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Biosurveillance de l’environnement par les

lichens dans les Réserves naturelles


nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron

Avec le soutien financier de :

Et la collaboration de :
Biosurveillance de l’environnement par
les lichens dans les Réserves naturelles
nationales de la Tourbière de Machais
et du Massif du Grand Ventron

Gestionnaire du
Vérificateur Approbateur
projet et rédacteur

Nom J. SIGNORET A.OCKLER A.OCKLER

Signature(s) J. SIGNORET A.OCKLER A.OCKLER

Date 27/08/2014 07/10/2014 27/11/2014

Rapport  AIR LORRAINE Diffusion :  libre


 Contrat contrôlée
Destinataire : Parc naturel régional des Ballons des Vosges

Références dossier : 2013_RN_PnrBV– Version du 25 juillet 2014

Références client : CO2013-10-001-PARC NATUREL 88

Nombre d’exemplaires édités : 3

Nombre de volumes : 1

Nombre de pages du rapport hors annexes : 63

Nombre d’annexes : 1

Air Lorraine
Pôle de Metz : 20, rue Pierre Simon de Laplace 57000 Metz
Pôle de Nancy : 20 allée de Longchamp – 54600 Villers-Lès-Nancy
Tel : 03.87.74.56.04 / 03.83.44.38.89
Mail : contact@air-lorraine.org

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de
Machais et du Massif du Grand Ventron
Résumé
L’apport vers l’atmosphère de composés néfastes, de polluants photochimiques, de particules en
suspension et de composés azotés par les activités humaines impacte durablement les populations
humaines, mais aussi les végétaux. Les comportements globaux et locaux de l’atmosphère rentrent
de fait dans les préoccupations des gestionnaires d’écosystèmes naturels qui constituent des milieux
sensibles, voire vulnérables face aux contaminants et aux changements climatiques

Depuis le début des années 2000 et dans le but d’améliorer la connaissance sur l’impact de la
pollution atmosphérique sur les écosystèmes, Air Lorraine a mis en œuvre des techniques de
biosurveillance. Les méthodes normalisées par l’AFNOR (Association Française de Normalisation) et
le CEN (Comité Européen de Normalisation) utilisant des espèces sensibles à ces pollutions comme
les lichens, ont été les plus utilisées.

Dans le même temps et dans le but d’améliorer la connaissance de la qualité de l’air sur sa zone de
compétence, les AASQA ont entrepris la constitution d’inventaires des émissions de polluants à
l’atmosphère. Ils consistent en un recensement des substances polluantes sur un territoire (48 en
Lorraine), pendant une période de temps donnée. La méthodologie est conforme au guide
méthodologique rédigé par le PCIT (Pôle de Coordination des Inventaires Territoriaux) qui intègre le
Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie (MEDDE), la Fédération Atmo-
France, le CITEPA (Centre Interprofessionnel Technique d'Etudes de la Pollution Atmosphérique) et
l’INERIS (Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques).

Convaincu de l’impact de la qualité de l’air sur les écosystèmes et de la nécessité d’intégrer ces
connaissances aux services des gestionnaires d’espaces naturels, Air Lorraine et le Parc naturel
régional des Ballons des Vosges (PnrBV), ont signé une convention pour réaliser une étude initiale
utilisant les lichens comme bioindicateur de la qualité biologique de l’air. En effet, la biodiversité
lichénique reflète en quelque sorte la qualité globale de l’environnement. Elle se focalise sur les
Réserves naturelles nationales de la Tourbières de Machais et du Massif du Grand Ventron, espaces
gérés et surveillés au cœur du PnrBV, avec un rôle pédagogique et de sensibilisation du public qui
favorise l’émergence d’une dynamique originale.

Après avoir établi des bilans d'émissions des 10 substances polluantes ou gaz à effet de serre,
l’origine des principales contributions apparait cohérent par rapport aux bilans régionaux et
nationaux. A savoir des COVNM (Composés Organiques Volatils Non Méthaniques) majoritairement
émis par la végétation, l’apport de l’agriculture dans les composés acidifiants (Aeq) et eutrophisant
(NH3), le résidentiel et le tertiaire à l’origine du benzène et des poussières fines, le SO2 émis par
l’industrie et enfin les oxydes d’azote (NOx) issus du trafic routier.

Si cette caractérisation des émissions polluantes est très fine, il est plus complexe de connaitre les
conditions de dispersion et de transformation des polluants de la source jusqu’à la station de mesure
ou les écosystèmes exposés.

Cependant, au niveau des valeurs réglementaires, une exposition photochimique par l’ozone de la
population humaine (valeur cible dépassée) et de la végétation (objectif de qualité dépassé, valeur
cible effleurée) ont été constatées. Les précurseurs de la formation de l’ozone que sont les COVNM

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Massif du Grand Ventron
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et les NOx, émis par la végétation et le trafic automobile, sont probablement liés à ce phénomène,
accentué par le plus fort rayonnement solaire en altitude l’été.

En ce qui concerne la biosurveillance, les 25 stations d’observation relèvent des communautés


lichéniques composées au total de 83 taxons lichéniques, parfois altérées dans certaines vallées, avec
la présence de 6 espèces nitrophiles, en lien avec les apports azotés du trafic automobile et de
l’agriculture. Le cas d’une perturbation locale et forte à La Bresse, sur le lieu de l’ancien circuit du
Trophée Andros est le plus énigmatique et mériterait une attention toute particulière. Plus
globalement, l’identification de 4 espèces de lichens thermophiles indicatrices de changement
climatique doit attirer l’attention des gestionnaires d’espaces naturels sensibles aux changements
climatiques et un suivi temporel de leur évolution est conseillé. Ces espèces indicatrices sont :
Flavoparmelia caperata (L.) Hale, Hypotrachyna revoluta (Flörke) Hale, Melanohalea elegantula
(Zahlbr.) O. Blanco et al., Melanohalea laciniatula (H. Olivier) O. Blanco et al.

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Massif du Grand Ventron 2
Sommaire
1 Objet de l’étude ................................................................................................................... 7
2 Phasage de l’étude ............................................................................................................... 8
3 Caractérisation des enjeux atmosphériques .......................................................................... 8
3.1 Le PnrBV et son territoire ............................................................................................ 8
3.2 Emissions atmosphériques ........................................................................................ 11
3.2.1 Contexte ............................................................................................................. 11
3.2.2 Méthodologie ..................................................................................................... 12
3.2.3 Acidification, eutrophisation et pollution photochimique ................................ 13
3.2.4 Particules en suspension .................................................................................... 19
3.2.5 Effet de serre et changement climatique .......................................................... 21
3.3 Qualité de l’air du Parc .............................................................................................. 23
3.3.1 Dispositif de surveillance de la qualité de l’air dans le PnrBV ........................... 23
3.3.2 Stations fixes automatiques actuelles................................................................ 23
3.4 Conclusion sur les enjeux atmosphériques du PnrBV ............................................... 33
4 Evaluation et cartographie la qualité de l’air à l’aide de la biosurveillance lichénique ........... 35
4.1 Biosurveillance ........................................................................................................... 35
4.2 Avantages et limites de la biosurveillance ................................................................ 35
4.3 Biosurveillance par les lichens ................................................................................... 36
4.4 Protocole mis en œuvre ............................................................................................ 37
4.4.1 Relevés lichéniques ............................................................................................ 37
4.4.2 Détermination .................................................................................................... 39
4.4.3 Traitement des données .................................................................................... 40
4.5 Résultats et commentaires ........................................................................................ 41
4.5.1 Stations sélectionnées ........................................................................................ 41
4.5.2 Diversité des phorophytes ................................................................................. 43
4.5.3 Indices écologiques lichénique........................................................................... 45
5 Conclusion de la biosurveillance et propositions ................................................................. 56
6 Remerciements .................................................................................................................. 57
7 Bibliographie ...................................................................................................................... 58
8 Annexe 1 – Fréquence des espèces par maille de grille ........................................................ 60

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Liste des figures
Figure 1 - Communes incluses dans le périmètre d'étude du PnrBV et adhérentes à la Charte. ........... 9
Figure 2 - Emissions à l'air par secteur d’activités de dioxyde de soufre - SO2 dans le PnrBV en 2010
(Source : inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté).......................................................... 13
Figure 3 - Emissions à l'air d'oxydes d'azote - NOx dans le PnrBV en 2010 (Source : inventaires Air
Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté). ................................................................................................ 14
Figure 4 - Emissions à l'air d'ammoniac - NH3 dans le PnrBV en 2010 (Source : inventaires Air Lorraine,
ASPA, Atmo Franche-Comté). ............................................................................................................... 15
Figure 5 - Emissions de Composés Organiques Volatils Non Méthaniques (COVNM) dans le PnrBV en
2010 (Source : inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté)................................................. 16
Figure 6 - Emissions à l'air d'acide équivalent (Aeq) dans le PnrBV en 2010 (Source : inventaires Air
Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté). ................................................................................................ 17
Figure 7 - Emissions à l'air de benzène (C6H6) dans le PnrBV (Source : inventaires Air Lorraine, ASPA,
Atmo Franche-Comté). .......................................................................................................................... 18
Figure 8 - Emissions à l'air de poussières fines d’un diamètre inférieur à 10 µm (PM10) dans le PnrBV
en 2010 (Source : inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté)............................................ 19
Figure 9 - Emissions à l'air de poussières fines d’un diamètre inférieur à 2,5 µm (PM2,5) dans le PnrBV
en 2010. ................................................................................................................................................. 20
Figure 10 - Emissions à l'air de dioxyde de carbone (CO2) dans le PnrBV en 2010 (Source : inventaires
Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté)............................................................................................ 21
Figure 11 - Emissions à l'air de pouvoir de rechauffement global (PRG) dans le PnrBV en 2010
(Source : inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté).......................................................... 22
Figure 12 - Implantation des stations fixes de mesure de la qualité de l'air des AASQA dans le secteur
du Pnr des Ballons des Vosges en 2013 ................................................................................................ 24
Figure 13 - Laboratoire mobile à proximité du Tunnel Lemaire à Lusse (à gauche), partisol pour
l’études des métaux lourds en proximité industriel à Baccarat (à droite) ............................................ 26
Figure 14 - Position des grilles de mesure de la biodiversité lichénique aux 4 points cardinaux. ........ 39
Figure 15 - Distribution des stations selon l'altitude............................................................................. 41
Figure 16 - Localisation des 25 stations de biosurveillance autour des Réserves naturelles nationales
de Machais et de Ventron. .................................................................................................................... 42
Figure 17 - Diversité et abondance des espèces d’arbres utilisés comme support des relevés
lichéniques dans et autour des réserves. .............................................................................................. 43
Figure 18 – Diversité lichénique totale selon l’essence du phorophyte considéré............................... 44
Figure 19 - Diversité lichénique moyenne par arbre. ............................................................................ 44
Figure 20 - Xanthoria parietina (photo Air Lorraine)............................................................................. 45
Figure 20 - Flavoparmelia caperata (photo Air Lorraine) ...................................................................... 46
Figure 22 - Lobaria pulmonaria (photo J. Signoret) ............................................................................... 47
Figure 21 - Distribution de la richesse spécifique. ................................................................................ 48
Figure 22 - Distribution du nombre de taxons selon l'altitude. ............................................................ 48
Figure 23 - Valeur de la diversité lichénique (LDV) par unité d’échantillonnage selon la norme EN
16413. .................................................................................................................................................... 50
Figure 24 - Distribution de LDV selon l'altitude..................................................................................... 52
Figure 25 - Comparaison des LDV du PnrBV avec celles de la BD Air Lorraine. ................................... 52

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Figure 26 - Valeur de la diversité des indicateurs d'eutrophisation (au sens de la VDI, 2005 et avec
indice de Wirth, 2010). .......................................................................................................................... 54
Figure 27 - Distribution de LDVN selon l'altitude. ................................................................................. 55
Figure 28 - Distribution de LDVN selon le nombre de taxons de la station. ......................................... 55

Liste des tableaux


Tableau 1 – Ensemble des communes incluses dans le périmètre d'étude du PnrBV et adhérentes à la
Charte, par département. ..................................................................................................................... 10
Tableau 2 - Caractéristiques des stations de mesures fixes dans le PnrBV. ......................................... 25
Tableau 3 - Caractéristiques des stations de mesures fixes à proximité du PnrBV. ............................. 25
Tableau 4 – Historique des campagnes de mesures réalisées dans le PnrBV et dans les agglomérations
proches. ................................................................................................................................................. 26
Tableau 5- Situation réglementaire de l'ozone en 2013. Directive 2008/50/CE du 21 Mai 2008. Article
R221-1 - Modifié par le décret n°2010-1250 du 21 octobre 2010 - art.1 - Version en vigueur au
7/01/2011. Source d'information ASPA 14011701- TD, Air Lorraine, Atmo Franche-Comté. .............. 28
Tableau 6 - Situation réglementaire du dioxyde d'azote. Transposition de la Directive 2008/50/CE du
21 Mai 2008. Article R221-1 modifié par le décret n°2010-1250 du 21 octobre 2010 - art.1, version en
vigueur au 7/01/2011. Source : ASPA, Air Lorraine, Atmo Franche-Comté. ......................................... 30
Tableau 7 - Situation réglementaire des poussières fines. Directive n° 2008/50/CE du 21/05/08.
Source : ASPA, Air Lorraine, Atmo Franche-Comté. .............................................................................. 31
Tableau 8 - Situation réglementaire du dioxyde de soufre. Transposition de la Directive 2008/50/CE
du 21 Mai 2008. Article R221-1, modifié par le décret n°2010-1250 du 21 octobre 2010 - art.1,
version en vigueur au 7/01/2011. Source : ASPA 14010601-TD, Air Lorraine, Atmo Franche-Comté. 32
Tableau 9 – Abondances des espèces lichéniques avec plus de 10% des mailles de grille................... 47
Tableau 10 - Fréquence des lichens de la station 11 (La Bresse) obtenue sur 80 mailles (4 arbres) ... 51

