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La Photographie amusante, photographie spirite, effets sur fond noir, le stéréoscope, photographies mouvantes et [

La Photographie amusante, photographie spirite, effets sur fond noir, le stéréoscope, photographies mouvantes et [

]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Violette (02). La Photographie amusante, photographie spirite, effets sur fond noir, le stéréoscope, photographies

Violette (02). La Photographie amusante, photographie spirite, effets sur fond noir, le stéréoscope, photographies mouvantes et photographies parlantes, etc. par MM. Cte E. Ogonowski,

Violette,

1894.

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PHOTOGRAPHIE

SPIRITE

EFFETS SUR

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NOIR

LE

STÉRÉOSCOPE

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PAR

cte E. OGONOWSKI

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PHOTOGRAPHIE AMUSANTE

COLLECTION DE L'AMATEUR PHOTOGRAPHE

PHOTOGRAPHIE SPIRITE

EFFETS SUR

FOND

NOIR

LE

STÉRÉOSCOPE

PHOTOGRAPHIES MOUVANTES

ET

PHOTOGRAPHIES PARLANTES, ETC.

PAR MM.

Cte E. OGONOWSKI

VIOLETTE

Auteur d'ouvrages

sur

l'Art

et

la

Photographie

Secrétaile do rédaction de l'« Amateur Photographe 1

Avec 40 ligures inlcrcnlécs dans le texte

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LA

PHOTOGRAPHIE AMUSANTE

PHOTOGRAPHIE fcriKITB EFFETS SUR

FOND NO;R

LE STÉRÉOSCOPE:

PHOTOGRAPHIES MOUVANTES ET PHOTOGRAPHIES PAILANTES

ETC., ETC.

PREMIÈRE

PARTIE

PHOTOGRAPHIE SPIRITE

Le spiritisme, tout le monde le sait, est une science occulte, sacrée pour les adeptes, science

indubitable et inépuisable dans ses ressources de

communication avec l'âme des défunts. Je dis l'âme des défunts, parce qu'un savant anglais

a fourni tout récemment les rudiments d'une

science nouvelle tendant à assujettir au pouvoir de l'homme les lois métaphysiques sur lesquelles reposent l'intuition et l'apparition spontanée des êtres sympathiques, au moment où l'esprit demi-

somnolent se porte vers eux. Ce qui veut dire

que nous avons mieux que la transmission de

pensée, puisque, dans un avenir très proche, nous communiquerons, d'une manière directe et

sans souci des distances, avec l'âme djs vivants.

Disons,

quant au spiritisme, que

le rapport

entre un esprit et la personne qui l'évoque s'éta-

blit d'habitude par l'intermédiaire d'un médium,

être éminemment sensible, éminemment impres-

sionnable et en général faible de volonté. La volonté n'est que pour celui qui évoque, tandis (lue le médium est un instrument passif agissant sous le souffle de l'être invisible : il s'absorbe, il s'anéantit, en un mot, il se donne à

l'empire spirituel des existences d'outre-tombe,

et là où le pouvoir de l'esprit s'arrête en tant que manifestation physique, il le fait, lui, sans même avoir conscience de ses actes. CeLLe doc-

trine est répandue à un degré tel, qu'elle a donné

lieu, lors de la dernière exposition universelle, à

un célèbre congrès, se réunirent les repré-

sentants des principales villes de France et de

/

l'étranger, comprenant

toutes le

chiure déjà

énorme de quinze mille adeptes. Il y en eut de

toutes les conditions, de toutes les croyances, et même des prêtres. Parmi ces derniers, un cha- noine soutint la cause avec une conviction pro-

fonde,

affirmant que la doctrine

spirite

n'est

contraire en aucun point aux doctrines de

l'Église (1). Un autre, franc-maçon celui-là, lut un discours écrit sous la dictée d'un esprit, et ce

serait à y croire, en ne jugeant que par l'éléva-

la grande beauté du

tion de la pensée et

par

style. Cet adepte du spiritisme est auteur d'un

très intéressant ouvrage : Après la mort.

