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En octobre 2014, les troubles graves de la ZAD de Sivens et le décès d’un jeune homme ont conduit la
représentation nationale à s’interroger sur la manière dont le maintien et le rétablissement de l’ordre public
sont conduits en France.

La commission d’enquête (http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-enq/r2794.asp) qui en a été chargée ne s’est


pas préoccupée d’enquêter sur le drame de Sivens dont une information judiciaire établira les responsabilités, mais
de traiter du système de maintien de l’ordre français dans son intégralité, ouvrant ainsi un débat fondamental et ô
combien “nécessaire à notre temps”. Je considère comme de mon devoir de contribuer à ce débat. Du maintien de
l’ordre je pense pouvoir dire en effet que j’ai une expérience essentielle : ma réflexion sur cette fonction et cette
réalité fondamentales s’est développée d’abord lors de mon service au sein du Bureau défense de la DGGN, mais
surtout durant tout le temps pendant lequel j’ai commandé le Centre national d’entraînement des forces de Saint-
Astier, et dans la foulée la région de Gendarmerie de Picardie. L’expertise de ce domaine que l’on veut bien
généralement me reconnaître du fait de mon expérience tant opérationnelle que doctrinale et pédagogique m’a valu,
dès le lendemain de ces évènements dramatiques, d’être sollicité par de nombreux media, puis d’être auditionné par
la commission. Je puis aujourd’hui croiser mon parcours militaire avec mon nouvel engagement de chef d’entreprise
qui me permet de commencer à appréhender in vivo un environnement que la haute fonction publique ne peut
concevoir parce qu’elle n’en est pas. J’ai également, et là est peut-être ma plus grande légitimité, celle qui s’offre à
tous dans notre système démocratique, le devoir d’exprimer ce que ma conscience de citoyen libre peut tirer de
l’observation attentive des choses.

Or justement, l’enquête sur le drame de Sivens n’a pas concerné


seulement la gendarmerie, mais tout le système de maintien de l’ordre
français1, et on peut dire que le débat qu’elle a ouvert concerne
finalement le système politique français dans son entier.

En effet, le débat sur le maintien de l’ordre doit être analysé comme fondamentalement politique2, c’est-
à-dire qu’il renvoie à des choix fondamentaux pour notre société et pour notre État ; ces choix sont des
choix de sens, dans la mesure où ils doivent s’appuyer sur l’affirmation ou la réaffirmation des valeurs essentielles
qui fondent la problématique même de l’ordre public (c’est-à-dire politique) français. En effet, seules ces valeurs
peuvent constituer le cadre de sens nécessaire pour produire la politique de maintien de l’ordre (et notamment une
politique d’utilisation de la force) nécessaire face aux graves périls auxquels est confronté notre pays. Mais ce
débat si fondamental sur les valeurs est tellement difficile et tellement sensible qu’il est souvent noyé dans
des querelles sémantiques, notamment sur la question de la définition de l’ordre public.

Tout d’abord et en préliminaire, la question n’est pas technique.


Il ne s’agit pas en effet de se prononcer sur les caractéristiques ni sur la pertinence de l’outil dont dispose l’État
pour assurer en même temps la libre expression démocratique et le respect de l’ordre public républicain, et ceci
conformément à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Les escadrons de gendarmerie mobile (EGM) et
les compagnies républicaines de sécurité (CRS) sont des unités professionnelles parfaitement formées et
encadrées qui remplissent tactiquement et techniquement leur mission avec un grand sens républicain et un respect
pour la BLOG
dignité REMAINING x
humaine incontestable, comme l’ont rappelé les membres de la commission lors de leur visite au
1 SUBSCRIBE
Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie. La France est probablement le pays au monde qui a
poussé(HTTP://WWW.REVUEPOLIT
la science du maintien de l’ordre à son plus haut niveau avec une synergie parfaite entre unités

