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dans les stades précoces des néphropathies glomé-

Électrophorèse rulaires ;
des protéines urinaires – protéinurie glomérulaire non sélective : l’aspect
électrophorétique est proche de celui du sérum, car
il y a passage de toutes les protéines sériques à
L’urine primitive est formée par l’ultrafiltration du l’exception des protéines de haut poids moléculaire
plasma à travers la paroi capillaire glomérulaire. (lipoprotéines, IgM, α 2-macroglobuline). L’index
Chaque jour, 180 l de plasma sont ultrafiltrés, compor- de sélectivité peut être calculé par le rapport de la
tant 2 à 3 g de protéines plasmatiques, dont 99 % sont clairance de deux protéines de poids moléculaire
réabsorbés dans le tubule proximal. différent, par dosages sur un échantillon urinaire et
La composition de l’urine définitive dépend de plusieurs un échantillon sérique. Parmi les index proposés,
mécanismes : on peut citer celui de Cameron :
• la filtration glomérulaire, conditionnée par les protéi- IgG (urine)/IgG (sérum)
nes elles-mêmes (poids moléculaire, le seuil de filtra- Transferrine (urine)/Transferrine (sérum)
tion étant d’environ 67 kDa, taille et charge électrique
de la protéine), les conditions hémodynamiques Cet index permet de définir 4 types de protéinuries
rénales (pression de filtration) et l’intégrité des struc- (tableau 4).
tures glomérulaires ;
• la réabsorption tubulaire qui, pour une protéine, est Tableau 4. Les types de protéinurie
conditionnée par son Tm ou capacité maximale de
réabsorption. Une fois celle-ci atteinte, l’excrétion Index de Cameron Type de protéinurie
urinaire augmente parallèlement à la quantité filtrée ; < 0,1 Protéinurie sélective
0,1 à 0,2 Protéinurie moyennement sélective
• la sécrétion par les cellules tubulaires de protéines
0,21 à 0,4 Protéinurie peu sélective
(glycoprotéine de Thamm-Horsfall, urokinase, IgA
> 0,4 Protéinurie non sélective
sécrétoires).
Bien entendu, ces mécanismes requièrent l’intégrité des
structures glomérulaires et tubulaires.
Parmi les néphropathies glomérulaires, on peut citer le
Toute modification de l’un ou de plusieurs de ces para- syndrome néphrotique primitif ou secondaire, les glo-
mètres, entraînant l’altération de la fonction rénale, se mérulonéphrites aiguës et chroniques, les néphropathies
traduit biologiquement par l’apparition dans l’urine diabétiques, le LED par dépôt d’immuns complexes cir-
définitive de protéines normalement absentes ou de culants, le syndrome de Goodpasture et les atteintes
protéines en concentration anormalement élevée. glomérulaires d’origine toxique ou médicamenteuse.
La protéinurie physiologique est inférieure à Enfin, certains cancers s’accompagnent d’une protéinu-
120 mg/24 h chez l’homme et la femme, de type non rie par atteinte glomérulaire (cancer viscéraux, maladie
sélectif, constituée en majorité de protéines plasma- de Hodgkin, lymphomes, leucémies).
tiques (dont 20 à 55 % d’albumine, associée à de la
• Les protéinuries tubulaires : les atteintes tubulaires
transferrine, de la RBP et des IgG).
