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UNIVERSITE PARIS DIDEROT (PARIS 7)

École Doctorale
Économies, Espaces, Sociétés, Civilisations – EESC

DOCTORAT
Histoire contemporaine

ÉLODIE JAUNEAU

La féminisation de l’armée française
pendant les guerres (1938-1962) :
enjeux et réalités d’un processus irréversible

Thèse dirigée par Gabrielle HOUBRE

Soutenue le 14 novembre 2011

Jury
M. Luc CAPDEVILA Professeur, Université Rennes II
Mme Odile GOERG Professeure, Université Paris Diderot-Paris 7
Mme Gabrielle HOUBRE Maîtresse de conférences habilitée à diriger
des recherches, Université Paris Diderot-Paris 7
M. Fabrice VIRGILI Directeur de recherche, CNRS
Mme Danièle VOLDMAN Directrice de recherche, CNRS

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La féminisation de l’armée française
pendant les guerres (1938-1962) :
enjeux et réalités d’un processus irréversible

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4

À mes grands-parents

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REMERCIEMENTS

En premier lieu, je remercie ma directrice de thèse, Gabrielle Houbre. Dès ma première
année à l’université, elle m’a initiée à l’histoire des femmes et du genre en me permettant de
travailler sur les mémoires d’Adelheid Popp. Après avoir suivi son enseignement « Femmes et
politique – France, 1789-1945 » en licence, elle acceptait l’année suivante de diriger ma
maîtrise… Première étape d’une longue collaboration qui m’a amenée jusqu’au doctorat. Je lui
exprime ici toute ma reconnaissance pour sa disponibilité de chaque instant, son écoute, sa
confiance, ses conseils et son soutien sans faille qui m’ont aidée à surmonter les obstacles qui ont
jalonné ce travail. Ces quelques lignes résument hélas trop brièvement ma profonde gratitude.
J’adresse également mes plus sincères remerciements au Conseil Régional d’Île de France
et à l’Institut Émilie du Châtelet qui ont accepté de financer mes recherches pendant deux ans. Les
séminaires et « journées jeune recherche » organisés par l’IEC ont été une source considérable de
réflexion et d’enrichissement intellectuel.
Merci à mon École Doctorale et au Laboratoire « Identités – Cultures – Territoires » qui
ont toujours su répondre à mes questions et qui m’ont guidée dans les méandres administratifs de
fin de thèse.
Au département d’Histoire de l’Université Paris Diderot – Paris VII qui, en me faisant
confiance – d’abord comme monitrice puis comme Attachée Temporaire d’Enseignement et de
Recherche – m’a permis de poursuivre ma thèse dans les meilleures conditions possibles tout en
m’intégrant pleinement au sein de son équipe enseignante.
Aux enseignant-e-s que j’ai été amenée à contacter pour obtenir de l’aide sur des points
précis et qui ont toujours su prendre le temps de me répondre.
À l’ensemble des personnels administratifs, civils et militaires, qui m’ont accueillie et
orientée dans mes recherches aux archives ou dans les bibliothèques. Il est malheureusement
impossible de tous-tes les citer ici tant ils/elles sont nombreux-ses.
Aux associations, sans qui la rencontre avec d’anciennes militaires auraient été quasiment
impossible. Je remercie chaleureusement toutes les femmes qui ont accepté de me répondre et
parfois même de me communiquer leurs archives personnelles. Elles sont toutes mentionnées à la
fin de ce mémoire et j’espère avoir retranscrit au mieux leurs expériences. J’ai également une
pensée particulière pour celles qui nous ont quittés depuis le début de ce travail en 2005.
Enfin, celui-ci n’aurait pu aboutir sans le soutien inconditionnel de mes proches.
Ma mère, lectrice et correctrice acharnée qui, depuis ma maîtrise, est devenue experte en
détection de coquilles, pléonasmes, barbarismes et autres incohérences rédactionnelles. Elle qui
m’a toujours encouragée, et sans qui des études aussi longues n’auraient jamais pu être menées :
qu’elle soit ici remerciée pour cet immense dévouement. Ce mémoire dans sa version définitive
est également un peu le sien.
Agnès, ma conseillère attitrée en statistiques et graphiques qui – parfois à des heures
indues – a donné de son temps pour m’aider à résoudre bien des problèmes.
« Les Filles » – dont l’amitié sans faille m’a apporté distraction et décompression mais
également conseils et soutien – ont elles aussi contribué à faire de ce mémoire ce qu’il est
aujourd’hui en passant plusieurs heures à le relire.
Caroline, Vincent, Gabin, Léna, Roméo, Estelle, Anthony, Léo, Alain et Hélène : ma
« grande famille » qui suit depuis plusieurs années les pérégrinations de mon travail.
Et enfin, Odette et André Coubard qui, pour avoir vécu la triste expérience de la Seconde
Guerre mondiale, m’ont donné le goût de l’histoire il y a longtemps déjà.

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SOMMAIRE

INTRODUCTION .................................................................................................................... 15

CHAPITRE I – De la loi Paul-Boncour à la Seconde Guerre mondiale : nouveau
regard sur la mobilisation des femmes dans l’armée française ........................................ 45

I. De la loi Paul-Boncour à la Résistance : naissance de la féminisation de l’armée
française.................................................................................................................... 47

II. 1944-1945 : conséquences et héritage de la mobilisation des femmes ...................... 126

CHAPITRE II – La guerre d’Indochine : nouvelle étape de la féminisation de
l’armée française .............................................................................................................. 183

I. Partir en Indochine : une nouvelle vague de féminisation de l’armée ....................... 186

II. Les paradoxes de l’engagement militaire féminin en Indochine : la
reconnaissance par la loi et l’amnésie de la mémoire guerrière ................................ 253

CHAPITRE III – D’une guerre à l’autre. L’engagement des femmes de l’Indochine à
l’Algérie............................................................................................................................. 299

I. Le retour de « celles qui ont fait l’Indo » : quelles perspectives ? ............................ 302

II. L’Algérie : nouvelle expérience de guerre au féminin ............................................. 338

CHAPITRE IV – Trois guerres vectrices de la féminisation de l’armée française ........... 423

I. L’armée française entre 1938 et 1962 : la fin du monopole masculin de la guerre .... 424

II. La féminisation inachevée d’un bastion masculin .................................................... 464

CONCLUSION...................................................................................................................... 531
ANNEXES............................................................................................................................ 539
SOURCES ............................................................................................................................ 613
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................. 661
TABLE DES MATIERES ........................................................................................................ 725

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ABREVIATIONS DES LIEUX DE RECHERCHE CITES

AN Archives Nationales (Site de Paris)
BDIC Bibliothèque de Documentations Internationale et Contemporaine
BMD Bibliothèque Marguerite Durand
CHETOM Centre d’Histoire et d’Études des Troupes d’Outre-Mer
ECPAD Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense
IHTP Institut d’Histoire du Temps Présent
INA Institut National de l’Audiovisuel
SHD Service Historique de la Défense

SIGLES ET ABREVIATIONS MILITAIRES

– Qui demandez-vous ? – Le QG des AFAT des FA. […]
[Devant la porte des toilettes des dames, il s’interroge]
– « LADIES »… Laboratoire de l’Armement et la Défense Interalliés…
Cary Grant dans Allez coucher ailleurs d’Howard Hawks (1949)

A
AA Armée de l’Air Affaires Algériennes
AEF Afrique Équatoriale Française
ADIR Association des Déportées et Internées de la Résistance
AFAT Arme / Auxiliaire / Armée Féminine de l’Armée de Terre1
AFFF Amicale des Forces Féminines Françaises
AFN Afrique Française du Nord
AMG Assistance Médicale Gratuite
ANAS Association Nationale des Assistantes Sociales
AOF Afrique Occidentale Française
ATS (Women’s) Auxiliary Territorial Service (Royaume-Uni)
ASFA Action Sociale des Forces Armées

B
BCRA Bureau Central de Renseignement et d’Action
BE Brevet Élémentaire
BM Bataillon Médical / Base militaire
BMC Bordel Militaire (ou Mobile 2) de Campagne
BRMC Bureau de Reclassement des Militaires de Carrière

1
Certains sigles comme AFAT sont en fait des acronymes. Ils se prononcent comme des noms communs
ordinaires et non en distinguant les lettres qui les composent.
2
Bernard Fall, Guerres d’Indochine, France 1946-54, Amérique 1957, Paris, J’ai Lu, p. 143 et Pierre Carles, Des
millions de soldats inconnus, La vie de tous les jours dans les armées de la IVe République, Paris, Lavauzelle,
1982 (1959), p. 99.

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C
CA Corps d’Armée
CAA Centre Administratif de l’Air / Corps d’Armée d’Alger
CAC Corps d’Armée de Constantine
CAO Corps d’Armée d’Oran
CAFAEO Corps Auxiliaire Féminin d’Assistance en Extrême-Orient
Corps Auxiliaire des Forces Armées d’Extrême-Orient
Corps Administratif des Forces Armées en Extrême-Orient
Cadres Administratifs des Forces Armées d’Extrême-Orient1
CCFA Commandement en Chef des Forces en Algérie
CEF Corps Expéditionnaire Français
CEFI Corps Expéditionnaire Français en Italie
CEFEO Corps Expéditionnaire Français d’Extrême-Orient
CEMJA Centre d’Enseignement des Monitrices de la Jeunesse d’Algérie
CFJA Centres de Formation de la Jeunesse d’Algérie
CFF Corps Féminin de la Flotte2
CFT Corps Féminin des Transmissions
CFTEO Commandement des Forces Terrestres en Extrême-Orient
CFVF Corps Féminin des Volontaires Françaises (CVF plus fréquemment utilisé)
CHOLF Commission d’Histoire de l’Occupation et de la Libération de la France
CIPFI Centre d’Instruction du Personnel Féminin pour l’Indochine
CLAEO Corps de Liaison Administrative en Extrême-Orient3
CMLAEO Corps Militaire de Liaison Administrative en Extrême-Orient4
CNF Comité National Français
CR Compagnie de Ramassage
CRF Croix-Rouge Française
CRPFI Centre de Regroupement du Personnel Féminin pour l’Indochine
CSDN Conseil Supérieur de la Défense Nationale
CVF Corps des Volontaires Françaises (ou féminines)
CWAC Canadian Women’s Army Corps

D
DB Division Blindée
DBLE Demi-brigade de la Légion Étrangère
DCA Défense Contre les Aéronefs
DFL Division Française libre
DGG Direction Générale du Gouvernement
DGGA Délégation Générale du Gouvernement en Algérie
DI Division d’Infanterie
DIA Division d’Infanterie Algérienne
DIC Division d’Infanterie Coloniale
DIM Division d’Infanterie Marocaine
DMM Division Marocaine de Montagne
DPMAA Direction du Personnel Militaire de l’Armée de l’Air
DPMAT Direction du Personnel Militaire de l’Armée de Terre

1
Marc Le Maire, Le service de santé militaire dans la guerre d’Indochine, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 76.
2
Albert Maloire, Femmes dans la guerre, Paris, Éditions Louvois, 1957, p. 195.
3
Équivaut à CMLAEO et/ou CAFAEO
4
Appellation équivalente du CLAEO

11

DPMM Direction du Personnel Militaire de la Marine

E
EIPMF École Interarmées du Personnel Militaire Féminin
EM État-major
EMI État-major Interarmées
EMIFT État-major Interarmées des Forces Terrestres
EMSI Équipe Médico-Sociale Itinérante
EPFAT École des Personnels Féminins de l’Armée de Terre
EVASAN Évacuation Sanitaire

F
FAFL Forces Aériennes Françaises Libres
FAEO Forces Armées d’Extrême-Orient
FEFEO Forces Expéditionnaires Françaises d’Extrême-Orient
FFA Forces Féminines de l’Air
FFAT Formations Féminines de l’Armée de Terre
FFF Forces Féminines Françaises
FFL Forces Françaises Libres
FNFL Forces Navales Françaises Libres
FTCV Forces Terrestres du Centre Viêt Nam
FTEO Forces Terrestres en Extrême-Orient
FTNV Forces Terrestres du Nord Viêt Nam

G
GCM Groupe Chirurgical Mobile
GMC General Motor and Co (Camions…) / Groupe Mobile Chirurgical
GMMTA Groupement des Moyens Militaires de Transport Aérien
GPRF Gouvernement Provisoire de la République française

I
IPSA Infirmière Parachutiste / Pilote Secouriste de l’Air

J
JMO Journal de Marche et d’Opérations

L
LCS Landing Craft Support
LCT Landing Craft Transport
LS Liberty Ship
LST Landing Ship Transport

P
PC Poste de Commandement
PF Personnel Féminin
PFAA Personnel Féminin de l’Armée de l’Air
PFAM Personnel Féminin de l’Armée de Mer
PFAT Personnel Féminin de l’Armée de Terre
PFFAAT Personnel Féminin des Formations Auxiliaires de l’Armée de Terre
PFM Personnel Féminin de la Marine

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PFT Personnel Féminin des Transmissions
PMFAA Personnel Militaire Féminin de l’Armée de l’Air
PMFA Personnel Militaire Féminin de l’Air / de l’Armée 1 / des Affaires Algériennes2
PMFAT Personnel Militaire Féminin de l’Armée de Terre
PFSO Personnel Féminin Sous-officier
PMFSSA Personnel Militaire Féminin du Service de Santé des Armées

R
RA Région Aérienne
RAF Royal Air Force
RBFM Régiment Blindé de Fusiliers Marins
RC 5 Route Coloniale n° 5
RCCC Régiment Colonial de Chasseurs de Chars
RI Régiment d’Infanterie
RIC Régiment d’Infanterie Coloniale
RICM Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc
RM Région Militaire
RMT Régiment de Marche du Tchad
RTM Régiment de Tirailleurs Marocains
RTS Régiment de Tirailleurs Sénégalais

S
SANA Section Automobile Nord-Africaine
SAS Section Administrative spécialisée
SAU Section Administrative Urbaine
SCA Service (ou Section) Cinématographique des Armées
SEFAT Secrétariat d’État aux Forces Armée Terre
SFA Service Féminin de l’Armée 3
SFFAT Service des Formations Féminines de l’Armée de Terre
SFF Service / Section Féminin(e) de la Flotte
SFJA Service de Formation de la Jeunesse Algérienne
SIRPA Service d’Information et de Relations Publiques des Armées
SPMFAA Spécialistes des Personnels Militaires Féminins de l’Armée de l’Air
SOE Special Operations Executive
SOFAT Sous-officier Féminin de l’Armée de Terre
SPA Section Photographique des Armées
SPFAT Service / Spécialistes du Personnel Féminin de l’Armée de Terre
SSA Service de Santé des Armées
SSA(F) Sections Sanitaires Automobiles (Françaises)
SSBM Société de Secours aux Blessés Militaires
STO Service du Travail Obligatoire

T
TED Tableau d’Effectifs et de Dotations
TFEO Troupes Françaises d’Extrême-Orient

1
Appellation beaucoup plus rare.
2
Ainsi mentionné dans plusieurs documents de la sous-série 1H du SHD relative à l’Algérie..
3
Jacques Sarraz-Bournet, Contribution à l’étude de la psychopathologie dans le personnel féminin de l’armée,
Paris, Imprimerie R. Foulon, 1953, p. 62.

13

p.. cit. Contribution à l’étude … op. 24 14 .TOE Théâtre des Opérations Extérieures U UA Unité Administrative V VMF Volontariat Militaire Féminin VF Volontaire Française / Féminine W WAAC Women’s Auxiliary Army Corps WAAF Women’s Auxiliary Air Force WAC Women’s Auxiliary Corps WACS Women’s Army Corps Service WAVES Women Appointed for Voluntary Emergency Service WRAC Women’s Royal Army Corps WRNS Women’s Royal Navy Service WRS Women’s Royal Service1 1 Jacques Sarraz-Bournet.

30. M. INTRODUCTION « Jamais la femme ne sera l’égale de l'homme dans ce métier. Les Cahiers du GRIF. la violence et le combat. et celui de la pluridisciplinarité d’autre part. il n’en est pas moins complexe et jalonné de réflexions. Femmes et forces armées : histoire d’une relation chaotique La présence des femmes au front n’est pas une nouveauté mais les relations qu’elles entretiennent avec les forces armées. Q. sa pertinence est loin d’être évidente. Histoire et historiographie des femmes dans l’armée Bien que le lien entre les femmes et les forces armées soit prégnant depuis des siècles. juillet-août 1957. p. Les femmes militaires sont-elles un sujet d’histoire ? En envisageant d’y répondre à l’aide du genre comme « catégorie utile d’analyse historique »2. 1053-1075. n° 43. décembre 1986. Bellone. Si la féminisation de l’armée apparaît comme un sujet attractif. « Le genre : une catégorie utile d’analyse historique ». « Le genre de l’Histoire ». de Cherbourg faisait paraître une réponse ». A useful category of historical analysis ». 15 . de mythes et d’interrogations sur la légitimité d’une telle relation. Q. M. L’intérêt d’un tel sujet s’inscrit dans une histoire et une historiographie plus larges. Scott. Partant de ce postulat défendu par un quartier-maître en 19571. quoi qu'elle fasse. après avoir répondu à ces différentes problématiques. Il s’agit alors de démontrer que ce sont les guerres qui ont entraîné la féminisation de l’armée. n° 5. il apparaît clairement que deux nouveaux angles d’approche se dégagent : celui des interférences entre le genre. 2 Expression empruntée au titre de l’article de Joan W. The American Historical Review. p. Cherbourg. Wattel. 1. ne sont pas pour autant 1 Grade de la marine nationale équivalent à caporal (quartier-maître 2e classe) ou caporal-chef (quartier-maître 1e classe). M. Enfin. n° 37-38. I. […] La femme soldat est un être hybride et asexué ». étudier l’histoire du processus de féminisation de l’armée française par le prisme des guerres entre 1938 et 1962 soulève plusieurs interrogations connexes. p. 139 qui reprend en grande partie celui-ci : « Gender. la présentation des sources révèlera qu’il s’agit incontestablement d’un sujet d’histoire. Au terme de ce premier point se pose la question de la légitimité du sujet. Comprendre comment et pourquoi l’armée française s’est féminisée à partir de la Seconde Guerre mondiale implique de tenir compte d’une autre histoire : celle des relations entre l’armée et les femmes dans son acception la plus exhaustive. les guerres et l’histoire militaire d’une part. 1988. Wattel. « En juin.

. p. « Les amazones font la guerre et l’amour ». Des amazones de l’antiquité aux cantinières de l’époque contemporaine. J. elles vivent entre elles et sans eux : « l’amazone. Rochevigne. les armes à la main. 1993. Déjà dans la Grèce antique. 12. tueuses d’hommes. Elle repose en partie sur des témoignages ou des études décrivant ces guerrières qui se seraient mutilé la poitrine pour gagner en puissance et en technique dans le maniement de l’arc ou de la lance : par exemple Diodore de Sicile (1er siècle av. guerrières. 2 L’étymologie du mot est aujourd’hui contestée. la distribution des rôles sexués repose sur une normalité qui associe les femmes au plaisir des hommes. p. de critiques. dir. p. les amazones2 sont avant tout des « barbares » incarnant l’antonymie des femmes grecques. elles incarnent toutes les transgressions des lois du genre. L’héritage du passé occupe ainsi une place très importante dans l’analyse de la féminisation de l’armée. L’Ethnographie. sur de solides valeurs de genre visant à déconstruire l’image des femmes au front.). ces combattantes ont généré de nombreux mythes. Paris. et elles font parler d’elles. mais toujours mentionnée. 1980. 28. Dans l’Iliade3. Didier Eribon. Barbares. 4 Cité par Christine Bard et Sandra Boehringer. Dans ces domaines traditionnellement et « naturellement » réservés aux hommes. cit. d’analyses et parfois de légendes. célibataires. 12. Larousse. Larousse. Pour Aristote. la vraie. En 1494. J-C. n’a pas de mari »5. 1984. elles sont même « tueuses d’hommes4 ». parce qu’elles ne sont pas grecques. « Les amazones font la guerre et l’amour ». p. « Amazones ». Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes. 5 Jeannie Carlier-Détienne. peuplade de femmes guerrières à la poitrine mutilée qui aurait donné son nom au fleuve Amazone : Christine Bard et Sandra Boehringer.. op. p. Se comportant en hommes. LXXXVI. faisant d’elles des femmes hors norme. pour la plupart. virilisées et avilissantes pour la « nature féminine » si précieuse aux yeux des hommes pour l’organisation de la société. 13. Christophe Colomb affirme avoir rencontré des amazones vivant séparées des hommes. 2003. il faut parfois remonter à des temps anciens pendant lesquels des femmes se sont battues comme les hommes. Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine Paris. Dictionnaire des cultures… op. cit. elles ont prétendu – comme les hommes – être les défenderesses de la patrie. En retrait de la vie politique et de la guerre. 28. « Amazones ». Paris. au foyer et à la pérennité de la cité en produisant des « fils qui ressemblent à leurs pères »1 . contre nature. n° 1-2. Loin d’être glorifiées. Homère les qualifie d’« anti- homme ». p. 3 Rédigée entre le IXe et le VIIIe siècle av. Hélène d’Almeida-Topor souligne qu’il s’agit en fait d’Indiens aux cheveux longs que les Espagnols auraient pris pour une « communauté de femmes guerrières » : Les Amazones. Le terme d’« amazones » est repris dans tous les travaux dédiés aux femmes 1 Jeannie Carlier-Détienne. les femmes sont l’objet. anti- hommes. dans laquelle il relate les guerres opposant Thésée aux amazones. En sortant des sentiers balisés du genre. 16 . dans plusieurs tomes de sa Bibliothèque historique ou encore Boccace dans sa Théséide en 1340. Dans cette logique. sans sein : Joël Schmidt. particulièrement lente et tardive en France.-C. a-mazos. les femmes actrices de la guerre ont alimenté des discours basés. les Grecques ne doivent pas faire parler d’elles. une armée de femmes dans l’Afrique précoloniale. Pour comprendre l’herméticité du bastion masculin de l’armée. 22. depuis longtemps déjà.constantes.

.. 7 Marina Yaguello. Réalité et représentations des Amazones. mais aussi l’évolution de cette appellation au cours des siècles. dir. 353-354 et. p. L'Harmattan. Pierre Larousse précise ainsi qu’il s’agit par analogie de « femmes hardies aux habitudes viriles »6. « L'âge des amazones ». Travestissement féminin et liberté(s). 213-224. Belfond. 17 . Les Amazones… op. 2004. sont assimilées à des féministes. Nicole Pellegrin. Clio Histoire.en armes. 6 Pierre Larousse. 43-69. p. ce sont les amazones du Dahomey4 qui investissent le devant de la scène guerrière. Grand dictionnaire universel du XIXe siècle. Larousse. Dans sa définition des amazones. 2008. Paris. 1998. Cécile Voisset-Veysseyre. cit. 2006. Réalité et représentations des Amazones. op. « Un archétype de l’amazone dans le théâtre classique allemand : Jeanne d’Arc dans La Pucelle d’Orléans de Schiller ». c’est non seulement le caractère singulier de ces femmes en armes qui combattent comme des hommes et souvent contre eux. dir. p. « Femmes travesties : un ‘mauvais’ genre ». L'Harmattan. p. plus proche de l’hommasse ou de la virago que de la « femme d’un courage mâle et guerrier »7. 3 Voir sur ce sujet : Dominique Godineau. L'Harmattan. L'éducation des jeunes filles au temps de George Sand. n° 10. 98. Il semble donc que ce soit la simple transgression féminine d’une appropriation de l’équitation qui leur ait valu cette appellation puisque les amazones montaient en fait à califourchon. n° 20. Le sexe des mots. C’est pourquoi toutes celles qui prennent les armes pendant la Révolution ou la Commune sont elles aussi qualifiées d’amazones3. « Les amazones dans le débat sur la participation des femmes au pouvoir à la Renaissance ». Paris. Tome 1. Guyonne Leduc. 2004 (1988). p. Des amazones et des femmes. 2010. Paris. Finalement. cit. 34. « Comment habiller Jeanne d'Arc ? Le travestissement féminin guerrier et quelques artistes anglais(es) et français(es) du premier XIXe siècle ». « Armées ». le courage reste une vertu exclusivement masculine : femme d’un courage mâle 1 Sylvie Marchenoir. 1999. De telles guerrières peuvent rapidement devenir des héroïnes – ou des saintes comme Jeanne d’Arc – mais rompent avec les attributs traditionnels de la nature féminine 5. Femmes et Sociétés. ce qu’il faut retenir des amazones. Michèle Hecquet. et « De la guerrière à la citoyenne : porter les armes pendant l’Ancien Régime et la Révolution Française ». p. Artois Presses Université. l’amazone devient peu à peu synonyme de transgression et de perversion. « ce qui était rarement un compliment » comme le souligne Gabrielle Houbre. le terme s’étend à l’équitation et désigne la monte à cheval féminine. p. « Le genre et l'habit. Arras. Il faut noter que dans les deux définitions. 5 Hélène d’Almeida-Topor. 416 p. Les femmes choisissant donc de monter comme des amazones et donc comme des hommes. Au XIXe siècle. Guyonne Leduc. 66 et 109-111. Au XIXe siècle. D’une figure plus ou moins mythique dont le courage et la vertu militaire ne sont jamais contestés. p. 114. 249. Paris. 1867-1890. 2 Éliane Viennot. 4 Ancien nom du Bénin. Clio Histoire. les deux jambes du même côté. 1989. la plus célèbre d’entre elles étant Jeanne d’Arc 1. Femmes et Sociétés. dir. Citoyennes tricoteuses : les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution Française. Perrin. citant lui aussi Jeanne d’Arc en exemple. p. Figures du transvestisme féminin sous l'Ancien Régime ». Éliane Viennot a récemment démontré que les guerres de religion ont fait « du mot ‘amazone’ un terme générique désignant les femmes engagées dans des actions militaires d’éclat »2. 13. Paris. 26. p. Paris.

tome 10. il affirme que « quand on lui 1 Alain Rey dir. les règles de leur admission au sein des troupes sont très restrictives : elles doivent être « unies et en légitime mariage à un sous-officier ou à un simple soldat du corps ». Paris. 4 En italique dans le texte. mais aussi féministes. certaines femmes intègrent les troupes françaises au moins jusqu’à la Révolution : cantinières. 5 (Et citation suivante) Ibid. p. la Convention. Paris. Comme le rappelle Pierre Larousse dans sa définition de « cantinière ». p. On sent poindre ici les craintes liées à la présence parmi les hommes de femmes célibataires. soins médicaux…etc. lessive. Paris. toutes les femmes adoptant des codes sociaux masculins.ou « femme forte ou courageuse comme un homme »1. Il va même plus loin en expliquant que la cantinière dénigre sa fonction maternelle. lasse des désordres occasionnés par les femmes qui perturberaient les troupes masculines. Laissant finalement croire que la cantinière serait quasiment un homme dans un corps de femme. En 1793. par extension. 128. En principe tenues à l’écart du champ de bataille. cit. pour elle. Jusqu’au XIXe siècle.. elles ne peuvent être enrôlées « que dans des circonstances exceptionnelles »4. Les mots des soldats. 58. Dictionnaire historique… op. Mais leurs tâches se diversifiant peu à peu. p. 4083 (tome 3). Décret du 30 avril 1793. traduction du terme latin de virago. Pierre Larousse.. Seules les cantinières y sont maintenues. on parle encore de vivandières pour désigner les femmes chargées de l’approvisionnement des troupes.. 1793. ce sont des femmelettes .). Larousse. cit. Belin. p. elles n’en sont pas moins exposées au danger. particulièrement quand elle a une fille qui « l’humilie » alors qu’un garçon « fait ses délices ». 610. 2004. 1998 (1992). Il achève son propos par une définition de l’identité sexuée de la cantinière qui en dit long sur les conséquences de l’immersion des femmes dans une sphère qui n’est pas la leur : « En général. Dictionnaires Le Robert. malgré le poids du passé ou des traditions. elle appartient à un sexe intermédiaire. sous-entendues libres de toute contrainte conjugale et morale. Dictionnaire historique de la langue française. hygiène. Pourtant. op. les amazones incarnent au fil des siècles toutes les femmes dont la « nature » est bafouée ou la perversion avérée : guerrières certes. ordonne de « congédier des armées les femmes inutiles »2. lesbiennes ou encore prostituées et. la cantinière professe le plus profond dédain pour toutes les personnes de son sexe .. c’est finalement celui de « cantinières » – apparu en 1792 qui est définitivement adopté : Alain Rey dir. Elles sont responsables du ravitaillement et de la gestion du quotidien (repas. vivandières ou combattantes souvent travesties. Paris. 18 . à quelque chose d’androgyne. beaucoup plus proche du sexe fort que du sexe faible »5. tome 3. 3 Odile Roynette. 290. parfois au péril de leur vie3. p. 1867-1890. Imprimerie Nationale. 2 Procès-verbal de la Convention Nationale. Tour à tour belliqueuses et transgressives. Et si elles sont veuves.

p. consulté le 18 mars 2010. Comme le rappelle Luc Capdevila. Les mots de l'Histoire des femmes. n° 30. masculinité militaire ». mai 2002 (volume 20). concernant les récompenses militaires. 1871- 1906 ». Légion d'Honneur. 2004. n° 1.legiondhonneur. dir. p. il ne les exclut donc pas de cette récompense. http://www. et pour récompenser aussi les services et les vertus civiles.1-22. « passant par la généralisation d’une identité masculine fondée sur l’archétype du citoyen-soldat. 2002. p. 9-10 4 Gil Mihaely. cit. tome 3. Dissemblances : jeux et enjeux du genre. op.demande combien elle a d’enfants […]. Éléonore Lépinard et Geneviève Pruvost. Paris. L’article ne mentionnant pas explicitement les femmes. Thèse de doctorat d’histoire sous la direction de Christophe Prochasson. cit. Agathe Gestin. il sera formé une légion d'honneur ». Voir également Thomas Cardoza.fr/shared/fr/ordresdecorations/lhlegislation.. « L'effacement de la cantinière ou la virilisation de l'armée française au XIXe siècle ». je ne m’occupe pas de ces choses-là’». Conseil Constitutionnel. voir Gil Mihaely. La législation de la conscription rejoint donc les lois de la nature qui attribuent aux hommes l’art de la guerre et aux femmes la sauvegarde du foyer. Revue d'Histoire du 19e siècle. 1867-1890. 395-397. War and Society. « Exceeding the needs of the service : the french army and the suppression of female auxiliaries. « armée (Femmes dans l’) ». C’est la création de la Légion d’Honneur le 19 mai 1802 qui permet par la suite d’honorer les femmes pour services rendus à la nation.5087. Rose-Marie Lagrave. EHESS. Paris.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/les-constitutions-de-la- france/constitution-du-22-frimaire-an-viii. en frisant la moustache 1 qu’elle enrage de ne pas avoir : ‘demandez à mon mari. Gil Mihaely quant à lui. http://www. Paris.conseil-constitutionnel.html 3 Luc Capdevila. consulté le 18 mars 2010. La seule raison qui semble justifier cet engagement féminin est celle d’une transgression identitaire évidente.. Larousse. a provoqué un mouvement systématique d’exclusion radicale des femmes de la caserne » 3. hybrides et asexuées. Mais ces rares hommages s’inscrivent dans une contradiction contextuelle. au moment même où la généralisation de la conscription au XIXe siècle amorce un retrait définitif des femmes de la sphère combattante. androgynes. « Pour une histoire culturelle de la guerre ». la formation des états-nations et des armées de conscription. Plus de soixante ans séparent la définition de Pierre Larousse de celle du quartier-maître Wattel.html et « Loi portant création d'une légion d'honneur du 29 Floréal an X (19 mai 1802) (Extraits) ». 2005. 290. L'Harmattan. L’article 1 er de la Loi portant création d'une légion d'honneur est ainsi formulé : « en exécution de l'article 87 de la Constitution. mais leurs conclusions sont les mêmes : les femmes dans l’armée n’ont pas d’identité propre : elles sont intermédiaires. 21. Pratiques et représentations masculines en France au XIXe siècle. « Pékins et vieilles moustaches : masculinité bourgeoise. les femmes sont parfois récompensées2. 101-116 et L'émergence du modèle militaro-viril. 19 . La Constitution du 13 décembre 1799 ne prévoit pas de récompenser des femmes à titre militaire. « Article 87 – Il sera décerné des récompenses nationales aux guerriers qui auront rendu des services éclatants en combattant pour la République » : « Constitution du 13 décembre 1799 ». p. La non-mixité est 1 Sur la moustache comme élément constitutif de l’identité militaire masculine. 2 Pierre Larousse. la conscription exclut par son principe même toute tentative de féminisation de l’armée. elle répond fièrement. Doublée d’une formation militaire dans un espace clos – la caserne –. associe l’effacement progressif des cantinières à un processus de « virilisation de l’armée française »4. p. p. op. Malgré cette transgression fréquemment dénoncée.

