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26/03/2018 Jean Carbonnier. L’homme et l’œuvre ­ Pour une économie du droit sans rigueur.

 L’analyse économique du droit et Jean Carbonnier ­ Presses univ…

Presses
universitaires
de Paris
Nanterre
Jean Carbonnier. L’homme et l’œuvre  | Raymond Verdier

Pour une
économie du droit
sans rigueur.
L’analyse
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26/03/2018 Jean Carbonnier. L’homme et l’œuvre ­ Pour une économie du droit sans rigueur. L’analyse économique du droit et Jean Carbonnier ­ Presses univ…

économique du
droit et Jean
Carbonnier
Guillaume Royer
p. 483­500

Texte intégral
1 UNE  SÈVE  ÉCONOMIQUE  COULERAIT­ELLE dans les branches du droit
privé  français  au  printemps  de  ce  troisième  millénaire  ?  La
question  pourrait  passer  pour  anodine  aux  yeux  du  juriste
emprunt de dogmatique, mais elle trouve tout son sens pour
celui qui s’ouvre aux phénomènes juridiques et se soucie des
divers  éléments  de  la  vie  sociale  qui  donnent  au  droit  ses
multiples couleurs. Il devient alors nécessaire de se tourner
vers  d’autres  savoirs,  collatéraux  au  droit,  susceptibles
d’expliquer,  du  moins  en  partie,  les  grandes  évolutions  du
droit  privé  contemporain.  La  tendance  n’est  certainement
pas  nouvelle  puisque,  dès  1937,  le  doyen  Louis  Josserand
remarquait que depuis quelques décades, « [le droit] a subi
progressivement  l’attraction  et  le  joug  des  faits
économiques,  le  détachant  ainsi  de  ses  sources
traditionnelles que sont la religion et la morale2  ».  S’évader
de  la  pyramide  des  normes  pour  cerner  la  pigmentation
économique  du  droit  constitue  une  quête  longue  et  difficile
pour  quiconque  tentant  de  saisir  l’essence  même  du
phénomène juridique.
2 Dans  cette  perspective,  quel  meilleur  guide  que  le  doyen
Jean  Carbonnier.  N’a­t­il  pas  écrit  qu’il  convient  de
dissoudre  provisoirement  la  dogmatique  en  phénomènes
juridiques3  ?  Sous  sa  plume,  les  sciences  auxiliaires
deviennent un antidote contre le mal de l’assèchement de la
pensée  juridique  lié  à  l’absolutisme  du  droit  dogmatique4.
Pour  atteindre  cet  objectif,  le  doyen  Jean  Carbonnier  s’est
essentiellement  attaché  à  explorer  les  phénomènes

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juridiques en sollicitant les outils de la sociologie juridique.
Si la pertinence de cette méthode ne prête pas à la moindre
discussion,  celle  des  sciences  économiques  mérite  d’être
envisagée  également.  Selon  Max  Weber,  la  théorie
économique se trouve sur le plan de l’événement réel et non
sur celui de la norme idéalement applicable5. Dans la mesure
où  les  sciences  économiques  se  donnent  pour  objectif  de
saisir  les  rapports  sociaux  de  façon  concrète,  elles  peuvent
être sollicitées pour expliquer les phénomènes juridiques et,
in fine, pour saisir cette fameuse sève économique qui coule
dans les branches du droit privé français.
3 Trop  épris  de  culture,  le  doyen  Carbonnier  ne  pouvait
négliger  l’apport  des  sciences  économiques  dans  la
compréhension  du  juridique  et  constatait  d’ailleurs  un
mariage  célébré  au  XIXe  siècle  entre  les  sciences  juridiques
et  économiques6.  Conscient  de  la  proximité  entre  ces  deux
matières,  il  n’a  cessé  d’irriguer  sa  contribution  à  la  science
juridique  d’une  pensée  économique  particulièrement
féconde aussi bien sur le plan des rapports techniques entre
le droit et l’économie, que sur le plan des grands principes de
théorie  économique  animant  le  système  juridique.  Les
célèbres « États des questions » de ses « Thémis » recèlent
de  nombreux  paragraphes  intitulés  «  Économie  politique  »
où des discussions d’ordre économique viennent éclairer ou
colorer un débat juridique7. Ainsi, le passage que consacre le
doyen  Carbonnier  aux  exigences  sociales  du  contrat,  au
travers de l’antithèse entre la liberté contractuelle et l’ordre
public,  est  éclairé  par  des  réflexions  sur  les  courants
économiques  libéraux  et  interventionnistes8.  La  sphère
économique  a  encore  intéressé  l’auteur  qui  a  livré  à  la
communauté  juridique  française  les  bases  d’une  théorie
générale de la monnaie en droit français9, considérée comme
fondatrice  d’un  droit  monétaire10.  Au  vu  de  ces  quelques
exemples, il apparaît que la dimension économique du droit
est bien présente dans la pensée du doyen Jean Carbonnier.
4 Pourtant,  il  peut  paraître  surprenant  de  se  pencher  sur  le
regard  qu’il  a  pu  porter  sur  le  mouvement  de  l’analyse
économique du droit. En effet, contrairement à la sociologie
juridique11,  à  la  légistique12,  à  la  psychologie  juridique13  qui
ont  chacune  reçu  un  héritage,  la  littérature  portant  sur
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l’analyse  économique  du  droit  ne  contient  ni  ouvrage  de


référence,  ni  article  fondateur  du  Maître.  En  tout  et  pour
tout,  le  doyen  Jean  Carbonnier  a  légué  trente­six  lignes  sur
les milliers de pages qui constituent son œuvre à propos de
ce  courant  novateur  qui  commençait  à  faire  des  vagues  au
crépuscule  de  sa  vie14.  Est­ce  dire  que  Jean  Carbonnier  n’a
fait  qu’esquisser  le  problème  ?  Ou  pire  encore,  a­t­il  passé
pratiquement  sous  silence  cette  étrange  figure  qui  a  fait
couler, en doctrine, tant d’encre ces dernières années15  ?  La
réponse est assurément négative car les lignes que le doyen
Jean  Carbonnier  a  consacrées  à  l’analyse  économique  du
droit  permettent  de  saisir,  avec  la  plus  grande  justesse,  les
enjeux  de  la  réception  de  l’analyse  économique  en  France.
Contrairement  à  l’hostilité  manifestée  par  une  grande
majorité  de  la  communauté  juridique  française16,  le  doyen
Jean  Carbonnier  paraît  accueillir  l’analyse  économique  du
droit sans a priori négatif. La lecture attentive de son propos
conduit  même  à  minimiser  les  craintes  suscitées  par
l’analyse  économique  du  droit  afin  d’adhérer  au  paradigme
très particulier qu’elle est susceptible d’offrir.

Minimiser les craintes suscitées par
l’analyse économique du droit
5 Afin  de  relativiser  les  craintes  suscitées  par  le  courant  de
l’analyse  économique  du  droit,  le  doyen  Jean  Carbonnier  a
été amené à établir avec précision un diagnostic de l’état de
ce courant en France. Il lui a fallu, tout d’abord, constater le
rejet  de  l’analyse  économique  du  droit  par  la  communauté
juridique pour, ensuite, identifier les maux dont elle souffre.

