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i ‘ “JULIEN GREEN ae I Oe PLON AVANT-PROPOS Pai écrit cette pice en réaction contre une littérature de qualité inégale dont les oti- gines temontent aux environs de 1925 et qui gatait a mes yeux un grave ct noble sujet en le sitmant presque tout entier sur le plan charnel, Résumé en peu de mots, voici le théme prin- cipal de Sud: ‘A la veille de Ia guerre de Sécession, un lieutenant américain a la révélation de sa nature profonde et de Pamour le plus impérieux en voyant paraitre un jeune homme qu’il ne con- naissait que de nom, Il est pris alors d’une peur : en quelque sorte panique, mais qu’ll réussit 4 dominer. Cherchant 4 fuir son destin, il de- mande la main d’une jeune fille, Angelina, 4 qui il avait prété jusqu’alors que fort peu attention; cependant, il apparait trop claite~ ment quill n’est pas amoureux Celle, et trois personnes le lui disent, chacune A sa imaniére : Angelina d’abord, puis le pére de celle-ci et enfin Jimmy, un garcon de quatorze ans dont : 4 6 SD la candent parle sans detours. Le lieutenant Wiczewsksi essaiera d’avouer sa passion 4 celui qui en est Pobjet, mais il n’y parviendra pas tout 4 fait ct, renouvelant Ie geste d'un de ses ancétres dans une circonstance analogue, il tenteta de tuer Erik Mac Clure, Pour le pro- voquer en duel, il Pinsulte et il le gifle; toute- fois, au moment du combat singulier, il offre en victime 4 ’homme dont il a fait son enneini et meurt de sa main. Il va de soi que ce drame serait impossible en 1953, mais nous sommes en 1861, au milieu @un siécle ou pesait sur des passions de ce genre un silence crasant. Le péché de Tan | Wiczewskd a’est pas avoir aimé Erik Mac Clute, mais bien @ayoir cruellement fait souf- frir une femme & qui il demandera pardon, Il n’a en aucune manitre le sentiment d’étre un paria ou un lépreux. Comme il le dita Iui- méme une heure avant de se faire tuer : « Je nai pas honte, mais je me sens seul. » : ‘Alin de conseryer A cette pice toute la gra- vité inhérente aux problémes qu’elle souléve, j'ai voulu Ini donner la ligne générale d’une tra- gédie, On m’a fait remarquer que, sur la scéne, mes personnages échangeaient des confidences acing metres Pun de Pautre, C'est IA, tras exac- tement, le ton que je cherchais. Journ Green, « La purification dune pas- sion dangereuse par une libé- ration véhémente ». Cest ainsi qu’Aristote dé- finit la tragédie et je ne pense pas pouvoir donner de meil- leur résumé de la piece qu'on va lire. FG, NOTE Ta pice se passe quelques heures avant la guerre de Sécession. Le coup de canon de la ; fin annonce Pouverture des hostilités entre le Nord et le Sud, 4 Paube du 12 avril 1861. action se déroule dans le salon @une grande plantation aux environs de Charleston, dans la Caroline du Sud. Pour bien comprendre le décor, il faut se figurer une vaste maison bitie sur le modéle du temple grec de Postum, avec un fronton et de tres grosses colonies qui posent directe- ment sur le sol, sans bases. Deux de ces co- Tonnes sont visibles de Pintérieur du salon : on les voit a droite et a gauche dune grande fenétre a Ia francaise. Entre les deux, le regard plonge dans une longue avenue de chénes tendus de tideaux de mousse grise (exactement vert-de-gris) qui Sagitent au moindre souffle, Le salon est meublé dans le style un peu lourd de 1850. SCENE I (An lever di ridean, te lieutenant Tan Wiexenishi est debout et parfaitement immobile, le dos tourné aux spectateurs, a droite. Il tient wie badine a la main. On etitend au loin wn chant a@église dont on ne peut distinguer les paroles. Quelqwes secondes se passent, puis Regina entre en courant par la gaache et va vers la fenétre sans voir le lieutenant Wic- gewski. Elle regarde dans Pavenue et semble chercher quolquv om, puis se tient immobile eb éeoute Ie chant dont une strophe vient de stacbever. Au bout d’in moment, elle se retourne comnre si elle devinait la présence de quelgn’un et tressaille.) REGINA Vous mfavez fait peur, lieutenant Wie- zewski, Je ne sais comment vous faites pour surgit tout a coup 14 od Pon ne siattend pas 4 vous voir. TAN ‘Vous attendiez-vous 4 me voir dans Pavenue? 14 SUD Sa 77 15 REGINA Mais non, Pourquoi dites-vous cela? TAN Jauris pu etre dans Payenue. REGINA Permettez-moi de vous dire que cela m’est égal que vous soyez dans Pavenue ou ailleurs. (Silence.) Je voulais voir si Angelina ne revenait pas de Péglise. IAN Vous la connaissez bied mal si vous la croyez capable de partir avant la fin du service. Elle craint Dieu et redoute son pére, comme une viaie fille du Sud. (Silence) Sauf vous et moi, tout le monde se trouve enfermé, cet apris-midi, dans cette baraque de planches qu’ils appellent une église. Nous sommes absolument seuls dans la maison, REGINA Cela vous ennuie-t-il de ne pas aller 4 Péglise le dimanche? TAN ‘Mes sentiments sur ce point n’ont pas @'in- térét. Le fait demeure quil n’y a pas @église catholique dans la région. REGINA Quel effet vous font ces chants? TAN Aucun, REGINA Vous aurez beau faire, vous ne serez jamais de chez nous, Meme moi qui suis du Nord et qui ne ctois plus aux églises, je demeure sen- sible A ces vieux cantiques. Vous, vous étes ailleuss, TAN L’Amétique est peuplée de gens qui viennent ailleurs. REGINA Tout de méme... Il finit par y avoir un ait de famille, Chez vous, non. Vous restez étran- get, malgré cet uniforme. (Elle détourne la téte en disant cette phrase.) Angelina m’a dit que vous étiez venu ici 4 ee eee 16 SUD Page de douze ans avec votre grand-pére. Est-ce vrai? IAN Oui. Nous avons quitté la Pologne aprés le soulévement