Giovanni Levi et Jean-Claude Schmitt. et aux femmes de leur assurer une descendance – masculine de préférence – qui passera à son tour sous les drapeaux. « Bons pour le service ». p. 1 Voir Michel Bozon. cette expression renvoie à « poupée gonflable ». tout en démontrant comment la conscription est un « rite de passage du monde de l’enfance dominé par des valeurs féminines à l’univers de l’homme adulte »6. Paris. Paris. Les conscrits. 3 Tels Jacques Bertillon qui fonde en 1896 l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française et qui défend l’idée d’une subvention de l’État en faveur des familles nombreuses dans « De la dépopulation de la France et des remèdes à y apporter ». Histoire des jeunes en Occident. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle. 4 Vincent Veschambre. 1896. 2007. L’âge des casernes. histoire et mythes du service militaire. 19-50. 1996. Le grand dictionnaire de l’argot militaire. Elle serait ainsi dotée car son père artilleur aurait glissé dans son corsage deux boulets. p. « L'épreuve militaire ». Seuil. p. p. dir. Presses Universitaires d’Angers. dir. 20 .alors un élément constitutif de l’identité virile des hommes 1. on en saisit mieux la péjoration : Jean-Marie Cassagne. la mère incarne quant à elle le foyer (sphère privée) et assure – en restant à sa place – le repos du guerrier et la pérennité de la nation. ou encore la « femme du capitaine ». Angers. Ainsi. 164. 155 p. la maternité et les familles nombreuses sont encensées par les anti-malthusiens3. 27-28. 1981. Paris. Paris. C’est également sur cette répartition des rôles sociaux que se base l’éducation des enfants : le père incarnant le courage militaire (sphère publique). tome 2 : l'époque contemporaine. qui évoque le fantasme des soldats rêvant de passer une nuit avec l’épouse de leur capitaine. Belin. Journal de la Société de statistique de Paris. 81. 1998. Doublée d’une concurrence entre les puissances militaires française et allemande. sont imprégnés de grossièreté ou d’expressions fortement connotées sexuellement dans lesquelles les femmes sont systématiquement associées à des situations négatives ou dégradantes. pour reprendre l’expression d’Odile Roynette. Éditions LBM. L’« âge d’or des casernes »2 entre 1870 et 1914 se met en place dans un contexte de revanche après la défaite française. « Coucher avec la femme plate » renvoie aux brimades infligées aux élèves de première année à St-Cyr qui sont contraints de dormir sur une planche. 7 Voir sur ce sujet : Sabina Loriga. De telle sorte que la caserne incarne un espace – au sens propre – de rupture avec les codes de l’enfance et les femmes7. comme « la fille d’artilleur » qui désigne une femme avec une forte poitrine. 2000. 6 Michel Auvray. 5 Odile Roynette. Paris. Plus que jamais. Pour relancer la natalité et potentiellement augmenter les effectifs militaires à venir. 2004. la caserne se mue en école du patriotisme en plus de celle de la virilité 4. Le genre des territoires. la saignée démographique causée par la guerre réaffirme la répartition des rôles. la construction de l’identité masculine guerrière passe aussi par le langage. il revient aux hommes de former les futurs soldats. Christine Bard. 26 et 202. La Tour d’Aigues. l’Aube. p. Les mots des soldats. Odile Roynette parle de « refuge des valeurs viriles5 » et Michel Auvray met en avant l’exaltation des valeurs masculines via une série de « rites et de mythes virils ». Enfin. 2 Expression fréquemment employée dans les ouvrages consacrés à ce sujet. p. un bastion masculin en mutation ». Berger-Levrault. 121. Quant on sait qu’aujourd’hui. « L’armée française.

Cette association entre citoyenneté politique et devoir militaire en dit long sur la négation des femmes dans les sphères de pouvoir 2. a souvent provoqué une crainte de leur masculinisation. Winter. voir Françoise Thébaud. La femme au temps de la guerre de 14... Avec la conscription et l’exaltation du citoyen-soldat. le principal reproche fait aux femmes vivant ou travaillant dans le milieu militaire a trait à leur moralité et leur comportement sexuel 3. Enfin. 613 et 617. p. cit. malgré une autre mobilisation économique féminine considérable à l’arrière. p. cette règle permettait aux plus riches de se faire remplacer. Gail Braybon. 21 .. op. Jean-Jacques Becker. Paris. En effet. tout individu de sexe masculin se doit de passer par la caserne en vue de venir grossir les rangs de l’armée revancharde. Mais comme le droit de vote. 3 Gil Mihaely. Et elle rappelle que « deuxième front » ou « combattantes de l’arrière » sont. Evidence. Armand Colin. Jean-Jacques Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau. La loi du recrutement de juillet 1872 instaure la conscription universelle 1. p. c’est l’infirmière qui symbolise la femme au front. Désormais. p. Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918.. 4 Odile Roynette. dir. Loin d’être émancipatrice 7. « L'effacement de la cantinière… ». 2 Vincent Veschambre. par exemple. Jay M. Elle ajoute que les expressions « enfiler des obus comme des perles » ou le diminutif « munitionnettes » rassurent sur « l’immuabilité de la frontière entre les sexes »5. Pendant la Première Guerre mondiale. « L’armée française… ». 7 Sur ce sujet. history and the Great War : historians and the Impact of 1914-18. Oxford New York. Si pendant la guerre l’infirmière est glorifiée. au contraire. Paris. bien que les femmes soient au cœur de la guerre en incarnant les « figures essentielles de ‘l’autre front’ ». 2004. la Grande Guerre a 1 C’est la fin de la règle du « tirage au sort » qui entraîne une augmentation du nombre d’hommes sous les drapeaux et crée une unité nationale. 107. 58. Annette Becker. Bayard. « La guerre et le deuil chez les femmes françaises ». fidélité qui s’exprime par le non- remariage et une éducation des enfants »6. 5 Françoise Thébaud. C’est d’ailleurs ce que stipulait l’article 1er de la loi Jourdan-Delbrel faisant de la nationalité française et de la conscription deux éléments constitutifs de l’identité du Français : « Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie ». Berghahn books. Stéphane Audoin-Rouzeau. 6 Françoise Thébaud. Guerre et culture 1914-1918. La suppression des cantinières en 1914 achève ce processus de virilisation et de (re)masculinisation absolue de l’armée 4. Comme le démontre Françoise Thébaud. op. cit. op. leur mobilisation dans les usines. virilisées par les féministes dans le but de briser les barrières du monopole masculin de l’expérience guerrière. 1994. 122. par-delà les origines géographiques et sociales. Les mots des soldats. cit. dir. 2003. Gerd Krumeich. on comprend mieux comment l’image de la cantinière vertueuse est peu à peu remplacée dans l’imaginaire collectif par celle de la prostituée. op. il s’agit d’un universalisme masculin. une héroïne de la fidélité par-delà la mort. cit. « Femme et genre dans la guerre ». c’est la veuve qui incarne le mieux les valeurs féminines pendant l’entre-deux-guerres : « la veuve idéale est une sacrifiée du souvenir.

la statuaire des monuments aux morts – quelques 30 000 en France – remet chaque sexe à sa place. et que se constituent les premières associations d’anciens combattants. dans toute l'Europe. Victor Margueritte. il connut. 159 p. Larousse. p. 3-28. le triomphe de la division sexuelle ». 1998. Deborah Thom. tome 5 : le XXe siècle. un succès de scandale – un million d'exemplaires vendus – et la radiation de l'ordre de la Légion d'honneur. Flammarion. Histoire des Femmes en Occident. dir. les féministes reprennent leur combat pour l’égalité civique. le débat autour de la mobilisation des femmes revient sur le devant de la scène féministe. elle s’accompagne d’une égalité des devoirs en temps de guerre. dir. 2002 (1992). C’est finalement l’image de la garçonne2 aux cheveux courts. cette nouvelle femme aux mœurs et à l'allure viriles. Pendant près de vingt ans. la question de l’engagement militaire des femmes alimente les débats. Christine Bard. son auteur.certes mobilisé les femmes pour pallier une carence évidente en main d’œuvre masculine – prouvant ainsi que les femmes sont tout autant capables que les hommes – mais elle a également entraîné leur démobilisation massive 1 dès 1918. p. Puis les mémoires. Paris. Reste toutefois le parfum sulfureux de la garçonne. Perrin. la veuve éplorée. dans le conformisme de la paix bleu horizon. « La Grande Guerre. que la rupture soit saluée ou dénoncée. « La Garçonne face à l'opinion publique. Modes et fantasmes des années folles. Paris. croyait écrire en 1922 ‘une fable vertueuse’ . Les garçonnes. il n'est question que par allégories : la Victoire. Nice girls and rude girls : women workers in World War I. la France les renvoie dans leurs foyers. mesurée avec rigueur ou amplifiée jusqu'aux fantasmes. 224 p. 2 Victor Margueritte. 1922. 3 Françoise Thébaud. Le Mouvement social. que l'historiographie et les manuels scolaires transmettent sans trop y regarder de près. 248 p. p. La garçonne. 231.B. ne retiennent que les noms des héros de la guerre ou ceux des champs de bataille. largement répandue dans les années 1920. Jean-Yves Le Naour. 311 p. C'est un lieu commun de la littérature et du discours politique. 85-86. Des femmes. « Femme et genre dans la guerre ». Dictionnaire de la Grande Guerre. 22 . Et pendant qu’elle honore ses morts et ses héros. Tauris. Ayant provisoirement mis de côté leurs revendications pour l’obtention du droit de vote au profit de l’Union Sacrée en 1914. son roman fit le tour de l'Europe » : Françoise Thébaud.. « Garçonne ». 614. Symboliquement. I. Anne- Marie Sohn. Et pour certaines d’entre elles. 1998. Flammarion. qui contribue au mythe de la guerre émancipatrice 3. ouvrant la voie à la loi Paul-Boncour élaborée en 1927 et votée en 1938. Voir sur ce sujet Catherine Valenti. op. Françoise Thébaud. exceptionnellement la mère maudissant la guerre. façonnées par la commémoration et la présence des anciens combattants. 1 « L'idée que la Grande Guerre a bouleversé les rapports de sexe et émancipé les femmes bien plus que des années ou même des siècles de combats antérieurs est très répandue pendant et au lendemain du conflit. p. New York Londres. Paris. 2008.. n° 80. juillet-septembre 1972. Paris. Traduit en douze langues. Cette année- là marque donc l’acte de naissance de la féminisation de l’armée française. cit. Tandis que la Grande-Bretagne accorde le droit de vote aux femmes. Type littéraire ou type social des années 20 ? ».

En 2000. p. 393 et 394) qu’elle s’est penchée sur cette question avec.. n°18. a publié son premier numéro traitant exclusivement des femmes : « Les femmes et la guerre ». a attendu presque vingt ans pour consacrer un numéro spécial à l’histoire des femmes et du genre dirigé par Raphaëlle Branche et Danièle Voldman dir.). op. 2 Michelle Perrot et Georges Duby (dir. Vingtième Siècle. 157-166 et Anne- Marie Sohn et Association Mnémosyne coord. ce n’est qu’en 2006 (n° 392. « Pour une histoire des genres ». certains universitaires ou comités éditoriaux étant encore. sceptiques voire réticents à cette problématique. Depuis une quarantaine d’années. Luc Capdevila. la revue Vingtième siècle. les contributions suivantes : Anne-Claire Rebreyend. juillet-septembre 2002. n° 75. Paris. Paris. 166 p. PUF. pour l’époque contemporaine. 1 Cette synthèse reprend en partie celle de mon DEA soutenu en 2005 : Quand les femmes deviennent soldats. 3 Françoise Thébaud. 4 Raphaëlle Branche et Danièle Voldman. 2000. 2. La féminisation de l’armée française : historiographie et état de la question Trois thèmes de recherche sont logiquement privilégiés ici1 : l’histoire des femmes et du genre. Plusieurs institutions ou revues de référence se sont intéressées très tardivement d’ailleurs à cette question5. mais aussi les travaux portant sur les différents conflits du XXe siècle. la part d’ombre contenue dans la plupart des travaux de notre discipline. « Histoire des femmes. 3. « Le genre à l'épreuve des guerres (France 1914-1945) ». « Histoire des femmes. La Bibliothèque Nationale de France n’a publié qu’en 2004 sous la direction d’Annick Tillier son Guide des sources pour l’histoire des femmes. 93-100. 2004. L’objectif n’est pas de répertorier tous les travaux d’histoire des femmes et du genre. p. cit. histoire des genres ». « Histoire des femmes ». qui présentait les résultats des recherches des vingt années précédentes et souhaitait en montrer la richesse »3. 203 p. p. elles ont suscité de nombreuses recherches et ouvert des brèches considérables sur des pans entiers de l’histoire où les femmes étaient occultées. juin 2000. 14-24. BNF. Histoire des Femmes en Occident.. op. Quant à la revue Historiens et Géographes. Danièle Voldman et François Rouquet. l’histoire des femmes s’est peu à peu imposée dans le champ historiographique depuis que des pionnières ont pointé. p. p. « La publication en 1991- 1992 des cinq volumes de l’Histoire des femmes en Occident2 constituait un manifeste historiographique. celle de l’armée. 2005. 81-177. Guerres mondiales et conflits contemporains qui existe depuis plus de quarante ans. Fabrice Virgili. « Genre et histoire des sexualités au XXe siècle ».. À l'origine de nouveaux rapports de genre dans l'armée française (1938-1976). Histoire des femmes en Occident. sous la direction de Gabrielle Houbre. L’histoire des femmes s’installe donc dans le paysage historiographique français mais non sans difficulté : Malgré des réticences et des incompréhensions. Paris Diderot . 5 À titre d’exemple. Les historiens avaient jusqu’alors été peu attentifs au fait que l’humanité était composée de femmes autant que d’hommes4. voici plus de trois décennies. histoire du genre ». p.Paris 7. 23 . « Dix ans plus tard ». 33. à l’heure actuelle. absentes ou incluses dans une globalité dominée par les hommes. cit. op. cit. fondée en 1984.

il considère que la féminisation de l’armée est contre nature et qu’elle contribue à son propre déclin. Paris. 1914-1979 : Bibliographie – Chronologie. ces deux courants ont donné lieu à des travaux traitant de l’identité masculine et des masculinités. FEDN. et plus récemment « Les femmes dans l’armée : résistances et changements ». évolution de leurs statuts. Yvonne Guichard-Claudic et Alain Vilbrod dir. essai sur la féminisation des armées. 610 p. Excluant la problématique du genre de son approche. de nombreux sujets restant encore peu ou pas explorés. Presses Universitaires de Rennes. Paris. école de la virilité qui s’est féminisée pour devenir tant bien que mal une institution mixte où le genre est souvent mis à rude épreuve. 24 . thèse pour le doctorat d’État. Les femmes. la cité. . d’Économie et de Sciences Sociales de Paris. le savoir. Et réciproquement.. 238 p. 3 Seules cinq ont pour objet la féminisation de l’armée dans son acception la plus large : la thèse de droit de Raymond Caire. 540 p. Paris I. FNSP.. Paris. 1988. FEDN. elles se sont implantées en France entre les années 1970 et 1990. Paris. 239 p. Plus récemment encore.. La Découverte. Maternité et activité des femmes : le cas de la Marine et de la Gendarmerie. 361 p. Paris. publiée sous le titre La femme militaire des origines à nos jours. Ce dernier concentre l’essentiel de sa réflexion autour des travaux déjà parus pour aborder la question des relations entre les femmes et la guerre des temps les plus reculés à nos jours et dans tous les pays. 171-178 . la thèse de sociologie de Katia Sorin. FEDN. 130 p. elles sont à l’origine de sa problématique mais les sujets qu’elles abordent sont un peu différents : histoire des femmes militaires « des origines à nos jours ». 103 p.. bastion masculin par excellence. 398 p. Centre de sociologie de la défense nationale. une place introuvable ? Le cas de la féminisation de l'armée française. la violence et l’armée. et Les femmes dans les armées en France. La condition féminine dans les armées. L'inversion du genre. De cette histoire des femmes est née celle du genre qui met l’accent sur la construction sociale des sexes et sur les rapports entre hommes et femmes. plusieurs travaux d’Emmanuel Reynaud. féminisation des armées en 1 Des sociologues ont ainsi mis en évidence ces rapports dans le monde du travail et de nombreux historiens ont envisagé la question dans des contextes et des sphères où l’exaltation du masculin est à son paroxysme : la guerre. février 2002 (2 tomes). Paris. la politique. 1979. 2002. colloque organisé par l’Atelier de recherche sociologique de l’université de Bretagne Occidentale. le pouvoir…etc.. publiée sous le même titre en 2003. + Annexes : 123 p. une autre histoire de l'institution policière (1935-2005). le mémoire d’Odile Ducret-Schaeffer. . 1988. Femmes en armes. Thèse de doctorat en Sociologie sous la direction de François Gresle. quand les métiers masculins se conjuguent au féminin.. n° 8-9. Ces champs de recherche sont au cœur de ce travail qui traite du genre dans l’armée. AGIR. Les femmes dans les armées en France : 1914-1979. La relative jeunesse de ces courants a pour conséquence de les rendre extrêmement dynamiques. Lavauzelle. Fondamentales pour ce travail. 207 p. octobre 2001. Rennes. sous la direction de Jacques Robert. les sociologues1 ont largement traité le sujet qui a d’ailleurs donné lieu à un colloque en 20052. Insufflées par les women’s et gender studies anglophones. 22 p. Ces dernières années. très peu d’études lui sont exclusivement consacrées 3. 2008. 2008. Paris. 18. 1981. 1986. 2 « L’inversion du genre – quand les métiers masculins se conjuguent au féminin…et réciproquement ». p. 306 p. 1980. Monaco. Centre de sociologie de la défense nationale. Les femmes et la guerre. Université de Droit. 19 et 20 mai 2005. Le Rocher. Geneviève Pruvost a par ailleurs livré dans l’un de ces derniers ouvrages une étude socio-historique des policières : De la "sergote" à la femme flic. C’est le cas de l’histoire des femmes en milieu masculin. dont les actes ont été publiés : Danièle Kergoat. L’Harmattan. 309 p.. Si la féminisation de l’armée a encouragé de nombreuses réflexions. Paris.. 1981. Les femmes dans l’armée : situation actuelle et perspectives. et l’essai historique de Martin Van Creveld.

beaucoup étant réalisés par l’armée ou à sa demande3. Encore en 2005. En 2011. « Métiers de la Défense. Il répertorie huit cent cinquante-sept références. 8 novembre 1997. réflexion sur les rapports sociaux de sexe dans l’armée à l’époque contemporaine1 . Si cet intérêt pour les femmes militaires semble récent en France. « La féminisation des écoles d’officiers. alors que l’expression « women soldiers » ne menait qu’à des sites universitaires ou scientifiques. il est sans équivalent en France. janvier 2000. 207 p. la suppression de la conscription le 21 octobre 19972 génère une augmentation des travaux sur la féminisation de l’armée française. Greenwood Press. Daniel Loriot. Les chercheurs-es anglophones ont été précurseurs. une place introuvable ?. il n’en est pas de même à l’étranger 4. Westport. Toutefois. 7 Réflexions très fréquemment entendues au cours de cette recherche. 227 p. mais également sur Internet. Paris. 53 p. Cela se vérifie. C2SD. les préjugés ont encore la peau dure et certain-e-s pensent que « l’armée est truffée de lesbiennes »7. novembre 1996. Guy Friedmann et Leïla Benkara. même constat pour une recherche sur les homosexualités dans l’armée5. dont la plupart ont été publiées au cours des vingt dernières années. novembre 2001. Isabelle Burot-Besson et Nadia Chellig. Des femmes militaires en occident.France et aux États-Unis. Organisé en chapitres thématiques. Étude comparative ». le choix des femmes ». « Les enjeux de la féminisation du corps des médecins des armées ». 178 p. Ces problématiques sont pourtant inévitables dès qu’il s’agit de réfléchir sur les rapports sociaux de sexe au sein de l’armée française. en revanche. Ceci révèle les lacunes scientifiques affichées par la recherche française. Journal Officiel de la République Française. Ce guide prétend recenser tous les travaux quels qu’ils soient. 16251-16253. anciennement centre de sociologie de la Défense Nationale (CSDN). toutes situent la féminisation de l’armée française à partir des années 1970. Christian Raphel dir.. 272 p. 6 Résultats constatés sur Google le 8 juin 2011 pour la recherche des expressions exactes « lesbiennes militaires » et « lesbian soldiers » / « gay soldiers ». 2005. leur formation et s’accompagnent très souvent de statistiques très précises résumant un état des lieux particulier. voir : Marie-Amélie Bouchard.cit. n° 41. 2 Loi n° 97-1019 du 28 octobre 1997. novembre 2001. ce n’est heureusement plus le cas. p. Women in the United States Military...op. p. Ces études très contemporaines portent sur la place de l’armée dans la société.. Aujourd’hui. non seulement d’un point de vue historiographique. n° 2. Friedl (dir. 39 p.. « portant réforme du service national ». 5 « Lesbians + army » ou encore « lesbians + military ». Allan Bérubé publiait Coming out 1 Katia Sorin.. Enfin. 1901-1995 : A Research Guide and Annotated Bibliography (Research Guides in Military Studies). Pour ceux exclusivement consacrés aux femmes.. ou encore Katia Sorin dir. 3 C’est le cas de plusieurs Documents du Centre d’études en sciences sociales de la Défense (C2SD). 1996. Thèse de doctorat.). Quels enseignements pour la France ?. l’entrée « femmes militaires » était associée dès la première page à des sites à caractère pornographique. 25 . Alors qu’en 1990.. ceci reste vrai pour la recherche « lesbiennes + armée » qui ne conduit qu’à quelques sites informatifs tandis que « lesbiennes militaires » n’aboutit qu’à des sites à caractère pornographique 6. « Soutien des personnels militaires féminins engagés sur des théâtres d’opérations extérieures et de leurs familles ». 4 Viki L. n° 51. n° 43. le rôle des militaires. 11. Femmes en armes.

2010. 4 Une seule thèse fait office d’exception dans cette historiographie. Femmes dans la guerre. Le Seuil.. infanticide pendant la Grande Guerre. et Stéphane Audoin-Rouzeau. de récents travaux s’intéressent aux enfants. Cet apparent manque d’intérêt s’inscrit dans la problématique de ce travail qui prétend sortir de l’ombre toutes ces femmes ignorées de l’histoire militaire française 4.under fire. Histoire de l’armée française. Perrin. femmes et nation en France (1939-1945) ». les images de la combattante et de la mère au foyer révèlent un enchevêtrement des systèmes de représentations qui témoignent de la dynamique des imaginaires en temps de guerre »5. Paris. 1999. The history of gay men and women in the World War II1. entre autres de : Raoul Girardet. PUF. 2004 (1993). 3 C’est le cas. Susan R. à la sexualité et au moral des soldats. Plume. fervent défenseur des droits des homosexuel-le-s. dir. Paris. consulté le 9 octobre 2009. La revue Clio Histoire. Michel Hardy. http://209. à la morale et aux femmes6. 465 p. dir. Paris. 342 p.fr/IMG/doc/Guerre_femmes_nation. Gender and the two World Wars. 2001.. 333 p. cit. PUF. Grayzel. . 1990.doc+guerre +femmes+et+nation&hl=fr&ct=clnk&cd=1. 508 p. André Corvisier. Paris. 522 p. Orphelins et pupilles de la nation de la Première Guerre Mondiale : 1914- 1941. Armand Colin. 701 p. 5 Luc Capdevila et Fabrice Virgili. Women’s identities at war. op. elle a fait l’objet de nombreux travaux mais aucun de ceux qui prétendent être une Histoire militaire de la France n’aborde les femmes militaires3. Histoire militaire de la France. 1918-2004. celle d’Odile Roynette : elle est la seule à s’intéresser à la construction de l’identité masculine par la conscription et la vie en caserne. 222 p. Paris. La guerre des enfants 1914-1918. cit. Voir aussi Margaret Randolph-Higonnet dir. Paris. 2003 (1999). Histoire militaire de la France de 1871 à 1940. 2000. . . Clio Histoire. En histoire. 310 p. 187 p. La guerre censurée. Behind the lines. Londres.. 6 Olivier Faron. 1 New York. 1994. Histoire militaire de la France.229. 1914-1918 : viol. Femmes et Sociétés « Armées ».132/search?q=cache:5TyeENEJ3BcJ:irice. 26 . 1998. En effet. Paris. Guy Pédroncini dir. et L’enfant de l’ennemi. Histoire militaire de la France de 1940 à nos jours.cnrs. Paris. La Grande Guerre connaît depuis une quinzaine d’années un renouveau historiographique. Perrin. et André Martel dir. André Corvisier. Quant à l’armée française stricto sensu. et Carol Mann.85. Paris. les historien-ne-s du genre se sont très rapidement intéressé-e-s aux guerres car elles entraînent un bouleversement social et culturel des rôles « naturels ». Philippe Masson. 2002. 1987. Finalement les historiographies les plus riches restent celles qui croisent l’histoire du genre et des guerres car. comme le soulignent Luc Capdevila et Fabrice Virgili : « loin de s’opposer. 335 p. Femmes et Sociétés y a consacré un numéro en 20042 qui reste la seule initiative en histoire du genre. 2 Luc Capdevila et Dominique Godineau dir.. La société militaire de 1815 à nos jours. 1992. Les enfants du deuil. un tel sujet n’a toujours pas été envisagé en France. les travaux traitant du genre et de l’armée sont rares. 384 p. « Guerre. 1914-1945 : survivre au féminin devant et durant deux conflits mondiaux. Yale University. Alors que les poilus et les différentes campagnes concentraient toutes les recherches. « Bons pour le service »… op.. Historien américain. University of North Carolina Press. Frédéric Rousseau. 384 p. De la morale au moral des troupes ou l’histoire des BMC. Paris. 1995. avortement. La Découverte. Aubier. Pygmalion.

1997. Paris. 240 p. « La question des effectifs dans les FTEO. Même si. 7-18. Masculin. Susan R. dir. L'Harmattan. elles. Martine Cocaud. Paris. Paris. Quant aux femmes ayant servi dans l’armée pendant la guerre d’Indochine. Tallandier.. Women and the First World War. L'Harmattan. op. 2003.. Soldats d’Indochine. Leur dernier ouvrage collectif : Luc Capdevila.. Paris. Les hommes de Dien Bien Phu. 270 p. Harlow. c’est la Seconde Guerre mondiale qui a donné lieu au plus grand nombre de publications sur les femmes. presses Universitaires de Rennes. sont l’œuvre d’historien-ne-s du genre1. témoigne de la vivacité de cette problématique. Aviateurs en Indochine. and postwar reconciliation between nations. « L’engagement des femmes durant la guerre d’Indochine ». Éditions Complexe. New York. L'Harmattan. Longman. Erika A. 2000. ne sont jamais armées – sauf exceptions – leur immersion dans la sphère du combat clandestin contre l’occupant est déjà une transgression en soi. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les premiers travaux concernant la présence féminine dans la résistance extérieure militaire. n° 176. Dominique Godineau. Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre. cit. Bien que cet ouvrage ne porte pas exclusivement sur la Première Guerre mondiale. L'Harmattan. Octobre 1994. 91-103. les mœurs sexuelles de Français 1914-1918. Economica. Fayard. p. 2002. 246 p. Paris. Guerres mondiales et conflits contemporains. p. Perrin. 1996. ops. En effet. « Le corps expéditionnaire français à la veille de la bataille de Dien Bien Phu ». Juillet 2003. Grancher. novembre 1952 – juin 1954. 528 p. Paris. 2006. leur déportation ou la Résistance. 2003. et Christine Bard.. 137-150 et Dictionnaire de la guerre d'Indochine. Kuhlman. la femme honnête et la putain : la Première Guerre Mondiale et les mutations du genre ». 237 p. Jacqueline Sainclivier. 2000.). François Rouquet. Pierre Journoud et Hugues Tétrais. 307-317. et « Le plaisir du soldat en Indochine (1945-1954) ». 107-121. Maurice Vaisse (dir. p. Jean-Yves Le Naour. 319 p. 2002 (1988). il a notamment publié La France et ses soldats. Payot. Genre et Guerres : France 1914-1945. Les Africains dans la guerre d’Indochine. n° 222. par le prisme de leur vie quotidienne sous l’Occupation. Michel Bodin est le premier et le seul historien à leur avoir dédié un article ainsi qu’une entrée dans son Dictionnaire2. Grayzel. 2004... François Rouquet. 363 p. 2004. Lavauzelle. 611 p. et « Le héros. 362 p. au sein des réseaux – armés pour la plupart – les rapports entre hommes et femmes sont fortement bouleversés. p. 1998. Paris. juillet 2003. n° 211. Mais l’historiographie globale de cette guerre les ignore3. 1947-1954. 363 p. Paris. Paris. 286 p. réédité en 2010 sous le titre Sexes. Palgrave Macmillan. les recherches menées par l’équipe de l’Institut d’Histoire du Temps Présent (IHTP) font figure de référence. Reconstructing patriarchy after the Great War : women. Guerres mondiales et conflits contemporains. elle occupe une place centrale. Sur les rapports sociaux de sexe en temps de guerre. 1 Sur les femmes pendant la Seconde Guerre mondiale. Guerres mondiales et conflits contemporains. Le genre face aux mutations. p. L’armée française dans la guerre d’Indochine (1946-1954) : adaptation ou inadaptation ?. 2008. Dien Bien Phu. Hommes et femmes dans la France en guerre. 2004. Rennes. n° 211. 196 p. Et c’est ce thème qui a été privilégié par les spécialistes de l’histoire du genre. 411 p. Luc Capdevila. En fait. 354 p. Sophie Cassagnes.. Delphine Robic-Diaz. Aubier. la bibliographie anglophone est très abondante et compte de nombreux travaux concernant la France. Féminin. du Moyen Âge à nos jours. Paris. Françoise Thébaud. cits. Paris. 3 Patrick-Charles Renaud.. 1945-1954. . « Dien Bien Phu : portraits de combattants sans image ». 2003. 1945- 1954. Fabrice Virgili et Danièle Voldman. 1945-1954 ». 2 Michel Bodin. gender. Roger Bruge. 27 . Guerres mondiales et conflits contemporains. Indochine 1945-1954. Les filles de Marianne. Luc Capdevila est également l’auteur de plusieurs articles consacrés aux AFAT et a dirigé deux mémoires de maîtrise portant sur les Merlinettes (les femmes du Corps Féminin des Transmissions). Paris. Spécialiste de la guerre d’Indochine. Paroles de Dien Bien Phu – Les survivants témoignent. Guerres mondiales et conflits contemporains. p.. 11-27. 413 p. Les combattants français face à la guerre d’Indochine. Histoire des féminismes 1914-1940.

La guerre d’Algérie 1954-2004. Femmes en armes. Paris. 2 Raphaëlle Branche. Ces trois conflits sont souvent relégués au chapitre « rappel historique » ou « contexte ». 2004. 3 Christelle Taraud. Les femmes algériennes dans la guerre. une place introuvable ?. Toulouse. Il n’existe aucun travail similaire pour l’Indochine bien que les récentes recherches sur les BMC (Bordels militaires de campagnes) évoquent les deux guerres mondiales et les conflits liés à la décolonisation. 495 p. Thèse de doctorat. Autrement. Paris. 126 p. 572 p. Paris. Tunisie. Les raisons qui peuvent expliquer ce silence sont notamment liées aux tabous qui gravitent autour de cette « guerre sans nom ».. p. 2004 (1992). Des hommes et des femmes en guerre d’Algérie. Elle a toutefois donné lieu récemment à un renouvellement historiographique 2 et à une approche jusque-là jamais envisagée3. Catherine Bertrand. et Des femmes dans la guerre d’Algérie.. 2007. Les femmes. les guerres d’Indochine et d’Algérie ? Sinon qu’elles ont amorcé ce processus qui se poursuit pendant la seconde moitié du XXe siècle 5. Payot. Ce travail tiré de la thèse de l’auteure est le premier sur le sujet. cit. la violence et l’armée… op. 218 p. Diane Sambron. Éditions Karthala. 298 p. Paris. Riveneuve. Enfin. La femme militaire… op. 226-242. 4 Emmanuel Reynaud. La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie. 2000. Que dire alors des femmes qui se sont mobilisées comme les hommes pendant la Seconde Guerre mondiale. Plon. Le constat est plus ou moins le même pour celles engagées en Algérie : la bibliographie est inexistante et l’historiographie nulle. op. et n’en occupent pour ainsi dire qu’une infime partie qui fait souvent office d’introduction 6. Algérie. 351 p. L’historiographie transversale à l’étude des femmes dans l’armée française entre 1938 et 1962 est certes volumineuse mais est constituée avant tout de travaux portant sur les femmes en milieu masculin ou sur les femmes et le genre à l’épreuve des guerres. cit. Vingtième Siècle. Hommes et femmes…op. cit. Jean-Charles Jauffret et Charles-Robert Ageron dir. La mise au grand jour de tous les aspects de cette guerre avance peu à peu. p. La prostitution coloniale. 474 p... p. cit. Fabrice Virgili et Danièle Voldman.. « La politique d'émancipation du gouvernement français à l'égard des femmes algériennes pendant la guerre d'Algérie ». 1991. Autrement. op. Femmes en armes.. « Métiers de la Défense. La guerre d'Algérie.. Une histoire apaisée ?. La Découverte.. Maroc (1830-1962). et Jean-Charles Jauffret. Les mots de la guerre d'Algérie. 2005. Seuil. François Rouquet. Katia Sorin et Martin Van Creveld basent leurs recherches sur une féminisation de l’armée qui aurait débuté il y a « une quarantaine d’années » : Katia Sorin. op. 1954-1962. « Des viols pendant la guerre d'Algérie ». 194 p. cit.. 122 p. Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962. 365 p. 10. La fin de l’amnésie. 1 Djamila Amrane. plusieurs auteurs4 affirment que la féminisation de l’armée française a débuté dans les années 1970. Benjamin Stora. le choix des femmes ».. 5 Luc Capdevila. cit. op. 124-150. cit. « La solitude des incomprises. Des hommes et des femmes en guerre d’Algérie. 2003. Paris.. Benjamin Stora et Mohamed Harbi dir. Les femmes algériennes pendant la colonisation. . Leïla Benkara. guerre d'Algérie. Paris. 2005. Autrement.. op. qui consacre un chapitre aux Algériennes mobilisées dans le FLN. Guy Friedmann. Paris. . Paris. op. contrairement aux femmes présentes dans le FLN qui ont donné lieu à de nombreuses recherches 1. Femmes musulmanes. 2009. Paris... 449 p. p. Robert Laffont.. Emmanuel Reynaud. 291. L’armée française est sortie vaincue de ce conflit et les recherches récentes ont écorché son prestige. cit. Katia Sorin.. Paris. Gallimard. Daniel Loriot. Paris. « L’École interarmées du 28 . Benjamin Stora. cit.. op. 728 p.. une place introuvable ?. Raphaëlle Branche.. cit. La guerre d'Algérie dans les écrits de femmes européennes (1960-2000) ». Soldats en Algérie : 1954-1962. 6 Raymond Caire.. Presses Universitaires du Mirail. 1994. 2001. . Des hommes et des femmes en guerre d’Algérie.

p. le discours normatif admet que « le sexe détermine des fonctions en relation avec des aptitudes et des qualités naturellement ou même culturellement reconnues au groupe déterminé »3. 3 (Et citations suivantes) Luc Capdevila. 53. Scott. Cela conduit donc à distinguer le sexe biologique du sexe social. culturels et historiques de la féminisation de l’armée française de la Seconde Guerre mondiale à l’Algérie. 27-45. de la guerre et de la violence et qui interfèrent avec plusieurs courants historiques. n° 91. et celles des rapports de pouvoir entraînant une inégalité entre les sexes symbolisée par la domination masculine 2. p. n° 1. 123-128 . Raymond Caire dir. Cette définition des rôles sexués aboutit à des assignations de genre. Scott. du système de genre d’une société donnée ». p. 139. Fabrice Virgili et Danièle Voldman. François Rouquet. 29 . cit. « Femmes militaires ». Problématiques de genre et transversalité disciplinaire Le processus de féminisation de l’armée française soulève plusieurs interrogations qui s’articulent autour des problématiques du genre. 1 Joan W. Paris. personnel militaire féminin ». majoritairement acceptés.. et le genre est une façon première de signifier des rapports de pouvoir »1. 27-28 et 38-40. « c'est-à-dire l’injonction et l’obligation pour les individus de se conformer aux modèles dominants. « Le genre : une catégorie utile d’analyse historique ».. 2 Pierre Bourdieu. cette thèse entend placer le genre au centre de sa réflexion afin d’analyser les enjeux sociaux. 1996. Le Seuil. Bien plus qu’une introduction ou un rappel chronologique. « le noyau essentiel de la définition repose sur la relation fondamentale entre deux propositions : le genre est un élément constitutif de rapports sociaux fondés sur des différences perçues entre les sexes. 2002 (1998).. L’histoire du genre analyse la construction des différences entre hommes et femmes. Revue Historique des armées. p. Tel que défini par Joan W. cit. Hommes et Femmes… op. La domination masculine. 1. En distinguant l’espace public – masculin – de l’espace privé – féminin – et en répartissant les rôles sociaux basés sur des stéréotypes et des valeurs traditionnelles. La féminisation de l’armée française : problématiques de genre et sujet d’histoire Les enjeux historiographiques et la diversité des champs disciplinaires liés à ce sujet conduisent à envisager le processus de l’armée française par le prisme du genre tout en lui conférant une historicité. juin 1984. op. entre féminités et masculinités. Armées d’Aujourd’hui. p. II.

