Vous êtes sur la page 1sur 14

JUIN 19S8 — N° 30_____________________________________________ PRIX : 1 Fr. Afrique du Nord : 0.50 Fr.

P R O L E T A I R E S DE T O U S LES P A Y S U N I S S E Z - V O U S

LA QUATRIEM E

in tern ation ale

« le devoir de tout révolutionnaire


C’EST DE FAIRE LA REVOLUTION »
Quelle m arge d e m an œ u vre
pour la bourgeoisie ?..
Les directions syndicales, et en tête Commun, les réduction tarifaires liées au core des rythmes comparables de hausse
la direction de la C.G.T- chantent « le Kennedy-Round. ont fourni une matière des prix, d'autre part, les réserves fran­
grand succès > de la « magnifique grève de choix à ses récriminations. Dans quel­ çaises d'or, et de devises permettent de
générale ■ de dix millions de travailleurs. le mesure ce protocole l'a-t-il cependant faire face ô une détérioration passagère
Le mouvement le plus important jamais placée le dos au mur ? de la balance commerciale provoquée par
vu en France, plus ample et plus dur En ce qui concerne la durée du travail, une moindre compétitivité des produits
que juin 36 même, un des plus puissants le protocole prévoit qu’« en tout état de français sur le marché international. Au
qu’ait connu le monde, se termine, coupé cause une réduction de deux heures des terme de cette période, une dévaluation
en morceaux corporatifs, avec l'obtention horaires hebdomadaires supérieurs è qua­ du franc pourrait redresser la situation
de satisfactions médiocres, sans com­ rante-huit heures et une réduction dune aux dépens, une nouvelle fois, des tra­
mune mesure avec les revendications mi­ heure des horaires compris entre quaran­ vailleurs.
ses en avant par les grévistes. Les jours te-cinq et quarante-huit heures intervien­ Rien ne permet de penser que la bour-
de grève sont très rarement payés ; les dra avant le terme du V' Plan «. goisle n'aura pas à nouveau recours è une
ordonnances sur la Sécurité sociale ne Y a-t-il là une charge insupportable méthode qui a fait ses preuves. Aucune
sont pas abrogées (les organisations syn­ pour la bourgeoisie ? Différentes études mesure (fiscale ou autre) n'a été prise
dicales se sont rehtsées è en fairo un effectuées dans de nombreux pays capi­ pour s'opposer è l ’inflation et des repré­
préalable) et l'élargissement des droits talistes avancés montrent que la réduc­ sentants du patronat évoquent déjà ouver­
syndicaux a été envoyé « sine die ■ au tion de fa journée de travail a pour résul­ tement la possibilité de dévaluer la mon­
moment où ils étaient plus nécessaires tat une production accrue : 18 dixième naie.
S ue jamais devant un Etat qui prétend
iriger lui-même le mouvement ouvrier.
heure est compensée à raison de 65 °».
la neuvième à raison de 45 Au sur­
Des miettes, et des miettes qui seront
reprises à court terme, vollô tout ce que
Comme l'a fait remarquer Barjonet au plus. la diminution de l'absentéisme et la politique capitularde des dirigeants
lendemain de sa démision du Comité des accidents du travail, les nouvelles syndicaux leur a permis d'offrir aux tra­
confédéral de ia C.G.T., les quarante heu­ posibllités de perfectionnement profes­ vailleurs en échange du retour à la • paix
res qui ont été arrachées en 1936 par sionnel qu'elle entraîne, ont fait que ni sociale •.
trois m illiers de grévistes, n'ont pas été en Allemagne, ni en Autriche, ni en Nor­
exigées, alors que 10 millions de travail­ vège. elle n’a provoqué de renchérisse­
leurs les trouvaient justifiées dans une ment des • coûts de main d'œuvre ».
société où la productivité a cru plusieurs En ce qui concerne les salaires, leur Pour garantir que le pouvoir d ’achat ne
fois. Cette capitulation sans précédents taux d'augmentation annuel moyen est sera pas laminé par l’inflation, il faut
de dirigeants qui se sont jetés a la de 6 Le protocole d'accord le fixe obtenir l ’échelle mobile des salaires, dont
tète d un mouvement spontané, gigantes­ pour 1968 à environ 10 %. Le complé­ ta C.G.T. aurait dû faire un préalable
que. comment essaieront-ils de la justi­ ment obtenu rue de Grenelle est donc absolu. Pour garantir que la bourgeoisie
fier et que valent leurs arguments ? environ de 4 è 5 M II faut évidemment n’essaie pas de compenser ses pertes
L'article ci-dessous prouve q u lls ne va­ y ajouter la hausse du S.M.I.G. variant par l ’intensification des cadences, le chô­
lent rien et que leur honteuse trahison de 35 *3 à 37 °«.. Mais la facilité avec mage des uns et la surexploitation des
n’est pas explicable, sinon par le passage laquelle le gouvernement et le patronat autres, il faut obtenir l'échelle mobile des
définitif de ces directions du côté de y ont consenti est révélatrice. Une par­ heures de travail, s'est-è-dire la réparti­
l ’ordre bourgeois qu’ils sont censés com­ tie des patrons qui versaient des salaires tion égale du travail entre tous les tra­
battre. Nombre d'entre eux sont des réci­ particulièrement bas fermeront leurs en­ vailleurs: Il s'agit là de revendications qui
divistes. mais cette fois ils ont capitulé treprises qui seront rachetées par des ne peuvent être progressivement résor­
sans alibi, sans couverture. Les travail­ groupes plus puissants. bées par la bourgeoisie. Elles mettent
leurs sauront leur demander des comptes. Il n'y a là rien qui puisse alarmer les directement en cause son pouvoir écono­
Cette trahison doit être la dernière. secteurs les plus dynamiques du capita­ mique et lui sont Intolérables. On ne pou­
lisme français, mais seulement l ’accélé­ vait s'attendre à ce qu’elle y consente
Le mouvement de mai 1968 a porté ie ration d'un processus de modernisation de bon gré rue de Grenelle, où elle
coup de grêce è ceux qui justifiaient leur entamé de longue date et dont ils tirent n’avait pas en face d’elle des interlocu­
démoralisation par l'idée qu’il ne pouvait profit. Le nouveau ministre de l'industrie. teurs. décidés à la mettre è genoux en
y avoir de salut révolutionnaire hors d'un Albm Chalandon. s'était d'ailleurs pronon­ s'appuyant sur la destruction de fait de
effondrement catastrophique du capitalis­ cé dans Le Monde du 20 février dernier l ’autorité patronale dans les usines occu­
me. Bien au contraire, depuis plusieurs pour une • très forte réévaluation du pées.
mois, la conjoncture économique s'amé­ S.M.I.C. ». La satisfaction de ces revendications
liorait sensiblement Le taux de croissan­ aurait placé le patronat français dans une
ce de la production industrielle rejoignait situation catastrophique faco è la concur­
de hauts niveaux après la période de rence Internationale en lui ôtant les prin­
marasme du plan de stabilisation et ses Les résultats finalement obtenus s'é­ cipaux moyens d'accroitre la compétitivité
séquelles. On assistait donc à une reprise carteront bien sûr des prévisions du pro­ de ses Industries sur 1e dos de la classe
temporaire mais réelle, de l'activité éco­ tocole selon la situation de chaque sec­ ouvrière. Cette perspective devait évi­
nomique sur des bases, d'un point de teur et la politique, menée par la bour­ demment poser des problèmes de con­
vue capitaliste, assainies geoisie pour briser la grève au plus vite. science au P.C.F. dont on sait qu’il s'in­
Cet -assainissement • se traduisait par Telle industrie très compétitive oû la quiète beaucoup du sort de * nos » in­
le fait que la relance se produisait sans part des salaires est faible pourra accor­ dustries dans le Marché Commun. A cet
qu'il y ait diminution du chômage. C'était der davantage que telle autre où l'appli­ .égard, le document du T Congrès de l’In­
la conséquence directe du processus de cation de ces accords mettra effective­ ternationale communiste intitulé I'- I.C.
restructuration de l’appareil de produc* ment en faillite tes entreprises les plus et l'Internationale Rouge - se prononce
tion. eu travers des fusions et des regrou­ retardataires. Mais, à coup sûr. quelle en des termes que nos bureaucrates
pements. entrepris depuis plusieurs an­ que soit l'ampleur des concessions faites, jugeraient à coup sûr aujourd'hui • pro­
nées afin de faire face à une concur­ qui ne peut que rester sans commune vocateurs • et • irresponsables • : « Les
rence internationale accentuée. Une plus mesure avec un mouvement oû le problè­ allégations des capitalistes qui mettent
grande productivité permettait d'accroî­ me du pouvoir était posé, la bourgeoisie en cause la concurrence étrangère ne doi­
tre le volume de la production sans aug­ n'aura de cesse tant quelle ne se sera vent aucunement être prises en considé­
menter l'embauche. Le maintien d'une Im­ pas débarrassée de ces nouvelles char­ ration : les syndicats révolutionnaires ne
portance armée de réserve industrielle ges. A cet égard, l'arsenal des techniques doivent pas aborder les questions de sa­
laissait espérer aux capitalistes que cette dont elle dispose est impressionnant. Sa laire e t de condition de travail du point
nouvelle phase d'expansion n'entraînerait principale possibilité est évidemment de de vue de la concurrence entre les pro­
pas de trop fortes hausses de salaires, et recourir ô l'inflation : amputé par la haus­ fiteurs des différentes nations, il doi­
ne nécessiterait donc pas le recours à se des salaires, le montant de ses pro­ vent se placer du point de vue de la
un taux d'expansion trop élevé. fits pourrait être reconstitué par une aug­ conservation et de la protection de la
Il ne reste évidemment plus grand- mentation des prix de vente. On estime force de travail... Les syndicats doivent
chose de ces * réjouissantes perspecti­ qu’il suffirait d'un taux d'inflation annuel­ se proposer comme une l&che pratique
ves ». Pendant les négociations de la le de 4 e9 pour anihiler en un an tes du jour la préparation et l’organisation
rue de Grenelle, la bourgeoisie a agité avantages consentis aujourd'hui aux tra­ d'actions internationales par industries ».
l'épouvantail de la concurrence interna­ vailleurs. Une telle politique n'aurait pas Dans une période où se manifeste une
tionale pour réduire au minimum les con­ è court terme de conséquences dramati­ formidable remontée de la révolution en
cessions auxquelles elle était contrainte. ques : d'une part plusieurs pays capita­ Europe, ce texte est d'une singulière
La réalisation, le 1" juillet, du Marché listes avancés ont connu lécemment en­ (Voir suite en p. 3)
MAI 1968
Première étape
de la révolution socialiste française
Mai 1968 entre dans l'histoire comme quer ; les troupes de répression (C.R.S.. problèmes étaient avant tout ceux de
le mois où la révolution socialiste fran­ gardes mobiles, etc.) étaient fatiguées à tous les pays capitalistes hautement in­
çaise a commencé. Débutant avec la lutte la suite de plusieurs nuits de combat dustrialisés : mais ils étaient aussi pour
des étudiants contre les intrusions du dans les rues de Paris. une partie ceux des pays à structure co­
pouvoir policier au Ouartier Latin et dans En face d'un pouvoir désemparé pen­ loniale (rapport du prolétariat avec d’au­
l’Université, ce mois a vu la participation dant plusieurs semaines, des directions tres classes sociales) et même ceux des
à la lutte de la classe ouvrière et, avec ouvrières, politiques et syndicales, tradi­ pays où le capitalisme a été aboli (rap­
elle, de toutes les couches de la popula­ tionnelles. débordées par les événements, ports du prolétariat et de la bureaucratie).
tion laborieuse (nouvelles classes moyen­ se dressait, dans une improvisation extra­ C’est avec raison que le monde entier
nes. intellectuels, paysans, etc.). Cela ordinaire. le foyer révolutionnaire de la dirigea son regard vers la France de mai
s’est fait avec une unanimité jamais con­ Sorbonne où voisinaient, dans la démo­ 1968.
nue dans le passé. On y a vu notamment cratie socialiste la plus large, les cou­ La bataille n'est pas encore terminée ;
toutes les forces jeunes du pays : les rants révolutionnaires les plus divers qui. la grève se poursuit encore avec beau­
lycéens, les étudiants, les jeunes tra­ jusqu'alors, avaient subi une répression coup de vigueur dans les plus grandes
vailleurs au travail ou au chômage, y implacable des appareils bureaucratiques. entreprises, dans les secteurs essentiels
compris ces « blousons noirs » que la C’est de là que s'est dégagée de jour de l'économie, dans l'enseignement, etc.,
presse bourgeoise, les ministres et tant en jour, pendant plusieurs semaines, dans mais le point culminant a été dépassé.
d’autres ont calomniés alors qu’ils étaient le jeu de cette démocratie socialiste, une La conquête du pouvoir n’est plus à
avant tout les victimes de la « société de orientation du mouvement qui a permis l'ordre du }our.
consommation ». Cette jeunesse s’est de la porter au<delà de toute prévision Mais dès maintenant s'amorcent dans
placée à l'avant-garde d'une lutte qui s'est possible. le sillage de cette première phase de la
déroulée dans les rues, avec des affron­ De l ’opinion de tous les témoins, ce révolution socialiste une série de grandes
tements extrêmement durs contre les mouvement a dépassé de beaucoup juin luttes économiques dont les résultats au­
forces de répression de l'Etat bourgeois. 1936. Les souvenirs historiques se repor­ ront beaucoup d'importance pour les fu­
On y a vu les grèves, les occupations taient vers Petrograd 1917, les mouve­ tures vagues révolutionnaires, quant à
d’usine, les occupations de locaux de tou­ ments révolutionnaires de 1918. 1919, les leurs mots d'ordre de départ et leurs
tes sortes, les manifestations de rue. pas premières semaines de la révolution es­ objectifs. D’ores et déjà, apparaissent éga­
seulement à Paris, mais dans l'ensemble pagnole de juillet-août 1936. lement dans le sillage de cette première
du territoire. Aucune région ne s'est trou­ Le doute n’était pas possible : nous phase toute une série de points d'ap­
vée hors d’atteinte du gigantesque cyclo­ vivions la première grande pousée révo­ pui. de bastions grands ou petits, où
ne qui a déferlé. On a vu l’Etat capita­ lutionnaire qui allait culminer dans quel­ l’Etat, la propriété capitaliste, ainsi que
liste désemparé pendant plusieurs semai­ ques journées pendant lesquelles la ques­ de nombreuses institutions de la société
nes. ne reprenant la direction, in extre­ tion du pouvoir était à l'ordre du tour. capitaliste ont été plus ou moins entiè­
mis. bien moins grâce à ses propres for­ Cela avait lieu dans un pays capitaliste rement mis en cause.
ces qu’A la carence et. pis encore, à la économiquement développé (le cinquième
trahison des directions qui étaient sui­ ou le sixième dans le monde). Tous les VIVE MAI 1968!
vies par la grande majorité des forces problèmes de la société (économiques,
politiques, sociaux, culturels, etc.) étaient EN AVANT VERS LA REVOLUTION
vives du pays.
Jamais l'économie française, qui avait posés sur le tranchant du couteau. Ces SOCIALISTE FRANÇAISE!
connu déjà de grandes luttes comme celle
je Juin 1936, n'a été paralysée comme elle
l ’a été en mai 1968. Une dizaine de mil­
lions de grévistes était enregistrée par
les statistiques qui ne peuvent pourtant
rendre un tableau complet dune telle
situation. En outre, des m illiers de tra­
vailleurs (ceux du ga2, de l'électricité,
des eaux, les imprimeurs, des quotidiens,
etc.), ne poursuivaient le travail que pour
assurer la vie la plus élémentaire de la
population civile, le faisant par décision
syndicale. Le patronat, le gouvernement,
se voyaient privés de toute autorité sur
les entreprises, les moyens de commu­
nication. les moyens d’information. Les
forces armées dont ils disposaient étaient
visiblement insuffisantes pour réprimer le
mouvement. La police menaçait, elle aus­
si. de faire grève : l’emploi du contingent
était difficilem ent imaginable, étant donné
les conséquences qu il aurait pu provo-

(S uite de la page 2)

actualité. La concurrence internatinoaie


est la raison donnée par tous les patrons Rue Gay-Lvsiac, le 10 mai...
d'Europe et d'ailleurs pour s'opposer &
l ’amélioration des conditions d'existence
des travailleurs. Le mouvement ouvrier se
désarmera s’il n’ouvre pas la perspective et. échappé ô la décimation des régi­
de la réorganisation des échanges écono­ L'Inconnu « profané » ments. les gueules de vache l'ont f&it
miques europoéens sur la base non de monter en première ligne en bataillon
la concurrence et de la recherche du pro­
Des drapeaux rouges à l ’Arc de Triom­ disciplinaire. C'est un des nôtres, cette
fit. mais de la coopération dans le cadre victime d'une guerre que même tes
phe. sur la tombe du Soldat Inconnu. Le
d'une planification socialiste. C’est aujour­
héros anonyme de la boucherie de 1914- bourgeois n'osent plus justifier. C’est le
d'hui le problème de la lutte pour les 1918 aurait été profané. Mais qui était-il. drapeau du chauvinisme qui le profane.