de 48. REGINA ‘ Le soulévement contre les Russes? TAN Contre les Prussiens, Us ont pendu mon pare sur une place de Posen avec six auttes conspi- rateurs, Cette nuitla, mon grand-péte m’a réveillé ct nous avons fui. REGINA Les Prussiens ne vous ont rien fait? TAN Non. Rien. Ils m’ont fouetté aprés Pexécu- tion, pour Pexemple, disaientils. C'est tout, REGINA On vous a fouetté et vous trouver que ca test rien? 1AN, riant doncement, Ty a douze ans de cela. La douleur est trés attémée. SUD "7 REGINA, “Pourquoi avez-vous dit tout a Vheure que nous tions sculs dans la maison? IAN est-co pas vrai? REGINA Non. Hl y a les noirs, TAN Les noits ne comptent pas. Les noirs, cest comme des meubles. REGINA, séchement. Je ne suis pas de votre avis. (Silence.) Voulez-vous sépondse & ma question? TAN Pourquoi j'ai dit que nous étions seuls? REGINA Mais oui. TAN, s¢ retonrnant vers elle. Pour vous fournir Poccasion de me parler. 2 18 SUD ed Pe el ae REGINA, avee se irritation subite. Et de quoi diable vous parlerais-je? IAN Vous le saver aussi bien que moi, (Le chant sarréze,) REGINA __ Est-ce pour me dite cela que vous attendier ici quand je suis cnteée? ay Je n’attendais pas, Pétais 1a. REGINA Je n’aime pas ce que vous dites. Av fond, je aime tien de ce que vous dites et je vous écoute malgré moi, mais vous yous trompez Si Nous eroyer que jai des confidences & yous ire. TAN ‘Prattendrai. REGINA Vous étes impertinent, ma parole! TAN Oui, mademoiselle. SUD 19 REGINA Savez-yous que depuis un instant, je pense avec une satisfaction extréme 4 ce que vous mfavez raconté tout 4 Pheure, Oui, cela m’est agtéable de savoir qu’on vous 4 fouetté, TAN Voila une aimable pensée. ,Développez-la. REGINA Eh bien, cette correction m’appatait comme une sorte d’acompte, Vous la métitiez déja en ‘wue de vos insolences futures, de vos soutires, de vos silences, de votre ironic... européenne. Depuis trois jours, j'attendais cette occasion de ous parler en face, Je ne vous aime pas, lieu- tenant Wiczewski. TAN Vous voyex bien que vous aviez quelque chose 4 me dire, REGINA, Hy a en vous je ne sais quoi qui me déplait et que jc comprends mal, du reste. Oh, je sais que je vous parle dune fagon trop clirecte et que je m’expose une fois de plus 4 vos moque- fies dont sien ne parait que dans vos yeux... es 20 Ss 3p SUD Ay TAN Poutquoi détournez 6 i -vous les -véttes disant cela? ° ie REGINA, elle le regarde en face, Je ne les détourne pas. Je vous patle comme on parle chez nous. Je n’ai pas les roueries des femmes du Sud i qui vous faites des compli- meats hypoctites (Lille se rapproche insensiblement dh hi.) Jai été Aevée simplement ‘ pat des gens qui ne mentaient pas, et ce que je détest i Cest le mensonge. : ee TAN Le mensonge? Mais pourquoi voudsiez-vous que je me donne Ja peine de vous mentit? REGINA A moi, non, bien sit. Je suis In parente Pauvte, Ia petite bonne femme du Nord & qui Fon ne fait pas attention, et qui n’est méme eo: tés jolie, Vous vous ctoyer intuitif lieutenant er mais je le suis autant que yous les jours ov j is i GAY 2 des jours 08 je vous vois mentin de IAN 'Puis-je vous tappeler que vous étes la parente de M. Broderick et que je suis par conséquent sous voute toit? REGINA Btes-vous fou? Je ne suis pas chez moi ici. Chez moi, c'est lichaut, dans le Nord. On m’a fait venir ici parce que mon oncle, qui s‘occu- pait de moi, était ruiné. Son cousin, M, Bro- Getick, a offert de me recevoir A la plantation, mais je ny setais jamais venue si jfavais eu mes parents, Je hais la plantation, J’y ai passé un hiver, un hiver sans neige, et j'ai besoin de voir la neige. (Ian fait un mowvement.) Savez-vous pourquoi je suis scule avec vous, dans cette maison? Parce qu’on a jugé que cela n’avait pas dimportance que jraille a Yéglise ou non, Il leur faut toujours un effort pour se souvenit que nous sommes du méme sang, eux ct moi, Que Pétrangére fasse co qu’elle veut, qu’elle soit unitarienne, comme M, Emerson, le philosophe. Ne me dites done pas que vous étes sous mon toit et que je ne peux vous parler comme il me plait, Vous aussi, vous étes ailleurs, REGINA Ce nvest pas la méme chose. Je suis améri- caine, malgré tout, TAN ‘Vous avez parlé de la neige, tout 4 Pheute. REGINA Oui. Cela vous paralt puésil, je suppose, TAN Non. Maisnon. (Dime voix changée.) Jai besoin de voir de Ja neige, comme vous, Ty a des moments détaisonnables of je me figure qu’en poussant les yolets, je vais yoir la prairie toute blanche sous le soleil ct que je vais frissonner et rire de bonheut, comme un gatoon qui a eavie de ctier et de courir parce qu'il sent In merveilleuse odeur du froid... REGINA Non! Ne dites pas cela! Je ne veus pas que vous patliex de cela, Nous voici déja au seuil SUD 23 de Pété, Déa la fournaise nous souffle son hialeine au visage. (Un silence.) Combien de temps testez-vous encore ici, Ticutenant Wiczewski? TAN Ma permission prend fin dans cing jours. REGINA Clesta-dite que yous pattex vendredi. IAN Vendredi § Paube. Uy a trois heures de cheval ici Aa céte REGINA En réalité, cela ne fait plus que quatre jours. Aujourd’hui ne compte plus. TAN Oui, quatte jours, si vous voulez, A moins que la guerze n’éclate avant cela. REGINA La guerre! Vous aussi, vous y ctoyez, & guerre? TAN Puisque tout le monde dit qu'il y aura Ja eee 24 SUD Guerre, elle finira bien par éclater. Ce dont on ne parle pas n’astive jamais, REGINA Que ferez-vous s'il y a la guerre? TAN Je sejoindrai mon poste, mademoiselle, REGINA Ce qui veut dire que vous testerez fidéle au gouvernement, je suppose, Vous ne fuser pas dans le camp des tebelles, TAN Cest li une