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Université Hassan II

Faculté des Sciences Juridiques


Economiques et Sociales Ain Chock

La défaisance

Réalisé par : Présenté à :


Ezzine chaimaa M. ALAOUI MDAGHRI
Abdelouahed
Massioui ibtissam
HAKIM Mohammed achraf

Année universitaire :
2017/2018
SOMMAIRE

Introduction :........................................................................................................................................ 3
I. Fondement théorique de la défaisance ................................................................................... 4
1. Défaisance de dettes (in-substance defeasance) ............................................................................ 4
A. Définition ................................................................................................................................ 4
B. Montage .................................................................................................................................. 4
C. Intérêts : ................................................................................................................................. 7
D. Limites : .................................................................................................................................. 8
E. Exemple .................................................................................................................................. 8
2. Cantonnement ........................................................................................................................... 10
A. Définition :............................................................................................................................ 10
B. Montage de l’opération « cantonnement » ........................................................................ 11
C. Objectifs du montage .......................................................................................................... 13
D. Intérêts : ............................................................................................................................... 13
E. Limites : ................................................................................................................................ 14
Conclusion ............................................................................................................................................ 16
Bibliographie........................................................................................................................................ 17
Webographie ........................................................................................................................................ 17

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Introduction :

Aujourd’hui, en dépit des mutations de l’environnement économique les entreprises recourent


de plus en plus au montage de leurs bilans pour l’alléger, baisser le niveau d’endettement,
améliorer leurs ratings, faire une introduction en bourse... de ce fait procéder à une gestion
d’actif et de passif du bilan de l’entreprise s’avère indispensable.

Dans le cadre de cette gestion actif-passif, aussi dénommée par son acronyme anglais ALM
(Asset and Liability Management) -qui est une pratique développée par les institutions
financières anglo-saxonnes à partir des années 1970 à la croisée des chemins de la gestion des
risques et du pilotage stratégique- plusieurs techniques d’ingénierie financière existent et qui
permettent de restructurer le bas du bilan notamment la défaisance.

La défaisance est apparue aux Etats-unis en 1982, à l’initiative d’EXXON1 : elle a acquis pour
312 Millions de titres du Trésor américain offrant une rentabilité de 14% et les a placés dans
un trust chargé de rembourser le capital et les intérêts d’une ligne d’obligations anciennes de
515 millions de dollars à échéance 2009, qui offrait une rentabilité comprise entre 5.8% et 6.7%.
Exxon a ainsi pu supprimer cette dette de son bilan et faire immédiatement ressortir un gain de
132 millions de dollars.

En france, le groupe PSA a été le premier à utiliser cette technique en transférant un emprunt
obligataire à taux fixe (11.5%) émis en 1983 pour un montant d’un milliard de francs à un trust
américain en 1987. L’opération a été possible car PSA consolide son bilan aux normes
américaines.

La nature de ce qui est actuellement englobé par le terme défaisance mérite qu’on le définisse
plus précisément, pour ce faire nous allons expliquer cette technique ainsi que ses différents
types, son intérêt et ses limites.

1
ExxonMobil Corporation est une société pétrolière et gazière américaine, dirigée par Darren Woods et dont le
siège social est situé à Irving, dans la banlieue de Dallas.

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I. Fondement théorique de la défaisance
Sémantiquement, la défaisance est un terme qui renvoie à une technique financière consistant à
se défaire d’un élément du bilan. Ce montage financier peut concerner un élément du passif du
bilan ; on parle alors de désendettement de fait (in-substance defeasance) ou un élément de
l’actif du bilan ; on recourt alors à une structure dite de cantonnement.2

1. Défaisance de dettes (in-substance defeasance)


A. Définition
Selon le Conseil National de Comptabilité français (CNC), « la défaisance est une technique
d’ingénierie financière qui permet à une entreprise donnée d’atteindre un résultat équivalent à
l’extinction d’une dette figurant au passif de son bilan par le transfert de titres à une entité
juridique distincte qui sera chargée du service de la dette, cette opération n’ayant pas pour effet
de libérer juridiquement l’entreprise de son obligation initiale… ». 3

