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Les Annales de la recherche

urbaine

Les entreprises et le logement. Nouveaux rapports salariaux et


métropolisation
François Ascher

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Ascher François. Les entreprises et le logement. Nouveaux rapports salariaux et métropolisation. In: Les Annales de la
recherche urbaine, N°64, 1994. Parcours et positions. pp. 103-108;

doi : 10.3406/aru.1994.1827

http://www.persee.fr/doc/aru_0180-930x_1994_num_64_1_1827

Document généré le 26/06/2017


Zusammenfassung
Die Unternehmen und der Wohnraum.
Neue Arbeitsverhältnisse und Metropolisierung
Die einst in der urbanistischen Forschung oft gestellte Frage nach den Beziehungen zwischen
Wohnraum, Arbeit und Arbeitsplatz fällt heute oft unter den Tisch. Das Unternehmen der
nachfordschen Ära interessiert sich nicht mehr für die Wohnstelle seiner zur Mobilität gezwungenen
Beschäftigten. Dieses Desinteresse steigert die Gefahr von Segregationstendenzen in der Stadt.

Résumé
La problématique des relations entre le logement, le travail et l'emploi, qui occupait auparavant la
recherche urbaine, est moins présente aujourd'hui. L'entreprise postfordienne se désintéresse de
l'habitat de ses salariés livrés à la mobilité. Pourtant, ce désengagement risque d'accroître la
ségrégation urbaine.

Abstract
Companies and housing : new relationships to salaries and «metropolisation»
The problem of the relationship between housing, work and jobs, with which urban research was
formerly preoccupied, is less present today. Post-Fordian companies are less interested in their mobile
employees housing conditions. But this disinterest runs the risk of increasing urban segregation.

Resumen
Las empresas y la vivienda : nuevas relaciones salariales y metropolización
La problemática de las relaciones entre la vivienda, el trajajo y el empleo, que anteriormente
interesaba a la investigación urbana, se encuentra menos présente hoy en día. La empresa post-
fordiana deja de interesarse en el hábitat de sus empleados, víctimas de la movilidad. Esta actitud sin
embargo corre el riesgo de agravar la segregación urbana.
Les entreprises et le logement

NOUVEAUX RAPPORTS SALARIAUX ET MÉTROPOLISATION

François Ascher

1 fut un temps où de nombreuses entreprises lorsqu'une pénurie localisée de logements


1

recherches abordaient le logement comme une «compo¬ entraîne des phénomènes de hausse des prix et des spécu¬
sante de la reproduction de la force de travail» et ten¬ lations
ché local
qui,duentravail
pesant ou
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perturbent le? mar¬
Ces
taient d'analyser comment les capitalistes industriels fai¬
saient pour en minorer le coût et pour limiter la ponction conflits ont été étudiés pour le XIXe siècle (Guerrand,
opérée par la propriété foncière et immobilière sur la Topalov) et pour certaines agglomérations dans les
plus-value sociale. Comment les entreprises font-elles au années soixante-dix ; mais on les connaît mal de nos
niveau micro-économique pour que le logement ne pèse jours à l'exception de quelques études sur les «marchés
pas trop sur les salaires, et éventuellement à une échelle
plus macro-économique pour que l'immobilier
n'absorbe pas une part croissante du PIB et ne draine pas
trop de capitaux ?
Ces questions méritent d'être posées lorsqu'on considère
que le logement et les charges qui y sont liées représentent
une part croissante de la consommation : 14,6 % du budget
des ménages en 1970, 18,8 % en 1988 (17,9 en moyenne
pour les pays de l'Union Européenne)1. Les entreprises
développent-elles des systèmes spécifiques pour limiter le
poids du logement sur leurs salariés, et donc sur les
salaires qu'elles distribuent ? Ou bien s'en remettent-elles
aux politiques publiques, aux organismes de logement
social, aux comités interprofessionnels de logement ? Ces
questions avaient été étudiées autrefois notamment par
Guerrand (1968), Magri (1972) Cornuel et Duriez (1972).
Elles avaient mis en évidence l'intérêt des entreprises
entre autres pour le développement de diverses formules
CréteiL Port-Marquise. Arch. Marguerite Baczko (Groupe OCIL).
de financement public du logement «social» et la création
d'instruments collectifs patronaux ou paritaires. Qu'en
est-il de nos jours ? Dans quelle mesure les entreprises tendus» (dans les villes en croissance rapide, car il en
s'intéressent-elles toujours aux HLM et à l'attribution de reste !). Certes des chercheurs travaillent sur les «mar¬
leurs logements ? Que sont devenus les CIL ? Comment chés locaux de l'habitat» (en particulier au sein du réseau
fonctionnent-ils alors que leurs ressources sont de moins «socio-économie de l'habitat»), mais à ma connaissance,
en moins issues de la collecte de la «participation des dans ces recherches, les entreprises apparaissent généra¬
employeurs à l'effort de construction» et proviennent de lement peu en tant qu'employeurs.
plus en plus
blement leurdes
autonomie
remboursements,
? ce qui accroît considéra¬ Cette question devrait aussi être analysée à une échelle
macro-économique ; cela permettrait peut-être de