Etats-Unis socialistes d’Europe qui est à Nous replanterons, et définitivement, le
ce trouffion assassiné par le repartage
l'ordre du jour. du monde entre brigands impérialistes ? drapeau rouge sur la tombe du fusülé
Jean DEVAUX. Peut-être a-t-il mis crosse en l'air en 1917. inconnu.
LA PEGRE Le vote,
Q uand, d a n s 1a n u it d u 24 a u 25. les
violences provoquées p a r la police ont
élargi com bats de ru e e t barricades du arme des
Q u artier la tin à plusieurs arrondisse* Toute» les périodes révolutionnaires o n t e t général d o n n a n t une fois pour toutes
m e n u de Parts, le m in istre Fouchot a un point com m u n : elles révèlent brus­ V attitude des m arxistes révolutionnaires
incrim iné la < pègre >. quem ent à d e larges masses et dans à r égard d'élections bourgeoises. Nous
Qui se b a tta it ce jo u r-là . e n dehors to u te to u te ta pureté le rôle de classe n e fétichisons pas le bulletin de vote
des étu d ian ts ? E ssentiellem ent des jeu ­ de tous les m écanism es sociaux, culturels com m e tes so cia u x-d ém o cra tes ou les
nes prolétaires. Pourquoi se b a tta ie n t' e t politiques. N e parlons pas du rôle de sta lin ien s ; nous ne fétichisons pas non
U s? Ils n 'o n t p as la h a u te conscience VEtat (< bandes d'hom m es a rm é s» /, mais plus le boycott com m e les gauchistes.
politique de l'av a n t-g ard e étu d ian te , il est disons d eu x m ots d 'u n des mécanismes Nous devons répondre à d eu x questions
vrai. M ali leur révolte n ’e s t p a s « san s fo n d a m e n ta u x de la * dém ocratie » : les essentielles :
cause ». Ils o n t a u m oins deux raisons élections. — Q u'est-ce qui éduquera au m ieu x la
principales de vouloir a b a ttre le régim e : E n tem ps norm al, seule une poignée de conscience de classe des travailleurs dans
1* P our la p lu p art, ils sont chôm eurs : < gauchistes » com prend que les élections la situ a tio n concrète actuelle ?
ils fo n t p a rtie des 460.000 que le V* P lan I bourgeoises so n t précisém ent faites pour — Q u'est-ce qui perm ettra a u m ieux
a prévu de réd u ire à la m isère et à em pêcher les travailleurs de s’exprim er. de rassem bler Pavant - garde révolution-
l'inoccupation po u r peser su r le m arché M ais aujourd'hui, c'est de façon m a n i­ naire issue de la lu tte T
d u travail. fe s te e t cynique que la bourgeoisie a La réponse est claire : C 'E ST LE R E ­
2* Us so n t persécutés quotidiennem ent im posé ses élections pour désamorcer le FU S DE C O LLA B O RE R AU « JEU
p a r la police à qui il a rriv e d ’e n a b a ttre m ouvem ent ouvrier dans ce qu'il avait E LE C TO R A L » PRO POSE. Non parce
u n à u n e sortie de bal t le policier « n e r­ de plus explosif : sa form e extra-parle­ que nous estim ons que Tissue des élec­
veux » est. d a n s ce cas, to u jo u rs a c ­ m entaire ; c'est-à-dire, une form e de tions, s i elles o n t lieu, soit totalem ent
quitté*. lu tte qui ne s'em barrassait ni du Parle­ in d iffé re n t, m ais parce que pour nous le
E st-ce 1A la p ig r e ? n s ’a g it de gens m e n t ni des lois, m ais dont la logique choix essentiel n ’est pas M itterrand ou
qui se b a tte n t po u r ne p a s ê tre réduits éta it de détru ire le P arlem ent et de créer de G aulle, m ais lu tte pour le socialisme
à l'être ses propres lois. ou élections.
Ce n 'était donc plus une avant-garde Ce choix, c ’est celui que fera la nou­
m inoritaire qui criait : « Le pouvoir est velle a va n t-g a rd e apparue dans la lutte,
dans la rue J » et « Elections trahison ! >. e t pour qui le parlem entarism e n e re­
Les travailleurs avaient com pris que p résen te rien (1 t. Dans la période ac­
VEtat réalisait en grand la m êm e opéra­ tuelle. le danger principal — n ’en dé­
tio n que les patrons ten ta ien t dans leur plaise à M archais — n'est pas le gau­
entreprise : le vote d bulletin secret chism e. m ais le crétinism e parlem entaire.
pour briser la grève.
D ans ce» conditions, quelle est l'a tti­
tude correcte face à ces élections ? a » E t ce d ’a u ta n t plus que les nom ­
C om m ençons par dire qu'il n'existe breux jeu n es de m oins d e 21 a n s qui se
m alheureusem ent aucun principe abstrait so n t b a ttu s, so n t in te rd its de vote.

Regroupement d’organisations
se réclamant du trotskysme
CREATION D’UN COMITE PERMANENT DE LIAISON
Une crise révolutionnaire c'est aussi tro tskyste unique d ont t’influence serait
u n e pierre de touche pour les hom m es m u ltip liée p a r rapport à celle d e ses cons­
e t les groupes. E n période « creuse ». il titu a n ts, m ais c e tte perspective est d é ­
n ’est pas toujours facile de dégager les sorm ais ouverte, et nous savons que tous
votes et les m oyens de la lu tte des clas­ nos sym p a th isa n ts et am is s’en réjouis­
ses ; il est alors fa ta l que les divergen­ sen t avec nous.
ces apparaissent e t parfois se m ultiplient M. LEQUENNE
à propos des objectifs, des axes d'action
e t des m ots d'ordre. S u r le plan th éo ri­ E ta n t d o n n é les développem ents de la
que la recherche de < ce qui change » et situ a tio n actuelle, faisant ressortir cruel­
de la portée des transform ations sociales lem ent Vabsence d ’une direction révolu­
provoque aussi les différenciations. Quand tionnaire. e t considérant qu’tl est in d is­
la lu tte s ’engage, ressentiel et le secon­ pensable d ’unifier la lu tte des organisa♦
L a vraie pègre, des souteneurs, e t de daire se dissocient violem m ent. Ce n ’est tione qui se réclam ent du trotskysm e, les
leurs p rotecteurs policiers, u n accroc pas que la théorie perde sa valeur, au représentants de fU n to n C om m uniste
d a n s la façade d u régim e nous a révélé contraire, c’e st le reste, le conjoncturel <Voix O uvrière), du P arti C om m uniste
naguère d e quel côté de la barricade qui est balayé. C eux çut fo n t de la poli­ In tern a tio n a liste (Section française de
elle se trouvait. Nous avions promfcj de tique à la p e tite sem aine et pour qui la la IV • In tern a tio n a le) et de la Jeunesse
n e p as oublier l’a ffa ire Ben B arka. Voici théorie n ’est que verbiage se retrouvent C o m m u n iste R évolutionnaire se sont ren ­
venue l’h e u re de rap p eler le refus de nus dans leur sectarism e ou leur oppor­ contrés le dim anche 19 mai 196S et ont
leur Justice d'obliger leurs policiers à dire tu n ism e, ou les d e u x associés. A traverse, décidé la fo rm a tio n d*un C om ité perm a­
to u t ce q u ’ils savaient, l’assassin Dliml ceux gui ch erchaient leur voie, sans esprit n en t d e coordination entre leurs trois
venant n arg u er oes complices parisiens et de chapelle, s'effo rça n t d'appliquer de organisations.
se faire acq u itter p a r ceux qui l'accu­ leur m ieux les enseignem ents du m arxis­ Ce C om ité appelle toutes les organisa­
sai e n t de loin, les h a u ts personnages me. se retrouvent su r le m êm e front. tions q u i se réclam ent du tro tskysm e à
« a u p a rfu m » d u crim e, e t l’absence de Les journées d e mai on t joué ce rôle s ’associer à c e tte initiative.
solution de co n tin u ité e n tre les som m ets parm i les organisations se réclam ant du Les trois organisations recom m andent
d u pouvoir et les gangsters, en fin le d é- j trotskysm e. V U .C . (V .O .). la J.C Jt. et le à leurs m ilita n ts d ’en trer partout en
puté-av o cat U. N. R. L em archand (qu’il ! P .C J. (section française de la Q uatriè­ co nta ct a fin de coordonner leur action.
fallu t to u t de m êm e écarter», l’hom m e ! m e In tern a tio n a le) on t dès le début des P our r u n io n C om m uniste (V oix O u­
qui organisait ses tu eu rs-ta rb o u ze s con- 1 événem ents, fo rm é u n C om ité perm anent vrière) : O. K A L D Y , J. M ORAND.
tre ceux d e l‘O .A 3., e t qui o b ten a it des | de coordination, rejoints aussitôt par les Pour le P arti C om m uniste In tern a tio ­
non-lieu pour les tru an d s. C e s t 1A qu’e st i groupes m arxistes révolutionnaires. Un naliste : P. F R A N K , M. LEQUENNE.
la pègre. Elle a to u jo u rs été de droite, tel rassem blem ent est u n grand pas dans Pour la Jeunesse C om m uniste R évolu­
m ais, à l’h e u re de la décom position de une voie que nous anons toujours recher- tionnaire : A. K R 1VIN E . D. B E N -
la société cap italiste, son osmose avec chée. pour n o tre part. S o u s savons que SA ID .
la « bonne société » e st totale. cela ne règle pas le problèm e de la cons­ A la su ite d e cet appel, les Groupe»
Oui. la pègre est im pliquée d a n s l’a f­ truction d ’une direction révolutionnaire, m arxistes révolutionnaires «sous le d r a ­
fro n tem en t actuel. L a pègre, c’est la ni m êm e ne résout encore, en France, le peau d u socialisme» se so n t jo in ts au
V ' République. problèm e d e la construction d ’un parti C om ité perm anent.
internationales
Il est impossible, au moment où nous de Novotny. Peu de jours ont été né­ rope occidentale avaient été rapidement
écrivons ces lignes, de faire un tableau cessaires pour qu'à Belgrade, les étu­ étranglés, par suite, déjà de ta coopéra­
complet des répercussions Internationa* diants formulent un cahier de revendica­ tion des staliniens mettant en application
les des événements de Mai 1968. Chaque tions auquel aucun marxiste ne saurait les accords signés par Staline avec Roo-
jour on signale de nouvelles manifesta­ objecter. Eux aussi on dressé des bar­ sevelt et Churchill è Yalta. Téhéran et
tions et. outre les échos immédiats, on ricades. occupé les Universités. Potsdam. accords qui garantissaient le
peut s’attendre à des conséquences en La lecture de la presse est souvent maintien du capitalisme en Europe occi­
profondeur qui s'exprimeront ô une trompeuse pour connaître ce qui se pas­ dentale. La victoire de ta révolution chi­
échéance moins immédiate. se dans un pays : n'est-il pas clair que noise en 1949. à la fin de la période révo­
La révolte des étudiants français n'était ta presse française —- qu'il s’agisse de lutionnaire en Europe, déclencha la mar­
pas la première en date. Dans plusieurs cette qui étiat au service de de Gautle che en avant de la révolution coloniale.
pays d'Europe et d’Amérique du Nord de ou de la presse du P.C.F. — avait con­ Mais, pendant le même temps, le mouve­
tels mouvements s'étaient produits, nés tribué à intoxiquer réciproquement aussi ment révolutionnaire socialiste en Euro­
de la lutte contre la guerre du Vietnam, bien le pouvoir gaulliste que ta direc­ pe occidentale avait considérablement
qui mettaient en avant des revendications tion du P.C.F. sur la situation dans le reculé. Le réformisme social-démocrate
d'ordre social. Nous n'ignorons pas les pays avant mai 1968? Mais que dire ou stalinien dominait. Apathie et stagna­
mouvements des pays dits sous-dévelop- de la prese soviétique è l'égard des tion caractérisaient le mouvement ouvrier
pés mais de grandes poussées révolution­ événements de France ? Les mensonges européen, au point que des courants en
naires s'y développaient depuis long­ de L’Humanité qui étaient toujours en avaient tiré des conclusions extrêmement
temps. tandis que les masses travailleu­ retard sur les événements étaient re­ pessimistes sur les potentialités du pro­
ses des Etats d'Europe occidentale étaient produits dans la Pravda ou tes Itve sti* létariat européen. Il ne peut pas faire
en grande majorité politiquement inertes. avec plusieurs jours de retard suppléa de doute que la classe ouvrière française,
Il n'est pas douteux que l’offensive vic­ mentaires. Mais, nous sommes è Theu- par son mouvement de mal 1968. a dé­
torieuse du Têt a donné è tous les mou­ des transistors, et aucune censure, au­ blayé le terrain et mis en branle les
vements d avant-garde une Impulsion con­ cune barrière n'est posible à la dissé­ travailleurs de toute l'Europe occiden­
sidérable et encouragé tous les ennemis mination de la vérité. tale. pas seulement sur le plan des re­
du capital et de l'impérialisme. Mais Pa­ Le gouvernement chinois avait semé vendications économiques (ces luttes
ris se lança dans la bataille, ce fut par­ une confusion sans pareil au suiet de n'avaient à vrai dire jamais cessé, mais
tout un déchaînement. Paris retrouvait le la « Révolution Culturelle • dans la der­ elles restaient dans un cadre étroitement
prestige ancien de ses traditions révolu­ nière année, et ses accusations gros­ réform iste), mais sur un plan révolution­
tionnaires. Le soulèvement des étudiants, sières contre l ’U.R.S.S. avaient aidé la naire. Ainsi la lutte pour le socialisme
suivi par ta gigantesque explosion ouvriè­ bureaucratie du Kremlin. Ceci dit. è la reprend sur le continent où elte est née.
re. fut le signal de mouvements un peu différence de Moscou où l ’on ne cachait où II existe, comme mai 1968 l'a montré
partout. D'abord l'Espagne où la chute de pas la déception è l'idée que de Gaulle en France, d'énormes traditions marxis­
Franco est à Tordre du jour. l'Italie où pourrait disparaître, le gouvernement tes révolutionnaires. Comme l'a égale­
les étudiants se lancent furieusement chinois a organisé d'immenses manifes­ ment montré le mouvement de mai 1968
dans des assauts répétés. l'Allemagne tations de solidarité envers le mouve­ c'est à partir de cet acquis du passé que
occidentale — cette citadelle américai­ ment de mai 1968. Même si cette atti­ redémarrent les combats, en dépit du
ne en Europe — l'Angleterre, la Belgi­ tude de ta Chine était due à des motifs fait que tout cet acquis avait été recou­
que. la Suède où a retenti l'appel de qui ne soient pas toujours des meilleurs vert pendant vingt ou trente ans par une
la Révolution, etc. Partout les étudiants la mobilisation de centaines de milliers épaise gangue réformiste provenant des
ont défié l’ordre bourgeois, partout ils de manifestants est d'une importance directions social-démocrates ou stalinien­
se sont tournés vers les ouvriers, par­ objective que personne ne saurait sous- nes.
tout le drapeau rouge a été hissé. Les estimer.
bâtiments universitaires tendaient à de­ Personne n'oubliera qu'en Union So­
venir des territoires autonomes où ces­ viétique te pouvoir a disimulé aux mas­
sait l'autorité de l*Etat bourgeois. Dans ses la réalité française ; cela n'est pas
olusieurs pays, on a vu comme à Pa­
ris. l'intervention dans la vie politique
et sociale des lycéens. La différence es­
dû seulement au désir de ménager de
Gaulle. Ces dernières années, le pouvoir 2 me édition
soviétique a poursuivi une campagne
sentielle avec la France, c'est que nulle très dure contre les intellectuels et la
part n'a surgi pour le moment un mouve­ jeunesse universitaire. Chacun a en de
ment ouvrier d’une ampleur comparable mémoire les procès Daniet-Slniavsky.
