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SENEGAL PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT L’impact de la crise financière et économique

SENEGAL

PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT

L’impact de la crise financière et économique sur les économies africaines, le cas du Sénégal La réponse du PNUD

Tembo Rachid MABURUKI PNUD Dakar, SENEGAL

Juin 2009

SOMMAIRE

I - Introduction

II - La crise économique et financière : contexte et spécificités

III - Origines et manifestations de la crise

III.1- Dysfonctionnements et crise du système financier international

a)les innovations financières b)le crédit spéculatif

c) le modèle d’entreprise

d)les normes comptables

e)les fonds spéculatifs

f) les agences de notation

g)les banques centrales

III.2- Manifestations de la crise financière

IV - Impact de la crise sur la croissance et le développement économique et social

IV.1. Impact de la crise sur le commerce extérieur

IV.2. Impact de la crise sur la situation macroéconomique

a) Impact sur les finances publiques

b) Impact sur les flux financiers privés

c) Impact sur la croissance économique

IV.3 Impact de la crise sur l’atteinte des OMD

IV.4 Impact de la crise sur l’économie sénégalaise

IV.4.1- Le contexte de la crise financière internationale

IV.4.2- Impact sur la situation macroéconomique et sociale

a) Impact sur le commerce extérieur

b) Impact sur le tourisme

c) Impact sur les flux financiers

d) Impact sur la croissance économique

e) Impact sur les OMD

V - Le rôle du PNUD et des Autorités Sénégalaises

V.1- Programme d’actions du PNUD

V.2- Programme d’actions des pouvoirs publics sénégalais

Conclusion

Références bibliographiques

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I - Introduction

La crise financière internationale qui s’est manifestée aux Etats-Unis à partir de l’année 2007 s’est propagée progressivement à l’ensemble des pays les plus développés de la planète. Elle a gagné le secteur réel des économies industrialisées en mettant à nu la vulnérabilité de certaines activités (automobile, immobilier) qui ont soutenu la croissance économique dans ces pays pendant de longues années. Si les effets de la crise ne se sont pas manifestés immédiatement dans les pays africains en raison de la marginalisation de cette région du monde et du décalage conjoncturel, les effets indirects et de « deuxième tour » risquent d’être relativement sévères pour ces pays qui sont caractérisés par une grande vulnérabilité et une faible résilience aux chocs externes.

La crise internationale actuelle interpelle les décideurs sur la nécessité et les modalités de régulation de l’économie mondiale en proie à une instabilité susceptible de remettre en cause les avantages attendus d’une intégration poussée des économies et des marchés.

Si l’histoire de l’économie mondiale est marquée par la récurrence des crises, celle – ci revêt des caractéristiques particulières de par ses origines et ses manifestations. Elle a engendré un impact certain sur la situation macroéconomique et sociale des pays africains. Pour limiter l’impact défavorable de cette crise le PNUD et les pouvoirs publics sénégalais devraient apporter une réponse appropriée.

II - La crise économique et financière : contexte et spécificités

Depuis les années 70, l’économie mondiale est marquée par de fortes fluctuations des taux de change et des prix des produits de base. La fréquence des crises financières (isolées et/ou systémiques) a également augmenté de manière considérable.

L’avènement de la crise des prêts immobiliers (subprime) en 2007 a ainsi été précédé par de multiple crises notamment celle de la dette des pays du sud (1982), le krach boursier (Etats Unis, Europe du Nord) de 1987, la crise de change en Europe qui a entraîné la sortie de la livre sterling du système monétaire européen

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(1992 – 1993), la crise financière des pays asiatiques (1997) et l’éclatement de la bulle boursière Internet (2000).

L’accélération du processus de mondialisation et de globalisation financière durant la fin du XXème siècle s’est manifestée par un développement rapide des échanges de biens, de services et de capitaux, une intégration poussée des économies. Cependant, on note des difficultés de mettre en place de nouvelles règles acceptées et s’imposant à l’ensemble des acteurs. Ce déficit de gouvernance mondiale constitue ainsi une importante source de vulnérabilité et d’instabilité de l’économie mondiale.

En outre, on a assisté à l’apparition de nouveaux acteurs, les pays émergents (Chine, Inde, Brésil et Russie) qui pèsent de plus en plus dans l’économie mondiale et contestent la suprématie des pays industrialisés de l’OCDE. Ce phénomène est illustré clairement par l’échec des négociations du cycle de Doha.

L’incapacité des institutions internationales d’assurer la surveillance des politiques économiques (Fonds Monétaire International), le contrôle de l’activité des banques internationales (Banque des Règlements internationaux), la mise en place et le respect de règles régissant le commerce international (Organisation Mondiale du Commerce) prédispose l’économie mondiale à des déséquilibres et des situations de crise. Ces problèmes de régulation de l’économie mondiale ont conduit ainsi à une volatilité des différents marchés internationaux (énergie, change, capitaux, produits agricoles), des phénomènes de polarisation (coexistence de pays dégageant de forts excédents commerciaux tels que les pays émergents et pays pétroliers et des pays déficitaires comme les Etats-Unis d’Amérique).

En outre, l’insuffisance coordination de l’action des banques centrales n’a pas permis de neutraliser les liquidités internationales qui ont alimenté la spéculation internationale et doper successivement les cours de l’immobilier, des actions et des prix des matières premières, conduisant ainsi à la formation de bulles spéculatives.

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L’explosion de la bulle immobilière aux Etats-Unis, et les déficiences de la gestion du risque ont engendré la crise des subprimes. Les effets de propagation ont rapidement internationalisé la crise financière qui a agi négativement sur le secteur réel des économies développées. Ces dernières éprouvaient déjà beaucoup de difficultés pour s’adapter au nouvel environnement international et à échapper aux délocalisations ainsi qu’au recul de l’emploi industriel, avec la montée en puissance des pays émergents.

De par son ampleur, la crise financière actuelle qui frappe la plupart des grands pays industrialisés, est comparée à celle de 1929.

III - Origines et manifestations de la crise

La crise financière a mis en évidence les défaillances du système financier international qui souffre d’une insuffisance de contrôle et de supervision. Ses premiers effets se manifestent par la récession dans les économies développées et une contraction du commerce international .

III.1- Dysfonctionnements et crise du système financier international

Le développement des technologies de l’information et de la communication a favorisé l’accélération du processus de globalisation financière. Laquelle est caractérisée par plusieurs facteurs de fragilité et de vulnérabilité. Il s’agit en particulier des innovations financières, du crédit spéculatif, du modèle d’entreprise, des normes comptables, du comportement des fonds spéculatifs, du rôle des agences de notation et des banques centrales.

a) Les innovations financières : elles ont connu un développement rapide.