question que je sésoudeai seul, au moment voulu. REGINA Je suis bien naive de vous Ia poser. A qui setlez-vous fidéle, puisque vous n’aver pas de tacines dans le pays, ni dans le Nord, ni méme dans le Sud? TAN, banssement a’dpaule, Mais vous-méme, comment se fuitl que Yous testies ici, avec les opinions qu’on vous Sonnalt? N’étes-vous pas dga au cant de Pennemi? SUD fai REGINA Je vous ai déja dit que j'étais ici malgré moi. Je ne peux pas partir. TAN Il vous faudta donc, dans le cas d’une guerre, vous plier & la loi du Sud, parler Je langage du Sud. REGINA Jamais. IAN On saura yous persuader. L’enfer n’a pas ce furies compatables anx cvils en temps de guerre. En moins de six semaines, on feta de vous une brave petite esclavagiste. Racin, frappant di pied. Si jétais un homme, vous n’oseriez pas nv'insulter, TAN, Loin de moi une telle intention. Je constate seulement qu’étant du Nord vous teste dans le Sud alors que la guerre semble imminente. Rae ee ee ae SUD TAN Yous le pontriez si i y i vous le voulies, doh te a REGINA Quren saver-vous? tan Il me Va dit, REGINA Vous lui avez done parlé de moi? ) aN Oui. REGINA Enfin, de quoi vous mélez-vous? Qu’est-ce que cela peut vous faire que je res j cet que je reste ou que je TAN cota, Pountant je venx vous montrer que si fous restez ici, C'est que yous le voulez bien REGINA Ce n'est pas vrai. TAN Pai teca de M, Broderick Passurance for- SUD 27 melle qu'il se chargeait de vous faire regagnet Boston dans les trois jours, si vous en expri- miez le soubait. REGINA Btait-ce pour me dire cela que vous miatten- diez ici? TAN Je vous ai déja dit que je ne vous attendais pas. Mais vous perdez un temps précieux en fefusant de me dire ce qui vous tient & comur, REGINA Ce qui me tient a cosur? ly a ceci qui me tient A ceeur, puisque vous voulez 4 tout prix le savoir, Cest que je reste, et que je reste, et que je reste. Vous m’entendez? (Elle se rapproche encore de Iti.) IAN, sans. bowser. Et pourquoi testez-vous? REGINA Jai mes raisons, lieutenant Wiczewski. IAN De toutes ces raisons, il n’y en a qu’une qui 28 SUD soit bonne, mais celle-li, vous ne Vavouex pas, Lorgueil vous étouffe, Regina. REGINA Comment osez-vous? (Bruit de pas.) TAN On vient, et yous étes si ptés de moi vrai- ment qu’on pourrait croite,.. A peu prds tout ce qu’on voudrait. Vous étes impradente, mademoiselle. ‘ (Regina s'dcarte violemment. Mrs, Strong entre par la gauche, suivie aime négril- lone.) SCENE II Mrs. STRONG Qui est imprudente? Ma niece? uN Je me méle sans doute de ce qui ne me tegarde pas, mais je disais & Mlle Regina que rester ici alots que la menace de guetre se fait un peu plus précise chaque jour... Mrs, STRONG Tl n'y auta pas de guerre, Je ne veux pas qu’on patle de ca. Petite, prends mon cha- peau, mon chile, mes gants, mon livre, mon ombrelle. (Lille tend ces objets a le négrillonne & mesure qwrelle les énumire.) Donne-moi mon éventail et tite ua peu les volets. (Lienfane obdit. Mrs. Strong s'assoit dans. un fauteuil a bascule,) pe SD est bien. Va-t’en, (Lienfant sort.) Regina, pourquoi nous regardes-tu avec des yeux de Gorgone? Ma parole, on ditait quvils Yont te sortir de la téte et rouler sur le tapis, Retite-toi, mon enfant. REGINA Ma tante, si... BUS. STRONG, se redressan? dans son fauteuil Pai dit, (Regina sort par la gauche.) Pourquoi lui faites-vous peur, licutenant? Cest bien la premitre fois que jentends un soldat conseiller la fuite. TAN Dans son cas, il ne s’agitait pas de fuir, Elle est du Nord... Je m’gtonne qu’elle soit testée fusqu’ici. Elle n’aime pas le Sud. MrS, STRONG Vous pouves dire qu’elle le déteste, mais elle reste pat amous-propre, elle veut tenis téte. Pour clle, le Sud, est la case de Poncle Tom telle qu’elle a yu repzésentet cette absurde SUD 31 histoite sur les assieties A dessert de ses parents. Ses opinions sont aussi intéressantes que celles @an moustique. Pourquoi voulez-vous qu'elle sen aille? uw Je n’y tiens pas particulizrement, Je ctois au contraite que pout la persuader de rester, il faut lui conseiller de pactit. MIS. STRONG Ha! Hal Vous la connaissez, Une vrsic mule, Mais pourquoi voulez-vous qu’elle reste, alors? IAN Qu’elle reste ou qu’elle parte ne me con- cerne pas, mais M, Broderick est davis qu’on Ia reavoie dans le Nord. Mrs, STRONG Ia renvoyer dans le Nord, cest vite dit. Nous Pavons sur les bras depuis qu’elle est oxpheline, Elle n’a de parents dans le Nord qu'un vieux bigot doncle qui n’est pas ficha de gagner vingt dollars par semaine, Comment Ia trouver-vous? TAN Comment je la trouve? Mrs, STRONG Eh bien, oui. Comment trouver-vous ma nitce? Vous parait-elle jolic? TAN Bille a de beaux yeux. Ses cheveux... MIS. STRONG Ab! je vous attends aux cheveux, la gloire de la femme. IAN Ses cheveux sont également fort beaux. Mrs! srRONG Quel peintte vous fetiez! La voila pourvue yeux et de cheveux. Ce n’est peut-étre pas assez, Que dites-vous du reste, hein, licute- nant? TaN Le reste... (IL bisite.) MIS. STRONG: Le teste est silence, 4 ce que je vois. Remar quez que je suis un peu de votre avis, mais vous étes injuste pour le profil, qui est assez Le eee SUD 33 bien. Cependant, on n’épouse pas un profil. Je me demande, du reste, ce qu’on épouse et ce qui fait délirer Jes hommes quand ils parlent de ce qu’on appelle le beau sexe, Pour moi, le bean sexe, Cest autre, justement. Mais mon vénéré mari m’edt fait taire. Quant & ma nidce, je Fai si souvent regardée que je ne sais plus da tout de quoi elle peut avoir Pair, Avjour@’hui, pour une raison que je m’en vais vous dire, jessaie de la voir par les yeux @un homme. Cest si curieux, un