Je ne suis ni pour ni contre, c'est dire assez,

qu'en écrivant ces pages, je n'ai d'autre but que de relater des faits. Jamais je n'ai vu de tables

tournantes, sauf étant enfant, et encore ai-je ap-

pris que le médium complaisant à qui les secous-

ses du meuble furent attribuées, était notre pré-

cepteur. Je me souviens d'autres moyens pour

faciliter les révélations, la règle, le crayon, le verre d'eau, et que sais-je encore : c'était vers

l'année 1860, période de grande activité

le

monde spirite. Depuis, je n'en ai entendu parler

pour

que dans ces dernières années, où les croyants revinrent avec de nouveaux renforts, munis d'un nouvel attirail de théories et de procédés de

communication, parmi lesquels procédés nous

inscrivons pour notre compte la photographie. Voici la base sur laquelle repose ce nouveau moyen :

Les esprits, peu soucieux de revêtir leur forme

(1) Je dois ajouter

le vénérable ecclésiastique

reçut

que un blâme sévère de l'autorité dont il relève, et si je m'abs -

tiens de donner les

noms, c'est pour no pas toucher à une

matière aussi délicate.

terrestre pour s'exhiber au regard des vivants, ne sont nullement rebelles lorsqu'il s'agît de l'in-

d'au tres

termes, ce qui est interdit à nos sens imparfaits,

ne l'est plus aux instruments. N'avons-nous pas

le télescope, qui rapproche la lune à 16 lieues de la terre; le microscope, qui nous fait voir, gros- sissant à une puissance considérable, des êtres absolument invisibles, et la photographie céleste, grâce à laquelle nous compterons les étoiles de

vestigation par l'appareil optique. En

dixième grandeur, même au delà. Il n'y aurait rien d'étonnant, si dans quelques années, pour

couronner ce siecir qui a vu tant de choses ex-

traordinaires, nous trouvions sur les catalogues

de fabricants d'appareils de photographie, à l'en-

droit

«

objectifs »,

des

annonces

à peu près

comme celles-ci :

« Le Psychoscope, instrument

à l'usage des sciences occultes, servant en même

temps à la mise au point pour chambre spirite;

Objectif spirite extra-lucide, de la maison X

;

Objectif spirÍfe aplanat-cclair, de la maison Y

,

pour saisir a., passage, dans leur vol rapide, les esprits en apparition et ceux des fins-fonds de

l'éther,

donnant une ressemblance parfaite et

s'adaptant à toutes les chambres noires; enfin,

comme dernier perfectionnement, le Psychogra-

phe électrique. » Car l'électricité n'a

dit son

pas

dernier mot, et je lui attribue encore une pro-

priété : j'ai dans l'idée qu'elle jouera un rôle

important dans l'héliochromie, comme agent ré-

vélateur ou agent fixateur

des nuances natu-

relles. A ce propos, il m'a été dit qu'un jour, en

Allemagne, on trouva dans les débris d'un incen-,

die causé par la foudre, une vitre sur laquelle le

paysage s'était reproduit avec toutes ses

leurs. Comme conséquence de mes suppositions j'ad-

mets tout ce qu'on voudra, on ne peut pas être

plus conciliant; mais ce qui semble une plaisan-

terie, a été déjà mis en pratique par un certain photographe, industriel entreprenant, qui l'ex-

ploita au grand profit de sa bourse mais non il celui de sa considérai ion. On se souvient d'un procès jugé il y a quelque

vingt ans, il la suite duquel le photographe spirite

cou-

fut condamné pour abus de bonne foi. Il habitait

Paris : dans quel quartier ?

je ne veux pas le

dire, pas même

beaucoup si je désigne son nOIl1 par la lettre G.

sur quelle rive, et c'est déjà

A

cette

époque,

la

photographie était loin

d'être vulgarisée comme elle l'est de nos jours;

le champ était ouvert il la mistification du char-

latan, lequel n'avait aucune critique à redouter :

personne ne découvrirait le mécanisme des eflets

surnaturels se produisant dans son cabinet obs-

cur. Le pouvoir qui lui était donné de faire appa-

raître les fantômes eut du retentissement et la

clientèle abonda. Pour l'un, c'était l'ombre

de

son père, pour l'autre, celle de son enfant ou de

sa fiancée qu'il s'agissait d'évoquer, et M. G s'en tirait fort bien.