à celui de mai 1968. Les réactions des Brodsky. Gulnsbourg. tes protestations de
travailleurs sont plus lentes à se mani­
fester. mais on ne saurait douter qu'elles
se produiront. Pllusieurs politiciens, en
Litniov-8ogoraz .etc. Les mouvements de
ces catégories sociales pour la liberté
d'expression dans leurs domaines de
LETTRE
aénéral des sociaux-démocrates ont été l'art, de la création littéraire, etc., ne
les premiers à comprendre ta significa­
tion de Mai 1968. Cela pourrait bien ar­
sont eux aussi que les précurseurs des
mouvements ouvriers antibureaucratiques
OUVERTE
river. chez nous, larmoyait W illy Brandt. qui auront pour objectif de rétablir la
et il n'était pas le seul à dire de telles démocratie soviétique et que l'heure ne
choses. tardera pas è sonner où les étudiants
AU
Dans tes pays sous-développés ou pré­ et tes Intellectuels de Léningrad. Mos­
sumés tels, les conséquences n'ont pas cou. Kharkov et autres grandes vltles
tardé è se faire sentir. A Dakar, à San­
tiago du Chili, à Buenos Aires, è Rio et
dans de multiples villes, la Révolution a
soviétiques entreront massivement en
lutte contre le pouvoir bureaucratique, PARTI
pour la démocratie soviétique, et fraye­
relevé la téte ? Paris a donné le meilleur
appui possible au Vietnam ainsi qu'à Cu­
ba. On verra avant peu les conséquences
ront la voie à l'intervention des ouvriers
soviétiques.
Nous ne quitterons pas les Etats ou­
OUVRIER
de Mai 1698 en Afrique du Nord, au
Moyen Orient, dans toute l'Asie, etc.
Tous les étudiants des pays coloniaux
vriers sans adresser notre salut aux étu­
diants polonais, précurseurs de ces com­
bats. et plus particulièrement aux cama­
POLONAIS
qui ont vécu en France et dans les rades Modzelewsky et Kuron 6 nou­ f»r
autres pays d'Europe pendant ces évé­ veau emprisonnés pour avoir formulé re­ Karel ModxvWwtki
nements. qui y ont participé, transmet­ marquablement le premier programme et
tront è la révolution coloniale un stimu­ socialiste antibureaucratique dans le re­ J• c• k Kuron
lant supplémentaire, des enseignements nouveau présent.
marxistes plus complets. • •
Dès que Paris et la France eurent introduction à* Pi«rr« Fr*nk
bougé, on pouvait d'autant moins douter Le redémarrage de la lutte des tra­
que te mouvement révolutionnaire trou­ vailleurs européens est une des plus supplément à « Q u ttn im * Internationale »
verait bientôt son écho en Europe orien­ importantes contributions du mouvement
tale. qu'on avait vu en Tchékoslovaquie de Mal 1968 à la révolution mondiale. A N* 32 — m a ri 1968
l ’action des étudiants et de l'inteligent- la fin de ta deuxième guerre mondiale,
sia contribuer décisivement è la chute les mouvements révolutionnaires en Eu­
Pendant plus d'un demi-ciècle. apèè sa s'est gardée de tirer des conclusions du grandes villes ont été esquissées. On
naissance, le mouvement pour le socia­ fait que de Gaulle, qui avait été porté no saurait songer sans sourire à toutes
lisme avait été cantonné, pour des rai­ au pow oir en 1958 par te général Massu. les théories béties sur l’abrutissement
sons compréhensibles, aux pays écono­ est allé revoir celui-ci en mai 1968 en des masses par les grands moyens d'in­
miquement développés d'Europe. La vic­ vue de se maintenir au pouvoir. Les bar­ formation des masses, théorie également
toire d’octobre 1917, bien qu’étant sur ricades ne se sont pas révélées si démo­ unilatérales comme on l ’a vu lorsque ta
la périphérie de l'Europe. avait été le dées que beaucoup le prétendaient. On France toute entière a vécu des nuits du­
premier grand succès de cette lutte et a enfin vérifié une fois de plus que. si rant les combats des barricades et les
avait donné le signal des luttes révolu­ des réformes et des revendications ont émeutes dans Paris.
tionnaires dans les pays colonisés. Pour été acquises, aue des années d ’un réfor­ Les rapports entre les différents mou­
toute une série de raisons qui ont été misme plat n avalent pu obtenir, c’est vements européens, enp articulier entre
abondamment exposées par le mouve­ comme un sous-produit de la lutte révo­ les différents mouvements estudiantins,
ment trotskyste. le stalinisme qui avait lutionnaire. ont souligné la nécesité d'une liaison et
triomphé en Union Soviétique et dans Les constructions sur le néocapitalisme même d'une action coordonnée à l ’échel­
les partis communistes provoqua de nom­ ayant assuré ta stabilité définitive du le internationale.
breuses défaites (Allemagne 1933. Es­ capitalisme ont crevé comme des bulles Le mouvement ouvrier européen, dans
pagne 1937 notamment) et l ’enlisement de savon. Ce néo-capitalisme. môme en son développement, sera davantage obli­
de la révolution socialiste en Europe. France où il y avait un • pouvoir fort • gé de s'organiser internationalement Le
Pour la première fois, le mouvement comme II n’en existait nulle part ailleurs, Marché commun, qui était une tentative
ouvrier européen a redémarré et. bien était intérieurement rongé bien plus que de défense des capitalistes d'Europe
qu‘on ne puisse sous-estimer les effets personne ne l ’avait soupçonné. pour survivre après deux guerres mon­
néfastes que les vieilles directions pro­ Quant aux téories qui ne renonçaient diales. misérable tentative d’organisation
duiront encore pendant un temps, ainsi des forces productrices dans le système
pas au socialisme révolutionnaire, elles
qu'on vient de le voir en France, il est capitaliste, éclatera sous l'explosion des
étaient toutes des fruits de la déforma­
désormais incontestable que. partout en tion de la révolution socialiste que nous luttes révolutionnaires de la classe ou­
Europe, la Jeunesse — ouvrière, estu­ vrière européenne qui mettra è son ordre
avons mentionnée plus haut. Elles par­
diantine. lycéenne — n’est plus attachée du jour la création d'une Fédération des
taient chacune d’un aspect particulier de
à ces vieilles direction et cherche à don­ la situation : les étudiants et les intel­ Etats Socialistes d'Europe.
ner aux luttes une solution socialiste. Ce lectuels des pays capitalistes défendant La nécessité d'une stratégie commune
fait donne le certitude que l'on peut la révolution coloniale tandis que le è l'échelle internationale des luttes pour
fonder les plus grands espoirs pour la la révolution socialiste se fera ressentir
mouvement ouvrier faisait preuve de
révolution socialiste européenne. carences dans ce domaine : tes soulève­ de plus en plus impérieusement. Ainsi
Pendant longtemps Moscou avait cons­ ments puissants des paysans dans les la question de l'Internationale révolution­
titué le pôle de la révolution socialiste, pays coloniaux ; les succès de la guéril­ naire. obscurcie et submergée pendant
bien après que la politique du Kremlin des années par les directions bureaucra­
la pour la conquête du pouvoir à Cuba :
n’ait plus eu aucun caractère révolution­ l'apathie du mouvement ouvrier des pays tiques aux intérêts spécifiques lim ités à
naire. Depuis quelques années. Moscou européens et sa bueaucratisation étouf­ des frontières nationales se reposera
avait perdu son autorité et son prestige fante. etc. Le dénominateur commun à désormais avec une vigueur nouvelle.
auprès de nombreux mouvements révo­ toutes ces théories était l ’incapacité, L’internationale révolutionnaire, née en
lutionnaires jeunes. Désormais, la marche Europe, il y a plus d'un siècle, renaîtra
l'impuissance du prolétariat des métropo­
en avant de la Révolution socialiste se les impérialistes. Mai 1968 a porté un plus puissante que jamais.
poursuivra sur tous les fronts à la fois coup mortel à toutes ces généralisations La révolution socialiste française a
(révolution prolétarienne dans les Etats sans toutefois mettre en cause la vali­ commencé, la révolution socialiste euro­
capitalistes évolués : révolution colo­ dité de certaines méthodes particulières péenne a repris la marche en avant, la
niale : révolution politique antibureaucra­ comme les guérillas dans des cas déter­ révolution socialiste mondiale s’avance
tique dans les Etats ouvriers) et les dan­ minés. Il s est ainsi vérifié qu'il est désormais sur tous les fronts.
gers que comportait la polarisation au­ Cinquante années après Octobre 1967.
dangereux d’introduire des révisions,
tour d’une direction étatique donnant la même si elles ont une allure révolution­ la victoire mondiale se dessine désormais
primauté à des Intérêts nationaux spéci­ naire, à des aspects fondamentaux de ta à l'horizon.
fiques de couches privilégiées disparaî­ théorie marxiste, sur la base d’expérien­ Le 6 juin 1968.
tront en présence d’une marche plus Pierre FRANK.
ces ne portant que sur quelques années
équilibrée de la révolution socialiste et dans des circonstances aussi excep­
mondiale. tionnelles que la période prolongée de
stagnation du mouvement ouvrier euro­
péen.
On a pu constater très rapidement Le mouvement de mai 1968 n’a pas
quelques premières conséquences de seulement redonné un nouveau lustre au
cette marche moins unilatérale de la
révolution socialiste mondiale. Les pro­
marxisme révolutionnaire que la IV* In­
ternationale n’avait cessé de défendre
En Pologne aussi,
blèmes théoriques ne sont pas les moin­
dres problèmes de la révolution et du
contre vents et marées. Il a vérifié toute
une série d’enseignements qui étaient travailleurs
socialisme. Dans les années écoulées, restés théoriques depuis plusieurs dé­
outre les vieilles théories révisionnistes
écoulées reprises par les staliniens (les
cennies : les avoir fait vivre réellement et
dans les consciences a constitué la meil­
• voies pacifiques et parlementaires •
au socialisme, la • coexistence pacifi­
leure des écoles marxistes que nous
ayons eu depuis un demi-siècle. La place
étudiants
que ». de multiples théories avaient été
avancées, dont nous mentionnerons les
de la grève générale dans la lutte des
classes comme élément sur la voie de
solidaires
plus célèbres : la conquête du pouvoir : la création de
— celles sur le néocapitalisme ayant comités dans une période révolution­
résolu les contradictions fondamentales naire : la réalisation de ta dualité de En Pologne, malgré la répression et la
du capitalisme telle que Marx tes avait pouvoir : l’existence d’un très petit nom­ mainmise totale du pouvoir sur les
exposées : bre de journées cruciales pendant les­ moyens d’information, la classe ouvrière
— de multiples théories sur l'intégra­ quelles peut être résolu le problème de
de la prise du pouvoir : le rôle décisif a manifesté sa solidarité agissante avec
tion des ouvriers des pays très industria­
lisés dans la société capitaliste et. par de la direction pendant ces Journées : les mouvements étudiants : la réaction
suite, leur incapacité à constituer les les rapports entre les masses et l ’avant- du pouvoir ne s’est pas faite attendre ;
forces motrices de la lutte pour le so­ garde, etc., tous ces problèmes sont arrestation des comités de grève à Ze-
cialisme. ce rôle revenant à d'autres cou­ sortis du domaine des livres pour entrer
dans la chair et le sang de milliers et ran (automobiles), des usines d’électro-
ches sociales (Marcuse. Sweezy) :
— celles sur le rôle décisif de la pay­ de m illiers de militants. technique de Varsovie, tandis qu'à Poz­
sannerie des pays sous-développés. où Le mcxjvemern d * m *i T968 a aussi ap­ nan la police investissait l'une des plus
le prolétariat ne saurait jouer un rôle porté un* série d'enrichissements que nous grandes usines qui auparavant avait été
révolutionnaire (Fanon) ; ne pouvons que mentionner dans cette bro­ encerclée. Dans tout le pays se poursuit
— cette de la révolution par les cam­ chure Nous avons assisté A Pans k un*
pagnes insurgées encerclant les villes sort* d'ouvertur* du grand dram * d * la révo­
« l'assainissement » sous forme de mee­
(Mao Tse toung. Lin Piao) : lution soclalist* dans t*s métropoles im péria­ tings orchestrés par des fonctionnaires
— celles sur les guérillas dans les listes L*s thèmes d*s grandes luttes qu< dont II est souvent difficile de savoir
campagnes, les combats des villes étant s'y produiront sont apparus. Les rapports an­ s’ils sont seulement du Parti ou de la
ignorés, etc. tre tes mouvements des étudiants et de la police.
Les conceptions réformistes, ce ré­ }*uness* avec ceux des grandes masses ont
chauffé du Bernsteinisme. ont connu un été mis en lum ière d'une façon impression­
démenti cinglant. La direction du P.C.F. nante Les formes de combat dans tes ^HiiHuiiiumuiiiiiuiwiiiiuKiiiiuuHiiiiHiiraHJiituuiiiiuink
Front Populaire et Comités d'Action » -
(L e s lig n e* q u e n o u s p u b lio n s cl-de*- d'action, les ou%*rierj ne le peuvent que d a n s l'av en ir. P e n d a n t le m ouvem ent
noun Mont p i l r a l t n d 'u n a r t k l o é c r it p a r d a n s le cas où Ils p articip en t eux-m êmes d a n s les c ase rn e s qui e u t lieu a u co u rs
T rotR kÿ le Î 8 n o v e m b re 19S5 e t in titu lé : à une action e t éprouvent la nécessité de cet é té c o n tre le « rab io t ». les soldats,
« F r o n t P o p u la ir e e t C o m ité » d 'A c tio n *. d'une direction révolutionnaire. sa n s h ésiter, a u ra ie n t élu des com ités
N o u s a v o n * c h o is i n p r f M w m f n t le* p a s ­ Il ne s'ag it p as d 'u n e rep résen tatio n d 'actio n d e com pagnie, de rég im en t e t de
sa g e * re la tif* a u x C o m ité * d ’a c tio n , le u r d ém o cratiq u e d e toute* et n'im porte quel, g arn iso n si on leu r a v ait indiqué c e tte
n a tu r e , le u r fo n c tio n , le u r lig n if ic a tio n , le* ma****, m ais d ’une rep résen tatio n voie. De tels cas se p résen te n t e t se
p o u r le u r a c tu a lité , n o ta m m e n t d a n » le* révolutionnaire d es m asses en lu tte. Le p ré se n te ro n t à c h aq u e pas. P lu s souvent
d é b a t* a u s e in d e la g a u c h e ré v o lu tio n ­ com ité d 'actio n e st l'ap p areil de la lutte. à l'échelle locale, m oins souvent à
n a i rv q u a n t a u x p e rs p e c tiv e * do* C o m i­ In u tile de p ré su m e r d'av an ce quelles l*échelle n atio n ale. La tâc h e con siste en
té * d 'a c tio n q u i o n t é té fo rm é * ce» d e r ­ couches de tra v a ille u rs se ro n t alliées a ce q u ’il ne f a u t pas m an q u er u n e seule
n iè r e s * em aine*.) ta c réatio n d es com ités d 'action : les de ces occasions. L a p rem ière condition
Le d e rn ie r congrès de l'In te rn a tio n a le fro n tières des m asses qu i lu tte n t se dé­ p o u r cela : co m p ren d re clairem en t soi-
com m uniste. d an s sa résolution s u r le term in e ro n t d a n s la lu tte môme. m êm e la signification des com ités d 'a c ­
rap p o rt de D im itrov. s'est prononcé dan s Le d b n g er én o rm e en F ra n c e consiste tion, com m e le seul m oyen de b rise r la
le sent» de la c ré atio n des com ités d'ac- en ce que l'én erg ie révo lu tio n n aire des ré sista n c e a n tlrév o lu tio n n a ire de* a p p a ­
lion élus, com m e appui de m asse du m asses dépensée m orevau p a r m orceau reil* des p arti* et de* syndicats.