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territoriales et forces mobiles dans une approche tactique intégrée comme le démontre la Direction de
l’ordre public et de la circulation de la préfecture de Police à Paris et le Centre de planification et de gestion
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de crise pour la gendarmerie. La gradation des moyens, la traçabilité des ordres, le primat du groupe sur l’action
individuelle, la préservation de l’intégrité physique de l’adversaire structurent mentalement et physiquement l’action
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de nos forces au maintien de l’ordre (MO) et ce dans les contextes les plus dégradés. Certes, la dissolution de 15
EGM et la Economie (http://www.revuepolitique.fr/category/economie/)
dévaluation des effectifs des compagnies de CRS International
ont entraîné(http://www.revuepolitique.fr/category/international/)
un trou capacitaire insoluble. Celui-ci a
été pallié par le recours à des unités de circonstances peu ou pas formées
Vie du Parlement (http://www.revuepolitique.fr/category/parlement/)
au rétablissement de l’ordre. Ce point a
Culture (http://www.revuepolitique.fr/category/culture/)
fait l’objet d’une critique forte de la commission dans un environnement sécuritaire lié aux attaques terroristes ; elle
La Revue (http://www.revuepolitique.fr/category/revue/)
plaide pour une consolidation des forces de réserve générale que sontPanier (http://www.revuepolitique.fr/boutique/checkout/)
les unités de force mobile. Le gouvernement
semble avoir compris cette nécessité et vient de décider la création de 23 pelotons supplémentaires de
gendarmerie mobile.

Le débat n’est donc pas de cette nature. On pourra toujours ergoter sur le bien-fondé du maintien ou non de la
grenade offensive ou sur la probable remise en cause du lanceur de balles de défense de 40 mm, mais ce n’est pas
le cœur du sujet.

En réalité le premier débat est celui des valeurs, mais aussi celui de la sémantique,
du sens que l’on donne aux mots qui recouvrent une réalité.
Prenons donc un peu de recul. Et penchons-nous sur la signification des recommandations de la commission
d’enquête3. Celles-ci démontrent à notre sens que les problèmes rencontrés ne résultent pas à titre principal de
fragilités au niveau technico-tactique, soit la manœuvre opérationnelle stricto sensu.

Soyons clairs : certains atermoiements traduisent un phénomène


profond mais banalisé de fragilisation de l’État de droit, de recul de la
République.

Ils se manifestent notamment sous couvert du fameux concept “du désordre acceptable” ; mais doit-il annihiler toute
volonté ? Ils entraînent l’absence de directives nettes (facilitée par la suppression des réquisitions), mais aussi le
recul de l’autorité, et ceci au cœur de l’évènement, ainsi que le laissez-faire, alors même que des comportements
graves sont aisément qualifiables d’un point de vue pénal.

Le régime et par voie de conséquence ses grands serviteurs pourraient encore évoquer comme excuses
atténuantes le poids de la presse et de l’opinion publique. Or, la première, à de rares exceptions près, enkystée
dans des “mythes incapacitants”, et la seconde, dans son immense majorité, animée par le bon sens et le
discernement, expriment un refus croissant de la violence et de ces désordres qui constituent de nouvelles
oppressions. Elles le refusent d’autant plus qu’elles pressentent que notre société est entrée dans des épreuves qui
éprouveront douloureusement sa cohésion.

Revenons sur cette « acception large » du maintien de l’ordre qui nous paraît centrale et qui doit nous amener à
nous interroger, bien au-delà des travaux de ladite commission, sur les véritables mesures à prendre dès à présent.

Ces mesures doivent être à l’évidence conçues comme les réponses pour prévenir ou réduire les nouvelles
menaces qui touchent notre patrie. Or, peu de voix finalement s’élèvent encore aujourd’hui pour identifier ces
menaces et les analyser. Quelles sont-elles ? On peut, me semble-t-il, les analyser à deux niveaux : celui de
l’identité nationale française et celui de l’autorité de l’État.

Je voudrais tout d’abord revenir sur ce qui paraît être le préalable à toute chose, à savoir l’affirmation simple mais
forte, sans aucune concession, de notre identité, de l’intangibilité de nos valeurs, de l’indivisibilité de la République
se rapportant à sa réalité territoriale mais plus encore à sa densité spirituelle puisant dans son long cheminement
historique et philosophique et codifiant notre quotidien. Densité spirituelle dans laquelle se sont fondus
consciemment tant d’hommes et de femmes venus chercher un avenir meilleur en terre de France.
BLOG REMAINING x
1
Jacques Julliard, interviewé il y a quelques mois à propos de la gauche socialiste et des intellectuels, a eu cette
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phrase intéressante : “je ne vois pas pourquoi la France serait le seul pays au monde à ne pas avoir droit à une
(HTTP://WWW.REVUEPOLIT

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identité”44.