C’est « chacun-e à sa place » que « les hommes et les femmes ont été requis pour défendre la patrie attaquée » au début des deux guerres mondiales. so warriors require intense socialization and training in order to fight effectively. « on ne naît pas homme. Devenues citoyennes en 1944. les femmes ont vu s’élargir le champ du service patriotique au cours de la Seconde Guerre mondiale. Selon la même logique s’opère une distinction sexuée des rôles en contexte de guerre. entraînant ainsi sa féminisation. De même. la guerre – comme légitimité et expression de l’essence virile masculine – est mise à mal par l’intrusion féminine dans l’armée française entre 1938 et 1962. Mais la différence fondamentale entre ces deux conflits concerne la mobilisation féminine. p. Poussant l’expérience au-delà de 1945. Placer la problématique du genre au cœur de ce travail revient à démontrer que. University Press. Cambridge. Il a enseigné les relations internationales et les sciences politiques. Massivement réquisitionnées pour l’économie de guerre entre 1914 et 1918. Celles-ci entraînant une désorganisation de la société et un bouleversement des rapports sociaux. Gallimard. 2 Joshua S. War and Gender a reçu le prix Book of the Decade Award (2000-2009) de l’International Studies Association : « War and Gender ». elles sont plusieurs milliers à conserver la place qu’elles ont conquise dans l’armée depuis 1939. Gender identity becomes a tool with witch societies induce men to fight ». Texte original : « War does not come naturally to men (from biology). c’est dans ces conditions que se multiplient « des initiatives inattendues. Joshua S. solitaires et intimes. envisagées comme personnel mobilisable dans les années 1930. 13. Dire que la société forge les femmes en adéquation avec leur sexe biologique revient à affirmer que les fonctions traditionnellement féminines et masculines sont également attribuées par la société en conformité avec le sexe biologique. Comme le soulignent Danièle Voldman. tout comme « on ne naît pas femme. Goldstein. Goldstein démontrent que la guerre n’est pas inhérente aux hommes mais que ce sont la socialisation et l’entraînement qui forgent le soldat 2. http://warandgender. Luc Capdevila et François Rouquet.com/ 30 . Le Deuxième Sexe. 1949. Paris. Goldstein est professeur émérite à l’Université de Washington. Dans ces conditions. Fabrice Virgili. démobilisées ensuite. leur maintien dans l’armée est loin d’être évident. War and Gender. on le devient. Partageant l’expérience du feu aux côtés des combattants. Mais. p. 2001. 252. les valeurs traditionnelles s’ébranlent. on le 1 Simone de Beauvoir. on ne naît pas non plus soldat. consulté le 13 mai 2010. War and Gender. ou publiques et partagées ». elles sont alors de potentielles citoyennes-soldates au même titre que les hommes avant elles. on le devient »1. certaines d’entre elles dépassent ainsi les assignations de genre. Ces deux guerres totales nécessitent une mobilisation des deux sexes sur tous les fronts : à l’arrière et au combat. dans les sphères économique et militaire. Ainsi certains auteurs comme Joshua S.

devient »1 : l’armée et la guerre participent activement à la construction de l’identité masculine. s’accentue avec l’industrialisation des sociétés. Le Pommier / Cité des Sciences et de l'Industrie. les armes destinées à ouvrir et trancher leur sont proscrites4. Parce que les femmes ne peuvent provoquer l’écoulement du sang. p. 201. Odile Jacob. 1996. la mobilisation des femmes étant toujours envisagée comme provisoire et conjoncturelle. Françoise Héritier explique que « la féminité est considérée comme complète et naturelle de façon innée. L’Homme.defense. Alain Testard. 200. 20 janvier 2005. L’association « naturelle » entre virilité et armée reflète les lois du genre qui structurent la société. 9-10. Françoise Héritier. dans son étude sur « la femme et la chasse »3. les femmes chassent comme les hommes… mais avec des armes différentes. En prenant pour exemple la société des Sambia en Nouvelle-Guinée. Paris. conformément aux lois militaires et au poids de la représentation sexuée de la fonction guerrière. Pendant la Première Guerre mondiale. « Les mains. n° 3-4. 2005. consulté le 9 octobre 2009. p. la masculinité doit donc être construite ». XIX. p.. 2 (Et citation suivante) Paola Tabet. et aux femmes la sauvegarde du foyer et des valeurs familiales. Comme l’explique Paola Tabet.chear. http://www. p.fr/fr/colloques/restitution/20_01_05. la chasse et le maniement des armes. La Seconde Guerre mondiale et celles d’Indochine et d’Algérie voient les effectifs des femmes en première ligne augmenter… bien que toujours désarmées. les institutions militaires limitent considérablement leurs prérogatives. 6 Stéphane Audoin-Rouzeau. c’est parce que le métier des armes reste un monopole masculin que les femmes se retrouvent exclues de la chasse ou de la guerre. c’est toujours accidentel ou exceptionnel 6. Paris. dir. La division sexuelle du travail et la construction de soi engendrent par conséquent « un monopole masculin de la chasse. « La violence de guerre au XXe siècle : un regard d'anthropologie historique ». Ce qu’elle appelle le « sous-équipement » des femmes. les armes ». Masculin-Féminin : la pensée de la différence. L’interdiction du port des armes observée par Alain Testard se retrouve dans l’armée qui devient le miroir des lois régissant la société. 4 Sagaies. les outils. gourdins. ce qu’il appelle « une affaire de sangs »5 est le fondement même de cet interdit dont la persistance relève d’une transgression anthropologique qu’auraient conservé nos sociétés. de la guerre et a fortiori des armes »2. Elles sont avant tout des femmes : leurs attributions militaires doivent être en conformité avec leur sexe. 143. 141. 1 Françoise Héritier. Jusqu’en 1951. ce constat se vérifie et. « La femme et la chasse ». 5-6. Hommes. femmes la construction de la différence.pdf 31 . cit.gouv. souligne que dans bien des sociétés. 1979. lances par exemple. attribuant aux hommes la guerre. En fait. feu. p. et n’être rien de plus qu’une parenthèse dans leur vie de femme. op. p. Les rendez-vous du CHEAr – Ministère de la Défense – DGA. Elles pratiquent alors une chasse « féminine » en ayant recours à des armes conformes à leur sexe : chiens. « La femme et la chasse ». 3 Alain Testard. si les femmes se retrouvent en première ligne. 5 Alain Testard.

2 Antoine Prost. Londres. La brutalisation des sociétés européennes. 2003. 131-145. « Armes contre femmes désarmées : de la dimension sexuée de la violence dans la guerre civile espagnole ». Paris. Cécile Dauphin et Arlette Farge. Reshaping the Memory of the World Wars.. les conséquences de la Grande Guerre diffèrent. Hachette. 32 . 1997. « Brutalisation des sociétés et brutalisation des combattants ». il serait tentant de croire que ce processus entraîne les femmes avec lui. Les sociétés en guerre. Bruno Cabanes et Édouard Husson. Cette association intrinsèque entre port des armes et fonction combattante pèse très lourd dans la décrédibilisation des femmes sans armes. Armand Colin. « Les femmes en armes symbolisant la transgression ultime des frontières de sexe ». la guerre civile entraîne une mobilisation et une violence féminines jamais observées auparavant. De la Grande Guerre au totalitarisme. De plus. doublé de textes législatifs qui ne cessent de « recadrer » les femmes. on observe ailleurs en Europe une féminisation de l’action combattante. « leur autonomie dans la lutte est clairement reconnue »3. Mosse est surtout valable pour l’Allemagne. Lorsque Yannick Ripa étudie « la dimension sexuée de la violence » pendant la guerre d’Espagne. En Espagne par exemple. Dès lors que les républicaines sont arrêtées les armes à la main. Mosse. Est-il possible. 2003 (1999). elles sont davantage perçues comme des auxiliaires. p. p. 291 p. explique sans doute pourquoi la féminisation de l’armée française n’est habituellement pas prise en compte avant les années 1970. En France et en Grande-Bretagne. Tandis que la France s’évertue à se reconstruire en remettant chacun-e à sa place. initialement publié en 1990 sous le titre Fallen soldiers. coord. 3 (Et citation suivante) Yannick Ripa. Paris. dir. de considérer les femmes autrement que comme des subalternes ou des auxiliaires ? C’est là tout « le paradoxe de la relation de nos sociétés à l’activité guerrière que d’avoir progressivement cantonné le port des 1 George L. Paris. Alors que l’entre-deux-guerres se distingue par la brutalisation des sociétés. Cet état de fait. De la violence et des femmes. la théorie de George L. l’armée française conservatrice estime qu’elles ne sont pas des militaires comme les autres. défini selon George L. héritier de l’expérience des champs de bataille de la Première Guerre mondiale ». des intermittentes ou des femmes « au service » des armées très éloignées de la figure historique du militaire en armes. pour qui l’arme est l’attribut viril par excellence. elle démontre que ce sont les armes qui font la combattante. Oxford University Press. dans ces conditions. sous entendu comme les hommes. 1911- 1946. Albin Michel. Parce qu’elles sont continuellement maintenues dans des rôles conformes à leur sexe pendant les trois guerres que la France mène entre 1939 et 1962. la brutalisation des sociétés est à l’origine de « l’homme nouveau » des régimes fascistes : « fondamentalement un guerrier. ce qui prouve que ce n’est pas parce que les individus ont été brutalisés au combat qu’ils le demeurent après la guerre2. Selon Antoine Prost. Mosse comme un enracinement de la violence dans les sociétés européennes1. 99 et 101.

Paris. La guerre au XXe siècle. les guerres fournissent une source d’informations considérable car elles constituent souvent une étape politique ou un tournant historique majeur. Depuis l’antiquité. Histoire des jeunes en France (XIXe-XXIe siècles). À la croisée de problématiques multiples. 2004. 214. la Première Guerre mondiale marque une rupture dans l’histoire militaire car c’est la première fois qu’une guerre produit des sources non plus 1 Stéphane Audoin-Rouzeau. André Burguière. p. Le service militaire non mixte est le processus transitoire entre la jeunesse masculine et l’âge d’homme. 33 . 1. dir. Paris. Mosse. l’histoire militaire est bien évidemment un rouage essentiel de cette recherche. PUF. Tel est l’angle d’approche adopté par André Corvisier pour définir l’histoire militaire. L’image de l’homme. p. Jeunesse oblige. 27 et 37. L’apprentissage de la virilité sous les drapeaux perdure jusque dans les années 1950 2 et la figure du militaire comme incarnation de la maturité masculine. L’étude d’un processus qui s’inscrit en marge des assignations traditionnelles de genre implique de prendre en compte plusieurs notions empruntées à l’histoire. a privilégié l’histoire militaire »5. « Histoire militaire ». 12. L'expérience combattante. Dans un premier temps. « La première forme revêtue par l’histoire. c’est être viril. 2009. 1997. de la guerre et de la violence amène à reconsidérer l’histoire militaire traditionnelle qui occulte les femmes.armes à une quantité limitée de personnes. 56. Le déclin d’un rite de passage ». PUF. Christophe Gracieux le rappelle : « être bon pour le service. Par conséquent. tout en autorisant les femmes à accéder. des faits d’armes et actions dignes de rester dans la mémoire des hommes pour servir d’exemple. Abbeville. « Jeunesse et service militaire en France dans les années 1960 et 1970. 2008. à la violence de guerre »1. p. Bien que le genre occupe peu de place dans son analyse. C’est d’ailleurs logiquement vers elle que la réflexion s’est orientée à ses débuts. Dictionnaire des Sciences historiques. 3 Christophe Gracieux. aborder l’histoire de la féminisation de l’armée française par les prismes du genre. 5 André Corvisier. Paris. 463. Traditionnellement. la sociologie ou encore l’anthropologie. la qualité virile va de pair avec une prédisposition à la violence qui diffère selon les sociétés et les époques. comme actrices. celle des évènements. Paris. Dans son Histoire de la violence. Paris. 1986. Robert Muchembled observe que la masculinité. la virilité et la violence sont intimement liées mais qu’elles sont conditionnées par la construction des identités sexuées4. p. L’invention de la virilité moderne. apte sexuellement et maritalement »3. La Documentation Française. 2 George L. dir. p. 4 Robert Muchembled. ce sujet rencontre également la pluridisciplinarité. Une histoire de la violence. En termes de recherche. jusque dans les années 1960. Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka. Seuil. il sous-entend que le déterminisme biologique entraîne inévitablement des assignations socialement et culturellement sexuées.

. Les femmes et la guerre. cit. mais également aux aspects sociaux. 5 André Corvisier. . conduisant les historien-ne-s à concevoir autrement ce qui n’était alors qu’une « histoire-bataille »1.. p. Une telle évolution de l’histoire militaire n’est pas sans influer sur le profil des chercheurs-es. p. il convient d’ajouter que la féminisation de l’armée a également entraîné une féminisation de la recherche en histoire militaire.des universitaires de plus en plus souvent rassemblés dans des centres de recherche constitués dans les universités4. l’opinion et l’armée ou encore l’éthique militaire 3. venus aussi bien de l’armée que de toutes autres origines intellectuelles. l’autre se détournant de l’histoire militaire classique jugée trop encline « à préparer la guerre et à paralyser la pensée militaire ». moraux et économiques. op. 4 C’est le cas par exemple du Centre d’Études d’Histoire de la Défense ou du Centre d’histoire militaire et d’études de la Défense rattaché à l’université de Montpellier. C’est finalement dans les années 1950 que s’opère la transition la plus importante de l’histoire militaire avec l’ouverture des archives administratives du Service Historique de l’Armée de Terre2. 465. Alors que cette discipline demeurait. Avec la défaite de 1940.des militaires et universitaires travaillant dans le cadre de services officiels. Cette étude s’inscrit dans la continuité de celles qui ont vu le jour à la fin des années 1970 et qui s’attachaient à réfléchir sur les relations entre armées et sociétés. 34 . 5 À cette classification assez fidèle à la réalité. 13-14 et 17. André Corvisier établit ainsi la typologie suivante : . 1 (Et citation suivante) André Corvisier. « Histoire militaire ». p.. 6 Martin Van Creveld. 2 SHAT : ancien département des archives de l’armée de terre qui a fusionné avec celles de l’air et de la marine pour devenir l’actuel Service Historique de la Défense (SHD). 3 André Corvisier. fortement dominée par les hommes. Le contenu même de ces archives invite les chercheurs-es à dépasser l’histoire militaire stricto sensu pour l’envisager sous un angle socioculturel. « Histoire militaire ».. les chercheuses sont de plus en plus nombreuses. p. 467. 470. . « Histoire militaire ». deux écoles de pensée s’opposent : l’une visant à rétablir le passé glorieux d’une armée vaincue. Dictionnaire… op cit. op. jusque très récemment encore. N’en déplaise à Martin Van Creveld qui considère que « la construction du genre » est une « expression à la mode » et que le sexe – biologique – des chercheurs-es biaise leurs conclusions et leur objectivité 6. cit.exclusivement attachées à la polémologie. Et c’est précisément cette orientation qui a été choisie pour ce doctorat : il s’agit avant tout d’une histoire des militaires et non plus d’une histoire militaire à proprement parler. Dictionnaire… op cit.des « francs-tireurs » de l’histoire militaire allant du savant indépendant à l’amateur du passé.

cit. 33-44. Gallimard. p. tome III. Gallimard. leur étude permet de restituer l’expérience guerrière des femmes. reste à savoir si celle-ci s’érige en lieu de mémoire tel que l’a défini Pierre Nora : « toute unité significative. 123. caractérisée selon Danièle Voldman par « l’existence (la ‘vivance’) de témoins des faits étudiés »5. « La place des mots. Danièle Voldman. 2 Pierre Nora dir. 3 Jacques Le Goff. De cette mutation de l’histoire militaire résulte donc de nouvelles perspectives parmi lesquelles celle de la mémoire collective. Le rôle des historien-ne-s étant de « rendre compte de ces souvenirs et de ces oublis. Les témoins rencontrées pour étudier la féminisation de l’armée française n’ont 1 Jacques Le Goff. C’est parce que celle des femmes n’occupe que très peu de place dans l’histoire militaire que cette recherche s’est ensuite orientée vers sa restitution.. op. Les lieux de Mémoire. Jean-Pierre Azéma abonde lui aussi dans ce sens. La bouche de la vérité ? La recherche historique et les sources orales. Toulouse. p. volume 1. envisager la féminisation de l’armée sous cet angle revient à s’interroger à la fois sur la mémoire individuelle des femmes militaires mais aussi sur l’héritage qu’elles ont légué à l’histoire. Les mots de l'historien. dir. pour les transformer en matière pensable »3. Paris. 5 Danièle Voldman. Institut d'Histoire du Temps Présent (IHTP). 1988 (1977). voir Danièle Voldman. p. Paris. Nicolas Offenstadt. Alors que l’existence d’une mémoire orale et écrite des militaires féminines de la première génération est incontestable. Il a alors fallu se rendre à l’évidence : il existe bien des lieux de mémoire féminine mais ils sont loin d’avoir conquis leur place dans l’imaginaire collectif. 10. 4 (Et citation suivante) Nicolas Offenstadt. Histoire et mémoire. 11. 1992. « Mémoire ». 2004. Après un relevé minutieux des récits de guerre et des témoignages féminins. Il s’agit plutôt d’un « travail de mémoire » visant à rétablir dans une globalité mémorielle la place et le rôle des femmes militaires dans les guerres françaises de 1939 à 1962. « Définitions et usages ». la question d’une transmission féminine de l’expérience guerrière s’est posée. dont la volonté des hommes ou le travail du temps a fait un élément symbolique du patrimoine mémoriel d’une quelconque communauté »2. p. soulignant que la constitution de l’Institut d’Histoire du Temps Présent en 1978 en est la vitrine scientifique : Jean-Pierre Azéma. Il n’est pas pour autant question de faire de cette restitution un devoir de mémoire qui « implique une lecture du passé univoque . Paris. orale ou écrite. en opposition avec une appréhension souple et diverse d’un même passé »4. 70. 2006. Les études d’histoire militaire transmettant notamment celle des guerres. CNRS. p. elle est le vivier où puisent les historiens »1. d’ordre matériel ou idéel. Ici. Presses Universitaires du Mirail. Mentale. proche d’une mémoire officielle. 20. dir. l’importance des sources orales s’inscrit dans une histoire du temps présent.. Écrire l'Histoire du Temps présent. « la mémoire est la matière première de l’histoire. Paris. Sur la méthodologie et l’ambivalence scientifique des sources orales. p. CNRS. 1992. le poids des témoins ». Selon Jacques Le Goff. En hommage à François Bédarida. Histoire et mémoire. « Temps 35 . dir. Les France.

Accordant elle aussi une large place aux sources de l’écriture de soi. « Entre doutes et renouvellements – les années 1980-2000 ». le poids des témoins ». Paris. p. Écrire l'Histoire du Temps présent… op. p. En revanche. dir. cit. Écrire l'Histoire du Temps présent… op.certes pas fait de « révélations » majeures mais elles ont permis de « restituer l’air du temps.. un anthropologue est conduit à s’interroger sur un tel sujet »6. Dictionnaire des Sciences historiques. cette recherche croise également l’anthropologie guerrière. Écrire l'Histoire du Temps présent… op. Les courants historiques en France.. « Le temps présent entre histoire et sociologie ». 123. 653. 2 Christian Delacroix. 5. Il caractérise l’histoire du temps présent selon deux aspects majeurs : « l’histoire très immédiate » et « l’histoire avec témoins ». les femmes militaires ont ainsi donné lieu à de multiples représentations. « Pour une histoire sociale du temps présent ». op. Participant de « la construction sociale de la réalité et régissant en dernière instance les identités et les pratiques sociales. p. op. XIXe-XXe siècle. 537. « La violence de guerre au XXe siècle : un regard d'anthropologie historique ». La mémoire et l’histoire des femmes dans l’armée française étant encore très partiellement retransmises. voir Stéphane Audoin- 36 . 96. Les mots de l'historien. donnaient sens à leurs actes ou encore modelaient leur mémoire »5. 2007 (1999). François Dosse. 6 Stéphane Audoin-Rouzeau. Patrick Garcia et Christian Delacroix. Les rendez-vous du CHEAr – Ministère de la Défense. cit. p. 5 (Et citation suivante) Hervé Mazurel. taxées d’incompétence ou soupçonnées de déviances. p. les envisager sous cet angle est indispensable car l’histoire du temps présent « se singularise comme gestion historienne des usages sociaux et des instrumentalisations des passés incomplètement mis en histoire et de la mémoire pas encore refroidie »2. cit. Enfin. 49-52.. 355-359. tout en subissant leurs effets en retour ». op. cit.. 4 Dominique Schnapper. En partant des postulats d’Alain Testard ou Françoise Héritier présent ». qui se dilue dans les documents écrits »1. p. À mi-chemin entre l’histoire sociale telle que définie par Antoine Prost3 et la sociologie historique4.. cette thèse croise aussi l’histoire des représentations qui prétend « saisir les multiples chemins par lesquels les hommes du passé pensaient leur présence au monde. Le fait que les femmes soient traditionnellement exclues de l’activité guerrière est une évidence telle et quasi-universelle qu’elle est peu questionnée par les historien-ne-s : « un historien ne cherche pas à savoir pourquoi les femmes ne combattent pas. cit. « La place des mots.. telle que l’envisage Stéphane Audoin-Rouzeau. Étant continuellement remises en question. « Représentations (histoire des) ». 3 Antoine Prost. cit. Pour approfondir ce sujet. 1 Danièle Voldman. Gallimard. Ce n’est d’ailleurs pas son rôle. p. elle permet d’appréhender le vécu de ces femmes par leur propre ressenti mais aussi par celui de l’opinion et de la société. l’histoire des représentations de ces militaires féminines est un élément constitutif de l’analyse du processus de féminisation de l’armée française..

Une anthropologie historique de la guerre moderne (XIXe . y compris pendant les deux guerres qui suivent. Partant de l’idée que la France est en guerre sans discontinuer entre 1939 et 1962. malgré de nombreux obstacles culturels. les prérogatives de la loi sont rapidement dépassées puisque des femmes incorporent alors des unités paramilitaires. la réflexion portera sur ses conséquences et son héritage. La mobilisation des femmes étant source de débats et prêtant à controverses. 327 p. l’Afrique du Nord et l’Indochine. ce doctorat entend analyser les raisons qui poussent les hommes à interdire aux femmes de combattre. le début de ce chapitre montrera comment s’est féminisée l’armée française dans les premières années de la guerre et de la Résistance et ce. plus ou moins subie. Après avoir étudié les différents aspects de la mobilisation féminine. les femmes conquièrent leur place au sein de l’armée française. C’est effectivement la loi Paul-Boncour du 11 juillet 1938 qui marque le tournant législatif radical de l’histoire de la mobilisation féminine.précédemment évoqués. la féminisation de l’armée française apparaît comme un processus inachevé car le métier des armes reste fermé aux femmes. Dès lors. Alors qu’un second conflit mondial se profile. Combattre. le gouvernement français prend les devants en encadrant de façon officielle « l’organisation de la nation pour le temps de guerre » et en considérant pour la première fois les femmes comme des personnels mobilisables. Rouzeau. la question s’est posée de savoir à partir de quel moment une mobilisation des femmes a été envisagée. et malgré la défaite française de 1940. Paris. Seuil. Mises en pratique dès 1939. les effectifs féminins au sein de l’armée française ne cessent d’augmenter. de l’armée française entre 1938 et 1962. Dans cette logique. Le premier chapitre propose d’analyser les débuts de la féminisation de l’armée depuis la promulgation de la loi Paul-Boncour jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. De la métropole à l’Algérie. De ces réflexions historiques. historiographiques et sémantiques a donc émergé la problématique principale de ce travail qui a pour but d’expliquer comment les guerres ont entraîné une féminisation.XXe siècle). en passant par Londres. 2008. La féminisation de l’armée française pendant les guerres (1938-1962) : enjeux et réalités d’un processus irréversible La réponse à cette problématique s’articulera autour de quatre chapitres suivant la chronologie guerrière de la France entre 1938 et 1962. 2. 37 . de la Libération à la construction de la mémoire féminine de la Seconde Guerre mondiale. Le choix de l’année 1938 peut prêter à discussion.

le dernier chapitre apporte la preuve que les trois guerres menées par l’armée française entre 1939 et 1962 ont été les vectrices de sa féminisation et que la guerre n’est plus un monopole masculin. la seconde met en lumière les paradoxes de cet engagement qui entraîne à la fois une reconnaissance législative des personnels féminins de l’armée mais également une amnésie de la mémoire guerrière. 1. plusieurs inventaires mentionnent très clairement les auxiliaires féminines puis les 1 Composé des départements de l’armée de terre. plusieurs fonds ont révélé leur richesse et entraîné le dépouillement systématique de nombreuses sources imprimées. Au département de l’armée de terre. Mais la féminisation de l’armée reste un processus inachevé aux regards de la persistance des valeurs de genre et de la situation dans d’autres pays. il a été indispensable de se tourner vers les archives. se sont révélées très nombreuses et diversifiées. III. En effet. la première partie porte sur un état des lieux de leur présence en Extrême-Orient. Les archives En toute logique. c’est le Service historique de la Défense 1 qui conserve la majorité des fonds susceptibles de répondre à la problématique de ce sujet. la guerre d’Algérie y est présentée comme une nouvelle expérience de guerre au féminin. Une telle recherche a été rendue possible grâce aux sources qui. Le deuxième chapitre s’attache à démontrer la poursuite de la féminisation de l’armée française par la continuation de l’engagement militaire féminin en Indochine. 38 . Enfin. Partant de l’idée que cette guerre entraîne une nouvelle vague de mobilisation des femmes sous l’uniforme français. Le troisième chapitre est traite de l’affirmation du processus de féminisation de l’armée française qui se poursuit pendant la guerre d’Algérie. L’histoire militaire occultant les femmes. contre toute attente. la quête de sources n’a pas été évidente. Chercher des réponses : les sources Aux premières heures de l’élaboration de ce sujet de thèse. Le résultat obtenu a largement dépassé celui attendu. de l’air et de la marine. Tout en analysant les conditions du retour de « celles qui ont fait l’Indo ».

les sous-séries 1 H. 12 Sauf par les auteurs précédemment cités. 9 Un carton de la série R porte la mention « affaires disciplinaires. Elles sont d’ailleurs souvent méconnues des archivistes eux-mêmes et des membres du personnel13. elles sont nombreuses à devenir pilotes ou parachutistes – avant tout pour le plaisir. 5 Série P. Elles portent sur la discipline 9. La Première Guerre mondiale éclatant peu de temps après. À l’annonce de cette recherche. Afrique équatoriale française (sous-série 6 H). puisque c’est dans ces services qu’elles sont traditionnellement les plus nombreuses. et surtout acceptées. plusieurs fonds plus généraux possèdent des archives utiles. » 10 Respectivement. ou encore les écoles de formation. les cantonnements. de l’Indochine3. du cabinet du Ministre de la Défense 6. Fonds couvrant la période de 1920 à 1940. Il en va de même pour toutes les anciennes colonies françaises 11. 6 Série R. 11 Afrique occidentale française (sous-série 5 H). 4 Série N. un dépouillement systématique des fonds relatifs aux services sociaux et médicaux a révélé une quantité d’archives propres aux femmes militaires. voire totalement aléatoire. C’est le cas de ceux de l’Indochine et de l’Algérie. 3 Sous-série 10 H. les postes.personnels féminins de l’armée de terre1. 2 Sous-série 4 H. Côte française des Somalis (sous-série 7 H). pourtant. leur état de conservation laisse parfois deviner qu’ils ont été peu consultés. les missions. Ce constat. L’état d’esprit est tout autre au département de l’armée de l’air qui reste une armée jeune dans laquelle les femmes ont été plus facilement et rapidement intégrées. 2 H et 3 H. En outre. Dans les inventaires les moins explicites. Quant aux documents. Il s’agit des archives du Levant 2. le recrutement. de l’État-major7 et des formations8 de l’armée de terre. certains cartons présentent un classement peu rigoureux. 14 Même si leur classification et leurs catalogues sont parfois peu explicites voire peu logiques. Les travaux sur les 1 AFAT et PFAT dans la suite du texte. de la guerre4 et de la France Libre5. 7 Série T. De plus. Les archives relatives aux PFAT sont abondamment citées par Michel Bodin qui met en évidence la présence d’archives relatives aux PFAT dans des cartons dont le titre n’en fait pas mention. Madagascar (sous-série 8H)…etc. les archives témoignent du contraire. Les femmes dans l’armée ont laissé peu de traces dans la mémoire militaire alors que. Toutes ces archives du PFAT semblent avoir été peu exploitées et peu manipulées 12. 39 . 8 Série U. a pour conséquence une transparence limpide des inventaires 14. des réactions de surprise ou de scepticisme ont été fréquemment rencontrées. Trois séries sont beaucoup plus évasives : les archives de l’Algérie. de la Tunisie et du Maroc10. elles sont quelques-unes à faire profiter l’armée de l’air de leur maîtrise et de leurs connaissances en matière d’aviation. 13 En salle des inventaires comme en salle de lecture. les uniformes. doublé d’une présence féminine relativement précoce. Dès les débuts de l’aviation civile.