Constater le rejet de l’analyse économique du droit
6 Pour  comprendre  le  rejet  de  l’analyse  économique  du  droit
en France, le doyen Jean Carbonnier a fortement insisté sur
la  genèse  de  ce  courant  de  pensée.  En  effet,  l’analyse
économique  du  droit  prend  son  essor  de  l’autre  côté  de
l’océan  Atlantique,  à  l’université  de  Chicago,  sous
l’impulsion  de  grandes  personnalités  comme  Ronald  Coase
ou Gary Becker, tous deux prix Nobel d’économie, ou encore
Richard Posner, juge fédéral et professeur de droit. Dans un
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second  temps,  le  doyen  Jean  Carbonnier  a  relevé  que


l’analyse  économique  du  droit  a  gagné  l’Europe  par
l’Angleterre. Si l’auteur a mis l’accent sur ces éléments, c’est
qu’il en mesurait bien l’impact au sujet de la réception de ce
courant  en  France.  Bien  sûr,  il  n’était  pas  question  pour  le
doyen  Carbonnier  de  se  livrer  à  un  anti­américanisme
primaire,  mais  plutôt  de  mettre  en  évidence  la  triple
différence  de  culture  juridique  qui  oppose
traditionnellement les pays de tradition romano­germanique
et les pays de Common Law.
7 Tout d’abord, sur le plan de la politique législative, l’analyse
économique  du  droit  a  été  accueillie  comme  un  courant  de
philosophie  juridique  porteur  d’une  conception  libérale,
voire  ultralibérale  du  droit17.  Ainsi,  Messieurs  Benoît
Frydman  et  Guy  Haarscher  voient  dans  ce  mouvement  un
courant  philosophique  capable  de  menacer  l’humanisme
juridique,  de  poursuivre  allègrement  le  saccage  de  notre
planète ou de fermer les yeux sur l’exploitation des enfants18.
Par  son  essence  libérale  bien  identifiée,  l’analyse
économique ne pourrait être autre chose que le pendant des
conceptions marxistes du droit soutenues notamment après
la Seconde Guerre mondiale. Cette conception méconnaît la
nature  profonde  de  l’analyse  économique  du  droit.  Celle­ci
doit  rester  incolore  d’un  point  de  vue  politique  ou
idéologique,  au  risque  de  basculer  dans  un  libéralisme
juridique.  Elle  n’est  que  l’outil  de  référence  offert  à
l’économiste,  qualifié  par  Monsieur  le  professeur  Bruno
Deffains  d’«  ingénieur  de  la  société19  ».  Elle  doit  donc
exclusivement  être  entendue  dans  une  dimension
méthodologique20. Le professeur Bruno Oppetit traduisait le
plus  fidèlement  la  nature  de  l’analyse  économique  du  droit
en estimant qu’elle
fournit  au  juriste  une  méthode  destinée  à  repenser  les
fonctions  des  différentes  institutions  juridiques  :  elle
s’attache  à  une  vision  dynamique  du  droit  envisagée  dans
son historicité et son perfectionnement21.

8 Elle  n’est  qu’un  soutien  aux  décisions  de  nature  politique22


permettant  aux  institutions  juridiques  de  se  rapprocher  du
résultat  qui  leur  est  assigné23.  Dans  la  mesure  où  elle  est

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idéologiquement neutre, l’analyse économique du droit peut
aussi  bien  servir  des  valeurs  imprégnées  d’utilité  que
d’équité24. Autrement dit, l’analyse économique du droit n’a
aucunement vocation à orienter le système juridique vers un
unique  objectif  de  capitalisation  des  richesses25  au  mépris
des  autres  valeurs  de  notre  société.  Le  projet  de  l’analyse
économique  du  droit  n’est  donc  pas  philosophique,  mais
bien plus exactement méthodologique.
9 Ensuite,  sur  le  plan  de  la  méthodologie  juridique,  il  faut
rappeler  que  le  discours  doctrinal  français  est  avant  tout
légicentrique26,  fondé  sur  le  culte  de  la  loi27.  En  effet,  les
efforts  doctrinaux  de  la  première  partie  du  XXe  siècle  pour
accéder  aux  sources  formelles,  ou  extra­juridiques,  du  droit
ont abouti à un demi­échec avec le retour à une conception
beaucoup  plus  dogmatique  de  la  science  juridique.  Cette
approche  est  moins  encline  à  laisser  les  savoirs  auxiliaires,
comme  l’économie,  pénétrer  le  droit28.  Selon  le  doyen
Carbonnier,  cette  perception  du  phénomène  juridique,
limitée  à  la  seule  réflexion  dogmatique,  peut  paraître
étriquée au regard des multiples enseignements des sciences
collatérales au droit.
10 Enfin, l’absence de réflexion économique sur les institutions
juridiques  s’explique  par  un  argument  philosophique.  Dans
la  tradition  juridique  française,  la  philosophie  du  droit  a
toujours  strictement  opposé  les  perceptions  idéalistes  et  les
perceptions utilitaristes du phénomène juridique. En effet, la
pensée  majoritaire  est  nettement  plus  axée  sur  une
perception  kantienne  que  benthamienne  du  droit29.
Autrement dit, entre « l’utile » et « le juste », c’est le second
de  ces  termes  qui  a  le  plus  profondément  marqué  les
esprits30 au point que le professeur Michel Villey voyait dans
l’utilitarisme « un tronçon de réflexion juridique31 » ou « le
signe  de  l’effondrement  de  l’esprit32  ».  Par  conséquent,  le
discours  utilitariste,  fondé  sur  la  recherche  du  bonheur  du
plus grand nombre33, et indirectement sur l’analyse du droit
au  travers  de  sa  rationalité  économique,  traduit  une
inspiration  étrangère  à  la  philosophie  juridique  française34.
Elle suscite donc un a priori négatif aux yeux de la doctrine.
Pourtant, le doyen Jean Carbonnier ne semble pas partager
le  scepticisme  ambiant.  Il  a  tenté  de  le  dépasser  en
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s’attaquant aux maux dont souffre l’analyse économique du
droit en France.

Identifier les maux de l’analyse économique du
droit
11 Les  craintes  suscitées  par  l’analyse  économique  du  droit
dans le discours doctrinal français sont liées autant à l’image
qu’elle  génère  dans  la  conscience  collective  des  juristes
français qu’à ses attributs intrinsèques. Selon le doyen Jean
Carbonnier,  l’analyse  économique  du  droit  devra  réussir  à
vaincre  les  préjugés  des  juristes35.  Il  poursuit  en  indiquant
que l’analyse économique du droit « risque de repousser [les
juristes  français]  par  une  formalisation  trop  savante36  »  et
qu’elle  pourrait  les  «  décontenancer  par  des  météores  de
thèses et hypothèses37 ».
12 La  première  critique  relevée  par  le  doyen  Carbonnier  ne
surprendra personne car la compréhension du paradigme de
l’analyse  économique  du  droit  suppose,  au  préalable,  une
certaine  maîtrise  des  outils  élémentaires  des  sciences
économiques. Selon Messieurs les Professeurs Ejan Mackaay
et  Stéphane  Rousseau,  il  est  nécessaire  de  fournir  une
« culture économique élémentaire » minimum au lecteur qui
souhaite  se  plonger  dans  les  méandres  de  l’analyse
économique  du  droit38.  La  démarche  est  similaire  sous  la
plume  de  Messieurs  les  Professeurs  Anthony  Ogus  et
Michael Faure qui se proposent, avant de livrer une analyse
économique du droit français, d’initier le lecteur à la théorie
économique39.  Enfin,  Monsieur  Philippe  Simonnot  souhaite
livrer une recherche sur l’analyse économique du droit, mais
au  préalable,  invite  le  lecteur  à  «  ouvrir  la  boîte  à  outil  de
l’économiste40 ». Autant dire que la plupart des auteurs qui
souhaitent propager le message de l’analyse économique du
droit sont bien conscients du risque de rejet dénoncé par le
doyen  Jean  Carbonnier.  En  effet,  tout  essai  d’analyse
économique  du  droit  suppose  la  maîtrise  de  concepts  très
particuliers  comme  l’offre41,  la  demande42,  le
fonctionnement  du  marché43,  l’efficience44,  la  théorie  des
jeux45  ou  encore  la  division  du  travail46,  qui  ne  sont  pas
spontanément  sollicités  par  le  juriste  francophone,

