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Revue d'histoire de la pharmacie

Un traité des simples du XIIe siècle traduit par Arnaud de Villeneuve


: Pedro Vernia Martinez, « Tratado de los medicamentos simples -
Abu-S-Salt Umayya (1068-1134) »
Joëlle Ricordel

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Ricordel Joëlle. Un traité des simples du XIIe siècle traduit par Arnaud de Villeneuve : Pedro Vernia Martinez, « Tratado de los
medicamentos simples - Abu-S-Salt Umayya (1068-1134) ». In: Revue d'histoire de la pharmacie, 88ᵉ année, n°326, 2000. pp.
296-298.

http://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_2000_num_88_326_5102_t1_0296_0000_4

Document généré le 29/09/2015


296 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE

La déontologie pharmaceutique hier et aujourd'hui

Valverde (José Luis), Arrebola Nacle (Pilar), Estudios de ética farmacèutica,


Madrid, Doce Calles, 1999, 265 p., 24 x 16 cm.

Ce volume rassemble des publications jusqu'alors dispersées parues depuis une


douzaine d'années et conçues sous l'égide de la Chaire d'histoire de la pharmacie et
de législation pharmaceutique de l'Université de Grenade, brillamment occupée par
le Pr Valverde. Plusieurs d'entre elles sont cosignées de feu le Pr D. Martin Castilla.
Toutes ont conservé leur actualité. Une grande place y est réservée à la déontologie
sur le plan international, dans la Communauté européenne principalement.
L'essentiel en porte toutefois sur l'Espagne. Mais on peut dire qu'aucun aspect du
sujet n'échappe aux auteurs, des fondements et principes de la déontologie à son
application dans les diverses branches de la pharmacie et à son enseignement. Et,
comme il convient, l'histoire n'est pas négligée. Ainsi, Valverde et Arrebola Nacle
consacrent deux articles complémentaires aux conceptions éthiques, du code
d'Hammourabi au Moyen Âge, en passant par Esculape, Hippocrate ou le
christianisme primitif. Pour la période moderne, le second des deux auteurs donne une
esquisse du développement historique de la déontologie pharmaceutique en Espagne.

Pierre Julien

II
Des origines à la Renaissance

Un traité des simples du XIIe siècle traduit par Arnaud de


Villeneuve

Vernia Martinez (Pedro), « Tratado de los medicamentos simples - Abu-S-Salt


Umayya (1068-1134) », Valencia, 1999, 183 p. .

Publié à l'occasion du centenaire du Collège de pharmaciens de la région


levantine d' Alicante, ce bel ouvrage de vulgarisation est diffusé principalement dans le
milieu professionnel pharmaceutique : le but de l'auteur est d'éveiller l'intérêt des
non-spécialistes pour les textes anciens et de faire connaître le degré d'évolution des
sciences pharmaceutiques arabo-musulmanes à travers l'uvre pharmacologique
d'un enfant du pays.
Passionné d'histoire médiévale, Pedro Vernia a déjà publié une « Histoire de la
pharmacie valencienne du XIIe au XVIIIe siècles » *.

1. P. Vernia, « Historia de la farmacia valenciana - Siglos XII al XVm », Del Cenia al Segura, Valencia,
1990, ouvrage analysé dans Rev. Hist. Pharm., n° 295, 4e trim., 1992, p. 485-486.
LE MOUVEMENT HISTORIQUE 297

