l’Afrique,
s’fléchappèrent en rasant la côte de Si qui, depuis le temps d’Agathocle, n'a
61 e. vait point é Jl‘OllVé les malheurs de la
Telle fut l’issue de cette grande ba guerre. Ils étruisirent un grand nom
taille navale. Trente vaisseaux cartha bre de magnifiques maisons de plai
ginois furent coulés à fond, soixante sance, enlevèrent une quantité im
quatre furent pris. Du côté des mense de bestiaux, et firent plus de
44
vingt mille prisonniers, sans trouver Cependant les carthaginois, qui
aucune résistance. De plus, ils prirent avaient élu pour généraux Asdrubal,
de force ou reçurent à composition fils d’Hannon, et Bostar, rappelèrent
plusieurs villes, dans lesquelles ils encore de Sicile Amilcar, qui, avec
trouvèrent quelques (léserteurs et un cinq mille hommes d’infanterie et cinq
bien plus grand nombre de Romains cents cavaliers , se rendit aussitôt d'Hé
faits prisonniers dans les dernières cam raclée à Carthave. Ces trois généraux,
pagnes, parmi lesquels était probable après avoir délibéré entre eux, se dé
ment Cn. Cornélius Scipio, que nous cidèrent à tenir la campagne, pour ne
voyons deux ans après élevé à un pas laisser le(paî's exposé impunément
deuxième consulat. aux ravages e 'ennemi.
Alors arriva la réponse du sénat. Régulus s’avançait dans la contrée,
Elle rescrivait à Régulus de rester s’emparant de toutes les villes qui se
en A rique avec quarante vaisseaux, trouvaient sur son passage. Arrivé de
quinze mille fantassins et cinq cents vant Adis (*), l’une des plus fortes
cavaliers, et à Manlius de retourner à places du pays, il en forma le siège.
Rome avec les prisonniers et le reste Les généraux carthaginois s'empres
de la flotte. sèrent de venir au secours de la ville.
DIxxEME ANNÉE DE LA GUERRE; Ils occupèrent une colline qui dominait
BATAILLE n’Ams; PRISE DE TUNIS le camp des Romains et qui paraissait,
PAR LES ROMAINS; 255 AVANT L’ÈEE au premier coup d’œil, une position
VULGAIRE. —— Les nouveaux consuls avantageuse. Mais l’inégalité et l’âpreté
furent Servius Fulvius Pætinus Nobi du terrain rendaient inutile la princi
lior et Marcus Æmilius Paulus. Le pale force de leur armée , qui consistait
sénat, pour ne pas interrompre le en cavalerie et en éléphants. Régulus,
cours des victoires de Régulus, lui con en habile général, profite de la faute
tinua le commandement de l’armée en de ses ennemis, et avant qu’ils eussent
Afri ue avec le titre de proconsul. Lui le temps de la réparer, en descendant
seul ut affligé d’un décret qui était si dans la plaine, i monte avec ses lé
glorieux pour lui. Il écrivit au sénat gions sur la colline, et les attaque de
que le régisseur des septjugères (") de deux côtés à la fois. La cavalerie et les
terre qu’il possédait à Pupinies était éléphants des carthaginois ne leur ren
mort, et ne l’homme dejournée , pro dirent aucun service. Les troupes mer
fitant de occasion, s’était enfui après cenaires combattirent avec une grande
avoir enlevé tous les instruments de valeur et mirent d’abord en déroute la
culture; u’il demandait donc qu’on première légion; mais, ayant rompu
lui envoygt un successeur, puis ne, si eurs rangs dans l’ardeur de la pour
son champ n’était pas cultivé, i n’au suite, ils furent entourés par les trou
rait plus de quoi nourrir sa femme et pes romaines qui attaquaient la colline
ses enfants. Le sénat ordonna que le de l’autre côté. et forcés eux-mêmes
cham de Régulus serait de suite af de prendre la fuite. Leur exemple en
ferm et cultivé, qu’on rachèterait aux trama le reste de l’armée. La cavalerie
frais de l’Etat les instruments dérobés , et les éléphants se sauvèrent dans la
et ne la république se chargerait aussi plaine. Les Romains poursuivirent pen
de a nourriture de sa femme et de ses dant quelque temps l’infanterie et re
enfants. Rare exemple du mépris des vinrent piler le camp des carthagi
honneurs et della fortune! L’éclat dont nois.
brille encore le nom de Régulus , après A rès cette victoire, Régulus, maî
une longue suite de siècles , prouve que tre e la campagne, ravagea impuné
la gloire est pour la vertu une récom ment tout le pays, et s’empara même
pense plus durable que la richesse. de la ville de Tunis. Cette position,
(") Le jugère valait un demi-arpeut: 24 (’) Aujourd'huiRhadès, à quelques lieues
ares, 68 céntiares. de Tunis.
CARTHAGE. 45
tant par sa force naturelle que par sa Le sénat de Carthage, sur le rapport
proximité de Carthage, lui parut très de ses envo 'és , fut tellement indigné
avantageuse pour l'exécution de ses de la duret .des lois qu'on lui impo
projets: il en fit sa place d'armes, et sait, que, malgré sa étresse, il rit
y établit un camp retranché. la généreuserésolution de tout son frir
NEGocIA'rIoNs INEnUcTUEUsEs EN et de tout tenter plutôt que de subir
TnE LES RoMAINs ET LEs CAETIIA la plus insupportable et la plus bon
GINOIS. — Les carthaginois avaient teuse de toutes les servitudes.
été battus par terre et par mer. Ils AnnIvEE DE XANTIIIPPE A CAn
avaient vu plus de deux cents places TIIAGE; DÉFAITB ET PRISE DE RÉGU
tomber au pouvoir des vain ueurs. Lus. — Telle était la situation des
Tant de défaites et de pertes reveillè carthaginois, lorsque les vaisseaux
rent contre eux la haine des Numides, qu'ils avaient envoyés dans la Grèce
leurs anciens ennemis , qui se répan pour y lever des troupes, revinrent
dirent dans leurs campagnes, y mirent avec un renfort assez considérable de
tout à feu et à sang, et y causerent soldats mercenaires. Dans le nombre
encore plus de terreur et de désola était Xanthippe de Lacédémone, ui,
tion que n'avaient fait les Romains formé dès son enfance à la discip ine
eux-mêmes. Les habitants de la cam austère de sa patrie, y joi nait une
pagne, se réfugiant de tous côtés à Car expérience consommée dans e métier
thage avec leurs femmes et leurs en de la guerre. Cet officier, instruit en
fants, pour y chercher un abn_, aug détail de la dernière défaite des Car
mentaient la consternation, et faisaient thaginois et des circonstances ui l'a
craindre la famine en cas de siége. vaient amenée, calculant de us les
Dans ces extrémités, les Carthagi ‘ressources qui leur restaient, enom‘
nois députèrent les principaux séna bre de leur cavalerie et de leurs élé
teurs au général romain pour demander phants, pensa en lui-même et dit à ses
la paix. Régulus ne se refusa Intàces amis que les carthaginois n'avaient pas
ouvertures; mais, abusant es droits été vaincus par les Romains, mais par
de la victoire, il leur imposa ces dures eux-mêmes et par l'incapacité de leurs
conditions : « Céder aux Romains la Si généraux. Ce mot se répand dans le
cile et la Sardaigne tout entières; leur public, et arrive bientôt aux oreilles
rendre tous leurs prisonniers sans ran des sénateurs. Les magistrats font
con, et racheter les prisonniers cartha appeler Xanthippe; il vient et justifie
ginois ; payer tous les frais de la guerre, clairement ce qu'il avait avancé. Il
et, de plus, se soumettre a un tribut leur démontre que , soit dans les mar
annuel. n Telles furent d'abord les ches, soit dans les campements, soit
rétentions du vainqueur. Il y ajouta dans les combats mêmes, on avait
‘autres obligations qui n'étaient pas toujours choisi les positions les moins
moins humiliantes pour les carthagi avantageuses. Il ajoute que s'ils vou
nois : qu'ils n'auraient d'autres amis laient suivre ses conseils, et- tenir
et d'autres ennemis que ceux des Ro constamment l'armée dans la plaine,
mains; qu'ils ne pourraient mettre en il leur répondait. non-seulement de
mer qu'un seul vaisseau de guerre, et leur salut , mais encore de la victoire.
qu'ils fourniraient aux Romains cin Tous les chefs de la république , et les
quante trirèmes toutes les fois u’Ils généraux eux-mêmes , par une généro
en seraient r uis. Les ambassa eurs sité bien rare et bien digne de louange,
sup lièrent Regulus de mettre plus de sacrifièrent leur amour-propre au sa
mo ération dans ses demandes , et de lut de la patrie,.et confièrent a un
leur prescrire des conditions plus sup étranger le commandement de leurs
portables ; mais il ne youlut se relâcher armées.
sur aucun point, ajoutant, avec un L'habileté avec laquelle Xanthippe
orgueil insu tant, qu il fallait ou savoir avait jugé l'ensemble de la guerre,
vaincre ou savoir obéir au vainqueur. avait déjà_ inspiré aux carthaginois
46
une grande confiance dans ses lumières. troupes placés derrière eux, et, pen
Mais uand on le vit ranger prompte dant ue l'ennemi serait aux prises
ment ’armée en bataille aux portes de avec a phalange carthaginoise, de
la Ville, commander des manœuvres sortir de côté et de l'attaquer en
savantes, faire exécuter en bon ordre flanc.
les évolutions les plus compliquées, un Régulus avait d'abord rangé son
enthousiasme universel s’em ara du armée en bataille suivant la méthode
peuple et de l’armée, et tous, éja sûrs ordinaire. Mais quand il vit la dispo'
de vaincre sous un tel généra , de sition des ennemis, pour se garantir
mandèrent, avec des cris de joie, à du choc des éléphants , il mit tous ses
marcher contre l'ennemi. vélites à la remière ligne. Ensuite, il
Xanthippe ne laissa pas refroidir plaça ses co ortes, dont il doubla les
cette ardeur, et alla chercher les Ro les, et distribua sa cavalerie sur les
mains. Son armée était composée de deux ailes , donnant ainsi à son ordre
douze mille hommes d'infanterie, de de bataille moins de front et plus de
quatre mille chevaux et d'environ cent profondeur qu'il n'avait fait d'abord.
éléphants. Régulus fut d'abord surpris Cette ordonnance, dit Polybe, était
de voir les carthaginois, changeant excellente pour résister aux éléphants ,
leur méthode ordinaire, diriger leur mais elle exposait les Romains à être
marche et asseoir leur camp dans la entourés par la cavalerie carthagi
plaine; mais, plein de mépris pour des poise, fort supérieure en nombre à la
roupes qu'il avait vaincues tant de eur.
fois , il était résolu de les combattre, Xanthippe alors fait avancer à la fois
quel que fût l'avantage de leur position. les éléphants pour enfoncer le centre
vint donc camper à mille toises de de l'armée romaine, et la cavalerie de
l'ennemi. . ses deux ailes pourcharger et envelop
Alors Xanthippe , par déférence r l'ennemi. Les Romains poussent
our les officiers e l’armée punique, eur cri de guerre, et marchent auda
es réunit en conseil de guerre, et les cieusement sur les carthaginois. La
consulta sur le parti qu’ils avaient à cavalerie romaine, trop infcrieure en
prendre. Mais, pendant cette délibéra nombreà celle des ennemis, ne put résis
tion , les soldats demandaient à grands ter longtemps , et laissa les deux ailes à
cris la bataille, et Xanthippe sup découvert. L'infanterie de l'aile gauche,
liant le conseil de ne pas aisser soit pour éviter le chocdes éléphants,
happer une occasion si favorable, soit pour montrer sa supériorité sur les
les chefs ordonnèrent à l'armée de se soldats mercenaires qui formaient l'aile
tenir prête, et laissèrent à Xanthippe droite des Carthaginois , les attaque ,
l'entière liberté d'agir comme il le ju les disperse et les poursuitjusqu'à leurs
gérait convenable. retranchements. Au centre qui était
Ce général rangea ainsi son armée opposé aux éléphants, les premiers
en bataille. Il mit en avant les élé ran s furent renversés et foulés aux
hants disposés sur une seule ligne. ie s par ces masses énormes. Le reste
Iherrière eux, à quelque distance, il u cor s de bataille, à cause de sa
pla la phalange carthaginoise qui rofon eur. resta quelque tem s iné
tait l'élite de son infanterie. Il répan ranlable. Mais lorsque les erniers
it la cavalerie sur les deux ailes, avec rangs, enveloppés par la cavalerie et
ceux des soldats auxiliaires qui étaient par les armés à la légère , furent con
le plus légèrement armés. Le reste des traints de faire volte-face pour leur
mercenaires fut placé à l'aile droite tenir tête, et que ceux qui avaient forcé
entre la phalan e et la cavalerie. Xan le passage au travers des éléphants
thippe avait or onné à ses soldats ar rencontrèrent la phalange des Cartha
més à la légère, a rès qu’ils auraient ginois , qui n'avait pas encore chargé ,
lancé leurs traits , e se retirer dans les‘ et qui était en bon ordre , la position
intervalles qui séparaient les corps de des Romains fut toutà fait désespérée.
CARTHAGE. 41
Les uns furent écrasés par les élé d’ailleurs une haine si violente , et pres
phants; les autres , sans sortir de que toujours si injuste.
eurs rangs , périrent sous les 'avelots NOUVELLE EXPÉDITION EN AFnI
de la cavalerie et des troupes égères. QUE; BATAILLE NAVALE ENTRE LEs
Il n’y en eut qu’un petit nombre qui ROMAINS ET LEs CARTIIAGINOIS;
cherchèrent leur salut dans la fuite; NAUFRAGE ET DESTRUCTION DE LA
mais dans cette plaine rase et unie, ils FLOTTE ROMAINE. -- La nouvelle de
ne purent échapper aux poursuites des la défaite et de la prise de Régulus ne
éléphants et de la cavalerie. Cinq cents découragea point les Romains. I'ls
hommes, qui s’étaient ralliés autour s’occu èrent aussitôt à construire une
de Régulus, furent faits prisonniers neuve lellotte et à sauver ceux de leurs
avec lui: Les carthaginois perdirent en concitoyens qui avaient échappé à ce
cetteoccasion huit cents soldats étran désastre. Les carthaginois soumirent
gers qui étaient opposésà l’aile gauche d'abord les Numides, et recouvrèrent
des Romains; et de ceux-ci , il ne se sans peine la plupart des villes qui
sauva que les deux mille qui, en pour avaient embrassé le parti des Romains.
suivant l’aile droite des ennemis, s’é Mais ils attaquèrent inutilement CIy
taient tirés de la mêlée, et qui parvin péa, dont la garnison fit une opiniâ
rent, contre toute espérance, a se ré tre résistance. Après avoir vainement
fugier dans les murs de Clypéa. L’armée employé tous les moyens pour la ré
victorieuse rentra en triomphe dans duire, ils furent contraints de lever le
Carthage, traînant enchaînés le pro siége. Sur l’avis qu’ils reçurent alors,
consul romain et les cinq cents soldats que les Romains equipaient une flotte,
qui avaient été pris avec lui. et se dis osaient à passer de nouveau
L’ivresse des carthaginois, après dans I’Atïique, ils radoubèrent leurs
cette victoire , fut d’autant plus grande, anciens vaisseaux, en construisirent
que le succès était inespéré. Ils célé de neufs, et se mirent en mer avec
brèrent leur triomphe par des fêtes deux cents galères complètement équi
religieuses, des festins publics et des pées, pour observer l’arrivée de len
réjouissances de toute espèce. Xan nemi.
thippe , qui avait sauvé Carthage d’une Au commencement de l’été, les Roe
ruine presque certaine , prit le sage mains partirent avec trois cent cin
parti de se retirer bientôt après dans quante vaisseaux , sous le commande
sa patrie. Il eut la prudence de s’éclip ment des deux consuls Marcus Æmilius
ser, de peur que sa gloire , jusque-là et Servins Fulvius, et se dirigèrent
pure et entière, après le premier éclat vers l'Afrique. lls rencontrèrent près
éblouissant qu’elle avait jeté, ne s’a du promontoire Hermæum, la flotte
mortît peu à peu et ne soulevàt contre carthaginoise, l’attaquèrent sur-le
lui l'envie et la calomnie, redoutables champ, et l’ayant mise en déroute,
surtout pour un étranger qui, loin de lui prirent quatorze vaisseaux avec
son pays, n’a ni parents, ni amis, ni tout leur équiqage. Néanmoins , après
aucun appui pour se défendre. A pien cette Victoire, ils évacuèrent Clypea,
et Zonare rapportent que les Cart Iagi emmenèrent la garnison et prirent le
nois , bassement jaloux de la gloire de chemin de la Sicile. On a lieu de s’é
Xanthippe, et humiliés de devoir leur tonner que les Romains, avec une
salut à un étranger, le firent périr par flotte si nombreuse‘ et après une vie
trahison, en le reconduisant dans la toire si décisive, n’aient songé qu’à
Grèce. Mais ce fait est peu probable; évacuer Clypea et à en retirer sa arni
aucun des historiens latins ne le rap son,‘au lieu de tenter la conquête e l’A
porte; et certes, s’ils l’avaient connu, trique, que Régulus, avec beaucoup
Ils n'auraient pas laissé échapper une moins de forces , avait presque achevée.
aussi belle occasion de couvrir d’un Zonare ajoute, il est vrai, que les
opprobre éternel ces ennemis du nom Romains remportèrent, près de Cly
romain, envers lesquels ils montrent péa, une grande victoire sur l’armée
48
de terre des Carthaginois. Mais il s’ac les Carthaginois les forcèrent de re
corde avec Polybe sur l’évacuation de noncer au siège de cette ville. Loin de
Clypéa par les Romains. Eutrope en se laisser décourager par cette tenta
donne pour motif le défaut de subsis tive infructueuse, ils allèrent mettre
tances. le siégé devant Palerme (*), capitale de
Une navigation favorable avait ame toutes les possessions carthaginoisesen
né la flotte romaine jus u’en Sicile. Sicile. Ils s’emparèrent du port, et les
Les pilotes avaient conseil é de retour habitants ayant refusé de se rendre,
ner de suite en Italie pour éviter la ils travaillèrent à environner la ville de
saison des tempêtes qui a prochait. fossés et de retranchements. Comme
Mais les consuls, méprisant eurs avis, le pays était couvert d’arbres jusqu’aux
s’obstinèrent à vouloir reprendre quel portes de la ville, les palissades, les
ques villes maritimes qui tenaient en agger et les machines avancèrent rapi
core pour les Carthaginois. Cette im dement. Ils poussèrent vigoureusement
prudence fut la cause d’un désastre leurs attaques, et renversèrent avec le
épouvantable. Ils furent assaillis tout bélier une tour située sur le bord de
à coup d’une si’ violente tempête, que la mer. Les soldats montèrent à Pas
sur trois cent soixante-quatre vais saut par la brèche, et après avoir fait
seaux , ils purent à peine en sauver un grand carnage, s’emparèrent de
quatre-vingts. cette partie de la place qu’on appelait
L’activité des Carthaginois sut met la Nouvelle Ville. Les habitants de
tre à profit cette faveur de la fortune. la Vieille Ville, manquant de vivres,
Ils envoyèrent une armée en Sicile, offrirent de se rendre, à condition
formèrent le siège d’Agrigente, pri qu’on leur laisserait la vie et la liberté.
rent en peu de jours cette ville, qui Les consuls n’acce tèrent point cette
ne reçut point de secours , et la rui proposition, mais xèrent leur rançon
nèren entièrement. Il paraissait pro a deux mines par tête (**). Il y en eut
bable que toutes les autres places des dix mille qui se rachctèrent à ce prix;
Romains auraient le même sort et se tous les autres, au nombre de treize
raient obligées de se rendre aux Cartha mille, furent vendus à l’encan avec le
ginois; mais la nouvelle du puissant reste du butin.
armement que l’on préparait à Rome La prise de cette ville fut suivie de
donna du courage‘ aux alliés, et les la reddition de plusieurs autres pla
engagea à tenir ferme contre les ennen ces (""*), dont les habitants chassèrent
mis. En effet, dans l’espace de trois la garnison carthaginoise ct embrassè
mois, deux cent vingt galères furent rent le parti des Romains.
mises en état de faire voile. Les consuls laissèrent une garnison
ONZIÈME ANNÉE DE LA GUERRE; dans Palerme et retournèrent a Rome.
TENTATIVE INUTILE DEs RoMAINs Pendant leur traversée , les Cartha
son DRÉPANE; PRISE DE CEPHA ginois leur dressèrent une embuscade
LŒDIUM ET DE PALEnME; 254 AVANT et leur enlevèrent quelques vaisseaux
L’EIIE VULGAIEE. — Les deux nou chargés d’argent et de butin.
veaux consuls , Cnéius Cornélius Scipio DOUZIÈME , TREIZIÈME ET QUATon
Asina et Aulus Atilius Calatinus , char ZIÈME ANNÉES DE LAPEEMIEEE GUER
gés du commandement de la flotte, se RE PUNIQUE , 253 A 250 AVANT L’ÈIIE
rendirent d'abord à Messine, où ils CBRÉTIENNE.— L’année suivante, les
recueillirent les bâtiments qui avaient consuls C. Servilius Cœpio et Caius
échappé au naufrage de l’année précé Sempronius Blocsus passèrent en Afri
dente. Delà, avec trois centsvaisseaux
de guerre, ils abordèrent à Cephalœ (*) Anciennement Panormus.
dium, qui leur fut livrée par la trahi (*') 182 fr. 95 c. Larançon des dix mille
son de quelques habitants. Ils essayè fut donc de 1,829,500 fr.
rent ensuite de s’emparer deDrépane; ("") Jétine , Pélrinum , Solunte , ’I‘ynda
mais les secours qu’y introduisirent ris, etc.
CARTHAGE. 49
que avec toute leur flotte. Ils se borne forces ‘ils avaient en Sicile. Mais
rent à longer la côte et à faire de temps comme eur trésor était épuisé ar les
à autre des descentes , dont le seul ré dépenses énormes d’une si ongue
sultat fut le pillage de quelques cam uerre , ils envoyèrent une ambassade
pagnes, tant les Carthaginols avaient a Ptolémée Philadelphe, roi d’Égypte,
ien pourvu alors à la garde et à la pour le prier de leur prêter deux mille
sûret de leur pays. Ils retournèrent talents (*). Celui-ci, qui était allié des
à Rome, en côtoyant les côtes de la deux peuples , a rès avoir vainement
Sicile et celles del Italie. Mais au mo interposé sa mé iation pour les récon
ment où ils doublaient le cap Palinure, cilier, refusa le prêt sollicité par les
il s’éleva une furieuse tempête qui Carthaginois , en disant qu’il ne conve
submergea cent cin uante vaisseaux nait pas à un ami de fournir des se
de guerre et un gran nombre de bâ- ‘ cours contre ses amis.
timents de charge. Quelle que fût la Alors les Carthaginois épuisèrent
constance des Romains, tant de dé toutes leurs ressources , et expédièrent
sastres consécutifs abattirent leur cou en Sicile Asdrubal avec deux cents
rage. Ils renoncèrent à disputer l’em vaisseaux , cent quarante éléphants et
pire de la mer, que les vents et les flots vingt mille hommes. tant d’mfanterie
semblaient leur refuser. Ils mirent que de cavalerie. Ce général emplova
désormais tout leur espoir dans leurs toute l’année suivante à exercer ses
légions , et se bornèrent à équiper troupes et ses éléphants, et les armées
soixante vaisseaux pour trans rter en romaines ne firent dans cette campa
Sicile les vivres et les muni ions né gne aucune action qui mérite d’étre
cessaires à leurs armées. rapportée.
Ce découragement des Romains re QUINzIEME ANNÉE DE LA PREMIÈRE
leva la confiance des carthaginois. Ja GUERRE PUNIQUE; L'ES CABTHAGINOIS
mais, de uis le commencement de la sou'r BATTUS PAR LEs ROMAINS sous
guerre , [état de leurs affaires n'avait LEs MuRs DE PALEBME; 250 AVANT
té plus florissant. Les Romains les L’ERE V‘ULGAIBE. — Le sénat romain,
avaient laissés maîtres de la mer, et voyant s’augmenter de jour en jour
ils commençaient à concevoir une le découragement des légions qui fai
meilleure o inion de leurs troupes de saient la guerre en Sicile , revint sur
terre. En e fet, les Romains , depuis sa premiere résolution , et se décida
la défaite de Régulus, ui avait été à tenter de nouveau, sur mer la fortune
décidée surtout par les él phants, s’é des armes. Les nouveaux consuls
taient fait de ces animaux belliqueux Caius Atilius Régulus et Lucius Man
une idée si terrible, que pendant les lius Vulso furent chargés de préparer
deux années suivantes, oùils campèrent et d'équiper avec lé p us, grand soin
souvent dans les campagnes de Lilybée une nouvelle flotte. Lucius Cœcilius
et de Sélinunte, à cinq ou six stades de Métellus, l’un des consuls de l’année
l’ennemi, ils n’osèrent ni accepter le précédente , fut continué dans le com
combat, ni descendre dans la plaine. mandement de l’armée de Sicile avec le
Privés de cette confiance qui leur fai titre de roconsul.
sait ordinairement chercher la bataille Asdru al avait remarqué que, pen
avec joie, ils se retranchaient soigneu dant les précédentes campa es, les
sement sur des montagnes esearpées et Romains avaient tacitement ait l’aveu
dans des positions inaccessibles. Aussi de leur crainte en évitant toujours les
toutes leurs opérations, pendant ces occasions de combattre en bataille
deux années de la guerre, se borne rangée. lnstruit que l’un des consuls
rent-elles aux sièges resque insigni était retourné en Italie avec la moitié
fiants de Thermes et e Lipari. des troupes , que Métellus était resté
Cependant les Carthaginols, jugeant seul en Sicile avec l’autre moitié; pressé
l’ocrasion favorable pour reprendre
l’offensive , résolurent d’augmenter les (") rx millions.
4' 1 Livraison. (CAB’IBAGL)
50
d’ailleurs ar les instances de ses sol envoyant sans cesse de nouveaux se
dats, qui rûlaient de marcher à l’en cours à ses vélites qui étaient enga és
nemi , il résolut de profiter de ces cir avec l'ennemi. Les conducteurs des
constances favorables pour engager éléphants, iqués d’une noble émula
une action décisive. Il artit donc de tion et vou ant avoir l’honneur de la
Lilybée avec toutes ses orces , et vint victoire, chargent tous à la fois les
cam et sur la frontière du territoire premiers rangs des Romains , les ren
de alerme. Métellus se trouvait alors versent‘ et les poursuivent hardiment
dans cette ville avec son armée. jusqu’au bord du fossé. Mais alors, les
Celui-ci, ayant appris pardes espions éléphants , accablés d’une grêle de flè
carthaginois qu’il avait eu l’adresse de ches qu’on faisait pleuvoir du haut des
sur rendre qu’Asdrubal s’avançaitdans murs, et des traits que leur lan ient
le essein de lui livrer bataille, affecta les vélites rangés en avant du ossé,
de montrer de la crainte pour inspirer entrent en fureur, se tournent contre
à son ennemi une plus aveugle confian les carthaginois, écrasent tous ceux
ce, et se tint soigneusement enfermé qui se trouvent sur leur passage et
dans ses murailles. Cette terreur simu portent le désordre et la‘ confusion
lée accrut en effet la témérité d’Asdru dans leurs rangs. Métellus, qui n’at
bal. Il franchit les défilés, s’avance dans tendait que ce moment, sort avec ses
la plaine, mettant toutà feu et à sang , légions rangées en bon ordre , et tombe
et porte le ravage jusqu’aux portes sur le flanc des ennemis , effrayés et
mêmes de Palerme. Metellus ne fit déjà plus d’à moitié vaincus. Aussi
encore aucun mouvement dans l’espoir n’eut-il pas de peine à achever leur dé
d'engager les Carthaginois à franchir faite. On en tua un grand nombre sur
la riviere d’Orethus , qui coule le long le champ de bataille; on en fit un grand
de la ville, et ne laissa même pa carnage dans la fuite, et, pour sur
raître sur les remparts qu’un petit croît e malheur, un accident , qui au
nombre de soldats. A,sdrubal donna rait dû leur être favorable, contribua
dans le piège. Il fit passer la rivière à encore à leur désastre. La flotte car.
son infanterie et à ses éléphants , et, thaginoise ayant paru dans ce moment,
plein de mépris pour les Romains, il tous se précipitèrent au-devant d'elle ,
dressa ses tentes presque sous les murs dans l’espoir d’y trouver leur salut.
de. la ville, sans daigner même les Mais, avant de pouvoir atteindre les
protéger par un fossé et par un retran galères, ils furent ou écrasés par les
chement. Métellus aussitôt fit sortir léphants, ou tués parles Romains qui
quelques troupes légères pour harceler les poursuivaient, ou submergés dans
les carthaginois et les engager à mettre les lots. Les carthaginois perdirent
toutes leurs forces en bataille. Alors, dans cette journée vingt mille soldats,
vovant que son stratagème avait com et tous leurs éléphants tombèrent au
plétement réussi, il place une partie pouvoir de l’ennemi.
de ses vélites, armés de javelots, en Métellus , outre l’honneur d’une vic
avant du fossé et des murs de la ville, toire si mémorable, eut encore la
avec ordre de lancer tous leurs traits gloire d’avoir rendu leur ancienne
contre les éléphants dès qu’ils seraient confiance aux légions romaines qui,
à portée, et, s’ils se trouvaient trop dès ce moment, restèrent maîtresses
pressés, de se jeter dans le fossé pour de la campagne. Asdrubal, après sa
en sortir ensuite et revenir à la charge. défaite, se réfugia à Lilybe’e. Ce seul
Il fait mettre sous leurs mains, au malheur fit oublier aux carthaginois
pied des murailles, une grande pro tous les services ne cet habile géné
vision dejavelots , dispose sur les rem ral leur avait ren us. Il fut condamné
arts ses archers et ses frondeurs, et pendant son absence , et, lorsqu’il re
ui-méme, avec ses soldats pesamment vint à Carthage , il fut arrêté et mis à
armés , se tient derrière la porte op mort.
posée à l'aile gauche des carthaginois, LES Cumncmoxs lNvomNr Ri
CARTHAGE. 51
cours A ROME roun NÉGOCIER LA sa femme, ses enfants , sa patrie. Mais
PAIX; soN OPINION DANS LE SÉNAT; cette âme ferme et constante sacrifia
soN SUPPLICE ET sA IIonT. — Ce nou toutes ses affections à l'intérêt de son
veau désastre, ioint aux pertes consi pays, et déclara nettement u'on ne
dérables que les carthaginois avaient devait point songer à faire léchange
éprouvées sur terre et sur mer dans des prisonniers; qu'un tel exemple au
les dernières campagnes. les engagea à rait des suites funestes pour la répu
ouvrir des négociations de paix. Ils bliqne; que des cito cas qui avaient en
pensèrent que par l'entremise de Régu la lâcheté de livrer eurs armes à l'en
us, ils pourraient obtenir des condi nemi étaient indignes de compassion
tions plus favorables ou du moins et incapables de servir utilement leur
l'échange de leurs prisonniers, dont patrie; que pour lui-même, en le r
quelques-uns appartenaient aux pre dant, ils ne perdraient que les d ris
mières familles de Carthage. On lui d'un corps usé par la vieillesse et par
avait fait prêter serment de revenir la guerre , tandis ne les généraux
s'il ne réussissait pas dans sa négocia carthaginois , qu'on eur proposait d'é
tion. Il partit donc pour Rome avec les changer, étaient tous dans la vigueur de
ambassadeurs des carthaginois; mais l'âge, et pouvaient rendre longtemps
lorsqu'il fut arrivé, il ne voulut jamais encore de grands servicesà leur pays.
entrer dans la ville, uelques instances Les sénateurs admiraient, mais no
que lui fit le sénat, a léguant pour mo saient accepter cédévouement sublime.
tif de son refus que, suivant les cou Ils ne se rendirent enfin que sur les vives
tumes de leurs ancêtres , un député des instances de Régulus lui-même, qui,
ennemis ne pouvait point y être intro par une générosité sans exemple , s'im
duit, mais qu'on devait luI donner au molait à l'intérêt de sa patrie.
dience hors de l'enceinte de Rome. L'échange fut donc refusé; mais la‘
Les sénateurs s'étant donc assem famille, les amis , les concitoyens; de‘
blés hors des murs, Régulus leur dit: Régulus employèrent presque la force
c Les carthaginois, pères conscrits, pour le retenir. Le rand pontife lui
nous ont envoyés vers vous (car moi méme assurait qu’i pouvait rester à
aussi, par le droit de la guerre, je suis Rome sans être par ure à son 5er:
devenu leur esclave), et nous ont ment. Rien ne put branler la gêné‘
char és de demander la paix à des reuse obstination de cette âme inflexia'
con ltions qui puissent être agréées hle. Il partit de Rome pour se rendre‘
des deux peuples, sinon d’insister au à Carthage, sans se laisser attendrir‘
moins sur l'échange des prisonniers. 1» ni par la vive douleur de ses amis, ni
Après avoir rononcé ces mots , il se par les larmes de sa femme et de ses
retirait en si ence avec les ambassa enfants. Cependant il n'ignorait pas
deurs. Les consuls le pressaient vive quels supplices affreux l'attendaient à
ment d'assister à la délibération; mais son retour; mais il redoutait plus le
il n'y consentit qu'après avoir obtenu parjure que la cruauté de ses enne
la permission des carthaginois, qu’il mm.
regardait comme ses maîtres. En effet, lorsque les carthaginois
Les lpro sitions de paix furent écar apprirent que c'etait sur l'avis même
tées ; a élibération ne roula que sur de Régulus que l'échange des prisoné
l'échange des prisonniers. Invité par niers avait été refusé, ils lui firent
les consuls à donner son avis, il répon souffrir les plus affreux tourments. Ils
dit qu'il n'était lplus sénateur ni même le tenaient longtemps renfermé dans
citoyen romain e uis qu'ilétait tombé un noir cachot, d'où, a rès lui avoir
entre les mains e l'ennemi; mais il coupé les paupières, i s le faisaient
ne refusa pas d'émettre son opinion sortir tout à coup ur l'exposer au
comme simple particulier. Il n'avait soleil le lus vif et e plus ardent. Ils
qu'un mot à prononcer pour recouvrer, l'enferm rent ensuite dans un coffre
avec sa liberté, ses biens, ses dignités, hérissé de pointes de fer, où il expira,
4.
52
miné par la douleur et par les fatigues avaient été renversées; d’autres mena
d'une insomnie perpétuelle. çaient ruine, et les assiégeants s’avan
SIÈGE ne LILYBÉE 1mn LES R0, äaient de plus en plus vers l‘intérieur
nAINs. — Cependant les consuls par e la place. Alors la terreur et la
tirent de Rome avec quatre légions et consternation se répandirent dans la
une flotte de deux cents voiles , dans ville, quoique la garnison fût de dix
le dessein de venger la mort de Régu mille soldats, sans compter les habi
lus , et de profiter de la victoire de tants, et qu’Imilcon, leur comman
Palerme pour chasser entièrement les dant, déployât dans la défense de la
carthaginois de la Sicile. Après avoir place un courage et une habileté re
réuni a leur armée toutes les forces mar uables. En effet, l‘infatigable ac
qui étaient dans cette province , ils ré tivite de ce général pourvoyait à tous
solurent de faire le siége de Lilybée, es les besoins, et déjouait tous les efforts
pérant qu’après la prise de cette ville, des ennemis. S’ils creusaient une mine,
rien ne pourrait plus s’opposer a_leur il en ouvrait une autre our les traver
passage en Afrique. Les carthaginois ser; s’ils arvenaient a faire une brè
sentaient, aussi bien que les Romains, che, elle tait aussitôt réparée; si une
de quelle importance était cette place, portion du mur s’écroulait, un autre
soit pour la défense de l’Afrique, soit mur s'élevait en arrière pour le rem
ur la conquête. de la SiciIe._ Aussi placer. Toujours vigilant et attentif,
es deux peuples em loyèrent-ils tout toujours present au milieu du danger,
ce qu’ils avaient de orces pour l’atta il ne laissait ni ses soldats en repos, ‘
quer et pour la défendre. ' ni ceux des assiégeants en sûreté. op
Lilybée est située surle promontoire posant ses ouvrages, ses mines et ses
du même nom qui est tourné du côté armes, aux ouvrages, aux mines et
de l’Afrique. Cette ville, que les Car aux armes des Romains. Il épiait sans
tliaginois avaient fortifiée avec le plus cesse l'occasion de mettre le feu aux
grand soin, était entourée d’é aisses machines des assié eants, et, pour
murailles, d'un fossé profon et de y parvenir, le Leur, a nuit, à tous les
lagunes salées presque impraticables. instants favora les, ‘il faisait de brus
C’est à travers ces la unes que s’ou ques sorties, et livrait des combats
vrait l'entrée du port, ont l'accès était acharnés, plus meurtriers quelquefois
très-difficile pour ceux qui ne connais que des batailles rangées.
saient pas parfaitement la rade. Les . Pendant qu’Imilcon se défendait si
Romains ayant établi leurs camps sur courageusement, quelques officiers des
deux points 0 posés de la ville qui se soldats étrangers formerent entre eux le
rapprochaient e la mer, les Joignirent complot de livrer la ville aux Romains ,
entre eux par des lignes fortifiées d’un espérant entraîner dans leur défection
fossé , d’un mur et d un retranchement. les troupes qu’ils avaient sous leurs
Ils diri èrent leurs premières attaques ordres. Le général, dont la vi ilance
contre a tour la plus proche qui regar avait pénétré ce projet de révo te, ne
dait l’Afrique, ajoutant toujours de perd pas un instant. Il rassemble sur
nouveaux ouvrages aux premiers, et e forum tous les mercenaires; il ré
s'avançant de plus en plus, Enfin, ils veille dans leurs âmes les sentiments
renversèrent six tours contlgues à celle d’affection et de fidélité qu’ils doivent
dont nous avons parlé , et entreprirent à Carthage et à leur général; il leur
'd’abattre les autres avec le bélier. Dans ‘fait payer l’arriéré de leur solde; et
ce but, ils commencèrent à combler, enfin, par ses promesses, par son élo
pour y établir leurs machines, le fossé quence, il les détermine à punir les
qui, selon Diodore, avait soixante traîtres, et à se dévouer entièrement
coudées de large et quarante de pro avec lui à une cause qu’ils ont défendue
fondeur, et ils pousserent avec une jusque-là avec tant de courage et de
constance inébranlable ce_long et pé gloire.
nible travail. Déjà plusieurs tours Aivmnu. mssx a nuvnns LÀ
CARTHAG E 53
FLOTTE ROMAINE POUR INTnoDUmE aux habitants, les réunit tous sur la
DU SECOURS nANs LILYBÉE. — Bien place publique, et les décida à une
tôt de nouveaux secours que reçurent sortie générale par l’espérance d’une
les assiégés relevèrent encore leur con victoire infaillible et des récompenses
fiance. Les carthaginois qui, sans avoir dont elle serait suivie.
reçu aucun renseignement certain sur Assuré de leurs bonnes dis ositions ,
l’état de Lilybée, prévoyaient ce en -il assemble les principaux 0 ficiers, il
dant les dangers et les ‘besoins e la leur assigne les postes qu’ils doivent
ville assiégée, équipèrent une flotte de occu er, leur donne le mot‘ d'ordre,
cinquante vaisseaux, y embarquèrent fixe ’instant de la sortie, et, au point
dix mille soldats, et c argèrent Anni du jour, il attaque sur plusieurs points
bal, fils d’Amilcar, d’introduire des à la fois les ouvra es des Romains.
troupes à Lilybée, avec de l'argent et Ceux-ci, qui avaien pénétré d’avance
des vivres. Il reçut ordre de partir sans les desseins de l’ennemi, ne furent
délai, et de braver tous ‘les dangers point surpris par cette brusque atta
pour pénétrer dans la place. Annibal que. Ils se portent rapidement sur tous
aborde aux îles Éguses, situées près les points menacés et présentent par
de Lilybée, et y attend un vent favo tout une vigoureuse résistance. Les
rable pour y exécuter cette difficile en deux partis avaientdé loyé toutes leurs
treprise; car les Romains, dès le com forces. Vingt mille ommes étaient
mencement du siége, avaient Obstrué sortis de la ville; les assiégeants leur
l’entrée du port en y coulant à fond en avaientopposé encore un plus grand
quinze vaisseaux chargés de pierres. nombre. La mêlée devint générale et
Sitôt qu’un vent fort et propice à ses le combat sanglant. L’action était d’au
desseins s’éleva du côté de la mer, tant plus vive que, de part et d’autre,
Annibal déploya toutes ses voiles, et les soldats , abandonnant leur ordre de
se dirigea vers Lilybée, tenant sur le bataille, se battaient éle-méle et ne
pont de ses galères ses soldats rangés suivaient que leur impetuosité. On eût
en bon ordre et tout prêts à combattre. dit que dans cette multitude immense
La flotte romaine, surprise et comme homme contre homme, rang contre
frappée de stupeur par l’imprévu de rang, s’étaient défiés l’un l’autre en
cette manœuvre hardie, craignant combat singulier.
d’ailleurs que la violence du vent ne la Mais c’était surtout autour des ma
poussât dans. le port ou sur les bas chines que les efforts étaient plus vio
fonds qui bordaient le rivage, ne fit lents et la lutte plus acharnée. Les
aucun mouvement pour s’opposer au carthaginois dans l’attaque, les Ro
passage des vaisseaux ennemis. Anni mains dans la défense, rivalisaient
al, sans ralentir sa course. évitant d'audace et d’opiniâtreté. Les uns, pour
avec adresse tous les obstacles, entra repousser les défenseurs des machi
fièrement dans le port et débarqua ses nes, les autres, pour ne pas céder le
dix mille soldats, aux cris de joie et terrain, prodiguaient leur vie et tom
aux applaudissements de toute la ville. baient morts sur la place même où ils
SORTIE D’IMILCON; COMBAT sAN avaient commencé à combattre. Ce qui
GLANT AUTOUR DES MACHINES. -— Les mettait le comble au tumulte et à l’ho'r
Romains n’ayant pu empêcher l’intro reur de cette affreuse mêlée, c’était
duction du secours dans la ville assié les soldats qui, armés de torches et
gée, présumèrent qu’Imilcon, a rès d’étoupes enflammées pour aller met
avoir reçu un renfort si considéra le, tre le feu aux machines, se précipi
entreprendrait bientôt "de détruire taient comme des forcenés au milieu
leurs machines. Ils ne se trompèrènt des périls et du carna e. Les Romains,
point dans leurs conjectures. Imilcon, effrayés de tant d’au ace, furent plu
voulant profiter de ’ardeur des nou sieurs fois sur le point de céder et
velles troupes , et du courage que leur d’abandonner leurs ouvrages. Mais
arrivée avait rendu à la garnison et enfin Imilcon, voyant qu’il avait fait
54
de grandes pertes sans obtenir aucun soN vAIssEAU. — Cependant a Car
avantage décisif, fit sonner la_retralte. thage on ne recevait aucune nouvelle
Les Romains, satisfaits d’avoir pu con de ce qui se assait à Lilybée, et per
server leurs machines, ne songèrent sonne ne s’o frait pour aller s’en ins
point à le poursuivre. Dès la nuit sui truire. Annibal, surnommé le Rho
vante, Annibal , choisissant le moment dien, homme brave et entreprenant,
où les Romains fatigués du combat se fit fort de pénétrer dans la Ville
oardaient le port avec moins de vigi assiégée , d’en examiner avec soin
ance, sortit avec ses vaisseaux et re la situation , et de venir rendre un
joignit Adherbal à Drépane, ville ma compte fidèle de tout ce qu’il aurait
ritime située à cent vingt stades (*) de observé. Les Cartha inois applaudirent
Lilybée. Il emmena avec lui la cavalerie à son zèle et à son évouement, et ac
qui, n‘étant d’aucun usagedans la ville ceptèrent ses offres , bien qu’ils fussent
assiégée, pouvait être utilement.em persuadés qu’il aurait beaucoup de
ployée ailleurs. En effet, ces cavaliers, peine à accomplir sa promesse; car ils
par leurs incursions continuelles, ren savaient que les vaisseaux romains
dirent aux assiégeants les chemins dan étaient à l’ancre devant le port et en
gereux et le transport des convois fermaient presque entièrement l’en
difficile, exercèrent toutes sortes de trée. Mais Annibal, ayant équipé un
ravages dans les campagnes voisines, Vaisseau qui lui a partenait en propre,
et donnèrent beaucoup d’embarras et aborde à l’une es îles ui sont vis
d’inquiétude aux consuls. Adherbal ne à-Vis de Lilybée, et le len emain, ro«
leur en causait pas moins, du côté. de fitant d’un vent'favorable, il met a la
la mer, par de fréquentes et subites Voile vers le milieu du jour, passe à
incursions, tantôt sur les côtes de Si travers la flotte romaine , et entre dans
cile, tantôt sur celles de l’Italie. Cette le port à la vue des ennemis étonnés
tactique, suivie avec persévérance, de son audace. Le jour suivant, il se
amena dans le camp des Romains une disposait à retourner à Carthage. Mais
si grande disette, que, réduits pour le consul, pendant la nuit, avait choisi
tout aliment à la chair des animaux, dix de ses vaisseaux les plus légers, et
la plupart furent emportés par la fa les avait placés aux deux côtés de l’en
mine ou par les maladies qui en sont trée du port, étendant leurs rames
la suite ordinaire. comme des ailes, pour fondre au pre
Les consuls, ayant (perdu près de mier signal sur le navire carthaginois.
dix mille hommes, déci èrent que l’un Annibal, fort de son audace et de la
d’eux retournerait à Rome avec la légèreté de sa galère , part en plein jour
moitié'des légions, afin que cellesqui pour braver l’ennemi. Il passe, avec la
resteraient pour continuer le siege rapidité d’un oiseau, à travers les
eussent moins de difficulté pour se masses presque immobiles des vais
procurer des vivres. Décidés à conver seaux romains, et, se 'ouant de leurs
tir le siège en blocus, Ils entreprirent pesantes manœuvres, i revient sur ses
de fermer ar une digue l’entrée du pas, voltige sur leurs flancs, quelque
port de Li ybée; mais la rofondeur fois s’arréte pour les provoquer au
des eaux et la violence u courant combat, et ne s’éloigne enfin qu’après
avant rendu leurs efforts resque en avoir longtemps, avec un seul vais
tièrement inutiles, ils se ornerent _à seau, déjoné les efforts de toute l.
en garder I’entrée avec plus de vigi flotte romaine. L’heureuse issue de
lance qu'auparavant. cette entreprise, qu’Annibal réitéra
AUDACE D’ANNIEAL LE RHoDIEN; plusieurs fois avec le même succès , lit
IL PÉ‘NÈTRE PLUSIEURS FOIS DANS LE connaître aux Carthaginois les besoins
PORT DE LILYBÉE; IL EST PRIS AVEC de Lilybée, et leur donna les moyens
d’y pourvoir. Elle accrut en même
(') 11,340 toises, environ4 lieues de 20 temps la confiance des assiégés et abat
au degré. tit le courage des Romains, honteux
CARTHAGE