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nettement  plus  à  l’aise  avec  les  ressorts  offerts  par


l’approche dogmatique du droit47.
13 La tension est encore plus nette avec l’ouverture des sciences
économiques,  et  par  voie  de  conséquence  de  l’analyse
économique du droit, à la modélisation mathématique. Pour
le doyen Jean Carbonnier, c’est particulièrement cela qui est
susceptible  de  conduire  au  rejet  de  la  méthode.  À  deux
reprises, l’auteur insiste sur ce point en l’invoquant, d’abord
explicitement, en se référant aux mesures mathématiques48,
puis  implicitement,  en  faisant  allusion  à  une  formalisation
trop  savante49.  À  ce  sujet,  il  convient  immédiatement
d’admettre, à la suite de Messieurs les professeurs Anthony
Ogus  et  Michael  Faure,  que  le  monde  de  l’algèbre  et  du
calcul  différentiel  renforce  la  logique  de  l’analyse  et  sa
précision,  mais  sa  maîtrise  n’est  indispensable,  ni  à  la
compréhension  de  l’analyse  économique  du  droit,  ni  à
l’élaboration de raisonnements économiques. D’un point de
vue  épistémologique,  il  convient  de  relever  que  la
modélisation  de  l’analyse  économique  du  droit  n’est  qu’une
conséquence  de  l’orientation  générale  des  sciences
économiques  contemporaines,  mais  elle  n’est  absolument
pas  le  propre  de  l’analyse  économique  du  droit,  qui  peut  se
montrer  parfaitement  pertinente  tout  en  se  limitant  à  des
calculs  simples  et  à  des  représentations  graphiques
sommaires, comme le préconisait le doyen Jean Carbonnier.
Ce n’est sans doute qu’au prix d’une «  littérarisation  »  que
l’analyse  économique  du  droit  gagnera  définitivement  ses
lettres  de  noblesse  auprès  de  la  communauté  juridique
francophone.  Ses  défenseurs,  qui  font  encore  figure  de
pionniers,  devront  sans  doute  méditer  le  message  que
délivrait  le  doyen  Jean  Carbonnier  au  sujet  de  la  sociologie
juridique, presque un demi­siècle plus tôt, dans la préface de
la première édition de Flexible droit50. Comme il avouait que
sa  sociologie  juridique  était  une  sociologie  comme  il  n’en
fallait  plus  faire  à  une  époque  où  la  sociologie  se  veut
science,  il  est  nécessaire  de  défendre  une  analyse
économique  du  droit  débarrassée  de  toute  rigueur  et  de
toute modélisation économique excessive. En devenant plus
littéraire  que  scientifique,  cette  démarche  aura  sans  doute
l’inconvénient  d’être  qualifiée  de  «  pré­scientifique  »,  mais
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elle  ne  devra  pas  être  considérée  comme  une  scienta


amabilis, comparable à l’astronomie pour marquise. Comme
le soulignait le doyen Carbonnier, la démarche aura tout de
même  un  intérêt  tactique  non  négligeable  :  l’hypothèse
aventureuse  passe  plus  souvent  sous  des  figures  littéraires
qui  semblent  n’engager  à  rien51.  La  formalisation
mathématique est un mal dont souffre l’analyse économique
du droit, l’abandon temporaire de son approche scientifique
au profit d’une démarche plus littéraire peut être un facteur
de diffusion et de compréhension auprès de la communauté
juridique.
14 L’autre  critique  adressée  par  le  doyen  Carbonnier  à  l’égard
de l’analyse économique du droit réside dans l’éclatement du
mouvement. En effet, cerner toute la substance de l’analyse
économique du droit est rendu encore plus difficile par le fait
que,  derrière  la  bannière  unique  de  «  l’analyse  économique
du  droit  »,  se  cachent  de  multiples  écoles,  fondées  sur  des
approches, parfois peu compatibles entre elles, des sciences
économiques.  Dès  lors,  mieux  vaut­il  certainement  évoquer
«  les  analyses  économiques  du  droit  »  que  «  l’analyse
économique  du  droit52  ».  Sans  que  le  propos  puisse
prétendre  à  l’exhaustivité,  il  peut  être  retenu  que  l’École  de
Chicago constitue le plus ancien et le plus important bastion
du courant de l’analyse économique du droit53. Cependant, il
connaît  la  concurrence  des  courants  institutionnalistes  que
l’on qualifie usuellement d’« anciens » et de « nouveaux »54.
Le  doyen  Carbonnier  avait  raison  de  mettre  l’accent  sur  le
caractère particulièrement éclaté de l’analyse économique du
droit dans la mesure où les innombrables ramifications de ce
mouvement  nuisent  forcément  à  l’intelligibilité  du  message
économique.  En  dépit  de  ces  maux,  le  doyen  Jean
Carbonnier invitait la communauté juridique à dépasser ses
craintes pour adhérer au paradigme particulier proposé par
l’analyse économique du droit.

Adhérer au paradigme de l’analyse
économique du droit
15 Pour  le  doyen  Jean  Carbonnier,  adhérer  au  paradigme  de
l’analyse  économique  du  droit  constitue  un  défi
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d’importance. Cette méthode critique d’appréciation du droit
mérite, tout d’abord, de s’étendre à de nombreux points afin
d’enrichir l’ancestrale pensée juridique et elle peut, ensuite,
contribuer  à  cerner  le  lien  fondamental  qui  lie  le  droit  et
l’économie.

Étendre le champ de la recherche en analyse
économique du droit
16 Pour  le  doyen  Jean  Carbonnier,  la  proximité  unissant  les
sciences  juridiques  et  les  sciences  économiques  légitime  à
elle seule l’existence d’une réflexion doctrinale menée sur le
terrain  inconnu  de  l’analyse  économique  du  droit.  Cette
réflexion doit concerner essentiellement les domaines où se
rencontrent  traditionnellement  le  droit  et  l’économie,  mais
également ceux où cette attirance est plus récente.
17 La  terre  d’élection  des  rapports  entre  le  droit  et  l’économie
est sans aucun doute la matière contractuelle. Le doyen Jean
Carbonnier relevait :
l’analyse  économique  du  droit  propose  beaucoup  de
directions  de  recherches  propres  à  renouveler  la  théorie,
sinon  toujours  la  pratique  judiciaire,  spécialement  dans  la
matière des contrats55.

