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Eurocodes pour

les Structures Mixtes


Élaboration d'une
Approche Transnationale

Formation : Eurocode 4
Cours 6 : Poutres simplement appuyées
Résumé :
 Les méthodes de détermination des Classes de section sont similaires pour les sections métalliques
et mixtes mais certaines différences existent.
 Le moment résistant des sections de Classe 1 et 2 est déterminé plastiquement, la formulation
dépend de la position de l'axe neutre plastique.
 Le moment résistant des sections de Classe 3 est déterminé de manière élastique et prend en
compte le fluage ainsi que des considérations plus particulières propres aux bâtiments de stockage.
 La résistance au cisaillement vertical est due à la section métallique seule.
 La connexion au cisaillement longitudinal (nombre et type de connecteurs, armatures de la dalle)
est déterminée à partir des efforts transmis entre la section métallique et la dalle de béton.
 En présence d'un nombre limité de connecteurs de cisaillement, la poutre peut être calculée en
interaction partielle, le moment résistant est alors déterminé en se basant sur l'effort longitudinal
transmis entre la section métallique et la dalle de béton.
 Les limites de flèche sont définies de la même manière que dans l'EC3 pour les sections
métalliques seules.
 La fissuration du béton peut être contrôlée en assurant une quantité minimale d'armatures dans la
dalle et en limitant leur diamètre et leur espacement.

Prérequis :
 Leçon 1 : Introduction à la Construction Mixte - pour les personnes qui ne sont pas familières à la
construction mixte.
 Leçon 2 : Introduction à l'EC4 – souligne le concept du code et explique le vocabulaire et la
notation.
 Leçon 3 : Modélisation structurale – présente l'ensemble des notions techniques tel que la largeur
effective et la classification en relation avec l'analyse globale et l'analyse sous conditions de
service.

Notes destinées aux Formateurs


Cette leçon constitue un cours de 60 minutes.
Eurocodes pour les Structures mixtes – Élaboration d'une Approche Transnationale

Objectifs :
 Mettre en évidence les vérifications qui sont nécessaires à la fois aux états limites ultimes et de
service.
 Décrire comment déterminer la classification des sections mixtes et les reclassements possibles.
 Expliquer les procédures de calcul du moment plastique résistant des sections de Classe 1 et 2 en
fonction de la position de l'axe neutre plastique.
 Expliquer les procédures de calcul du moment élastique résistant des sections de Classe 3 en
fonction de la méthode de construction et en considérant particulièrement les bâtiments utilisés
principalement pour le stockage
 Décrire les procédures simplifiées de vérification de la résistance au cisaillement vertical dans les
poutres mixtes.
 Expliquer comment la connexion au cisaillement longitudinal est calculée.
 Introduire le concept d'interaction partielle et décrire comment il affecte le calcul du moment
résistant.
 Mettre en évidence les règles de contrôle des flèches et de fissuration du béton à l'état limite de
service.

Références :
 EC4 : EN 1994-1-1 : Eurocode 4 (Draft 2) : Design of Composite Steel and Concrete Structures
Part 1.1 : General rules and rules for buildings.

Table des matières :


1. Introduction
2. Vérifications à l'état limite ultime
2.1 Types de vérification
2.2 Classification des sections de poutres mixtes
2.2.1 Classification de la semelle comprimée
2.2.2 Classification de l'âme
2.3 Moment plastique résistant de calcul des sections de Classe 1 et 2
2.3.1 Axe neutre plastique situé dans l'épaisseur de la dalle
2.3.2 Axe neutre plastique situé dans la semelle de la poutre en acier
2.3.3 Axe neutre plastique situé dans l'âme de la poutre en acier
2.4 Moment élastique résistant (Sections de Classe 3)
2.4.1 Poutres mixtes étayées des bâtiments en général
2.4.2 Poutres mixtes étayées des bâtiments de stockage
2.4.3 Poutres mixtes non étayées des bâtiments en général
2.4.4 Poutres mixtes non étayées des bâtiments de stockage
2.5 Résistance au cisaillement – Influence sur le moment résistant
3. Calcul de la connexion des poutres simplement appuyées de Classe 1 et 2
3.1 Interaction complète
3.2 Interaction partielle
3.2.1 Connecteurs ductiles
3.2.2 Calcul des poutres en connexion partielle
3.3 Cas de charges plus complexes
4. Calcul de la connexion des poutres de Classe 3 et 4
5. Armatures transversales
6. État limite de service
6.1 Généralités
6.2 Flèches
6.3 Fissuration du béton
7. Conclusions

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1. Introduction
Une poutre mixte est constituée d'une poutre en acier, faite d'une section laminée à chaud ou
reconstituée par soudage, et d'une dalle en béton armé (ou éventuellement précontraint). Cette
dalle est solidarisée à la semelle supérieure de la poutre en acier par des organes de connexion
qui assurent l'action mixte.
Tout comme les poutres en acier, les poutres mixtes sont l'objet de vérifications à la fois aux
états limites ultimes et de service. Cette leçon aborde les principales vérifications qu'il est
nécessaire d'effectuer pour les poutres simplement appuyées. Cette leçon comprend donc des
procédures de calcul du moment résistant qui dépendent de la classification des sections et de la
position de l'axe neutre. Le moment élastique résistant dépend de la méthode de construction et
de la destination éventuelle du bâtiment au stockage. Dans ce cas, le chargement doit être
considéré comme un chargement à long terme. La vérification au cisaillement vertical est
similaire à celle s'appliquant aux poutres métalliques seules. Le calcul de la connexion au
cisaillement est discuté pour l'interaction complète ou partielle. Les règles en matière
d'armatures transversales sont également décrites. Le calcul au service est basé sur une analyse
élastique et concerne les flèches et le contrôle de la fissuration du béton. Les procédures de
calcul s'y rapportant sont expliquées.

2. Vérifications à l'état limite ultime

2.1 Types de vérification


Les poutres mixtes simplement appuyées doivent être vérifiées vis-à-vis de la résistance à la cl. 6.2.1
flexion, la résistance de la connexion au cisaillement longitudinal, la résistance au cisaillement
longitudinal de la dalle de béton et la résistance au cisaillement en prenant en compte le
voilement éventuel
La section d'une poutre mixte est constituée d'une largeur effective de dalle agissant de pair
avec la poutre métallique. Des détails sur la manière de déterminer la largeur effective sont
donnés à la leçon 3.

