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Master Management des organisations sociales

Les associations au Maroc


Cadre juridique et institutionnel
Mme Magdoud Amina

1.1. Contexte historique du mouvement associatif Marocain


Les racines historiques du mouvement associatif marocain font l'objet d'interprétations
contradictoires. Pour certains, la tradition associative et solidement ancrée dans le royaume :
de tout temps, il semblerait que les marocains se soient organisés de manière commune afin
d'accomplir certains objectifs à caractère économique, sociale ou culturelle. Par
l'intermédiaire de réseaux d'entraide, les communautés de base géraient leurs affaires de
manière largement autonome, sans intervention directe d'un Etat distant qui n’avait aucune
intention de s'immiscer dans la vie quotidienne des populations. Pour d'autres analystes par
contre, un des problèmes essentiels auxquels doit faire face jusqu'à ce jour les animateurs des
associations marocaines, est l'absence de culture associative, le scepticisme entretiennent les
marocains envers la notion selon laquelle l'action collective permet de faire bouger les choses,
et le fait que, en dehors des réseaux familiaux ou villageois au sein desquels l'entraide est
effectivement très forte, les gens n'ont pas l'habitude de travailler ensemble.
Ces deux points de vue ne sont pas aussi incompatibles qu'il semblerait à première
vue. On trouve en effet, tout au cours de l'histoire du Maroc, de multiples regroupements
d'individus que l'on pourrait qualifier d'associations, dont le but était de canaliser les efforts
collectifs pour surmonter les difficultés de la vie en communauté. Des associations comme
Djamaa, twiza, Mouzara’a et Mousakat, ayant un caractère spontané et pragmatique et une
base sociale homogène, constituent des formes d'aide communautaire dans des secteurs
comme l'agriculture, l'immigration ou l'éducation religieuse.
Toutefois, ces groupes présentaient généralement certains traits essentiels qui le
rendaient incapable de constituer ce que l'on entendrait aujourd'hui par « société civile ». Il en
est assez de leur manque de structures internes et de leur nature souvent éphémère.
Au fil des siècles, les groupements collectifs qui sont apparus au Maroc n’étaient le
plus souvent qu’un amalgame de relations interprofessionnelles, et étaient caractérisées par
leur fluidité et leur manque de permanence. Ils avaient tendance à disparaître aussi rapidement
qu'il se formaient, en fonction des changements de préférences, d'intérêts, et de stratégies des
individus. De plus, ces groupes étaient généralement isolés les uns des autres.
Durant la période pré-coloniale, les confréries religieuses étaient les seules
associations qui, d'une part, possédaient une véritable structure interne, et d'autre part,
donnaient à l'individu le sentiment d'appartenir à une communauté dont les frontières
dépassaient celle de la tribu, de la famille, ou du village.
Le travail associatif au Maroc, dans sa forme réglementaire et institutionnelle, datait
des premières années de l'installation du protectorat français et c'est dans les secteurs de la
jeunesse et des sports et le secteur caritatif et pieux que se sont structurées les premières
associations. Leur trait commun répondait en fait aux caractéristiques de cette période du
protectorat, à savoir l'affirmation de leur marocanité, l'attachement à leur identité et la mise en
oeuvre du patrimoine marocain.
Durant le protectorat, on peut faire la distinction entre deux mouvement : le
syndicalisme ouvrier et le mouvement national.
Le syndicalisme ouvrier
D’abord, le fait que le syndicalisme soit resté à l’écart de l’Etat constitue un facteur
d’analyse d’importance ; les positions politiques et les reflets institutionnels adoptés par les
organisations ouvrières à l’aube de l’indépendance témoignent de la capacité de certaines
structures à s’autonomiser durablement : le phénomène est impressionnant au Maroc comparé
aux autres pays de la région maghrébine.
D’autre part, le fait gréviste est autre indice expressif de l’autonomisation poussée de
cet espace : il relève déjà au Maroc d’une tradition historiquement consistante et renseigne
l’observateur sur le degré et les modalités d’expression que peut atteindre dans le champ
marocain la conflictualité des rapports sociaux.
Le mouvement national
Nulle ne peut nier l’importance du rôle effectué par les nationalistes marocains dans la
mobilisation et la politisation intense de la masse, ce mouvement a réussi à unifier toute
l’architecture sociale classique, en dépit de sa composition compliquée.
Après le protectorat, on parle habituellement de quatre générations d'associations qui
correspondent à cinq grandes périodes de la nouvelle histoire du Royaume, qui débutent
notamment après la promulgation de Dahir de 1958, relatif aux libertés publiques :
 Première Période : De 1956 à 1975
Cette période s’est caractérisée par la création d'associations spécifiquement
marocaines dans un climat de relative liberté. Ainsi, plusieurs associations spécialisées dans le
domaine de l'enfance et la jeunesse et des sports se créent au fil des années.
 Deuxième Période : De 1975-1984
Durant cette période, les associations ont joué un rôle important dans l'animation
sociale, culturelle et sportive du pays. C'est à cette époque que remonte la création des
premières associations de droit de l'Homme, des associations féminines et des associations de
protection de l'enfance.