« F ro n t populaire ?. C 'est c e rte s ia seule dan s des explosions isolées, com m e à Cela signifie-t-il q u e les com ités d 'a c ­
tion re m p la c e n t les o rg an isatio n s des
p a rtis e t des sy n d ic ats ? II se rait ab su rd e
de poser ain si la question. Les m asses
e n tre n t en lu tte avec to u te s leu rs idées,
g ro u p em en ts, tra d itio n s et o rg an isatio n s.
Les p a rtis co n tin u en t de vivre e t de
lu tte r. P e n d a n t les élections au x com ités
d ’actio n , c h aq u e p a rti te n te ra n a tu re lle ­
m ent de faire p asser se s p a rtisa n s. Les
com ités d 'actio n p re n d ro n t des décisions
à la m a jo rité des voix avec l’e n tière
lib e rté des p a rtis e t des fractio n s de se
g ro u p er. P a r ra p p o rt a u x p artis, les co­
m ités d ’a c tio n peuvent ê tre appelés des
p arlem ent* révolutionnaire* : les p a rtis
n e so n t p a s exclus, a u c o n tra ire , ils sont
supposés n écessaires : en m êm e tem pe
ils so n t co n trô lés d a n s l'action, et les
m asses a p p re n n en t à se lib érer de Tin-
fluence des p a rtis pourris.
C ela signifie-t-il que les com ités d ’a c ­
tion so n t des soviets ? D ans c erta in e s
conditions, les com ités d 'actio n peuvent
d ev en ir des soviets. Il se ra it, néanm oins,
e rro n é d 'a p p e le r les com ités d 'actio n de
ce nom . A u jo u rd 'h u i, en 1935, les m asses
p o p u laires so n t h ab itu ées à lier a u m ot
de soviet l'idée du pouvoir d é jà conquis.
M ais le m om ent n'en e st p as encore pro­
che en F ra n c e . Les soviets en R ussie,
Idée progressive de to u te la résolution. Toulon., à B rest, à Lim oges, fasse place à d a n s leu rs p rem iers pas. n 'o n t pas du
M ais c'est précisém ent pourquoi les s ta ­ l'ap ath ie. Seuls des tra ître s conscients ou to u t é té ce q u ’ils so n t devenus p a r la
linien* ne fo n t rien p o u r sa réalisation. des cerveaux d ésesp érém en t obtus p eu ­ suite, ils o n t m êm e souvent p o rté à l'épo-
Ils ne peuvent pas s'y d écid er san s vent c ro irt q u e l'on peut, d a n s la situ a ­ ç u e le nom de com ités o u v riers ou de
ro m p re la collaboration de classe avec tion actuelle, te n ir les m asses d a n s l'Im ­ <-umités d e grève.
la bourgeoisie. m obilité ju sq u 'à ce qu'on le u r fasse t^es co m ités d 'actio n , d a n s le u r stad e
Il est v rai q u e p a rtic ip e r a u x élections cadeau d'en h a u t d u gouvernem ent de actuel, o n t p o u r tâc h e d 'u n ifie r la lu tte
d es com ités d 'action le peuvent, non seu­ F ro n t populaire >. défensive des m asses trav ailleu ses en
lem ent les ouvriers, m ais au ssi les em ­ Les grèves, les p ro testa tio n s, les e scar­ F ra n c e et aussi d e d o n n er à ces m asses
ployés. les fo nctionnaires, les anciens m ouches de rue. les révoltes directes sont la conscience de leu r p ro p re force p o u r
co m b attan t* , les a rtisa n s, les p e tits com ­ to u t à fa it inévitables d a n s la situ atio n l'o ffen siv e à venir. L a chose a b o u tira-
m e rç a n ts e t les p e tits p ay san s. C 'est ainsi actuelle. L a tâ c h e d u p a rti prolétarien t-elle a u x v éritab les soviet* ? Cela dépend
q u e les com ités d 'actio n peuvent répondre consiste non p as à fre in e r et à p araly ser d u fa it de sa v o ir si la situ atio n c ritiq u e
le m ieux a u x tâ c h e s de la lu tte pour ces m ouvem ents, m ais à les u n ifier e t à actu elle en F ra n c e se développera ou non
co n q u érir l'influence su r ia petite-bour­ le u r d o n n er la plus g ra n d e force. ju sq u 'à sa conclusion révolutionnaire.
geoisie. Mais, p a r co n tre, ils ren d en t Les réfo rm istes, et s u rto u t les sta li­ Cela n e dépend pas seulem ent, bien en­
ex trêm em en t difficile la co llab o ratio n de niens, o n t p eu r d 'e ffra y e r les radicaux. ten d u . de la volonté d e l’a v an t-g ard e ré ­
la b u rea u cra tie o u v rière avec celle «le L 'appareil d u « front unique joue to u t v o lu tio n n aire. m ais au ssi d'u n e série de
la bourgeoisie. C ependant, le « F ro n t po­ à fa it consciem m ent le rôle de désorgani- co n d itio n s objectives. E n to u t cas. le
p u laire >. d a n s sa form e actuelle, n'est s a te u r à l'ég ard des m ouvem ents spon­ m ouvem ent de m asses qui se h e u rte a c ­
p as a u tre chose q u e l'o rg an isa tio n de la ta n é s des m asses. E t les gauches, du type tu ellem en t à la b a rriè re du « F ro n t popu­
collaboration de c lasses e n tre les exploi­ M arceau P iv e rt, ne font q u e p ro tég er cet la ire r n 'a v a n c e ra p a s sa n s les com ités
te u rs politiques d u p ro lé ta ria t (ré fo r­ a p p areil de la colère des m asses. On ne d ’action.
m istes et stalin ien s) e t les ex p lo iteu rs de peut sa u v er la situ a tio n que si l'on aide Des tâch es, telles q u e la c réatio n de la
la petite-bourgeoisie (ra d ic a u x ). D e v éri­ les m asses en lu tte, d a n s le processus de m ilice ou v rière, l'arm em en t des ouvriers,
tab les élections de m asse de com ités d 'a c ­ la lu tte m êm e, à c ré e r un nouvel a p p a ­ la p ré p a ra tio n de la grève g énérale, re s­
tion doivent au to m atiq u em en t expulser reil qui réponde a u x nécessités du m o­ te ro n t s u r le papier, si la m asse elle-
les a ffa iriste s bourgeois (ra d ic a u x ) du m ent. C 'est en cela qu i rcside précisé­ m cm c n e s ’a tte lle p as à la lu tte , en la
€ F ro n t populaire e t a in si fa ire sau- m ent la fonction des com ités d'action. p erso n n e de ses o rg an es responsables.
te r en l’a ir la politique crim inelle, dictée P e n d a n t la lu tte à Toulon et à B rest, Seuls ces com ités d ’action so rtis de la
p a r Moscou. les ouvrions a u ra ie n t sa n s h ésitation créé lu tte p eu v en t a ssu re r la v éritab le milice,
Il se ra it, néanm oins, e rro n é de croire une o rg an isatio n locale d e com bat, si on c o m p ta n t non pas des m illiers, m ais des
q u e l'on peut sim plem ent, à un jo u r et à les a v a it appelés à le faire. Au lendem ain dizain es de m illiers de co m b a tta n ts. Ce
une h eu re donnés, fa ire appel a u x m as­ de la répression sa n g la n te de Limoges, n ’e st que les com ités d 'actio n , englobant
se s p ro létarien n es et petites-bourgeoises les ouvrier» e t u n e p a rtie considérable les c e n tre s p rin cip au x d u pays, qui p o u r­
p o u r les élections d es com ités d 'action de la p etite bourgeoisie a u ra ie n t san s ro n t c h o isir le m om ent p o u r p a sse r à
s u r la base de sta tu t* d éterm in és. Une aucu n doute m a n ife sté le u r disposition à des m éth o d es p lu s décidées de la lutte,
telle m anière d 'a b o rd e r la question su­ c ré e r des c o m ités élus po u r en q u êter s u r d o n t la d irectio n le u r a p p a rtie n d ra de
r s it p u rem en t stérile. E lire les com ités les événem ents sa n g la n ts et les p rév en ir d ro it.
LES ETAPES DU MOUVEMENT
directions, au cu n m ot d ’o rd re d ic tio n
n ’é ta n t donné pour renverser le régim e,
le pouvoir gaulliste. F o rt de cette in d é­
cision, de c e tte veulerie, d u crétinism e
électoral e t p arlem en taire qui m arque
profondém ent to u s les d irig ean ts de g au ­
che. de O aulle décide d* faire fro n t,
é f ram eu te to u t ce qu'il y a de poltron, de
c ra in tif, d e conservateur d a n s le pays,
dénonce u n p réte n d u d an g er de la p a rt
du P.CJP . qui n ’en peut mai*, m enace
de reco u rir au x m oyens m ilitaires, et,
e n place d ’un référendum d o n t personne
ne voulait en ten d re parler, il o ffre un
bonbon à la gauche, la tenue d ’élections
w législatives d a n s les sem aines à venir, à
vJ la su ite de la dissolution d 'u n e Assemblée
n atio n ale qui s ’é ta it ridiculisée p a r le
r *- 4 suivitm c d e sa m ini-m inorité V* R épu­
blique et l'im puissance d e sa m inorité
& réco lter les quelques voix nécessaires

* füT#; •• •. f 4 * • . ?
pour faire cd o p te r une m otion de cen ­
sure.
Avec le discours de de G aulle d u
30 m ai s ’ouvre une nouvelle phase. Les
directions de m asse accep ten t des élec­
tions e t provoquent u n e frag m en tatio n
acccntuée d u m ouvem ent. A la place de
la grève générale illim itée qui posait
objectivem ent la question d u pouvoir, il
Des barricades... ne reste p lu s que de puissantes grèves
au x objectifs essentiellem ent économ i­
...â la grève générale ques. négociées sép arém en t avec les p a ­
tro n s o u les directions des m inistères
Nous rappelons brièvem ent d'ins fa r ti- ouvriers des principales usines «Renault. de tu telle. C ’est d a n s cette p h ase que
cl* ci-dessous les d ifféren tes étapes qui C itroen, etc.». Ces accords sont repous­ nous n o tti trouvons actuellem ent. E n t a n t
o n t m arqué le m ouvem ent d e Sial 19€8 sés avec indignation, à m ain levée, u n a ­ que poussée révolutionnaire, que cris?
C hacune d ’entre elles a été analysée en nim em ent. D ès lors le m ouvem ent en tre révolutionnaire p e rm e tta n t d e ren v erser
détail d a n s les textes que nous avons d a n s une p h ase politiquem ent décblve. le régim e gaulliste e t éventuellem ent
publié ces dernières sem aines sous for­ C’e st la question d u pouvoir qui se m êm e, le systèm e capitaliste. M ai 1968
m e de supplém ent ronéotypé du Journal trouve posée. Le gouvernem ent est im ­ e st désorm ais term iné. Cela ne signifie
ou de tra cts, m ais que nous n? ponçons puissant. D ans la ru e o n m anifeste pour e n au cu n c a s que le m ouvem ent de g rè ­
reproduire ici. fa u te d e place. des form ules d ifféren tes d u pouvoir qui ves se dissipera d u Jour a u lendem ain.
... La prem ière com m ence le 3 m al succéderait à celui d e de G aulle. Au Ces grèves se poursuivront d a m m ain ts
avec l’e n tré e des policiers d a n s la cour stade C harlety. la base est po u r le « p ou­ secteurs d ’u n e m anière plus ou m oins
de la Sorbonne e t la résistance Im m é­ voir aux trav a illeu rs >. tan d is q u ’à la t r i ­ prolongée.
d ia te des é tu d ia n ts su r le boulevard bune se p ro file la silhouette d e M endès- L eur fin ne verra p as p o u r a u ta n t
Saint-M ichel. Elle a tte in t son point cul­ F ra n ce qui s ’o ffre à la fois à la b o u r­ s ’achever c e tte nouvelle période d e crise
m in a n t le 10 m al. où se com binent la geoisie e t au x m asses laborieuses comme d u systèm e capitaliste. La révolution so­
grève des lycéens e t 1a m anifestation u n de G aulle de gauche succédant au cialiste p assera p a r de nouvelles vagues,
p a rtie de la place D enfert - R ochereau de G aulle de droite. Le 29 m ai. su r les p a r d e nouvelles crise» révolutionnaires.
p o u r ab o u tir au boulevard Saint-M ichel. boulevards, les trav ailleu rs de P a ris e t P o u r que celles-ci com m encent d a n s les
Elle se term ine p a r la n u it des b a rri­ de sa banlieue rouge répondent aux a p ­ m eilleures conditions, il n ’est p a s sans
cades de la ru e G ay-L ussac et des rues pels de la C.G.T. e t d u P.C.F. pour u n im portance que les grèves se te rm in a n t
a voisinantes. C e tte p h ase ouvre la port? « gouvernem ent populaire e t d'union d é ­ sa n s que les ouvriers so rte n t de la crise
à la seconde qui débouche d a n s la grève m ocratique ». avec la participatio n des actuelle avec des sen tim en ts d ’échec, de
généralisée. com m untetcs. fru stra tio n , su r leurs revendications im ­
Celle-ci com m ence p a r la grève géné­ M ais ce ne sont 1& que velléités de m édiates.
ra le de v in g t-q u atre heures e t les m a ­
n ifestatio n s d u 13 m ai. Sous l'im pulsion
de c e tte gigantesque d ém onstration, les
ouvriers vont environ q u a ra n te -h u it h e u ­
res p lu s ta rd com m encer à débrayer, e n ­
tre r d a n s u n e grève généralisée avec
occupation des usine*. Le mouvem ent
a tte in d ra u n niveau extrêm em ent élevé
tu n e dizaine de million* de grévistes,
sa n s p arler de nom breuses e t m ultiples
m an ifestatio n s de tous ordres» vers la
fin d e la sem aine d u 20 a u 25 m al. a u
cours d e laquelle se produiront, le
24 m ai. p o u r ainsi d ire de façon politi­
quem ent opposée, les m an ifesta tio n s m or­
n es de la C.O.T. e t la m an ifestatio n de
la gare de Lyon qui se term in era, elle,
p a r une nouvelle n u it des b arricad es et
d'ém eutes d an s de nom breux q u artiers
d e P aris. E n to u te h â te . souvem em ent.
p a tro n s e t d irig ean ts syndicaux se lance­
ro n t alors d a n s u n m a ra th o n de négo­
ciations qui d u re n t u n e tre n ta in e d 'h eu ­
res.