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Les Annales de la Recherche Urbaine n° 64, 0180-930-1X-94I641 10316 © METT

PARCOURS ET POSITIONS 102-103


Les entreprises et le logement

s'interroger sur le retour du primat de la construction au cifiques pour articuler besoins en main d'œuvre et offre
détriment de l'habitat dans la définition de la politique de logement ? Tient-il compte de besoins spécifiques en
étatique (la ligne bleue des mises en chantier), et sur les main d'œuvre lorsqu'il répartit les aides publiques au
tensions à propos du taux d'intérêt servi par les Caisses niveaux national, régional ou départemental ?
d'Épargne qui illustre les oppositions entre les représen¬ Autrement dit, quels chapitres contemporains pourrait-
on écrire pour actualiser les analyses du type de celles de
tants
Finances)
la construction
du «capital
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représentants
industriel
ministèreetdufinancier»
duLogement)2.
capital immobilier
(le ministèreetdes
de S. Magri (en région parisienne à la fin du XIXe), de
M. Castells et F. Godard (Monopoleville) ?

Logement et localisation des entreprises Le logement,

La
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mobi¬
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COUT DE RÉSERVATIOND'UN LOGEMENT DANS UNE OPÉRATION (EN FRANCS) (SOURCE : CREP)

Localisation

Province Région parisienne France entière


1990 1992 1990 1992 1990 1992
Construction neuve 91400 106700 227 300 258 200 117900 119900

Acquisition- 77 300 94700 252100 122400 94700


réhabilitation
Acquisition seule 106400 83 400 106400 83400
Réhabilitation- 98 600 58 900 272000 100 100 58 900
amélioration

En 1 992, la PEEC a permis la réservation de 4 1 700 logements dans 5 090 opérations totalisant 1 99 700 logements.
80 % des logements réservés l'ont été dans le programme aidé lui-même (99 % en région parisienne, 78 % en province).
La grande majorité de ces réservations est de longue durée. La durée de ces réservations en droit de suite est proche de 26 ans dans les opérations de construction
neuve.
En 1992, le financement PEEC a permis en moyenne d'accorder des prêts pour les constructions neuves à 2,8 % sur 29,8 ans avec dans 98,2 % des cas un différé
de 9 ans.
Le prix de revient moyen des logements neufs construits avec une contribution de la PEEC était en forte augmentation en 1992 (+ 15 % par rapport à 1990) et
s'élevait à 742 000 francs à Paris et 440 000 francs en province. Le loyer annuel au m2 de surface habitable dans ces constructions neuves est de 530 francs à Paris,
350 francs en province.
Un tiers de la collecte est réalisée par les 10 CIL les plus importants. 9 d'entre eux sont installés à Paris intra-muros, un seul étant en province, à Lyon.