Nous ne pouvons plus ignorer en la matière les avertissements lancés par certains intellectuels, parfois sur les
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ruines de leurs propres illusions de jeunesse : Michel Onfray, Régis Debray… Écoutons et lisons le député Malek
Boutih (http://www2.assemblee-nationale.fr/deputes/fiche/OMC_PA610045)
Accueil (http://www.revuepolitique.fr/refonte/) Politiquedans le rapport qu’il vient de remettre
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au Premier ministre, intitulé Génération Radicale (http://www.boutih.fr/generation-radicale/)5. Écoutons et lisons Le
Economie (http://www.revuepolitique.fr/category/economie/) International (http://www.revuepolitique.fr/category/international/)
sursaut ou le chaos6 de Thibault de Montbrial… Ou relisons L’étrange défaite de Marc-Bloch où tout est dit comme
Vie du
pour un cruel Parlement (http://www.revuepolitique.fr/category/parlement/)
recommencement quand la lucidité qui est le premierCulture courage(http://www.revuepolitique.fr/category/culture/)
est condamnée par la lâcheté
7
rationalisée . La Revue (http://www.revuepolitique.fr/category/revue/) Panier (http://www.revuepolitique.fr/boutique/checkout/)

Il faudra aussi revenir sur la nécessité première de la réhabilitation des rites que sont le respect du
drapeau, l’hymne de la nation, ainsi que du culte de ceux qui ont donné leur vie pour la Patrie. Les récents
et tragiques événements de novembre ont montré leur évidence, et l’attachement profond du peuple
français à ces symboles fondamentaux de sa propre existence.

Car le premier combat est bien idéologique et c’est bien notre peu d’empressement à le mener, y compris et de
façon encore plus déconcertante au sein du monde militaire, qui a pour conséquence le double phénomène de
l’anomie générale et de l’émergence de foyers hostiles, selon une logique naturelle qui fait que la première favorise
la seconde.

Alexandre de Marenches déclarait dans Le secret des princes : “Nous avons dangereusement négligé la guerre
globale, celle qui, en plus de la guerre militaire, agresse les âmes, les cœurs, les esprits, les cerveaux…/… Si nous
négligeons cette forme d’agression qui est la plus dangereuse, nous serons vaincus. Nous sommes déjà en passe
de l’être puisque que nous ne croyons plus à grand-chose, alors qu’en face de nous, nous avons des gens
déterminés…/… aujourd’hui, on ne conquiert plus le terrain, on conquiert les âmes, on conquiert le psychisme. Une
fois qu’on a le psychisme, on a l’homme. Quand on a l’homme, le terrain suit”8.

“Nous sommes entrés dans l’ère de la violence globale”9. La dégradation de notre environnement régional, la
multiplication d’actes terroristes dont des pratiques empruntent aux modes opératoires les plus barbares et qui
confinent pour certains à de véritables actes de guerre, l’édification au cœur de nos territoires de zones très
peuplées et de plus en plus structurées par la délinquance organisée et l’idéologie salafiste, mais encore les
frustrations d’une France périphérique qui se sent doublement menacée, sur le plan identitaire et social… doivent
nous conduire à repenser “le maintien de l’ordre”. Mais pour cela encore faut-il avoir une conscience claire de ce
qu’il faut entendre par là. Aucune situation ne peut être plus délétère dans une démocratie lorsque le gouvernement,
les citoyens et les forces de l’ordre ne sont pas au clair et “en phase” sur cette question fondamentale10.

Dans la France d’aujourd’hui on ne peut que s’interroger sur la notion même de maintien de l’ordre et sa traduction
souvent attentiste, voire parfois démissionnaire par certaines autorités de l’État chargées dans les territoires de
garantir l’application de la loi. Les phénomènes zadistes sont en droit ni plus ni moins que de la sédition, voire des
phénomènes pré-insurrectionnels qui cumulent toutes les atteintes aux valeurs républicaines. On peut citer
pêle-mêle : – il y a le choix – la liberté d’aller et de venir, la liberté de la presse, l’atteinte aux droits de propriété, la
constitution de bandes armées qui de nuit, en réunion attaquent les représentants des forces de l’ordre avec des
moyens létaux (mortier, bouteilles incendiaires…), ces derniers faits très graves pouvant relever de la Cour
d’assises11.

Nous ne sommes pas dans de la contestation politique démocratique


mais bien dans la déstabilisation de l’État.