Ainsi, le phénomène de titrisation a permis aux banques de « nettoyer » leur bilan à travers la conversion de créances en titres négociables. Ce type d’innovation financière a rendu malaisée et inopérante la gestion du risque par les acteurs des marchés de capitaux en rompant les relations classiques entre l’emprunteur et le

prêteur.

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b) le crédit spéculatif : il s’agit d’un prêt qui n’est pas gagé sur la solvabilité

objective de l’emprunteur mais plutôt sur la valeur anticipée du bien acquis grâce au crédit consenti. La tendance haussière des prix de l’immobilier aux Etats-Unis a ainsi conduit au développement de ces crédits de « deuxième choix » (subprime) dont le degré de risque est relativement élevé. La circulation de titres adossés à ces crédits a fragilisé la situation des banques internationales qui ont vu leurs actifs se déprécier suite à l’éclatement de la bulle immobilière.

c) le modèle d’entreprise : le modèle d’entreprise qui était en vigueur jusqu’aux

années 70 était fondé sur un compromis entre les actionnaires, les dirigeants et les salariés. Les accords entre ces acteurs avaient permis d’assurer une stabilité de la répartition de la valeur ajoutée. Le nouveau modèle qui s’est imposé à partir des années 80 privilégie les intérêts des actionnaires. Dès lors, l’objectif principal des dirigeants est la création de valeur actionnariale, c'est-à-dire l’augmentation du cours boursier plutôt que la croissance de l’entreprise et de l’emploi. Par ailleurs, les nouvelles règles de gestion de l’entreprise sont axées en particulier sur un autre mode de rémunération des dirigeants (technique des stocks options) lié à la valeur boursière de l’entreprise. Dans la pratique, ces nouveaux principes de gestion ont conduit les dirigeants à prendre des risques excessifs pour maximiser la valeur actionnariale.

d) les normes comptables : les nouvelles normes comptables en vigueur dans

les pays développés sont fondées sur le principe de la « juste valeur ». Autrement dit, les entreprises sont évaluées en fonction de la valeur de marché de leurs actifs et non de leur prix historique. Dans ces conditions, la baisse de la valeur boursière des entreprises a un impact direct sur la situation des banques qui sont fragilisées. Cela les conduit à augmenter leur capital ou à se débarrasser des actifs en cause dont le

prix aura tendance à baisser de nouveau.

e) les fonds spéculatifs : les fonds spéculatifs (hedge funds) sont généralement

enregistrés dans des paradis fiscaux. Le laxisme juridique dont ils bénéficient leur permis de ne pas fournir suffisamment d’information sur leur niveau d’endettement et les risques qu’ils prennent. En outre, ils utilisent au maximum l’effet de levier en s’endettant auprès des banques à des niveaux relativement élevés au regard de

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leurs fonds propres. Les fonds spéculatifs ont beaucoup contribué à la volatilité des marchés financiers notamment à travers le recours à des techniques agressives comme la vente « à découvert à nu» des titres qu’ils ne détiennent pas.

f) les agences de notation : elles sont chargées d’évaluer le risques liés aux

emprunts effectués par les différents acteurs (entreprises, banques, Etats) sur les marchés de capitaux internationaux. Ces agences qui sont en nombre limité en dépit du niveau relativement élevé des opérations sur les marchés de capitaux sont rémunérées par les acteurs qu’elles évaluent, ce qui posent un problème de conflit d’intérêt. En réalité, elles se sont montrées incapables de prévoir les crises.

g) les banques centrales : le rôle classique des banques est d’assurer la

stabilité des prix. Dès lors, elles ne se donnent pas les moyens d’empêcher la formation de bulles spéculatives sur les marchés des actions et de l’immobilier. Elles n’interviennent qu’une fois que la crise financière se manifeste et que le risque d’effondrement du système financier est réel. La faiblesse de la coordination des politiques monétaires nationales n’a pas permis de réguler la liquidité internationale qui a alimenté les bulles spéculatives.

III.2- Manifestations de la crise financière

La crise financière a eu des effets négatifs sur le niveau d’activité des grands pays industrialisés, des pays émergents et des pays en développement ainsi que sur le commerce international.

Le commerce international et la production industrielle des pays développés ont fortement baissé et la situation du marché du travail s’est dégradée rapidement notamment aux Etats-Unis. Ainsi, les pays développés sont confrontés à la plus grave récession depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

La crise a également engendré un tassement de l’activité économique dans les pays émergents et les pays en développement, alors que ceux - ci connaissaient une croissance relativement rapide.

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La récession dans les pays du Nord a tiré vers le bas la demande de matières premières et le cours des produits de base, exposant ainsi les pays en développement à des problèmes aigus de balance des paiements.

Selon le Fonds Monétaire International le besoin de financement des pays à faible revenu sera d’au moins de 25 milliards de dollars en 2009. Dans le cas du scénario pessimiste ce besoin de financement s’établit à 140 milliards de dollars.

Le système financier des pays à faible revenu a été préservé jusqu’à présent des effets de la crise en raison de sa faible intégration au système financier international. Cependant, les institutions financières de ces pays ne sont pas à l’abri des effets de second tour si le ralentissement de l’activité économique accroît le nombre de leurs débiteurs devenus insolvables.

IV - Impact de la crise sur la croissance et le développement économique et social

La transmission de ces défaillances (nées de la crise dite des « subprime », des prêts immobiliers) du système financier américain au système financier mondial à la faveur de l’intégration et de la globalisation des marchés financiers et bancaires, a induit un cycle de dépréciation des principales valeurs mobilières, et celles du secteur financier, une baisse de la liquidité bancaire et, sur l’année 2008, un bouleversement du paysage bancaire international, perceptible à travers des épisodes de faillites, de nationalisations et de rachats ou de fusion-absorption.

Les effets de la crise sont différenciés en fonction des pays et des régions du monde. Cependant dans le cas des pays d’Afrique au sud du Sahara et de la sous – région ouest africaine la crise a un impact sur le commerce, la situation macroéconomique et l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement. Par ailleurs, il importe également de s’interroger sur le cas particulier du Sénégal.