///./ l7] ‚Alm/‘(l u / n/zu %J.Î2a«a;/Ï44zwra/Ia

. ("thuya
CARTHAGE. 55
de voir leurs projets traversés par la sur eux à l'improviste, en tua dix
témérité insultante d’un seul homme. mille et força les autres à prendre la
L’audace présomptueuse du Cartha fuite.
ginois et la réussite constante de ses Quelques temps après, une circons
tentatives tenaient principalement à la tance imprévue fournit aux assiégés
connaissance approfondie qu’il possé l’occasion de détruire les ouvrages es
dait des écueils, des bascfonds et des Romains. Il s’éleva tout à conf) un ou
étroits passages de cette rade dange ragan impétueux qui ébranla eurs ga
reuse. Déjà son exemple était imité leries et renversa même les tours des
par d’autres navigateurs, quiallaient tinées à les protéger. Quelques soldats
a Lilybée et en revenaient impuné mercenaires jugèrent le moment d’au
ment, lorsque le hasard fit tomber au tant plus favorable pour les incendier,
pouvoir des Romains une quadrirème ne le vent les favorisait en soufflant
carthaginoise, remarquable par l’élé u côté de la ville. Ils communiquèrent
gance de sa coupe et la légèreté de ses leur idée à Imilcon et s’offrirent pour
mouvements. Les Romains , ayant exécuter l’entreprise. Imilcon approuva
choisi pour son équipage de braves sol ce projet et fit tous les préparatifs né
dats et d’excellents rameurs, s’en ser cessaires. Ils sortent partagés en trois
virent our observer ceux qui tente corps, et mettent à la fois le feu aux
raient e pénétrer dans le port. et machines sur trois points différents.
surtout Annibal. Celui-ci, qui était Ces machines , construites depuis long
entré de nuit dans la ville , en re artait temps et formées d’un bois desséché
en_plein jour. Serré de près par a qua par le soleil et les ardeurs de l’été,
drireme qui suivait tous ses mouve- . rirent feu aisément, et la violence de
ments, il la reconnut et ne ut se dé ’ouragan, portant de tous côtés les
fendre d’un sentiment de rayeur. Il débris des mantelets et des tours en
chercha d’abord à lui échapper par la flammées, pro agea l’incendie avec
rapidité de sa course; mais gagné de une rapidité ef rayante. Les Romains
vitesse, et au moment d’être atteint, accoururent our défendre leurs ou
il fut contraint de faire volte-face et vrages; mais eurs secours étaient di
d’accepter le combat. Alors , trop faible riges au hasard et leurs efforts impuis
pour résister au nombre et à la valeur sants; car le vent qu’ils avaient en face
des soldats romains, il fut pris avec poussait dans leurs yeux et dans leurs
son vaisseau. Les Romains équipèrent visages des tourbillons de cendre, de
ce navire avec le plus grand ’soin, et flamme et de fumée, et il en périt un
ils employèrent avec tant de succès ces grand nombre avant qu’ils eussent u
deux belles galères à la garde du port, même approcher des endroits qu’il al
que personne désormais n’osa plus en lait secourir. Les carthaginois, au
trer dans Lilybée. contraire , favorisés par la direction du
NOUVELLE sonjrm D’ImLcoN; IN vent, et ‘éclairés par le feu qui consu
CENDIE DES MACHINES. - A partir de mait les machines, lançaient leurs traits
ce moment, les assiégeants redoublè avec certitude, et manquaient rare
rent leurs assauts avec une nouvelle ment le but qu’ils voulaient atteindre.
vigueur, et attaquèrent les fortifica Enfin, les mantelets, les tortues, les
_tions voisines de la mer, pour attirer béliers, les balistes, toutes les machi
de ce côté toute l'attention et toutes nes destinées soit à creuser des mines ,
les forces de la garnison. Ils espéraient soit à battre les murs, furent entière
que, à la faveur de cette fausse atta ment consumées.
que , leurs troupes campées du côté de Dès ce moment, les Romains per
la terre pourraient s’emparer du mur dirent toute espérance de se rendre
extérieur de la ville. Ce projet réussit maîtres de Lilybée par la force. Ils se
d’abord; mais les Romains n’avaient bornèrent à entourer la ville d’un fossé
8 encore eu le temps de s’établir dans et d’un retranchement. Ils fermèrent
eurs positions, lorsqu’lmileon tomba leur camp par une forte muraille, et
56
changeant le siége en blocus , ils atten une atta e imprévue. Il choisit dans
dirent que la famine forçât la place à toute la otte deux cents vaisseaux, et
se rendre. Les assiégés, de leur côté , embar ua ses meilleurs rameurs et
relevèrent les fortifications qui avaient lès plus raves soldats des légions. Il
été renversées , et se ménagèrent tous sortit du port au milieu de la nuit,
les moyensd’une vigoureuse résistance. sans être aperçu des assiégés, et la
SEIZIÈME ANNÉE DE LA GnEnnE; tête de sa flotte n'était pas loin de
BATAILLE NAVALE DE DBEPANE; Drépane, quand le (jour parut et la
vIcToInE COMPLÈTE DES CAnTflA découvrit aux yeux 'Adherbal. Cette
GINOIS; 249 AVANT L’EnE vnLGAmE. apparition inattendue le surprit sans
—-Quand on eut appris à Rome qu’une le déconcerter. Entre les deux seuls
partie des troupes avait péri à Lilybée, partis qu'il avait à prendre, il fallait
soit dans l'incendie des machines , soit se déterminer romptement. Le pre
dans les autres opérations du, siége, mier était d’al er au-devant des Ro
cette fâcheuse nouvelle , loin d'abattre mains et de les combattre sur le champ,
les esprits, sembla renouveler l'ardeur l'autre de les attendre et de se laisser
et le courage des citoyens. Chacun se assiéger. Il rejeta ce dernier parti qui
hâtait de porter son nom ourse faire lui parut à la fois lâche etdangereux.ll
enrôler, et bientôt dix mi le hommes , rassemble sur le rivage les matelots et
et un renfort considérable de matelots les soldats; il leur fait entendre en
passèrent le détroit, et allèrent par peu de mots , mais pleins de force et
terre se joindre aux assiégeants. d’éner ‘e, ce qu'ils ont à espérer en
Le département de la Sicile était sortan du port pour livrer la bataille
échu au consul Publius Claudius Pul aux Romains , ce qu'ils ont à craindre
cher. C'était un homme d'un carac en se laissant investir.
tère dur et violent, entêté de sa no Tous ayant demandé le combat avec
blesse et de son propre mérite , plein de grands cris de joie, il leur ordonne
de confiance dans ses lumières, de mé de s'embarquer sur-le-champ et de
ris pour celles des. autres; punissant suivre la galère amirale, qu'il allait
es moindres fautes avec une extrême monter lui-même, sans la perdre de
rigueur, tandis que lui-même, dans les vue. Il agne le premier la haute mer
affaires les plus im rtantes, ne mon et fait fi er sa flotte derrière les rochers
trait pas moins 'extravagance que qui bordaient le côté du port opposé
d'incapacité. Ainsi, quoiqu'il eût blamé à celui par lequel entrait l’ennemi.
avec une aigreur excessive les derniers Claudius voyant, contre son attente ,
généraux d avoir tenté de fermer l'en que les carthaginois étaient sortis,
trée du port au moyen d'une digue, isposés à lui livrer bataille en pleine
il s'obstina à poursuivre» l'exécution mer, envoya ordre à ceux de ses vais
de ce projet impraticable et éclioua seaux qui étaient déjà dans le port ou
devant les mêmes obstacles. au moment d'y entrer, de revenir sur
Mais, de toutes les fautes qu'il comy leurs‘ pas pour se joindre au gros de
mit, la plus funeste fut l'attaque de la flotte. L'exécution de cette manœu
Drépane, où il perdit par son impru vre fut la cause d'un désordre extrême.
dence et par la valeur d’Adlierbal la Parmi les vaisseaux romains, les plus
flotte .a plus brillante que les Romains légers avaient déjà pénétré dans le
eussent mise en mer. Il s'était per port, d'autres les suivaient de près,
suadé qu'il serait facile de surprendre quelques-uns étaient arrêtés à l'entrée
Adherbal à Drépane; que ce général, même. Il en résulta que, dans cet es
instruit des pertes que la flotte ro pace étroit, tous faisant à la fois de
maine avait éprouvées au siége de grands efforts pour revirer de bord,
Li'lybée, et ignorant le nouveau ren ils s’embai'rassaient mutuellement, se
fort qu'elle avait reçu , ne s'attendrait lieurtaient les uns les autres et se bri
pas ‘a ce qu'elle reprit subitement l'of saieiit récipro uement leurs rame‘.
fensive et ne serait pas en garde contre Enfin s'étant égagés avec beaucoup
CARTHAGE. 57
de peine, ils se rangèrent en bataille La pesanteur de ses vaisseaux et l’in
le long de la côte, la proue tournée vers expérience de ses rameurs rendaient
l’ennemi. toutes ses manœuvres infructueu
Le trouble et la confusion causés ses. Rangés trop près du rivage, ses
ar cette manœuvre avaient commencé navires n’avaient ni l’espace néces
jeter de l’inquiétude et de la frayeur saire pour leurs évolutions, ni les
dans l’armée. Une action irréligieuse moyens de faire retraite lorsqu’ils
du consul acheva de la déconcerter et étalent pressés par l’ennemi : aussi la
de lui faire perdre tout courage et plu art échouèrent sur les bancs de
' toute espérance. Les Romains , à cette sab e ou allèrent se briser contre les
époque, avaient une confiance supersti rochers de la côte. Il ne s’en échappa
tleuse dans les présages et dans les que trente qui, étant au rès du consul,
augures. Au moment où la bataille prirent la fuite avec ni en glissant
était près de s’engager, on vint dire entre le rivage et la flotte victorieuse.
à Claudius que les poulets sacrés ne Tout le reste des vaisseaux , au nombre
voulaient ni sortir de leur ca e, ni de quatre-vingt-treize, tomba avec l’é
prendre de nourriture : a ou" 3 boi quipage en la puissance des carthagi
vent donc, puisqu’ils ne veulent point nois, dont la perte dans cette bataille
manger» , dit Claudius avec un ton fut peu considérable. Du côté des Ro
d’impiété railleuse, et il les fit jeter mains, huit mille hommes furent tués
dans la mer. ou noyés , vingt mille, tant soldats que
Cependant le consul, qui, aupara matelots, furent pris et conduits à
vant, était placé à l’arrière-garde, Carthage. Claudius , pour regagner plus
se trouva , par le mouvement ui venait sûrement Lilybée, en longeant les
de s'opérer, à la tête de l’ai e gauche côtes qui étaient au pouvoir des Car
et à l’extrémité de la ligne. En même tha inois , orna ses galères de palmes,
temps , Adherbahayant gagné la haute de auriers, de tous les signes de la
mer et tourné la flotte romaine, rangea victoire, et, par ce stratagème, il
ses galères sur une même ligne vis-à réussit, même en fuyant, à inspirer la
vis de celles des Romains qui s’éten terreur.
daient le long du rivage. Au signal Ce brillant succès , qui était dû tout
donné par les amiraux, le combat s’en entier à la prévoyance et à l'habileté
gagea, et fut d’abord soutenu de part d’Adherbal, lui valut de grands hon
et d’autre avec la même ardeur et un neurs à Carthage. A Rome, au con
succès à peu
la balance prèsenégal.
pencha Mais
lfaveur bientôt
des Cartha traire, on épunit par une forte amende
l’incapacit et l’impiété arrogante de
ginois qui, dans cette bataille, avaient Claudius, qui avaient été si funestes à
sur les Romains lusieurs avantages. la république.
Leurs vaisseaux taient beaucou plus Cependant Adherbal profita de sa
légers, leurs rameurs plus habi es et victoire pour enlever aux Romains,
plus ex érimentés. Ils avaient habile près de Palerme, un grand nombre de
ment c oisi leur position en mettant arques chargées de vivres; il parvint
la pleine mer derrière eux. En effet, à les introduire dans Lilybée, etra
s’ils étaient trop pressés, ils pouvaient mena ainsi l’abondance dans la ville
reculer sans aucun risque et éluder assiégée.
l’attaque de l’ennemi par l’agilité de CAETHALON AMÈNE DE CARTI-[AGE
leurs vaisseaux. Les Romains se lais UN BENEOET DE SOIXANTE-DIX vAIs
saient-ils emporter trop loin par l’ar sEAUx; IL SURPREND LA FLOTTE no
deur de la poursuite, ils se retour MAINE DEVANT LILYBÉE. —La lin de
naient tout à coup, les enveloppaient de cette année amena encore aux Romains
toutes parts , brisaient avec l’éperon de nouveaux désastres. Ils avaient
les flancs de leurs navires et les cou chargé Lucius Junius, l’un des con
]aient à fond. Claudius , au contraire, suls, de conduire à Lilvbée des vivres
avait toutes les difficultés à vaincre. et des munitions pour l’armée qui as
58
siégeait cette ville. Junius vint aborder ses éclaireurs qu’une armée navale
à Messine, où il trouva une infinité de composée de bâtiments de toute es èce
bâtiments detoute espèce qui s’y étaient se dirigeait vers Lilybée, il saisit ’oc
rassemblés de toutes les artles de la casion avec joie, et, lein de mépris
Sicile. Il en composa une otte de cent pour les Romains u’i avait déjà vain
vingt vaisseaux de guerre et de huit cus, il s’avance à eur rencontre pour
cents navires de trans ort, avec la leur livrer bataille. L’escadre com
quelle il se rendit à yracuse. Dès mandée par les questeurs, se jugeant
qu'il y fut arrivé, il fit partir les ques trop faible pour soutenir le combat,
teurs, avec la moitié des vaisseaux de alla aborder à une petite ville alliée,
charge et uelques galères, pour sub nommée Phintias, qui à la vérité n’a
venir aux esolns pressants des trou pas de port, mais où des promontoires
es qui blo naient Lilybée. Il attendit avancés dans la mer forment, pour les
ui-méme Syracuse les bâtiments vaisseaux, un abri commode et une
qui, partis de Messine avec lui , étaient rade facile à défendre. Ils y débarquè
restés en arrière, et l’arrivée des con rent, et, après y avoir disposé tout ce
vois de vivres que ses alliés lui en que la ville ut leur fournir de cata
voyaient des provinces éloignées de la ultes et de alistes, ils y attendirent
mer. ‘attaque des Carthaginois. Ceux-ci
Cependant Adherbal , enhardi ar ses pensèrent d’abord que les Romains
premiers succès et par un ren ort de effrayés se retireraient dans la ville et
soixante-dix vaisseaux que Carthalon leur abandonneraient leurs vaisseaux.
venait. de lui amener de Carthage, ré Mais trouvant, contre leur attente,
solut de frap er un cou décisif. Il une vigoureuse résistance , et se voyant
confie cent ga ères à Cart alon, il lui exposés dans cette position difficile à
ordonne de cingler vers Lilybée, et, des périls multipliés, ils se contentè
ar une brusque attaque, d’enlever, de rent d’emmener quelques vaisseaux de
brûler ou de couler à 0nd les vaisseaux charge qu’ils avaient pris, et se reti
romains qui étaient à l'ancre devant le rèrent dans le fleuve Halycus pour ob
port. Carthalon part aussitôt pour server le départ de la flotte romaine.
exécuter cet ordre. Il arrive avant le Vers le même temps le consul Ju
jour à Lilybée, fond avec impétuosité nius, après avoir terminé les affaires
sur la flotte romaine, enlève quelques qui le retenaient à Syracuse, doubla le
vaisseaux, en brûle quelques autres, promontoire Pachynum et cingla vers
et répand le trouble et la terreur dans Lilybée, i norant encore ce qui s’était
le camp des assiégeants. Ceux-ci ac passé à P intias. Carthalon, à cette
courent à la hâte pour défendre leurs nouvelle, mit sur-le-champ à la voile,
alères; mais Imilcon, gouverneur de dans le dessein de livrer bataille au
a ville assié ée, averti par le tumulte consul avant qu’il eût rejoint la divi
et les cris es combattants, fait une sion de sa flotte commandée par les
sortie à la tête de ses mercenaires et äuesteurs. Junius reconnut de loin la
tombe sur les derrières des Romains, otte nombreuse des Carthaginois;
dont le désordre s’accroît par cette mais trop faible pour soutenir un com
double attaque. bat, et trop proche de l’ennemi pour
MANŒUVEES DE CAnTHALoN DE échapper à sa‘ poursuite , il prit le parti
vANT LEs ELoTTEs noMAINEs; NAU d’aller jeter l’ancre près de Camarine,
EEAGE ET DESTRUCTION ENTIÈRE DE dans une rade entourée de rochers es
cEs DEUX FLOTTES. —— L'approche de carpés et presque entièrement inabor
la nouvelle flotte romaine empêche dable, aimant mieux s’exposer à périr
Carthalon de casser plus loin ses au milieu des écueils que de tomber
ayanta es. Il al a se poster à Héraclée avec toute sa flotte au pouvoir des en
pour 0 server l'arrivée des questeurs nemis. Carthalon se garda bien de
et leur couper la communication avec donner bataille aux Romains dans des
' l’armée de siégé. Bientôt, instruit par _ lieux si difficiles; il alla mouiller auprès
CARTHAGE. 59
d'un promontoire , d’où il était à portée raison de tous les temples de la Sicile.
d'observer en même temps les deux Un eu_au-dessous du sommet s’éle
flottes ennemies et de prendre sur elles vait a ville d’Éryiç, où l’on ne montait
tous ses avantages. que par un chemin très-long et très
Bientôt a rès, les vents commencè ifficile. Junius avait placé une partie
rent à sou fler avec violence, et les de ses troupes sur le plateau, gardant
pilotes carthaginois , accoutumés il na avec le plus grand soin les oints de la
viguer sur ces mers, conseillèrent à montagne accessibles du coté de Dré
Carthalon de uitter sa station et de pane; il fortilia même Égithalle, place
doubler sans élai le promontoire de située sur la mer au pied du mont
Pachynum. Carthalon suivit ce conseil, Éryx, et y laissa huit cents hommes
et parvint, après de grands efforts, à de garnison.
sitions, avoir Ilbien
croyait,
assurepar‘ces
sa con dis o
uélte;
mettre sa flotte en sûreté. Mais celles
des Romains , surprises l’une et l’autre mais Carthalon, ayant débarqu pen
par la tempête, au milieu des rochers dant la nuit ses troupes près id’Égi
et des bas-fonds , éprouvèrent un nau thalle, emporta cette place d’assaut,
frage si affreux, que de tant de vais tua ou prit ceux ni la défendaient, à
seaux il ne se sauva que deux galères, l’exception de ne ques-uns qui se ré
avec lesquelles le consul .lunius se ren fugièrent dans a ville d’Eryx.
dit à Lilybée. DIX-SEPTIÈME,DIX-HUITIÈME,DIX
JUNIUS s’EMPAnE PAR TRAHISON NEUVIÈME ET VINGTIÈME ANNÉE DE
DE LA MONTAGNE ET DE LA VILLE LA GUERRE, DE 248 A 244 AVANT
D’ÉEYX. — Ce dernier désastre acheva L’ÈRE CHRÉTIENNE; AMILCAE occupa
d’abattre les Romains déjà découragés LA FORTE POSITION n’Eac'rE'.—C’est
et affaiblis par les pertes précédentes. cette année que commence à paraître
Ils renoncèrent de nouveau à disputer sur la scène l’un des plus grands hom
l’empire de la mer aux carthaginois, mes oc guerre que Carthage ait pro
et tournèrent leurs efforts du côté de duits. Amilcar, surnommé Barca, père
la terre, résolus d’employer toutes du fameux Annibal, reçoit le com
leurs ressources pour maintenir la su mandement général des armées de terre
périorité qu’ils y avaient acquise. et de mer en Sicile. Il part avec toute
Ainsi, loin de renoncer au siége, ils en sa flotte, va porter le ravage sur les
poussèrent les opérations avec une côtes d’Italie, et revient, chargé de
nouvelle vigueur. L’armée ne manquait butin, aborder près de Palerme. Là,
ni de munitions ni de vivres, qui lui son coup d’œil habile lui fit reconnaître
étaient apportés par les peuples de Si dans Ercté une position admirable
cile, dont la plupart s’étaient soumis pour‘y retrancher son armée et braver.
volontairement aux Romains ou leur pendant longtemps les efforts de l’en
étaient unis par des traités d’alliunce. nemi. Ercté est une montagne d’une
Cependant le consul Junius, qui assez grande hauteur, située sur le
était resté à Lilybée, poursuivi par le bord de la mer, entre Éryx et Palerme ,
souvenir de ses fautes et de son nau escarpée de tous les côtés et couronnée
frage, cherchait à les faire oublier par par un plateau de cent stades de cir
ne que action d’éclat. Il se ménagea conférence ("). Ce lateau est très-fer
es intelligences secrètes dans Éryx, tile et produit d’a ondantes moissons
et se fit livrer la ville et le temple de de toutes sortes de grains. Du côté de
Vénus. L’Éryx , la plus haute montagne la terre et du côté de la mer, les flancs
de la Sicile après l’Etna, est située de la montagne sont presque entière
rès de la mer, entre Drépane et Pas ment revêtus de rochers à pic, inter
erme, mais bien plus ra prochée de rompus seulement par quelques ravins
Drépane. Au sommet de a montagne faciles à fortifier. Au milieu du pla
est un vaste lateau sur lequel on avait teau, s’élève une éminence que la na
bâti‘ le temp e de Vénus Erycine, le
plus beau et le plus riche sans compa (") Environ 9,500 toises.
60
ture semble avoir formée à la fois pour poste important à la sûreté de la ville
servir de citadelle et pour observer assiégée. Le consul s’en aperçut trop
tout ce qui se passe dans les campagnes tard, et, ne onvant aller au secours
voisines. Le pied de cette montagne, des siens, il onna l’assaut à Drépane
où l’on trouve une rande abondance avec toutes ses forces, espérant, par
d’eau douce, s’éten jusqu’à un port cette diversion, ou prendre la ville en
très-commode pour ceux qui, de Dré l’absence de son commandant, on fer
pane ou de Lilybée, font voile vers est ce dernier à revenir sur ses pas.
’Italie. On n’arrive au sommet du Il obtint l’un de ces avantages. Amil
mont que par trois chemins, deux du car étant retourné dans la ville pour
côté de la terre et un du côté de la repousser les assaillants, Fabius resta
mer, mais tous également pénibles et maître de l’île, qu’il joignit au conti
difficiles. C’est dans ce poste qu’Amil nent par une digue, et dont il se servit
car eut l’audace de s’établir. Il se pla utilement dans la suite pour y établir
çait au .milieu d’un pays ennemi, en ses machines et presser plus vivement
vironné de tous côtés par les armes les assiégés.
romaines, loin de ses alliés, loin de AmLcAn sE MAINTIENT PENDANT
toute espèce de secours, et cependant, 'rnors ANs A Eac'rE coN'rnE TOUS LES
par l’avantage de cette position, par Erronrs DES RoMA1Ns.—Cependant
son courage et son expérience dans le Amilcar conservait toujours sa forte
métier de la guerre, il sut créer aux position d’Ercté. Sans cesse, avec sa
Romains obstacles sur obstacles, et flotte, il infestait les côtes de la Sicile
les jeter dans des périls et des alarmes et de l’Italie, et même lorsque ‘les Ro
continuelles. mains commandés par Métellus se fu.
Succès D’HANNON EN AEEIQUE. — rent établis en avant de Palerme, à
Pendant qu’Amilcar rétablissait en Si cinq stades de ses retranchements, il
cile l’honneur‘ des armés puniques, sut encore déjouer leurs manœuvres et
Hannon, son rival de gloire, étendait se maintenir pendant trois ans dans
en Afrique la domination de Carthage. cette position formidable.
Ce géneral, pour exercer ses soldats Pendant ce long espace de temps il
et les nourrir aux dépens de l’ennemi , né se passa presque point de jour qu’il
avait porté la guerre dans cette partie’ n’en vînt aux mains avec ’ennemi.
de la Libye qui est aux environs d’Hé C’étaient des deux côtés des embûches ,
catompyle. Il s’était emparé de cette des surprises habilement préparées,
grande ville; mais jaloux de relever plus habilement déjouées , des attaques
par la clémence l’éclat de sa victoire, imprévues, des retraites simulées, en
Il se laissa attendrir par les prières des un mot, des combats de détail si fré
habitants , se conduisit à leur égard en quents, si semblables entre eux, que
vainqueur généreux, leur laissa leurs leur description a rebuté même la mi
biens et leur liberté, et se contenta nutieuse exactitude de Polybe. « Une
d’exiger trois mille otages pour garants « idée générale de cette lutte, où les
de leur fidélité. « succès furent également balancée,
SXÉGE DE DRÉPANE PAR LE CONSUL « suffira, dit-il, our faire juger de
FABrUs. — Vers le même temps le con « l’habileté des eux énéraux. En
sul Fabius faisait le siège de Dré ane. « effet, tous les stratagèmes que l’ex
Au midi de cette ville et tout pres du s périence peut apprendre, toutes les
riva e est une île ou plutôt un rocher, « inventions que peuvent suggérer l’oc
que es Grecs ap elaient l’île des C0 « casion et la nécessité pressante,
lombes. Le consu y envoya pendant la «toutes les manœuvres qui exigent le
nuit quelques soldats qui s’en emparè « secours de l’audace et de la témérité,
rent après avoir égorgé la garnison « furent employés de art et d’autre
cartha inoise. Amilcar, ui était ac a sans amener de résu tat important.
couru a la défense de Dr pane, sortit «Les forces des deux armées étaient
au point du jour pour reprendre ce « égales; les deux camps bien fortifiés
CARTHAGE. 61
u et inaccessibles; l’intervalle. qui les parés de la ville et du mont Éryx '.
« séparait fort petit. Toutes ces causes IIS avaient établi deux camps retran
« réunies donnaient lieu cha ue jour à chés , l’un vers le bas de la mon
a des combats partiels, ma 5 empé tagne , l'autre sur le plateau qui
c chaient que l’action devint jamais dé dominait la ville, en sorte qu’ils sem
« cisive; car, toutes les fois qu’on en blaient n’avoir rien à craindre pour
« venait aux mains, ceux qui avaient cette place défendue ar sa situation
« le dessous trouvaient dans la proxi naturelle et par cette ouble garnison.
« mité de leurs retranchements un asile Mais ils avaient à faire à un ennemi
« assuré contre la poursuite des enne dont la vigilance et l’activité auraient
« mis et le moyen de les combattre avec dû les tenir toujours en haleine. L'au
« avantage. » . dace d’Amilrar, à qui rien ne parais
Les nouveaux consuls (*)' ne furent sait impossible, se fit un jeu de ces
pas plus heureux en Sicile que leurs obstacles presque insurmontables. Il
prédécesseurs , ayant tou ours à lutter fait avancer ses troupes pendant la
contre les difficultés des ieux, contre nuit, se met à leur tête, gravit la mon
les entreprises hardies et les ruses tagne dans le-plus rofond silence, et
habilement concertées d’Amilcar. Ce après deux heures ’une marche aussi
grand général, par son activité, par pénible que dangereuse, il arrive de
son courage , par sa présence d’esprit, vant Eryx, l’emporte d’assaut, égorge
par son habileté à saisir l’occasion, une partie de la garnison ,‘ et fait con
savait, avec des forces inférieures, con duire le reste à Drépane.
server toutes les places qu’il avait pri A partir de ce moment, cette petite
ses , inquiéter ce les des ennemis, et montagne fut l’étroite arène où se dé
balancer en Sicile la fortune et la puis battirent les destins des deux plus
sance de Rome. Il résolut de secourir grandes républiques du monde. Amil
Lilybée, qui, bloquée par terre et par car, placé entre deux corps ennemis ,
mer , était en proie au découragement était assiégé par celui qu’il dominait,
et à la famine, et il y réussit par cet tandis qu il assiégeait lui-même le
adroit stratagème. Il ordonna à une camp placé au-dessus de sa tête. Les
partie de sa flotte de se tenir en pleine Romains , retranchés sur le plateau de
mer et de manœuvrer comme si elle la montagne , bravaient tous les périls
avait le dessein de pénétrer dans Lily et supportaient toutes les privations
bée. Dès que les Romains l’eurent avec une persistance opiniâtre. Les
aperçue, ils sortirent pour aller au carthaginois, par une constance qui
devant d’elle. Aussitôt Amilcar, avec tient du prodige, quoiqu’ils fussent de
trente de ses vaisseaux , qu'il avait toutes parts entourés par les ennemis,
tenus soigneusement cachés ,‘ se saisit quoiqu ils ne pussent se procurer de
du port, y fait entrer des vivres et des vivres que par un seul point de la côte
secours, et pourvoit à tous les besoins dont ils étaient maîtres , restaient iné.
de la garnison, dont sa présence relève branlables dans cette position sans
et fortifie encore le courage. exemple. Les deux peuples, par la
_ VINGT-UNIÈME ANNEE DELAGUEBRE; proximité de leurs camps, exposés à
PRISE DE LA VILLE D‘EnYx PAR AMiL des travaux et à des périls sans cesse
cAn; IL s’v MAINTIENTPENDANT DEUX renaissants, réduits tous les jours et
ANs ENTRE DEUX ABMÉBS BOMAINES; presque tous les instants à craindre ou
244 AvAN'r L’EnE VULGAIBE. -— L’an a soutenir le combat, à éviter les pié
née suivante , Amilcar, toujours infa ges ou à repousser l’ennemi , s‘étaient
tigable , conçut une entreprise encore volontaii ment condamnés à des souf
plus hardie. Les Romains , comme frances au-dessus des forces humaines.
nous l’avons rapporté, s‘étaient em Le manque de repos, la privation d’a
liments epuisaient leur vigueur sans
(') A. Manlius Torqualus et C. Sempro abattre leur coura e. Toujours égaux
nius Blæsus. et toujours invinci les, ils soutinrent'
62
pendant deux ans cette lutte acharnée, DEnNIEiIE ANNÉE DE LA GUERRE;
sans qu'aucun d'eux se rebutât de ses BATAILLE NAVALE DEs ILEs EGATEs;
défaites ou pût forcer l'autre à lui cé VICTOIRE DEs RoMAlNs; 242 AVANT
der la victoire. L’ÈEE CHRÉTIENNE. — Au commence
VINGT-DEUXIÈME ANNÉE DE LA ment du printemps, le consul Lutatius,
GUERRE; DÉFECTION DEs MERCENAIe ayant rassemblé tous les vaisseaux de
nEs cAETn AGiNoIs; BÉTABLISSEMENT la république et ceux des particuliers,
DE LA MAnINE ROMAINE; 243 AVANT passa en icile avec trois cents galè
L’ÈEE CHRÉTIENNE. — L'arrivée des res et sept cents bâtiments de trans
nouveaux consuls (*) ne changea point port. Il s'empara, sans trouver de
la face des affaires. La guerre se résistance, des ports de Drépane et de
continuait sur le même terrain avec Lilybée, parce que les carthaginois,
la même opiniâtreté et la même alter qui étaient loin de s'attendre à l'ar
native de revers et de succès , lorsque rivée d'une flotte romaine, s'étaient
les Gaulois et quelques autres corps retirés en Afrique avec tous leurs vais
de troupes mercenaires i étaient au seaux. Encouragé par cet heureux dé
service de Carthage,‘ m contents des but, le consul fit les approches autour
retards apportés au payement de leur de Drépane, et disposa tout pour le
solde, formerent le complot de livrer siége. Mais, en même temps, ce géné
aux Romains la ville d'Éryx, où ils ral , dont l'activité égalait la prudence,
étaient en garnison. Leur projet ayant prévoyant que la flotte punique ne
échoué, ils assèrent dans le camp des tarderait pas à paraître, et persuadé
consuls et urent les premiers étran que l'issue de cette longue guerre dé
gers admis à porter les armes au ser pendait d'une bataille navale, employait
vice de la république romaine. Cette tous les moyens pour préparer la vie
défection, qui diminuait les forces d'A toire. Il exerçait sans relâche les mate
milsar, sembla redoubler encore son lots, les rameurs et les soldats de ses
courage et son énergie. Ce général, galères, les formait à toutes les évo
qu'on ne pouvait ni surprendre par la lutions, les accoutumait à toutes les
rusefni dompter par la force, sutencore manœuvres, et enfin, par ces leçons
opposer une si vigoureuse résistance sans cesse répétées , il parvint, en peu
aux Romains, que ceux-ci, déses erant de temps, à leur donner une instruc
d'achever la conquête de la Sici e avec tion et une expérience presque égales à
leurs seules forces de terre , revinrent celles de leurs ennemis.
au projet de rétablir leur marine. V Cependant, les carthaginois, surpris
Mais la longueur de la guerre avait de'l'audace des Romains, qui venaient
épuisé le trésor public, et le_ peu d'ar de reprendre la supériorité sur mer,
ent qui restait suffisait a peine à songèrent sur-le-champ à ravitailler le
Fentretien des légions. L'amour de la camp d'Éryx. Dans ce but, ils firent
patrie et la générosité des principaux passer en Sicile , sous le commandement
citoyens suppléerent aux ressources d’Hannon, une flotte de quatre cents
qui man uaieiit à l'État. Grâce aux vaisseaux , chargés d'argent, de vivres
contributions volontaires de tous les et de munitions de toute espèce. Le
ordres de la république, Rome, en dessein d’Hannon était d'aborder près
peu de temps , arma une llotte de deux d'Eryx à l'insu des ennemis, d'y dé
cents alères à cinq rangs de rames. charger ses vaisseaux , de renforcer son
Elles urent construites sur le modèle armee navale par les vétérans aguerris
de celle qu'on avait prise à Annibal le qu'Amilcar lui fournirait, et d'aller
Rhodien, et l'on apporta les soins les ensuite, avec ce général, combattre la
lus attentifs à leur fabrication et à flotte romaine. Ces mesures .étaient
eur équipement. bien prises , si la vigilance de Lutatius
ne les eût déconcertées. Le consul,
(') C. Fundanius Fundulus et C. Sulpi ayant deviné les projets de l’ennemi, .
tius Gallus. fit embarquer sur sa flotte l'élite de ses
CAR'I'HAGE. . 63
légions , et lit voile vers É use, île si mis en mer une flotte équipée à la hâte,
tuée entre Drépane et Lily ée, d’où il et où tout accusait l'incurie et la pré
aperçut de loin la flotte ennemie. Il cipitation : soldats et matelots, tous
avertit les pilotes et les soldats de se mercenaires nouvellement levés , sans
préparer our combattre le lende expérience , sans courage, sans zèle
main, et es exhorta à bien faire leur pour la patrie, comme sans intérêt
devoir. pour la cause commune. Aussi la vie
Mais, au point du jour, voyant que toire ne fut pas longtemps incertaine.
le vent lui était aussi contraire qu'il Les Carthaginois plierent detous côtés
était favorable aux carthaginois, et dès la première attaque. Ils perdirent
ne la mer était extrêmement agitée, cent vingt galères, dont cinquante fu
i hésita d'abord sur le parti qu'il de rent coulées à fond, et soixante-dix
vait prendre. Cependant, il calculaque furent prises avec ceux qui les mon
si, malgré ces désavantages , il enga taient, au nombre de dix mille hommes.
geait de suite la bataille, il n'aurait à Le reste s'échappa , secondé par le
lutter que contre Hannon lui seul, vent, qui, ayant changé tout à coup,
contre des vaisseaux incomplètement favorisa leur fuite. Lutatius conduisit
armés, et. embarrassés d'un charge à Lilybée les vaisseaux et les prison
ment considérable de munitions et de niers dont il s'était emparé.
vivres, tandis que s'il attendait le cal TRAITÉ DE PAIX ENTRE ROME ET
me et laissait Hannon se joindre avec CABTHAGE. — Telle fut la célèbre ba
le camp d'Éryx, il lui faudrait com taille des îles Égates.Quand la nouvelle
battre contre des vaisseaux allégés du en fut portée à Carthage, elle y causa
poids de leur cargaison , contre l'élite d'autant plus de surprise qu’on s’y était
de l'armée de terre, et, ce qui était en moins attendu. Le sénat ne manquait ni
core plus formidable que tout le reste, de volonté ni de constance pour soute
contre le génie et l’intrépiditéd’Amil nir la guerre; mais il n’cntrevoyait
car. Ces motifs l'emportèrent dans son aucun moyen de la continuer. En effet
esprit, et le déterminèrent à saisir l'oc les Romains, étant maîtres de la mer,
casion présente. on ne pouvait envoyer à l'armée d'E
Comme les ennemis approchaient ryx ni vivres ni secours : abandonner
à pleines voiles, il lève l'ancre et s'a cette armée à ses propres ressources,
vance à leur rencontre. L'adresse et la c'était la livrer à l'ennemi; et dès lors
vigueur de l’équipage se jouent de la il ne restait plus à Carthage ni géné
résistance des vagues. La flotte se raux ni soldats. Dans cette extrémité,
range sur une seule ligne, la proue le sénat donna à Amilcar plein pouvoir
tournée vers l'ennemi. Les Carthagi d'agir comme il le jugerait convenable
nois, voyant ne les Romains leur our l’intérêtdela république. Ce grand
fermaient le c emin d'Eryx, serrent Iomme, tant qu'il avait entrevu quel
Leurs voiles et se préparent au com que lueur d'espérance,avaitfait tout ce
at. qu'on pouvait attendre du courage le
Mais ce n'étaient plus, de part et plus intrépide et de l‘expérience la plus
d’autre, ces mêmes flottes qui avaient consommée. Il avait disputé la victoire
combattu à Drépane; aussi le succès avec une constance et une opiniâtreté
devait-il être différent. Les Romains sans exemple. Mais lorsqu'il vit que
avaient fait de grands progrès dans la résistance devenait impossible, que
l'art de construire les vaisseaux. Leurs la paix était le seul moyen de sauver sa
équipages étaient formés d'excellents patrie et les soldats qui avaient partagé
matelots, de rameurs exercés et de ses travaux, il sut, en homme sage,
soldats choisis parmi les plus braves céder à l'impérieuse nécessité, et dé
de l'armée. Les Cartha inois, au con ploya autant de prudence et d'habileté
traire, trop confiants ans leur supé dans les négociations, qu'il avait mon
riorité, avaient depuis longtemps né tré de valeur et d'audace dans le com
ligé leur marine. Au premier bruit de mandementdes armées. 1l cave a donc
armement des Romains, ils avaient au consul Lutatius des députés char
64
gés de lui faire des propositions de paix juger des efforts incroyables que firent
et d’alliance. les deux peuples, lorsqu'on les voit, à
Le consul, jaloux d’enlever à son la fin de la guerre, après les pertes
successeur la gloire de terminer une immenses éprouvées de part et d’au
guerre si importante, accueillit avec tre (‘), réunir dans une même bataille
joie ces ouvertures. Il savait d’allleurs navale sept cents galères à cinq rangs
que les forces et les finances de la ré de rames. Une é ale passion de domi
publique étaient épuisées; que le_peu ner animait les eux républiques. De
ple romain était las d’une lutte SI lon là, même audace dans les entreprises,
ue et si difficile. Il n’avait pas oublié même activité dans l’exécution, même
es funestes suites de la hauteur inexo constance dans les revers. Les Cartha
rable et imprudente de Ré ulus. Aussi, ginois l’emportaient ar la science de
il ne se montra point dif cile, et con la marine, par l’habi eté dans la cons
sentit à la paix aux conditions suivan truction des vaisseaux, par la préci
tes : que les Carthaginois évacueraient sion et la rapidité des manœuvres , par
entièrement la Sicile ; qu’ils ne feraient l‘expérience des pilotes, parla connais
la guerre ni contre HIéron et les Sy sance des côtes , des plages, des rades
racusains , ni contre leurs alliés; qu’ils et des vents; enfin par leurs riches
rendraient sans rançon aux Romains ses qu’alimentait un commerce floris
tous les prisonniers et les transfuges; sant , et qui leur donnaientles moyens
qu’ils leur ayeraient , dans l’espace de de subvenir à tous les frais d’une guerre
vingt ans , eux mille deux cents talents longue et dispendieuse. Les Romains
euboiques d’argent (*). n’avaient aucun de ces avanta es ;
Lutatius avait d’abord exigé ne les mais le courage, le zèle pour le ien
trou s qui étaient dans Éryx ivras public , l’amour de la patrie , une noble
sent eurs armes. Amilcar déclara qu’il émulation car la gloire, un vif désir
ne rendrait jamais aux ennemis _de son d'étendre eur domination , leur te
pays des armes que son pays lui avait naient lieu de tout ce qui leur man
confiées pour le défendre, qu’il perr quait d’ailleurs.
rait lui-même, qu’il laisserai périr sa Quant aux soldats, l’armée romainc
patrie plutôt que d’y retourner cou était bien supérieure à celle de Car
vert d’une areille Ignominie. Cette thage pour le courage et la discipline.
généreuse résistance força le consul à Quant aux généraux, aucun Romain ne
céder. peut être comparé à cet Amilcar, qui,
Ce traité, expédié à Rome, ne fut arrivé en Sicile au moment où les af
pas d’abord accepté par le peuple..0n faires étaient presque désespérées , les
envoya dix commissaires sur les lieux rétablit par les seules ressources de
pour examiner de plus pres l'état des son génie, sut, avec des forces infé
affaires. Ceux-ci ne changèrent rien a rieures, déjouer endant cinq années
l’ensemble du traité. Ils ajoutèrent seu entières tous les e forts de la puissance
lement aux premières conditions, ne romaine, et qui même, lors ue Carthage
les Carthaginois payeraient su_r- e succomba , eut la gloire e n’être pas
champ mille talents pour les frais de vaincu. Dans tout le cours de cette
guerre, et deux mille dans les dix ans guerre, il n’a paru chez les Romains
nées suivantes, et qu’ils abandonne aucun général dont les talents écla
raient toutes les îles situées entre la tants aient pu être regardés comme la
Sicile et l’Italie 0'"). cause de la Victoire, en sorte que c’est
Ainsi fut terminée l’une des lus uniquement par la force de sa consti
longues guerres dont il soit parlé ans tution et par ses vertus nationales que
l'histoire; elle dura près de vingt-qua Rome a triomphé de Carthage.
tre ans sans interruption. On peut (') Dans le cours de cette guerre, les
Romains perdirent, soit parles combats, soit
(') Environ 11 millions. par les naufrages, 700 vaisseaux de guerre,
("') Excepté la Sardaigne et la Corse. et les Carthaginois 500.
CARTIIAGE. 65
GUEnnE DE Lmva on coNTnn mettre un terme, entra en négocia
LES MEacENAmEs DE 240 A 237 tion avec leurs officiers. Il fut con
AVANT J. C. — A la guerre que les vcnu que les soldats, après avoir reçu
carthaginois venaient de terminer chacun une pièce d'or pour _les besoins
contre les Romains en succéda im les plus pressants, se retlreralent à
médiatement une autre, moins lon Sicca, qu’ils y attendraient l’arrivée'
gue, mais non moins dangereuse, du reste de leurs camarades, et qu'a
ui atta ua le cœur de l’Etat, et qui lors on leur payerait tous les arré
ut soui lée par des actes de barbarie rages qui leur étaient dus.
et de cruauté sags exemple. C’est celle A cette imprudence, on en a'outa
qu’ils eurent à soutenir contre les une autre, ce fut de les forcer ‘em
soldats mercenaires qui avaient servi mener avec eux leurs bagages, leurs
en Sicile et contre les Numides et les femmes et leurs enfants qu’ils deman
Africains qui étaient entrés dans leur ' daient à laisser, suivant la coutume,
révolte. Cette guerre où les Carthagi dans les murs de la capitale,_et qui
nois tremblèrent plusieurs fois, non auraient été des gages certains de
seulement pour la possession de leur leur fidélité. .
territoire, mais encore pour leur pro Lorsqu’ils furent réunis à Sicca,
pre salut et celui de Carthage, prouve ces hommes qui avaient été si long
combien il est dangereux pour un temps privés des douceurs du repos
État de s’appuyer avec trop (le con s'y livrèrent avec délices, et l’oisi
fiance sur des troupes étrangères et veté, mère des séditions, si dange
sur des soldats soudoyés. Voici quelle reuses surtout parmi les troupes étran
en fut l’occasion. ères, relàclxa tous les liens de la
CAnsEs DE LA GUERRE. — Aussitôt iscipline. Ils uccupaient leurs loisirsà
après que le traité avec les Romains calculer les sommes que la république
eut été conclu et ratifié, Amilcar leur devait. Ils grossissaient leurs
conduisit à Lilybée les troupes du créances de toutes les promesses qu’on
camp d’Éryx, et, s’étant démis du leur avait faites dans les occasions
commandement, laissa à Giscon, périlleuses , et les considérant comme
gouvemeur de la place, le soin de les des titres d’une validité incontestable,
faire passer en Afrique. Celui -ci, ils s’encourageaient les uns les autres
par une sage prévoyance, fit partir à en exiger le pa ement. Enfin leur
ces troupes par corps détachés et à avidité, se livrantatoute l’exa ération
des intervalles assez éloignés l'un de de ses espérances, jouissait éjà par
l’autre, pour que les premiers venus avance du bonheur et des avantages
pussent recevoir l’arriéré de leur qui devaient métro le fruit. I
solde, et être renvoyés chez eux avant COMMENCEMENTS DE LA uEvoLTE;
l’arrivée des autres. Le gouvernement LEs MERCENAIRES voNT cAMPEn A
de Carthage n’imita as la prudence TUNIS; 240 ANs AVANT L’ÈBE cann
de Giscon. Comme e trésor public TIENNE. — Quand les derniers corps
était‘ épuisé par les dépenses d’une furent arrivés de Sicile et que l’armée
longue guerre, on ne’ se pressa as tout entière fut réunie à Sicca ,
de payer les troupes à mesure qu’e les Hannon, gouverneur de la province,
arrivaient, au contraire on attendit leur fut envoyé ar le sénat de Car
qu’elles fussent toutes réunies a Car thage. Celui-ci, oin de satisfaire l'at
tiage, dans l’espoir qu’elles consenti tente et les prétentions exorbitantes
raient à une diminution surle montant des mercenaires, alléguant l'épuise
de leur solde. Mais ces vieux soldats, ment des finances de la république, et
nourris dans le tumulte de la guerre l'énormité des tributs imposés par
et accoutumés à toute la licence des l’ennemi, les supplia de consentir à
camps, troublaient nuit et jour la paix une réduction sur le montant de la
de la cité par leurs dérèglements‘ et solde qui leur était légitimement due.
leurs violences. Le sénat, pour y A peine a-t-il prononcé ces mots que
5' Livraison. (CARTHAGIL) à
66
la sédition éclate dans cette soldatesque contraire de ce qu’Hannon avait pro
avide et indisciplinée. Des groupes, posé. De là, l’inntilité de ses tentatives
des conciliabules se forment. D’abord , partielles, et partout l’incertitude, le
les soldats de chaque nation s’assem désordre et la méfiance.
blent séparément; bientôt toutes les Outre leurs autres sujets de plainte,
nations réunies ne forment qu’un les mercenaires reprochaient encore
attroupement général. La différence aux carthaginois d’avoir écarté à des
de peuples, la diversité de langages, sein les généraux qui avaient partagé
l’impossibilité de s’entendre l’un l’au leurs glorieux travaux en Sicile, et
tre, jettent dans cette multitude in leur avaient fait de magnifiques pro
' cohérente un trouble et une confusion messes, pour leur envoyer un homme
inexprimables. qui ne s’était trouvé à aucun des com
Si les carthaginois, dit Polybe. bats où ils s’étaient signalés. Enfin,
dans la com osition de leurs armées transportés de colère, pleins de mé
ont eu pour ut de prévenir les asso pris pour IIannon, de défiance pour
ciations et les révoltes générales, et eurs officiers, ils partent sur-le-cham ,
de rendre les soldats moins redou marchent sur Carthage au nombre e
tables pour leurs chefs, ils ont eu plus de vingt mille, et vont camper
raison de les former constamment de près de Tunis, 21 120 stades de la ca
troupes choisies parmi des nations pitale.
différentes. Mais lorsque la haine CoNsrEnNA'rIoN DES CARTHAGI
couve au fond des cœurs, que la NOIS; EXIGENCES DES nEvoL'rEs.
colère s’allume, que la sédition éclate; —- Alors les carthaginois reconnurent
lorsqu’il faut apaiser, éclairer, ra leurs fautes , lorsqu’il était trop tard
mener au devoir les esprits égarés, our les réparer. Dans la frayeur où
c’est alors qu’on sent tout le vice es jeta le voisinage de cette armée, ils
d’une institution pareille. De sem se résignèrent a tout céder, à tout souf
blables armées, lorsque la rébellion frir pour apaiser sa fureur. On en
les soulève , ne mettent point de bor voyait en abondance aux mercenaires
nes à leur fureur. Ce ne sont les des des vivres dont ils taxaient eux-mêmes
hommes; ce sont des bêtes éroces, le prix à leur gré. Chaque jour le sénat
dont la rage forcenée se livre à tous leur députait quelques-uns de ses mem
les excès d’une barbarie im itoyahle. bres pour les assurer qu’ils n’avaient
Les carthaginois en firent ans cette qu’à demander; qu’on était prêt à
occasion une triste expérience. Il y tout faire pour eux, pourvu que ce
avait dans cette multitude des Espa qu’ils demanderaient fut possible. Ce
gnols, des Gaulois, des Liguriens, pendant ils ajoutaient chaque jour à
des Baléares, des Grecs de toutes les ’exigence de leurs prétentions. La
nations, la plupart transfuges ou es terreur et la consternation u’ils li
claves, et surtout un rand nombre saient sur le front des Cart aginois
d‘Africains. Les assem ler dans un augmentaient leur audace et leur in
même lieu , et leur arler à tous en solence. Ils se persuadaient d’ailleurs
même temps , était c ose impossible; qu’aucun peuple du monde , à plus forte
les haranguer séparément et par na raison les carthaginois , n’oserait ris
tion ne l’était pas moins, aucun gé quer le combat contre des vétérans
néral ne possédant tant de langues di qui, si longtemps en Sicile, avaient
verses.‘ Il ne restait à Hannon que le rivalisé de gloire et de succès avec les
moyen d’employer les officiers pour légions romaines. A peine fut-on d’ac
faire entendre ses propositions aux cord sur le montant de la solde qu’ils
soldats. C’est celui qu’il adopta. Mais, demandèrent le prix des chevaux qu’ils
parmi ces officiers, les uns ne com avaient perdus. Cette proposition ad
prenaient pas ce qu’il leur disait; les mise , ils
argent le exigèrent qu’on
blé qui leur leurdfll ayât
était en
depuis
autres, soit par ignorance, soit par
malice, rapportaient aux soldats le longtemps, au plus haut prix qu’il s’e
CARTHAGE. 61
tait vendu pendant la guerre. C'étaient La crainte de tomber entre les mains
tous les jours de nouvelles exigences des Romains qui, d'après leurs lois,
que les brouillons et les séditieux dont auraient puni sa désertion des plus
cette soldatesque était remplie met cruels supplices, le porta à tout entre
taient en avant pour traverser les né prendre pour rompre l'accommode
gociations. Enfin , le sénat se mon ment. L'autre étaitun Africain nommé
trant disposé à les satisfaire dans tout Mathos . homme de condition libre , et
ce qui n'était pas impossible, obtint, qui avait aussi servi dans l'année,
par cette condescendance , qu'ils accep mais qui, ayant été l'un des principaux
teraient pour médiateur l'un des gé instigateurs de la révolte, s'attendait
néraux qui avaient commandé en Si à servir d'exemple, et à payer de sa
cile. tête le crime qu'il avait conseillé. Cette
GISCON EST CHOISI POUR AEm'rnE; communauté de craintes unit d'un lien
MATHos ET SPENDIUS ROMPENT LEs étroit ces deux hommes pervers. Ma
NEGociATwNs; ILS SONT ÉLUS CHEFS thos, de concert avec Spendius, se
DES MEncENAmEs. — Amilcar sem présente aux Africains. Il leur per
blait désigné pour cette fonction. Mais suade que sitôt que les troupes étran
il leur était suspect , parce que, s'étant gères auront reçu leur solde et se se
démis volontairement du commande ront retirées chacune dans leur pays ,
ment des armées, et n'ayant pas de restés seuls et sans défense , ils devien
mandé à être chargé de négocier avec dront les victimes de la colère des Car
eux , il semblait avoir abandonné leur thaginois, qui se vengeront sur eux de
cause. Giscon , au contraire, ui avait la révolte commune. A ces mots les
servi en Sicile , et qui, dans p usieurs esprits s'échauffent et s’irritent; et
circonstances , surtout à l'occasion de comme G iscon n'acquittait que l'arriéré
leur retour, avait pris à cœur leurs in de la solde, et remettait à une autre
térêts , s'était acquis leur confiance et époque le payement du prix des che
leur affection. Ils le choisirent donc vaux et du blé , ils saisissent avidement
our arbitre de leurs différends avec ce léger prétexte, s'attrou ent en tu
république. On fournit à Giscon l'ar multe, et s'élancent vers a place où
gent nécessaire. Il part de Carthage et se tenait l'assemblée.
débarque à Tunis. Il s'adresse d'abord Là, lorsque Spendius et Mathos se
aux chefs, et fait ensuite rassembler répandaient en invectives contre Gis
les soldats par nation. Alors , em con et les carthaginois, ils accueillaient
ployant des paroles douces et insi leurs discours avec une bienveillance
nuantes , il leur fait de légers re roches attentive. Mais si quelque autre se pré
sur leur conduite passée , leur ait sen sentait à la tribune pour leur donner
tir tout le dan er de leur situation pré des conseils , ils ne prenaient pas seu
sente, leur onne de sages conseils lement le tem s de s'instruire s'il était
our l'avenir, et les exhorte à renouer contraire on avorable à leurs chefs , et
es liens d'une ancienne affection avec l’accablaient d'une grêle de pierres
un État qu'ils ont servi si lon temps , avant même qu'il eût pu se faire en
et dont ils ont reçu tant é bien tendre. Plusieurs particuliers et un
faits. 4 grand nombre d'officiers périrent dans
Enfin, il se disposait à payer toutes ce tumultueux conciliabule où le mot
les dettes arriérées, lorsque deux sé frappe! quoique différent dans chaque
ditieux , rom ant l'accord qui commen langue, était le seul qui fût compris
çait à s'éta lir , remplirent tout le par toutes ces nations diverses, parce
camp de tumulte et de désordre. L'un qu'il était sans cesse accompagné de
était un certain Spendius, Campanien l'action qui en expliquait le sens. Mais
de nation , d'esclave devenu transfuge, c'est surtout lorsque échauffés par l'i
homme qui s'était distingué dans l'ar vresse , ils se réunissaient après le re
mée par sa force de corps extraordi as, que la fureur des factieux était
naire et par la témérité de son audace. e plus redoutable. A peine le mot fatal
5.
'68
était-il prononcé, l'imprudent ui avait à lui envoyer des secours. A son insti
osé se présenter , frappé de mil e coups gation presque tous les peuples afri
à la fois, succombait sans avoir pu ni cains se révoltèrent contre la domina
échapper, ni se défendre. Ces vio tion des carthaginois , et lui'fournirent
lences ayant écarté tous les concur des vivres et des renforts. Alors , ayant
rents , Mathos et Spendius furent choi partagé leurs troupes en deux corps,
sis pour commander l'armée. Mathos et Spendius allèrent mettre le
VIoLATioN DU DROIT DEs GENs siége devant Utique et Hippone, qui
ENvEiis GISCON ET sEs coMrA avaient refusé de prendre part à leur
GNoNs; sinon D’UTIQUE ET D'Hir rébellion.
non; 239 ANs AVANT L'EEE vuL PosI'rIoN CRITIQUE DEs CARTHA
GAIEE. — Au milieu de ce tumulte GINOIS. —— Jamais Carthage ne s'était
affreux , Giscon restait inaccessible à vue dans un si grand danger. Jusqu'a
la crainte. Décidé à se sacrifier aux in lors les revenus des propriétés parti
téréts de sa patrie , et prévoyant même culières avaient fourni à l'existence des
que si la rage de ces forcenés se dé familles; les tributs que payait l'Afri
cliaînait contre Carthage, l'existence que avaient alimenté le trésor public ,
même de la république etait menacée, et les troupes étrangères avaient tou
il accomplissait sa mission avec une jours composé l'élite de ses armées.
constance inébranlable. S'exposant à Toutes ces ressources non-seulement
tous les périls . tantôt il s'adressait aux lui manquaient à la fois , mais se tour
chefs , tantôt il rassemblait tour à tour naient contre elle et s‘unissaient pour
les soldats de cha ue nation, et s'effor l’accabler. La consternation et le dés
çait de calmer eurs ressentiments. espoir s'augmentaient encore par l'im
Mais les Africains , ui n'avaient as prévu d'un tel événement. Lorsque,
encore reçu l'arriér de leur sol e, épuisés par les longs efforts que leur
vinrent en demander le payement. avait causés la guerre de Sicile, ils
Comme ils l'exigeaient avec hauteur avaient enfin obtenu la paix, ils s'é
et avec insolence, Giscon, dans un taient flattés de pouvoir respirer un
mouvement de colère, leur répondit moment, et d'employer à rétablir leurs
u'ils n'avaient qu'à s'adresser à Ma affaires les années de calme et de tran
tios, leur général. Cette réponse les quillité dont ils se croyaient assurés;
transporta d'une telle fureur, qu'ils se et voilà qu'il surgissait tout à coup
jetèrent à l'instant sur l'argent réparé une nouvelle guerre plus terrible et
pour le pa ement de leur 50 de, et plus dangereuse encore que la pre
qu'ils arrac èrent de leur tente Giscon mière. Auparavant ils n'avaient à com
et les carthaginois qui l'avaient accom battre qu'une nation étrangère; il ne
pagne’. Mathos et Spendius, persuadés s'agissait que de la possession de la
qu'un attentat public au droit des gens Sicile: maintenant c'était une guerre
était un moyen sûr d'allumer la guerre , civile où leur patrimoine. leur salut,
irritaient encore l'exaspération de cette l'existence même de Carthage étaient
multitude turbulente. Ils livrent au en péril. Ils se trouvaient sans armes,
pillage l'argent et les bagages des Car sans tr_oupes ni de terre, ni de mer,
thagino‘s , chargent de fers Giscon et sans approvisionnements pour soute
ses compagnons, et les jettent dans un nir un siége, sans argent dans le tré
cachot, après les avoir abreuvés d'ou sor public , et, ce qui mettait le comble
trages et d'ignominies. Tels furent les à leurs malheurs, sans aucune espé-
causes et les commencements de la rance de secours étrangers de la part
guerre contre les mercenaires, qu'on de leurs amis ou de leurs alliés.
a appelée aussi guerre d’4frz‘que. Du reste, ils ne pouvaient attribuer
Mathos , après cet attentat, envoya ces malheurs qu'à leur conduite passée.
des députés à toutes les villes d'Afri Ils avaient traité avec une extrême du
que pour l'es exliorter à recouvrer leur reté les euples africains pendant le
libeité , à entrer dans son alliance, et cours de a guerre précédente. Prétex
CARTHAGE. 69
tant les dépenses qu'elle occasionnait , que jour par de nouveaux renforts,
ils avaient exigé des propriétaires ru s'élevait déjà à soixante-dix mille hom
raux la moitie de leurs revenus, et mes, pressaient, sans être inquiétés
des habitants des villes le double de par l'ennemi , le siége d'Utique et
l'impôt qu'ils supportaient auparavant, d‘Hippone. En même temps ils forti
sans accorder aucune grâce ni aucune liaient avec le plus grand soin leur
remise aux plus pauvres et aux plus camp retranché près de Tunis. et cou—
misérables. Entre les gouverneurs des paient ainsi aux carthaginois toute
rovinces, ce n'étaient point ceux qui communication avec le continent de
es administraient avec douceur et avec l'Afrique. En effet , Carthage est située
humanité auxquels ils prodiguaient sur une péninsule, bordée d'un côté
leur estime, mais ceux qui faisaient par la mer, de l'autre par le lac de
entrer de lus grosses sommes dans le Tunis. L'isthme qui la joint à l'Afrique
trésor puglic, et auprès desquels les est large d'environ vin t-cinq stades.
contribuables trouvaient le moins d'ac Utique et Tunis sont îäties l'une à
cès et d'indulgence. Hannon était du l'ouest, l'autre à l'est de Carthage , et
nombre de ces derniers. Des peuples toutes deux à une petite distance de
ainsi maltraités n'avaient pas besoin cette ville. De ces deux points les mer
d'instigations pour les pousser à la ré cenaires harcelaient sans cesse les Car
volte; c'était assez qu'on annonçât un thaginois. Le jour, la nuit, à chaque
soulèvement pour pu’ils fussent prêts instant, ils poussaient leurs excursions
à s'y joindre. Les emmes mêmes qui jusqu'au pied des murailles, et répan
avaient eu'souvent la douleur de voir daient le trouble et la consternation
traîner en- rison par les collecteurs parmi les habitants.
des impôts eurs maris et leurs pères, Hannon était habile et actif dans
montreront pour leurs vengeurs un l'organisation et dans l'administration
dévouement unanime. Elles se dépouil d'une armée; mais; en présence de
lèrent avec empressement de leurs bi l'ennemi , c'était un homme tout diffé
joux et de leurs parures, et en consa rent. Alors il ne montrait ni sagacité
crèrent le produit aux frais de la guerre; pour faire naître les occasions , ni éner
de sorte que Mathos et Spendius , gie pour en profiter, ni vigilance pour
après avoir payé aux soldats ce qu'ils se garantir des surprises. Ce général
leur avaient promis pour les engager s'était avancé au secours d'Utique. Il
à la révolte, se trouvèrent encore en remporta d'abord un avantage qui au
état de fournir abondamment à toutes rait pu devenir décisif, mais dont il
les dépenses de l'armée. , profita si mal, u'il aurait pu causer la
HANNoN , NOMMÉ GENEEAL DES perte de ceux m mes qu'il était venu se
CAnTHAGINoIs, ÉPROUVE,’ PAE sA courir. Il avait amené lus de cent
FAUTE, UN ÉCHEC coNsIDEnABLE A éléphants, et, s'étant a ondamment
UTIQUE. — Cependant les carthagi pourvu de catapultes , de balistes , et de
nois, au milieu de la détresse qui les toutes sortes de traits qu'il trouva dans
accablait, trouvèrent encore des res Utiqlue, il plaça son camp en avant de
sources dans leur énergie. Ils nom la V! le, et entreprit d'attaquer les re
ment pour général Hannon , le même tranchements des ennemis. Les élé
qui, quelques années au aravant , avait phants , poussés avec im étuosité , ren
soumis Hécatompyle. I s font venir de versent tous les obstac es. Les mer
tous côtés des soldats mercenaires; ils cenaires, ne pouvant soutenir leur
enrôlent dans l'infanterie et dans la choc, prennent la fuite et abandon
cavalerie; ils exercent aux manœuvres nent leurs retranchements. Un grand
tous les citoyens en âge de porter les nombre périt victime de la fureur de
armes; enfin ils équipent, sans perdre ces animaux redoutables. Ceux qui
de temps, tout ce qui leur restait de parvinrent à s'échapper se retirè
vaisseaux. De leur côté, Mathos et rent sur une colline escarpée et cou
Spendius, dont l'armée , grossie cha verte d'arbres, qui leur parut une posi
70
tion avantageuse et facile à défendre. AmLcAn BAncA, NOMMÉ AU cou
Hannon , accoutumé à faire la guerre MANDEMENT DE L’AEMEE A LA PLACE
contre des Numides et des Africains, D’HANNON , REMPORTE sUn LEs MER
ni, au premier échec, prenaient la cENAInEs UNE VICTOIRE sIcNALÉE,
uite et se dispersaient à deux ou trois FAIT LEVER LE sIEcE D’UTIQUE ET
journées de distance, crut que la vie s’EMPAEE DE PLUSIEURS VILLES,
taire était complète et qu’il n avait plus 238 AVANT L’EnE vULGAInE. — Les
d’ennemis à combattre. Préoccupé de Cartha ‘nois , ayant enfin reconnu l’in
cette idée, il ne songea plus à veiller capacit d’Hannon, rendirent à Amil
ni sur la discipline de son armée ni sur car, surnommé Barca, le commande
la défense de son camp. Il entra dans ment de l’armée. Ils le chargèrent de
la ville et se livra en pleine sécurité la conduite de la guerre‘; ils lui don
au repos et aux plaisirs. nèrent soixante-dix éléphants , tous les
Les mercenaires qui s’étaient retirés soldats étrangers qu’ils avaient pu ras
sur la colline étaient ces mêmes vété sembler, tous les transfuges et les
rans auxquels , dans une longue confra troupes d’infanterie et de cavalerie
ternité d’armes, Amilcar avait trans qu’ils avaient levées dans la ville. Cette
mis son audace. Pendant les campagnes petite armée s’élevait à peine à dix mille
de Sicile, ils s’étaient instruits par ommes. Dès sa première action il se
son exemple à‘ soutenir avec fermeté montra digne de son ancienne renom
toutes les vicissitudes de la guerre. mée, et remplit les espérances que sa
Plusieurs fois, dans le même jour, on nomination avait fait naître parmi ses
les avait vus faire retraite devant l’en concitoyens. A peine sorti de Carthage,
nemi, changer de front brusquement il tombe à l’improviste sur ses enne
pour l’attaquer à leur tour, et ces pé mis, et les frqppe d’une si grande ter
rilleuses manœuvres leur étaient deve reur que, per ant toute confiance, ils
nues familières. Alors, ayant appris(que abandonnent le siège d'Utique. L'im
l’ivresse de la victoire avait Intro uit portance de cet événement exige quel
dans l’armée ennemie la négligence et ques détails.
l’indiscipline, que le énéral s'était re Le col étroit de l’isthme qui joint
tiré dans la ville, que es soldats s'écar Carthage à l’Afrique est entouré de
taient sans précaution de leurs retran collines escarpées et d’un accès diffi
chements, Ils se forment en ordre de cile, sur lesquelles l’art a pratiqué des
bataille, viennent fondre sur le cam chemins qui ouvrent des communica
des Carthaginois, en tuent un gran tions avec le continent. Mathos avait
nombre, et forcent les autres à fuir fortifié avec soin tous les passaves de
honteusement jusque sous les murs de ces collines susce tibles de dé ense.
la ville. Ils s’emparèrent de tous les ba Indépendamment e ces fortifications
gages, de toutes les armes et de toutes naturelles, le Baccara (*), fleuve pro
les machines de siège qu’Hannon avait fond, qu’il est presque impossible de
fait sortir d’Utique, et qui, par cette traverser à gué dans cette partie de
imprudence, tombèrent au pouvoir de son cours, fermait à ceux qui venaient
ses ennemis. Ce ne fut pas la seule de Carthage le débouché dans l’inté
circonstance où ce énéral donna des rieur du pays. Ce fleuve n’avait qu’un
preuves d’incapacite. Quelques jours seul pont dont les mercenaires avaient
plus tard, comme il était campé près fortifié les abords, et au-dessus du uel
de la ville de Gorza, en face des enne ils avaient même construit une vile,
mis, l’occasion se présenta de les dé de sorte que non-seulement une armée,
faire deux fois en bataille rangée et mais même un homme seul ne pouvait
deux fois par surprise, et cependant, sortir de l’isthme sans être aperçu des
uoiqu’il fût à portée d’observer les ennemis.
antes de ses adversaires et d’en pro Amilcar, toujours attentif à saisir
fiter, il laissa toujours échapper ces
occasions décisives. (‘l 0u Basradn
CARTHAGE. 1.
les occasions que lui présentaient le valerie, rompent leurs rangs et la
temps et la nature des lieux , et voyant oursuivent avec impétuosité. Mais
l’impossibilité de débusquer l’ennemi l)orsque les cavaliers, faisant tout à
par la force, imagina cet expédient coup volte-face, se déployèrent sur les
pour ouvrir un passage à son armée. deux ailes de l‘infanterie qui s’avançait
Il avait observé que lorsque le ,vent en ordre de bataille, la terreur se ré
soufflait d'un certain oint pendant pandit parmi les Africains. L’ardeur
quelques jours, le lit u fleuve était Inconsidérée de la poursuite avait jeté
obstrué par le sable et qu’il s’y formait le désordre dans eurs rangs; aussi
une espece de banc uI permettait de n’opposèrent-ils presque aucune résis
le traverser à gué pr 5 de son embou tance; du premier choc ils furent mis
chure. Il tint son armée prête à se en fuite, culbutés les uns sur les au
mettre en marche, et sans s’ouvrir de tres, foulés aux pieds des chevaux et
son dessein à‘ personne, il attendit des éléphants, qui les pressaient sans
patiemment la circonstance favorable. leur donner le temps de se rallier. Six
Les vents soufflent; le gué se forme; mille hommes , tant Africains que mer
il part la nuit avec toutes ses troupes, cenaires, restèrent sur le champ de
et se trouve au point du jour de l’autre bataille. On lit deux mille prisonniers;
côté du fleuve, sans avoir été aperçu le reste se sauva, les uns dans la ville
de l’ennemi. La réussite de cette au bâtie au-dessus du pont, les autres
dacieuse entreprise frappa d’étonne dans le camp d’Utique. Amilcar, pro
ment et les mercenaires et les Cartha fitant de sa victoire, poursuit les
ginois eux-mêmes qui la croyaient fuyards sans relâche, et s’empare de la
Impossible. Amilcar poursuit sa route ville qui défendait le pont du Baccara
à travers une plaine découverte, et se et que les mercenaires avaient aban
dirige vers le pont qui était occupé par donnée pour se retirer à Tunis. En
En détachement de l’armée de Spen suite, s’avançant dans l. pa s, il se
Ius. rendit maître de plusieurs villes, dont
Celui-ci , instruit de l’approche d’A les unes se rendirent à composition et
milcar, fait sortir dix mille hommes les autres furent prises de vive force.
de la ville bâtie au-dessus du pont, et Par ces heureux succès il releva le cou
s’avance en rase campa ne à la ren rage et la confiance des carthaginois,
contre du général cartiaginois. En qui naguère désespéraient entièrement
même temps ceux qui assiégeaient Uti du salut de leur patrie.
que, au nombre de plus de quinze AMILCAR EsT BESSBBBÉ PAR LEs
mille, se hâtent d’arrIver au secours MEBCENAIRES DANs UNE POSITION
de leurs camarades. Ces deux corps DANGEREUSE; IL EN soRT PAR LE sn
d’armée réunis s’exhortent, s’encoura cOURs D‘UN CHEF DE NUMIDEs, QUI
eut à saisir l’occasion favorable et ABANDONNE LA cAUsE DEs BÉVOLTÉS
Ondent sur les carthaginois. POUR sa JOINDRE Aux CARTRAOI
Jusque-là Amilcar avait conservé NOIs. —- Cependant Mathos continuait
son ordre de marche, les éléphants à toujours le siège d’Hippone. Il donna
la tête; derrière eux la cavalerie et les à Spendius et à Autarite, chef des
armés à la légère; l’infanterie, pesam Gaulois, le sage conseil d’observer de
ment armée, formait l’arrière-garde. près l’ennemi, d’éviter les plaines où
Surpris par la brusque attaque des leurs éléphants et leur cavalerie don
mercenaires, il change en un moment naient aux carthaginois l’avantage , de
toute la disposition de son armée. Par suivre le pied des montagnes , de régler
un mouvement de conversion rapide, leur marche sur celle d’Amilcar, et de
il porte à la fois sa cavalerie sur les ne l’attaquer que lorsqu’ils le ver
derrières , et ramène son infanterie sur raient engagé ans quelque position
le front de bataille pour l’opposer à difficile. En même temps il expédie
l’ennemi. Les Africains, attribuant à la des messages aux Numides et aux Afri
crainte la marche rétrograde de la ca cains pour les engager à envoyer des
72
renforts, et à ne pas laisser échapper telle hardiesse, l’accueillent avec ‘bien
l'occasion de recouvrer leur indépen veillance et le conduisent à leur éné—
dance. Spendius alors, ayant joint aux ral. Naravase lui dit qu’il portai une
deux mille Gaulois d’Autarite six mille affection sincère à tous les Carthagi
hommes choisis parmi les soldats de nois, mais qu’il désirait surtout être
toute nation qui étaient campés à Tu l'ami de Barca, u’il n'était venu que
nis, se met à observer la marche des dans le dessein e s'attacher à lui, et
Carthaginois et à suivre tous leurs que ‘désormais il serait le compagnon
mouvements en côtoyant toujours le dèle de tous ses périls et de tous ses
pied des monta nes. n jour qu’Amil travaux. Amilcar, frappé de la noble
car était camp dans une plaine, en confiance de ce jeune omme et de la
vironnée de tous côtés par des hauteurs franchise ingénue avec laquelle il avait
escarpées les renforts que Spendius exprimé ses sentiments, non-seulement
attendait des Numides et des Africains l’admit dans le conseil à la connais
lui arrivèrent à la fois par deux points sance de tous ses projets, mais encore
différents. Amilcar, pressé en même s’engagea par serment à lui donner sa
temps ar les Africains qui s'étaient fille en mariage, pourvu qu’il restât
retranchés en face de son camp, par les fidèle à l'alliance des Carthaginois.
Numides qui avaient pris position sur Après l’échange de ces promesses,
les derrières, ar Spendius qui mena Naravase conduisit au campd’Amilcar
çait les flancs e son armée , se trouvait deux mille Numides qu’il commandait.
enveloppé de toutes parts et n’entre ‘Renforcé par la jonction de ses.nou
voyait que des périls et des difficultés veaux allies, Barca présente la bataille
insurmontables. aux ennemis. Spendius se réunit aux
Une circonstance imprévue rétablit Africains,‘ descend dans la plaine avec
ses affaires. Les Numides avaient pour toutes ses forces .et en vient aux mains
chef Naravase, un des citoyens les plus avec les Carthaginois. Le combat fut
distingués de leur nation par sa nais long et opiniâtre; mais la victoire de’
sance et par sa bravoure. Ce jeune meura à Amilcar. Les éléphants se si
errier, nourri dans des sentiments gnalèrent dans cette journée, et la
’affection pour les carthaginois, avec rillante valeur de Naravase contribua
lesquels son père avait éte uni d’une puissamment au succès. Autarite et
étroite alliance, était encore entraîné Spendius se sauvèrent par la fuite , lais
par un vif enthousiasme pour le carac sant dix mille morts sur le champ de
tère et les exploits d’Amilcar. Jugeant bataille et quatre mille prisonniers au
donc le moment favorable pour s’ac pouvoir de l’ennemi. A rès cette vic
uérir l'estime et l'amitié de ce grand toire, Amilcar admit ans ses rangs
omme, il prend une escorte de cent ceux des prisonniers qui voulurent
cavaliers et se dirige vers le camp des s’enrôler au service de Carthage, et
Carthaginois. Arrivé près des retran leur distribua les armes qu’il avait
chements, il s'arrête avec une noble prises sur les ennemis. Quant à ceux
assurance, et fait signe avec la main qui refusèrent de prendre ce arti, il
qu’il demande à être introduit. Amil les rassembla tous dans ‘un m me lieu
car, surpris de cette démarche, lui et leur dit qu’il leur pardonnait leur
envoie un cavalier. Naravase sollicite conduite passée; qu’il leur laissait l’en
une entrevue avec le général. Celui-ci , tière liberté de se retirer chacun dans
se défiant de la foi des Numides, hési leur patrie, à condition qu’ils ne fe
tait à l’accorder. Alors Naravase remet raient plus la guerre contre Car
à un des hommes de sa suite son cheval thage; mais que ceux qu’on prendrait
et sa lance, et, plein d’une audacieuse dans la suite les armes à la main
confiance, il entre seul et sans armes devaient s’attendre aux plus‘ cruels
au milieu des retranchements ennemis. supplices.
Les Carthaginois, frappés à la fois Las CAnrHAGmoIs rEnnnN'r LA
d'étonnement et d’admiration pour une SAnnAIeNE. — Vers le même temps
CARTHAGE. 78
les mercenaires qui étaient préposés qu’en leur rendant la liberté il a en
à la garde de la ardaigne, entraînés seulement pour but d'attirer à lui par
par l'exemple de Mathos et de Spen cet appât trompeur ceux qui avaient
dius, se révoltèrent contre les Cartha encore les armes à la main, et d'exer—
ginois. Ils enfermèrent dans la cita cer sur eux tous une vengeance écla
delle Bostar leur commandant, et le tante dès qu'il les aurait en son pou
firent périr avec tous les carthaginois voir. Il ajoute encore qu’ils devaient
qui étaient avec lui. Bannon y fut en bien se garder de relâcher Giscon , s'ils
voyé avec de nouvelles troupes ur ne voulaient devenir l'objet du mépris
étouffer la sédition; mais ses s0 dats et de la risée des Cartha inois; que la
ayant passé du côté des rebelles, ceux ruine totale de leurs af aires suivrait
ci le prirent vivant, l'attachèrent à une infailliblement l'évasion de ce grand
croix, et massacrèrent tous les Car énéral, qui deviendrait sans aucun
thaginois qui se trouvaient dans l'île, oute leur ennemi le plus redoutable et
apres leur avoir fait souffrir les plus le plus acharné.
cruels supplices. Ensuite, ils attaquè Spendius parlait encore lorsqu'un
rent toutes les places l’une après l'au autre messager, qui se disait envoyé
tre, et se rendirent en peu de temps de l'armée de Tums , apporta dans l'as
maîtres de tout le pays. Mais bientôt semblée une lettre conçue dans les
la division s'étant mise entre eux et les mêmes termes que la première. A la
habitants de l'île, les mercenaires en lecture de cette lettre, Autarite s'écria
furent entièrement chassés et se réfu que leur cause était perdue s'ils se lais
ièrent en Italie. C'est ainsi que les saient prendre aux piéges que leur
artbaginois perdirent la Sardaigne, tendaient leurs ennemis. « Jamais , dit
lle d'une'grande importance par son il, je ne regarderai comme un compa
étendue, par sa fertilité et par le nom non fidèle celui ui aurait la faiblesse
bre de ses habitants. 'attendre son sa ut de leur humanité.‘
CBUAUTÉS DEs MEncENAmEs; sup N'écoutez, ne croyez, ne suivezv que
PLICE DE GISCON ET DE sEs COMPA ceux qui montrent pour les Carthagi
GNONS. — Cependant Mathos, Spendius nois la haine la plus franche et la plus
et Autarite, craignant que l'humanité déclarée. Ceux qui professent d'autres
d'Amilcar envers les prisonniers n'en sentiments , regardez-les comme des
courageât leurs soldats à la défection, ennemis et des traîtres. Pour moi_.,
résolurent de les rendre complices d'un mon avis est qu’il n'y a point de sup
nouvel attentat qui pût exaspérer la plice assez cruel pour Giscon et pour
fureur des carthaginois et_ rendre im ceux qui ont été pris avec lui; qu'il
possible toute réconciliation avec eux. faut les mettre à mort sur-le-champ;
Pour effectuer ce projet, ils réunirent et que désormais on ne doit plus faire
toute l'armée, et introduisirent dans aucune grâce aux prisonniers qui tomn
l'assemblée un courrier chargé d'une beront dans nos mains. un Autarite avait
lettre supposée de la part des révoltés une grande influence dans les assem
de Sardaigne. Cette lettre portait qu'il blées, parce que, ayant appris par un
fallait garder avec la plus grande vigi long usage à parler la langue punique,
lance Giscon et ceux de ses compagnons la plupart de ces étrangers compre
qui avaient été pris avec lui à Tunis; naient ses discours. Sa harangue obtint
qu'il se tramait secrètement dans l'ar les applaudissements et l'assentiment
mée un complot pour les faire évader. de la multitude.
Spendius, profitant de l'impression Cependant plusieurs soldats de tou
produite par cette fausse nouvelle, en tes les nations , mus par un sentiment
gage d'abord ses soldats à ne pas se de reconnaissance pour les bienfaits
aisser séduire par la feinte douceur qu'ils avaient reçus de Giscon, de—
d'Amilcar. .Il leur représente que ce mandèrent que, si sa mort était réso
n'est point par humanité que ce général lue, on lui épargnâtdu moins les tortu
a épargné la vie de ses prisonniers; res. Comme ils parlaient tous ensemble,
74
et chacun dans leur langue, on ne les L'unique moyen d'en finir était d'ex
entendit pas d'abord. Mais sitôt que terminer complétement ces barbares.
l'on eut compris qu'ils demandaient un Aussi dès ce moment ne leur fit-il
adoucissement de peine pour Giscon , plus de quartier. Les prisonniers qui
et que quelqu'un des assistants eut tombaient entre ses mains étaient ou
prononcé le mot frappe! ces malheu livrés aux bêtes , ou passés au fil de
reux furent en un instant assommés l'épée.
à coups de pierres. Spendius alors fait Déjà les carthaginois concevaient
conduire hors des retranchements Gis sur leur position de meilleures espé
con et les autres prisonniers carthagi rances, lorsque plusieurs événements
nois , au nombre de sept cents Un en inattendus vinrent changer subitement
face du camp, ces barbares leur cou la face des affaires. A peine les deux
pent d'abord les mains en commen généraux furent-ils réunis que la di
çant par Giscon , cet homme que na vision éclata parmi eux. Cette mésin
guère de proclamaient comme leur telligence non-seulement leur fit perdre
ienfaiteur, et qu'ils avaient préféré plusieurs occasions de battre l'ennemi,
à tous les Cartliaginois pour être l'ar mais encore les exposa souvent à des
bitre de leurs différends.A près les avoir surprises dont leurs adversaires au
ainsi mutilés, ils leur brisent les bras raient pu tirer un grand avantage.
et les jambes et les jettent encore vi Dans cette conjoncture, le sénat de
vants dans une fosse. Carthage décida qu'un seul général
A cette nouvelle, les carthaginois, serait chargé de la direction de la
énétrés de douleur et voulant donner guerre , et que l'armée choisirait elle‘
a Giscon et à ses compagnons une même celui des deux qu'elle 'ugerait
honorable sépulture, envoyèrent des digne de la comjnander. Ami car fut
députés aux mercenaires pour rede élu d'une voix unanime.
mander le corps de leurs malheureux En même temps, une nombreuse
concitoyens. Mais ces barbares , ajou flotte , qui leur arrivait de la Byzacène,
tant l'impiété à leur crime, refusèrent chargée de vivres et de munitions pour
de les rendre, et déclarèrent que si l'armée, périt tout entière submergée
désormais on leur adressait encore des par une horrible tempête. C'était pres
députés ou des hérauts, ils seraient que leur unique ressource depuis que
traités comme l'avait été Giscon. Sur la Sardaigne, dont ils tiraient de
le-champ il fut décrété. d'un consen grands secours, s'était soustraite à
tement unanime, que tout Carthagi leur domination.
nois qu'on prendrait dans _la suite Mais ce qui mit le comble à leur
perdrait la vie dans les supplices; que malheur, ce fut la défection d'Utiqne
tout allié des carthaginois leur serait et d'Hippone. Ces deux villes, qui
renvoyé, les mains cou ées; et cette seules entre toutes celles de l'Afrique
loi fut toujours observ depuis dans avaient résisté aux armes d'Agathocle
toute sa rigueur. et de Régulus, qui, dans la guerre
DIvIsIoNs DANS L'AEMËE CABTHA présente, avaient re oussé avec une
GINOISE ; PERTE D'UN coNvoI CONSI généreuse constance es attaques des
DÉIIABLE DE vIvnEsET DE MUNITIoNs; mercenaires‘. qui , en un mot, avaient
DErEcTIoN D'UTIQUE ET D'HIrPoNE. témoigné dans tous les temps un at
-— Amilcar, jugeant par la résolution tachement inviolable à Carthage , tout
désespérée des mercenaires combien à coup, sans le moindre prétexte,
la guerre serait difficile et opiniâtre, embrassèrent la cause de ses ennemis.
réunit à son armée les forces que com Et ce ui est presque inexplicable, c'est
mandait, sur un autre oint, un gé que, ès ce moment, elles se montrè
néral carthaginois appe é Hannon. Il rent aussi fidèles et aussi dévouées
pensait que toutes ces troupes, réunies à leurs nouveaux alliés qu’animées
en un seul corps, obtiendraient des d'une haine implacable contre leurs
succès plus prompts et plus décisifs. anciens amis. Les habitants de ces deux
CARTIIAGE. 75
cités massacrèrent et précipitèrent du avaient arrêté et conduit dans leurs
haut de leurs murailles environ cinq ports des vaisseaux marchands qui ap
cents hommes ne Carthage avait en portaientd'ltalie des vivres aux rebelles'
voyés pour les éfendre. Ils ouvrirent d’Afrique. Ils avaient jeté en prison
leurs portes aux Africains, et refusè ceux qui les montaient, et leur nom
rent même aux carthaginois, malgré bre s'élevait déjà à cinq cents lorsque
leurs instances, la faveur d’ensevelir les Romains commencèrent à mani
les corps de leurs concitoyens. fester leur mécontentement. Mais à
SIÈGE DE CAETIIAGE un as MEE la première réclamation, ceux-ci ob
cENAInEs; LEs CARTHAGINOIS IM tinrent la liberté de leurs concitoyens,
PLORENT LE SECOURS DE LEUns AL et, our ne pas se laisser vaincre en
LIÉS. — Ces circonstances favorables générosité, ils rendirent sur-le-champ
à leur cause accrurent tellement la a Carthage tout ce qui leur restait des
confiance de Mathos et de Spendius, prisonniers qu'ils avaient faits dans la
u'ils osèrent mettre le siége devant guerre de Sicile. A artir de cette
‘arthage elle-même. Amilcar alors epoque, ils s’empress rent de préve—
prend avec lui Naravase et Annibal, nir toutes les demandes des carthagi
qui avait été choisi pour remplacer nois. Ils permirent aux vaisseaux d'Ita
Hannon. Il divise ses forces en plu lie d'approvisionner Carthage de vivres
sieurs corps, ravage le pays, harcèle et de munitions, et leur défendirent
Mathos et Spendius par des escarmou d'en fournir aux rebelles. lls résisté
ches continuelles, et intercepté les vi rent aux sollicitations des mercenai
vres et les convois qu'on envoyait à leur res de Sardaigne, qui les. pressaient
armée. Dans cette occasion, comme de s'em arer de cette île, et poussè
dans beaucoup d'autres, le Numide rent m me la religieuse observance
Naravase lui rendit les phIs utiles ser des traités jusqu'à refuser de recevoir
vices. pour sujets les habitants d'Utique, qui
Cependant les Carthaginois, blo se soumettaient volontairement à leur‘
qués de toutes parts, se trouvèrent domination. Carthage trouva ainsi,
contraints d'implorer le secours de dans les secours fournis par ses al
leurs alliés. IIiéron, qui suivait d'un liés, des ressources pour soutenir le
œil attentif tous les événements de siege.
cette guerre, leur avait accordé jus LEs MEncENAInEs, coNTnAINTs DE
qu'alors avec bienveillance tout ce qu'ils LEvEn LE SIÈGE DE CAnTHAoE, SR
avaient demandé. Dans cette occasion EEMETTENT EN CAMPAGNE; 237 ANs
critique, il redoubla d’em ressement AVANT L'EEE CEEETIENNE. — Cepen.
et de zèle. Ce prince, dont a politique dant Mathos et Spendius, tout en a;
était à la fois habile et prudente, jugea siégeant Carthage, étaient eux-mêmes
bien u'il était de son intérêt d'empê assiégés. Amilcar leur coupait les vi
cher (ia ruine de Carthage. Il sentait vres, et les réduisit bientôt à une si
que, pour conserver sa domination extrême disette, qu'ils furent contrai nts
en Sicile, et maintenir son alliance de renoncer à leur entreprise.
avec les Romains, il lui importait que Peu de temps après , les deux chefs
la balance fût égale entre les deux des rebelles, ayant formé avec l'élite de
peuples rivaux, car, si l'équilibre était leurs troupes une armée de cinquante
une fois rompu, il se trouverait à mille hommes, au nombre desquels
la merci du plus fort. étaient l'Africain Zarzas et les auxiliai
Les Romains eux-mêmes, fidèles res qu'ilcommandait, reprirent leuran
observateurs du traité qu'ils avaient cienne tactique et se remirent en cam
conclu avec les Carthaginois,les avaient pagne, serrant de près Amilcar et
aidés de tout leur pouvoir, quoique observant tous ses mouvements. La
dans le commencement de la guerre crainte des éléphants et de la cavale
une querelle passagère eût altére leurs rie de Naravase les empêchait de se
relations d'amitié. Les carthaginois hasarder dans les plaines et les forçait
76
à se maintenir sur les montagnes et ces affreuses extrémités. Mais lors
dans les défilés. Dans cette cam agne, qu’ils eurent mangé tous leurs prison
les mercenaires , quoiqu’ils ne ussent niers et même leurs esclaves, aucun
inférieurs aux Carthaginois ni pour secours ne venant de Tunis, l’armée ,
l’activité ni pour le courage, éprou exaspérée par ses souffrances, éclata
vèrent souvent des échecs par l’igno en menaces contre ses chefs, Alors
rance et l’incapacité de leurs chefs. Autarite, Zarzas et Spendius résolu
AMlLCAB EXTEBMINE L’Anmân rent de capituler avec_Amilcar, et,
D’AUTAMTE ET DE SPENDIUS. — On ayant obtenu un sauf-conduit , se reua
voit par le détail des faits combien une dirent au camp des Carthaginois. Amil
tactique habile, fondée sur une pro car leur im osa ces conditions : Que
fonde connaissance du grand art de dix d'entre es rebelles, au choix des
la guerre, l’emporte sur la valeur in Carthaginiois, seraient livrés à leur
disciplinée et sur une aveugle routine. discrétion , et que les autres seraient
En etfet , lorsqu’ils s’écartaient par pe renvoyés sans armes et sans_aucun
tits détachements, Amilcar leur cou autre vêtement qu'une simple tuni ue.
pait la retraite, les enveloppait de Quand le traité fut signé, Ami car
toutes parts et les détruisait presque déclara sur-le-champ qu’en vertu des
sans com'bat. Lorsqu'ils marchaient conventions, il choisissait ceux qui
avec toutes leurs forces, Amilcar at étaient présents. C’est ainsi qu’Auta
tirait les uns dans des embûches habi rite, Spendius et les autres chefs les
lement préparées, tombait brusque plus distingués, tombèrent entre les
ment sur les autres, tantôt le jour, mains des Carthaginois.
tantôt la nuit, paraissait toujours Lorsqu’ils apprirent qu’on avait re
quand il était le moins attendu, et tenu leurs chefs, les révoltés, igno
les tenait ainsi dans des transes con rant la capitulation qui avait été con
tinuelles. Enfin, il eut l’adresse de les clue et se croyant trahis, coururent
engager dans une osition entièrement aux armes. Mais Amilcar fit avancer
désavantageuse à eurs troupes, et fa contre eux ses éléphants et son armée.
vorable de tous points aux Carthagi les enveloppa de toutes parts, et les
nois. Il se saisit de tous les passages, de extermina tous sans accorder ni grâce
tous les défilés , enveloppa le camp des ni pardon. Leur nombre dépassait
rebelles de fossés etde retranchements, quarante mille.
et les resserra de si près, que, n’osant Sm’en DE TUNIS un Amrcxn;
hasarder la chance d’un combat et ne SUPPLICE DE SPENDIUS; ANNIB’AL
pouvant échapper par la fuite, ils EST sunpms un Muuos ET ATTA
éprouvèrent en peu de jours toutes les CHÉ A UNE cnorx.— A rès cette san
horreurs de la disette. Bientôt, privés lante exécution, Ami car parcourut
de toute espèce d’aliments, pour apai e pays, accompagné de Naravase et
ser la faim qui les tourmentait, ils d’Annibal. Presque toutes les villes
furent contraints de se dévorer entre d’Afrique , découragées par ce dernier
eux. Juste punition, dit Polybe, de échec, lui ouvrirent volontairement
leur impiété et de leur barbarie. leurs portes, et rentrèrent sous l’o
Cependant ils ne faisaient aucune béissance des Carthaginois. Sans per
roposition de paix. La conscience de dre de temps, il marche contre Tunis,
eurs crimes passés , et la certitude des où commandait Mathos, et qui, de
supplices qui les attendaient s’ils tom puis le commencement de la guerre.
baient au pouvoir de l’ennemi, ,leur servait aux révoltés de refuge et de
en ôtaient même la pensée. Pleins place d'armes. Il fait camper Annibal
d’une aveugle confiance dans les pro en avant de la ville, du côté qui re
messes de leurs généraux, et bercés garde Carthage; lui-même établit son
par l’espoir que l’armée de Tunis arri camp sur le (point 0 posé. Ensuite,
verait pour les délivrer, ils supporr ayant fait con uire pr s des murailles
taient avec une incroyable constance Spendius etles autres chefs des rebelles
CARTE AGE. 77
qui avaient été pris avec lui, il les fit teurs, et les charge expressément d'em
attacher à des croix , à la vue de toute ployer tous les moyens possibles pour
la ville. Cependant Mathos s’aperçut réconcilier les deux généraux. Ces dé
qu'Annibal, ar l'excès de confiance putes leur représentent la situation
que donnent es succès, était devenu déplorable de la république, les con
moins attentif, et se gardait avec né jurent au nom des malheurs de la pa
gligence. Il fait une vigoureuse sortie, trie d'oublier leurs querelles passées,
attaque les retranchements des enne et de sacrilier leurs ressentiments au
mis , en tue un grand nombre, chasse bien de l‘État. Amilcar et Hannon, ne
les autres de leur camp , s'empare de pouvant résister à leurs longues et
tous les bagages et fait prisonnier An vives instances, abjurèrent avec une
nibal lui-même. Aussitôt on conduit noble générosité leur haine récipro
ce malheureux général au pied de la que, se lréconcilièrent de bonne foi,
croix de SpendIus. Là, les rebelles, et, dès ce moment, dirigèrent les 0 è.
après lui avoir fait souffrir les plus rations de la guerre avec un ensem le
cruels tourments, détachent le cada et un accord qui en assurèrent le suc
vre de leur chef, clouent à sa place cès. Ils en yagèrent Mathos dans une
Annibal encore vivant, et immolent multitude e etits combats, où il eut
sur le corps de Spendius trente des toujours le ésavantage. Ce chef de
plus illustres carthaginois rebelles , voyant que ce genre de guerre
La distance qui séparait les deux consumait inutilement ses forces, ré
camps était si considérable que Barca solut d'en venir à une bataille géné
n'apprit que fort tard la sortie de rale que les carthaginois, de leur côté.
Mathos et le danger que courait An ne desiraient pas avec moins d'ar
nibal. Même lorsqu'il en fut instruit, deur.
la difficulté des chemins l’empêcha de Les deux partis se préparèrent
se porter au secours de son collègue. comme ur une action qui devait à
Alors il leva le siège, et, côtoyant jamais écider de leur sort. Ils ré
le Baccara, il alla camper sur le bord unirent tous leurs alliés, et rappelé
de la mer, à l'embouchure de ce rent a leur armée les soldats de toutes
fleuve. Cet échec inattendu répandit les garnisons. Enfin , lorsque tout fut
de nouveau l'alarme et la consterna rét de part et d'autre, au jour et à
tion dans Carthage. A peine commen- , ‘heure convenus, les deux armées
çait-elle à se relever de ses malheurs descendirent dans l'arène. La victoire
passés et à entrevoir un avenir plus se déclara en faveur des carthaginois.
eureux , qu'elle voyait s'évanouir en; La plupart des Africains restèrent sur
core toutes ses espérances , tant le le champ de bataille, le reste se sauva
cours de cette guerre offrit une alter dans une ville qui se rendit quelque
native continuelle de succès et de re temps après. Mathos tomba vivant au
vers, de confiance et de désespoir. pouvoir des vainqueurs. Le résultat
REcoNcILIATIoN D'AMILCAR ET de cette victoire fut la soumission
D'HANNoN; ILs TERMINENT ENFIN LA complète de toutes les villes de l'A
GUERRE PAR LA DÉEAITE DE MATIIos frique. Hippone et Utique seules per
ET LA soUMIssIoN DES VILLES RE sistèrent dans leur rébellion. Les for
BELLES. — Cependant le sénat de Car faits dont elles s'étaient souillées dans
thage résolut de tenter un dernier le commencement de leur révolte leur
effort pour empêcher la ruine de la 'interdisaient tout espoir de miséri
républi ue. Il rassemble tout ce qui corde et de pardon. Mais Amilcar et
restait e citoyens capables de porter Hannon mirent le siège devant ces
les armes, et les renvoie à Amilcar deux villes, et les forcerent bientôt à
sous les ordres d'Hannon, le même subir les lois que Carthage voulut leur
‘u'i, quelque temps auparavant, avait imposer.
te dépouillé du commandement. Il y Ainsi finit, après trois ans et quatre
joint une députation de trente séna mois, la guerre des mercenaires qui
78 L'UNIVERS.
avait jeté Carthage dans de si grands L'histoire ne nous a pas transmis la
périls et dont chaque période avait été date précise de l'entrée des Carthagi
signalée par des actes d’impiété et de nois en Espagne. On sait seulement
barbarie sans exemple. On punit, dans qu’ils y étaient venus au secours de
les villes d'Afrique , les principaux Cadix , ville , ainsi que Carthage , d'o
chefs de la révolte. L'armée victorieuse rigine tyrienne , dont les rapides
rentra en triom he dans Carthage, accroissements avaient excité la ja
traînant enchaîn s l‘lathos et ses com lousie des euples voisins. Cette pre
pagnons, auxquels on fit expier, par mière expé ition eut un heureux ré
une mort cruelle et ignominieuse, sultat. Les Carthaginois délivrèrent
une vie souillée par tant de crimes et Cadix de ses ennemis et s'emparèrent
de si noires perfidies. d'une partie de la province, sans que
ABANDON DE LA SAnDAIcNE 1>An l’on connaisse exactement la limite où
LES CAnTuAeINoIs; 237 ANs AVANT s'arrétèrent leurs conquêtes. Pendant
J. C. '— A peine les Carthaginois neuf ans qu'Amilcar commanda les
commençaient-ils à respirer , qu'ils armées en Espagne, il soumit à la
‘ furent menacés d'une nouvelle guerre. domination carthaginoise un grand
Les mercenaires de Sardaigne, qui, nombre de peuples , les uns subjugués
comme nous l'avons dit, avaient par la force, les autres vaincus par la
d'abord fait d'inutiles instances au persuasion, et il trouva enfin sur le
près des Romains pour les engager champ de bataille. une mort honorable
a passer dans cette de et à s'en rendre et digne de toute sa vie. Ce fut dans
maîtres, les déterminèrent enfin à un combat sanglant et acharné contre
prendre ce parti. Les Carthaginois un ennemi puissant et belliqueux,
s’offensèrent de ce manque de foi, u’entraîné par son audace au plus
prétendant, non sans raison, que la ort de la mêlée , il succomba glorieu
domination de la Sardaigne leur ap sement les armes à la main.
partenait à bien plus juste_tltre qu'aux AsnnUBAI. SUCCÈDE A AMILCAB
Romains. Déjà ils equlpaient une soN BEAU-PÈRE DANS LE COMMAN
flotte pour passer dans cette île et DEMENT DES ARMÉES EN ESPAGNE;
punir les auteurs de la révolte. Les 227 AVANT L‘ÈnE VULGAIBE. — Les
Romains saisissent cette occasion et Carthaginois élurent à la place d'A
décrètent sur-le-champ la guerre con milcar, Asdrubal son gendre. Celui
tre Carthage, sous le frivole prétexte ci, plus politique que guerrier, s'at
que ses préparatifs sont dirigés contre tachant les petits princes de la contrée
eux et non contre les peuples de Sar par les liens d’une hospitalité géné
daigne. Les Carthaginois , affaiblis reuse, et par l'affection des chefs se
par la dernière guerre qui avait tant conciliant celle des peuples, eut l'art
épuisé leurs ressources , et hors d'état, d'accroître ainsi la puissance de Car
en ce moment, de résister à la puis thage , non moins que s'il eût employé
sance du peuple romain , cédèrent à la la uerre et les armes. Les Romains
force des circonstances. Non-seule re outant son caractère insinuant , et
ment ils abandonnèrent la Sardaigne , cet art merveilleux qu’il mettait à
mais encore, pour prévenir une lutte gagner les peuples, pour les réunir
inégale, ils consentirent à ajouter sous sa domination, avaient réglé
douze cents talents au tribut imposé avec lui, par un traité, que l’Ebre
par le dernier traité. serait la limite des deux empires , et
EXPÉDITIONS DEs CAnTuAGINoIs que Sagonte , qui se trouvait enclavée
EN ESPAGNE. — Lorsque les Cartha au milieu, conserverait son indépen
ginois eurent terminé la guerre d'A dance. Mais le plus éminent service
frique et réglé leurs différends avec les u’Asdrubal rendit à sa patrie, fut la
Romains , llS envo èrent en Espagne ondation de Carthagène. Cette ville,
une armée sous e commandement par l'avantage de sa situation, la
d’Amilcar (237 ans avant J. C. ). commodité de ses ports, les richesses
CARTHAGE