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Liste des abréviations
AASQA : Association Agréée pour la Surveillance de la Qualité de l’Air

Aeq : Acide équivalent

AFNOR : Association Française de Normalisation

ASPA : Association pour la Surveillance et l’étude de la Pollution Atmosphérique en Alsace

BLAM : l’Association de Bryologie et de Lichénologie d’Europe Centrale

CCNUCC : Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques

CEE-NU/NEC : Commission Economique pour l'Europe des Nations Unies

CEN : Comité Européen de Normalisation

CITEPA : Centre Interprofessionnel Technique d’Etudes de la Pollution Atmosphérique

CO : Monoxyde de carbone

CO2 : Dioxyde de carbone

COPERT : COmputer Program to Calculate Emissions from Road Transport

COVNM : Composés Organiques Volatils Non Méthaniques

GIEC : Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat

IGN : Institut national de l’information Géographique et forestière

INERIS : Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques

LDV : Lichen Diversity Value

LDVN : Lichen Diversity Value Nitrophilous

MEDDE : Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie

NOx : Oxydes d’azote

PCIT : Pôle National de Coordination des Inventaires Territoriaux

PM10 : Particules en suspension d’un diamètre aérodynamique inférieur ou égal à 10 micromètres

PRG : Pouvoir de Réchauffement Global

SECTEN : SECTteurs Economiques et éNergie

UTFC : Utilisation des Terres, leur Changement et la Forêt

VDI : Verein Deutscher Ingenieure

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1 Objet de l’étude

L’apport vers l’atmosphère de composés néfastes, de polluants photochimiques, de particules en


suspension et de composés azotés par les activités humaines impacte durablement les populations
humaines, mais aussi les végétaux. En outre, les polluants oxydants provoquent une acidification des
milieux. Le compartiment atmosphérique joue un rôle dans la réactivité chimique entre molécules
(naturelles et anthropiques) présentes dans l’air et dans la dispersion de celles-ci, pouvant les
transporter localement comme dans les régions les plus éloignées (Agnan, 2013).

S’ajoutent dans cette atmosphère, l’augmentation des concentrations des gaz à effet de serre qui est
l’un des facteurs d’impact à l’origine du récent réchauffement climatique. Les comportements
globaux et locaux de l’atmosphère sont donc au cœur des préoccupations des gestionnaires
d’écosystèmes naturels qui constituent des milieux sensibles, voire vulnérables face aux
contaminants et aux changements climatiques.

A l’échelle nationale, le dispositif de surveillance de la qualité de l’air prévoit un réseau de stations de


mesures par des analyseurs physico-chimiques capables de fournir des données très précises sur les
concentrations de ces contaminants. Ainsi les Associations Agréées de la Surveillance de la Qualité de
l’Air enregistrent quotidiennement et en de nombreux points du territoire plus de 40 composés
règlementés.

En revanche, les données relatives aux impacts de ces phénomènes de pollution sur les écosystèmes
sont manquantes et requièrent un suivi sur le long terme. De plus, elles doivent être couplées avec
les données sur le changement climatique avec lequel les milieux naturels réagissent, mais pour en
évaluer l’influence biologique, les réseaux de mesure ne suffisent pas.

Pour constituer des mesures directes et intégratives, la biosurveillance utilisant des espèces sensibles
comme les lichens, apparait comme une démarche adaptée pour la prospection en matière d’impact
atmosphérique sur les écosystèmes.

C’est l’objet de la convention de partenariat associant Air Lorraine et le PnrBV à l’établissement d’un
projet de biosurveillance.

Cette étude se place donc dans un contexte d’espaces naturels remarquables et une problématique
de gestion conservatoire, visant à mieux caractériser l’impact de ces phénomènes à travers la
biosurveillance lichénique. En couplant l’ensemble des données de qualité de l’air concernant
l’environnement de deux Réserves naturelles nationales, situées au cœur du Parc Naturel Régional
des Ballons des Vosges (PnrBV), ainsi que l’évaluation de la diversité lichénique, des indicateurs utiles
pour les gestionnaires vont pouvoir être identifiés.

Cette étude a pour objectif :

 d’accroitre par la biosurveillance, les connaissances et le suivi de l’impact de la qualité de l’air


sur les écosystèmes ;
 d’étudier l’impact de la pollution atmosphérique sur les écosystèmes haut vosgiens afin
d’aider les gestionnaires des Réserves naturelles nationales à intégrer la qualité de l’air dans
la définition des objectifs opérationnels et des actions de gestion à mettre en œuvre pour

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Massif du Grand Ventron 7
contribuer à atteindre les objectifs de conservation des milieux et des espèces (une gestion
forestière différenciée existe notamment sur chaque réserve) ;
 d’identifier des espèces indicatrices qui permettront une interprétation concernant le
contexte atmosphérique des deux réserves : qualité de l’air, pollution(s) atmosphérique(s)
éventuelle(s), réchauffement climatique ;
 de compléter les inventaires sur les lichens, très lacunaires sur ce groupe taxonomique ;
 d’être en mesure de vulgariser les connaissances acquises auprès de différents groupes
d’acteurs (forestiers, habitants, décideurs en matière de gestion menée sur le site) ;
 d’élaborer des propositions en matière de poursuite de ces travaux.

2 Phasage de l’étude

La convention établie entre Air Lorraine et le PnrBV prévoit deux phases d’études :

 Phase 1 - Caractériser les enjeux atmosphériques du territoire. Air Lorraine, en collaboration


avec l’ASPA et Atmo Franche-Comté, réalise un bilan des principales émissions polluantes à
l’air, de la qualité de l’air ambiant sur le territoire du PnrBV et des mesures de surveillances
engagées par ces Associations Agrées pour la Surveillance de la Qualité de l’Air (AASQA) sur
ce périmètre qui s’étend sur 3 régions.
 Phase 2 - Evaluer et cartographier la qualité de l’air à l’aide de la biosurveillance lichénique
selon la norme européenne EN 16413. Cette partie comporte l’élaboration de la stratégie
d’échantillonnage, les observations in situ, l’analyse de données, l’interprétation des
résultats, la comparaison aux bases de connaissances actuelles et l’intégration aux actions du
PnrBV.

3 Caractérisation des enjeux atmosphériques

3.1 Le PnrBV et son territoire


Créé en 1989 à l'initiative des régions Alsace, Lorraine et Franche-Comté, le Parc naturel régional des
Ballons des Vosges est également porté par les départements du Haut-Rhin, des Vosges, du Territoire
de Belfort et de Haute-Saône. Il s'organise autour d'un projet de territoire, « la charte », qui vise à
assurer durablement la protection, la valorisation et le développement harmonieux de son territoire
(PnrBV, 2014). Sa superficie couvre 2700 km2 et compte 270000 habitants.

Aujourd’hui, 216 communes qui composent le « Périmètre d’étude fixé par les Régions », qui figure
au plan du Parc (2012-2024). C’est au sein de ce périmètre que les communes ont été appelées à se
prononcer sur leur adhésion au Parc, ce qui lui confère un caractère tout à fait officiel. Il constitue la
zone d’étude concernée par cette caractérisation de la qualité de l’air.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 8
Figure 1 - Communes incluses dans le périmètre d'étude du PnrBV et adhérentes à la Charte.

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Massif du Grand Ventron 9
A titre indicatif, 187 communes des 216 communes ont adhéré à la charte 3 au Syndicat Mixte
(Tableau 1).

Tableau 1 – Ensemble des communes incluses dans le périmètre d'étude du PnrBV et adhérentes à la Charte,
par département.

Périmètre d’étude fixé par les


Adhésion Charte 3
Régions (Plan 2012-2014)
Haut-Rhin 110 96
Vosges 50 43
Haute-Saône 39 32
Territoire de Belfort 17 16
Total 216 187

Situé à cheval sur le massif des Hautes-Vosges, ce territoire de moyenne montagne, aux confins de
trois régions, possède un caractère naturel prépondérant à dominante rurale.

Ces milieux naturels sont marqués par de vastes espaces forestiers, particulièrement exposée aux
aléas météorologiques et sensible à la qualité de l’air sur les sommets vosgiens. Dans les années
1980, un dépérissement des forêts était attribué aux pluies acides. Il s’agissait plus exactement de
dépots acides, soufrés et azotés qui désaturent les sols en éléments utiles, comme le calcium,
magnésium ou inhibent leur utilisation par des forêts vosgiennes où le sol est naturellement pauvre.
Si aujourd’hui une amélioration est observée, le dépérissement forestier est toujours d’actualité. La
pollution atmosphérique a une contribution plus faible qu’il y a 25 ans, mais coexiste toujours avec
d’autres facteurs qui fragilisent la forêt, comme le stress hydrique, les maladies opportunistes, les
pratiques sylvicoles et les tempetes. Les impacts directs de la pollution de l’air par l’ozone ne sont
pas néglieables, le stress oxydant produit par ce polluant se traduit par un affaiblissement des arbres
et par une perte de croissance. Cependant d’autres polluants comme l’azote constitue un fertilisant
qui contribue de manière conséquente à l’accroissement forestier.

La qualité de l’air impacte la forêt, selon des équilibres complexes, mais la reciproque est vraie. En
effet, les forêts participent localement à la modification de la composition de l’atmosphère et
impactent la qualité de l’air. Les forêts tempérées émettent, au niveau des organes folaires, des
Composés Organiques Volatils dits biogènes (principalement des alcènes). Ces émissions
biogéniques1 peuvent dans certaines circonstances (chaleur, altitude, abondance résineux, vaste
couverture forestière) surpasser les émissions d’origine anthropique. Les COV les plus abondants (les
terpènes et les isoprènes) constituent des gaz traces qui peuvent devenir des polluants primaires en
contact avec d’autres polluants primaires (NOx d’origine anthropique). En tant que polluants
primaires, ils participent à la formation de polluants secondaires, tels que l’ozone ou les aérosols. Ils
participent donc naturellement à renforcer le caractère oxydant de l’atmosphère à l’échelle
régionale. Ils jouent également un rôle dans le changement climatique en allongeant indirectement
la durée de vie des gaz à effet de serre tels que le CH4 . Il faut pouvoir évaluer ces émissions de COV
sur le territoire du PnrBV.

1
Issue d’une activité non anthropique.

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Massif du Grand Ventron 10
S’ajoute à ces émissions biogéniques, des activités anthropiques, telles que l’agriculture qui participe
aux émissions influençants les processus d’acidification et d’eutrophisation. Les vallées et piémonts
du Parc sont des lieux de vie (habitats) et d’échanges (axes routiers) qui bénéficient d’un cadre de vie
de qualité où s’entremêlent de nombreuses activités traditionnelles (viticulture, artisanat, industrie
textile) dont les indicateurs de pollution, tels que les émissions de poussières fines (PM10 et PM2,5),
de benzène et de SO2 seront évalués en termes d’émission. Enfin, puisque les activités anthropiques
et naturelles ont des effets croisés sur l’air et le climat, les émissions du CO2 sont évaluées comme
gaz à effet de serre le plus universel et le PRG comme indicateur global.

3.2 Emissions atmosphériques

3.2.1 Contexte

En 1997, le protocole de Kyoto visait à réduire entre 2008 et 2012 les émissions des gaz à effet de
serre de 5,2 % par rapport au niveau de 1990. Dans ce cadre, les 15 pays membres de l'Union
Européenne se sont engagés, avant 2004, à réduire leurs émissions collectives de 8% en dessous des
niveaux de 1990 pour les années 2008-2012. Suite à cet effort, l'UE a pris parti, en 2008, de réduire
ses émissions de 20% par rapport aux niveaux de 1990 à échéance 2020. L’ensemble des mesures de
l’UE sur le climat et l’énergie doivent être appliquées par les pays membres. C’est dans ce contexte
que le Grenelle de l’Environnement a été organisé au niveau français. Pour répondre à ces objectifs,
l’UE et les gouvernements nationaux ont mis à disposition des administrations territoriales plusieurs
outils techniques et financiers.

Les objectifs énergétiques et climatiques représentent un bon exemple de gouvernance multi-


niveaux afin d’aboutir aux objectifs attendus. Les gouvernements régionaux et locaux jouent un rôle
crucial dans l’atténuation des effets du changement climatique, d’autant plus que 80 % de la
consommation d’énergie et des émissions de CO2 sont associés à l’activité urbaine. Ce sont ces
autorités proches du territoire qui sont par conséquent responsables d’appliquer et surveiller les
mesures fixées par les gouvernements nationaux ou européens.