homme... Voulez-vous avoir la boaté de donner un coup 4 mon fanteuil? Enfin, vous qui connaissez les femmes... Eh Ja! Comme vous y allez! Vous voulez m’envoyer au plafond? Douce- ment, s'il vous plait! IAN Je vous demande pardon. Mts, STRONG Voila qui est bien, cout a fait bien. Oui, jautais youlu caser cette petite, qui restera ici, n’en douter pas. Elle ansa vingt-trois ans 4 No#l, La croyez-vous capable de provoquer Pamous? LN Toute femme a le dtoit despérer... | | { , \ L F 34 SUD Mrs. STRONG Wen dites pas plus long. Jai compris, Mal- gré ce jugement pessimiste, je conserve Pespoit qu’un patti sortable se présentera, Aujour @hui, rious attendons la visite du jeune Mac Clure qui est dé venu nous voir avec son pete, Phiver dernier. Vous étiez 1A? AN Noa, madame. Mrs, STRONG Ciétait au sujet de leur plantation qu’ils you- Iaient vendte, Malheureusement, cette plan- tation est mal placée et Pair n’y est pas sain. Mon firére a refusé, Depuis, le vieux Mac Clute est tombé malade et je crains qu’aujourd’hui Ie fils ne revienne a la charge, cat ils ont grand besoin d’argent. IAN M, Broderick m’a mis au courant de cette histoize. MIS. srRONG Ce’ que yous ne savex pas, car enfin yous n’étes pas ici... Oh, je ne dis pas cela pour vous offeaser, lieutenant Wiczewski. (Eile rit doucement.) SUD 35 Cest méme justement ce qui fait votre chatme aupres des femmes, ce quelque chose Aétranger, Allons, ne le aiez pas, lieutenant Wiczewski, les femmes yous adorent, Yous les transportez avec vous dans la Pologne de M. Chopin, elles se croient tres malheureuses, trés intéressantes, et cela les amuse comme des folles, IAN Madame... Mts, STRONG Qu’est-ce que je yous disais? uN Le jeune Mac Clute... MrS. STRONG Parfaitement. Le jeune Mac Chute et son pire, Sache que les Mac Clute sont de tr8s bonne famille, Is habitent la xégion depuis deux siécles et leurs ancétres d’Hcosse étaient des voleuts de bestiaux, ce qui, vous ne Pignorez, pas, est une distinction dans ce pays-la. Ah! mon éventail a glissé. (Tan lo ramasse et le tui tend.) Nous avons donc invité le jeune Mac Clure & passer deux jouts ici, Ga été mon idée. Il a 36 SUD vingt ans et n’a jamais vu Regina qui était en Floride quand il est venu avec son pete. Vous croyez aux miracles, licutenant Wiczewski? Moi, jy ctois. Nous dotetons confortablement Ja petite A qui nous donnerons notre plantation de Tomotly et cent esclaves. A yzai dite, ‘Tomotly est au bout du monde et jautais peur dy passer une scule nuit, mais le coton y pousse trés convenablement. Montrez-vous aimable ayec le jeune Mac Clure, TAN Je n'y manquerai pas. Mrs, STRONG Ti est un peu gauche, un peu godiche méme, dans sa redingote noire, avec des idées d’autre- fois sur ce que Pon doit faire et ce qu’on ne doit pas faite. Un vrai presbytérien d’Ecosse, de Ja graine de Calvin. Cela vous enauie? TAN Pas le moins du monde. (Silence.) Estill bon cavalier? Mrs, STRONG Je n’en sais tien. Vous avez d’étranges ques- tions. Ab, si, pouttant! Quand il est parti ce SUD 37 jour-la, avec soa pére, je me souviens Pavoir tegardé de la véranda, alors quills s’éloignaient dans Ja grande avenue. Le jeune Mac Clute se tenait admirablement sur son cheval. Pout ea tevenir A ses idées un peu particulitres, inutile de lui dite que Regina ne va pas 4 Péglise le dimanche, Il la convertita plus tard, Cela occa- peta leurs mortelles soirées, 4 Tomotly. TAN, agacd. Vous les voyez déja matiés, Mrs. STRONG (Angelina entre par la droite.) ANGELINA Ma tante, ob est Regina? Bonjour lieutenant Wiczewski. (11 incline.) Mrs. STRONG Je ne sais pas o& est Regina, mais je veux que tu dises A ton frére de venir me parler. ANGELINA Bien, ma tante. (Elle sort par la gauche.) —_—_—_——————— 38 SUD Mrs, STRONG: Vous pourtiez donner de bons conseils & mon neveu, lieutenant Wiczewski. Jimmy vous adote, il yous écoutera, Apprene7-lui se tenir droit, 2 parler comme il faut, 2 ne pas volet les cornichons. Autre chose, je ne veux pas quill aille se promener seul du cbté des hoirs, Son pére Tui a dit qu'il ne devait jamais dépasser la grande avenue, mais il est sans gutorité sur ce gatcon, pas plus que son pré- cepteu, le vieux M. White. TAN On pourrait me dite que Péducation de Jimmy Broderick n’est pas mon affare. Mts. STRONG On ne vous disa tien du tout, si par on, yous entendez mon frre. Je crois que yous péchex des compliments, Vous savex tris bien ce que mon frére pense de vous. (Elle baile.) Je ne sais pourquoi je me sens si lasse aujour @hui. Cest peut-étre cette premiéte journée de chaleur, Et puis, le sermon était insupportable, cet aprésmidi. Le Révérend Locke nous a trainés du haut en bas de Penfer et de long famineleaensisee ne $UD 39 en Intge, a travers le soufte et la fumée de sa shétorique. Je suis & peu pres cestaine de m’étre assoupie une fois ou deux. (Eedonard Braderick entre par la droite) Pourquoi asta Pair si soucieux, Hdouard? YVeux-tu qu’on te serve 4 boite? EDOUARD BRODERICK Non merci, Bonjour, lieutenant, Je suis sou- cieux 4 cause des nouvelles. sf ais. STRONG Elles ne sont pas plus mauvaises qu’bier. YDOUARD BRODERICK Billes sont plus mauvaises dans la mesure ott Pon ne sait plus bien de quoi il s’agissait tout @abotd. Tant qu'une question teste claire, il y ‘a moyen d’en sostir, Clest quand les choses se compliquent que le péril devient aigu. Mrs, STRONG Jai parlé tout a Pheure au Révérend Locke. 