Les femmes au combat. 40 . Quant au personnel militaire féminin de l’armée de l’air 2. ses fonds portent sur l’Indochine 3. 2008. D’autres fonds moins spécifiques sont également consacrés aux IPSA. 2 PMFAA dans la suite du texte. la Seconde Guerre mondiale 5 et renvoient aussi bien aux concours de recrutement. C’est dans les archives du département de la marine que les femmes sont les moins visibles. 4 Série E. SHD. Ceux de la terre et de la marine mentionnent parfois les femmes mais aucune n’a pourtant été interviewée. A noter que dans cette série. Et c’est parfois encore le cas aujourd’hui. Ils portent les cotes 4 C 1253-B et 4 C 1253-C.aviatrices par exemple sont très nombreux et les archives les concernant ont été largement exploitées. La richesse de ses archives iconographiques et audiovisuelles permet de comprendre la place accordée aux femmes dans l’armée. La féminisation de la Royale6 est un sujet qui a longtemps fait sourire « les gars de la Marine ». Mais certaines ne 1 Portant la cote Z 32829. il semble que plusieurs fonds ne portent pas que sur la guerre d’Indochine mais aussi sur le PMFAA pendant la guerre d’Indochine. 5 Série D. L'arme féminine de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. aux inspections. pourtant nombreuses. IPSA dans la suite du texte. la discipline. 7 En 1996. à la formation. Le département de l’armée de l’air est le seul à avoir consacré une exposition aux femmes « des pionnières à nos jours »7 et celui de l’armée de terre vient de publier un ouvrage portant sur « les femmes au combat »8. la Défense Nationale4 (depuis 1945). l’Établissement de communication et de production audiovisuelle et de la Défense 9 possède des fonds importants qui sont primordiaux dans l’étude des représentations. Un seul fonds leur est entièrement dédié mais son inventaire est plus qu’évasif et la quasi-totalité de ses archives n’est consultable que sur dérogation. 6 Nom donné à la Marine Nationale. Vincennes. Récemment. n’ont jamais fait l’objet de recherches. Tous les départements du SHD ont une section « histoire orale » mais celle de l’armée de l’air est la seule à avoir collecté autant de témoignages de femmes. 103 p. 3 Sous-série 4 C. et cela se révèle dans l’état de ses fonds. le département de l’armée de l’air a acquis et inventorié un fonds spécifique aux infirmières parachutistes et secouristes de l’air 1 qui. Il faut dire que les préjugés et superstitions perdurent et qu’une présence féminine « à bord » est censée porter malheur. 9 ECPAD dans la suite du texte. qu’aux carrières professionnelles. La marine est encore aujourd’hui l’armée la plus hermétique aux femmes. Dépendant également du SHD. 8 Nathalie Genet-Rouffiac et Jean-François Dominé dir..

ce fonds conserve le manuscrit d’un livre inédit. Il arrive fréquemment que les autorités militaires aient un droit de regard voire un contrôle de diffusion des images dans ce journal. Il est tout aussi important de connaître l’identité du réalisateur ou du photographe. une arme ou un conflit précis. Éditions France-Empire. 303 p. les dossiers de personnels. et c’est pourquoi elles méritent d’être confrontées à celles de l’Institut National de l’Audiovisuel2. Leurs fonds portent surtout sur les médailles et récompenses attribuées aux militaires. En plus des archives de la Défense. 3 Résultat de la fusion entre les archives de l’École Supérieure d’Application des Transmissions et le Musée des Transmissions. 1960. les clichés figurant dans Bled. dès lors qu’un film ou une photographie est commandé par l’armée. les archives de la gendarmerie nationale n’ont été d’aucune utilité car ce n’est qu’en 1983 qu’elle s’ouvre définitivement aux femmes.semblent pas très réalistes1. Aux Archives Nationales. PUF. le rôle des femmes dans la Résistance. Parfois. dans un uniforme impeccable. plusieurs centres ont été visités. histoire d’un mouvement de résistance. Même si l’ECPAD est souvent l’auteur des images diffusées sur les grandes chaînes. 8 Série 397 AP. apprêtées. 4 CHETOM dans la suite du texte. Merlinette pendant la Seconde Guerre mondiale. histoire d’un mouvement de résistance de juillet 1940 à juillet 1943. un civil ou un militaire ne porte pas le même regard sur les femmes militaires et le message n’est jamais le même non plus. 1996 (1985). 6 FNFL dans la suite du texte. Quelques « papiers » 1 Par exemple. Auteure de nombreux ouvrages sur la Résistance. Les jeunes dans la Résistance. journal militaire fondé pendant la guerre d’Algérie. souriantes. situé à Fréjus au sein du Musée des troupes de marine a également révélé un fonds intéressant : celui de Mireille Hui. son horaire de diffusion. Le contrôle de la presse militaire par des hommes influe considérablement sur les représentations des femmes militaires. 1940-1944. 248 p. Elle a notamment publié : Combat. L’Espace Ferrié 3 à Rennes conserve les archives des Merlinettes. son public et ses commentaires peuvent en changer toute la teneur. Autre service dépendant du SHD. ne reflètent presque jamais la réalité. Il existe d’autres centres d’archives annexes au SHD un peu partout en France.. Et le Centre d’Histoire et d’Études des Troupes d’Outre-Mer4. 20 ans en 1940. 7 SFF dans la suite du texte. 41 . la gendarmerie nationale étant également rattachée à celui de l’Intérieur. officier dans les Forces Navales Françaises Libres6 et fondatrice des Sections Féminines de la Flotte7 à Alger pendant la Seconde Guerre mondiale. Paris. 5 Série 435 AP. Défense de la France. Deux autres fonds privés ont été utiles : ceux de Marie Granet 8 et Joseph Paul-Boncour1. Malheureusement. Les femmes représentées sont souvent maquillées. elles sont mises en scène en uniforme dans des paysages bucoliques ou champêtres telles les pin-up américaines de la Seconde Guerre mondiale. PUF. Paris. 331 p. 2 INA dans la suite du texte. Paris.. l’importance de l’émission. 1957. l’état des fonds est relativement pauvre si l’on excepte celui d’Yvette Lebas- Guyot5. Ceci explique en partie pourquoi ce travail ne porte que sur les trois armées qui ne dépendent que du Ministère de la Défense. Un homme ou une femme. le nom du réalisateur ou du photographe n’est quasiment jamais révélé.

Enfin. cartes postales et caricatures. D’autres centres d’archives ont été contactés et/ou visités mais sans résultat probant quant au contenu de leurs fonds : les archives du service de santé militaire du Val de Grâce. 2 Sous-série 3 AG 1. L’Institut d’Histoire du Temps Présent7 renferme deux fonds particulièrement riches et profitables à cette recherche : ceux de Germaine Lévy. 9 ADIR dans la suite du texte. Les « dossiers » de cette bibliothèque sont également très riches : ils sont constitués de coupures de presse qui permettent de cerner l’image que les femmes militaires ou liées à l’armée renvoient à leurs contemporains à travers la presse. les recherches à la Bibliothèque de Documentation Internationale et Contemporaine8 se sont révélées infructueuses malgré la présence du fonds « Gabrielle Duchêne » portant sur l’opposition féministe à la loi Paul-Boncour. À Paris. le Mémorial du maréchal Leclerc est le dépositaire des archives des Rochambelles. Le centre d’archives de la Croix-Rouge française possède de nombreux fonds dédiés aux conductrices ambulancières. 5 BMD dans la suite du texte. aux Sections Sanitaires Automobiles 4 et aux liens très étroits qu’elles entretiennent avec l’armée.du général de Gaulle2 pendant la Seconde Guerre mondiale ainsi que plusieurs fonds relatifs à ce conflit 3 ont également été consultés. les ambulancières de la 2e Division Blindée. 3 Série 72 AJ. La Légion d’Honneur occupe aussi une place centrale dans cette recherche mais ses fonds sont très lacunaires : de nombreuses femmes légionnaires en sont absentes. 7 IHTP dans la suite du texte. Ils sont pourtant très riches car ils contiennent tous les fichiers biographiques des légionnaires ainsi que les citations et les demandes de décorations. 6 Constitué d’affiches. La Bibliothèque Marguerite Durand 5 est la seule à posséder un fonds iconographique 6 sur les femmes engagées dans l’armée française en temps de guerre. celui de l’Association des Déportées et Internées de la Résistance 9 et quelques documents disséminés faisant allusion aux femmes militaires. résistante de l’intérieur puis dans l’armée. se sont révélées inutiles car aucune n’évoque les femmes. malgré des inventaires attractifs mentionnant le gouvernement de la France Libre à Londres et à Alger. Les archives du Ministère des Affaires étrangères. 8 BDIC dans la suite du texte. les archives du féminisme de la Bibliothèque Universitaire d'Angers disposent de plusieurs fonds relatifs aux mouvements féministes pendant l’élaboration de la loi Paul- Boncour. 42 . Dans la lignée de la BMD. celles de la Préfecture de 1 Série 424 AP. 4 SSA dans la suite du texte.

France-Soir. Les autres sources Concernant les sources imprimées. Micheline Fornaciari. 2. Toulon. Au sein du SHD. devant la présence grandissante des personnels féminins dans les rangs de l’armée. cette revue a pour titre Bulletin PFAT. 2 Sauf mention contraire. malgré la parution d’une centaine de numéros en vingt ans.. même si avant 1953. 4 Le Figaro. une remarque s’impose. Saint-Cyr-sur-Loire. peu d’organismes non militaires conservent des traces de la militarisation des femmes. 3 Odile Ducret-Schaeffer. en est l’illustration parfaite. le titre de Bellone sera le seul en usage ici. Les femmes dans la Marine Nationale Française de 1942 à 1956. au regard de tous ces articles. cit. Malgré son intérêt historique majeur. Elle …etc. Face à l’éparpillement des archives et pour combler certaines lacunes. Ceux-ci contribuent fortement à sortir de l’ombre ces femmes qui n’étaient jusqu’alors connues que de leurs homologues masculins. À ces archives s’ajoutent de nombreuses sources imprimées ainsi que des témoignages oraux et écrits. Quelques auteures3 pourtant la mentionnent dans leurs sources. Bellone2 n’a jamais fait l’objet d’étude approfondie. Paris-Match. 159 p. op. Finalement. La presse militaire a tardé à s’intéresser aux femmes mais la revue Bellone les a incarnées pendant presque vingt ans en étant la seule et unique revue féminine de la presse militaire. comme les sources orales. Aujourd’hui. la différence d’intérêt accordé à certains types de sources. Pour beaucoup d’hommes – militaires ou non –. La Marine Nationale au féminin. la rencontre avec une cinquantaine de militaires féminines retraitées a permis l’accès à autant d’archives privées. Puis. il s’agit majoritairement d’articles de presse. 1 Malgré quelques documents évoquant les femmes dans les séries A : Alliés et FR : France Résistance. la presse militaire recommence à s’intéresser à ces femmes exerçant un métier si atypique. Bellone reste totalement inconnue des autorités militaires mais aussi des différents services historiques. Lucile Clémens-Morisset. 65 p. de 1943 à nos jours. Lorsque cette revue disparaît. les femmes disparaissent aussi – pour un temps – des colonnes des grands journaux militaires. Alan Sutton. parfois peu approfondis voire ironiques.. 2003. l’état des fonds varie d’un département à l’autre.Police ou encore celles du Mémorial de Caen1. Mais globalement. Il en va de même pour la diversité de leurs intitulés et leur contenu . Les femmes dans les armées en France. peu à peu. cette présence féminine dans l’armée est incompréhensible : comment une femme peut-elle choisir un métier aussi peu féminin ? Cette question est souvent posée par d’autres journaux et magazines d’information plus généralistes4. 1989. Ils sont souvent légers. AGPM Éditeur. 43 .

ou les inégalités professionnelles entre les personnels des deux sexes ne sont que très rarement abordés dans les autres sources imprimées. Ces témoignages permettent de combler les lacunes. cit. En plus des sources orales conservées au département de l’armée de l’air. Les documents officiels émanant des autorités militaires sont autant de sources imprimées importantes. les problèmes liés à la mixité. op. Ces livrets. par recommandation ou simple bouche-à-oreille. Seule Bellone se fait un point d’honneur à mettre en lumière la face cachée des carrières féminines dans l’armée.). et plus généralement de tous ceux et toutes celles qui ont côtoyé. et les lois qui sont propres aux femmes dans cette profession. 1 Sur l’exploitation des sources orales en histoire. des militaires. ces sources doivent impérativement être non seulement confrontées entre elles mais aussi avec des témoignages oraux et écrits. de près ou de loin. lois. certains sujets qui « fâchent » comme la misogynie ou le machisme. ces femmes exerçant un métier « si peu féminin ». 44 . En effet. les relations entre hommes et femmes.. les silences et les non-dits des autres sources. les différences statutaires entre hommes et femmes. les biographies ou les romans ont également leur place dans ce corpus car elles reflètent les préoccupations des scientifiques. Ces témoignages appellent toutefois à la prudence car il s’agit de souvenirs a posteriori1. décrets et autres manuels constituent une mine d’informations sur les carrières féminines dans l’armée. Enfin. d’autres sources telles que des ouvrages sur la question militaire ou sur les femmes. brochures. relativement nombreux.. voir Danièle Voldman (dir. elles ont toutes répondu soit à un questionnaire soit à une interview semi-directive entre 2005 et 2011. plusieurs dizaines de femmes ont été interrogées pour ce travail. Mais ils sont à manipuler avec distance et discernement car la reconstruction du passé amène souvent des erreurs ou une subjectivité particulière. Pour finir. plusieurs dizaines ont été recensées. Concernant les récits à caractère autobiographique. La bouche de la vérité ?. Rencontrées par le biais d’associations d’anciens combattants.

Même si l’entre-deux-guerres est avant tout marqué par une glorification des morts pour la France. En 1927. p. Prendre en compte l’action des femmes pendant la Première Guerre mondiale relance le débat de leur participation à la défense de la patrie. revient sur le devant de la scène. elle s’était effacée au profit de l’Union Sacrée dès le début de la guerre1. 45 . France 1789- 1945. Paris. 239 p. Les femmes. la lutte des femmes pour l’accès à la citoyenneté politique et pour une égalité pleine et entière avec les hommes. multipliant les œuvres sociales ». Armand Colin. Dès 1939. elles ont prouvé en participant activement à l’effort de guerre qu’elles avaient – comme les hommes – un rôle important à jouer dans la France en guerre. actrices de l’Histoire. Particulièrement active au tournant des XIXe et XXe siècles. Sedes. les femmes sont présentes dans les rangs de l’armée et la défaite de 1940 ne ralentit en rien leur mobilisation. Paris. Yannick Ripa. les débats sont relancés pour plusieurs années. une héroïsation des poilus revenus du front et une politisation croissante des anciens combattants. Bien qu’elles aient été massivement démobilisées dès 1919. Au contraire. c’est en s’engageant dans la Résistance que les femmes passent peu à peu du statut de civiles à celui de militaires contractuelles. 1999. Leur engagement massif à l’arrière pendant la Première Guerre mondiale relance le débat déjà ancien du rôle qui doit leur être attribué en cas de conflit. la question de la mobilisation des femmes va souvent de pair avec celle de leurs droits civiques. CHAPITRE I De la loi Paul-Boncour à la Seconde Guerre mondiale : nouveau regard sur la mobilisation des femmes dans l’armée française Mobiliser les femmes en temps de guerre est une question qui se pose depuis longtemps. Celle-ci est votée le 11 juillet 1938 et elle marque la naissance d’une féminisation officielle et légale de l’armée française. lorsque Joseph Paul-Boncour reçoit la responsabilité de mettre sur pied une loi dans le but de mobiliser les femmes en cas de guerre. Ouvrage réédité depuis sous le titre Les femmes actrices de l’Histoire de 1789 à nos jours. 2010. 96. Des féministes aux hommes politiques. Cette différence de statut est primordiale pour comprendre en quoi la Seconde Guerre mondiale incarne l’acte de naissance de la 1 Ce que Yannick Ripa appelle très justement « l’union sacrée des sexes » ou comment la grande majorité des féministes mettent entre parenthèses leurs revendications pour se consacrer « à leurs devoirs de ‘braves Françaises’.

2 Claude Zaidman. Thèse de doctorat. » Car c’est bien la subversion qui jalonne le parcours des femmes dans l’armée. puisqu’en pénétrant ce bastion masculin. n° 15. la Libération ne sonne pas non plus comme un retour aux normes de genre. leurs effectifs finissent par atteindre treize à quatorze mille. Emmanuel Reynaud. n° 12. op. cit. une place introuvable ? Le cas de la féminisation de l'Armée française. quand il s’agit de secteurs de pouvoir ou présumés tels. Cette entrée en douceur. Journal Officiel de la République Française. contre toute attente. Odile Ducret-Schaeffer. c’est la définition de Claude Zaidman qui sera retenue ici : « quand des femmes entrent modestement et en petit nombre dans des métiers jusque-là monopole masculin.. Enfin. force est de constater que leurs effectifs n’ont cessé de croître pendant toute la durée de la guerre. p. Non seulement la défaite de 1940 n’engendre pas la fin de cette mobilisation féminine mais. Clio Histoire. contrairement au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’Harmattan.. « La notion de féminisation.... 6 Expression employée ici dans le sens de « style » ou « type ». La femme militaire des origines à nos jours. les valeurs et les idées reçues 3. c’est l’augmentation constante des effectifs militaires féminins à partir de 1940 qui est à l’origine des textes de loi et non l’inverse. consulté le 11 janvier 2011. 57. C’est là toute l’originalité de ce processus qui met en évidence un écart considérable entre la théorie et le terrain. p. 8330-8337. Femmes en armes. 13 juillet 1938. Paris. « Le genre de la nation ». Femmes et Sociétés. Les femmes. Dictionnaire historique… op. « portant sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre ». 239 p. op. 5 Luc Capdevila. 3671. p. Concernant l’analyse du processus de féminisation de l’armée française. De la description statistique à l’analyse des comportements ». alors que celle-ci est traditionnellement datée des années 19701. Si elles ne sont que quelques centaines à servir la France au début de la guerre.. Ces militaires d’un « nouveau genre »6.org/499 3 Alain Rey dir. 2000. Bien qu’elles ne représentent que 2 à 3 % de l’armée nouvelle à la fin de la guerre et qu’elles n’aient pas été plus de 10 à 20 % dans les réseaux et mouvements de Résistance5. La nature féminine est au cœur des débats qui ponctuent l’adoption de la loi sur « l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre »4. une place introuvable ?. Malgré son adoption en 1938 et sa mise en pratique quasi-immédiate dès le début de la Seconde Guerre mondiale. « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) ». 4 Loi du 11 juillet 1938. op. cit. cit.revues. la violence et l’armée. puis Femmes en armes. op. cit. Les Cahiers du CEDREF. essai sur la féminisation des armées. et Katia Sorin. 2007. elles bouleversent – souvent malgré elles – l’ordre établi. http://cedref. cit. deviennent alors bien malgré elles des objets de 1 Raymond Caire.féminisation de l’armée française. parce que minoritaires. 2003. évoque l’idée d’une subversion (positive ou négative) selon les positions 2. Les femmes dans les armées en France : 1914-1979. 46 . les débats sont toujours très vifs pendant et après le conflit.

particulièrement impliqué dans les débats portant sur le désarmement ou sur l’importance de régler pacifiquement les différends internationaux. depuis longtemps déjà.questionnements ou d’enquêtes générant leur lot de préjugés. La loi Paul-Boncour : enjeux et problématiques autour de la mobilisation féminine La question de la mobilisation des femmes et de leur enrôlement dans des formations militaires ne date pas de 1927. député. a été créé en 1906. En défendant l’idée d’une mobilisation des hommes et des femmes. administrative mais aussi humaine en temps de guerre. De la loi Paul-Boncour à la Résistance : naissance de la féminisation de l’armée française Si la loi portant sur « l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre » est votée le 11 juillet 1938. de mettre sur pied cette loi. avocat. C’est en 1927. Le CSDN. souvent plus proches du fantasme que de la réalité. tant dans l’opinion et la presse que chez les politiques. Ce sont les féministes qui se sont le plus exprimées sur ce sujet mais il n’est pas rare de lire ça et là des prises de 1 CSDN dans la suite du texte. Joseph Paul-Boncour. ancien combattant. des hommes et des femmes ont réfléchi sur la place à accorder aux femmes en temps de guerre. non sans difficultés. le CSDN se dote d’un secrétariat permanent. Entre 1927 et 1938. Celle-ci permettrait une mobilisation de toute la population sans distinction d’âge ni de sexe. placé sous l’autorité du Président du Conseil. 47 . Au lendemain de la Première Guerre mondiale. tente. elle est née bien des années avant dans l’esprit de Joseph Paul- Boncour. 1. En effet. de l’Intérieur et des Affaires Étrangères. Il s’agit d’un organisme d’études qui réunit régulièrement les ministres de la Guerre. Et c’est bien cette dernière caractéristique qui cristallise les tensions. Joseph Paul-Boncour s’attaque à l’une des barrières du genre les plus solides : celle qui veut que la guerre soit un domaine exclusivement masculin. I. C’est à lui que le Gouvernement confie la responsabilité de débattre des questions relatives à la mobilisation économique. alors qu’il préside le Conseil Supérieur de la Défense Nationale 1 qu’il devient le rapporteur de cette loi qui portera son nom onze ans plus tard.

2004. Paris. viennent s’y inscrire . « L'épreuve militaire ». 5 Odile Roynette. il est donc nécessaire d’analyser ses antécédents et ses enjeux. tome 2 : l'époque contemporaine. l’armée obéit à une logique d’exclusion des femmes : la Convention décide de les expulser. cit. Femmes et Sociétés. L’Officine. La dernière combattante du XIXe siècle officiellement reconnue pour ses actes de bravoure est Marie-Angélique Brulon4. En 1914. ouvrons une liste d’Amazones Françaises. 1996. sauf les blanchisseuses et les vivandières indispensables au service des troupes. op. p. juillet-septembre 2002. le 25 mars 1792. voir : Dominique Godineau. 48 . Mais depuis le décret du 30 avril 1793. p. Elles sont cantinières. 4 Danièle Déon-Bessière. Pour comprendre les enjeux de cette loi. Giovanni Levi et Jean-Claude Schmitt. dir. non… Et nous aussi nous voulons mériter une couronne civique. nous nous réunirons ensuite pour nous concerter sur les moyens d’organiser un Bataillon3. p. n° 75. Histoire des jeunes en Occident. Paris. 1792. 6-7. 88. p. les femmes sont parfois présentes au sein des troupes et non loin des champs de bataille. Paris. cit. Prétendent-ils eux seuls avoir des droits à la gloire . p. Vingtième Siècle. […] Oui… généreuses Citoyennes. 26. Ainsi Théroigne de Méricourt déclarait-elle en 1792 : Citoyennes. « De la guerrière à la citoyenne : porter les armes pendant l’Ancien Régime et la Révolution Française ». Femmes en armes…. armons-nous. et que toutes celles qui aiment véritablement leur Patrie. les femmes disparaissent peu à peu de la sphère combattante. allons nous exercer deux ou trois fois par semaine aux Champs-Élysées. ou au Champ de la Fédération . vivandières – souvent épouses ou veuves de soldats1 ou encore prostituées2. « La construction du masculin de la fin du 19e siècle aux années 30 ». 35 et Odile Roynette. non. La seule présence féminine désormais tolérée est celle 1 Katia Sorin. Discours prononcé à la Société fraternelle des minimes. cit. Sur les femmes en armes pendant la Révolution Française.position masculines en faveur d’une mobilisation féminine. Entre la guerre de 1870 et la Première Guerre mondiale. p. Les femmes et la Légion d’Honneur depuis sa création. Clio Histoire. 2002. pourquoi n’entrerions-nous pas en concurrence avec les hommes. p. n° 20. et briguer l’honneur de mourir pour une liberté qui nous est peut-être plus chère qu’à eux. « Armées ». la disparition de la figure de la cantinière en est l’illustration parfaite 5. qui reçoit la Légion d’Honneur en 1851. 2 Sabina Loriga. Seuil. op. 3 Théroigne de Méricourt. 87. vous toutes qui m’entendez. 43-69 et Citoyennes tricoteuses… op. Imprimerie Demonville. 84. a) Mobiliser les femmes : enjeux et débats Jusqu’au XIXe siècle. « La construction du masculin de la fin du 19e siècle aux années 30 ».

. 47-48. Paris. Et même si la figure de la femme semble indissociable de celle du soldat. 156 11 Cité par Christine Bard. cit. En 1908. op. 10 Georges Falconnet et Nadine Lefaucheur.. 6 « L'épreuve militaire ». certaines « femmes à cœur d’homme » se comportent en homme la plupart du temps. cit. Elles sont entièrement « militarisées » : Odile Ducret-Schaeffer. parfois bénévole du service de santé militaire2... 2 Katia Sorin. sa militarisation est alors inenvisageable. C’est depuis la fin de la Révolution que la citoyenneté masculine est devenue indissociable du service armé5. Le Seuil. op. Michelle Zancarini-Fournel coord. comme « consécration de la virilité »10 ne peut donc par principe concerner les femmes. op. 3 Michelle Zancarini-Fournel coord. op. de La Barre Duparcq. La conscription accentue la frontière entre masculin et féminin dans la société6 : « la participation directe à la violence de guerre (donner ou recevoir la mort) dans un cadre étatique devient au début du XXe siècle. Masculin-Féminin : la pensée de la différence. Les filles de Marianne… op. p. Les femmes dans les armées en France. aux frais de l’auteur. elle exprime sa position dans son article « La Femme-soldat » publié dans La Suffragiste11. ou le service militaire. Les rares infirmières « salariées » du service de santé militaire sont en fait les premiers personnels féminins de l’histoire de l’armée. La femme au temps de la guerre de 14.de l’infirmière.. 4. p. n° 75. « La construction du masculin de la fin du 19e siècle aux années 30 ». « L’identité masculine et les fatigues de la guerre (1914-1945) ». 88. p. 141.. 104-109. Cette virilisation de la « nature féminine » est fortement contestée car elle serait la cause d’un « amollissement »9 des hommes. Dans certaines communautés ou tribus. p. mais ne dénigrent pas pour autant les tâches féminines : Françoise Héritier. 49 . seules les féministes radicales se posent en faveur d’un service féminin. Paris. 1975. cit. 5 Luc Capdevila. op. Les mots de l'Histoire des femmes. 43 et Michel Bozon. cit. 226. p. p. 10. p. 8 Ce qui est loin d’être le cas partout. 7 Odile Roynette. 12 Ibid. p. 304. un critère qui distingue de manière plus nette que naguère hommes et femmes »7. La conscription et le développement des casernes comme lieu initiatique de la virilisation du « citoyen-soldat3 » excluent les femmes du monde militaire 4. La conscription. La fabrication des mâles. op. 108-109. op. « personnage le plus louangé de la guerre1 ». Histoire militaire des femmes.. cit. Dans les sociétés occidentales8. 9 Ed. 4 « Virilisation » et « femmes » sont antinomiques car la virilisation est un processus modifiant la « nature » féminine en y intégrant des éléments traditionnellement masculins (comme le sport ou l’exercice de certains métiers). elle affirme que 1 Françoise Thébaud. 98.. Figure emblématique de la virilisation des femmes qu’elle revendique et défend dès le début du siècle. op. cit. cit. Madeleine Pelletier défend vigoureusement cette idée. p. p. p. Vingtième Siècle. Les mots de l'Histoire des femmes. op. Les conscrits.. Femmes en armes. cit. Au début du XXe siècle. cit. p.. 1873. et réclame un service militaire féminin s’inscrivant dans la logique de l’égalité des droits et des devoirs allant de pair avec un service militaire féminin 12. cit. les femmes liées à l’armée ou présentes dans les milieux traditionnellement masculins contribuent à une dénaturation de la femme. Parmi elles.. juillet-septembre 2002. 84. p.

1992. « Les femmes et le féminisme ». La revue socialiste. ces réformés. Madeleine Pelletier : logiques et infortunes d’un combat pour l’égalité. ceux mêmes qui parlent de supprimer les armées permanentes leur répondent : « Vous ne pouvez jouir des prérogatives politiques puisque vous ne portez pas le fusil ». qui jouissent cependant de leurs droits civiques. Les femmes ne se battent pas . et qu’elles pourraient être avantageusement utilisées par le département de la guerre. Leur émancipation ne se réalisera pas. dont voici un passage : « Nos soldats vaincraient 1 Madeleine Pelletier. Christine Bard. parce qu’elles ne mériteront pas d’être libres »1. 45. cité par Christine Bard. […] Les femmes ont un peu partout suffisamment prouvé qu’elles étaient aptes à porter les armes. op. elle explique selon quelles justifications les femmes ne sont pas citoyennes. p. C’est peine perdue de leur faire remarquer que la loi de neuf mois renouvelables est plus dure pour les femmes que la loi de deux ans pour les hommes . Paris. ne peuvent être en la société leurs égales. p. janvier 1906. un équivalent féminin au service militaire masculin. Dans le chapitre « vous n’êtes pas militaires ». elle établit une double comparaison entre le service militaire et le droit de vote d’une part. […] Lors de la campagne de Tunisie. selon leur expression. 91.« tant que. mais tous les hommes non plus ne se battent pas . dir. elle aussi. il y a de par le monde une foule d’hommes impropres au service militaire . « rares sont les féministes qui ont dit aux femmes aussi clairement que Madeleine Pelletier qu’‘il faut être des hommes socialement’. autrement dit. « La virilisation des femmes et l’égalité des sexes ». « La virilisation des femmes et l’égalité des sexes ». Madeleine Pelletier : logiques et infortunes d’un combat pour l’égalité. 2 Christine Bard. le féminisme ne sera qu’un vain mot. qui ont considéré la ‘virilisation’ (l’expression est d’elle) comme une condition sine qua non de l’égalité des sexes »2. et la maternité d’autre part : Quand les femmes demandent à voter. La loi de deux ans sert aux antiféministes de prétexte pour déclarer que les femmes point astreintes aux obligations militaires imposées aux hommes. Comme l’analyse Christine Bard. 91. Hubertine Auclert défend. elles [les femmes] continueront à rester femmes. que beaucoup plus de femmes succombent sur le lit de douleur pour l’œuvre de création. 50 . on les appelle les réformés. cit. Le lien entre accès à la sphère militaire et accès à la citoyenneté politique est également prégnant puisque cette même année. Côté-femmes. tous les journaux publièrent une lettre adressée au général Farre. ministre de la guerre. Dans son ouvrage Le vote des femmes. que d’hommes sur le champ de bataille pour l’œuvre de destruction. p.

Qu’on appelle les femmes à faire leur service humanitaire – pendant du service militaire des hommes – et l’on aura ce personnel. Cette réflexion soulève une nouvelle contradiction : revendiquer le droit à la mobilisation des femmes et/ou à leur formation militaire est souvent assimilé à du bellicisme ou du militarisme. Pour Gustave Hervé. p. » […] La femme chargée de perpétuer la nation. Bien qu’elle revendique que la guerre est un mal qu’il faut combattre. Éditions Ouvrières. rédacteur de la 1 Hubertine Auclert. Arria Ly. on enseignerait la gymnastique et le maniement de toutes les armes afin de les rendre aptes à se défendre victorieusement2. n° 28. elle dénonce l’inégalité de traitement entre les hommes et les femmes : Ah ! Masculina nous en conte de bonnes à ce sujet lorsqu’il se pose en martyr sous prétexte qu’il fait la guerre et ose prétendre que c’est cette qualité de guerrier éventuel qui lui confère le privilège d’être le seul à légiférer ! […] Nul n’est plus antimilitariste et antipatriote que moi. la presse féministe se fait l’écho de cette inégalité. La Suffragiste. Le vote des femmes. mai 1912. une sorte de service militaire obligatoire pour les deux sexes.1 Cette position d’Hubertine Auclert. 3 Claude Maignien et Charles Sowerwine. néanmoins. vite l’ennemi et la maladie. datant de 1908. si un personnel dévoué. Régulièrement. En 1912. leader du socialisme révolutionnaire auquel elle est ralliée de 1907 à 1910. 1992. Imprimerie de Bussière. particulièrement quand elle ajoute que même ceux qui ne combattent pas. […] L’idéal serait un monde que les guerres ne déshonoreraient plus […] et où existerait. Pendant tout le premier tiers du XXe siècle. 51 . jouissent de leurs droits civiques. c’est le lien entre maternité. p. p. 1908. devrait être traitée de même que le soldat chargé de défendre le territoire. dans La Suffragiste revient sur cette idée. Madeleine Pelletier. 48 et 54. 87. Or. mobilisation et droit de vote des femmes qui rythme les débats. soutenir Madeleine Pelletier revient à « trahir les idées antimilitaristes qui étaient au cœur de son désaccord avec les réformistes 3 » : « Comment moi. Une féministe dans l’arène politique. 10-13. résume à elle seule les clivages et les enjeux liés à la perspective d’une mobilisation – autre que maternelle – des femmes. 2 Arria Ly. Hubertine Auclert dénonce une triple inégalité entre les hommes et les femmes. Aux femmes. « La guerre est-elle un mal ? ». elle s’était notamment attiré les foudres de Gustave Hervé. Saint-Amand. Lorsque Madeleine Pelletier avait revendiqué ce droit en 1908. Paris. Mais je ne suis pas antiguerrière. les femmes sont traditionnellement associées au pacifisme. veillait à leur bien être matériel.

Guerre Sociale1 et antimilitariste, ai-je pu demander que les femmes soient admises à faire
leur service militaire ? »2 Madeleine Pelletier regrette d’ailleurs que les féministes ne
s’impliquent pas davantage dans cette lutte :
Les hommes ont versé le sang pour conquérir le
droit de suffrage. S’il fallait que les femmes emploient les
mêmes moyens, il est probable qu’elles ne l’obtiendraient
jamais ; non seulement parce qu’elles auraient peur pour
elles-mêmes, mais parce que la violence en général leur
fait horreur. […] Dans les journaux et revues, les articles
féministes abondent et si notre intervention, à propos de la
femme soldat a déchaîné dans la presse populaire les
injures et les sarcasmes de gens écrivant pour un public
grossier, nombre de publications importantes ont discuté la
question comme elle devait l’être et l’Angleterre, par la
création d’un corps d’infirmières militaires, lui a donné
depuis un commencement de solution3.

Enfin, d’autres comme Nelly Roussel en 1922, réfutent l’association entre
mobilisation militaire et citoyenneté politique des femmes, l’une pouvant – et devant – aller
sans l’autre. Selon elle, à chacun-e « sa besogne4 » : aux femmes la maternité, aux hommes la
guerre. Parce que les hommes n’enfantent pas, il n’y a donc aucune raison que les femmes
endossent une nouvelle responsabilité, qui accentuerait encore davantage l’inégalité entre
hommes et femmes. C’est dans son article « charges militaires, charges maternelles », publié
en réaction à la brochure d’Alexandra Kollontaï, l’ouvrière et la paysanne dans la République
soviétique5, qu’elle développe cette idée. Elle s’oppose ainsi à Madeleine Pelletier qui
considère comme Alexandra Kollontaï qu’à « partir du moment où la femme est appelée dans
l’armée, l’opinion de ce qu’elle est dans la société se forme définitivement comme étant celle
d’un membre de l’État, égal à l’homme en droit et en valeur »6. Au cœur de ces débats se
trouve bien entendu la Première Guerre mondiale qui met en scène de nombreuses femmes
sous l’uniforme militaire, particulièrement en Russie mais également en Angleterre comme le
mentionne justement Madeleine Pelletier. Cette féminisation des armées étrangères alimente

1
Journal socialiste et antimilitariste publié de 1906 à 1916, fondé et dirigé par Gustave Hervé.
2
Claude Maignien et Charles Sowerwine, Madeleine Pelletier…, op. cit., p. 88.
3
Madeleine Pelletier, « Le féminisme et ses militantes », Les Documents du progrès, juillet 1919, p. 24-25.
4
Nelly Roussel, « Charges militaires, charges maternelles », La Voix des Femmes, 16 mars 1922, p. 1.
5
Alexandra Kollontaï, L’ouvrière et la paysanne dans la République soviétique, Paris, Librairie de l'Humanité,
1921, 30 p.
6
Cité par Nelly Roussel, « Charges militaires, charges maternelles », op. cit., p. 1.