Malgré cet élan positif, la qualité de l’air a été la grande oubliée des décisions prises sur la partie
énergie. Certaines politiques induites par la lutte contre le changement climatique ont déjà eu des
conséquences importantes en termes de qualité de l'air. La décision de taxer les véhicules à partir de
leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2) par km en est un bon exemple : cela a provoqué une
diésélisation du parc automobile favorisant d’énormes concentrations de dioxyde de soufre (NO2) en
ville.

Pour une meilleure santé et qualité de vie, Air Lorraine étudie les trois axes air – climat – énergie au
même niveau afin de trouver l’équilibre nécessaire entre les économies d’énergie, la promotion des
énergies renouvelables, la lutte contre le changement climatique et la réduction de l’exposition de la
population et des écosystèmes aux polluants atmosphériques.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 11
3.2.2 Méthodologie

L’information apportée par les inventaires territoriaux des consommations énergétiques, des gaz à
effet de serre et des polluants atmosphériques devient essentielle pour la prise de décision, le suivi
et le succès des politiques proposées, ainsi que pour comprendre l’évolution et l’adaptation du
territoire aux enjeux énergétiques, changement climatique et évidemment la qualité de l’air.

Depuis le début des années 2000 et dans le but d’améliorer la connaissance de la qualité de l’air sur
sa zone de compétence, les AASQA ont entrepris la constitution d’inventaires des émissions de
polluants à l’atmosphère. Ces bilans ont été réalisés dans le cadre des coopérations interrégionales
développées entre les réseaux de surveillance de la qualité de l’air.

L’inventaire des émissions de polluants dans l’atmosphère et des consommations énergétiques


associées, consiste en un recensement des substances polluantes sur un territoire (48 en Lorraine),
pendant une période de temps donnée. Une spatialisation de l’inventaire réalisée, il prend alors la
dénomination de cadastre des émissions et l’échelle de base est souvent la commune.

Ce chapitre présente les plus récents bilans d’émissions de 10 substances (année de référence 2010),
sélectionnées pour caractériser le territoire du PnrBV selon 3 ensembles problématiques impactant
les écosystèmes vosgiens et permettant d’interpréter les résultats de biosurveillance (phase 2) :
 Acidification, eutrophisation et pollution photochimique ;
 Particules en suspension ;
 Effet de serre et changement climatique.

Ces données sont obtenues par l’agrégation des émissions communales (216 communes du PnrBV
moins l’enclave de Rouffach) pour l’année 2010, issues des 3 inventaires des émissions régionaux (Air
Lorraine, ASPA et Atmo Franche-Comté) selon des critères communs de production et de diffusion.

La méthodologie appliquée ici est en grande majorité conforme au guide méthodologique rédigé par
le PCIT (Pôle de Coordination des Inventaires Territoriaux) qui intègre le Ministère de l’Ecologie, du
Développement Durable et de l’Energie (MEDDE), la Fédération Atmo-France, le CITEPA (Centre
Interprofessionnel Technique d'Etudes de la Pollution Atmosphérique) et l’INERIS (Institut National
de l’Environnement Industriel et des Risques). Ce guide est disponible en ligne2.

2
http://www.developpement-durable.gouv.fr/Guide-methodologique-pour-l,32289.html

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 12
3.2.3 Acidification, eutrophisation et pollution photochimique

3.2.3.1 Dioxyde de soufre – SO2


Le dioxyde de soufre est un gaz incolore qui dégage une odeur âcre. Il s’agit d’un gaz principalement
émis lors de l’utilisation de combustibles fossiles contenant du soufre, tels que fuels et charbons. Le
SO2 est un gaz irritant pour les muqueuses, la peau et les voies respiratoires supérieures.

Il se transforme, au contact de l’humidité de l’air, en acide sulfurique et contribue ainsi directement


au phénomène des pluies acides et de ce fait, à l’acidification des lacs, au dépérissement forestier et
à la dégradation du patrimoine bâti (monuments, matériaux, etc.).

Figure 2 - Emissions à l'air par secteur d’activités de dioxyde de soufre - SO2 dans le PnrBV en 2010 (Source :
inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté).
Total : 524 t/an.

Transport Branche
routier énergie
Agriculture
Tertiaire 1% 0%
4%
10% Végétation
0%

Résidentiel
30%
Industrie
55%

Autres
transports
0%

Pour le SO2, la totalité des émissions du PnrBV représentent 524 t (Figure 1). L’industrie émet 289 t à
elle seule. Le résidentiel/tertiaire arrive en seconde position avec 209 t. La part des émissions des
transports routiers, de la végétation et de la branche énergie est négligeable.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 13
3.2.3.2 Oxydes d’azote - NOx
Le monoxyde d’azote NO et le dioxyde d’azote NO2 sont notamment issus de combustions,
directement ou indirectement. Le NO2 est un gaz irritant pour les bronches. Il participe aux
phénomènes des pluies acides. Il joue également un rôle précurseur dans la formation de l’ozone
troposphérique et favorise l’augmentation des concentrations en nitrates dans les sols.

Figure 3 - Emissions à l'air d'oxydes d'azote - NOx dans le PnrBV en 2010 (Source : inventaires Air Lorraine,
ASPA, Atmo Franche-Comté).
Total : 3755 t/an.
Agriculture
14% Végétation
0%
Branche
énergie
0%
Industrie
9%
Autres
transports
Transport 2%
routier
Résidentiel
57%
12%

Tertiaire
6%

Les émissions d’oxyde d’azote dans le PnrBV pour l’année 2010 représentent environ 3755 t et sont
dominées par le transport routier avec 2157 t de NOx (Figure 2). Dans l’agriculture (519 t), les
émissions de NOx sont induites par la combustion des produits pétroliers dans les engins agricoles et
les installations de combustion. Les émissions des sols agricoles, suite à l’utilisation des fertilisants
azotés (minéraux et organiques) y sont comptabilisés. Enfin, le résidentiel/tertiaire (645 t)
fournissent plus d’un quart des émissions. L’industrie arrive en 4e position avec 351 t produites en
2010.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 14
3.2.3.3 Ammoniac – NH3
L’ammoniac est un gaz incolore qui est principalement originaire des activités agricoles. Son odeur
est piquante et il est l’un des principaux responsables de l’acidification des sols et des eaux. Il a des
effets irritants sur les voies respiratoires, les yeux et la peau. Dans l’eau, il forme de l’ammoniaque
qui contribue à l’asphyxie des poissons et des espèces sensibles.

Figure 4 - Emissions à l'air d'ammoniac - NH3 dans le PnrBV en 2010 (Source : inventaires Air Lorraine, ASPA,
Atmo Franche-Comté).
Total : 1153 t/an.

Autres Résidentiel Tertiaire


transports 1% 0% Transport
0% routier
2%
Industrie
3%

Végétation
0%
Branche
énergie
0%

Agriculture
94%

Comme le montre la Figure 3, l’ammoniac NH3 est le polluant pour lequel le secteur agricole participe
le plus aux émissions totales en France métropolitaine (97%). Dans le PnrBV, l’agriculture est
également la source majoritaire d’émissions des NH3 avec 1080 t. Il entre notamment dans le cycle
de l’azote suite à l’épandage d’engrais minéraux sur les cultures ou organiques sur les prairies. Dans
une plus faible mesure, l’élevage et la gestion des déjections animales associées est responsable du
reste des émissions de NH3 du secteur agricole. Le NH3 d’origine industrielle (38 t) est très minoritaire
par rapport à l’agriculture, et celui provenant des autres secteurs est négligeable.

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Massif du Grand Ventron 15
3.2.3.4 Composés Organiques Volatils Non Méthaniques - COVNM
Les COVNM sur le PnrBV sont pour plus de la moitié émis par la végétation (émissions biogéniques).
Les autres sources sont le résidentiel proviennent principalement de l’utilisation de solvant à usage
domestique et combustion du bois ou dans le batiment (peintures, colles). Mais les COVNM sont
aussi liés à des phénomènes d’évaporation dans l’industrie, lors des remplissages de réservoirs de
carburants ou de l’utilisation de solvants, ou encore lors de certaines combustions, notamment le
bois et dans une moindre mesure les moteurs des véhicules routiers. Du fait de leur multiplicité, ils
ont des effets différents sur la santé qui peuvent aller des effets irritants jusqu’aux effets
cancérogènes ou mutagènes. Ils participent à la formation de l’ozone troposphérique.

Figure 5 - Emissions de Composés Organiques Volatils Non Méthaniques (COVNM) dans le PnrBV en 2010
(Source : inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté).

Transport
routier Agriculture
Tertiaire
5% 3%
1%

Résidentiel
19%

Autres
transports
0%

Industrie Végétation
13% 59%

Branche
énergie
0%

Total : 12384 t/an.

Avec 7366 t, la végétation est le premier contributeur des émissions de composés organiques volatils
non méthaniques (Figure 4). Le résidentiel et le tertiaire représentent 2436 t (installations de
combustion, utilisations domestiques de solvants et autres produits) devant l’industrie avec 1597 t,
principalement du fait de l’utilisation de solvants. Les transports routiers représentent seulement
573 t.

L’impact de la branche énergie, du tertiaire et de l’agriculture est négligeable.

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Massif du Grand Ventron 16
3.2.3.5 Acide équivalent - Aeq
L'indicateur "acide équivalent" (Aeq) vise à caractériser la quantité globale de substances rejetées
dans l'atmosphère qui contribuent, à des échelles géographiques et temporelles variables, aux
phénomènes d'acidification des milieux terrestres, aquatiques et aériens.

Il est basé sur la mobilisation potentielle de l'ion H+. Le dioxyde de soufre (SO2), les oxydes d'azote
(NOx) et l'ammoniac (NH3), l'acide chlorhydrique (HCl) et l’acide fluorhydrique (HF) sont pris en
compte dans la formulation de cet indicateur car ils participent à l'acidification, même si les deux
derniers , n'interviennent que marginalement du fait de leur faible niveau d'émission comparé aux
trois substances citées précédemment.

Le calcul s'effectue à l'aide de coefficients de pondération :

Aeq =(2/64)*SO2+(1/46)*NOx+(1/17)*NH3+(1/36,5)*HCl+(1/20)*HF

Figure 6 - Emissions à l'air d'acide équivalent (Aeq) dans le PnrBV en 2010 (Source : inventaires Air Lorraine,
ASPA, Atmo Franche-Comté).
Total : 128 t/an.

Transport
routier
29%

Agriculture
44%

Tertiaire
5%

Résidentiel
9% Autres Végétation
transports Industrie Branche 0%
1% 12% énergie
0%

Au total, ce sont 128 t de protons qui sont émis sur le territoire du PnrBV (Figure 5), dont 57 t par le
secteur de l’agriculture, 37 t par le transport routier et 15 t par l’industrie. L’impact des autres
transports est négligeable.

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Massif du Grand Ventron 17
3.2.3.6 Benzène – C6H6
Le benzène est un hydrocarbure aromatique monocyclique, dont l’origine est la même que celle des
autres COVNM. Il a des effets toxiques avérés mutagènes et cancérogènes et peut engendrer
notamment la leucémie. Il ralentit la croissance de la végétation et des cultures et est toxique pour le
milieu aquatique.

Figure 7 - Emissions à l'air de benzène (C6H6) dans le PnrBV (Source : inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo
Franche-Comté).
Total : 66 t/an.

Agriculture
Végétation Branche
4%
0% énergie
Transport
1%
routier
18% Industrie
3%
Autres
Tertiaire transports
0% 0%

Résidentiel
74%

Les émissions de benzène représentent 66 t sur le Pnr des Ballons des Vosges (Figure 6),
principalement dues au secteur résidentiel (48 t). Les transports routiers (plus particulièrement les
véhicules fonctionnant à l’essence) représentent 11 t. Ces proportions sont similaires à celles
rencontrées sur les émissions de la région Lorraine. L’impact de la végétation, de la branche énergie
est négligeable.

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Massif du Grand Ventron 18
3.2.4 Particules en suspension

3.2.4.1 Particules – PM10


Elles correspondent aux poussières en suspension de diamètre inférieur à 10 micromètres et ont de
nombreuses origines, naturelles et anthropiques. Les PM10 pénètrent dans les voies respiratoires
supérieures. Elles peuvent réduire la visibilité, et influencer le climat en absorbant et en diffusant la
lumière. En se déposant, elles salissent et contribuent à la dégradation physique et chimique des
matériaux, bâtiments, monuments et plantes.

Figure 8 - Emissions à l'air de poussières fines d’un diamètre inférieur à 10 µm (PM 10) dans le PnrBV en 2010
(Source : inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté).
Total : 1526 t/an.

Agriculture
Transport 13%
routier Branche
14% énergie
0%
Tertiaire
Végétation
2%
0%
Industrie
17%

Autres
transports
1%

Résidentiel
53%

Le secteur résidentiel est responsable de l’émission de 811 t de PM10 sur un total de 1526 t sur
l’ensemble du PnrBV (Figure 7). En région Lorraine par exemple, le résidentiel ne représente que 21%
des émissions mais avec 3458 t. L’industrie représente 256 t et les transports routiers 213 t. Enfin,
l’agriculture émet dans le Parc, 197 t provenant en majorité de sources non énergétiques : terres
agricoles, exploitations de carrières, travail du bois, etc. l’impact des autres transports et de la
branche énergie est négligeable.