18 Ce  constat  a  eu  un  certain  écho  en  doctrine  puisque  de


nombreuses  recherches  se  sont  engagées  dans  la  réflexion
sur  l’économie  du  droit  des  contrats  au  point  que  la
communauté  juridique  ne  discute  plus  aujourd’hui  sa
légitimité  et  son  apport  dans  la  compréhension  du
mécanisme contractuel. Le doyen Jean Carbonnier précisait
sa  pensée  en  indiquant  que  «  la  théorie  des  jeux  fournirait,
sans  doute,  des  éléments  précieux  au  juriste  ».  Mais  en
certaines hypothèses, l’analyse économique du droit conduit
à  changer  la  règle  du  jeu  communément  admise  par  les
juristes.  Un  exemple  très  saisissant  peut  être  puisé  dans  la
jurisprudence de la Cour de cassation relative à la violation,
par  le  promettant,  d’une  promesse  unilatérale  de  vente.  En
pareille  hypothèse,  et  compte  tenu  du  fait  que  la  promesse
constitue  un  véritable  contrat  préparatoire  à  la  convention
envisagée  par  les  parties,  le  promettant  ne  pourrait  pas  se
désengager  de  sa  seule  initiative  afin  de  conclure  la  vente

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projetée  avec  un  tiers.  Pourtant,  la  jurisprudence  prend


l’exact  contrepied  de  cette  analyse  en  retenant  que  le
promettant  n’est  tenu  que  d’une  obligation  de  faire  dont  la
violation est sanctionnée par des dommages­intérêts56.  Pour
une  grande  partie  de  la  doctrine,  la  qualification  de
l’obligation du promettant en une obligation de faire, fondée
sur  l’article  1142  du  Code  civil,  se  prête  à  la  critique  d’un
point  de  vue  juridique  et  a  pour  principale  conséquence
d’introduire  en  droit  français  la  théorie  de  la  rupture
efficiente  du  contrat57  en  sacrifiant  la  force  obligatoire  du
contrat consacrée à l’article 1134 du Code civil.
19 Dans un ordre d’idées très proche, le doyen Jean Carbonnier
nous ouvre la voie en indiquant que le droit des affaires peut
être  renouvelé  par  le  recours  à  l’analyse  économique  du
droit.  Selon  lui,  la  loi  n°  2001­420  du  15  mai  2001  sur  les
nouvelles  régulations  économiques  constituerait  l’archétype
de  l’alliance  entre  le  savoir  juridique  et  le  savoir
économique.  Même  si  l’objectif  de  cette  loi  peut  paraître
limité  à  certains  égards,  elle  a  eu  pour  principale
conséquence d’introduire les bases essentielles de la théorie
de  la  «  Corporate  Governance  »  en  droit  des  sociétés
français58. Cette doctrine, qui est d’origine anglo­américaine,
tend  à  s’assurer  que  les  sociétés  sont  gérées  dans  l’intérêt
commun  de  tous  les  actionnaires  et  non  dans  celui
particulier  des  majoritaires  ou  des  dirigeants.  Comme  le
soulignent Madame le professeur Marie­Anne Frison­Roche
et  Monsieur  Sébastien  Bonfils,  la  corporate  governance  a
pour  cœur  la  circulation  et  la  compréhension  de
l’information  sociale59  afin  de  limiter  au  maximum  les
conflits  d’agence,  entre  les  dirigeants  sociaux  et  les
actionnaires, dans le fonctionnement de la société. De telles
tensions  réduisent  la  rentabilité  de  la  société  en  générant
essentiellement  des  coûts  de  surveillance,  car  les
actionnaires vont se méfier des dirigeants et mettre en place
des contrôles à leur égard, et des coûts de fidélisation, pour
donner  confiance  aux  actionnaires60.  Contrairement  à  une
grande partie de la doctrine, le doyen Jean Carbonnier avait
perçu cette mutation du droit des affaires générée par la loi
sur les nouvelles régulations économiques du 15 mai 2001.

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20 En  outre,  les  pistes  proposées  par  l’analyse  économique  du


droit  ne  suscitent  peut­être  plus  les  mêmes  crispations  que
par  le  passé  puisque  de  récentes  recherches  doctrinales
françaises,  menées  sur  le  terrain  du  droit  économique61,  du
droit civil de la responsabilité contractuelle62 et délictuelle63,
du  droit  pénal64  ou  encore  du  droit  international  privé65,
tendent à réhabiliter la méthode de l’analyse économique du
droit  dans  la  pensée  juridique  française.  De  l’Université  au
Palais, il n’y a qu’un pas puisque la Cour de cassation serait
très  attentive  aux  perspectives  offertes  par  l’analyse
économique  du  droit66.  Cette  dynamique  s’est  concrétisée
dans  l’organisation  de  cycles  de  conférences  entre
universitaires  et  praticiens,  économistes  et  juristes,  sur  des
centres  névralgiques  de  la  relation  entre  le  droit  et
l’économie tels que l’abus de biens sociaux67, le contrat68,  la
banque69,  la  propriété  intellectuelle70  ou  la  responsabilité71.
De  façon  encore  plus  prégnante,  certains  auteurs
considèrent  que  la  sensibilité  économique  de  la  Cour  de
cassation  se  retrouverait  encore  en  filigrane  dans  la
jurisprudence puisque de nombreuses décisions importantes
rendues  au  cours  de  ces  dernières  années  sont  directement
en  relation  avec  la  logique  économique72.  Au  vu  de  ces
multiples  exemples,  il  est  probable  que  la  communauté
juridique  commence  à  prendre  ses  distances  avec  la
construction doctrinale issue du mouvement américain Law
and  Economics  afin  de  construire  véritablement  une
«  analyse  économique  du  droit  à  la  française  »  prenant
véritablement  en  considération  le  particularisme  de  la
tradition  juridique  française  sans  passer  par  une
« américanisation » du droit.
21 Mais  de  façon  plus  générale,  le  doyen  Jean  Carbonnier
considérait  que  l’analyse  économique  du  droit  permet  de
saisir  un  débat  bien  vaste  et  bien  plus  vif  pour  la
communauté  juridique  française  qui  est  celui  du  «  coût  du
droit73  »  et  des  institutions  juridiques.  Cette  problématique
constitue  une  préoccupation  essentielle  de  l’analyse
économique du droit. En effet, dans son étude du droit de la
responsabilité  civile74,  Guido  Calabresi  argumente  que  la
société a intérêt à rechercher les moyens les plus avantageux
pour  minimiser  trois  catégories  de  coûts  :  les  coûts
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primaires,  les  coûts  secondaires  et  les  coûts  tertiaires75.  La