La défaisance de dette est une technique d’extinction de dette permettant aux entreprises de
pouvoir transférer comptablement, mais tout en conservant l’obligation juridique de
remboursement, une dette figurant au passif dans le but d’améliorer leur rating et/ou alléger
leurs ratios d’endettement. L’entreprise arrive à éteindre sa dette en l’adossant, à travers une
entité ad hoc ou Special Purpose Vehicle (SPV), à un portefeuille de valeurs mobilières
généralement à risque zéro.4
En novembre 1983, le Financial Accounting Standards Board met en place la norme SFAS 76
afin de réglementer la pratique sur le plan comptable. Le FASB5 accepte qu’une dette
disparaisse d’un bilan en cas d’opération d’in-substance defeasance, sous trois conditions :
 La simultanéité du transfert du passif défaisé et des actifs générant des flux de
remboursement ;
 Le transfert doit être opéré au profit d’un trust et posséder un caractère irrévocable ;
 Enfin les actifs transférés doivent bénéficier d’une garantie d’Etat.
B. Montage
1. Principe de la défaisance

2
DSC, chapitre 20 « titrisation et défaisance ».
3
Ref : CNC, Document n° 76, Décembre 1988, « Avis relatif à la comptabilisation de l’opération d’in-substance
defeasance ».
4
Par Hicham KARZAZI, Directeur Général de Maghreb Titrisation.
5
Le Comité des normes comptables et financières, plus connu sous son nom anglais de Financial Accounting
Standards Board ou sous son acronyme de FASB

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La défaisance est un montage financier qui permet de sortir la dette du bilan sans avoir à
procéder ni au rachat direct des obligations, ni à une rupture du contrat passé avec les
obligataires. L’opération se déroule en deux étapes ; tout d’abord la société dispose ou va
acheter sur le marché des titres obligataires engendrant des flux en intérêt et en capital
équivalents au remboursement de la dette, puis transférera en même temps ces dettes et ces
titres achetés à une structure ad hoc distincte qu’elle a créée pour la circonstance (trust) qui,
grâce aux intérêts secrétés par le portefeuille, assure le service de la dette. La dette et le
portefeuille d’actifs transférés au trust n’apparaissent plus au bilan de la société.

Schématiquement, le procédé est le suivant :

Source : DSCG

La société transfère à la société de défaisance simultanément la dette à defeaser et un


portefeuille équivalent à la VAN de la dette. Celui-ci sert à rembourser la dette defeasée.

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Schématisation du processus de la défaisance

Entreprise Obligataires
défeasée
Mandat de gestion

Transfert du Délégation de la Flux des intérêts et


portefeuille de gestion de remboursement à l’échéance
titre l’emprunt de l’emprunt

Société de
defeasance

Flux d’intérêts du portefeuille et


remboursement à l’échéance du
principal

Explication du montage :
1. Entreprise defeasée (cédant) :

Le cédant est une société en bonne santé financière car la défaisance suppose que soit garantie
la continuité de l’exploitation et que l’entreprise dispose d’une trésorerie suffisante pour acheter
l’actif correspondant.

2. Portefeuille de titres

Le portefeuille est constitué de valeurs mobilières qui respectent certaines règles de prudence.
Ses revenus doivent être sûrs et parfaitement coïncider avec les flux de remboursement des
obligataires de la société defeasée. Il ne s’agit pas de rembourser des emprunts par anticipation,
mais d’en confier le service et l’amortissement à une entité tierce (SPV).

Dans la pratique, le portefeuille est constitué des titres obligataires à taux fixes émis ou garantis
par l’Etat. Pour sécuriser le montage, ces titres achetés sont émis dans la même monnaie que la
dette, ne contiennent pas de clauses de remboursement anticipé et sont affectés de manière
exclusive au service de la dette.