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Massif du Grand Ventron 19
3.2.4.2 Particules– PM2,5
Ce sont les particules en suspension d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, leurs origines et
effets sont les mêmes que les PM10 mais du fait d’un diamètre inférieur, elles peuvent pénétrer plus
profondément dans le système respiratoire, jusqu’aux alvéoles pulmonaires.

Figure 9 - Emissions à l'air de poussières fines d’un diamètre inférieur à 2,5 µm (PM 2,5) dans le PnrBV en 2010.
Total : 1200 t/an.
Branche
Agriculture énergie
7% Végétation
Transport 0%
0%
routier
13% Industrie
Tertiaire 11%
3% Autres
transports
0%

Résidentiel
66%

Avec 793 t de PM2,5, le résidentiel (66 %) est la source majoritaire d’émissions sur le terrritoire du
PnrBV (Figure 8). Les transports routiers et l’industrie contribuent à une part semblable des
émissions du PnrBV (14 t et 129 t respectivement), l’agriculture arrive en 4e position avec 81 t.
Comme pour les PM10, l’impact des autres transports et de la branche énergie est négligeable.

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Massif du Grand Ventron 20
3.2.5 Effet de serre et changement climatique

3.2.5.1 Dioxyde de carbone – CO2


Le dioxyde de carbone, ou gaz carbonique, est un des principaux gaz à effet de serre. Inodore et
incolore, il est majoritairement produit lors de réactions de combustion. A forte dose, il peut induire
des symptômes tels que maux de tête, perturbations du rythme cardiaque, etc. Seules les émissions
directes de CO2 sont prises en compte ici. Les émissions indirectes sont donc exclues, ainsi que celles
liées à la combustion de biomasse.

Figure 10 - Emissions à l'air de dioxyde de carbone (CO2) dans le PnrBV en 2010 (Source : inventaires Air
Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté).
Total : 1244 kt/an.

Branche
Agriculture Végétation énergie
3% 0% 0%

Industrie
18%
Transport
routier
35% Autres
transports
0%

Résidentiel
Tertiaire 32%
12%

Au regard de la production de CO2 d’une région comme la Lorraine (30 250 kt) avec ses importantes
infrastructures de production d’énergie, celle du Parc naturel régional des Ballons des Vosges avec
1244 kt est nettement plus faible. Les transports routiers sont la principale source de CO2 avec
432 kt, suivi du résidentiel avec 400 kt et l’industrie avec 228 kt. L’impact de la végétation et de la
branche énergie est négligeable.

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Massif du Grand Ventron 21
3.2.5.2 Pouvoir de Réchauffement Global - PRG
La formule de calcul du PRG, adoptée par le GIEC et dans le cadre du protocole de Kyoto 19953 est la
suivante :

PRG = ECO2 + 21 x ECH4 + 310 x EN2O

Avec EX : émission de la substance X en tonne (t).

Cette formule signifie que le potentiel de réchauffement du CH4 est 21 fois plus élevé que le CO2 et
celui du N2O, 310 fois plus élevé que le CO2. Le PRG est exprimé en tonnes équivalent CO2 à horizon
100 ans. Conformément au Greenhouse Gas Protocol qui est le protocole de calcul le plus largement
utilisé au niveau international, seules les émissions directes de CO2, CH4 et N2O sont prises en compte
dans le calcul du PRG. Même si d’autres gaz à effet de serre existent, ces trois gaz représentent la
quasi-totalité du PRG.

Figure 11 - Emissions à l'air de pouvoir de rechauffement global (PRG) dans le PnrBV en 2010 (Source :
inventaires Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté).
Total : 1454 t/an.

Agriculture
14% Branche
énergie
Transport
0%
routier Végétation
30% 0%

Industrie
17%

Autres
transports
Tertiaire 0%
10%

Résidentiel
29%

Les secteurs des transports routiers et du résidentiel/tertiaire contribuent à environ 1000 t du PRG
du PnrBV, soit au total 79 %. L’industrie et l’agriculture représentent respectivement 240 t et 199 t.
L’impact des autres transports, de la végétation et de la branche énergie est négligeable.

3
Bien que le GIEC ait révisé ces coefficients en 2007, ils doivent être conservés dans les inventaires pour des questions de
cohérence et de comparabilité avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre du protocole.

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Massif du Grand Ventron 22
3.3 Qualité de l’air du Parc

3.3.1 Dispositif de surveillance de la qualité de l’air dans le PnrBV

La surveillance de la qualité de l’air est confiée par l’Etat à des Associations Agréées de Surveillance
de la Qualité de l’Air (AASQA) dans le cadre de la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie
(dite loi LAURE) du 30 décembre 1996. Les conseils d’administration de ces associations "loi 1901"
sont composés de quatre collèges :

- les services de l’Etat,


- les collectivités territoriales,
- les émetteurs de substances réglementées (industriels, transporteurs, agriculture),
- les associations de protection de l’environnement et des consommateurs ainsi que des
personnes qualifiées.

Depuis le 1er janvier 2012, la France compte 26 AASQA, soit une par région. Ainsi la surveillance de la
qualité de l’air dans le Pnr des Ballons des Vosges est réalisée par trois AASQA : Air Lorraine, ASPA et
Atmo Franche-Comté.

3.3.2 Stations fixes automatiques actuelles

Les AASQA du Grand-Est surveillent, analysent et alertent sur la qualité de l’air grâce à un réseau de
stations fixes de mesures réparties sur l’ensemble du territoire du Pnr du Ballons des Vosges et ses
environs. Pour répondre aux nouvelles exigences réglementaires – européennes, nationales et
locales, la surveillance de l’air évolue. La Figure 11 présente l’état de ce dispositif en 2013.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 23
Figure 12 - Implantation des stations fixes de mesure de la qualité de l'air des AASQA dans le secteur du Pnr
des Ballons des Vosges en 2013

Vosges moyennes 2

Stations fixes de mesure AASQA Ï


£
Typologie, Influence

= Péri-urbaine, Fond

Ï
£ Rurale nationale, Fond

= Urbaine régionale, Fond

 Urbaine régionale, Industrielle

 Urbaine régionale, Trafic

PNRBV
Réserve Naturelle Nationale
Limite régionale

Epinal

= Tanet Gazon du Faing

Colmar Centre

=
Colmar Sud
Gerardmer

= =

Chemin du document : P:\Projet\2013_RN_PNRBV\2013_RN_PNRBV_stations_fixes.mxd


Schlucht

Ï
£
Remiremont

= Tourbière de Machais

Massif du Ventron

Vieux Thann 3 Thann


Ballons Comtois 

Belfort Octroi


Belfort centre

Dambenois

=
0 5 10 20 km

Sources: Air Lorraine, ASPA, Atmo Franche-Comté, PNRBV


Ü

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Massif du Grand Ventron 24
Chaque station de mesure fixe automatique est équipée d’une combinaison d’analyseurs spécifique à
sa typologie. Comme le montre le Tableau 2, il y existe 3 stations dans le PnrBV, 9 autres à proximité.

Tableau 2 - Caractéristiques des stations de mesures fixes dans le PnrBV.

AASQA Nom de la Typologie Influence Altitude Commune Paramètres


station mesurés
Air Lorraine Gérardmer Urbaine Fond 660 GERARDMER O3, Météo
régionale
Air Lorraine Schlucht Rurale Fond 1200 XONRUPT- NOx, O3, SO2,
nationale LONGEMER Météo
ASPA Thann Urbaine Industrielle 343 THANN NOx, SO2
régionale

Tableau 3 - Caractéristiques des stations de mesures fixes à proximité du PnrBV.

AASQA Nom de la Zone Typologie Altitude Commune Paramètres


station mesurés
Air Lorraine Epinal Urbaine Fond 325 EPINAL NOx, O3, PM10,
régionale SO2, Météo
Air Lorraine Remiremont Urbaine Fond 380 REMIREMONT NOx, O3, SO2
régionale
ASPA Colmar Urbaine Fond 195 COLMAR NOx, O3, BTEX,
Centre régionale PM10, SO2
ASPA Colmar Sud Péri-urbaine Fond 200 COLMAR O3, Météo
ASPA Vieux Thann Urbaine Industrielle 327 VIEUX-THANN Métaux, SO2,
3 régionale Météo
ASPA Vosges Rurale Fond 770 GRANDFONTIAINE NOx, O3, CO2,
moyennes 2 nationale Météo
Atmo Belfort Octroi Urbaine Trafic 360 BELFORT NOx, PM10
Franche- régionale
Comté
Atmo Belfort centre Urbaine Fond 357 BELFORT NOx
Franche- régionale
Comté
Atmo Dambenois Urbaine Fond 365 DAMBENOIS O3
Franche- régionale
Comté

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Massif du Grand Ventron 25
3.3.2.1 Historique des campagnes de mesures
Le massif vosgien présente une concentration d’activités humaines émettrices de polluants
atmosphériques ainsi qu’une topographie et un climat défavorables à leur dispersion. De plus des
étés chauds y sont propices à la formation de pollutions photochimiques (ozone) et des hivers froids
favorisent les émissions liées au chauffage (particules notamment). Il en résulte une pollution
atmosphérique concentrée là où la densité de population est la plus importante (agglomérations et
certaines vallées vosgiennes, en particulier la vallée de la Thur, près de Thann, et la vallée de la
Moselle près de Le Thillot). C’est pourquoi, ces dernières années, les AASQA ont conduit des
campagnes de mesures permettant d’évaluer la qualité de l’air dans des contextes locaux, en
proximité des principaux axes routiers (N159, N66) ou d’industries (cristallerie), mais aussi dans des
communes potentiellement exposés aux HAP et aux PM10 issus du chauffage au bois.

Figure 13 - Laboratoire mobile à proximité du Tunnel Lemaire à Lusse (à gauche), partisol pour l’études des
métaux lourds en proximité industriel à Baccarat (à droite)

De par les caractéristiques locales de ces études et l’éloignement vis-à-vis des espaces naturels visés
dans la Phase 2 de l’étude, ces études sont listées ci-dessous seulement à titre informatif.

Tableau 4 – Historique des campagnes de mesures réalisées dans le PnrBV et dans les agglomérations
proches.

Année Campagnes Communes AASQA


instrumentées
2014 Suivi de la Qualité de l'Air en fond urbain en agglo > 15000 Saint-Dié-des-Vosges Air
habts. Lorraine
Recherche site trafic dans la ZAS Régionale Thann ASPA
2013 Evaluation des produits phytosanitaires - étude exploratoire Kintzheim ASPA
(ASPA13090901-ID)
Evaluation de la qualité de l'air à proximité du Tunnel Lusse Air
Lemaire Lorraine
Etude des métaux lourds en proximité industrielle Baccarat Air
(cristallerie) Lorraine
2012 Campagne laboratoire mobile et partisol en proximité trafic Le Thillot Air
Lorraine

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Massif du Grand Ventron 26
Suivi du mercure sur Thann Vieux-Thann (ASPA12110803-ID- Thann / Vieux-Thann ASPA
ASPA12022301-ID)
2011 Suivi du mercure dans la vallée de Thann Vieux-Thann Thann / Vieux-Thann ASPA
(ASPA11090201-ID)
Etude des métaux lourds en proximité industrielle Baccarat Air
(cristallerie) à Baccarat Lorraine
Campagne de mesure dans le Sud des Vosges en 2009 et Grand Ballon ASPA
2010 : note concernant la modélisation régionale
(ASPA11050902-ID):
 Evaluer les concentrations de PM10 modélisées dans
les Vosges;
 Compléter la correction spatialisée des
modélisations (prévisions et analyses);
 Contribuer à évaluer la pertinence de la création
d’une station dans le Sud des Vosges
2010 Mesure du mercure sur Thann Vieux-Thann / Projet PRSP - Thann / Vieux-Thann ASPA
hiver 2009-2010 / été 2010 (ASPA10120201-ID)
Moyen mobile dans la vallée de Thann Vieux-Thann en Thann ASPA
proximité trafic; Ré-évaluer 5 ans après les dernières
mesures de l’observatoire dans la Vallée de la Thur, les
niveaux de pollution dans cette vallée (ASPA10040602-ID)
Régionale 2009: mise à jour des niveaux de pollution à Plusieurs sites -> voir ASPA
l’échelle régionale pour le NO2, le benzène et une rapport
information plus large sur les niveaux de particules PM10
(ASPA10051802-ID)
2008 Surveillance HAP - bilan de l'évaluation préliminaire réalisée Ste Marie aux Mines / ASPA
à entre 2008 et 2012. ASPA13031801-ID Thann
2012
2007 Suivi de la Qualité de l'Air en fond urbain en agglo > 15000 Saint-Dié-des-Vosges Air
habts. Lorraine
Arches - Eloyes Air
Lorraine
2006 Suivi de la Qualité de l'Air en fond urbain en agglo > 15000 Saint-Dié-des-Vosges Air
habts. Lorraine
Mesure de la pollution urbaine sur la commune Giromagny: Giromany Atmo FC
Mesurer la qualité de l’air dans les zones non couvertes par
les stations fixes, Participer à l’élaboration des plans (PRQA,
PDU). AtmoFC n°1/2006
2005 Etude des métaux lourds en proximité industrielle Baccarat Air
(cristallerie) à Baccarat Lorraine
Proximité trafic RN66 Rupt-sur-Moselle Air
Lorraine
2004 Suivi de la qualité de l'air dans les vallées vosgiennes. ASPA Munster / Le ASPA
04071901-ID Bonhomme / Ste Marie
aux Mines / Schirmeck

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 27
3.3.2.2 Bilan des mesures automatiques en 2013
Les principaux résultats des mesures automatiques réglementaires obtenus au niveau des stations
sont présentés dans les tableaux suivants.