Durant des semaines, voire des mois, on constate la réitération d’actes graves dont la majorité des auteurs sont
identifiés, la mise en œuvre de chaînes logistiques et de sites internet de mobilisation. Se pose alors la question
non seulement de l’action administrative globale, mais surtout de celle de la justice. Le rétablissement de l’ordre est
donné comme relevant de la police administrative. Cessons de nous bercer de cette illusion franco-française. Le
BLOG REMAINING x
rétablissement de l’ordre participe de la police judiciaire qui vise à faire cesser les actes de délinquance, à
1 SUBSCRIBE
identifier les auteurs et à les placer dans les mains de la justice. Si les deux premiers éléments sont
(HTTP://WWW.REVUEPOLIT
généralement réalisés, le dernier chaînon manque fréquemment et ce défaut contribue à nouer le drame de façon

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inéluctable. Face aux nouvelles menaces nettement différentes des phénomènes de contestation traditionnels, le
maintien de l’ordre exige une manœuvre globale combinant l’immersion territoriale, une réponse judiciaire
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systématique, et une intervention adaptée par son volume et ses modes d’action des forces spécialisées. Le
sommet du G8 à Evian en juin 2003 est un exemple concret pour illustrer l’efficacité d’une telle démarche. En effet,
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un modèle opératoire de traitement judiciaire en temps réel dans une approche intégrée avait été fort pertinemment
Economie
mis en œuvre à (http://www.revuepolitique.fr/category/economie/)
cette occasion. Il plaçait les magistrats auInternational
cœur de (http://www.revuepolitique.fr/category/international/)
la réponse de l’État conciliant ainsi des
impératifs de neutralisation des activistes et de lisibilité de l’État de droit.Culture (http://www.revuepolitique.fr/category/culture/)
Vie du Parlement (http://www.revuepolitique.fr/category/parlement/)

Nous devons noterLaégalement que ces ZAD hypothèquent de manière


Revue (http://www.revuepolitique.fr/category/revue/) stérile des forces dont l’utilité est
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avérée en cas d’attaque terroriste pour contrôler certaines zones, à l’image des opérations de janvier et de
novembre 2015. La magnanimité dont font preuve certains à l’égard de ces individus est donc coupable à plus d’un
titre. C’est un déni de justice, c’est une atteinte aux valeurs républicaines de cohésion sociale et enfin c’est un
détournement des forces utiles à la protection de la nation en ces temps dangereux.

C’est ainsi que la transformation de la nature et de la durée des engagements a énormément complexifié la
situation.

Nous en arrivons finalement au second débat, c’est-à-dire à la question majeure des


défis opérationnels contemporains à l’ordre public.
La conception du maintien de l’ordre public sur laquelle s’appuient de manière générale les autorités politiques et les
forces de l’ordre aujourd’hui a été élaborée à une époque de contestations essentiellement politiques et syndicales,
avec l’impératif de conserver la permanence du dialogue politique, car une sortie de crise négociée était réalisable.
Cette conception ne fonctionne plus qu’à la marge. En effet, les actions de rétablissement de l’ordre
s’inscrivent de plus en plus dans un contexte insurrectionnel avec la négation même de la négociation.
Les ZAD viennent s’ajouter aux séditions de certains quartiers sensibles aux mains de gangs mafieux et en
outre-mer l’existence de zones de non droit criminels. Les dissidences anarchiste et criminelle nient par essence les
valeurs républicaines et le pacte traditionnel autour de l’ordre public. Ne pas vouloir entendre cette évolution conduit
à délégitimer l’autorité de l’État et contrevenir au principe d’égalité des citoyens devant la loi.

Les faits sont là. Il faut désormais pouvoir à tout moment faire face à des phénomènes de violence très aigus. Que
ce soient des délinquants armés de plus en plus déterminés, ou plus encore des terroristes engagés dans des
cycles de tuerie aveugle ou des objectifs sélectifs touchant des individus, des installations… L’intervention doit être
rapide et relève, par nécessité, de l’engagement premier des militaires des unités territoriales, en tous cas en ce qui
concerne la gendarmerie, comme l’a démontré l’accrochage avec les frères Kouachi géré par deux gendarmes
départementaux. Nous retrouvons là le concept de “primo intervenants” porté par le général Favier, directeur
général de la gendarmerie nationale : celui-ci marque une rupture avec le concept fondé sur la mise en place d’un
dispositif d’attente (périmètre de sécurité…) et l’intervention des forces d’intervention spécialisée de type GIGN.