2.2. Classification des sections de poutres mixtes


Lors de l'analyse globale des poutres mixtes, il importe éventuellement de tenir compte de la cl. 5.3
possibilité de voilement local. On est donc amené à définir des Classes de section, à l'instar de
ce qui se fait en construction métallique. Les détails de l'influence de la classification sur
l'analyse sont donnés à la Leçon 3 mais une description générale des différentes Classes et de
leur détermination pour les poutres simplement appuyées (en flexion positive) sont donnés ici.
La description générale de ces différentes Classes est la suivante :
 Classes 1 et 2 : la section est capable de développer le plein moment de résistance plastique cl. 5.3.1
M+pl.Rd ; Les sections de Classe 1 possèdent également une capacité de rotation après la
formation d'une rotule plastique, mais cela ne présente pas d'intérêt pour les poutres
simplement appuyées.
 Classe 3 : en raison d'un phénomène de voilement local élastoplastique dans une zone
comprimée de la section métallique, la valeur du moment de résistance de la section ne peut
atteindre celle du moment de résistance plastique mais excède celle correspondant à
l'atteinte de la limite d'élasticité dans l'une des fibres extrêmes de la section en acier.
 Classe 4 : le voilement local dans la section en acier a lieu avant l'atteinte la limite élastique
dans la fibre la plus sollicitée.
Dans l'Eurocode 4, les limites fixées aux minceurs de la semelle comprimée et de l'âme (c/t et cl. 5.3.2
d/t respectivement) d'une poutre en acier sont identiques à celles de l'Eurocode 3. Une section cl. 5.3.3
est classifiée selon la Classe la moins favorable des éléments en acier comprimée. Pour une
poutre mixte simplement appuyée, il peut s'agir de la semelle métallique supérieure ou
éventuellement de l'âme de la section métallique.

2.2.1 Classification de la semelle comprimée


Pour les poutres simplement appuyées, la dalle de béton prévient le voilement de la semelle cl. 5.3.2
comprimée grâce aux connecteurs de cisaillement les reliant. Le voilement de la semelle peut

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donc être considéré comme impossible et la semelle peut être considérée de Classe 1. Pour les
poutres partiellement enrobées (poutres présentant du béton entre les semelles mais sans
connexion au cisaillement à la dalle), les limites d'élancement pour la classification sont Tableau
données au Tableau ci-dessous (Tableau 5.4 de l'EC4). 5.4

Distribution de contraintes
(compression positive)

Classe Type Limite


1 Laminé c/t  10
Soudé c/t  9
2 Laminé c/t  15
Soudé c/t  14
3 Laminé c/t  21
Soudé c/t  20

Tableau 1. Classification des semelles métalliques


comprimées des sections partiellement enrobées (suivant
Tableau 5.4 de l'EC4)
c = distance entre l'âme et l'extrémité de la semelle
t = épaisseur de la semelle
 = (235/fy)

2.2.2 Classification de l'âme


Lorsque l'axe neutre plastique de la section mixte se situe dans la dalle ou dans la semelle EC3
adjacente, cette dernière étant présumée de Classe 1, la section mixte peut être considérée Tableau
comme étant de Classe 1 puisque l'âme est totalement tendue. Si par contre, l'axe neutre 5.2a
plastique se situe dans l'âme, l'élancement de l'âme doit être vérifié suivant le Tableau 5.2a de
l'EC3 afin de déterminer la Classe de l'âme et ensuite de la section. Cela est rarement le cas pour
les poutres simplement appuyées, ce cas est décrit à la Leçon 7 traitant des poutres continues.
L'Eurocode 4 permet par ailleurs certains reclassements des sections pour autant toutefois que la cl. 5.3.3.2
semelle comprimée en acier soit de Classe 1 ou 2 :
 Une âme de Classe 3 enrobée de béton peut être assimilée à une âme de Classe 2 de même
section ;
 Une âme de Classe 3 non enrobée peut être reclassée en Classe 2 équivalente en considérant
une hauteur efficace d'âme comprimée constituée de deux parties de même hauteur 20  t
(avec  = (235/fy)), qui sont attachées aux fibres extrêmes de la zone comprimée. Cette
possibilité vise à modérer la discontinuité existant entre les Classes 2 et 3, la classification
d'une âme étant très sensible à de faibles modifications de l'aire des armatures longitudinales
ou de la largeur participante de la dalle.

2.3 Moment plastique résistant de calcul des sections de Classe 1


et 2
La résistance au moment fléchissant d'une section de Classe 1 ou 2 est déterminée par le calcul cl. 6.3.1.2
plastique. On adopte les hypothèses simplificatrices suivantes :
 On dit alors qu'on est en interaction complète. (Le cas d'un moment de résistance plastique
réduit en raison d'une connexion partielle est traité plus loin).
 Toutes les fibres de la poutre en acier, y compris celles situées au voisinage immédiat de
l'axe neutre, sont plastifiées en traction ou en compression. Les contraintes sur ces fibres
sont donc égales à  fy/a.
 La distribution des contraintes sur la hauteur de la zone de béton comprimé est uniforme et

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égale à 0,85 fck/c. Le facteur 0,85 intègre les différences existant entre la résistance de
référence obtenue sur éprouvette cylindrique et la résistance réelle observée dans un élément
structural.
 La résistance du béton en traction est négligée et est donc prise égale à 0.
 Les armatures de la dalle sont, lorsqu'elles sont sollicitées en traction, plastifiées sous la
contrainte de calcul fsk/s.
 La contribution des armatures au moment de résistance de la section est faible et peut être
négligée dans toute partie comprimée de la dalle en béton. (L'EC4 permet la prise en
compte des armatures comprimées sollicitées à leur contrainte de calcul mais ne permet pas
la prise en compte de la tôle profilée comprimée en présence d'une dalle mixte).
L'EC4 ne mentionne pas explicitement des expressions du moment résistant mais les
paragraphes suivants développent l'analysée basée sur les principes ci-dessus. Pour
l'établissement des formules présentées ci-après, on considère le cas général où la dalle est
constituée d'une dalle mixte dont l’axe des ondes de la tôle profilée est perpendiculaire à l'axe
longitudinal de la poutre en acier. La hauteur maximale possible de béton comprimé se réduit
alors à l'épaisseur hc de la partie de la dalle située au-dessus du sommet des ondes de la tôle, la
hauteur des ondes étant désignée par h p. Ces formules restent d’application dans le cas d'une
dalle pleine à condition d'y poser h p = 0. On admet également, par souci de simplicité, que la
section en acier est doublement symétrique ; le principe des calculs reste le même si cette
condition n’est pas respectée mais les formules nécessitent bien sûr quelques adaptations non
reprises ici. L'expression de la valeur de calcul du moment positif de résistance plastique M +pl.Rd
dépend de la position de l'axe neutre plastique ; dès lors, on distingue trois cas, examinés
successivement ci-après.