52

également l’argumentation féministe française qui lui accorde de nombreux articles1. La
presse nationale ne manque pas non plus d’évoquer certaines figures militaires féminines.
L’une d’entre elles, Maria Botchkareva 2, dite « Yashka », est à l’origine d’une unité militaire
féminine, unique à cette époque : le Bataillon de la Mort qu’elle fonde en Russie pendant la
Révolution. Le 12 août 19173, dans le Supplément illustré du Petit Journal, un article4 ainsi
qu’une gravure5 pleine page lui sont consacrés :

1
« Femmes colonels », La Suffragiste, n° 21, octobre 1911, p. 11, la Glaneuse, « Les femmes-soldats », Le Droit
des Femmes, décembre 1928, p. 695, « Service militaire féminin en Russie », Le Droit des Femmes, mars 1930,
p. 34, « La mobilisation des femmes en Russie », Le Droit des Femmes, mai 1930, p. 153.
2
Ce passage reprend un article récemment publié : Élodie Jauneau, « Des femmes dans la 2e Division Blindée du
Général Leclerc. Le Groupe Rochambeau : un exemple de féminisation de l’armée pendant la Seconde Guerre
mondiale et la Guerre d’Indochine », Travail, Genre et Sociétés, n° 25, 2011, p. 101-124. Botchkareva est
parfois orthographié Bochkareva. Ici, c’est l’orthographe de l’édition française de 1934 qui a été adoptée : Maria
Botchkareva, Yashka, Ma vie de soldat. Souvenirs de la Guerre, de la Révolution, de la Terreur en Russie (1914-
1918), Paris, Plon, 1934, 252 p.
3
De nombreux articles lui sont consacrés dans Le Miroir, Le Figaro, Le Matin, Le Temps, tous cités par Fernand
Corcos, Les femmes en guerre, Paris, Montaigne, 1927, p. 124-129.
4
« Celles qui donnent l’exemple aux hommes. Le Bataillon des femmes russes dit ‘Bataillon de la Mort’ »,
Supplément illustré du Petit Journal, 12 août 1917, p. 250.
5
Ibid., p. 256.

53

Elle est considérée par l’auteur1 de l’article comme un exemple à suivre, pour les femmes
certes, mais aussi pour les hommes : « Vint la Révolution. Mme Botchkareva, indignée de
voir trop de soldats palabrer au lieu de se battre s’avisa de faire donner au sexe fort une leçon
de patriotisme par le sexe faible »2. Cette gravure achève de briser les préjugés liés à la
faiblesse des femmes3 et à leur incapacité à se battre. La masculinisation évidente de Maria
Botchkareva prouve indiscutablement que les femmes sont capables non seulement
d’endosser l’uniforme militaire, mais aussi d’adopter et de respecter la militarisation qui va
avec. Cette gravure de Maria Botchkareva est tout à fait fidèle à la réalité : elle n’y est ni
enjolivée, ni caricaturée, comme en témoigne ce cliché, même si elle pose pour le
photographe4 :

Jeune femme d’origine paysanne, Maria Botchkareva choisit de s’engager dans l’Armée
Impériale Russe. Elle incarne en quelque sorte l’idéal militaire féminin si cher à Madeleine

1
Anonyme.
2
« Celles qui donnent l’exemple aux hommes. Le Bataillon des femmes russes dit ‘Bataillon de la Mort’ », op.
cit., p. 250.
3
Déjà sérieusement remise en question pendant la Première Guerre mondiale lorsque les femmes furent amenées
à remplacer les hommes dans des travaux très physiques, comme la livraison du charbon par exemple : Yannick
Ripa, Les femmes, actrices de l’Histoire… op. cit., p. 105.
4
Melissa K. Stockdale, « My Death for the Motherland Is Happiness : Women, Patriotism, and Soldiering in
Russia's Great War, 1914-1917 », The American Historical review, n° 1 (Volume 109), février 2004, p. 78-116.
La plupart des clichés de Maria Botchkareva (certains libres de droit sur Internet, d’autres conservés dans des
archives) la représentent toujours à l’identique : posture militaire, en uniforme, crâne rasé.

54

Pelletier, qui l’évoquera en 1932 dans son roman Une vie nouvelle1. D’abord travestie en
homme, Maria Botchkareva tente d’incorporer le 25e Bataillon de réserve de Tomsk. Essuyant
un refus catégorique2, elle se voit proposer par l’État-major de s’engager comme infirmière ou
auxiliaire, fonctions en parfaite adéquation avec son sexe 3. Cependant, elle tient à rejoindre
l’armée en tant que militaire et elle en fait personnellement la demande au Tsar. Il cède et
accepte cet engagement « hors norme » et « contre nature ». Elle endosse alors l’uniforme, se
rase la tête et devient une soldate parmi les soldats. Entre 1914 et 1917, elle se heurte aux
violences des soldats de son régiment, au harcèlement sexuel et moral, aux coups et aux
humiliations. Devant sans cesse faire ses preuves pour justifier son statut de combattante, elle
parvient à être considérée comme l’égale de ses camarades de combat. Devenue caporal, elle
obtient le droit de commander des hommes. Mais c’est pendant la Révolution russe de 1917
qu’elle fonde le bataillon des femmes, avec l’accord d’Alexandre Kerensky. Deux mille
femmes répondent à l’appel et défendent le Palais d’Hiver contre l’assaut des Bolcheviks en
octobre 1917. Devenue lieutenant, Maria Botchkareva, blessée, fuit vers les États-Unis. De
retour en Russie en 1918, elle tente de ressusciter le « Bataillon de la Mort »4 mais elle est
condamnée par les Bolcheviks et fusillée en 1920. Cet exemple illustre parfaitement la
transgression significative de la barrière du genre dans le monde slave 5 et montre combien les
obstacles culturels sont solides. Même si l’article ne dit mot sur l’accueil difficile fait à Maria
Botchkareva dans l’armée russe, il a au moins le mérite de faire connaître à un public large 6
l’existence des femmes militaires dans un pays étranger.
La mobilisation de toute la population, « toute la nation dressée pour sa défense ! La
guerre totale ! »7 : tel fut donc l’objet des débats, déjà bien amorcés, lorsqu’en 1927, un projet
de loi vient concrétiser cette ambition.

1
Madeleine Pelletier, Une vie nouvelle, Paris, E. Figuière, 1932, p. 100-101.
2
Le commandant du 25e bataillon argue que l’engagement militaire féminin est alors illégal.
3
Maria Botchkareva, Yashka, Ma vie de soldat… op. cit., p. 27.
4
Id., p. 93.
5
Stéphane Audoin-Rouzeau, « La violence de guerre au XXe siècle : un regard d'anthropologie historique », Les
rendez-vous du CHEAr – Ministère de la Défense – DGA, 20 janvier 2005, 11 p., consulté le 9 octobre 2009,
http://www.chear.defense.gouv.fr/fr/colloques/restitution/20_01_05.pdf
6
Pendant la Première Guerre mondiale, même si Le Petit Journal voit son tirage diminuer considérablement, il
est tout de même diffusé à environ cinq cent mille exemplaires : Christophe Charle, Le siècle de la presse, 1830-
1939, Paris, Seuil, 2004, p. 157.
7
Joseph Paul-Boncour, Souvenirs sur la IIIe République, Entre deux guerres, Paris, Plon, 1945-1946, p. 247.

55

b) La loi sur « l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre »
En 1927, Joseph Paul-Boncour est nommé rapporteur de la loi sur l’organisation de la
nation en temps de guerre. Le projet – qui date en fait de 1925 – envisage une mobilisation de
toute la population en cas de conflit « sans distinction d’âge ni de sexe1 ». C’est la première
fois qu’une mobilisation des femmes est envisagée. 1927 apparaît donc comme une année
charnière dans les débats qui agitent l’opinion et les politiques depuis le début du siècle :
débats vivement critiqués par Joseph Paul-Boncour qui estime qu’ils auraient
considérablement retardé l’approbation de la loi et largement contribué à la défaite de la
France en 19402. C’est la première fois qu’une telle mobilisation concerne une population qui
jusqu’alors subissait la guerre sans y prendre part sur le plan juridique. Cette différence est
extrêmement importante, notamment pour toutes les femmes qui ont contribué à l’effort de
guerre pendant la Première Guerre mondiale et dont la « mobilisation » a été étouffée par le
retour des héros en 1918. Il s’agit donc clairement d’assigner à chacun et à chacune des
tâches précises mais sans précipitation :
Débordant le cadre du projet initial, je proposai, et
fis adopter que, du jour où l’état de guerre était prononcé,
tous dans la Nation, sans distinction d’âge ni de sexe
étaient en état de réquisition permanente. Ceux en état de
porter les armes étaient aux armées ; les autres dans les
champs, dans les usines, dans les administrations, au
ravitaillement, mobilisés civils remplaçant à leur poste ou
dans leur travail les mobilisés militaires. Et cela devait être
organisé d’avance ; comme dans toute mobilisation,
chacun et chacune devaient savoir la place qui lui était
assignée, et y être préparé. […]
Ah ! Cette disposition ! Que d’encre elle a fait
couler ! Que de polémiques ! Que de couplets dans les
revues et à Montmartre, et même de cris plus aigus dans
certaines organisations féministes ! Je mobilisais les
femmes, les enfants, les vieillards. Quel thème ! […]
Mobiliser les femmes ! Le Sénat, qui ne voulait pas de leur
vote, trouva, pour les défendre contre cette atteinte à leur
liberté, des accents indignes et les habituels aphorismes
sur la femme au foyer, comme si dans le peuple, au moins,
c’était par goût qu’elle s’en était éloignée3.

Dès lors, entre 1927 et 1938, la loi est sans cesse remaniée, amendée, combattue ou
encouragée. Elle est votée par la Chambre des Députés le 7 mars 1927, puis par le Sénat le 17

1
Joseph Paul-Boncour, Souvenirs sur la IIIe République… op. cit., p. 259.
2
Id., p. 245.
3
Id., p. 250 et 256. En italique dans le texte.

56

février 1928 après plusieurs modifications. Mais finalement, elle reste ensuite près de dix ans
en instance.
Si, pour les féministes, l’entre-deux-guerres est surtout une période de lutte pour
l’accès à la citoyenneté politique, pour les radicales, cette époque s’accompagne aussi d’une
égalité totale face à la lutte armée et la défense de la patrie 1. Madeleine Pelletier répond à ses
opposant-e-s qui la taxent d’excentricité et de bellicisme, que l’égalité absolue entre hommes
et femmes passe aussi par l’impôt du sang. Elle est soutenue par Hélène Brion2 ou Arria Ly,
toutes deux pourtant profondément pacifistes. D’autres souhaitent un service militaire
auxiliaire pour les femmes. Marguerite Durand le fait savoir le 4 mars 1927 dans le journal
qu’elle dirige : La Fronde, tout comme Maria Vérone dans le Droit des Femmes, qui souligne
cependant que la guerre, la mobilisation générale ou encore la diplomatie restent l’affaire des
hommes et qu’une mobilisation féminine décrétée par eux relève d’une « injustice indigne de
la démocratie »3. Au contraire, certaines comme Cécile Brunschvicg refusent tout projet de
mobilisation féminine. Toujours en 1927, Fernand Corcos, avocat favorable au féminisme,
estime que la rédaction d’une loi est superflue puisque les femmes ont déjà prouvé par le
passé qu’elles étaient tout à fait capables de se mobiliser pour la défense de la patrie, sans
pour autant avoir obéi à une quelconque loi :
Monsieur Paul-Boncour pense donc que quand les
femmes seront dans la guerre à côté des hommes, la
victoire sera plus sûre ? Il faudra établir d’une façon claire
en quoi l’utilisation que l’on fera des femmes dans la
prochaine guerre sera essentiellement différente de celle
réalisée dans la guerre de 1914, où en fait, et quoique sans
texte, les femmes ont été bel et bien mobilisées à des
degrés divers.
Mais Monsieur Paul-Boncour ne semble pas se
préoccuper outre mesure de l’esprit pacifiste des femmes.
Or, voilà l’objet de notre étude. Pour Monsieur Paul-
Boncour l’enrôlement des femmes et leur acceptation du
rôle nouveau qu’il entend leur faire jouer, ne font pas
question. Les féministes sont-elles du même avis ?4

Il semble finalement que la future loi Paul-Boncour ne soit qu’une officialisation du rôle que
les femmes ont déjà joué par le passé. Enfin, Fernand Corcos s’étonne du peu d’écho reçu par

1
Madeleine Pelletier, « la femme soldat », 1908, cité par Christine Bard, Les filles de Marianne, op. cit., p. 141.
2
Id., p. 143.
3
Maria Vérone, « Aux armes citoyennes ! », Le Droit des Femmes, avril 1927, p. 97-99, cité par Christine Bard,
Les filles de Marianne, op. cit., p. 141.
4
Fernand Corcos, Les femmes en guerre, op. cit., p. 30.

57

ce débat dans la presse et de l’indifférence des féministes, tout en se demandant si ce manque
d’intérêt vient du fait que personne ne croit en la mobilisation féminine ou si tout le monde
croit que cela ne changera rien. Il serait très réducteur d’affirmer que les groupes féministes
sont indifférents. Leur division semble être la raison majeure de ce silence que Fernand
Corcos dénonce. Christine Bard résume bien cette ambivalence quand elle analyse les « forces
et faiblesses des féministes de l’entre-deux-guerres »1 qualifiant les années 1920 de
« pragmatiques » et les années 1930 de « paradoxales »2. Pourtant, la période 1927-1939 voit
se multiplier les articles relatifs à la mobilisation des femmes dans la presse féministe 3 qui,
bien qu’elle ne soit pas unanime, n’en est pas moins loquace sur ce sujet, n’en déplaise à
Fernand Corcos. Comme le démontrent très justement Luc Capdevila, François Rouquet,
Fabrice Virgili, et Danièle Voldman, les débats autour de ce projet de loi s’accompagnent
également d’une « plus grande visibilité » des « modèles patriotiques féminins »4 : publication
en France des mémoires de Maria Botchkareva en 1934, intérêt grandissant pour les Lottas5
en Finlande et/ou les partisanes pendant la guerre d’Espagne, travaux multiples autour des
« héroïnes actives de 1914-1918 », hommages appuyés à Louise de Bettignies6…etc.

1
Christine Bard, Les femmes dans la société française au 20e siècle, Paris, Armand Colin, 2004 (2001), p. 89-92.
2
Christine Bard, Les filles de Marianne, op. cit., p. 125 et 285.
3
La Française et Le Droit des Femmes notamment publient de très nombreux articles sur cette question. Dans
La Française : Cécile Brunschvicg, « Le suffrage des femmes – la réforme électorale et le projet de loi
militaire », n° 794, 12 mars 1927, p. 1, « La mobilisation des femmes », n° 796, 26 mars 1927, p. 1, « Les
Françaises au service de la Nation », n° 1263, 21-28 mai 1938, p. 1, « Les féministes et le décret du 5 janvier
1939 sur l’enrôlement des civils en cas de conflit », n° 1278, 21-28 janvier 1939, p. 2, Maurice Vollaeys, « A qui
obéir ? Au mari ? Au colonel ? », n° 797, 2 avril 1927, p. 3, Jamet, « Les Françaises au service de la Nation », n°
1278, 21-28 janvier 1939, p. 1, « La mobilisation volontaire des femmes n° 1299, juin 1940, p. 1, « Le rôle des
Françaises au service de la Nation », n° 1279, 4-11 février 1939, p. 2, « Les Françaises au service de la Nation »,
n° 1263, 21-28 mai 1938, p.1, n° 1281, 4 mars 1939, p. 1 et 4 ; n° 1282, 18 mars 1939, p. 2 ; n° 1283, 6 mai
1939, p. 3 ; n° 1292, novembre 1939, p. 3, « L’organisation générale de la Nation pour le temps de guerre, », n°
1279, 4-11 février 1939, p. 1-2, M.V., « Comment Platon mobilisait les femmes », n° 799, 23 avril 1927, p. 3,
Duchesse de la Rochefoucault, « Les Françaises au service de la Nation », La Française, n° 1274, 19-26
novembre 1938, p. 2. Dans Le Droit des Femmes : La Glaneuse, « A travers la presse - la réforme électorale, la
nouvelle loi militaire et le vote des femmes », avril 1927, p. 116-122, Maria Vérone, « Aux armes citoyennes ! »,
avril 1927, p. 97-99, Andrée Lehmann, « La mobilisation des femmes », mai 1927, p. 131-133, Yvonne
Pommay, « La mobilisation des femmes et le droit de suffrage », juin 1927, p. 162-165. À noter également deux
articles d’Hélène Roger-Garden dans la revue Forces féminines françaises, « Les Françaises au service de la
France », n° 113, mars 1939, p. 2-3 et « La femme seule au travail et au service de la nation », Forces féminines
françaises, n° 115, mai 1939, p. 4-5.
4
(Et citation suivante) Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, Hommes et
Femmes… op. cit., p. 75.
5
Les Lottas sont les femmes engagées volontairement dans l’organisation des auxiliaires féminines en Finlande
à partir de son indépendance en 1918.
6
Louise de Bettignies (1880-1918). Demeurant à Lille au moment de l’invasion allemande de 1914, elle
s’engage dans la résistance et l’espionnage pour le compte de l’armée britannique. Arrêtée par les Allemands en
1915, elle meurt en captivité en 1918. Sa dépouille est rapatriée en 1920 et une cérémonie funéraire est organisée
à Lille, au cours de laquelle elle reçoit à titre posthume la Croix de la Légion d’Honneur, la Croix de guerre
1914-1918 avec palme et la médaille militaire anglaise. Elle est inhumée à Saint-Amand-les-Eaux, ville où elle

58

Fernand Corcos achève son propos en se positionnant sans ambivalence contre une
mobilisation des femmes, au sens guerrier du terme, revenant sur cette éternelle nature
féminine en totale inadéquation avec l’art de la guerre :
Un tank, une mitraillette, une baïonnette, un fusil
sont des réalisations anti-féminines. La même main de
l’homme, qui place une fleur sur le sein de la femme, peut
aussi lancer le trait homicide ; mais le même sein de
femme qui frémit à l’allégresse de l’amour inspiré, ou de
la joie sacrée de l’allaitement, peut-il palpiter de haines
sanguinaires ?1

Toujours en 1927, la revue Europe publie dans son numéro du 15 avril, une pétition contre le
projet de loi sur l’organisation générale de la nation en temps de guerre 2. Romain Rolland,
fondateur de la revue, adresse le 11 mars 1927 une lettre à Fernand Corcos dans laquelle il
affirme que le pacifisme n’est pas une exclusivité féminine. Il critique vigoureusement cette
loi militaire qu’il qualifie de « monstrueuse »3 : position qui sera reprise par Alain, rédacteur
de la pétition quelques semaines plus tard. Cette pétition entend également dénoncer
« l’asservissement de la pensée » causée par une mobilisation et une réquisition totale des
corps et des esprits4. Plusieurs femmes signent cette pétition : Séverine par exemple, mais
aussi Simone de Beauvoir, même si elle avouera plus tard l’avoir signée davantage pour
défendre la liberté de pensée que contre une mobilisation des femmes :
Au début de mars, je passai, très bien, mon
certificat d'histoire de la philosophie, et à cette occasion je
fis connaissance avec un groupe d'étudiants de gauche. Ils
me demandèrent de signer une pétition : Paul Boncour
avait déposé un projet de loi militaire décrétant la
mobilisation des femmes et la revue Europe ouvrait une
campagne de protestation. Je fus bien perplexe. L'égalité
des sexes, j'étais pour ; et en cas de danger, ne fallait-il pas
tout faire pour défendre son pays ? « Eh bien, dis-je quand
j’eus lu le texte du projet, c'est du bon nationalisme. » Le
gros garçon chauve qui faisait circuler la pétition ricana :
« il faudrait savoir si le nationalisme est bon ! » Voilà une
question que je ne m'étais jamais posée : je ne savais pas
qu’y répondre. On m'expliqua que la loi aboutirait à la
mobilisation générale des consciences, et cela me décida :
la liberté de pensée, ça, en tout cas, c'était sacré ; et puis

est née : AN – LH/227/34 / Louise Marie Henriette Jeanne de Bettignies / Dossiers biographiques des
légionnaires.
1
Fernand Corcos, Les femmes en guerre, op. cit., p. 158-159.
2
Alain, « Sur la loi militaire », Europe, 15 avril 1927, p. 437-441.
3
Fernand Corcos, Les femmes en guerre, op. cit., p. 177.
4
Pétition signée entre autres par Romain Rolland, Alain, Séverine, Jean-Paul Sartre, Jean Guéhenno…etc.

59

tous les autres signaient : je signai donc. […] Vers le mois
de mai, je me liai avec un ancien élève d'Alain. […] Il me
fit connaître aussi Romain Rolland et je me ralliai
résolument au pacifisme. 1

Quelques femmes anarchistes revendiquent ouvertement le droit des femmes à la lutte
armée, davantage dans une perspective révolutionnaire certes, mais l’argument de l’égalité
entre hommes et femmes n’est jamais absent. Si Fernand Corcos accepte de publier la lettre
de l’une d’entre elles, il est convaincu malgré tout qu’« il y a peu, très peu de femmes » qui
approuvent ces idées2 :
On m'a dit :
Pourquoi donc y aurait-il deux appréciations sur la
nature du concours à prêter à la défense nationale ? Ce qui
est vrai pour les hommes n'est-il pas vrai pour les
femmes ? Si tuer en temps de guerre est licite aux
hommes, mettons si vous voulez inévitable, pourquoi ne
serait-ce pas inévitable pour la femme ? Et ne sentez-vous
pas la grandeur de ce fait : « la France est pacifiste, mais
elle entend maintenir son indépendance » ? Le monde
saura que si elle est attaquée, tous les êtres humains sur
son territoire « sans distinction d'âge ni de sexe » se
lèveront pour maintenir son indépendance. Et que ce soit
la France qui donne la première cet aspect nouveau de la
défense nationale, cela est très grand et digne des
anticipations révolutionnaires françaises.
Je ne méconnais pas l'aspect valable de ce
raisonnement. […]
Je vois, je vous fais frémir ; oserez-vous seulement
imprimer tout cela ?
NOTA : nous avons « osé imprimer cela ». Mais
que notre correspondante soit bien assurée qu'il y a peu,
très peu de femmes qui admettront son point de vue3.

Chez les pacifistes, ce débat autour de la mobilisation des femmes n’a pas lieu d’être.
Par principe, c’est l’opposition à toute loi militaire qui prévaut. En 1927, dans le numéro de
février-mars de La Mère Éducatrice, Madeleine Vernet – « une des grandes figures du
pacifisme intransigeant », féministe particulièrement engagée dans le droit des mères 4 – signe
un violent plaidoyer contre la guerre, et par conséquent contre toute forme de mobilisation :
Nos hommes politiques ne trouvent rien de mieux
que d’organiser la guerre en mobilisant toutes les forces

1
Simone de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, 1958, p. 328-330.
2
Fernand Corcos, Les femmes en guerre, op. cit., p. 40.
3
Id., p. 37-38 et 40.
4
Christine Bard, Les filles de Marianne, op. cit., p. 139.

60

vives du pays : hommes, femmes, enfants, consciences,
intelligences, génie et travail. Désormais, du berceau à la
tombe, le devoir de tout Français sera d’être un « bon
soldat ».
Je laisse à d’autres le soin de discuter le projet de
loi Paul-Boncour. Je ne veux pas chercher si certains
points en sont acceptables […]. Étant avec ceux qui
demandent le désarmement et la fermeture des casernes, je
ne puis pas être d’accord avec ceux qui cherchent à
organiser la nation armée, parce que je considère
qu’organiser la guerre, c’est la regarder comme inévitable.
[…] Lorsqu’ils possèderont cette force redoutable d’une
nation transformée en caserne, où la discipline militaire
sera le mot d’ordre pour tous les citoyens ; où tout le
monde étant soldat, nul n’aura plus le droit de faire
entendre la voix de sa conscience ; où l’intelligence la plus
haute et la plus claire devra se taire devant la consigne
impérative d’un état-major ; il leur sera loisible d’entraîner
le pays dans les plus folles aventures. […]
Vraiment, un député socialiste avait mieux à faire
qu’à se constituer le négociateur de la tempête.
Il est vrai que ce socialiste allègue, pour sa
défense, que sa loi est démocratique en ce sens qu’elle
égalise les chances et nivelle tous les citoyens devant le
devoir militaire. Mais il faut être bien naïf pour se laisser
prendre à ce mensonge de l’égalité de tous dans la nation.
Tant que subsistera la prépondérance de la richesse, tant
que le capital sera le maître du travail, la nation sera
toujours divisée en oppresseurs et opprimés. […]
L’une des nouveautés « démocratiques » de la loi
nouvelle, c’est la mobilisation des femmes. Il semble
qu’une équivoque s’établisse là-dessus parmi les
féministes. D’une part, il y a les féministes-suffragistes qui
déclarent : « nous repoussons la loi parce qu’on ne nous
accorde pas nos droits politiques. N’étant pas citoyennes,
nous n’avons pas à être soldats ! » Ceci revient à peu près
à dire que ces féministes accepteraient d’être militarisées
si on les déclarait électeurs.
D’autre part, il y a les féministes pacifistes et
antimilitaristes qui déclarent ne pas vouloir payer leur
bulletin de vote de l’obligation de tuer.
N’ayant jamais fait campagne pour le droit de vote
féminin, je prétends simplement que la mobilisation des
femmes est une violation de plus du droit et de la
conscience individuels. Mais je ne fais pas de différence
entre l’obligation faite aux femmes de servir l’armée et la
guerre, et cette obligation imposée aux hommes.
La différence de sexes n’a rien à voir en de
pareilles questions. Il y a des femmes militaristes, aussi
bien que des hommes pacifistes. Les femmes ont assez

61

montré, pendant la guerre, que la passion patriotique
pouvait les pousser aux excès de la haine, et prétendre que
la femme est pacifiste, par le fait même de sa nature
féminine, c’est commettre une lourde erreur. La femme est
aussi facilement grisée par la gloriole militaire que
l’homme est allumé par les sonneries de clairons et les
roulements de tambours. On sait le prestige de l’uniforme
sur son esprit et comment elle entraîne ses enfants vers les
parades militaires.
Nous allons donc, dans le conflit moral que va
créer la loi nouvelle, nous trouver en face de deux blocs en
opposition : d’une part, les antimilitaristes et pacifistes
irréductibles, sans distinction de sexe, et, d'autre part, les
militaristes et les patriotes, féminins ou masculins, qui
opteront pour l'organisation de la nation sur le pied de
guerre.
Mais, entre les femmes pacifistes et les femmes
militaristes, il y a l'immense masse des femmes
« indifférentes », de celles qui n'ont jamais réfléchi à la
question, qui seraient peut-être pacifistes si une sage
éducation avait éclairé leurs consciences, mais qui,
inéluctablement, se rangeront du côté du plus fort parce
qu'elles seront incapables de raisonnement et de
discussion.
C'est un danger grave pour la paix ; et c'est
pourquoi notre impérieux devoir, à nous autres, pacifistes
et antimilitaristes, hommes et femmes, sans distinction de
tendances philosophiques, religieuses ou sociales, est de
nous dresser contre la loi de dictature militaire qu'on veut
nous imposer1.

Cet article synthétise parfaitement les clivages qui divisent l’opinion face à la nouvelle loi. À
ceci près que lorsque Madeleine Vernet évoque les oppresseurs et les opprimés, son discours
se pose davantage en faveur de la lutte des classes que de la lutte pour l’égalité entre hommes
et femmes en temps de guerre. Sans doute parce que, comme elle l’avoue elle-même, elle n’a
jamais milité en faveur du droit de vote des femmes. Quant à Gabrielle Duchêne – en plus
d’être Présidente de la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et
la liberté (LIFPL) depuis 1919 – elle fonde le Comité d’action contre le projet de loi Paul-
Boncour. Son but est de sensibiliser les femmes, mais aussi le reste de la population, aux

1
Madeleine Vernet, « Comment la France prépare le désarmement », La Mère Éducatrice, n° 2-3, février-mars
1927, p. 17-18. La Mère Éducatrice est un mensuel fondé par Madeleine Vernet en 1917 qu’elle dirige jusqu’à
sa mort en 1949. Dédiée à « la mère inconnue du soldat inconnu », c’est une revue d’éducation populaire, morale
et familiale.

62

dangers de la nouvelle loi en projet, ainsi qu’à ses dérives 1. C’est dans ce but qu’est diffusée
cette affiche en 19272 :

1
BDIC – F Δ Rés. 273 / Fonds Gabrielle Duchêne / Dossier 273 / 14. Divers, pacifisme. [1919-1940] : Comité
d’action contre le projet de loi Paul-Boncour. Dépliant d’information du comité.
2
BMD – Iconographie (Affiches) – AFF 86a / Comité d'action contre le projet de loi Paul-Boncour / Français
soyez conscients !

63

En s’adressant au peuple, aux travailleurs, aux intellectuels, aux féministes et aux mères, cette
affiche reprend l’ensemble des griefs retenus contre le projet de loi. À nouveau, y est
dénoncée la double injustice que cette loi engendrerait pour les femmes qui, bien qu’elles ne
soient pas citoyennes à part entière, devraient malgré tout se mobiliser pour une nation qui ne
leur reconnaît pas le droit de « participer à la direction des affaires du pays »1. Pour autant,
Gabrielle Duchêne ne considère pas la nature féminine comme incompatible avec la guerre.
Lorsque Fernand Corcos lui soumet son projet d’écrire un ouvrage sur les femmes et la
guerre, celle-ci lui donne son avis, loin des idées du pacifisme féminin traditionnel : « J’ai cru
longtemps que les femmes, par leur physiologie, étaient réfractaires à la guerre, mais la guerre
m’a clairement montré qu’il n’en est pas ainsi. Bref, les femmes sur ce point sont des
hommes »2.
La presse dite « féminine » ne consacre que peu de pages à ce projet de loi. D’une
manière générale, elle semble peu préoccupée par les questions féministes même si la presse
de mode s’ouvre de plus en plus aux débats d’idées, à la littérature et aux prises de position de
ses lectrices3. Le meilleur exemple sur ce dernier point est la Femme de France4, qui publie
jusqu’à cinq pages par numéro, dédiées aux courriers de ses abonnées5. Dans son numéro du
25 décembre 1927, à l’occasion de la nouvelle année qui se profile, Pierre de Trévières 6 signe
une saynète dans laquelle il met en scène une femme-soldat7 :
Par la droite apparaît un vieillard que son aimable
vétusté, sa faux et son sablier font inévitablement
reconnaître pour le Temps ; tandis que surgit à droite, une
jeune fille charmante, ingénue et souriante.
Scène I (Le Temps, La Nouvelle Année) […]
La Nouvelle Année – Je suis si jeune, innocente,
confiante… Tout m’effraie…

1
BMD – Iconographie (Affiches) – AFF 86a / Comité…op. cit.
2
Fernand Corcos, Les femmes en guerre, op. cit., p. 142.
3
Vincent Soulier, Presse féminine, la puissance frivole, Paris, L'Archipel, 2008, p. 84.
4
D’abord éditée sous le titre Les modes de la femme de France de 1915 à 1925 : Evelyne Sullerot, La presse
féminine, Paris, Armand Colin, 1963, p. 50.
5
Alisa Del Re, Les femmes et l'État Providence, les politiques sociales en France dans les années 30, Paris,
L'Harmattan, 1994, p. 260 et Samra-Martine Bonvoisin et Michèle Maignien, La presse féminine, Paris, PUF,
1996, p. 20.
6
Auteur de plusieurs ouvrages sur le savoir-vivre et les bonnes manières : Comment recevoir ses invités : les
dîners, les déjeuners, les goûters…etc., Paris, Garnier Frères, 1929, 179 p., Comment s'habiller dans les diverses
cérémonies : le mariage, le baptême, la première communion…etc., Paris, Garnier Frères, 1929, 172 p., avec
Anne Quérillac, Manuel nouveau des usages mondains en France et à l'étranger : la tradition, la vie moderne,
Paris, Delamain et Boutelleau, 1927, 275 p.
7
Pierre de Trévières, « La revue des femmes de France », La Femme de France, n° 659, 25 décembre 1927,
p.13-14.

64

Le Temps – Mon expérience guidera tes premiers
pas… […] Suis-moi… (Ils vont sortir par la gauche. De la
droite s’élance une femme en casque Adrian1, uniforme
militaire, fusil et baïonnette.)
Scène II
(La Nouvelle Année, Le Temps, La Femme-soldat)
La Femme-Soldat (elle croise la baïonnette) –
Halte-là ! Qui vive ?... Halte-là !
Le Temps (reculant) – Diable ! Elle n’est pas
commode ! […]
La Nouvelle Année – Attention, papa !
La Femme-soldat – Halte… ou je fais usage de
mes armes ! […]
Le Temps – Mais qui êtes-vous donc, femme
irascible ?
La Femme-soldat – Qui je suis ? Vous ne l’avez
pas encore reconnu espèce de ciblot 2 ! Pékin3 ! Je suis la
Femme-soldat…
La Nouvelle Année – Comment, les femmes font
leur service militaire ?
La Femme-soldat (s’approchant) – Vous ne savez
donc rien blonde enfant... L'année dernière – en 1927,
quoi ! – On a voté la mobilisation des femmes. Alors, au
commencement de 1928, on nous fait accomplir des
périodes militaires.
Le Temps – Fichtre ! Ça a dû vous ennuyer
sérieusement.
La Femme-soldat – Penses-tu, père noble !... Les
femmes ont toujours eu un panache au fond du cœur...
Mars et Vénus... Bécassine4 et Pitou1...