Son nouveau livre comprend trois parties. La première est consacrée à la vie
d'Abû al-Salt. Originaire de Dénia, cet auteur arabe au savoir encyclopédique doit
quitter sa patrie andalouse en proie à des troubles politiques et sociaux. Il s'exile au
Caire. D'abord en faveur auprès du souverain fatimide, il perd son soutien et est
emprisonné pour plusieurs années. En 1113, il se réfugie à Mahdiya, en Tunisie, où
le dernier prince ziride le prend sous sa protection et où il meurt en 1 134. C'est
vraisemblablement pendant son séjour dans les geôles égyptiennes qu'il a rédigé, sans
doute un peu avant 1112, un « traité sur les simples » dans la tradition galénique et
arabo-musulmane.
La seconde partie de l'ouvrage de P. Vemia évoque la personnalité d'Arnaud de
Villeneuve, né en 1240, probablement à Valence, médecin du pape Clément V et
maître à l'Université de Montpellier.
Le lien entre les deux personnages est « le traité des simples ». Arabisant, Arnaud
en a, en effet, donné une traduction qui compte parmi ses premiers travaux sur la
médecine. U défendra des théories sur les degrés et sur les médicaments composés
directement inspirées de celles du médecin philosophe arabe Al-Kindî dont les
ouvrages circulaient dans Al-Andalus musulman et dont certains furent traduits par
Gérard de Crémone. Pedro Vernia émet l'hypothèse que le premier contact d'Arnaud
avec ces principes fondamentaux ait eu heu à travers le traité des simples d'Abû
allait.
La traduction du texte du « traité des simples » constitue la troisième partie,
novatrice, de l'ouvrage de P. Vernia. Ce traité comprend une introduction théorique qui
dans sa forme actuelle ne permet pas de définir clairement les conceptions du phar-
macologue et de le rattacher à al-Kindî. Non arabisant, P. Vernia a dû faire appel à
un traducteur libanais, aujourd'hui décédé, et le manuscrit défectueux qui a servi de
base à cette étude a contraint l'auteur à laisser en blanc quelques membres de phrase,
ce qui limite la compréhension de cette partie introductive.
P. Vernia envisage d'entreprendre, avec l'aide d'un arabisant, une édition critique
à partir des neuf manuscrits existants du « traité des simples » d'Abû al-Salt ainsi
qu'une nouvelle traduction.
La partie pratique du manuel comprend vingt chapitres. Les cinq premiers sont
consacrés aux médicaments purgatifs des quatre humeurs - sang, phlegme, bile
jaune et bile noire - et à ceux capables d'évacuer plus d'une humeur. La suite des
chapitres s'organise par référence aux différentes parties du corps humain. Les
médicaments simples spécifiques du traitement de leurs affections sont énumérés.
Les degrés de qualité, les effets et le mode d'utilisation et parfois la dose efficace
sont précisés pour chacun d'entre eux. Les substances mentionnées appartiennent
aux trois règnes végétal, animal et minéral. Les rubriques sont généralement courtes
et claires. C'est un manuel qui, pour le thérapeute d'alors, se présente comme un
instrument de travail d'utilisation aisée et rapide. Il offre des modes de recherche
variés. On peut en effet noter qu'il y a plusieurs entrées possibles à cette
classification en considérant soit l'humeur déviant de l'équilibre à purger, soit la partie du
corps ou organe atteint à traiter, soit les substances elles-mêmes. Dans ce dernier cas,
il faut se reporter à plusieurs articles.
298 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE

Il convient alors de remarquer qu'Abû al-Salt n'a pas voulu faire uvre de
compilateur. Ses références à d'autres auteurs sont rares et ne concernent que Galien et
Dioscoride. Il semble que le pharmacologue ait souhaité, en rédigeant ce court traité,
faire état de connaissances avérées, certes sans doute acquises à la lecture des grands
manuels de ses devanciers, mais assimilées, choisies et reprises à son compte. Il
permet ainsi à son lecteur d'obtenir en peu de temps une réponse à ses éventuelles
interrogations.
L'intérêt de ce traité est évident. Tel que nous le présente P. Vemia, il constitue
déjà une approche sérieuse de la pensée d'Abû al-Salt. Accompagné de l'édition
critique du texte arabe et d'une nouvelle traduction complétée à la lueur des autres
manuscrits, il pourrait s'adresser également à des spécialistes des sciences arabes
toujours dans l'attente de ces publications qui font encore grandement défaut.
Le livre présenté est, de plus, de belle facture et agréablement illustré et l'on
prend plaisir à le lire.
Joëlle Ricordel

Un manuscrit médical inédit du XVe siècle d'origine mancelle


Dufournier (Florence), Édition critique et commentée d'un réceptaire de la fin du
XV0 siècle, Thèse de doctorat nouveau régime, Directeur de Thèse, Professeur
Claude Thomasset, Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), UFR de Langue
française, novembre 1997, 465 p.
La sobriété du titre ne révèle pas tout l'intérêt de ce travail. Après une patiente
enquête, Florence Dufournier a pu localiser un manuscrit à la fois médical et
d'économie domestique du XVe siècle, d'origine mancelle, signalé par Dubreuil-Chambardel
en 1904 dans le Bulletin de la Sociétéfrançaise d'histoire de la médecine. Le document
retrouvé, elle nous en donne une édition critique dans le cadre d'une thèse soutenue
en Sorbonne.
Partant d'un simple signalement et sans grands indices, le pari était osé,
l'entreprise à risque. Si, dans l'introduction, le cheminement du manuscrit est résumé
en quelques lignes (p. 7), le développement consacré à la recherche (p. 14 à 18)
rend mieux compte des difficultés de l'enquête et du mérite de l'auteur.
L'opiniâtreté de Florence Dufournier l'a conduite de l'Institut de recherche et
d'histoire des textes (IRHT), à l'Hôtel Drouot, au Mans (Bibliothèque municipale
et Musées de la Reine Bérengère et de Tessé), aux Archives nationales et aux
Archives départementales de la Mayenne. Après beaucoup de démarches qui lui
ont permis d'identifier les propriétaires successifs, elle a enfin pu localiser le
document aux Archives départementales de la Sarthe où il avait été déposé par les
héritiers du docteur Delaunay.
L'étude codicologique, fondée sur la comparaison des recettes, permet à l'auteur
de proposer deux sources : l'Antidotaire Nicolas et le Mesnagier de Paris. Une
analyse minutieuse et comparative n'a pas permis de faire du « manuscrit du Mans »
l'élément d'inspiration de plusieurs imprimés de la deuxième moitié du XVIe siècle,
traitant des mêmes questions.