3. Société de défaisance (structure d’accueil)

Le règlement n° 99-02 du 29 avril 1999 du Comité de la réglementation comptable relatif aux


comptes consolidés des sociétés commerciales et des entreprises publiques définit l'entité ad
hoc comme « ... une structure juridique distincte, créée spécifiquement pour gérer une

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opération ou un groupe d'opérations similaires pour le compte d'une entreprise. L'entité ad
hoc est structurée ou organisée de manière telle que son activité n'est en fait exercée que pour
le compte de cette entreprise, par mise à disposition d'actifs ou fourniture de biens, de services
ou de capitaux »
Autrement, le Fonds Commun de Créances (FCC), également connu sous le nom de special
purpose vehicle (SPV) ou special purpose entities (SPE) sont des entités légales créées par une
autre entité le "Sponsor" ou l’"Initiateur" en transférant un ou plusieurs passifs dans le SPV.
Le special purpose vehicle est établi afin d’exécuter un ou plusieurs objectif(s) précis et/ou
restreint(s). Ces entités n’existent que pour accomplir la finalité pour laquelle elles ont été
créées et sont généralement situées dans des paradis fiscaux et places "off-shore".

Cela signifie que l’entreprise defeasée (cédant) crée une structure ad hoc pour la circonstance,
cette structure fait l’objet d’une dissolution lorsque l’amortissement de l’emprunt obligataire
est achevé, le reliquat de cette opération est appelé boni de liquidation. Cette plus-value peut
être conservée par la société en charge de l’emprunt ou reversée à la société defeasée si cela est
stipulé dans le contrat à l’origine.

C. Intérêts :
 Amélioration de l’image bilantielle, du rating et du résultat.

Cette technique est bénéfique pour une société qui dispose de liquidités importantes et souhaite
se désendetter par anticipation en vue d’améliorer son image bilantielle ainsi que son rating afin
de pouvoir se refinancer le moment voulu à un coût moindre. Cette technique peut également
contribuer à l’amélioration du résultat.

 Amélioration du ratio d’endettement et de l’autonomie financière.

Elle permet à la société qui la fait d’améliorer sensiblement son ratio d’endettement et par la
même son autonomie financière à travers l’élimination d’une dette qui pèse lourdement sur le
bilan de la société et l’assainissement des comptes de la société.

 Rapidité, simplicité et discrétion de la technique.

Une société peut vouloir se défaire d’une dette et la remplacer par une dette aux caractéristiques
différentes. Dans ce cas, la procédure de la défaisance est rapide, simple et discrète par rapport
aux autres techniques.

 Allègement du bilan.

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Alléger son bilan sans pour autant rompre les engagements envers les créanciers, ni procéder
au paiement direct de la dette.

D. Limites :
Il faut noter que cette méthode présente des limites :

1. Conjoncturelles :

Pour que la défaisance soit bénéfique et procure des gains, il faut qu’il y ait une hausse des taux
d’intérêt pour compenser le coût de l’opération. Or dans la réalité, le niveau de risque de
l’emprunt émis par la société est supérieur à celui de l’emprunt d’Etat. En conséquence si les
taux d’intérêts ne subissent pas de modification, l’opération se soldera par une perte.

2. Structurelles :

Le FASB a publié en juin 1996, la norme SFAS 125 concernant la comptabilisation du transfert
des actifs financiers et extinction des dettes et qui annule la norme SFAS 76.

En effet, le FASB est revenu en arrière et a considéré que l’opération d’in-substance defeasance
ne respectait pas les conditions de sortie de dette du passif, notamment le débiteur n’est pas
libéré de ses obligations en transférant les actifs au trust, si les actifs sont insuffisants pour
rembourser la dette obligataire, il doit apporter un complément. Ainsi selon la norme 125, une
dette peut être sortie du passif à deux conditions : si le débiteur paie le créancier et est relevé
de ses obligations au regard de la dette. Le débiteur sera relevé légalement de sa dette soit par
voie judiciaire soit par le créancier.

E. Exemple chiffré de défaisance6 :

Supposons qu’une société ait émis un emprunt obligataire de 2000 KF au taux nominal de 8%
et que sa durée de vie résiduelle soit de 6 ans. Elle dispose de liquidités importantes et les taux
s’élèvent à 10 %.