LES ANNALES DE LA RECHERCHE URBAINE N° 64 p. 104


bassin
une manière
d'habitat,
d'étudier
ce qui laestformation
dans certains
et l'évolution
cas d'ailleurs
des Les entreprises dynamiques
zones métropolitaines. Y a-t-il ainsi des liens entre les
formes d'urbanisation, les types d'habitat, les systèmes
de transports et les efforts des entreprises pour mobiliser n'ont
Pour
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! latraditionnelles
nouveaux
question
qualifiés,principale
établisse¬
et ceux-
à qui
et maîtriser leur emploi ? De toute évidence ces ques¬
tions se posent de façon différente de nos jours, dans le
contexte des nouvelles formes d'organisation des entre¬
prises, et des dynamiques métropolitaines.
Des facteurs divers expliquent probablement que nous
disposions de peu de recherches contemporaines sur ces
sujets, à l'exception peut-être d'études monogra¬
phiques.
Très certainement la crise du marxisme explique en par¬
tie l'affaiblissement des interrogations sur les relations
entre le logement, le travail et l'emploi. Peut-être aussi
n'y a-t-il plus eu du côté des pouvoirs publics de com¬
mandes de recherche sur cette thématique ?
Mais peut-être également les entreprises elles-mêmes
ont-elles eu tendance à évacuer les problématiques en
termes de logement ?
m
Le point de vue métropolitain

Paris, rue des Petites Écuries (PIA), Groupe OCIL.

2. Notons que la FBCF logement qui représentait en 1 985, 5,5 % du PIB, n'en
représente plus en 1991 que 5,1 %. Mais, nous l'avons souligné précédem¬
ment, la dépense logement des ménages a augmenté plus vite que les autres
consommations ; parallèlement les loyers ont augmenté plus vite (indice 226
en 1 992, base 1 00 en 1 980), tant que le coût de la construction (indice 1 98)
que les prix à la consommation (1 94).
3. En 1 955 il y avait 2,3 millions de ménages logés gratuitement, c'est-à-dire
logés par des parents et amis ou par leurs employeurs. En 1 988, ils n'étaient
plus que 1,85 millions.
4. Le système du 1 %, c'est-à-dire la participation des employeurs à l'effort de
construction (PEEC), est né de l'initiative privée d'entreprises qui, en juillet
1 943, ont créé le premier «comité interprofessionnel du logement» (CIL) à
Roubaix-Tourcoing. Dès la fin de la seconde guerre, d'autres CIL sont mis en
place ; ils sont 1 30 en 1 952. La participation des employeurs à l'effort de
construction est alors rendue obligatoire (décret-loi d'août 1 953) et repré¬
et
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ment réduit ce taux de 1 à 0,45 %, arguant de la baisse de la pression des

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3/4
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Notons enfin que le « 1 %» logement représente 5,5 % du total des aides au


logement (contre 24,3 % pour les aides budgétaires directes, 42,3 pour les
aides personnelles et 27,9 % pour les dépenses fiscales). Son poids relatif total
diminue puisqu'il était de 9,6 % en 1 980.
5. Néanmoins la PEEC a permis en 1 992 la réservation de 41 700 logements
(pour moitié des logements neufs) dans 5 090 opérations totalisant 1 99 700
logements. Plus des 2/3 des opérations de constructions ont donc utilisé les
ressources du 1 %, ce qui souligne le rôle important de ce financement com¬
plémentaire qui représente en moyenne 1 1 % du financement total, mais qui
offre des conditions particulièrement avantageuses pour les constructeurs.

