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Sociologie II – Intégration, conflit, changement social

Acquis de première : conflit


2.2- La conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion ou
Notions : Conflits sociaux,
moteur du changement social ?
mouvements sociaux

Thème 2212- La conflictualité sociale, moteur ou résistance au


changement ?
L’exemple de la mobilisation contre la loi ORE

Réaliser l’exercice interactif pour vérifier la maîtrise des connaissances

Document 1 :
A:

En France, moins de 40% des étudiants entrant à l’université valident leur licence au bout de quatre
ans. Si ce chiffre ne prend pas en compte les étudiants des grandes écoles, qui ont une place
prépondérante en France comparé à d’autres Etats européens, le pays fait partie des mauvais élèves.
Au Royaume-Uni, au Danemark ou en Autriche, le taux de complétion de la licence par les étudiants
admis dépasse ainsi, parfois allègrement, les 75%. Un écart considérable que le gouvernement
Philippe voudrait bien rétrécir (….)
En Espagne, une sélection par les universités s’opère sur la base d’une note sur dix cumulant les
résultats des étudiants au baccalauréat et à la selectividad, une épreuve d’accès à l’université. S’il faut
un minimum de 5/10 pour accéder à l’enseignement supérieur, certaines filières, comme les études
de médecine ou d’ingénierie, exigent des notes très élevées à cause de leur attractivité. Les étudiants
peuvent donc passer des «épreuves facultatives de compétences spécifiques» pour augmenter cette
note globale. Ainsi, pour entrer à l’université de Madrid en médecine par exemple, la note globale
minimum requise dépasse généralement le 10/10 ! Les universités peuvent également demander une
pondération des notes de la selectividad qui correspond à la filière demandée, et ainsi mieux
sélectionner les profils des étudiants.
Une sélection au mérite un peu similaire a lieu en Allemagne, notamment à cause d’un afflux
d’étudiants ces dernières années. Le principal critère retenu par les universités reste ainsi la moyenne
générale obtenue à l’Abitür, l’équivalent du baccalauréat. L’établissement prend donc les meilleurs
dossiers à disposition, et communique chaque année à titre indicatif un numerus clausus, soit la note
obtenue par le dernier candidat admis. Seulement, contrairement à la France, le bac allemand
généraliste est unique – il n’y a pas de filière L, ES ou S – et seule la moitié des élèves d’une
génération le passe. Les autres optent plus tôt dans leur scolarité pour des formations en alternance :
l’orientation s’est ainsi effectuée bien en amont. Dans certaines filières «post-Abitür» très
demandées, telles que la médecine ou la pharmacie, les écoles peuvent fixer une procédure
d’admission stricte. Elles demandent souvent une expérience professionnelle en stage et peuvent
parfois faire passer des entretiens ou des tests d’entrée.
Source : http://www.liberation.fr/france/2017/10/30/comment-se-deroule-l-acces-a-l-universite-
dans-les-autres-pays-europeens_1606834