1
Casque en tôle d’acier destiné aux fantassins. Entré en usage en 1915, il était censé protéger les soldats des
éclats d’obus au-dessus des tranchées : Jean-Marie Cassagne, Le grand dictionnaire… op. cit., p. 13-14.
2
François Déchelette, L’argot des poilus, Dictionnaire humoristique et philologique, Paris, Les éditions de Paris,
2004 (1918), p. 71-72 : « Civil. Depuis la guerre, la nation française est divisée en deux catégories : les mobilisés
et les immobilisés. Ces derniers forment la race des ciblots, dont les spécimens vont se raréfiant de plus en plus à
mesure qu'on approche du pays poilu. Ces bipèdes sont à peu près inconnus dans les tranchées ; même les plus
audacieux des ciblots, qu'on appelle journalistes, y sont très rares et sont alors l'objet de la curiosité de tous. […]
Il [le ciblot – ndla] ne porte pas de fusil, ne sait pas ce que c'est que la guerre ou les marmites, couche dans un lit
et peut aller au café quand il lui plaît. »
3
Jean-Marie Cassagne, Le grand dictionnaire… op. cit., p. 321-322 : « 1. Habitant d’une région où sont
stationnées les troupes. Argot colonial. 2. Civil (mot à connotation vaguement péjorative). Nom que les soldats
de Napoléon donnaient aux bourgeois (au sens qu’avait le mot au XIXe siècle) mais le terme est déjà attesté dans
cette acception dès la fin de l’Ancien Régime. Désigne de façon générique tout individu ne portant pas
d’uniforme militaire. » Jean-Marie Cassagne cite également la définition de Talleyrand : « Nous avons
l’habitude d’appeler pékin tout ce qui n’est pas militaire […] Nous appelons militaire tout ce qui n’est pas
civil » : Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, L'album perdu, Paris, Les Marchands de nouveautés, 1829, p.
90.
4
En référence aux trois albums de Bécassine, publiés pendant la Première Guerre mondiale : Joseph Porphyre
Pinchon et Maurice Languereau dit « Caumery », Bécassine pendant la guerre, Paris, Gautier-Languereau, 1917,
63 p., Bécassine chez les alliés, Paris, Gautier-Languereau, 1917, 63 p. et Bécassine mobilisée, Paris, Gautier-
Languereau, 1918, 63 p.

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va et vient. Le Temps – Problème complexe ! Quelle arme vous réserver ? Une bonne mère de famille comme vous. plus de bébé ! Pitou désolé. noir et blanc : Pitou. La Nouvelle Année – En effet. Mais Pitou a beau lui faire mille agaceries. il se frappe le front : « Eurêka. Colette. s'écrie Pitou. La Nouvelle Année – Votre souplesse.. 1er janvier 1907. Poincaré a hésité . lorsqu'il aperçoit au loin son colonel… Très vite... le gardien du square retrouve le premier poupon et le rend à Pitou qui demeure fort perplexe.. Pitou donne le biberon au bébé et pour lui tenir compagnie. Le Temps – Il y a tant de femmes de génie à notre époque ! Madame Curie. fouille les environs. tandis que la nourrice. emprunté. les ordures. Le Temps (il s'esclaffe) – Parfait ! Parfait ! La Femme-soldat – … Les pharmaciennes font des ordonnances – Et les jardinières des plantons ! La Nouvelle Année – C'est merveilleux. tu déraisonnes.... Il sue à grosse gouttes. La Nouvelle Année – Comment cela ? La Femme-soldat – C'est bien simple.. Peine perdue. tandis que Julie arrive d'un côté. Deux poupons… Heureusement. La Femme-soldat – Les demoiselles de magasins sont réservées à la fabrication des gazes parfumées – car 1 Tout comme Mars est associé à Vénus.... C'est pourquoi on a préféré les affectations individuelles. Marthe Chenal. doyen : la solution était obscure. […] La Femme-soldat – Vieillard sentencieux.. la nourrice du bébé dérobé arrive en sens inverse . quel changement d'existence. Soudain. Parbleu ! On vous a collée dans les fantassins.. muet.. il dépose l’enfant dans une brouette de plâtre. mille risettes. la grosse Julie. La Femme-soldat – Tu peux railler. Pitou bonne d'enfants. Les parfumeuses sont envoyées au Service des Poudres ou à la Projection des Fards.. son petit képi sur l'oreille droite. Et quelles affectations difficiles ! La Femme-soldat – Ça a marché tout seul. j'ai trouvé ! » Et sournoisement. Mais tout de même. toutes deux trouvent Pitou bien embarrassé. Pitou pourrait être le pendant masculin de Bécassine : Archives Pathé – 1907CNCPFIC 00055. court-métrage. s'absente un moment. La Femme-soldat – Oui. l’enfant s'obstine à crier.... un bébé pleurant sur chaque bras… 66 . l’enfant reste introuvable. Miss Ruth Elder. la question ainsi envisagée était malaisée à résoudre. La Femme-soldat – Et pourquoi ça ? Le Temps – Parce que « l’enfant-te-rie ». cajolant ses enfants et adorée d’eux. il s'approche d’un landau et s'empare du bébé dont la bonne a le dos tourné : « Julie n'y verra que du bleu » se dit-il en rapportant triomphalement sa trouvaille. La main au képi. Restait le génie. gauche. s'installe à la terrasse d'un café. votre « sportivité » vous désignait à la cavalerie. Sur ces entrefaites. plus de brouette.. il fait le salut militaire… Quand il se retourne. En réalité. porte avec précaution un paquet blanc d'où émerge une petite fille. Mais devions-nous monter en amazone ou à califourchon ? Cruelle énigme ! M. Maud Loty.... il a pourtant l'habitude d'équilibrer le budget.

mon bébé. La Nouvelle Année – Alors ? La Femme-soldat – Alors j'appartiens au « Repérage par le son4 ». deux pare-chocs en gaze bleue. « la Ruche » est en fait la rubrique du courrier des lectrices. Les jupes raccourcissent... Il s’agit d’un système inventé par les physiciens français Pierre Weiss et Aimé Cotton : le système Cotton-Weiss. Corselet brun. Le Temps – Formidable ! Et l'État-major ?. Ainsi. La Nouvelle Année – Ça.. le vieux Monsieur ! Vous préparez l'Académie. Sur la tête... permettant un repérage des canons ennemis par une analyse acoustique. 67 . Le Temps – Parce qu'elles ne manquent pas de cachets et qu'elles soignent bien les lettres. dites voir un peu où on a envoyé les Cardeuses de Matelas ? La Nouvelle Année – Celles qui nettoient les couvertures et font la chasse aux mites. La Femme-soldat – Hé là ! C'était bien simple… On a enrôlé toute la Ruche de la Femme de France 2. les corps. lui passer sa baïonnette au travers du corps. » C'est épatant ! La Femme-soldat – Voyez qu'on a pensé à tout. 4 La Section de Repérage par le Son (SRS) existe depuis la Première Guerre mondiale et est rattachée à l’artillerie.. 3 Grand Quartier Général. furieuse. tout en plaisantant ? La Femme-soldat – Oui. 2 Les abonnées de La femme de France étant considérées par la rédaction comme des abeilles... c'est très malin ! La Femme-soldat – On leur a donné un joli petit uniforme. Jupe rayée jaune et noire. de mon métier je suis couturière chez un fabricant de poupées. La Femme-soldat – Mais il n'est pas bête... Le Temps – Pour la TSF… La Nouvelle Année – Et comme armes ? La Femme-soldat – Des petites épées à fourreau de parchemin... Le Temps – « Rien de nouveau sur le front. – Les brodeuses ? On en fait des vaguemestres1. Mais la nuque est plus rase... un casque à antennes. vous pensez bien qu'on proscrit les gaz asphyxiants. (Le Temps va s'effondrer dans un rire convulsif et la Femme soldat.) 1 Sous-officier chargé de la distribution du courrier. C'est le corps des « mites-railleuses ». Alors. poignée à coquille. je recouds les bras. Les jours rallongent. elles constituent la ruche. Dans les pages de la revue. Le Temps – Coquilles d'imprimerie… La Nouvelle Année – Et quel sera leur service ? La Femme-soldat – Elles sont chargées de la Critique des opérations et rédigent des communiqués au GQG3. moi.

« sur l'organisation générale de la nation pour le temps de guerre ». elles » contribuent à affaiblir l’armée car leur formation ne leur permet visiblement pas d’être efficaces et crédibles. Dénigrées et tournées en ridicule. Montpellier. 1989. sont tenus de participer. Ces émotions ne sont pas sans rappeler celles qui sont traditionnellement attribuées aux femmes 1. alors que celles-ci n’ont jamais reçu la moindre formation dans ce sens. dir. op. cit. voire impulsive. Documents parlementaires. 2 Madeleine Pelletier.. Giard et E. 8331. tous les Français. L’article qui focalise les débats depuis que cette loi est en chantier est celui qui envisage la mobilisation de toute la population. 205-215. clairement sanguinaire. si les femmes étaient armées – ce que la loi ne prévoit absolument pas – elles n’en seraient que plus incontrôlables. sans distinction d’âge ni de sexe. Chambre. M. il devra être adjoint dès le temps de paix. op. et que leur nature est un obstacle évident à toute militarisation ? Début 1928. p. aux services qui en sont directement chargés. p. 206. toujours sous la plume de Madeleine Vernet. soit comme combattant. L’article 1 est ainsi formulé : « en temps de guerre […]. L'émancipation sexuelle de la femme. menaçante. « Les débats autour du projet de loi sur l'organisation générale de la nation pour le temps de guerre ». Pour cette raison. à la défense du pays. la femme-soldat est irascible.Cette mise en scène révèle le mépris et l’hostilité de l’auteur à l’égard des femmes-soldats. La Mère Éducatrice revient sur le projet de loi de Joseph Paul-Boncour. soit comme non- combattants. Journal Officiel. Chaque affectation des femmes soldats est tournée en ridicule et dénonce bien le problème auquel risque de se heurter l’administration : comment mobiliser les femmes. cit. Les réactions violentes qu’il a suscitées – tant dans l’opinion que chez les politiques – en ont eu raison. Centre d'histoire militaire et d'études de défense nationale. 18 avril 1926. « La virilisation des femmes et l’égalité des sexes ». p. Il n’apparaît donc plus dans le texte définitif qui prévoit ainsi dans son article 11 : Pour l’exécution des mesures de défense passive prévues par la présente loi. un personnel de complément composé notamment : […] de volontaires français et protégés français des deux sexes qui souscriront à titre civil un engagement en vue de participer à la défense passive 4. Actes du Colloque international de Montpellier. 93. Journal Officiel de la République Française. p. 13 juillet 1938. à l’entretien de sa vie matérielle et morale »3. 114 (annexe n° 1879). 6-7 juillet 1988. Masculin-Féminin : la pensée de la différence. faisant d’elles des êtres instables totalement sous l’emprise de leurs nerfs – plus nombreux et ramifiés que chez les hommes. agressive. cité par Christine Bard. 68 . 3 Projet de loi du 7 juillet 1925. « portant sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre ». comme c’est le cas ici. Ici. voir Patrice Buffotot. Sur l’analyse de ce projet de loi. p. Brière. L'économie de guerre du XVIe siècle à nos jours. 4 Loi du 11 juillet 1938. 1911. pas commode. renforcées par le « pouvoir psychodynamogène »2 de l’arme qui « rend plus hardi[-e] ». Jules Maurin. Paris. 1 Françoise Héritier. 9. p..

prenaient des forces à la caserne . Depuis longtemps les femmes jouissaient de leurs droits politiques et on avait décidé qu’elles devaient comme les hommes l’impôt du sang. […] Loin d’en pâtir. 3. Madeleine Pelletier démontre que si la guerre n’est pas « l’expression d’une passion naturelle. Seulement. il n’y a donc aucune raison de cantonner les femmes à l’arrière ou au pacifisme. janvier-février 1928. 62. tout au moins à la moitié mâle de l’humanité ». 3 (Et citation suivante) Madeleine Pelletier. Les projets du sénateur Raiberti et l’Enseignement militariste obligatoire ». C’était là surtout un principe. Elle affirme que si « la mobilisation était facultative. cit.. Dans son analyse. Madeleine Vernet déplore l’état de réquisition permanente que le nouveau texte maintient et la mobilisation implicite qui en découle : La fameuse loi Boncour prévoyait la mobilisation de tous les habitants « sans distinction de sexe ni d’âge ». en ce qui concerne les femmes. 2 Hubertine Auclert. dans lequel elle imagine des femmes mobilisées et s’entraînant à la caserne : Un projet déjà ancien sur la mobilisation générale de tout le pays avait été adopté. En réalité. elles devenaient très vigoureuses. novembre 1931. bien peu d’hommes partiraient . n° 107. elle va plus loin dans son roman Une vie nouvelle. il décida qu’elles « pourraient être requises si les besoins du pays l’exigeaient ». Du berceau à la tombe. Cette clause fut si impopulaire que le Sénat crut prudent de l’abroger. par un reste de préjugés. le nourrisson et le vieillard perclus ne pouvaient rien faire et ne faisaient rien. Le vote des femmes. sous l’influence des exercices. […] Parmi les femmes. La Mère Éducatrice. loin de se revendiquer belliciste ou militariste. on n’en envoyait au combat qu’une faible proportion . loin d’être satisfaite. c’est du reste pour cette raison que les gouvernements ont institué le service militaire obligatoire »3. et analyse la guerre comme processus naturel ou contraint. p. Néanmoins. Madeleine Pelletier reprend en 1931 les idées d’Hubertine Auclert2. chacun devait le service national. La Brochure Mensuelle. Pour autant. on disait qu’il ne fallait pas tarir 1 Madeleine Vernet. les jeunes femmes au contraire. « La guerre est-elle naturelle ? ». p. On découvrit alors que le service militaire n’exigeait pas tant de force qu’on le pensait et que la plupart des femmes de vingt ans bien portantes le pouvaient faire sans dommage. Le projet de loi adopté. op. En 1932. « L’Éducation de la Paix. Et vraiment. 69 . p. n° 1-2. une élite vigoureuse était versée dans le service armé. les marches au grand air. on ne voit pas bien quelle différence il y a entre être mobilisée ou être requise1. 48 et 54.

Elle se vante. Belin. p. nos cathédrales que l’Allemagne a voulu détruire. Les femmes en guerre. 2007. 2 Fernand Corcos. le poids culturel de la maternité n’est pas absent de son récit puisqu’elle y dénonce les préjugés qui opposent les fonctions naturelles des femmes à celles du combattant. elles ont ainsi les mêmes droits et les mêmes devoirs que les hommes. elle ne pose absolument aucun problème. nos cathédrales. L’entre-deux-guerres. cit. cette question agite les débats dans la presse mais aussi dans le gouvernement. mais aussi en opposition aux idées dominantes. et que. Fernand Corcos soutient que celle- ci n’augmenterait pas la force du pays mais contribuerait à accroître les pertes humaines et matérielles2. malgré sa défaite d’y avoir réussi. 110. La natalité. Cette faiblesse démographique française alimente la propagande populationniste et la politique familialiste faisant l’éloge de la femme au foyer 3. p. cit. c’est notre race elle-même qu’elle a voulu supprimer. Crès et Cie. par cet immense vide qu’elle a fait dans notre population déjà beaucoup trop clairsemée. op. Paris. les revendications de Madeleine Pelletier sont omniprésentes : les femmes votent et sont mobilisables . la race en envoyant les femmes se faire tuer. cette mobilisation ne changeait rien 1. nos usines. nos usines. 1921. 408 p. Les 100 notions d'histoire du XIXe siècle européen. auteur en 1921 de La Patrie en Danger. 100-101. Ce n’est donc pas seulement nos cités. 4 Maître des Requêtes honoraire au Conseil d’État. Elle va même jusqu’à affirmer que cette mobilisation militaire féminine se passe très bien. 3 Yannick Ripa. Comme souvent. Bien que ce roman soit purement fictif. Paris. et l’on ne saurait se dissimuler que. C’est en effet l’argument de la pérennité de la nation et de la chute de la natalité qui est le plus souvent avancé contre la mobilisation féminine. Pourtant. G. Toutefois. par les deux millions d’hommes qu’elle nous a tués ou blessés. […] Pour le plus grand nombre. cette chute de la natalité causée par la mobilisation masculine n’est jamais évoquée tant elle semble « naturelle » au législateur. Fernand Auburtin4 publie une lettre ouverte au Président Georges Clémenceau : Ce n’est pas seulement nos cités. nos villages. Madeleine Pelletier se pose en précurseure de l’égalité des femmes et des hommes. c’est avant tout. elle a mis en question la survivance même de la France. c’est aussi. À la guerre contre l’Allemagne succède très rapidement celle contre la dépopulation de la France. op. 1 Madeleine Pelletier. 70 . renvoie au spectre de la dépopulation liée à chaque lendemain de guerre et déjà dénoncée par les anti-malthusiens après 1870. nos villages. Une vie nouvelle.. qu’il faut relever avec l’argent de l’Allemagne . pour l’opinion. Dans l’Écho de Paris du 6 février 1919. p. 25. Dès 1919. marqué par un excédent des décès sur les naissances.

Masson.. Presses Universitaires de Lyon. Dans cette logique. vous aurez beau prendre tous les canons de l’Allemagne. p. 8 Anne-Marie Sohn. 1987. p. Que la femme se refuse à la maternité. Histoire de l'avortement. cit.. 4 Article 317.. XIXe-XXe siècles. la Chambre « bleu horizon » vote la loi qui condamne la provocation à l’avortement et la propagande anticonceptionnelle 3. Seuil. 264 p. mais la femme qui renonce à la maternité est un accessoire. la famille française1. Les femmes. Femmes et fascisme. Tous les courants politiques sont unis dans cette voie : le Front Populaire décide d’ériger à Paris un monument à la gloire des mères françaises6. Et en 1923. Quand nos grands-mères donnaient la vie. qui présente l’idéologie dominante de l’entre-deux-guerres : « Quel est le devoir de la femme ? Enfanter. « Comment faire face à la crise de natalité ? ». Hygiène et morale sociales. p. 2 Anne Cova. p. cit. » Cet article de Françoise Thébaud reprend sa thèse. mais c’est la première chose qu’il aurait fallu y inscrire. Les femmes. Economica. Rita Thalmann. 6 février 1919. op. Les rôles féminins en France et en Angleterre ». encore enfanter. les années 1920-1930 sont marquées en France par une augmentation des mesures en faveur des familles nombreuses. L’Écho de Paris. cit. dans la mesure et sous la forme où cela est possible. p. actrices de l’Histoire. La loi de mars 1932 généralise les allocations familiales. 111. 168-169 et p. 233 et Yannick Ripa. vous aurez beau faire tout ce qu’il vous plaira. p. la maternité en France dans l'entre-deux-guerres. cite à juste titre l’ouvrage des médecins Doléris et Bouscatel. 1918. dir. p. actrices de l’Histoire. 1 Fernand Auburtin. actrices de l’Histoire. Lyon. Il prêche un convaincu puisque Georges Clémenceau déclare au Sénat le 11 octobre 1919 : Le Traité de Versailles ne porte pas que la France s’engage à avoir beaucoup d’enfants. p. Françoise Thébaud. 47-48. l’entre-deux-guerres fait de la femme au foyer une « vocation féminine » en célébrant le « triomphe » des mères8. Paris. qu’elle la supprime et la femme ne mérite plus ses droits . p. cit. 1923. Tierce. maternité et féminisme. Néomalthusianisme. éducation sexuelle. En 1920. 85.. un déchet. 179-182. le Code Pénal4 fait de l’avortement un délit relevant de la correctionnelle : les peines sont désormais plus lourdes et le gouvernement entend ainsi éviter aux accusé-e-s de bénéficier de l’indulgence éventuelle des cours d’assises 5. Maternité et droits des femmes en France. la France sera perdue parce qu’il n’y aura plus de Français2. Code Pénal. Paris. Paris.. toujours enfanter. 21-22. 5 Yannick Ripa. 1997. encourageant par la même occasion le maintien des femmes au foyer. Les femmes. Histoire des femmes en Occident. Françoise Thébaud dans son article « Maternité et famille entre les deux guerres : idéologies et politique familiale ». 387 p. 3 Voir sur ce sujet Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti. Paris. op. qu’elle la limite. 6 Fortement inspiré de celui à la gloire de la maternité à Berlin. incitant ainsi les mères à rester au foyer. op. 107. Car si la France renonce aux familles nombreuses. XIXe-XXe siècle. Paris. op. crée une prime au premier enfant et confirme les mesures répressives 7. 1. 7 Yannick Ripa. 2003. vous aurez beau mettre dans les traités les plus belles clauses que vous voulez. Comme le souligne Anne-Marie Sohn. 113. 1986. Donner la vie : 71 . la femme n’est plus rien… la mère est l’égale de l’homme . Charles Lavauzelle. « Entre-deux-guerres.

1982. bringt die Frau an Opfern im Ringen um die Erhaltung dieses Volkes […]. citant Max Domarus. p. la dureté. 1962. consulté le 26 janvier 2011. Hitler : Reden und Proklammationen 1932-1945. p. chargée de sensibiliser la population féminine à la maternité en nombre et à la spécificité de l’activité professionnelle féminine (par exemple : secrétaire) » : Thierry Ferral.org/sub_document. p. la capacité d’action. 1934) ». le SS Krummacher. comme en témoigne ce discours d’Hitler du 8 septembre 1934. « The Utilization of Women in the Armed Forces of Industrialized Nations ». Les sacrifices que l'homme fait pour la défense de sa nation. die sie besteht für das Sein oder Nichtsein ihres Volkes. 4-5 . sondern wir empfinden es als natürlich. Publications de l'Institut d'Allemand. p. ou « Chaque enfant qu’elle (la femme) met au monde est une bataille gagnée pour l’être ou le non-être de son peuple ». Exeter. le champ de bataille des femmes est celui de la maternité. Aux unes reviennent la force des sentiments. une bataille en faveur de l'existence de son peuple 2. wenn das Weib in die Welt des Mannes. 451-452. Le national-socialisme : vocabulaire et chronologie. setzt die Frau ein in ewig geduldiger Hingabe. 255-256. die Kraft der Seele ! Zur anderen gehört die Kraft des Sehens. p. Asnières. op. accessible sur le site : « Hitler’s Speech to the National Socialist Women’s League (September 8. Nazism. 563 p. » Traduit en anglais par Jeremy Noakes et Geoffrey Pridham. Les femmes. Aux autres reviennent la force visionnaire. histoire de la maternité en France entre les deux guerres. Economy and Society 1933-1939. Robert Laffont. citant Nancy L. la violence et l’armée. wenn diese beiden Welten geschieden bleiben. 2 Texte original : « Wir empfinden es nicht als richtig. 2000. 1981. devant la Ligue des Femmes national-socialistes1 : Nous considérons comme une erreur que la femme s’immisce dans le monde des hommes. Paris. Gilbert Krebs et Gerard Schneilin. In die eine gehört die Kraft des Gemütes. Nous considérons comme naturel que ces deux mondes restent bien distincts. en douleur éternelle et en souffrance. La dernière phrase de ce discours offre plusieurs traductions possibles : « La femme a son champ de bataille. la force de l’âme. Chaque enfant qu'une femme met au monde est une bataille.cfm?document_id=1557. Thèse de troisième cycle sous la direction de Michelle Perrot. et en apparence par la ‘cheftaine des femmes du Reich ‘ (Reichsfrauenführerin) Gertrud Scholtz-Klink . la femme le fait pour préserver cette nation. der Entschlüsse und die Einsatzwilligkeit ! Was der Mann an Opfern bringt im Ringen seines Volkes. 1998. die Kraft der Härte. Cette dichotomie prend également toute sa dimension dans l’Allemagne nazie. in sein Hauptgebiet eindringt. volume 2 : State. p. Jedes Kind. L'Harmattan. 104. cit. la femme le donne en sacrifice de soi éternel.. in ewig geduldigem Leid und Ertragen. Université Paris Diderot .Paris 7. 1932-1945 qui formule ainsi cette idée : « Every child to which she gives birth is a battle which she wages in her Volk’s fateful question of to be or not to be ». http://germanhistorydocs. elle livre bataille pour elle ». Wutrzbourg. 1919-1945. das sie zur Welt bringt. […] Ce que l'homme donne en courage sur le champ de bataille. German History in documents and images. dans leurs domaines. ist eine Schlacht. p. 41. Goldman. University of Exeter Press. traduit en anglais en 1990 sous le titre Hitler : speeches and proclamation. communication présentée au Colloque du CERSA. avril 1975. 1997. dir. Pour l’opinion dominante. la guerre celui des hommes. « Être femme sous le IIIe Reich ». dirigée par un homme. Gertrud Scholtz-Klink était mère de onze enfants et était censée incarner la dirigeante idéale (« un corps sain et un esprit docile ») : Rita Thalmann. 81. Was der Mann einsetzt an Heldenmut auf dem Schlachtfeld. selon Rita Thalmann. p. selon Emmanuel Reynaud. Être femme sous le IIIe Reich. 149. tome 1. État et Société en Allemagne sous le IIIe Reich. 533. 72 . Paris. 1 Nationalsozialistische Frauenschaft : « fondée en octobre 1931 .ghi-dc. Chaque fois qu’elle donne un enfant à la nation.

mais surtout Être femme sous le IIIe Reich. 7 Nancy L. 120. la conception et la naissance étant les sommets héroïques de la vie féminine. « La condition féminine sous le nazisme : entre tradition. op. qu’elle a dirigé. le refus de la maternité pouvant être considéré comme une forme de désertion. qui s’ouvre sur une citation de Guida Diehl. cit. Le choix des mots dans ce discours d’Hitler ne laisse place à aucune ambigüité quant au rôle que les femmes ont à jouer. Christine Fauré. Elle établit un parallèle évident entre la rhétorique maternelle et militaire : l’amour. op. finalement. dir. Les Belles Lettres. comme le souligne Françoise Héritier : 1 « Hitler’s Speech to the National Socialist Women’s League (September 8. sont à l’origine de la ruine de la nation allemande. 2 Nombreux sont les travaux de Rita Thalmann sur ce sujet : Femmes et fascisme. p. comme l’a démontré Emmanuel Reynaud 6.. p. op. cit. Rita Thalmann2 résume parfaitement comment les femmes allemandes doivent se mobiliser pour leur patrie en accomplissant leur « service maternel »3. modernité et hiérarchisation raciale ». entre autres. Loin d’être marginalisées. la femme serait par nature inapte à se battre : l’enfantement lui-même étant son propre combat et. 5 Françoise Thébaud « Maternité et famille entre les deux guerres… ». au même titre que les hommes leur service militaire. 73 .p. p. s’appuyant sur les travaux de Nancy L. La violence qu’engendrerait une mobilisation – autre que maternelle – des femmes est donc une transgression. ces ligues œuvrent de concert avec les organes officiels du gouvernement et participent activement aux congrès annuels de la natalité. Pour combattre ces tendances démographiques et sociologiques.Le parti national-socialiste prône ici un retour aux valeurs patriarcales et à une répartition traditionnellement sexuée des rôles. op. 6 Emmanuel Reynaud. 3 Rita Thalmann. Les femmes. Ainsi. 1934) ». Pour l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population. les familles nombreuses doivent redevenir une norme sociale.. C’est donc sans surprise que les nombreuses ligues natalistes françaises usent du même langage qu’Hitler pour qualifier ce que représente la chute de la natalité pour la nation.. et qui se passe de commentaire : « tandis que l’homme devient un être humain par l’affirmation de lui-même. cit. la violence et l’armée. cit. D’ailleurs. son rôle militaire principal ». Goldman. 772- 797. la femme le devient en renonçant à elle-même ». German History in documents and images. p. 104-105.. 4-5. Goldman7. op. considérant que l’augmentation des divorces et la baisse des naissances. « The Utilization of Women in the Armed Forces of Industrialized Nations ». Être femme sous le IIIe Reich. à savoir : mettre au monde de futurs soldats1. La corrélation entre mobilisation nataliste et régime nationaliste se pose comme une évidence : l’« obsession nataliste » et les mesures national-socialistes des années 1930 sont ainsi à rapprocher de la loi votée en France en 1920 4. 89. op. cit. op.. p. p. « à l’image de l’homme biologiquement incapable d’enfanter. « la dénatalité signifie guerre et ruine de la France »5. 2010.. 41. cit. 147-156.. Paris. cit. celle-ci ne cache pas son admiration pour les politiques natalistes des régimes fascistes. 4 Id. Nouvelle Encyclopédie politique et historique des femmes. éducatrice nazie. 99. « Être femme sous le IIIe Reich ». op. cit.

il fut adopté par le Sénat. rappelant qu’elle est en fait en projet depuis quatorze ans : Il y a quatorze ans que la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre a été mise à l’étude. rapporté par M. cit. Enfin. Le Journal des débats politiques et littéraires revient sur l’historique de cette loi. 3 Plusieurs fois ministre des Finances (1910-1920). relevant d’une transgression identitaire dangereuse pour la bonne répartition des rôles sexués dans la société. Il revint alors à la Chambre où il fut pratiquement enterré. « Armes contre femmes désarmées : de la dimension sexuée de la violence dans la guerre civile espagnole ». en a donné la raison dans les termes suivants. 2 Yannick Ripa. il n’était pas indispensable… Puisqu’il n’y avait pas urgence. président de la commission de l’armée à la fin de la dernière législature. dissoudre la hiérarchie. il n’était pas sans avantages de poursuivre les études et les travaux préparatoires… » Étrange justification ! Ces études et ces travaux préparatoires ont été peu poursuivis. la doctrine pratique de nos gouvernements 1 Françoise Héritier. rapporteur du nouveau projet déposé par le gouvernement le 5 mars dernier : « les armées alliées étaient sur le Rhin et le désarmement allemand était. Yannick Ripa l’a analysé dans ses travaux sur les républicaines espagnoles pendant la guerre civile. les réalisations nécessaires ».. Guy La Chambre est obligé de reconnaître que ce projet est insuffisant. il consacre l'essentiel de son activité à un important rapport sur l'organisation générale de la nation en temps de guerre qu'il présente le 9 février 1928. expliquant que les républicaines armées relèvent davantage de l’animalité que de l’humanité 2.« la violence est considérée comme antinomique à la féminité contenue. Élu sénateur de la Somme en 1925. En un mot. car le projet actuellement soumis au Parlement […] et M. Ainsi. Il espère que « le gouvernement proposera à bref délai. En février 1928. 138. après avoir fait l’objet d’un important rapport de M. Le projet en fut établi par la commission et le secrétariat permanents du Conseil supérieur de la Défense Nationale. 74 . que reproduit M. La vérité est que. c'est-à-dire à la féminité vraie de la femme féconde »1. l’image des femmes en armes dans l’entre- deux-guerres est-elle particulièrement péjorative. le 20 janvier 1937. Il fut déposé sur le bureau de la Chambre le 26 janvier 1924. Pourquoi ? M. du moins assez poussé pour qu’un conflit immédiat avec les voisins put apparaître du domaine des invraisemblances. le projet était peut-être utile. sinon aussi complet que le traité de Versailles l’avait laissé espérer. op. Paul-Boncour et voté au début de mars 1927. op. Klotz3 et avoir été sensiblement modifié. 84. Masculin-Féminin. sous forme d’un projet de loi spécial. p. Guy La Chambre. depuis le début du siècle. p.. Sénac. cit. ministre de l'Intérieur en 1913.

irréalisable1. 3 Cécile Brunschvicg. 250 et 256. dans un tel contexte. la guerre qui se profile en 1939 fait changer d’avis les plus réfractaires d’entre elles : « à l’heure actuelle où les forces brutales et la volonté de prestige dominent une partie de l’Europe. la création et la mise sur pied d’unités – août 1939-juin 1940 / Dossier 3. les réservistes. Détestable méthode. les renforts. En 1939. la loi Paul-Boncour prend tout son sens et la mobilisation des femmes a pour but affiché de « ne pas retomber dans les improvisations qui nous avaient coûté si cher en 1914 »2. Alors qu’elles étaient très partagées sur le bien fondé d’une mobilisation féminine. dénonce l’illégalité de ce décret puisqu’il s’inscrit en totale 1 Général Duval. c) 1939-1940 : la guerre comme acte de naissance de la féminisation de l’armée française Peu à peu. 245. s’inscrit dans la logique de Paul-Boncour qui considère lui aussi qu’il est primordial d’organiser la nation en temps de paix afin qu’elle soit prête pour la guerre quand celle-ci se déclare.. 75 . cit.. « La loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre ». 20 janvier 1937. [celle-ci] doit être pourvue du consentement du mari »4. l’armée compte dans ses rangs les premières femmes servant sous statut civil. Journal des débats politiques et littéraires. Souvenirs sur la IIIe République… op. provoque à nouveau des réactions chez les féministes. qui s’était particulièrement impliquée contre la loi Paul-Boncour. notre seul devoir consiste à rechercher comment chacun et chacune peuvent le plus utilement défendre notre Patrie et nos libertés »3. Le Général Duval. avoir le droit de vote ne serait pas d’une grande utilité. Et son article 3. cit. Instruction prise en application du décret du 5 janvier 1939 et relative aux engagements des Françaises pour servir comme auxiliaires dans certaines formations militaires. p. Mieux vaut finalement se consacrer à servir la France et reconnaître que « la loi sur l’organisation générale de la nation. « Les féministes et le décret du 5 janvier 1939 sur l’enrôlement des civils en cas de conflit ». n° 19. 3. se résume dans cette formule : ne se préoccuper du danger de guerre que lorsqu’il est présent. p. Mais le 5 janvier 1939 est voté un décret règlementant l’engagement à titre civil pour les personnels des deux sexes. p. stipulant que « pour la femme mariée non séparée de corps. 4 SHD – Département de l’armée de terre – 7 N 2478 / Correspondance avec la direction et les régions concernant les effectifs. 2. avec l’évolution des évènements de 1938 – l’Anschluss et la crise tchécoslovaque – des féministes comme Cécile Brunschvicg prennent conscience que la guerre semble inévitable et. auteur de cet article. Cécile Brunschvicg. fait aux femmes une place qui ne peut que nous [les féministes] réjouir ». 2 Joseph Paul-Boncour. Ce n’est que le 11 juillet 1938 que la loi est votée et dès lors. op.

fr/rubriques/elements/imprime_element. et de développer un service social parallèle aux services administratifs »3. […] Certains pourront arguer qu’il s’agit en l’occurrence d’une loi militaire. Elle le fait savoir le 4 février 1939 dans La Française1 : Ce texte [est en] opposition avec la loi du 18 février 1938 qui donne à la femme mariée sa pleine capacité civile. il leur semble difficile d’envisager que les femmes puissent s’impliquer spontanément dans une lutte dont elles ont toujours été exclues. certes les femmes jouissent d’une pleine capacité civile. sont d’ordre militaire. 2 Ibid. Cécile Formaglio prépare actuellement une thèse sur le féminisme de Cécile Brunschvicg. Cela revient à dire que. spécifiant lui-même à l’article 1er qu’il s’agit d’engagements civils et non d’engagements militaires. sous la direction de Christine Bard. mais. « Cécile Brunschvicg. « Les féministes et le décret du 5 janvier 1939 … ». ainsi que celle des volontaires bénévoles. En fait. 76 . il n’en est rien : le décret du 5 janvier. dans ce cas. consulté le 11 février 2011. en cas de guerre.univ-angers. op. pour les femmes désirant contracter un engagement civil pour la guerre. D’ailleurs. se trouve donc illégalement rétablie par le décret du 5 janvier 1939. 2 Cet article amène à réfléchir sur l’incapacité des politiques à accepter l’idée que les femmes puissent faire preuve de patriotisme en contexte de guerre. Afin que le gouvernement permette aux femmes de se mobiliser dans les meilleures conditions en mettant 1 Cécile Brunschvicg. au cœur de la République ». Musea. il doit intervenir positivement. Comme on le sait. 3 Cécile Formaglio. supprimée par la loi. C’est dans ce contexte que Cécile Brunschvicg crée « les Françaises au Service de la Nation. cit. par une opposition nettement formulée. le mari peut bien s’opposer à ce que la femme exerce une profession séparée . ne prévoient pas d’autorisations maritales. les réquisitions qui. Ainsi. association qui a pour but de dresser la liste des femmes susceptibles de pouvoir s'enrôler civilement à la préfecture. En italiques dans le texte. http://musea. d’après la loi Renoult.php?quoi=notice&ref_element=70. […] Nous agirons de notre mieux pour demander que la femme puisse contracter un engagement sauf opposition motivée de son mari.contradiction avec la loi du 18 février 1938 qui abolissait l’incapacité de la femme mariée. à l’exercice par la femme d’un commerce séparé. […] Cette autorisation préalable. elles. les autorités veulent maintenir les femmes loin des préoccupations guerrières en votant une loi d’exception. Parce que la guerre est un domaine masculin. mais que celle-ci ne peut concerner la période de guerre.

d'autre part. 77 . Document aimablement transmis par Cécile Formaglio . rue de Berri. Elles distribuent du lait aux nourrissons. Dans les gares. Nous avons l’impression qu’on ne pourra pas résoudre la question de la nation armée si on ne connaît pas à l’avance le nombre et la qualité des femmes susceptibles de remplacer les hommes le moment venu 1. dès maintenant de préparer méthodiquement leur instruction et leur inscription. cette association reçoit un accueil très positif et jouit d’une « médiatisation importante ». 1 Archives du féminisme conservées à la Bibliothèque Universitaire d’Angers – 1AF 532 / Relations avec les différents Ministères : correspondance / Dossier « Ministère de la Défense Nationale et de la Guerre (1910. Il y est question de la défense passive qui s’organise à Paris. pour toutes celles aussi qui s’occupent de questions sociales ou administratives. diverses associations féminines prodiguent leurs dévouements aux femmes et aux enfants quittant les villes que l'on commence à évacuer par précaution. L’auteur y souligne que « les bureaux de la Croix-Rouge. dans mon esprit. 1937-1939) » : courrier de Cécile Brunschvicg au secrétariat du Ministère de la Défense Nationale. il serait bon. de demander au ministre une mobilisation des femmes. elle adresse le 29 mars 1938 au Secrétariat particulier du ministre de la Défense Nationale le courrier suivant : Je vous serais reconnaissante de demander à Monsieur Daladier s’il voudrait bien me recevoir pour l’entretenir de la question de l’utilisation des femmes en cas de conflit. qu’elle en soit chaleureusement remerciée. comme en témoigne un article paru dans l’Ouest-Éclair le 29 septembre 1938. Des femmes du monde s'offrent à faire la cuisine et le ménage des cantines. Il ne s’agit pas. boulevard Malesherbes sont assiégés matin et soir en ce moment par des centaines de Parisiennes qui viennent offrir leurs services bénévoles à la défense passive et aux services de santé » . tout au moins pour la généralité d’entre elles. Des femmes s'offrent à conduire des autos. Des volontaires en possession de diplômes d'assistantes sociales et de puériculture sont dirigées vers les organisations susceptibles de leur donner une affectation. Quantité d’organisations féminines s’émeuvent de ne pouvoir se préparer dès maintenant aux devoirs qui pourraient leur incomber un jour. les Françaises au Service de la Nation accueillent toutes les manifestations de bonne volonté patriotique. des boissons chaudes. Dès 1938. mais surtout que : 6.leurs compétences au service de leur pays. mais il me semble pourtant que pour les femmes automobilistes. pour les femmes pilotes d’avions sanitaires.