2.3.1 Axe neutre plastique situé dans l'épaisseur de la dalle


Désignons respectivement par Fa et Fc les résistances axiales plastiques de la poutre en acier (en
traction) et de la dalle en béton (en compression), à savoir :
Fa= Aa fy / a (1)
Fc= hc b+eff (0,85 fck/c) (2)
où Aa est l'aire de la section de la poutre en acier et b +eff la largeur efficace de la dalle en flexion
positive. L’axe neutre de flexion plastique se trouve localisé dans l'épaisseur h c du béton de la
dalle si Fc > Fa et détermine l'équilibre de translation de la section mixte.

( c o m p r e s s io n )
+ 0 ,8 5 f 
b
e ff ck / c

hc A .N .P . z F
c1
hp

ha / 2
ha Fa

ha / 2

f y / a

( tr a c tio n )

Figure 1. Distribution plastique des contraintes normales :


cas de l'axe neutre plastique dans la dalle (flexion
positive)

La cote z de l'axe neutre plastique (A.N.P.) définie par rapport à la face supérieure de la dalle
(Figure 1), est donnée par :
z = Fa / ( b+eff.0,85 fck / c )  hc (3)
Calculant le moment résistant par rapport au point d'application de la résultante de compression,
on obtient le moment résistant de calcul :

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M+pl.Rd = Fa (0,5 ha + hc+hp-0,5 z) (4)

2.3.2 Axe neutre plastique situé dans la semelle de la poutre en


acier

tf
bf

Figure 2. Distribution plastique des contraintes normales :


cas de l'axe neutre plastique dans la semelle (flexion
positive)

L'axe neutre de flexion plastique se trouve localisé dans la semelle en acier si N cf < Npla. La cote
z de l'axe neutre plastique est donc supérieure à l'épaisseur totale de la dalle (h c+hp). Pour que
l'axe neutre plastique se situe dans la semelle d'épaisseur tf et de largeur bf , il faut en plus que :
Fa1  b f t f f y /  a (5)
ou
Fa  Fc  2 b f t f f y /  a (6)
La statique est inchangée si deux résultantes Fa1 égales mais opposées, appliquées au centre de
gravité de la partie comprimée sont ajoutées aux efforts de la Figure 2. L'équilibre de translation
conduit alors à
Fc  2 Fa1  ( Fa 2  Fa1 )  0 (7)
Remarquant que Fa  Fa1  Fa 2 , on en déduit :
Fa1  0 ,5( Fa  Fc ) (8)
ou
Fa  Fc  2 Fa1
(9)
La cote z se calcule aisément en remarquant que la hauteur de semelle comprimée est [z – (h c +
hp)], de sorte que Fa1  b f ( z  hc  h p ) f y /  a , d'où :
Fa = Fc +2 bf (z-hc-hp).fy / a (10)
Calculant le moment résistant par rapport au centre de gravité du béton, on trouve le moment
résistant de calcul :
M pl .Rd  Fa ( 0 ,5 ha  0 ,5hc  h p )  0 ,5( Fa  Fc )( z  h p )
(11)

2.3.3 Axe neutre plastique situé dans l'âme de la poutre en acier


L'axe neutre de flexion plastique se trouve localisé dans la hauteur de l'âme de la poutre en acier
si, simultanément :
Fc < Fa et Fa - Fc > 2 bf tf fy / a (12)

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tw

Figure 3. Distribution plastique des contraintes normales :


cas de l'axe neutre plastique dans l'âme (flexion positive)
Supposons pour simplifier, que l'axe neutre plastique se situe en dehors du congé âme-semelle si
on est en présence d'un profilé laminé. L'effort de traction F a1 se trouve être équilibré par une
contribution similaire de traction disposée symétriquement par rapport au centre de gravité de la
section en acier. Il subsiste donc une zone d'âme de hauteur 2 z w , d'épaisseur t et soumise à la
contrainte de calcul fy /  a pour équilibrer l'effort Fc. On a dès lors :
zw = Fc / (2 tw fy / a) (13)
Le moment résistant de calcul, calculé par rapport au centre de gravité de la poutre en acier,
s’écrit :
M pl .Rd  M apl .Rd  Fc ( 0 ,5 ha  0 ,5 hc  h p )  0 ,5 Fc zw
(14)
L’intérêt de cette expression est de faire intervenir le moment de résistance plastique du profilé
Mapl.Rd , dont la valeur peut être tirée de Tableaux des produits sidérurgiques lorsqu'un profilé
laminé est utilisé.

2.4 Moment élastique résistant (Sections de Classe 3)


Si une section mixte est de Classe 3 pour la flexion positive, cette Classe est conditionnée par cl. 6.3.1.5
l'âme. En effet, la semelle comprimée attachée à la dalle en béton par une connexion suffisante
est toujours de Classe 1 ou 2. Dans ce cas, l’Eurocode 4 offre deux possibilités pour le calcul de
la résistance de la section mixte :
 Remplacer l'âme de Classe 3 par une âme équivalente de Classe 2. Le moment résistant
plastique M+pl.Rd de la section équivalente est alors calculé selon les principes vus
précédemment.
 Calculer le moment de résistance élastique M +el.Rd en considérant la section brute de la
poutre en acier. L'EC4 ne mentionne pas explicitement des expressions de ce moment
résistant mais les développements qui suivent respectent les principes généralement admis
et les règles spécifiées dans l'EC4.
Lors du calcul du moment élastique résistant, les effets du fluage du béton doivent être pris en
compte. Dans cette hypothèse, il faut distinguer deux situations selon que la poutre est étayée ou
non étayée. Il faut également opérer une distinction entre les bâtiments en général et les
entrepôts ou les bâtiments destinés principalement au stockage. L'approche élastique est
d'utiliser une section transformée. Dans le premier cas (cas général), une seule valeur du
coefficient d'équivalence acier-béton (nL) peut être considérée ; dans le second, il est nécessaire
de distinguer les actions à court terme et celles à long terme.
Pour les ossatures de bâtiments contreventés non destinés principalement au stockage, une seule cl. 5.1.4.4
valeur moyenne du coefficient d'équivalence n peut être utilisée, elle correspond à un module
élastique effectif du béton Ec pris égal à Ecm/2. Ecm est le module élastique sécant du béton pour EC2
un chargement à court terme défini suivant le Tableau 3.2 de l'EC2. Les valeurs suivantes du Tableau
coefficient d'équivalence moyen nav (Tableau 2) peuvent donc être adoptées pour un bâtiment en 3.2
général.