sont moins fréquentes que les atteintes glomérulaires,
La découverte d’une protéinurie supérieure à et se caractérisent par une protéinurie généralement
150 mg/24 h doit être suivie d’une identification et plus faible : ≤ 1,5 g/l. Une protéinurie tubulaire appa-
d’une quantification des protéines qui la composent. raît lorsque la fonction glomérulaire est normale,
En effet, les protéinuries sont classées selon la nature mais que les tubules proximaux ont une capacité
des protéines retrouvées. réduite à réabsorber et à cataboliser les protéines. Le
• Les protéinuries glomérulaires : elles sont les plus fré- tracé électrophorétique présente une albumine peu
quentes, et sont associées à une protéinurie élevée abondante (< 25 % de la protéinurie totale) et des
(≥ 1 g/l). Selon l’atteinte du glomérule, elles se dis- globulines prépondérantes. Les protéines suivantes
tinguent en : sont retrouvées dans les atteintes tubulaires : â 2-
– protéinurie glomérulaire sélective : l’urine contient microglobuline, lysosyme, RBP, chaînes légères libres,
un composant majeur, l’albumine (> 80 %), asso- α 1-microglobuline, cystatine C. Les protéinuries
ciée à de la transferrine (pic â net) et éventuellement tubulaires sont principalement d’origine :
à l’orosomucoïde (pic α 1), c’est-à-dire des proté- – congénitale : cystinose, syndrome de Toni-Debré-
ines de faible poids moléculaire. Ce tracé apparaît Fanconi, maladie de Wilson ;
– infectieuse : choc endotoxinique des septicémies à rieure à 150 mg/24 h, la réalisation de l’électro-
bacille à Gram négatif ; phorèse est discutable, sauf en cas de notion
– toxique : métaux lourds (plomb, cadmium, platine), d’hypogammaglobulinémie sérique ou hémopathie
solvants chlorés ; lymphoïde ;
– médicamenteuse : aminosides, céphalosporines, • l’électrophorèse en gel de polyacrylamide-SDS ou
ciclosporine A, drogues cytostatiques, analgésiques, d’agarose-SDS : elle sépare les protéines urinaires en
méthicilline. fonction de leur poids moléculaire, et permet donc
un typage de la protéinurie (glomérulaire, tubulaire,
• Les protéinuries mixtes : on retrouve des protéines
mixte ou de surcharge). En comparaison avec la
d’origine tubulaire et glomérulaire. Elles résultent
migration d’un marqueur de poids moléculaire, ce gel
d’une atteinte diffuse du parenchyme rénal, comme
permet de repérer les protéines d’origine tubulaire,
dans la nécrose tubulaire faisant suite à une
inférieures à 67 kDa (â 2-microglobuline, lysozyme,
glomérulonéphrite chronique, dans la pyélonéphrite
RBP, α 1-microglobuline, monomères ou dimères de
et dans la thrombose des veines rénales.
chaînes légères), l’albumine et les protéines d’origine
• Les protéinuries de surcharge : elles sont liées à la glomérulaire supérieures à 67 kDa (transferrine, IgA,
présence d’une protéine de faible poids moléculaire haptoglobine, IgM). Le seuil de détection est de
en quantité importante, dépassant sa capacité de 15 mg par bande ;
réabsorption Tm, par augmentation de synthèse ou
augmentation de libération : • le profil urinaire par immunofixation : il s’agit d’un
profil complet des protéines urinaires avec typage de
– chaînes légères libres dans les gammapathies mono- la protéinurie, destiné aux patients souffrant de
clonales ; néphropathie, avec ou sans gammapathie mono-
– â 2-microglobuline dans les syndromes lympho- clonale. L’urine non concentrée est séparée par
prolifératifs ; électrophorèse classique sur 9 pistes, puis les pro-
– lysozyme dans la leucémie myélomonocytaire ; téines sont révélées par un fixateur acide dans la pre-
mière piste (précipitation non spécifique de toutes les
– orosomucoïde dans le carcinome bronchique ;
protéines) et différents antisérums déposés dans les
– myoglobine dans les rhabdomyolyses. autres pistes : antiprotéines glomérulaires (albumine),
Il existe aussi des protéinuries intermittentes modérées anti-protéines tubulaires (α 1-microglobuline, RBP,
dites fonctionnelles, sans lésion rénale : la protéinurie â 2-microglobuline), trivalent anti-GAM, anti-D et E,
orthostatique, à l’effort, ou liée à une maladie infec- anti-ê libres et liées, anti-ë libres et liées, et anti-
tieuse fébrile. chaînes ê et ë libres. La limite de détection d’une pro-
Les protéinuries peuvent être explorées par différentes téine tubulaire est de 6 mg/l et celle d’une protéine
techniques d’électrophorèse. Il est préférable de glomérulaire de 3 mg/l. Les chaînes légères totales
recueillir les urines de 24 heures. Un dosage préalable sont détectées à partir de 20 mg/l et les chaînes légères
des protéines totales est nécessaire avant de réaliser ces libres à partir de 50 mg/l ;
techniques : • l’immunofixation ou recherche de protéinurie de
• l’électrophorèse classique en gel d’agarose ou d’acé- Bence-Jones : c’est une technique qualitative permet-
tate de cellulose : elle sépare les protéines selon leur tant d’identifier les composants monoclonaux
charge électrique en 5 zones (albumine, α 1- (Ig complètes et/ou chaînes légères libres appelées
globulines, α 2-globulines, â-globulines et ã-globu- protéines de Bence-Jones). Cette technique combine
lines). Le seuil de sensibilité est de 10 mg/l pour une une séparation des protéines classiques par électro-
fraction isolée. Cette méthode est simple et très utili- phorèse, et une immunoprécipitation en gel par cinq
sée en routine car elle fournit un diagnostic bio- immunsérums : trivalent anti-GAM, ê libres et liées,
logique d’orientation sur la protéinurie, d’après ë libres et liées, ê libres et ë libres. Le seuil de détec-
l’aspect du tracé : elle permet de mettre en évidence tion d’une chaîne légère libre est de 50 mg/l. La détec-
une protéinurie glomérulaire sélective ou non, et de tion de chaînes légères libres urinaires est plus
rechercher un composant monoclonal. Devant toute sensible que dans le sérum par immunofixation, car
bande observée dans la zone ã, mais aussi dans les l’urine est pauvre en protéines, et toute anomalie est
â ou α 2-globulines, une immunofixation devra être facile à identifier. Pour cette raison, lors de la décou-
effectuée, afin de caractériser la nature de ces pro- verte d’une immunoglobuline monoclonale sérique et
téines. Il faut cependant souligner que ce type de sup- du suivi d’un patient, il est habituel de rechercher une
port est peu adapté au diagnostic d’une protéinurie protéinurie de Bence-Jones, car les chaînes libres sont
tubulaire ou mixte. Lorsque la protéinurie est infé- un facteur aggravant en raison de leur néphrotoxicité.