1] demeuse optimiste. HDOVARD BRODERICK Le Révétend Locke est un saint homme qui 40 SUD nventend rien aux choses de ce monde. On est Regina? Je veux lui parler. (Entre Jinmy.) Jone Bonjour, lieutenant Wiczewski. Est-ce que je peux yous accompagner & cheval jusqu’A Tomotly, demain aprés-midi? TaN, Demandez 4 votre pere. #DOUARD BRODERICK Nous yertons cela tout 4 Vheure, Jimmy. Va dite 4 Regina que je yeux lui patler tout de suite. (Jimmy sort par la gauche.) Mts. STRONG Jrespére que tu ne vas pas faire peur A cette petite. EDOUARD BRODERICK Je vais Ini dire de s’en aller pendant qu’il ea est encore temps. Mrs. STRONG Es-tu fou? A ventendse parler, on croirait que le Sud est déjA envahi. Personne ne veut —_———$—$ SUD 4a Ja guerre : ni le président Lincoln, ni aucun des Bats du Sud. Alors? (Edonard Broderick sort am journal de sa poche of le lui tend.) Eh bien, quoi? Le gouvernement du Nord refuse de retiter ses troupes de la Caroline du Sud ct veut au contraire les réapprovisionnet, Ce sont 14 les rodomontades habituelles a Washington. Ces gens-la seraient consternés si un seul coup de fusil était tiré, Mais il se trou- vera bien quelqu’un de chez nous pour leur tabattre le caquet. DOUARD BRODERICK Pourquoi Regina ne vient-elle pas? MIS, STRONG : Je te supplie de xéfléchir & ce que tu vas toi dite, Méme sil y avait la guerre, la place de cette enfant est ici, Peut-on seulement ima- giner quelle soit en danger parmi nous? Elle aura beau faire, elle est du Sud par Ie sang. Bile a été dlevée dans le Nord, mais elle adop- tera notre fagon de voir. Je m’en charge. EDOUARD BRODERICK Tu ne la changeras pas. Il est trop tatd. Bile a vingt-deux ans, Scoretement elle veut partir. 42 SUD Mts. STRONG $i elle voulait partic, elle setait déja loin. que Cétait impossible, M sible hier, devient possible est irés malheureuse 4 la plantation, Nos idées, notte fagon de vivre, tout la choque et la scan- dalise. Pat la pensée, elle vit Ii-bas, dans le Nord, Je veux qu’elle s’en aille. ‘M3, STRONG Et od itait-elle? EDOUARD BRODERICK ‘A Boston chez son oncle. MIs, STRONG. Ce vieux fou? Il est beaucoup trop occupé de ses conversations avec PEternel pout se soucier de Regina. D’abord, il n’a pas un sou, POUARD “BRODERICK Crest ce qui te trompe. Je lui ai écrit, il ya un mois, a un des moments les plus difficiles de la crise. Jai eu sa séponse avant-hiet, Un attangement financier a été conclu avec une (oe SUD B banque. Regina peut partir dés aprés-demain, Je Taccompagnerai moi-méme jusqu’au che- mnin de fet, Mon frtce sera prévenu par télé- gtaphe et Pattendra A Washington metere soit. MS. STRONG Crest inowi. Comment ne in’as-tu pas informée de ta décision? EDOUARD BRODERICK Tl était inutile de te troubler. Mais ob est-elle donc? TAN vient. (Entront Jimmy 0¢ Regina par la gauche.) jruncy, bas a Drs. Strong. ‘Tante Eveline, demandez 2 papa si je peux sortic demain avec le lieutenant Wiczewski. EDOUARD BRODERICK Laisse-nous, Jimmy. (Jimmy sort par la droite.) TAN Désitez-vous que je me retire? a an SUD EDOUARD BRODERICK Pourquoi? Vous étes comme mon fils. Je wai jamais rien eu A vous caches. Assieds-toi, Regina. J’ai quelque chose & te dite, mais tout abord je vais te poser une question, Réponds sans hésitation ni crainte de nous froisser. Voici un an que tu habites Bonaventure. Y es-tu heu- reuse? REGINA Heureuse? Non. DOUARD BRODERICK Pourquoi? REGINA Simplement, je n’aime pas le Sud, SDOUARD BRODERICK Quand tu dis que tu n’aimes pas le Sud, ta ne parles pas seulement du climat, de ce que tu vois autour de toi. ‘Tu prends le Sud dans son sens le plus large, Ce sont nos idées que tu n’aimes pas. REGINA Oui, Surtout vos idées. Je ne pense pas comme yous, Je ne me sens pas d’ SUD 45 YDOUARD BRODERICK Si un confit éclatait entre le Nord et le Sud, tes sympathies seraicnt du cdté du Nord? REGINA Eh bien, oui, du cdté du Nord. Mts, STRONG Fidouatd, je trouve cet interrogatoire pénible pour nous tous. REGINA Il n’est pas du tout pénible pour moi, ma tante. #POUARD BRODERICK Biire du cdté du Nord, Regina, cest souhaitet Ja victoire des armées du Nord sur les armées du Sud? REGINA, BDOUARD BRODERICK Dans ce cas, juges-ta salsonnable que je vaide 4 retoutner dans le Nord? 46 SUD REGINA, Lipire bsitation Oui, je trouve que ce serait raisonnable. EDOUARD BRODERICK Sans doute as-tu déji réfléchi a cette éven- tualité? REGINA Oui. EDOUARD BRODERICK Tn es libre, mon enfant. ‘Tu peux rester, si tu veux rester, mais si ta yeux partir, je me charge de te faire regagner’le Notd avant que Ia semaine soit écoulée. eons Je vous en serai reconnaissante. MIS, STRONG Regina, tu ¢s ingrate. REGINA Non, ma tante. Je n’oublie pas ce que je yous dois. Malgré tout je veux partir. Vous ot mon oncle Edouard avez toujours été bons pour moi, mais Ia question m’est posée aussi directement que possible et j'y réponds de méme, Je veux partis. —_——— Se AT TAN, ragensement. Vous serez bien attrapée, s'il n’y a pas la guerre, mademoiselle Regina. krona, sant le regarder. Ce n’est pas & cause de la guetre que je pat- tirai, lieutenant Wiczewski, EDOUARD BRODERICK ‘Ton oncle te tecevra chez Jui. Il n’est pas tiche, mais j'ai fait en sorte que tu ne manques de rien jusqu’a ce que tu sois matiée. 1AN Mademoiselle, réfléchissez, (Regina le regarde un air onnd.) YDOUARD BRODERICK Regina est libre de rééchir jusqu’A demain, si elle veut. Elle sait que nous Ini sommes tous attachés, Par conséquent, elle peut tevenir gut sa décision, mais je ne veux pas qu’elle reste i Bonaventure si elle y est malheuteuse. TAN Nraviez-vous pas dit, il y 2 moins Pune heure, que vous restetiez, mademoiselle? 