première composante du coût social correspond aux charges
financières imposées à la société à titre préventif, pour éviter
la  violation  de  la  règle  de  droit76.  La  seconde  englobe
l’indemnisation  des  préjudices  lorsque  des  accidents  se
réalisent  en  dépit  des  efforts  de  prévention  consentis77.
Enfin,  le  dernier  élément  du  coût  social,  tel  que  défini  par
Guido Calabresi, se rapporte aux charges financières liées à
l’administration  du  système  juridique,  ce  qui  revient  à
aborder  substantiellement  le  coût  de  la  procédure
juridictionnelle78. C’est ce triptyque du coût social, révélateur
du  gaspillage  des  ressources  limitées  de  la  société,  que  le
droit  doit  minimiser  en  sollicitant  les  outils  de  l’analyse
économique du droit. À l’orée du troisième millénaire, cette
volonté de mesurer et de contrôler le coût et la performance
générés  par  le  système  juridique  est  bien  perceptible  dans
l’ordre  politique  interne  et  ne  doit  plus  échapper  au  juriste
français. En particulier, la Loi organique relative aux lois de
finances  (LOLF)  du  1  er  août  200179  a  instauré  un  contrôle
de  performance  financière  de  l’action  publique  ainsi  qu’une
garantie  de  sincérité  des  comptes  tenus80.  Ainsi,  la  logique
de performance commandée par la LOLF est susceptible de
suivre  et  d’évaluer  les  politiques  publiques,  et  notamment
l’activité  des  acteurs  de  la  politique  pénale81.  Ces  différents
éléments mettent en évidence les points de jonction qui lient
la  science  juridique  et  la  science  économique.  Toutefois,  ils
ne permettent pas de cerner le centre névralgique de l’union
du juridique et de l’économique.

Cerner le lien fondamental entre l’économique et le
juridique
22 Au­delà  de  ces  éparses  directions  pouvant  amener  à  de
fertiles  collaborations  entre  le  juriste  et  l’économiste,  le
doyen Jean Carbonnier considérait que le droit et l’économie
étaient liés par un phénomène unique : le marché. Selon lui,
« la théorie économique rejoint la théorie juridique à travers
un  phénomène  significativement  nommé  la  loi  du
marché82 ». Celle­ci est profondément d’essence économique
puisqu’elle  réside  dans  le  constat  mathématique  qui  résulte

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de  la  rencontre  de  l’offre  et  de  la  demande,  deux  forces
impersonnelles et opposées.
23 Dans sa philosophie initiale, le Code civil de 1804 consacrait
profondément  la  loi  économique  au  terme  de  laquelle  le
bien­être  commun  ne  peut  être  atteint  que  par  cette
rencontre entre l’offreur et le demandeur. Cela explique sans
aucun doute la conception de l’homme véhiculée par le Code
civil de 1804. Pour le doyen Jean Carbonnier,
l’homme [y] est traité essentiellement comme une volonté :
ce  n’est  pas  un  corps  [...],  c’est  une  volonté  toujours  forte,
éclairée, tendue vers un but et libre83.

24 L’accord  de  volonté,  fondant  la  rencontre  entre  les  intérêts


antagonistes  du  marché,  trouve  une  légitimité  et  une  place
toute  particulière  à  l’article  1134  du  Code  civil.  Selon  ce
célèbre texte, « les conventions légalement formées tiennent
lieu  de  loi  à  ceux  qui  les  ont  faites  ».  En  d’autres  termes,
l’ordre  économique  fondé  sur  la  rencontre  de  la  volonté  de
l’offreur et du demandeur est comparé à la loi, symbole de la
souveraineté nationale au début du XIXe siècle et de l’ordre
juridique84. Ainsi, la loi du marché consacrée par les sciences
économiques  trouve  un  écho  considérable  dans  l’ordre
juridique  contractuel  français.  Selon  le  doyen  Jean
Carbonnier,  «  cette  précellence  accordée  au  contrat  dans  la
vie  juridique  rejoint  la  maxime  de  la  liberté  économique  :
laissez  faire,  laissez  passer85  ».  D’ailleurs,  la  précellence  au
contrat  dans  la  vie  juridique  constatée  par  le  doyen  Jean
Carbonnier  ne  se  limite  pas  à  la  technique  civiliste  et  vient
innerver l’ensemble de la vie juridique.
25 En  sciences  économiques,  il  suffit,  pour  que  l’on  puisse
caractériser  l’existence  d’un  marché,  de  constater  un  pôle
d’offre et un pôle de demande, susceptibles de parvenir à un
accord.  Dès  lors,  il  apparaît  clairement  que  l’existence  d’un
marché  se  confond  essentiellement  avec  le  processus  de
contractualisation  du  droit  français.  Dans  cette  perspective,
la  procédure  pénale  connaît  aujourd’hui  un  phénomène  de
contractualisation  inédit.  Traditionnellement,  le  droit
criminel  français  rejetait  toute  idée  de  coopération  entre  la
partie  accusatrice  au  procès  répressif  et  la  partie  adverse86.

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C’est  ce  que  rappelle  Monsieur  le  professeur  Pierre­Henri


Bolle en affirmant que d’une part,
notre droit pénal est fondé sur l’idée de faute et que l’on ne
discute pas de ses péchés avec le pécheur [...] et d’autre part
[...]  la  société  qui  renoncerait  à  sévir  contre  le  crime  –  et
négocier  avec  le  délinquant  l’ouverture  ou  la  poursuite  de
l’action  pénale,  c’est  accepter  de  le  faire  –  se  rendrait
complice de ce crime1.

26 Néanmoins, cette forme de justice, axée sur la participation
de  l’auteur  des  faits  à  son  propre  procès,  a  déjà  fortement
pénétré  les  systèmes  juridiques  continentaux87  pourtant
largement influencés par la tradition romano­germanique88.
Cette  contractualisation  de  la  réponse  punitive  prend
définitivement  forme  en  droit  processuel  français  puisque
les  lois  du  23  juin  1999  et  du  9  mars  2004  ont
respectivement  consacré  les  procédures  de  composition
pénale  et  de  comparution  sur  reconnaissance  préalable  de
culpabilité, qui reposent sur le socle de l’aveu de la personne
poursuivie.  La  loi  du  9  mars  2004  a  encore  contribué  à  ce
processus en organisant, à l’article 132­78 du Code pénal, le
régime  des  exemptions  et  des  atténuations  légales  de  peine
en cas de dénonciation d’un coauteur ou d’un complice. Les
ressources du droit prospectif mettent l’accent sur la vigueur
de  cette  tendance  puisque  le  groupe  de  travail  chargé  de
mener  une  réflexion  sur  la  dépénalisation  de  la  vie  des
affaires  a  fait  état  des  nombreux  avantages  que  procurerait
l’admission  de  mécanismes  transactionnels  en  droit  pénal
économique89.  L’analyse  économique  du  droit  pénal90
légitime l’intérêt de ces procédés en insistant sur l’existence
d’un  marché  d’un  genre  très  particulier  entre  les  autorités
publiques,  proposant  des  sanctions,  et  les  infracteurs,
acceptant  ou  refusant  ces  propositions.  La  négociation  des
parties  constitue  un  moyen  peu  coûteux  pour  l’État  de
tendre vers la vérité judiciairement établie91 et lui permet de
libérer des ressources pour traiter d’autres affaires92. Partant
de ce constat, il est tentant d’affirmer que la négociation est
préférable  à  la  procédure  axée  sur  la  recherche  des  preuves
puisque les coûts de transaction sont éludés. Le XXIe siècle a
donc vu naître un marché de la sanction pénale négociée qui
vient inscrire le droit criminel dans un dialogue rationnel qui
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contraste  nettement  avec  les  enseignements  les  plus