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fck à 28 jours (MPa) 25 30 35


Coefficient d'équivalence moyen (nav ) 13,8 13,1 12,5

Tableau 2. Coefficients d'équivalence "moyens" nav pour


bâtiments contreventés non destinés principalement au
stockage (selon le Tableau 3.2 de l'EC2)

Pour un bâtiment de stockage, il convient de tenir compte des effets du fluage du béton plus cl. 5.1.4.4
précisément. Le coefficient d'équivalence dépend du chargement et est donné par
nL = n0(1 + L t) (15)
où n0 = Ea / Ecm est le coefficient d'équivalence pour le chargement à long terme, E a est le module
d'élasticité de l'acier et Ecm le module élastique sécant du béton pour un chargement à court
terme selon le Tableau 3.1 de l'EC2.
t est le coefficient de fluage défini dans l'EC2.
L est le multiplicateur de fluage qui peut être pris égal à 1,1 pour des charges permanentes.
Généralement, on utilise les valeurs correspondant à la résistance du béton à 28 jours. Dans ce
cas, les valeurs du coefficient d'équivalence n à utiliser sont données au Tableau 3. Dans ce
Tableau, nL est calculé suivant l'équation 15 ci-dessus.

fck à 28 jours (MPa) 25 30 35


Coefficient d'équivalence à court terme n0 6,9 6,6 6,3
Coefficient d'équivalence à long terme nL 20,7 19,7 18,8

Tableau 3. Coefficients d'équivalence utilisés pour


bâtiments de stockage

Pour déterminer le moment résistant élastique, il faut calculer les modules élastiques des
sections homogénéisées en fonction de la durée du chargement et de la fibre considérée (fibre
supérieure de la dalle en béton ou de la poutre en acier, fibre inférieure de la poutre en acier).
L'EC4 ne mentionne pas explicitement des expressions de ces moments résistants mais les
développements qui suivent respectent les principes généralement admis et les règles spécifiées
dans l'EC4.

2.4.1 Poutres mixtes étayées des bâtiments en général


L’étaiement de la poutre a pour résultat que celle-ci fonctionne pour ainsi dire exclusivement en
section mixte.
Soient
 Wc.ab.el (Wc.at.el) le module élastique de flexion de la section mixte relatif à la fibre inférieure
(supérieure) de la poutre en acier, calculé avec nav.
 Wc.ct.el le module élastique de flexion de la section mixte relatif à la fibre supérieure de la
dalle en béton, calculé avec nav.
Alors
M+el.Rd = min {Wc.ab.el fy/ a ; Wc.at.el fy/ a ; nav.Wc.ct.el(0,85fck) / c} (16)

2.4.2 Poutres mixtes étayées des bâtiments de stockage


L'Eurocode 4 ne fournit pas de méthode explicite pour ce calcul qui tient compte des différents
coefficients d'équivalence.
En désignant par :
 ab (at) la contrainte normale totale dans la fibre inférieure (supérieure) de la poutre en
acier ;
 ct la contrainte normale totale dans la fibre supérieure de la dalle en béton ;
 r le rapport entre la contrainte normale totale et la contrainte normale admissible ;

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 M0.Sd (ML.Sd) le moment sollicitant de calcul dû aux actions à court (long) terme ;
On calcule successivement :
M 0.Sd M L .Sd
 ab  
Wc ,ab ,el ( avec n0 ) Wc ,ab ,el ( avec n L )
M 0.Sd M L .Sd
 at  
Wc ,at ,el ( avec n0 ) Wc ,at ,el ( avec n L )
M 0.Sd M L .Sd
 ct  n0 .  nL .
Wc ,ct ,el ( avec n0 ) Wc ,ct ,el ( avec n L )
(17)
Et :
 ab
rab   1,0
fy /a

 at
rat   1,0 (18)
fy / a
 cts
rct   1,0
0 ,85. f ck /  c
Avec la valeur maximum du rapport r, soit :

rmax  max{ rab ; rat ; rct } (19)


On calcule alors le moment résistant élastique en flexion positive :
1
M el .Rd  ( M 0 ,Sd  M L ,Sd ) (20)
rmax

2.4.3 Poutres mixtes non étayées des bâtiments en général


Avant le fonctionnement en section mixte, la poutre en acier seule est soumise à un moment de
flexion Ma.Sd. L'élément mixte est ensuite sollicité par M c.Sd. Il faut remarquer que, dans l'absolu,
la poutre métallique seule peut être de Classe 3 ou 4 bien que de Classe 1 ou 2 en configuration
mixte. Il est donc nécessaire de considérer la possibilité de voilement local dans la semelle
supérieure comprimée de la poutre. Suivant l'EC3, le voilement local est évité en limitant à EC3 cl.
0,673 l'élancement réduit  p des parois comprimées. L'élancement réduit est calculé comme 3.5.3(3)
indiqué dans l'EC3 en utilisant la contrainte maximale f y . Dans le cas de poutres mixtes en
phase de chantier, la contrainte due aux actions de poids propre et de charges de chantier
multipliée par a peut être utilisée à la place de fy. Pour éviter toute plastification, la contrainte
at ne doit pas dépasser fy/a. Dès lors, la vérification devient :

 p   at  a /  cr  0 ,673

M a .Sd M c .Sd
 ab  
W a ,ai ,el Wc ,ab ,el ( avec n av )
M a .Sd M c .Sd
 at   (21)
W a ,at ,el Wc ,at ,el ( avec n av )
M c .Sd
 ct  n av .
Wc ,ct ,el ( avec n av )
et :

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 ab
rab   1,0
fy /a

 at
rat   1,0 (22)
fy /a
 ct
rct   1,0
0 ,85. f ck /  c
rmax  max{ rab ; rat ; rct } (23)
1
M el .Rd  .( M a ,Sd  M c ,Sd ) (24)
rmax