.f l‘li l'
CARTHAG E. 79
de son commerce, la force de ses béissance aux magistrats, afin de
rem arts, devint le plus solide appui s’accoutumer à courber la tête .sous
de a domination carthaginoise en le joug de l'égalité. Ses remontrances
Espagne. Après avoir gouverné cette furent vaines; la faction Barcine l'em
province pendant huit ans , Asdrubal porta, et Annibal partit pour PES
ut assassiné en pleine paix et dans sa pagne. .
ropre maison, par un esclave gau Dès qu'il parut à l'armée , il attira
ois qui voulait venger la mort de son sur lui tous les regards. Les vieux
maître. soldats s'imaginaient revoir leur Amil
ANNIEAL EsT ENVOYÉ EN ESPAGNE car, rendu a sa première jeunesse.
APnÈs LA MORT D’AsDEUEAL; cA C'était le même feu dans les yeux , le
BACTÈRE DE cE GÉNÉRAL, 220 ANs même caractère de vigueur empreint
AVANT J. C. —-— Trois ans avant sa sur toute sa figure : c'était tout son
mort, Asdrubal avait écrit à Carthage air et tous ses traits. Ils ne se lass‘aient
pour u'on lui envoyât Annibal qui oint de le contempler. Mais bientôt,
était aors dans sa vin t-troisième e souvenir du ère fut le moindre des
année. Cette demande ut mise en titres du fils a l'affection publi ue.
délibération dans le sénat que divi Jamais homme ne réunit au tu me
saient alors deux factions contraires. degré deux qualités entièrement oppo
La faction Barcine qui voulait qu’An sées , la subordination et le talent de
nibal commençat à se montrer aux commander; aussi n'eutsil pas été
armées , afin de pouvoir succéder à la facile de décider qui le chérissait le
puissance de son père, appuyait avec plus ou du général ou de l'armée.
chaleur la proposition d'Asdrubal. La C'était l'officier qu’Asdrubal choisis
faction contraire dont le chef était sait de préférence our les expéditions
Hannon , préférant aux chances d'une qui demandaient e l'activité et de la
guerre incertaine et dan creuse. une vi ueur. C'était le chef sous qui le
paix sûre qui conservât à a république se dat se sentait le plus de confiance
toutes les conquêtes d'Espagne, sa et d’intrépidité. Autant il avait d'au
larmait de ce nouvel accroissement de dace pour aller affronter le péril,
puissance dans la famille Barca, et autant il avait de sang-froid dans le
redoutait le caractère belliqueux et péril même. Nulle épreuve ne pouvait
entreprenant du jeune Annibal. Han dompter ni les forces de son corps,
non rappela aux sénateurs la puissance ni la fermeté de son courage. Il sup
excessive et la domination absolue ortait également le froid et la cha-_
d'Amilcar. Il leur représenta combien eur, la soif et la faim, les fatigues
il était imprudent de faire du com et l'insomnie. Il ne cherchait pas à se
mandement de leurs armées le patri distinguer des autres par l'éclat de ses
moine d'une seule famille. Il ajouta vêtements, mais par la bonté de ses
qu'il serait plus utile pour l'État et chevaux, de ses armes : il était sans
our Annibal lui-même que ce jeune contredit le meilleur cavalier et le
omme restât à Carthage afin d'y meilleur fantassin de toute l'armée.
apprendre l'obéissance aux lois, l'o
0.0...EOOIIIO‘MIO'OMMOOMMOC“MO‘OCMMÔMOMOOOCM‘MMMO‘O‘M

GARTI-IAGE.
DEUXIÈME PARTIE.

PAR M. JEAN YANOSKI


ANcIEN ÉLI‘IVE DE L'ÉCOLE NoauALE, Aonéonï DE L'UNIVERSITÉ.