48 SUD REGINA Jai changé davis, Du reste, il me semble le conseil de partir, lieutenant Wiczewski, IAN Je voulais mettre & Pépreuve cette résolution que vous aviez prise alors de ester, de rester et encore de rester. EDOUARD BRODERICK Que dois-je croire, Regina? REGINA Croyez ce que je yous dis maintenant, mon ' oncle, Je veux partis, quitter a jamais’ cette 1 maison, ce pays. EDOUARD BRODERICK is Est-ce 4 cause des mauvaises nouvelles? REGINA Non. Je ne suis pas aussi sdre que vous ¢ qwil y aura la guerre, Mais jai réAéchi dans ma chambre, tout 4 Pheure. Pai compris cer- taines choses que je n’avais peut-ttre pas bien comprises jusqu’alors. (Silenve.) ee ae ge io ee quil y a moins d’une heure, yous me donniez SUD 49 EDOUARD BRODERICK, doncement. Je suis malgré tout davis que tu séserves ta réponse jusqu’a demain, Si tu décides alors de partir, je Paccompagnetai jusqu’ Charleston, en caléche. Nous aurons le temps de yoir la ville, qui est trés belle, Aprés quoi, je te ménetai an chemin de fer, Pespére que tu n’as pas peut de voyager en chemin de fer. REGINA, fiant. Oh! non, mon oncle. Jai pris le chemin de fet pour venir ici. Je n’ai pas eu du tout peur aprés les dix premiéres minutes. On finit par #habituer trds bien, EDOUARD BRODERICK Il y a autre chose que je voudrais te dire. Tu entendras médire de nous dans le Nord. Liidée qu’on se forme li-bas dun planteur du Sud est trés fantaisiste, As-tu jamais vu ftapper ‘un esclave A Bonaventure? REGINA ‘A Bonaventure, non. ADOUARD BRODERICK Je ne parle pas du fouet dont la seule idée fait horreurs Jai interdit que, de quelque maniére 4 50 SED. gue ce soit, on léve Ta main sur un noir. Sais-ta cela? : REGINA Oui, EPOVARD BRODERICK ‘Acton jamais séparé ici un esclave de sa femme, une mére de ses enfants? REGINA Pas que je sache, mon oncle. EDOUARD BRODERICK Nrestil pas vrai qu’au moment de Noél j'ai rendu Ia liberté 4 vingt-huit esclaves et que vingt-cing entre eux sont tevenus parce quils ne savaient ot aller? REGINA Cela prouve que vous étes humain dans les Timites que yous imposent les meurs du Sud, mais les trois esclaves qui ne sont pas revenus témoignent contre vous, et je suis avec eux : je ne vous reconnais pas le droit de posséder un seul esclave. MIS. STRONG Impertinente! Tu lis ta Bible tous les jours et tune sais pas que tous les patriarches avaient des esclaves? ——————— ave 5x EDOUARD BRODERICK Ne discutons pas sur ce point. Je n’ai pas besoin de te dire, Regina, qu'il y a dans tout le Sud an mouvement en faveut de la libération des esclaves comme en Russie pout Ia libération des serfs. Avant 1880, on ne Comptera plus un seul esclave dans toute PAmérique du Nord, mais retiens ceci mon enfant : nous n’agirons pas sous Ia dictée du Nord. MIS, STRONG Et qui a introduit Pesclavage dans ce pays, Regina? Le Nord. A présent, ce qu’on appelle pudiquement notre institution particulitre, Pes- clavage, n’est qu’un prétexte A discours pour les abolitionnistes, ‘Tout le monde sait que le Nord est jaloux de la prospérité du Sud et qu’ll veut notre ruine. EDOUARD BRODERICK Laissons cela, ma soeur. Je voudrais que Regina fat bien persuadée qu’ Porigine de cette ctise que nous ttaversons, il y a le désic des Etats du Sud de se gouverner comme ils Pentendent. La Constitution le leat permet. Elle 2 méme prévu le cas Pune Sécession, Ce qui veut dire que nous avons le droit de nous séparer de ?’Union si bon nous semble. 52 SUD REGINA, Sans Pesclavage, il n'y aurait pas eu de ctise, Mrs, STRONG Petite obstinge, qui travaillera dans les champs de coton si tu n’y mets des aoits? Un blanc en est incapable. Sais-ta ce qui est arrive aux Mac Clure? Ils avaient des théories sem- blables aux tienes, bien qu’ils soient du Sud, eux, Ils avaient les idées nouvelles. La libéra- tion progressive ne leur pataissait pas suffisante, ‘Alors, en 58, ils ont donné la clef des champs jusqu’aux detniers de leurs esclaves, d’un seul coup. Ils ont cru @abord quills trouveraient des blancs pour travailler dans les champs de coton, On leur a ti au nez, Ensuite ils ont cherché des noirs qu’ils se proposaient de payer, les innocents, mais les. ni senfuient dans le Nord. Aujourd’h famille, qui était une des premigres du Sud, est tuinée, mais ruinge A un point que fa ne saurais te figurer, TI pleut dang leur salle A manger. L’herbe enyahit lent planta- tion, SUD 3 Ms, STRONG La voili toute gtisge @idéalisme A_ bon marché. (Limitant :) « Ils ont libété leuts esclaves... » On voit bien que tu n’en as jamais eu. Si tm savais la tentation que cela peut étre de les envoyer tous promener, les esclaves : les femmes avec leurs grossesses en sétie, les hommes avec leuts querelles, les négrillons sans cesse malades et gur qui je dois veilles, moi, parce que leuts méres en sont incapables... Et qui leut apprend A lire, qui leur apprend leur catéchisme? Cest moi, ma fille. Les renvoyer! C'est trop facile. D’abord ils reyiennent. REGINA Pas tous, d’aprés ce que dit mon oncle, Quelques-uns faient vers le Nosd, vers la liberté. MIs, STRONG La libertél Tu me fais site, Nord! Le Nord les méprise. Ah! qu’on les ptenne ct qu’on les renvoie tous en Aftique @od ils n’auraicat jamais df sortit, ou qu’on en fasse cadeau, en bloc, aux vertueux Euto- péens qui sapitoicat sur leur sort, 4 Napo- 54 SUD Ion TIT et & Victoria, Voila trente ans qu’on nous dit qu’ils vont se tévolter ct nous massa- cret tous. Je les en crois incapables. Ce sont des enfants, EDOUARD BRODERICK Des enfants, oui. Des enfants perdus que la Providence nous a mis sur les bras. Mrs. STRONG Oh, Edouard, tu m’agaces quand tu parles de la Providence! Demande aux descendants des négtiets d’Eutope si est Ia Providence qui a vendu aux colons du Nord les ancéttes de nos noits, Non, mon ami, Phistoire nest pas aussi simple, REGINA