Cela oblige à une reconsidération de l’outil humain, dans son recrutement et dans sa formation initiale et
continue. Cela oblige à des adaptations des équipements et notamment de l’armement. Une première
mesure simple consisterait à reverser dans les unités les fusils d’assaut aujourd’hui stockés avec des dotations en
munitions adaptées pour contrer la menace et durer dans le temps. Cela oblige à repenser les casernes de
gendarmerie. Cela oblige à un affermissement de la culture militaire avec un recentrage des cœurs et des esprits
sur le primat de la mission. Cependant il faut rappeler que les récentes décisions de l’Union européenne sur le
temps de travail et de la Cour européenne des droits de l’homme sur le problème de la représentation des militaires
constituent autant de potentialités de déstabilisation du système militaire12.

Cela oblige encore à un repositionnement de la hiérarchie de contact qui doit être une hiérarchie de décision et
d’action.

Mais surtout, cela oblige à repenser la place des forces de l’ordre et notamment de la gendarmerie, dans la capacité
générale d’action et de défense de la société contre un ennemi de moins en moins identifiable parce qu’il se trouve
en son sein même.
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Cette place doit être repensée dans un rapport nouveau aux citoyens. À
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cet égard, l’importance de ce que l’on peut appeler le “lien armée-nation”
n’est pas qu’une vieille lune : il fait partie Politique
Accueil (http://www.revuepolitique.fr/refonte/) de la conscience que la nation a
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d’elle-même, de son existence et de sa force en tant que telle.
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Vie du Parlement (http://www.revuepolitique.fr/category/parlement/) Culture (http://www.revuepolitique.fr/category/culture/)


Il peut prendre plusieurs formes : il peut être un simple état de conscience, dans une société qui n’est pas
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confrontée à des conflits ou à des agressions majeures ; mais il peut aussi déboucher sur l’action, dans l’implication
volontaire des citoyens dans la lutte contre le désordre et les agressions si celles-ci deviennent très graves. Ceci
n’a rien de particulièrement extraordinaire. L’histoire de la France ou du Royaume-Uni, pour ne prendre que
l’exemple des deux plus grandes puissances européennes, en est pleine. Des gardes nationales aux réservistes et
aux rassemblements de citoyens inquiets aujourd’hui, aux special constables ou à la Yeomanry13, ou encore plus
récemment à l’Ulster Defence Regiment14 pour le Royaume-Uni qui a une tradition beaucoup plus ancienne et
constitutionnelle de l’intervention des citoyens dans le maintien de l’ordre public15, l’engagement des citoyens est
une constante historique du fonctionnement de l’État et de la démocratie en Europe, on l’oublie trop
souvent.

Aujourd’hui on évoque le concept de “Garde nationale”. Celle-ci existe déjà : ce sont les 30 000 réservistes
opérationnels de la gendarmerie qui sont au quotidien intégrés dans les forces d’active. Mais le véritable défi est de
restaurer une véritable capacité de défense opérationnelle du territoire implantée réellement dans celui-ci en
s’appuyant notamment sur le maillage des groupements de gendarmerie départementale. Elle permettra non
seulement de mieux tenir le territoire dans le temps et la profondeur, mais aussi de libérer les forces de manœuvre
(les forces mobiles et l’armée de terre) indispensables à l’action principale. À cet effet, il convient d’évoluer vers
une semi-professionnalisation du réserviste opérationnel (systématiser des contrats a minima de trente jours,
seuil de compétence et de reconnaissance), ce qui démultipliera la disponibilité globale. Par ailleurs, l’efficacité doit
redevenir le critère majeur en privilégiant un encadrement resserré de grande qualité (filière d’officiers et de gradés
de réserve).

Les réservistes citoyens doivent également mieux trouver leur place dans la manœuvre globale contre les nouvelles
menaces.

Des phénomènes de masse sont également à prendre en considération. L’histoire de notre pays démontre qu’ils
furent récurrents, alors même qu’il était caractérisé par une homogénéité culturelle et ethnique. Ces phénomènes de
masse pourront avoir comme origine un fait mineur qui fera office de catalyseur. Qu’ils s’appuient sur des
groupes structurés aux desseins déjà identifiés, ou qu’ils soient portés par une amplification irrationnelle,
ils seront nourris par les réseaux sociaux très ramifiés que permettent les nouvelles technologies.

Ils pourront prendre la forme de vagues déferlantes sur les centres urbains, ou de quartiers ou de villes entrant en
sédition ouverte…

Ils appelleront des réponses très rapides et incisives, là aussi selon des processus de décision raccourcis qui
obligeront les autorités locales responsables de l’ordre public et les commandants des forces de l’ordre.