-————-—°Çe—-————

CAUsEs DE LA DEUXIÈME GUERRE ces écrivains sont tombés dans l'exa é


PUNIQUE. —— Les exploits d'AmiIcar, ration. Il faut rechercher la vérita le
en Sicile, contre les Romains, en Afri cause de cette guerre dans l’espoir
que, contre les mercenaires, la con con u par les Carthaginois de sortir
quête récente de l'Espagne, les succès de ’état d'abaissement où les avait
d'Asdrubal, endre d’Amilcar, avaient placés le traité qui avait suivi la ba
donné dans a république une grande taille des îles Égates. Ils avaient
influence à la famille Barca. Un parti perdu leurs établissements de la Si
peu nombreux, il est vrai, mais puis cile, et Rome, au moment même Où
sant , le parti aristocratique, essayait ils avaient à se défendre, en Afri
de contre-balancer cette influence. que , contre les mercenaires , leur
Quand la famille Barca entra en lutte avait enlevé , au mépris de la foi ju
ouverte avec l'aristocratie qui refusait rée, la Corse et la Sardaigne. Car
de l'aider dans ses grandes entrepri thage voulut d'abord se dédommager
ses, elle tourna ses regards vers les de ces pertes par la conquête de PES
classes inférieures qui, jus u'à cette pagne. Bientôt les succès d'Amilcar et
époque, u’avaient eu qu'une aible part d'Asdrubal lui firent concevoir la peu
d action dans les affaires de l'Etat. Le sée de se rétablir dans ses anciennes
peuple se prononça volontiers pour possessions et de déchirer l'humiliant
ceux qui, au moment du danger,avaient traité que Rome lui avait imposé. Tou
sauvé la république, et qui s’étaient tefois, elle ne voulait point s'engager
illustrés ar de brillantes victoires. témérairementdans cette entreprise, et
L'appui u peuple donna bientôt la elle hésitait encorelorsque Aunibal, par
supériorité, dans le sénat, à la fac un coup hardi, mitfin à toutes les irré
tion Barcine. C'est la un événement solutions. Dès lors la guerre contre’
grave dans l'histoire de la constitu les Romains fut votée et poursuivie
tion de Carthage; car, ce qui n'avait avec un accord presque unanime. Il
été, dans l'origine, qu'un dissen existait, il est vrai, dans Carthage,
timent entre Hannon et Amilcar et un parti qui voulait la paix; mais ce
une querelle de familles , devint une parti, qui avait pour chef Hannon et
lutte plus sérieuse et plus générale qui était un reste de l'ancienne aris
entre l'aristocratie qui avait eu jus tocratie , était dominé par le peuple,
qu'alors, dans- le gouvernement de et même, dans le sénat, il avait contre
l‘Etat, l'autorité suprême, et la‘ dé lui une forte majorité. Pendant la
mocratie, qui s'élevait dans la républi deuxième guerre punique, Carthage ne
que et acquérait chaque jour de nou s’écarta point du but qu'elle s'était‘
velles forces. Plusieurs écrivains se proposé, et elle s'épuisa d'hommes et
sont fondés sur cette lutte des partis, d'argent, non-seulement pour conser
pour affirmer que la nécessité où se ver l'Espagne, mais encore pour se
trouvait Aunibal de séduire la multi— rétablir dans la Sicile et la Sardaigne.
tude par‘ des actions d'éclat avait 'été C'était une faute, assurément, que d'en
la seule cause de la deuxième guerre voyer des flottes et des armées nom
punique. En cela, nous le croyons, breuses dans ces contrées. Là ne de
CARTHAGE. 81
vait point se porter tout l'effort de. la ExPEnITIoN D'ITALIE; 219 et 218
guerre, et, comme le pensait Anni AVANT NOTRE ÈRE. —— Quand An
bal, il fallait d'abord, pour posséder la nibal se crut maître de la majorité des
Sicile, la Sardaigne et l'Espagne, vain votes, dans le sénat de Cartha e, il
cre les Romains en Italie. Ce fut en frappa un coup qui devait ren re la
vain, on le sait, qu'Annibal épuisa guerre inévitable. Parmi les villes.si
toutes les ressources du courage et du tuées au midi de l'Ebre, il y en avait
génie pour réparer les fautes du sénat une qui, refusant de se soumettre.
de Carthage. Certes, on ne ourrait aux carthaginois, avait contracté avec
accuser sans injustice la famil e Baron la république romaine une étroite al
de n'avoir agi alors que par des motifs liance. Rome, dans le traité qu'elle
d'ambition, et seulement our domi fit avec Asdrubal', avait compris les
ner dans l'Etat par son in uence. Les habitants de Sagonte au nombre de
faits, au contraire, semblent attester ses alliés. Au mépris de ce traité, An
qu'Annibal et ses frères n'eurent en nibal s'avance contre Sagonte; il l'as
vue, pendant toute la durée de la guer siége , et, après des combats multipliés
re , que le salut et la gloire de Car et sanglants où les Sagontins périssent
thage. jus u'au dernier, la ville est détruite
ANNIBAL SUCCÈDE A AsDEUEAL de ond en comble. Déjà, au moment
DANS LE COMMANDEMENT DE L'AR où le siége avait commencé, des am
MEE; GUERRE EN ESPAGNE CONTRE bassadeurs ‘romains s'étaient trans
LES INDIGRNES; LEs OCLADES , LEs portés à Carthage pourdemand rqu’on
VACCÉENS ET LES CARPÉTANs soNT leur livrât le général qui av t violé
vAINcUs; 221 —219 AVANT NOTRE les‘ traités. Quand on sut. à Rome, la
ÈRE. — Après la mort d'Asdrubal , les nouvelle de la ruine de Sagonte , toute
soldats se réunirent, et, d'une voix la ville fut plongée dans la consterna
unanime, ils décernèrent à Annibal le tion. Une nouvelle ambassade se diri
titre de général. L'élection faite par gea aussitôt vers l'Afrique; et, lorsque
l'armée fut bientôt ratifiée par le peu es Romains furent arrivés à Carthage,
le de Carthage. Annibal songea dès ils se firent introduire dans le sénat.
ors à renouveler la guerre contre les La se‘passa une scène qui est restée
Romains, et à mettre à exécution, célèbre dans l'histoire: un des en
par une expédition en Italie, les vastes voyés, Fabius, demanda satisfaction
projets de son père :mais avant de au nom de Rome, et une déclaration
tenter cette périlleuse entreprise, il qui établit que le gouvernement de
voulut tout à la fois essayer ses forces Carthage était resté étranüer à l'en
et affermir en Espagne la domination treprise d'Annibal. Enhardis par les
de Carthage. Il fit la guerre aux indi succès de leur général, les sénateurs
gènes, et il vainquit successivement carthaginois, malgré les efforts de
les Oclades et les Vaccéens. Cependant uelques ennemisde la famille Barca, re
ces deux peuples ne voulurent point usèrent d'accéder à la demande des en
se soumettre; ils soulevèrent les Car voyés romains. Alors Fabius fit un pli
pétans qui, 'usqu’alors, étaient restés à sa toge , et dit: « Je porte ici la paix
étrangers à la lutte , et tous ensemble ou la guerre, choisissez. » On s'écrie
ils levèrent une armée de cent mille de toutes parts : n Vous-même , choi
hommes. Le général carthaginois n'hé sissez. » Fabius laissa retomber sa
sita point à les attaquer; il livra ba toge, et répondit: Je vous laisse la
taille sur les bords du Tage, et rem guerre. » Tous les‘ sénateurs carthagi
porta sur les trois peuples réunis une nois répètent alors : « La guerre! nous
victoire signalée. l'acceptons, et nous saurons bien la
RUINE DE SAGoNTE; DÉCLARA soutenir. » Dans ce jour solennel, le
TIoN DE GUERRE EAITE PAR LEs Ro sénat de Carthage, en déclarant la
MAIN 5 DANS LE sENAT DE CARTHAGE; guerre avec un si grand enthousiasme,
PREPARATIES D'ANNIEAI. POUR soN prenait une sorte d'engagement avec
6' Livraison. (CARTHAGIL) 6
82
le général qui avait rompu les traités. sages de paix, et, sans plus tarder, il
Dès lors, tous les vœux d’Annibal traverse le pays jusqu'au Bhône, puis
étaient comblés , et il ouvait marcher il franchit le fleuve. Il apprit alors
librement à l‘accomp issement de ses qu'un général romain , Scipion , avait
vastes projets. ébarqué près de l'embouchure avec
Après la prise de Sagonte, Annibal une armée. Il eut une escarmouche
passe l'hiverà Carthagène,où il fait ses entre un détac ement de cavalerie ro
premiers préparatifs. Asdrubal son maine et une troupe de N umides; mais
frère doit rester en Espagne avec Annibal , pour ne pointuser ses forces,
uinze mille Carthaginois. vingt-quatre évita un combat général et continua sa
glé hauts et soixantegalèresu gouver marche. Il entra sur le territoire des
ne es provinces uis’étendent del'Èbre Allobroges , traversa la Durance , enfin
au détroitde Ga es. Bannon, avec onze il atteignit les Al es. Annibal touchait
mille Carthaginois , est préposé à la dé à l'ltalie, mais i lui restait encore à
fense du pays qui se. trouvecompris en franchir des montagnes couvertes de
treles Pyrenées et l'Ehre. Les troupes neige et de glace, où il fallait lutter
d'Hannon et d'Asdrubal forment aussi tout à la fois contre les hommes et
une réserve destinée à rejoindre, au contre les éléments. On sait uels
remier appel , l'armée qui marche sur furent les fatigues et les dangers e ce
l'Italie. Annibal, pour gagner l'affec mémorable assage qui coûta plus de
tion des soldats qu'il a choisis pour trente mille ommes à l'armée cartha
son expédition , leur fait de grandes ginoise. Après avoir surmonté tous les
largesses; puis il leur accorde, pour se obstacles , Annibal entra en Italie.
reposer, toute la saison d'hiver. C'est ANNIEAL EN ITALIE; COMBAT Du
alors qu'il se rend à Godes au temple TESIN; DÉFAI‘IE nEs CABTBAGINOIS
d'Hercule. Le bruit se répand en Espa A LILYBÉE; MARCHE D’ANNIEAL
gneque les dieux ont promis de le prov DANs LA CISALPINE; BATAILLE DE
téger, et qu'un envoye céleste est venu LA TnEEIE ; ANNIEAL PASSE EN ÉTEu
lui prédire que les soldats u’il com RIR;BATA1LLE DE TBASIMÈNE; 218
mandaitferaientlacon uéte el’Italie. ET 217 AVANT NoTEE EEE. —- Les
Quand , au retour de: a belle saison, Romains avaient essayé de faire face
l'armée carthaginoise fut rassemblée , à tous les dangers. Ils avaient envoyé
Annibal , qui avait amassé de grandes des armées en Espa ne , en Sicile , pour
sommes d'argent , et préparé , pour combattre les Cart agiuois , et en Ci
son expédition, d'immenses approvi salpine pour contenir les Gaulois qui
sionnements, se mit en marche avec menaçaient de se soulever. Scipion,
quatre-vingt mille hommes , et bientôt après avoir envoyé son frère Cneus en
il eut franchi I'Ebre et les Pyrénées(*). Espagne, attendait Annibal à la des
ENTEEE D’ANNIEAL DANs LEs cente des Alpes. Annibal , de son côté,
GAULEs; PASSAGE DEs ALPES; 218 commençait à désespérer du succès de
AVANT NOTRE ÈBE.—— A son entrée son entreprise quand il vit les Gaulois
dans les Gaules, Annibal rencontra cisalpins rester neutres, contre leurs
quelques peuples qui s'étaient armés promesses , etrefuser de venir se join
our le combattre. Il ne chercha point dre à l'armée carthaginoise._ Toutefois,
les vaincre; il leur envoya des mes un premier et brillant succès vint re
(") Le récit qui va suivre ne présentera nimer ses espérances. Il y eut un com
u'un résumé succinct des expéditions car bat de cavalerie sur les bords du Tésin ,
! aginoises en llalie, en Espagne, en Sicile où la victoire demeura aux Carthagi
et en Sardaigne. On trouvera ailleurs, dans nois. Le consul Scipion fut blessé dans
les volumes de l'Univers consacrés à ces cette rencontre. Rome se hâta de rap
différeuls pays , tous les détails de ces expé peler de la Sicile Sempronius, qui avait
ditions. Nous ne devons insister ici que sur déjà fait éprouver aux Carthaginois (les
les événements qui se ratlaehent directement pertes considérables. Le préteur Æmi
à l’histoire de Carthsge. ius avait détruit, près de Lilybée ,
CARTHAGE. 88
une flotte carthaginoise, et Sem ro ne se recrute qu’avec eine dans les
nius lui-même s’était emparé de ’île provinces centrales de ’ltalie, où les
de Malte. C'est alors que Sempronius, populations sont habituées depuis long
pour obéir au sénat, vint dans la Ci temps à la domination romaine. Mais
salpine au secours de son collègue enfin Fabius est remplace, et les con
Scipion. Annibal ne tarda point à se suls Paul Émile et Varron, qui lui
trouver en présence de l’armée romaine succèdent dans le commandement des
qui campait sur les bords de la Trébie. légions, en cessant de temporiser, of
Malgré les avis de Scipion, Sempro frent bientôt à Annibal l’occasion d’un
nius attaqua les carthaginois; mais nouveau triomphe. Il y eut une grande
bientôt il eut à se re entir de son im bataille près de Cannes , en Apulie, sur
rudence. Annibal ut vainqueur, et les bords de l’Auflde, où les Romains
es Romains perdirent dans la bataille perdirent quatre-vingt mille hommes,
trente mille soldats, qui. périrent les deux questeurs, vingt et un tribuns
armes à la main ou devinrent prison deslé Ions, uatre-vingts sénateurs et
niers. Cette éclatante victoire des Car Paul mile, ’un des consuls. Jamais,
thaginois fut le signal d’un immense depuis la funeste journée de l’Allia , la
soulèvement dans la Cisalpine. Les uissance de Rome n'avait été aussi
Gaulois n‘hésitèrent plus à se ranger ortement ébranlée.
du côté des ennemis de Rome. Après RÉSULTATS DE LA EATAILLE DE
la journée de laTrébie , Annibal compta CANNES EN ITALIE; L’ITALIE CEN
dans son armée quatreuvingt-dix mille TEALE EEsTE EIDELE AUX RoMAINs;
soldats. Il songea alors à pénétrer au LA CIsALPINE ET ‘L'ITALIE MÉRIDIO
centre de I’Jtalie. Il franchit l’Apennin NALE sE DONNENT A ANNIBAL; AN
et gagna l’Etrurie. Ce ne fut point sans NIBAL PoUEsUIT LA GUEEEE; 216 E1
s’exposer à de grands dangers qu’il tra 2l5 AVANT NoTEE EEE. — Lorsqu’on
versa une partie de cette contrée. Enfin reçut a Rome la nouvelle de la hataillle
il rencontra les Romains. Il attira le de Cannes, il y eut dans la ville un
consul Flaminius, non moins ré deuil public et toutes les manifesta.
somptueux et non moins impru ent tions d’une grande douleur. On se hâta
que son prédécesseur Sempronius , de faire de nouvelles levées, et les ci
ans une position défavorable. Il le toyens se soumirent volontairement
força à combattre, et une nouvelle ar aux plus grands sacrifices. La Cisalpine
mée romaine fut exterminée sur les se déclarait alors ouvertement pour les
bords du lac Trasimène. carthaginois, et les peuples de l‘Italie
ANNIEAL PÉNÈTBE AU cENTEE DE méridionale offraient leur alliance à
L’ITALIE; sA MARCHE; BATAILLE DE Annibal et lui promettaient de nom
ÇANNEs; 217 ET 216 AVANT NoTEE breux auxiliaires. Parmi les ennemis
EEE. —— Après la journée de Trasi. des Romains, on comptait les Apu
mène , Annibal passe en Ombrie et dans liens, les Messapiens, les Lucaniens,
le Picenum, ou il ravage les terres les Bruttiens , une partie des Samnites ,
des alliés de Rome; puis il s’avance et même quelques peuples de la Cam
dans la Sabine et le Samnium, où il anie. C’est Magon, le frère d’Anni
continue ses dévastations pour attirer al, qui va recevoir la soumission de
encore une fois les Romains au com ces nouveaux alliés de Carthage. Il n’y
bat. Mais dans cette marche. il ren avait que l’Italie centrale qui restât
contre un général plus prudent et plus fidèle à Rome. Annibal, après avoir
habile ue Sempronius et Flaminius; donné une partie de ses troupes àceux
c’est Fa ius, le bouclier de Rome, qui de ses lieutenants qui devaient retenir
observe Annibal, le suit pas à pas, et les peuples de l’ltahe méridionale dans
évite néanmoins tout engagement séç les liens de la fidélité, s’avance vers
rieux. En temporisant, Fabius obtient la Campanie avec vingt-cinq mille hom.
un important résultat; il use les forces mes. fil vient d’abord assiéger Naples.
de l’armée carthaginoise, qui ne vit et mais i échoue dans son entreprise. D9
6.
84
Naples, il se dirige vers Capoue, qui révalu, et qui se rapproche le plus de
lui ouvre ses portes. C'est alors qu'il a vérité. est qu'il n y en avait pas au
envoie Mavon à Carthage pour de delà d'un boisseau. Magon ajouta , pour
mander de 1l'argent et des troupes. faire sentir toute la grandeur des pertes
MAooN VIENT DEMANDER DEs sE é rouvées par les Romains, que les
couns A CAnTnAGE; DÉLIBÉRATION chevaliers et seulement les plus distin<
DU SÉNAT cAn'rnAciNois. — Tite äués pouvaient porter l'anneau d'or. Il
Live nous donne sur la mission du it, en terminant, que plus on avait
frère d'Annibal les détails suivants: l'espoir prochain de terminer glorieu
« Magon, fils d'Amilcar, était venu sèment la lutte , plus il fallait prodiguer
porter à Carthage la nouvelle de la vic à Annibal toute espèce de secours. En
toire de Cannes. Son frère ne l'avait effet, la guerre se faisait loin de Car
pas envoyé du champ de bataille même, thage, au milieu d'un pa s ennemi;
mais il l'avait retenu quelques jours elle absorbait beaucoup d’é vivres et
pour recevoir la soumission des Brut d'argent. Les batailles où les armées
tiens et de quelques autres peuples qui ennemies avaient été détruites avaient
s'étaient séparés des Romains. Intro aussi causé des pertes au vainqueur.
duit dans le sénat, Magon expose tout Il fallait donc envoyer de nouvelles
ce que son frère a_fait en Italie. a Il troupes, de l'argent et du blé our la
avait combattu en bataille rangée six solde et la nourriture des sol ats ui
généraux , dont quatre consuls , un dic avaient si bien mérité du nom cart 13'
tateur et un maître de la cavalerie, ginois. Ces paroles de Magon causèrent
défait six armées consulaires, tue’ à une rande joie dans le sénat. Alors
l'ennemi lus de deux cent mille hom Himi con, de la faction Barcine, crut
mes et ait plus de cinquante mille l'occasion favorable pour humilier Han
prisonniers. Des quatre consuls, deux non. «Eh bien, dlt'll. Hannon, re
avaient péri, le troisième était blessé, - grattez-vous encore que l'on ait fait
le dernier avait erdu toute son armée « a guerre aux Romains? Ordonnez
et s'était enfui, peine avec cinquante « maintenant de livrer Annibal; empê
soldats. Le maître de la cavalerie, qui « chez qu'au sein de la prospérité nous
était revêtu à l'armée du pouvoir con c rendions des actions de grâces aux
sulaire, avait été battu et mis en dé «dieux immortels! Écoutons ce que
route. Quant au dictateur, il était c va dire ce sénateur romain dans le
regardé comme le modèle des généraux - sénat de Carthage. » Alors Hannon :
par cela seul qu'il n’avait jamais osé c J'aurais aujourd'hui gardé le si
ivrer une grande bataille. Les Brut « lence , pour ne pas troubler l'allé
tiens et les A uliens, une partie des agresse universelle par des paroles
Samnites et es Lucaniens, avaient a qui ne respirent point l'enthousias
abandonné le parti de Rome pour se « me. Mais puisqu'un sénateur m'a
donner aux carthaginois. Capoue, la a demandé si je regrette encore que
capitale, non pas seulement de la Cam - l'on ait entrepris la guerre contre
panic, mais de l'Italie entière, depuis n Rome, je me hâte de ré ndre,
que la journée de Cannes avait abattu - parce que mon silence serait inter
la puissance romaine, s'était livrée à : prétédiversement: les uns pourraient
Annibal. Pour des triom hes si nom c ‘attribuer à mon orgueil, les autres
breux et si grands, il tait 'uste de c à la honte que l'on éprouve quand on
rendre aux dieux immortels e solen a a commis une erreur. Je ne suis ni
nelles actions de grâces. n En témoi « orgueilleux ni repcntant. Je dirai
nage de ces heureuses nouvelles, - donc à Himilcon n regrets sur
äîagon fit verser dans le vestibule du
sénat une quantité d'anneaux d'or si
prodigieuse, que certains auteurs pré
tendent qu'il en avait bien trois bois
seaux et demi; mais la tradition qui a
CARTHAGE. 85
e n'excuserai la rupture de l'ancienne - demander la paix? A-t-il été un seul
c paix qu'au moment où l'on aura fait a moment question de paix à Rome,
c une paix nouvelle. J'avoue que tous « d'après les rapports que l'on vous a
a ces brillants succès que Magon vient a faits? — Non, dit encore lllagon. —
- de nous raconter avec tant de com « Eh bien, s'écrie Hannon , nous avons
« plaisance, et qui, dans ce moment, a donc la guerre tout aussi entière que
n ont la joie d'Himilcon et des autres c le jour où Annibal a mis le pied en
a partisans d'Annibal, font aussi la a en Italie... Pour moi, si l'on met en
c mienne, parce que ces victoires, si «1 délibération, ou de proposer la paix
a nous voulons user sagement de la a à l'ennemi ou de la recevoir, je sais
« fortune, nous procureront une aix a quel avis j'ouvrirai. Si vous vous oc
en plus avantageuse; mais si nous ais «cupez seulement des demandes de
« sons échapper cet instant, où nous a Magon, je pense que si nos soldats
« pouvons paraître donner la paix « sont victorieux , il ne faut rien leur
- plutôt que la recevoir, je crains fort u envoyer; et s'ils nous abusent par
«que cet éclat éblouissant ne s'éva « de faux rapports et par de chiméri
« nouisse promptement. Au'ourd'hui u ques espérances, il faut se garder en
- même que vient-on nous ire? J'ai « core davantage de leur envoyer quel
« détruit les armées ennemies; en a que chose. v
« voyez-moi des soldats. Que deman a Le discours d’IIannon fit peu de
- deriez-vous si vous étiez vaincu? J'ai sensation. Son animosité contre la fa
- pris les deux camps ennemis remplis mille Barca le rendait suspect de
- sans doute de butin et de vivres; partialité, et les esprits étaient trop
«faites-moi passer du blé et de l'ar préoccupés des heureuses nouvelles du
« gent. Parleriez-vous autrement si moment pour que l'on pût rien enten
«1 l'ennemi vous eût enlevé vos res dre qui tendit à diminuer l'allégresse
« sources, eût forcé vos retranche générale. A Carthage, l'opinion com
- ments? Et pour que je ne sois pas mune était qu'avec le moindre effort
« seul à expliquer ce que tout cela a on pouvait mettre fin à la guerre.
- d'inconeevable (car, puisque j'ai ré Aussi l'on décréta à une immense ma
« pondu à Himilcon , j ai bien le droit jorité, dans le sénat, ue l'on enver
a de l'interroger à mon tour), je vou rait à Annibal un ren ort de quatre
« drais qu‘Himilcon lui-même, ou Ma mille Numides, quarante éléphants et
1 gon, me donnât quelque éclaircisse un grand nombre de talents d'argent.
« ment. Puisque la bataille de Cannes On fit partir aussi un dictateur avec
- entraîne la ruine entière de l'empire Magon pour l’Espagne, afin d'y lever
c romain , et qu'il est certain que toute vingt mille fantassins et quatre mille
- l'Italie est en pleine défection , qu'on chevaux destinés à compléter les_ ar
a me nomme d'abord quelque peuple mées d'Espagne et d'Italie. v
a de la confédération du Latium qui Les nouveaux préparatifs des Car
- ait embrassé notre parti; puis quel thaginois se tirent, comme le remar
- que citoyen des tribus de Rome qui que Tite-Live, avec négligence et une
- soit passé dans le camp d’Annibal. — extrême lenteur. Au reste , les renforts
« Je ne saurais en nommer, répondit votés par le sénat étaient insuffisants
- Magon. — Ainsi donc, reprit Han. pour achever la guerre. Annibal , trom
- non, il ne nous reste encore que trop pé dans ses espérances. n'eut plus re
a d'ennemis. Mais à Rome, quelle est cours alors qu'à sa prudence et à son
a la disposition " rus? Conser habileté pour se maintenir en Italie.
-ils encor wir? C'est un SUITE DE L'EXPÉDITION D'ANNI
que je aircir. — Je BAL; LUTTE DEs CAnTHAoINoIs ET
re, v‘ Rien pour DEs ROIAINS EN ITALIE JUSQU'AU
n'e‘ avoir, 'l ‘IOMBN’I 0U SvEAcUsE ET UNE PAE
anr ont-ils DE LA SIcILE ABANDONNENT L'AI.
des Anni' ANcE DEs Romns; 215 AVANT
86
NOTRE ÈRE. — Maître de Capoue. , An Annibal tourna ses regards vers la
‘nihal se prépara a de nouvelles expé Grèce. Il s’adressa à Philippe, roi de
ditions.MaislesRomainsluiopposèrent Macédoine, qui, craignant :1 politique
un général qui, par son activité, l’ar ambitieuse des Romains , n'hésita point
rêla dans presque toutes ses entrepri à faire alliance avec le général cartha
ses; c'était Marcellus , l'épée de Rome. ginois. Polybe nous a conservé le traité
Toutefois , Marcellus ne put empêcher qui fut conclu alors entre Annibal et le
Annibal de mettre le siège devant Ca roi de Macédoine.
silin. Ce siége traînait en longueur, « Voici le traité qu'ont juré le géné
lorsque le chef carthaginois le convertit « ral Annibal , Magon , Myrcal et Bar
en b cons, et revint à Capoue pour y « mocal, tous les sénateurs qui sont
prendre ses quartiers d'hiver. Ses sol « auprès d'eux et tous les Carthagi
dats ne s’amollirent pointalors ,comme « nois qui sont dans l'armée, avec
on l’a prétendu, dans une funeste oi « Xénophane, fils de Cle’omaque d'A
siveté, car, dans les premiers jours du « thènes, envoyé comme ambassadeur
printemps, ils se reportèrent avec une « au rès de nous par Philippe, fils de
nouvelle ardeur devant Casilin, qu'ils « D métrius, pour lui, les Macédo
forcèrent à capituler à la vue de deux « niens et leurs alliés.
armées romaines. Mais Annibal, qui u Ce traité a été juré en présence de
ne recevait point de Cartha e des se « Jupiter, de Junon et d'Apollon; en
cours suffisants, voyait ses orces dé « présence du génie de Carthage7 d’Her
croître de jour en jour. Les Romains, « cule et d’Iolaüs; en présence de
au contraire, faisaient les lus grands « Mars, de Triton, de Neptune et des
sacrifices; ils ordonnaient e nouvelles « dieux qui combattent avec nous; en
levées et augmentaient sans cesse le « présence du soleil, de la lune , de la
nombre de leurs soldats. Ils prescri « terre, des fleuves, des prairies et des
vaient en même temps à Marcellus et « eaux; en présence de tous les dieux
à leurs autres généraux de n'agir « qui protègent Cartilage; enlin de
qu'avec une extrême prudence. Anni a tous ceux qui protègent la Macédoine
bal ne pouvant se maintenir dans l’Ita « et le reste de la Grèce, et devant
lie centrale , se dirigea vers le Brutium , « tous les dieux qui président à la
où il devint maître de Pétilie, de Co « guerre, et sont témoins de ce ser
sentia , de Crotone et de Locres, qui « ment.
refusaient de s'allier aux Carthaginois. «Le général Annibal, tous les sé
Alors il revint dans les provinces qui « nateurs de Carthage qui sont auprès
avoisinent Rome, et il mit le siège « de lui, et tous les Carthaginois qui
devant Cumes. Repoussé avec perte, a sont dans son armée , avec l'assenti
il s’éloigna de nouveau et entra en - ment des nôtres et des vôtres, nous
Lucanie, où il prit ses quartiers d'hi a nous jurons alliance d'amitié et de
ver. Au printemps, il s’empressa d'ac « paix , comme amis, comme compa
courir au secours de Capoue, mais il « gnons et comme frères aux condi
éprouva sur tous les points une vive « tions suivantes:
résistance; et bientôt la défaite de son a Le roi Philippe, les Macédoniens
lieutenant Hannon, qui, dans un com « et les autres Grecs leurs alliés, prê
bat contre l'armée de Gracchus , perdit « teront assistance et secours au peu
seize mille hommes, lui enleva pour « ple carthaginois, au général Anni
toujours l’espoir de se maintenir dans « bal, à tous ceux qui l’accompagnent,
l‘ltalie centrale. « aux sujets de Carthage qui reconnais
ANNIBAL FAIT ALLIANCE AVEC « sent ses lois, aux habitants d’Utique ,
PHILIPPE DE MACÉDOINE; TRAITÉ « aux ‘villes et peuples soumis aux
ENTRE LE GÉNÉRAL cAn'raAclNors « Carthaginois , à l'armée, aux alliés ,
ET LE noms MACÉDOINE; 215 AVANT n à toutes les villes et à tous les peu
NOTRE ÈRE. — Privé des secours qu’il « ples avec lesquels nous sommes liés
attendait de Carthage et de l’Espagne , « en Italie, en Gaule et en Ligurie, et
CARTHAGE. 87
c avec lesquels nous pourrions encore « de le faire d'un commun accord (*). -
« contracter dans ces pays des relations CONTINUATION DE LA GUERRE EN
un amicales et des alliances. ITALIE JUsQU'A LA BATAILLE DU
« Assistance et aix seront aussi ac METAURE, EN 201 AVANT NoTRE
« cordées au roi P ilippe et aux autres .ÊBE.— Re'eté dans l'Italie méridio
u Grecs alliés. par les carthaginois, nale , Anniiial se vit contraint de sou
« les habitants d'Utique, toutes les tenir sans interruption , dans l'Apulie ,
«villes et tous les peuples soumis à la Lucanie et le Brutium, une lutte
« Cartba e, leurs alliés et soldats , acharnée contre les armées romaines.
« et par es villes et peuples qui, en La révolte de plusieurs villes de la Si
« Italie , en Gaule et en Ligurie, sont cile, et notamment de «Syracuse, qui
a ou pourraient devenir nos alliés. s'étaient déclarées pour Carthage, le
« Réciproquemeut nous ne nous ten délivra un instant de Marcellus u'il
« drons pas de pièges ou d'embûches. comptait parmi ses plus redouta les
un Vous serez ennemis des ennemis de adversaires. Cependant Rome ne ces
« Carthage; nous exceptons de ces en sait point de lui opposer ses meilleures
« nemis les rois , villes et peuples avec légions et ses plus habiles généraux.
u lesquels vousentretenez desalliances. En 213, il eut à soutenir les efforts
« De même nous serons ennemis des de deux armées consulaires. Celle
« ennemis du roi Philippe. en excep de ces armées où se trouvait en qua
« tant toutefois les rois, villes et peu lité de lieutenant Fabius, le bouclier de
« ples avec lesquels nous avons con
« tracté des alliances. Vous serez aussi (") Tite-Live parle aussi du traité qui fut
« nos alliés dans la guerre contre les fait entre Annibal et Philippe. roi de Ma
«Romains, jusqu'à ce que les dieux cédoine; il dit : «Le traité fut conclu aux
« nous donnent ainsi qu'à vous la paix. u conditions suivantes : que le roi Philippe,
«x Vous viendrez à notre secours, quand - avec une flotte très-considérable (il pou
« il sera nécessaire, et selon que nous «vait réunir deux cents vaisseaux), passe
n en conviendrons. Si les dieux vous u rail en Ilalie et ravagerait les côtes; qu'il
« favorisent, ainsi que nous, dans la « ferait la guerre de son côté sur terre et sur
« guerre contre les Romains, et que « mer; qu'au moment où elle serait termi
- ceux-ci viennent à demander la paix , « née, toute l'Italie et la ville de Rome ap<
a nous la ferons de manière que vous u parliendraient à Annibal et aux CartbaA
« ginois ainsi que la totalité du butin. Mais
«y soyez aussi compris. Il ne leur n une fois la conquête de l‘Italie achevée,
- sera pas permis d'entre rendre une « les Carthaginois à leur tour s'engageaient
en guerre contre vous. Les abitants de ou à se porter sur la Grèce, et à faire la
« Corcyre, d'Apollonie, d'Epidamne, « guerre aux rois ennemis de Philippe. Les
« de Pharos,de DimalIe, lesParthiniens - villes de la Grèce et les îles qui avoisi
« etlesAtintanes ne pourront être sous « nom la Macédoine devaient être rattachées
n la domination romaine. Ils rendront a au royaume de Philippe. Telles furent à
« aussi à Démétrius de Pharos tous les a peu près , ajoute 'l‘ite-Live , les clauses du
« hommes de sa nation qui sont sur a traité conclu entre le général carthaginois
a leur territoire. Mais si les Romains - et les députés macèdoniens. . . . . n ( Tile
« venaient à nous attaquer l'un ou l'au Live, xxIII, 33). La version de Polybc qui
« tre, nous nous assisterions comme a été admise jusqu'ici comme authentique
a les circonstances l'exigeraient; il en diffère en plusieurs points de celle de The
« serait de même si d'autres nous fai Live. Pourquoi l'historien latin fait-il inter
« saient la guerre, en exceptant tou venir, dans les conditions du traité, ce par
«jours du nombre de nos ennemis les tagc qui doit donner unjour Rome et l'Italie
aux Carthaginois et la Grèce entière à Phi
« rois, villes et peuples avec lesquels lippe 9 C'est qu'il a cru peut-être qu'en re
« nous vivons en alliance. courant à l'exagération il ferait mieux sentir
« Enfin, si nous jugions à propos à ses contemporains la grandeur du danger
« de retrancher ou d'ajouter quelque qui menaçait Rome et l'Italie à l'époque de
a chose a ce traité, il nous sera loisible l'expédition d'Annibal.
88
Rome, obtint sur Annibal quelques descente en Afrique, avait été repoussé
avanta es; mais, l'année suivante, le avec perte; et depuis lors, jusqu'à
généra carthaginois fit d'importantes l'arrivée de Scipion en 204, Carthage
conquêtes, et Il se rendit maître de n'eut pas besoin de rassembler des sol
Tarente, de Sybaris et de Métaponte. dats pour défendre ses murailles contre
Il profitait des moindres fautes de ses les attaques des armées romaines. Il
ennemis, et plusieurs généraux ro est vrai qu'en 213 , Sypbax, roi d'une
mains expièrent cruellement leur im artie de la Numidie , se déclara pour
prudence. Dans une seule rencontre es Romains; mais il en coûta peu aux
Il tua quinze mille soldats aux Ro Carthaginois pour combattre ce nou
mains qui , sous la conduite de Cente vel ennemi. Ils reçurent dans leur al
nius Penula, s'étaient engagés témé liance Gula, chef d'une autre partie
rairem'ent dans la Lucanie. En 211, de la Numidie, qui les aida uissam
Annibal accourut avec son armée au ment à refouler Syphax et es siens
secours de Capoue. Cette ville, qui jusque dans la Mauritanie Tingitane.
était restée si fidèle à l'alliance cartha Ainsi, pendant quinze ans, Carthage
ginoise, était alors assiégée par deux ut disposer de toutes ses forces pour
armées romaines. Annibal. désespé utter contre Rome, en Espagne, en
rant de faire‘lever le siége ,essaya, par Sardai ne, en Sicile et en Italie.
‘une ‘audacieuse diversion, dattirer Cart age , en effet, ne songeait point
sur lui tous les efforts des ennemis. Il seulement à combattre les armées ro
marcha sur Rome, et il dé loya ses en maines qui se trouvaient en Espagne
seignes près de la porte C ‘ne. Mais il et en Italie , elle voulait encore ressai
ne tarda pas à comprendre qu'avec des sir les provinces que les guerres précé
‘troupes peu nombreuses et épuisées par dentes lui avaient enlevées , et relever
de longues fatieues et des combats sans en Sardaigne et en Sicile ses anciens
cesse renouveles , sa tentative ne devait établissements. Après la bataille de
point avoir de résultats. Alorsil rétro Cannes, au commencement de l'année
grada et regagna le Brutium. Cepen 215, elle envo a en Sardaigne une ar
dant les Romains pressent lesiége de Ça. mée considéra le, sous le commande
poue et ils entrent enfin dans cette ville ment d’Asdrubal. Mais bientôt ses
où ils exercent de terribles vengeances. espérances s’évanouirent; l’armée de
Pendant les années 210, 209 et 208, la Sardaigne fut anéantie, et Asdrubal
lutte entre les carthaginois et les Ro futconduit à Romeà la suite du triom
mains se continue dans les provinces phateur.
de l’Italie méridionale. Fabius et Mar. Mais c'était principalement sur la
cellus reparaissent à la tête des légions. Sicile que s'était portée l'attention des
Fabius, en 209, enlève Tarente aux carthaginois. Dans les premières an
carthaginois; mais , l'année suivante, nées de la guerre, ils avaient équipé
Rome éprouve une grande perte. Mar une flotte nombreuse pour faire une
cellus, qui a été nommé consul, est descente dans l'île; mais cette flotte,
tué dans un combat où succombent comme nous l’avons dit plus haut,
avec lui Crispinus, son collègue , et les avait été détruite près de Lilybée, par
principaux officiers de l’armée ro le préteur Æmilius. Une perte aussi
maine. ‘ considérable fut loin d'enlever tout
ÉVÉNEMENTS DE LA DEUXIEME espoir aux carthaginois; ils entretin
GuEnnE PUNIQUE EN ArmQuE, EN rent dans la Sicile des émissaires , qui
SICILE ET EN SARDAIGNE; 219-207 excitaient la population à se révolter
AVANT NoTnE Eus. —Au connnence contre les Romains. Puis, ils équi
ment de la deuxième guerre punique, pèrent encore de nombreux vaisseaux;
Sempronius s’était emparé de l’île de et, peu de temps après la bataille de
Malte ; mais il n'avait point essayé d'at Cannes, le propréteur T. Otacilius écri
taquer les carthaginois sur leur propre vit au sénat : a Les États d’Hiéron sont
territoire. Servilius, qui avait tente une - dévaste‘s par une flotte carthaginoise.
CARTHAGE. 39
- Au moment où, sur les instances de geaitvers l’Italie. Il avait essayé, comme
a ce roi, je me disposais à lui porter nous l'avons dit, d'engager un combat
«secours, ou est venu m'apprendre sur les bords du Rhône; mais son. en
« qu'une autre flotte ennemie se tenait nemi lui avait échappé, et Scipion
«vers les îles Egates, toute prête, n'avait revu Annibal que sur les bords
« dès qu’on me saurait parti pour pro du Tésin. Toutefois, Cnéus Scipion,
« téger la côte de Syracuse , à fondre le frère du consul, avait continué sa
« sur Lilybée et sur les autres villes route vers l’Espagne avec une armée
« de la province romaine. Envoyez nombreuse. Il avait à peine opéré son
a donc des vaisseaux, si vous voulez débarquement à Empories qu'il vain
« défendre Hiéron votre allié, et vos quit Hannon, et se rendit maître de
« possessions de la Sicile. » Quand toutes les contrées qui se trouvent
Hiéron, ui avait été pendant cinquante comprises entre l’Ebre et les Pyrénées.
ans le fi èle allié des Romains, mou L'année suivante (217), Asdrubal lui
rut et laissa sa royauté de Syracuse à méme fut vaincu , etvCnéus Scipion,
son petit-fils Hiéronyme, un grand après avoir traversé I’Èbre, parcourut.
changement se fit en Sicile. La rébel. avec son armée victorieuse, toute la
lion fomentée par les carthaginois côte jusqu’aux colonnes d‘Herculc. Les
éclata , et près de soixante et dix villes carthaginois éprouvèrent alors en Es
se soulevèrent contre les Romains. pagne des revers multipliés. Ils avaient
Marcellus fut alors envoyé pour assié a combattre tout à la fois et l'armée
er S racuse. Les carthaginois, de des Scipions('), et les indigènes qui
eur coté, firent les plus grands efforts se déclaraient pour les Romains. As
pour soutenir les Siciliens qui avaient drubal avait déjà perdu la meilleure
embrassé leur parti. Bomilcar, Himil partie de ses forces lorsqu'il reçut ordre
con , Hannon et Mutine luttèrent sou du sénat de Carthage, après la bataille
vent avec succès contre les armées ro de Cannes , de remettre le gouverne
maines. La prise de Syracuse, par ment de l‘Espagne à Iiimilcon , et de
Marcellus , ne termina pomt la guerre; partir avec son armée pour rejoindre
les carthaginois se maintinrent sur Annibal en Italie. Il ‘se mit en marche;
tous les points; et, pendant plusieurs arrivé au bord de l‘Ebre, il rencontra
années, ils obtinrent sur leurs enne l'armée romaine qui s’op osait à son
mis d'importants avantages. Une trahi passage. Asdrubal livra ataille, fut
son rendit inutiles ces longs efforts de vaincu et rejeté en Espagne. Quand la
Carthage. Mutine livra Agrigente aux nouvelle en vint à Rome, par une
Romains, qui ne tardèrent point à lettre des Scipions, la joie fut univer
rentrer en maîtres dans les autres selle. On sentait toute l'importance de
villes. C'était en l’année 1210; dès lors, cette victoire qui empêchait Asdrubal
les carthaginois abandonnèrent pour de passer en Italie. Carthage envoya
toujours la Sicile qu'ils disputaient des renforts à ses armées d’Es agne;
aux Romains depuis si longtemps. mais les deux Scipions, Pub ius et
ÉVÉNEMENTS DE LA DEUXIÈME Cnéus , ne cessèrent point de vaincre.
GUEnnE PUNIQUE EN EsPAGNE DE Ils livrèrent deux grandes batailles
PUIS LE DEPAET D’ANNIEAL ms sous les murs d‘llliturgi et d’lntibili,
QU'AU MOMENT ou AsDEUEAL PE où ils firent éprouver aux carthagi
NETEE EN ITALIE; 219-207 AVANT No nois des pertes considérables. Ces der
‘I‘EE EEE. —— Dans les premiers temps niers succès eurent un immense ré
de la guerre, PubliusCornélius Scipion sultat, car, suivant la‘remarque de
avait été envoyé en Espagne pourpré Tite-Live.,pres ne tous les peuples de
venir les projets d’Annibal. Il se ren l’Espagne se déc arèrent alors pour les
dait au poste qui lui avait été assigné , Romains.
lorsqu'il apprit que le général cartha t’) Publius était venu rejoindre son frère
ginois. après avoir franchi les Pyré et lui avait amené trente vaisseaux et huit
nées, traversait la Gaule et se diri mille soldats.
90
Les Carthaginois ne furent point « un nombre considérable de scorpions
découragés par tant de revers, et ils « grands et petits. d’armes offensives
firent les plus grands efforts pour sou « et défensives; on prit aussi soixante
tenir en Espagne les armées que com « quatorze drapeaux. On porta au gé
mandaient alors Giscon , Magon et « néral une grande quantiié d’or et
Asdrubal. Cependant, chaque année «d’argent, deux cent soixante-seize
amenait pour eux de nouveaux désas u coupes d'or, ‘presque toutes du poids
tres : en 214 , ils furent vaincus dans « d’une livre, dix-huit mille trois cents
quatre batailles, à Illiturgi, à Bigerra, u livres d’argent monnayé et ciselé. et
a Munda et à Auringe. « Après cette « beaucoup de vases du même métal.
« brillante campagne, dit Tite-Live, « Tous ces objets furent comptés et
« les Romains éprouvèrent -un senti-' « pesés devant le questeur Caius Fia-
« ment de honte en songeant que Sa « minius; on trouva encore quarante
« gonte était depuis huit ans au pouvoir « mille boisseaux de froment et deux
a de leurs ennemis. Ils chassèrent de « cent soixante-dix mille boisseaux d’or
a la ville la garnison carthaginoise. et « ge. Soixante-trois vaisseaux furent
«y rappelèrent ceux des anciens ha a pris dans le port; parmi ces vaisseaux
« itants qui avaient échappé aux mal «il y en avait plusieurs qui étaient
« heurs de la guerre. » Par un brusque « chargés de blé, d’armes. de cuivre,
changement, la fortune devint bien a de fer, de voiles, de cordages, et
tôt contraire aux Romains. Les deux « d’autres agrès nécessaires à l’équipe
Scipions qui, tant de fois, avaient été « ment d’une flotte. » La prise de Car
vainqueurs, périrent avec une partie thagène et la politi ne de Scipion qui,
de leur armée. Rome était sur le point par des actes de c émence et de mo
de perdre en Espagne le fruit de ses dération, savait gagner aux Romains
nombreux succès, lorsqu'elle envoya les populations indigènes, portèrent en
dans cette province le 6 s de Publius, Espagueun coup mortel à ladomination
pour commander les légions. Le jeune carthaginoise. Toutefois, au moment
Scipion se dirigea vers I’Espagne avec même où Carthage venait d'éprouver
trente galères et dix mille hommes. Il de si grandes pertes, Asdrubal, par
joignit ces dix mille hommes aux trou un dernier effort, mit à exécution le
pes que Néron avait amenées l’année projet qu’il avait conçu depuis long
precedente, et aux débris de l’armée qui temps. Il passa l’Èbre, entra dans les
avait combattu si lorieusement sous Gaules par les Pyrénées, et après avoir
les ordres de son pere et de son oncle. franchi les Alpes, il pénétra enfin en
Scipion illustra bientôt son comman Italie.
dement par une action d'éclat : il se ASDRUBAL EN ITALIE; BATAILLE
porta sur Carthagène , qu’il prit d'as SUR LES Bonns DU Ménuns; rian
saut après un combat qui n’avait duré MÉE D'ASDRUBAL EST EXTEBMINÉE;
que quelques heures. Dans cette ville ANNIBAL CONCENTRE TOUTES ses
réputée inexpugnable, les Carthaginois ronces ‘DANS LE BnUTmM; 207
avaient déposé l’argent et les appro AVANT NOTRE ème. -—' Asdrubal com
visionnements qui servaient à la solde mit une grande faute en s’arrêtant dans
et à l’entretien de leurs armées. Au la Cisalpine et en mettant le siège de
reste, pour se faire une idée de l’im vant Plaisance. Roule eut le temps de
mensite des pertes que firent alors les faire de nouvelles levées et d'organiser
Carthaginois, il suffit de lire dans Tite deux armées pour résister aux enne
Live l’énumération suivante : « On mis qui la menaçaient au nord et
« s‘empara d’une prodigieuse quantité au midi. Asdrubal s’apereut enfin de
« de machines de guerre: c’étaient cent sa faute, et il essaya dela réparer en
« vingt catapultes de la première grau. se hâtant de traverser l'Italie pour re
«deur, deux cent quatre-vingts de ‘oindre Anuibal. Mais arrivé en Om
« randeur moyenne , vingt-trois gran rie, il rencontra le consul Livius sur
« ‘des balistes, cinquante-deux petites, les bords du Métaure. Néron , queRome
CARTEAGE. 91
avait opposé à Annibal, connaissait FIND‘ELADEUXIÈMEGUIIIIIE PUNI
depuis longtemps, par des lettres in QUE EN ITALIE, DEPUIS LA BATAILLE
terceptées, les plans d'Asdrubal. Il Du M ÉTAUIIE JUSQU'AU DÉPART D'AN
avait conlié son armée à un de ses lieu NIBAL; 207.203 AVANT NoTIIE ÈRE.
tenants, et il était venu dans le camp — Depuis l'instant où la mort de son
de son collègue Livius avec quelques frère Asdrubal avait fait évanouir ses
troupes d'élite. Une bataille sanglante plus belles espérances , Annibal ,comme
fut livrée sur les bords du Métaure. nous l'avons dit. avait concentré toutes
Asdrubal, y perdit la vie, et son armée ses forces dans le Brutium. A force
tout entière fut exterminée. Alors Né d’expédients , d'habileté et de courage,
ron revint dans son camp; il portait il se maintenait dans cette position
avec lui la tête d’Asdrubal, qu'il fit contre tous les généraux romains. Ce
jeter dans les retranchements d'Anni pendant les armées que Rome lui op
bal. On dit qu'il la vue de cette tête, posait lui enlevaient chaque jour
Annibal s'écria : « Je reconnais la for quelques-unes des villes qui avaient
tune de Carthage. » En effet, tout es embrassé son parti, et le refoulaient
oir de triompher des Romains en ltalie peu à peu à l'extrémité de l‘ltalie. Au
ui était désormais enlevé. C’est pour moment même où Carthage venait de
quoi il partit aussitôtde Canouse, et, perdre l'Espagne, il put espérer un
rassemblant les troupes qui lui res Instant de reprendre ‘offensive et de
taient, il concentra toutes ses forces reporter la guerre sur un théâtre plus
dans le Brutium, à l'extrémité de digne de lui. Il apprit que Magon, son
l'Italie. frere, avait débarqué en Ligurie avec
FIN DE LA DEUXIÈME cUEnEE PU une armée, et qu'il se préparait à mar
NIQUE EN ESPAGNE, DEPUIS LE mi. cher sur ses traces en traversant l'Ita
PAnT D'AsDnUEAL JUsQU'A LA PRISE lie; mais cette fois encore Annibal fut
DEGADEs; 209.205 AVANT NoTnE ÈRE. déçu dans ses espérances. Magon , après
—- La prise de Carthagène et le départ quelques succès, fut vaincu avec les
d’Asdrubal avaient livré aux Romains Gaulois ses alliés. Ce fut alors que
toute l'Espagne citérieure ou Tarrago Carthage, pressée en Afrique par les
naise. Magon et Giscon. avec les débris Romains, appela à son aide Magon et
des armées carthaginoises, se mainte Annibal.
naient, il est vrai, dans la Bétique; mais Les RonAINs Pon'rENT LA GUERRE
Scipion vint encore les attaquer dans ce EN AraIQUE; BXPÉDITIONS DE VA
dernier asile. Ce fut en vaIn que Car LEIIIUs LÆVINUS ET DE LÆLIUS ; Scl
thage envoya alors à ses généraux de PION DÉBAnQUE EN ArnIQUE AvEc
nouvelles troupes commandées par UNE ARMÉE ROMAINE; sEs PEEMIEES
Hannon; elle perdit sa dernière armée succès ; 207 - 204 AVANT NOTRE
dans une grande bataille livrée sur les ÈRE. — Après la bataille du Mé
conlins de la Bétique, et bientôt elle taure, les Romains avaient essayé de
ne posséda plus, dans la Péninsule, porter la guerre sur le territoire de
que la ville de Gades. Le roi Massi Carthage. Dès l'année 207, Valérius
nissa, qui jusqu'alors était resté fidèle Lævinus avait débarqué en Afrique,
aux carthaginois , et qui les avait uis et il avait poussé ses ravages jusque
samment aidés dans les guerres 'Es sous les murs d'Utique. Là se termina
pagne, passa aux Romains avec ses son expédition. A son retour, il ren
Numides. Scipion, de son côté, se contra une flotte carthaginoise, la
rendit en Afrique auprès de Syphax, battit et lui fit éprouver de grandes
qu'il gagna à l'alliance de Rome, et il pertes. Scipion, des son arrivée en Si
réunit ainsi contre Carthage les rois cile, avait envo é Lælius pour recon
des deux Numidies. Enfin la prise de naître et piller es côtes de l'Afri ue.
Gades, qui suivit de près ces événe Lui-même, après avoir obtenu l'a hé
ments, laça l'Espagne tout entière sion du sénat, ne tarda pas à suivre
sous la omination romaine. son lieutenant. Avant son départ, il
92
avait fondé de grandes es rances sur inois, comme dans celui des Numides ,
l'alliance qui unissait Syp ax aux Ro es soldatsélaient logés dans des ca
mains; mais il apprit lentôt qu'As banes faites de planches, de branches
drubal, en donnant sa fille Sophonisbe d'arbres et de joncs. Il conçut alors un
à Syphax, avait entraîné ce roi des hardi projet. Tant que dura l'hiver, il
Numides dans le parti des Carthagi ne cessa point d'envoyer à Syphax des
nois. D'autre part, Massinissa, qui messagers qui semblaient préparer, par
était resté fidèle à Rome, avait perdu l'intermédiaire du roi des Numides,
ses États. Ces fâcheuses nouvelles ne un traité de paix entre les Romains et
purent arrêter Scipion. Il débarqua les Carthaginois. Ces négociations sans
avec trente mille hommes, et, à son cesse renouvelées donnaient à Asdru
arrivée, il rencontra Massinissa qui bal et aux autres chefs de son armée
amenait avec lui deux cents cavaliers. une sécurité trompeuse et endormaient
guand les Romains touchèrent le sol leur vigilance. Au retour du printemps,
e l'Afrique, une terreur profonde se Scipion , par une attaque simulée, sem
répandit à Carthage et dans toutes les bla porter toutes ses forces vers Uti
villesvoisines. Les Carthaginois, dans que. Asdrubal et Sy hax étaient loin
leur imprévoyance, n’avaient point alors de soupçonner es véritables pro
songé à rassembler une armée. Ils or jets du général romain. Un soir, Sci
amsèrent à la hâte quelques troupes pion donna ordre à ses tribuns de
e cavaliers qui furent battues par faire rendre les armes aux soldats.
les Romains. Ce ne fut 'ue lorsque Quan ils furent prêts à marcher, il se
les premières craintes se issigèrent, mit à leur tête, et s'avança vers le
et au moment où Scipion s’arr ta vers camp des Carthaginois, qui était éloi
Utique, que les Carthaginois firent les gné du sien, dit Polybe, de soixante
réparatifs nécessaires pour arrêter stades. Il arriva aux retranchements
'invasion. ennemis vers la fin de la troisième
ScIPIoN AssIE'GE UTIQUE; IL sun veille. Il avait partagé son armée en
PEEND ASDEUBAL E'r SYPHAX; IL deux corps. Lælius et Massinissa se
MET LE FEU Aux CAMPS DEs CAn'rIIA portèrent sur le camp des Numides et
GINOIS ET DEs NumDEs; QuAnAN'rE Ils mirent le feu aux premières cabanes.
MILLE nomIEs PEEIssENr DANS L'incendie se propagea avec une ef
L'INCENDIE; L’AIIMEE D’AsDnUEAL frayante rapidité, et bientôt toutes les
EST ANÉANTIE DANS UNE BATAILLE; cabanes des Numides furent la proie
‘203 AVANT No'rnE EEE. -— Les Car des flammes. Massinissa gardait les
thaginois avaient enfin levé une armée , issues, et presque tous ceux qui es
et Syphax avait embrassé sincèrement sayèrent d'échapper au feu furent mas
leur alliance. Asdrubal s'avança alors sacrés. Scipion, de son côté, porta
avec des forces considérables contre l'incendie et le massacre dans le camp
Scipion, qui avait mis le siège devant des Carthaginois. Asdrubal et Syphax
Utique. L armée carthaginoise s'arrêta parvinrent, il est vrai, à s'échapper,
non loin des retranchements romains , mais, dans cette nuit désastreuse, ils
et se artagea en deux camps. Dans avaient fait des pertes considérables.
celui ‘Asdrubal, on comptait trente Quarante mille hommes avaient perdu
mille hommes de pied et trois mille la vie et cinq mille étaient tombés au
chevaux, et dans celui des Numides, pouvoir des Romains. A la nouvelle
que commandait Syphax, dix mille de l'incendie des deux camps, les Car
chevaux et cinquante mille hommes thaginois furent plongés dans la cons
d'infanterie. Les deux camps étaient ternation. Les sénateurs s’assemblèrent
séparés par un espace de dix stades. pour délibérer. Après de vives discus
Scipion, qui envoyait fréquemment sions, il fut décIdé qu'une nouvelle
des émissaires à Syphax pour le ra armée se mettrait en cam agne sous la
mener à l'alliance romaine, apprit conduite d'Asdrubal. On t des levées;
bientôt que dans le camp des Cartha on soudoya quatre mille celtibériens,
CARTHAGE. 98
et Syphax ne tarda point à donner au navires qui apportaient de la Sicile les
général carthaginois le secours de ses provisions destinées à l'armée de Sci
umides. Asdrubal avait réuni environ pion. Alors. sans doute, les carthagi
trente mille hommes, lorsqu'il fut en nois fondaient de grandes espérances
core atta lié par les Romains. Au sur l'arrivée d'Annibal(*). Ce énéral,
moment ou Scipion avait appris que les en effet, avait obéi aux or res du
carthaginois rassemblaient de nou sénat de Carthage, et il était parti
velles forces, il avait abandonné le pour l'Afrique avec son armée. Mais
sié e d'Utique pour aller combattre ce ne fut point sans une profonde dou
As rubal. Après cinq jours de marche, leur, et les historiens anciens l'ont
il était arrivé dans un lieu que Polybe attesté, qu'il abandonna cette Italie
appelle les Grandes-Plaines. C'est là dont il n'avait pas cessé de rêver la
que fut livrée une bataille qui enleva à conquête, et où il avait dépensé, pen
Carthage sa dernière armée et ses der dant quinze années, tant de courage
nières ressources. et de génie. Annibal aborda à Lep
DÉLIBÉBATION nu sEn AT cAnTHA tis; puis il vint à Adrumète, où il rit
GINOIS APRÈS LA BATAILLE DES quelques jours de repos, et delà i se
GnANnEs-PLAINEs; Sermon s'arti rendit à Zama.
PAEE nE TUNIS; ATTAQUE mmoEE ANNIEAL ET SCIPION ENTBENT EN
CONTnE LA FLOTTE ROMAINE QUI CONFÉRENCE; EATAILLEDEZAMM“).
ASSIÉGEAIT UTIQUE; LEs CAnTHAGt 202 ANS AVANT nous En. — C'é
NOIS ENVOIENT pas AMBASSADEURS tait sur les instances du sénat car
A BOME; ANMEAL nEEAaQUE A Lap thaginois qu'Annibal était venu cam
TIs; 203 ET 202 AVANT NOTRE ÈRE. per a Zama. Cependant l'armée ro
—- Le résultat de la bataille des Gran maine se trouvait encore assez éloignée
des-Plaines porta la terreur dans l'âme de cette ville, ui està cinqjournées de
des carthaginois et leur lit perdre toute Cartba e du coté du couchant. Bientôt
espérance. Les sénateurs décidèrent Anniba leva son camp, pour se rappro
alors qu'on fortiiierait la ville, qu'on cher encore desRomams.Déjà la bataille
ferait les préparatifs nécessaires pour entre le général carthaginois et Scipion
soutenir un siégé, et qu’on rappellerait était inévitable, lorsque ces deux illus
d'Italie Magon et Annibal. Le danger tres chefs se rendirent à une entrevue.
était pressant en effet; Scipion, met La conférence, comme il était facile de
tant à profit sa victoire, s’avan it sur le prévoir, n'eut aucun résultat, et l'on
Carthage, et déjà il était ma tre de se prépara au combat. Scipion rangea
Tunis. Les carthaginois essayèrent ses troupes dans l'ordre suivant : il
alors une diversion; llS envoyèrent des mit les hastaires sur la première ligne,
vaisseaux pour attaquer la flotte r0,
maine qui assiégeait Utique, et ils (") Magon de son côté avait quitté la Cisal
forcèreut Scipion à quitter Tunis et à pins et venait au secours de sa patrielorsqu’il
voler au secours d'une partie de son mouruten mer,àla hauteur de la Sardaigne.
armée. Après cette entreprise qui ne (") Les écrivains modernes s'accordent
leur réussit point, les carthaginois, généralement pour donner à cette bataille
privés des secours de Syphax leur le nom de Zama. Cependant la bataille fut
allié, qui était attaqué dans ses pro livrée loin de cette ville, entre Killa et Na
pres Etats par Lælius et Massinissa, ragara (V. Tive- Live et Appien). Le théi
demandèrent une trêve à Scipion, et tre de l'action n'est point indiqué d'une
manière précise dans Polybe. mais il est fa
envoyèrent des ambassadeurs à Rome cile de voir, ar le récit de cet historien,
pour demander la paix. Mais en cette que les Cartiaginois et les Romains n'en
circonstance, comme en bien d'autres , vinrent aux mains qu'à une assez grande
ils se montrèrent peu scrupuleux pour distance de Zama. Il faut ajouter que, sui
remplir les engagements qu'ils avaient vant Appien, il y eut à Zama, quelques
paris; ils s'emparèrent, à la faveur de jours avant la grande bataille, un combat
trêve, d'un convoi de deux cents entre des cavaliers romains vet carthaginois.
94
et laissa des intervalles entre chaque mirent en déroute. Cependant l'infan
cohorte; à la seconde ligne il plaça terie s'était abordée. Les soldats sou
les princes : les cohortes des princes doyés par Carthage se battirent d'abord
étaient posées non vis-à-vis des inter avec un grand courage; mais voyant
valles de la première ligne, comme cela que la seconde ligne restait immobile
se pratique chez les Romains, mais les et ne venait point à leur secours, ils
unes derrière les autres avec des in lâchèrent pied et se récipitèrent sur
tervalles entre elles, à cause des nom les Africains et les ‘arthaginois. La
breux éléphants qui se trouvaient dans seconde ligne d'Annibal , attaquée tout
l’armée ennemie. Les triaires for à la fois par les mercenaires et les Ro
maient la réserve. Sur l'aile gauche mains , fut taillée en pièces. Le géné
était Lælius avec la cavalerie d'Italie, ral carthaginois ne voulut pas que les
et, sur la droite, Massinissa avec ses fuyards vinssent se mêler aux soldats
Numides. Scipion jeta des vélites dans qui lui restaient : il ordonna au re
les intervalles de la première ligne, et mier rang de la troisième ligne de eur
leur do’nna ordre de commencer le présenter la pique, ce qui les obligea
combat, de manière pourtant que s'ils de se retirer le long des ailes dans la
étaient repoussés ou ne pouvaient sou plaine. Scipion se porta alors avec
tenir le choc des éléphants, ils se reti toute son infanterie, hastaires, prin
rassent, par les intervalles, derrière ces et triaires réunis, sur la troisième
l'armée. Annibal, de son côté, plaça ligne d’Annibal. Le combat fut long
sur le front de son armée plus de qua. et acharné. et la victoire était encore
tre-vingts éléphants; les mercenaires , indécise, lorsque Lælius et Massinis
Liguriens, Gaulois, Baléares et Mau sa, qui revenalent de la poursuite, se
res, occupaient la première ligne; der jetèrent, par derrière, sur l’infanterie
rière eux , sur la seconde ligne , se carthaginoise et en firent un grand
trouvaient les Africains et les Cartha carnage. Ce fut ainsi que se termina
ginois; enfin à la troisième ligne , qui la bataille. Les Romains perdirent dans
était éloi née de la seconde de plus cette mémorablejoumée plus de quinze
d'un sta e C‘), on voyait les trou es cents hommes; mais, du côté des Car
qui avaient fait les guerres d'Ita ie. thaginois, vingt millesoldats restèrent
Dans les deux armées, les Numides sur la place et vingt mille furent faits
commencèrent la bataille par des es prisonniers. Après cette terrible dé
carmouches. Ensuite Annibal fit avan faite , Annibal se sauva en toute hâte
cer les éléphants. L'infanterie romaine à Adrumète (").
eut beaucoup à souffrir de cette atta
que, mais les éléphants se retirèrent (*) Folard , dans le commentaire qui ac
par les intervalles que Scipion ‘avait compagne le récit de Polybe sur la halaille
ménagés sur sa triple ligne, et, à coups de Zama, a jugé peut-êlre Annibal avec
de traits, on les chassa hors du champ trop de sévérité. Après avoir essayé de dé
de bataille. Alors Lælius et Massinissa montrer, par une longue série d'arguments,
se précipitèrent sur les corps de cava que la conduile du général carlhaginois,
lerie qui leur étaient opposés, et les avant el pendant la bataille, ne répondit
point à sa réputation de prudence et d'ha
ileté, il ajoute: «Polybe, Tite-Live, et un
(") Tous ces détails sont empruntés à « grand nombred’autenrs fort éclairés parmi
Polybe. La narration d'Appien est très-cir « les modernes , ne peuvent s'empêcher
constanciée , mais elle est remplie d'un foule u d'admirer la merveilleuse disposition d'An
de traditions mensongères. Nous devons « nihal dans celte bataille : passe pour 'l‘ite
dire aussi, qu'en ce qui concerne les der « Live et pour ces derniers; ils n'ont pas
niers événements de la deuxième guerre a cru devoir se morfondre à faire l'analyse
punique, Appien est souvent en contradic « de ces deux ordres de bataille. Ils ont
tion avec Polybe et Tite-Live. Pour le récit a suivi le sentiment général, sans pénétrer
de la bataille de Zama nous avons donc pré « plus loin; mais que Polybe , qui était un
féré Polybe à l'historien alexandrin. « omme judicieux, grand historien , et
CARTHAGE.
Avant la bataille, dit Polybe, non mander la paix aux Romains. Onen
seulement l'Italie et l'Afrique, mais voya donc des ambassadeurs à Scipion ,
encore l'Espagne, la Sicile et la Sar qui leur ordonna de se rendre a Tunis
daigne étaient en suspens et suivaient où il conduisait son armée. Scipion
les événements avec une vive anxiété. songea un instant à faire le siége de
La victoire de Scipion mit fin aux in Carthage, et à terminer la guerre par
certitudes et rendit les Romains mai la ruine de cette ville. Mais bientôt,
tres du monde. craignant que, pendant les longueurs
LEs CARTHAGINOIS ENvoIENT DEs du siége qu'il méditait , un successeur
AHBASSADEUBS AScIProN; nEPoNsE ne vînt lui enlever le fruit de ses nom
DE ScIPIoN; DELIEEEATIoN DU sé breux succès et toute sa gloire , il ré
NAT cAETIIAoINoIs; LE sENAT ET solut d'accorder la paix aux carthagi
LE PEUPLE EoMAIN APPEoUvENT LE nois. Voici à quelles conditionsilvoulut
TRAITÉ DE PAIX coNcLU PAn SCI traiter:
PIoN; FIN DE LA DEUXIÈME GUEEEE « D'une part, les carthaginois gar
PUNIQUE; 202 ET 201 AVANT NOTRE deront en Afrique toutes les places
ÈRE-Annibal s'était enfui d'abord qu'ils avaient avant la dernière guerre,
à Adrumète; puis, rappelé à Carthage , ainsi que les terres , les esclaves et les
il était venu dans cette ville qu'il n'a autres biens dont ils étaient en posses
vait point vue depuis trente-six ans. Il sion; à partir de’ la conclusion du
conseilla alors aux carthaginois de de traité, il ne sera fait contre eux aucun
acte d'hostilité; ils continueront à
u tout ensemble un excellent homme de vivre suivant leurs lois et leurs cou
« guerre; que Polybe, dis-je , soit le pre tumes, et on neleur imposera point de
« mier qui ait été de ce sentiment, et qu'il garnisons.
a ait donné le branle à celui de tous les
d autres, voilà ce qui me surprend. Serait « D'autre part, les carthaginois res
titueront aux Romains tout ce qu'ils
« ce en vue de relever la gloire de Scipion
« qui était son ami,ou prévenu par les leur ont injustement enlevé pendant
«x grandes actions d’Annibal . ou faute de les tréves; ils leur remettront tous
« réflexion P. . . . . Pour peu qu'on ait de les prisonniers de guerre et trans
a connaissance de la guerre , on verra qu'An fuges qu'ils ont pris ou reçus; ils
a nibal ne se surpassa jamais moins que abandonneront tous leurs longs vais