Cette période a connu une nette régression de l'exercice des libertés d'association, liée à la
limitation des libertés en générale. Malgré cela, les associations ont joué un rôle important
dans l'animation sociale, culturelle et sportive du pays. C'est à cette époque que remonte la
création des premières associations de droit de l'Homme, des associations féminines et

$des associations de protection de l'enfance: l'Association marocaine des droits de l'Homme


(AMDH) fut créée en 1975, l'Organisation marocaine des droits de l'Homme (OMDH) en
1978 et la Ligue marocaine des droits de l'Homme en 1979.
Mais durant cette période, en l'exception de celles qui oeuvrent dans le domaine des droits de
l'Homme, les associations existantes n'étaient pas perçues comme une expression des
aspirations de la société civile ni comme des espaces de participation et de maturation des
citoyens et des citoyennes pouvant s'impliquer dans le processus de démocratisation politique,
économique, culturelle, sportive et sociale.

 Troisième Période : De 1985 à 1994


En effet, il faut attendre la fin des années 80 pour assister à une nouvelle orientation
dans le développement du mouvement associatif marocain. Sous l'effet du contexte
international et des changements qui se sont opérés au niveau interne, les associations ont
commencé à être perçues comme des partenaires incontournables dans le processus de
réaménagement des équilibres économiques et social du pays. En fait, depuis, nous assistons à
un essor du mouvement associatif et à l'instauration de nouvelles vocations associatives qui
cherchent non pas à offrir des services mais à mobiliser les citoyens en tant que partenaires
des pouvoirs publics dans le choix et la conduite du développement.

La troisième période s'étend de 1985 à 1994. En effet, il faut attendre la fin des années 80
pour assister à une nouvelle orientation dans le développement du mouvement associatif
marocain. Sous l'effet du contexte international et des changements qui se sont opérés au
niveau interne, les associations ont commencé à être perçues comme des partenaires
incontournables dans le processus de réaménagement des équilibres économiques et social du
pays. En fait, depuis, nous assistons à un essor du mouvement associatif et à l'instauration de
nouvelles vocations associatives qui cherchent non pas à offrir des services mais à mobiliser
les citoyens en tant que partenaires des pouvoirs publics dans le choix et la conduite du
développement.