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IV.1 Impact de la crise sur le commerce extérieur

Déclenchée par la faillite du système financier américain puis mondial depuis 2007, la crise économique s’est aggravée durant 2008 et persiste en 2009. Considérée comme la plus grave depuis plusieurs décennies et la plus synchronisée, la crise actuelle n’a épargné aucune région du monde. Les conséquences se font ressentir dans tous les secteurs d’activité, notamment au niveau des échanges commerciaux internationaux, prévus en baisse de 11% en 2009, des investissements et du marché de l’emploi, avec un taux de chômage qui augmente fortement du fait d’une croissance économique largement inférieure à son potentiel. La croissance économique mondiale est systématiquement révisée en baisse en fonction de l’évolution des indicateurs.

Avec le faible développement du secteur industriel, les performances des économies africaines sont fortement tributaires de l’évolution du marché des matières premières agricoles et minérales. La baisse de la demande de matières premières consécutive à la récession des pays développés et au ralentissement de l’activité des pays émergents a un impact négatif sur les exportations des pays africains. Lesquels risquent de subir également une détérioration des termes de l’échange avec la tendance baissière du cours des produits de base.

La dégradation des performances commerciales dépendra de la dépendance vis-à- vis des exportations et du degré de concentration de ces dernières. Or, la faible diversification des exportations constitue une des principales caractéristiques des économies africaines. Ainsi, en Afrique centrale (zone CEMAC), le pétrole brut et le bois représentaient 82% et 6% respectivement des exportations en 2007. Le fer et le pétrole représentaient 40% et 23% des exportations de la Mauritanie. Dans le cas de la Guinée les produits miniers représentent 90% des exportations alors que 55% des exportations des pays de l’UEMOA sont concentrés sur le pétrole brut, l’or, le cacao et le coton.

Les projections disponibles indiquent que les pays de la CEMAC exportateurs nets de pétrole enregistreront 3,9% du PIB en 2009 contre 5,7% du PIB initialement prévu et 3,0% en 2008.

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Les exportations des pays de l’UEMOA devraient connaître un tassement en 2009 en progressant de 7,0% environ contre une prévision initiale de 9,0% et une 9,5%

2008.

IV.2 Impact de la crise sur la situation macroéconomique

L’impact macroéconomique de la crise financière internationale se manifestera à travers des canaux tels que les finances publiques, les flux financiers et la croissance économique.

a) Impact sur les finances publiques

Les effets dépressifs de la crise financière ont une incidence négative sur les finances publiques des pays africains à travers le ralentissement de l’évolution des recettes fiscales collectées, la baisse de l’aide publique au développement (APD) et le risque de réendettement.

Les recettes fiscales seront plus faibles en raison de la baisse du niveau d’activité et des prix des matières premières. Cet effet sera davantage ressenti par les pays pétroliers (CEMAC, Nigéria, Mauritanie).

Par ailleurs si même si les bailleurs de fonds renouvellent leur promesse de poursuivre l’effort d’aide au développement, les leçons du passé permettent d’émettre des réserves. En effet, les pays d’Europe du Nord (Norvège, Suède, Finlande) et le Japon qui ont connu une crise financière sévère durant les années 90 avaient fortement diminué leur aide au développement. Et une baisse de l’APD remettra en cause la réalisation des programmes de développement en cours.

Si le profil de la dette des pays africains s’est amélioré grâce aux initiatives des pays pauvres très endettés (PPTE) et d’allégement de la dette multilatérale (IADM), la baisse des recettes fiscales et de l’APD risque d’engendrer un processus de ré endettement en raison des difficultés de trouver à court terme des substituts internes au financement extérieur public.

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b) Impact sur les flux financiers privés A priori, le secteur financier africain devrait être relativement épargné à court terme des effets directs de la crise financière, en raison de son intégration limitée au marché financier et bancaire international.

Toutefois, compte tenu de la généralisation et de l’ampleur de cette crise sur le système financier international et sur l’économie mondiale, des répercussions négatives pourraient être notées en Afrique.

Les flux financiers reçus par les pays africains sont composés, pour l’essentiel, par les investissements directs étrangers (IDE) et les transferts de fonds des émigrés. Les IDE reçus par les pays africains sont généralement vers l’exploitation des ressources minières (hydrocarbure, métaux précieux) ou le secteur des télécommunications. La récession des pays développés et le ralentissement de l’économie mondiale remettent en cause la rentabilité de l’investissement dans le secteur minier et agissent négativement sur les afflux d’IDE vers les pays africains.

Au plan bancaire, les difficultés de maisons mères, notamment européenne, ou leur stratégie de croissance par rachat (rachat de Fortis par BNP Paris) ou par fusion- absorption pourrait affecter, en partie, leurs filiales en Afrique.

De même, la crise de liquidité avec son corollaire de resserrement de l’offre de financement et de refinancement et de tensions sur les taux d’intérêt pourrait induire un effet négatif sur le développement du secteur financier et économique africain. A cet égard, une contrainte supplémentaire pourrait peser sur les investissements directs étrangers et les investissements de portefeuille. La crise financière pourrait aussi affecter les exportations et contraindre l’offre globale et l’emploi. De même, une baisse de l’activité et du pouvoir d’achat dans les pays développés pourraient réduire les transferts de fonds des migrants ainsi que les flux d’aide par le canal des ONG.

Par ailleurs, le coût budgétaire des mesures publiques en Europe et aux Etats-Unis (plan Paulson, nationalisation des banques et garantie des dépôts) réduirait inéluctablement l’aide publique au développement et les autres contours financiers

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publics nécessaires à l’Afrique, engagée dans l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement et dans des programmes d’accélération de la croissance.

Les transferts des migrants atteignent des niveaux relativement élevés dans certains pays africains. Ils représentent 29% du PIB au Lesotho, 11,9% du PIB au Cap Vert et 3,0% du PIB dans les pays de l’UEMOA. Le rôle contracyclique de ces transferts est remis en cause par le fait qu’ils proviennent pour l’essentiel de l’Europe de l’Ouest et des Etats-Unis qui sont frappés par la crise. Selon la Banque mondiale les transferts de fonds vers l’Afrique au sud du Sahara devraient baisser en 2009 de 1,3% à 6,8% contre des hausses de 14,4% et 6,3% en 2007 et 2008 respectivement.

c) Impact sur la croissance économique

Depuis le début des années 2000 les pays africains (pétroliers et non pétroliers) ont connu une croissance relativement forte. En agissant négativement sur les flux commerciaux et financiers, la crise tire vers le bas le taux de croissance économique des pays africains. Ainsi, selon les projections du FMI (tableau 2) le rythme de la croissance diminuera de 1,8% pour l’Afrique subsaharienne contre 2,1% pour l’ensemble des pays à revenu faible. Pour les pays de l’UEMOA la perte de croissance variera de 0,7% (Mali, Côte d’Ivoire) à 2,3% (Burkina Faso) alors qu’elle est plus forte pour les pays pétroliers et s’établit à 2,8% pour la Mauritanie et 5% pour le Nigéria.

