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Les principaux produits des banques islamiques

Dépôts, prêts, financements: comment fonctionnent les banques dites islamiques? Voici un premier tour
d'horizon des produits que nous verrons sur le marché marocain en 2017.

Au total, 10 demandes d'agrément pour créer des banques participatives au Maroc ont été déposées auprès de
Bank Al Maghrib. Dans cet article, allons utiliser pour faire simple, le qualificatif "islamique" au lieu de
"participatif". Le terme pertinent aurait été "finance à éthique islamique".

Les demandes, émanant de la totalité des acteurs du secteur bancaire, consistent soit en la création de banques
islamiques sous-forme de filiales, ou en la création de «fenêtres» islamiques, c'est-à-dire la possibilité d'offrir
des «produits» islamiques sans créer d'entités indépendantes.

Au milieu de tout le tumulte économique et financier entourant l'avènement des banques islamiques au
Maroc, nombreux sont ceux qui peinent encore à comprendre concrètement leur fonctionnement, surtout
lorsqu'elles opèrent dans un système financier conventionnel. Une incompréhension qui peut susciter de la
réticence à leur égard.

Afin de mieux appréhender la chose, définissons, tout d'abord, quelques limites:

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-Les interdits d'une banque islamique. Il s'agit du prêt à intérêt, du placement à intérêt, de l'épargne rémunérée
à intérêt, de l'escompte bancaire, des garanties et cautionnements bancaires, de la titrisation des créances, et de
l'échange de monnaie à tempérament.

Vous l'aurez compris: L'interdiction du riba, ou l'intérêt, est l'épine dorsale du système bancaire islamique.
L'islam interdit également toute forme de marchandisation de l'argent.

Que peut donc offrir une banque islamique?

Dans cet article, nous nous focaliserons sur la banque de détail.

Une banque de détail «islamique» peut offrir à ses clients la possibilité d'ouvrir des comptes de dépôts et
d'épargne, ainsi que des formules de financement. Le tout dépourvu d'intérêts et dans une compatibilité totale
aux règles de la charia.

>Commençons, tout d'abord, par les comptes de dépôt.

Dans les banques islamiques, les comptes de dépôt sont régis selon le principe de la wadiaa: La banque
accepte les fonds du déposant pendant une période non spécifiée, avec la permission d'employer ces fonds
pour différentes activités, à condition que celles-ci ne soient pas illicites, eu égard aux principes de la religion
musulmane. Globalement, la banque s'engage à assurer les risques quant à l'utilisation des fonds précités.

Ces comptes de dépôt ne doivent pas être rémunérés. Ils sont non débiteurs et ne génèrent aucun agio.

Ils permettent de gérer toutes les opérations «ordinaires»: transactions, retraits, virements, etc. Un peu comme
un compte courant en finance conventionnelle. Les comptes de dépôt sont dotés de moyens de paiement,
notamment une carte de retrait et de paiement et un chéquier.

Outre les comptes de dépôt, les banques islamiques peuvent proposer des comptes d'épargne rémunérés.

Mais attention: la rémunération des comptes d'épargne ne se fait pas à travers des intérêts, mais plutôt via la
technique financière islamique de la Moudaraba.

La Moudaraba est une technique d'investissement , qui stipule le partage des résultats. Dans le cas d'un
compte d'épargne, les résultats sont partagés entre le propriétaire du compte d'épargne en sa capacité de

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bailleur de fonds investis (Rab El Mal), et la banque en tant que gestionnaire (Moudareb) selon des
proportions déterminées et convenues d'avance d'un commun accord.

Les comptes d'épargne des banques islamiques permettent également des retraits et ils sont généralement
accompagnés d'un livret d'épargne et d'une carte de retrait.

La technique de la Moudaraba est, en général, utilisée justement pour réaliser des investissements et donc
répondre à un besoin de «fructification» de l'argent. C'est grâce à la Moudaraba que les banques islamiques
peuvent également offrir des comptes d'investissement à leurs clients, en tenant compte d'un choix
d'investissements conformes aux exigences de la religion musulmane.

Les contrats de financement

Outre les comptes de dépôts et d'épargne, une banque islamique devra offrir des financements conformes aux
règles chariatiques. Nous nous focaliserons sur les contrats de financement les plus prisés en banque de détail,
à savoir la Mourabaha et la Ijara Mountahia Bi Tamlik.

La Mourabaha, dans son approche globale, est un contrat de vente au prix de revient majoré d'une marge
bénéficiaire connue et convenue entre la banque et le client. En gros, la banque achète le bien choisi par le
client et le lui revend, moyennant un paiement échelonné sur une période convenue entre les deux parties.

Pour mieux illustrer ce moyen de financement, prenons l'exemple de la Mourabaha telle qu'elle est pratiquée
par Banque Zitouna, une banque islamique tunisienne.

Schéma de financement de la Banque Zitouna

La Mourabaha permet de financer des acquisitions immobilières ou des besoins de consommation et même
des services: études, vacances, pèlerinage, etc. Seules conditions: l'objet du contrat doit être licite
conformément à la religion musulmane; l'achat et la revente doivent être réels et non fictifs; et le prix de
revient, la marge bénéficiaire de la banque et les délais de paiement doivent être préalablement connus, fixés
et acceptés par les deux parties.

La Ijara Mountahia Bi Tamlik, pour sa part, est une forme de financement que l'on peut apparenter à du
crédit-bail.

Dans un contrat d'Ijara, la banque est désignée en tant que «Mouajir» ou propriétaire. La banque acquiert des
actifs désignés par le client -considéré comme locataire ou «Moustajir»- pour les mettre à la disposition de

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celui-ci, afin d'en retirer les fruits en contrepartie d'une rémunération sous forme de loyer à échéances
convenues.

Le contrat inclut une clause de transfert de propriété après le paiement de la dernière échéance et le montant
et la périodicité du loyer sont déterminés de façon à ce qu'à la fin du contrat de location, la banque récupère la
totalité du coût d'acquisition, ainsi que les profits escomptés.

Schéma de la Banque Zitouna

Pour assurer sa conformité à la charia, l'objet de la location dans le cadre du contrat Ijara doit être connu et
accepté par les deux parties. La location doit porter sur des biens non destructibles du fait de la jouissance ou
de l'utilisation et de la durée de location, le délai de paiement, le montant du loyer et la périodicité doivent être
déterminés et connus à la conclusion du contrat.

Le cas pratique: Dar Assafaa

Afin de mieux illustrer le fonctionnement de la banque islamique, prenons l'exemple de la seule entité de
financement islamique existant au Maroc jusqu'à présent: Celui de Dar Assafaa, filiale d'Attijariwafa bank.

Bien qu'elle soit à la base un établissement de crédit, Dar Assafae est habilitée à ouvrir des comptes de dépôt
pour ses clients. Des comptes bien évidemment non rémunérés, non débiteurs et ne générant aucun
agio… des conditions sine qua non pour leur licéité.

Cette collecte de dépôts opérée par Dar Assafaa se fait pour le compte de sa maison mère, Attijariwafa bank,
qui à son tour assure le financement de Dar Assafaa. Mais attention: afin de respecter la «pureté» des fonds
octroyés à celle-ci, le financement s'opère via l'instrument de la Moudaraba, expliqué plus haut.

Chez Attijariwafa Bank, la séparation est également remarquée au niveau du bilan, où les postes d'actif et de
passif de Dar Assafaa sont distincts de ceux des autres actifs et passifs conventionnels.

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