2.4.4 Poutres mixtes étayées des bâtiments de stockage


La seule différence avec le cas précédent vient du fait qu'il faut utiliser deux coefficients
d'équivalence selon que les actions sur la poutre mixte sont de courte durée ou de longue durée.
On a dès lors :
M a .Sd M 0.Sd M L .Sd
 ab   
Wa ,ab ,el Wc ,ab ,el ( avec n0 ) Wc ,ab ,el ( avec n L )
M a .Sd M 0.Sd M L .Sd
 at   
W a ,at ,el Wc ,at ,el ( avec n0 ) Wc ,at ,el ( avec n L )
M 0.Sd M L .Sd
 ct  n0 . + nL .
Wc ,ct ,el (avec n0 ) Wc ,ct ,el (avec n L )
(25)
et :
 ab
rab   1,0
fy / a

 at
rat   1,0 (26)
fy / a
 ct
rct   1,0
0 ,85. f ck /  c
ra  max{rab ; rat } (27)
M a ,Sd  M 0 ,Sd  M L ,Sd M 0 ,Sd  M L ,Sd
M el .Rd  min{ ; M a ,Sd  } (28)
ra rct

2.5 Résistance au cisaillement – Influence sur le moment résistant


Pour les poutres mixtes, il n'existe actuellement pas de modèle mécanique simple pour exprimer cl. 6.4.3.2
qu'une partie du cisaillement vertical est repris dans la dalle. Cette contribution est cependant cl. 6.3.2.2
sensible à certaines dispositions des connecteurs et à la fissuration de la dalle au passage d'un
appui intermédiaire dans une poutre continue. C'est pourquoi, en pratique, on suppose que
l'effort tranchant n'est repris que par l'âme en acier, comme si la section n'était pas mixte.
La condition à satisfaire pour reprendre l'effort tranchant V Sd, dans une section essentiellement
sollicitée à l’effort tranchant, est donc :
V Sd < VplRd (29)
La résistance plastique Vpl.Rd est donnée par Av ( fy / 3 )/a où Av est l'aire de cisaillement de la EC3
poutre métallique seule. Pour une poutre en I ou en H reconstituée soudée, A v est strictement cl. 5.4.6(1)
l'aire de l'âme ; pour un profilé en I ou en H laminé, une partie des contraintes de cisaillement
est transmise par les semelles au voisinage immédiat des congés âme - semelle, si bien que l'on
peut adopter pour Av l'expression suivante :
Av = Aa - 2bf tf + (tw + 2r)tf (30)
où r est le rayon des congés.

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Cette vérification simple n'est toutefois valable que si l'âme reste stable vis-à-vis du voilement EC3
par cisaillement du panneau d'âme adjacent à la section vérifiée. Cela est le cas si : cl. 5.4.6(7)
d/tw < 69 pour une âme non raidie et non enrobée ;
d/tw < 124 pour une âme non raidie mais enrobée, au niveau de l’âme, pour un béton
convenablement armé par des barres longitudinales, des étriers et/ou un treillis soudé ;
d/tw < 30 k pour une âme raidie transversalement et non enrobée avec :
 2 .E a tw 2
 cr  k 2
) ( (31)
12.( 1   ) d
et k , le coefficient de voilement, égal à EC3
cl. 5.6.3(3)
k4+5,34/(a/d)² si a/d1
k5,34+4/(a/d)² si a/d>1 (32)
Le rapport a/d est le rapport d’aspect du panneau, a étant la distance entre raidisseurs et d la
hauteur de l'âme (sur sa partie droite dans le cas d'un profilé laminé). d/tw est inférieur à une de
ces deux dernières limites pour une âme raidie et enrobée.
Si ces conditions sur la minceur d’âme ne sont pas satisfaites, il faut substituer la résistance
ultime Vb.Rd au voilement par cisaillement à la résistance plastique V pl.Rd. Cette situation, assez
fréquente dans les ponts mixtes, l'est moins dans le domaine des bâtiments. La vérification
consiste alors à contrôler que :
VSd < Vb.Rd (33)
On se reportera à l'Eurocode 3 pour la détermination de Vb.Rd.
Pour les âmes non raidies ou raidies avec seulement des raidisseurs transversaux, les méthodes cl. 6.3.2.3
données dans l'Eurocode 3 pour le calcul de V b.Rd sont d'application. Pour une poutre
simplement appuyée, uniformément chargée, sans raidisseur intermédiaire et travaillant en
connexion complète (voir plus loin), une méthode alternative peut être utilisée. Il s'agit en fait
de la méthode post-critique simple de l'Eurocode 3 légèrement modifiée comme suit,
Vb.Rd = d t w  bd / Rd (34)
 w  1,5  bd  f yd / 3
1,5   w  3,0  bd  ( f yd / 3 ) (3/  w  0 ,2  w - 1,3) (35)
3,0   w  4 ,0  bd  ( f yd / 3 )(0,9/  w )

Avec
d / tw
w  (36)
37 ,4  k
On remarque que l'élancement réduit   w ne peut pas dépasser 4.0. De plus, là où V sd > Vcr, les
N connecteurs assurant la connexion complète dans chaque demi-travée doivent être disposés
avec une concentration plus importante à proximité de l'appui de la manière suivante :
 N2 (voir ci-dessous) connecteurs doivent se situer à une distance 1,5beff de l'appui
 Les autres connecteurs doivent être distribués le long de la demi-portée.

 ².E a t
Vcr  d t w  cr où  cr est défini par k . .( w )²
12.( 1   ²) d
N 2  N .( 1  Vcr / V Sd )² et N 1  N  N 2
(37)

3. Dimensionnement de la connexion de poutres


simplement appuyées de Classe 1 ou 2

3.1. Connexion complète


Soit une poutre simplement appuyée (Figure 4) et soumise soit à une charge répartie de calcul P d cl. 6.7.1.3
, soit à une charge concentrée de calcul Q q (le cas où les deux types de charge agissent cl. 6.2.1
conjointement et les cas de charge plus complexes sont abordés plus loin).