Tableau 2 : Impact de la crise financière sur la croissance des pays africains en 2009

Pays

Gap de croissance du PIB (%)

Bénin

-2,0

Burkina Faso

-2,3

Cap Vert

-2,3

Côte d'Ivoire

-0,7

Ghana

-3,4

Guinée

-1,1

Mali

-0,7

Mauritanie

-2,8

Niger

0,0

Nigéria

-5,0

Sénégal

-1,4

Togo

-2,0

Pays à faible revenu

-2,1

Afrique subsaharienne

-1,8

Source : IMF « The Implications of the Global Financial Crisis for Low – Income Countries » IMFund March 2009

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IV.3 Impact de la crise sur l’atteinte des OMD

L’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement passe par la réalisation d’une croissance forte et pro pauvre et la disposition de ressources financières par les partenaires au développement. Durant la période qui a précédé la crise, peu de pays africains ont enregistré un taux de croissance suffisamment élevé pour assurer l’atteinte des OMD. Le tassement de la croissance dans les pays africains qui est consécutive à la crise internationale est d’autant plus préoccupant que, selon la Banque mondiale, il y a une asymétrie dans le lien croissance – développement. Autrement dit, l’effet de décélération du PIB sur les indicateurs de développement humain est plus fort que l’effet de la croissance. Il s’avère nécessaire de souligner aussi l’impact de la crise sur la pauvreté, les défis du développent humain, l’augmentation des inégalités, etc. La Banque mondiale estime qu’en 2009, 55 à 90 millions des personnes croupiront dans l’extrême pauvreté et le nombre de personnes ayant la famine chronique au monde est estimé à atteindre plus de 55 milliard. La Banque prévoit que 500 000 enfants de plus vont mourir avant leur premier anniversaire. Cette tendance négative ne peut être inversée que par une forte mobilisation de la communauté internationale.

IV.4 Impact de la crise sur l’économie sénégalaise

La crise financière internationale est intervenue dans un contexte de perturbation des marchés des matières premières et de difficultés budgétaires. Son impact sur l’économie sénégalaise peut être analysé à travers les effets de propagation sur la situation macroéconomique et sociale.

IV.4.1- Le contexte de la crise financière internationale

Durant la période 2006 – 2008 l’environnement international est marqué par une double crise alimentaire et énergétique dont le Sénégal a beaucoup souffert en raison de sa situation de pays non pétrolière et de sa forte dépendance vis-à-vis des importations de produits alimentaires. En effet, les produits alimentaires et les produits pétroliers qui constituent les plus gros postes des importations ont plus que doublé entre 2000 et 2008. Les importations de produits alimentaires ont augmenté

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de 163,2% entre 2000 et 2008. Elles s’élèvent à 580,4 milliards en 2008, soit 27% environ des importations totales. Quant aux importations de pétroliers, ils ont enregistré une croissance de 117,7% sur la même période et s’établissent à 527,9 milliards de francs CFA en 2008 (24,5% du total).

L’impact de la crise alimentaire et pétrolière sur la balance des paiements a été estimé à 5,25% du PIB par le FMI 1 . Pour limiter l’impact social de ce choc négatif, le gouvernement du Sénégal s’est employé à contenir la hausse des produits alimentaires et énergétiques à travers un programme de subvention et de suspension des taxes appliquées à ces produits. Sur la période 2006 – 2008 les subventions aux produits alimentaires et énergétiques représentaient 7% du PIB. En outre, on a assisté à une croissance rapide de dépenses non prévues qui ont été payées grâce à des avances de trésorerie.

L’effet « ciseaux » de la politique budgétaire mise en œuvre a engendré une accumulation d’arriérés. Ainsi, les retards de paiement au secteur privé dans le circuit de la dépense étaient estimés à 225 milliards de FCFA (3,75% du PIB) à la fin octobre 2008.

IV.4.2- Impact sur la situation macroéconomique et sociale Il est évident que la crise financière actuelle, en raison de sa profondeur, va entraîner un ralentissement de la croissance économique mondiale. Cette situation affecterait les exportations, les prix des matières premières, le flux des capitaux étrangers (transferts des travailleurs et capitaux privés proprement dits) et l’aide publique au développement.

L’impact macroéconomique de la crise financière sur la situation macroéconomique peut être mis en évidence à travers les canaux du commerce extérieur (a), du tourisme (b), des différentes formes de flux financiers (c) et de la croissance économique (d) ainsi que l’atteinte des OMD.

1 Rapport du FMI N°09/5 Janvier 2009

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a) Impact sur le commerce extérieur

L’examen de la répartition des exportations sénégalaises montre que la part de l’Europe est égale en moyenne à 21 % sur la période 2005-2007 et celle de la France 8 %. La part de l’Amérique du Nord est plutôt faible (2 %). Sur cette base, les estimations économétriques laissent présager une réduction des exportations (entre 0,8% et 0,9%), suite à la baisse de l’activité économique de ces principaux partenaires, notamment la France.

Ce faible impact au niveau des exportations provient, en partie, de la structure de celles-ci. En effet, depuis quelques années, les exportations sénégalaises sont principalement dominées par les produits énergétiques, les lubrifiants et les produits « Alimentaires-Boissons-Tabacs ». Par ailleurs, les exportations sénégalaises portées par les produits de base (poissons frais, huile brute d’arachide, acide phosphorique, etc.), qui dépendent plus des conditions d’offre, contribuent à atténuer les effets de la crise sur ces ventes à l’extérieur. Egalement, les exportations vers le continent asiatique, qui comptent pour 15 à 17.5 % des exportations sénégalaises, pourraient introduire un élément de relative stabilité, étant donné que la croissance économique projetée à 6 - 7 % en 2009 en Asie est nettement plus favorable qu’en Occident (0 %).

Les importations (en valeur CAF) ont accusé un léger repli de 1,0 milliard en variation mensuelle en s’établissant à 152,5 milliards FCFA à la fin du premier trimestre 2009. Sur une base annuelle, une baisse de 31,9% est également observée. Cette baisse qui touche pratiquement tous les produits importés serait à l’origine de la contraction de 132,7 milliards de la valeur des importations cumulées sur les quatre premiers mois (637,8 milliards en 2009 contre 770,5 milliards en 2008.