Le lundi 27 m ai com m ence la troisièm e
phase. Les dirig ean ts syndicaux on t à
peine le tem ps d e p ré s e n te r le protocole
des accords de la ru e de G renelle aux
Le Parti Communiste ______Par . l c o u t u r ie r

face au mouvement révolutionnaire


ou q u 'e s t-c e q u 'ê tre révolutionnaire dans la F r a n c e de notre tem p s
E n avril 1947. alors que les m inistres com m ando de < gauchistes > te n ta it de sa tio n s traditionnelles. Personne n e sem ­
com m unistes p articip aien t à la gestion de l’agresser, les é tu d ia n ts explusèrent en ble s ’apercevoir a u P.C.F Q uand la S or-
l'E ta t, u n e grève éclata d a n s les u sln ts quelques m inutes les provocateurs. Ainsi bonne e s t occupée et que la police com ­
R enault. Le m ot d 'o rd re d u P a rti Com­ le cours pu t avoir lieu. > m ence ses violences le vendredi 3 m al
m uniste e t de la C.G.T. é ta it à cette Le m êm e num éro de Y H um am té con­ « c'est-à-d ire le soir m êm e de l'a tta q u e de
époque < P roduire d ’a to r d > et la grève tie n t l’article d e base de Georges M a r­ M arch ais c o n tre les gauchistes». la fédé­
é ta it considérée com m e « l'arm e des chais. D nous f a u t en c ite r quelques ex­ ratio n d e P aris d u P C F. et les secteurs
tru sts >. P a rti des ateliers 6 e t 18. le tra its c a r il devint la cible générale des p arisien s de 1*U£.C. so rte n t 50.000 exem ­
m ouvem ent s'éten d it rapidem ent pour étu d ian ts d a n s les Jours su iv an ts e t lors­ p laires d 'u n tra c t qui m et su r le m ême
u n e augm entation d e 10 F à l'heure. La que des dizaines de m illiers de m anifes­ p lan le pouvoir e t les av en tu riers g au ­
direction syndicale C.O.T. s ’oppose vio­ ta n ts c lam èren t p a r dérision < Nous chistes. O n voit bien à quoi aboutissent
lem m ent à la grève e t les m em bres du sommes u n groupuscule ! ». les droits les agissem ents des groupes gauchistes
Com ité de grève fu re n t dénoncés comme d ’a u te u r d e G eorges M archais po u r cette < qui p re n n e n t prétext-e des carences
des « h itléro -trotskystes > «c'est ain si qus form ule ne peuvent e n aucu n cas lui gouvernem entales et spéculent su r le
l'o n nom m ait alors les groupuscules». être d is c u té . L 'article e st intitu lé : « D? m éco n ten tem en t des étu d ian ts p o u r te n ­
P e n d a n t le défilé d u 1** M ai. les m ili­ faux révolutionnaires à dém asquer > : te r de bloquer le fonctionnem ent des
ta n ts qui te n tè re n t de d istrib u er l’appel < Comme toujours lorsqu'on propose facu ltés e t d ’em pêcher la m asse des élè­
d u Com ité de grève de chez R en au lt fu ­ l'union des forces ouvrières e t dém ocrati­ ves de trav a iller e t de passer leurs ex a­
r e n t agressés p a r les staliniens, frappés, ques. les groupuscules gauchistes s'agitent m ens.. XH facilitent la ten ta tiv e d u pou­
leurs tra c ts déchirée. C ependant, la grève d a n s toits les milieux. Ils sont p a rtic u ­ voir. d e la presse, de la radiotélévision
gagna to u te l'usine et a tte ig n it des e n ­ lièrem ent a c tifs chez les é tu d ian ts A pour isoler les étu d ian ts de la population.
treprises m étallurgique» de la région p a ­ l'U niversité de N anterre. p a r exemple, P a r leu rs m o ts d 'o rd re aventuristes. p a r
risienne e t de la province. C om prenant o n trouve le3 < m aoïstes > : les « Je u n es­ leu r conception de l'action violente de
que le m écontentem ent é ta it profond et ses C om m unistes R évolutionnaire- > qui < p e tit; groupes ». ils n 'o ffre n t aucune
qu'il valait m ieux d irig er que dénoncer, groupent une p a rtie des trotskystes ; le perspective concrète e t freinent la m obi­
pour pouvoir contrôler, C.G.T. et P.C.F. « Com ité de liaison des étud ian te révolu­ lisation m assive des étu d ian ts qui. seule,
avec u n bel ensem ble fire n t u n virage tio n n aires >, lui aussi à m ijo rité tro t- p e u t faire reculer le pouvoir. Us fav o ri­
à 180* et p riren t la direction des o p éra­ skyste : les an arch istes, divers au tres s e n t en m êm e tem ps l'intolérable a g ita ­
tio n s d u Com ité de grève comm e s’ils groupes plus ou m oins folkloriques. M al­ tio n fasciste e t raciste d ’« O ccident ». Us
n 'av aien t eu d ’a u tre souci que de les g ré leurs contradictions, ces groupuscu­ c ré en t u n te rra in propice aux in terv en ­
faire aboutir. La politique de « produire les — quelques c en tain es d 'étu d ian ts — tions policières e t aux entreprises m al­
d ’abord > é ta it m oribonde e t le prési­ se sont unifiés d a n s ce qu'il* appellent thusiennes d u m inistre P ey refitte ».
d e n t d u Conseil, le socialiste R am adicr. le < M ouvem ent d u 22 m a rs N anterre ». iH um 'i-D im anche, 5 m ai 1968.)
p u t évincer d u pouvoir ses collègues dirigé p a r l'a n a rch iste allem and Cohn-
A près av o ir annoncé en sep t lignes que
com m unistes. B endit. Non sa tisfa its de l'agitation qu'il»
le S.N.E.SUP. et l’U.N.E.F. lan çaien t u n
L a b ru talité e t le m anque de pudeur m èn en t d a n s les m ilieux étu d ian ts -
o rd re de grève. l'H um a-O fniancfte dé­
de ce virage frap p è ren t tous les m ili­ a g itatio n qui va à re n c o n tre de la masse
ta n ts : les stalin ien s espéraient qu'avec taille la question orale que Louis Baillot.
des é tu d ia n ts e t favorise les provocations
d ép u té com m uniste de P aris, pose à
le tem ps on oublierait leu r a ttitu d e p re ­ fascistes — voilà que CCS pseudo-rtvolu-
M. P ey refitte et d o n t l'audace m o n tre à
mière. tien n e ires é m e tte n t m a in ten a n t la p ré­ quel p oint les dirigeants com m unistes
Les événem ents que nous venons de ten tio n de d o n n er des leçons au m ouve­
vivre ces dernières sem aines évoquent a v aien t saisi l'en jeu de la bataille. H
m en t ouvrier... Ces faux révolutionnaires
d'u n e m anière fra p p a n te cet épisode de est d em an d é a u m inistre quelles m esures
doivent ê tre énergiquem ent démasqués
1947. Nous espérons que les rédacteurs il com pte p ren d re :
c ar, objectivem ent, ils servent les in térêts
de Servir te Peuple «organe de l’U.J.C. € 1’ P o u r p erm ettre aux é tu d ia n ts de
d u pouvoir gaullfcstc e t des gran d s m o­
pouvoir étu d ier norm alem ent e t p ré p a ­
M X ) qui sem blent faire coïncider la d é ­ nopoles capitalistes... L is th*ses et l'ac­
générescence de la C.G.T. avec le d ern ier re r leu rs exam ens d a n s de bonnes co n ­
tiv ité de ces « révolutionnaires » p o u r­
b a ttem e n t du cœ ur de S ta lin e nous ex­ ra ie n t p rê te r à rire. D ’a u ta n t qu'U s’agit, d itio n s :
p liqueront pourquoi la C.G.T. eut cette e n général, d e fils de g ran d s bourgeois, * 2- P o u r ap p o rter de véritables solu­
a ttitu d e et en quoi elle d ifféra d u spec­ m éprisant* & l'égard des étu d ian ts d 'o ri­ tio n s a u x légitim es revendications e stu ­
tacu laire vsrage su r l'aile que viesnent gine ouvrière, qui, rapidem ent, m ettro n t d ian tin es «logements, re sta u ra n ts univer­
d ’effectuer P.C.F. et C.G.T. e n 1968. en veilleuse leu r « flam m e révolution­ sitaires, bourses* :
Depuis plusieurs sem aines, YH um anité n a ire » po u r a lle r diriger l’entreprise de » 3- P o u r m e ttre en œ uvre u n p la n
m e tta it en garde c o n tre les gauchistes. p ap a e t y exploiter les trav ailleu rs d a n s d'urgence de construction de Facultés
Ces égards répétés tém oignaient d'une les m eilleures tra d itio n s d u c a p ita lis m e .. et d l.U .T . d a n s la région parisienne. »
inquiétude certaine. R oland Leroy consa­ E n développant l'anticom m unism e, les Si l’o n m et de côté le p rem ier p oint
c ra u n long m om ent de son ra p p o rt su r groupusculcs gauchistes servent tes in té ­ auquel le gouvernem ent avait d é jà donné
la propagande à u n récent Com ité C en­ rê ts de la bourg oeW e e t d u grand c ap i­ u n e réponse le vendredi soir a u moyen
tra l à fustiger la p h rase pseudo-révolu­ ta l . Mais, il est bien évident que nous de son re c te u r e t de ses policiers, on
tio n n aire e t les a cte s av en tu ristes V in­ ne confondons p a s les p ? tits groupuscule; rem arq u era qu'aucune des m esures p ro ­
re n t les événem ents d e N an terre et la gauchistes s'8 g ita n t dan s les universités posées p a r Baillot ne devait rete n ir l'a t­
ferm etu re d e la F aculté. L 'H um anité du avec la m asse des é tu d ia n ts . C’est p o u r­ ten tio n des é tu d ia n ts d a n s les Jours qui
vendredi 3 m ai relègue ces événem ents quoi il fau t co m b attre et isoler complè­ su iv iren t. Non p as qu'ils é taien t contre,
en tro is bouts de colonne d e sixième tem en t tous les groupuscules gauchistes m ats ils n e se b a tta ie n t pas pour u n re­
page e t cite de trè s larg es e x tra its du qui ch erch e n t à n u ire a u m ouvem ent dé­ p lâtrag e . ils voulaient d é tru ire l'U niver­
tex te d u doyen G ra p p in accom pagnés d u m ocratique en se couvrant de la p h ra ­ sité d 'a n ta n p o u r faire d u neuf.
com m entaire suivant : séologie révolutionnaire. » Le lu n d i 6 m ai le virage n 'e st pets e n ­
< Ainsi les activités des groupes pseudo- Nous n'avons donné que quelques ex­ core p ris, le titre de YH um anité est
révclutionnalres — que nous n'avons tr a its de ce laborieux factum qui tra d u i­ lourd d ’incom préhension e t de rage sec­
cessé de dénoncer — o n t abo uti à une sen t fidèlem ent la pensée <?> de M a r­ ta ire :
m esure qui. à la veille des exam ens, lèse c h a it : u n e pensée d3 flic <11 y a des « A la veille des exam ens, des m esures
gravem ent la m asse des é tu d ian ts. Les trublions à l'U niversité, dirigés p a r u n d ’urgence s ’im posent e n faveur de l’U n i­
étu d ian ts de N anterre, dan s leu r im ­ Allem and, p rière de les en expulser). versité. L'U.E.C. et le P a rti C om m uniste
m ense m ajorité, so u h a ite n t travailler O n p eu t m êm e dire que M archais a d énoncent la répression policière, les
d a n s le? m eilleures conditions et à quel­ trac é leur voie à Roche e t à G rim aud responsabilités du pouvoir et des aven­
ques sem aines de leurs exam ens, leu r; qui te n tè re n t de co m b attre e t d'isoler tu rie rs gauchistes. >
préoccupations n'ont rien à voir avec c o m p l è t e m e n t lesdits groupuscules. Il L,'H um anité p ren d n ettem en t position
celles des sem eurs de troubles. Us l'ont est vrai q u ’eux n 'y m irent p o in t de sen­ c o n tre le m ot d'ordre de grève des é tu ­
prouvé h ie r quand u n e c en tain e de « g au ­ tim ents xénophobes e t que coups de m a ­ d ia n ts et des enseignants :
chistes ». in stallés d a n s u n a m p h ith é â tre traques e t grenades à gaz atteig n iren t « U n m at d'ordre de grève illim itée
ém irent de nouveau la p ré te n tio n d 'e m ­ équitablem ent auto ch to n es e t étrangers. d a n s les F acu ltés à p a rtir d 'au jo u rd 'h u i,
pêcher le cours po u r les 450 a u tre s é tu ­ Du profond m écontentem ent qui règne m o t d ’o rd re d o n t se félicite bruyam m ent
d ia n ts qui a tte n d a ie n t. L 'u n des respon­ d in s les F acultés, d u désir d ’actions réel­ la < F éd ératio n des E tu d ian ts Révolu­
sables de rUJS.C. in te rv in t alors, soutenu les des é tu d ian ts, de leu r lassitude à tio n n aires » qui rassem ble divers g ro u ­
p a r tous les é tu d ia n ts e t com m e u n écouter le ro n -ro n habituel des org an i­ puscules trotskystes, a été lancé p a r le
B u reau n atio n al de 1’U.N-E-F. avec le sion ! ». clam e la prem ière page. « Le it ! » (si vous n ’arriv es p as à l'a rrê te r, sa u ­
B u reau n atio n al d u S J J X 5 U P . C ette pouvoir répond à la colère de l'U niver­ tez d ed an s !) d it u n e certain e sagesse a n -
doit s'acotnpagner à P a ris d 'u n e m an i­ sité p a r la répression sa n g an te ». L 'im ­ glosaxonne à laquelle se so n t ralliés les
festatio n qui a é té in te rd ite p a r le p ré ­ m ense m eeting de la place D enfert- b u reau crates. E ta n t donné la faible a u ­
fe t de police. M ais les associations gé­ R ochereau sem ble p a tro n n é p a r le P.C. : dience d u P .C . chez les étu d ian ts, le
nérales d ’étu d ian ts, ainsi que les assem ­ « D ans les cortèges qui convergeaient re to u rn e m e n t de veste n ’a pu su ffire à
blées de sections syndicales de profes­ vers la place D enfert-R ochereau, cm re ­ lui a ssu re r u n e audience accrue, m ais
seurs délibèrent encore... » connaissait e n tre a u tre s : Jean-M lchel d a n s la classe ouvrière ses a n te n n es sont
E t r Hum a d ’énum érer com plaisam m ent C atala. secrétaire général de l’UJS.C. ; nom breuses e t là où la base l'exigeait
les endroits oû la grève n 'a u ra p a s lieu. R obert Clém ent, secrétaire de rU J .C . : les sections syndicales o n t su rap id e­
Le m ercredi 7 m al le to u rn a n t s ’opère. Nicole M enler. secrétaire générale de m en t se m e ttre à la té te d u m ouvem ent
T itre de prem ière page : « Le responsa­ 1*UJ.F.F. (1). d e nom breux élus com m u­ d ’occupation des lieux de tra v a il pour
ble. c’est le gouvernem ent ! *. O n m et nistes p arm i lesquels G uy Ducoloné. etc., ne p as ê tre débordées. P our essayer de
m a in te n a n t l’accent su r la violence de etc. P uis les o ra te u rs s'é ta le n t succédé. dissiper l’épouvantable effet de l’article
la répression, m ais les événem ents du O n a v ait n o tam m en t applaudi n o tre ca­ de M arch ais (critiqué m êm e p a r des
Q u a rtie r L atin s o n t présentés d u point m arade M aurice G oldrlng, professeur, cad res orthodoxes). 11 fallait tro u v er u n
de vue de Slrius. Les violentes b ag ar­ dirig ean t de la F éd ératio n Com m uniste Intellectuel jo u issan t d 'u n certain p res­
res d u lundi soir so n t d é crite s p a r YHu- de P aris... etc. » tige chez les étu d ian ts. Aragon s'é ta n t
m anité comm e u n a ffro n te m e n t e n tre Le déroulem ent des événem ents qui copieusem ent fa it siffler su r le bouTMlch
groupes de choc gauchistes e t policiers : devaient m ener au x barricades e t à l’a s­ e t a y a n t publiquem ent décliné to u te
< Les gardes m obiles c h arg en t. Les m a ­ sa u t policier «fit conté avec une pudeur responsabilité p o u r to u t ce qui é ta it
n ifestan ts. où o n com pte s u rto u t m ain ­ et u n d é ta ch e m e n t ra re s : im prim é e n dehors des < L ettres F r a n ­
te n a n t les « troupes de choc » des grou­ « Plusieurs m illiers de m anifestan ts çaises » d o n t « 11 dispose ». on f i t d o n ­
puscules gauchistes, reflu e n t vers la rue sont encore bloqués boulevard S ain t-M i­ n e r R oger G araudy. Son rôle é ta it de
S a in t-Jac q u es où ils dressent u n e b a rri­ chel quand à l'in itiativ e de certains gom m er a u m oyen de p h rases lé n ifia n ­
cade... E n to u t plusieurs m illiers d ’é tu ­ groupes <2> sont érigées les prem ières tes e t de propos ouverts les articles
d ian ts d ont la g ran d e m ajo rité crie des barricades. » o u tran c ie rs d e la période précédente.