PARCOURS ET POSITIONS 104-105


Les entreprises et le logement

sont destinés les logements «sociaux». Il s'agit là d'une directement


sieurs raisons.
au logement de leurs salariés. Et ce pour plu¬
différence essentielle avec la situation des années
soixante/soixante-dix, période d'industrialisation de L'une est de nature structurelle. Il s'agit du développe¬
type fordien, nécessitant l'emploi d'ouvriers spécialisés ment du travail féminin salarié. Autrefois, lorsqu'un
correspondant largement aux logements visés alors par ménage était lié par un seul de ses membres à une entre¬
les financements de type HLM. prise, on pouvait imaginer une solution fonctionnelle
Les entreprises n'ont ainsi plus beaucoup de raisons de simple : le logement pouvait être situé à proximité de
s'intéresser par exemple aux sociétés anonymes de l'entreprise ou sur un axe de communication commode
HLM, à la création desquelles beaucoup avaient parti¬ pour assurer la relation travail-habitat.
cipé au début des années cinquante. Avec le développement de la bi-activité salariée il
Notons qu'il s'agit là de la fin d'un principe assez keyné- n'existe plus, sauf exception, de solutions fonction¬
sien de développement puisque la construction de loge¬ nelles simples,
centrales ou aux sinon
nœudslesd'interconnexions
localisations résidentielles
des réseaux
ments sociaux faisait alors d'une pierre trois coups : elle
développait la consommation de couches sociales à forte de transports. Or la localisation de ces logements cen¬
élasticité de consommation (donc avec un bon effet mul¬ traux est par définition banale, c'est-à-dire qu'elle per¬
tiplicateur) ; elle faisait tourner le BTP, secteur où la met à leurs habitants de travailler pratiquement
valeur ajoutée est importante (donc réputé créateur de n'importe où dans une aire métropolitaine, privant
beaucoup d'emplois) et secteur employant des salariés l'entreprise d'un des intérêts majeurs d'une éventuelle
également à forte élasticité de consommation («quand le politique de logement. A cela s'ajoute le coût de ces
bâtiment va, tout va» !) ; enfin ces logements étaient logements centraux. . .
directement utiles pour les industries qui avaient
d'importants besoins en main d'oeuvre.

De la fixation de la main d'œuvre


à sa mobilité... 6.1 975
etdonnées
croissance
6,2 1 L'accroissement
992
millions
et du
1 : 985
par
des
taux
enou
exemple
flux
1991.
deplusannuels
renouvellement
degénéralement
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mobilité
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duprofessionnelle
l'augmentation
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entreprises,
durée
4,9
1 2 àmillions
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20dans
%ouentre
enencore
diverses
1 982
1entre
982laà

Si les logements
entreprises,
ressent
cadres
semble-t-il.
alors
et techniciens.
on
à d'autres
pourrait
pourtypes
imaginer
Le
ouvriers
font-elles
de logement,
que
préoccupent
les? entreprises
Peu
pouretloger
moins
rarement
s'inté¬
leurs
les Quant à la mobilité résidentielle qui avait augmenté sensiblement jusqu'aux
années soixante-soixante-dix, elle tend à décroître depuis une quinzaine
d'années.

Taux annuels instantanés de migrations internes pour 1 000 habitants


On peut faire diverses hypothèses pour expliquer ce relatif
désintéressement. changement
de changement
de changement
de changement
de
Tout d'abord, les entreprises ne souhaitent probablement logement commune département région
pas comme autrefois «attacher» leurs salariés à l'entre¬
prise. Au contraire, dans une période de mutations tech- 1954-1962 48,7 20,0 13,3
nico-économiques, et dans bien des cas de crise, le pro¬ 1962-1968 53,4 25,1 15,1
1968-1975 97,4 65 29,0 17,9
blème des entreprises est plus de garder les mains libres 1975-1982 94,4 58,5 26,5 16,5
vis-à-vis de leurs salariés, que d'essayer de les rendre cap¬ 1982-1990 85,6 55,6 25,8 16,2
tifs6. (C'est la fameuse crise des «rapports salariaux for-
diens») Source : Bacciani, B., Courgeau, D., Desplanques, G. (1 993) Les migrations
:

Dans cet esprit, elles cherchent à «externaliser» la ques¬ internes


rieures» (Populations,
en France den°1 982
6, 1 993,
à 1 990.
pp. 1Comparaison
771 -1 790) avec les périodes anté¬
tion du logement (autrement dit à se défausser) : aux sala¬
riés le soin de trouver un logement ou un crédit ; et s'il faut Cette baisse ne concerne pas de la même façon toutes la catégories sociales et
leur apporter une aide, elles préfèrent que ce soit sous des ses causes
ment
par laestrigidification
probablement
sont multiples
des unmarchés
: facteur
la croissance
duimportant,
logement,
de larenforcé
lapropriété
chertédans
desindividuelle
la période
crédits etc.durécente
loge¬
formes qui engagent le moins possible l'entreprise sur le
long terme7. Ici aussi la métropole joue comme une «assu¬ Sur la question de la mobilité résidentielle, on peut se reporter notamment aux
rance-risque» pour les entreprises (Veltz 1993). Quitte Annales de la Recherche Urbaine, n° 59-60, juin-septembre 1 993.
d'ailleurs à payer plus cher une main d'œuvre qui doit 7.séesOndans
assiste
l'accompagnement
par exemple au dedéveloppement
la mobilité desde salariés.
sociétés Certaines
de servicesont
spéciali¬
liées
trouver un logement sur le marché normal, l'entreprise
préfère garder les mains libres. à de grands collecteurs de 1 %.
Ces entreprises ont des tâches multiples qui vont de la préparation «sociale»
et psychologique» des mouvements géographiques de personnels, à l'aide
pratique aux ménages, pour trouver un logement, assurer les démarches
Une conséquence administratives etc. Ainsi la société «Entreprise et mobilité» est une émanation
du groupe
francs par an,
Aipal,s'appuyant
organismesurcollecteur
«un réseaudu de1 %1 0gérant
000 consultants
près de 500enmillions
Francedeet
de la
On
les peut
entreprises
bi-activité
imaginerauraient
aussi
du que,
couple
des même
difficultés
si ellesà les'intéresser
voulaient, deplus3 de50035en000
Europe»,
logements
et utilisant
(G. Briand,
éventuellement
1 992). le parc du groupe qui compte

LES ANNALES DE LA RECHERCHE URBAINE N° 64 p. 106


Le coût dissuasif cela les déresponsabilise aussi en matière d'habitat, la
zone métropolitaine étant supposée procurer globalement
du logement métropolitain résidence et moyens de déplacements à leurs salariés.

La modification du statut du logement

Les
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l'habitat.
Dans
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mettre
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logement
plus
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gestion
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prix
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en
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l'habitat
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l'avons
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en
pour
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des
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conditions,
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foot-lose,
des
sedépensent
logements
ilmain
pour
intervenir.
vuun
de
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trois
loger,
nepatrimoine
des
précédemment,
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leurs
peut
les
d'oeuvre.
fois
une
conditions
etmoyens
non
régresse.
directeurs
les
non
leplus
de
salariés,
plus
dans
certaine
Mais,
logement
compris
nos
entreprises
seulement
véritablement
àimmobilier
qu'au
Illes
significatifs.
jours
un
nous
De
leurs
n'est
des
mais
mesure
le
zones
nombre
fait
divers
début
des
relations
1près
l'avons
actifs
qu'exceptionnelle¬
hésitent
%les
préfèrent
ne
salariés.
ou
métropolitaines
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9. Perrinjaquet R. (1 993), «Chez soi en ville. Vers une périphérie du futur»,


pp. 285-1 97, in Architecture et Comportement, vol. 9, n° 3.