VAN (emprunt)= 2000*[0.08*(1.1)^-t +1(1.1)^-6]=1826KF

La société doit donc acquérir un portefeuille d’une valeur de 1826 KF. On fait l’hypothèse d’un
niveau de risque équivalent entre les deux instruments et que la courbe des taux est plate. Elle
réalise immédiatement un gain égal à la différence entre la valeur d’origine de l’emprunt et sa

6
La titrisation et la défaisance en France, page 69.

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valeur actuelle, diminuée des frais de l’opération (dans l’exemple 1% du montant de l’emprunt)
soit un gain de 2000-1826-20=154 KF.

Pour acheter des titres obligataire correspondant au remboursement, l’entreprise peut soit
utiliser ses disponibilités, soit contracter un nouvel emprunt. Nous verrons plus loin que
l’opération ne donne des résultats significatifs que dans le premier cas.

Bilan de la société avant défaisance :

En kf ACTIF PASSIF
Actif immobilisé 9000 Capital et réserve 6000
Stocks 1500
Résultat Net 500
Créances 4500
Disponibilités 2000 Dettes financières 7500
Dettes d’exploitation 3000
Total Actif 17000 Total Passif 17000

Bilan de la société E1 (utilisation de disponibilités) après défaisance :

En kf ACTIF PASSIF
Actif immobilisé 9000 Capital et réserve 6000
Stocks 1500 Résultat Net * 654
Créances 4500 Dettes financières 5500
Disponibilités** 154 Dettes d’exploitation 3000

Total Actif 15154 Total Passif 15154


* 654= 500+ (2000-1826-20)

** 154=2000-(1826+20)

Bilan de la société E2 (nouvelle dette) après défaisance :

En kf ACTIF PASSIF
Actif immobilisé 9000 Capital et réserve 6000
Stocks 1500 Résultat Net 654
Créances 4500 Dettes financières* 7326
Disponibilités** 1980 Dettes d’exploitation 3000

Total Actif 16980 Total Passif 16980


* 7326= 7500+ (1826-2000)

** 1980=2000+ (1826-1826-20)

Evolution des ratios financiers :

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Avant Après Après
défaisance défaisance E1 défaisance E2
Ratio d’endettement 61 .8% 56.1% 60.8%
Dette totales / Total passif
Ratio d’autonomie financière 46.4% 54.7% 47.6%
capitaux propre / Capitaux
permanents
Ratio de rentabilité financière 7.7% 9.8% 9.8%
Résultat net/ capitaux propres
Ratio de rentabilité économique 2.9% 4.3% 3.9%
Résultat net /Total actif
Ratio de solvabilité (créances+ 2.1 1.5 2.1
disponibilité)/dettes d’exploitation

Cette société possède un ratio d’endettement avant défaisance proche de la limite des 2/3
couramment admise par les banques. De plus son autonomie financière est insuffisante car en
dessous de 50%.

L’opération de défaisance réalisée par E1 avec un recours à une trésorerie excédentaire permet
à cette société d’améliorer sa structure financière, et améliore sensiblement sa rentabilité
financière dès lors que l’opération permet de faire apparaître un gain entre la valeur de
l’emprunt à l’origine et la valeur de marché.

L’opération de défaisance réalisée par E2 avec un recours à une nouvelle dette a bien sûr un
impact très limité sur la structure financière, mais améliore sensiblement sa rentabilité
financière et ici l’opération ne se justifie que par l’apparition d’un gain entre la valeur de
l’emprunt à l’origine et la valeur de marché.

Il faut remarquer que si les taux étaient inférieurs au taux de l’emprunt obligataire émis, la
valeur actuelle de la dette aurait augmenté et de ce fait le ratio d’endettement se serait dégradé.

2. Cantonnement
A. Définition :
Le cantonnement est « une cession de créance en souffrance à une structure ad hoc mais dont
le financement est généralement levé auprès du cédant lui-même, sous forme de créance à long
terme garantie par l’état. »7

7
Définition de Maghreb Titrisation

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La Commission nationale de terminologie et de néologie la définit comme « une opération ayant
pour but d'améliorer le bilan d'une entreprise en se défaisant sur une entité distincte, d'actifs
considérés comme compromis ».