S’agissant des importations en provenance des autres pays de l’UEMOA, elles sont estimées à 6,4 milliards FCFA en avril 2009, quasiment au même niveau qu’en 2008 (6,7 milliards), contre 4,6 milliards en mars 2009. Le cumul sur les quatre premiers mois de 2009 s’est chiffré à 19,8 milliards FCFA contre 27,1 milliards FCFA à la même période de l’année passée, soit une baisse de 26,9%.

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Au total, la faible performance du commerce extérieur constitue une des principales caractéristiques de l’économie sénégalaise. Cette tendance négative s’est accentuée durant la période récente. En effet, les principaux produits à l’importation (produits pétroliers, produits alimentaires, biens d’équipement, biens intermédiaires) ont connu une croissance rapide alors que les produits à l’exportation traditionnels (produits arachidiers, produits halieutiques, phosphates) ont tendance à baisser. Selon les dernières projections disponibles, la balance commerciale devrait se dégrader en 2009. En raison de la baisse de la demande en provenance de la zone Euro et du repli des produits de base, les exportations devraient passer de 915,9 milliards FCFA en 2008 à 826,4 milliards FCFA en 2009, soit une baisse de 9,8% alors que les importations passeraient de 2.150,2 milliards FCFA en 2008 à 1.897,5 milliards FCFA en 2009, soit une baisse de 11,7%. Le taux de couverture des importations par les exportations s’établirait ainsi à un niveau faible de 43,6%.

s’établirait ainsi à un niveau faible de 43,6%. b) Impact sur le tourisme Le sous -

b) Impact sur le tourisme

Le sous - secteur touristique constitue l’une des principales sources de devises de l’économie sénégalaise. La vulnérabilité du sous–secteur tient au fait que les activités sont saisonnières et dépendent essentiellement de la demande étrangère. Les informations les plus récentes font état des difficultés du sous - secteur liées à la récession au niveau des marchés émetteurs. Ainsi, les statistiques touristiques révèlent une baisse des entrées de touristes de 8,0% en janvier 2009. En outre, le chiffre d’affaires du sous – secteur enregistré au cours du premier trimestre 2009 a baissé de 30% par rapport à celui de l’année 2008.

Ainsi, les rentrées de devises au titre du tourisme et l’activité touristique risquent de subir les répercussions de la crise. En effet, 30 % des français interrogés déclarent renoncer à leurs vacances en raison de la crise. Or le Sénégal serait la 5e destination des touristes français dans le monde.

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Les effets de la crise au Sénégal ont débuté au second semestre 2008. Les données du secteur de tourisme au premier trimestre 2009 seront analysées en comparaison à celles de la même période en 2008.

à se faire sentir. Du fait de la récession

dans les marchés émetteurs, une baisse importante de prés de 5,7% est enregistré si l’on compare les données du trimestre de 2009 à celles du premier trimestre de

2008.

Pour le

tourisme les effets commencent

Ce recul du nombre de touristes doit être détaillé entre les résidents et les non résidents. Si les résidents qui constituent le quart des effectifs maintiennent leur rythme d’arriver et même le renforcent avec un croît de 6,5%, il n’en est pas de même pour les non résidents. Pour cette dernière population le recul est net (-8,1%) ; ce qui correspond à prés de 11 000 touristes en moins pour un seul trimestre pendant la haute saison.

Les professionnels du tourisme considèrent que ce recul du tourisme aurait été plus important si le tourisme d’affaire n’avait pas joué un rôle d’amortisseur de choc. En effet Dakar continue d’abriter plusieurs rencontres internationales qui sont autant d’occasion de maintenir les activités du secteur touristique.

de maintenir les activités du secteur touristique. A court terme l’activité du sous – secteur ne

A court terme l’activité du sous – secteur ne pourrait être relancée que par une amélioration de la conjoncture dans les pays du Nord, pourvoyeurs de touristes.

c) Impact sur les flux financiers

La crise financière internationale agit négativement sur l’aide publique au développement, les investissements directs

étrangers et les envois de fonds des émigrés.

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En ce qui concerne l’APD, Malgré les engagements pris lors des Sommets de Greeneagles et de Monterrey, le flux d’aide publique au développement risque d’être négativement affecté par la crise. En temps normal, les pays du Nord ont du mal à tenir leurs promesses (0,7% de leur PNB)) à plus forte raison en temps de crise financière.

Par conséquent, la mobilisation de cette source de financement traditionnelle dépend non seulement de la conjoncture des pays donateurs mais également des performances du programme en cours avec le FMI dénommé Instrument de Soutien à la Politique Economique (ISPE). Les projections du FMI indiquent une légère baisse de l’APD reçue par le Sénégal qui passerait de 5,4% du PIB en 2008 à 5% du PIB en 2009. Cette baisse de l’aide agira négativement sur le niveau des réserves en devises qui passerait de 3,1 mois d’importations en 2008 à 2,7 mois en 2009.

Les prévisions de l’IDE établies en 2008 étaient relativement optimistes 2 . Selon ces prévisions l’IDE au Sénégal devrait s’établir à moyen terme à 6% du PIB toutes les années, soit un niveau quatre fois plus élevé que celui de la dernière décennie. Pour l’essentiel ces IDE proviennent des pays du Moyen Orient et de l’Inde et sont destinés à l’hôtellerie, les infrastructures routières et portuaires, l’aménagement d’une zone économique spéciale et les mines de fer. Cependant, la crise financière et économique internationale qui a entraîné la récession dans les pays développés a réduit la rentabilité des projets d’investissements. Cela a conduit le groupe Arcelor Mittal à différer voire annuler le projet d’exploitation des mines de fer du Sénégal Oriental. De même le projet JAFZA d’aménagement d’une zone économique spéciale près de Dakar estimé à 800 millions de dollars n’a toujours pas connu de début d’exécution. Ainsi, selon les projections du FMI, l’IDE connaîtrait une baisse en passant de 4,5% du PIB en 2008 à 3,8% du PIB en 2009.

d) Transferts de fond des travailleurs au Sénégal De leur côté, les transferts des ONG et les transferts des sénégalais établis à l’étranger vont subir le contrecoup de la baisse de l’activité et du pouvoir d’achat dans les pays industrialisés. Les prévisions du FMI font état d’une croissance nulle

2 Rapport du FMI N°8/2008 Encadré 4 page 16

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en 2009 pour les économies avancées. La baisse de ces transferts a des impacts directs sur la consommation des ménages3 ainsi que sur la construction de bâtiments et indirectement sur l’activité économique, si l’on sait que depuis quelques années les BTP constituent le sous-secteur le plus dynamique du secteur secondaire avec un taux de croissance moyenne de plus 8% depuis 2000.