slogans c o n tre la b ru ta lité de la police... P uis on nous fa it assister à l’édoslon Com me il su t réconcilier le P.C. avec
C e sont p lu s de dix m ille m an ifesta n ts spontanée de dizaines de barricades. K alfka. S a in t Jo h n P erse e t quelques
qui débouchent de la ru e de R ennes... V H u m a constate, m ais c e tte fols ne pro­ p rêtre s, o n lui confia la lourde tâc h e
Des groupes g auchistes se sont arm és de teste pas. la charge des flics est d é tail­ d e d é m a n te ler la barricade sé p ara n t les
b arres de fe r d in s u n c h a n tie r où ils lée . cependant, ja m ais o n ne relate que é tu d ia n ts d u P.C.F. Il s'y em ploya avec
se so n t égalem ent em parés des casques la police a incendié des barricades. « Le son ta le n t h ab itu el :
e n plastique. » feu ja illit ». nous d it YH um anité. ou < Les jeu n es gens qui o n t au jo u rd ’h u i
B ref, c'est u n e chronique d u Moyen encore : « U ne barricade e st en feu ». 20 a n s o n t l'àge de la ftssion de l'atom e
Age où u n * observateur » im p a rtia l dé­ « près de la place E dm ond-R ostand une et de la cybernétique. Du p o in t de vue
crit la bataille des groupuscules contre barricade e st in flam m ée» ... P a r q u i? social, leu rs pères é taien t contem porains
les gendarm es. O n rem arq u era que m êm e O n ne sa it pas. L’incendie des b a rric a ­ de la R évolution d ’O ctobre. eux ém ergè­
pour l'H um anité il y e u t d a n s la seule des e st aussi m ystérieux que leu r a p p a ri­ r e n t à la vie consciente au lendem ain du
ru e de R ennes plus de dix m ille é tu ­ tion. L'H um a re la te < im partialem en t » XX* C ongrès e t des problèm es nouveaux
d ia n ts pour se b a ttre . Les quelques c e n ­ e t p ro teste c o n tre la violence policière. q u 'il p o sait. Us o n t aussi l'&ge des grand»
ta in e s de gauchistes d o n t p a rla it M a r­ A lire ces p a ra g rap h e s désincarnés, on m ouvem ents de libération n atio n ale et
ch ais a v aien t fa it d es petits. p o u rra it m êm e se dem ander si le P.C. des révolutions d ’Asie e t d ’Am érique la ­
L’U.D.-C.G.T. de P aris, à son to u r, dé­ n 'a pas aussi participé à la nuit des tine... D e là naissent, en bourrasques,
nonce d'abord le gouvernem ent m ais con­ barricades (3). H eureusem ent. les g ran d es interrogations e t les grandes
dam ne l’a g itatio n qui est à l'origine de « ...C ’est alo rs que les dirig ean ts de révoltes, les m ises en cause fo n d am en ta­
la répression : l’UJJ.EJP. e t d u S-NJ3SUP. décidaient les de leu rs raisons d'étre. Disons san s
< Face a u m écontentem ent gran d issan t d'occuper le Q u a rtie r L atin selon des réticence que c e tte brusque m u ta tio n est
des étu d ian ts, e t po u r poursuivre e t a g ­ m odalités qui n e p a ru re n t p as toujours de signe positif. Nous, qui avons la fierté
g rav er cette o rientaion. le pouvoir se trè s claires. Alors que plusieurs m illiers d ’a p p a rte n ir à u n p a rti révolutionnaire,
s e rt des agissem ents Irresponsables et é ta ie n t encore bloqués d a n s le boulevard loin de nous tran sfo rm e r en pleureuses
av en tu ristes de c e rta in s groupes g au ­ Saint-M ichel, c ertain s se m etta ie n t à de l’h isto ire, nous accueillons avec joie
chistes. Q tolère l’a ctiv ité d ’élém ents fa s­ a rra c h e r des panneaux, à dégager des c e tte levée hum aine. Pourquoi ? P arce
cistes d ’« Occident ». pavés po u r la < riposte ». De trè s nom ­ qu’elle re jo in t le g ran d com bat révolu­
L a lecture d e Y H um anité d a n s les breux é tu d ia n ts p a rv e n a n t ensuite à leu r tio n n a ire d e la classe ouvrière e t de son
Jours su iv an ts e s t assez laborieuse : on h a u te u r et. découvrant ce spectacle, d e ­ P a rti C om m uniste : la lu tte actuelle des
y décèle le souci de faire a p p a ra ître des v aien t les désavouer. » é tu d ia n ts n 'a p a s u n carac tère sectoriel...
responsables com m unistes a u m ilieu des Avec la grève générale de v in g t-q u atre Q ue le m ouvem ent des étu d ian ts soit
m an ifesta n ts et la c ra in te d e voir le heures et l’im m ense défilé de la R ép u ­ p e rtu rb é p a r des ten tativ es de su ren ch è­
P a rti s’engager d a n s u n e a ffa ire qu’il blique à D enfert-R ochereau, le P.C. es­ res et d ’aventures, p a r des provocations
e st incapable de contrôler. Le 9 m ai. on say ait. e t d a n s une certain e m esure p a r ­ qui le divisent, l’affaiblissent e t facili­
annonce la présence de d irig ean ts subal­ venait. à faire oublier quelle a v ait été te n t la répression, cela nous invite à la
tern es : son a ttitu d e d a n s les journées où le vigilance m ais n e d ro it e n au cu n cas
« L’U-EC. av ait appelé à la m a n ife sta ­ caractère révolutionnaire d 'u n e o rganisa­ estom per le lien in tern e e t p ro fo n d de
tio n où elle é ta it représentée p a r J e a n - tio n se m esu rait à son a p titu d e à te n ir ce m ouvem ent avec le m ouvem ent o u ­
C laude D ufour. secrétaire général a d ­ la ru e m algré la police. v rier... » iH um a d u 15 mai.»
jo in t... D ans le cortège, o n rem arque u n P our en fin ir avec ce rappel indispen­ A h ! Si le gouvernem ent a v a it im m é­
groupe de d irig ean ts de la F éd ératio n de sable. nous voudrions chaudem ent re ­ d ia te m e n t te n u le langage d e Pom pidou,
P aris de n o tre P a rti, d o n t n o tre co­ com m ander au x collectionneurs la p re ­ se so n t exclam és to u s les p a rtisa n s de
m a rad e M alberg, et d'élus com m unis­ m ière page de YH um anité d u jeudi l’o rd re, il n ’y a u ra it p a s eu la n u it des
tes. etc. » 16 m ai : les é tu d ia n ts v ien n en t de q u it­ b arricad es : « E t si nous avions d it le
C’est le faire -p a rt h ab itu el réservé te r les b arricad es et occupent les F acu l­ 3 m ai ce que G arau d y exprim e le 15.
d ’o rd in aire aux h ô tes des trib u n e s de tés. les ouvriers de Sud-A viation occu­ nous a u rio n s p erd u m oins de plum es
m eeting ou réceptions d'am bassades. p e n t l’usine e t séq u estren t la direction, d a n s c e tte a ffa ire I ». P e u t-être, m ais
P o u r l’im m ense cortège de p rès de dan s quelques heures R en au lt va hisser le p ro p re d ’u n p a rti m al déstallnisé est
cin q u an te m ille m a n ife sta n ts qui sillonna le d rap e au rouge m ais l’événem ent à 1a Ju stem en t de ne p as tire r de leçons de ses
P a ris d u Q u artier L a tin à l'Etoile. l’H u ­ u n e ce sont les c e n t m ille signatures expériences am ères. P our la prem ière
m a n ité accorde u n e place assez restrein te po u r l’abrogation des ordonnances fra p ­ fois, le PC J*. se sen t débordé su r sa
et ne p arle que de vingt m ille m anifes­ p a n t la S écu rité sociale rem ises à l'As­ gauche. S es prem ières réactio n s fu re n t
ta n ts (chiffre p lu s proche d e celui de semblée N ationale ; le paquet d e p é ti­ classiques e t calquées su r celles des p a ­
la P réfectu re de police que d e la vérité), tions est b ran d i p a r u n cégétiste de tro n s ou des policiers face à u n désor­
n é ta it difficile d ’avouer que les gro u ­ M ontreuil dont le visage épanoui est la d re : invoquer la m ain sournoise des
puscules av alent p u ré u n ir p o u r u n e a c ­ réponse d u P.C.F. e t de la C.O.T. à ceux provocateurs.
tion d ont on ne sav ait à l’avance si elle qui d em an d en t de nouvelles form es de Les difficultés du P C P . avec les é tu ­
ne se ra it pas violente, la m oitié de ce lu tte contre le pouvoir. d ia n ts n ’é ta ie n t q u ’u n m oindre m al en
que la C.O.T. e t le P.C.F. a v aien t fa it C et enseignem ent n e sem ble p as avoir com paraison de ce qui l’a tte n d a it de la
défiler le 1” m ai à P a ris de façon ém i­ été bien com pris puisque le plus f a n ­ p a r t des ouvriers. Ici nous n e fero n s
nem m ent pacifique. tastique m ouvem ent d e grèves avec oc­ p lu s u n e analyse d e tex tes d o n t la p lu ­
Le sam edi 11 m ai fu t larg em en t diffusée cupation d'u sin es que la F rance a it p a r t so n t encore d a n s toutes les m ém oi­
u n e édition spéciale d e YH um a su r la connu depuis 1036 d ev ait déferler dès le res, m ais nous tracerons les g ran d es li­
n u it des barricades « H alte à la répres­ lendem ain. « If you cannot stop It. tak e gnes de la politique d u P.C.F. d a n s la
deuxièm e quinzaine de m al P our la rien deviner que le lendem ain l'a rré t de sa n té t « Voua n ’avez pas été l’o b jet de
prem ière fols depuis des décades, les trav a il avec occupation des gares et des sé v ice s? » ) pour fin ir p a r désapprouver
b u reau crates d u P .C J . et d e 1» C.O.T. dépôts se rait quasi-général dan s tout le ce genre d e procédés. Descam ps p u t se
o n t é té p ris de panique, u n e panique pays. p ayer le luxe d ’iro n iser avec le < p ri­
ironiquem ent com parable à celle qui r a ­ Le 17 m ai. tro is c en t m ille travailleurs so n n ie r» en lui faisan t rem arq u er que
vagea les haute» sp h ères gouvernem ent* - so n t en grève : le 18 m ai a u m atin un sa cap tiv ité é ta it bien douce en com ­
les a v an t que le général n e prononce le m illion, deux m illions d a n s la soirée, p araiso n des m isères quotidiennes que
discours que l'on sait. cent vingt usines im p o rtan tes sont oc­ connaissent les ouvriers de son usine.
La m anifestation com m une d u 13 m ai cupées ; le 21 m al. il y a h u it m illions La g ran d e préoccupation d u P.C. é ta it
e t la grève générale d e v in g t-q u a tre h eu ­ de grévistes, d o n t u n m illion e t dem i que la m otion de censure soit votée p a r
res fu ren t Im pressionnantes. Les m ots de m étallurgistes : le 23 m al. ils sont le P arlem en t le 22 m al. Le gouvernem ent
d ’o rd re officiels n 'é ta ie n t que fo rt peu neuf m illions à avoir cessé le travail. a u ra it p u ainsi ê tre renversé de façon
subversifs, qu'on en Juge : » P o u r l'a rrê t Aucune grève n 'a été aussi am ple, aussi légale e t le m ouvem ent des m asses a u ­
im m édiat e t to tal de la répression, la com plète d a n s l’histoire du mouvem ent r a it servi ainsi de force de pression pour
libération des em prisonnés, l’am nistie ouvrier français. A ucune n ’a é té aussi u n Jeu p arlem en taire traditionnel.
des condam nés ». « P o u r les libertés sy n ­ im m édiatem ent politique, c a r en dépit L'Hvnus d u m ardi 21 g au ch it donc
dicale» et politiques ». des m ots d 'o rd re revendicatifs, l'occupa­ quelque p e u son langage : o n appelle à
Le B ureau Politique tire le lendem ain tio n des lieux d e trav a il et l’oubli des m ultiplier les C om ités d ’action pour u n
les leçons de la journée et tra c e les préavis réglem entaires de grève posaient gouvernem ent populaire et d ’union dé­
perspectives : elles concernent d a n s l'Im ­ en term es concrets ta question de sa­ m ocratique. le B ureau politique pour la
m édiat la répression e t les revendica­ voir à qui devaient a p p a rte n ir les in s­ prem ière fols, souligne que le m ouve­
tions. La liquidation d u gaullism e est tru m e n t de trav a il et quel cas on devait m en t n ’a p a s uniquem ent des b u ts re ­
située « a u d elà » de l'aboutissem ent des faire de la légalité bourgeoise. Le rôle vendicatifs m ais im m édiatem ent aussi
revendications e t l'in sta u ra tio n d ’une d ’u n e direction révolutionnaire é ta it alors des b u ts politiques : < Les grandes m as­
dém ocratie ouvrant la vole a u socia­ d ’expliquer au x trav ailleu rs que m êm e si ses populaires, d o n t l’a ctio n e st décisive,
lism e ne se fera que « d a n s les m eilleurs elle é ta it obligée de céder devant la n e sont engagées, ni d a n s u n e entreprise

délais ». « Si l’e n te n te des p a rtis de g au ­ poussée irrésistible des m asses, la bour­ de rep lâ tra g e du pouvoir personnel, ni
ch e ouvre dem ain une perspective claire, geoisie fin ira it to u jo u rs p a r reprendre d a n s u n e grève insurrectionnelle, m ais
les Jours d u pouvoir personnel sont plus ta rd u n e p a rtie de ce qu’elle a u ra it d a n s u n vaste m ouvem ent te n d a n t à
comptés. été c o n tra in te d e lâ c h er e t que la seule élim iner d u gouvernem ent e t d u régim e
solution é ta it d e généraliser la grève gaulliste, e t à l'avènem ent, avec to u tes
Les têtes pensantes du c arrefo u r Kos- pour renverser le régim e gaulliste, les les forces de gauche, d 'u n véritable ré ­
s u th n ’im aginent pas q u ’à trè s brève puissances financières qui le soutiennent gim e républicain o u v ran t la vole a u so­
échéance et en l’absence d ’e n te n te e n ­ et éta b lir u n gouvernem ent des tra v a il­ cialisme».
tr e Rochet et M itterran d , les tra v a il­ leurs. W aldcck-R ochet explique à l’Assemblée
leurs feront irru p tio n su r le devant de Depuis des années, la litan ie du P.C.F. que le pouvoir gaulliste a fait son tem ps.
la scène politique e t poseront le p ro ­ est qu'avec < u n m ouvem ent d e m asses q u ’U d o it s ’en aller et que la parole doit
blèm e d u pouvoir en term es non p a rle ­ d ’une puissance Inégalée ». on p eu t ve­ ê tr e don n ée a u peuple P our cela, il su f­
m entaires. n ir à bout d u régim e d u pouvoir p e r­ fit d e voter la m otion de censure. D ans
Les prem ières grèves avec occupation sonnel. Ce m ouvem ent, il l'a eu et q u ’en l’o rd re, o n p o u rra alors accélérer le
so n t enregistrées avec quelque circons­ a - t- il fait ? m ûrissem ent des conditions pour in sta u ­
pection p a r VH um anité : « Sud-A viation- Ja m ais on n ’a encore enregistré en re r u n régim e de dém ocratie véritable ..