RHAPSODIE 106-107
Les entreprises et le logement

construction relativement stable dans les villes des d'épargne plus élevé ; elles n'ont pas de maîtrise des
«trente glorieuses», le «régime fordien», qui est transfor¬ espaces urbains et s'y adaptent plus ou moins bien, le
mation. rapport à l'emploi jouant un rôle déterminant.
Pour engager la réflexion sur les dimensions urbaines de ces Les couches sociales marginalisées sont très largement
nouveaux dispositifs, il faut en revenir à la crise du «rapport en dehors de tout rapport salarial, et plutôt dans un rap¬
salarial fordien», et faire quelques hypothèses sur les nou¬ port assistanciel aux pouvoirs publics ; ces couches sont
veaux rapports qui s'ébauchent. Trop vaste programme ! pratiquement «assignées à résidence» et leur espace
On peut néanmoins considérer que très globalement trois urbain tend à se rétracter sur leur quartier. . . en crise.
situations dominent (et non pas deux comme le thème de Une telle différenciation sociale10 participe à la crise des
la «société duale» le laisse parfois entendre) : la stabilité dispositifs actuels de régulation, et nécessite la redéfini¬
socioprofessionnelle ; la fragilité ; la marginalisation. tion des objectifs et des moyens des politiques publiques
Les couches sociales «stables», travaillent tant dans le et urbaines, locales et nationales. Ceux-ci s'ébauchent
public que le privé ; elles ne sont pas, ou pas directement probablement dans certaines villes, dans certains pays.
concernées par la précarisation de l'emploi et très peu Mais la recherche urbaine s'est surtout intéressée en la
par la crise du welfare state (elles ont moins besoin de matière, ces dernières années, aux couches «marginali¬
protection ou ont des moyens propres de se protéger) ; sées» ; c'est justice en regard de leurs difficultés et de
ces couches s'inscrivent dans un rapport salarial néo-for- leur importance dans l'absolu (de l'ordre de 3 millions de
dien ; le travail reste leur mode d'intégration, mais elles personnes11) ; mais elles ne représentent qu'une petite
prennent leurs distances vis-à-vis de l'entreprise ; elles partie de la société française (6 % ?), et l'on ferait peut-
ont une capacité «stratégique» et le logement joue dans être bien, pour comprendre ce qui se passe, d'étudier plus
leurs stratégies un rôle de plus en plus important ; elles les autres groupes sociaux que la recherche a peut-être
sont généralement propriétaires d'un ou plusieurs loge¬ négligés un peu ces derniers temps. ■
ment ; ce sont des couches sociales qui ont une certaine François Ascher
maîtrise de l'espace urbain, y compris dans les métro¬
poles ; elles tendent fréquemment à se localiser dans les
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de communication.
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3e
Les couches sociales «fragiles», sont définies par l'insta¬
bilité de leur emploi, les menaces qui pèsent sur leur sta¬
tut social, et par leurs revenus modestes qui ne leur per¬ 1 1 Selon les travaux du CERC, op. cit., qui convergent avec les estimations de
mettent pas de compenser l'affaiblissement des diverses l'INSEE et de la délégation interministérielle à la ville. (Certes les données
.

protections sociales ; elles sont dans un rapport salarial publiées dans INSEE Première, n° 234, décembre 1 992, portant sur un peu
dit «concurrentiel» ou «pré-fordien» ; ces couches plus de 500 quartiers
marginalisée, mais ce déficit
prioritaires,
est compensé
ne comprennent
par la comptabilisation
pas toute la de
population
toute la
sociales ont peu de capacité stratégique, ont un taux population de ces quartiers alors qu'elle n'est pas marginalisée en totalité).

BIBLIOGRAPHIE SUCCINCTE

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Huegas-Darraspen H., «le 1 % écartelé : efficacité ou dilution ?» l'entreprise, Editions de l'Aube, 1993.

François Ascher, économiste, est professeur à l'Institut Français d' Urbanisme à l' Université Paris VIII et conseiller scientifique du
Plan Construction et Architecture au Ministère du Logement

LES ANNALES DE LA RECHERCHE URBAINE N° 64 p. 108