11 dans cette bataille. . . . . Quoiqu'il soit seaux , à l'exception de dix gale
u toujours dangereux d'être singulier dans res: ils livreront tous leurs élé
au son opinion, et d'attaquer, comme j'ai phants; ils ne feront aucune guerre ni
a fait, un sentiment généralement reçu, 'e au dehors, ni au dedans de l'Afrique
a ne puis que je ne dise que cet ordre de sans l'adhésion du peuple romain; ils
« bataille est très-peu digne d'envie et de rendront à Massinissa les maisons,
- l'éloge de Scipion. . . . . J'avoue qu'il n'y terres, villes et autres biens qui lui
a a qu'une voix sur l'excellence de l'ordre ont appartenu ainsi qu'à ses ancêtres
u de bataille adopté à Zama par Annibal; (les Romains se réservaient de dési
« mais ce ne doit pas être une raison pour gner les pays où se trouvaient ces
a me soumettre à l'opinion de ces gens-là.
u Ils ont profondément examiné cette mé biens de Massinissa) ; ils fourniront des
u thode, dira-t-on, fort bien ; cela ne doit vivresa l'armée romaine pendant trois
a pas m'empêcher d'examiner à mon tour mois; ils payeront la solde de cette ar
a et voir s'ils ne se sont pas trompés. Il est. mée jusqu'au moment où le sénat et le
« aisé de juger si la chose méritait d'être peuple romain auront statué sur les
ce examinée‘. Il n'y a rien qui doive empê articles du traité; ils donneront dix
«cher de reconnaître des fautes dans un mille talents d'argent en cinquante ans ,
a homme extraordinaire, ainsi que dans un en payant chaque année deux cents ta
a autre. Personne n'est exempt de fautes, et lents eubo‘iques; enfin , comme garan
n le plus parfait est celui qui en a le moins tie du traité, le consul choisira ccnt
a commis. Annibal peut être mis de ce otages dans lajeunesse carthaginoise. »
« nombre. » Quand les ambassadeurs qui avaient
été envoyés à Tunis revinrent a Car : thaginois une douleur aussi rotonde
thage, et firent connaître le résultat - ue s’ils avaient vu l'ineen ie même
de leur négociation, il eut dans le a de Carthage. » Quand il fallut faire
sénat une rande hésitation. Plusieurs le premier payement des contributions,
sénateurs etaicnt d’avis de rejeter les les sénateurs carthaginois manifes
conditions proposées; et parmi eux, tèrent une vive affiiction , et plusieurs
Giscon essaya par un discours de mo d'entre eux versèrentdes larmes amères.
tiver son opinion. Il commençait à Alors Aunibal se prit à rire: sur le
parler lorsque Aunibal s'élança vers lui reproche que lui fit Asdrubal Hædus
et l’arracha de son siège. Aussitôt de d'insulter ar sa joie à la douleur
violents murmures eclatèrent dans publique, ont il était la première
l’assemblée. « Vous me pardonnerez , cause, il répondit : a Si l'œil qui
dit Annibal , si j’ai commis une faute distingue les mouvements extérieurs
contre les usages. Vous savez que uvalt lire au fond de l'âme , il serait
sorti de ma patrie à l'âge de neuf cile de reconnaître que ce rire qui
ans , je n'y suis revenu qu'a rès vous choque n’est pas l'expression de
trente-six ans d'absence. Veuil ez onc la joie , mais plutôt d'un délire causé
me pardonner la faute que j'ai coma par l'excès du malheur. Toutefois, ce
mise, et ne considérer ue mes inten rire est encore moins déplacé que votre
tions qui sont celles d'un on citoyen. : douleur. Quoi! au moment où l'on ar
Aunibal ajouta que rejeter, dans un rachait les dépouilles de Carthage,
danger si pressant, la paix accordée quand on la désarmait, vous ne pleu
par Scipion , c'était vouloir la ruine de riez point; et, dans ce jour où chaque
Carthage. Il termina en disant: a Ne cito en doit payer sa part du tribut,
délibérez point sur les articles, mais on dirait ne la perte de votre or est
recevez-les avec joie. Offrez des sacri une vérita le calamité publique. Hélas!
fices aux dieux, et priez-les de faire je crains qu’avant peu vous ne vous
en sorte que le peuple romain ratifie aperceviezque ce qui vous coûte au
le traité que l'on nous pro se.» Le jourd'hui des larmes, était de tous vos
sénat se rendit à l'opinion ’Annibal, maux le plus léger! »
et fit partir des ambassadeurs pour Scipion, avant de quitter l'Afrique ,
conclure la paix. Ces ambassadeurs se ajouta aux Etats que Massinissa tenait
dirigèrent vers Scipion qui campait à de ses ancêtres Cirta et les autres villes
Tunis, et de là ils allèrent à Rome. qui avaient appartenu à Syphax. C'était
introduits dans le sénat, Asdrubal car le récompenser de sa fidélité et
Hædus, l’un d'eux, prit la parole et 'attacher de plus en plus au parti des
implora la pitié des Romains. On leur Romains. Ainsi Carthage, épuisée d’ar
accorda la paix , et le traité conclu par gent par d'onéreuses contributions ,
Scipion fut ratifié par le peuple et les sans armées de terre et sans flotte, se
sénateurs. Alors , les ambassadeurs re vo ait livrée à la discrétion de sa ri
vinrent en Afrique. va e. Toutefois , Rome crai ait encore
«Les Carthaginois, dit Tite-Live, qu'elle ne pût se relever e tant de
« livrèrent leurs vaisseaux de guerre, désastres; et, pour la tenir toujours
a leurs éléphants, les transfuges, les faible et toujours humiliée, elle accrut
« esclaves fugitifs et quatre mille pri la puissance de Massinissa, l'ennemi
«sonniers, parmi lesquels se trouva éternel du peuple carthaginois. Au
« un sénateur, Q. Terentius Culleo. moment où Scipion partit pour aller
« Scipion fit conduire les vaisseaux en recevoir le triom he, il était dé'à évi
a pleine mer pour y être brûlés; ils dent que le trait qui avait mis n à la
« ormaient, suivant quelques histo deuxie’me guerre punique ne faisait
« riens, un total de cinq cents bâti qu’ajourner la ruine de Carthage.
a ments à rames. L’aspect de cet em-. Canrnmz Humus]; un LES Ro
cbrasement, qui tout à coup vint MAINS APRÈS LA DEUXIÈME GUERRE
- frapper les regards, causa aux Car PUNIQUE; AMBASSADBUBS BNVOYÉS
CARTHAGE. 97
Aux CAIITIIAeINoIs PAII LEs Ro se bâtèrent encore d'envo er à Rome
nAINs; EEPoNsE DEs CAIITnAGINoIs deux eent'mille mesures e blé et au
A cEs AMEAssAnEUns ; 20l-195 AVANT tant à l'armée de Macédoine. Quant a
NoTEE ÈRE. —— Après avoir succombé, Amilcar, il perdit la vie dans une ba
Carthage ne tarda pas à sentir com taille où les Gaulois furent vaincus (").
bien étaient rigoureuses et dures les Nous devons ajouter ici que les am
lois que Rome victorieuse im osait à bassadeurs qui étaient venus à Car
ses ennemis. Dès lors, en e et, elle thage avaient mission de poursuivre
fut obligée de subir, jusqu'au moment leur route en Afrique, et de se pré
de sa ruine, une longue série d'humi senter à Massinissa pour lui offrir de
liations et d'in'ustices. Ainsi, les Ro riches présents, et le féliciter, non
mains avaient a peine ratifié le traité seulement d'avoir reconquis les États
qui termina la guerre, que les Cartha de ses pères, mais encore d'avoir dé
ginois s’empresserent de remplir leurs pouillé de son royaume Syphax , l'allié
nouveaux engagements et de se son des carthaginois.
mettre à toutes les conditions qu'ils CONDUITE D'ANNIEAL PENDANT LA
avaient acceptées. Ils croyaient sans PAIX; LEs EÉroaMEs QU'IL OPÈRE
doute avoir satisfait aux exi ences DANs LE GOUVERNEMENT DE CAE
des vainqueurs, lorsque des am assa TIIAGE soULEvENT coNTnE LUI LE
deurs se présentèrent à eux , et PAIITI AnIsTocnATIQUE; ANNIEAL
parlèrent ainsi au nom de Rome : EcHAPPE Aux RoMAINs PAII LA
« Amilcar, un de vos concitoyens, est FUITE; 195 AVANT NoTEE ÈEE. —
«resté dans la Gaule; il a levé une Quand la guerre fut terminée, Anni
a armée de Gaulois et de Liguriens , et bal, chef de la faction Barcine, fut
a il fait la guerre aux Romains contre porté par ses concitoyens aux plus
c la foi des traités. Si vous désirez _ antes dignités de la république. Bien
en conserver la paix, rappelez Amilcar tôt il usa de son pouvoir et de son
« pour le livrer au peuple romain. n influence pour opérer dans le gouver
Ils ajoutèrent encore: a Tous les trans nement de Carthage d'importantes ré
« fuges n'ont point été rendus; il en formes; mais il ne put attaquer cer
u est resté un grand nombre, qui, tains vices de la constitution sans se
a d it-on, se montrent publiquement à faire, dans le parti aristocrati ue,
- Cartha e. Vous devez en faire une d'implacables ennemis. A cette po
a recherc e exacte et les arrêter, afin que, l'ordre des juges exerçait dans la
« de les remettre‘ aux Romains d'après ville une domination d'autant plus ab
« les termes du traité. » solue et tvrannique, que les charges
Amilcaravait agi sans la participation de cet ordre étaient inamovibles. Les
des carthaginois; ceux-ci ne pouvaient juges disposaient, suivant leurs ca
donc lui ordonner de suspendre une prices, des biens , de l'honneur et de la
guerre à laquelle ils étaient étran ers. vie même des citoyens. Il suffisait d'a
Toutefois, a la voix des ambassa eurs voir déplu à l'un d'eux pour être ex
romains, ils s’humilièrent, et firent cette posé à la haine de tous-les autres.
réponse: « Tout ce qui est en notre Annibal essaya d'attaquer les juges qui
« pouvoir, c'est d'exiler Amilcar et de depuis longtemps étaient devenus
a confisquer ses biens. A l'égard des odieux au peuple. Un jour qu'il siégeait
« transfuges, nous avons restitué ceux à son tribunal, il s'éleva fortement
II ne des recherches exactes nous ont contre eux, et les accusa d'avoir
a ait découvrir. Nous nous proposons , anéanti, par l'abus qu'ils avaient fait
a à ce sujet, d'envoyer des députés au de leur pouvoir et par leur arrogance,
-sénat romain pour lui donner des
« explications satisfaisantes.» Les Car. (’) 'I‘ite-Live nous apprend que , suivant
tbaginois ne se bornèrent point à pro certains historiens, Amilcar fut pris pen
tester ainsi, par leurs paroles, contre dapt la bataille et qu'on le vit paraître à
la malveillance de leurs ennemis, ils Rome , dans un triomphe.
1' maison. (CAnTIIAeL) 7
98
l'autorité des lois et des magistrats. équipée. C'est ainsi qu'Annibal quitta.
Quand Annibal s'aperçut que la mul l'Afrique; et dans sa fuite, dit Tite
titude écoutait son discours avec fa Live, il pensait plus souvent à la triste
veur, il lit passer une loi qui portait: destinée de Carthage qu'à ses propres
« qu'à l'avenir, on élirait chaque année malheurs.
de nouveaux juges, et que personne ne La nouvelle de la disparition sou
pourrait être juge deux ans de suite. » daine d'Annibal se répandit bientôt à
Cette grande mesure fut accueillie avec Carthage. Les bruits les plus divers
joie par le peuple, mais elle ne fit circulaient parmi la foule qui s’était
qu'irriter de plus en plus la faction rassemblée dans la place publique. Les
aristocratique. Bientôt une autre loi, uns disaient u’il avait pris la fuite;
faite dans un but d'utilité publique, les autres , etc était le plus grand nom
acheva d’exaspérer tous les ennemis bre, affirmaient qu'il avait été tué par
d’Annibal. Depuis longtemps, les re les émissaires des Romains; enfin, on
venus de l’Etat étaient dilapidés par apprit par des marchands qu'Annibal
ceux-là mêmeà qui la république les s'était montré dans l'île de Cercine.
avait confiés , ou enlevés par les grands, Les ambassadeurs romains, trompés
qui se les partageaient comme une dans leur attente, se présentèrent au
l'oie. Les sommes destinées à payer sénat de Carthage, où ils dirent : « qu’ils
ce tribut annuel imposé par les R0 n'ignoraient pas qu'Annibal entrete
mains se trouvant ainsi détournées, le nait des relations avec Philippe de Ma
peuple était soumis à d'onéreuses con cédoine, Antiochus , les Étoliens, et
tributions. Annibal, après avoir pris tous les ennemis de Rome; qu'il ne se
une connaissance exacte de l'étendue donnerait point de re os qu'il n'eût al
des revenus de l’Etat, força à une res lumé la guerre dans e monde entier;
titution les détenteurs des deniers pu que les Carthaginois ne devaient as
blics. Dès lors, il fut exposé à toute la laisser ces manœuvres impunies, s ils
haine de l'aristocratie. Ses ennemis voulaient prouver au peuple romain
écrivirent à Rome pour l'accuser d‘en qu'ils étaient complètement étrangers
tretenir avec le roi de Syrie,'Antio aux projets d'Annibal. » Les Cartha
chus, de coupables intelligences. ginois répondirent à ces arrogantes pa
‘Les Romains, qui craignaient tou roles, qu'ils étaient disposés à se son
jours Annibal, prêtèrent une oreille mettre en toutes choses aux volontés
favorable à ses accusateurs, et ils ré du peuple romain. Mais déjà il était
solurent, malgré l'opposition de Sci hors de leur pouvoir de combler les
pion l'Africain, de s'emparer de sa vœux de Rome, car Annibal en fuyant
personne. [Is envoyèrent à Carthage s'était mis à l'abri de la haine et de
C. Servilius, M. Claudius Marcellus et la perfidie de tous ses ennemis.
Q. Terentius Culléo, qui, d'après les ANNIEAL CHEZ ANTIocIIUs; sEs
conseils des ennemis d'Annibal, can TENTATIvEs PoUE nALLUIIEn LA
chèrent le but de leur voyage. Quand GUEIIEE coNTEE LES RoMAINs; IL
ils furent arrivés , Annibal ne se trompa ESSAIE , PAR UN DE sEs EMIssAInEs,
point sur leurs projets. Il fit ses ‘pré DE soULEVEE LEs CAIITHAGINoIs.
paratifs, et le jour même de sa uite 195-193 AVANT No'rnE EEE. — An
on le vit se promener longtemps sur nibal, après une heureuse navigation,
la place publique. Quand le soir fut arriva à Tyr, où il fut reçu comme
venu , il se rendit à une des portes de dans une seconde patrie. Il ne fit pas
la ville, suivi seulement de deux hom un long séjour dans cette ville , et il
mes qui ignoraient son dessein. Des s'empressa de se rendre a Antioche.
chevaux l'attendaient, et il partit ans Quand il apprit que le roi de Syrie
sitôt. Le lendemain, il arriva au bord était absent, il se remit en mer et il
de la mer, entre Acholla et Thapsus, se diri ea vers Ephèse, où il rencon
et là il s'embarqua sur une galère que tra en n Antiochus. Ce prince était
depuis longtemps il tenait prête et alors dans de grandes incertitudes, et
CARTHAGE. 99
il ne savait s'il devait entreprendre la sénateurs commencèrent à délibérer;
guerre contre les Romains. L'arrivée mais bientôt des débats s’élevèrentdans
d’Annibal mit fin à toutes ses irréso le sénat, les avis furent partagés, et
lutions. On a prit bientôt à Rome On se sépara ce jour'là sans avoir pris
qu’Antiochus alsait de grands prépa une décision. Quand le soir fut arri
ratifs. Cette fois encore, les Cartha vé, Ariston, vraisemblablement d'a.
ginois vinrent dénoncer Annibal au près les conseils des amis d'Annibal ,
sénat romain, et l'accuser d'avoir été vint avec des placards dans un des en
l'instigateur de la guerre qui allait com droits les plus fréquentés de la ville, et
mencer. En effet, Annibal , qui avait il les suspendit au-dessus du tribunal
gagné vla confiance d'Antiochus, lui où siéîeaieiit chaque jour les magis
avait inspiré une partie de sa haine trats. ui-méme, vers la troisième
contre les Romains. Il ne cessait de veille, s'embarque et prit la fuite. Le
lui dire que Rome était l'ennemie de lendemain, lors ne les suffètes se ren
tous les euples, que, pour lui résis dirent à leur tri unal pour rendre la
ter, il fa lait la pr venir et l'attaquer justice , on aperçut les placards; on les
en Italie. Il s'offrait pour conduire une détacha et on en lit lecture. Ils por
expédition dans cette contrée, qu'il taient : a que les instructions données
avait abandonnée avec tant de regret, à Ariston, n'étaient point secrètes et
Ï il disait au roi de Syrie, que si le qu'elles ne s'adressaient à aucun ci—
t éâtre de la guerre était porté encore toyen en particulier, mais à tous les
une fois en Italie, Carthage elle-même sénateurs. » Cette déclaration qui com
ne tarderait point à reprendre les ar promettait les familles les plus illus
mes. Après avoir fait goûter ses pro tres, fut cause qu’on ralentit toutes
‘ets à Antiochus, il voulut connaître les poursuites; cependant on crut né
'ies intentions de ses concitoyens. Il cessaire d'envoyer- une ambassade à
envoya à Carthage un émissaire adroit, Rome, pour informer les consuls et
le Tyrien Ariston , auquel il ne confia le sénat de ce qui s'était passé.
point'de lettres, mais seulement des PnEmEEEs ATTAQUES DE MAssI
Instructions verbales, et il l'adressa à NIssA CONTRE LES CAnTIIAGINoIs
ceux qu’il comptait encore au nombre QUI IMPLOEENT L'INTERVENTION DEs
de ses amis. ROIIAINS; OPINION DE POLYBE ET
Dès qu'Ariston parut à Carthage, DE TITE-LIVE sua LA CONDUITE DU
l'objet de sa mission fut connu de sENAT ROMAIN; 193 AvANT NOTEE
tous : alors la faction aristocrati EEE. —— Massinissa ne tarda pas à voir
que conçut de grandes craintes. Les que le stratagème d'Ariston avait ins
sénateurs étaient d'avis de faire com piréauxRomainsdescraintessérieuses;
paraître Ariston devant les magis Il profita de cette circonstance , et aussi
trats, de l'envoyer à Rome s'il ne des divisions qui existaient au sein de
pouvait donner sur son voyage des ex Carthage entre le sénat et le peuple,
plications satisfaisantes, et ils disaient pour agrandir ses États. Il attaqua les
qu’on devait maintenir la'république, carthaginois, et il exerça de grands
non-seulement à l'abri de tout repro ravages sur les terres qui leur étaient
che, mais encore de tout soupçon. soumises. Pol e a parlé en peu de
A Plielé devantles magistrats, Ariston
. mots de cette entative de Massinissa.
fit valoir, comme m0 en de défense, Il suffira, nous le croyons, de lire le
l'impossibilité Où l'on tait de produire court récit de cet historien pour cons
contre lui des preuves écrites. Cepen naître le système de conduite e les
dant il ne put trouver pour son voyage Romains avaient adopté alors à ’égard
un prétexte plausible, et il montra un des carthaginois. « En Afrique, dit Po
extrême embarras lorsqu'on lui fit ob— « lybe , Massinissa avait été fortement
server u'il n'avait en des entretiens « tenté de s'emparer du territoire qui
qu'avec es membres de la faction Bar a se trouve aux environs de la petite
cine. Après avoir entendu Ari‘ston , les « Syrte, et qu'on appelle Fmptm'a. Il
100
a y avait sur ce territoire un grand Ils envoyèrent en Afrique des com
«nombre de villes C‘); le pays était missaires qui devaient terminer la con
a beau, et on en tirait des revenus testation. Voici les curieux renseigne
« très considérables. Il prit enfin la ments que nous donne Tite-Live sur
« résolution d’envahir cette riche con la maniere dont ces commissaires s’ac
« trée. Il se rendit maître des cam quittèrent de leur mission : « Publius
a pagnes; mais , lorsqu’il voulut at « Scipion I’Africain , C. Cornélius Cé
« taquer les villes, il rencontra de « thégus et M. Minucius Rufus, après
a grands obstacles. Les carthaginois a avoir écouté et examiné l'affaire, ne
a les défendirent si bien, qu’il ne put « se prononcèrent pour aucune des
« y entrer. Pendant toutes ces hos a deux parties, et ils laissèrent toutes
« tilités, les carthaginois envoyaient « choses indécises. On ne sait s'ils agi
« des ambassadeurs à Rome pour se « rent ainsi de leur propre mouve
« plaindre du roi de Numidie; et le roi « ment, ou s’ils ne firent que se
a y députait aussi de sa part, pour se « conformer aux: instructions qu’ils
«justifier contre les carthaginois. « avaient reçues ; mais il est certain
a L'équité voulait qu’on se prononçat « que les circonstances uoulaientqu’on
a pour Carthage; cependant les 110 « aissat les carthaginois et le roi de
n mainsfauorisaz‘enl Massinissa , non « Numidæ dans une complète mésin
a que le bon droit fût du coté de ce « telligence ; autrement Scipion, par
«prince, mais parce qu’il était de a la connaissance eæacte qu'il avait
n t’intérét du sénat de décider en « de toute l’affaire , aurait pu tran
a sa faveur. Voici. la cause des hos « cher la difficulté. »
« tilite’s : le roi de Numidie ayant DERNIÈRES ANNÉES DE LA- vre
a demandé à traverser le territoire D’ANNIBAL; 193-183 AVANT NOTRE
« voisin de la petite Syrte pour pour ÈRE. — Annibal , dans son exil, vit
« suivre un rebelle appele Aphtéra bientôt avec douleur qu’Antiochus res
« te (’*), les carthaginois lui avaient tait inactif et mettait en oubli ses utiles
« refusé le passage. Ce refus leur coûta conseils. Des courtisans, jaloux de la
n cher. Ils furent tellement pressés par faveur dont il jouissait , avaient inspiré
« Massinissa, qu’à la fin ils perdirent au roi de Syrie des doutes sur sa sin
a la campagne et les villes; ils furent cérité. Il y avait déjà, dans les rapports
a même obligés de payer cin cents ta d’Aunibal et d'Antiochus. quelque re
“ lents pour les revenus qu’i s avaient froidissement lorsque des ambassa
« perçus depuis le commencement de deurs romains arriverent en Asie. L'un
n a contestation. n d’eux . Villius, se rendit à Ephèse, où
Les carthaginois, pendant toute la il se ménagea, dit-on, de fréquents
durée de la lutte, n’avaient cessé d’in entretiens avec le chef carthaginois.
voquer le traité par lequel _Sc_ipion, A la suite de ces entretiens diversement
après sa victoire, fixant les limites de interprétés, Antiochus craignit une
leurs possessions, avait enclavé dans trahison, et il cessa de confier ses pro
ces limites la contrée qu’on appelle jets à Annibal.
Emporia. Les Romains ne pouvaient Ici , la tradition place une anecdote
ouvertement violer le traité, et, d’au célèbre que nous allons rapporter.
tre part, leur intention n'était pas de P. Scipion l’Africain était au nombre
dépouiller Massinissa de sa nouvelle des ambassadeurs romains qui se ren
conquête. Pour mettre de leur coté, dirent à Éphèse. Dans une entrevue
au moins, les apparences de la justice, qu’il eut avec Annibal, il lui demanda
ils eurent recours au moyen suivant. quel était celui de tous les géné
raux qu’il plaçait au premier rang. —
(') Tire-Live prétend au contraire que Alexandre, répondit AnnibaL- Et au
dans tout le pays il n'y avait qu'une seule second rang? — Pyrrhus. —- Et au
ville. C‘élait Leplis. troisième? — Moi —même. — A quel
(") Tite-Live l'appelle Jp/u’r. rang vous placeriez-vous , dit Scipion
CARTHAGE. 101
en riant, si vous m'aviez vaincu? — Je Autiochus fit, il est vrai, des pré
me placerais avant Alexandra, avant paratifs; mais il a it avec tant de ‘en,
Szrrhus, et avant tous les autres gé teur et tant de nég igence , qu’Anmbai
raux, repartit Annibal. Scipion, vit s'évanouir alors ses dernières espé
ajoute la tradition , fut touché de cette rances. Le roi de Syrie passa en Grèce.
10m1: imprévue, qui le mettait ainsi où, par sa folle conduite, .il perdit une
hors toute comparaison (“). bataille, et donna aux Romains un
Annibal souffrit d’abord,sans profé prétexte ur entrer en Asie. Au'mo-‘
rer une plainte, les injurieux soupçons ment où Il regagnait en fuyant sa ville
d’Antiochus. Mais, enfin , il ne put d’Éphèse, Antiochus , dit-on , recon
résister au désir de se justifier et de nut la sagesse‘ des plans d’Annibal.
combattre les erlides insinuations de Mais le repentir venait trop tard et ne
ses ennemis. 1 se rendit un jour au pouvait le sauver, car déjà une armée
près d’Antiochus ,.et lui dit: a 0 roi, romaine se préparait à l'attaquer dans
« j'étais bien jeune encore lorsque mon ses États. Les événements justifièrent
« père Amilcar quitta Carthage pour les prédictions d’Annibal. Les Ro
a aller en Espagne. Avant son départ, mains passèrent en Asie , et Antiochus
a il me conduisit à l’autel où il sacri fut vaincu. Toutefois, pendant la
- fiait aux dieux; et, là, il me fit pro. uerre, le général carthaginois n’a
- mettre de vouer une haine éternelle andonna point celui qui lui avait ac
« aux Romains. Ce serment prêté à cordé l’hospitalité. Il aida le roi de
a mon père ,‘ devant les dieux, je l’ai Syrie de ses conseils et de sa longue
- âardé religieusement jusqu’à ce jour. expérience , jusqu’au jour où ce'priuce
a ’est pour ne point violer ce solennel lit la paix avec les Romains. Alors
c engagement que j'ai abandonné Car Annibal, cédant encore une fois à la
- thage asservie, et que je suis venu mauvaise fortune, alla chercher un
a dans vos États. Si vous trom nouvel asile. Il se rendit auprès de
« pez mes espérances, j’irai , fidèle à Prusias, et ce fut en Bithyme qu’il
ni mon premier serment, "irai artout passa les dernières années de sa vie. Il
un où je saurai gu’il y a es au data et y vivait en repos lorsque des ambassa
c des armes, a n de susciter des en deurs romains arrivèrent à la cour de
- nemis aux Romains. Je hais les Ro Prusias. L'un» d’eux , Flamininus, re
c mains, et "en suis haï: mon père proche au roi de donner asile au lus
- Amilcar et es dieux sont témoins de mplaeable ennemi des Romains. ru
-_ la vérité de mes paroles. 0 roi, si sias com rit aisément que les repro
x vous songez à faire la paix avec les ches de lamininus étaient des me
c Romains , vous pouvez m’enlever mecs, et il résolut de tuer ou de
« votre confiance; mais si vous vous livrer celui qui lui était uni par les
a préparez à leur faire la guerre, sa liens de l'hospitalité. Quand Annibal
a chez qu’Annibal est le meilleur et le vit qu’il ne lui restait aucun moyen de
a plus dévoué de vos conseillers ("3. r fuir, il prit du poison; et, avant de
Ces paroles , .dit Tite-Live, produi mourir, il chargea d’imprécations Pru
sirent une telle impression sur l’esprit sias et les Romains. Telle fut la fln de
du roi qu’il rendit à Annibal toute sa cet homme que son génie, ses bril
confiance, et qu’il se décida enfin à lantes victoires, ses malheurs sans
déclarer la guerre aux Romains. nombre et sa haine contre Rome ont
(') Voy. 'l‘ite-Live.—Plutarque, dans la rendu à jamais célèbre.
vie de Pyrrhus, raconte aussi cet entretien. Lune sans Lss Canrnsemors
Suivant lui, Annibal mil Pyrrhus au pie n'r Msssrmsss; Lss CABTHAGINOIS
mier rang, Scipion au deuxième, et lui pon'rsm' LEuns PLAINTES A Roue;
même se plaça au troisième. La tradition sur murmure‘ pas ARBITRES aousnvs;
laquelle l'lutarque fondait son récit ne t'ai 182-152 AVANT morne Èns. - Au
sait int mention d'Alexandre. moment même où Annibal ex irait
( Voy. Tite-Live et Cornélius Nepol. dans une contrée lointaine , Cart age,
102
vaincue et humiliée. s'était vue forcée en paix avec les alliés du peuple ro
de céder au roi de Numidie une nou main. Carthage ne savait que trop
velle portion de son territoire. Plein bien que Rome plaçait Massinissa au
de confiance dans l'amitié des Romains, nombre de ses alliés les plus fidèles et
et rassuré d'ailleurs ar l'approbation les plus dévoués. Unseul m0 en res
tacite qu'ils avaient onnée a ses pre tait aux Carthaginois : c'était e porter
m‘ières usurpations, Massinissa avait leurs plaintes au sénat romain. Les
renouvelé les hostilités. et il avait en ambassadeurs qu’ils envoyèrent alors
core enlevé une province aux Cartha demandèrent pour leurs com atriotes
ginois. Ceux-ci envoyèrent des ambas une de ces trois choses: ou e les au
sadeurs à Rome pour porter plainte toriser à discuter avec Massinissa sur
contre Massinissa. Les Romains nom‘ leurs droits respectifs au tribunal d'un
mèrent des arbitres qui prirent con peuple allié; ou de leur permettre
naissance de l'affaire, mais qui ne se d'opposer à une injuste agression une
prononcèrent point.Toutefois, ils lais défense légitime; ou bien , enfin, si la
sèrent provisoirement à Massinissa les faveur l'emportait sur le bon droit,
terres qu'il avait conquises. Les Car de déclarer une fois pour toutes ce
thaginols protestèrent longtemps cou qu'on voulait leur enlever pour le don
tre cette odieuse partialité. En effet, ner à Massinissa. a Si l'on ne veut ac
nous savons par Tite-Live que deux « corder aux Carthaginois, ajoutèrent
ans après l'envoi des commissaires,les « les ambassadeurs, aucune de ces trois
Romains , pour apaiser les plaintes de « choses; et si, depuis la paix accordée
Carthage, lui rendirent cent otages « par Scipion , on a quelque tort à leur
et lui garantirent la paix non-seule a reprocher, il faut agir ranchement à
ment avec eux-mémes, mais encore a leur égard. Ils aiment mieux une ser
avec Massinissa. Pendant quelques an « vitude tranquille sous la domination
nées, le roi de Numidie resta fidèle «des Romains u’une liberté exposée
aux engagements que les Romains « aux violences _ eMassinissa. - Ce dis
avaient ris pour lui: mais enfin il cours achevé, ils se prosternèrent en
ne put resister au désir de renouveler pleurant, et les sénateurs romains ne
contre les Carthaginois une guerre qui purent se défendre d'un mouvement
lui procurait de si grands avantages. de compassion. On jugea convenable
Il réclama, comme sa propriété, une d'interroger le fils du roi de Numidie,
portion de territoire connue sous le Gulussa , qui se trouvait alors à Rome.
nom de Grandes-Plaines, et une pro Gulussa, qui n'avait aucun moyen de
vince appelée Tysca, où l’on comptait justifier la conduite de son père, ré
un gran nombre de villes. Tandis que pondit que Massinissa ne lui a ant
les Carthaginois protestaient , .au nom transmis aucune instruction , i ne
de la justice, contre cette nouvelle pré pouvait donner les explications qui lui
tention , Massinissa s'empara des villes étaient demandées. Le sénat, après
et du territoire. avoir délibéré , décida que Gulussa re
Par le traité qui avait mis fin à tournerait en Numidie pour avertir
la deuxième guerre punique, les Car son père d'envoyer des ambassadeurs
thaginois se trouvaient tellement en chargés de répondre aux plaintes des
chalnés u'ils ne ouvaient repous Cart aginois. - On adéjà fait beaucoup,
ser la vie ence par a violence, et re disait le sénat, et l'on fera plus encore
courir aux armes pour se défendre pour récompenser Massinissa de son
contre le roi de Numidie. En effet, il attachement sincère; mais on respec
ne leur était pas permis de faire la tera la justice et l'on n’accordera rien
guerre au delà de leurs frontières; et à la faveur. Les Romains désirent que
quand bien même Rome les eût auto le territoire contesté reste à son pos
risés à user de représailles, ils étaient sesseur légitime, et que les anciennes
mcore liés par un article du traité qui limites tracées entre les deux États
leur ordonnait formellement de vivre soient respectées. Ils n’ont pas rendu
CARTHAGE. 103
aux carthaginois vaincus leurs villes PAETIs QUI DIvIsENT LA RÉPUBLI
et leur territoire, pour leur arracher QUE;CARIHAGE,APBÈSLADEUXIÈMB
par violence, durant la paix, ce qu’ils GUEEEE PUNIQUE, coNsEEvE EN
n’ont as voulu leur enlever par le coIIE ASSEZ DE PUISSANCE PoUn INs
droit ela guerre.» PIEEE D‘Es cnAINTEs sEEIEUsEs AUX
On pourrait s'étonner de cette déci RoMAINs. — Il n'y eut longtemps à
sion impartiale des Romains, si l'on Carthage que les deux partis qui, à
ne savait qu'au moment même où ils l'époque de la deuxième uerre puni
paraissaient disposés à écouter les que, avaient eu pour che s Hannon et
plaintes des carthaginois , ils couraient nnibal. Le parti d'Hannon, comme
de grands dangers. Le roi de Macé nous l'avons dit, re résentait l'an
doine, Perse’e, avait envoyé des am cienne aristocratie car haginoise, et le
bassadeurs aux carthaginois , et il leur parti d‘Annibal, connu dans l'histoire
avait proposé de se liguer avec lui pour sous le nom de faction .Barcine, était
combattre leurs ennemis communs. le parti populaire, et si nous enjugeons
Ce fut alors que, pour prévenir cette par ses actes, le parti vraiment na
redoutable coalition, le sénat se mon tional. Après la bataille de Zama, la
tra juste et blâma avec Iuelque sé faction Barcine ne rdit rien de son
vérité les a ressions de assinissa. influence. Annibal tait revenu a Car
Mais quand ersée fut vaincu , les Ro thage , où sa grande renommée lui avait
mains changèrent de langage, et ils ne acquis la considérationde tous et l'avait
montrèrent plus le même empresse porté aux premières dignités dela ré
ment pour donner atisfaction aux Car publique. Toutefois, laristocratie ne
thaginois. Ils envoyèrent, il est vrai, des subissait point sans peine la supériorité
commissaires en Afrique (‘); mais ces de la factionBarcine. Quand Annibal
commissaires n'avaient oint mission voulut introduire dans la républi ue
de forcer le roi de Numi ie à restituer d'utiles réformes, quand il attaqua es
le territoire qu'il avait injustement juges qui usaient tyrauniquement du
usurpé; ils proposèrent seulement à pouvoir qui leur avait été confié , quand
Massinissa et aux carthaginois de s'en Il for a une restitution ceux qui
remettre à leur arbitrage. Massinissa avaien dilapidé les trésors de l‘État,
accepta volontiers, parce qu'il ne pou les premières familles de Carthage,
vait (que gagner, à un jugement pro parmi lesquelles se trouvaient les ma
nonc par les Romains; mais les Car gistrats prévaricateurs, lui vouèrentL
thagino'is refusèrent. Ils disaient, pour une haine implacable. Comme le parti
raison , que le traité qui avait été donné aristocratique ne ouvait triompher,
par Scipion n'avait pas besoin de com par la force, de la action Barcine, il
mentaire, qu'on devait seulement s'en eut recours à un odieux moyen. Il en
quérir de ce qui avait été fait contre tI-etint à Rome des émissaires qui dé
ce traité. Cette fois encore, les com nonçaient comme attentatoires aux
missaires envoyés par Rome quittèrent traités conclus chacune des actions
l'Afrique sans prononcer un jugement. d'Annibal. Les Romains accueillirent ,
Mais i était facile de voir que la ques sans y croire peut-être, les délations
tion avait été tranchée en faveur de de l'aristocratle carthaginoise contre
Massinissa. Dès lors , le roi de Numidie celui dont le nom seul était pour eux un
ne cessa de susciter aux carthaginois objet de terreur. Annibal, on le sait,
de nouveaux embarras. Enfin, par ses s'expatria pour échapper à ses enne
attaques sans cesse renouvelées, il les mis. Privée de son chef et obligée de
entraîna dans une guerre qui devait céder aux circonstances, la faction
amener leur ruine. .Barcine abandonna le pouvoir au parti
ÉTAT INTEEIEUE DE CAETIIAGE; aristocratique, que les historiens de
l'antiquité ont justement fiétri en'le
‘(")_Caton était au nombre de ces com qualifiant de parti romain. Bientôt
missaires. par suite des succès de Massinisa e
104
des relations fréquentes des Numides de la province de Tysca et du territoire
avec Carthage, il se forma dans la ré des Grandes-Plaines, que les Romains
publique une troisième faction : celle avaient envoyé des commissaires en
ci favorisait ouvertement les préten Afrique. Pour pénétrer jusqu'au terri
tions du roi de Numidie , et se montrait toire qui faisant l'objet du débat, ces
non moins hostile que l'aristocratie au commissaires traversèrent une contrée
parti vraiment national. qui appartenait aux Carthaginois. Ils
Rassurés par la lutte des factions et virent alors des campagnes fertiles,
par les dissensionsqui éclataient chaque embellies par une savante agriculture,
jour au sein de la ville, se fiant d'ail et où l'on rencontrait d'immenses ap
eurs sur la vigilance de Massinissa,‘ provisionnements. A rès avoir rempli
leur fidèle allié, les Romains faisaient leur mission, ils entrèrent à Carthage.
la guerre en Espagne, en Illyrie et en Là ils furent fra‘p és d'étonnement. En
Grèce, et ils attendaient patiemment effet, en d'années s'étaient écoulées
l'occasion de porter le dernier coup à depuis a victoire de Scipion, et cepen
la puissance carthaginoise. Par son lan dant Carthage semblait avoir réparé
gage et par ses actes, Carthage sem toutes ses pertes. Elle brillait par ses
blait encore ôter aux Romains tout richesses, et dans ses rues circulait
sujet de crainte. Elle remplissait ses une innombrable population. Les com
engagements, payait exactement le missaires revinrent à Rome, où , rap
tri ut qui lui avait été imposé, et quand pelant leurs impressions, ils racon
les Romains entreprenaient une guerre, tèrent ce u’ils avaient vu. « Cartha e,
elle leur prêtait une loyale assis disaient-is, s'est relevée de ses âé
, tance(*). Il arriva un jour âRome des faites et elle a repris toutes ses forces.
ambassadeurs qui annoncèrent que les Dès à présent, les richesses et la puis
Carthaginois avaient amassé au bord sance de cette ville ennemie doivent
de la mer un million de boisseaux de nous inspirer des craintes sérieuses. »
blé et cinq cent mille boisseaux d'orge , Ce fut alors que Caton laissa tomber
et qu'ils étaient prêts à les faire trans dans le sénat des figues qu'il portait
porter où il plairait au sénat. Les dans sa toge. Les sénateurs admiraient
ambassadeurs ajoutèrent : « Ce présent la beauté et la grosseur de ces figues,
« et ce service sont loin, sans doute, lorsqu'il leur dit: « La terre qui les
a de répondre à notre bonne volonté et produit n'est qu'à trois journées de
« aux bienfaits du peuple romain; mais Rome. » Caton ne se bornait pas à faire
n vous savez que dans d'autres temps des allusions , il exprimait ouvertement
« et lorsque la fortune des deux peu sa pensée, et l'on sait qu’à cette épo
« ples était également prospère, nous que il terminait tous ses discours par
n avons maintes fois rempli les devoirs ces mots: « J'opine pour la destruction
en de bons et fidèles alliés. » Ce langage de Carthage. » Il trouva, il est vrai,
' abject et une si entière soumission en quelques contradicteurs dans le sénat,
tretenaient les Romains, à l'égard de mais la majorité de l'assemblée parta
Carthage, dans une complète sécurité. geait ses opinions. La destruction de
lllais bientôt leurs craintes se réveil Carthage fut donc résolue, et le sénat
lèrent, et ils portèrent toute leur at romain n'attendit plus qu'une occasion
tention sur cette ville, qu'après la ba favorable pour mettre son pro'et à
taille de Zama ils croyaient abattue et exécution. Cette occasion ne tar a pas
privée de ses dernières ressources. à se présenter.‘
Nous avons déjà dit, en parlant de LEs PARTISANS DE MAssINIssA
la contestation qui s'était élevée entre soNT ExPULsEs DE CAnTIIAcE PAR
les Carthaginois et Massinissa au sujet LE PARTI DE'MocnATIQUE; GUEnnE
ENTIIE LES CAnTIIAoINoIs ET LE noI
(") Pendant la guerre contre Persée, les DE NUMIDIE; 152-149 AVANT NOTRE
Carthaginois avaient envoyé des Vaisseaux ÈRE. -— Au moment même où les Ro
aux Romains. mains préparaient la destruction de
CARTHAGE. 105
Carthage, cette ville était en proie à Enfin, il y eut entre les deux armées
de violentes dissensions. Vers l'année une grande bataille. Pendant cette san
152 le parti démocratique l'emporta, glante mélée qui dura un jour entier,
et fit condamner à l'exil quarante ci Massinissa, âgé alors de quatre-vingt
toyens qui appartenaient à la faction huit ans, courait à cheval parmi les
du roi Massinissa. Dans cette circons siens , remplissant tout à la fois, dit
tance , le peuple s'engagea par serment Appien, les devoirs du général et du
à ne jamais rappeler ceux qu'il venait soldat. Vers le soir, la victoire était
d'expulser. Les citoyens bannis se re encore douteuse lorsque les deux ar
tirèrent alors en Numidie : là ils pres mées se séparèrent.
sèrent vivement Massinissa de déclarer Le jeune Scipion se trouvait à cette
la guerre à leurs concitoyens. Le roi , bataille, mais il n'y prit aucune part :
dit un historien ancien, cédant moins il se tenait à distance, sur une colline,
aux conseils qu'on lui donnait qu'à sa et de là il suivait avec attention les
propre inclination , n'hésita point à mouvementsdesdeuxarmées.Plustard,
s'engager dans une nouvelle lutte con il répéta souvent qu'il avait assisté à
tre les carthaginois. D'abord il réso de nombreuses batailles, mais qu'il n'a
lut d'envoyer a Carthage ses deux fils vait jamais éprouvé un plaisir aussi vif
Gulussa etMici sa, pour exiger qu'on quedanscettejournée,ouil avaitvu aux
rappelät ceux e ses partisans que le prises plus de cent mille combattants.
peuple avait bannis. Gulussa et Mrcipsa Il est vraisemblable qu'après cette
touchaient déjà aux portes de Carthage bataille Asdrubal conçut des craintes
lorsqu'ils apprirent que, par ordre des sérieuses sur l'issue de la guerre, car
magistrats, Il leur était défendu d'en il ria Scipion de s'employer our ré
trer dans la ville. On raconte qu'à leur ta lir la paix entre les Cart aginois
retour, les fils du roi de Numidie fu et Massinissa. Il disait que Carthage
rent attaqués par les carthaginois , et était prête à céder une portion de
qu'après avoir vu périr plusieurs hom son territoire (*); il promettait en
mes de leur escorte ils n'échappèrent outre , au nom de ses concitoyens, de
qu'avec peine à ceux qui les poursui faire payer à Massinissa mille talents:
vaient. Massinissa profita de ces cir deux cents immédiatement, et huit
constances pour s'emparer de la ville cents à une certaine époque que l'on
d'Oroscope , qu'il avait respectée jus fixerait d'un commun accord. Le roi
qu'alors, pour ne point violer trop ou de Numidie accepta ces propositions ,
vertement les traités. Une tentative mais il voulut aussi u'on lui renvoyât
aussi audacieuse mit fin à toutes les ses transfuges. Sur e refus des Car
hésitations des carthaginois. lls levè thaginois, les négociations furent rom
rent quarante-cinq mille fantassins et pues.
quatre cents cavaliers, et ils placèrent Alors Massinissa environna d'un
Asdrubal à la tête de cette armée. fort retranchement la ‘colline sur la
Asdrubal se mit en marche, et il vit quelle se trouvait l'armée d’Asdrubal.
bientôt ses forces augmentées de six Il intercepta l'arrivée des convois , et
mille cavaliers numides qui avaient il lit si bonne garde que les carthagi
abandonné le camp de Massinissa. Dans nois, ne pouvant sortir de leur camp
les premiers combats qui furent livrés, pour se procurer des vivres, furent
les carthaginois obtinrent l'avantage. bientôt en proie à une horrible famine.
Mais Massinissa usait de ruse, et par Quelques jours encore après la bataille ,
une fuite simulée il attira peu à peu ‘Asdrubal et les siens auraient pu tra
Asdrubal et son armée sur un terrain verser les rangs de l'armée ennemie
inculte et parsemé d'un grand nombre et revenir à Carthage; mais ils avaient
d'éininences. Le roi de Numidie resta appris que des ambassadeurs romains
alors dans la plaine, et les carthaginois
s'emparèrent des lieux élevés, croyant (") Suivant Appien , c'était le territoire
se ménager ainsi une forte position. qui se trouvait aux environs des Emporirs.
106
s'étaient rendus auprès de Massinissa , de l’armée , et un petit nombre de sol
et ils comptaient sur leur intervention. dats, qui revinrent à Carthage, et qui
Ils furent trompés dans leurs espéran survécurent à un si grand désastre.
ces; car, dit Appien , les ambassadeurs Les CARTBAGINOIS ENVOIENT DES
romains avaient reçu pour mission de .ursxssxnsnns POUR PRÉVENIR LA
mettre fin a la lutte si Massinissa était COLÈRE DES ROMAINS; BEPONSE nu
vaincu, mais d’encoura er ce prince SÉNAT nousxmUrrqns AnANnoNNn
à poursuivre la guerre sil était vain L’ALLIANCE ne Csnruser ; 149
queur. Ces premiers moments d’bési AVANT NOTRE tu. — Les carthagi
tation perdirent les carthaginois. nois virent bientôt toute l’étendue du
Massinissa redoubla de vigilance , et danger qui les menaçait. C’était
l’armée assiégée fut réduite aux der moins le roi de Numidie et son armée
nières extrémités. uand les carthagi victorieuse qu'ils craignaient alors ,
nois eurent é uisé es vivres qui leur qu’un autre ennemi bien plus redou
restaient, ils uèrent les chevaux et les table. Ils savaient que les Romains
bêtes de somme. Puis ils employèrent prendraient occasion de la guerre qui
les cuirs pour apaiser la faim qui les avait été faite à Massinissa, leur fidele
dévorait. Les chaleurs de l'été se fai allié , pour faire éclater contre Car
saient sentir alors dans toute leur vio thage leur vieille inimitié et toute leur
lence. Les mauvais aliments. l’inac animosité. « En cela, dit Applen, ils
tion , une brûlante atmosphère ne ne furent oint trompés. En e fet, aus
tardèrent point à amener la este dans sitôt que es Romains eurent appris la
l’armée carthaginoise. Les so dats, ren défaite des carthaginois, ils firent des
fermés dans un étroitespace, mouraient levées dans toute l Italie; et, sans dé
ar milliers; et l'odeur u’exhalaient voiler leurs projets, ils ordonnèrent à
es cadavres entassés d veloppait et leurs soldats de se tenir prêts à artir. n
accroissait de ljour en jour la terrible Les carthaginois, de leur c té, eu
maladie. Dé'à a plus grande partie de rent recours à un dernier moyen pour
l’armée cart aginoise avait succombé. prévenir, s’il en était tem s encore . les
lorsque Asdrubal tenta encore une fois, attaques des Romains. 1 s condamne
pour se sauver, la voie des négocia rent a mort Asdrubal , Carthalon , et
tions. Massinissa consentit à faire la quelques autres‘ qui s’étaient ouverte
aix aux conditions suivantes: « Que ment prononcés pour la guerre contre
es carthaginois lui rendraient ses Massinissa. Puis ils envoyèrent des
transfuges; qu’ils lui payeraient en ambassadeurs à Rome , pour déclarer
cinquante ans cinq cents talents d’ar que les seuls coupables étaient ceux
gent; qu’ils s'engageraient par serment que l’on venait de condamner. Dans
rappeler les citoyens qu’ils avaient le sénat romain, on répondit aux am
bannis, et que les soldats qui se trou bassadeurs : « Pourquoi n'avez-vous
vaient encore dans le camp assiégé sor « point fait cette déclaration au com
tiraient un à un, sans armes, et qu’ils « mencement de la guerre? Pourquoi
traverseraient ainsi son armée. » As « n’avez-vouscondamné Asdrubal et ses
drubal acce ta ces dures conditions. « complices qu’après la victoire de Mas
On dit que ulussa tomba à’ l’impro ‘ sinissa et votre propredèfaitei‘npleins
viste, avec ses cavaliers numides, sur de trouble , les carthaginois s’écrièrent
les soldats désarmés qui avaient repris alors: « Si vous nous croyez coupa
le chemin de Carthage, et qu’il les « bles, dites - nous au moins comment
massacra. « nous pouvonsobtenir notre pardon.
Dans cette guerre, les Cartha inois Le sénat ne leur dit que ces mots:
perdirent cinquante-huit mille om « En donnant satisfaction au peuple
mes C‘). Il n'y eut qu’Asdrubal , le chef « romain. » On interpréta diversement,
(') Asdrubal n’eut d'abord avec lui que la guerre, son armée reçu! de nombreux
quarante-cinq mille hommes, mais pendant renforts.
CARTHAGE. 107
à Carthage, la réponse du sénat ro voirs. Quand les envoyés carthaginois
main. Il s'agissait, suivant les uns, entrèrent à Rome , ils aptprirent e dé
d'ajouter de nouvelles sommes au tri part de l'armée et des eux consuls.
but imposé ar Scipion, et, suivant Ils ne balancèreut point alors, et ils
les autres, c céder à Massinissa le annoncèrent au sénat que leurs conci
territoire qu'on lui disputait. Enfin, toyens se mettaient, eux et leurs biens,
pour mettre un terme à toutes les in à la discrétion du peuple romain. On
certitudes, on résolut d'envoyer une leur répondit: « Puisque vous avez
seconde ambassade. Arrivés à Rome , « pris cette sage résolution, le sénat
les carthaginois furent introduits dans « vous laisse votre liberté, vos lois et
le sénat. u Que devons-nous faire , de « votre territoire. Toutefois, aucune de
mandèrent-ils, pour donner satisfac a ces choses ne vous sera accordée,
tion aux Romains? — Vous le savez , » « si vous n'envoyez à Lilybée, avant
dirent les sénateurs; et ils renvoyèrent « un mois, trois cents otages pris dans
les ambassadeurs avec cette vague ré « les premières familles dela république,
ponse. « et si vous refusez de vous soumettre
Une triste nouvelle vint porter au « aux ordres des consuls.» On congédia
comble la frayeur des carthaginois. ainsi les ambassadeurs, et en même
Utique , qui depuis tant de siècles était temps on fit avertir secrètement Mani
la fidèle alliée de Carthage, avait en lius et Censorinus de ne point s'écar
voyé des ambassadeurs à Rome pour ter des instructions qu’ils avaient re
déclarer qu’elle était prête à recevoir çues. _
la domination romaine. Le sénat ac La réponse du sénat romain fut loin
cueillit avec joie la soumission volon de dissiper les craintes des Carthagi
taire de cette ville, qui avait de bons nois. Ils ne savaient à quoi se résoudre,
orts et de fortes murailles; et, dès et ils liésitèrent longtemps avant d’en
ors, il ne cacha plus ses projets de voyer à Lilybée les otages qu’on leur
guerre. Il donna ordre aux deux con avait demandés. Au moment où les
suls Manilius et Censorinus de se diri 'eunes gens choisis parmi les lus no
ger. vers Utique. Les consuls avaient ides familles montèrent sur es vais
en outre une mission secrète; c'était seaux qui devaient les transporter en
de ne point terminer la guerre avant Sicile, toute la ville fut plongée dans
d'avoir détruit Carthage. Manilius et la tristesse. Ceux qui avaient payé une
Censorinus partirent avec une flotte part du funeste tribut pleuraient et
considérable , et bientôt ils arrivèrent poussaient des cris comme dans un
en Sicile. our de funérailles , et ce qui redoublait
Lss CAnTnAGnvors LivnsNT AUX ia commune aftliction , c'est qu'on pré
ROIAINS, Poux oBTsNin LA PAIX, voyait bien que des sacrilices si grands
Tnois cmvTs OTAGRS ET TOUTES et si douloureux ne pourraient apaiser
LsUas Aimes; LES CONSULS EN Arm les Romains. Enfin les vaisseaux levè
QUE; rznrxmn DES ROMAINS; 149 rent l'ancre et se dirigèrent vers la Si
AVANT NoTns ÈRE. — Les carthagi cile. Quand les otages furent livrés,
nois n'étaient point préparés à la les consuls refusèrent encore de dé
guerre. Ils avaient perdu récemment voiler aux ambassadeurs carthaginois
une armée, et, depuis leur dernière les véritables projets du sénat romain;
défaite, ils n’avaient point encore levé seulement ils leur dirent : « Vous sau
de nouvelles troupes. Quant à leur rez à Utique ce que vous avez à faire
ville, elle manquait d'approvisionne pour obtenir la paix. a
ments et n’était point en état de sou Manilius et Censorinus ne tardèrent
tenir un long siége. Ils furent donc int a passer en Afrique. Ils laissèrent
forcés de recourir aux négociations. eurs vaisseaux dans le port d Utique,
Ils choisirent pour ambassadeurs Gis et ils conduisirent leurs soldats non
con , Amilcar, Mides, Gillica et Magon, loin de cette ville, à l'endroit même
et ils leur confièrent des pleins pou où, vers la fin de la deuxième guerre
108
punique, Scipion avait campé; c'est là ordounèrent aux licteurs d'éloigner les
u'ils reçurent les ambassadeurs car Carthaginois.
t aginois. Censorinus leur dit alors: Les AMBASSADEURS REVIENNENT A
« Llvrez-nolfs vos armes. Dès aujour CARTHAGE; ILS FONT CONNAÎTRE AU
« d'hui , elles sont devenues inutiles, SÉNAT LA nÉroNsE DES 'CONSULS;
« puisque vous désirez sincèrement la 'rUuuL'rE DANS LA VILLE; LEs Can
« paix. » Les Carthaginois se résignè rnsemors sE PRÉPARENT A son
renta ce dernier sacrifice; seulement ils TENIR un 5112612; 149 AVANT Notas
déclarèrent aux Romains qu'Asdrubal ÈRE. — Se fondant sur le récit d'Ap
avait rassemblé vingt mille hommes, pien, quelques historiens ont pensé,
et u'ils ne pouvaient contraindre les avec raison peut-être, qu'il y avait des
sol ats de cette armée à livrer leurs traîtres parmi les ambassadeurs car
armes. « Laissez-nous ce soin, a'outè thaginois. En effet, Appien nous ap
« rent les consuls, et retournez Car prend qu'après avoir connu la volonté
«thage. » On vit bientôt arriver au du peuple romain, les ambassadeurs
camp romain d'innombrables chariots s'approchèrent des consuls et leur di
tout chargés d'armes et de machines rent: « Si vous nous abandonnez , nous
de guerre. Ils étaient suivis des am serons massacrés par nos concitoyens
bassadeurs carthaginois et d'une foule avant d’avoir achevé le récit de notre
de citoyens qui tenaient un rang dis mission‘. Nous vous prions de diriger
tingué dans la république. « En ce votre flotte vers Carthage, afin que la
‘eur, dit Polybe. On put apprécier toute vue de vos vaisseaux vienne en aide à
la puissance de Carthage, car elle livra nos paroles, et fasse comprendre au
plus de deux cent mille armures et peup e la nécessité où Il se trouve au
deux mille catapultes. » Se croyant jourd’hui d'obéir à vos ordres. - Cen
maîtres déjà d'un ennemi pris au dé sorinus partit alors avec vingt galères
pourvu et désarmé, les deux consuls à cinq rangs de rames, et il vint croi
n'hésitèrent plus à faire connaître la ser sur la côte de Carthage. Parmi les
volonté du peuple romain. Censorinus ambassadeurs, il y en eut plusieurs
s'adressa aux Carthaginois, et leur fit qui ne furent point encore assez ras
entendre ces terribles paroles : « Aban surés par cette démonstration du con
« donnez (éarthage, et choisissez, sur le sol et qui s'enfuirent par difiérents
« territoir que Rome vous a laissé, un chemins; les autres ne baläncèrent
« emplacement pour y transporter vos point à se diri er vers la ville‘ pour
« demeures. Toutefois,que la villenou apporter la fata e nouvelle à leurs con
u velle soit éloignée de la mer au moins citoyens.
« de trois lieues. Rome nous a envoyés A Carthage, on attendait avec im
en pour détruire Carthage. va Quand Cen patience le retour de ceux qu'on avait
sorinus eut .achevé, les Carthaginois envoyés au camp des Romains. Une
donnèrent tous les signes de la plus artie des habitants s'était portée sur
vive afiliction. Ils pleuraient, déchi es murailles, l'autre se tenait sur la
raient leurs vêtements, se jetaient à route d'Utique , afin d'épier le. moment
genoux, et invoquaient les dieux, de leur arrivée. Ils parurent enfin. Du
qu'ils prenaient à témoin de la per lus loin qu'on les vit, on courut à
die des Romains. Les consuls, pour sur rencontre. La démarche des am
échapper à de si justes plaintes , et pour bassadeurs et la tristesse qui était
ne pas voir plus longtem 5 cette scène peinte sur leurs visages jetèrent bien
de douleur, dirent aux arthaginois: tôt la foule qui les environnait dans
« Hâtez-vous d'obéir aux ordres du une inexprimable angoisse. On les
« sénat. Retournez prom tement a Car abordait, on les pressait de questions,
« thage.Vous n'avez rien redouter, car mais ils avançaient toujours et gar
en vous n'avez point encore perdu à nos daient le silence. uand ils arrivèrent
c yeux le caractère sacré _qui défend et à la porte de la V! le, tout le euple
- protégé les ambassadeurs. » Puis ils se précipita vers eux. Comme I s res
CARTHAGE. 109
taient silencieux, on voulut les massa mes complètement armés, fut choisi
crer. Effra és par les cris et les me pour commander, hors des murs de
naces qui es accueillaient de toutes Carthage, les trou es de la république ,
parts, ils dirent alors, pour échapper et un autre As rubal, petit-fils de
au danger, qu'ils allaient communi Massinissa par sa mère, fut chargé de
quer au sénat les nouvelles qu'ils ap veiller à la défense de la ville. Cette
portaient. Aussitôt le calme sembla généreuse résolution. chez un peuple
renaître; les flots pressés de la multi qui depuis un demi-siècle avait montré
tude s'ouvrirent et laissèrent aux am à l'égard de ses plus cruels ennemis
bassadeurs un libre passage. tant de faiblesse et une si lâche con
Le lieu où le sénat s'était réuni fut descendance, ne pourrait s'expliquer,
bientôt environné par une foule im si l'on ne savait que la révolution qui
mense. Quand les ambassadeurs intro venait d'éclater dans la république
duits dans l'assemblée firent connaître avait remis le pouvoir aux mains de
les ordres des consuls, les sénateurs ceux qui aimaient sincèrement leur a
poussèrent un cri auquel répondit, du trie. Quand les projets odieux es
dehors, la voix du peu le; puis, au traîtres vendus à Rome et à Massinissa
moment où les ambassa eurs racontè furent dévoilés, Carthage, comme au
rent ce qu'ils avaient dit pour fléchir temps de la uerre d'Annibal, n'hésita
les Romains , il y eut un morne silence; point à contrer ses destinées au parti
enfin, quand on apprit que les consuls démocratique. Dès lors, elle sembla
ne permettaient pas même aux Car se ranimer avec toutes ses forces pour
thaginois d'envoyer à Rome une am engager contre ses ennemis un dernier
bassade, les sénateurs firent entendre et glorieux combat.
un nouveau cri. Le peuple en fureur Les carthaginois avaient envoyé au
força alors l'entrée du sénat et se pré camp romain demander une trêve de
cipita au milieu de l'assemblée. trente jours. Cette trêve ne leur fut
En un moment, il y eut dans la ville oint accordée. Le refus des consuls,
un horrible tumulte. On,massacra les oin de les abattre, ne lit que leur ins
sénateurs qui avaient conseillé de li pirer une nouvelle audace. Hommes
vrer aux Romains les trois cents otages et femmes se précipitèrent alors dans
et toutes les armes; on poursuivit à les temples et les édifices spacieux pour
coups de pierres les ambassadeurs, et les transformer en ateliers. Là, ils
on se jeta, pour user de représailles, travaillèrent nuit etjour, sans relâche,
sur les Italiens qui se trouvaient alors à la fabrication des armes, et bientôt
à Carthage; puis il y eut un grand ils eurent en nombre suffisant des i
nombre de citoyens ui coururent aux ques, des épées et des boucliers. Il) y
ortes et aux murai les pour les dé eut un moment où l'on manqua de
endre contre l'ennemi que l'on atten cordages our les machines de guerre;
dait à chaque instant. « Toute la ville, «alors, it Appien, les femmes n'hé
dit Appien, était pleine de larmes, de sitèrent point à faire, pour la défense
fureur, de crainte et de menaces. » commune, le sacrifice de leurs che
Dans un danger si pressant, le sénat veux. 1:
carthaginois se montra ferme et résolu; COMMENCEMENT DE LA TROISIÈME
il ordonna à tous les citoyens de se GUEEEE PUNIQUE ; MANILIUs ET CEN
tenir prêts à combattre , et par un dé somNUs s'APPnocHENT DE CAETHA
cret, qu'un héraut était chargé de lire 6E; PREMIÈRES oPEEATIoNs DU SIE
publiquement, il affranchit les escla GE; 149 AVANT NOTRE ‘EnE. — Des
ves. On eut bientôt rassemblé de nom événements imprévus avaient arrêté
breux soldats. Asdrubal(*), qui avait Manilius et Censorinus. Le vieux roi
déjà sous ses ordres vingt mille hom de Numidie, Massinissa, n'avait point
vu sans douleur les Romains descendre
(’) C'était le même qui avait été condamné en Afrique pour lui arracher une con
à mort pour avoir fait la guerre à Massinissa. quête qu'il poursuivait depuis un demi
H0
siècle. Une chose surtout l'avait irrité, qu’il y avait au sud de Carthage une
c’est que les Romains l’avaieut laissé langue de terre étroite et allongée qui
dans .unei norance complète de leurs séparait le lac de Tunis de la mer.
desseins. I témoigna, par ses messa Cette langue de terre s’a pelait Tænia.
ges, son mécontentement à Manilius Au point de jonction de a Tænia et de
et à Censorinus: ceux'ci étaient donc la presqu’île où est bâtie Carthage,
eu rassurés sur les dispositions de s’élevait un mur qui n'était pas tres
eur plus fidèle allié , lorsqu’ils reçurent élevé et qui n'avait qu’une médiocre
des courriers qui annoncèrent que épaisseur. C’était .l’endroit le plus
Massinissa enverrait des secours aux faible des fortifications de Carthage(‘).
Romains, et qu’il leur préterait, Arrivés sous les murs de la ville,
comme par le passé, une loyale assis les deux consuls comhinèrent les opé
tance. Les consuls avaient encore un rations du siége. Manilius se plaça sur
autre sujet de crainte; ils ne se procul le continent, au nord de Carthage, non
raient des vivres qu’avec une extrême loin vraisemblablement de la porte
difficulté, et ils ne recevaient des con d’Utique. Censorinus avec la flotte se
vhois'que d’un etit nombre de villes orta à l'extrémité de la Tænia, vers
situées au bor de la mer. Asdrubal a partie faible de la muraille. Manilius
tenait toute la campagne, et il ne et Censorinus s’étaient promis une
cessait d’envoyer à Carthage d’im victoire aisées ils croyaient Carthage
menses approvisionnements. Ce en dépourvue d'armes et de soldats, et
dant, après plusieurs jours passés ans déjà ils se préparaient à livrer l’assaut ,
l’mcertitude, Manilius et Censorinus lorsqu’ils virent sur les murailles des
prirent enfin la résolution de venir hommes bien armés et ui faisaient .
attaquer Carthage, et ils se dirigè bonne contenance. Tant e résolution
rent vers cette ville avec toute leur et d’audace chez les assiégés étonna les
armée. consuls. Ils furent contraints alors,
Carthage était bâtie sur une pres pour ne point s’engager témérairement
qu'île, entre Utique, au nord-ouest, dans une périlleuse entreprise, de pren
et Tunis, au sud-ouest. Vers le conti dre de nouvelles dispositions. Enfin,
nent, la ville était défendue par une après uelques moments d’hésitation,
tri_le défense: un fossé bordé d'une ils vou urent tenter l’assaut et ils es
pa lssade, un mur d'une hauteur mé sayèrent une double attaque, mais ils
diocre, et un autre mur d’une éléva furent repoussés par les Carthaginois.
tion considérable. Du côté de la mer, Ce premier succes accrut encore le
Il n’y avait qu'une simple muraille. courage et l’ardeur des assiégés.
Au nord, se trouvait un faubourg On vit bientôt paraître sur les bords
qu’on a pelait la Ville neuve ou Me’ du lac de Tunis l’armée d’Asdrubal.
ara. n mur particulier séparait ce Craignant à leur tour d’être envelop
aubourg de l’ancienne ville. Au sud és et assiégés, Manilius et Censorinus
de Carthage se trouvaient deux ports; Ëortifièrent leurs camps et s’y tinrent
l'un était destiné aux vaisseaux mar renfermés; obligés de se prémunir
chands , l’autre auxvaisseaux deguerre. contre une double attaque, ils furent
Les deux ports communiquaient à la forcés de ralentir les opérations du
mer par une entrée commune. Il fallait siège. Asdrubal, en effet, surveillait
traverser le port marchand pour ar tous les mouvements des armées con
river au port militaire ou Cothôn. La sulaires. Un jour, Censorinus ayant
place où se tenaient les assemblées du traversé le lac de Tunis our se procu
peuple était située près du Cothôn; et rer le bois nécessaire a la construc
non loin de cette place, en se dirigeant tion des machines de guerre, il se vit
vers le nord, on rencontrait la cita
dalle connue sous le nom de B rsa. (:2 Nous renvoyons nos lecteurs à la par
Nous devons ajouter encore, a n de tie e notre travail que nous avons consa
rendre plus clair le récit qui va suivre, crée à la topographie de Culhagc.
CARTHAGE