Bouguenals occupé p a r les trav ailleu rs ». F ra n ce que près de la m oitié des sa­ H se trouve que la bourgeoisie ne voulut
annonce l’tfu m an tfé d u 15 m ai en n eu ­ lariés soient en grève e t 11 est vraisem ­ p as Ju stifier les thèses parlem entaires
vième page en y co n sacran t sept lignes, blable que cela n e se reproduira de si­ de R ochet et il m anqua onze voix p o u r
le 16 m al. o n consacre quatorze lignes en tôt. Au lieu de renforcer ce m ouvem ent, la cen su re Neuf m illions de trav ailleu rs
sixième page à « R enault-C léon occupé de le politiser, de le diriger avec to u ­ en grève su iv aien t les d éb ats p a rle m e n ­
p a r les m étallos ». E nfin, vendredi 16 m ai, jo u rs plus de vigueur c o n tre le régime taire s q u e la télévision d o n n a it en d irec t
alo rs que R enault est occupé à B illa n ­ e t la société qu*U défend, le P.C. s’est p o u r la prem ière fois. Us é ta le n t tém oins
court. Fllns. Cléon et Le M ans, la réd ac­ laissé tire r et b alloter p a r lui. ne p re n a n t d u niveau m isérable des interventions
tio n de YHuma s'avise q u ’il se passe quelque Initiative que lorsque la sp o n ta­ des d ép u tés p a ra issa n t inconscients de
quelque chose d 'im p o rta n t et m et à la n éité révolutionnaire des m asses risquait la lam e de fond qui secouait le pays.
une que < R enault est en grève ». de le p o rter a u pouvoir m algré lui. Séguy Puisque la m anoeuvre p arlem en taire a v ait
fut le re p ré se n ta n t le plus achevé de ce échouée, il falla it d ’urgence m e ttre en
Le mouvem ent est p a rti sp ontaném ent que la direction cégétiste com pte de plus m arch e des frein s p u issan ts p o u r éviter
d a n s la m étallurgie. les p ro d u its ch im i­ borné, sectaire e t opportuniste. A ses de devoir se prononcer su r le renverse­
ques e t les textiles artificiels, sa n s d irec­ côtés. Descam ps, de la CJPD.T.. faisait m en t Im m édiat d u pouvoir gaulliste qui
tives des directions syndicales, qui on t figure de t h é o r i c i e n révolutionnaire. ne p ouvait p lu s se faire que p a r des
su im m édiatem ent rejo in d re les grévistes L orsqu'à u n e ém ission en direct d'Europe voles e x tra - parlem en taires n on ensei­
pour m ieux les encadrer. L 'H um a du n* 1. le d irecteu r de Sud-A viation de gnées d a n s les écoles d u P a rti.
vendredi 17 m ai publie u n com m uniqué N antes lui e u t d em andé ce qu’il pensait Le Jeudi 23 m ai. C.O.T. et C J 'D .T . se
assez anodin d u B ureau de la F édération de sa séq u estratio n p a r les grévistes. S é­ d é clara ie n t p rê te s à p ren d re p a r t à de
C.O.T. des chem inots, n e laissan t en guy s ’inquiéta d 'ab o rd de son é ta t de véritables négociations.
Le lendem ain, la C.O.T. se voit obligée totale, d u m oins partielle. Il reste encore tio n des affa ire s d u pays, et discrédite­
d'organiser à la d ern ière m in u te des m a ­ beaucoup à faire, et nos objectifs resten t, r a it l’idée m êm e d 'u n e dém ocratie réelle
nifestations de ru e p o u r calm er quelque m ais les revendications on t été retenues e t d u socialism e en fra y a n t la voie à u n
peu l'ard eu r des m ilita n ts que n ’avait po u r u n e g ran d p a rt, et ce qui a été régim e dom iné p a r l’anticom m unism e e t
pas am oindrie la m ise e n g arde de )a décidé ne sa u ra it ê tre négligé. C ependant, inféodé à la politique am éricaine. Ce se­
veille c o n tre les m an ifestatio n s d e 1TJ.N. nous ne sau rio n s donner de réponses r a it u n reto u r a u passé. >
E.F. De G aulle a y a n t annoncé u n réfé­ -.sans con su lter les travailleurs. » P e u t-ê tre les réd acteu rs d u com m uni­
rendum en Juin. Le B ureau Politique F ra ch o n d ev ait aller présen ter les ré ­ qué songent-Ils à ce m om ent au x réa c ­
s'em presse d 'an n o n cer qu'il Jouera le Jeu su lta ts des discussions chez R en au lt et tions des < cam arades soviétiques > d o n t
e t appellera à voter NON <25 m ai. 18 h. Séguy chez C itroen. Des m ilita n ts de le m oins qu'on puisse d ire est qu’ils se
30). Il se prononce aussi p o u r u n p ro ­ chez R enault v in ren t prévenir que le cli­ fro n t tir e r l'oreille pour so u ten ir le m ou­
gram m e com m un P.C .-F.O .D S.-C entrale» m at é ta it p lu tô t hostile à l'accord. Les vem ent gaulliste ou m êm e le faire con­
syndicales, la dissolution de l'Assemblée deux responsables allèren t ensem ble chez n a ître à son peuple. La Pravda av ait
nationale et de nouvelles élections. Nous R en au lt e t tous ceux qui assistèren t au d é jà expliqué que les m an ifestatio n s é tu ­
m entionnons en p a ssa n t que 1’H u m a n i'é m eeting ou e n é co u tère n t la retran sm is­ d ia n te s é ta ie n t le fa it d'élém ents «gau*
fu t le quotidien fran ç ais qui consacra sion cu ren t le sen tim en t trè s net qu'au c h lste s» e t « tro tsk y stes » bien ap rès que
le m oins d e place au x m an ifestatio n s de d é p a rt Séguy se voulait < n eu tre » en Y H um anité e u t été c o n tra in te de faire
l'U.NÆ.P. et à la sauvage répression qui p résen ta n t « objectivem ent * les accords volte-face, la grève générale est b eau ­
bouleversa la cap itale d a n s la soirée et et qu’à la fin de son discours hach é de coup p lu s préoccupante c a r elle risque de
la n u it d u vendredi 24 m ai : tro is co­ cris de p ro testa tio n il m odifia son a tt i ­ faire tom ber u n général am i de lU JtJSÆ .
lonnes en sixième p>«e alors que le dis­ tu d e e t appela les trav ailleu rs à refuser. «même s'il com prend m al le com m unis­
cours d e de G aulle est publié intég rale- P uis il n ’o&a p as aller chez C itroën. m e) p o u r le rem placer p a r « Fédéré » plus
m ent. La c ra in te d e d o n n er « des idées > D ans to u tes les entreprises la réaction ou m oins pro-am éricain. La presse sovié­
aux travailleurs e st évidente : il devient des trav ailleu rs f u t identique, si bien tique n ’ém it le m oindre jugem ent su r le
clair que la grève seule ne fera p as tom ­ qu’en quelques heures C.G.T. et P.CJF. régim e gaulliste : elle s'e st contentée de
ber le régim e et que de p u issan tes m a ­ firen t u n virage et rep riren t le « ça ne publier sa n s com m entaire les tex tes d u
nifestations de ru e d'acom pagnem ent fa it p as le com pte t des grévistes to u t P.C.F.
U ne m an ifestatio n C.G.T. est organisée
pour le m ercredi 29 m ai de la B astille
à la g are S ain t-L azare et p e n d a n t qua-
ra n te -h u it heures, les m ercredi e t Jeudi,
le P a rti e t la C.G.T. m e tte n t les revendi­
catio n s à l'a rrière -p lan et a ffirm en t que
l’exigence num éro u n des trav ailleu rs
e st u n gouvernem ent populaire à p a r ti­
cip atio n com m uniste.
La puissance d e la grève « apolitique
e t strictem e n t revendicative » e st telle
que le pouvoir sem ble en liquéfaction,
de G au lle disp araît, les syndicats n e
tro u v en t plus d 'in terlo cu teu rs m in isté­
riels. la police proteste, l'arm ée n 'est pas
sûre. P en d an t cette période de q u a ra n te -
h u it h e u re s u n e véritable organisation
révolutionnaire pouvait p o rter des coups
décisif» a u régim e. Le P .C . se borne à
d em an d er polim ent à de G aulle de s'en
a lle r «ce qui est u n indubitable progrès
p a r ra p p o rt à la période où 11 n e lui d e ­
m a n d a it que de satisfaire les ju stes re­
vendications des trav ailleu rs e t de leurs
fam illes».
Le Jeudi 30 le générai répond qu'il
reste. A près son allocution haineuse, pro­
Tout ce que ta France compte de ré- vocatrice e t m anœ uvrlère. beaucoup p e n ­
actionnaire et d'anti-ouvrier s ’est re­ sèrent que le P .C . a lla it réag ir im m édia­
saisi après l’allocution-choc du géné­ te m e n t e t violem m ent, n réag it en effet
ral. Fascistes, ministres, flics, patriotes p o u r ta n c e r le général de son m anque
et patrons ont redressé la tête. d 'éd u catio n lorsqu’il s ’adresse aux tra v a il­
leu rs <11 les « m éprise » eu ne leu r d i­
so n t nécessaires. A vant que les trav a il­ en pu b lian t force com m uniqués contre s a n t p as u n m ot de leurs revendications»
leurs ne m arch en t su r les tra c e s des ceux qui les accusaient d ’avoir accepté e t p o u r lui faire rem arq u er que le P.C.F.
étu d ian ts, la direction bureaucratique le protocole d'accord. a v ait d em an d é de nouvelles élections bien
veut donc o b ten ir u n protocole d'accord Le désarroi est à ce m om ent to tal à la a v a n t lui.
e n tre syndicat e t p a tro n a t. direction d u P a r ti : les g r é v is te refusent « n <le P.C.F.) Ira à c e tte consultation
Ici sc place l'épiscde qui déclencha un Ici acords jugés acceptables p a r la C.G.T.. en ex posant so n p rogram m e de progrès
véritable v en t de panique d a m les direc­ la F édération tergiverse e t se fa it tire r social e t de paix et sa politique d'u n io n
tio ns d u P.C. et d? la C.G.T. Lorsque les l'oreille pour ren co n trer u n e délégation de to u te s les forces d'u n io n d ém o crati­
étu d ian ts suivaient les < groupuscules » d u P a rti. M endès-F rance fa it son a p p a ri­ que. »
e t débordaient le P a rti, les p erm an en ts tio n su r les barricades et p a rticip e a u T out ce que la F ran ce com pte d e réa c ­
hochaient la té te e t Invoquaient l’origine m eeting U.N.E.F.-C.F.D.T. de C harléty. tio n n aire e t d 'an tl-o u v rler s’e st ressaisi
petite-bourgeoise de la p lu p art des é tu ­ il sem ble qu'en plus d u débordem ent a p rè s l’allocution-ch oc d u général. F a s­
d ian ts. leu r instabilité, etc. P u is ils a jo u ­ gauchiste, u n e opération de grande e n ­ cistes. m inistres, flics, p a trio te s e t p a ­
ta ie n t avec u n sourire condescendant : vergure se p rép a re à la droite du P a rti tro n s o n t redressé la téte. Le général
« Nous n'avons p as to u s ces problèm es qui risque d e se retro u v er comm e c in ­ a v ait com pté s u r la cap itu latio n d u P .C P .
avec les ouvriers, eux nous so n t fidè­ quièm e roue d 'u n carrosse dirigé p a r la e t de la C.G.T. e t il n 'é ta it p a s besoin
le» >. Et ils le croyaient. F édération avec l'appui de la C-F-D-T. et d 'ê tre u n fin politique p o u r la prévoir.
L orsqu'après v in g t-n eu f h eu res de dé­ de TU.N.E.F. B rusquem ent le P a rti dé­ Le m êm e soupir de soulagem ent qui
bats. les délégations ouvrières e t p a tro ­ couvre q u 'u n gouvernem ent créé d an s est so rti d e la F ran ce bourgeoise s'est
n ales se sép arèren t le lundi 27 m al à ces conditions p o u rrait ê tre pro-am éricain exhalé aussi des directions ouvrières. F i-
7 h . 40 d u m atin , il n e fa it aucu n doute et soupçonne M itte rra n d e t M endès des n b les délicats problèm es du d é p a rt de
p o u r to u t m ilitan t conscient que la C.G.T. plus noirs deseins : de G au lle e t des m an ifestatio n s de ru e
p en sait que cc qui a v a it été obtenu a u ra it « P a s plus que nous ne voulons d on­ qu'on n e p o u rra tou jo u rs co n trô ler : on
l’accord des travailleurs. S a n s cela, elle n e r à de G aulle le chèque en blanc qu’il en rev ie n t à ce te rra in parlem en taire
n 'a u ra it pas accepté d e le leu r présenter. dem ande, nous n e cautionnerons aucune où nous avons nos le ttre s de noblesse.
La prem ière d éclaration de Séguy en fait m anœ uvre te n d a n t à su b stitu er a u p o u ­ Le g én éral reste e t veut des élections. A
fol. m êm e si elle a é té quelque p eu t r i ­ voir gaulliste u n a u tre gouvernem ent qui vos ordres, m on général.
tu rée d a n s YHuma d u 28 m at : ne satisfera it p as les revendications des D em eure u n e inconnue : la réaction
< De? revendications, qui se son t h e u r­ trav ailleu rs en les déclaran t dépassées, des ouvriers. U ne prem ière fois Us o n t
tées a u refu s d u gouvernem ent e t du qui tie n d ra it to u t a u ta n t la classe ou­ débordé les directions, ici les directions
p a tro n a t, ont trouvé u n e solution, sinon vrière et son p a rti à l'écart de la d irec­ p ren n e n t le devant. O n ne dem an d era
p as cette fois aux ouvriers ce qu'ils en
pensent : o u leur déclare to u t de go qu'il LE REGIME COLONIAL
fa u t aller au x élection» e t que la grève
n 'a m a in ten a n t po u r objectif que la s a ­
tisfaction des revendications.
MIS EN QUESTION, LUI AUSSI I
Le pouvoir e st à l’aise pour m an œ u ­ Le d ern ier rem aniem ent m inistériel satio n s fan to ch es a u service des classes
v re r : acco rd an t ici e t re fu san t là de
volt les < D épartem ents d ’o u tre-m er » hégém oniques — antillo-guyanaises et
telle façon que les trav ailleu rs cesseront
h é rite r d ’u n a u tre m inistre. Le général fran çaises — fu ren t occupées : l’AM l-
la grève en o rdre dispersé puisque leu
B illotte s’en va : p a y a n t son incapacité TA G i l ) e t « Je u n e G u y an e» . U n tro i­
directions n ’o n t donné au cu n e indication
m inistérielle e t sa lourdeur politique. Son sièm e. encore plus h a u te m e n t représen­
p o u r conserver u n fro n t de lu tte in tact.
successeur a u ra la tâ c h e lourde. L’a g ita ­ ta tif. puisqu’il s'ag it d u BUMIDOM <2>.
M êm e la création d e < Com ités po u r un
tion qui a bouleversé l’échlquier des p ré ­ d o n t la h au teu se spécialité est de régler
gouvernem ent populaire » p a ra it a b a n ­
visions bourg eotees a en effet touché l'im p o rtatio n «car c’est bien de cela qu'il
donnée : W aldecfc-Rochet ne les a pas les trav ailleu rs e t les é tu d ia n ts des pays s 'a g i f des trav ailleu rs colonisés d o n t la
m entionnés d an s son discours d a n s le
sous dom ination française. Les rensei­ présence d a n s leur propre pays serait
X IX - arrondissem ent e t l'H um anité n ’en
gnem ents que no'js possédons sont san s tro p dangereuse p o u r le pouvoir, e t qui
p arle plus depuis l’annonce des élections.
doute trè s p artiels, com pte te n u de la vien n en t c o n stitu er ici une to n n e p a rt
Beaucoup d e cégétistes e t de m ilitan ts
difficulté actuelle des com m unications, d u lu m p en -p ro létariat. d ont la bourgeoi­
d u P.C. p o rtestent. d iscutent, se posent
et la radio gouvernem entale ne donne sie e sp érait que so n déracinem ent, sa
des questions. Q uelle que so it l’issue Im­
m édiate d u m ouvem ent 11 est exclu que. guère les renseignem ents q u ’elle obtient. faiblesse financière, lui feraien t jo u er le
L'on sa it cependant q u ’à la Réunion, à rôle de briseu rs de grève.
san s direction révolutionnaire, le p ro léta ­
la G uadeloupe e t à la M artinique, une D evant la d éterm in atio n des trav a il­
ria t puisse ven ir à b o u t d e la m achine
opposition a u régim e d ’oppression s ’est leu rs et d es étu d ian ts, que fit le p ou­
d 'E ta t bourgeoise, polie e t rôdée p en d an t
des siècles. M ais de nouvelles vague» se m anifestée de m anière virulente. E n sont voir ? Ne cherchez pas longtem ps, fid è­
l'illustration, les m an ifestatio n s qui cu­ les à d e trè s vieilles h ab itu d es de dé­
p roduiront : le m y th e d u p ro lé ta ria t a to ­
re n t lieu à S ain t-D en is e t qui nécessitè­ fense. il envoya sa police qui fit « év a­
m isé d an s « la société de consom m ation »
& volé en éclats e t u n e nouvelle couche re n t l’Intervention de p arach u tistes f r a n ­ cu er » les locaux précités.