8. Dépassant largement les cadres de la mobilisation civile. Union des femmes de France. par leurs différentes organisations. Notre but essentiel est de faire œuvre utile en cas de conflit. un accident grave. serviront de « service social ». En vertu de la loi Paul-Boncour. « Les Françaises au Service de la Nation ». Histoire et Collections. les femmes se rapprochent de plus en plus de l’armée. p. En fait. Un immense élan porte les Françaises à se dévouer pour la patrie1. celles-ci se mettent en place avant la déclaration de guerre et s’inscrivent ainsi en conformité avec les volontés du législateur. pendant toute la période de « la drôle de guerre ». bénévole la plupart du temps. Entre 1939 et 1940. telle qu’une inondation. 1 et 4. Comme en 1914. les initiatives officielles devront venir de l’administration préfectorale et « les Françaises au Service de la Nation ». Le centre de propagande pour la grandeur du pays (252. Son but est de favoriser l’enrôlement civil de toutes les femmes qui souhaitent mettre leurs compétences « au service de la nation » : Il est difficile d’énumérer ici et dès maintenant les services qu’elles auront à remplir. 2006. 29 septembre 1938. Cette association est organisée en comités d’entente. le lamentable exode des réfugiés espagnols 2. Mais elles ne répondent à aucune directive et leur mobilisation. Cécile Brunschvicg revient longuement sur les Françaises au Service de la Nation dans un article du 4 mars 1939. Comme le font d’ailleurs les Croix-Rouges. 1919-1940. Le 3 septembre 1939. la France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne. 3 Frédéric Pineau estime approximativement à neuf cent mille le nombre de femmes ayant participé à la défense du pays entre 1938 et 1940 : Les femmes au service de la France. 2 Cécile Brunschvicg.. Tome 1 : La Croix-Rouge française : Société de secours aux blessés militaires. p. faubourg Saint-Honoré) fondé par les Françaises décorées de la Légion d'honneur consacre de son côté toute son activité à instruire les femmes et les collectivités des précautions à prendre en cas d'attaque aérienne. Paris. les mobilisations de femmes ne faiblissent pas3. Association des dames françaises. ou comme à l’heure présente. 2. op. Il n’est pas 1 « La défense passive de Paris ». L'Ouest-Éclair. soit pour l’organisation éventuelle des besoins de la défense nationale. Elle recrute des volontaires qu'elle instruit pour la défense passive. on assiste entre 1938 et 1939 à une multiplication des initiatives féminines et féministes. soit pour répondre aux besoins immédiats. cit. p. bien au contraire. 78 . Mais là ne doit pas se borner notre rôle. nos comités devront également se mettre à la disposition de l’administration chaque fois qu’il y aura dans le département une « calamité publique ». obéit davantage à une tradition historique qu’à une application stricte de la loi.

telles celles des SSA. Recherches Contemporaines. donc des femmes.. Université Paris X . « Femmes et œuvres : l'exemple des Croix-Rouges françaises ».Nanterre. novembre 2003. 2000. Le début de l’année 1940 et la débâcle qui se profile obligent les autorités à clarifier le statut de ces femmes qui servent leur pays. les IPSA restèrent clouées au sol et les volontaires féminines. Frédéric Pineau. n° 3. cit. 193-206. Paris. Les pouvoirs publics projetèrent à cette époque d’associer davantage les Françaises à l’appareil militaire. il acceptait de renoncer à toute rémunération. 2001. Flammarion. n° 220. Les conductrices ambulancières de la CRF : 1939-1989. Paris. La Croix-Rouge dans la guerre.question de reprendre ici la multitude de travaux relatifs à la mobilisation des femmes au sein de la Croix-Rouge1 et de ses diverses ramifications telles que la Société de Secours aux Blessés Militaires... Bien que ce rapprochement ne change rien au fait qu’elles ne sont toujours pas des militaires. 212 p. comme l’analyse Luc Capdevila : Durant la drôle de guerre.1919-1940. sans grade ni insigne. Juin 2003. p. La Croix Rouge française pendant la Seconde Guerre mondiale. il portait un uniforme de drap kaki. 1919-1940. et l’arrêté du 16 février 1940 […] continuèrent à assimiler l’action des civils. 1919-1940.. les auxiliaires s’engageaient pour 1 Emmanuelle Michalet.Paris 7. Université Paris Diderot . 3 IPSA dans la suite du texte. […] Bien que placé sous l’autorité publique.. 131 p.Paris 7. à une entreprise caritative. 196 p. Les femmes au service de la France. Gérard Chauvy. Mémoire de Master sous la direction de Jean-François Muracciole. Voir sur ce point le chapitre II. 5 Frédéric Pineau. la Section Sanitaire Automobile 2 ou encore les Infirmières Pilotes et/ou Parachutistes de l’Air 3. Edmée Nicolle donne à son encadrement un caractère militaire qu’elle nomme « état-major » et dote chacune de ses membres d’un grade fictif5. p. Du statut de civiles à l’arrière.. […] Le décret du 31 janvier 1940 sur les dons et le concours des civils à la défense nationale. les femmes passent peu à peu à celui d’auxiliaires des armées. 2005. Militaria Magazine. 1935-1947. En effet. Le Rôle des femmes dans la Croix-Rouge parisienne : 1919-1939. 20-26 et n° 231. Université Montpellier III. mémoire de maîtrise sous la direction de Philippe Levillain et Jean Garrigues. 98. 79 . continuèrent de « servir » à titre bénévole dans les structures de la Croix Rouge Française. 1995-1996. qui sont tout autant de formations féminines de défense nationale. p. 8 volumes. 1989. Mémoire de DEA sous la direction de Gabrielle Houbre et Françoise Thébaud. la SSA et les IPSA4 apparaissent comme les ultimes étapes avant la féminisation de l’armée française. cit. 1994. op. p. Le 21 avril 1940. Elsa Durbecq. « Les uniformes de la Section sanitaire automobile 1939-1940 (1) ». 14. la fondatrice de la SSA. 4 C’est en effet après la Seconde Guerre mondiale que l’armée de l’air offre aux IPSA la possibilité de devenir convoyeuses de l’air. Nonobstant. 2 SSA dans la suite du texte. à ce titre. op. et souscrivait un engagement. Paris Diderot . ce personnel bénévole devait le respect à la hiérarchie militaire. 120 p. mémoire de maîtrise en Histoire sous la direction de Gabrielle Houbre. SAS. Les femmes au service de la France. 404 p. Les femmes dans la Défense Nationale en France . le gouvernement publia le statut des « auxiliaires féminines des formations militaires » . La section sanitaire automobile féminine : 1939-1941.

Seuil.. op. extrêmement rapide elle aussi. « Désormais. p. p. 59-60. Fin juin. qui dès les premières heures de l’Occupation allemande choisissent de résister. op. cit. 583-614.. au moment où Vichy s’installe dans la défaite. Charles de Gaulle. alors que tous-tes n’ont pas forcément entendu l’appel du Général de Gaulle. p. 2 Luc Capdevila. Les filles de Marianne. Les filles de Marianne. le 17 juin 1940. 5 Christine Bard. l’armistice entre en vigueur le 25. le gouvernement quitte Paris. « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) ». cit. 7 Pour la chronologie détaillée. 2000 (1993). cité par Christine Bard. juin 1940. Des « hommes libres » mais aussi des femmes. Signé le 22 juin 1940. est nommé au poste de sous-secrétaire d’État à la Défense Nationale et à la Guerre le 5 juin 1940. Dès lors. reconnu entre temps par le gouvernement britannique « chef des Français libres »7. voir Jean-Pierre Azéma et François Bédarida. Tome 2 : de l'Occupation à la Libération. tout s’accélère. 4 Sur la mobilisation des femmes dans le reste de l’Europe en guerre. op. de Gaulle quitte la France pour Londres d’où il lance l’appel à la résistance le 18 juin. Les SSA. Les filles de Marianne.. D’ailleurs.. Paul Reynaud démissionne. op. 3 « La mobilisation volontaire des femmes ». op. cit. Paris. 6 Luc Capdevila. Le lendemain. La France des années noires. p. remplacé par le « vainqueur de Verdun » : le Maréchal Pétain. Ce résumé de l’évolution statutaire des femmes mobilisées pour leur pays illustre parfaitement la précipitation du gouvernement face à la débâcle. 437 et 439. « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) ». Peu à peu les organisations féministes sont dissoutes et leurs journaux ne paraissent plus5. un an et recevaient enfin une rémunération1. […] La nouveauté de ces textes résidait dans l’attribution aux nouvelles recrues d’un statut militaire : elles recevaient. 437. p. du côté de la France combattante la mobilisation ne concerne plus que des volontaires pouvant être assimilés à des rebelles. qui comptaient dans leurs rangs six mille 1 Christine Bard. Alors que les mois de mai et juin 1940 sont le spectacle d’un exode massif des Français-es à mesure de l’avancée allemande. cit.. voir le chapitre IV. cit. La Française. 437. En un mois. p. des ‘hommes libres’ »6. 60. un deuxième décret fut publié mobilisant provisoirement les pilotes auxiliaires féminines. En pleine débâcle. le gouvernement s’installe à Vichy. « La Française3 regrette que sa proposition n’ait pas été écoutée plus tôt et valorise l’exemple de l’Angleterre4 qui a organisé dès 1938 le recrutement d’un demi-million de femmes dans l’armée ». Le 16. les femmes mobilisées accomplissent leurs dernières missions. dans le cas des pilotes. Mais le 10 juin. 80 . la France est définitivement vaincue. le grade de sous- lieutenant et la solde correspondante2.

non seulement à Londres et en France dans la résistance intérieure mais aussi plus tard. des milliers de Françaises se mobilisent sous l’uniforme. le nombre de femmes engagées dans la Résistance ne cesse d’augmenter. quelques rares ouvrages – assez récents pour la plupart – centrés sur la résistance 81 . sont dissoutes. et la persistance des valeurs de genre pèse très lourd à la Libération. en passant par les États-Unis. des récompenses pour services rendus à la nation et de l’accès des femmes à la citoyenneté politique. transmissionistes : la mobilisation militaire des femmes est multiple. De quelques centaines en 1940. De la France Libre à Londres.six cents femmes. Parce que militaires – même si elles étaient alors auxiliaires – il est plus difficile de trouver des sources sur les femmes des Forces Françaises Libres : elles sont rares et souvent noyées dans un ensemble plus vaste consacré aux militaires en général. Pour un temps seulement. les femmes sous l’uniforme français disparaissent – mais pour un temps seulement – du paysage militaire. Alors que certaines rejoignent les réseaux de résistance intérieure qui se mettent peu à peu en place. ambulancières. car entre 1940 et 1945. c’est la France Libre qui signe l’acte de naissance de la féminisation de l’armée française en créant le 7 novembre 1940 le Corps des Volontaires Françaises. Secrétaires. Pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale. Cette féminisation de l’armée ne s’effectue pas sans difficultés ni obstacles. les engagements féminins se multiplient. à l’Afrique du Nord. a) 1940 : l’engagement des femmes dans la France Libre à Londres De nombreux travaux ont déjà été traité des femmes dans la Résistance. À l’été 1940. à l’heure de la reconstruction de l’armée française. Comme souvent dans l’histoire. infirmières. contre toute attente. 2. en Afrique du Nord. Ceux-ci privilégient en général la résistance intérieure : les femmes y étaient plus nombreuses que dans la résistance extérieure et les sources sur les réseaux de résistance intérieure sont également plus abondantes. des femmes répondent à l’appel du général de Gaulle et rejoignent la Résistance extérieure. c’est en devançant les lois que les femmes pénètrent des sphères qui leur étaient jusqu’alors fermées. La Résistance ou la poursuite de l’engagement militaire des femmes De 1940 à 1945. Néanmoins. elles passent à plusieurs milliers à la fin de la guerre.

bien que réticent. 82 . Femmes dans la guerre 1939-1945. Paris. résidant déjà en Angleterre. de Gaulle. autorise la création du « Corps féminin des Volontaires Françaises » et évite ainsi à ces volontaires d’être tentées de s’engager dans l’Auxiliary Territorial Service 9 1 Margaret Collins-Weitz. La constitution d’une armée féminine au sein des FFL ne s’est pas faite sans difficultés. + annexes. Tallandier. Christine Lévisse- Touzé. de l'Appel du 18 juin à la victoire. Les Français libres. 1996. Héroïques. Il vient également de publier en codirection avec François Broche et Georges Caïtucoli le Dictionnaire de la France libre. Geai Bleu Éditions. La France pendant la Seconde Guerre mondiale. 420 p. p. s’organisent et rejoignent la capitale anglaise : c’est le cas notamment de Tereska Torrès7 ou Janine Boulanger-Hoctin8. Paris. « Des femmes dans la France combattante pendant la Seconde Guerre mondiale : le Corps des Volontaires Françaises et le Groupe Rochambeau ». 430 p.. 1939-1945 : combats de femmes. 542 p. Les Français libres. Hubert Heyriès et Jean-François Muracciole. 2008. Laurence Thibault dir. 7 Tereska Torrès : entretien. Pour une approche sociologique ». Paris. automne 2008. Larousse. « Les Français libres. Albin Michel. en ligne. Paris.. 240 p. grand spécialiste de la France Libre et plus largement de la Seconde Guerre mondiale 3. l’autre Résistance. Héroïnes françaises. La France au combat. 2008. PUF. printemps 2005. Paris. Certaines. Courage.. Le soldat volontaire en Europe au XXème siècle. Femmes en Résistance. Les femmes Compagnon de la Libération. Mémoire de Master II sous la direction de Jean-François Muracciole. la question de leur utilité se pose inévitablement aux autorités. Celui de Jean-François Muracciole. D’autres. 2007. 4 Jean-François Muracciole. 219 p. 400 p. 96 p.. De l’engagement politique à l’engagement professionnel. Les femmes et la Résistance. il accorde un chapitre entier aux « oubliés de la France Libre : femmes. p. 2008. Claude Quetel.. Les femmes dans la Résistance en France.. Les Français Libres. Paris. Paris. Genre & Histoire. dir. 175 p. 1602 p. étrangers. 9 ATS dans la suite du texte... 237 p. Evelyne Morin-Rotureau dir. comportent un ou plusieurs chapitres sur les femmes 1. 2002. À l’origine composée de vingt-six femmes. Tallandier. 2004. force et ingéniosité. les oubliées de la guerre. 2006. La Documentation Française.. Autrement.. 239 p. 45.. 2002. 5 Fabrice Marti. 3 En plus de l’ouvrage précédemment cité. 8 Janine Boulanger-Hoctin : entretien téléphonique. Paris. Face à l’affluence – imprévue – des femmes au Quartier Général de la France Libre en 1940. Il vient d’ailleurs de diriger les recherches de Master de Fabrice Marti sur les femmes dans les FFL 5. Christine Lévisse-Touzé. 2003. 2009. op. Lille. Paris. Paris. Dès l’été 19406. Université Paul Valéry – Montpellier III. Des femmes éprises de liberté (1940-1946). Françaises et Allemandes. l’autre Résistance2. paru en 2009 peut être considéré comme un ouvrage fondateur puisque.. 6 Cette étude reprend en partie l’article suivant : Élodie Jauneau. Antoine Porcu.. quelques femmes quittent la France pour Londres. cit. Paris. Mechtild Gilzmer et Stefan Martens dir. 425 p. Tallandier. n° 3. Françaises en uniforme. Vladimir Trouplin et Guy Krivopissko. 848 p. Les Combattantes de l’ombre. coloniaux »4. 2006-2007 (2 tomes). 1940- 1945. L'Harmattan. Dans l'honneur et par la victoire. 2010. 126 p. 2007. Paris. 4 avril 2005. Robert Laffont. Librairie Générale Française. Désireux d’unir toutes les volontés autour de son combat. 2 Jean-François Muracciole.extérieure. cette formation répond au patriotisme de quelques-unes souhaitant œuvrer pour la libération de la France aux côtés de l’Angleterre. Éditions du Rocher. il est notamment l’auteur de Histoire de la France Libre.. 1997. Monique Saigal. Perrin. comme Hélène Terré appartenaient déjà aux SSA avant la défaite et décident de continuer à servir leur pays.

britannique1 ou dans les Women’s Auxiliary Army Corps (WAAC).. en 1940. consultées le 4 avril 2005. p. l’insigne français révèle la difficulté à considérer les Volontaires Françaises comme une unité à part entière puisqu’aucun sigle n’y figure. op. faute de moyens et d’organisation. Cette concrétisation s’obtient au terme d’une lutte de pouvoir et d’intérêts avec Churchill. 61. le Corps Féminin prend alors le nom de « Corps des Volontaires Françaises »4 par un décret stipulant que ce corps est une « formation militaire 1 Luc Capdevila. n° 12.org. 83 . l’armée britannique compte déjà dans ses rangs. hostile à la création d’une deuxième armée féminine sur le territoire anglais. À titre comparatif.htm 3 Tereska Torrès : archives personnelles. Institutionnalisé le 16 décembre 1941.atsremembered. Remembered. En effet. 4 CVF dans la suite du texte et VF pour « Volontaires Françaises ».uk/badgesgeneral. C’est le 7 novembre 1940 qu’est fondé le Corps féminin des Volontaires Françaises.S. L’influence des ATS sur la formation et l’équipement des Volontaires Françaises est évidente. http://www. En revanche. trente-cinq mille femmes qui jouent d’ailleurs un rôle considérable et influent dans la création des premières unités féminines françaises. et les Françaises revêtent les uniformes des soldates britanniques en attendant que la France Libre puisse leur en fournir. A. « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) ». 2000. cit. 2 (page suivante) « Badges of the ATS ». consulté le 14 février 2010. l’instruction des Françaises Libres se fait alors à l’école des ATS. La Couronne a été remplacée par un sabre et le sigle ATS par la Croix de Lorraine. Seuls les insignes – pourtant très similaires – permettent de distinguer les ATS2 des Volontaires Françaises3 : Insigne des ATS Insigne des Volontaires Françaises Il n’y a que très peu de différences entre les deux insignes. dirigé par l’ancienne championne de tennis Simone Mathieu puis par Hélène Terré.T.

L’objectif du CVF est de remplacer tous les hommes aptes au combat par des femmes dans des emplois qu’elles peuvent exercer… sans « dénaturer » le sexe féminin.de doter les services militaires d’un personnel d’employés exclusivement militaire […Article 3] : Les volontaires s’engagent pour la durée de la guerre et trois mois après la cessation des hostilités2. Journal Officiel de la France Libre. comme en témoignent ces trois clichés pris en Angleterre vers 1940-19413 : 1 Décret n° 74 du 16 décembre 1941 « portant organisation du Corps des Volontaires Françaises ». elle ne leur donne pas pour autant accès à la sphère du combat et au maniement des armes qui restent l’apanage des hommes. 3 Tereska Torrès : entretien et archives personnelles. consultées le 4 avril 2005. lorsqu’elles reçoivent leur instruction et suivent leur formation. 20 janvier 1942. le retour à la paix semble annoncer un retour « à la normale » semblable à celui de 1918 : la fin de la mobilisation féminine. toujours en présence d’un supérieur masculin .auxiliaire féminine »1. cet enrôlement de la première heure est relativement bien accepté puisque les termes du contrat d’engagement sont extrêmement clairs : Article 1er : le Corps des Volontaires Françaises constitue une formation militaire auxiliaire féminine. À contexte exceptionnel. engagements exceptionnels : préserver les valeurs morales de l’armée en acceptant les femmes à des postes conformes à leur nature et à leur sexe semble donc être une priorité. Paradoxalement.de libérer les combattants dont les emplois peuvent être tenus par des femmes. op. ayant pour objet : . ou s’exerçant au « parcours du combattant ». attribut masculin par excellence. elles sont photographiées s’entraînant au tir. De plus. 3. 84 . . Pourtant. 2 Décret n° 74 du 16 décembre 1941. p. cit. La femme combattante n’existe pas encore… Si la loi Paul-Boncour a ouvert les portes de l’armée aux femmes. les femmes foulent le terrain masculin en s’exerçant à des tâches jusqu’alors réservées aux hommes… et qu’elles n’auront jamais l’occasion de mettre en pratique… Ainsi. maniant le fusil.

85 .

les études sociologiques. 1939-1946. Paris. op. consulté le 14 février 2011. avec matricules. Les femmes au combat. Elles sont également présentes dans les Forces Aériennes Françaises Libres 4 et les Forces Navales Françaises Libres5 mais en plus faible proportion. 27 octobre 1941. grades et vie en caserne. dont un peu plus de deux mille cinq cents femmes. 7 « Liste des Volontaires des Forces Françaises Libres ». cit. La particularité du CVF est d’être un corps exclusivement féminin. cit. des recrues aux cadres du commandement. p. 2003.Il est difficile d’expliquer pourquoi les Volontaires Françaises suivaient une telle formation. http://www. et « Les Français libres.php 86 . une étude statistique sur toute la durée de la guerre s’impose..charles-de-gaulle. Afin de comprendre en quoi l’incorporation des femmes dans les FFL incarne la naissance de la féminisation de l’armée française. 2 Ce sont les études de Jean-François Muracciole qui sont les plus abouties sur ce point : Les Français libres. op. Pour une approche sociologique ». p. 5 FNFL dans la suite du texte. 215 p. cit. En revanche. travaillant désormais pour la Fondation Charles de Gaulle 7. du devoir. op. trois listes d’effectifs ont été exploitées. au fil de la guerre. 4. La vie quotidienne et les missions des Volontaires Françaises ont déjà fait l’objet de plusieurs études sur lesquelles il n’y a pas lieu de revenir ici. Journal Officiel de la France Libre.. Pour réaliser celle qui suit. ancien combattant des FFL. op. Sans doute s’agissait-il de contrôler leurs aptitudes physiques tout en leur dispensant une « instruction militaire qui doit tendre à donner aux volontaires françaises le sentiment de la discipline. Cette liste est régulièrement mise à jour . cit. quantitatives et qualitatives sont plus rares2. mais la plupart du temps sous les ordres d’un homme. sont réparties dans d’autres unités ou états-majors mixtes. Voir sur ce sujet Cyril Le Tallec. faute de renseignements sur certain-e-s volontaires. la plus récente date de 1 Décret n° 74 du 16 décembre 1941. elles-mêmes l’ignorent. Elle est loin d’être exhaustive. L'Harmattan. 6 Décret n° 36 du 27 octobre 1941 « portant sur l'organisation du service des Assistantes Sociales ». ainsi que dans le service des assistantes sociales créé par décret le 27 octobre 19416.org/pages/la-memoire/accueil/organismes/liste-des-volontaires-des-forces- francaises-libres. Le nombre de femmes est donc inférieur à la réalité. Fondation Charles de Gaulle. Cette liste recense plus de cinquante-trois mille volontaires des FFL.. Les assistantes sociales dans la tourmente. et Nathalie Genet-Rouffiac et Jean-François Dominé dir. Mais il ne représente que 3 % des femmes des FFL 3 qui. op. 4 FAFL dans la suite du texte. Les Français libres. cit. elles n’en sont pas moins régies par un statut militaire. 3 Jean-François Muracciole. La première a été réalisée par Henri Écochard. Bien que considérées comme des auxiliaires. de l’honneur et de la solidarité sociale de tous les Français »1. 47.

Fondation Charles de Gaulle. ou aux ayants cause de celles qui ont trouvé la mort. homme ou femme. Par « membre des Forces Françaises Libres ». consulté le 14 février 2011. C’est l’instruction ministérielle du 29 juillet 1953 « relative à l'attribution des différents titres reconnaissant les services rendus à la France Libre et dans les Forces Françaises Libres »3. ».circulaires. dans l'une des circonstances suivantes : . 6e bureau)4. Carte d'identité de membre des Forces Françaises Libres : Cette carte est attribuée par le secrétaire d'État à la guerre (direction du personnel militaire de l'armée de terre.novembre 2010. b) Aux personnes qui ont été blessées. il faut comprendre « engagé volontaire. Titres reconnaissant les services rendus à la France Libre ou dans les Forces Françaises Libres : 1. Du 29 juillet 1953. c) Aux agents P2 ou P15 homologués. il existe trois catégories de Français-es combattant-e-s. ce qui exclut toute action occasionnelle hors de son autorité »2. ». . pendant la même période. Le décret n° 366 du 25 juillet 1942 « a pour but de définir les devoirs et obligations et de consacrer les droits des Français combattants en territoires non libérés ou soumis à l'autorité du Gouvernement de Vichy qui reconnaissent comme chef le général de Gaulle » : « Circulaire n° 1368/D/BCRA pour l'application du décret n° 366 du 25 juillet 1942. en ligne. cit. op.. http://www. 2 « Liste des Volontaires des Forces Françaises Libres ». 3 « Instruction n° 21022/SEFAG/EMP relative à l'attribution des différents titres reconnaissant les services rendus à la France libre et dans les Forces Françaises Libres.dans l'accomplissement d'une mission qui leur avait été confiée par une autorité compétente de la France combattante . qui détermine qui sont les Français-es Libres sur le plan juridique et historique : I. consulté le 15 février 2011. qui ont contracté une infirmité.en essayant de rejoindre les Forces Françaises Libres . Circulaire. L'appartenance à ces forces est établie sur le vu des indications portées sur l'état signalétique et des services que l'intéressé doit demander à son bureau de recrutement et produire à l'appui de sa demande de carte d'identité . 5 Selon la circulaire n° 1368/D/BCRA pour l'application du décret n° 366 du 25 juillet 1942. ayant appartenu avant le 1er août 1943 à l'un des réseaux de 1 C’est le 1er août 1943 qu’a eu lieu la fusion des FFL et des forces du Général Giraud. cit. bureau Résistance) » : Instruction n° 21022/SEFAG/EMP.fr/index. sous les ordres du général de Gaulle du 18 juin 1940 au 31 juillet 19431.gouv. mais sans avoir régularisé cet engagement . op. . consulté le 14 février 2010.php?action=afficherCirculaire&hit=1 4 Aujourd'hui attribuée par le « Ministre de la Défense (sous-direction des bureaux du cabinet.après avoir rejoint les Forces Françaises Libres aux fins d'engagement. Circulaires. 87 . a) À tous les militaires ayant fait partie des Forces Françaises Libres entre le 18 juin 1940 et le 31 juillet 1943.

Christine Lévisse-Touzé et Bruno Leroux dir.. Ces catégories sont : . 2006. Enfin. 2-3.. 1999. consacrant la totalité de leur temps au service et se soumettant à une discipline totale. Il s’agit de la « liste des Volontaires Françaises engagées à Londres pour la durée http://www. exemple : un fermier prêtant de temps à autre son champ comme terrain d'atterrissage ou sa maison comme refuge . Dans ces conditions. Vincennes. Elle est le résultat du travail de l’amiral Émile Chaline. Fondé le 24 septembre 1941 par le général de Gaulle. Historique des Forces Navales Française Libres. « Comité national français ». 2006. 4 Émile Chaline et Pierre Santarelli. dir. Dictionnaire historique de la Résistance.. Concrétisé par l’ordonnance du 24 septembre 1941. Paris. 640 p. 88 . 1094 p. en particulier quant au lieu d'emploi et genre d'activité à exercer. 2 Date du débarquement allié en Afrique du Nord. 236-238. renseignements ou d'action affiliés au CNF1. 1992. 2002 (1988).php?action=afficherCirculaire&hit=1. p. Vincennes. Historique des Forces Navales Françaises Libres. et ayant la qualification de « Français libre » . Service Historique de la Marine. elles sont rattachées à l’ensemble des forces françaises de libération.Catégories « P2 » : membres ayant une activité permanente. Vincennes. 463 p. Service Historique de la Marine. Vincennes. 580 p. 3 Instruction n° 21022/SEFAG/EMP.Catégories « P1 » : membres ayant une activité continue sous couvert d'une occupation personnelle dont ils continuent à retirer un profit matériel . . le classement par catégories est le même pour les FFL. Service Historique de la Défense. Ainsi. lui aussi ancien combattant des FFL et co-auteur de l’Historique des Forces Navales Françaises Libres en cinq tomes4. . Cette « liste des marins FNFL » recense quatorze mille quatre cent vingt-cinq marins de la France Libre. La seconde liste provient également de la Fondation Charles de Gaulle.fr/index.Catégories « O » : membres ayant une activité occasionnelle . seules les femmes engagées dans le CVF entre 1940 et le 31 juillet 1943 appartiennent aux FFL. même après le 31 juillet 1943 pour des cas de force majeure tel qu'incarcération consécutive à leur évasion3. la dernière liste fait partie des archives personnelles de Paulette Steudler- Levalleur. qui ont rejoint effectivement une unité des ex-Forces Françaises Libres. Historique des Forces Navales Françaises Libres. op. cent vingt-huit femmes ont été relevées.. tome 4 : la flotte française de la liberté. le CNF est la première étape vers un gouvernement provisoire. tome 1 : 18 juin 1940-3 août 1943. Parmi eux.circulaires. il faut bien faire la distinction entre CVF et FFL. Vincennes. cit. tome 2 : 4 août 1943 . 221 p.gouv. André Bouchi-Lamontagne. la constitution du CNF est souvent comparée à une « Constitution de la France Libre » : Jean-François Muracciole. la Marine marchande FNFL / Marine nationale. p.7 mai 1945. avant le 8 novembre 19422. Service Historique de la Marine.. d) Aux évadés de France occupée ou d'un territoire placé sous contrôle du Gouvernement de fait. Au- delà de cette date. Service Historique de la Marine. Pierre Santarelli. tome 5 : Mémorial.. 1990. Robert Laffont. Bien que celui-ci ne concerne que les Forces Françaises Combattantes (FFC). 1 Comité National Français. tome 3 : Annuaire biographique des officiers des Forces navales françaises libres / Marine nationale.