Autrement dit, le cantonnement est l’opération par laquelle un établissement financier va sortir
un portefeuille de créances douteuses en le transférant à une structure qui va se charger de
réaliser le portefeuille au moment opportun.

B. Montage de l’opération « cantonnement »


Principe de l’asset defeasance :

On peut parler d’une opération de défaisance d’actifs, lorsqu’une entreprise en difficulté cède
à une entité tierce des actifs douteux sous la forme d’un portefeuille de créances douteuses dans
son bilan, et par le biais d’un prêt qu'elle octroie à cette entité, elle la charge de les liquider ou
de les revendre au mieux.
En effet, ce montage est fait par une entreprise ou plus précisément un établissement financier
à l’aide impérative de l’Etat. Quand cette banque arrive à un niveau où elle a un nombre
important d’actifs non performants, ce qui va inclure une insuffisance implicite de provisions
sur ces actifs, cette opération va permettre de dégager des comptes de l’établissement,
l’ensemble des risques de pertes en principal et des charges de financement associées à ces
« actifs sans rendement » et permettra d’étaler les unes et les autres dans le temps.

Schéma du cantonnement se présente comme suit :

Source : DSCG

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Explication du « schéma » présentant le montage financier :

1- Société cantonnée

La société cantonnée dispose d’un portefeuille d’actifs douteux dont elle veut se débarrasser
rapidement afin de répondre à une situation d’urgence et augmenter son taux de solvabilité. Elle
va prévoir tout un montage financier dans lequel elle va vendre ces actifs toxiques à une société
dite de cantonnement tout en finançant cette société mais d’une façon indirecte. Ainsi cette
structure de cantonnement va s’occuper de la vente de ces actifs pour s’acquitter de sa dette
financière.

2- Société de cantonnement :

La société de cantonnement est la société qui va acquérir l’ensemble de ces titres toxiques de
chez la société cantonnée pour objectif de gérer ce portefeuille douteux et de le vendre dans un
délai bien défini. Ainsi la société cantonnée va se débarrasser de ces titres en les vendant à cette
entité.

Cependant, ce véhicule de cantonnement aura besoin de la liquidité afin de réaliser cette


opération d’achat, d’où la nécessité de s’emprunter auprès d’une structure ad hoc, tout en
remboursant l’emprunt via la cession d’actifs non performants.

Il faut ajouter que, pour réaliser ce montage financier, la société cantonnée a deux possibilités
pour avoir une société de cantonnement ; soit procéder à la création d’une « filiale », afin d’y
transférer les actifs indésirables ainsi que le risque de perte « provision », cette filiale
nouvellement créée va se charger de les céder dans les conditions optimales. Soit, elle peut
adopter une structure complètement indépendante comme société de cantonnement, mais qui
sera participante dans le montage comme complice, sans oublier que ce véhicule de
cantonnement est soutenu financièrement par une structure ad hoc qui possède la garantie de
l’Etat ou d’un actionnaire fort.

3- Structure ad hoc (SPV) :

Dans le but de répondre aux besoins financiers de la société de cantonnement pour acheter les
titres depuis le cédant « la société cantonnée », on voit la naissance d’une structure ad hoc, qui
va financer ce rachat d’actifs par un octroi d’un crédit à ce véhicule de cantonnement. En
ajoutant que, pour octroyer ce prêt, la structure ad hoc est dans l’obligation de collecter des
fonds afin de réaliser l’opération, dans ce cas elle va se financer soit par l’émission des titres
obligataires sur le marché financier ou par un prêt de l’entreprise cantonnée elle-même.
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Néanmoins, c’est « l’Etat » qui assure le financement de l’emprunt par un versement d’une
rémunération sous forme d’intérêts à l’établissement prêteur. Enfin, ce prêt devrait être
remboursé par l’intégralité des revenus perçus par le SPV après la vente d’actifs par la société
de cantonnement.