 Quatrième Période : De 1995 à 2002


Cette période correspond à une affirmation effective du mouvement associatif
marocain.
Ainsi, à partir de 1995 va apparaître un nouveau type d'association d’encadrement des
citoyens. Apparaissent aussi, les premières associations de protection de l'environnement ainsi
que la complexification du tissu associatif par l'émergence de plusieurs associations
professionnelles, santé, de consommation, de quartier, des usagers, les fondations…etc.
 La période actuelle :
D’une façon incontournable, l’année 2002 reste comme étant un tournant décisif de la
liberté associative au Maroc, surtout la promulgation de la loi N° 75-00 du Dahir N° 1-02-206
du 12 Joumada I 1423 (23 Juillet 2002) modifiant le Dahir 1958. Des modifications qui ont
donné une marge de liberté plus grande et plus signifiante pour le mouvement associatif
Marocain.
1.2. L’évolution du cadre juridique régissant les associations au Maroc
Historiquement, le Maroc a connu sa première réglementation de l’activité associative,
au sens moderne, à l’époque du protectorat. En effet, la notion d'associations au sens moderne
du terme avait été introduite au Maroc par l'intermédiaire du décret promulgué en 1914. Ce
décret interdisait au Marocain de créer des associations, réservant ce bénéfice aux Français et
aux étrangers, et rendant la création d'associations sujettes à l'accord des pouvoirs publics du
protectorat. Du point de vue des nationalistes, ce décret visait surtout la restriction des
libertés individuelles et collectives des Marocains.
Avec l’indépendance, la dynamique législative et réglementaire traduisait la
construction politique telle qu’elle a été déterminée par les discours royaux, notamment celui
de Mai 1958. Considéré comme une « Charte Royale », ce discours qui a été adressé à la
nation par S.M le Roi Mohammed V lors de l’investiture du gouvernement de Mr Ahmed
BALAFREJ, traçait le cadre et les principes qui régiront la jouissance des libertés et des
droits, et la nature du système politique dans la perspective de l’adoption de la constitution
(1962). Il a définit la démocratie comme système de gouvernance assurant la souveraineté du
peuple, la séparation des pouvoirs et la garantie des libertés.
Dans ce discours, le Roi annonçait déjà qu’ « En veillant à ce que nos sujets jouissent
des libertés fondamentales et des droits de l’homme, nous allons leur garantir la liberté
d’expression, d’édition, de réunion et d’associations, garantie dont la seule limite est le
respect de la loi, la sauvegarde de l’Etat et des dispositions de l’intérêt public … ».
La concrétisation ne s’attarde pas, en effet, le 15 novembre 1958, l’Etat instaure la
liberté d'associations par l'intermédiaire du dahir N°1.58.376 du 3 Joumada I 1378 qui définit
dans son article premier l’association comme : « une convention par laquelle deux ou
plusieurs personnes mettent en commun de façon permanente leurs connaissances ou leurs
activités dans un but autre que de partager des bénéfices ». La principale caractéristique de ce
dahir est l'esprit libéral qu'il inspire, que ce soit par rapport aux restrictions considérables qui
avaient existé sous le protectorat, ou par comparaison avec les législations adoptées dans les
pays arabes et africains au lendemain de l'indépendance. Le dahir garantit en effet à tout
citoyen la liberté d'adhérer à toute association de son choix, et n'interdit que les associations
fondées sur une cause illicite, contraire aux lois et aux bonnes moeurs, ou dans le but serait de
porter atteinte à l'intégrité du territoire national ou à la forme monarchique de l'Etat.
En 1973, y avait lieu de la première modification du Dahir 1958 par le Dahir portant
loi N° 1-73-283 du 6 Rabia I 1393 (10 avril 1973). Qui a introduit principalement : la
nécessité de délivrance d’un récépissé par les autorités, après réception par ces dernières du
dépôt du dossier constitutif de l’association ; et un plafonnement des cotisations à 240 DH
avec l’interdiction de recevoir des aides financières de l’étranger.
Cependant, le tournant décisif de la liberté associative au Maroc fut avec la
promulgation de la loi N° 75-00 du Dahir N° 1-02-206 du 12 Joumada I 1423 (23 Juillet
2002) qui a donné une marge de liberté plus grande et plus signifiante que ce soit sur le plan
de la reconnaissance juridique des associations, leurs capacités d'administrer leurs biens et
leurs fonds, sur le plan de la reconnaissance de l'utilité publique... Etc.
Sans se pencher sur toutes les innovations introduites par la loi de 2002 ; on va se
focaliser sur les plus importantes d'entre elles :
 Désormais, il n'est plus nécessaire de se plier à la double déclaration, puisque
l'association est tenue de déposer sa déclaration auprès de la seule autorité
administrative ;
 Délivrance d’un « récépissé provisoire» de dépôt de dossier de constitution, qui
permet à toute association de disposer de la preuve matérielle de dépôt de sa
déclaration. Mieux encore, le nouveau texte de loi somme l’administration de délivrer
le récépissé définitif dans un délai maximum de 60 jours, lorsque la déclaration
remplit les conditions prévues par la loi ;
 Mais l’innovation la plus marquante reste. La notion de « de droit d’adhésion »
n’existait pas dans le texte de 1958. Elle tient compte de l’évolution du régime des
associations et de leurs besoins croissants. Le texte du 17 octobre 2002, conforte
d’ailleurs cette idée lorsqu’il supprime la limitation du plafond des cotisations à
240dh. Autre modification importante, la possibilité dorénavant pour les associations
de recevoir des aides d’une « partie étrangère » sous réserve de se conformer aux
dispositions des articles 17 et 32 bis du dahir.