Tableau 5. Principaux marqueurs des protéinuries pathologiques
Protéines MM (kDa) Valeurs usuelles (mg/l) Protéinuries pathologiques
β 2-microglobuline 12 < 0,5 Tubulaires (surcharges)
Lysozyme 14 < 0,5 Tubulaires (surcharges)
RBP 21 < 0,5 Tubulaires
Chaînes légères 25 < 10 Tubulaires, surcharges*
α 1-microglobuline 33 < 15 Tubulaires
Albumine 70 < 20 Glomérulaires
Transferrine 80 <2 Glomérulaires
IgG 150 < 10 Glomérulaires (surcharges*)
α 2-macroglobuline 700 Absente Postrénales ?
Tamm-Horsfall 7 000 < 40 ?
* Le plus souvent monoclonales, mais parfois polyclonales. Entre parenthèses : protéinuries avec augmentation du marqueur biologique, mais moins fréquentes. Les
protéinuries mixtes sont caractérisées par une augmentation de l’ensemble de ces protéines, à l’exception de la protéine de Tamm-Horsfall et de l’α 2-macroglobuline.
Les valeurs usuelles sont celles des techniques immunonéphélémétriques Dade-BehringTM, sauf pour la protéine de Tamm-Horsfall (technique IDR, The Binding SiteTM).
In : Le Bricon T. – Identification et dosage des protéines urinaires au laboratoire d’analyses. – Ann Biol Clin 2002 ; 60/5 : p. 527.

Cependant, cette attitude est actuellement mise en Un profil protéique urinaire reposant sur un dosage des
balance avec le dosage des chaînes légères libres protéines totales et des marqueurs glomérulaires (albu-
sériques : ce dosage est devenu plus fiable et sensible, mine, IgG) et tubulaire (α 1-microglobuline) a été
et permet de détecter un déséquilibre ê/ë libres avant proposé pour classer les protéinuries en types gloméru-
l’apparition de ces chaînes libres dans l’urine, qui sup- laires, tubulaires ou mixtes, mais ces dosages ne per-
pose que la capacité de réabsorption tubulaire ait été mettent pas de déceler une protéinurie de surcharge, et
dépassée. De plus, ce dosage sérique évite un recueil ne dispensent donc pas d’une électrophorèse pour
d’urines de 24 heures. caractériser la protéinurie (tableau 5).
Enfin, les protéines urinaires peuvent être dosées par
immunoturbidimétrie ou immunonéphélémétrie. Citons
l’albuminurie (appelée aussi microalbuminurie), dosée ☞ Chaînes légères, Gammapathies monoclonales, Micro-
dans le dépistage et le suivi de la néphropathie au cours albumine, Microglobuline (α 1-), Microglobuline (β 2-)
du diabète de type I, la transferrine ou les IgG, comme
marqueurs de protéinurie glomérulaire, notamment ( Le Bricon T.
Identification et dosage des protéines urinaires au laboratoire d’analyses.
pour le calcul de l’index de Cameron, et parmi les pro- Ann Biol Clin 2002 ; 60/5 : 525-540.
téines de faible poids moléculaire, l’α 1-microglobuline Szymanowicz A, Neyron MJ, Denis I.
Proposition de textes interprétatifs prêts à l’emploi pour l’électrophorèse
qui est stable dans l’urine et représente un marqueur des protéines urinaires.
sensible dans les pathologies tubulaires. Spectra Biol 2006 ; No 155 : 41-51.

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