3.3.2.2.1 L’ozone (O3)


Pour l’ozone, l’objectif de qualité pour la protection de la santé est dépassé pendant 11 et 39 jours
par an à Gérardmer et La Schlucht, toutes deux situées dans le PnrBV (Tableau 5). Concernant la
valeur cible pour la protection de la santé humaine, le site représentatif des Hautes-Vosges (La
Schlucht) présente un dépassement avec une moyenne de 32 jours par an sur la période de 2011 à
2013, contre 25 autorisés. Cette dernière se situe à 1200 m d’altitude et le rayonnement solaire y est
plus intense qu’en plaine, ce qui est à l’origine des niveaux élevés en ozone. De plus, elle se trouve
au-dessus de la couche de mélange, là où les polluants secondaires comme l’ozone n’ont
pratiquement pas de cycle diurne. Les concentrations en consommateurs d’ozone, comme le dioxyde
d’azote, sont en quantité insuffisante pour le détruire. Tous ces éléments contribuent à la production
d’ozone ou à la perturbation de sa destruction, ce qui conduit à l’accumulation des teneurs et donne
lieu à des niveaux plus élevés que le reste de la Lorraine.

Tableau 5- Situation réglementaire de l'ozone en 2013. Directive 2008/50/CE du 21 Mai 2008. Article R221-1 -
Modifié par le décret n°2010-1250 du 21 octobre 2010 - art.1 - Version en vigueur au 7/01/2011. Source
d'information ASPA 14011701- TD, Air Lorraine, Atmo Franche-Comté.
Objectif de qualité Valeur cible Objectif de Valeur
Protection de la santé Protection de la santé qualité cible
3 3
(120 µg/m ) (120 µg/m ) pour la Protection
protection des
de la végétaux
végétation (18000
3
(6000 µg/m )
3
µg/m )
Maximum journalier de Maximum journalier de la Moyenne Moyenne
la moyenne 8h calculé moyenne sur 8h à ne pas sur une sur 5 ans
sur une année dépasser plus de 25 jours année
par an, moyenne sur 3ans

Stations Nb de Max Nb de jour Max AOT40 (de AOT40


3 3
jour (µg/m ) (µg/m ) mai à (heures de
juillet)* mai à
3
(µg/m ) juillet)
3
(µg/m )
Colmar Sud 40 168 31 179 20 886 18116
Vosges Moyennes 2 20 146 18 154 11 843 11331
Vallées Moselle-Moselotte 3 137 10 141 5477 9176
(Remiremont)
Hautes-Vosges (La Schlucht) 39 154 32 154 20409 15620
Agglomération d'Epinal - Centre 18 148 16 150 12423 12386
Vallées vosgiennes (Gérardmer) 11 137 7 130 11694 7550
Rouge = dépassement valeur.

* Stations péri-urbaines et rurales

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Massif du Grand Ventron 28
Pour se comparer aux seuils pour la protection de la végétation, seules les stations de typologie
rurale (La Schlucht et Vosges moyennes) et périurbaine (Colmar- Sud) sont utilisées. La valeur cible
pour la protection de la végétation (calculée sur la période 2009-2013) est respectée sur toutes les
stations, sauf Colmar Sud. En revanche, l’objectif de qualité pour la protection de la végétation est
dépassé sur toutes les stations hormis Remiremont.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 29
3.3.2.2.2 Le dioxyde d’azote (NO2)
Pour le NO2, les niveaux observés sont faibles et respectent largement les seuils réglementaires
appliqués à ce composé pour la protection de la santé humaine. En milieu rural, le seuil pour la
protection de la végétation en oxydes d’azote (monoxyde d’azote NO + dioxyde d’azote NO2) est fixé
à 30 µg/m3 en moyenne annuelle. Si cette concentration est dépassée, des effets nocifs directs dus
au monoxyde d’azote peuvent se produire sur la végétation. Pour les 4 sites de mesure, sauf
Remiremont, ce seuil a été respecté sur l’année 2013.

Tableau 6 - Situation réglementaire du dioxyde d'azote. Transposition de la Directive 2008/50/CE du 21 Mai


2008. Article R221-1 modifié par le décret n°2010-1250 du 21 octobre 2010 - art.1, version en vigueur au
7/01/2011. Source : ASPA, Air Lorraine, Atmo Franche-Comté.

Valeur limite Niveau


critique
annuel pour
la protection
de la
végétation
3 3 3
200 µg/m 40 µg/m 30 µg/m
au 1 janv 2010 au 1 janv 2010 NOx
Centile 99,8 h Moyenne annuelle Moyenne
(soit 18 heures de annuelle
dépassements
pour 365j) en
moyenne horaire
3 3 3
Stations en µg/m en µg/m en µg/m
COL Centre 93 30 30
Vallées Moselle-Moselotte 85 18 38
(Remiremont)
Hautes-Vosges (La 30 4 5
Schlucht)
Agglomération d'Epinal - 71 16 25
Centre
Rouge = dépassement valeur.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 30
3.3.2.2.3 Les poussières fines (PM10)
Il n’existe pas de mesure PM10 dans le massif des Vosges. Les stations équipées d’analyseurs de
PM10 sont situés en dehors du PnrBV dans les agglomérations urbaines. Les moyennes annuelles
civiles se situent autour de 20 µg/m3. Le seul dépassement de seuil observé est à Epinal.

Tableau 7 - Situation réglementaire des poussières fines. Directive n° 2008/50/CE du 21/05/08. Source :
ASPA, Air Lorraine, Atmo Franche-Comté.

Objectif de Nombre de jours


qualité de dépassement
de la valeur limite
journalière
3 3
40 µg/m 50 µg/m

Moyenne Centile 90,4


annuelle (soit 35 jours de
dépassements
pour 365j) en
moyenne horaire
3 3
Stations en µg/m en µg/m
COL Centre 23 17
C.C. 21 12
Frontières
Belfort Octroi 24 <
Agglomération d'Epinal - 18 37
Centre
Rouge = dépassement valeur.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 31
3.3.2.2.4 Le dioxyde de soufre (SO2)
Tout comme pour le dioxyde d’azote, les niveaux observés en dioxyde de soufre sont faibles et
respectent les valeurs limites horaire et journalière appliquées à ce composé pour la protection de la
santé humaine et la protection de la végétation.

Tableau 8 - Situation réglementaire du dioxyde de soufre. Transposition de la Directive 2008/50/CE du 21


Mai 2008. Article R221-1, modifié par le décret n°2010-1250 du 21 octobre 2010 - art.1, version en vigueur au
7/01/2011. Source : ASPA 14010601-TD, Air Lorraine, Atmo Franche-Comté.

Objectifs Valeurs limites Niveau critique pour


de la protection de la
qualité végétation
3 3 3 3 3
50 µg/m 350 µg/m 125 µg/m 20 µg/m 20 µg/m

Moyenne Centile 99,7 Centile 99,2 Moyenne Moyenne


annuelle (24 heures de (3 jours de annuelle hivernale
dépassements dépassements (Du 1°
par année de par année de octobre
365j) en 365j) en au 31
4
moyenne moyenne mars )
horaire. journalière.
3 3 3 3 3
Stations en µg/m en µg/m en µg/m en µg/m en µg/m
Thann 3 56 16 3 ND
Vieux Thann 10 138 47 10 ND
3
Vallées 4 28 13 4 3
Moselle-
Moselotte
(Remiremont)
Hautes- 0 3 2 0 0
Vosges (La
Schlucht)

4
Moyenne hivernale (Octobre 2013 à Mars 2014). Le dépassement de la norme est effectif quand le seuil
spécifié est strictement supérieur à la valeur pré-définie par la norme.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 32
3.4 Conclusion sur les enjeux atmosphériques du PnrBV
Préserver le patrimoine naturel et s’engager vers un développement durable des territoires sont
deux objectifs des Parcs naturels régionaux. En tant qu’organisme gestionnaire de réserves
naturelles, le Pnr des Ballons des Vosges met en place des actions qui s’appuient sur trois missions :
protéger, gérer et faire découvrir ces espaces de biodiversité. Dans son projet de conservation et de
gestion, les Réserves Naturelles du Machais et du Grand Ventron, ont souhaité porter une analyse
particulière sur les enjeux de la qualité de l’air et ceux du climat, dans le voisinage de leurs espaces
protégés afin de les accompagner à l’élaboration d’une gestion conservatoire adaptée aux évolutions
du compartiment atmosphérique.

Après avoir établi des bilans d'émissions des 10 substances polluantes ou gaz à effet de serre, nous
constatons que l’origine des principales contributions est sans surprise par rapport aux bilans
régionaux et nationaux. A savoir des COVNM majoritairement émis par la végétation, l’apport de
l’agriculture dans les composés acidifiants (Aeq) et eutrophisants (NH3), le résidentiel et le tertiaire à
l’origine du benzène et des poussières fines, le SO2 émis par l’industrie et enfin les oxydes d’azote
issus du trafic routier.

Si cette caractérisation des émissions polluantes est très fine, il est plus complexe de connaitre les
conditions de dispersion et de transformation des polluants de la source jusqu’à la station de mesure
ou les écosystèmes exposés.

Cependant, nous constatons au niveau des valeurs réglementaires, des conditions d’exposition
photochimique par l’ozone de la population humaine (valeur cible dépassée) et de la végétation
(objectif de qualité dépassé, valeur cible effleurée). Les précurseurs de la formation de l’ozone que
sont les COVNM et le NOx, émis par la végétation et le trafic automobile, peuvent engendrer des
phénomènes locaux accentués par le plus fort rayonnement solaire en altitude l’été.

Avec seulement 3 stations de mesures fixes dans le PnrBV, ces données ne permettraient pas de
conclure sur l’ensemble des situations contrastées rencontrées dans les vallées vosgiennes. C’est
pourquoi, les résultats des campagnes de mesures réalisées par les AASQA et inventoriés dans cette
première étude seront, à l’avenir, a mettre en cohérence avec les émissions recensées à l’échelle
locale :

 Influence des principaux axes routiers sur la qualité de l’air (NOx),


 Influence du chauffage au bois en milieu urbain et dans les vallées vosgiennes pouvant
engendrer de mauvaises conditions de dispersion (HAP, poussières),
 l’industrie à Thann,
 etc.

Bien que de nombreux efforts dans la connaissance de la qualité de l’air aient été déjà réalisés pour
certains polluants dans les Vosges, et que les inventaires des émissions des AASQA nous fournissent
de riches informations qualitatives et quantitatives sur les substances émises, d’autres restent à
poursuivre. Il convient en effet de dissocier ces émissions évaluées par les inventaires régionaux des
dépôts responsables de ces impacts sur les écosystèmes, généralement moins bien estimés et qui
répondent aux émissions avec un certain retard (Delmas et al., 2005).

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 33
Comme le rappelle Agnan (2013), le massif vosgien a été sévèrement touché par l’acidification depuis
les années 1980 (Kreiser et al, 1995). Ce processus résulte principalement des dépôts
atmosphériques acides qui s’ajoutent à la sensibilité naturelle vis-à-vis de l’acidification issue de la
géologie locale. L’acidification entraine une diminution de la richesse spécifique des écosystèmes par
les NOx, précurseurs de l’acide nitrique (HNO3) en milieu aqueux. Ce polluant est devenu responsable
des précipitations acides depuis la réduction drastique des émissions soufrées (SO2) ces dernières
décennies (Smith et al., 2001).

C’est pourquoi, il recommandé, à la suite de ce travail, d’intégrer dans la caractérisation des enjeux
atmosphériques initiés ici, les résultats des réseaux de surveillance qui ont pour vocation de
quantifier les retombées atmosphériques tels qu’énumérés par Agnan (2013) : MERA, CATAENAT,
BRAMM.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 34
4 Evaluation et cartographie la qualité de l’air à l’aide de la
biosurveillance lichénique

La biosurveillance est une technique adaptée pour mettre en évidence une altération de
l’environnement (pollution). Basé sur l’observation de processus biologiques, c’est un outil
d’amélioration de la surveillance de la qualité de l’air, complémentaire aux mesures physico-
chimiques. Elle met en lumière l'impact de la pollution atmosphérique sur l'environnement et permet
d'établir des connexions avec la santé d’un végétal et la gestion de la biodiversité. Elle permettra
d’accroître les connaissances et le suivi de l’impact de la qualité de l’air ou du changement
climatique sur les écosystèmes. La finalité est d’aider les gestionnaires des Réserves naturelles
nationales à intégrer la qualité de l’air dans la définition des objectifs de conservation des milieux et
des espèces.