Il faut noter que le SPV dans l’ensemble des cas de défaisance d’actifs est créé par l’Etat, on
parle de structure publique, car cette opération ne peut être réalisée sans un soutien étatique. En
ajoutant que cette structure est créée pour une durée précise définie à l’avance (par exemple
5ans).

C. Objectifs du montage
En termes de justification de l’opération et les raisons pour lesquelles cette opération a vu le
jour, on peut citer deux objectifs :

 Le cantonnement a pour but d’assainir le bilan de la banque en la débarrassant des actifs


toxiques dont elle s’est dotée de façon inconsidérée et de permettre ainsi à la banque de
poursuivre son activité sans porter préjudice à la distribution du crédit et éviter une
éventuelle faillite.

 Le Window dressing : Sans être pour autant un objectif de premier plan, on peut
considérer avec P. Paquet, P.K. Chaney et M. Bradbury que la défaisance d’actifs
permet de « toiletter ou nettoyer » un peu le bilan d’une entreprise afin de rendre plus
présentable à la veille d’un appel au marché financier.
D. Intérêts :
Intérêt pour la société cantonnée :

La solvabilité des établissements de crédits exige la disposition en permanence d'une cote des
fonds propres au moins égale à 10,5% (Bâle III en 2010) du montant total des crédits consentis
à l’emprunteur de la banque.

Le respect impératif du « ratio Cooke »8 ordonnait soit d'augmenter le numérateur à savoir les
fonds propres, soit de réduire le dénominateur (dégonfler l’actif) pour augmenter le taux.

8
Ratio Cooke : (FP / structure de l’actif pondéré), un ratio de solvabilité bancaire qui est recommandé par le
Comité de Bâle dans le cadre de ses premières recommandations visant à garantir un niveau minimum de
capitaux propres, afin d'assurer la solidité financière des banques.

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Ainsi, le cantonnement permet de réduire la structure de l’actif, ce qui va augmenter le taux de
solvabilité des établissements pratiquant cette opération, ainsi octroyer plus de crédits. Il
entraîne aussi une rentrée de trésorerie immédiate ou échelonnée en échange du transfert des
actifs. Ces disponibilités permettront à l'établissement de les réallouer à des actifs plus
rentables.

Intérêt pour les actionnaires :

Le principe du cantonnement permet l’étalement des pertes à des filiales « sociétés de


cantonnement », dans ce cas elles ne sont pas immédiatement provisionnées, ce qui permet aux
actionnaires de l’entreprise la possibilité d’étaler la moins-value estimée sur les actifs
financiers.

Intérêt pour l’Etat :

La contribution de l’Etat dans cette opération est indispensable pour la réussite de celle-ci.
Mais il faut mettre en lumière que le gouvernement en misant sur cette opération vise l’intérêt
de stabilité financière du marché, par peur que la faillite d’un établissement de crédit entraine
une grave déstabilisation des systèmes bancaire et financier (risque systémique). En effet l’asset
defeasance permet la réduction des risques de contamination de la crise à l'entièreté du système
bancaire.

E. Limites :
Certes, la « défaisance d’actifs » est à l’origine de beaucoup d’avantages pour l’entreprise
pratiquante du montage, mais il faut prendre en considération un ensemble de limites de
l’opération, mentionnées ci-dessous :

 Il faut tout le poids de l'Etat pour justifier que l'opération n'est pas anti-concurrentielle,
d’où la nécessité de son soutien. Et quand celui-ci est garant du montage, les structures ad hoc
doivent faire l'objet d'une réglementation. Ainsi ce montage financier s’avère lourd à mettre en
place du fait qu’il nécessite une nouvelle loi à mettre en place par l’Etat afin de garantir le bon
déroulement de l’opération, et ne garantit pas nécessairement une efficacité immédiate quant
aux résultats escomptés.
 Sur le long terme, le financement de structure ad hoc qui comprend les intérêts sur le
prêt et les moins-values sur les actifs peut être très supérieur aux provisions qu'il faudrait
constater immédiatement, on parle alors du « coût de portage ».