Se pose ainsi la question de la montée en puissance des forces à partir d’un pré-positionnement, notamment dans
la capitale et les mégapoles majeures, de leur suffisance numérique, et bien évidemment de leur préparation et leurs
équipements. Ces questions touchent particulièrement la gendarmerie mobile dont il convient de repenser
l’architecture générale, de renforcer les effectifs, de davantage encore militariser la formation, et de rénover les
dotations en armement individuel et collectif, et en blindés. En d’autres termes, il est essentiel de restaurer la
gendarmerie mobile telle que conçue sous la IIIe République (Garde républicaine mobile), comme force de
maintien de l’ordre mais également comme force combattante, pivot de la défense intérieure de la nation. Le
dernier rapport d’évaluation (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/144000052/) de la loi du 3 août
2009 relative à la gendarmerie nationale rédigé par le député Hugues Fourage (http://www2.assemblee-nationale.fr
/deputes/fiche/OMC_PA609775)
BLOG REMAINING et x le sénateur François Pillet (http://www.senat.fr/senateur
1 SUBSCRIBE
/pillet_francois07034q.html) est à cet égard riche d’enseignements. Retenons en particulier un extrait tiré de sa
conclusion(HTTP://WWW.REVUEPOLIT
: “Son caractère de force armée fait incontestablement la force de la gendarmerie. Il lui permet

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d’accomplir avec performance ses missions, en tous lieux et en tous temps. Ses spécificités sont certainement un
atout pour la France et il appartient de ne pas fragiliser ou laisser progressivement, par facilité ou par
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méconnaissance, se fissurer cet édifice. Le respect de cet objectif politique établi clairement par la loi du 3 août
2009, sera sans doute un point fondamental que contrôleront les rédacteurs des prochains rapports d’évaluation de
Accueil (http://www.revuepolitique.fr/refonte/) Politique (http://www.revuepolitique.fr/category/politique/)
la loi”.
Economie (http://www.revuepolitique.fr/category/economie/) International (http://www.revuepolitique.fr/category/international/)
Comme je l’avais évoqué dans un article de doctrine16 rédigé en collaboration avec Anne Mandeville, l’armée de
terre joueraVie
undurôle
Parlement
accru (http://www.revuepolitique.fr/category/parlement/)
sur le territoire national. Elle le fait déjà dansCulture
une(http://www.revuepolitique.fr/category/culture/)
démarche de prévention. Elle aura
vocation à le faire selon un engagement
La Revue collectif et massif, notammentPanier
(http://www.revuepolitique.fr/category/revue/) pour (http://www.revuepolitique.fr/boutique/checkout/)
assurer des bouclages de secteurs qui
devront être traités, dans la mesure du possible, par les forces de sécurité intérieure. Le maintien de leurs effectifs
pour faire face à leurs engagements extérieurs mais désormais pour assurer leur mission à l’intérieur est une
nécessité que j’ai d’ailleurs évoquée durant mon audition devant la commission d’enquête.

Le renseignement est évidemment capital pour prévenir les agressions tant individuelles que massives qui
entament la résilience de la nation. Il s’appuiera qu’on, le veuille ou non, sur les évolutions technologiques et
marquera un rééquilibrage entre les impératifs de la défense du corps social et les exigences des libertés publiques.
La fonction renseignement devra être assumée à tous niveaux, et mieux comprise comme une architecture
pyramidale dont la base est ancrée au sol, non le contraire.

Ce renseignement est de nature à permettre des réactions rapides relevant, y compris selon l’évolution et la
dimension de l’évènement, d’une nécessaire centralisation de la conduite des opérations s’appuyant sur une
planification et une exigence d’anticipation, comme l’ont démontré encore récemment le directeur de la gendarmerie
et à son niveau le ministre de l’Intérieur.

Il y a maintenant près de dix ans nous définissions dans l’article cité plus haut “l’enjeu politique d’aujourd’hui“ comme
celui de “policer un monde en désordre“17. Ceci implique de redéfinir l’ordre, non pas sur un plan juridique et
technique mais sur le plan des valeurs, afin d’être à même de résoudre la question fondamentale du choix des
moyens de le maintenir, celui d’un “système“ de maintien de l’ordre, et notamment du choix et de l’utilisation des
instruments de force pour l’imposition du respect de cet ordre, au plan interne mais aussi au plan international. Le
militaire est au centre de cette redéfinition, comme nous l’expliquions dans ce même article, car la considération du
militaire est “facilitée, voire déterminée par de nouvelles réalités. L’action militaire réinvestit le champ global des
interactions individuelles et collectives, intra-étatiques et interétatiques, dans un processus de reconsidération
globale de la fonction de maintien de l’ordre“18.