1.3. Caractéristiques des associations


Le dahir 1958, dans son premier article stipule : « L'association est la convention par
laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun d'une façon permanente leurs
connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. ». D’après
cette définition, on peut tirer les six caractéristiques majeures d’une association :
 L’association est une convention, un contrat de droit privé entre au moins deux
personnes physiques ou morales ;…… ;;;
 C’est un groupement permanent, c’est-à-dire que même si les membres de
l’association changent, l’association poursuit son fonctionnement ;
 Les personnes groupées en association doivent avoir un but commun qui est
clairement expliqué dans les statuts et qui peut être mentionné dans la dénomination
de l’association ;
 L’association ne peut distribuer les bénéfices entre les membres : une association peut
réaliser des bénéfices sur ses activités, mais il lui est interdit de les partager entre les
membres comme c’est le cas dans les sociétés ou les coopératives ;
 Les membres d’une association sont tenus de ne mettre en commun que leurs
connaissances ou leurs activités ;
 Une gestion démocratique et participative : tous les membres de l’association sont sur
le même pied d’égalité.
1.4. Le Financement des Associations
Le Dahir de 1958, donne plus de liberté aux associations pour faire recours aux
différents moyens de financement possible. En ce qui se suit, on va présenter les différentes
sources de financement des associations ordinaires et les différents avantages dont jouissent
celles reconnues d’utilité publique :

1.4.1. Les associations ordinaires

1.4.1.1. Les sources classiques directes des associations


Les sources financières classiques des associations ordinaires sont ceux énoncées à
l’article 6 du Dahir 1958 :
 Les cotisations : ce sont des droits financiers perçus par les associations et dont le
montant est fixé par elles même. Les cotisations peuvent être identiques pour tous les
membres ou différenciées selon les catégories.
 Les droits d’adhésion : ceux-ci constituent la première ressource financière des
associations. Tous les membres de l’association, qu’ils soient fondateurs ou nouveaux
adhérents doivent verser ces droits.
 Les subventions publiques : Aussi, les associations régulièrement déclarées peuvent
recevoir des subventions (en argent ou en nature) de la part des autorités publiques.
Les termes «subventions publiques » utilisés par le dahir de 1958 autorise les
associations à recevoir des subventions non seulement des administrations, mais aussi
de tout autre organisme ou entreprise publique, ainsi que des autorités provinciales,
locales et des communes.
 L’aide du secteur privé : Les associations ordinaires peuvent, par voie d'une
autorisation spéciale par voie légale, recevoir des subventions de la part des
organismes privés, qu'ils soient nationaux ou étrangers. Et elles sont tenues d’en faire
la déclaration au secrétariat général du gouvernement en spécifiant le montant obtenu
et son origine et ce dans un délai de 30 jours franc à compter de la date d’obtention de
l’aide.