4.1 Biosurveillance
Afin de suivre les contaminants atmosphériques et leurs impacts sur l’environnement, un moyen
simple et pertinent consiste à étudier les cibles principales de ces molécules, c’est-à-dire les êtres
vivants et les écosystèmes. Il s’agit de la surveillance biologique ou biosurveillance. Depuis la moitié
du XIXe siècle déjà, les lichens sont connus pour être sensibles aux changements de qualité de l’air,
qualifiés d’ « hygiomètre » (Nylander, 1866).

La biosurveillance concerne toute utilisation d’un organisme vivant sensible à son milieu environnant
pouvant faire état de ce dernier (Agnan, 2013), soit par prélèvement ou observation directe depuis le
milieu (biosurveillance passive), soit à travers la transplantation d’échantillons (biosurveillance
active).

Depuis les premières études biologiques sur la qualité de l’air, plusieurs végétaux sensibles ont été
utilisés pour la biosurveillance de divers polluants : SO2 par les lichens, O3 par le tabac, métaux par les
mousses, radionucléides par les lichens, HAP par le chou. Des méthodes décrivant ces utilisations
sont maintenant inscrites dans des normes nationales (AFNOR) et leur analogue européennes (CEN).

Parmi les outils de diagnostic environnemental disponibles (biointégration, bioindication,


biomarquage et bioaccumulation), la biointégration consiste en l’observation de changements
structurels au niveau population/communauté en réponse à un stress environnemental sur la durée.
Il s’agit d’une bioindication à un niveau supérieur (il y a en effet souvent confusion entre ces deux
termes).

4.2 Avantages et limites de la biosurveillance


Les principaux avantages qu’offre la biosurveillance sont (d’après Agnan, 2013) :

 une approche globale : en étudiant la réponse biologique, l’ensemble des contaminants du


milieu est pris en considération, en intégrant à la fois la dimension temporelle et la
dimension spatiale, approche complémentaire aux capteurs physico-chimiques,

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 35
 une simplification méthodologique : la biosurveillance passive ne nécessite pas
d’anticipation particulière puisque seule une récolte ou une observation sur le terrain au
moment souhaité , facilitant l’accessibilité des données.

En revanche, ces outils posent un certain nombre de questions à ce jour non résolues qu’il est
impératif d’établir dans ce type d’étude pour une meilleure compréhension de la démarche et une
meilleure interprétation :

 l’absence de précision sur la représentativité spatiale : pollution locale ou pollution de fond,


 l’absence de précision sur la représentativité temporelle : quelle intégration ?
 l’effet d’un polluant peut être masqué par le polluant dominant et/ou le plus néfaste : rôle
des apports azotés,
 l’impossibilité de remonter à la concentration en polluant dans l’air,
 la difficulté de trouver du matériel biologique dans les zones les plus polluées (désert
lichénique par ex.),
 le manque de données sur les effets biologiques causés par les contaminants.

4.3 Biosurveillance par les lichens


Selon la définition de l’Association internationale de lichénologie, un lichen est l’association d’un
champignon et d’un symbiote doué de photosynthèse qui résulte en un organisme végétatif stable
ayant une structure spécifique (Van Haluwyn et Asta, 2009). Les spécialistes parlent de champignons
lichénisés.

Avec plus de 2917 espèces différentes recensées en France (Roux, 2012), et plus d’un millier en
Lorraine (Chipon, 1994), les lichens constituent un des groupes taxonomiques les moins bien connus
de la région. Ils sont capables de coloniser des milieux très variés (sols, bois, roches, etc), jusqu’à des
conditions extrêmes (altitude, climat, stress hydrique) dans lesquels aucun des deux partenaires de la
symbiose ne n’accommoderaient isolément, ils jouent des rôles primordiaux pour les écosystèmes.

Parce qu’ils sont en contact direct et permanent avec l’atmosphère qui assure leur nutrition,
certaines caractéristiques biologiques des lichens rendent ces organismes sensibles aux polluants
atmosphériques, et ainsi, permettent leur utilisation en biosurveillance de la qualité de l’air.
Contrairement aux plantes, ils n’ont ni cuticule, ni système racinaire, ni système d’excrétion et de
régulation des échanges gazeux (stomates) et constituent des populations stables et pérennes. De
plus leur longévité et leur activité biologique quasi-annuelle les transforment en organismes capables
d’accumuler les contaminants atmosphériques et d’intégrer toutes les variations de la qualité de l’air,
ce qui est plus difficile avec des plantes.

Deux normes lichens ont été mises en place depuis 2008 pour homogénéiser l’étude des lichens en
biosurveillance : les normes françaises (NF X43-903 et NF X43-904 de l’AFNOR) et leur analogue
européenne (EN 16413 de la CEN).

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 36
4.4 Protocole mis en œuvre
C’est une méthode de biosurveillance passive (biointégration), qui est retenue ici afin d’obtenir une
évaluation de la diversité des lichens épiphytes sur l’ensemble de la zone d’étude: la norme EN 16413
de 2013.

Les prescriptions données pour calculer la valeur de diversité lichénique (LDV et LDVN), permettant
l’évaluation in situ de la réponse biologique des lichens épiphytes face aux modifications
environnementales, sont prises en compte. Elle repose sur des observations réalisées sur des arbres
isolés (phorophytes5) naturellement répartis sur l’échelle d’un territoire. Cherchant à évaluer la
pollution de fond, nous nous plaçons au plus loin des principaux axes routiers. Ce protocole est
adapté pour tout type de milieux à l’exception des forêts, du fait de conditions de luminosité faible et
d’humidité forte. Cependant, dans certains secteurs fortement couverts par la forêt et dépourvus
d’arbres bien isolés, les observateurs ont eu recourt à des arbres situés en clairière pour permettre la
meilleure représentativité de la diversité lichénique.

Les étapes sont les suivantes:

 mise en place d’une stratégie d’échantillonnage,


 évaluation in situ de la diversité des lichens épiphytes,
 calcul d’indices, interprétation avec comparaison avec données existantes,
 recherche de facteurs d’influence (phorophytes, altitude, pollution azotés, etc.).

L’ensemble des observations sur site sont inscrits sur une fiche de terrain puis enregistrés dans une
base de données spatiale.

Les espèces indicatrices identifiées apporteront des informations sur la qualité de l'air et les
changements climatiques des deux réserves. Afin de décrire aux mieux ces espèces, les
déterminations s’appuient sur l’expertise scientifique de l’Association de Bryologie et de Lichénologie
d’Europe Centrale (BLAM). Ce travail de diagnostic lichénique fait l’objet d’une convention spécifique
entre le Parc naturel régional des Ballons des Vosges et le Pfalzmuseum fur Naturkunde de Bad
Durkheim.

4.4.1 Relevés lichéniques

4.4.1.1 Zone d’étude


L’étude de biosurveillance lichénique se focalise sur les Réserves naturelles nationales de la
Tourbière de Machais et du Massif du Grand Ventron, espaces gérés et surveillés au cœur du PnrBV.
A des fins de comparaison et pour tenir compte des éventuelles influences en marge de ces espaces
naturels sensibles, le périmètre a été élargi jusqu’aux vallées voisines : vallée de la Thur (Kruth-
Wildenstein), vallée du col d’Oderen (Ventron-Oderen) et vallée de la Moselotte (Cornimont-La
Bresse).

5
Une plante sur laquelle se développe un épiphyte (par ex. lichens).

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 37
Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 38
4.4.1.2 Echantillonnage
Les phorophytes sont choisis en fonction des
Figure 14 - Position des grilles de mesure de la critères suivants : circonférence comprise
biodiversité lichénique aux 4 points cardinaux. entre 50 et 250 cm, inclinaison inférieure à
20°, écorce non accidentée, non
desquamant, présence limitée de mousse ou
de lierre, etc. Nous avons veillé à ce que ces
éléments perturbateurs ne dépassent pas
20 % de la grille d’observation auquel cas
l’arbre ne répond plus aux exigences de la
norme.

L’échantillonnage est réalisé sur les 4 faces de


l’arbre (4 points cardinaux) à l’aide d’une
grille d’observation composée de 5 mailles de
10 cm x 10 cm superposées verticalement
(Figure 12). Pour éviter l’influence du sol, la
grille est placée à minimum 1 m de hauteur.
Pour déterminer la fréquence de chaque
espèce, nous notons la présence de celles-ci
dans les différentes mailles, soit une
fréquence sur 5 grilles (de 0, absent à 5,
présent dans toutes les grilles) ou sur 20 par
arbre par addition des 4 expositions.

4.4.2 Détermination

Le maximum de lichens ont été déterminés sur le terrain par Volker John de la BLAM et Jonathan
Signoret d’Air Lorraine, les taxons les plus difficiles ont été collectés et examinés en laboratoire au
Pfalzmuseum fur Naturkunde de Bad Durkheim.

Dans le cas où l’identification d’une espèce nécessite son prélèvement, celui-ci a été effectué sur une
partie du tronc située hors de la maille pour ne pas perturber les prochaines observations. L’arrêté
n°407/2013/DDT du 25 juin 2013 portant autorisation d’effectuer des prélèvements de lichens dans
la Réserve naturelle nationale de la Tourbière de Machais, ainsi que l’accompagnement continu des
gestionnaires des réserves, a permis d’effectuer les prélèvements dans les meilleurs conditions.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 39
4.4.3 Traitement des données

A l’aide de la base de données créée, et des requêtes mises au point, la richesse spécifique (nombre
d’espèces lichéniques) et les fréquences sur chaque arbre puis sur chaque point d’échantillonnage
(ou station) ont été calculées. La diversité lichénique est décrite par un indice de biodiversité (LDV =
Lichen Diversity Value) basé sur la fréquence spécifique à l’intérieur de la grille d’échantillonnage.
C’est l’un des indices les plus utilisés dans les études de biosurveillance lichénique, proposé par la
norme européenne. Il se calcule selon la formule suivante :

LDVt = SFNt + SFEt + SFOt + SFSt

Avec : SF = somme des fréquences de chaque espèce de lichen observée sur une face d'un arbre t.
N, E, S, O = Nord, Est, Sud, Ouest

Comme le calcul de l’indice LDV dépend étroitement de la diversité lichénique, sa valeur s’étend de 0
(absence de lichens) à une valeur maximale déterminée par le nombre maximum d’espèces
présentes dans une zone d’étude. Cette valeur maximale de l’indice LDV ne peut être déterminée
qu’après avoir achevé la totalité des relevés de la zone d’étude, c’est-à-dire une fois la phase de
terrain terminée. Ainsi la valeur de l’indice LDV la plus élevée dans une zone d’étude peut
correspondre à la valeur moyenne dans une autre. L’expérience d’Air Lorraine accumulée sur
plusieurs études, dans différentes situations en Lorraine (agglomération, industrielle, rurale), avec
plus de 380 stations, 500 arbres et 5600 relevés, permet d’apprécier cette valeur maximale au regard
d’un important jeu de données.

Dans la littérature, l’utilisation des indices écologiques mis au point notamment par Wirth est
observée à partir de 1980. Ces indices permettent de caractériser les différentes espèces observées
en fonction de leur affinité à certains facteurs environnementaux comme la température, la
luminosité, l’humidité, la richesse nutritive de l’écorce ou la toxitolérance vis-à-vis des polluants
atmosphériques. Ces caractéristiques ont été complétés par Volker John et collaborateurs, au regard
de l’indication de changements climatiques apportée par la présence d’espèces d’affinités plus
méridionales. Elles nous permettent notamment de calculer un indicateur d’eutrophisation, la LDVN,
avec la même formule que la LDV appliqué uniquement aux espèces nitrophiles.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 40
4.5 Résultats et commentaires

4.5.1 Stations sélectionnées

Ce sont 25 stations qui ont été identifiées, 6 en Alsace et 19 en Lorraine. Du fait de la rareté des
arbres isolés répondant à la norme CEN EN 16413, une très forte majorité des stations potentielles
ont été étudiées dans ce projet. Elles concernent les communes de Wildenstein, Kruth et Fellering en
Alsace et celles de Cornimont, La Bresse et Ventron. Elles se répartissent régulièrement (Figure 13)
dans l’étage montagnard, entre 504 m au point le plus bas, dans la vallée de Kruth et 1198 m
d’altitude, sur la route des Crêtes. Du fait de l’orientation nord-sud de la zone montagneuse, il existe
un contraste marqué entre l’est et l’ouest, les vents d’ouest apportent les précipitations qui tombent
en abondance sur le versant lorrain et les sommets alors que le versant alsacien est plus sec.