B : Le refus de toute sélection est au cœur du mouvement de contestation de la loi ORE (loi Vidal), qui
a conduit au « blocage » de plusieurs universités. Pour les étudiants « bloqueurs », la cause est
entendue : la sélection à l'entrée de l'université est, par nature, antidémocratique. Cette façon de voir
les choses résiste-t-elle à un examen dépassionné et non partisan de ce qui fait problème en la
matière ? Elle souffre, selon nous, d'une triple faiblesse : diaboliser une pratique qui ne mérite pas
cette indignité ; abandonner au mal que l'on prétend combattre une bonne moitié des étudiants ;
reposer sur une conception inadéquate, car incomplète, du droit à l'éducation. (…)Il faut regarder la
réalité en face : il y a dans toute évaluation certificative une prise de décision : on valide, ou non, une
année, un cycle de travail, on accorde, ou non, un diplôme. On sépare ainsi le public des candidats en
deux catégories, en discriminant (distinguant), les reçus, et les « collés ». Quand le fait d'être reçu
confère un droit à bénéficier d'un parcours ou d'une formation définis, cela s'appelle « sélection ». De
ce point de vue, comme le faisait observer un précédent secrétaire d'État à l'enseignement supérieur,
la sélection « existe déjà : c'est le bac ». « Pas besoin d'en rajouter », ajoutait-il ! La diabolisation de
toute sélection supplémentaire repose donc en fait sur la reconnaissance et l'acceptation de la
fonction sélective du bac. La diabolisation de celle-là va de pair avec la sanctification de celle-ci (..)Ce
que refusent les étudiants « bloqueurs », c'est donc toute sélection qui viendrait s'ajouter à la
sélection initiale opérée par le bac. On fait alors comme si cette sélection initiale était judicieuse et
pertinente, en faisant l'économie d'un examen critique de cette pertinence. On accorde sans
discussion que « le » bac (tout bac, quel qu'il soit), sélectionne de façon judicieuse les étudiants
dignes de poursuivre des études supérieures, quelles qu'elles soient.(…)On accepte alors une double
fiction. Celle de l'existence d'« un » bac, alors qu'à l'évidence il y a une pluralité de bacs différents,
qui, ne sanctionnant pas les mêmes compétences, ne préparent pas de façon égale à l'ensemble des
futurs parcours ultérieurs possibles. Et celle du lycéen devenu prêt (préparé) à tout grâce à son bac,
alors que le simple bon sens devrait faire reconnaître qu'une « orientation sélective » s'est déjà
exercée tout au long des études, au collège, puis surtout au lycée, où l'on a suivi des « formations »
spécifiques depuis la classe de seconde ! Et surtout, comment ne pas voir que le refus de toute
« sélection » qui aurait simplement pour fonction de prendre en compte les caractéristiques des
parcours individuels, et de leurs effets en termes de construction différenciée de compétences,
s'accompagne d'une cécité, signifiant acceptation, pour la sélection qui opère massivement dans une
bonne moitié du système d'enseignement supérieur ? Comment être aveugle au fait que le système
d'enseignement supérieur est à deux vitesses.
D'un côté, des universités ouvertes à tous, où l'on refuse par principe toute sélection, qui permettrait
de tenir compte de la réalité des compétences construites, lesquelles peuvent correspondre (ou non)
à des prérequis exigés pour la réussite dans tel ou tel parcours. De l'autre, des grandes écoles, des
écoles de commerce, des facultés de médecine, voire des IUT ou des classes de BTS, dans un espace
ultrasélectif où, pour l'essentiel, s'opère la reproduction des élites.
Source : Charles Hadji, Sélection à l'université : sortons de l'hypocrisie ! 20/04/2018 in the
conversation
Questions :
1. Quel est le taux d’échec avant la réforme de la loi ORE en première année de licence, à la fin
de la licence ?
2. L’université française suit-elle un modèle similaireà celui de ses partenaires européens ?
3. Que refuse les étudiants bloqueurs selon Charles Hadji?
4. En quoi leur refus de la sélection est-il illusoire selon Charles Hadji ?

Document 2 :
A:

B:
Nous considérons que cette loi instaure la sélection à l’entrée de l’université et accentuera les
inégalités d’accès à l’enseignement supérieur.
Rappelons que :
 80 % des étudiants qui entrent à l’université sortent diplômés !
 L’université accueille tous les étudiants bacheliers. Jusqu’à maintenant, l’obtention du Bac
permettait d’accéder à l’université.
 Les universités accueillent environ 50 000 étudiants supplémentaires chaque année depuis dix
ans mais la dépense par étudiant a chuté de près de 10 % et aucun poste d’enseignant-
chercheur, de chercheur, de personnel administratif et technique supplémentaire n’a été créé et
la précarité se développe.
 Même dans les filières sélectives (Ecoles d’ingénieurs, IUT…) les premières années
abandonnent, se réorientent, etc.
Ce qui change :
 Les lycéens n’ont plus la liberté de s’inscrire dans l’établissement et la formation de leur
choix.
 Tous les lycéens doivent justifier leur choix dans un dossier (avec une lettre de motivation)
dans les différentes filières auxquelles ils candidatent. Dans l’immense majorité des cas, ces
dossiers ne seront pas lus et seront traités de manière automatique (à partir des notes des
épreuves anticipées du Bac par exemple).
 Les lycéens doivent correspondre aux « attendus » de la licence de leur choix, alors que les
disciplines universitaires sont méconnues voire inconnues.
 Chaque vœu formulé par un lycéen est accompagné d’une fiche Avenir remplie par le conseil
de classe et le chef d’établissement (lycée). Ils donnent un avis sur l’avenir de chaque lycéen.
Ils évaluent la « motivation », l’« autonomie », les « qualités personnelles » ou encore
l’« implication » de l’élève. De nombreux enseignants du secondaire refusent de décider de
l’avenir des lycéens de cette façon et de les enfermer dans une voie.
 La plateforme Parcoursup oblige les universités à classer les dossiers dans un nombre de
places limitées => l’accès n’est plus un droit !
Cette réforme n’améliore pas l’orientation, mais instaure la sélection à l’entrée de l’enseignement
supérieur. C’est bien un choix de société qui est fait : une société du classement et de la compétition de
tous contre tous.
L’accès à l’université doit rester un droit ! La plateforme d’inscription mise en place par cette loi
(Parcoursup) n’a rien d’un outil neutre. Une partie de l’enseignement supérieur est déjà sélective
(grandes écoles, classes prépa, IUT, etc.) et limite l’accès aux études d’une partie de la population.
Cette loi aggrave la situation en fermant encore davantage l’accès à l’enseignement supérieur. La
plateforme elle-même semble conçue pour accentuer l’auto-censure et le découragement des lycéens
les plus défavorisés.
La sélection n’est pas la solution ! Les difficultés de l’Université sont le résultat des réformes qui se
succèdent depuis 15 ans consistant à diminuer les financements et à mettre en concurrence les
établissements.
Le gouvernement, plutôt que de donner les moyens à la hauteur des enjeux de formation de la
jeunesse, met en place une procédure qui va accentuer la mise en concurrence et les inégalités entre
disciplines, entre établissements et entre territoires.
Nous défendons une université ouverte, capable d’offrir à toute la société un libre accès à
l’enseignement supérieur. Contre la sélection et la mise en concurrence de tous contre tous, nous
exigeons les moyens d’accueillir les bacheliers dans la filière de leur choix.
Source : https://manif-est.info/Pourquoi-nous-nous-opposons-a-la-selection-a-l-entree-de-l-Universite-
546.html
C:
Concernant les acteurs de la mobilisation, l’éternel débat autour de la « minorité qui bloque la
majorité » n’a pas manqué d’apparaître rapidement. Dans les universités, les facultés de sciences
humaines et sociales sont, comme à leur habitude, les premières mobilisées. Au cœur de l’attention, la
question brûlante des blocages de campus, qui a déjà contraint certaines universités à repousser les
examens du mois d’avril – à Nanterre par exemple. Les différents acteurs universitaires interrogés sont
dans l’ensemble d’accord pour dire que les étudiants qui prennent part au mouvement
sont « très » politisés. Même « trop » pour certains (…) Emmanuel Macron, a ainsi évoqué sur
TF1 « les professionnels du désordre » à l’œuvre dans les facultés. Une grille de lecture que ne
partagent logiquement pas les défenseurs du mouvement, plus large et plus « citoyen » selon
eux. « Les étudiants ne sont pas des enfants, commente Lilâ Le Bas, pour l’UNEF. Ils ne se font
manipuler par personne. Cela révèle bien la vision de la jeunesse qu’a le gouvernement ! »
Mécontentement social ambiant
Selon plusieurs acteurs interrogés, l’analyse du mouvement est rendue complexe par la diversité des
revendications dans les assemblées générales étudiantes. Sur fond de mécontentement social ambiant
et de tentatives de convergence des luttes, les revendications vont aujourd’hui bien au-delà de la
simple loi Vidal, comme la surnomment parfois les étudiants dans les cortèges : opposition à
la « casse sociale » menée par le gouvernement, « destruction » du service public, réforme de la
SNCF, Notre-Dame-des-Landes, loi immigration, etc. « Les étudiants refusent le modèle de société
qu’on leur propose », dit Anne Roger, pour le SNES-FSU. « Il y a une volonté d’agréger les choses,
d’amener dans les universités des mécontentements qui n’ont rien à voir avec elles », analyse de son
côté Gilles Roussel, pour la CPU.
Source : http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/04/19/universites-un-mouvement-fluctuant-et-
insaisissable_5287813_4401467.html#4urybPbiPQMqkR6A.99

Questions :
1. Le taux d’échec français niveau licence se différencie-t’il vraiment de celui de nos
partenaires ?
2. Pourquoi selon les opposants à la réforme ORE la sélection n’est-elle pas la solution ?
3. Qui sont les bloqueurs ? Pourquoi se mobilisent-ils ?
4. Le mouvement contre la loi ORE peut –il être analysé comme un élément de résistance ou de
moteur du changement ?