1.4.1.2. Autre moyen de financement admis pour les


associations ordinaires
Contrairement à un point de vue très répandu, les associations régulièrement
déclarées peuvent réaliser des bénéfices à l'occasion de la vente régulière de leurs
services et qui doivent pas être distribuer entre les membres. Elles peuvent percevoir des
revenus financiers ou compter sur les fonds affectés par les commanditaires de projets
à la réalisation de ceux-ci. Elles peuvent organiser toutes opérations en rapports avec leur
objet susceptibles de renflouer leurs caisses, dans les limites de ce qui n'est pas
expressément prohibé par la loi.
1.4.1.3. Financement d’une partie étrangère
Le dahir de 1958 ne contient aucune disposition interdisant ou permettant qu'une
association non politique reçoive des fonds d'autres organisations nationales ou étrangères en
vue de financer ses activités.
En vertu des principes généraux de droit selon lequel, en matière de libertés publiques,
« tout ce qui n'est pas interdit est permis » et matière pénale « il n'y a pas d'infraction ni de
sanction sans une détermination expresse de la loi ». Les associations régulièrement
constituées peuvent avoir recours à des fonds extérieurs pour financer leurs activités dans les
conditions suivantes :
- Les aides ne doivent pas provenir des associations à caractère politique ;
- Le montant et l’origine de l’aide doivent être déclarés au Secrétariat Général du
Gouvernement dans un délai de 30 jours à compter de la date d’obtention de l’aide,
sous peine de dissolution de l’association.
- Veiller à ce que le concours financier extérieur soit justifié pour l'exécution
d'activités en rapport directe avec le but que l'association s'est fixée ;
- Il est, de surcroît nécessaire que ce concours se présente comme une contrepartie des
prestations exécutées par l'association en vertu d'un accord expresse le liant avec la
partie commanditaire de service.
- Il faut éviter que ce concours se présente sous forme de subventions ou de libéralités
(dons, legs).
Aussi, les associations peuvent bénéficiers de :
 Les amendes : Au regard des dispositions de droit commun en matière des
obligations et des contrats, une association peut exiger de ses membres certaines
sommes d'argent en cas d'inobservation des clauses du règlement intérieur. Les
amendes sont licites même si elles n'ont pas été prévues dans les statuts, car elles
relèvent du pouvoir disciplinaire des organes de direction.
 Les ressources diverses : Parmi les ressources diverses que peuvent se procurer les
associations, on peut retenir les sommes provenant de la vente occasionnelle ou
permanente de publications, journaux, revues brochures et objets de toute nature tels
que fanions, autocollants, pins, stylo....etc. La vente en question doit seulement être
effectuée dans le cadre de l'activité ou de leur objet statutaire.

1.4.1.4. Les sources non admises par la législation en


faveur des associations ordinaires
 Les apports en association :
Selon l'article 1er du dahir de 1958, les sociétaires ne peuvent mettre à la disposition
de l'association que leurs activités ou leurs connaissances. En d'autres termes, l'association est,
certes, une personne morale dotée d'attributs juridiques, mais elle ne peut avoir de capital
social auquel donnerait lieu des apports en numéraire ou en nature permettant la constitution
d'un actif social durablement exploitable. La cotisation n'est pas perçue comme un apport en
argent à l'association, n'étant pas citée comme une composante du fonds commun, mais
comme un simple droit d'adhésion payé par l'adhérent pour faire partie de l'association.
 Les libéralités :

De façon générale, les associations ordinaires ne peuvent pas accepter de libéralités


que celles-ci soient réalisées sous forme de donation de biens meubles ou immeubles ou
même de simples sons manuels en espèce ou en nature. Selon l'article 6 du dahir de 1958, une
association régulièrement déclarée ne peut acquérir qu'à titre onéreux, c'est à dire en contre
partie d'un prix payé ou d'un service rendu par elle.
 L'appel à la générosité :
En application de la loi N° 00471 du 21 Chaâbane 1391 (1er octobre 1971) relative
aux appels à la générosité publique, les associations qu'elles soient déclarées ou d'utilité
publique ne peuvent compter sur ce type d'opération pour renflouer leurs caisses, à moins
d'une autorisation du secrétaire général du gouvernement.
L'appel à la générosité publique s'entend par toute sollicitation adressée au public, en
vue d'obtenir au profit total ou partiel d'une oeuvre, d'un groupement ou de tiers bénéficiaires,
des fonds, des objets ou produits, par un moyen quelconque. Les moyens notamment prohibés
par la loi sont la quête, collecte, souscription, vente d'insignes, fête, bal, kermesses, spectacle
et audition. Seules l'Entraide Nationale, les quêtes et la collecte à caractère traditionnel sont
dispensés de l'autorisation administrative. La violation de cette interdiction est passible d'une
peine d'amende de 200,00 à 20.000,00 dirhams.