classiques.  En  acceptant  le  paradigme  du  marché
économique,  le  droit  devient  serviteur  du  système
économique  et  renouvelle  la  conception  des  institutions
juridiques.  Cette  force  de  l’analyse  économique  du  droit
trouve  un  écho  remarquable  pour  Monsieur  le  professeur
Christian  Atias  qui  retient  que  «  l’analyse  économique  du
droit  invite  à  redécouvrir  et  à  préciser  les  justifications
consacrées,  à  enrichir  l’ancestrale  tradition  juridique  de
données  récentes,  à  éprouver  ses  certitudes  les  mieux
assises93  ».  Pourtant,  la  logique  de  marché  ne  doit  pas
devenir la nouvelle lubie du juridique au seuil du XXIe siècle.
La réception de cette logique est encore bien perceptible en
droit  de  la  personne  et  de  la  famille  chez  les  juristes  qui
mettent  en  avant  un  processus  de  contractualisation  de  ces
branches  du  droit94.  Mais  leur  analyse  accuse  un  certain
retard  par  rapport  aux  travaux  des  économistes  qui
observent depuis plus de vingt ans l’avènement d’un marché
de la vie, du mariage et de la famille95.
27 Cette  tendance  du  droit  privé  contemporain  ne  mérite  sans
doute  aucune  approbation,  car  elle  vient  dénier,  au  nom  de
la rationalité de l’être humain, toute primauté à l’Homme. Le
droit  peut  servir  l’économie,  tout  comme  l’économie  peut
servir  le  droit,  mais  en  aucun  cas  les  sciences  économiques
ne  doivent  réduire  en  esclavage  les  sciences  juridiques  !
Comme le doyen Jean Carbonnier souhaitait nous garder des
excès  du  «  sociologisme  aveugle96  »,  qui  n’était  qu’une
caricature  du  programme  de  sociologie  juridique  qu’il
entendait mener, il est nécessaire que le XXIe siècle naissant
nous  préserve  de  «  l’économisme  sauvage97  »,  qui  n’est
qu’une  dérive  de  l’analyse  économique  du  droit  telle  que  la
concevait le doyen Jean Carbonnier.

Notes
2. . JOSSERAND L., « Un ordre juridique nouveau », D. 1937, chron., p. 41
sq., spéc. p. 41.
3. . Cité par COMMAILLE J., « Présentation générale », CARBONNIER J., Écrits,
Paris, PUF, 2008, p. 933 sq., spéc. p. 936.
4.  .  CARBONNIER  J.,  «  L’esprit  sociologique  dans  les  Facultés  de  Droit  »,
L’Année sociologique, 1964, p. 466 sq., spéc. p. 469 (reproduit in Écrits,
http://books.openedition.org/pupo/2681?lang=fr 16/23
26/03/2018 Jean Carbonnier. L’homme et l’œuvre ­ Pour une économie du droit sans rigueur. L’analyse économique du droit et Jean Carbonnier ­ Presses univ…

op. cit., p. 950).
5. . WEBER M., Économie  et  société,  t.  I  Les  catégories  de  la  sociologie,
trad. E. de Dampierre, Paris, Plon, 1971, p. 321 sq.
6.  .  CARBONNIER  J.,  Droit  civil  –  Introduction  –  Les  Personnes  –  La
famille,  l’enfant,  le  couple,  Paris,  PUF,  «  Quadrige  »,  2004  (rééd.  de  la
27e éd refondue, 2002), n° 27.
7. . LIBCHABER R., « La pensée économique de Jean Carbonnier : l’exemple
de  la  monnaie  »,  in  Hommage  à  Jean  Carbonnier,  Paris,  Dalloz,
« Thèmes et Commentaires, Série Association Henri Capitant », 2007, p.
61 sq., spéc. p. 62 et 63.
8. . CARBONNIER J., Droit civil, op. cit., n° 990.
9. . Voir notamment CARBONNIER J., « La monnaie en quête de son droit »,
in  Flexible  droit  –  pour  une  sociologie  du  droit  sans  rigueur,  Paris,
LGDJ, 10e éd.,  2001, p. 329 sq. ; Carbonnier J., Droit  civil  –  Les  biens,
les obligations, op. cit., n° 671 à 699.
10.  .  En  ce  sens,  LIBCHABER  R.,  «  La  pensée  économique  de  Jean
Carbonnier », art. cit., p. 61 et 62.
11. . CARBONNIER J., Sociologie juridique, Paris, PUF, « Quadrige », 2004
(rééd.) ; CARBONNIER J., Flexible droit, op. cit..
12. . CARBONNIER J., Essais sur les lois, Paris, Defrénois, 2e éd., 1995.
13.  .  CARBONNIER  J.,  Études  de  psychologie  juridique,  Annales  de
l’université de Poitiers, 1949, p. 29 sq.
14. . CARBONNIER J., Droit civil, op. cit., n° 27 et 35.
15. . Voir notamment JACQUES Ph., « Départ de M. Canivet et installation
de  M.  Lamanda  à  la  présidence  de  la  Cour  de  cassation  :  l’heure  d’un
bilan sans heurt (Cour de cassation, aud. sol., 30 mai 2007) », RTD  civ.
2007, p. 514 sq.
16.  .  Voir  en  particulier,  SUPIOT  A.,  Homo  juridicus  –  Essai  sur  la
fonction anthropologique du Droit, Paris, éditions du Seuil, « La couleur
des idées », 2005, p. 174 et 297.
17. . MUIR­WATT H., « Les forces de résistance à l’analyse économique du
droit. », in L’Analyse économique du droit dans les pays de droit civil,,
DEFFAINS B. (dir.), Paris, Cujas, 2002, p. 39 ; MACKAAY E., « Le juriste a­t­il
le  droit  d’ignorer  l’économiste  ?  »,  Revue  de  la  Recherche  Juridique,
1987, spéc. p. 422­423.
18.  .  FRYDMAN  B.  et  HAARSCHER  G.,  Philosophie  du  droit,  Paris,  Dalloz,
« Connaissance du droit », 2e éd., 2002, p. 56.
19.  .  DEFFAINS  B.,  L’Analyse  économique  de  la  responsabilité  du
producteur en cas d’accidents provoqués par son produit, Thèse dactyl.,
Nancy 2, Sciences économiques, 1991, p. 36.