Comme l’écrivait Charles de Gaulle, “valeur militaire, vertu des armes, peines et services des soldats, il n’y a point
sans cela de pays qui se tienne ou qui se remette debout ».

Bertrand Cavallier, Général de division (2S)

—————

(1) Cette commission a rendu ses conclusions et ses recommandations dans un rapport enregistré à la présidence
de l’Assemblée nationale le 21 mai 2015. Elle a formalisé des propositions pertinentes, souvent inspirées de celles
portées par la direction générale de la gendarmerie nationale. D’aucunes concernent la chaîne hiérarchique globale
: par exemple,“clarifier les rôles respectifs de l’autorité civile et des forces mobiles“ (proposition 2) ; et “assurer la
présence permanente de l’autorité civile pendant les opérations de maintien de l’ordre“ (proposition 3). D’autres
relèvent du domaine judiciaire quand elles préconisent de “rappeler le dispositif actuel des interdictions judiciaires
de manifester sur la voie publique (proposition 7)“.
(2) Voir Anne Mandeville, Le système de maintien de l’ordre public du Royaume-Uni : modèle européen ou exception
culturelle ? (volume 1, introduction), Publibook, Paris, 2015.
(3) Dont l’une est d’ailleurs qualifiée de “rappel“.
(4) Vincent Tremolet de Villers, “Le PS s’éloigne du Peuple, les intellectuels s’en rapprochent“, Le Figaro, 5 juin
2015.
(5) Malek Boutih, Génération radicale, juin 2015. http://www.boutih.fr/wpcontent/uploads/ 2015/07/G%C3%A9n
%C3%A9ration-radicale.pdf (http://www.boutih.fr/wpcontent/uploads/
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(6) Thierry de Montbrial, Le sursaut ou le chaos, Plon, Paris, 2015.
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(7) Marc Bloch, “Examen de conscience d’un Français“, in L’Etrange défaite, Société des Éditions Franc-Tireur,
Paris, 1946.
(http://www.revuepolitique.fr)
(8) Alexandre de Marenches, Christine Ockrent, Dans Le secret des princes, Stock, Paris, 1986.
(9) Bertrand Cavallier, Discours de présentation du CNEFG lors de la visite du ministre de la Défense, Michèle
Accueil (http://www.revuepolitique.fr/refonte/) Politique (http://www.revuepolitique.fr/category/politique/)
Alliot-Marie, à Saint-Astier, le 4 avril 2003.
Economie
(10) On peut (http://www.revuepolitique.fr/category/economie/)
voir sur ce sujet les réflexions toujours d’actualité International (http://www.revuepolitique.fr/category/international/)
de la politologue Anne Mandeville à propos de la
situation enVie
Irlande du Nord il y a quelques années in L’Armée britannique
du Parlement (http://www.revuepolitique.fr/category/parlement/)
en Irlande du Nord : Contribution à une
Culture (http://www.revuepolitique.fr/category/culture/)
théorie du maintien de l’ordre, plus particulièrement la section 1 du chapitre 3 du titre 1, “maintenir un ordre : quel
La Revue (http://www.revuepolitique.fr/category/revue/)
ordre ?“, Toulouse, publications du Centre d’études et de recherche surPanier (http://www.revuepolitique.fr/boutique/checkout/)
l’Armée, 1983.
(11) Article 222-14-1 du Code pénal.
(12) Voir notamment : http://www.opex360.com/2015/07/10/comment-la-directive-europeenne-sur-le-temps-
de-travail-va-t-elle-sappliquer-aux-militaires/ (http://www.opex360.com/2015/07/10/comment-la-directive-
europeenne-sur-le-temps-de-travail-va-t-elle-sappliquer-aux-militaires/)
(13) Voir Anne Mandeville, Le système de maintien de l’ordre public du Royaume-Uni : modèle européen ou
exception culturelle ? op.cit.
(14) Voir Anne Mandeville, “Format organisationnel et violence de l’État : le cas de l’Ulster Defence Regiment en
Irlande du Nord“, in Philippe Braud (sous la direction de), La violence politique dans les démocraties occidentales,
Éditions l’Harmattan, Paris, 1993, pp. 205-226.
(15) Voir Anne Mandeville, Le système de maintien de l’ordre public du Royaume-Uni : modèle européen ou
exception culturelle ?, tome I, op.cit.
(16) Bertrand Cavallier et Anne Mandeville, “La renaissance du système militaire comme acteur essentiel de la
fonction de police globale contemporaine“ Revue Inflexions n°4, octobre-novembre-décembre 2006.
(17) Ibidem, p. 47.
(18) Ibidem, p. 51.