Par ailleurs, Les envois de fonds des émigrés qui atténuent le déficit du compte courant connaissent un net ralentissement du fait de la récession des pays du Nord. En 2008 ils ont augmenté de 7,2% contre une moyenne de plus de 20% sur les trois dernières décennies. Les projections de la balance des paiements indiquent qu’ils passeront de 606,8 milliards en 2008 à 502,3 milliards FCFA en 2009, soit une baisse de 17,2%. Dans la mesure où les envois de fonds des émigrés jouent un rôle déterminant dans le développement des BTP (voir plus haut)), la tendance baissière de cette source de financement aura un impact négatif sur la situation de ce sous – secteur.

Au Sénégal les envois de fonds des travailleurs à l’étranger représentent au cours de la période 2000-2007, en moyenne, près de 8,6% du PIB. Ces envois sont plus stables dans leur progression que les APD qui ont tendance à reculer légèrement. De plus l’ampleur des montants transférés dépasse largement la contribution des principaux produits d’exportations. Au cours de la période, les envois de fonds rapportés aux exportations totales sont passés de l’ordre de 19% en 2001 à près de 36% en 2007 nonobstant les transferts hors circuits formels.

Tableau n°3 : L’évolution des envois de Fonds et le s principaux Agrégats Nationaux

 

2001

2003

2004

2005

2007

Envois de fonds/PIB %

6

7

7

8

8,6

Envois de fonds/Exportations %

19

25

26

30

36

Source : Calcul des auteurs de l’étude sur la base des données officielles nationales du DSRP, 2008.

Il ressort des différentes études dont celle de CH. Diop4 relatives aux transferts que 75% des envois de fonds sont orientés vers la satisfaction des besoins de

3 Une étude récente de la DPEE sur cette question a révélé l’impact positif de ces transferts sur la réduction de la pauvreté.

4 Diaspora et ressources de développement en Afrique de l’ouest : stratégie de mobilisation de l’épargne et sécurisation des investissements

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consommation de la famille restée au pays. Un tel comportement permet de maintenir le niveau de la consommation intérieure qui est composée de biens et services produits localement mais également de biens et services importés.

Environ 10% des sommes transférées sont destinés à l’épargne liquide dans les banques locales. Une dernière portion des transferts est consacrée aux investissements selon deux types d’investissement principaux: l’immobilier et le commerce.

L’utilisation massive des transferts, prioritairement pour des besoins de consommation courante constitue un élément important en vue de l’amélioration des conditions de vie des familles sénégalaises bénéficiaires – surtout celles vivant en milieu rural ou urbain défavorisé et se trouvant dans des contextes d’extrême précarité. Elle n’en pose pas moins le problème de la rationalisation de leur utilisation.

En effet, cette orientation des transferts, bien qu’elle contribue à maintenir le niveau de la consommation aussi bien individuelle que globale, met les bénéficiaires dans une situation de dépendance vis-à-vis des « mandats ou virement » attendus périodiquement et ne contribue que de façon marginale au développement économique. Pour de nombreux ménages, les sommes reçues sont généralement consommées avec la perspective de recevoir d’autres transferts à des dates prédéterminées (fins de mois par exemple). Il ressort de certaines études5 que, dans de nombreux cas, les sommes reçues par les familles servent à régler le problème de la «dépense quotidienne» dite dépenses courantes.

La destination de l’investissement la plus populaire où se concentre les fonds provenant de la migration est l’immobilier. Cela représente l’essentiel des investissements et environ 8% des utilisations des transferts totaux (Diop, 2002). Les investissements sont destinés à l’acquisition de terrains, de maisons pour loger sa famille, préparer son retour, et /ou effectuer un placement (notamment à Dakar compte tenu de la forte rentabilité du secteur de l’immobilier depuis quelques années). Des études récentes ont montré par exemple que 7 émigrés sur 10 vivants

5 Les enquêtes budget-consommation

20

dans les autres pays africains ont investi dans l’immobilier (Tall, 2000 dans A.S. Fall,

2003).

Les investissements productifs sont comparativement beaucoup plus rares et se concentrent dans les secteurs des transports (taxis, cars), du commerce (importation de véhicules et pièces détachées d’occasion notamment) et, dans une moindre mesure, de l’agriculture (financement de projets d’élevage et de maraîchage en particulier). Le système fonctionne généralement sous forme d’assistance de l’émigré pour sortir un parent ou un ami du chômage et, dans certains cas, aider la famille à subvenir à ses besoins en diminuant la charge financière pour l’émigré.

Dans une optique d’investissement, les émigrés envoient des fonds expressément pour acquérir des actifs réels en milieu rural (terres, du matériel agricole ou des semences) ce qui constitue une forme d’épargne de précaution. Il faut dire que ce type de comportement est le plus souvent celui d’émigrés d’un certain âge et/ou ayant un niveau d’instruction plus élevé. Ces catégories sont plus enclines à envoyer des fonds pour accumuler des actifs dans leur région d’origine. Les envois de fonds ont un impact positif dans le secteur rural parce qu’ils créent des emplois (même si nombreux sont informels) et qu’ils produisent des effets multiplicateurs sur l’économie locale, pour lever ainsi les obstacles à la production locale.

Les migrations internes et internationales sont devenues, ainsi un moyen de faire face à la pauvreté et d’accompagner les progrès en faveur de la modernisation du secteur rural. La destination des envois de fonds et leurs effets sur les ménages et les économies locales sont d’une importance capitale malgré les coûts liés aux transferts et les risques de faible productivité des investissements locaux non structurés.

Les envois de fonds dans les zones vulnérables et délaissées, y compris le secteur rural, permettent de subsister et de survivre et ont de profondes répercussions sur le changement social. D’un point de vue démographique, la plupart des bénéficiaires d’envois de fonds appartiennent au secteur rural même si une dynamique nouvelle semble se développer en milieu urbain secondaire notamment.

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Encadré n°1 : IMPACT DES TRANSFERTS DES MIGRANTS SU R LA PAUVRETE AU SENEGAL*

Les transferts de fonds des Sénégalais de l’extérieur ont représenté en 2007 environ 460 milliards FCFA, soit trois fois plus que les investissements directs étrangers, d’où l’importance de ces fonds. La principale conclusion de l’étude nationale réalisée en 2007-2008 est que les envois de fonds des migrants réduisent significativement le nombre de ménages en dessous de la ligne de pauvreté (incidence) à hauteur de 31%. Autrement dit, le tiers des ménages recevant des transferts auraient été pauvres s’ils n’en recevaient pas.