On entrait. De

grands portraits de spectres

décharnés, recouverts de leur linceul, ornaient

le salon d'attente : il arrivait parfois de distin-

guer sur l'un d'eux les traits d'une personne

connue jadis, et la confiance redoublait, l'on se

sentait pris d'une sainte terreur. C'était le lieu durecueillement, là l'on se préparait au grand acte de l'apparition. Pendant ce temps, M. G

amenant à con-

posait des questions discrètes,

naître l'âge du défunt,

son caractère et son

genre de physionomie, puis ii se retirait pour

disparaître sous une tenture noire. Au bout de quelques instants le solliciteur était appelé à

passer sous la même tenture et se trouvait tout

à coup dans une obscurité profonde : cette fois,

c'était la chambre des révélations. Quand l'œil s'était habitué aux ténèbres, on finissait par

distinguer un cabinet absolument nu; pas le moindre accessoire, pas la moindre chose indi-

quant un truc : quatre murs tendus de noir, et

c'est tout. Cette inspection se faisait à la faveur d'une petite lueur \erte, tenant dans un coin on

ne sait comment, mais assurément placée à dessein pour assurer la confiance.

~ Agenouillez-vous! disait une voix.

Et la petite lueur cabalistique cessait de briller. Peut-être qu'à ce moment une oreille expéri-

mentée eut distingué le frôlement d'un rideau glissant sur une corde ou tout autre petit bruit

suspect; mais qui songeait à cela en cette heure

d'anxiété?

Voyez-vous quelque chose?

Pas encore.

Esprit, viens-tu? disait la voix d'un ton im-

pératif.

Mais l'esprit se faisait prier.

En

conservant votre attitude agenouiiïée,

tournez sur vous-même, ajoutait, ],-i voix.

Oh! je distingue une lueur! Fixez-la bien !

Mon Dieu, c'est elle!

ou bien, c'est lui!

Mais ne pourrais-je voir plus distinctement?

Esprit, approche-toi, tu n'est pas assez ap-

parent!

Mais l'esprit devenait plus vague et disparais.

sait tout à fait, laissant une traînée blanchâtre dans laquelle s'agitait une nuée d'autres fan-

tomes.

Pourquoi as-lu disparu,

ombre

chérie de

mon père, pourquoi ta forme était-elle si vague?

Monsieur,

M"11'

X

disait-on

s'adressant il

la voix,

en m'a affirmé que son mari lui était ap-

paru dans toute sa ressemblance : elle s'est éva-

nouie.

Mon Dieu, madame, je n'y puis rien. Cer- tains esprits sont rebelles à nos prières, échap-

pent même à mon pouvoir, sans cependant s'y

soustraire tout à fait, comme vous voyez, Nous

allons recommencer, si vous voulez. Seconde apparition, un peu plus satisfaisante

cette fois : on distingue en effet un personnage de l'âge du défunt; c'est bien son genre, mais c'est toujours vague. Enfin, on lève la séance

pour remettre à une autre fois. Dans cet inter- valle, le client restait rarement sans venir sou-

mettre quelque portrait ou croquis de la per- sonne morte, qu'il laissait sur la sollicitation de M. G Alors, les résultats de la seconde séance

étaient absolument concluants : cette fois l'ombre

s'était manifestée dans toute

son identité. On

revenait tremblant, et l'épreuve surnaturelle à

laquelle on avait assisté, qu'on avait subie réso- lument, défrayait les conversations intimes. Ceux qui sont au courant de la photographie,

ou qui n'ont même que des notions incomplètes

sur les procédés employés pour l'obtention des agrandissements, ont compris déjà que les effets

obtenus par M. G

n'avaient pas d'autre cause.