Mon onde, si vous le permettez, je vais me retirer. EDOUARD BRODERICK Comme tu youdrtas, mon enfant. (Resina sort par la gave. A Mrs. Strong 3) Tu as scandalisé cette petite, Pe ag ee eee SUD 55 Mrs, STRONG Je Yai scandalisée, moi? EDOUARD BRODERICK. MS. STRONG (Edouard Broderick. *éloigne vers [a droite.) LAN, 2 mi-snin. La méthode avait du bon. Mrs. STRONG est-ce pas? Je suis sre que chez vous, en Pologne... IAN Oui. 56 SUD Mr8, STRONG Quand j’étais jeune, il y avait toujours une baguette de bouleau dans Ja chambre de ma mére. Je vous assure que les domestiques obéissaient sans se faire pricr. Cétait le bon vvieux temps. TAN Voyez-vous encore Mile Regina installée & ‘Tomotly avec ses cent esclayes et son mati abo- litionniste? Mis. STRONG Jeune homme, vous versez qu’elle Pépousera et qu’ils gasderont leurs esclaves. Quand on 2 taté de la pauvreté... TAN Mais si clle part? Mts. STRONG Elle ne partira pas quand elle aura vu le jeune ‘Mac Clure. uN Vous m’avez dit que yous croyiez aux mi- racles. Je suis curicux de voir celui-ci. (Edouard Broderick revient vers le miliew & Ie stint.) SUD 57° Mrs, STRONG Qu’est-ce que tu as donc, Edouard? Tu aves pas malade? EDOUARD BRODERICK Mais non. Cette conversation avec Regina ma fait de la peine, je Pavone. Je la sentais si convaincue.., Lieutenant, que pensez-vous de ces questions brilantes qui séparent le Nord et le Sud? IAN Monsieur, je n’ai pas davis & exprimer sur une question que je connais mal, A vrai dire, la politique 2 moins dattrait pour nous autres militaires que pour les civils. Nous attendons que des discours sorte la guerte, comme cela se produit d’habitude, Notte tache est alots de battte Pennemi. MES. STRONG Je n’aime pas que yous disiez cela dune yoix si froide et si douce, On ditait que les premitces batailles ont dé eu lien. TAN Si cela était, je ne serais pas ici. 58 Sue Mrs. STRONG Mon Dieu, je voudrais étre plus vieille de trois mois! Dans trois mois, nous saurons, et la question sera réglée @une fagon ou d'une antfe, méme si nous avons la guerre. Ah! voila que moi aussi je parle de cela. Mais il n’y aura pas de guerre, (Elle remue dans son fautenil.) Pai chaud. Je sens que cette fin de journée va ¢tte difficile, Lieutenant Wiczewski, aidez- moi & me lever. Il n’y a pas air ici, Je vais attendre nos invités sur la vétanda... (Wiexewski Paide & se lever et elle sort ‘par la droite.) SCENE IH HDOUARD BRODERICK Licutenant, je ne vous cache pas que je suis inguiet. - TAN Tl faut garder toute sa téte dans des moments comme celui-ci. EDOVARD BRODERICK Je me demande comment yous faites pour demeuter aussi calme. IAN Cela fait partie de notre méticr. EDOUARD BRODERICK Je sais, Sus le champ de bataille, le soldat ne doit tirer que lorsquil voit le blanc des yeux de Vennemi, Mais je ne suis pas un soldat et il mest difficile de me domincr, ‘attendre. Atteadse est épouvantable. (Silewce.) 60 SUD eee Je suis heureux que vous soyer lA. Oui, votre Présence nous donne quelque chose 3 tous, malgté... dois-je le dire? * (Wiezensk fait wn geste.) Malgré cet uniforme. Oh! comprenez.moi Bien + il est tout a fait normal que vous le por- tiez encore, Nous ne sommes pas en guente, Vous étes un officier dans Parmée des Etats, Unis, Il suffit que demain une de nos tétes brblées ouvre le feu pour que cet uniforme sche celui... TAN De Pennemi? EDOUARD BRODERICK Excusez-moi. Ma langue est étonnée des Hol Gell prononce, Depuis quinze jours, Hen ne patuit plus vrai. Je suis sir que vous étes pour nous, avec nous, IAN En avez-vous jamais douté? EDOUARD BRODERICK Pas pltis que je ne douterais de mon dls Mats Tangoisse... Vous ne saver pas ce que Cest que Pangoisse, SUD eo Non. HDOUARD BRODERICK TLy a des moments od je ne vois plus re Je voudrals avoir I foi de Regine oe is i trouble: is a dire des choses qui me at et parfo aontigoate je sens quelle a Is foi, Ble crt elle Sappule sar quelq'nn ox quelgue chose Yon ne voit pas. Moi, il me semble que j fis semblant—'wa pen, Tle faut, ‘yous com prenez. Je nc suis pas stir. Elle est sire. (Silence. (Wiczewshi incline, Silence aster, proloneé.) IAN Jai des ordres A donner 4 mon ordonnance. ee ‘Me permettez-vous de me retizer? EDOUARD BRODERICK, iisfement. Faites tout ce que vous voudtez. (an sort.) — 62 ST, Pour moi, je ne puis rester dans cette pidce ov j’étouffe. (UL se dirige vers le fond.) On finit par prendre en b Yous voient soufftir, (Hl francbit le senil de la grande porte di fond et sarréte entre les coloanes. | les murs qui Mon Dieu, si tu pouvais exister pendant une minute... Comme j'itais vers toi (A ce moment, parait a gauche Jimmy, IL se retonone vers quilas'an qu'on ne voit pas, Edenard Broderick s*éoigne un pen entre ler colomnes.) SCENE IV jaan v fe a (II frappe du pied.) Entrez, puisque je vous le dis. Veux-tu venir, toil : (U2 allonge te bras et prend par la main un rheyillon qi guide wn iris views migre avengh of vétw dime redingote roire.) um nigntiion, df se débat un pen Jrai peut. Cest défendu. maw i je le permets. Ge n'est pas défendu, puisque je le pe Disbord Unde John a toujours le droit eatrer ici, Papa Ya dit. UNCLE JOHN, an ngrillon. Od sommes-nous, petit? 