1. Cette commission a rendu ses conclusions et ses recommandations dans un rapport enregistré à la
présidence de l’Assemblée nationale le 21 mai 2015. Elle a formalisé des propositions pertinentes, souvent
inspirées de celles portées par la direction générale de la gendarmerie nationale. D’aucunes concernent la
chaîne hiérarchique globale : par exemple,“clarifier les rôles respectifs de l’autorité civile et des forces
mobiles“ (proposition 2) ; et “assurer la présence permanente de l’autorité civile pendant les opérations de
maintien de l’ordre“ (proposition 3). D’autres relèvent du domaine judiciaire quand elles préconisent de
“rappeler le dispositif actuel des interdictions judiciaires de manifester sur la voie publique (proposition 7)“.
2. Voir Anne Mandeville, Le système de maintien de l’ordre public du Royaume-Uni : modèle européen ou
exception culturelle ? (volume 1, introduction), Publibook, Paris, 2015.
3. Dont l’une est d’ailleurs qualifiée de “rappel“.
4. Vincent Tremolet de Villers, “Le PS s’éloigne du Peuple, les intellectuels s’en rapprochent“, Le Figaro, 5 juin
2015.
5. Malek Boutih, Génération radicale, juin 2015. http://www.boutih.fr/wpcontent/uploads/ 2015/07/G%C3%A9n
%C3%A9ration-radicale.pdf (http://www.boutih.fr/wpcontent/uploads/%202015/07/G%C3%A9n%C3
%A9ration-radicale.pdf)
6. Thierry de Montbrial, Le sursaut ou le chaos, Plon, Paris, 2015.
7. Marc Bloch, “Examen de conscience d’un Français“, in L’Etrange défaite, Société des Éditions Franc-Tireur,
Paris, 1946.
8. Alexandre de Marenches, Christine Ockrent, Dans Le secret des princes, Stock, Paris, 1986.
9. Bertrand Cavallier, Discours de présentation du CNEFG lors de la visite du ministre de la Défense, Michèle
Alliot-Marie, à Saint-Astier, le 4 avril 2003.
10. On peut voir sur ce sujet les réflexions toujours d’actualité de la politologue Anne Mandeville à propos de la
situation en Irlande du Nord il y a quelques années in L’Armée britannique en Irlande du Nord : Contribution à
une théorie du maintien de l’ordre, plus particulièrement la section 1 du chapitre 3 du titre 1, “maintenir un
ordre : quel ordre ?“, Toulouse, publications du Centre d’études et de recherche sur l’Armée, 1983.
11. Article 222-14-1 du Code pénal.
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1 12. Voir notamment
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: http://www.opex360.com/2015/07/10/comment-la-directive-europeenne-sur-le-temps-
de-travail-va-t-elle-sappliquer-aux-militaires/ (http://www.opex360.com/2015/07/10/comment-la-directive-
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13. Voir Anne Mandeville, Le système de maintien de l’ordre public du Royaume-Uni : modèle européen ou
exception culturelle ? op.cit.
(http://www.revuepolitique.fr)
14. Voir Anne Mandeville, “Format organisationnel et violence de l’État : le cas de l’Ulster Defence Regiment en
Irlande du Nord“, in Philippe Braud (sous la direction de), La violence politique dans les démocraties
Accueil (http://www.revuepolitique.fr/refonte/) Politique (http://www.revuepolitique.fr/category/politique/)
occidentales, Éditions l’Harmattan, Paris, 1993, pp. 205-226.
15. VoirEconomie (http://www.revuepolitique.fr/category/economie/)
Anne Mandeville, Le système de maintien de l’ordre International (http://www.revuepolitique.fr/category/international/)
public du Royaume-Uni : modèle européen ou
exception culturelle ?, tome I, op.cit.
Vie du Parlement (http://www.revuepolitique.fr/category/parlement/) Culture (http://www.revuepolitique.fr/category/culture/)
16. Bertrand Cavallier et Anne Mandeville, “La renaissance du système militaire comme acteur essentiel de la
La Revue (http://www.revuepolitique.fr/category/revue/)
fonction de police globale contemporaine“ Revue Inflexions n°4, Panier (http://www.revuepolitique.fr/boutique/checkout/)
octobre-novembre-décembre 2006.
17. Ibidem, p. 47.
18. Ibidem, p. 51.

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