.&
i>LAN DE CARTHAGE -ET DE LA PENIN SULE

rncnoroxn“,
M 11.," '

Jhzm re‘e/Ïc
le Jdrc'on

Iorœ le FIlmJ:--"""

l'envie «I'Ewculapo .
for! me . (‘coton .
faim}! .lnu'rd .
Port Indium] .
Forum .

Ë 0.81m’u‘mu.
ligue de J've'pt'ond
' I. Àmpluäcâlh .
CARTHAGE. 111
attaqué à l'improviste par Himilcon, vaient du lac de Tunis, où se trouvait
surnommé Phamæas, général de la la flotte romaine. Déjà les équipages
cavalerie carthaginoise. Le consul per étaient soumis aux mali nes influences
dit cinq cents hommes dans cette ren de la saison, lorsque ensorinus or
contre. donna aux commandants des vaisseaux
Les Romains s'approchèrent alors de quitter le lac pour entrer dans la
des murs de la ville et tentèrent un mer. Les carthaginois profitèrent de
nouvel assaut, mais cette fois encore cette circonstr Ice; ils observèrent le
ils furent re oussés par les carthagi vent et lancèrent un jour des brtllots
nois. Cet éc ec fit croire à Manilius contre les vaisseaux ro‘mains. La flamme
que du côté où il avait établi son camp se communiqua à plusieurs galères, et
Carthage était inexpugnable, et il ne peu s'en fallut alors que toute la flotte
renouvela point ses attaques. Censo ne fût incendiée‘. Peu de temps après
rinus ne perdait point eoura e, et il ce dernier événement, Censorinus fut
conservait toujours l'espoir 'empor rappelé à Rome pour assister aux co
ter la ville en donnant 'assaut par la mIces où l'on devait élire les nouveaux
Tænia. Pour rendre plus faciles ses consuls.
manœuvres, ilélargit, en comblant une APRÈS LE DÉPART DE CENsonI
partie du lac, l'étroit espace Où cam NUs LEs CAETIIAOINOIS EEDOUELENT
paient ses soldats; puis il fit construire D'ACTIVITÉ; IMPEUDENCE DU CON
deux énormes béliers pour battre la sUL MANILIUs; L'AIIMEE EOMAINE
partie faible des murailles. Mises en EsT SAUVÉÉ PLUsIEUns FOIS PAE LE
mouvement par d'innombrables mains, JEUNE ScIPION; EXPÉDITION DE MA
les deux machines ouvrirent bientôt NILIUs CONTRE LE CAMP DE NÉPHÉ
une large brèche. Les carthaginois ne ms; 149 AVANT NOTRE EEE.-—Quand
restaient point inactifs et ils relevaient les carthaginois eurent appris le dé
pendant la nuit la partie des murailles part de Censorinus, leur audace s’ac
qui s'était éèroulée. Mais ils ne tarde crut, et ils conçurent le hardi pro'et
rent point à voir que le travail des d'attaquer Manilius dans ses retranc e
nuits était insuffisant pour réparer ments. Ils sortirent de nuit, et ils se
toutes les brèches que les machines fai préci itè'rent sur le camp romain. En
saient pendant le jour; alors ils s'é peu e temps le désordre fut au comble
lancèrent hors des remparts avec des dans l'armée de Manilius. Déjà les
torches, et ils incendierent les deux carthaginois avaient arraché une par
béliers. Les Romains, à leur tour, es tie des palissades, lorsque Scipion les
sayèrent de pénétrer dans la ville par repoussa avec une trou e de cavaliers ,
les brèches qui n'avaient oint été ré et les força à rentrer ans la ville. Au
arées. Ils apercevaient e loin, Iar milieu du tumulte, le jeune tribun
'ouverture des murailles, les CartIa s'était élancé hors du camp; il avait
ginois rangés en bataille, et cette vue tourné l'armée ennemie , et l'avait at
es irritait; ils se précipitèrent sur l'en taquée par derrière. Effrayés alors par
nemi qui les attendait de pied ferme, l'arrivée imprévue d'une troupe de ca
et une lutte terrible s'engagea. Enfin valiers, les carthaginois avaient pris
les Romains furent repoussés avec la fuite, et s'étaient retirés derrière
perte, et ils couraient déjà le danger leurs murailles. C'était la seconde fois
d'être massacrés jusqu'au dernier, lors que Scipion sauvait une armée ro
que le jeune Scipion , qui servait dans marne.
l armée en qualité de tribun, s'avança Depuis cette vive alerte, le consul
avec des troupes de réserve, et assura Manilius se montra vigilant et se tint
par ses prudentes dispositions le salut sur ses gardes. Puis, au lieu d'une
et la retraite des soldats qui fuyaient. palissade, il construisit un mur autour
On était en plein été, et la canicule de son camp. Malgré ces précautions ,
faisait ressentir toutes ses ardeurs. l'armée romaine courait encore de
Des exbalaisons pestilentielles s'éle grands dangers. Les vivres lui man
112
quaient. Les convois que l'on envoyait , de l’ennemi, c'était montrer plus de
par mer, à Manilius, étaient souvent lâcheté que de prudence. « Au moins,
interceptés par les Carthaginois. Pour ajouta Scipion , restons de ce côté du
protéger les débarquements, le consul fleuve , et attendonsqu'A sdrubal vienne
avait fait élever un fort sur la côte; nous présenter la bataille.» Les tri
mais, depuis longtemps, les provisions buns repoussèrent encore cet avis. « Si
qu'il recevait ne pouvaient lui suffire. nous devons ici, dit l'un d'eux, obéir
Il réunit alors dix mille fantassins et à Scipion , et non point au consul, je
deux mille cavaliers, et il leur ordonna suis prêt à jeter mon épée. n Apres
de se répandre dans les campagnes cette vive altercation , Manilius passa
pour enlever les blés et le fourrage. le fleuve. Il y eut bientôt entre les Car
Ce corps d'armée eut bientôt à redou thaginois et es Romains une sanglante
ter les attaques de Phamæas. Le géné« mêlée; mais il est vraisemblable que
ml de la cavalerie carthaginoise se l'avantage ne resta point aux Romains ,
cachait dans les vallées, et, lorsqu'il car, immédiatement après la bataille ,
voyait les fourrageurs romains épars ils se disposèrent à la retraite. Parmi
çà et là dans la campagne, il se préci eux, dit Appien, il y en avait déjà un
itait sur eux , et les massacrait. Parmi randnombre uiserepentaientd’avoir
es tribuns qui commaudaient à tour onné à Mani ius le conseil d'entre
de rôle les soldats qui sortaient du prendre cette périlleuse expédition.
camp, Scipion était le seul que Pha Au moment où l’armée , en se retirant,
mæas n’osât point attaquer. En effet, arriva aux bords du fleuve , l'embarras
le jeune tribun maintenait ses soldats fut extrême, car on ne trouvait qu'un
dans une discipline sévère; il ne leur petit nombre de bateaux pour trans
permettait point de s'écarter des rangs; porter les soldats d'une rive à l'autre.
et, lorsqu'il envoyait une troupe our Les Romains, craignant alors d'être
couper l'herbe et enlever le blé, i fai attaqués pendant les lenteurs du pas
sait garder les fourrageurs par de forts sage, rompirent leurs rangs, et bien
détachements de cavaliers et de fan tôt, parmi eux, le désordre fut à son
tassins. Scipion ne tarda point à rendre comble. Asdrubal épiait tous leurs
de nouveaux servicesà l'armée;d’abord mouvements. Quand il crut l'instant
il repoussa les Carthaginois qui avaient favorable . il se précipita sur eux et en
essayé d'enlever le fort que le consul fit un grand massacre. Trois tribuns
avait bâti au bord de la mer; ensuite des légions restèrent au nombre des
il sauva Manilius et les soldats romains morts ; c'étaient les mêmes qui naguère
qui s'étaient imprudemment engagés avaient conseillé à Manilius de persis
ans une ex édition contre Asdrubal. ter dans son dessein, et de livrer ba
Le généra carthaginois avait établi taille aux Carthaginois. L'armée ro
son camp à Néphéris. C'était de là maine courait grand risque d'être
u'il envoyait Phamæas pour harceler exterminée tout entière , lorsque Sci
es soldats romains. Le consul. mal pion , prenant avec lui un corps de ca
re' les avis de Scipion, prit un jour valerie, arréta l'ennemi par ses habiles
a résolution d’attaquer Asdrubal dans manœuvres. Il attira sur lui tout l'ef
ses retranchements. Il se mit en mar fort des Carthaginois , et donna le
che et il se dirigea, à travers un pays temps aux Romains de passer sur l'au
qui lui était inconnu , vers l'armée tre rive. Le consul et son armée se
ennemie. Les Romains n'étaient plus trouvant ainsi hors du péril ., Sci ion ,
séparés du camp d’Asdrubal que par avec ses cavaliers, se jeta dans le cave,
un espace de trois stades lorsqu'ils au milieu d'une grêle de traits , et il
rencontrèrent un fleuve. En cet ins parvint, non sans peine, à rejoindre
tant,'Sci ion conseilla à Manilius de ceux qu'il avait sauvés.
rétrogra er. Alors quelques- uns des Au moment où Asdrubal avait com
tribuns, qui étaient jaloux de la gloire mencé le combat , uatre cohortes ro
de Scipion , s'écrièrent que fuir à la vue maines avaient été séparées du gros
CARTHAGE. 118
de l'armée. Pour être en mesure de se de Carthage. Elle livra alors un nou
défendre, elles s'étaient retranchées veau combat dans lequel elle perdit
sur une éminence. Là elles ne tar encore plusieurs soldats.
dèrent point à être assiégées par toute MORT DE MAssINIssA; GULUssA
l'armée carthaginoise. Les Romains ne VIENT Au sECOuRs DEs RoMAiNs;
s'aperçurent qu'après le passage du MANILIUSENTREPREND UNE SECONDE
fleuve, de l'absence de ces uatre EXPÉDITION CONTRE LE CAMP DE
cohortes. Le consul et ses soldats urent Nérnéais; PHAMÆAS TRAiIiT LEs
alors en proie à de vives inquiétudes. CAnTHAGINoIs ET PAssE DANS LE
Ils ne savaient à quoi se résoudre: CAMP DES RoMAiNs; SCIPION En
les uns voulaient marcher encore une PHAMÆAS VONT A ROME; 149 ET 148
fois à l'ennemi pour délivrer leurs AVANT NOTRE ÈRE. — Sur ces entre
compagnons assiégés; les autres. au faites, on vit arriver en Afrique des
contraire , prétendaientqu'en essayant commissaires envoyés par le SéÎlat ro
d'arracher a la mort un petit nombre main; ils devaient, à leur retour, faire
d'hommes, on risquait de compro un rapport fidèle sur l'état de l'armée
mettre le salut de l'armée tout entière. et sur les événements qui s'étaient
Déjà ce dernier avis semblait préva accomplis. Les commissaires examine
loir, lorsque Scipion dit au consul: rent tout avec soin dans le camp de
« Nos soldats courent le plus grand Manilius. Là, ils remarquèrent le sen
danger, et nous ne devons point les timent d'admiration qu'inspirait non
laisser périr. C'est maintenant qu'il point seulement aux soldats , mais en
faut avoir recours à l'audace. Si vous core aux tribuns et au consul , la con
voulez me confier une partie de votre duite de Scipion. Ils revinrent à Rome,
cavalerie, j'essayerai de les délivrer, où ils firent part au sénat de toutes
ou je mourrai avec eux. » Quand Sci leurs observations. Il est vraisemblable
pion se mit en marche avec la troupe qu'après ce rapport, les Romains con
qu'il avait choisie, l'armée le suivit äurent des craintes sérieuses au sujet
es yeux avec tristesse, car on crai e la guerre d’Afrique, et qu'ils dou
gnait que lui-même ne revint as. tèrent du succès de leur entreprise,
Mais, contre toute espérance, il éli car ils envoyèrent alors des ambassa
vra les cohortes assiégées, et les ra deurs à Massinissa pour lui demander
mena au camp de Manilius. Par sa des secours contre les carthaginois.
noble conduite , le jeune Scipion s'at Quand les ambassadeurs arrivèrent en
tira l'admiration des soldats. Ses Numidie, Massinissa avait cessé de
louanges étaient dans toutes les bon vivre, et ses trois fils, Gulussa, Mi
ches. On le proclamait le digne héri cipsa et Manastabal , s'étaient partagé
tier de Paul Émile son père, et des ses vastes Etats.
Scipions qui l'avaient adopté. On di Peu de temps avant sa mort, le
sait même, et c'était l’o inion com vieux roi avait mandé Scipion, et l'avait
mune dans l'armée, qu’i avait pour chargé de régler les affaires de sa suc
conseiller et ur protecteur le dieu cession. Celui-ci s'était empressé d'ao
qui jadis avait accompagné le vain courir pour rendre ce dernier service
queur d'Annibal, et lui avait dévoilé au compagnon et à l'ami de son illustre
les secrets de l'avenir. aïeul. Se conformant aux intentions de
Cependant l'armée romaine conti Massinissa mourant, Scipion avait
nuait sa retraite au milieu des plus réglé les partages au gré de tous les
grands dangers , car Phamæas la sui héritiers , et a rès s'étre acquitté avec
vait de près avec sa cavalerie, et ne sagesse des onctions délicates qu'il
cessait de la harceler. Elle croyait avait acceptées, il était revenu avec
enfin toucher au terme de ses longues Gulussa au camp de Manilius. Les Ro
fatigues, et déjà elle se préparait à mains ne tardèrent point à voir qu'ils
rentrer dans son camp, lorsqu'elle fut avaient dans le jeune roi de Numidie
attaquée inopinément par la garnison un précieux auxiliaire , car, avec au
8' Livraison. (CARTBAGIL) 8
114
cavaliers agiles et expérimentés, il pré dangers, et il redoutait déjà pour‘son
venait toutes les ruses de Phamæas, armée les attaques d'Asdrubal. Le gé
et réprimait ses audacieuses tentatives. néral et les soldats étaient en proie à
Il arriva .un jour , pendant l'hiver, la crainte et à la honte, lorsqu'un des
que Phamæas et Scipion eurent ensem cavaliers numides de Gulussa apporta
ble un entretien. Ils suivaient l'un et une lettre à Scipion. On l’ouvrit en
l'autre, avec leurs soldats, les bords présence de Manilius, et on y lui; ces
d'un torrent, et ils n'étaient séparés mots : - Je me trouverai tel jour à tel
que par le courant profond et rapide, endroit; je vous attends. Dites à vos
lorsque Scipion. qui redoutait les ruses soldats de se tenir prêts à recevoir
du général carthaginois, s'avança en celui qui se présentera à eux pendant
tête de sa troupe pour reconnaître les la nuit. » Quoique la lettre ne fût point
chemins. Phamæas , de son côté, se signée , Scipion comprit aisément
sépara de ses soldats, et courut en qu'elle lui avait été adressée par Pha
avant, accompagné d'un seul cavalier. mæas. .Au jour convenu , il se dirigea,
Scipion, persuadé que le carthaginois avec l'assentiment du consul, vers l en
ne cherchait que l'occasion de lui par droit qui lui avait été désigné. Il y
ler, prit avec .lui un de ses amis et trouva Phamæas qui l‘aborda et lui
marcha 'usqu'à un endroit d'où il pou dit : « Je suis prêt à passer dans votre
vait se aire entendre de Phamæas; il camp; c'est à vous que je me confie,
lui cria alors : « Puisque vous ne pou et je remets mon sort ‘entre vos
vez sauver Carthage, pourquoi ne mains. n A rès un court entretien, le
point se et à votre propre sûreté? général cart aginois rejoignit les siens.
— Et que ois-je espérer des Romains, Le lendemain , Phamæas mit sa ca
dit Phamæas, moi, qui leur ai fait valerie en bataille, puis il ordonna aux
tant de mal? -—- Vous pouvez tout es ofllciers de sortir des rangs. Quand ils
pérer, répondit Scipion, et dès au furent rassemblés, il leur parla en ces
jourd'hul je m'engage, au nom de mes termes : « Si nous pouvions encore
concitoyens, à vous accorder la vie sauver Carthage, vous me verriez ten
sauve et une récompense. -— Je me fie ter avec vous les plus grands efforts
à vos paroles , répliqua Phamæas. pour écarter de notre malheureuse pa
Toutefois, je ne veux me décider trie le danger qui la menace. Mais au
qu'après mûre réflexion. Je vous ferai jourd‘hui que tout espoir est perdu,
connaître plus tard la détermination j'ai dû songer à me sauver moi-même.
que j'aurai prise. n A ces mots, Pha Je m'empresse d'ajouter que je ne vous
mæas et Scipion rejoignirent leurs sol ai point oubliés. Les Romains se sont
dats. . engagés à vous accueillir, vous comme
Cependant le consul Manilius voulait moi, si toutefois vous consentez à
effacer, par un éclatant succès, la suivre mon exemple. Réfléchissez à
honte de sa première expédition contre mes paroles, et voyez ce qu’il vous
Néphéris. Il lit donc ses préparatifs, reste a faire. » En achevant ces mots,
et après avoir ordonné aux soldats de il se dirigea vers les Romains, suivi de
se pourvoir de vivres pour quinze deux mille cavaliers. Alors Hannon,
jours, il se mit en marche et se dirigea rassemblant les débris de. la troupe de
vers le camp d’Asdrubal. Cette fois, Phamæas, ramena au camp d’Asdrubal
Manilius se montra plus circonspect les soldats qui ne s'étaient point laissé
ue dans sa première expédition, mais séduire par de honteuses promesses,
i ne fut pas plus heureux. Quand il se et qui, au jour du danger, n'avaient
trouva en vue des carthaginois, il ne point désespéré du salut de Carthage.
tarda pas à comprendre ne son entre Quand l’armée romaine vit arriver Sci
prise devait échouer, et ientôt il son pion accompagné de Phamæas et des
gea a la retraite. Mais le consul, mal autres transfuges, elle s'avança à sa
gré ses précautions, ne pouvait rétro rencontre et l'accueillit comme un
grader sans courir les plus grands triomphateur. La joie du consul était
CARTHAGE. 115
extrême, car il sentait qu'il pouvait la dernière extrémité de se rendre.
continuer sa retraite sans crainte d'être Calpurnius Pison se dirigea alors avec
inquiété par les carthaginois. Il se mit son armée vers Hip ne. Cette ville
donc en marche et hâta son retour. avait une forte ci elle, de bonnes
Peu de tem 5 après cette expédition murailles et un excellent port. Située
qui avait dur vingt jours, Manilius non loin de Carthage et d’Utique , elle
apprit que Calpurnius Pison avait été avait pris part à la guerre , et elle in
0 oisi pour le remplacer dans le com terceptait chaque jour les convois des
mandement de l'armée. Ce fut alors Romains. Le consul voulait se venger
que Scipion partit pour Rome‘avec avec éclat sur les habitants d’Hippone,
Phamæas. les soldats accompagnerent et il espérait en outre recueillir, après
le jeune tribun jusqu'à son vaisseau: la prise de la ville, un riche butin.
ils priaient les dieux de le ramener en Mais ses espérances furent déçues.
Afrique, car lui seul, disaient-ils, pou Les assiégés furent vainqueurs dans
vait détruire Carthage. A Rome, Sci deux sorties, et avec l'aide des Car
ion reçut les éloges du sénat. Quant à thaginois, ils incendièreut les machines
liamæas. on le combla de présents, et des Romains. Le siége d’Hippone
on lui fit entendre u’on lui donnerait dura tout l'été. Pison, désespérant
bien plus encore, sil restait fidèle aux enfin d'emporter la place. se retira à
nouveaux engagements qu'il avait con Utique, où il prit ses quartiers d'hiver.
tractés. Phamæas fit les plus grandes La fortune semblait ‘favoriser Car
promesses, et il ne tarda pas à partir thage. L'armée d’Asdrubal n'avait en
pour l'Afrique, où il rejoignit le camp core éprouvé aucune perte. Le consul
des Romains. Pison n'avait pas été plus heureux que
LE CONSUL CALPumviUs PisoN n ses prédécesseurs Manilius et Censo
L, MANCINUS VIENNENT PnENDiis rinus , et au moment même où les Ro
LE COMMANDEMENT DE L’Aiimis mains levaient le siége d'Hippone , huit
D'AvniQUE; succès DEs CAnTnAGi cents cavaliers numides abandonnaient
N015; LEs riiEiiEs DE GuLussA HÉ Gulussa pour s'enfuir dans le camp des
siTENT A ENVOYER DEs sEcouns Aux carthaginois. De plus, ceux que Rome
RoirAiivs; TnouELEs A CAnTiiAGE; comptait au nombre de ses alliés, en
148 AVANT nous En. — Au com Afrique, commençaient à manifester
mencement du printemps, on vit arri une grande irrésolution. Micipsa et
ver en Afrique le consul Calpurnius Manastabal, freres de Gulussa, n'a
Pison et L. Mancinus qui avait été vaiengéioint cessé de dire qu’ils étaient
choisi pour commander la flotte ro dispo s à envoyer aux Romains des
maine. L'armée ne leur laissa Mani armes et de l'argent, mais ils ne se
lius était si faibe et si découragée, hâtaient point de remplir leurs pro
’ils n‘osèrent point attaquer Car messes, et ils attendaient l'issue des
t age, et qu’ils se bornèrent à porter événements. Alors, les carthaginois
la guerre dans la contrée qui avoisinait sentirent leur courage s'accroître, et
le camp. Ils vinrent d’abord assiéger ils purent espérer un instant d'échapper
par terre et par mer la villelde Clypea; au danger ni les menaçait. D'abord;
mais cette première tentative ne fut ils mirent es troupes dans les pros
point heureuse, et ils furent repoussés. vinces voisines de Carthage; puis, ils
Peu de temps après, Pison entra dans répandirent dans toutes les parties de
une ville qu il pi la, malgré la ramasse l'Afrique des émissaires qui avaient
formelle qu'il avait faite aux abitants pour mission d'exciter les populations
de respecter toutes leurs propriétés. a faire la guerre aux Romains. Ces
Ce succès lui fut plus funeste,qu'utile, émissaires , _qui se rendirent aussi au
car les autres cités de l'Afrique, se près des rois Micipsa et Manastabal,
défiant de la parole de Pison, refusè disaient que les Romains n'étaient
rent d'écouter ses propositions, et elles point iuvincibles; que deux fois ils
aimèrent mieux se défendre jusqu'à avaient échoué contre Asdrubal, à
8.
Néphéris , et que naguère encore ils les rassurer. A nome , les citoyens se
avaient été forcés de lever le sié e racontaientà l’envi chacun des exploits
d’Hippone. Ils ajoutaient : a Vous é s du jeune tribun, et tous disaient que
menacés comme nous, car si Carthage pour terminer promptement la guerre,
succombe, les Romains ne tarderoht Il fallait élever Scipion au consulat, et
point à porter leurs armes victorieuses l'envoyer en Afrique. Lorsque le jour
ïisque sur votre ropre territoire. r des comices fut arrivé, Scipion brigua
es vCarthaginois ‘rent plus encore: l'édilité, mais le peuple, d'une voix
ils envoyèrent, s'il faut en croire Ap unanime, le nomma consul. Ce choix
pien,.d'es ambassadeurs en Macédoine du peuple était une infraction aux lois,
a celui qui se disait le fils du roi Per car le nouvel élu n’avait point encore
sée. lls l'exhortèrent à poursuivre avec atteint l'âge où l'on pouvait parvenir,
ardeur la guerre contre les Romains , dans la repuhli ce, a la première des
et ils s'en agèrent à lui fournir de dignités. Toute ois , après quelque hé
l'argent et des vaisseaux. sitation, le sénat ratiiia ce ‘qui avait été
Awmoment même où les Carthagi fait dans les comices. Scipion reçut le
nois déployaient une si grande activité commandement de l’armée d'Afrrque,
et manifestaient hautement leurs espé et , avant son départ, il fut autorisé à
rances, des querelles intestines agitaient lever en Italie et ailleurs de nombreux
la république. Asdrubal, qui deux fois, soldats.
à Néphéris, avait vu échouer l'armée de Cependant, le chef de la flotte ro
Manilius, voulait alors devenir le ma maine , L. Mancinus. s'était a proché
gistrat su réme de l’État et commander de Carthage et il avait essayé ‘ e s’em
dans Cart age. Pour réussir, il accusa parer de la ville par surprise. Il s'était
le chef de la république, qui, comme orté‘ sur un point des murailles que
nous l'avons dit plus haut, s'appelait es Carthaginois négligeaient de ar
aussi Asdrubal, et se trouvait lié par‘ der, parce ue cette partie de len
les liens de la parenté à la famille de ceinte était éfendue par une chaîne
Massinissa, d'entretenir avec Gulussa de rochers tres-oscar 's et par une mer
de coupables intelligences. Quoique semée d'écueils et de: bas-fonds. A la
cette accusation fût calomnieuse, dit vue de quelques-uns de leurs com -
un historien ancien, le premier magis-_ gnons qui pénétraient dans la vil e,
trat de Carthage subit le châtiment tous les soldats de la flotte de Manci
réservé aux traîtres , et fut mis à nus s'élancèrent impétueusement, la
mort (*). plupart sans armes , vers l'endroit des
ÉLECTION DES coNsULs A Roux; fortifications ui' avait été forcé. Là
SCIPION EST Pon'rE AU CONSULAT ils se crurent ans une forte position
PAR LEs snrrnaons UNANIMES DU et ils y passèrent la nuit; mais bientôt
PEUPLE; MANCINUS sE PEÉsENrE ils s'aperçurent qu'ils couraient de
DEVANT LES amas DE .CABTHAGE ET grands dangers : ils manquaient de
DONNE UN ASSAUT ; SCIPION , EN vivres , et ils pensaient avec effroi que
AFBIQUE , SAUVE D'UNE PERTE cEn les Carthaginois ,_ supérieurs en nom
TAINE MANCINUS et su 'rnoupns; 147 bre, pouvaient facilement les repous
AVANT No'rEE En. —La nouvelle des ser et les précipiter dans la mer du
échecs reçus par le consul Calpurnius haut des rochers. Mancinus se hâta
Pison jeta la crainte dans l'âme des Ro d'envoyer quelques hommes à Utique,
mains. Ils commençaient à croire que pour demander à Pison de prompts se
Carthage ne pouvait être détruite,lors cours. Les craintes des Romains étaient
que tout àcoup le souvenir des actions fondées, car le lendemain, au lever de
glorieuses accomplies par Scipion vint l'aurore, ils furent attaqués de tous
côtés par les Carthaginois. Mancinus
(') Nous dirons plus bas ce qu'il faut comptait à peine cinq cents hommes
E1581‘ du témoignage d'A pien . lorsque ce! armés parmi ceux qui s'étaient élancés
' torien nous parle d‘As rubal. avec lui pour surprendre la ville. Il
CAR’I‘HAG E. 111
soutint longtemps le choc des assail tous les objets qui n’étaient propres
lants; mais enfin il céda du terrain, et qu’à les corrompre et à les amollir.
déjà il allait succomber avec les siens Après avoir rétabli dans son armée
lorsqu’on aperçut au loin sur la mer l’ordre et la discipline, Scipion réso
de nombreux vaisseaux. C’était Scipion lut enfin de diriger une attaque contre
qui arrivait. Il avait reçu à Utique les murs de Carthage.
les lettres de Mancinus, et il s'était SCIPION PREND LE FAUBOURG DE
hâté de mettre à la voile et de se di MÉGAnA; LES SOLDATS CABTHAGI
riger vers Carthage. Quand les Cartha mois se BÉFUGIBNT DANS LE QUAR
rñ'lnois virent approcher cette nouvelle 'rnm DE LA CITADELLE; 147 AVANT
otte romaine, ils revinrent se placer NOTRE ÈRE. —- « Pendant la nuit, dit
derrière leurs murailles, et Sci pion put Appien (‘), et quand l’ennemi ne s’y at
recueillir sur ses vaisseaux Mancinus tendait pas, Scipiondmgea une double
et les soldats qui l'avaient suivi. Man attaque contre la partie de Carthage
cinus fut renvoyé en Italie, et Serranus qu ’on appelait Mégara.C<‘_est un quartier
lui succéda dans le commandement de très-grand qui est contigu aux murs
la flotte romaine. Alors Scipion réu extérieurs. Ayant envoye des troupes
nit ses troupes , et il songea àïconti our attaquer sur un point, Il se porta
nuer d’une manière suivie et régulière ui-même à vingt stades de distance,
le siège de Carthage. Pour mettre à avec des haches , des échelles et des le
exécution le projet qu’il avait conçu, viers , en gardant le plus profond si
il vint camper non’ oin de cette ville lence. Les sentinelles carthaginoises
avec toute son armée. Les carthagi placées sur les murs de Mégara , aver
nois, de leur côté, s’avancèrent hors ties de son approche, ayant poussé le
des murs pour prendre position en face cri d'alarme, son corps d'armée et ce
du camp romain, et is ne tardèrent lui qui faisait la fausse atta ue y ré
point à voir arriver dans leurs retran pondirent par un cri terrl le. Les
chements Asdrubal, le premier de leurs carthaginois furent effrayés de voir,
généraux , et Bithya , transfuge numi la nuit, tant d’ennemis les assaillir de
e, u’ils avaient mis à la tête de leur deux côtésà la fois. Cependant il ne put
cava erie. Asdrubal et Bithya ame s’emparer des murs, malgré tous ses
naient avec eux six mille fantassins efforts. Heureusement une tour déserte.l
et mille cavaliers d’élite. située hors des murs qu’elle égalait
SCIPION mineur mprscrpmnx en hauteur, s’élevait à peu de distance
DANS L’Aamâs nosumx; 147 AVANT de leur enceinte. Scipion y fait monter
NOTRE erie.-Scipion, à son retour en de jeunes soldats intrépides qui, avec
Afrique , avait remarqué dans la disci des solives et des planches appuyées
line de l’armée romaine un funeste re sur ‘la tour et le mur, forment un
achement. Sous le commandement de pont, renversent l’ennemi qui défen
Pison , les soldats s'étaient habitués à dait la muraille , s’en emparent, sau
vivre dans le désordre; chaque jour tent dans Mégara, et après avoir brisé
ils sortaient du camp. contre les lois une des portes y introduisent Sci
militaires, pour se livrer au pillage et
à la rapine, et chaque 'our aussi une
multitude d’étrangers s introduisaient (‘) Pour certains détails du siège nous
dans les retranchements pour vendre reproduirons fidèlement le récit d'Appien.
Comme les passages de ce récit qui servent
ou pour acheter. Puis, il y avait sans à déterminer la position des différents quar
cesse entre les soldats des uerelles, tiers de la ville assiégée et des lieux qui
des rixes et delsanglants com ats. Sci l‘avoisinent, ont été rendus avec une scru
pion porta remède au mal, en décla puleuse exactitude par M, Dnreau de la
rant que les moindres fautes seraient Malle , nous nous proposons de citer que].
punies par des châtiments sévères. Il quefois les excellentes traductions ue l'on
chasse alors du camp ceux qui n'étaient rencontre dans les Recherche: sur topo
point enrôlés, et il enleva aux soldats graphie de Carthage.
118
pion. Il y entre avec quatre mille hom 4: Cependant, ajoute Appien, après
mes, et, par une prompte fuite , les la prise de Mégara, Scipion lit brdlcr
carthaginois, comme si le reste de la le camp retranché que les carthaginois
ville était pris, se sauvent dans Byrsa. avaient abandonné la veille, lorsqu'ils
Les cris des prisonniers, le tumulte s’enfuirent dans la ville, et maître de
u'ils entendaient derrière eux, ef tout l'isthme (‘), il le coupa par un
rayèrent tellement les carthaginois qui fossé prolongé d'une mer à l'autre, qui
étaient dans le camp retranché , hors ne s'éloignait pas des murs ennemis
des murs, qu'ils abandonnèrent aussi de plus d'une portée de trait. Les as
cette position et se réfugièrent avecsiégés l'inquiétaîent toujours dans cette
opération où le soldat, sur un dévelop
les autres dans la citadelle. Mais comme
le faubourg de Még ra était rempli de pement de vingt-cinq stades, devait
jardins plantés d'a res fruitiers, sé tour à tour travailler et combattre. Ce
parés par des clôtures en pierres sè fossé achevé (qui était la circoiwalla
ches. des haies vives d'arbustes épi tion ) , il en fit un autre de même
neux, etcoupés par de nombreux canaux grandeur à une faible distance (la con
profonds et tortueux , Scipion , crai trevallation), qui regardait le continent
gnant de s'engager dans ce terrain de l'Afrique; il y ajouta deux fossés'
difficile dont les voies étaient incon transversaux qui donnèrent à l'ouvrage
nues aux Romains, et où l'ennemi, à total la forme d'un parallélogramme. et
la faveur de la nuit, pouvait lui dres les hérissa tous de palissades. Derrière
ser une embuscade, s'arrêta et fit les palissades s'élevait l’agger. Du côté
sonner la retraite. » qui regardait Carthage, Il construisit
ASDRUBAL MASSACRE Lss PmsoN un mur dans toute la longueur des
NIEBS ROMAINS; MOYENS EMPLOYÉS vingt-cinq stades, de douze pieds de
PAR ASDBUBAL POUR DOMINER DANS haut, sans les parapets et les tours
LA VILLE; SCIPION ENLÈVE AUX CAB qui flanquaient la courtine par inter
anxcrnors TOUTE COMMUNICATION valle. La largeur du mur était moitié
AVEC LE CONTINENT; FAMINE A CA n de la hauteur. Au milieu, était une
THAGE; [47 AVANT NoTaE iras. — tour en pierre très-haute, surmontée
Le lendemain, quand le jour parut, d'une tour de bois à quatre étages,
Asdrubal, à la vue des ennemis qui d'où la vue plongeait dans la ville. Il
campaient dans Mégara, fut en proie acheva cet’ ouvrage en vingt jours et
à la douleur et à la colère. Il rassembla vingt nuits. Toutes les troupes y fu
alors les soldats romains qui avaient rent employées, les soldats se relayant
été pris pendant la guerre, et après les tour à tour pour travailler et se battre,
, avoir livrés à d'horribles mutilations , pour manger et pour dormir. »
il les fit précipiter du haut des mu Dans ces lignes, l'armée romaine
railles. Il croyait sans doute, dit l'his trouva une forte position contre l’en
torien du siége, enlever ainsi à ses nemi. De plus, en coupant l'isthme
concitoyens tout espoir de traiter avec dans toute sa longueur, Scipion obtint
les Romains; mais cette horrible exé un important résultat; il empêcha l’ar
cution n'eut point le résultat qu’il at rivée des convois qui ,_ par la route du
tendait. Asdrubal s'aperçut bientôt continent, avaient fourni jusqu'alors
qu'il avait soulevé contre lui de vio d'abondantes provisions aux Carthagi
lentes haines. On lui reprocha même, nois assiégés. Une grande famine ne
en plein sénat, d'avoir montré, en tarda pas à se faire sentir à Carthage.
égorgeant ses prisonniers, plus de Les habitants, qui ne pouvaient percer
cruauté que de prudence. Pour étouf les lignes de Scipion pour rétablir leurs
fer les plaintes des mécontents, il fit communications avec le continent , ne
tuer ceux qui, parmi les sénateurs, se se procuraient des vivres qu'avec une
déclaraient ses adversaires et blâ maient
sa conduite. Dès lors, il régna dans la (') ‘Voyez plus bas la Topographie de
ville par la terreur. Carthage.
CARTHAGE. 119
extrême difficulté. Ils étaient forcés de tance, et qui, en toutes circonstances,
sortir avec leurs vaisseaux, et de faire se montrait dé urvu des qualités que
un long détour pour prendre au loin , possèdent or inairement ceux qui
sur le rivage, les provisions ne leur veulent commander et dominer dans
amenait à grand’peme Bithya, e géné une république. Voici . entre plusieurs
ml de leur cavalerie. Encore ces cour autres, un exemple de sa vanité. Quand
ses ne se faisaient point sans dan er, il arriva au lieu désigné à Gulussa
‘car il fallait que les vaisseaux, 22 eur pour l’entrevue, il parut armé compléh
départ et à leur arrivée, évitassent la tement et couvert d’un riche manteau
flotte romaine qui croisait devant la de pourpre. Il s’était fait accompagner
ville. D’un autre côté, Carthage ne par dix soldats. Cependant il laissa ses
pouvait tirer aucun secours des pays gardes derrière lui, à vingt pas envi
étrangers. Depuis le commencement de ron, et du bord du fossé qui le proté
la guerre, son commerce avait été geait , par un signe qu’il devait plutôt
anéanti, et les marchands n’osaient attendre que donner, il fit comprendre
plus pénétrer dans ses ports. Les con au roi de Numidie qu'il pouvait appro
vois qui arrivaient par mer ne pou cher. Gulussa, au contraire, vmt à
vaient subvenir à tous les besoins, et l'entrevue sans escorte, et vêtu, suivant
Asdrubal se vit bientôt forcé de ne l‘usa e des Numides , avec la plus
distribuer des vivres qu’aux trente ran e simplicité. Lorsqu’il fut près
mille soldats u’il avait choisis pour ‘Asdrubal, il lui deman a pourquoi il
combattre. A ors la population de s'était couvert d'une cuirasse et muni
Carthage qui, pendant la guerre, s'était de toutes ses armes : - Qui donc crai
encore accrue des habitants de la gnez-vousi’ lui dit-il. -— Je crains les
cam agne , fut en proie à d’effroyables Romains, reprit le carthaginois. —
sou frances. Je le vois bien , repartit Gulussa, car,
Asnnumn ESSAIE ne 'rnu'rnn s'il en était autrement, vous ne reste
AVEC LES ROMAINE; son nu'rasvua riez pas, sans cause , enfermé dans
AVEC. GULUSSA; minous]: ne Scr votre ville. Mais enfin, que souhaitez
rloN; 147 AVANT nous tu. — vous de moi? -— Je vous prie, dit As
Pressé de tous côtés par l'ennemi , en drubal, d’étre notre intercesseur au
vironné d’une foule immense dont les rès du général romain. Vous pouvez
maux déjà si grands et si profonds ui promettre, au nom de tous mes
s'aggravaient sans cesse , Asdrubal concitoyens, que s'il épargne Carthage
perdit courage. Ce fut alors que. sans et la laisse subsister. il trouvera en
espoir de réussir, il eut recours aux nous une entière soumission. - Gu
négociations. Il s'adressa, non point lussa se rit à rire, et s'adressant au
directement à Scipion. mais au roi de chef cart iaginois : « Vos paroles sont
Numidie, Gulussa, et il lui demanda des paroles d'enfant. Quoi! dans l'état
une entrevue. Appien ne parle point déplorable où vous êtes, assiégés par
de ces négociations; mais Polybe, qui mer et par terre, n’ayant plus de res
se trouvait dans le camp romain à sources et ne conservant pas même
l’époque du siége de Cartha e , les ra des espérances, vous n'avez pas d'au‘
conte avec assez d‘étendueFNous don tres propositions à faire que celles
nons ici la curieuse narration de ce qu’on a rejetées à Utique, avant le
dernier historien (‘). siége? — Nos affaires ne sont point
a Asdrubal, le chef des carthaginois, aussi mauvaises q 9 vous le pensez,
était un homme vain, rempli de jac— répondit Asdruba . Nos alliés arment
au dehors pour notre défense (*), et
(') Fragments du livre xxxxx.— Comme
Appien, dans ses Pli/tiques, n'a fait que re (") Polybe ajoute : il ne savait pas ce qui
produire le récit de Polybe, il y a lieu de .r'e'tailpasse‘ (lulu la Mauritanie. Nous igno
s'étonner u'il n‘ait pas même mentionné rom aussi les événements qui s’étaient ac
l'entrevue ‘Asdrubal et de Gulussa, complis alors dans cette partie de l'Afrique.
120
les troupes que nous avons placées sur encore ses armes et son manteau de
différents points de notre territoire, pour re. A sa démarche lente et grave
n'ont point encore été attaquées. Mais ou e t dit qu'il jouait, dans une tra
c'est surtout dans les dieux que nous gédie, le rôle du tyran. Le général
mettons notre confiance. Ils sont trop carthaginois était gras de sa nature,
justes pour ne point nous venger de la mais ce jour-là son embonpoint parut
perfidie des Romains. Dites _au consul, plus grand qu'à l'ordinaire. Par sa
‘e vous prie, que même apres ses bril grosseur et son teint enluminé, cet
ants succès, les dieux et la fortune homme ressemblait bien plus aux bœufs
uvent faire triompher notre cause. que l'on engraisse dans les marchés,
nfin, dites-lui que les Carthaginois u'au chef d'une ville assiégée qui souf
ont pris la résolution de se faire mas rait des maux inexprimables. Après
sacrer ’usqu’au dernier plutot que de avoir connu, par Gulussa, les offres
se ren re. n Ici finit l'entrevue, mais du consul, il s'écria, en se frappant
avant de se séparer , Asdrubal et le roi la cuisse à coups redoublés : s Je
de Numidie s'engagèrent à revenir au prends les dieux et la fortune à témoin
même endroit trois jours après. que le soleil ne verra jamais Carthage
« Rentré au cam , Gulussa rendit étruite et Asdrubal vivant. Un hom
compte à Scipion e l'entretien qu'il me de cœur n'est nulle part plus no
avait eu avec Asdrubal. Scipion se mit blement enseveli que sous les ruines de
à rire, et dit : « En vérité, je ne con sa patrie, quand il n'a pu la sauver. n
çois pas qu'après avoir massacré cruel Résolution généreuse, magnifiques pa
lement nos captifs, cet homme ose roles qu’on ne peut trop admirer! mais
encore nous reprocher d'avoir violé les lus tard, au car du danger, on vit
lois divines et humaines. » Mais le roi ien qu’Asdru al n'était qu’un lâche
de Numidie fit alors remarquer à Sci et un fanfaron. D’abord , on peut lui
pion qu’il était de_son intérêt de finir reprocher d'avoir fait, au milieu de
au plus tôt la guerre; que, sans parler gens affamés, de somptueux repas et
des cas imprévus , le jour ou l'on fe d'avoir insulté, en quelque sorte, par
rait à Rome de nouveaux consuls ne son embonpoint aux souffrances de ses
tarderait pas à arriver, et qu'il était à concitoyens. Alors, en effet, le nombre
craindre, si l'hiver se passait en d'inu de ceux qui échappaient à la famine
tiles attaques , qu’un autre ne vint lui par la mort ou la fuite était immense.
ravir, sans l'avoir mérité, les bon Asdrubal se montrait impitoyable; il
neurs du triomphe. Scipion sentit ai raillait les uns, accablait les autres
sement la justesse de ces réflexions, d'outrages, et souvent même il tuait
et il chargea Gulussa d'annoncer au ceux qui lui faisaient ombrage. A force
énéral carthaginois, de sa part, qu'il de sang répandu , il intimida tellement
fhi accordait à lui, à sa femme, à ses la multitude, qu'il conserva jusqu'au
enfants et à dix familles parentes ou bout , dans Carthage assiégée , une
amies, la vie et la liberté, et qu’il lui puissance aussi absolue que le pour
rmettait en outre d'emporter de rait être celle d'un roi juste dans une
Carthage dix talents de son bien , et ville heureuse. p
d'emmener avec lui ceux qu'il voudrait EXAMEN nu JUGEMENT QUE Po
choisir parmi ses esclaves. Gulussa, LYBE Er QUELQUES AUTRES msTo
avec des offres qui devaient, ce sem mENs oNT PORTÉ SUR AsnnUBAL. -—
ble, être agréables à Asdrubal, se ren Il ne faudrait peut-être point admettre
dit le troisième jour à l'endroit fixé sans restriction le témoignage de P0
pour l'entrevue. . lybe et de quelques autres écrivains
.. Asdrubal y vint aussi. Il portait amis de Rome, lorsqu'ils font le por
trait d'Asdrubal et qu'ils essayent
Il est vraisemblable que Polybe avait raconté d'ap récicr' son caractère et ses actes.
ces événements, mais son récit n'est point Peu ant les six années qui précédèrent
parvenu jusqu'à nous. la ruine de Carthage, Asdrubal ma
CARTHAGE. 121
nifesta contre les ennemis de son pays de Zama) , et ils livrèrent aux consuls
une haine trop vive pour que les Ro Manilius et Censorinus toutes leurs
mains et tous ceux- qui s'étaient atta armes. Au moment même où les traî
chés à leur fortune aient pu le juger tres, en desarmant Carthage, prépa
sans prévention et avec impartialité. raient le triomphe des ennemis , le
Nous avons rapporté fidèlement l'os chef du parti populaire rassemblait
pinion de Polybe et celle d'Appien qui vingt mille soldats. Il prévoyait sans
a suivi avec tant d’exactitude le récit doute que ses concitoyens désahusés
de l'illustre Mégapolitain , et on a vu ne tarderaient point a le rappeler. En
que cette opinion était sévère. Il est effet, au retour des ambassadeurs qui
vraisemblable encore que Tite-Live, étaient allés recevoir à Utique la ré
dans la partie de son histoire qui n'est ponse des consuls, il y eut dans la ville
point arrivée jusqu'à nous, n'avait pas une sanglante réaction. Le parti vrai
épargné le blâme au dernier chef des ment national se releva plein de force
Cartha inois. Voilà sans doute de gra et d'énergie, pour engager contre les
ves , d imposantes autorités. Toute Romains une dernière et terrible lutte.
fois , en nous servant du récit même Au jour du danger, Asdrubal oublia
de Polybe et d’Appien, nous pouvons, les vieilles injures, et proclamé général
sinon transformer Asdrubal en un par la-voix du peuple, il se hâta d'offrir
grand capitaine et le montrer comme a ses concitoyens les soldats qu'avec
un homme exempt de fautes, au moins tant de sagesse il avait réserves pour
prouver qu'il aima sincèrement sa pa la défense de la patrie. Tandis que les
trie , et que toutes ses actions ne fu carthaginois assiégés repoussaient glo
rent pas, comme l'ont prétendu des rieusement les premiers assauts de
écrivains ennemis, contraires à la pru l'armée romaine, il se maintint dans
dence et à la justice. son camp de Néphéris, devant lequel
Au moment même où pour la pre vinrent échouer deux fois les légions
mière fois, l'histoire fait mention de Manilius. Enfin, lorsque Scipion
d'Asdrubal, nous le voyons figurer à étant consul, Carthage eut à soutenir
Carthawe dans le parti opulaire, c'est des attaques sérieuses et. multipliées, il
à-dire dans les rangs es ennemis im se jeta dans la ville et la défendit jus
placables du nom romain. Bientôt il qu'au moment où il ne vit plus autour
acquiert assez d'influence parmi ses de lui qu'un monceau de ruines.
concitoyens, pour accomplir avec eux Les historiens de l'antiquité ont ac
et ar eux une importante révolution. cusé Asdrubal de cruauté, et nous
Il fait bannir de la ville les partisans de avons rapporté précédemment les faits
Massinissa. Puis, il entreprend une qu’ils ont donnes à l'appui de leur as
guerre utile et juste contre le roi de sertion. Mais nous devons remar uer
Numidie, qui, fidèle allié de Rome, que ceux-là même ui, après l'arrivée
n'avait cessé , depuis un demi-siècle , des Romains en A riqne, furent victi
d'attaquer les carthaginois et de leur mes de la réaction populaire,‘ étaient
porter de continuels dommages. As soupçonnés, nous pourrions dire con
drubal , nous l'avons dit, échoua dans vaincus de s'être vendus à l'ennemi et
son expédition contre Massinissa. de trahir leur patrie. Ainsi le magistat
Alors, mettant à rofit les malheurs suprême ne fit mourir Asdrubal, était
publics, les amis es Romains repri le petit-fis de Massinissa, l'ami des
rent assez d'audace à Carthage pour Numides, et, de l'aveu d’Appien, il ne
proscrire le chef du parti populaire. perdit la vie que pour avoir été accusé
Non contents de condamner à mort d'avoir entretenu avec Gulussa de cou
Asdrubal et ses adhérents, ils vendirent pables intelligences. Ailleurs, l'histo
leur atrie aux Romains; ils envoye rien alexandrin nous apprend qu'après
rent a Libybée trois cents otages (les le massacre des prisonniers romains,
carthaginois n'en avaient remis que quelques-uns des sénateurs reproché
cent aux vainqueurs après la bataille rent a Asdrubal d'avoir agi avec plus
132
de cruauté que de prudence, et de s'enfermer dans une ville assiégée qui
leur avoir enlevé tout espoir de trai souffrait toutes les horreurs de la fa
fer avec l'ennemi; il ajoute que our mine.
étouffer leurs plaintes, Asdruba les On peut reprocher à Asdrubal de
lit tuer. Certes, quand on a suivi avec s'être écrié un jour en présence de
attention l'histoire des six années qui Gulussa : c Le soleil qui éclairera la
précèdent la ruine de Carthage, on est destruction de Carthage ne me verra
tenté de croire que ceux qui , au mo point vivant. s Comme il survécut à la
ment même où l'ennemi s'était rendu ruine de sa patrie, Polybe a pu dire:
maître d'une partie de la ville, pro a On vit bien au jour du danger que ces
clamaient hautement que l'on pourrait grandes et belles paroles étaient sorties
encore réussir par la voie des négocia e la bouche d'un fanfaron. n
tions, étaient des traîtres et les amis Ajoutons encore,‘ avant de terminer.
des Romains. Nous ne voulons point qu'entre tous les torts d'Asdrubal, le
ici excuser les crimes ou les fautes plus grand peut-être a été celui d'avoir
qu'Asdrubal a commis; nous essayons succombé et d'avoir abandonné, comme
seulement de montrer u'il a pu se sa malheureuse patrie , le soin de sa
faire que le dernier ’gén ral carthagi gloire à des historiens étrangers.
nois ait été'calomnie par les ennemis SUITE DU néon; SCIPION rsrmn
de Carthage. , L'EN'raEE DES PoErs PAR UNE JETÉB‘,
_ « Asdrubal , disent Polybe et Ap LEs Csnrnnomors s'oUvnEN'r UNE
pien, régnait sur le peuple par a NOUVELLB rssUE E'r ns'r'rEN'r UNE
terreur, et il conserva jusqu'à lafin, nous A LA MER; cousu NAVAL;
sur la multitude, une autorité sans 147 AVANT NOTRE izna.— Pour priver
bornes. » On peut croire aussi qu'As les Carthaginois des vivres u’ils rece
drubal régna sur la multitude, moins vaient par mer , et leur en ever leurs
ar la terreur que parce u'il était dernières ressources , Scipion résolut
Félu de cette multitude et e chef du de fermer l'entrée du port. « A partir
parti opulaire. de la bande de terre qui était entre le
En m, il n'est pas vraisemblable lac et la mer, dit Appien, il fit jeter
qu'au moment où les Carthaginois as une digue qui s'avançait presque en
siégés subissaient de cruelles priva droite ligne vers l'embouchure du
tions et souffraient de la famine, As port, peu distante du rivage. Cette
drubal se soit fait un jeu de la misère jetée avait vingt-quatre pieds de lar e
publique, et qu’il ait insulté à ses au sommet et quatre-vingt-seize à a
concitoyens malheureux, en donnant base (*). Scipion disposait d'une nom
àlquel ues-uns de ses amis de somp breuse armée qu'il faisait travailler
tueux anquets. a Scipion, dit Polybe, jour et nuit, et les Carthaginois, qui
fit annoncer au général carthaginois d'abord avaient ri de ce projet gigan
qu’il lui accordait à lui, à safemme, tesque, allaient se trouver entièrement
à ses enfants , et il dira fizmiües pa bloqués, car, ne pouvant recevoir de
rentes ou amies, la vie et la liberté, vivres par terre, et la mer leur étant
et qu’il lui permetiait, en outre, d'em fermée, la faim les eût contraints de
porter de Carthage dia: talents de se rendre à discrétion. C’est alors
son bien, et d'emmener avec lia‘ ceuœ qu'ils entreprirent d'ouvrir une nou
qu'il voudrait choisir parmi ses es velle issue dans une autre partie de
claves. ‘ Pourquoi Asdrubal repoussa
t-il alors les propositions de Scipion? (') «Cette jetée fut construite comme
Pourquoi préféra-t-il à une retraite celles des rades de Cherbourg et de Plymouth
tra nilla où il aurait tr vé le repos l'ont été depuis, en lançant à flot perdu
et le ien-être, le séjour e Carthage? d'énormes quartiers de roches qui , par
Assurément, pour se livrer à la bonne leur cohésion et l'inclinaison de leur plan ,
chère et pour donner de splendides fes pussenl résister à l'action de la mer. n 1“. Du
fins. c'était mal choisir son lieu que de reau de la Malle.
CARTHAGE. 128
leur ort qui regardait la pleine mer. qui était fort étroite, les vaisseaux ne
Ils c oisirent ce point parce que la pouvaient pénétrer qu’en petit nombre
profondeur de l'eau et la violence des a la fois et qu'avec une extrême difli
vagues qui s'y brisent rendaient im culté. Alors, pour ne point être atta
possible aux Romains de le fermer quées par les Romains, pendant les
avec une digue. Hommes, femmes et lenteurs de la retraite, les trirèmes
enfants y travaillèrent jour et nuit, en carthaginoises remontèrent le long de
commençant ar la partie intérieure , la côte et jetèrent l'ancre vers un quai
. et avec tant e secret que Scipion ne qui avait servi autrefois au débarque
put rien savoir des prisonniers qu'il lit ment des marchandises (‘). Au mo
alors , sinon qu’on entendait un grand ment méme où les bâtiments légers
bruit dans les ports, mais qu’on en venaient de se mettre à l'abri dans le
ignorait la cause et l'objet. En même port et où les gros navires s’arrêtaient
temps, les assiégés construisaient avec non loin des murailles, la proue tour
d'anciens matériaux des trirèmes et née vers la mer, on vit arriver la flotte
desquinquérèmes avec une adresse et ennemie. Il fallut encore soutenir une
une activité singulières. Enfin, lorsque nouvelle attaque. Quoique les Romains
tout fut prêt, les carthaginois, au eussent à se défendre et- contre les
pointdu jour. ouvrirent la communica équipages des vaisseaux et contre les
tion avec la mer, et sortirent avec cin troupes de terre qui étaient placées
quante trirèmes et un grand nombre sur le quai. ils firent cependant éprou
‘autres navires qui avaient été appa ver à la flotte des assiégés des pertes
reillés avec le plus grand soin, et de considérables. La nuit mit fin au com
manière à jeter la terreur parmi les bat. Alors seulement les gros navires
Romains. n des carthaginois parvinrent à se ré
Ceux-ci, en effet, à la vue de la fugier dans le port.
flotte carthaginoise, furent frappés de LESCABTBAGINOISA’ITAQUENTLES
crainte. Les lourds et pesants vais RoMAINs PENDANT LA NUIT ET nau
seaux de la station romaine n’avaient LENT LEURS MACHINES DE ananas;
ni rameurs ni soldats, car les équipa nu CÔTÉ DE LA man, SCIPION nasra
ges étaient descendus à terre pour ai. nAîrnn mas oUvaAGEs AvANcÉs DES
der Scipion dans ses travaux. Si les CAa'mAGiNors; 147 AVANT Noraa
carthaginois, par une attaque sou ÈRE. — Le lendemain matin, Scipion
daine, s'étaient ortés sur les vaisseaux s'empara du ‘quai à l'abri duquel s'é
ainsi désarmés. ils auraient obtenu une tait placée la otte carthaginoise. a Cet
victoire aisée, et ils auraient anéanti ouvrage , dit Appien , devenait un
d’un coup toutes les forces navales de point d'attaque tres-avantageux pour
l'ennemi; mais ils se contentèrent de entamer le port (le Cothôn). Alors
se montrer et d'insulter les Romains ayant amené beaucoup de machines et
par de vaines démonstrations. Quand battu avec des béliers la fortification
trois jours après ils vinrent présenter intermédiaire ( le rempart élevé dans
le combat, l'occasion favorable était la longueur du quai par les Carthagi
perdue et ils n'avaient plus les mêmes nois ), il en renversa une partie. Les
chances de succès : les rameurs et les assiégés firent une sortie la nuit et
soldats avaient regagné leurs vais se portèrent contre les machines des
seaux , et les carthaginois trouvèrent Romains, non par terre, car c'était
une flotte toute pré arée à recevoir impraticable, ni avec des vaisseaux ,
leurs attaques. Ils nhésitèrent point car la mer sur ce point est pleine de
cependant, et une lutte terrible s'en
gagea. On se battit pendant une jour C’) Ce quai était très-large. De peur qu'il
née entière, et ce ne fut que vers le ne servit d‘esplanade à l'ennemi pour l'at
soir que les carthaginois, fatigués et taque des murailles, les carthaginois l'avaient
non vaincus. se dirigèrent vers la nou coupé dans sa longueur par un fossé et un
velle entrée du port. Par cette entrée, rempart.
124
bas-fonds : ils y marchèrent tout nus , thaginois : c’était la présence à Néphé.
portant des torches non allumées pour ris d’une armée nombreuse fortement
n’être pas aperçus de loin. Ils entrent retranchée, et qui paraissait surveil
dans la mer sans être vus , et s'avan ler, malgré l’e'loignement, toutes les
cent les uns à la nage, les autres ayant opérations des Romains. Scipion avait
de l’eau jusqu'à la poitrine. Lorsqu'ils toujours à redouter une double atta
sont arrivés près des machines, ils que; et lorsque parfois il songeait aux
allument leurs torches, et alors le feu expéditions malheureuses du consul
les ayant découverts, ils reçurent sur Manilius , il n'était point sans inquié
leurs corps nus de terribles blessures. tude. Il crut, non sans raison, que la
Mais telle fut leur audace‘et la force destruction de l’armée deNéphéris pou
de leur désespoir, que, malgré ce dé. vait seule hâter les travaux du siége
savantage , ils enfoncèrent les Ro et consommer la ruine de Carthage. Il
mains et brûlèrent leurs machines. La se mit donc en marche avec une par
terreur même fut si grande, que Sci tie de ses troupes, et il se dirigea,
pion fut contraint de faire tuer quel avec Lælius et Gulussa, vers le camp
ques-uns des fuyards our forcer les carthaginois. Diogène y commandait
autres à rentrer dans e camp, où ils depuis le jour où Asdrubal s’était jeté
assèrent tout le reste de la nuit sous dans la ville assiégée. Scipion prit po
es armes. Les carthaginois , après sition non loin de Néphéris. Il s’aper
avoir brûle’ les machines, retournèrent çut bientôt qu'en deux endroits les
à la nage dans la ville. n retranchements carthaginois s’étaient
Les carthaginois se hâtèrent de ré écroulés. Il prit alors la résolution de
parer la partie de leurs fortifications recourir à un expédient qui lui avait
qui était tombée sous les coups du déjà réussi plusieurs fois : il se‘porta
bélier, et ils y élevèrent des tours en avec ses troupes vers une des breches,
bois de distance en distance. Mais les et là,tandis qu’iloccupait Dioîène par
Romains, après avoir construit d’au une attaque simulée, mille iommes
tres machines , renouvelèrent bientôt qu'il avait cachés s‘élancèrent dans le
leurs attaques : ils incendièrent quel camp ar l’autre brèche. Tandis que
ques-unes des tours, en lançant contre les sol ats romains faisaient dans l'in
elles des vases remplis de poix et de térieur des retranchements un horri
soufre enflammés. Enfin Scipion se ble massacre, Gulussa et ses cavaliers
rendit maître des ouvrages avancés des numides poursuivaient et tuaient dans
carthaginois. Il éleva alors un mur en la campagne tous ceux qui avaient pris
bri ne, égal en hauteur aux remparts la fuite. « Dans cette [journée, dit Ap
de a ville et à peu de distance de ces pien, soixante-dix mi le hommes per
remparts; puis il plaça sur ce mur, dirent la vie, dix mille furent pris, et
qui était protégé par un fossé, quatre quatre mille seulement parvinrent à
mille hommes de trait. Il pensait que s’échapper. n
ceücorps d’armée, dans une position L’armée carthaginoise ayant été
inexpugnable, suffisait pour contenir anéantie d’un seul coup, les Romains
les assiégés pendant toute la durée de se présentèrent devant es murs de Né
la grande expédition qu’il allait entre plieris. Après un siége de vingt-deux
pu- dre. jours, Scipion se rendit maître de la
XPÉDITION m; SCIPION coN'rnx place. Ce nouveau succès eut un grand
L'ARHÉE QUI se 'rnm'r A Nupnsnls; résultat. Quand Néphéris eut succomo
u CAMP nss Canrmcmors ss'r bé, toutes lrsdvilles avoisinantes se sou
PRIS; sises ma Nérnränrs; PLusisuns mirentanx Romains.Toutefois, au mo
VILLES se nsNnENr AUX ROMAINS; ment même où s’évanouissaient leurs
147 AVANT None ÈRE. — Jusqu'aux dernières espérances, les carthaginois
derniers événements que nous venons assiégés n'en persistèrent pas moins
de raconter, une chose avait entretenu dans l’héro‘que résolution de se dév
le courage et les espérances des Car fendre jusqu à la dernière extrémité.
CARTHAGE. 125
Sermon A'r-rAQuE LE Pour DE avec ses soldats sur la place publique.
CAarnAeE; Plus]: Du Cornôiv; LES Le lendemain, au point du liour, il
RoMAINs DANS CABTIIAGE; couEA'r appela à son aide quatre mille iommes
ACIIAENE DANS LES nul-2s QUI CON de troupes ‘fraîches. Au moment où
DuIsAIEN'r DE LA PLACE PUBLIQUE A ceux-ci entrèrent à Carthage, ils se
LA CITADELLE; 146 AVANT No'rnE précipitèrent dans le temple d’Apol
ÈRE. —- Scipion avait passé une année lon , et , sans tenir compte des mena
pres ue entière à préparer par. de si) ces de leurs officiers, llS enlevèrent
res dltérations la ruine de Carthage (‘). les lames d'or qui couvraient la statue
Après avoir détruit pendant l’hiver de la divinité. Ils n‘obéirent aux ordres
l'armée de Diogène, pris Néphéris, de Scipion que lorsqu'ils eurent par
reçu la soumission des villes d’Afrique tagé entre eux ces dépouilles sacrilé
qui tenaient encore pour les Cartha ges, qui valaient bien, dit un historien
inois, il résolut, aux a proches de la de l’antiquité, une somme de mille
elle saison, de tenter e vigoureuses talents.
attaques et de frapper les derniers Quand Scipion eut fait tous ses pré
coups. Il se dirigea d’abord vers le paratifs pour attaquer Byrsa. il se mit
port qui était appelé Cothôn; Asdru en marche avec ses troupes. Mais bien
al, qui croyait avoir découvert les tôt il s’aperçut qu’il ne parviendrait
pro'ets du général romain, fit mettre point sans peine jusqu'au pied de la
e eu, pendant la nuit, à la partie citadelle. Trois rues étroites, bordées
guadrangulaire de ce port. Tandis qu'il de chaque côté de maisons à six étages,
xait sur ce point toute son attention, montaient de la place publique a
Lælius escalada la partie ronde du Byrsa. Les soldats de Scipion étaient à
Cothôn qui était opposée à la partie peine entrés dans ces rues qu’une
quadrangulaire, et il ouvrit ainsi l’en ataille terrible s'engagea. Les Ro
trée de Carthage à l’armée romaine. mains furent alors accablés par une
Bientôt le port et les fortifications grêle de traits et de pierres. Il fallait
qui l’entouraient furent au pouvoir de pénétrer et se battre dans chaque mai
lennemi. Scipion alors pénétra dans son , et à chaque étage. Les Carthagi
la ville, et il s'établit, pour la nuit,‘ nois étaient partout, dans la rue, sur
(‘) u Si l'on examine attentivement l'en les toits, et l'armée romaine ne pouvait
semble du récit d‘Appien et l'histoire du avancer que lentement et pas à pas.
siège de Carthage pendant les trois ans de La ville présentait en ce moment un
sa durée, on sera convaincu que, malgré spectacle horrible; les uns périssaient
les forces immenses en troupes de terre et par l'épée, les autres par les traits qui
de mer employées par les Romains, il était étaient lancés; d'autres enfin, en tom
nécessaire de procéder de cette manière bout du haut des'maisons, étaient
lente et circonspecte pour obtenir la vie reçus sur les piques des soldats. On
toire. La position admirable de Carthage entendait aussi le bruit des armes qui
défendue par plusieurs enceintes séparées. se choquaient, les laintes, les gémis
indépendamment du Cothôn, l'égalité des sements et les cris e douleur des'bles
forces entre l‘assaillant et l‘assiégé, con sés et des mourants. Enfin , après une
traignirent Scipion à exécuter ses travaux lutte prolongée et des efforts inouis ,
gigantesques de circonvallation. Il lui fallut Scipion arriva devant Byrsa. Ce fut
marcher pas à pas dans cette lutte difficile. alors que voulant se ménager un vaste
Il est même probable que , si les Romains,
par une perfidie plus que punique, n'eussent emplacement pour les manœuvres de
enlevé d'abord aux carthaginois , déçus par ses troupes, il fit mettre le feu au
l'espoir de conserver la paix , leurs armes , quartier de la ville qu’il venait de tra
leurs machines et leurs vaisseaux , cette troi verser.
sième guerre se serait encore terminée par INCENDIE DE CAETIIAG.‘ ; CIN
un traité ekn‘aurait pas eu pour résultat la QUANTE MILLE CARTHAGINOIS DE
ruine et la destruction de Carthagemfll. Du MANDENT LA vIE ET sonTEN'r DE LA
rsau de la Malle. CITADELLE ; AsDnUBAL ET LES
136
raursruens IOMAINS sa pérennes-r veillait les soldats, les pressait et se
ENCOBEDANS Ln'rnnrLsD’EscULAPx; portait sur tous les points: c'était Sels
146 AVANT Nous iras. — Pour avanu pion. Enfin le septième jour, se trou
cer plus rapidement dans leur œuvre vant accablé de lassitude, il monta sur
de destruction, les Romains ne se une éminence et s’assit dans un lieu
contentèrent pas de mettre le feu aux d’où il pouvait encore examiner ce qui
édifices et de les démolir par portions, se faisait dans son armée. En cet ins‘
ils les espèrent parla base afin de faire tant, on lui amena plusieurs Carthagi
écrouler la masse entière. _On vit alors nois. lls venaient lui dire que tous ceux
une chose hideuse: des corps humains ui s’étaient enfermés dans l’enceinte
tombaient avec les décombres; c'étaient e la citadelle étaient prêts à se rendre,
les vieillards, les femmes et les enfants s'il promettait de ne pas les égorger.
qui jusqu'à ce moment étaient parvenus. un Je vous le promets, dit Scipion; les
à se dérober aux regards des vain transfuges seuls n’obtiendront oint de
queurs, en se cachant dans les réduits grâce. » Cinquante mille in ividus,
obscurs et dans les endroits secrets des hommes et femmes (") , sortirent alors
maisons. Ces corps étaient broyés sous de Byrsa et furent mis sous bonne
les pieds des chevaux qui passaient et garde. Il ne restait plus dans la citaa
repassaient; puis , arrivaient avec des delle que neuf cents transfuges ,
haches, des crocs et des fourches. ceux Asdrubal , sa femme et ses deux en
qui étaient chargés de déblayer le ter— fants.
rain. Ils enlevaient les monceaux de Asmiunsn ET LES 'raANsruoss sl
ruines et jetaient dans un même fossé, mr'rsn'r DANS LE TEMPL! n’Escu
les poutres, les pierres, les cadavres et LAPE; ASDBUBAL sa main); INCENDIE
les‘corps de ceux qui respiraient eue DU TEMPLE; nom‘. DE LA rmmn
core. «1 Ce n'était point par cruauté ni D'ASDRUBAL ; CONVERSATION m;
à dessein, dit un historien de l’anti SCIPION ET an Pour“; 146 aux!
quité , que les Romains agissaient NOTRE iras. —— Le temple d’Esculape
ainsi. D’abord, ils étaient animés par était bâti sur un roc élevé , au sommet
l'espoir d’une victoire prochaine; en duquel on ne pouvait parvenir qu’en
suite, le mouvement et l'agitation , la montant soixante degrés. C’est dans ce
voix des hérauts , les sons éclatants de temple que se jetèrent Asdrubal et les
la trompette, les commandements des transfuges. De ce lieu, ils pouvaient
tribuns et des centurions qui dirigeaient facilement repousser les assaillants et
le travail des cohortes, tous ces bruits soutenir longtemps encore les efforts
enfin d’une ville prise‘et saccagée ins de l’armée romaine. Ils se défendirent
pi raient aux soldats une sorte d’enivre d’abord avec tout le courage qu’inspire
ment et de fureur qui les empêchaient le désespoir; mais enfin, épuisés par les
de voir ce qu’il y avait d’horrible dans veilles, par la faim et par des combats
un pareil spectacle. » Dans ces dures sans cesse renouvelés, ils abandonne
aroles d’Appien, il est facile de saisir rent les alentours du temple et se ré
es impressions de Polybe qui assista fugièrent dans les parties élevées de
à la ruine et à la destruction de Car l'édifice. Ce fut alorsqu’Asdrubal sup
thage, et qui ressentit, dans le camp pliant vint se rendre à Sci pion. Le Ëé
romain , à côté de Scipion. son élève et néral romain le fit asseoir à ses pie s ,
son ami, tout l’enthousiasme de la et l’exposa ainsi prosterné et humilié‘,
victoire. aux regards destransfuges. Ceux-ci ao
L’armée romaine passa, six jours et cablèrent d’abord leur ancien chef des
six nuits à déblayer le terrain qui était plus cruelles injures, ensuite ils mirent
couvert de ruines. Les soldats se suc< le feu au temple et tombèrent ensevelis
cédaient dans te travail, pour ne point
succomber aux veilles et à la fatigue. (") Quarante mille hommes, suivant Flo
Il y avait un homme cependant qui ne rus ; trente mille hommes et vingtccinq mille
prenait ai sommeil. ni repos, qui sur-‘ femmes, suivant Orose.
CARTRAGE. 127
sous ses ruines. Au moment où l’in VINCE ROMAINE; 146 AVANT No'rnn
cendie commencait à dévorer l'édifice‘, Ènz. — Scipion permit à son armée
la femme d’Asdrubal , revêtue de ses de piller les ruines de Carthage; tou‘o
plus beaux vêtements, se présenta avec tefois, il fit mettre én réserve l'or,
ses deux enfants, à la vue de Scipion; l'argent et les objets qui avaient été
elle lui cria avec force : et Romain, les consacrés aux dieux dans les temples.
dieux te sont favorables, puisqu'ils Puis, il donna une ratification a ses
t'accordent la victoire. Souviens-toi de soldats. ll envoya aors à Rome un
punir Asdrubal qui a trahi sa patrie, vaisseau chargé de riches dépouilles,
ses dieux, sa femme et ses enfants. pour annoncer sa victoire. En même
Les génies qui protégeaient Carthage temps, il fit savoir aux peuples de la
s'uniront à toi pour cette œuvre e Sicile qu'il était prêt à leur restituer
vengeance.» Puis, se tournant vers tout ce qui leur avait été pris pendant
Asdrubal : n 0 le plus lâche et le plus leurs uerres avec les carthaginois (‘).
infâme des hommes! tu me verras Ce ut un soir que l’on vit arriver
mourir ici avec mes deux enfants; mais à Rome le vaisseau envoyé par Sci
bientôt tu sauras que mon sort est en ion et que l'on apprit la nouvelle de
core moins à plaindre que le. tien. Il a ruine de Carthage. La joie fut
lustre chef de la puissante Carthage, rande dans la ville. Pendant‘ la nuit,
tu orneras le triomphe de celui dont tu es citoyens s'abordaient, s'interro
baise les pieds, et après ce triomphe, geaient et s'adressaient de mutuelles
tu recevras le châtiment que tu mé félicitations. On racontait aussi les
rites. » En achevant ces mots, elle guerres passées,, et lorsqu'on rappe
égorgea ses deux enfants et se précipita lait les divers incidents de la derniere
avec eux au milieu des flammes. « Ce lutte, on trouvait qu'aucune victoire
n'était point la femme d'Asdrnbal, dit n'était comparable à celle que venaient
Appien, qui devait terminer sa vie par de remporter Scipion et son armée.
cette mort héroïque, mais Asdrubal Le succès même était si grand, que
lui-même. a parfois on était tenté de n'y point
On raconte que Scipion, en voyant croire, et l'on entendait des gens qui
autour de lui tout de ruines accumu disaient : 11 Mais est-il bien vrai que
lées, versa des larmes. Il pensait à la Carthage ait été détruite P n Toute la
triste destinée de Carthage qui avait nuit se passa ainsi en joyeux propos et
été si longtemps riche et puissante. Il en manifestations de la plus vive allé»
lui arrive, au milieu de ses réflexions , gresse. Le lendemain , a la pointe du
de s’écrier avec Homère : jour, on se rendit aux temples pour
« Viendra un jour où périra Troie , faire des prières et des sacrifices. Après
la ville sacrée, et où périrent avec elle avoir rendu auxgdieux de solennelles
Priam et le peuple de Priam ("). - actions de grâces, on donna des jeux‘
Polybe, qui se trouvait à côté de au peuple, et les fêtes commencèrent.
Soi ion, lui dit alors : a Quel sens at
tac ez-vous à ces paroles? — C’est (') « C'élaient.dit Diodore , des portraits
Rome qui occupe ma pensée, répondit peints de leurs hommes illustres, des sta
Scipion; je crains pour elle l'instabi tues exécutées avec un talent remarquable,
lité des choses humaines. Ne pourrait et des offrandes en or et en argent qu'on
avait faites à leurs dieux. Himère y retrouva
il point se faire qu'elle éprouvñt un sa statue personnifiée sous les traits d'une
jour les malheurs de Carthage? n femme et celle du ioëteslésichore; Segeste,
CAn'rnAGs numée; SCIPION PAR sa Diane ; Gcla, plusieurs objets d'art; Agri
TAGE LB nn'mv sN'rnE ses soLnA'rs; geute, le fameux taureau de Phalaris. Plu
1012 A Rem: A LA NOUVELLE DE LA sieurs villes d’Ilalie et d‘Afrique recouvre
PRISE DE CAn'rnAon; LE 'rsnnl'rolns. rent alors , par la libéralité de Scipion , les
cAnrnAmNots nsr xénon: surno objets précieux dont elles‘ avalent été dé
pouillées ar les CarthagtnoismM. Dufédl
l') lliade xv, v. x64 et :65. de la Ma 0.
128
Cependant, le sénat envoya en Afri Pour connaître à fond Carthage et son
que dix commissaires choisis dans histoire , il faut aller plus avant et pé
lordre des patrjciens. Ils devaient se nétrer, si nous pouvons nous exprimer
concerter avec Scipion pour régler le ainsi, dans les secrets de son organi
sort de la province carthaginoise. A leur sation intérieure. Dès l'antiquité, ceux
arrivée, ils ordonnèrent de détruire qui ont écrit sur cette puissante répu
ce qui restait encore de Carthage. Ils blique ne se sont oint bornés à con
déclarèrent que nul, à l'avenir, ne se signer, dans leurs ivres, les guerres et
rait autorisé à bâtir sur l'emplacement les traités de paix ou d'alliance; ils
de la ville ruinée , et surtout à l’en ont encore étudié sa constitution poli
droit où s'élevaient jadis les quartiers tique; son système d'administration;
de Byrsa'et de Mégara. Puis. comme l'etendue de ses possessions, de son
s'ils avaient craint de voir les Cartha commerce , de ses richesses et de ses
ginois sortir de leurs tombeaux, ils forces militaires; sa religion , etc. Nous
accompagnèrent cette défense de tout nous proposons, à notre tour, d’abor
l'appareil des cérémonies religieuses, der séparément chacun de ces points,
et IIS prononcèrent au nom des dieux, et d'exposer, dans un court sommaire ,
contre celui qui viendrait habiter ces en nous appuyant sur l'autorité des
lieux maudits, de terribles impréca écrivains de l'antiquité, tous les ren
tions. Après avoir récompensé les peu seignements qui nous ont été transe
ples et les villes qui avaient prêté aide mis sur cet important sujet (").
et appui aux Romains, dans la der CONSTITUTION. —A Carthage, le
nière guerre, et après avoir puni ceux pouvoir était aux mains d'une puis
qui étaient restés fidèles à Carthage, sante aristocratie. Toutefois , il ne fau
les commissaires délégués par le se drait pas croire qu'entre cette aristo
nat revinrent en Italie. Avant leur dé cratie et celle que l'on rencontre à
part, ils avaient réduit en province Sparte ou à Rome, il existât une ar
romaine toute la partie de l'Afrique l‘aite ressemblance. En effet, à ar
qui avait appartenu aux Carthagi tha e, il n'y avait point de noblesse
nois. fon ée sur des souvenirs de conquête
Dans la même année (146 avant ou sur une gloire héréditaire, mais
‘notre ère), on vit à Rome deux triom une noblesse ui tira’it ‘en général tout
phes; Scipion et Mummius montèrent son éclat de l'étendue de ses richesses.
au’Capitole , en étalant aux yeux d'un Il est vrai qu'à certaines époques, on
euple immense les dépouilles des vil vit s'élever dans la république des
es qu’ils avaient vaincues. Certes, les hommes qui acquirent une grande re
deux triomphateurs étaient loin de nommée, et qui transmirent à leurs
prévoir qu'un siècle à peine après leur familles, pour un temps plus ou moins
victoire, ‘Rome elle-même essaierait long, toute leur il ustration. Mais
de réparer ses propres injustices, et nous devons ajouter que ce fait ne se
ne César, en léguant aux héritiers produisit que rarement dans l'histoire
e sa puissance le soin de relever Co de Carthage ; et si les Magon , les Han
rinthe et Carthage , croirait faire sa non et lesBarca se virent en possession,
tisfaction à l'humanité outragée. pendant de nombreuses années des
dignités de l’Etat et de la eonsidérao
CONSTITUTION POLITIQUE , tion publique, c'est que , dans ces fa
coLomss ET AUTRES rossxssxozrs, xcnxcnn milles, les richesses se perpétuaient
Tutu , uolnuncl, mnus'rnrx , ARMÉLS,
saumon l1.‘ LI’ITÊMTUBI nu ennu (") Nous nous sommes aidé aussi del
amers. travaux de la critique moderne, et nous
avons consulté fréquemment les chapitres
L'histoire du peuple carthaginois que Ilecrcu a consacrés à Carthage, dans
n'est pas tout entière dans la série des son grand ouvrage sur la politique et le
événements que nous avons racontés. commerce de: peuple: de l'anliqum'
CARTHAGE. 129
aussi bien que les vertus. Trois siècles semblée (aäzflmac) paraît avoir été un
avant notre ère , Aristote avait saisi la corps déli rant; c'était à Carthage.
différence qui existait entre l’aristocrac pouremployeruneex ression moderne,
tie carthaginoise et l'aristocratie qui e pouvoir législatif? comme la petite
ouvernait Sparte. Il a insisté sur cette assemblée (1lpoucia)qu'AriSt0te appelle
äistinction; et les faits qu'il a rassemv le conseil suprême, était le pouvoir
blés, à ce sujet, dans sa Politique, eæe’cutÿ’. Le conseil suprême. qui re
nous fournissent sur la constitution çut la dénomination particulière de
de Carthage de précieux renseigne 'ppowia, se com ait de cent mem
ments. Aristote nous a encore appris bres. Dans le principe, il n'avait été
que, dans la république, les riches qu'un démembrement de la grande as
etaient les seuls qui parvinssent aux semblée, un comité char é spéciale
magistratures. Il s'exprime formelle— ment de faire la police de'l État, et de
ment à cet égard: a On pense. à (Jar juger les magistrats et les généraux
thage, dit-il , que celui qui veut exer prevaricateurs. Le conseil des Cent ne
cer une fonction publique doit avoir cessa point de se recruter parmi les
non-seulement de grandes qualités, notables de la république; mais peu à
mais encore de grandes richesses. » peu il se fit conférer des pouvoirs
Pouvoras ‘na L’ETAT; GRANDE extraordinaires, et il finit par se ré
ASSEMBLÉE (O'Û'ÏYJMTOÇ); CONSEIL su server la connaissance des affaires les
mu‘ms ou pas CENT (759mm); As plus importantes, et r s'arroger le
samsuäes DU PEUPLE; sursauts; droit de décider dans es grandes cir
GÉNÉnAux; CBNSEUB pas IIŒURS; constances. Ajoutons ici que plusieurs
ATTRIBUTIONS mas mrrnENTs POU écrivains de l'antiquité ont compris
volas DE L'ÉTAT. — La grande as les deux assemblées sous le nom com‘
semblée (capa-mec) était un cor 5 per mun de synédrin (awéôppov).
manent qui se composait de l’é ite des, «La sphère du sénat à Cartha
carthaginois, c'est-a-dire, des hommes « e, dit Heeren, en y réunissant
qui avaient acquis‘ par leurs richesses s e grand conseil (mh'xln'rec) et le
unmgrandc influence. Dans un État «conseil des Cent (permis), paraît
où les citoyens les plus notables sont ravoir été en général la même e
les citoyens les plus riches, les fonc «celle du sénat romain. Toutes es
tions publiques ne sont point hérédi «transactions avec l'étran er lui sont
taires. Comme nous l'avons dit, ar « confiées. Les rois ou su êtes qui le
suite de l'instabilité des grandes or - présidaient y font des rapports; il
tunes, l'aristocratie carthaginoise de « reçoit les ambassadeurs, il délibère
vait non point changer dans son es « sur toutes les affaires d’État, et son
sence, mais se renouveler sans cesse. « autorité était si grande qu'il décidait
La grande assemblée était soumise à « même de la guerre et de la ‘paix,
cette loi; et vraisemblablement les a quoique, pour la forme, la ratifica
places vacantes furent souvent rem « tion allat quelquefois au peuple (‘). .
plies par des hommes qui n'avaient Nous savons, en effet, qu il existait à
reçu aucune illustration de leurs aïeux , Carthage des assemblées du peuple.
mais qui, à force de travail et de peine , Mais, comme l’a remarqué le savant
par le commerce ou ar l'industrie, historien quenousvenons de citer, ces
étaientparvenusàacqu rirdesrichesses assemblées n’exer aient oint une in
considérables. Les écrivains anciens fluence réelle sur es af aires de I’E
ne nous ont point donné de renseigne tat (“).ll arrivait toutefois qu'en certai
ments sur l'organisation intérieure du
sénat cartha inois. Toutefois, d'après (") Heeren , De la litique et du com
quelques i ications empruntées aux merce de: peuples de Æntiquife’, t. IV, ce
historiens, il nous est permis de croire la traduction française, p. 140.
ne les membres qui le composaient (") En parlant ici de la constitution car
taient fort nombreux. .La grande as tbaginoise, nous n'avons en vue que l'épo
9' Livraison. (CAR’I‘BAGL)
130
mes circonstancesl'intervention du peu rité était loin d'être illimitée , et ils ne
ple était jugée nécessaire. Quand les ouvaient , à eux seuls, contre-balancer
pouvoirssupérieurs,quisecomposaient a puissance du conseil des Cent et de
des deux assemblées et des suffètes, la grande assemblée. Il fallait, il est
n'étaient point d'accord, c'était le vrai, que, pour l'adoption des me
peuple qui décidait. Les deux suffètes sures ugées indispensables par les
ou ‘rois étaient placés à la tête du gou assemb ées, ils donnassent leur ad
vernement (‘). Cependant leur auto hésion. Quand cette adhésion man
quait , le sénat avait encore un moyen
que où la république par ses conquêtes , par de l'emporter. Il s'adressait au peuple,
la grandeur et la nature de ses entreprises, qui décidait. Ce qui relevait la dignité
parle nombre des peuples tributaires, était
florissante et se trouvait à l'apogée de sa
es suffètes ‘a Carthage, c'était moins
puissance et de sa splendeur. A cette époque, l'importance des fonctions que les
e gouvernement, à Carthage, était pure distinctions’ honorifiques. Ainsi, ils
ment aristocratique et, comme nous l’avons avaient la préséance dans les assem
dit, le peuple n'avait dans les affaires de blées. Ils étaient choisis parmi les
l'Élat qu'une'faible _part d'action. C’est le membres les plus influents du sé
jeu des institutions qui étaient en vigueur, nat, mais leur élection était ratifiée
pendant cette période que nous venons d'ex par le peuple. Leur pouvoir était
pliquer. Plus tard , au moment où_ Carthage a vie, et par conséquent soumis à
se trouva en contact avec Rome, et après l'élection. Nous voyons quelquefois les
de longues guerres et dés désastres multi suffètes prendre ‘en main le comman
pliés, vil se fit dans la constitution de gra dement des armées de terre et des
ves changements. Le peuple à son tour voulut flottes , mais ce commandement n'était
intervenir dans le gouvernement et se mé point inhérent à leurs fonctions. Tout
nager dans les affaires de l’État une grande nous porte à croire, au contraire, que
vin uence. L'aristocralie soutint une lutte l'on abandonnait plus volontiers aux
opiuiâlre contre cette prétention nouvelle 'suffètes ce qui concernait l'adminis
et elle accable de toute sa haine la famille trationv civile. La république apportait
Berce qui appuyait les réclamations de la
démocratie. Cependant, au temps des guerres le plus grand soin dans le choix de
puniques, les circonstances étaient changées, ses généraux: on prenait pour com
et des événements imprévus nécessitaient, mander les armées, ceux qui‘, dans
peut-être , .dans la constitution des réfor les guerres, s'étaient distingués par
mes extraordinaires. Si l'aristocratie s'était . leur courage ou leurs talents’. D'abord
plétée de son plein gré aux réformes deman c'était le conseil supérieur ou des Cent
dées par le peuple, Carthage eût peut-être qui nommait; ensuite la grande as
échappé aux humiliations et aux malheurs semblée et le peuple 'sanctionnaient la
sans nombre qui vinrent fondre sur elle pen nomination. En plusieurs circonstan
dant undemi-siècle (202- 146 avant notre ère); ces, le choix fut laissé à l’armée elle:
peut-être aussi eût-elle évité une entière des même; ainsi, pendant la guerre des
truction. C’est l'opinion de Montesqnieu: Mercenaires , au moment où un funeste
-Car|hage, dit-il, périt parce que, lorsqu'il dissentiment éclata entre Hannon et
fallut retrancher les abus, elle ne put souf Amilcar, les soldats reçurent pouvoir
frir la main de son Annibal même.»(Grana’eur d’élire un chef.unique : Ils se pronon
et décadence des Romains, ch. vrrr.)Anni
bal, on le sait, fut, après Amilcar son père,
cèrent, on le sait , en faveur d'Amilcar.
le chef du parti démocratique. Au reste, Enfin , pour terminer cette no
nous avons raconté plus haut , avec quelque menclature , nous dirons que Cor
étendue,.les changements survenus dans la nélius Nepos parle d'un magistrat qui,
constitution de Carthage et la lutte de la
démocratie contre l'aristocratie. Voyez prin le gouvernement républicain. Malchus, qui
cipalement p. {30, 97 et suiv., 103, 108, commanda en Sicile et en Sardaigne (536-5 30
mg, x2: et suiv. avant notre ère), est le premier carthagi
(") Suivant les traditions, le gouverne nois qui, dans l'histoire, porte le titre de
ment monarchique avait précédé, à Carthage, sufjëte. Voy. plus haut, p. 3.
CARTHAGE. 181
à Carthage , aurait été revétu des fonc par ce monopole, i était loin de
tions de censeur des mœurs. contribuer à la prosp rité des colonies ,
Nous ne pouvons nous arrêter sur la république gagnait d‘incalculables
les institutions judiciaires des Cartha richesses. La_métro ole avait soin de
ginois, car nous n'avons sur ces insti transporter, là où e le établissait des
tutions que des données incomplètes. colons, ses dieux et son culte. La con
Nous savons cependant qu’il existait formité des croyances religieuses était
des magistrats spéciaux pour juger les assurément un ien puissant; mais Car
affaires civiles et criminelles. .hage eut encore recours à d'autres
SYSTÈME DE GOUVERNEMENT A moyens pour retenir les colonies sous
L’EGAED Des PEUPLES TBIBUTAIBES sa dégendance. Elle plaçait dans cha
SUE LE CONTINENT ArEIcAIN ET DEs cune ‘elles des ‘magistrats carthaginois
coLoNIEs. — Carthage tenait dans une chargésdel‘administrationcivileetmili
étroite dépendance toutes les villes qui taire.et souvent elle adäoignait aces ma
lui étaient soumises sur le continent gistrats’ une garnison exmercenaires.
africain. Loin de leur conférer des ÉTENDUE DE LA PUISSANCE can
privilèges étendus, elle les traitait en ‘IEAGINOISB ; PEUPLES soums A Can
villes conquises , et ellemontra parfois THAGB son LE CONTINENT AFRICAIN;
à leur égard une extrême dureté. Elle coLoIvIEs. — Carthage, après sa-fon
leur faisait payer de lourds impôts, dation , se trouva en lutte avec les peu
et, lorsqu'il s'agissait de rcevoir, le ples qui l’avoisinaient. Elle triompha
fisc de la république proeé ait avec une cependant, et elle compta enfin au
inflexible rigueur. Les gouverneurs nombre de ses tributaires tous les enne
délégués ur administrer les villes mis qui l’avaient attaquée. Par un long
avaient mission. avant tout, de faire contact, les hommes qui habitaient
entrer de grosses sommes dans le tré autour de Carthage et de quelques au
sor public ,- et les percepteur-s emx tres ‘établissements phéniciens e me
ployaient souvent d’éner iques moyens lèrent peu à peu aux colons venus de'l‘yr
{our extorquer l'argent es tributaires. ou de Sidon,et, parsuite de la fusion
es habitants des campagnes n'étaient qui s'était opérée, ils reçurent le nom
pas traités avec plus de modération, e Liby-Phéniciens: Dans les provinces
et, en plusieurs circonstances, on en voisines de Carthage s'élevèrent bien
leva aux cultivateurs propriétaires la tôt des villes nombreuses, et le sol fut
moitié de leurs revenus. Les habitants embelli et fertilisé par une savante
des villes et des campagnes qui res agriculture. Indépendamment des peu
taient soumis par la force. gardaient le ples sédentaires qui s'étaient presque
souvenir de ces odieuses exactions, et assimilés aux Phéniciens, il y avait
lorsqu'un ennemi mettait le pied sur encore des nomades qui s'étaient sou
le sol de Carthage, ils se rangeaient de , mis à la puissance carthaginoise. A
son côté et lui prêtaient aide et appui. l'ouest, quelques-unes des peuplades
Cette haine des peuples tributaires de la Numidie payaient un tribut. Au
contre la république se manifesta sur-‘ midi, jusqu'au lac Triton, et à l'est,
tout avec violence à l'époque de la jusqu'à la grande Syrto, on distinguait
guerre des Mercenaires ("). parmi les tributaires de Carthage les
Cartha e suivit la même règle de Ausenses, les Maxyes, les Machlyes,
conduite a l'égard de ses colonies. Elle les Lotophages et les Nasamons. La
leur iit sentir quelquefois sa‘ préémi soumission ou l'alliance de toutes ces
nence d’une manière tyrannique. Ainsi, tribus était précieuse à la république;
elle les obligeait à fermer leurs ports les unes lui servaient de barrière contre
aux marchands étrangers. C'était à les invasions, et les autres, en trans
Carthage seulement qu’on achetait les rtant ses denrées jusqu'aux rives du
produits des contrées lointaines, et iger, facilitaient son commerce dans
l'intérieur de l'Afrique.
(') Voyez plus haut, p. 68 et 69. COLONIES. — Il ne faut pas ranger
9.
132
au nombre des colonies carthaginoises dans mille entre rises diverses qui
certaines villes qui ut-étre, bien toutes eurent un p ein succès, jusqu’au
avant Carthage elle-m me, avaient été moment où elle se trouva en contact
fondées par des Phéniciens sur les côtes avec les Romains.
de l'Afrique. Salluste nous apprend SARDAIGNE. —- Justin parle d’une
que la plupart des villes du littoral, expédition des Carthaginois contre la
aux environs de Carthage, telles qu’A Sardaigne. Cette expédition, qui eut
drumète ,Hippo-Zarytes, la etite Lep
tis, devaient leur origine à dpes émi ra
lieu vraisemblablement entre 600 et
550, est une des premières que Car
tions phéniciennes. Il en était de in me thage ait dirigées contre cette île. La
pour Utique et la grande Leptis. La Sardaigne était. sans contredit, une
ville d'Utique formait un Etat indé des ossessions les plus importantes
pendant et n’était point soumise à des arthaginois dans la MéditerranéeÎ
Carthage. Dans deux traités que Po Tous les peuples de l’île furent soumis,
1 be nous a conservés et qui furent à l’exception de quelques indigènes qui
aits avec les Romains (509 et 348 se retirèrent dans les montagnes. Les
avant notre ère), et encore dans un Carthaginois, pour assurer leurs éta
autre traité qui fut conclu avec Phi blissements dans ce pays qui leur
lippe. roi de Macédoine, à l'époque de offrait de précieuses ressources, fon
la seconde guerre punique, les Cartha dèrent deux villes, Caralis et Sulchi.
ginois mentionnèrent Utique comme La Sardaigne est mentionnée expres
ville alliée et non point comme ville sément dans les deux premiers traités
tributaire. Il semble même , d‘après ces que Carthage fit avec Rome. Par l’un
traités , qu’ils la placèrent sur le même e ces traités, les Romains peuvent
rang que Carthage. ’ entretenir des relations commerciales
Apres avoir donne une nomencla avec la Libye, c’est-à-dire, avec les
ture des villes et des ports qui se trou habitants du territoire carthaginois en
vent sur la côte septentrionale de Afrique , et avec la Sardai ne; par l’au
l’Afrique jusqu’aux colonnes d’Her tre, Carthage leur défen de naviguer
cule, Scylax ajoute: «Les villes et vers ces deux pays. La Sardaigne, nous
places commerçantes, depuis les Hes le répétons , était pour les Carthaginois
érides (la grande Syrte) jusqu’aux co une précieuse ac uisition, car elle leur
onnes d’Hercule , appartiennent toutes fournissait du b é en abondance, et,
aux Carthaginois. » Carthage en effet, dans les temps de guerre, elle fut plus
dans un but commercial, avait fondé d'une fois le grenier de Carthage.
des établissements‘ nombreux sur le Cousu. —La possession de la Corse
littoral africain, ou bien encore elle n'offrait pas les mêmes avantages.
avait placé des comptoirs dans les villes Toutefois, les Carthaginois, sans trop
qui ne lui devaient point leur origine. se soucier d’une contrée qui ne devait
Carthage, par sa position et par la pas leur rapporter de grands rofits,
nature de ses entreprises , était animée ne se montrèrent point indi férents
de l’esprit de conquête. Il fallait pour lorsqu’il s’agit de savoir à qui appar
les intérêts de son commerce, qui re tiendraient les côtes de la Corse. Ainsi,
cevait chaque jour de nouveaux déve quand les Phocéens, fuyant la domi
loppements , qu'elle accrût et multipliât nation des Perses, vinrent chercher
ses possessions dans l'intérieur des dans l’île une nouvelle patrie et y fon
terres et au delà des mers. Elle com dèrent Alalia, les Carthaginois s’uni.
battait sans cesse pour acquérir, dans rent aux Etrusques pour les expulser.
les provinces qui l'avoisinaient, de Les Phocéens cédèrent à une coalition
nouveaux territoires et de nouveaux si puissante, et ils se dirigèrent vers
alliés, et pour lacer, dans les contrées un autre pays pour trouver enfin un
lointaines exporées par ses naviga asile et un durable établissement. La
teurs, des en onies ou des com toirs. Sardaigne et la Corse appartenaient à
Cette nécessité de s’agrandir a jeta Carthage, lorsque les Romains se ren
CARTHAGE . 183
dirent maîtres de ces deux îles en 237, Romains n'avaient franchi le détroit de
au moment où finissait la guerre des Messine pour descendre à leur tour
Mercenaires. dans cette sanglante arène. ll résulta
SICILE. — On connaît assez la po de cette guerre, dont les succès étaient
sition et l’état florissant de la Sicile partagés, que l’étendue du territoir
dans l’antiquité, pour savoir combien cartliaginois, en Sicile, varia sane
sa possession devait être utile à Car cesse. Tantôt les S racusains étaien’s
thage. Mais iamais la commerçante" réduits à défendre eurs propres mut
cité, malgré ‘ses efforts réitétés, ne railles, tantôt Carthage ne conservait
parvint à la posséder dans son entier. en Sicile lue Motya ou Lilybée. Ce
Elle rencontra sans cesse des obstacles , endant, depuis l’anñée 383, le petit
et le plus grand fut assurément la ri euve flalykus était regardé comme
valité des Syracusains, qui, eux aussi, une ligne de démarcation entre les deux
voulaient dominer en maîtres absolus parties belligérantes. On sait, par le
dans toute l‘étendue de la Sicile. Ce qui récit qui précède, comment, après une
ouvrit à Carthage l’entrée de l’île, ce guerre qui avait duré plus de vingt
fut d’abord sa parenté avec Eryx,Panor ans, les carthaginois, vaincus par les
me , Motya, Soloes, Lilybée, et quelques Romains, furent obligés de renoncer
autres villes qui étaient d'origine phé à la conquête de la Sicile.
nicienne; ensuite les rivalités qui exis ILES BALÉABES. — S’il faut en croire
taient entre les différentes colonies grec Diodore, Carthage eut des relations
ques. Après avoir fonde’ leurs premiers avec les îles Baléares deux siècles seu
établissements sur la côte qui avoisine lement après sa fondation. Les Cartha
Lilybée, les carthaginois ne tardèrent ginois surent apprécier de bonne heure
point à s’étendre, et à pousser leurs toute l’importance de ces îles. Ils y
conquêtes jusque dans la partie orien fondèrent une ville, Erésus. qui offrait
tale de la contrée. Nous devons remar. aux navigateurs un excellent port, et
quer ici que‘, par suite du système de qui brillait ar la beauté de ses édifices.
gouvernement adopté par la métropole Les îles Ba éares servaient d'entrepôt
à lîégard de ses colonies, les villes aux marchands qui allaient en Espa
carthaginoises de la Sicile ne furent gne, et elles fournissaient aux art
jamais bien florissantes. Carthage les mées de Carthage des soldats renom
maintenait dans un ran très-inférieur més pour leur habileté à lancer au loin
au sien , et ces villes , g‘ nées dans leur des projectiles, et surtout à se servir
développement, ne pouvaient rivaliser de la fronde. °
avec les colonies grecques ni par leur Pn'rrrns ÎLES DE LA MÉDITERRA
splendeur ni par leur population. Ce NÉB. -—'- Entre l’Afrique et la Sicile on
pendant Carthage connaissait toute voyait les deux îles de Gaulos et de
'im ortance d’une bonne osition en .Mélita, qui, à une époque fort recu
Sici e. A partir du jour où e le eut dans lée, avaient appartenu aux Phéniciens.
la partie occidentale de l’île de solides
Carthage s'en empara, et elles lui ser
établissements, elle devint conqué-_ virent de stations pour son commerce.
rante, et, comme nous l’avons dit, A Mélita (Malte) se trouvaient de
elle essayade s'agrandir. Ce fut alors nombreuses manufactures pour la fa
qu’u'ne ruerre terrible éclata entre elle brication des tissus.‘ Dans ces îles, com
et les yracusains ses rivaux. Dans me dans toutes les autres possessions
cette .guerre qui dura plusieurs siècles de la république, il y avait une garni
(de l'an 4l0 à l’an 264 avant notre ère), son de mercenaires à laquelle était
les carthaginois prodiguèrent leurs préposé un officier carthaginois.
trésors et leurs soldats; ils ne se lais ESPAGNB. -— Il serait difficile de pré—
sèrent point abattre par les succès de ciser le temps où Carthage mit le ied
Gélon , de Denys l’Ancien et d’Agatho pour la première fois sur le so ‘de
cle, et l'on ne saurait dire quelle au ’Espagne. Toutefois, il est avéré que
rait été l’issue de la lutte, si les déjà, à une époque fort ancienne, les
tu'
Carthaginois-envoyèrent des colons sur Himilcon explorait la côte occidentale
les, cotes de l’lbén‘e. Nous savons, au de l'Europe. Les fra ments de Festus
reste, ne les Phéniciens les avaient Avienus, qui parle e ce périple, ne
devancée en fondant des établissements nous apprennent rien de certain sur
célèbres‘, Gadès entre autres, sur la le but et le résultat du voyage d’Hi
côte méridionale de‘ l’Espagne. Les milcon. -
rapports de Carthage florissante avec Tesson PUBMC; sas nnvnnus. —
la péninsule ibérique furent tout pacic ‘Le trésor public, à Carthage, se rem
fiques. Plus tard seulement, quand la plissait facilement, soit par la rentrée
république. épuisée par de longues guer des impôts et des tributs , soit par la
res , se vit enlever par les Romains la part considérable que l‘État se réser
Sicile, la Corse .et la Sardaigne, elle vait dans les découvertes importantes
changea-de système à l'égard de l’Es que faisaient chaque jour ses colons
pagne‘ : elle ne se contenta ,plus'des ou ses navigateurs. En ce ui concerne
établissements fondés sur les côtes par cette (dernière branche e revenus,
les Phéniciens ou par elle-même; elle Carthage, comme nous l'avons dit pré
essaya de pénétrer dans l'intérieur du cédemment, trouva dans l'ex loitation
pays, de conquérir de grandes provin des mines de l’Espagne d'iuepuisables
ces et de compenser ainsi les pertes richesses. Les revenus fixes et régu
considérables qu’elle avait faites. Là , liers consistaient dans les tributs que
en‘ effet, les produits de la terre et les payaient les peuples soumis. Les villes,
mines à peine explorées étaient encore dans‘ toute ‘étendue des possessions
pour elle une source abondante de ri carthaginoises. donnaient de l'argent;
chesses. Nous ne rappellerons point les cultivateurs, et en général ceux qui
ici la lutte qu'elle soutint dans la pé n’habitaient point la côte, s'acquit
ninsule ibérique pour consolider ses taient- en nature envers=le fisc et ses
établissements et assurer ses conqué agents. La Sardaigne et la Sicile en_
tes, car nous avons résumé plus haut voyaient le blé qui servait aux ‘appro
l'histoire de‘la domination carthagi visionnements publics. Carthage s’en
noise en Espagne. richissait- aussi par les droits qu’elle .
Carthage n'avait point de colonies en percevait à l'entrée des ports de la ca
Gaule et en Italie. Dans la première pitale et des colonies. Bien souvent elle
de ces deux contrées, Massilia, fon se-procura de l'ar ent par la pirate
déc par les Phocéens ses ennemis, rie. Parfois elle con squa la charge des
dans la sœonde, Rome et les villes vaisseaux qui stationnaient dans son
de la Campanie, lui faisaient une trop port; mais elle n'avait recours à ces
redoutable concurrence. Il paraît ce moyens violents que dans les moments
pendant qu'elle eut de fréquents rap de détresse et lorsque de grands dan
ports avec la Gaule, car on voit des âers la menaçaient, comme à,l'époque
égions entières de Gaulois dans ses e la guerre des Mercenaires. Toute
armées de mercenaires. fois, bâtons-nous de le dire, quand le
Cô'rss occmannms ne L'Arm péril s'était éloigné, quand le calme
ous E1.‘ m; L‘Eunopn ; Primeurs renaissait, elle s'empressait de resti
D'HANNON BT n’HnuLcoN. — Les tuer, et elle indemnisait les marchands
Carthaginois franchirentle détroit de qui avaient eu à souffrir de ses injus
Gadès et ils explorèrent une partie des tes saisies. Ce qui contribua princi a
côtes occidentales de l'Afrique et de lement à rendre Cartha e riche et o
l’Europe. Nous savons que le roi Han rissante, ce fut la prosp rité de chacun
non fut chargé de passer le détroit et des individus soumis a ses lois. En
de fonder des colonies sur différents effet, ar l‘agriculture. le commerce
points de la côte africaine. Il condui et l'in ustrie, presque tous étaient
sait avec lui trente mille Liby-Phéni parvenus à se procurer l'aisance et le
ciens qui devaient peupler les nouveaux ien-étre.
établissements. A la même époque, Aemcumunn. —- Les Carthaginois
CARTHAGE. 185
habituèrent de bonne heure à la vie n'était pas seulement pratiquée dans
rurale les populations indigènes qui les toutes ses branches, mais encore trai
avoisinaient. Euxhmêmes ne se portè tée dans des écrits que les Romains
rent point exclusivement vers le com: ne dédaignèrent pas de faire traduire
merce ou l'industrie; ils s'adonnèrent dans leur langue (voy. l'alinéa que nous
aussi aux travaux de la campagne. avons consacre à la littérature des Car
L'agriculture, dans les terres de la thaginois). Le savant historien ajoute:
domination carthaginoise, était parve « A Carthage , l'amour de l'agricul
nue à un haut degré de perfectionne « ture semble même avoir surpassé
ment. Les étrangers qui parcouraient « l'amour pour le commerce. Dans
les environs de Carthage , traversaient, . a l'antiquité,- l'état de commerçant
non sans admiration , les campagnes,‘ « n'était as le plus estimé, et il est
ne de savants procédés avaient trans 4 a vraisem lab‘le que les carthaginois
ormées en de véritables jardins. a La « eurentà cet égard une opinion con
a contrée qu’Agathocle, après son dé « forme à celle des autres peuples.
u harquement en Afrique, traversa à « Nous savons que les grandes familles
« la t te de son armée, était, suivant « dela république possédaientdes biens
« Diodore, couverte de jardins , de &\ fonds et vivaient de leurs revenus,
« plantations, et coupée de canaux qui « mais nous ne trouvons aucun fait
a servaient à les arroser. De superbes a qui prouve qu'elles aient fait quelque
« maisons de campagne décelaient les a négoce. » Ici, nous le cru ons, HeeT
« richesses des propriétaires. Ces de ren s'est exprimé avec que que exagé
« meures offraient toutes les commo ration, mais il n'en reste pas moins
« dités de la vie, car, dans l'intervalle démontré jusqu'à l'évidence, ,par le té
« d'une longue paix, les habitants y moignage des écrivains de l'antiquité,
a avaient entassé tout ce qui peut flat queJes carthaginois , tout en se livrant
11 ter la sensualité. Le sol était planté au commerce et à l'industrie, donnè
a de vignes, d'oliviers et d'autres ar rent les plus grands soins aux travaux
« bres fruitiers. D'un côté s'étendaient de l'agriculture.
«des prairies où paissaient des trou Commence ET xnnusrnrs- Car
« peaux de bœufs et de brebis; de l'au thage fut pendant plusieurs siècles l'en
« tre , dans les contrées basses, se trou trepôt de toutes les richesses du monde
« vaient d'immenses haras. On voyait ancien. Ses vaisseaux lui amen‘aient
« partout l'aisance, car les Cartba i chaque jour les produits des contrées
. nois les plus distin ués y avaient es les plus lointaines, et ses caravanes,
« possessions et riva isaient de luxe. » qui traversaient les‘ déserts, appor
Polybe nous apprend que la campagne taient les trésors de l'intérieur de l'A
de Carthage offrait encore le même frique et même de l'Orient (*).
aspect au moment où l'armée de Re ' Commence PAn msm- On peut
äulus descendit en Afrique, c'est-à juger de l'étendue du commerce mari
ire cinquante ans après l'ex édition time de Carthage par le nombre de ses
d'Agathocle. Entre toutes es pro‘ colonies. Nous avons énuméré précé
vinces que les carthaginois possédaient demment les villes et les provinces qui
sur le sol de l'Afrique, la Byzacène avaient reçu ses colons ou qui étaient
tenait ltàpremier rang par son extrême soumises à sa domination. De tous ces
fécoudi . u Cette contrée habitée ar' points divers arrivaient dans ses ports
- des Lib eus, dit Scylax , est très- er des vaisseaux chargés de précieuses
« tile et e le offre un magnifique aspect. marchandises. Carthage, nous l'avons
u Elle abonde en trou aux, et ses dit, recevait de la Sicile et de la Sar
1 habitants sont très-rie es. 2 daigne de glandes provisions de blé,
Heeren a fait une remarque impor
tante que nous devons rappeler ici , ') Voyez sur le commerce de Carthage
c'est que , dans les provinces de l'Afri Wilhelm Bôtticher_(GescIsiehte der cartha
que soumises àCarthage , l'agriculture‘ ger), p. 66 et-suiv.’Be'rlin, T827.
mais elle prenait encore dans ces deux stations du désert , dep’uis I’Égyptejus—
îles, ainsi que dans la Corse, du miel qu'à Ammonium ,etdepuisAmmonium
et de la cire. Il est vraisemblable que jusqu'à la grande Leptis, ou jusqu'aux
les carthaginois exploitèrent les mines tentes des premières tribus nomades
de métaux ni sont en Sardaigne, et soumises à Carthage, elles transmet
ne, pour eur commerce de pierres taient les trésors de l'orient. D'un
nes, ils ‘surent tirer profit des sar autre côté, le commerce par terre
doines que l'on rencontre fréquemment s'étendait jusqu'au Niger, ou les Car
dans ce pays. Ils trouvaient à Lipara thaginois envoyaient du sel et d'autres
et dans les petites îles qui l'entourent, produits, et recevaient des grains-d'or
du bitume, et à Ilva (l'île d'Elbe) en échange. Outre les grains d'or, les
du minerai de fer. Les îles 'Baléares, carthaginois tiraient de l'intérieur de
où ils achetaient de nombreux escla l'Afrique des esclaves noirs, des dattes
ves. leur fournissaient en outre du et des pierres précieuses, ne Pline
vin, de l'huile et une laine trèsfine et appelle (,‘arbunculi carche mm. Les
très-recherchée. Les mulets des îles peuples nomades étaient, si nous pou
Baléares étaient aussi fort estimés. vons nous exprimer ainsi, les inter
Les produits naturels de l'Espagne médiaires de ce grand commerce. Ils
formaient une branche très-importante se chargeaient de porter les marchan
du commerce de‘ Carthage. Mais ce dises à leur destination. Cependant
qui attira principalement l'attention les carthaginois eux-mêmes se joi
e la république vers l'Espagne, ce fut gnaient quelquefois aux caravanes, et
l'exploitation des mines, qui produi nous savons qu'un certain Magon,
saient alors abondamment et qui marchand de Carthage, fit trois fois
étaient pour elle la source d'immenses le voyagedu désert.
richesses. Tout nous porte à croire. INDUSTRIE. -.— A Carthage, il y avait
que les carthaginois comme les Phé plus de commerce que d'industrie. Les
niciens firent un grand commerce avec carthaginois échangeaient souvent,
les côtes occidentales de l'Afrique'et sans les livrer à la fabrication,>les
de l'Europe. Les vaisseaux de Car produits u'ils allaient recueillir dans
thage, après avoir franchi le détroit les contrées lointaines. Toutefois, la
de Gadès, montaient au nordjusqu'aux magnificence et le luxe qui éclataient
îles Cassitérides, d'où ils revenaient à Carthage attestent que,'dans cette
chargés d'étain; on prétend même ville florissante, les arts manuels
qu’ils allaient chercher l'ambre jusque étaient pratiqués et cultivés avec soin.
sur les côtes de la mer Baltique. Car Certaines branches de l'industrie re
thage entretint aussi des relations avec äurent chez les carthaginois de grands
la Gaule, malgré la concurrence de éveloppements; nous citerons , entre
Massilia. autres , la fabrication des tissus. Dans
Dans la partie orientale de la Mé l’anti uité, les étoffes qui sortaient
diterranée, le commerce des Cartha des abriques carthaginoises étaient
ginois était beaucoup moins étendu fort recherchées. Athénée nous ap
ue dans la partie occidentale. Toute prend qu'un Grec, nommé Polémon ,
ois, ils avaient encore, pour les pro avait fait un traité spécial sur la fa
duits de leur industrie, de nombreux brication de ces étoffes (’). Carthage
débouchés en Grèce et en Italie. C'é possédait, dans l'île de Malte, de nom
tait là principalement que, outre les reuses manufactures qui produisaient
pierres tines et les esclaves noirs, ils des tissus renommés’ pour leur finesse
vendaient les objets sortis de leurs ma et leur beauté.
nufactures. Mouuussfl- Frappait-on , a Car
Commence PAR Tenue. -— Le com thage, des monnaies d'or et d'argent?
merce par terre était très-actif et très
etendu. Des caravanes arrivaient du (') L'ouvragede Polémon était intitulé :
fond de l'Arabie, et, passant par les "api 16v év Kapxnôôvt nium.
CARTHAGE
CÂRTHAGE.