Document 3 :
A l’université Paul-Valéry – Montpellier-III, l’observation des résultats des étudiants aux partiels est
pour le moins troublante : sur les 5 700 inscrits en première année, 25 % ont une moyenne entre 0 et
2/20 sur l’année, 40 % entre 0 et 5/20. Peut-on considérer que ce sont de véritables étudiants, n’a cessé
d’interroger Anne Fraïsse, ancienne présidente de l’établissement ? Elle y voyait surtout le résultat de
la crise sociale actuelle.
Parmi les 60 % figurent en effet ces étudiants invisibles, inscrits administrativement mais qui ne
mettront jamais véritablement un pied à l’université. Jean-François Lhuissier, vice-président chargé de
la formation au sein du regroupement Normandie Université, les évalue à 10 % des inscrits. « Ils ont
besoin de bénéficier du statut d’étudiant, de la Sécurité sociale, et parfois de la bourse », décrit le
maître de conférences en mécanique. La présence aux partiels constitue l’une des conditions pour
percevoir cette aide financière.(…)
C’est l’éternelle question sociale que l’on préfère évacuer, avec une jeunesse qui se retrouve,
après le baccalauréat, largement exclue des dispositifs de soutien ou tout simplement d’une place
dans la société, alors que le chômage la touche de plein fouet. « Certains se rendent à l’université
parce que c’est la voie qui apparaît normale après le bac. Ils auraient pourtant besoin surtout d’un
accompagnement pour renforcer leurs compétences ou rejoindre le marché du travail. Mais aucun
espace n’est prévu pour eux, la première année de fac est la seule à jouer ce rôle de sas », décrit
M. Sarfati, qui a mené des enquêtes sur les étudiants cumulant les absences.
Au-delà de ces étudiants fantômes, les enseignants voient arriver, toujours plus nombreux avec les
effets du pic démographique, un autre profil : des bacheliers qui rejoignent une première année par
défaut, après avoir été refusés dans les filières sélectives qu’ils demandaient (BTS, DUT…). Parmi
eux, les titulaires d’un bac professionnel, aux taux de réussite qui font s’étrangler les observateurs : à
peine 6 % sortent de l’université avec une licence, au bout de quatre ans.
Eux aussi disparaissent souvent bien vite des amphis. Au mieux en réussissant à se réorienter dans une
autre formation dès la rentrée quand d’autres grenouillent une année, parfois en essayant de
s’accrocher un temps en attendant de trouver mieux. Souvent dans des filières nouvelles pour eux,
comme la sociologie ou la licence d’AES, qui paraissent plus accessibles. Chaque enseignant-
chercheur a ses anecdotes sur ces jeunes qui ne sont pas là pour étudier. M. Lhuissier raconte cette
palanquée d’étudiants qui ne sortent pas un crayon, ou cette étudiante qui n’a pu apporter son cours
avec elle car « il ne rentrait pas dans son sac à main ».
Une dernière catégorie d’étudiants se retrouve aussi comptabilisée dans les 60 % d’échecs : ceux qui
viennent de manière épisodique, dans l’attente de passer un concours – d’infirmier, d’orthophoniste,
ou encore dans la police, la douane… D’après l’enquête menée à l’université du Havre pendant les
enseignements de « projet professionnel », un étudiant sur cinq se déclarait dans ce cas de figure. Cet
enchevêtrement de situations fait dire à Jean-François Lhuissier que « c’est un problème d’échec
global du système éducatif », nécessitant une diversification des parcours pour s’adapter aux
besoins de chacun. Mais « cela a un coût ».
Source : http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/08/31/les-60-d-echec-a-la-fac-masquent-une-
realite-plus-complexe_5178801_4401467.html#Ip2mCKVXIjkXjC95.99
Questions :
1. Expliquez les deux phrases soulignées
2. La loi ORE permettra-t’elle de solutionner les difficultés qu’elles pointent ?

Document 4 :
Arthur, 20 ans, étudiant en licence à la Sorbonne
«Ce projet du gouvernement est très concret : on comprend rapidement quelles implications cela peut
avoir dans le monde du travail, et c’est ça qui pousse les gens à se mobiliser. Beaucoup d’étudiants
sont salariés, avec des contrats précaires, ce qui leur pose des difficultés de réussite aux examens. On
sait que si l’on n’agit pas maintenant, il sera encore plus difficile de le faire par la suite, quand nos
droits auront été rognés. Mais il existe aussi une remise en cause plus générale d’un système qui a
montré ses limites : le capitalisme néolibéral, bâti autour du salariat et du productivisme. On veut
proposer un nouveau projet, une République sociale qui s’affranchirait des cadres de domination
traditionnels. On vit aujourd’hui dans une République bourgeoise, qui promeut surtout le principe de
propriété. Les néolibéraux disent que l’Etat ne sert à rien : c’est faux, il a vocation à édicter des
normes pour protéger les citoyens. Il y a chez les manifestants un vrai ras-le-bol. Le PS au pouvoir agit
de façon court-termiste, les promesses les plus sociales de Hollande n’ont pas été respectées. Mais
l’indignation seule ne suffit pas. Le carburant de la lutte, c’est l’espoir de changer le système. Or,
l’idée même de combat, de marcher dans la rue, est devenue passéiste aux yeux de certains. C’est la
réussite du système. On le voit dans la mobilisation : les étudiants qui manifestent font partie des
classes privilégiées. L’enjeu, c’est d’aller plus loin. On va organiser un meeting à la fac en invitant des
salariés de Tang Frères [chaîne de supermarchés asiatiques, ndlr] qui ont fait grève l’an passé pour
leurs conditions de travail. Ça permet d’être dans le pratique.»
Source : Luc Peillon , Célian Macé , Sylvain Mouillard et Noémie Rousseau, La loi travail agrège les
colères, Libération , 17 mars 2016
Questions :