Globalement, les résultats révèlent que les transferts de fonds accroissent en moyenne de 60% les dépenses par tête des ménages qui les reçoivent. Toutefois, l’intégration de certains paramètres tels que les milieux de résidence et le niveau de revenu font ressortir des disparités au sein des ménages. Ainsi, Dakar et les autres villes présentent les impacts les plus forts avec respectivement 95% et 62% d’accroissement des dépenses en raison des transferts, comparés au milieu rural où l’impact n’est que de 6%.

On note par ailleurs une baisse beaucoup plus forte de l’incidence de la pauvreté (60%) dans les autres villes en raison des transferts des migrants. En d’autres termes, deux ménages sur trois des autres villes recevant des transferts auraient été pauvres en l’absence de transferts.

Source : Etude Dpee/MEF, mai 2008

Les pays africains dont les économies sont très fragiles ne sont pas encore au bout du tunnel de la profonde crise financière mondiale. Les dégâts collatéraux de cette dernière n’épargnent pas le Sénégal où les transferts qui constituent une manne financière pour les ménages, ont connu une baisse sensible.

Selon l’Organisation Internationale du Travail, les sommes d’argent estimés à 1 milliard de Fcfa par jour vont passer de 555 milliards de fcfa en 2008 à 400 milliards fcfa d’ici à l’année prochaine du fait des pertes d’emplois.

Les dernières prévisions de la Banque Mondiale dans le rapport Migration et Développement font état d’une diminution d’au moins 1% entre 2008 et 2009 des transferts de revenus des émigrés vers les pays en voie de développement.

Les dernières études de la DPEE sur les effets de la crise internationale laissent penser que plusieurs agrégats seront touchés dont les transferts des émigrés. D’après cette étude publiée en juin 2009, les transferts reçus s’élèvent à prés de 638,45 milliards FCFA en 2008 en progression de 21% par rapport à 2007.

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L’Italie (24%) la France (19%) l’Espagne (14%) et les Etats unis ( 8% ) sont les principaux pays développés de provenance des transferts. Les transferts constituent 19% du PIB et 21,8% de l’Aide publique au Développement (APD).

D’après cette étude un ralentissement de 1% dans lesdits pays se traduit par une baisse de la croissance sénégalaise de 0.71%. Les résultats relatifs à l’élasticité de l’aide et de l’investissement direct étranger n’est pas significatif. Ce qui signifie que d’après le modèle ces deux variables ne devraient pas évolué fortement à moyen terme au Sénégal.

On note une élasticité de 0.37% de la croissance des transferts courants privés vers le Sénégal à une variation de 1% de la croissance di PIB des pays partenaires. Si la croissance des Européens baisse de 1% alors les transferts baissent dans le même sens de 0.37%. La significativité statistique de ce coefficient montre une corrélation très forte entre les transferts et l’évolution et la croissance des activités des principaux partenaires du Sénégal.

e) Impact sur la croissance économique

L’impact de la crise sur la croissance économique résulte de ses effets sur le commerce extérieur et les flux financiers. Les projections du FMI indiquent un impact négatif de la crise qui se traduit par une perte de croissance de l’ordre de 1,4%. La

projection initiale du taux de croissance en 2009 de la DPEE était de 5,2%. Le taux de croissance économique révisé s’élève à 3,1% en raison de la récession mondiale et du rythme de progression moins élevé que prévu du secteur industriel (industries extractives, productions chimiques, activités de raffinage) qui est en redressement.

f) Impact sur les OMD

La crise économique et financière remet en cause l’atteinte des Omd au Sénégal du fait notamment de la réduction des ressources nationales liées à la baisse des recettes tirées des exportations, de l’APD et des transferts des migrants. Les Omd les plus susceptibles d’être affectés de façon notable par la crise sont l’OMD n°1 (réduction des revenus des ménages pauvres, perte d’emplois et aggravations de la pauvreté). La baisse des revenus des transferts affecteraient négativement les OMD n°2 et 3 (scolarisation de la jeune fille), les OM D n°3,4 et 5 (capacités des ménages

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pauvres à se faire soigner).et l’OMD n°8 (suite à l a baisse de l’APD et non concrétisation des engagements pris par les partenaires).

La crise économique et financière hypothèque sérieusement l’atteinte des OMD du fait de son impact négatif sur la croissance économique, l’APD et les envois de fonds des émigrés. En effet, le taux de croissance économique requis pour réduire de moitié la population pauvre au Sénégal à l’horizon 2015 étant de 7%, la réalisation d’un taux de croissance inférieure à 5% éloigne beaucoup de l’atteinte de cet objectif, le niveau des inégalités ne s’étant pas réduit de manière significative selon les résultats d’enquête les plus récents.

En outre, les difficultés de mobiliser l’APD remettent en cause la mise des programmes de développement orientés vers la réduction de la pauvreté (DSRP).

Dans la mesure où les envois de fonds des émigrés jouent un rôle contracyclique et soulagent la population défavorisée, la baisse de ces derniers agira négativement sur la pauvreté et le développement humain.

V - Le rôle du PNUD et des Autorités Sénégalaises

Depuis le début des années 2000 les pays de la sous – région ont enregistré des performances macroéconomiques encourageantes même si le développement humain s’est révélé relativement lent. Les progrès réalisés risquent d’être remis en cause par l’impact négatif de la crise économique et financière dont les effets directs et indirects commencent à se manifester dans les pays de la sous – région et au Sénégal en particulier. Pour endiguer les effets défavorables de cette crise des mesures hardies devraient être mises en œuvre par la communauté internationale, notamment le PNUD en particulier et les autorités sénégalaises.

V.1- Programme d’actions du PNUD Des réponses politiques promptes et bien ciblées peuvent assurer une certaine protection des populations vulnérables vis-à-vis des impacts de chocs économiques subits.

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Avant de proposer les actions à mener par le PNUD, il est important de comprendre les différents canaux de transmission de l’impact de la crise financière, qui se voient comme un choc négatif à la fois sur la demande agrégée et la demande de travail au Sénégal. La crise financière a des impacts sur les ménages à travers : (i) les salaires et l’emploi – selon que l’ajustement se fait à travers une réduction des salaires réels ou une compression de l’emploi, (ii) des chocs de transmission intersectoriels, ce qui plaide en faveur de prévoir des mesures globales et pas seulement ciblées sur les secteurs les premiers touchés ; (iii) la chute des transferts des migrants ; et (iv) le coûts à long terme des stratégies de survie des gens face à la baisse de leurs revenus.