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Q
d
A B C

L / 2 L / 2 L

Figure 4. Longueurs critiques des poutres simplement


appuyées

La poutre est considérée comme une série de "longueurs critiques" définies par les distances cl. 6.2.1
entre les sections critiques correspondants aux :
 points de moment maximum
 appuis
 emplacements des charges concentrées
Dès lors, les longueurs critiques pour la poutre représentée à la Figure 4 sont AB et BC.
Le moment résistant plastique pouvant être atteint dans la section critique intermédiaire B, il est
facile de déterminer l'effort total de cisaillement longitudinal V lN exercé sur chaque longueur
critique. En effet, selon que le profilé en acier présente une résistance plastique en traction plus
faible ou plus forte que la résistance plastique de la dalle en compression, V lN est donné par :
VlN = min (Aa fy / a ; 0,85 beff hc fck /c) (38)
Les connecteurs étant supposés ductiles, ils autorisent une redistribution plastique de l’effort cl. 6.7.1.1
rasant jusqu’à reprendre pratiquement tous le même effort P Rd, PRd étant la résistance de calcul
d'un seul connecteur, on en déduit le nombre de connecteurs par longueur critique, nécessaire
pour obtenir une connexion complète :
Nf(AB) = Nf(BC) = VlN / PRd (39)
Ces connecteurs peuvent généralement être espacés uniformément sur chaque longueur critique. cl. 6.7.1.3

3.2 Connexion partielle


Si le nombre de connecteurs est inférieur à celui déterminé ci-dessus, l'interaction entre la cl. 6.7.1.1
poutre et la dalle est partielle. Cependant si les connecteurs sont "ductiles" et que la section est
de Classe 1 ou 2, les principes du dimensionnement mixte sont toujours d'application.

3.2.1 Connecteurs ductiles


Les connecteurs ductiles sont ceux qui peuvent présenter un glissement suffisant à l'interface cl. 6.7.1.1
acier-béton tout en maintenant leur résistance au cisaillement. Les goujons à tête peuvent
généralement être considérés comme ductiles s'ils respectent les conditions suivantes :
 la longueur totale du goujon ne dot pas être plus petite que quatre fois son diamètre cl. 6.7.1.2
 le diamètre du goujon ne doit pas être inférieur à 12mm et supérieur à 25mm
 le degré de connexion défini par le rapport   N/Nf respecte les limites suivantes :
En présence d'une dalle pleine et un profilé en acier à ailes égales
pour Le  25m   1-(355/fy ) (0,75-0,03 Le) ;   0,4
pour Le > 25m 1 (40)

En présence d'une dalle pleine et un profilé en acier dont l'aire de l'aile inférieure ne
dépasse pas trois fois l'aire de l'aile supérieure :
pour Le  20m   1-(355/fy ) (0,30-0,015 Le) ;   0,4
for Le > 20m  1 (41)

En présence d'une dalle mixte (avec b0 /hp  2 et hp  60 mm) connectée avec des goujons
soudés (d = 19 ou 20 mm et h  76 mm) :
pour Le  25m   1-(355/fy ) (1-0,04 Le)  0,4
pour Le > 25m  1 (42)
où Le est la distance entre points de moment nul en mètres. Pour une poutre simplement EC4
appuyée, il s'agît donc de la portée L. Fig. 5.1

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3.2.2 Calcul des poutres en connexion partielle


Lorsque sur une longueur critique, le nombre de connecteurs N est choisi inférieur à N f , cette
longueur et, par suite, la poutre sont en connexion partielle. Il en résulte que l'effort total de
cisaillement longitudinal transféré par la connexion sur la longueur critique concernée a, au
stade de la résistance ultime, une valeur réduite :
Vl(réd) = N PRd < VlN (43)
De même, le moment résistant de la section critique B se trouve réduit :
M+Rd(réd) < M+pl.Rd (44)
En effet, l'effort normal dans chaque partie, acier et béton, est limité à  Vl(réd). En ce qui
concerne le moment résistant réduit M+Rd(réd), on le détermine à la manière d’un moment de
résistance plastique M+pl.Rd(réd), en adoptant les distributions de contraintes par blocs
rectangulaires dans les différents matériaux. On distingue alors deux axes neutres plastiques,
l'un dans la dalle et l'autre dans le profilé en acier. La résultante de compression dans la dalle
ainsi que celle de traction dans le profilé doivent être identiques et égales à V l(réd). On peut
calculer les expressions des moments plastiques résistants réduits M +pl.Rd(réd) de manière
semblable au calcul du plein moment plastique mais en remplaçant Fc par Vl(réd)..
On peut en déduire une relation analytique entre le moment résistant réduit M +pl.Rd(réd) et le
nombre de connecteurs N sur la longueur critique. Dans un diagramme M +pl.Rd(réd) = f (N/Nf ),
cette relation se traduit par la courbe ABC de la Figure 5. Le rapport N/N f est désigné comme le
degré de connexion de la longueur critique désignée. Il est évident que lorsque N (AB) est
différent N(BC), c'est le degré de connexion le plus faible des longueurs critiques AB et BC qui
est déterminant pour la poutre.
a x e n e u t r e d u p r o f ilé
(re d )
M p l. R d d a n s l'â m e d a n s la s e m e lle
C
M p l. R d
B

C O N N E C T E U R S D U C T IL E S
M a p l.R d
A

N 1 .0 N
( ) m in
N f N f

Figure 5. Moment résistant en fonction du degré de


connexion
(connecteurs ductiles)

En particulier, pour N/Nf = 1 (connexion complète), le moment résistant n’est plus réduit et est
égal à M+pl.Rd ; pour N/Nf = 0 (absence de connecteurs), le moment résistant réduit est le moment
de résistance plastique de la poutre métallique seule, M apl.Rd. Le point B de la courbe repère le
stade où l'axe neutre du profilé métallique se trouve juste au niveau de la jonction
âme - semelle. Différentes méthodes de calcul doivent être utilisées de part et d'autre de ce point
comme décrit à la section 2.3. La continuité de la pente de la courbe en ce point peut être
démontrée. Il est également possible de démontrer que la courbe ABC est toujours convexe ; dès
lors, on peut utiliser une méthode simplifiée sécuritaire, consistant à remplacer la courbe ABC
par la droite AC. Cela revient à calculer le moment résistant réduit à l'aide de la simple relation
linéaire suivante :
M+pl.Rd(réd)= Mapl.Rd + N/Nf (M+pl.Rd - Mapl.Rd) (45)

Par ailleurs, si le degré de connexion est trop faible, la courbe ABC (ou sa simplification AC)

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cesse d'être valable parce que la ruine se produit alors par rupture des connecteurs (dont la
méthode de calcul ci-dessus postule une ductilité globale qu’ils ne peuvent offrir) et non plus
par la formation d'une rotule plastique en section critique.