Figure 15 - Distribution des stations selon l'altitude

1400
1200
1000
Altitude

800
600
400
200
0
1 14 16 19 18 21 25 6 3 4 5 7 8 9 10 11 12 2 13 15 17 20 22 23 24
Numéro de la station

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 41
Figure 16 - Localisation des 25 stations de biosurveillance autour des Réserves naturelles nationales de
Machais et de Ventron.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 42
4.5.2 Diversité des phorophytes

Avant de s’intéresser à la diversité lichénique, la diversité des phorophytes sur lesquels ont été
observés les lichens est étudiée. Sept essences sur un total de 47 arbres ont été examinées, 14 en
Alsace et 33 en Lorraine, excluant les résineux (Figure 15). D’après la norme EN 16413 (Annexe C), les
genres d’arbres sont répartis dans différents groupes en fonction des caractéristiques physico-
chimiques de leur écorce . Parmi ces feuillus, 23 arbres appartiennent au Groupe I (Fraxinus, Acer,
Tilia ), 3 au Groupe II (Sorbus), 5 au Groupe IV (Betula et Alnus) et 16 au Groupe V (Fagus), ce qui
regroupe un ensemble assez hétérogène.

Figure 17 - Diversité et abondance des espèces d’arbres utilisés comme support des relevés lichéniques dans
et autour des réserves.

18

16

14
Nombre d'arbres

12

10

0
Fagus Fraxinus Acer Sorbus Betula Alnus Tilia

Le paysage dans et autour des deux réserves naturelles nationales, est fortement forestier ou occupé
des pâturages dépourvus d’arbres, ce qui est défavorable à une sélection abondante d’arbres isolés
comme demandé par la norme CEN. Aussi, pour des besoins d’intégrer des sites sensibles et
pertinents (Col de la Vierge) au regard des réserves, des arbres en lisière forestière ont été
sélectionnés.

C’est pour ces raisons de disponibilité des arbres isolés que le nombre d’arbres composant une
station varie de 1 à 4.

Les essences majoritaires sont le hêtre (Fagus), suivi de l’érable (Acer) et le frêne (Fraxinus), ce qui
n’est pas étonnant dans l’étage montagnard, les autres essences comme le bouleau (Betula), l’aulne
(Alnus), le sorbier (Sorbus) et le tilleul (Tilia) sont plus occasionnelles.

L’influence du phorophyte sur la diversité lichénique observée est cherchée dans la Figure 18. En
effet, les cortèges de lichens épiphytes peuvent être influencés par les caractéristiques physico-
chimiques de l’écorce et par l’espèce du phorophyte. Fagus, Acer et Fraxinus présentent la diversité
lichénique la plus importante, ce sont aussi les arbres les plus disponibles (total respectif de 45, 45 et
38 espèces de lichens pour l’ensemble des arbres d’une même essence). De plus, ces trois essences

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 43
présentent les circonférences moyennes parmi les plus importantes : Fagus (167 cm), Fraxinus (141
cm), Tilia (112 cm), Acer (110 cm), Betula (95 cm ), Alnus (92 cm) et Sorbus (72 cm).

Figure 18 – Diversité lichénique totale selon l’essence du phorophyte considéré.

50
45
Nombre d'espèces lichéniques 40
35
30
25
20
15
10
5
0
Fagus Acer Fraxinus Sorbus Betula Alnus Tilia

En revanche, la diversité lichénique moyenne par arbre (Figure 19) est, toutes stations confondues,
plus faible sur Fagus et Fraxinus, alors que ces essences sont les plus disponibles. Ceci est expliqué
par la multiplication des contextes environnementaux qui conduisent à des cortèges diversifiés sur
les phorophytes les plus abondants. Enfin, Alnus et Sorbus qui ne sont observés qu’un nombre de fois
très limité (respectivement 2 et 1 arbres), probablement aussi dans des situations plus favorables
(luminosité), révèlent un nombre moyen d’espèces par arbre plus important.

Figure 19 - Diversité lichénique moyenne par arbre.

16

14
Nombre d'espèces lichéniques

12

10

0
Alnus Sorbus Tilia Acer Betula Fagus Fraxinus

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 44
4.5.3 Indices écologiques lichénique

La qualification d’une communauté lichénique peut s’effectuer au travers d’indices


écologiques. Quatre d’entre eux, prescrits par la norme EN 16413 sont ici exploités : la richesse
spécifique, l’abondance spécifique, la valeur de la diversité lichénique par unité d’échantillonnage
(LDV) et la valeur de la diversité des indicateurs d’eutrophisation (LDVN) afin d’appréhender les
réponses aux excès d’apports d’azotés.

4.5.3.1 Richesse spécifique


Les relevés lichéniques effectués sur les 25 stations montrent une diversité globale de 83 taxons de
lichens épiphytes. Ceci représente 70% des taxons recensées en Lorraine dans la base de données
d’Air Lorraine. A titre de comparaison, c’est 100 taxons qui avaient été identifiés dans une étude
d’inventaire des lichens épiphytes dans la Réserve naturelle nationale des Rochers et des Tourbières
du Pays de Bitche (Signoret & Diederich, 2003).

Parmi ces 83 taxons, une quinzaine d’espèces indicatrices revèle des informations intéressante sur
l’environnement du secteur d’études :

La pollution azotée est indiquée par des espèces nitrophiles telles que : Amandinea punctata
(Hoffm.) Coppins & Scheid., Candelariella reflexa (Nyl.) Lettau, Massjukiella polycarpa (Hoffm.)
S.Y.Kondr. et al., Parmelia sulcata Taylor (Fr.) H. Olivier, Physcia tenella (Scop.) DC. et Xanthoria
parietina (L.) Th. Fr.

Figure 20 - Xanthoria parietina (photo Air Lorraine)

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 45
Le changement climatique, et notamment le réchauffement, peut être revélé par des espèces à
affinités méditerannéenne, plutôt thermophiles telles que : Flavoparmelia caperata (L.) Hale,
Hypotrachyna revoluta (Flörke) Hale, Melanohalea elegantula (Zahlbr.) O. Blanco et al., Melanohalea
laciniatula (H. Olivier) O. Blanco et al.

Figure 20 - Flavoparmelia caperata (photo Air Lorraine)

Enfin, une partie des observations ont été effectués à proximité immédiate du milieu forestier, nous
retrouvons des espèces indicatrices des vieilles forêts, telles que : Fuscidea lightfootii (Sm.) Coppins
& P. James, Lobaria pulmonaria (L.) Hoffm., Peltigera collina (Ach.) Schrad., Pertusaria hymenea
(Ach.) Schaer. et Sphaerophorus globosus (Huds.) Vain.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 46
Figure 22 - Lobaria pulmonaria (photo J. Signoret)

4.5.3.2 Abondance spécifique


L’abondance spécifique est caractérisée par la fréquence d’apparition de chaque espèce sur un site
donné. Elle est calculée à partir de la proportion de mailles (de 10 cm x 10 cm) présentant une
espèce sur la totalité de mailles échantillonnées, soit un total de 940 (5 mailles par grille, 4 grilles par
arbre, 47 arbres examinés).

La fréquence d’apparition de chaque espèce montre 8 espèces recensées dans plus de 10% des 940
mailles de grilles observées (Tableau 9). La liste complète est présentée en Annexe 1 – Fréquence des
espèces par maille de grille.

Tableau 9 – Abondances des espèces lichéniques avec plus de 10% des mailles de grille.

Lichen Abondance
Parmelia sulcata Taylor 48,83%
Parmelia serrana A. Crespo, M. C. Molina & D. Hawksw. 39,79%
Platismatia glauca (L.) W. L. Culb. & C. F. Culb. 23,30%
Phlyctis argena (Spreng.) Flot. 16,17%
Melanelixia glabratula (Lamy) Sandler & Arup 15,96%
Hypogymnia physodes (L.) Nyl. 14,89%
Buellia griseovirens (Sm.) Almb. 11,81%
Physcia tenella (Scop.) DC. 10,96%

L’abondance de Parmelia sulcata, espèce à large amplitude écologique (pH, humidité, lumière), non
ou modéremment nitrophile et relativement toxicotolérante, correspond à la diversité des habitats
prospectés. Cette espèce est d’ailleurs souvent utilisée en biosurveillance (active) pour ses capacités
d’accumulation de métaux, de radioéléments et de polluants organiques. Il s’agit d’un matériel
lichénique de premier choix pour mener des études complémentaires (bioaccumulation par ex.) sur

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 47
le PnrBV, si nécessaire à l’avenir. Parmelia serrana (anciennement Parmelia saxatalis), Platismatia
glauca, Phlyctis argena, Hypogymnia physodes et Buellia griseovirens témoignent de conditions
atmosphériques humides cohérentes avec notre contexte montagnard et forestier, acidophile,
photophile ou héliophile, nitrophobe voire toxiphobe (P. serrana). Physcia tenella, en 8e position,
également acidophile, à une amplitude écologique plus importante (Van Haluwyn et Asta, 2009) :
neutrophile ou basophile, mésophile ou xérophile, héliophile et nitrophile.

Figure 21 - Distribution de la richesse spécifique.

35

30
Richesse spécifique

25

20

15

10

0
1 8 2 10 5 12 21 15 4 22 19 16 11 14 18 23 13 17 3 7 24 6 25 9 20
Numéro de la station

Figure 22 - Distribution du nombre de taxons selon l'altitude.

1300
1200
1100
1000
Altitude

900
800 R² = 0,0536
700
600
500
400
0 5 10 15 20 25 30 35
Nombre de taxons

Les calculs de richesse spécifique ont permis d’observer entre 8 et 29 taxons différentes par station
selon les situations géographiques. La Figure 21 montre une distribution sans rupture de pente
importante, ce qui signifie un continuum et l’absence de perturbation majeure. A l’instar de ce qui
peut être observé dans certaines agglomérations ou à proximité de sites industriels, il n’y a pas ici de
désert lichénique, tous les arbres présentent des lichens sur leurs troncs.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 48
L’analyse de la richesse spécifique par rapport à l’altitude des stations (Figure 20) montre une
tendance à la baisse du nombre de taxons en altitude, probablement expliquée par des conditions
climatiques plus rudes, et une augmentation de la biodiversité dans les vallées, liée à l’eutrophisation
(cf. 4.5.3.4.). Selon Agnan (2013), l’abondance lichénique est favorisée par les communautés
nitrophiles, l’azote est considéré comme un facteur favorable à l’implantation de ces espèces de
lichens en s’opposant aux espèces nitrophobes.

4.5.3.3 Valeur de la diversité lichénique (LDV)


Les valeurs de la diversité lichénique (LDV) par unité d’échantillonnage (Asta et al., 2002) ou station,
calculées pour chaque station d’observation, montrent des valeurs comprises entre 31,8 et 93,0.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 49
Figure 23 - Valeur de la diversité lichénique (LDV) par unité d’échantillonnage selon la norme EN 16413.

C’est la station 11 située dans la vallée de la Moselotte, à 4 km à l’Est de La Bresse, qui présente la
diversité lichénique la plus faible (31,8). Même si elle est située au carrefour de la route de la
Vologne et de la route de Bramont (D13b), le trafic automobile ne peut expliquer à lui seul une
situation très particulière, car les 4 arbres examinés présentent une diversité et des fréquences
(Tableau 10) très faibles pour le contexte, comme la dizaine d’autres arbres observés dans un rayon
de 25 m (mais non enregistrés).

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 50
Tableau 10 - Fréquence des lichens de la station 11 (La Bresse) obtenue sur 80 mailles (4 arbres)

Taxon Fréquence
Parmelia sulcata Taylor 36%
Buellia griseovirens (Sm.) Almb. 31%
Phlyctis argena (Spreng.) Flot. 21%
Parmelia serrana A. Crespo, M. C. Molina & D. Hawksw. 19%
Candelariella reflexa (Nyl.) Lettau 10%
Parmelina tiliacea (Hoffm.) Hale 9%
Lecanora pulicaris (Pers.) Ach. 9%
Parmelina pastillifera (Harm.) Hale 6%
Melanelixia glabratula (Lamy) Sandler & Arup 6%
Lepraria incana (L.) Ach. 5%
Mycoblastus fucatus (Stirt.) Zahlbr. 3%
Ochrolechia turneri (Sm.) Hasselrot 1%
Normandina pulchella (Borrer) Nyl. 1%
Evernia prunastri (L.) Ach. 1%

Deux hypothèses sont avancées :

 une menuiserie situé à 2 km en amont de la vallée vers le Nord, pourrait probablement


émettre des polluants dans l’air affectant les lichens, d’autant plus que la station 9 à une
diversité également de 34,5,
 les automobiles du Trophée Andros circulant à cet emplacement au cours de 5 années
consécutives de 1992-1996 auraient été à l’origine d’une pollution affectant fortement les
communautés lichéniques épiphytes localement avec une résilience toujours présente.

Les valeurs maximales de LDV supérieures à 70 sont obtenues à Cornimont, côté lorrain, et dans la
vallée de la Thur, côté alsacien, c’est-à-dire en dehors des Réserves naturelles qui présentent des
indices moyens. Ces observations ne sont pas anormales puisque nous avons :

 dans les Réserves, des stations en altitude, où le nombre d’espèces adaptées à des
conditions climatiques montagnardes (vent, neige) est plus réduit,
 dans les Réserves toujours, des stations en lisière forestière (par ex. Col de la Vierge) qui sont
probablement affectées par un manque de luminosité et une forte humidité,
 dans les vallées, des stations exposées à un apport excessif en substances nutritives (azote
par ex.) conduisant à une augmentation du nombre d’espèces comme le montrera
l’indicateur d’eutrophisation au chapitre 4.5.3.4.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 51
Figure 24 - Distribution de LDV selon l'altitude.