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20.  .  MACKAAY  E.,  «  L’analyse  économique  du  droit  dans  les  systèmes
civilistes  »,  in  L’Analyse  économique  du  droit  dans  les  pays  de  droit
civil, op. cit., p. 11 sq., spéc. 12.
21. . OPPETIT B., « Droit et économie », art. cit., spéc. p. 23.
22.  .  MACKAAY  E.,  «  La  règle  juridique  observée  par  le  prisme  de
l’économiste  »,  Revue  Internationale  de  Droit  Economique,  1986,  art.
cit., spéc. p. 85.
23.  .  Voir  JESTAZ  Ph.,  «  Qu’est­ce  qu’un  résultat  en  droit  »,  in  Études
offertes au Professeur Philippe Malinvaud, Litec 2007, p. 293 sq., spéc.
p. 294.
24. . Contra : MALAURIE Ph. et MORVAN P., « Introduction générale », op.
cit., n° 28.
25. . SUPIOT A., Homo juridicus – Essai sur la fonction anthropologique
du droit, op. cit., p. 174.
26. . MUIR­WATT H., « “Law and Economics” : quel apport pour le droit
international  privé  »,  in  Le  Contrat  au  début  du  XXIe  siècle  –  Études
offertes à Jacques Ghestin, Paris, LGDJ, 2001, p. 685 sq., spéc. p. 685 ;
KIRAT Th., Économie du droit, Paris, La Découverte, « Repères », 1999, p.
3.
27. . JESTAZ Ph., « Jurisprudence et économie », in L’analyse économique
dans les pays de droit civil, op. cit., p. 73 sq., spéc. p. 82.
28. . Voir JESTAZ Ph. et JAMIN Ch., La Doctrine, Paris, Dalloz, « Méthodes
du droit », 2004, p. 147 à 157.
29. . FABRE­MAGNAN M., De  l’obligation  d’information  dans  les  contrats,
essai d’une théorie, Paris, LGDJ, 1992, spéc. n° 59.
30.  .  VILLEY  M.,  «  Critique  de  l’utilitarisme  juridique  »,  RRJ  1981­2,  p.
167 sq., spéc. p. 170.
31.  .  VILLEY  M.,  Réflexions  sur  la  philosophie  et  le  droit  –  Les  carnets,
Paris, PUF, 1995, p. 349.
32. . VILLEY M., « Réflexions sur la philosophie et le droit. », art. cit., p.
159.
33.  .  PICAVET  E.,  Dictionnaire  de  la  justice,  CADIET  L.  (dir.),  Paris,  PUF,
2004, v° Utilitarisme.
34. . MUIR­WATT H., « Les forces de résistance à l’analyse économique du
droit  dans  le  droit  civil  »,  in  L’Analyse  économique  du  droit  dans  les
pays de droit civil, op. cit., p. 37 sq., spéc. p. 39 à 42.
35. . CARBONNIER J., Droit civil – Introduction, op. cit., n° 35.
36. . Ibid.
37. . Ibid.
38.  .  MACKAAY  E.  et  ROUSSEAU  S.,  L’Analyse  économique  du  droit,  Paris,
Dalloz, « Méthodes du droit », 2 e éd., 2008, n° 62.
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39.  .  OGUS  A.  et  FAURE  M.,  Économie  du  droit  :  le  cas  français,  Paris,
éditions Panthéon Assas, « Droit comparé », 2002, p. 27.
40.  .  SIMONNOT  Ph.,  Économie  du  droit,  t.  1  L’invention  de  l’État,  Paris,
Les Belles Lettres, 2004, p. 103.
41. . Voir OGUS A. et FAURE M., Économie du droit, op. cit., p. 32 sq.
42. . Ibid.
43. . Voir MACKAAY E. et ROUSSEAU S., L’Analyse économique du droit, op.
cit., n° 294 sq.
44. . Voir SIMONNOT Ph., Économie du droit, t. 1, op. cit., p. 177 sq.
45. . Voir MACKAAY E. et ROUSSEAU S., L’Analyse économique du droit, op.
cit., n° 151 sq.
46. . Ibid., n° 300 sq.
47.  .  Sur  le  particularisme  de  la  réflexion  juridique,  voir  JESTAZ  Ph.  et
JAMIN Ch., La Doctrine, op. cit., p. 289 et 290.
48. . CARBONNIER J., Droit civil – Introduction, op. cit., n° 27.
49. . Ibid., n° 35.
50. . CARBONNIER J., Flexible droit..., op. cit., p. 5 et 6.
51. . Ibid.
52. . MACKAAY E. et ROUSSEAU S., L’Analyse économique du droit,  op.  cit.,
p. 18.
53. . KITCH E. W., « Chicago School and Law and Economics », The New
Palgrave Dictionary of Economics and the Law,  t.  1,  MacMillan,  1998,
p.  227  sq.  ;  MACKAAY  E.,  “History  of  Law  and  Economics”,  in
Encyclopedia of Law and Economics, BOUCKAERT B. et DE GEEST G. (dir.),
Vol. I General  Works,  History  and  Methodology,  Edward  Elgar,  2000,
p. 66 sq., spéc. p. 72 sq.
54. . KIRAT Th., Économie du droit, op. cit., p. 11 sq.
55. . CARBONNIER J., Droit civil..., t. 2, op. cit., n° 928.
56. . Cas civ. 3e, 15 déc. 1993, JCP 1995, II, 22 366, note D. MAZEAUD.
57. . FLUET C., « La rupture efficiente du contrat », in Droit et économie
des contrats, JAMIN Ch. (dir.), Paris, LGDJ, « Droit et économie », 2007,
p. 155 sq.
58. . En ce sens, GUYON Y., « Les réformes apportées au droit des sociétés
par  la  loi  du  15  mai  2001  relative  aux  nouvelles  régulations
économiques », Rev. Sociétés 2001, p. 503 sq., spéc. n° 2.
59.  .  FRISON­ROCHE  M.­A.  et  BONFILS  S.,  Les  Grandes  questions  du  droit
économique, Paris, PUF, « Quadrige », 2005, p. 176.
60. . MACKAAY E. et ROUSSEAU S., L’Analyse économique du droit, op. cit.,
n° 1842.

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61.  .  Voir  notamment  Responsabilité  et  régulations  économiques,


FRISON­ROCHE  M.­A.  (dir.),  Paris,  Dalloz,  «  Thèmes  et  commentaires  »,
2007.
62. . FABRE­MAGNAN M., De l’obligation d’information dans les contrats...,
op. cit.
63.  .  MAITRE  G.,  La  Responsabilité  civile  à  l’épreuve  de  l’analyse
économique du droit, Paris, LGDJ, « Droit et économie », préf. H. Muir­
Watt, 2005.
64. . JEAN J.­P., « De l’efficacité en droit pénal », Le Droit pénal à l’aube
du  troisième  millénaire,  Mélanges  offerts  à  Jean  Pradel,  Paris,  Cujas,
2006, p. 135 esq ; J.­P. JEAN, « Politique criminelle et nouvelle économie
du  système  pénal  »,  AJ  pénal  2006,  p.  473  sq.  ;  ROYER  G.,  L’Analyse
économique  et  le  droit  criminel­une  approche  juridique,  Paris,  Le
Manuscrit,  2005,  préf.  B.  Py  et  B.  Deffains  ;  ROYER  G.,  L’Efficience  en
droit pénal économique – étude de droit positif à la lumière de l’analyse
économique du droit, Paris, LGDJ, « Droit et économie », 2009, préf. F.
Stasiak, avant­propos G. Canivet.
65. . MUIR­WATT  H.,  «  “Law  and  Economics”  :  quel  apport  pour  le  droit
international privé ? », art. cit., p. 685 sq.
66. . Voir notamment JACQUES Ph., « Départ de M. Canivet et installation
de  M.  Lamanda  à  la  présidence  de  la  Cour  de  cassation  :  l’heure  d’un
bilan sans heur (Cour de cassation, aud. sol., 30 mai 2007) », art. cit., p.
514 sq.
67. . Voir la « confrontation » entre un économiste et un juriste pénaliste
à  propos  de  l’incrimination  de  l’abus  de  biens  sociaux  :  BLAZY  R.,  «  La
pertinence  économique  de  l’incrimination  de  l’abus  de  biens  sociaux  »,
LPA 2005, n° spécial du 19 mai 2005, p. 19 sq. ; STASIAK F., « La réception
et  la  cohérence  des  considérations  économiques  du  l’abus  de  biens
sociaux » (ibid., p. 36 sq.)
68.  .  À  propos  du  contrat  :  BROUSSEAU  E.,  «  La  sanction  adéquate  en
matière contractuelle : une analyse économique », ibid., p. 43 sq. ; JAMIN
Ch.,  «  Que  répondre  à  Éric  Brousseau  (je  n’ai  presque  rien  à  dire  à  un
économiste) ? », ibid., p. 54 sq.
69. . À propos du secteur bancaire : BETBÈZE J.­P., « La banque, le juge,
les ruptures de crédits et le fonctionnement du marché », ibid., p. 60 sq. ;
GERMAIN M., « Interrogations juridiques » (ibid., p. 65 sq.)
70. . À propos de la propriété intellectuelle : TIROLLE J., « Quelle finalité
pour  les  propriétés  intellectuelles  ?  »,  ibid.,  p.  67  sq.  ;  VIVANT  M.,
« Économie et droit ou une interrogation sur les lois : le point de vue du
juriste », ibid., p. 75 sq.
71. . À propos de la responsabilité : NUSSEMDAUM M., « L’appréciation du
préjudice  »,  ibid.,  p.  78  sq.  ;  VINEY  G.,  «  L’appréciation  du  préjudice  »,
ibid., p. 89 sq.