Dans un traité de photographie, j'ai donné la description d'un appareil d'agrandissement, que je puis résumer dans ces quelques mots : l'objectif d'une chambre noire, mis à l'envers, regarde

une image transparente (petit cliché positif ou

i

négatif, selon le

besoin), fixée dans la lucarne

d'un cabinet obscur; à cette lucarne, contre le type môme, est assujetti hermétiquement l'autre

côté de la chambre; le cabinet fait lui-môme olllce

de grande chambre noire, ayant un écran blanc

mobile en guise de verre dépoli. Dans l'installa-

tion du photographe spirite. l'écran était masqué

par un voile noir, ainsi que l'objectif; en un mot,

aucune trace d'appareil quelconque n'était appa-

rente. Ce n'est qu'au moment de l'évocation, et

quand la lanterne verte avait disparu, qu'on dé-

masquait la batterie. Le client, agenouillé dans

l'obscurité, arrivait à son insir,»par un mouve-

ment de droite ou de gauche, à se poster devant

l'écran. Et l'apparition avait lieu, très confuse

d'abord, ensuite plus accentuée, mais jamais assez pour distinguer des traits de ressemblance, sauf

le cas où M. G

avait pu se procurer un portrait

du défunt. Alors, la préparation du type fantôme

demandait plus de soins, mais le travail était d'un excellent rapport.

J'ai dit, au commencement de ce récit, que l'ingénieux opérateur fut accusé d'abus de con- fiance et condamné à la réclusion.

L'histoire d'une apparition spirite, mais d'un

genre différent, m'a été racontée par l'auteur

lui-même du procédé. Cette fois, les choses eu-

rent lieu en intimité.

M. Bildaïva, photographe, avait un ami, zéla-

teur ardent de la doctrine, qui l'entretenait de-

puis longtemps des efforts tentés pour se mettre

en

communication avec l'ombre de

sa mère,

efforts restés stériles jusqu'à ce jour.

L'ami,

M. Petiot,

est artiste capillaire, doué

d'un rare talent pour tresser avec des cheveux

une chaîne ou une bague, pour pincer dans un

cadre, sur fond de velours, la

barbe btanche,

relique d'un auguste vieillard ; couvrir de che-

veux naturels la tôle et la barbe de l'image de

Victor Hugo ou de GambeUa; composer un cor-

tège où les tombes et les habits sont en cheveux ;

faire enfin une foule de très jolies choses, dignes

de l'admiration d'un grand nombre de person-

nes, mais qui n'ont d'autre effet sur moi que de

me donner mal au cœur.

Vous avez

tiste au coinur.

épuise tous les moyens, dit l'ar-

Tous ceux de ma compétence, oui, et je commence à douter.

Il

en

est

un,

cependant, que je donne

comme infaillible. Avez-vous entendu parler de

la photographie spirite?

Nullement, expliquez-moi cela.

Apprenez donc, que les objectifs possèdent

un pouvoir occulte, pour ceux qui savent s'en

servir, comme de juste; ils ont le don, en dehors

des objets matériels, de distinguer quantité de phénomènes qui échappent à nos yeux. Ce pro-

cédé a été très efficacement employé dans plu-

sieurs circonstances analogues, et si vous voulez

que nous tentions l'expérience?

Mais c'est merveilleux ce que vous me di-

t os-là Et l'on convint du jour. L'ami Petiot arrive el. ses yeux sont frappés

par un ameublement étrange. Le fond do l'alolier

de pose est noir et, sur une table couverte d'un

tapis noir, gît une tête de mort., près de laquelle deux bougies sont allumées. La tôle (Ir mort est

là, paraît-il, pour familiariser l'esprit, très sensi-

ble à ce genre d'apparat.

Sur un signe du photographe on passe dans le laboratoire, olt Petiot fut invité il mettre une pla-

que dans le châssis. On revint dans la salle de

pose, et le coi1l'eur s'agenouilla devant la table,

les mains jointes, le regard au ciel.

Après mise au point, M. Biidaïva dit il son ami

de prononcer la formule d'évocation. Esprit de ma mère, montre-loi, je t'en prie, je le veux. Un silence de quelques minutes succède à ces

paroles.

Pensez-vous que l'esprit soit descendu, en

avez-vous l'intuition, demande le photographe ?

Je crois que c'est le moment, si j'en juge par l'impression que je ressens.

Ne bougez plus alors

c'est fait.