1300
1200
1100
1000
Altitude

900
800
700 R² = 0,1157
600
500
400
20 30 40 50 60 70 80 90 100
LDV

La comparaison des LDV avec l’altitude montre, comme la richesse spécifique, que cet indice
augmente vers les basses altitudes (Figure 21).

Figure 25 - Comparaison des LDV du PnrBV avec celles de la BD Air Lorraine.

250

200

150 BD Air
Lorraine
LDV

PNRBV
100

50

0
100
111
122
133
144
155
166
177
188
199
210
221
232
1
12
23
34
45
56
67
78
89

Rang des stations par ordre décroissant de LDV

Les valeurs de LDV sont assez faibles dans la zone d’étude, c’est ce que montre le placement des
stations du PnrBV par rapport à d’autres stations en Lorraine enregistrées dans la base de données
d’Air Lorraine. L’influence des milieux forestiers humides (stations insuffisamment ventilées et
éclairées), le climat montagnard (flore spécifique plus limitée qu’en plaine) et le faible nombre
d’espèces nitrophiles (cf. paragraphe suivant) peut expliquer ce résultat.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 52
4.5.3.4 Valeur de la diversité des indicateurs d’eutrophisation (LDVN)
Comme citée dans la norme EN 16413, la valeur de la diversité des indicateurs d’eutrophisation ou
Lichen Diversity Value Nitrophilous (LDVN) est calculée dans cette étude au sens de la VDI (1995). Elle
se calcule de la même manière que la LDV, mais en ne prenant en compte que certaines espèces
nitrophiles que nous associons à une eutrophisation élevée (par ex. composés azotés/ou poussières).
La liste de référence utilisée pour ce calcul est celle de Wirth (2010) :

 Amandinea punctata (Hoffm.) Coppins & Scheid.


 Candelariella reflexa (Nyl.) Lettau
 Massjukiella polycarpa (Hoffm.) S.Y.Kondr. et al.
 Parmelia sulcata Taylor
 Physcia adscendens (Fr.) H. Olivier
 Physcia tenella (Scop.) DC.
 Xanthoria parietina (L.) Th. Fr.

Dans la zone d’étude, la LDVN varie de 1 à 23 (Figure 23). Les plus fortes valeurs d’eutrophisation
(>20) sont situées à proximité des fonds de vallées (Cornimont, Kruth, Ventron), à l’exception de la
station 8 située sur la Route des Crêtes (D430), à l’Ouest de la ferme de Ferschmuss. Cette dernière
station, atypique au regard du reste du jeu de données, est probablement influencée par la proximité
de l’exploitation agricole et par le trafic automobile de la route des Crêtes. De ce fait, une tendance
faible est observée entre altitude et LDVN (Figure 25).

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 53
Figure 26 - Valeur de la diversité des indicateurs d'eutrophisation (au sens de la VDI, 2005 et avec indice de
Wirth, 2010).

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 54
Figure 27 - Distribution de LDVN selon l'altitude.

1400

1200

1000
Altitude (m)

800 R² = 0,1025
600

400

200

0
0 5 10 15 20 25
Indice d'eutrophisation (LDVN)

Cependant, il est constaté une tendance à l’augmentation du nombre d’espèces avec l’indice
d’eutrophisation (Figure 26). Ceci doit conduire à beaucoup de prudence en termes d’interprétation
et de communication autour de ce type d’étude, l’augmentation de la diversité lichénique n’est pas
forcément signe d’un environnement de meilleure qualité, puisqu’il peut y avoir présence d’une
pollution azotée.

Figure 28 - Distribution de LDVN selon le nombre de taxons de la station.

35

30
Nombre de taxons

25
R² = 0,249
20

15

10

0
0 5 10 15 20 25
Indice d'eutrophisation (LDVN)

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 55
5 Conclusion de la biosurveillance et propositions

Cette étude a permis de mettre en évidence des variations de diversité lichénique témoignant d’un
contexte montagnard marqué et une abondance d’espèces de lichens acidophiles/oligotrophes.
L’utilisation de la norme EN 16413 en biosurveillance de la qualité de l’air nécessite des adaptations
et des précautions aux milieux montagnards majoritairement forestiers et peu contrastés, et
nécessite un contexte de contamination plus marquée et des milieux plus ouverts, comme le milieu
urbain. Ainsi localement, dans les fonds de vallées urbanisées, les communautés lichéniques laissent
la place à des espèces nitrophiles, en lien avec les apports azotés du trafic automobile et de
l’agriculture.

Les perturbations des communautés lichéniques observées à La Bresse, près du circuit de l’ancien
Trophée Andros, amènent à poser un certain nombre de questions relatives aux conditions
atmosphériques à cet endroit et notamment à la contribution relative de plusieurs sources (sport
automobile, menuiserie et trafic routier régulier), malgré une situation visuellement dépourvue de
menaces sur la qualité de l’air et des conditions stationnelles très favorables aux lichens. Pour vérifier
ces hypothèses, il faudrait évaluer les émissions relatives à chaque source, modéliser la dispersion de
certains polluants traceurs de ces activités (oxyde d’azote, benzène, poussières par ex.) et si possible
doser les éléments traces dans les lichens.

Avec seulement 25 stations, cette étude n’a pas pour vocation de définir la qualité de l’air du PnrBV,
d’autant plus en considérant des sites semi-forestier a priori influencé par les facteurs humidité et
luminosité.

En revanche, ces observations exploratoires pourront servir de pistes de recherche pour des travaux
futurs (mesures physico-chimiques, suivi lichénique), comme l’extension d’une telle étude à l’échelle
du PnrBV dans sa totalité afin d’intégrer des agglomérations plus importantes (La Bresse, Gerardmer)
et des vallées industrialisées (Thann).

La présence d’espèces lichéniques thermophiles posent des questions sur la dynamique des
communautés lichéniques face au rechauffement climatique. Et puis il y a des questions
intéressantes sur les voies de propagation de ces espèces indicatrices (via les vallées ?), sur les
vitesses de colonisation et leur impact sur les communautés lichéniques existantes. Les observations
faites dans le cadre de cette étude seront à mettre en perspective avec les récentes découvertes
faites outre-Rhin (Stapper, 2012) à Düsseldorf, intégrant les inflences de qualité de l’air, des zones
climatiques urbaines et changement climatique sur les communautés lichéniques.

En conclusion, la qualité de l’air, doit non seulement servir à une caractérisation technique des
espèces et des habitats naturels, mais doit être aussi une exigence de la part des gestionnaires pour
cerner les risques d’impact sur des espaces naturels menacés et rendus vulnérables en raison de la
pollution atmosphérique ou du changement climatique. Il serait intéressant de mettre ceci en
perspective avec la sensibilité des espèces remarquables observées lors de l’excursion de la BLAM sur
ces Réserves naturelles nationales.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 56
6 Remerciements

Air Lorraine souhaite remercier Volker John de la BLAM pour son aide à la réalisation des inventaires
lichéniques et des commentaires.

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 57
7 Bibliographie

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Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 59
8 Annexe 1 – Fréquence des espèces par maille de grille

Taxon Fréquence

Parmelia sulcata Taylor 48,83%


Parmelia serrana A. Crespo, M. C. Molina & D. Hawksw. 39,79%
Platismatia glauca (L.) W. L. Culb. & C. F. Culb. 23,30%
Phlyctis argena (Spreng.) Flot. 16,17%
Melanelixia glabratula (Lamy) Sandler & Arup 15,96%
Hypogymnia physodes (L.) Nyl. 14,89%
Buellia griseovirens (Sm.) Almb. 11,81%
Physcia tenella (Scop.) DC. 10,96%
Pertusaria amara (Ach.) Nyl. 9,57%
Pseudevernia furfuracea (L.) Zopf 8,94%
Candelariella reflexa (Nyl.) Lettau 7,13%
Lecanora pulicaris (Pers.) Ach. 6,91%
Evernia prunastri (L.) Ach. 5,11%
Cladonia coniocraea (Flörke) Spreng. 4,04%
Lecanora chlarotera Nyl. 3,83%
Parmelina tiliacea (Hoffm.) Hale 2,66%
Ochrolechia androgyna (Hoffm.) Arnold 2,66%
Lepraria sp. UV- 2,66%
Mycoblastus fucatus (Stirt.) Zahlbr. 2,55%
Parmelina pastillifera (Harm.) Hale 2,45%
Lecanora expallens Ach. 2,45%
Physcia adscendens (Fr.) H. Olivier 2,23%
Pertusaria albescens (Huds.) Choisy & Werner 2,02%
Ramalina farinacea (L.) Ach. 2,02%
Melanelixia subaurifera (Nyl.) O. Blanco, A. Crespo, Divakar, Essl., D. Hawksw. & Lumbsch 1,81%
Lecidella elaeochroma (Ach.) Choisy 1,81%
Lepraria incana (L.) Ach. 1,60%
Hypogymnia tubulosa (Schaer.) Hav. 1,60%
Fuscidea stiriaca (A. Massal.) Hafellner 1,60%
Lecanora intumescens (Rebent.) Rabenh. 1,49%
Lecanora subcarpinea Szatala 1,38%
Lecanora carpinea (L.) Vain. 1,17%
Lecanora allophana Nyl. 1,17%
Rimelia reticulata (Taylor) Hale & A. Fletcher 1,06%
Lecanora sp.1 1,06%
Graphis pulverulenta (Pers.) Ach. 0,74%
Usnea sp. 0,74%

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 60
Taxon Fréquence

Flavoparmelia caperata (L.) Hale 0,64%


Rinodina efflorescens Malme 0,64%
Parmeliopsis ambigua (Wulfen) Nyl. 0,64%
Sphaerophorus globosus (Huds.) Vain. 0,64%
Candelariella xanthostigma (Ach.) Lettau 0,53%
Non-identified lichen sp. 1 0,53%
Pleurosticta acetabulum (Neck.) Elix & Lumbsch 0,53%
Melanohalea exasperatula (De Not.) O. Blanco, A. Crespo, Divakar, Essl., D. Hawksw. & 0,53%
Lumbsch
Melanohalea exasperata (De Not.) O. Blanco, A. Crespo, Divakar, Essl., D. Hawksw. & 0,43%
Lumbsch
Candelaria concolor (Dicks.) Stein 0,43%
Punctelia jeckeri (Roum.) Kalb 0,43%
Fuscidea cyathoides (Ach.) V. Wirth & Vězda 0,43%
Pertusaria coronata (Ach.) Th. Fr. 0,43%
Normandina pulchella (Borrer) Nyl. 0,43%
Lecanora argentata (Ach.) Malme 0,32%
Hypotrachyna revoluta (Flörke) Hale 0,32%
Lecania globulosa (Flörke) van den Boom & Sérus. 0,32%
Melanohalea laciniatula (H. Olivier) O. Blanco, A. Crespo, Divakar, Essl., D. Hawksw. & 0,32%
Lumbsch
Ochrolechia turneri (Sm.) Hasselrot 0,32%
Peltigera collina (Ach.) Schrad. 0,32%
Pertusaria hemisphaerica (Flörke) Erichsen 0,21%
Melanohalea elegantula (Zahlbr.) O. Blanco, A. Crespo, Davakar, D. Hawksw. & Lumbsch 0,21%
Alyxoria varia (Pers.) Ertz & Tehler 0,21%
Cladonia fimbriata (L.) Fr. 0,21%
Parmelia submontana Hale 0,21%
Fuscidea lightfootii (Sm.) Coppins & P. James 0,21%
Ramalina fraxinea (L.) Ach. 0,21%
Punctelia subrudecta (Nyl.) Krog 0,21%
Ropalospora viridis (Tønsberg) Tønsberg 0,21%
Trapeliopsis flexuosa (Fr.) Coppins & P. James 0,21%
Usnea filipendula Stirt. 0,11%
Xanthoria candelaria (L.) Th. Fr. 0,11%
Arthonia punctiformis Ach. 0,11%
Amandinea punctata (Hoffm.) Coppins & Scheid. 0,11%
Arthonia radiata (Pers.) Ach. 0,11%
Cladonia sp. 0,11%
Physconia enteroxantha (Nyl.) Poelt 0,11%
Micarea viridileprosa Coppins & van den Boom 0,11%

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 61
Taxon Fréquence

Physconia distorta (With.) J. R. Laundon 0,11%


Melanelixia fuliginosa (Duby) O. Blanco, A. Crespo, Divakar, Essl., D. Hawksw. & Lumbsch 0,11%
subsp. Glabratula (Lamy) J.R. Laundon
Physcia stellaris (L.) Nyl. 0,11%
Pertusaria leioplaca DC. 0,11%
Hypogymnia farinacea Zopf 0,11%
Pertusaria flavida (DC.) J. R. Laundon 0,11%
Xanthoria polycarpa (Hoffm.) Rieber 0,11%
Flavoparmelia soredians (Nyl.) Hale 0,11%

Biosurveillance de l’environnement par les lichens dans les Réserves naturelles nationales de la Tourbière de Machais et du
Massif du Grand Ventron 62