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72. . Voir les exemples empruntés au droit civil donnés par JACQUES Ph.,
« Départ de M. Canivet et installation de M. Lamanda… », art. cit., spéc.
p. 515­521.
73. . Voir la contribution essentielle de Ronald Coase : COASE R., Le Coût
du droit, Paris, PUF, « Droit, Éthique et société », 2000.
74. . CALABRESI G., The Cost of accident, A Legal and Economic Analysis,
Yale University Press, 1970.
75. . Rappr. : DEFFAINS B., « Le défi de l’analyse économique du droit : le
point  de  vue  de  l’économiste  »,  LPA  2005,  n°  spécial  «  Analyse
économique du droit : quelques points d’accroche », p. 6 sq., spéc. p. 7­8.
76. . Rappr. : OGUS A. et FAURE M., Économie du droit..., op. cit., p. 68.
77. . Ibid.
78. . Ibid.
79. . TALLINEAU L., « La loi organique du 1er août 2001 relative aux lois de
finance », RFDA 2001, p. 1201 sq.
80.  .  LASCOMBE  M.  et  VANDENDRIESSCHE  X.,  Rép.  Cont.  Adm.,  v°  Cour  des
comptes, janv. 2006, n° 7.
81.  .  JEAN  J.­P.,  Le  Système  pénal,  Paris,  La  Découverte,  «  Repères  »,
2008, p. 58.
82. . CARBONNIER J., Droit civil..., t. 1, op. cit., n° 35.
83. . Ibid., p. 129.
84.  .  Rappr.  :  DEPAMBOUR­TARRIDE  L.,  «  Quelques  remarques  sur  les
juristes  français  et  l’idée  de  marché  dans  l’histoire  »,  Arch.  Phil.  Dr.
1995, t. XXXX, p. 264 sq., spéc. p. 273.
85. . CARBONNIER J., Droit civil..., t. 2, op. cit., p. 129 dans éd. 92.
86. . CARBASSE  J.­M.,  Histoire  du  droit  pénal  et  de  la  justice  criminelle,
Paris, PUF, « Droit fondamental », 2e éd., 2006, n° 88.
1. . BOLLE  P.­H.,  «  Le  nouveau  procès  pénal  »,  RD pén. crim.  1995,  p.  5
sq., spéc. p. 11.
87.  .  TULKENS  F.  et  VAN  DE  KERCHOVE  G.,  «  La  justice  pénale  :  justice
imposée,  justice  participative,  justice  consensuelle  ou  justice
négociée ? », RD pén. crim. 1996, p. 445 sq., spéc. p. 463­464.
88.  .  Sur  les  origines  des  mécanismes  de  négociation  procédurale,  voir
JUNG H., « Le plaider coupable et la théorie du procès », in Le Droit pénal
à  l’aube  du  troisième  millénaire  –  Mélanges  offerts  à  Jean  Pradel,  op.
cit., p. 805 sq., spéc. p. 807­808.
89.  .  La  Dépénalisation  de  la  vie  des  affaires,  La  Documentation
française, 2008, p. 71 sq., p. 105.
90. . Voir ROYER G., L’Efficience en droit pénal économique..., op. cit.

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26/03/2018 Jean Carbonnier. L’homme et l’œuvre ­ Pour une économie du droit sans rigueur. L’analyse économique du droit et Jean Carbonnier ­ Presses univ…

91.  .  Voir  Jean  J.­P.,  «  Politique  criminelle  et  nouvelle  économie  du


système pénal », AJ pénal 2006, p. 474.
92.  .  GARAPON  A.  et  PAPADOPOULOS  I.,  Juger  en  France  et  en  Amérique,
Paris, Odile Jacob, 2003, spéc. p. 77.
93. . ATIAS Ch., « La distinction du patrimonial et de l’extra­patrimonial
et l’analyse économique du droit : un utile face­à­face », RRJ 1987­2, p.
477 sq., spéc. p. 490.
94.  .  Voir  en  particulier,  La  Contractualisation  de  la  famille,  D.
FENOUILLET et  DE VAREILLES­SOMMIÈRES P. (dir.), Paris, Economica, « Études
juridiques », t. 14, 2001.
95. . LEMENICIER B., Le  Marché  du  mariage  et  de  la  famille, Paris, PUF,
« Libre échange », 1988.
96. . Voir CARBONNIER J., Droit civil..., t. 1, op. cit., n° 82.
97. . TERRÉ F., Introduction générale au droit, Paris, Dalloz, « Précis », 7e
éd., 2006, n° 43.

Auteur

Guillaume Royer

Docteur  en  Droit  privé  et  en


Sciences criminelles 
ATER  à  la  faculté  de  Droit  de
Nancy 
UMR­BETA  CNRS,  NANCY  2,
Programme « Droit et économie »
© Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012

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Référence électronique du chapitre
ROYER, Guillaume. Pour une économie du droit sans rigueur. L’analyse
économique  du  droit  et  Jean  Carbonnier  In  :  Jean  Carbonnier.
L’homme et l’œuvre [en ligne]. Nanterre : Presses universitaires de Paris
Nanterre,  2012  (généré  le  26  mars  2018).  Disponible  sur  Internet  :
<http://books.openedition.org/pupo/2681>.  ISBN  :  9782821851139.
DOI : 10.4000/books.pupo.2681.

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Référence électronique du livre
VERDIER,  Raymond  (dir.).  Jean  Carbonnier.  L’homme  et  l’œuvre.
Nouvelle  édition  [en  ligne].  Nanterre  :  Presses  universitaires  de  Paris
Nanterre,  2012  (généré  le  26  mars  2018).  Disponible  sur  Internet  :
<http://books.openedition.org/pupo/2588>.  ISBN  :  9782821851139.
DOI : 10.4000/books.pupo.2588.
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