1.4.2. Les associations reconnues d’utilité publique

1.4.2.1. Les sources de financement classiques


Suivant l’article 9 de la loi 75-00, toute association RUP jouira indépendamment des
avantages prévus à l’art 6. Autrement dit que les associations reconnues d’utilité publique
comme les associations déclarées peuvent ester en justice, acquérir à titre onéreux, posséder et
administrer :
- les droits d’adhésion de leurs membres ;
- les cotisations annuelles de leurs membres.
La loi 75-00 permet aussi aux associations RUP de recevoir des subventions publiques
provenant des administrations (Etat et organismes publiques et semi publiques) que celles des
instances régionales, provinciales, locales ou même communales.
De plus, cette même loi autorise aux associations reconnues d’utilité publique de
profiter de l’aide du secteur privé.

1.4.2.2. Les moyens de financement spécifiques aux


associations RUP
 Les revenus financiers :
C'est sur la base de l'article 10 du dahir 1958 que les associations RUP peuvent placer
les revenus de leurs activités ou tous autres fonds leur appartenant, lorsqu'elles n'en ont pas un
besoin immédiat. Les principes d'une saine gestion financière devraient d'ailleurs les inciter à
procéder de la sorte.
 Les libéralités :
Seules les associations RUP peuvent recevoir des dons et legs. L'article 6 du dahir
1958 relatif aux ressources des associations ordinaires ne cite pas les donations et legs parmi
les moyens de telles organisations qui n’en peuvent pas acquérir à titre gratuit. Par contre
l'article 11 de ce texte précise bien que «toute association RUP peut dans les conditions
prévues par ses statuts et après autorisation par arrêté du premier ministre, acquérir à titre
gratuit entre vifs ou par testament et acquérir à titre onéreux, qu'il s'agisse de deniers, valeurs,
objets mobiliers ou immobiliers ».
 L’appel à la générosité :
Bien qu’étant réservé aux associations RUP, ce mode de financement introduit par la
loi n° 75-00 constitue un atout important pour la recherche et la collecte de fonds nécessaires
à l’action associative. Ainsi, en vertu de l’article 9 de la loi 75-00, les associations reconnues
d’utilité publique peuvent sans autorisation préalable faire appel à la générosité publique ou
tout autre moyen autorisé procurant des recettes, au moins une fois par an. Mais ce mode de
financement doit être obligatoirement prévu dans le décret de reconnaissance d’utilité
publique de l’association.

1.5. Catégorisation des associations Marocaines


Le tissu associatif marocain est bariolé. Il existe une multitude d'approches, de
référentiels et de pratiques. Les associations marocaines échappent à toute tentative de
classification rigoureuse. On va se limiter sur deux classifications : juridique et celle selon le
secteur d’activité.