64 SUD 1 Boe ee Jiarr Au grand salon, UNCLE Jorn peg Bender Si y 2 ca monde je m’en vais, i Jnasr Il a'y a personne, Je vais aller Uncle Jotun, demandes ce chercher papa, ‘mais Vous me prometter de taj que je vous ai dit? UNCLE Jorn _J& vous promets de Iui en Parler, monsieur Viney sore Par la droite. Le vieillard ot Venfant restent deboutan millon dy salon, sans bovser et la main dans la mi rain.) Petit, segatde bien ce stlon ot nous sommes, in EPH Pee toe curanalon dae toute ta vie. Ly siicritton Quiest-ce que c'est quran salon, grand-pare> LE NEGRILLON Ils ne peuvent pas causer dehors? UNCLE JORN Dehors, il fait trop chaud pour Jes blancs, rop de s alors il fait trop frais, pee 1 oe cal ae gic ea nine LE NIIGRILLON Pourquoi? UNCLE JOHN Parce que est ainsi, Parce que le Seigneur leur a donné une peau blanche. Li NHGRILLON é une peau i ne mia-til pas donné 1 - wea moi aussi, Je Seigneur, dis, grand. pare? UNCLE JOIN Le Seigneur te donner bien plus que cela au Paradis, mon petit agnean. LE NEGRILLON ’ > La méme chose qu’aux blancs? SUD UNCEE Jorn, aprds une bdsitation, Je pense que oui, 1m wiGRiLton Grand-pete, est-ce que je } peux allonger doigt et toucher le fuatenil a basealed UNCLE JOHN Noa, tu ne dois tox macher 4 ri : ke ien, da tout chez (Edouard Broderick entre par la droite.) EDOUARD mropERIcK Bonjout, Uncle John, J% i > . Jespere grave ne vous amene, d aaa UNCLE Joun Monsieur Hdou: asd, sommes-n ne jous sculs dans HDOUARD BRODERICK Oui. I a’y 2 que votre petitfis,.. UNCLE JOUN, an négrillon, Enfant, va matt cf 7 attendre dans Pav. i bien sage. Na ae (Le nlerillon sort par ta gasche,) SUD 67 EDOUARD BRODERICK Asseyez-vous, Uncle John. (U1 le prend par la main et le mine & un canapé. Lui-méme reste debout,) UNCLE JOHN Je ctains de yous déranger, monsieur douard. Un dimanche aprés-midi... Le jour des invités... HDOUARD BRODERICK Les inyités fe seront pas JA avant un bon quart @heure, Bt puis, je suis sor que vous ne setiez pas venu si vous n’aviex quelque chose de particuliet 4 me dite. UNCLE JOHN Et si je nvavais rien de particulier a vous dite, monsieur Edouard? EDOUARD BRODERICK Je ne comptends pas. UNCLE JOHN Tout a Theure, en entendant mes. petits- enfants réciter des psaumes, j’ai eu Vinspitation aller vets vous. Le moment n’était pas bon. SUD ee Un dimanche et tous ces j Hil mais ce ‘est pes moi qui ai chois! le Froment. Je-ne savais pas da tout ce que j'aurais vous dire. Pourtant jai obei, vités qui EDOUARD DRODERICK Obéi? UNCLE JonN it : Pesprit sonfiie mis ma redingote ¥DOUARD BRODERICK Vous entendex qui greut, Uncle Jolin ACS | voix du Sei. "UNCLE Jouy Quelquefois, oui, #DOUARD BRODERICK Mais c'est peut-étre vo! tre é renez pont si voix Peace dhe res UNCLE joun Non, sa voix n’a que font les jamais avec Seigneur ne pas le méme son, Le bruj a F Le rut Pensées dans ta 8:0 n¢ s¢ confond Voix, da Seigneur, la yoix da 8¢ contond avec tien d’autre au ‘ SUD 65 Inonde et se teconnalt toujours. Vous sou- “yenez-vous du prophéte Bilie? Blie se tine fur le mont Horeb et il s'éleva un vent rible devant PEterel, et le vent brisa en piéces les rochers devant PEtemel. Mais le eur n’était pas dans le vent. Et apres le y cut un tremblement de terre, Mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terse. Bt apts le eremblement de tetre, un cendie, Mais le Scigneur n’était pas dans incendie, Et apres Vincendie, une petite voix lencieuse. Alors, le prophéte se couvrit le sage de son manteau. (Silence) ADOUARD BRODERICK Pourquoi me racontez-vous cela, Uncle John? UNCLE JOHN Jai pear pour cette maison. (Silence.) Crest peut-éire cela que j’avais 4 vous dire. EDOUARD BRODERICK, #/ s’assoit. Fist-ce 2 cause des rumeurs de guerre que vous pazlez ainsi? ot UD SUD Ey Ne UNCLE jou Uncle John, Cela suffit, méme pout un di- , manche: Jaffranchis mes esclaves peu 4 peu. DOUARD BRODERICK Sicest & un souley pensex, je ay crois py UNCLE JOHN ement des noir; 8 que v as du tos, | ee Dieu va quelquefois plus vite que nous, Par- donnez-moi de vous parler ainsi, Vous avez é trés bon pour moi, Vous m’ayez affranchi il ¥ a plus de vingt ans. Vous mavez donné une petite maison et un champ au bord de la route. Nous sommes restés sur la plantation patce que nous vous simons, et est parce que fous vous aimons que je me suis levé ce matin, en entendant les’ petits, ct que je suis venu vyers Yous. 5 (D?une voix: unit et sans ancune emphase.) UNCLE Jou Quoi qu’il arrive, les noj ae + les noits ne se souldveront EDOUARD pRoparicR Est-ce la libétation d’ an voulez me demander? esclave que vous UNCLE JOHN : La libération d’un es Fandinie pen 8 esclave ne suffrai les libérer t ‘aut pas, I ae Mais Dieu va passer au milieu de nous, et yous savez ce que cela veut dire. Ici méme, tpovarn sropm PRICK : c dans cette maison, Dieu passera. . A fous en parlez a votre aise, que vous Cest ma rai i voulez, ae EDOUARD BRODERICK UNCLE Joun Que dites-vous? Dieu passers... Si vous m i © petmettez de vo i siewt Edouard” a Nous Ie dire, mon. e UNCLE JOHN. , je vous aimerai i que perdu, imerais mieux tuiné Qu’y a-til desire moi, monsieur Edouard? EDOUARD BRODERICK Dertidre vous? Mais la grande fenécre qui souyse sur la plantation, EDOUARD BRODERICK, i/ s¢ (eve, Jai deja ; Sf entendu un sermon tout 4 Pheure par pct Lo SOD SUD 2B UNCER JoHN Bt a droite et & gauche de moi? EDOUARD BRODERICK A er Gauche, ‘une porte qui mene a la veranda. A votre droite, I, Porte par lagu sorte par laquelle UNCLE Jom EDOUARD BRODERICK (Pourguol aie rappers maid Quraie WBD UNCEE jor EDOuARD BRODERICK es ERAS POOIIO even sme UNCLE JOHN, doucement. ae Aa man poate EDOVARD BRODERICK Mais comment? UNCER Jou, méme ton, (Ul s0 eve.) Donnez-moi votre main, s'il vous plait, et menez-moi vers Ia porte. (Lous dese se divigent vers la gauche.) Jai quelque chose & vous dire au sujet de votte jeune fils. I] youdtait sortir demain avec Ie lieutenant étranger. EDOUARD BRODERICK Je sais, Le lieutenant Wiczewski. Mais ce n’est pas un éttanger. UNCLE JOHN Ii nvest pas de chez nous, monsieur Edouard,