3.3 Cas de charge plus complexes


Jusqu'ici, on a considéré des cas de chargement simples de poutres. Lorsque des charges
concentrées de valeurs relativement élevées se trouvent appliquées à la poutre concomitamment
à une charge répartie, on doit introduire des sections intermédiaires de vérification sous ces
charges concentrées et s'assurer que le nombre de connecteurs est suffisant dans chacun des
intervalles ainsi définis à l'intérieur d'une longueur critique. Ainsi, pour la Figure 6, le
diagramme des moments de flexion peut s'avérer relativement plat et on est tenu de considérer
en B une telle section intermédiaire, donc à l'intérieur de longueur critique AC (de même pour
CE). Désignant par MSd(B) la valeur du moment fléchissant (à l'ELU) dans cette section et se
basant de manière sécuritaire sur l'approximation linéaire du moment résistant réduit, le nombre
de connecteurs N(AB) sur la distance AB peut être pris égal à :
N(AB)= Nf(AC) ( MSd(B) - Mapl.Rd)/( Mpl.Rd - Mapl.Rd) (46)

Q d Q d
P
d

A B C D E

M O M E N T F L E C H IS S A N T
M (x )
(B ) Sd
M
Sd
M
p l. R d

Figure 6. Section interne de vérification

Si l’on admet que la connexion le long de AC est complète, on a un nombre total N f(AC) de
connecteurs. En pratique, on répartira les N(AB) connecteurs uniformément sur AB et le reste des
connecteurs, soit (Nf(AC)- N(AB)) uniformément sur BC.

4. Dimensionnement de la connexion de poutres de


Classe 3 ou 4
La vérification des sections de ces poutres se faisant de manière élastique, il en est de même de cl. 6.7.2.2
la vérification du cisaillement longitudinal. On calcule l'effort de cisaillement longitudinal V à
l'aide de la formule
V=T.S1/l (47)
utilisant les propriétés élastiques de la section. On dispose les connecteurs de manière telle que
la résistance offerte au cisaillement longitudinal soit plus élevée que l'effort sollicitant, c'est-à-
dire qu'on aura une plus forte concentration de connecteurs à proximité des appuis, c'est-à-dire
là où l'effort tranchant, et donc l'effort de cisaillement longitudinal, est maximal.
cl. 6.7.17
5. Armatures transversales
Une dalle doit présenter un pourcentage suffisant d'armatures transversales de manière à cl. 6.7.17.1
reprendre les sollicitations tangentes apportées par les connecteurs sans qu’il y ait risque de
ruine prématurée du béton par cisaillement longitudinal. On désigne par A e la section
d'armatures transversales par unité de longueur de poutre, définie par l'intersection de toute
surface potentielle de rupture par cisaillement dans la dalle : comme le montre la Figure 7, la
valeur de Ae va dépendre de la disposition des connecteurs et des armatures, de la présence ou

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non d'un renformis et de la surface de rupture considérée. Soit L s la longueur de cette surface de
rupture ; pour la surface b-b de l'un des cas de la Figure 7, on a, par exemple :
Ls=2h+s+d1 (48)
où h est la hauteur totale d'un goujon, d1 le diamètre de sa tête et s l'entraxe des deux goujons.
Pour cet exemple, la valeur de Ae est donné par :
Ae = 2 Ab (49)
A t A bh A t
a a
a

a
a b b a A b c c A b

P la n A e
A bh A t
A + A t a
a - a b
b - b 2 A b
c - c 2 ( A b+ A b h ) a A b
d - d 2 A bh d d

Figure 7. Définition de la section d'armatures


transversales relative
à différents plans de cisaillement

Le cisaillement de calcul par unité de longueur, V Sc1, ne doit pas être supérieur au flux de
cisaillement résistant VRd offert par la surface potentielle de rupture (L s x 1). En se rattachant à
un modèle de fonctionnement en treillis, classique en béton armé, et relatif aux armatures de
couture agissant à travers un plan de glissement, le flux résistant VRd peut être pris égal à :
VRd = min(VRd(1) , VRd(2)) (50)
avec
VRd(1) = 2,5Rd Ls + Ae fsk / s (51)
et
VRd(2) = 0,2 Ls fck / Rd (52)
la résistance VRd(1) peut s'interpréter comme la résultante de celle du béton en cisaillement et
celle des armatures en traction (fonctionnant comme des montants de treillis), alors que V Rd(2)
traduit une condition supplémentaire des bielles de béton comprimées (le coefficient 0,2 dans la
formule, au lieu de 0,4 si l'on tient compte de l'inclinaison des bielles à 45°, se justifie par la
réduction de la résistance en compression du béton fck / c par suite de la présence de traction
transversale aux bielles). La résistance de calcul Rd correspond à une résistance de référence en
cisaillement du béton, ici majorée par le facteur 2,5 (classique en béton armé) à cause de la
présence des armatures de couture ; cette résistance peut être exprimée en fonction de la
résistance à la compression fck, comme l'indique le Tableau 4 pour un béton de masse volumique
normale.

fck (MPa) 20 25 30 35 40 45 50
Rd (MPa) 0,26 0,30 0,34 0,38 0,42 0,46 0,50

Tableau 4. Résistance de référence en cisaillement du


béton

Dans le cas d'un béton fait de granulats légers, les formules restent applicables sous réserve de
multiplier les résistances fck et Rd par le facteur
 = 0,3 + 0,7(/2400) (53)
où  est la masse volumique du béton en kg/m³.

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Par ailleurs, en présence d'une dalle mixte avec collaboration d'une tôle mince profilée, cl. 6.7.17.3
l'expérience a montré que celle-ci peut être comptée comme une armature équivalente. Ainsi,
dans le cas de nervures perpendiculaires à la poutre en acier et continues au passage de cette
poutre, un troisième terme peut être ajouté dans l'expression de VRd(1) qui devient :
VRd(1) = 2,5 Rd Ls + Ae /s + Ap fyp /ap (54)

Ap est l'aire de la section de la tôle (interceptée par la surface potentielle de rupture) par unité de
longueur de poutre ;
fyp la valeur nominale de la limite d'élasticité de la tôle ;
ap le facteur partiel de sécurité associé pris égal à 1,1.
De plus, on peut inclure dans A e toutes les armatures transversales, y compris celles
normalement prévues pour la résistance en flexion transversale de la dalle. En effet, les
contraintes de cisaillement vertical dans ces autres armatures, au droit d'une surface potentielle
de rupture sont en général faibles.
Enfin, une section minimale d'armatures transversales est toujours nécessaire de manière à
reprendre tous les efforts secondaires de cisaillement non évaluables par le calcul. L'Eurocode 4
recommande, pour les dalles pleines, d'utiliser une aire minimale d'armatures uniformément
réparties égale à 0,2 % de l'aire du béton dans le sens longitudinal ; la même proportion vaut
pour les dalles mixtes en ne considérant que le béton situé au-dessus des nervures (lorsque
celles-ci sont perpendiculaires à la poutre), mais en ayant la possibilité d'inclure la contribution
de la tôle profilée dans cette proportion.