ma.
L
CARTBAGE. 137
C’est là une question que les numis divers commandements des armées.
mates n'ont point encore résolue. Il La légion composée de carthaginois r
existe des monnaies qui ont été frap— était peu nombreuse. Si l’on en croit
sées par les carthaginois dans les villes Diodore, il arriva une fois que, dans
e la Sicile , et qui portent une inscrip une armée de soixante et dix mille
tion punique. Il est vraisemblable que hommes , on ne compta que deux
la métropole n’attendit point l’exemple mille cinq cents carthaginois. n Le
de ses colonies pour avoir une mon « nombre des citoyens carthaginois
naie. Toutefois, il est à peu près cer «qui servaient dans les armées, dit
tain que les carthaginois apprirent « Heeren , n'était jamais considérable.
dans les ‘villes grecques de la Sicile les et Les peuples tributaires de l’Afrique ,
éléments de l’art numismatique. Si, « que Polybe ap elle toujours Libyens,
dans les premiers siècles qui suivirent « ormaient l’é ite des troupes. Ils
sa fondation , Carthage n’eut point de « combatlaient à cheval ou à pied , et
monnaies , c’est que dans les pavs où « ils étaient le noyau de la grosse ca
elle pénétrait le commerce se faisait « valerie et de la grosse infanterie. Ils
par echange. « portaient de longues piques qu'An
Foncss munmxs un CAB « nibal changea, après la bataille de
THAGE; ARMÉES NAVALES. — Nous « Trasimène, contre des armes ro
croyons indispensable de donner ici « maines. A côté de ces troupes se
uelques détails sur les forces militaires « rangeaient les Espagnols et les Gau
e Carthage, sur ses armées de terre « lois. Les soldats espagnols étaient
et de mer. Au rapport des historiens, a les plusdisciplinés desarmées delaré—
il y avait deux ports à Carthage; l‘nn « publique; ils faisaient ordinairement
était destiné aux vaissaux du com « le service de la grosse infanterie. Ils
merce, l'autre aux vaisseaux de guerre. « portaient des habits blancs de lin
Ce dernier contenait ordinairement « avec des ornements rouges; une
cent cinquante et deux cents galères. « grande épée, qui pouvait tout la fois
Dans les premiers temps de la répu « rapper et percer , était la principale
blique, les vaisseaux étaient tous à n de leurs armes. Les Gaulois com
trois rangs de rames. Mais les forces cbattirent de bonne "heure dans les
navales de Carthage s’accrurentuconsi « rangs carthaginois. Dans la bataille
dérablement à l'époque où elle entra « ils étaient nus jusqu’à la ceinture, et
en lutte avec les Romains. Alors aussi « n'avaient qu’un sabre pour frapper
les Cartha inois firent de grands pro « l’ennemi. L‘ltalie grossissait le nom
grès dans î’art de construire les vais « bre des mercenaires de Carthage.
seaux. En effet, nous voyons que, «Les Liguriens paraissent dans ses
dans un combat livré à Régulus, la « armées au commencement de la lutte
[lotte carthaginoise se composait de « contre Rome, et les Campaniens
trois cent cinquante galères, à cinq « déjà à l’époque des guerres contre
rangs de rames. Chaque galère portait « Syracuse. La république avait aussi
cent vingt combattants et trois cents « des Grecs à son service. Les îles Ba
hommes pour la manœuvre. « léares fournissaient à Carthage jus
Amuses DE TERRE. — Les armées «'qu’à mille soldats. Ils portaient une
de terre entretenues par la république cr ronde qui avait presque l’effet de
étaient considérables. Elles se com a nos petites armes à feu, car les
posaient de soldats mercenaires que «pierres qu’elles lançaient brisaient
Cartba e avait levés en différents pays. « es boucliers et les cuirasses. Dans
Cepen ant, dans chaque corps d'ar « une bataille contre les habitants de
mée, il y avait une troupe ou les Car. «_Syracuse, ils assurèrent, par leur
thaginois seuls étaient admis; C’étaient « adresse , la victoire aux carthaginois.
les fils des grandes familles qui ve « Mais la force principale des armées
naient s’exercer au métier des armes , « de Carthage consistait en cavalerie
et se préparer, dans les combats, aux «légère, que la république tirait des
138
a tribus nomades placées sur les deux pour trois cents éléphants et quatre
.côtés de son territoire. Toutes ces mille chevaux. 11 ‘y avait des logements
- tribus,’ depuis les Massyliens limi pour vingt mille antassins, et des ma
« trophes jusqu’aux Maurusiens de gasins remplis de ce qui était néces
« meurant dans le Fez et le Maroc saire à la subsistance des hommes et
a modernes, avaient l’habitude de se des animaux employés à la guerre(voy.
« battre dans les armées des carthagi plus bas la Topographie de Carthage).
« nois, et d'être à la solde de cette na Le récit de la lutte terrible et dan
« tion. La levée des troupes était faite , gereuse que les carthaginois eurent à
a dans les provinces de lAfri ue aussi soutenir contre leurs propres soldats
c bien qu'en Europe , par es séna après la première guerre punique (*) ,
« teurs députés qui pénétraient jus » nous dispense d’entrer ici dans de lon
« qu'aux contrées les plus lointaines. gues considérations sur les avantages
« Les cavaliers numides couraient sur ou les périls réservés aux États qui en
c de petits chevaux non sellés, qui tretiennent des armées composées
« étaient dressés à des évolutions ra tout entières de mercenaires.’ En ter
- pides, et qu’ils dirigeaient sans frein. minant ce que nous avions à dire du
a La peau d’un lion ou d'un tigre leur’ système militaire des carthaginois,
« fournissait à la fois un vêtement et nous devons encore faire une remar
a une couche pendant la nuit; et,’ lors que , c’est que les Romains essayèrent
. qu'ils combattaient à pied, un mor constamment,‘ depuis’le ‘our où pour
- ceau de peau d’éléphant leur servait la première fois ils franc irent le dé
« de bouclier. Leur attaque était ter troit de Messine , de détacher de Car
« rible à cause de l’agilité de leurs thage toutes les provinces où elle en
« chevaux; et la fuite n’avait rien de rôlaitdes mercenaires. Ils lui enlevèrent
« honteux pour eux, puisqu’ilsfuyaient la Sicile, la Corse et la Sardaigne;.ils
« seulement pour faire une nouvelle at s'allièrent aux Phocéens de Marseille
« taque. La grosse cavalerie se compo et à quel ues-unes des nations qui ha
« sait, suivant Polybe , de Carthagi bitaient e midi de la Gaule; en Es
« nois, de Libyens, d’Espagnols et de pagne , par des actes de clémence et de
« Gauloisxn Dans les armées de Car générosité , ils se concilièrent un grand
thage, on voyait aussi des éléphants nombre de peuples; enfin, en Mauri
qui étaient guidés par des Ethio iens. tanie et en Numidie , à force d’adresse,
Heeren suppose que ce ne fut qu après ils se firent des amis nombreux et dé
les guerres de Pyrrhus, en Sicile , que voués. Cette politique réussit aux Ro
les carthaginois employèrent» ces ani mains, qui anéantirent ainsi peu àvpeu,
maux dans les batai les. mieux qu’ils ne l’auraient tait par de
Pour une partie de l’armée soudoyée grandes batailles, toutes les forces des
par Carthage , le service militaire fêtait carthaginois.
rmanent. Ainsi, comme nous l’avons RELIGION DES CABTEAGINOIS. _—
éjà remarqué, il y avait des ‘garni Les émigrés qui fondèrent Carthage
sons de mercenaires fixées dans les îles apportèrent avec eux , sur la côte .d'A
et'les provinces soumises à la républi frique, la religion de la Pbénicie. Ce
que. Les flottes et les armées de terre pendant, nous devons ajouter que, dans
avaient des chefs distincts. Toutefois. cette,religion,-par suite du ion con
les commandants —des flottes étaient tact des carthaginois avec les Li yens
subordonnés aux généraux des armées et les Grecsde la Sicile, il s'introdui
de terre lorsqu’ils agissaient conjoin sit un grand nombre d’éléments étran
tement. Dans les autres circonstances, gers. Nous donnerons ici les noms des
le commandant de la flotte recevait di principales divinités adorées a Çar
rectement les ordres du sénat. Enfin , tha e. Le premier de tous les dieux
nous savons qu'il existait des casernes était Baal ou Moloch, le seigneur. le
à Carthage. Dans les murs de ‘la. cita
dell’e, on avait pratiqué des écuries '(") Voyez plus haut p. 65 et suiv.
CARTHAGE. 189
roi du ciel. C'était le dieu suprême « sait silence aux sentiments ‘les plus
dans lequel les Grecs crurent voir Kro - sacrés de la nature, elle dégradait
nos, et les Romains Saturne. A ce dieu « les âmes par des superstitions tour
Baal, les carthaginois associèrent la - à tour atroces et dissolues, et l'on
puissante déesse Astarté. La déesse « est réduit à se demander quelle in
' Astarté ou Astaroth. (ce mot répond « fiuence vraiment morale elle put exer
àl’idée de souveraine du ciel- et des « cer sur les mœurs du peuple. Aussi
astres) fut appelée par les Grecs Ura c le portrait que l'antiquité nous a
nie, et par les Romains la Déesse cé «laissé des carthaginois est-il loin
leste ou Junon. A près Baal et Astarte' , - d'être flatteur: à ‘la fois durs et ser
nous devons mentionner le dieu Mel « viles, tristes et cruels, égoïstes et
carth. Chaque année, Carthage, par «cupides, inexorables et sans foi, il
un pieux respect et en souvenir de sa 5! semble que l'esprit de leur culte ait
parenté, envoyait dans sa_vieille mé « conspiré avec la jalouse aristocratie
tropole un vaisseau chargé de riches « qui pesait sur eux, avec leur existence
offrandes pour le dieu Melcarth, qui « toute commerciale et industrielle, à
était le génie tutélaire de la ville de « fermer leurs cœurs aux émotions
Tyr. Les carthaginois transportèrent « généreuses, aux besoins d'un ordre
dans toutes leurs colonies le culte de «élevé. Ils pouvaient avoir quelques
Melcarth. (Hercule tyrien), aussi bien « nobles croyances, mais dont la pra
que celui de Baal et d’ÂStŒÏté- Plu « tique se ressentait peu. Une déesse
sieurs écrivains de l'anti uité ont rangé « présidait à leurs conseils publics,
aussi au nombre des ieux puniques « mais ces conseils, ces assemblées se
Esmun-Esculape, ui avait son tem en tenaient la nuit, et l'histoire dépose
ple sur la colline e B rsa. Comme «des terribles mesures qui s'y agi
nous l'avons dit , les Cart aginois adop « taient. Le dieu de la clarté solaire,
tèrent quelques- unes des divinités « Hercule, fut le patron de Carthage
étrangères. Ils empruntèrent aux Grecs « comme celui de Tyr; il y donne
le culte de Cérès et de Proserpine, « l'exemple des grandes entreprises et
peut-être même celui d'Apollon‘; et, a des hardis travaux; mais le sang y
s'il faut en croire Diodore de Sicile, «x souillait sa lumière , et tous les
ils envoyèrent une fois des ambassa «ans, des victimes 'humaines tom
deurs au temple de Delpbes. Les fonc « baient au pied de ses autels aussi
tions du sacerdoce étaient recherchées «bien qu'aux fêtes de l'impitoyable
par les familles les plusillustres de la ré « Baal. Partout où les Phéniciens,
publique; cependant il n'y avait point « où les carthaginois après eux porte
a Carthage de caste sacerdotale ("). « rent leur commerce et leurs armes,
a Le caractère de la religion cartha « non-seulement à certaines époques ,
u ginoise fut comme celui de la nation «mais dans toutes les conjonctures
« qui la professa, mélancolique jus 1 critiques, leur fanatisme exalté re
-« qu'à la cruauté. La terreur était le « nouvela ces immolations sanguinai
âfilâ mobile de cette religion, qui avait « res. En vain Gélon de Syracuse, avec
soifde sang et s'environnait des plus « l'autorité de la victoire; en vain, par
noires images. A voir les abstinen « une pacifique influence, les Grecs eux
ces, les tortures volontaires, et sur « mêmes fixés à Carthage tentèrent
« tout les horribles sacrifices dont elle «1 ‘d'y mettre un terme, l'antique bar
- faisait un devoir aux vivants, on s'é « barie reparut sans cesse et se main
: tonne peu que les morts aient dû leur « tint dans la Carthage romaine. Au‘
- sembler dignes d'envie. Elle impo « commencement du troisième siècle
a de notre ère, on découvre encore des
(*) Voyez sur la religon des Carthaginois « vestiges de ce culte affreux , tout au
le savant ouvrage de Munter (Religion der a: moins alors pratiqué en secret. Dès
Oarthager); voyez aussi Wilhelm Bôtticher « l'an 655 de Rome, tous les sacrifices
(Guchiclm der 'C'arthager), p. 77 et suiv. «humains avaient ‘été prohibés; mais
140
a plus d'une fois les empereurs se trou. et ils en ont extrait de nombreuses ei
« vèrent dans la nécessité de répéter tations. Heeren dit, à propos du livre
« cette défense, et nous devons ajouter de Magon: «On ne saurait douter
a que, pendant longtemps, la sévérité qu'il n'y eût une littérature carthagi
« des lois romaines ne put mettre un noise..... Un ouvrage aussi étendu que
« terme ‘aces hideuses immolations("). n celui de Magon ne pouvait être, à Car
Lrr'rsaxrnna nss Cxamxomors. thage, ni la première ni la dernière
—Y avait-il une littérature à Car production littéraire. » Les Carthagi
thage ? Des documents assez nombreux nois durent se perfectionner dans la
et assez authentiques nous permettent littérature par l'étude des chefs-d'œu
de résoudre aflirmativement cette ques vre que le énie grec avait enfantés;
tion. Cependant dix vers en langue pu et cette étu e leur fut rendue facile par
nique qui se trouvent dans lePœnulus les voyages qu’ils faisaient dans‘ la
de Plante , dix vers que personne jus Grèce elle-même, et par leurs relations
qu'ici n'a- pu traduire même approxi suivies avec les peuples de la Sicile.
mativement, quolqu’en remontant aux Enfin nous savons qu’il y eut dans
sources primitives, c'est-à-dire, à la l'école grecque un philosophe cartha
lan ue hébraïque, qui ne devait as ginois. Clitomaque était le nom qu’il
différer beaucoup de la langue ph ni ortait à l'étranger ; dans sa patrie on
cienne, sont les seuls vestiges de la ‘appelait Asdru al (*).
littérature carthaginoise qui soient
parvenusjusqu’à nous; Mais nous avons (') « Wlnkelmann ( Kunst escliiclzte ),
en revanche le témoignage des écri nie que les beaux-arts aient lfi'uri a Car
vains grecs et romains qui attestent thage;mais l'architecture de son Cothôn et
ne les lettres furent cultivées à Car de ses doubles portiques , le temple et la
tiage. Pline l'ancien rapporte qu'après châsse d’Apollon, décrits ar Appien. la
la prise et la‘ destruction de la ville, mention l'aile par Polybe es monuments
élevés à Carthage et dans toutes ses colonies,
les Romains donnèrentles bibliothè en l'honneur d'Amilcar, fils d'Ha‘nnon; le
ques publiques aux princes (l'Afrique, bouclier d'argent cité par Tite-Live (xxv ,
leurs alliés. Salluste, de son coté, 39) , qui était décoré du portrait d'Asdrubal
quand il parle des premiers peuples et pesait 138 livres; les statues érigées dans
qui ont habité l'Afrique, invoque, a Carthage, à Cérès et à Proserpine; enfin
l appui de ses assertions, les hvres pu le goût des Carthaginois pour les chefs
niques (libri punici) qui avaient ap d'œuvre de la Grèce, semblent prouver que
partenu au roi Hiempsal. Les livres celte assertion tranchée d'un aussi habile
uniques, livres d'histoire vraisembla antiquaire doit être modifiée. Le style d'ar
blement, étaient ceux qu'après la chitecture des stèl_es volives chargées d'in
destruction de Carthage les Romains scriptions puniques , des médailles phéni
avaient donnés à leurs alliés d’Afrique. ciennes , surtout du médaillon maxime d'ar
Au reste, Polybe nous apprend aussi gent de la Bibliothèque royale, est tout à
que Carthage avait eu des historiens. fait grec, et nous induit à penser que le
Entre les ouvra es de la littérature car voisinage de la Sicile, que les relations fré
thaginoise . le p us estimé parles étran quentes entre cette île et Carlhage ont dû
gers fut un traité de Ma on sur l‘agri porter le goût et la culture des arts dans cette
culture. D. Silanus le tra uisit en latin. république riche et commerçante; qu'enfin,
s'ils n'ont pas eu de bons artistes nationaux.
Nous savons qu’il était divisé en vingt ce qui n'est pas prouvé, ils se sont servis
huit livres. Tous les auteurs qui ont des artistes grecs, comme l'ont fait depuis
écrit sur l'économie rurale , Caton , les Romains, pour la décoration de leurs
Pline, et Columelle , entre autres , ont maisons privés, de leurs édifices publirs et
fait de cet ouvrage le plus grand éloge, l'embellissement de leur capitale. Il existe
à Leyde un grand nombre de monuments
(‘) Religions de l'anti uite’, ouvrage de funéraires en terre cuite, couverts d'inscrip
Creuzer, refondu, comp été et développé tions phéniciennes, et décorés de bustes
par M. Guigniaut. d'individus des deux sexes, remarquables
CARTHA GE
Lettres Phmq'ues Lettres Françaises 5

,,,,, A ,

_ B .__. .

H
w

‘> _ _ ., _V__ _ __ _______ _ _ __._ > I ‘I

A>L 2L à __77 7 . il. _


A _ __ :,_
flmnlnu<hñ.i. lynx/‘NU
PAYS COMPILIS ENTRE CARTHAGE ET ZITNGHAR. J,

‘5 ._ , ‘ l‘
1 1
É "y .iÿ'kmmx ‘
.. r‘ (lmbmv nm)», >\

‘v.3.3, [Layer Kan]


d/kxm/x .
"J

1...” .14 n en. ne‘yn'.


CARTBAGE. “î
Nous av_ons essayé de réunir ici Les se trouvent le bourg moderpedeMersa
principaux renseignements que les et les hameaux de ‘Malqa et de Douar
écrivains de l'antiquité nous ont lais el-Schat. Cette position s'accorde d'ail
sés sur la constitution intérieure de leurs exactement avec les indications
Carthage; sur son système de gouver que l'on trouve dans Polybe. « Car
nement à l’égard des peuples qui lui « thage, dit cet historien, est située
étaient soumis , et de ses colonies; sur «dans un golfe’, sur une espèce de
l‘étendue de ses possessions, de son a chersonése, et elle est entourée dans
commerce, de ses ricchesses. de ses a la plus grande artie de son enceinte,
forces militaires; enfin sur sa religion « d'un coté par a mer, de l'autre, par
et sa littérature. Si nous avons parlé a le lac. L'isthme qui l'attache à la
de toutes ces choses avec quelque éten « Libye a de largeur environ vingt
due , c'est qu’elles se rapportaient in « cinq stades (‘). Du côté où cet isthme
timement à l'histoire d'une ville qui a « se tourne vers la mer est placée la
joué, comme on l'a vu, un grand rôle et ville d'Utique; l'autre côté, bordé
dans l'histoire du monde , et qui, par 0( par le lac, regarde la ville de Tunis. »
ses relations commerciales et ses loin Tite-Live évalue à douze milles ("*) la
tains voyages, a exercé sur la civilisa distance qui séparait cette dernière ville
tion de presque tous les peuples de de Carthage; et aujourd'hui cette dis
l’antiquité une notable influence. tance est encore la même entre Tunis
et l'extrémité méridionale du lac, où
TOPOGRAPHIE DE CAIITIIAGE. se trouvent les remières traces de
l’enceinte de la vi le ruinée.
POSITION on CARTEAGE. — Au Après avoir fixé la position de Car
fond du golfe de Tunis, entre le lac à thage, nous allons essayer de décrire
l'extrémité duquel est située cette chacune des parties de la ville, et d'énu
ville, et les marais saumâtres formés mérer les principaux édifices‘ que l’on
par l’ancienneembouchure et les allu y rencontrait (m).
vions du fleuve Medjerdah, s'avance SITUATION DES Pon'rs. —- Le lac
une haute péninsule, presqueentière de Tunis est séparé de la mer ar une
ment couverte de grandes masses de langue de terre, au milieu de aquelle
décombres. C'est la que tous les sa se trouve le fort moderne de la Gou
vants qui, jusqu'ici, se sont occupés Iette. Cette langue de terre est désignée
de Carthage , s'accordent à placer les par les auteurs anciens sous les noms
ruines de cette antique cité. Cependant de Tænia et de Ligula. Au point de
les uns mettaient la ville et le port au jonction de la péninsule sur laquelle
nord-ouest de la presqu'île, près du
cap Qamart, vis-a-vis l'ancienne Uti (") Le stade valait 180 mètres.
que; les autres, au sud-est, sur le (") Le mille romain valait “.72 melres.
lac de Tunis, et en regard de cette ('") Pour cette partie de notre travail,
ville. De nouvelles observations, et nous avons constamment suivi , comme gui
surtout les savantes recherches de de , M. Dureau de la Malle, dans ses savantes
M. Dureau de la Malle, semblent avoir Recherche: sur la topographie de Cari/rage.
démontré maintenant que ces deux M. Dureau de la Malle, qui a rassemblé
avec tant d'érudition et discuté avec tant
opinions sont également erronées, et
de sagacité tous les témoignages des auteurs
qu'il faut chercher désormais l’empla. anciens et modernes, est arrivé à des résul
cement de Carthage entre ces deux tais que la science, aujourd'hui, tient pour
positions extrêmes , c‘est-à-dire , à l’ex incontestables. N_0us nous sommes bornés à
tremité de la péninsule , à l'endroit où ne présenter que les résultats , parce que,
renfermés dans d'étroites limites , nous ne
par leurs traits africains et leurs cheveux pouvions énumérer ici tous les arguments
nattés comme ceux des portraits monétaires et toutes les preuves que M. Dureau de la
de Juha. n Dunsxu ne LA Maux, Recherche: Malle a donnés à l'appui de chacune de ses
un la topographie de Carthage. assertions.
142
est bâtie Carthage. et de la mm, «effet, cette île était située près de
en rencontre une petite anse formée, et l'entrée ui communiquait avec le
d'un côté, par la Tamia elle-mémé, - port ext ieur, et assez élevée pour
del’autre, par un môle construit de « que l'amiral pût voir tout ce qui ar
main d'homme. C'est là que se trou s rivait.par la mer, sans ce les navi
vait l'entrée du port marchand. A l'épo s gateurs vissent ce qui tait dans le
qeue du siège de Carthage, Soi Ion a Cothôn. Les'marchands, même en
rma cette anse ar une jetée don on « entrant dans leur port, ne ouvaient
distingue encore es débris. «apercevoir l'intérieur de 'arsenal,
PonT MARCHAND. — Le port mar a car il était entouré d'un double mus,
chand communiquait à la mer par une - et il y avait des portes qui introdui
entrée ou goulet de soixante-dix pieds csaient les commerçants du premier
romains de largeur (") , que l'on fer a port dans la ville, sans passer par
mait au moyen de chaînes de fer : il a le Cothôn.» Le même historien nous
formait une ellipse allongée de cinq apprend que le second port n'était pas
cents ieds sur trois cents. Dans toute comme le premier, de forme ellipti
l’éten ne de sa circonférence étaient que, mais u’il avait une partie cir
disposés de nombreux points d'attache culaire du c té de la ville et une partie
pour amarrer les navires. rectangulaire du côté de la mer. C'est
Pour MILITAIRE ou COTIIÔN. — par ce dernier côté que les Carthagi
Le port militaire, connu sous le nom nois ouvrirent une nouvelle entrée,
de Coi/101L (“), n'avait pas d'autre en lorsque Scipion eut fermé celle du port
trée que celle du port marchand :, il marchand. Ils choisirent cet endroit,
communiquait avec lui par un canal dit Appien , parce que la profondeur
voûté, semblable à celui qui unissait de l'eau et la violence des vagues qui
l'un à l'autre les deux ports d'Alexan s’y brisent n'auraient pas permis aux
drie. Le Cothôn était moins étendu que Romains d'y construire une seconde
le port marchand : il n'avait que qua digue. Cette nouvelle entrée subsista
tre cents mètres de longueur sur trois après la destruction de Carthage, et
cents de largeur, et une île de cent lorsque cette ville se releva de ses rui
cinquante mètres de diamètre en rétré nes et devint une colonie romaine,
cissait encore la surface. Voici, au. elle n'eut plus d'autre port ne le Co
reste, la description qu'en a donnée thôn, qui reçut plus tard e nom de
Appien : « Au milieu du port intérieur Mandracium.
1 s'élève une île; l'île et le port sont Foaum- La plaeeoù se tenaient les
1 bordés de vastes quais, sur lesquels assemblées du peuple était située près
« sont bâties des loges ou cales qui de Cothôn : elle étaitdeforme rectangu
« contiennentdeux cent vingt vaisseaux laire et entourée de maisons très-hau
s et des magasins de bois et c'agrès. tes. C’est Diodore qui nous a fourni ce
«En avant de chaque loge s'élèvent détail, en racontant la conjuration de
- deux colonnes ioniques; ainsi IEJJOI‘t Bomilcar.‘ Sur l'une des faces du Fo
« et l'île présentent l'apparence de eux rum s'élevait le temple d’Apollon.
a porti ues. C'est dans cette île qu'é CURIB. —- Le lieu ordinaire des as
a tait p acé le palais de l'amiral, qui, semblées du sénat était voisin du Fo
a de ce point, pouvait tout voir dans rum; et peut-être était-ce une des
«2 l'arsenal. C'est delà qu'il faisait don salles du temple d'ApolIon. Dansles
« ser le signal par la trompette, ou circonstances importantes , le sénat se
et ses ordres par la voix du héraut. En réunissait à Byrsa , dans le. temple
d'Esculape.
(') no mètres 6 décimètres. Le pied ro PRINCIPALES nous un CABTHAGB;
main valait 0"‘,ag45. Nous DE QUATRE un cas nues. —- Le
("') Servius, qui donne l'étymologie de Forum communiquait à la citadelle
ce mot , ‘dit qu'il signifie un port creusé de par trois‘ rues de quatre ou du dents
main d'homme. mètres de longueur. Ces rues taient
‘YENBÊVR‘\\Ë\Ë
iliiilui
I.I .lhl il titi i.
.Ëfiàæèm
_, fnv(amcr rr
tire voammîw
H Ë. 35:. a .
\
floiflmhä
CARTHAGE. 148
bordées de maisons à six étages; elles basse et de Mégara; son enceinte, du
étaient assez étroites ‘pour que, lors côté de l'ouest, se, confondait avec
de la prise de ce quartier, les soldats l'enceinte générale de la ville. Le point
romains pussent communiquer d'un le plus élevé de la colline était occupé
côté à l'autre , en plaçant des planches par le temple d’Esmun-Esculape, le
et des solives sur les terrasses des mai plus célèbre et le plus riche de Car
sons. . thage. A‘ côté se trouvait le palais ‘dont
Lorsque Scipion fut maître de ces la tradition attribuait la construction
trois rues, il y fit mettre le feu; puis, à Didon , et d'où. suivant Servius, on
afin de se ménager une esplanade pour découvrait la mer_ et toute la ville.
attaquer la citadelle, il entreprit de C'est dans l'enceinte de la citadelle
faire enlever tous les débris qui con qu'étaient situés le temple d'Astarté et
vraient le terrain. L'armée romaine , celui de BaaI-Moloch, où l'on offrait
composée de cent vin mille hommes , des sacrifices humains. _
y travailla jour et nuit; et le septième MÉGABA. — La nouvelle ville, ou
jour, lors ne les carthaginois retran Mégara C‘), s'étendait au nord de la
chés dans yrsa demandèrent à capitu citadelle, jusqu'à la mer et aux pre
ler, elle n'avait encore enlevé qu’une mières pentes du cap Qamart. Ce quar
partie des décombres. Ce fait, rap tier, le plus étendu de Carthage , était
porté par Ap ien , suffit pour don cependant le moins populeux. Il était
ner une idée u nombre et de la gran rempli de jardins plantés d'arbres frui
deur des édifices qui se trouvaient dans tiers, et séparés par des clôtures en
ce quartier. Les rues de Carthage ierres sèches et par des haies vives.
étaient dallées. Servius, dans son com‘ n —grand nombre de canaux profonds
mentaire, à propos de ce vers de le coupaient dans tous les sens. Ils n'a
I'Ene't'de, vaient sans doute été creusés que pour
« Minim- port“, stnpitumqno et mon: vient-t. I servir à l'irrigation des jardins et à la
défense de la ville; car les eaux qui
rétend que les carthaginois furent’ coulent sur le territoire de Carthage
- es premiers qui imaginèrent de paver _ et dans toute cette partie du littoral
les rues. de l'Afrique sont généralement sa_u
On connaît les noms. et la direction mattes et ne peuvent servir aux usages
de quatre rues; mais comme elles ap alimentaires. Le faubourg de Mégara
partiennent à Carthage colonie ro était protégé, du côté de l'isthme, par
maine , et que rien ne prouve qu'elles l'enceinte générale de la ville, qui,
aient existé avant la destruction de comme nous le dirons, se prolongeait
l'ancienne Carthage, nous nous con jusqu'à la mer. Il était entouré d'une
tenterons de les nommer. Ce sont les simple muraille du ‘côté de la mer et
rues d'lvîsmun ou Salas (via salutarz‘a);
du cap Qamart; un mur particulier le
d’Astarté ou Cœlestis (via cœlestz‘s); sé arait de Byrsa et de l'ancienne
des Mappales (via mappaliensis); et
vil e.
enfin , la voie des tombeauæ. '
PosITIoN DE LA CITADELLE, ou
NEcnoPoLEs DE CARTHAG‘B. —Le
nord et l'est du faubourg de Mégara
BYBSA. - La‘ citadelle, connue sous étaient consacrés à la sépulture des
le nom de Byrsa . était située au nord morts. On trouve encore, en cet en
du Forum et des ports, sur une col droit, de nombreux vestiges de tom
line de deux cents pieds de ‘hauteur. beaux. Les carthaginois ne brillaient
Elle avait vingt-deux stades de tour (‘) ,
point leurs morts; ils les enterraient ,
suivant Servius, et seulement deux
suivant l'usage de tous les peuples de
milles romains (*") , s'il faut s’en rap
pprter a'u témoi nage de Paul Orose.
race sémitique.
n double mur a séparait de la ville
(') Ce nom, suivant Isidore de Sévillc,
0) 3960 mètres. vient du mot punique MAGAR, qui signifie
(") :945 mètres. nouvelle ville.
144
CmcoNFÉnxNcx; POPULATION ne continent, la famine commença à se
CABTHAGB. - Les murs de Carthage, faire sentir parmi eux, et Asdrubal
suivant Strabon, présentaient un dé ne distribua plus de vivres qu’aux seuls
veloppement de trois cent soixante combattants, qui étaient au nombre de
stades (‘) dans toute leur étendue, et trente mille. En évaluant à vingt mille
de soixante stades (**) dans la partie le nombre de ceux qui avaient péri de
qui traverse l’isthme, du côté du con puis le commencement de la guerre,
tinent. Les auteurs anciens sont loin et en supposant que les hommes en
d’étre d'accord avec Strabon. Appien état de porter les armes formassent le
ne donne à l’isthme que vingt-cinq cinquième de la population, on voit
stades ("5) de largeur , et Tite-Live , a que celle de Carthage devait s’élever
la ville entière , seulement vingt- cinq environ à deux cent cinquante mille
milles romains (****) de circonférence. âmes.
Elle n’en avait que vingt ("‘""*) suivant On peut supposer encore, avec beau
Paul Orose. On a cherché à expliquer coup de vraisemblance, que, dès le
ces contradictions en supposant que commencement de la guerre, et lors
Strabon avait mesuré le développe que la ville se vit menacée d’un siège,
ment des murailles , en ayant égard à un grand nombre d‘hubitants la quit
toutes leurs sinuosités. Quoi qu’il en tèrent pour aller chercher de nouvelles
soit, en supposant même que telle ait demeures.
été l’idée de Strabon , la mesure qu’il TRIPLE DÉFENSE. — Carthage , maî
nous donne de la circonférence de Car tresse de la M éditerranée par ses flottes,
thage est évidemment exagérée, et protégée d’ailleurs du côté de la mer
l’état des lieux démontre qu’il faut s’en par la violence des vagues qui se bri
tenir à celles que nous trouvons dans sent avec fureur contre les rochers, et
'lfite-Live et Appien. Strabon n’exagère rendent impossible toute tentative d’a
pas moins la population de Carthage. bordage, n'avait à craindre une attaque
Elle était, suivant lui, de sept cent sérieuse que du côté de la terre. C’est
mille âmes au commencement de la aussi de ce côté qu’elle avait élevé ses
troisièmeguerre punique. Cependant meilleures fortifications. De l’extré
Appien nous apprend qu’après la prise mité septentrionale du lac de Tunis
de Mégara et du Cothôn , par Scipion jusqu’au' bord de la Seblta (*), s’éten
Émilien , tous les habitants se retire dait une triple défense. On voyait d’a
rent a Byrsa, et que, lors de la capi bord un fossé bordé d’une palissade,
tulation de la citadelle, il n’en sortit puis un premier mur en pierres, d'une
que cinquante mille individus, hommes élévation médiocre, et enfin un mur
et femmes. Ce nombre toutefois nous d’une hauteur considérable, protégé
paraît beaucoup trop faible, et il ne par un grand nombre de tours. Tous
faut peut-être pas prendre'à la lettre ces ouvrages suivaient les sinuosités
Passertion d’Appien , quand il nous dit des collines sur lesquelles la ville était
que tous les habitants s’étaient réfu assise , et faisaient de nombreux an
giés dans la citadelle. Un autre passage gles rentrants. Appien nous a laissé
de cet auteur a fourni à M. Bureau de une description des hautes murailles
la Malle un moyen de calculer plus qui formaient la partie principale de
exactement la population de Carthage; l’enceinte de Carthage. Voici cette
Lorsque Scipion , par ses lignes de cir description : («A partir du midi, vers
convallation , eut intercepté toutes les ‘le continent, du côté de l'isthme,
communications des assiégés avec le « où était placée Byrsa, régnait une A
t’) La Seé/ra formait autrefois un golfe
C’) 64800 melres. qui s’étendait jusqu’aux dernières pentes du
(") 10800 mètres. cap Qamart. Comhlée peu à peu par les al
("") 4500 mètres. luvions de la Medjerdah, elle ne présente
(""') 36812 mètres. plus aujourd'hui qu'une suite de lagunes
(‘"“) 29450 mètres. d'eau salée.
CARTHAGE