On retourne au laboratoire et la plaque est

mise dans le bain. Mais cela ne va pas tout seul,

la plaque ensorcelée ne bouge pas. On ajoute un

liquide accélérateur, rien; on change de bain,

rien encore :

enlin,

au moment l'on doit

abandonner la partie, une image dans le coin

commence

à

se dessiner,

comme une vapeur

blanche d'abord, ensuite sous forme de fantôme.

Ce fantôme c'est l'esprit.

pour obtenir plus de netteté : soins inutiles, l'i-

mage reste confuse. Mais déjà les autres détails

On pousse le

cliché

de

la plaque se

montrent dans

leurs parties

claires. Ce sont d'abord les bougies, ensuite la

tète de mort, puis une figure, celle de Petiot.

Les parties noires viennent il la fin.

Petiot pousse "ne exclamation :

Ma mère, c

<t elle!

et tombe il genoux.

Comment expliquerons-nous, en langue pro- fane, l'impression simultanée sur la couche sen-

sible, de l'être invisible et de l'être palpable ?

D'une façon très simple et tout le monde, j'en

suis sur, l'a deviné.

Avant la séance, le photographe avait eu soin de reproduire sur le coin de la plaque l'image

d'un fantôme, découpée sur fond noir (fiq. 2).

Le reste

de

cette plaque

n'avait subi aucune

altération et le médium y avait trouvé sa place.

Quant aux lenteurs du développement, elles fu-

rent calculées

dessein.

J'aurais pu, me dit l'habile opérateur, donner au spectre la ressemblance de la défunte, car

j'avais son portrait, mais je n'ai pas voulu pous-

ser les choses trop loin et abuser de la bonne foi de cet homme naïf, qui n'en resta pas moins per-

suadé que sa mère lui avait apparu, invisible il

son regard, il est vrai, mais visible pour l'instru-

ment de photographie. Cette seconde théorie d'apparitions a été prati-

quée il

échelle, par un photographe de Tours. Mais la

très

peu de temps, sur

une vaste

y

a

plaisanterie cesse où il y a abus public; le cou-

pable

s'en est tiré cependant à bon compte :

l'opinion seule s'esL chargée de le condamner. 11 opérait d'après le procédé ci-dessus indiqué,

mais avec une variante. Ce n'est pas sur des gra-

vures qu'il reproduisait le fantôme de la plaque, mais sur des modèles vivants enveloppes de draps

qu'il accrochait en l'air. L'opération se faisait sur fond noir, et par un défaut de mise au point les traits du sujet res-

taient confus. Alors, sur une plaque préparée de

la sorte, le mystificateur prenait la pose du mon- sieur ou de la dame spirite venu dans son atelier implorer les ombres.

pour

Je

n'ai aucune conclusion à tirer de ces récits,

car partout il y a croyance erronée, il y aura

des dupes. La photographie spirite n'a pas dit son dernier mot, ses ressources ne sont pas épui-

sées, et si ce n'est pour saisir la forme élhérée des mânes des défunts, elle se prêtera encore à quelque invention d'écriture mystérieuse, comme cette ardoise magique enfermée dans une boite

allemand, dont les propriétés

occultes furent publiquement contestées, il y a

d'un professeur

environ cinq ans, par des chimistes de Berlin,

appelés à sc prononcer comme experts dans un

procès qui fut intenté au-dit professeur. Plus récemment encore apparaît EglintuJl. Venu

d'Edimbourg il Londres avec son père, un pas-

sionné de la doctrine, Eglinlon se montre d'abord rebelle à ses enseignements : quelques aimées plus tard, le voilà grand apôtre. Son étal d'inspi- ration, ses catalepsies font frissonner adeptes et

spectateurs. Dans les séances qu'il donne, on voit

des flammes phosphorescentes courir sur

son

corps, une nuée le couvre et le fameux médium

se spiritualise. Dans cette vapeur, on n'aperçoit

qu'une main, ou une tête à la hauteur d'un corps dehout, pendant que les jambes gisent horizonta-

lement par terre. C'est ainsi du moins que nous avons vu des dessins de ces fameuses expérien-

ces,

dont quelques-uns

reproduits d'après des

clichés photographiques de M. Aksakow, savant

naturaliste, chez l