çais. les « tro u b le s» que l’on sa it s ’être Face au x provocations de la police, les
de m ilitants, su rto u t des Jeunes, veulent
passés à F o rt-d e -F ran c e, les occupations m ilita n ts réagirent : plusieurs d ’e n tre eux
tire r les leçons de l’expérience qu'ils ont
de lycées à P o ln te-à -P itre . H est certain sont, à l’h e u re oû nous écrivons, encore
vécue.
que nous a u ro n s l'occasion d ’en reparler. g ard és à vue p a r la Justice. H fa u t o r­
Les dirigeants com m unistes se livrent
et se liv rero n t & m ain tes m anœ uvres A Pari» m êm e, des é tu d ia n ts et des t r a ­ gan iser la lu tte p o u r la libération des
pour reprendre en m ain les m asses qu’ils vailleurs ém igrés voulant p ro tester contre cam arad es a n tilla is em prisonnés. Une
influencent. La crise qui vient de Cou­ l’o rdre établi qui m a in tie n t les « d ép ar­ prem ière éta p e est entreprise : la m a n i­
v rir d an s leu r organisation ira en s ’a p - tem en ts d ’o u tre -m e r » d a n s le giron du festatio n d u vendredi 7 m ai à Paris.
p ro fo n d isan t c ar ce n e sont plus seule­ capitalism e fran ç ais choisirent d e le faire
m en t des intellectuels qui sont troublés pratiquem ent en pro céd an t à des occu­ i l) Am icale des T rav ailleu rs Antlllo-
pations. Les lieux de ces occupations G uyanais.
p a r les révélations d u XX* C ongrès :
c’est to u te une couche d e jeu n es tra v a il­ zo n t significatifs. Deux locaux d ’organi- i2> B u reau d e M igration des D.O.M.
leurs e t d 'é tu d ia n ts qui vient de faire
sa propre expérience de l'opportunism e
e t de la décrépitude d ’u n P . C. en voie
de social-dém ocratisation accélérée. Alors LE B U L L E T IN DE VOTE J.C .R . :
que des m illions de trav a illeu rs sont on
grève et posent pratiq u em en t le problè­
m e d u pouvoir, le P C P . concentre ses
a tta q u e s s u r les « provocations g auchis­
J’ai voté pour le Socialisme
tes » et répond « am en » aux injonction*
d u gouvernem ent. A to u te s les questions
en Mai 1968
qui lui sont posées su r les m ots d 'o rd re
et les perspectives de la lu tte, Georges
sur les barricades et
Séguy (m em bre d u B ureau Politique et
secrétaire général de la C.G.T.> n 'a qu'un en participant à la grève générale
re fra in : ce sont les trav ailleu rs eux-
m êm es qui décideront. A utrem ent d it. nul M a lg ré l'in te r d ic tio n q u i la fr a p p e , la c h c r le e n u n e s c a m o ta g e do la g rè v e .
besoin de p a rti ni m êm e de syndicat J .C .K . a o rg a n is é . à la te i lle d u p re m ie r P o u r le s g a u llis te s , II s ’a g it d 'e n a p p e le r
Quel plus bel exem ple de désarroi devant t o u r d e s c r u tin , u n e c a m p a g n e d e d é n o n ­ à la m a j o r i t é d o la n a tio n . M ais q u e lle
l’am p leu r d ’u n m ouvem ent non prévu et c ia tio n d e s é le c tio n » . A c e t e ffe t, u n b u l­ m a jo r ité ? Q u e lle n a tio n ? P a r la m a g ic
n on souhaité !
le tin d e v o te a é té é d ité p o r ta n t la d u b u lle tin d e v o te e t d u d é c o u p a g e d e s
Mais lorsqu’il s’agit de frein er le m ou­
vem ent et d e cap itu ler devant de G aulle m e n tio n : c ir c o n s c r ip tio n s , u n e p o ig n é e d e m a g is ­
e n tro q u an t les occupations d ’usine con­ t r a t s . d e flic s e t d e c u r é s p è s e n t a u t a n t
J 'A I V O T E F O r & L E S O C IA L IS M E
tr e des bulletins de vote, on ne jo u e plus e t p e u t- ê tr e p lu * q u e d ix m illio n s d e g r é ­
E X M A I 6S s u r le* B A R R IC A D E S et
aux dém ocrates e t les trav ailleu rs ne E N P A R T I C I P A N T A LA G R E V E
v is te s . C e u x q u i s o n t « d is s o u s », c e u x q u i
so n t p as consultés, le B ureau Politique n ’o n t p a s 21 a n s m a is q u i é ta i e n t les
GENERALE.
décide pour eux. p re m ie r* d a n s la lu tte , le s tr a v a ille u r s
La m inorité révolutionnaire qui s'est é t r a n g e r s s u re x p lo ité s , to u s c e u x -là n e
affirm ée et endurcie a u cours des récen­ N o u s r e p r o d u is o n s cl-d**w>us le te x te
s e r o n t p a s c o n s u lté s !
tes lu ttes représente m a in te n a n t une q u i sc tr o u v e a u don d e c c b u lle tin .
P a r c e q u 'a u j o u r d ’h u i le p o u v o ir n 'e s t
force réelle ressentie com m e telle p a r la
T e n d a n t le» j o u r n é e s d e M al 196S. ta p lu s d a n s u n P a r le m e n t d e v a in s b a v a r d s ,
direction du P.C.P. Son rôle p e u t être
b o u rg e o is ie a e u p e u r. L e s é le c tio n s d e m a is d a n s le s c o u lis se s, d a n s le s c o m m is ­
considérable d a n s l'approfondissem ent de
la crise d e ce P a rti et le développem ent j u i n la r a s s u r e n t. s io n s, d a n s le s p o u v o irs sp é c ia u x . C eu x
d 'u n e tendance opposltlonnelle de g a u ­ 1» P a r c e q u ’e lle s r a m è n e n t l’a f f r o n t e ­ q u i a u j o u r d 'h u i c o n v o ite n t le P a r le m e n t
ch e d o n t l'ap p o rt se ra décisif p o u r cons­ m e n t d e c la s s e s s u r le t e r r a i n d« la lé g a ­ n e c o n v o ite n t q u e l'o m b re d u p o u v o ir.
tru ire le P a rti révolutionnaire de dem ain. lité b o u rg e o is e . E n m a l. à t r a v e r s les C e s é le c tio n s n e s o n t p a s o rd in a ire s .
L. COUTURIER. c o m ité s d e g r è v e e t le s c o m ité s d 'a c tio n E lle s o n t p o u r b u t p ré c is d e b r i s e r le
o n a v u s 'é b a u c h e r u n n o u v e a u p o u v o ir, m o u v e m e n t d e lu tte . E lle s o n t d o n c
le p o u v o ir de* tr a v a i lle u r s d r e s s é fa c e u n c a r a c t è r e fo n c iè re m e n t ré a c tio n n a ir e .
A P A R A IT R E dun* quelque» jour» :
a u p o u v o ir d e la b o u rg e o is ie . E n p lu ­ E lle» c o n s t i tu e n t u n e tr a h is o n d u s e n s
Num éro spécial de la revue s ie u r s p o in ts le s g ré v is te s , b ie n q u e f r e i­ d e n o s l u t te s e t u n e s c a m o ta g e d e le u r s
« Q U A T R IE M E IN T E R N A T IO N A L E » n é s p a r le u r s d ir e c tio n s , é ta i e n t p r ê ts à f r u its .
entièrem ent consacré à l’analyse de la tr a n s f o r m e r la g rè v e , d e g r è v e p a ra ly - S u r te* b a r r ic a d e s , d a n s la r u e e t p a r
situ atio n française. n a n te e n g rè v e a c tiv e . I ls é ta i e n t p r ê ts la g r è v e n o u s a v o n s d é jà v o té p o u r lo
# Vivent les barricades ! k r e m e ttr e e n m a r c h e la p ro d u c tio n so u s r e n v e r s e m e n t d u c a p ita lis m e e t d e s o n
# Prem ières leçons de la m ontée ré ­ le u r p ro p r e c o n tr ô le e t a u s e rv ic e d e la g o u v e r n e m e n t d 'a s s a s s in s .
volutionnaire de Mai 1968. g rè v e . L e s p a t r o n s o n t tre m b lé , le r e to u r S u r le f r o n t d e la l u t t e d e» c la s s e s ,
— L a politique des groupuscules. a u x u r n e s le s a p a is e . n o u s c o n tin u o n s le c o m b a t p o u r la ré v o ­
— U ne revue de presse, etc. 2> P a r c e q u ’e ile s c o n s ti tu e n t u n e super* lu tio n s o c ia lis te .
LA CAMPAGNE ELECTORALE
américaine
A le veille des importantes élections année aussi pleine de surprises politiques de l'emporter, pour entrer dans la course.
primaires dans l’état de Californie, la com­ que l’est 1968 — depuis loffensive du Il le fit trop tard pour se gagner un
pétition entre les différents candidats Tét jusqu'à l'abandon de Johnson, en pas­ secteur particulièrement important de la
bourgeois à la Maison Blanche est de sant par les événements révolutionnaires population : la jeunesse. Eugène McCar­
plus en plus serrée. Comme toujours, la thy qui dès novembre, avait annoncé son
de France — ce choix est particulière­ intention de ramener dons le droit che­
décision finale reviendra aux quelques
individus qui contrôlent, soit le parti ment difficile, et les véritables dirigeants min les jeunes rebelles qui manifestaient
républicain, soit le parti démocrate : déci­ des Etats-Unis ont peur de prendre des dans la rue ou étaient attirés par les troi­
sion qui. bien sûr. sera prise en fonction décisions trop rapides. Oui sait ce que sièmes partis plus ou moins conformistes,
de leurs propres intérêts. Mais, dans une peut leur apporter l'été 1968? a. tout au long de sa campagne, fait appel
au sentiment idéaliste de dizaines de mil­
liers de Jeunes Américains pour tes en­
traîner derrière lui. Lorsque Kennedy dé­
cida d’entrer dans la course, beaucoup de
jeunes supporters de McCarthy le consi­
dérèrent comme un opportuniste beau­
coup trop préoccupé de sa carrière poli­
tique. Oe ce fait, beaucoup de Jeunes ac­
tivistes sincères, pensant que McCarthy
était un candidat réellement opposé è
la guerre du Vietnam, continuèrent è le
suivre tout en étant conscients du fait
que Kennedy avait plus de chances de
battre Johnson puis Humphrey. L'atout
principal de McCarthy a donc été une
armée de jeunes enthousiastes qui ont
contribué è faire naître l’illusion d’un
support populaire massif pour leur can­
didat. En ce sens. McCarthy a déjà rem­
porté un premier succès, quoique partiel :
il a réussi à ce que bon nombre de jeu­
nes ne perdent pas totalement confiance
dans le système électoral classique.
Toutefois, les couches de jeunes que
McCarthy a enrôlés sous sa bannière ne
sont pas exactement les mêmes que cel­
les qui ont fourni un mouvement contre
la guerre ses meilleurs militants (bien
que beaucoup d’entre ces derniers vote­
ront pour McCarthy). Ce sont des jeu­
nes qui pour la première fois s’intéres­
sent è la politique, croient que McCarthy
est véritablement un candidat de la paix
décidé à retirer les troupes américaines
du Vietnam. Ils sont surpris lorsqu'ils
aporennent que leur • héros • a déclaré
qu’il maintiendrait une présence militaire
LA GUERRE DU VIETNAM américaine au Vietnam pendant au moins
PRINCIPALE QUESTION ELECTORALE cinq ou six ans après la conclusion d’un
AVEC LE PROBLEME NOIR arrangement négocié. Oe ce fait, le résul­
tat final de l’opération pourrait bien être
contraire à celui recherché par la classe
Les politiciens, eux. continuent à utili­ le complet soutien de son chef et avec dirigeante américaine. Ouand ces dizaines
ser ce temps mort pour gagner quelques l'appui, non négligeable, de la bureaucra­ de m illiers de jeunes réaliseront que Me
avantages et pour prouver leur capacité tie syndicale de l ’A.F.l.-C.I.O. Mais ce Carthy les a trompés, leur déception pour­
à vaincre, c’est-à-dire, en fait, pour prou­ soutien de l'actuel président, s'il eut rait bien être à la mesure de leur en­
ver leur utilité à la classe dirigeante. Le été décisif en d'autres temps, risque thousiasme actuel : ils pourraient bien
fait que certains d ’entre eux sont mem­ aujourd'hui de coûter cher au candidat alors descendre dans les rues, de la
bres à part entière de cette classe (Ro- Humphrey : cela le fait assimiler dans même façon que le firent des milliers de
ckefeller et Kennedy) ne fait qu’ajouter l'opinion publique aux sept années de jeunes, quatre années auparavant, lors­
de l'intérêt à toutes ces manœuvres. guerre au Vietnam... Robert Kennedy a qu'ils réalisèrent qu'ils avaient été trom­
Ou côté républicain, la lutte se résume pour principal atout les millions de dol­ pés par Johnson le soi-disant • candidat
à un duel entre Richard Nixon et Nelson lars de sa fortune personnelle et aussi de la paix • du moment Mais McCarthy.
Rockefeller. avec toutefois Ronald Rea­ te mythe savamment cultivé du libéra­ Kennedy. Rockefeller et n'importe quel
gan en arrière-plan, qui place des pions lisme de son frère. Ceci n'est pas un autre politicien bourgeois libéral ne réus­
au cas où les deux - vedettes • s’éliml- mince avantage, surtout dans les commu­ siront pas complètement è s'attirer le
neraient mutuellement. Nixon, toutefois, nautés noire et de langue espagnole. vote de la jeunesse américaine de plus
est. selon les sondages, en tête. Il se Dans l’Indiana. par exemple, où il a fait en plus radicale. Ce qui est nouveau cette
serait même déjà assuré le nombre né­ pour les élections primaires une cam­ année est que des milliers d’entre eux.
cessaire de délégués pour être désigné pagne extrêmement démagogique. Il a ob­ instruits par les dangers et les mythes
comme candidat officiel. Mais Rockefeller tenu près de 90 */• des votes noirs des de la politique du • moindre mal • qui
a l ’avantage d’une immense fortune et la grands centres urbains. Pour la classe avait permis à Johnson en 1964 de ras­
réputation d'être moins réactionnaire que dirigeante, vivant dans la terreur d ’une sembler tant de monde autour de lui.
Nixon. Aussi, le secteur de la classe diri­ rébellion massive de la population noire, ne sont pas prêts à répéter cette erreur
geante que représentent les leaders du ce prestige ne manque pas d ’intérêt. Elle en 1968. Ce sont ceux-là qui. par milliers
parti républicain, s’il réalisait qu'un can­ cherche activement un moyen de conte­ aujourd'hui soutiennent pour la première
didat partisan de la guerre au Vietnam nir les explosions des ghettos dans le fois des candidats socialistes. Pour des
n'a guerre de chance de succès, pourrait cadre électoral classique, grâce au jeu socialistes révolutionnaires, ceci est le
à la dernière minute décider de l ’imposer. des deux partis traditionnels. Dans l ’im­ facteur le plus important de l ’actuelle
Ou côté démocrate, au moment où nous médiat. cependant. Kennedy a un handi­ campagne présidentielle américaine. Et
écrivons, la lutte est toujours très serrée cap : en bon politicien imbu du pragma­ la dimension et les répercussions consi­
entre Robert Kennedy. Eugène McCarthy tisme traditionnel de la vie politique amé­ dérables de la campagne menée par le
et Hubert Humphrey. Après l'abandon de ricaine. il a attendu que McCarthy ait Socialist Workers Party pour Fred Hal-
Johnson. Humphrey est devenu le candi­ fait la preuve qu'un candidat opposé à la stead et Paul Boutelle est la preuve vi­
dat de l’appareil du parti démocrate, avec politique de Johnson avec des chances vante de ce nouveau développement.