1.5.1. Typologie par secteur d’activité


Certes, les domaines d’action des associations marocains est diversifié mais, on peut
les regroupées selon trois secteurs d’activité essentiels :
 Les associations à vocation sociale et culturelle :
A l'origine, l'association était conçue comme un simple groupement de personnes
physiques, mettant en commun des connaissances, des activités et des idées.
A l'époque de sa formalisation, elle avait comme vocation principale de servir de
support institutionnelle à des activités autres que des activités économiques réservées
exclusivement aux sociétés civiles et commerciales. Elle fut organisée spécialement pour
réaliser des activités au profit exclusif de ses membres, ou bien en vue d'effectuer des
opérations humanitaires sans contrepartie matérielle qui lui seraient profitable.
C'est pourquoi la sphère d'intervention des associations se limita, pendant longtemps,
aux activités caritatives, culturelles, artistiques, sportives…etc., qui ne devaient procurer à
leurs auteurs que des associations morales. C'est ce qui explique que le statut juridique des
associations (Article 6 du Dahir du 15 Novembre 1958) n'accorde qu'une importance
secondaire à leurs ressources financières et que le législateur considère les cotisations des
membres comme la source principale du financement des activités associatives.
 Les associations à vocation professionnelle :
Ces associations ont pour principal objectif la défense de l'intérêt de leurs membres. Il
est obligatoire de faire la différence entre les associations professionnelles et les syndicats
professionnels. En fait les derniers ont exclusivement pour objet l'étude et la défense de droits
ainsi que les intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu'individuels, des personnes visées
par les statuts. Les associations professionnelles par contre peuvent, en plus de la défense des
intérêts de leurs membres, réaliser d'autres activités (culturelles, économiques, sportives, …).
 Les associations à vocation socio-économique :
Il est vrai qu’à l'heure des ajustements économiques, c’est à dire de l’austérité
budgétaire et du désengagement de l’État, l'idée d'utiliser l'énergie des habitants paraît
séduisante pour celui-ci. De leur côté, les organismes de coopération internationale et autres
bailleurs de fonds se sont mis à la recherche d'institutions relais, efficaces, économes d'argent
et de temps, et à qui on peut plus aisément demander des comptes.
Les populations locales sont invitées, à travers leurs associations, à participer à la
décision de mise en œuvre des projets de développement et à leur administration. Les
associations en question sont très diverses par leur origine et leur envergure, mais elles
partagent globalement un esprit aigu d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics et une
volonté de contribuer activement à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion.

1.5.2. Typologie juridique des associations


Le dahir 1958 après ses modifications fait état d’une double catégorisation des
associations : de plusieurs catégories d’associations. On cite, principalement, entre autres :
- Association ordinaire / Association reconnue d’Utilité Publique ;
- Association marocaine / Association étrangère.
 Association ordinaire et association reconnue d’utilité publique :
Ces deux formes d’associations se différencient par le fait que les Associations RUP
présentent une plus grande capacité patrimoniale que celles qui sont régulièrement déclarées.
Outre la notoriété, elles peuvent percevoir des dons et legs, posséder des fonds et des biens
meubles et immeubles (actions…), faire appel à la générosité publique. Pour bénéficier d’une
reconnaissance d’utilité publique, l’association doit : Exercer trois années d’activité (en
pratique), poursuivre un but d’intérêt général et être apolitique ; Faire une demande écrite
d’utilité publique auprès de l’autorité administrative locale qui mène une enquête sur la
mission et les moyens de travail de l’association. Elle est tenue, dans un délai de 6 mois à
compter du dépôt de la demande, de répondre soit favorablement par décret de
reconnaissance, soit elle refuse cette demande, et dans ce cas, une lettre motivée est adressée à
l’association.
 Association marocaine et association étrangère :
Le législateur Marocain, à travers le Dahir 1958, défini l’Association étrangère comme
étant « un groupement présentant les caractères d’une association et qui a:
- Un siège à l’étranger ;
- Siège au Maroc dont les dirigeants sont des étrangers ;
- Au moins, la moitié des membres sont étrangers. »
Sur le plan de la capacité juridique, le droit marocain ne fait aucune distinction entre
associations marocaines et association étrangère. Elles profitent des mêmes attributs
juridiques sans aucune discrimination. La seule limite apportée par le Dahir 1958 à l’exercice
de la capacité juridique par une association étrangère consiste dans l’interdiction d’effectuer
les opérations autorisées par la capacité juridique d’une association ordinaire (art.6), avant
l’expiration du délai de trois mois prévu par l’article 24 du dahir de 15 novembre 1958
précité.