WNMM . ri
{:Jr

lima ‘une
CARTHAGB. 145
n triple défense. La hauteur des murs , Pon'rzs. — Parmi les portes de Car
« était de trente coudées (*) , sans les thage, nous en connaissons cinq. dont
«1 créneaux et les tours, qui étaient dis la position nous est indiquée par des
« tantes entre ellesdedeux plèthres(*"), textes formels; ce sont cellé'de Mé
« et avaient chacune uatre étages, et ara, dont s’em ara Scipion , lors de
a trente pieds (“*) , epuis le sol jus a prise de ce faubourg; celle qui est
« qu’au fond du fossé. Les murs avaient désignée par Appien sous le nom de
« aussi deux étages; et, comme ils porte d’Utique; celle de Theveste,
a étaient creux et couverts, le rez-de qu'une inscription nous fait con
« chaussée servait d'écurie pour trois naître; celle de Furnos, dont parle
« cents éléphants, et de magasin pour Victor de Vite; et enfin celle ni con
‘u tout ce qui était destiné à leur nour duisait à Thapsus, et par aquelle
uriture. Le premier étage contenait Annibal s'enfuit, lorsque des envoyés
a quatre mille chevaux , avec le four romains vinrent à Carthage pour de
ex rage et l’orge suffisants pour les mander qu’il leur fût livré. Cette der
«nourrir; et, de plus, des casernes nière porte devait se trouver près de
« pour vingt-quatre mille soldats. Telles la Tænia et de la partie faible des murs.
« étaient les ressources pour la guerre, Puces PUBLIQUES. — Nous avons
- que les murs seuls contenaient dans parlé du Forum et de son emplace
u leur intérieur. » Toutes ces cons ment entre les ports et la citadelle.
tructions , suivant Paul Orose, étaient Dans le récit de l’attaque dirigée par
formées de pierres de taille. Les ruines le consul Censorinus contre la partie
n’ont pas tellement disparu, u’on ne faible des murailles, Appien nous ap
puisse encore suivre la trace es murs prend que, près de la, au point de
dans la plus grande partie de leur Jonction de la Tænia et de la presqu'île ,
étendue. se trouvait une seconde place. Elle
QUAIS. -— Le rivage de la mer, près était, comme le Forum, environnée
du Cotbôn. était bordé de larges quais de hautes maisons. Victor de Vite nous
où les marchands déposaient leurs de. fait connaître une troisième place, à
rées. Ces quais étaient en dehors de laquelle il donne le nom de place neuve ,
l'enceinte de la ville. Les carthagi Platea nova; celle-ci était ornée de
nois, pendant le siége, y construi grlzlidius, et située au centre de la
sirent un ouvrage avancé , à égale dis V! e.
tance du rempart et de la mer, afin TEMPLE D'ASTARTÉ. —Nous avons
que, si l’ennemi venait à_s’emparer de dit que le temple d’Astarté était com
ce quai , il ne pût lui servir d’esplanade pris dans l’enceinte de la citadelle. Cet
ou de place d'armes pour attaquer la édifice était situé sur une colline ,' au
ville. Cette précaution fut inutile; on nord de celle où s'élevait le temple
sait, en effet, que c’est précisément d’Esmun-Escula e. Un immense hié
de ce côté que Scipion dirigea sa der ron lui servait ’avenue. Cette cour,
nière attaque, dont le résultat fut la qui n’avait pas moins de deux milles
rise du Cothôn et de toute la ville romains (") de longueur, était revêtue
asse. . de larges dalles en pierre , ornée de mo
Les autres parties de la presqu’île saiques, de belles colonnes, et environ
n’étaient point garnies de quais. Elles née de tous les temples des divinités
étaient inabordables à cause des écueils inférieures. Parmi ces temples, secon
et des bas-fonds qui en défendaient daires, on distinguait celui d’Elisa ou
l’approche. Didon. Le temple d’Astarté, relevé
par les Romains avec une grande ma.
(’) 13 mètres 5 décimètres, la coudée gnificence, reçut sous les premiers
valant 0"‘,45. empereurs de nombreuses et riches
(") 60 mètres. Le plèthre valait xoo pieds offrandes. Son principal ornement était
grecs. _ _
c") 9 mèlres. Le pied grec valait 0'530. (') 2915 mètres.
10‘ Livraison. (CABTHAGEJ 10
146
un voile ou péplos d'une grande avait à Carthage un temple élevé en
beauté. l’bonneur de Melcarth , quoique les
TEMPLE DE BAAL-MOLOCH ou SA auteurs anciens n’aient jamais men.
TUBNE. — Ce temple était situé entre tionné cet édifice.
ceux d’Astarté et d'Esmun —Esculape , Les ‘carthaginois empruntèrent aux
et donnait son nom à un quartier de Grecs le culte de Cérès et de Proser
la ville (clous sertis). Saint Augustin pine. Diodore de Sicile , qui parle lon
nous apprend que le dieu Baal-Moloch guement des statues et des prêtres de
inspirait aux carthaginois une terreur ces deux déesses , ne nous donne aucun
religieuse si profonde , qu’osant à renseignement sur l'emplacement des
peine prononcer son nom , ils se con tem les qui furent consacrés à ces di
tentaient de le désigner par l’épithète vini és étrangères.
d'ancien (seriez). «La statue de ce Il nous est impossible aussi de dé
- dieu , suivant Diodore , était d’airain; terminer l’endroit où se trouvaient les
« elle avait les bras endants; ses deux temples que, suivant le même
- mains,dont la aume tait en dessus, historien , les carthaginois s’obligèrent
« étaient inclin es vers la terre, afin à élever la première année de la quatre
« que les enfants qu’on y plaçait vingt-cinquième Olympiade, pour y dé<
« tombassent immédiatement dans un poser le traité qu’ils avaient conclu avec
- gouffre plein de feu. » Gélon.
Le temple de Baal-Moloch contenait CITBBNES PUBLIQUES; GYMNASE;
les archives de la république. Le roi THÉATBE. — Outre les citernes parti
Hannon y avait'déposé la relation de culières, dont chaque maison devait
son voyage. être ourvue, dans un pays où les puits
TEMPLE n’APoLLoN; STATUE co ne urnissent que de‘ eau saumâtre,
LOSSALE DE CE DIEU. -— Nous avons Carthage possédait encore’ plusieurs
déjà dit que sur l'une des faces du citernes publiques, dont les ruines,
Forum s’élevait le temple d’Apollon. grâce à leur situation souterraine et à
Cet édifice, qui, selon M. Bureau la solidité des_constructions, sont à
de la Malle, échappa à la ruine de peu près tout ce qui a survécu de la
Carthage, et, plus tard, fut consa ville phénicienne. La plus considéra
cré au culte chrétien , sous le nom de ble de ces citernes était située au
Basilica rpetua restituta, était or nord-ouest de Byrsa , à l'extrémité et
né, lors e la prise de la ville par Sci dans l’enceinte même de la citadelle.
pion Émilien, d'une statue colossale Le village moderne de Malqa est cons
.revêtue de lames d’or. Le lendemain truit sur ses ruines. « On y voit en
de la prise du Cothôn , des soldats pé core, dit le voyageur Shaw. un en
nétrèrent dans le temple, s’emparèrent semble de vingt réservoirs contigus,
de ces lames d’or, et se ‘les partagè dont chacun avait cent pieds de long
rent. La statue fut emportée à Rome, sur trente de large. » Le P. Caroni ,
où elle fut placée près du grand cir qui a fait à Tunis un long séjour, donne
ue, à côté de la statue en bronze de à ces réservoirs les mêmes dimensions.
itus Quinctius Flamininus. Elle por Au treizième siècle, ce monument
tait le nom de grand Apollon de Car était encore presque intact; voici la
thage, et subsistait encore au temps description qu’en a faite Édrisi , géo
de Plutarque. graphe arabe de cette époque , qui était
TiznPLEs on Maximum-HEM né en Afriqne, et dont on s’accorde à
CLÈS, DE Génies ET DE PROSEBPINE. reconnaître la véracité et l’exaetitude.
-— Comme nous l’avons dit plus haut, « Parmi les curiosités de Carthage,
les carthaginois transportèrent dans « dit-il , sont les citernes, dont le
leurs colonies le culte de Melcartli , ui «nombre s’élève à vingt-quatre, sur
était le génie tutélaire de toutes es «i une seule ligne. La longueur de cha
villes d origine phénicienne. Nous _ « cune d’elles est de cent trente pas,
ous croyons fondés à penser qu’il y c et la largeur de vingt-six. Elles sont
CARTIIAGE. 147
« surmontées de coupoles; et, dans les et commencent de vastes réservoirs ap
« intervalles qui les séparent les unes « pelés citernes des diables. encore
«des autres, sont des ouvertures et a remplis d'une eau fort ancienne, ni
«des conduits pratiqués pour le pas a existe là depuis une époque inc -
« sage des eaux. Le tout est dis « nue. » M. Bureau de la Malle pense
a posé géométriquement avec beaucoup ne les citernes des diables et l'édi
« d'art. » Lorsque l'empereur Adrien ce appelé Moallalcah par Bekri sont
voulut conduire dans l'intérieur de le même monument, et qu'ils ne dit‘
Carthage les eaux de la source deSchou fèrent pas de celui dont les ruines ont
kar, pour mettre cette ville à l'abri été mesurées par le père Caroni.
des longues sécheresses, la citerne de Les deux grandes citernes dont nous
Malqa changea de destination; elle venons de parler sont évidemment de
devint le réservoir du grand aqueduc construction punique; tout le prouve:
dont nous allons arler. Sa position la nature des matériaux ui y sont em
au centre de la viiie la rendait propre ployés, les détails de eur architec
à cet usage. ture, et l'usage généralement répandu
Les autres grandes citernes publi chez les peuples de race sémitique, de
ques étaient situées près de la mer, à n'employer que l'eau des pluies aux
l est de Byrsa. Leurs ruines sont par usages alimentaires. En effet, il exis
faitement conservées. Ellesont, suivant tait de grandes citernes à Utique, qui
le père Caroni, plus de cent quarante était, comme Carthage, une colonie
ieds de longueur, sur cinquante de phénicienne. Tyr et Jérusalem qui, par
argeur et trente de hauteur. Les murs eur position au pied des monta nes,
ont cinq pieds d'épaisseur et sont flan pouvaient se procurer avec tant e fa
qués de six tours, aux angles et au cilité des eaux de source , n'employe
milieu. Nous empruntons à un écrivain rent cependant pour leurs usages que
du onzième siècle, Abou-Obaid-Bekri , des eaux de pluie. Au moins pouvons
un passage, où l'on trouve, avec la nous dire qu'il en fut ainsi jusqu'à
description de ces citernes,celle de deux l'époque où pénétrèrent en Syrie les
autres édifices qui méritent aussi de mœurs grecques et romaines.
fixer l'attention; nous voulons parler Virgile attribue à Bidon la cons
du gymnase et du théâtre. n On voit truction du théâtre de Carthage. Tou
« à Carthage, dit l'auteur arabe, un tefois, nous ne pensons pas que la
« palais appelé Moallakah, qui se dis fondation de cet édifice remonte à une
« tingue ‘par une étendue et une élé époque aussi ancienne (’). Tout nous
« vation prodigieuses. Il est composé orte à croire que le théâtre, comme
« de galeries voûtées qui forment plu e gymnase, n’appartinrent pas à la
« sieurs étages, et il domine la mer. ville punique, mais bien à la colonie
« Du côté de l'occident s'élève un autre romaine. Suivant la conjecture de
« monument appelé le Théâtre. Il est M. Bureau de la Malle, Carthage, re
« percé d'un grand nombre de portes construite et embellie par Auguste,
« et de fenêtres, et s'élève également devait ces deux édifices à la munifi
« par étages; sur chacune des portes cence de cet empereur.
« s'élèvent des figures d'animaux et AMPHITHÉATBE. — Nous ne pou
u des re résentations de toute espèce vons nous dispenser de faire ici men
n de pro essions. L'édifice appelé Hou
n mas ( lisez Djoumnas ) se compose (") Nous citons ici les vers de Virgile.
« également de plusieurs étages; il est Ces vers ne prouvent pas assurément l'ori
« orné de piliers de marbre de forme gine phénicienne du théâtre, mais ils don
« carrée, dont la grosseur et la hau nent du moins une haute idée de la gran
- teur présentent des dimensions pro« deur de ce monument.
« digieuses. Sur le chapiteau d'une de Bic alto Theatri
Fundamenn locant nliî , immanesqno eolumnn
c ces colonnes on voit douze hommes fluplbns exeidunt, semis d'ocr- nlta futnris.
1 assis autour d'une table. Près de là Bneid. l. un.
10.
148
tion de cet édifice, qui, selon toute gnement que nous possédions sur les
apparence, appartient, comme les deux bains de la ville punique. En ce qui
précédents, àl‘époque romaine, mais concerne Carthage romaine , les docu
dont les ruines sont au nombre des ments abondent. Sous les empereurs,
plus importantes de Carthage. Voici la il y eut dans cette ville un grand
description qu’en a donnée le géogra nombre de thermes. Nous citerons,
phe arabe dont nous avons déjà invo parmi les principaux établissements de
que le témoignage à repos des citernes ce genre, les thermes de Maximien
de Malqa : « Cet é ifice est de forme (Maæimianæ) , ceux de Gargilius (Gar
« circulaire et se compose d’environ gilz‘anæ), où se tint, en 411 , le synode
« cinquante arcades subsistantes. Cha qui condamna le schisme des donatis
« cune d’elles embrasse un espace d’en tes; enfin ceux de Théodora (Theodo
“icu-_ne...—
« viron vingt-trois pieds, ce qui fait rianæ), que les habitants de Carthage
« onze cent cinquante pieds pour la durent à la munilicence de Justiuien.
«circonférence totale. Au-dessus de AQUEDUC D’ADKIEN. — En parlant
«ces arcades, 's’élèvent cinq autres des citernes publiques, nous avons dit
« rangs d’arcades de même forme et de que celle de Malqa devint, sous la
1 même dimension. Au sommet de omination romaine, le réservoir ou le
a chaque arcade est un cintre où se château d’eaud’un immense aqueduc.
a voient diverses figures et représen Ce monument, bien que d'une époque‘
« tations curieuses d’hommes, d'ani postérieure à la prise de Carthage,
« maux et de navires sculptés avec un doit cependant obtenir ici une courte
un art infini. En général, on peut dire mention , parce que d’abord il explique
c. que les autres et les plus beaux édi la conservation d'un importantouvrage
u hces en ce genre ne sont rien en punique, qui ne fit que changer de
u comparaison de celui-ci. » Tel était destination , et aussi parce que ses
encore, au treizième siècle de notre ruines sont les plus belles et les plus
ère, l’état de conservation de l’amphi imposantes que l'on voie à Carthage.
théâtre de Carthage. « Il ne se recon On en jugera par cette description
« naît maintenant, dit M. Falbe, que qui est empruntée à l'ouvrage de
« par l’excavation intérieure, qui a en Shaw: «'On voit jusqu’à Zow-Wann
« viron deux cent quarante pieds dans u etZung-Gar, à cinquante milles pour
« la plus grande longueur de l’el en le moins dans les terres, des vesti
« lipse. La profondeur, qui n’est pas « ges du grand aqueduc qui fournissait
« moindre de quinze pieds . au-dessous « l’eau à Carthage. Cet ouvrage avait
« du chemin ,montrejusqu’à quel point a coûté beaucoup de peine et d’argent,
« sont accumulées les ruines de Car a et la partie qui allait le long de la
au thage. » n péninsule était fort belle et revêtue
CIRQUE. —— M. Falbe a reconnu au « de pierres de taille. On voit encore à
sud-ouest de la colline de Byrsa , à peu a Ariana, petit village à deux lieues
de distance de la triple défense, les « au nord. de Tunis, plusieurs arches
ruines d’un cirque, avec sa spina et « qui sont entières, et que j’ai trou
ses carceres. Nous savons, en effet, « vées , en les mesurant, avoir soixante
ar saint Augustin , que , de son temps , « et dix pieds de haut. Les pilastres
es Carthaginois étaient passionnés a qui les soutenaient avaient seize pieds
pour les jeux du cirque. En outre, « en carré. Au-dessus de ces arcades,
nous lisons dans Procope, que sous le « est le canal par lequel les eaux pas
règne de Justinien, il y eut une révolte « saient. [l est voûté par-dessus et re
de soldats dans le cirque de Carthage. « vêtu d’un bon ciment. Une personne
THERMES. — Nous savons par Va « de taille médiocre pourrait y marcher
lère Maxime qu’il existait à Carthage « sans se courber. L'eau p montait, à
des bains réservés aux sénateurs, et « ce qu’il araît, par es marques
où les hommes du peuple n’étaient cqu‘e le a aissées, à près de trois
point admis. C’est là l’unique rensei a pieds. Il y avait des temples à Zow
. EO<ŒBŒ<U .
.
ê
NHYK!
. 36h.!!!‘
l ril i|1l
a
üüaflm Hum/«nu
CARTHAGE. 149
- Wann et à Zung-Gar, au-dessus des à moitié ruinée, qui pouvaient donner
- sources qui fournissaient d'eau l'a. asile aux derniers et faibles débris du
a queduc. n peuple carthaginois. Les commissaires
PnIsoNs; PALAIS rEocoNsuLAIns. envoyés par le sénat romain pour as
— Lorsque Carthage romaine fut de sister à la destruction de Carthage
venue la capitale de la province d’Afri avaient expressément indiqué les quar
ue, les proconsuls établirent leur tiers de Byrsa et de Mégara, dans la
emeure sur la colline de B rsa. Les défense qu'ils avaient faite d'habiter
rois vandales, maîtres de arthage, dorénavant l'emplacement de la ville
choisirent pour habitation le palais pro-r vaincue. On peut induire de cette men
consulaire. L'historien Procope nous tion toute spéciale. que Rome, dans
apprend que les prisons étaient situées les premières années qui suivirent la
au-dessous de ce palais, et que, de victoire de Scipion, tolérait au moins,
leurs sou iraux, on pouvait apercevoir si elle n’autorisait pas, les nouveaux
la mer et es vaisseaux qui s'avançaient établissements fondés en dehors des
vers le port. M. Falbe a reconnu, sur quartiers de Byrsa et de Mégara. Il pa
la colline où était située Byrsa, à une raît même que le Cothôn , ancien port
hauteur de cent quatrecvingt-huit pieds militaire des carthaginois , fut trans
au-dessus de la mer, des voûtes de formé par les Romains eux-mêmes en
vingt à trente pieds de largeur, dont la port marchand ("). On comprend ai
construction lui a paru plus ancienne sément que les vainqueurs n'aient point
que celle des édifices dont les débris voulu perdre tous les avantages que
se voient encore au-dessus. Ces voûtes l’admirable position de ce port pou
sont, à n'en pas douter, de construc vait procurer, par le commerce, à la
tion punique. A l'époque de la domi province qu'ils venaient de conquérir.
nation romaine, e les devinrent les Les historiens racontent que les
prisons que l'on remarquait au-dessous ‘ Romains prononcèrent, au nom des
du palais proconsulaire. dieux, de terribles imprécations con
Nous avons essayé de donner ici, tre ceux qui essayeraient de relever et
d'après les auteurs anciens et moder d'habiter Carthage. Mais on ne saurait
nes, la description de l'ancienne Car établir, à l'aide de ce fait, que la ville
thage. Cette description demandait resta pendant quelques années entiè
peut-être de plus longsdéveloppements. rement déserte; car , 'il est trop évi
Toutefois, nous croyons avoir pré-' dent que les carthaginois, qui avaient
senté, dans le court résumé qui pré échappé à la mort ou à l'esclavage, ne
cède, les principaux‘renseignements devaient avoir aucune crainte de vio
qui ont été rassemblés jusqu'à ce jour ler les prescri tions d'une religion
sur la topographie et les édifices de étrangère et de graver les menaces des
cette ville célèbre. dieux romains qui n'étaient point leurs
dieux. D'ailleurs , les Romains eux
CONCLUSION; mé‘mes ne se montrèrent point scrupu
leux, et, comme le remarque Appien’,
CARTIIAGE SOUS LA DOMINATION ROMAINE.
Caîus Gracchus , sans tenir compte
Caîus Gnsccnus CONDUIT UNE des imprécations prononcées par les
coLoNIE ROMAINE sua L'EMPLACB‘ vainqueurs sur les débris encore fu
MENT DE CARTIIAGE PUNIQUE. — Au mants de la ville prise et saccagée,
moment où l'armée de Scipion quitta vint établir une colonie à l'endroit
l'Afrique, Carthage n'offrait plus'aux même où s'élevait, vingt années aupa
regards qu’un amas de ruines. Toute ravant, la cité punique.Voici comment
fois, le temps manqua aux Romains Blutarque raconte cet événement :
pour tout détruire, et, comme l'a dé n Rubrius, un des tribuns du peuple.
montré de nos jours un savant criti
ue, il restait encore, au milieu des (') Voyez M. Bureau de la Malle , Re
écombres. quelques édifices intacts ou cherche: sur la topographie de Cart/rage.
150
ayant proposé par une loi le rétablis préteur Sextilius te défend, ô Marins,
sement de Carthage ruinée par Sci d’entrer en Afrique. Si tu n’obéis point
pion , et cette commission étant échuc à ses ordres, il mettra à exécution,
ar le sort à Caîus Gracchus, il s’em contre toi, le décret du sénat qui- te
arqua pour conduire cette nouvelle condamne comme ennemi du peuple
colonie en Afrique.... Caïus était oc romain. — Dis au préteur, répond l’il
cupé du rétablissement de Carthage lustre proscrit, que tu as vu Marins
qu’il avait nommée Junonia, lorsque assis sur les ruines de Carthage. 1)
les dieux lui envo èrent plusieurs si Ce récit prouve évidemment que le
gnes funestes pour e détourner de cette prêteur Sextilius avait sa résidence
entreprise. La pique de la remièrc dans la colonie romaine, puisque, au
enseigne fut brisée par l’ef rt d’un moment même où Marins descendait
vent impétueux, et par la résistance en Afri ue, il fut informé de son arri
même que fit celui qui la portait pour vée et ni envoya un licteur. Marins
la retenir. Cet ouragan disperse les s’était probablement réfugié dans une
entrailles des victimes qu’on avait déjà des parties de la ville punique qui
osées‘ sur l'autel, et les transporta n'avaient point été relevées. Depuis
ors des palissades qui formaient l’en l’arrivée de Caïus Gracchus , la colo
ceinte de la nouvelle ville. Des loups nie n’avait pas encore pris des accrois
vinrent arracher ces palissades et les sements assez considérables pour cou
emportèrent fort loin. Malgré ces pré vrir tout l’emplacement de l’ancienne
sages, Ca'ius eut ordonné et réglé en Carthage.
soixante-‘dix. jours tout ce qui con A son retour d’Égypte, César pour
cernait l’établissement de cette colo suivit dans l’Afrique carthaginoise les
nie; après quoi il s’embarqua pour partisans de Pompée. Suivant une an
revenir à Rome (*).- au cienne tradition, il campait non loin
flls'romn m: CARTHAGE ROMAINE de Carthage, lorsqu'une nuit, pendant
DEPUIS L’ÉTABLISSEMENT mas (:0 un sommeil agité,“ vit en songe une
nous AMENÉS un Aramon un Gains grande armée qui l’appelait en gémis
Gnsccrrus, JUSQU'A TIBÈRE. — Ma sent et en pleurant. Le lendemain, à
rius proscrit par Sylla, se sauva en son réveil, César écrivit sur ses ta.
Afrique et descendit à Carthage. A blettes le nom de Carthage. Lorsqu’il
peine avait-il pris terre, qu’un llcteur revint à Rome, les citoyens pauvres
vint à sa rencontre, et lui dit : a Le lui demandèrent des terres : ce fut
alors qu’il envoya des colons à Corin
(”)‘Les patriciens n'avaient qu'un moyen tbe et à Carthage. Dion Cassius, en
d'accréditer
multitude, c'était
ce récit
de fabuleux
montrer que
auprès
les abris
de parlant de César . s’écrie avec une
sorte d’enthousiasme : « Relever deux
tres présages qui avaient accompagné l'étaé villes illustres, sans tenir compte de
blissement de la nouvelle colonie étaient un leur ancienne inimitié contre Rome,
effet de la colère des dieux contre celui qui et cela seulement en souvenir de leur
s’était fait un jeu des imprêcttions pronono puissance et de leur splendeur pas
cées sur les ruines de Carthage. Ne pour sées, c’est une gloire qui n'appartient
rait-ou point dire que le passage de Plutarque qu’à César. » Dion ajoute : « Ce fut
prouve d'une manière indirecte que Caius ainsi que ces deux cités célèbres , qui
Gracchus établit ses colons sur l'emplace jadis avaient été détruites à la méme
ment mème de la ville détrnitePMais, nous
’ ne, commencèrent à reprendre:
ne sommes point réduits, comme l'a dé
montré M. Bureau de la Malle, dans une
simultanément une nouvelle- vie et re
savante discussion, à ce genre de preuves,
dcvinrent une seconde fois trèsvfloris
Pline et Paul Orose nous apprennent d’une sautes. » On pourrait croire, d’après.
manière positive que Cartbage'romaine était ces paroles d’un grave historien, que
placée là où s’élevait jadis Carthage puni César fut le véritable fondateur de
‘ue. Nous pourrions citer encore, I'Épitomc Carthage romaine. Il n’en est rien toue
u livre 60 de Tite-Livc. tefois. César n’envoya en Afrique que
CARTHAGE. 15!
trois mille colons. Un passage de Solin les commoti-ms violentes qui agitaient
nous explique les apparentes contra plusieurs paw’aves de l'empire, lors
dictions qui existent pour cette époque qu’un événement subit vint lui enle
entre plusieurs historiens. Suivant cet ver pour quelques instants le repos et
auteur, la colonie de Caius Gracchus la sécurité. Nous reproduirons ici dans
eut des commencements faibles et sans son entier le récit de Tacite.
gloire. Elle n’avait point encore pris «1 Rome était en alarmes. L'Afri
de grands développements lorsque , que, disait-on, était soulevée; la ré
sous le consulat de Dolabella et de volte avait pour chef Pison, proconsul
Marc-Antoine . elle brilla d'un vif et gouverneur de la province. Ces
éclat, et fut vraiment en Afrique une bruits étaient faux; mais comme des
seconde Carthage. vents contraires iretardaient l'arrivée
Dion Cassius nous apprend qu’Au de la flotte d’Afrique qui portait des
guste envoya de nouveaux colons en blés à Rome, on croyait que Pison
Afrique, parce que Lépidus, non con avait fermé le port de Carthage et vou
tent de priver Carthage de ses privi lait at‘famer la capitale. D'ailleurs, la
léges de colonie romaine, lui avait province et les troupes regrettaient
encore enlevé une partie de ses ’ ' ' Vitellius et n'aimaient nullement Ves
tants. Quelle était la cause des s." “Pl pasicn. Tous deux avaient été procon
tés de Lépidusi’ On l’ignore. L‘lznb. suls d’Afrique, et, chose étonnante,
triumvir avait vraisemblablement en Vitellius avait emporté l’estime et Ves
rôlé les colons romains dans ses lé pasien la haine de cette province. Mu
gions , et lorscss’il avait privé de ses cien suscite contre Pison deux agents
privilèges une ville fondée j ir Caïus provocateurs, Sagitta, préfet d’un corps
Gracchus et re: ,mrée par Jules César, de cavalerie. et un centurion. Le lieu
il avait cru peu . titre, lui qui était un tenant de la 4' légion, Valérius Fesà
des chefs de l’aiistocratie, porter un tus, se joint à eux pour l’entrainer à
coup à la démocratie, qui était sur le la révolte. Pison repousse les sollici
point de triompher dans la personne tations du lieutenant et du préfet. Le
des empereurs. ' centurion de Mucien arrive : à peine
HISTOIRE DE CAMBAGE ROMAINE entré au port de Carthage, il proclame
DEPL’lS TmÈaa JusQU’A L’AnaIvnn Pison empereur; le peuple se précipite
DES VANDALES EN AFRIQUE. — Pom au Forum, et demande ne Pison y
ponius Méla, qui fut le contemporain paraisse. Celui-ci refuse, ait punir le
de Tibère , de Caligula et de Claude, centurion, ré rimande les Carthagi
disait en parlant de Carthage : « Cette nois par un it sévère, et se tient
colonie du peuple romain est déjà bril. renfermé dans son palais, sans même
lante et riche pour la seconde fois. » exercer les fonctions publiques de sa
En effet, Carthage prenait chaque charge. Festus, sitôt qu'il apprend l’a
jour de nouveaux accroissements et gitation du peuple. et le supplice du
s’embellissait par les somptueux édi centurion , penseà gagner'par un crime
fices qui s'élevaient dans son enceinte. la faveur de Mucien et envoie des_ca
Elle s’enrichissait par le 'commerce, valiers pour tuer Pison. Ceux-ci font,
et , comme autrefois, les vaisseaux pendant la nuit, une marche forcée,
ui sortaient de son port allaient tra arrivent au point du jour, se précipi
hquer dans presque toutes les parties tent, l'épée nue, dans le palais du
du monde ancien. Une chose encore proconsul, et l’égo‘îlgent (t). n
servait à sa prospérité et lui donnait La sédition pop aire fut bientôt
une grande im ortance, c’est qu’elle apaisée à Carthage , et pendant un
était devenue e véritable grenier de siècle, sous le gouvernement des Fla
l’Italie , et qu’elle pouvait en quelque viens et des Antonins, cette ville ne
sorte remplacer, pour le peuple de R0 cessa de jouir du calme heureux qui
me, l’Egypte et Alexandrie. Elle vivait
dans une eureuse paix sans éprouver (‘) Tacite , liv. tv des Histoires,
152
jus u’alors avait tant contribué à la vait plus d’espoir, mit lin à ses jours
ren re riche et florissante (“). en s’étranglant avec sa ceinture. Peu
Sous Commode, qui voulait que Car de temps après, on vit à Rome un
thage portât son nom et sappelât jeune enfant de la famille des Gordien
Alexandria Commoda Togala, .il y revêtu de la pourpre des Césars : il
eut quelques mouvements en Afrique. était âgé de douze ans à peine. Après
Nous savons que Pertinax, qui ‘était un règne qui fut bien court, il périt,
alors proconsu dans cette province, comme son père et son aïeul, par une
réprima plusieurs séditions. Le peu mort violente.
ple‘ était agité par les prophéties qui Après la révolte que nous venons
émanaient, à Carthage, du temple de de raconter, l’histoire ne nous dit pas
!“c.r_e—re
lune Cœlestis. Mais ces troubles ne que Carthage ait été le théâtre de
furent pas de longue durée , et pendant quelque grand événement politique._
un demi-siècle encore la ville vécut Nous savons seulement que l’empereur
dans une paix profonde ("*). Probus, dans ses courses rapides, vi
En 235 , Maximin devint le chef de sita cette ville et qu’il y com rima
l'empire. Cet ancien pâtre de la Thra. des séditions ("). Un auteur chrétien,
ce, qui était Goth d'origine, se rendit saint Prosper, nous apprend encore
bientôt odieux par son avarice et sa qu’en l’année 424, Carthage fut en
cruauté. L’Afrique carthaginoise fut la close de murailles : jusqu alors elle
première province qui se révolta con. était restée ouverte et non fortifiée.
tre lui. Quelques ennemis de Maximin Quel danger, en effet, menaçait la
forcèrent le proconsul Gordien à re province carthaginoise et sa capitale?
cevoir le titre d’empereur. Ce fut à Pendant longtemps les intérêts de B0
Carthage que ce vieillard, qui était me et de l’Afrique avaient été si bien
alors âgé de quatre-vingts ans, prit liés, qu’une seule légion avait suffi
les marques de la dignité impériale. ll pour garder tout le pays depuis Tan
associa a son nouveau pouvoir son fils, ger jusqu’à Cyrène. Dès l’e'tablisse
ui portait comme lui le nom de Gor ment de l’empire, la province cartha
ien. L'élection des nouveaux empe ginoise n’inspirait aucune crainte aux
reurs fut approuvée à Rome, en haine Romains; Auguste l'avait abandonnée
de Maximin. Mais Capellien, qui com à l’administration du sénat, et l’on
mandait en‘ Numidie, rassembla des sait que le prévoyant empereur avait
troupes et marcha contre Gordien. Les eu soin de se réserver les provinces des
habitants de Carthage prirent les ar frontières qui étaient sans cesse me
mes pour défendre celui qui avait été nacées et où campaient de nombreuses
élu et proclamé empereur au milieu légions ("‘*). Pourquoi donc, en 424,
d'eux. Les Cartha inois furent vain Tliéodose le jeune fit-il entourer Car
cus. Le jeune Gor ien fut tué dans la thage de fortes murailles? On ne le
bataille, et son père, qui ne conser sait. C’était peut-être par un vague
pressentiment des maux qui allaient
(') Les événements les plus importants
fondre sur l’Afrique. Mais, certes, on
qui signalent, à Carthage, le commencement
était loin de prévoir que les ennemis
et le milieu du deuxième siècle de notre ère,
qui devaient envahir cette province du
sont la construction du grand aqueduc par vieil empire romain étaient des barba
Adrien et l'incendie du Forum sous le règne res venus des bords de la Baltique.
d‘Anlouin le Pieux. PEBSISTANCE DE LA sacs PUNIQUE
t") Septime Sévère, s'il faut en croire
'l‘zelzès. tit élever un tombeau de marbre (') Sous le sixième consulat de Dioclélien
blanc au plus illustre des Carthaginois, à et le cinquième de Maximien, on éleva des
Annibal , qui était Africain comme lui. Si thermes ‘a Carthage. On les appela Thermes
Tlelzès dit vrai, ce tombeau de marbre de Mazîmien.
blanc fut vraisemblablement placé ‘a Car (") Tillemont, Histoire des empereurs,
thage, qui était la patrie d'AnnibaI. t.‘l,p.3 de l'édition in-n ; Bruxelles, 1707.
CARTHAGE. 153
nus CABTHAGE ROMAINE. — Il n'est nalogue dans les rits italiques, mais
point inutile de constater ici la per qui se rapprochaient beaucoup des pra
sistance de la race punique au sein tiques en usage dans l'orient. L'em
même de Carthage devenue colonie pereur fléliogabalc comprit aisément la
romaine. transformation qui s'était opérée; sous
La victoire de Scipion Émilien n'a le nom romain il distingua l'Astarté
vait pu anéantir d'un seul coup tous phénicienne, et lorsque, par un ca
les descendants des Phéniciens. D'a price bizarre, il voulut non par ma
bord , au commencement du siège que ria e le dieu Baal et la lune (.‘œlestz‘s,
nous avons précédemment raconté, Il n ignorait pas qu'il rapprochait ainsi
plusieurs familles avaient dû quitter deux divinites asiatiques qui apparte
Carthage pour se réfugier dans les vil naient à une seule et même religion.
les voisines. Ensuite, on peut croire Ce n'était point seulement par le
u'après le siége, au moment même genre des hommages qu'ils rendaient
de la destruction de la cité punique, a Junon Céleste que plusieurs habi
lusieurs de ceux qui avaient défendu tants de Carthage décelaient leur ori
eurs fo ers jusqu'a la dernière extré gine hénicienne, mais encore par les
mité écli’appèrent à la mort et à l'es sacri ces humains qu'ils faisaient à
clava e. leurs anciens dieux. Dans la colonie
a n fait très-curieux our'l'histoire romaine, le sang des hommes coula
de Carthage romaine, it M. Bureau plus d'une fois en l'honneur de Baal
de la Malle, se trouve égaré dans le et de Melcarth, et nous avons dit pré
vaste recueil d'Athénée où personne cédemment ue, sous les empereurs,
ne s'est avisé d'aller le chercher. Cet on fut oblig _de faire des lois sévères
auteur rapporte un discours du péripa pour arrêter ces terribles et sanglantes
téticien Athéuion, devant l'assemblée immolations.
du peuple d’Athènes, dans lequel ce A Carthage et dans le pays qui avoi
hilosophe affirme que non-seulement sinait cette ville, la langue punique
es peuples italiques, mais que les Car ne cessa point d'être en usage, même
thaginois même ont envoyé des ambas à l'époque de la domination romaine.
sadeurs à Mithridate, ur conclure Nous pourrions peut-être donner ce
avec lui une alliance of ensive dans le fait comme une preuve de la persis
but de détruire la puissance de R0 tance de la race vaincue. Apulée nous
me. Ce document curieux prouve qu'à apprend que, sous le règne d'Auto
cette époque beaucoup de carthaginois nin, on parlait également à Carthage
étaient ‘encore mêlés à la colonie ro le punique et le latin; et longtemps
maine, qui, formée d'ltaliens , parta encore après le siècle où vécurent An
geait la haine des vaincus contre le tonin et Apulée, on se servait, en
sénat obstiné à lui refuser le droit de Afrique, de la vieille langue des Phé
cité. » niciens, si l'on en juge par le passage
Mais il est une chose qui prouve suivant que nous empruntons à l'un
mieux encore la persistance de la race de nos Elus savants et de nos plus il
punique au milieu de _la_colonie ro lustres istoriens. « Le premier ou
maine, c'est la transmission non in vrage de saint Augustin contre les
terrompue des idées religieuses venues donatistes fut un canti ne en rimes
de l'orient. La religion des Carthagi acrostiches, suivant l’or re de l'alpha
nois se releva pour ainsi dire avec leur bet, pour aider la mémoire. Saint Au
ville. Parmi les anciens temples que les gustin le lit d'un style très-simple, et
Romains consacrèrent à leurs dieux, n'y observa point la mesure des La
il y en eut un qui acquit bientôt un tins , de peur d'être obligé d'y mettre
grand renom : ce fut le temple de Juno quel ne mot hors de l'usage vulgaire,
Cœlestis. La déesse Céleste, comme car i com sa ce cantique pour l'ins
on l’ap elait alors, fut honorée ar truction u bas peuple; ce qui fait
des cér monies qui n'avaient rien ’a voir qu'encore que la langue punique
tu
encore en usage dans cette partie tait un homme nourri dans les lettres
de l'Afrique, il y avait peu de gens et la philosophie, et qui lisait assidû
qui n’entendissent le latin (*). » ment les ouvrages de Tertullien. Il
_C'ABTHAGB cnnIâ'rmNNE. — On ne consuma sa vie à ranimer par ses écrits
saurait fixer d’une manière précise le» le zèle de ceux qui partageaient ses
temps où le christianisme pénétra pour croyances, et à combattre les ennemis
n la première fois dans l’Afrique cartha de la religion chrétienne. Il avait
ginoise. Nous savons seulement qu’à échappé bien des fois aux ruses des’
la fin du deuxième siècle de notre ère persecuteurs et à la fureur du peuple
on comptait déjà dans cette province qui ne cessait de crier : Cyprien aux
un grand nombre de chrétiens. C’était' lions! lorsqu’il souffrit le martyre sous
l’époque où vivait à Carthage un des l’empereur Valérien.
plus illustr écrivains de l’Eglise, Ter. Après les sanglantes persécutions de
tullien. Cet omme qui, suivant l’e’x Dioclétien et de Galérius, la religion
pression de Fleury, avait un'ge’m’e dur, chrétienne triompha enfin dans toutes
sévère et violent, une grande chaleur les parties de l’empire. Mais la lutte
d’imaglnation, composait dans cette contre le polythéisine était à peine
ville , our l'instruction ou la défense terminée, que l’Eglise fut agitée par
de ses ii‘èresten religion,- les éloquents des dissensions intestines et de gran
traité’s quil’ont rendu à jamais cé des discordes. A Carthage, l’élection
lèbre. contestée de l'évêque Cécilien devint
Les édite de persécution atteigni la cause d’un schisme. Les dissidents
rent‘ bientôt en Afrique les sectateurs donatistes se multiplièreut bientôt dans
des idées nouvelles. L'an 200 de notre toutes les parties de l'Afrique. Ce fut
ère, sous le règne de Septime Sévère, à l’occasion de ce schisme qu’on vit a
on amena douze chrétiens à Saturnin, alors à Carthage de nombreux conci
proeonsul de la province carthaginoi les, et qu’un des Pères les plus illustres
se.v Nous citerons ici les noms glorieux de l’Église, Au ustin, évêque d’Hip
de ces douze premiers confesseurs de pone‘; soutint ans ses écrits de lon
l'Église d’Afrique. Sept hommes : Spe— gues et célèbres controverses (‘). La
ratus, Narzal, Citti‘n, Veturius, Fe querelle entre les orthodoxes et les
lix, Acy‘llirr, Letantius; cinq femmes: onatistes n’était point encore apai
Januaria, Generosa, Vestina, Donata sée lorsque les Vandales passèrent en
et seconda, a‘imèrent‘ mieux, par un Afrique.
sublime dévouement, perdre la vie que Eux FLOBISSANT ET spLENnEUn
renoncer à leurs croyances. Ce fut DEx CABTHAGE sous LA DOMINATION
vraisemblablement à l’occasi‘on de ce noMxINE; ARRIVÉE DES VANDALES
martyre que Tertullien écrivit le plus EN Air-mous. —Au commencement de
céièhre de ses ouvrages‘, l’Apologéti l’empire, Strabon disait déjà de Car
que. Mais le hardi défenseur des-‘divisée thage : « Maintenant il u’existe point
tiens ne put se faire entendre, et‘, au de ville'len Libye qui soit plus peuplée; n
moment où circulait dans toutes les et Pom nius Meia , peu de temps
mains son éloquent plaidoyer, il vit, après, a représentait comme une cité
à Carthage, le supplice de Perpetueet riche et florissante. Sous le règne d’An
de Félicité (“). tonin, Apulée, en faisant une pom
Au milieu du_ troisième vsièciei, Cy pense description de Carthage, nous
prien illustra l’Eglise de Carthage; Gé arle de sa nombreuse population , de
a beauté de ses édifices. du luxe qui
(') Voyez Fleury, Histoire ecclésiastique,
liv'. xi'x. ' (") En ce‘ qui concerne l'Église de Carthage
(") Nulle légende chrétienneln'éga’le en et le schisme des donatistes, nous renvoyons,
beauté le récit des le net souffrances de pour de plus amples détails, à la partie de
Perpêtùe et de F'élici . voyez ‘les 4cm cet ouvrage qui est consacrée à l‘dfiîqùä
navrant aimera. chrétienne.
CARTHAGE. 155
éclatait de toutes parts dans son en cette ville qu’écrivirent et pa’rlèrent
ceinte, et de la richesse de ses habi Tertullien et Cyprien, et que. ‘saint
tants. Hérodien prétend qu’à l'époque Augustin enseigna la rhétorique.
de Gordien elle ne cédait qu’à Rome Pour compléter ce tableau, il nous
seule, et qu’elle disputait le second suffira de donner ici une description
rang àAlexandrie. Solin, qui écrivit, de Carthage faite par Salvien, au mo
comme l’a démontré Saumaise, avant ment même où l’empire était envahi
la translation de l'empire à Constanti» de tous côtés par les nations barbares.
nople, nous dit : « Carthage est main « Je prendrai, dit-il, pour exem le Car
tenant après Rome la seconde ville du thage, la première et presque a mère
monde. » Un géographe qui vécut sous de toutes les villes d’Afrique, toujours
l’empereur Constance vante la beauté la rivale de Rome, autrefois par ses
de ses rues et de ses places, la sûreté armes et son courage, de uis, par sa
de son port, et la magnificence du grandeur et par sa ma ni cence; Car
Forum décoré par le superbeport‘ ac thage , la plus cruel e ennemie de
des banquiers ("). Al’époque de Va en Rome, et qui est pour ainsi dire la
tinien et de Gratien , Ausone ne met Rome de l’Afrique. Là se trouventdes
au-dessus d’elle que Rome et Cons établissements pour toutes les fonc
tantinople. tions publiques, des écoles pour les
Les nombreux témoignages que nous arts libéraux, des académies pour les
venons de citer, uvent nous don philosophes, enfin des gymnases de
ner une haute id e de la splendeur toute espèce pour l’éducation physique
de Carthage romaine. Cette ville, en et intellectuelle; là se trouvent aussi
effet, voyait circuler dans son enceinte les forces militaires et les chefs qui diric
une innombrable population. Elle était ent ces forces; la s‘honore de résider
ornée de superbes edifices. Elle avait e proconsul qui, tous les jours, rend
un cirque. un théâtre, un am hithéâ la justice et dirige l’admmistration,
tre, un gymnase, un prétoire, e beaux proconsul uant au nom seulement,
temples (‘*), des rues et des places mais consu quant à la puissance; la
bien alignées et un immense aqueduc. résident enfin des administrateurs de
Elle s’enrichissait par le commerce et toute espèce, dont les emplois diffèrent
l’industrie. Elle possédait des sculp autant que les noms, qui surveillent.
teurs et des fondeurs habiles, et ses en quelque sorte, toutes les places et
œuvres d'art étaient recherchées. Elle tous les carrefours , qui tiennent sous
brillait aussi dans les sciences et dans leurs mains presque toutes les parties
les lettres; Apulée, sous le règne d’An de la ville et tous les membres de la
tonin, se faisait gloire d’être sorti des population. 1)
écoles de Carthage; et ce fut dans Quand Salvien écrivait ces mots,
dans un ouvrage célèbre, l'instant n’é
(") Voyez M. Bureau de la Malle, Re tait pas éloigné où , franchissant le
cherche: sur la topographie de Cart/rage. détroit de Gadès , les Vandales allaient
t") A partir de l'établissement du chris se répandre en Afrique et faire de
tianisme dans l'empire, on vit s'élever à Carthage la capitale de leur empire.
Carthage plus de vine! églises ou monastères.
muwmwmuuumsu \ huauwnwummnotnssnuunuum nununnumu

TABLE DES MATIÈRES


CONTENUES DANS CARTHAGE.

A. une sédition dans son armée; augmente ses


Adherbal inquiète par ses incursions les forces d'une partie de l'armée d‘Opbellas
Romains qui assiégent Lilybée, 5/. a; rem qu'il fait mourir par trahison; s'empare
porte une victoire signalée sur la flotte du d‘Utique et d‘Hippozaritus; soumet à son
consul Claudius, et introduit des vivres dans pouvoir plusieurs villes maritimes et peu
Lilybée., 56 a, 57 b; confie cent: galères ‘a plus de l'Afrique; laisse le commandement
Carthalon et lui ordonne d'attaquer la flotte a Ambagatlte, l'un de ses fils, et retourne
romaine, 58 a. en Sicile, 2:’. a, 29 a; repasse en Afrique, y
Adrumèle prise par Agathocle, 24 a, b. essuie plusieurs revers; s'embarque seul
Africains, obtiennent par les armes le pour la Sicile, laissant ses deux fils, qui sont
payement du tribtt imposé à Carthage pour égorgés par leurs soldats; l'année suivante
prix de son territoire, 5 b ; sont forcés plus fait un traité avec les carthaginois ; sa mort
tard de renoncera" payement de ce tribut, vingt-cinq ans après ce traité; pendant ce
6 b; un grand nombre d'entre eux serrent tem )5 aucun événement remarquable. 29 a,
comme mercenaires sous Annibal, fils de 30 ; avait donné sa fille en mariage à
Giscou . 7 b; abandonnés par Imilcon de Pyrrbus, 31 a.
vant Syracuse , ils se révoltent, forment en Agrigente, assiégée par Annibal, fils de
Afrique une armée nombreuse. menacent Giscon. et Imilcon. fils d'Haunon. est aban
Carthage et se retirent sans aucun autre donnée par ses habitants; les Syracusains
avantage. t3 a, b; se révoltent de nottteau leur assignent une ville pour asile, 8 b, 9 a;
sans succès, 14 b; cinq mille Africains ser elle est rasée par Imilcon, 9 b; prise par
vent la cruauté d'Agathocle, 18 b; les Afric les Romains, 36 b; assiégée et ruinée en
cains tributaires de Carthage passent dans tièrement par’ les carthaginois, 1.8 a.
son parti, 23 b; cinq mille‘ Africains t'ou Alalia. fondée dans la Corse par les Pho
Iant quitter Agatbocle, répandent, par leur céens, 132 b.
apparition. la terreur parmi les carthagi Aléria, en Corse, prise par les Romains,_
nois, et par leur rentrée dans le camp d'A 40 a.
gatltocle y causent une égale frayeur, 29 b, Amilcar Barra, Carthaginois, général des
30 a; se joignent aux mercenaires dans armées de terre et de mer en Sicile, se re
leur révolte contre Carthage. 65 a. tranche sur la montagne d'Erctc, s'y main
Afrique. Quels peuples, d'après les livres tient trois ans, 59 b, 61 a; fait entrer des
des Hébreux, en ont occupé la région sep vivres et des secours dans Lilybée, 61 a;
tentrionale. 2 a. s'empare de la ville d‘Eryx et s'y maintient
Agatbocle, sa naissance; simple soldat deux ans, 61 a. b; après la conclusion du
dans les troupes syracusaines, se distingue traité de paix, se démet du commandement,
par sa valeur; se fait chef de pirates, est 65 a; était suspect aux mercenaires révol
deux fois exilé de Syracuse : il en fait le tés, 67 a; est chargé de mettre fin à la
siège; par l'appui d‘Amilcar il y est nommé guerre de Libye, et remporte plusieurs vic.
prêteur; sous quel prétexte il déclare la toires, 70 b. 72 b; il réunit à son armée les
guerre aux Catllmginois; vaincu deux fois, troupes d'Hannon; la division éclate entre
il rentre dans Stracnse, t8 a, 19 a; assiégé, les deux généraux, Amilcar reste seul à la
il échappe aux carthaginois et débarque en tête de l'armée, 74 a, b; il marche contre
Afrique, brt‘tle sa flotte, défait Hannon et les rebelles qui assiégeaicnt Carthage; il se
Bomilcar, reçoit des vivres et de l'argent joint de nouveau à Hanuon , et remporte
des Africains et de plusieurs cités puissan avec lui une victoire qui met fin à cette
tes. 19 a, 23 b ; assiégé et prend Adrumète; guerre, 74 b, 77 b; il passe en Espagne,
bat les Carthaginois devant Tunis; reçoit délivre (‘adix de ses ennemis et s'empare
des Syracusains la tète d'Atnilcar; apaise d'une partie de la province; il y commande
158 TABLE DES MATIÈRES
les armées avec succès pendant neuf ans, et ment de l'armee, soumet plusieurs peuples
meurt sur le champ de bataille, 78 a, b. en'lîspagne, 81 a, ruine Sagonte , allume
Amilcar remplace en Sicile le vieil Han ainsi la guerre entre Carthage et Rome
non. 37 a; fond sur les auxiliaires des Ro (voyez deuxième guerre punique); la guerre
mains, et bat. aussi l'autre partie de leur étant terminée, il fait d'importantes réfor
armée, 39 b. mes dans l'administration de la justice et
Amilcar, général carthaginois. est de des revenus de Carthage, 97 b, 98 a; pour
mandé par des ambassadeurs romains après suivi par les Romains , il se rend auprès
la fin de la deuxième guerre punique , d'Antiochus, roi de Syrie; Antiochus se
comme continuant la guerre dans la Gaule; décide à faire la guerre aux Romains, il est
il perd la vie dans une bataille, 97 a, I). vaincu; Annibal se rend auprès de Prusias,
Amilcar, fils de Magon , aborde à Palerme roi de Bithynie; celui-ci ayant résolu de
avec un armement considérable, fait le siège le livrer aux Romains , Annibal met lin à
d’Hymère, périt dans cette expédition ; deux ses jours par le'poison , 98 a , roi b.
traditions sur sa mort, 6 a, b. Annibal (le Rhodien), parti de Carthage ,
Amilcar Il, fils de Giscon, aborde à Li« entre dans le port de Lilybée et en sort en
lybée, est entièrement défait par Timoléon, présence de la flotte romaine; il réussit
16 a, 17 a; remporte une victoire sui;,Aga ainsi plusieurs fois à faire connaître. aux
tocle, 19 a; assiégé Syracuse, 19 b; repoussé Carthaginois les besoins de cette place; il
avec perte,illève le siège, 24a; l'attaque de est pris avec son vaisseau, 54 a, 55 a.
nouveau , et tombe au pouvoir des Syracu Apollon , son temple, à quel culte il fut
sains qui le l'ont mourir, 25 a , b. depuis consacré; à quelle époque subsistait
Annibal, joint à Amilcar, l'ait le siégé encore sa statue colossale, 146 a.
de Tunis dans la guerre de Libye; Mathos, Appien, cité sur les fondateurs présumés
dans une sortie, le fait prisonnier et le clone de Carthage, 1 b; sur la partie de Car
encore vivant sur la croix de Spendius, thage que Scipion fit écrouler par la sape ,
76 b» 77 a 126 a.
.Annibal , fils d‘Asdrubal. Appius Claudius , surnommé Caudex; se
Annibal snfl'éte, fils de Giscon , engage rend à Rhêge, perd quelques vaisseaux dans
les Carthaginois à secourir Ségeste contre sa première tentative de faire lever le siège
Syracuse ; il prend d'assaut Sélinonte et de Messine, réussit ensuite à y aborder;
Hymère, 7 b, 8 a; dans une seconde expé défait d'abord Hiéron , puis les Carthagi
dition, il fait le siège d’Agrigente et meurt nois; met le siège devant Syracuse, repasse
de«la peste devant cette place, 8 b. en Italie, 33 a, 34 b.
Annibal Il, joint à Amilcar Il, aborde à Apulèe , fait une pompeuse description
Lilybée, est entièrement défait par Timo de Carthage , 154 a.
léon, 16a, 17 a. Archagathe , un des fils d’Agathocle ,
Annibal , lils de Giscon, enfermé dans reçoit le commandement des forces syracu
Agrigente par les Romains, demande vive saines en Afrique, de son père qui retourne
ment des secours à Carthage, 35 1); après en Sicile; il essuie plusieurs revers; Aga
la défaite d'Hanuon s'échappe de la ville thocle revient en Afrique; mais bientôt
avec toutes ses troupes, 36 b; par'une ruse après, s'étant embarqué de nouveau , seul ,
ourdie avec les habitants de Lipal‘i , il fait pour la Sicile , ses soldats dans leur déses
tomber Cornélius, avec une partie de la poir tuent Archagathe et son frère, 28 a ,
flotte romaine, au pouvoir de Boodès, son 30 a.
lieutenant; vaincu par Duilius, il envoie à Ardéates , nommés dans le premier traité
Carthage un ami qui, par une demande entre les Romains et les Carthaginois ,
adroite dans le sénat, prévient la punition 5 a.
probable de sa dél'aite ,\ 37 b , 39 a; est Ariston , Tyrien , est envoyé à Carthage
mis à la tête d’une expédition contre la par Annibal réfugié chez Antiochus, dans
Sardaigne; bloqué dans un- des ports par la quelles vues , 99 a , b.
[lotte romaine, il est mis en croix par ses Aristote donne une époque remarquable
propres soldats, 39 b, 40 a. à la victoire de Gélon sur les Carthaginois
Annibal, fils d’Amilcar Barca. Son père en Sicile, 6 b.
le demande auprès de lui en Fspagne, âgé Asdrubal, fils de Magon , onze fois sul‘.
de vingtstrois ans; son caractère , 79 a , b; fête; a rès avoir en quatre fois les hon
il succède à Asdrubal dans le commande neurs u triomphe, il meurt en Sardaigne
CONTENUES DANS CARTHAGE. :59
des suites de ses blessures, 5 b; noms de ni la commandait; il le conduit a Car
les trois fils, 6 b. t age, 37 b.
Asdrubal débarque en Sicile, attaque Bostar, commandant des mercenaires à
Métellus près des murs de Palerme; est la solde de Carthage en Sardaigne, est tué
vaincu et se réfugie à Lilybée; il retourne par eux dans leur révolte, 73 a.
à Carthage, y est mis à mort, 49 b, 50 b. Byrsa, citadelle de Carthage, r b. Sa po
.Asdrubal, gendre d'Amilcar Barca, est sition, 143 a, b.
‘ élu pour lui succéder en Espagne; il accroîl, Byzacène (la), une des provinces cartha
en se conciliant l'affection des peuples, la ginoises en Afrique, d'une extrême fécon
puissance de Carthage; il fonde Cartha dité, 135 a.
gène et gouverne cette province pendant C.
huit ans; il est assassiné dans sa propre
maison par un Gaulois, 78 b, 79 a. Cabale, ville près de laquelle Denys le
Asdrubal Hædus , un des députés cartha Tyran remporte sur les carthaginois une
ginois, dans la deuxième guerre punique , victoire éclatante, t4 a.
prend la parole dans le sénat et implore la Caius Atilius Régulus, un des consuls
pitié des Romains , 96 a. sous lesquels les Romains remportent une
Asdruhal, général carthaginois, est en victoire navale près du mont Ecnome,
voyé en Sardaigne pendant la deuxième aborde en Afrique, y remporte de grands
guerre punique, son armée y est détruite, avantages; fait prisonnier, il est envoyé à
il‘esl conduit à Rome prisonnier, 88 b. Rome pour des négociations; à son retour
Athénée nomme le Grec Palémon comme à Carthage, il y est mis à mort, [.2 a, 52 b.
ayant écrit un traité sur la fabrication des C. Fundanius Fundulus.
étoffes tissues par les carthaginois, 136 b; C. Gracchus, conduit une colonie romaine
rapporte un discours prononcé à Atbènes sur l'emplacement de l'ancienne Carthage;
par Athénion. qui y affirme que les Car signes funestes qui y apparurent, 149 b,
tliaginois ont sollicité l'alliance de Mithri 150 a.
' date contre les Romains, 153 a. C. Scmpronius Illæsus et C. Servilius
Alilius Calalinus, consul, s'empare d'flip Cœpio, consuls, passent en Afrique avec
pane; est délivré d'un danger imminent par une flotte; à leur retour en Italie ils per
le tribun Calpurnius Flamma; prend Ca dent dans une violente tempête un grand
marine; reçoit d'Amilcar un échec près de nombre de vaisseaux et d'autres bâtiments,
Lipari, 40 b, 4: b. 1.8 h, 49 a.
Aulus Atilius Calatinus, consul dans la Camarine, en Sicile; ses habitants, après
première guerre iunique, avec Cn. Corn. l'entrée d'Imilcon dans Géla, reçoivent de
Scipio, s'empare e Palerme, 48 a, b. Dcnys le Tyran un asile sur le lerriloirc de
Autarite, chef des Gaulois dans la guerre Syracuse, 9 b; un traité, qui les rend tri
de Libye, 7: a. butaires de Carthage, leur permet de ren
trer dans leur ville, ibiti; elle ouvre ses
B.
portes à Amilcar, 40 b; est prise par les
Baal-Moloch. Voyez Saturne. Romains, 4: a. '
Baccara, fleuve profond dans l'isthme Camicum, en Sicile, prise par les Ro-'
quibsépare Carthage de l'intérieur du pays, mains, 41 a. '
70 . Carthage: son origine, date de sa fonda
Baléares (îles), ce qu'elles fournissaient tion, discussion sur ses fondateurs, r, a;
aux carthaginois, x36 a. ses accroissements jusqu'à l'an 543 avant
Battus, fondateur de Cyrène, a b. J. C.; ses guerres contre (‘.yrène, contre
Bomilcar, envoyé avec Hannon contre les Phocéens, a b, 3 b; détails sur ses ports,
Agathocle, se retire sur une hauteur voi ses places et ses fortifications lors de la
sine après la déroute e! la mort d'Hannon, troisième guerre punique, me a, li; sa
par quels motifs, 22 a, 23 a; il tente de constilulion au temps de sa splendeur, les
s'emparer à force ouverte de la souveraine deux sul'fetes, les généraux, m8 a, 131 a;
puissance; il péril dans les tortures, 27 sa rigueur envers les peuples ll‘llnllllll‘r's,
a, l). étendue de sa puissance en Afrique, ses
Boodès, lieutenant d'Annibal, prend, par colonies, 13‘ a, 132 b; ses revenus, 13/. b;
un stratagème, dans le port de Lipari, une état florissant de son agriculture, 134 l),
partie de la flotte romaine, et Coi-nélius 135 I); industrie, commerce par mer et par
160 TABLE DES MATIÈRES
terre, 135 b, 136 b; monnaies, 136 b, 137 nois pour obtenir la paix des Romains,
a; forces militaires, armées navales, armées 106 b, 107 a; les consuls se font remettre
de terre, 137 a, x38 b; religion, divinités, toutes les armes; les carthaginois se prépa
sacrifices, 138 b, 140 a, 153 a, b (voyez rent ‘a soutenir un siége, se fabriquent des
Victimes humaines); littérature, :40 a, b; armes, remportent de fréquents avantages;
position de Carthage, situation des ports, les Romains s'emparent d'une partie de la
un a, 142 b; forum, curie, rues princi ville; les habitants sont en proie à la famine;
pales, I/n b, 143 a; Mégara ou la nouvelle après diverses attaques et un affreux boule
ville, i133 b; nécropoles, iéid.,- circonfé versement, Carthage est anéanlie,_el tout le
rence. î‘population présumée, 14/, a, b; tri territoire qui lui a appartenu est réduit en
ple dé ense, quais, r44 b, 145 a; portes, province romaine, m8 a, 128 a.
places publiques, temples, (‘.5 b. x46 b; Cartlialon, fils du général carthaginois
citernes publiques, gymnase, théâtre, am Malclllus, est mis en croix par son père,
phithéâtre, cirque, r46 b, 148 a; cirque, /. a, .
thermes, aqueduc d’Adrieu, prisons, palais Carthalon amène de Carthage un renfort
pi'oconsulaire, r48 a, 149 a. — CAR’I'HAGI pour Lilybée; il surprend la flotte romaine;
sous m bourru-noir nouxma. Une colonie garantit sa flotte d'une tempête qui détruit
romaine y est établie malgré les impréca les deux floues des Romains, 57 b, 59 l).
lions antérieures et quelques signes funes Casilin. Annibal, en présence de deux
tes, 11.9 a, do a; César y envoie des co armées romaines, force cette ville à capilip
ions, mais elle ne prospère que sous le ler, 86 a.
consulat de Dolabella et de Marc-Anloine, Calane, prise par les Romains, 34 b.
r50 b; Auguste y envoie de nouveaux co Calapulles. Voyez la note page 10.
lons, 15: a; est dejà florissante sous Tibére; Cenlénius Pénula, général romain, s'en
quelques troubles s'y élèvent du temps de gage lémérairement dans la Lucanie; Anni
Vespasien et de Commode; elle se révolte bal lui fait essuyer une perte de quinze
contre Maximin: le proconsul Gordien mille hommes, 88 a.
prend ‘a Carthage les marques de la dignité Centumviral : but de son institution, 7 a.
impériale; mort de son fils et de son petit Cephalœdium, port de Sicile. est livré
lils, 15s a, [5’) h; la ville est entourée de aux Romains, 48 a.
murailles, I5-a b; faits divers attestant la César envoie des colons ‘a Corinthe et à
persistance .de la race punique dans cette Carthage, 150 b, 151 a.
colonie, r52 b, 154 a; la religion chrétienne Clypéa, ville d'Afrique, la première qui
y compte des défenseurs et des martyrs, y fut prise par les Romains, 43 b; ils l'éva
154 a, b; quels auteurs ont décrit Car cuent et en ramènent la garnison en Sicile,
thage comme riche et florissante. jusqu'au 47 b
‘temps où les Vandales en ont fait la capi Cneius Cornelius Scipion Asina, consul
lale de leur em ire, I5], b, :35 b. dans la première guerre punique avec Aul.
Carlliagène, ondée par Asdrubal, gendre Attil. Calaliuus, s'empare de Palerme,
d'Amilcar, 78 b, 79 a. (8 a, b.
carthaginois : leur entreprise sur la Si r Cneus Scipio, frère de Publius Corné
cile, 3 b; leur premier, deuxième, troisième ius.
traité avec les Romains. 4 b, I5 a, 30 1); Colonne rostrale. Voyez Duiliiis.
font alliance avec Xercès, 5 b; sont repous Corbeau, machine destinée à faciliter
sés en Sicile par Gélon, 6 a; forcés d'abord l'abordage dans les combats sur mer, 38 a.
de payer un tribu! aux Africains pour prix Corinthiens, fondateurs de Syracuse; ils
du lei1‘itoire de Carthage, 5 1), ils s'en af y envoient Timoléon pour repousser l’atla
frauchissent, 6 b; leurs expéditions souvent ' que des carthaginois et rétablir le calme
renouvelées contre la Sicile, 3 b, 32 a; Pyr ans la ville, 15 b.
rbus s'empare de toutes leurs possessions Cornélius, commandant de la flotte ro
en Sicile, à l'exception de Lilybee; ils en maine dans la première guerre punique,
voient en Sicile une nouvelle année et les est pris avec une partie de sa flotte dans le
recouvrent, 3I l); perdent leur allié Massi port de Lipari par Boodès, et conduit à
nissa, qui devient l'allié des Romains; dis ‘Carthage, 37 b.
sensions non apaisées par les Romains; Cornélius Scipio, consul, commande la
guerre funeste aux carthaginois (voyez Mas‘ ' floue dans l'expédition contre 1. slrdsigne
sinissa); sacrifices continuels des carthagi et la Corse, est vainqueur d'Annibal et
CONTENUES DANS CARTHAGE. ltil
d’l-lannon, et soumet toutes les villes de Dion Cassius , sur les colons envoyés par
Sardaigne, 39 a, 40 a. César à Corinthe et à Carthage, 150 b.
torse. Voyez Cyrne. Duilius, commande l'armée romaine en
coudée, son évaluation, 145 a. Sicile, dans la remière guerre punique;
Cyrne, aujourd'hui la Corse, conquise se met à la tète d’e la flotte; invente la ma
par les carthaginois, 3 h; ils s'unissent aux chine appelée corbeau; défait la flotte car
Étrusques pour en expulser les Phocéens; thaginolse, puis reprenant le commande
les Romains s'en rendent maîtres vers la lin ment de ses légions, fait lever le ‘siège de
de la guerre de Libye, 132 b, r33 a. Ségeste et s'empare de Macella; obtient le
premier le triomphe naval, 37 b, 39 a;
colonne rostrale érigée en son honneur,
Denys l'Ancien ou le Tyran, marche au 39, a.
secours de Géla assiégée ar Imilcon. Il y . n.
essuie un échec considéraiile ; mais, favorisé Ehre, devait être pour les Romains et
par la peste, il obtient des carthaginois un les carthaginois la limite des deux em
traité de paix qui confirme sa domination pires, 78 b.
dans Syracuse, 9 b, m a; fait de grands Écli se de soleil. favorise le débarque
préparatifs de guerre; livre à la fureur du ment ‘Agathocle en Afrique, :0 a.
peuple de Syracuse les biens et les personnes Ecnome; les carthaginois sont vaincus
des carthaginois; assiégé Motya et s'en em par les Romains prés de ce mont, et per
pare , 10 b , n a. La peste ravageant l'ar dent la plus grande partie de leur flotte,
mée des carthaginois qui assiégeait Syra 41 b, 43 a.
cuse, Denys les accable de toutes parts, Egates (les îles). Près de ces îles , le con
mais facilite à Imilcon sa retraite avec les sul Lutatius remporte sur la flotte cartha
carthaginois seulement, la a. b; perd les ginoise une victoire qui met fin à la pre
possessions carthagiuoises, dont il s'était mière guerre punique, 63 a, b.
emparé, et conclut un nouveau traité de Égithalle, en Sicile, prise d'abord par le
paix avec Magon , (3 l); excite par de nou consul Junius, est reprise par le général
velles hostilités les carthaginois. qu'il défait carthaginois (‘.arthalon, 59 b.
auprès de Cabala , 1/‘. , a; fait la paix après l-Lglise (l'Afrique, quels hommes et
avoir été vaincu par Magon Il; recommence quelles femmes l'ont illustrée, :54 a, l).
la guerre, et meurt peu de temps après avoir Éléphants; soixante sont amenés en
fait un nouveau traité de paix, 14 a, 15 a. Sicile par Hannon, presque tous pris par
Denys le Jeune, succède à Denys le Ty les Romains, 35 a, 36 b; employés par
ran, son père; chassé de Syracuse, puis les carthaginois devant Adis, 4/. 1); par
de Locres, rentre par trahison dans Syra Xanthi pe, [,6 I); par Asdrubal, 49 l).
cuse , où il ne possède plus que la citadelle; 50 a, M par Hannon dans la guerre de
il la remet à Timoléon; se réfugie à C0. Libye, 69 a; par Amilcar dans la même
rinthe, t5 a, 16 a. guerre, 7! a, l), 73 b; par Annihalà
Didon ou Elysa, fondatrice de Carthage Zama, 9/. a. . '
suivant la tradition poétique, 1, 2 a; selon Elyma, chef africain , fait alliance avec
Virgile a fait construire le théâtre de Car Agnthocle, 24 a, b.
thage , 11.7 h. Ephm'c. Sou évaluation de l'armée dé
Diodore, cité sur la population d'Agri .harquée en Sicile par Annibal. fils de
gente, 9 a; sur la peste qui désola l'armée Giscon, 7 l); if. pour le siége d'Agrigente
d’lmilcon devant Syracuse, n a; nomme par Annibal et Imilcon, lils d'Hannon,
Leuco-Tunés une ville située non loin de 8 b.
Carthage, sa a; sur la grandeur du fossé Erésus, ville fondée dans une (les îles
qui défendait Lilyhée, 52 a; cité sur Ophel Baléares par les (‘.arthaginois; utilité de
las et. sur Bomilcar, 27 la; sur l'époque à ces îles pour Carthage, 133 l).
laquelle Carthage commença à avoir des Eryx, ville située sur la montagne de ce
relations avec les îles Baléares, 133 b; sur nom, d'origine phénicieune, 133 a; prise
l'état ‘de l'agriculture chez les carthaginois, par Amilcar, {.0 b; le consul Junius s'y
135 a; sur la statué de Saturne, 146 a. ménage des intelligences et s’en rend ainsi
Diogèue, général carthaginois , est rain maître, 59 b; Amilcar Barca l'emporte
cu par Scipion qui l'attaque dans son camp d'assaut; cette montagne est, pendant deux
de Néphéris, 124 a, l). ans, le théâtre de la guerre,- quelques corps
11' Livraison. (tîsnwson). il
162 TABLE DES MATIÈRES
de l'armée d'Amilcar tentent de la livrer sont établis par Denys le Tyran sur le ter
aux Romains, 6: a, 62 a; tombe au pou ritoire de Syracuse, 9 b.
voir des Romains après la victoire rem Gélon, maître de Syracuse, remporte une
portée par Lutatius, 64 b. victoire signalée sur Amilcar qui assiégeait
Eschrion, un des lieutenants d'Archa Hymère, 6 a, b; tente en vain de mettre un
gathe, est chargé par lui de défendre les terme à l'immolation des victimes humaines,
provinces _de l'intérieur de l'Afrique; il 139 b; le traité qu'il lit avec Carthage deÏ
périt dans une embuscade dressée par Han vait y être déposé dans un temple, x46 b.
non , 28 a, b. Giscon, fils d'Amilcar, est banni de Car
Espagne. Les Phéniciens y fondèrent les thage, et périt de misére'à Sélinonte, 6 b.
premiers des établissements, entre autres Giscon , gouverneur de Lilybée, la pre
Gadès; Carthage ne pénètre dans l'intérieur mière guerre punique étant terminée, fait
qu'après qu'elle a perdu la Sicile, la Corse partir séparément pour l'Afrique les divers
et la Sardaigne; quels avantages elle en corps de l'armée de Sicile, 65 a.
retire, 133 b, 134 a; Amilcar y délivre Gordien, proconsul à Carthage, y reçoit
Cadix de ses ennemis, et y commande les le titre d'empereur; il est vaincu par Capel
armées carthaginoises pendant neuf ans, lien et met lin à ses jours, 152 a, 1); son
78 a , b. (Voyez Amilcar Barca; Aunibal, fils est tué dans le combat; son petit-fils,
son fils; deuxième guerre punique.) après un règne bien court, périt d'une mort
Espagntfls, servent comme mercenaires violente, ibid.
sous Anni al fils de Giscon , 7 b; de même Gracchus , défait Hannon , lieutenant
dans les rangs des Carthaginois pour la d'AnnibaI, 86 a.
défense d'Agrigente assiégée par les Ro Grecs, fournissent des mercenaires aux
mains , 35 b. Carthaginois, 45' b; tentent en vain de met
Étrusques joints aux Carthaginois, rem tre un terme à l'immolation des victimes
portent une victoire navale sur les Phoo humaines, 139 b.
céens, et les expulsent de l'île de Cyrne (la Guerre de Libye ou contre les merce
Corse), 3 b. nairesJCauses de cette guerre, 65 a, b; ils
Eumachus, un des lieutenants d'Archa marchent sur Carthage et campent Si Tu
gathe, est vaincu par Imilcon, 28 b. nis, 65 b, 66 b;'excilés par deux séditieux,
Eusèbe, cité sur les fondateurs présumés Spendius et Mathos, ils chargent de fers
de Carthage, 1 b. Giscon et ses compagnons, et mettent le
Eutrope, cité sur le motif de l'évacua siège devant Utique et Hippone, 67 a, 68 b;
tion de Clypéa par les Romains, 48 s. sont vaincus par Hannon, profitent de sa
négligence et le battent à leur tour, 69 b,
F. 70 a; sont défaits par Amilcar, 70 a, 7: b;
Fabius, consul, s'em are d'une île dans il les bat de nouveau et tente de terminer
laquelle il établit ses mac ines pour le siège la guerre, 71 b, 72 b; Spendius et Mathos
de Drépane, 60 a, b. la rallument en faisant mourir Giscon et les
Femmes, tl-availlent dans les temples, à prisonniers carthaginois, 73 a, 74 b ; ils as
Carthage, pour la fabrication des armes, sa siégent Carthage, éprouvent toutes les hor
crifient leurs cheveux pour faire des cor reurs de la famine; leurs chefs, d'après un
dages, 109 b; fin désespérée de la femme traité, sont retenus“par Amilcar, les révol
d'Asdrubal, (27 a. tés courent aux armes, Amilcar les exter
Festus Aviénus. On a de lui des frag mine, 75 a, 76 b; il fait le siège de Tunis;
ments où il parle du péri le d'Imilcon sur Aunibal son lieutenant y est pris et mis en
la côte occidentale de l’A ique, 134 a, b. croix par les rebelles, 76 b, 77 a; Hannon
Florus, consul romain, s'oppose en Sicile est adjoint à Amilcar; ils oublient leurs que
aux progrès d’Amilcar. relles et remportent une victoire décisive,
assiégent et soumettent Utique et Hippone,
G. 77 a, b.‘ n
Gaulois, servent comme mercenaires dans Guerres puniques. Causes de la premiere,
les rangs des Carthaginois, 35 a. 32 b, 33 a; défaite des Carthaginois et
Gaulos, petite île de la Méditerranée, ser rise de Messine; Syracuse est assiégée par
vait aux Carthaginois de station pour leur es Romains, 33 a, 34 a; rapidité de leurs
commerce, 133 b. progrès, font un traité d'alliance avec Hié
Géla, prise par Imilcon; les habitants en ron, 34 b, 35 a; assiégent Agrigente, rem
CONTENUES DANS CARTHAGE. 163
ponent la victoire sttr Annibal qui était sieurs corps de mercenaires, 61 a, 62 a; les
dans la place, et sur Hannon qui venait la Romains equipent une nouvelle flotte, sont
secourir; ils s'emparent de la ville, 35, a, vainqueurs près des îles Égates; un traité
37 a; les carthaginois recouvrent un grand de paix termine la guerre, 62 a, 6/; b.
nombre de villes maritimes; les Romains Deuxième guerre punique. Causes de cette
construisent une flotte; Cornélius est fait guerre, 80 a. b, 81 a; ruine de Sagonte par
prisonnier et conduit à Carthage, 37 a, b; Annibal; Fabius, dans le sénat de Carthage,
victoire navale de Duilius, ses succès en offre la paix ou la guerre, 81 a, b; Annibal
Sicile, 37 b, 39 a; suites fâcheuses de la dis entre dans les Gaules, franchit les Alpes,
sension entre les légions et les auxiliaires, entre en Italie, 82 a, b; remporte un avan
39 a, b; Annibal, à la tête d'une nouvelle tage sur les bords du Tèsin; le consul Sci
flotte, passe dans la Sardaigne; Cornélius pion y est blessé; Sempronius, qui s'était
Scipio s’empap d'abord de la Corse, puis emparé de Malte , vient au secours de son
détruit dans un des ports de la Sardaigne la collègue, il essuie une défaite sur les bords
plus grande partie de la flotte d'Annibal; il de la Trébie; les Gaulois dans la Cisalpine
défait ensuite Hannon et soumet toutes les prennent arti pour Annibal; il gagne l'E
villes de cette île; le consul Florus arrête trurie et al le consul Flalniuius sur les
les progrès d’A milcar, 39 b, 40 b; les Ro bords du lac Trasimène; le consul Fabius
mains marchent sur Camarine, s’engagent l'arrête; mais bientôt les consuls Paul Émile
témérairement dans des défilés, sont sauvés et Varron essuient près de Cannes une
par le dévouement de quatre cents hommes cruelle défaite, 82 b, 83 b; cependant An
d'élite et du tribun M. Calpurnius Flamma: nibal échoue devant Naples, mais Capoue
ils s'emparent de Camarine et de plusieurs lui ouvre ses portes; Magon son frère, se
autres villcs,essuient un échec sous les murs rend à Carthage et demande des secours,
de Lipari, 40 b, [.1 b; remportent une on lui en accorde d'insnflisants, 84 a, 85 b;
grande victoire navale près du mont Ec Rome lui oppose le consul Marccllus; il se
nome, la b, 43 b; abordent en Afrique et rend maître de plusieurs villes; mais son
y assirgent Clypéa, s'en emparent et la for lieutenant Hannon ayant perdu seize mille
tifient, 43 b; assiégent Adis, et défont les hommes, il n'espère plus se maintenir dans
(‘.artliaginois devant cette place, prennent l'ltalie centrale, 86 a; fait alliance avec
Tunis et y établissent un camp, [,4 b, 45 a; Philippe, roi de Macédoine, 86 a, 87 b; va
négociations infructueuses, ibid.; Xanthippe jusque sous une des portes de Rome, ré.
de Lacéde'mone reçoit le commandement trograde , mais ne peut empêcher la prise
de l'armée des carthaginois, et remporte de (‘.apone par les Romains, 87 b, 88 a; les
sur les Romains une victoire signalée; Ré Carthaginois font de nouveaux efforts pour
gulus est fait prisonnier, 45 b, 47 a; la recouvrer la Sicile, la perdent sans retour,
flotte romaine est détruite , en grande par 88 l), 89 a; ils éprouvent en Espagne des
tie, par une tempête, 48 a; les carthaginois revers continuels; ils perdent Cartltagène,
s'emparent d'Agrigente et la ruinent entiè leur trésor et leur arsenal; cependant As
rement, ibid.; prise de Palerme par les Ro drubal pénètre en Italie, 89 a, 90 b; son
mains, 48 b; ils perdent dans une tempête, armée y est exterminée, il périt dans le com
près de Palinure, un grand nombre de vais bat; I’Espague entière, après la prise de
seaux, 49 a; les carthaginois envoient de Gades, est sous la domination romaine,
nouvelles forces en Sicile, 49 b; essuient 90 b, 91 a; Annibal et Magon sont rappe
une sanglante défaite devangPalerme, 50 a, les en Afrique; Scipion Utique, il
1); ils envoient Régulus à Rome pour né surprend Asdrubal et Syphax, détruit la
gocier la paix; son opinion prononcée dans dernière armée de Carthage, 91 b, 92 b;
le sénat, son retour ‘a Carthage, où il subit Annibal est vaincu à Zama, conseille à ses
une mort cruelle, 50 b, 52 a; les Romains concitoyens de demander la paix, Scipion
assiégent Lilybée, longue résistance de cette en dicte les conditions, accroît la puissance
place, 52 a, 59 a; les Romains perdent leurs de Massinissa, 93 b, 96 b.
deux flottes par la tempête, 59 a; le consul Troisième guerre punique. Les consuls
.lunius s'empare de la ville d'Eryx, ibid.; Manilius et Censorinus assiégent Carthage;
Amilcar Barca s'empare d’Ercté et s'y main Manilius est attaqué dans ses retr