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 Le cantonnement a pour but d'attendre l'éclaircie sur le marché (immobilier) afin de
vendre les créances titrisées par la structure ad hoc ou le véhicule de cantonnement dans les
bonnes conditions. Cependant les sociétés de cantonnement ont découvert que certaines
créances comprennent une forte proportion de non-valeur. Car les banques ont inclus dans leurs
créances sur les promoteurs et marchands de biens des commissions et agios impayés, la facture
est d'autant plus lourde pour le garant que l'établissement aura faiblement provisionné (entre 40
et 60 %), alors que certaines créances nécessitent un taux de provision de 90%.

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Conclusion
Le cantonnement et la défaisance sont deux techniques d’ingénierie financière résolument
différentes. Le cantonnement apparaît comme un résultat de la volonté des actionnaires, cet
outil d’habillage du bilan est utilisé dans l’urgence pour se conformer à des contraintes
extérieures et à l’obligation de ces derniers de recapitaliser la société. Alors que la défaisance
est une méthode dynamique de gestion du bilan comportant une vision de long terme et pouvant
être utilisée dans une perspective de croissance externe ou d’investissement. Elle ne s’avère
véritablement rentable qu’en période de hausse des taux.

En ce qui concerne le cas marocain, il est clair qu’actuellement il serait extrêmement difficile
(pour ne pas dire quasi impossible) de monter dans des conditions optimales (déconsolidation,
transparence fiscale…) une opération de cantonnement sans que certains préalables juridiques
ne soient adoptés. Il s’agirait de définir et organiser, à travers un cadre juridique spécifique, les
différentes structures à intervenir dans le processus de cession, financement et garantie. Il serait
également question de préciser les prérogatives et privilèges relatifs à l’organisme qui sera
chargé du recouvrement des créances cédées à la structure de cantonnement.

Mettant en exergue le cas du CIH, compte tenu de sa gestion qui était peu orthodoxe, avait été
nourri par un plan de redressement en 2000. Ce dernier qui s’est matérialisé, entre autres, par
une aide financière accordée par les banques ainsi qu'une subvention étatique, qui n’ont pas
porté leurs fruits au fil des années. Ainsi, le CIH en 2004 était en difficulté financière avec un
taux de créances douteuses dépassant 50 % du total des encours, et avec une situation nette
négative. Etant donné ce constat, le CIH est devenu comme un malade mourant, en ayant assez
de sang dans le corps, mais pas assez pour se lever. La meilleure solution était de monter une
opération de défaisance afin de délaisser les dotations aux provisions nettes sur les créances en
souffrance, mais, vu l’état actuel de notre législation en ce qui concerne l’obstacle juridique,
cette opération était irréalisable. Ce qui a nécessité l’intervention de la CDG, en passant le CIH
sous son giron, tout en continuant l’opération de redressement avec une recapitalisation de 1,85
milliards de dhs.

En ajoutant qu’à la fin de 2017, on a aperçu l'idée de constituer un Fonds de défaisance pour y
loger les créances en souffrance que les banques marocaines détiennent sur le secteur
touristique en général et hôtelier en particulier, pour objectif de sortir des bilans et provisions
bancaires afin de permettre aux banques marocaines de financer de nouveau l'hôtellerie. Si le
projet aboutit, ce sera une avancée pour le Maroc.

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Bibliographie
DSCG 2 Finance : Manuel et applications / Auteur(s) : Barneto Pascal, Gregorio Georges /
Editeur : Dunod / Publication : 2009

Ingénierie financière : Fusions, acquisitions et autres restructurations des capitaux / Auteur :


Legros Georges/ Editeur : Dunod / Publication : 2016

Stratégie financière des groupes / Auteur(s): Legros Georges, Legros Benjamin / Editeur:
Ellipses / Publication: 2015

La titrisation et la défaisance en France, Dorothée Cavignaux , Alexandra Lemaitre

Webographie
http://www.maghrebtitrisation.ma/

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