1.6. La situation actuelle du mouvement associatif Marocain


Actuellement, les associations sont devenues un partenaire incontournable pour le
développement du pays. Le lancement de l’INDH, en 2005, a montré la véritable prise de
conscience des responsables marocains du rôle majeur des associations dans le
développement. Forts de leur proximité avec les populations, les associations sont amenées à
traduire les préoccupations quotidiennes des gens dans des programmes et des projets tournés
vers la satisfaction des besoins immédiats de la société.
Selon les dernières estimations, le tissu associatif marocain contient aujourd’hui plus
de 40.000 associations. En effet, l’action sociale au Maroc a subi ces dernières années à la fois
un changement de nature et d’approche en passant d’une logique d’assistant à celle d’un
développement local intégré et approprié, d’où le nombre de 10.000 associations travaillant
dans le domaine du développement ; et un changement d’échelle en passant de quelque 639
projets avec un total d’investissement de 109 MDH en 2002 à 7785 projets
Les associations qui travaillent dans le domaine du développement, révèlent
actuellement de nouvelles difficultés à savoir les répétitions et les ressemblances de leurs
projets et programmes et le manque de professionnalisme des cadres associatifs.

1.7. Les contraintes au développement du tissu associatif Marocain


Malgré les différentes performances du mouvement associatif marocain, on peu
facilement constater les problèmes qui l’empêchent à mieux atteindre leurs buts et objectifs.
Parmi ces difficultés on peut citer :
L’amateurisme :
L’insuffisante professionnalisation du personnel et leur manque de cadres permanents
reste un problème majeur limitant la capacité des associations à diagnostiquer correctement
les problèmes, à formuler des projets et à les mettre en œuvre.
Jeu du pouvoir :
Les associations marocaines ont du mal à concrétiser une véritable concrétisation du
pouvoir. En effet, il y a un fort monopole de prise de décision et de détention de l’information
au CA.
L’archivage :
L’inexistence d’archives chez les associations, rapports d’activités et de missions et
des PV de réunions,

L’organisation interne :
La structure interne de l’association est rarement schématiser sous forme
d’organigramme, se qui reflète sur la male définition des tâches de chaque organe et les
missions des responsables.
Formation :
La quasi-totalité des associations marocaines ne disposent pas de programmes de
formation continue pour leurs cadres afin d’optimiser leur rendement.

Transparence :
L’absence de transparence dans la gestion des ressources de l’association, et plus
particulièrement les ressources financières, ce qui s’explique par l’inexistence ou du mal
fonctionnement des organes de contrôle.
Dépendance financière :
Les associations les plus dynamiques sont celles qui sont les plus dépendantes de
l’aide financière internationale. Ce qui met en cause les capacités d’autofinancement des
associations.
Coordination :
L’absence d’instance de coordination et de représentation du tissu associatif à
l’échelon national. Ce qui, normalement, devrait permettre un meilleur partage des tâches et
améliorer la capacité de négociation.

Politilisme :
L’absence aussi de séparation/distinction entre l’activisme associatif au sens restreint
et l’activisme politique.
1.8. Le lancement du processus de la qualification des associations par le
ministère de développement social, de la famille et de la solidarité
Le Ministère de développement social, de la famille et de la solidarité a pris en charge
la mise en œuvre d’un processus de qualification des associations. C’est un projet qui vise le
renforcement des capacités de gestion et d’organisation des associations afin de mettre en
place un système de transparence au niveau de l’utilisation des fonds.
Le MDSFS a commencé le processus de qualification par l’organisation de quatre
ateliers régionaux à Oujda, Marrakech, Agadir et Tanger, avec la participation de plus de 500
associations.
Ces ateliers ont porté sur la discussion et l'adoption de la charte d'éthique, l'adhésion
au processus de qualification, de l'environnement juridique, comptable et fiscal des
associations, ainsi que le statut des travailleurs sociaux.
Ces ateliers ont permis par ailleurs de débattre de l'opportunité de la mise en place du
Conseil national des associations.
Le 29 Mai 2007, une rencontre nationale sur la qualification des associations a été
organisé à Rabat visant l’approfondissement du débat sur la qualification des associations et à
favoriser leur adhésion au processus de leur mise à niveau, notamment sur le plan éthique.
En effet, le respect des valeurs des droits de l'homme, de la modernité et des libertés,
le respect des règles de bénévolat sans profit personnel, le respect du fonctionnement
démocratique, de la transparence et de la rigueur dans la gestion administrative et financière
sont autant de principes que le ministère du Développement social entend promouvoir, afin
que les associations puissent jouer pleinement leur rôle de partenaires sociaux de l'Etat.