Les réponses en termes des stratégies pour assurer la protection des groupes vulnérables devraient fournir une assistance de court terme contre : (i) les variations de revenus, (ii) faciliter l’ajustement économique, et (iii) maintenir l’investissement en capital humain et physique de façon à minimiser les coûts à long terme de la crise. De bons filets de sécurité sociale nécessitent des systèmes gérables pour enrôler les bénéficiaires et effectuer les paiements ainsi que le suivi. Comme il est généralement long et difficile de créer un programme de sécurité sociale efficace à partir de zéro, l’attention initiale devrait être sur l’expansion d’interventions existantes qui ont démontré leur efficacité. Plusieurs mesures sont envisageables pour soutenir les vulnérables :

- Plaidoyer afin de soutenir le revenu des ménages à travers des transferts publics : via des transferts monétaires directs ou conditionnels, la mise à échelle de pensions sociales non liées aux revenus, de pensions pour handicapés, d’indemnités de chômage, etc. ; à noter que dans le cas d’une réponse à une crise subite, des transferts ciblés et non conditionnels sont peut-être les plus efficaces ;

- Plaidoyer afin d’intervenir sur le marché du travail pour soutenir l’emploi et les salaires : via des exonérations de taxes sur les salaires, des subsides à l’emploi et des programmes de travaux publics ; à noter qu’augmenter l’embauche et les salaires dans la fonction publique en cas de crise est peut-être tentant, mais pas

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très efficace pour atteindre les pauvres ; les mesures sur le marché de l’emploi doivent aussi veiller à ne pas introduire de distorsions et à être soutenables fiscalement ;

- Plaidoyer pour le soutien des flux de transferts privés : notamment en réduisant les frais sur les transferts des migrants ;

- Soutenir l’investissement des ménages dans le capital humain : par exemple en maintenant les services publics accessibles financièrement et en encourageant leur utilisation ; l’utilisation de transferts monétaires conditionnels à leur utilisation est peut-être la solution la plus adaptée pour atteindre les pauvres.

Le PNUD peut également contribuer à limiter les effets pervers de la crise économique et financière et à consolider les bases de la croissance et du développement humain à travers les actions suivantes :

Plaidoyer pour la mobilisation de l’APD en faveur des pays africains qui sont victimes et non responsables de la crise ;

Plaidoyer pour l’intégration sous – régionale pour augmenter la résilience aux chocs d’environnement international (mise en place et/ou consolidation infrastructures de transport, création d’entreprises de taille critique pour affronter la concurrence internationale, etc.) ;

Réaliser des études d’impact sur des cibles vulnérables (enfants, femmes, monde rural et péri urbain) afin de mieux sensibiliser l’opinion et les décideurs ;

Continuer à jouer l’habituel rôle des Plaidoyers vis-à-vis des institutions qui interviennent dans la région de la Casamance, où les agences du SNU et PTF sont significativement présentes afin d’accompagner le Gouvernement à trouver des solutions (politiques, économiques et sociales) à la crise qui dure depuis le début des années 80. Il convient de noter qu’une action humanitaire a débouché en 2002 sur la création d’un Cadre de concertation des PTF de la Casamance qui a engendré la formulation du PRAESC et a assuré le suivi des interventions des partenaires au développement.

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V.2- Programme d’actions des pouvoirs publics sénégalais

L’impact distributionnel de la crise et le choix des mesures politiques appropriées dépendront largement de la manière dont l’économie s’ajuste aux chocs. Par exemple, si l’ajustement se fait à travers une réduction généralisée des salaires, un soutien au revenu sera bienvenu, alors que s’il se fait à travers des pertes d’emploi ou des changements intersectoriels, des mesures de soutien à l’emploi (éventuellement ciblées sur certains secteurs) seront plus appropriées. Le coût fiscal de la réduction de la pauvreté doit aussi entrer en considération. Vu les contraintes budgétaires et l’importance de développer des actions soutenables, il est important de bien cibler les mesures.

Un des principaux défis que devra relever les autorités sénégalaises tient à leur capacité à dégager des ressources pouvant permettre d’atténuer les effets d’une éventuelle sévérité accrue de la récession mondiale. Autrement dit, des économies africaines en général et comme celle du Sénégal devront mettre l’accent sur l’efficacité des choix budgétaires afin de disposer d’une marge de manœuvre suffisante pour soulager les secteurs qui pourraient en avoir besoin dans le contexte actuel.

Pour sauvegarder l’amélioration des performances macroéconomiques enregistrées au Sénégal avant l’avènement de la crise et mettre l’économie nationale sur un sentier de croissance forte et durable, les pouvoirs publics sénégalais devraient s’employer à mettre en oeuvre les actions suivantes :

amélioration du ciblage des dépenses publiques afin d’optimiser leur impact sur le recul de la pauvreté et le développement humain ;

amélioration de la marge de manœuvre en matière de politique budgétaire en élargissant l’assiette fiscale (promotion du civisme fiscal, amélioration du système de collecte des impôts assis sur les revenus non salariaux et les activités informelles) ;

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mise en place progressive de stabilisateurs automatiques (système

d’imposition flexible, transferts en numéraire et/ou en nature en faveur des populations défavorisées, minima sociaux) ; réduction de la vulnérabilité de l’économie sénégalaise à travers des réformes structurelles (développement du secteur manufacturier et des activités de services incorporant de la main – d’œuvre qualifiée, diversification des exportations) ;

augmentation quantitative et qualitative de l’effort d’investissement public dans une perspective de développement plus équilibré des différentes régions du pays et d’une meilleure intégration tant dans la sous – région que dans l’économie mondiale.

CONCLUSION

La crise économique et sociale qui a engendré des perturbations majeures au niveau des marchés internationaux et des économies développées a mis en évidence les dysfonctionnements et la vulnérabilité de l’économie mondiale. Si les effets de la crise financière se manifestent dans les pays africains avec un certain décalage, ils risquent d’être dévastateurs et de remettre en cause les progrès économiques et sociaux réalisés durant la dernière décennie ainsi que l’atteinte des OMD.

La communauté internationale devrait s’employer à soutenir les pays africains pour consolider les acquis des réformes mises en œuvre et promouvoir le développement humain. Conformément à son mandat, le PNUD se mettra au service du gouvernement sénégalais et de celui des pays de la sous - région, à travers différentes formes de plaidoyer ainsi que la formulation d’un programme d’actions, afin de remettre les économies africaines sur un nouveau sentier de croissance forte et durable.

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