6. Etat limite de service

6.1 Généralités
Les exigences relatives aux poutres mixtes sous les combinaisons d'actions aux états limites de cl. 7.1
service portent sur le contrôle des flèches, de la fissuration du béton et éventuellement des
vibrations (pour des portées importantes). En bâtiment, des exigences précises présentent
souvent un caractère conventionnel, de sorte que l'on cherche, chaque fois que cela est possible,
à éviter de faire une analyse de structure ou de sections. Par exemple, les effets du retrait du
béton sur les flèches ne sont à prendre en compte que pour des poutres simplement appuyées
dont le rapport de la portée à la hauteur totale de la section dépasse 20 et à condition que la
déformation prévue de retrait libre dépasse 4.10-4. Dans une optique similaire, il est admis de
simplifier les analyses élastiques en adoptant un coefficient d'équivalence unique n" pour le
module sécant du béton qui associe les déformations différées par fluage (sous les actions à long
terme) et les déformations élastiques instantanées. Par ailleurs, l'Eurocode 4 n'impose pas de
limitations du type "contraintes admissibles", autorisant en conséquence aux états limites de
service une plastification partielle de l'acier, soit à mi-travée (mais elle est sans grande influence
sur les flèches), soit sur les appuis intermédiaires dans le cas d'une poutre continue ( l'effet sur
les flèches est pris en compte d'une manière forfaitaire). L'expérience montre qu'une
déformation plastique concentrée en des endroits précis ne se produira probablement jamais à
cause de la nature du chargement appliqué aux poutres de bâtiment et la proportion élevée des
charges permanentes.

6.2 Calcul des flèches


L'Eurocode 4 adopte pour valeurs admissibles des flèches les mêmes valeurs que celles données cl. 7.2.1
par l'Eurocode 3 pour des bâtiments en acier. En pratique, dans un projet de plancher, ces
valeurs admissibles sont généralement satisfaites (même si cela n'est pas explicitement exprimé
dans l'EC4) si les valeurs du rapport de la portée à la hauteur totale de la section mixte des
poutres se situent dans les intervalles suivants :
 pour des poutres simplement appuyées : 15 à 18 pour des poutres maîtresses, 18 à 20 pour
des poutres secondaires (solives) ;
 pour des poutres continues : 18 à 22 pour des poutres maîtresses, 22 à 25 pour des poutres
secondaires (solives).
Le calcul de la flèche pour une poutre simplement appuyée s'effectue classiquement. On utilise cl. 7.2.2
l'inertie de la section mixte homogénéisée I 1. Il faut toutefois noter que la largeur participante
beff est ici un concept relativement conservatif, l'influence du traînage de cisaillement étant plus

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faible sur les flèches à l'ELS que sur les sollicitations à l'ELU.
Ici également, aucune procédure n'est définie mais les effets du fluage doivent être pris en
compte. Il est donc conseillé de considérer les valeurs adéquates du module équivalent lors du
calcul de la section homogénéisé et de distinguer la construction étayée ou non ainsi que les
bâtiments normaux ou destinés principalement au stockage.

6.3 Fissuration du béton


La fissuration du béton est quasiment inévitable lorsque ce dernier est soumis à de la traction. cl. 7.3.1
Pour les poutres simplement appuyées, cette traction est en grande partie due au retrait du béton
lorsqu'il durcit. Il est généralement suffisant de limiter les ouvertures de fissures à 0,3mm et de
respecter les mesures prescrites dans l'EC2. Plus simplement, une alternative sûre est
généralement d'observer un pourcentage d'armatures minimum et de limiter l'espacement des
barres et leur diamètre.
L'aire d'armature minimale, As est donnée par : cl. 7.3.2
As = ks kc k fct,eff Act / s (55) (7.3)
fct,eff est la résistance moyenne du béton en traction qui peut généralement être prise égale à
3N/mm2 ;
k est généralement pris égal à 0,8 ;
ks est généralement pris égal à 0,9 ;
kc prend en compte la distribution de contraintes et est donné par : (7.4)
kc = 1 / {1 + hc / (2 zo)} + 0,3  1,0 (56)
hc est l'épaisseur de la semelle de béton sans tenir compte des nervures ou surépaisseurs ;
zo est la distance entre les centres de gravité de la semelle de béton et de la section mixte en
considérant le béton comme non fissuré et sans prendre en compte les armatures ;
Act peut être simplement pris égal à l'aire de béton comprise dans la largeur participante ;
s peut être simplement pris égal à la résistance caractéristique f sk, des armatures, bien qu'une
valeur plus faible puisse être adoptée suivant le diamètre des barres et l'ouverture de fissure de
calcul (Tableau 5).
Le contrôle de la fissuration dû au chargement direct n'est pas nécessaire pour les poutres
simplement appuyées.

Contrainte dans diamètre maximum (mm) des armatures suivant l'ouverture de fissure de
l'armature s calcul
MPa wk = 0,4mm wk = 0,3mm wk = 0,2mm
160 40 32 25
200 32 25 16
240 20 16 12
280 16 12 8
320 12 10 6
360 10 8 5
400 8 6 4
450 6 5 -

Tableau 5. diamètre maximum des armatures à haute


adhérence pour le contrôle de la fissuration (suivant le Tableau
7.1 EC4).

7. Conclusions
 Les méthodes de détermination des Classes de section sont similaires pour les sections
métalliques et mixtes mais certaines différences existent.
 Le moment résistant des sections de Classe 1 et 2 est déterminé plastiquement, la
formulation dépend de la position de l'axe neutre plastique.
 Le moment résistant des sections de Classe 3 est déterminé de manière élastique et prend en
compte le fluage ainsi que des considérations plus particulières propres aux bâtiments de
stockage.
 La résistance au cisaillement vertical est due à la section métallique seule.

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 La connexion au cisaillement longitudinal (nombre et type de connecteurs, armatures de la


dalle) est déterminée à partir des efforts transmis entre la section métallique et la dalle de
béton.
 En présence d'un nombre limité de connecteurs de cisaillement, la poutre peut être calculée
en interaction partielle, le moment résistant est alors déterminé en se basant sur l'effort
longitudinal transmis entre la section métallique et la dalle de béton.
 Les limites de flèche sont définies de la même manière que dans l'EC3 pour les sections
métalliques seules.
 La fissuration du béton peut être contrôlée en assurant une quantité minimale d'armatures
dans la dalle et en limitant leur diamètre et leur espacement.

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