Elle a servi au Bureau Central de Renseignements et d’Action4 et a été démobilisée en décembre 1945. elle aussi incomplète. 7 C’est le cas entre autres de Jeanne Allamel. Six cent quatorze femmes du CVF y sont recensées pour la période allant du 7 novembre 19402 au 24 avril 19453. entre autres. Ainsi. Le BCRA est la section Française du SOE (Special Operation Executive). Mais elle est. des Combattants Volontaires de la Résistance. Croix du Combattant de la Résistance…etc. Les trois listes ont été croisées afin d’obtenir un panel fiable s’étalant sur toute la durée de la guerre. parmi les cent soixante-cinq femmes qui ont rejoint le CVF. ou Cécile Altheimer.de la guerre plus trois mois »1.toutes les femmes figurant dans les trois listes mais dont plusieurs données ne coïncident pas entre elles . . Particulièrement impliquée dans les associations du souvenir. Médaille Militaire. malheureusement. 3 Date du dernier matricule enregistré. ou qui ont les mêmes noms et prénoms. L’incorporation dans le CVF a duré jusqu’en 1945. c’est parce qu’elles étaient sans doute déjà membres des FFL avant de rejoindre le CVF. du Souvenir français…etc 5. si certaines figurent aussi sur les listes d’Henri Écochard et Émile Chaline. Médaille des Forces Françaises Libres. 89 . Le BCRA est dirigé par André Dewavrin. Enfin. 2 Le premier matricule enregistré est celui de Simone Mathieu (matricule 70. des Médaillés militaires. pour les dates d’engagement des Volontaires Françaises. 6 C’est le cas par exemple de « West épouse Wise » et « West-Wise ». Paulette Steudler-Levalleur s’est engagée dans les FFL en Angleterre en septembre 1941.toutes celles qui apparaissent deux fois parce qu’enregistrées sous leurs noms de jeune fille et d’épouse6. Il n’est donc pas surprenant que quelques membres du CVF figurant sur la liste de Paulette Steudler-Levalleur ne soient pas sur celles établies par Henri Écochard et Émile Chaline qui – conformément à la définition du titre de « Français Libre » – s’arrêtent au 31 juillet 1943. elle est membre. 4 BCRA dans la suite du texte. ce sont celles de la liste matriculaire de Paulette Steudler-Levalleur qui ont été retenues car elles sont plus détaillées 1 Paulette Steudler-Levalleur : courrier du 3 décembre 2009. doublés d’informations de ralliement identiques7 .000).toutes celles dont les informations sont très incomplètes. datée de 1981. à l’âge de vingt ans. Ont été triées et /ou regroupées pour cette analyse : . : courrier du 3 décembre 2009. futur Colonel Passy et a pour mission l’échange de renseignements entre les réseaux de résistance en France et Londres. 5 Et maintes fois décorée : Légion d’Honneur. . et bien d’autres encore. enregistrée avec deux dates de naissance (1 er et/ou 8 février 1901) mais dont les informations géographiques et d’engagement sont les mêmes. pour la période postérieure à cette date.

annexes X à XVI. cit. Évolution des engagements féminins dans les FFL entre juillet 1940 et le 31 juillet 1943 1200 1000 800 600 400 200 0 J A S O N D J F MAM J J A S O N D J F MAM J J A S O N D J F MAM J J 1940 1941 1942 1943 Total mensuel 1 Une quarantaine de dossiers individuels ont été consultés au Bureau Résistance et Seconde Guerre mondiale du SHD pour les comparer avec les renseignements fournis par les listes. et identiques à celles des dossiers conservés au SHD1.. deux mille huit cent quatre-vingt-deux femmes ont été retenues pour étudier la féminisation de l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale. Au total.que dans les listes d’Henri Écochard et Émile Chaline. Fabrice Marti avait déjà procédé à une analyse pour cent soixante-huit dossiers des six cent quatorze femmes du CVF : Fabrice Marti. Françaises en uniforme… op. Deux points seront abordés : l’évolution des engagements féminins dans les FFL entre 1940 et le 31 juillet 1943 et la variation des effectifs matriculaires du CVF entre 1940 et 1945. 90 .

n’auraient que peu d’incidence sur la courbe. 91 . Cependant. date de celui de Simone Mathieu (matricule 70. Si la courbe des engagements annuels est clairement en hausse pour toute la durée de la guerre et sans palier majeur. date de celui de Jin Port (matricule 70. Les bases de données à disposition pour cette étude font toutes apparaître des engagements beaucoup plus nombreux pour les mois de janvier de chaque année et une grande majorité d’entre eux semblent également avoir été contractés le 1er du mois.000 ».596). C’est sans aucun doute l’engouement suscité par le débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 qui explique cette hausse. Parmi ces matricules sont pris en compte ceux d’une vingtaine d’assistantes sociales dont les matricules sont en « 71. Évolution des effectifs matriculaires 1 du CVF entre 1940 et 1945 700 600 500 400 300 200 100 1945 0 11 2 4 6 8 10 12 2 4 6 8 10 12 2 4 6 8 10 12 2 4 6 8 10 12 1940 1941 1942 1943 1944 Effectifs mensuels 1 Il ne s’agit donc pas des effectifs du CVF mais bien des engagements contractés entre le 7 novembre 1940. celles-ci.Ce graphique présente deux données : les ralliements mensuels et les ralliements annuels des femmes aux FFL. L’irrégularité des engagements mensuels peut s’expliquer par le décalage potentiel entre la date effective de l’engagement d’une femme et celle de la validation de son contrat par les autorités. parce que peu nombreuses. celle des engagements mensuels affiche une hausse très nette entre la fin de l’année 1942 et le début de l’année 1943. Ce graphique a été exclusivement réalisé à partir de la « Liste des Volontaires Françaises engagées à Londres pour la durée de la guerre plus trois mois » fournie par Paulette Steudler-Levalleur. Cette nuance a son importance car le graphique ne tient pas compte des pertes éventuelles et des démobilisations survenues avant 1945.000) et le 24 avril 1945.

au moment où la préparation du débarquement nécessite bien entendu un renfort de personnel2.op. 92 . en considérant qu’il y a féminisation lorsque « des femmes entrent modestement et en petit nombre dans des métiers jusque-là monopole masculin »3. Cependant. futures ambulancières de la 2e Division Blindée5. b) Traditions féminines guerrières en mutation : les ambulancières et les infirmières Les infirmières et les ambulancières sont depuis longtemps des figures féminines traditionnelles du temps de guerre. une tradition féminine guerrière. Une deuxième est perceptible un an plus tard entre décembre 1941 et mars 1942.. il est possible d’affirmer que celle de l’armée française a bien débuté pendant la Seconde Guerre mondiale. en mutation pendant la Seconde Guerre mondiale. avec toutes les autres ambulancières des armées de libération de la France. la troisième est visible à partir du printemps 1944. trois augmentations significatives peuvent être analysées. op. cit. 2 Certaines comme Paulette Steudler-Levalleur ont également débarqué avec les troupes alliées au cours de l’été 1944.Ici. Ainsi. Enfin. une conclusion commune se dégage très nettement : celle d’une augmentation constante des effectifs féminins dans les armées de libération de la France. La première se situe au tournant des années 1940 et 1941. Elle s’explique par l’adoption du décret n° 74 du 16 décembre 1941 1 qui vient structurer le CVF et lui donner un cadre juridique. le surnom de « Rochambelles » leur vient des hommes de la 2e Division Blindée. un projet féminin d’une toute autre nature prend forme outre- Atlantique : la constitution du groupe des Rochambelles 4. avec l’avancement de la guerre. 3-4. ce qui est tout à fait logique compte tenu de la récente constitution du CVF. À la lecture des deux graphiques proposés ici. en ligne. Dès lors. cit.. 3 Claude Zaidman. Tandis que le CVF se structure pour devenir un corps militaire à part entière dont les effectifs augmentent régulièrement entre 1940 et 1945 et que le nombre de femmes ralliées aux FFL ne cesse de croître. 5 e 2 DB dans la suite du texte. Elles incarnent. Conformément aux valeurs guerrières qui 1 Décret n° 74 du 16 décembre 1941. « La notion de féminisation… ». L’héritage de la Première Guerre mondiale et de la Croix Rouge est très important à l’heure des premières mobilisations féminines pendant la Seconde Guerre mondiale. l’évolution des effectifs est assez régulière et n’affiche que peu de hausses brutales. les initiatives féminines et les engagements militaires féminins se multiplient. Paulette Steudler-Levalleur : courrier du 3 décembre 2009. p. 4 À l’origine nommé « Groupe Rochambeau ».

listing. 2006. 1994. 382 p. 9-10. n° 191. c’est son grade de général qui sera utilisé ici. Sans doute fait-elle référence à Édith Vézy7. reportages ou ouvrages plus généraux relatifs aux femmes dans la Résistance évoquent les Rochambelles 4. est un récit narratif dans lequel l’auteure rend hommage à leur épopée pendant la Seconde Guerre mondiale.attribuent aux femmes le soin des blessés. C’est au sein de la Maison des Anciens de la 2e DB tenue par des bénévoles que sont conservées de nombreuses archives exclusivement liées au général Leclerc5 et à la 2e DB. Dominique Torrès.. Cette institution possède également tous les témoignages et autobiographies – publiés ou non – d’anciens de la 2e DB y compris des Rochambelles ainsi qu’un fonds qui leur est spécifique6. hommages. Seules deux structures permettent d’en apprendre davantage sur les membres de la 2 e DB. 209 p.. citations. « On les appelait Rochambelles ». op. Béatrix de l’Aulnoit avait publié Les Rochambelles3. the Rochambelles on the WW II Front2.. Issy-les-Moulineaux. 51 min. 2 Ellen Hampton. de la naissance du projet à la Libération de la France. 104-114. J-C Lattès. Elles ont suivi de Gaulle. 6 Mémorial du Maréchal Leclerc – Boîte n° 1 / Rochambelles / Dossier n° 2 – chemise n° 2 : coupures de presse. Mechtild Gilzmer et Stefan Martens dir. un roman retraçant leur épopée. mon ambulance guerrière 2e DB. 3 Béatrix de l’Aulnoit. Suzanne Torrès (future épouse Massu)1 et Zizon Bervialle2. éloges funèbres. Les Rochambelles. Terre Information Magazine. S’ajoutent à ces 1 Cette étude reprend en partie un récent article : Élodie Jauneau. p. L’historiographie des Rochambelles1 est très limitée. les différentes armées françaises de libération ont presque toutes leur contingent d’ambulancières et d’infirmières. p. 7 Édith Vézy. op. Combattantes et de l’Intérieur. dépendant de la Mairie de Paris. France. Les archives les concernant sont éparses et lacunaires. 4 Joseph Muller. le « Bureau Résistance » du SHD. Bernard Édinger. les Rochambelles de la 2e DB font figure d’exception et ont souvent tendance à éclipser toutes les autres dans l’imaginaire guerrier. Palgrave McMillian. photographies…etc. Celui d’Ellen Hampton publié en 2006 Women of Valor. L’amour des dames pour la France. le Mémorial du Maréchal Leclerc. Ellen Hampton ne relève que trois Rochambelles engagées en Europe ayant laissé une trace écrite de leur expérience mais n’en précise pas les auteures.. Muller éditions. L’Harmattan. qui possède tous les dossiers personnels des membres des réseaux. 2004. « Des femmes dans la 2e Division Blindée du Général Leclerc… ». des Forces Françaises Libres. cit. 93 . 5 Élevé au rang de Maréchal de France à titre posthume le 23 août 1952. Les femmes dans la Résistance en France. New York. cit. 256 p. février 2008. Et en 1992. Christine Lévisse-Touzé. Aucun fonds ne leur est dédié au SHD. Paris. Quelques rares ouvrages leur sont exclusivement consacrés. 1992. Paris.. 18 juin 2000. quelques rares articles. Les écrits à caractère autobiographique constituent également des sources essentielles. 256 p. the Rochambelles on the WWII front. France 2. Women of valor. Puis.. Enfin. « Gargamelle ». Tout d’abord. Parmi elles. Qu’Ellen Hampton soit sincèrement remerciée pour toutes ses précisions et ses conseils.

Elle ambitionne de recruter des femmes sur place à New York afin de constituer une unité de conductrices ambulancières dans le but de participer coûte que coûte à la Libération de la France au sein de l’armée française. et Un commandant pas comme les autres. En 1914. Enfin. Souvenirs d’une ambulancière de la 2e DB. Paris. Paris. Quoi qu’il en soit. soit parce que la guerre en Europe les a empêchées de 1 Suzanne Massu. installées aux USA depuis peu (soit pour leurs études. Grasset. Florence Conrad. Marie-Louise Courou Mangin dite « You ». Quand j’étais Rochambelle. dès le début de l’Occupation. 255 p. 1993. Caravane. Paris. a fréquemment rendu hommage aux Rochambelles dans ses colonnes5.. Aucune source ou archive ne mentionne un tel grade militaire pour Florence Conrad. 3 Jacqueline Fournier. Paris. Fayard. tous les ouvrages et toutes les sources relatives aux Rochambelles relatent de façon plus ou moins identique l’histoire de la fondation du Groupe Rochambeau qui ne doit son existence qu’à une seule femme. éditée par l’association des Anciens de la 2e DB depuis quarante ans. op. Elle est née en 1886 et décédée en 1966. elle est une jeune veuve américaine de vingt-huit ans vivant à Paris. p. 1976. 5 Une quinzaine d’articles. Avec le soutien de proches et puissantes ligues féministes. Lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale. Cependant. 6 Rosette Peschaud : notes personnelles non-publiées consultées le 6 avril 2006. Édith Vézy et Suzanne Torrès ont aussi accordé quelques chapitres à leur expérience en Indochine. Florence Conrad repart pour les États-Unis. 7 Pour n’en citer que quelques unes : Jacqueline Fournier dit « Jacotte ». 1969. ce « grade » est avant tout honorifique et symbolique. Elle est nommée « caporal de son régiment et désormais tous les hommes l’appellent ‘Marraine’ »6. elle s’investit en tant qu’infirmière. rien que pour la période 1945-1947. elle acquiert dix-neuf ambulances Dodge. Les femmes dans la Résistance. tels ceux de Jacqueline Fournier 3 ou Rosette Peschaud 4 qui ont déposé leurs souvenirs à la Maison des Anciens de la 2e DB ou qui ont participé à des colloques ou des ouvrages collectifs. la revue Caravane. 128 p.écrits d’autres témoignages. S’attribuant alors quatre galons de commandant. cit. non-publié. 4 Rosette Peschaud. baptisées « Groupe Rochambeau » en hommage au compagnon de La Fayette qui commandait l’armée française lors de la guerre d’indépendance américaine. 231 p. 187-201. Dès le début de la Première Guerre mondiale. 94 . Si c’est la Seconde Guerre mondiale qui occupe la majeure partie de leurs écrits. En 1940. Jacqueline Lambert de Guise-Sarazac. craignant pour sa sécurité en tant que femme d’origine américaine. « Les Rochambelles ». Au volant de Madeleine Bastille. 1971. 2 Zizon Bervialle. son rengagement est immédiat et elle parvient à convaincre l’État-major français de créer des foyers de soldats sur la ligne Maginot. elle parvient à engager quatorze femmes : des Françaises7 pour la plupart. Hélène Fabre.

cit. appartenant au gouvernement de Vichy. Après le débarquement allié du 8 novembre 1942. que Giraud obtient le commandement des troupes. Elle lui affirme que les dix-neuf modèles récents de Dodge ainsi que tout l’équipement des femmes sont déjà financés et qu’elle est fortement soutenue. le fédérateur des forces alliées en présence. « seule de son sexe ». Florence Conrad doit faire preuve de persuasion afin de lui prouver que son projet est viable. c’est grâce à l’amiral Darlan. p. l’Allemagne et/ou la collaboration. p. aux yeux des Américains. p. 17.. Après avoir renié la Révolution Nationale en 1943. 95 . elle recrute Suzanne Torrès pour la seconder. 6 La quasi-totalité des Forces Françaises de l’Intérieur se rallie donc très rapidement au général de Gaulle qui s’impose peu à peu comme seul et unique chef de la France Libre. De plus. les autorités américaines avaient refusé de laisser partir une femme. Leonora Lindsley. de fortes divisions politiques et idéologiques affectent la France Libre entre les partisan-e-s de de Gaulle et celles et ceux de Giraud..rentrer en France) mais aussi quelques Américaines1. future épouse du général Béthouard2. op. contrairement à de Gaulle 6. 3 Alors délégué de la France Libre au Levant.. Si Suzanne Torrès est réticente au projet de Florence Conrad. ainsi que ses lois d’exclusion. Mais alors que ce projet allait aboutir. qui a pris la direction politique de l’AFN et de l’Afrique Occidentale Française. sur le plan financier. Giraud perd peu à peu nombre de ses partisans militaires. Quand j’étais Rochambelle. équipées. Mais sa politique pétainiste et son désir de maintenir en Afrique le régime de Vichy lui attirent une hostilité grandissante. de rejoindre la France Libre. notamment par Minou de Montgomery. sur un transport de troupes : « Il aurait fallu mettre à ma disposition un WC particulier et ce n’était pas possible ! »4 Il semble plus probable que ces mêmes autorités permettront plus facilement à une quinzaine de femmes. La France pendant la Seconde Guerre mondiale. est un fidèle parmi les fidèles au Maréchal Pétain. A l’été 1943. Giraud tarde à reconnaître la légitimité du combat clandestin en France. Ce n’est qu’à la fin de 1941 que la Résistance s’unit autour d’une hostilité commune à Vichy et aux Allemands même si plusieurs courants résistants entretiennent une certaine bienveillance à l’égard du Maréchal Pétain5. c’est sans doute parce qu’elle a déjà tenté de rejoindre la délégation de la France Libre stationnée au Levant sur les conseils d’un proche qui l’avait recommandée auprès du général Catroux3. 4 Suzanne Massu. Ces clivages reposent essentiellement sur la figure de l’ennemi à abattre : Vichy. Mais en continuant d’apporter son soutien à d’anciens ministres pétainistes comme Pierre Pucheu. Darlan. op. prêtes à servir leur pays et transportant avec elles des ambulances. Quand j’étais Rochambelle. 20. qu’à une femme seule. Darlan est assassiné en décembre 1942. 5 Jean-François Muracciole. Giraud lui succède mais poursuit dans sa lignée : le régime de Vichy est maintenu. 2 Suzanne Massu. 388. c’est pourtant le général Giraud qui incarne. toujours à New York. Giraud s’associe à de Gaulle et ils deviennent les présidents du Comité Français de Libération Nationale (CFLN). op. cit. En Afrique française du Nord (AFN dans la suite du texte). cit. En consolidant rapidement sa position de chef de la 1 Par exemple. Mais face au scepticisme de cette dernière.

6 avril 2006. Ce paquetage est le même que celui des hommes et révèle donc clairement l’absence d’anticipation face à un éventuel engagement féminin qui aurait dû nécessiter un équipement féminin. Sa formation repose essentiellement sur la mécanique et une initiation aux premiers secours. autonomes et garantes du bon fonctionnement de leur outil de travail que sont les ambulances. injections. L’enseignement des premiers secours (bandages. Avant de quitter les États-Unis.. changement de roue. s’octroie deux galons de lieutenant. un treillis. Florence Conrad a parfaitement conscience que faire admettre les ambulances et les femmes dans une unité de combat de l’armée française s’annonce très difficile.France Combattante. Quand j’étais Rochambelle. constitue d’une certaine manière la première transgression de genre dans la carrière de ces apprenties futures soldates. op. cit. Suzanne Torrès envisage mal de « débarquer. prise de température) est dispensé par des professionnels de santé d’un hôpital de New York. discipline jusqu’alors – et encore aujourd’hui – traditionnellement masculine. redouble de sévérité et de rigueur 2. 96 . dont la plupart n’ont aucune expérience de la guerre. Le Groupe Rochambeau se constitue donc aux États-Unis en 1942. L’objectif est donc que son groupe de femmes. soit parfaitement formé pour accroître sa crédibilité. 2 Deux traits de caractère qui sont évoqués dans tous les témoignages des Rochambelles. Florence Conrad. étant ouvertement giraudiste. Pour ce faire. en pareille compagnie sur la terre d’Afrique où la cassure. des préservatifs 3 mais aussi des sous-vêtements longs. L’apprentissage de la mécanique (réparation des gicleurs. prenant les fonctions qui lui ont été attribuées par Florence Conrad. Celui-ci quitte alors le Comité Français de Libération Nationale en novembre 1943. 26. Si les autorités américaines s’inquiétaient du manque d’équipements nécessaires aux 1 Suzanne Massu. Florence Conrad. secondée par Suzanne Torrès. p. 3 Rosette Peschaud : entretien. Afin de convaincre l’armée de les enrôler. garrots. entretien quotidien des ambulances). le besoin viscéral de servir sa patrie est plus fort et elle accepte d’adhérer au projet de Florence Conrad qui voit en elle l’adjointe idéale. de Gaulle met peu à peu Giraud à l’écart. Mais. L’équipe s’organise alors et Suzanne Torrès. seule gaulliste. toutes reçoivent leur paquetage : une salopette bleue pour la mécanique. « grade » qu’elle garde pendant toute la guerre. les dissentiments des deux clans sont portés à leur degré maximum… [Elle] se hérisse à la seule idée d’apposer [sa] signature sur un contrat dont le cachet ne comporte pas une croix de Lorraine »1. ces femmes se doivent d’être irréprochables.

au moment où elles arrivent à Casablanca elles n’ont aucune certitude d’être enrôlées et ne savent pas si leur projet va aboutir. C’est ainsi que quelques-unes évoquent encore aujourd’hui. Celui-ci lui propose alors de parler de son projet à la 5e Division de la 1ère Armée dirigée par le général de Lattre de Tassigny et à la 2e DB du général Leclerc. Elles ont suivi de Gaulle. 1 Selon Rosette Peschaud. elles devront donc se comporter comme tels et s’équiper comme eux. tous les témoignages écrits ou oraux des Rochambelles révèlent une admiration sans borne pour Leclerc. Les Rochambelles. La réaction de Leclerc à l’appel de Koenig est sans équivoque : il pense que Koenig plaisante. le Groupe Rochambeau débarque à Casablanca. l’opportunisme peu glorieux dont elles ont fait preuve en prétextant le patriotisme uniquement dans le but de servir des intérêts personnels 1. non sans une certaine amertume. Et il lui répond qu’il n’est pas question d’enrôler des femmes dans une division blindée. l’apprentissage de la discipline et la formation se poursuivent jusqu’au départ pour l’Afrique du Nord mi-septembre 1943. les plans pour la 2 e DB sont loin d’être clairement définis. au Maroc. Quelques jours plus tard. et Dominique Torrès. ce trousseau militaire masculin ne soulève en revanche aucun problème majeur. Pourtant. c’est le cas de Laure et Élisabeth de Breteuil ou Anne de Bourbon Parme : entretien du 6 avril 2006. C’est là toute l’originalité du projet.femmes à bord des transports de troupes. lequel dégage une espèce d’aura mystique et semble exercer – sur elles mais aussi sur l’ensemble de ses hommes – une réelle fascination. cit. L’entraînement. A la fin de l’année 1943. la 2e DB est en formation à Rabat. Mais Florence Conrad insiste pour que ce soit celle de Leclerc. Certaines révèlent que leur engagement n’avait d’autre but que celui de rejoindre un proche en Afrique du Nord. Rapidement. Et si ces femmes veulent servir comme des hommes. Florence Conrad contacte le général Koenig à Alger pour lui faire part de ses ambitions. 97 . si la 5e Division de de Lattre est assurée d’envahir l’Europe par l’Italie. à l’automne 1943. L’objectif de Florence Conrad est clair mais s’annonce ardu : convaincre les généraux Koenig et Leclerc d’enrôler dans la 2 e DB le Groupe Rochambeau. plusieurs d’entre elles doutent et quittent le groupe. L’engagement des femmes dans l’armée et les différents appels que la France Libre a lancés à ce sujet sont clairs : les femmes qui s’engagent le font pour libérer un combattant. Effectivement. op. Dans ces conditions. Car. la particularité de ce groupe de femmes patriotes est de s’être imposé aux autorités militaires. D’autres encore sont affectées comme infirmières à l’hôpital de la 2e DB. En effet. ne sont donc toujours pas sûres de partir.

Mais cela n’inclut évidemment pas la sphère du combat. les propos de Chauliac s’inscrivent dans la tradition des préjugés concernant toutes les femmes qui signent un engagement dans l’armée. il exige de les voir à l’exercice afin. assoiffées de sang ou encore en conflit avec leur nature féminine profonde. le capitaine Ceccaldi est catégoriquement opposé à cet engagement féminin et c’est sous la contrainte qu’il subit leur affectation dans son bataillon médical3. Leclerc accepte les ambulances mais refuse l’enrôlement des femmes. Ce bizutage est. Elles redoublent donc de sévérité et de rigueur tandis que leurs supérieurs 1 Lieutenant adjoint du commandant du 13e Bataillon Médical de la 3e Compagnie. elles marchent au pas. 4 Rosette Peschaud : entretien. elles ne sont pas épargnées par les rites militaires et doivent sans cesse se surpasser pour prouver leur aptitude à la fonction qu’elles entendent occuper. la France Libre a accéléré en 1943 sa campagne en faveur du recrutement féminin appelant les Françaises à s’engager afin de permettre à tout homme capable de combattre d’être libéré des tâches qu’une femme peut accomplir. cit. d’autres soldats émettent des réserves quant à cet enrôlement qu’ils vivent comme une invasion du féminin. […] Leclerc was afraid they would complicate things. face à la persévérance de Florence Conrad. nécessaire pour justifier leur légitimité dans un combat qui n’est pas le leur. p. Tous les jours. selon Florence Conrad et Suzanne Torrès. mais en pratique. les femmes dans ses rangs. Il sera d’ailleurs toujours plus sévère avec elles qu’avec ses hommes.. 29. de confirmer sa position. 30. Leclerc émet des réserves : il accepte de les engager mais décide qu’elles n’iront pas au-delà de Paris. « par principe ». prouver la crédibilité du groupe et surtout sa raison d’être intégré au sein d’une division blindée. there will be trouble.non pour combattre elles-mêmes. En effet. les seuls postes auxquels elles peuvent prétendre sont ceux qui ne dénaturent pas leur sexe. p. En cela. » 3 Id. plus que jamais. Toujours épiées. Women of valor. pense-t-il. 6 avril 2006. Après avoir fait leurs preuves face à Leclerc. en théorie. le lieutenant Chauliac1 affirma qu’il considérait au début que les femmes étaient cause de problèmes et de discordes au sein des troupes masculines: « Mettez trois cents hommes avec dix femmes et il y aura des problèmes […] Leclerc craignait que [leur présence] ne complique les choses2 ». Finalement. accusées d’être des femmes de petite vertu. Texte original : « When you put 300 men with 10 women. op. Il apparaît donc clairement que l’armée accepte. Et. défilent et s’adonnent à la gymnastique « devant des hommes hilares »4. du feu et de la violence. Néanmoins. 2 Ellen Hampton. Dans la Division Leclerc. 98 . elles sont enfin acceptées au sein de la 2 e DB. Aux côtés de Leclerc et Chauliac. Pendant une interview accordée à Ellen Hampton. surveillées et jugées.. Florence Conrad doit donc.

Le 1er août 1944.masculins guettent le moindre faux-pas. étape nécessaire pour que la 2e DB rejoigne les Forces Alliées qui préparent le débarquement en Normandie. L’unité du groupe est ainsi rapidement mise à rude épreuve puisqu’elles sont séparées dès leurs premières affectations. À la fin de la Seconde Guerre mondiale. 6 Cargo de facture américaine. C’est le 4 août 1944 qu’elles embarquent à bord d’un liberty ship6. En mai 1944. une partie de la 2e DB. 4 BM 13 ou 13e BM. 3 Entre autres : Rosette Peschaud. dépendant directement du Service de Santé de la 2 e DB. alors que les membres de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre2 se comptent par milliers. incorporée à la 3e Armée du général Patton débarque en Normandie. le départ pour la France s’effectue par Mers el-Kébir en direction de l’Angleterre. le Maroc symbolise pour elles la naissance d’une franche camaraderie avec les hommes de la Division qui les surnomment rapidement « Rochambelles ». 6 avril 2006. Rosette Peschaud : entretien. découvrent l’obéissance « sans poser de questions »1. La grande majorité des Rochambelles est affectée au 13e Bataillon Médical de la 1ère Compagnie 4 dirigée par le médecin-capitaine Ceccaldi. Les Rochambelles. 99 . Anne-Marie Davion…etc. en bons soldats. Elles doivent donc apprendre à travailler avec les éléments les plus réticents à leur présence. Paule Debelle. Le séjour en Angleterre dure quatre mois dans l’attente quotidienne de l’annonce du départ pour la France. Le recrutement se poursuit au Maroc3 (notamment pour remplacer celles qui viennent de quitter le groupe) sous le contrôle de Suzanne Torrès. de mécanique et elles défilent régulièrement devant les populations anglaises. suivie des Rochambelles quelques jours plus tard. elles mènent une vie de manœuvre jalonnée d’entraînement. Là. 5 501e RCC. 30 mars 2006. Quelques-unes sont affectées ailleurs comme Rosette Peschaud et Édith Vézy qui rejoignent le 501e Régiment de Chars de Combat 5. les Rochambelles sont les seules femmes à s’être constituées comme un groupe à part entière assigné à une unité de combat sur le front européen. Raymonde Jeanmougin. 6 avril 2006 et Édith Vézy : entretien. Cette célèbre photographie des Rochambelles dans l’attente et en file indienne a été exploitée dans tous les travaux consacrés aux femmes dans la guerre : 1 Rosette Peschaud : entretien. Néanmoins. 2 AFAT dans la suite du texte.

Cette première épreuve est donc une victoire en demi-teinte pour les Rochambelles mais celles qui décident de rester. C’est en débarquant à Utah Beach qu’elles découvrent la guerre et l’épreuve du feu. ce sont Florence Conrad « commandant » et Suzanne Torrès « lieutenant » qui sont en tête. il s’agit de la seule photographie sur laquelle l’uniforme « de combat » soit si bien visible : casque. malgré le scepticisme masculin des premiers jours sur le sol normand : « Elles sont là avec leurs salopettes élégantes mais quand il s’agira de nous sauver. Elles essuient leurs premières explosions en pleine nuit et leurs premières évacuations : « c’était la première fois que nous voyions le feu et que nous entendions le feu […] comment allions-nous réagir face au danger ? »1 Pour Rosette Peschaud. 2 Id. Avant d’embarquer sur le liberty ship à Southampton : Florence Conrad en tête. uniforme. D’abord. ne quitteront plus la Division et ne décevront jamais. Raymonde Brindjonc-Jeanmougin. Bien entendu. les Rochambelles sont équipées comme des hommes prêts pour le front. 6 avril 2006. Biquette Ragache. Conformément au paquetage qu’elles sont reçu. 100 . suivie de Suzanne Torrès. l’ordre dans lequel les Rochambelles « patientent » : alors qu’elles sont en rang par ordre alphabétique. Jacqueline Fournier. la mise en scène de cette photographie est évidente mais elle est néanmoins intéressante pour deux raisons. elles se posent malgré tout en chefs de troupe. guêtres…etc. qui ? Qui va nous ramasser ? »2 1 Rosette Peschaud : entretien. Même Florence Conrad ne se sent plus capable d’assumer son rôle de chef et elle délègue de plus en plus à Suzanne Torrès. se poser une telle question est une preuve de sang-froid mais quelques Rochambelles terrorisées quittent la Division – sous différents prétextes. Bien que leurs grades soient purement fictifs. Ensuite. Anne-Marie Davion.

Elles sont quelques-unes à quitter la Division à Paris pour de « beaux lieutenants »4. rejoignent le groupe. 101 . D’autres se voient attribuer de nouvelles missions. L’arrivée à Paris est triomphale. La première d’entre elles est blessée. tant la présence féminine dans l’armée française est loin d’être acquise. C’est ainsi qu’Édith Vézy et Micheline Grimprel rejoignent les Spahis Marocains 3. C’est le cas par exemple de Florence Conrad à qui le général Leclerc demande de prendre en charge les blessés au Val- de-Grâce. 6 avril 2006. De nouveau. doit maintenant se séparer des Rochambelles. leur fidélité à la 2e DB reste sans faille. s’il respecte sa décision initiale. elles passent. pendant l’avancée vers l’Allemagne. après lui avoir attribué la Légion d’Honneur. les affectations changent et c’est ainsi que Crapette Demay5 et Jacqueline Fournier rejoignent Rosette Peschaud et Édith Vézy au 501e RCC. ramassant les blessés. Polly Wordsmith. 2 Suzanne Massu. 4 Rosette Peschaud : entretien. Marianne Duvernet…etc. Convaincu qu’elles sont indispensables. Débute alors la deuxième vague de recrutement des Rochambelles. Afin d’éviter que toutes les Rochambelles ne soient exposées aux mêmes dangers au même moment. leur apportant les premiers soins et les évacuant toujours rapidement vers les hôpitaux. une Américaine engagée en Angleterre2. les Rochambelles ne peuvent donc plus être exclusivement affectées au BM 13. 5 Ou Gabrielle Demay. Les Rochambelles suivent donc la 2e DB sans aucune information précise. Elles poursuivent leur avancée jusqu’à Paris entre les chars. Quoi qu’il en soit. moins elles en savent mieux c’est. Dès les premiers jours en Normandie. p. Jugées de plus en plus indispensables par leurs supérieurs. l’heure du renvoi a sonné car Leclerc. Quand j’étais Rochambelle. comme des bleues 1. op. Comme pour l’ensemble des troupes. cit. Le 7 janvier 1944. Suzanne Torrès reçoit les vœux de Leclerc : 1 Expression désignant des éléments nouvellement incorporés et souvent inexpérimentés. en France cette fois-ci : Berthe Brunet. elles sont de plus en plus dispersées au sein de la Division. 3 er 1 RMSM : Régiment de Marche des Spahis Marocains appartenant aux blindés de reconnaissance. 128. il décide de les « garder » jusqu’en Allemagne. Mais ces Françaises en uniforme sont systématiquement confondues avec des Américaines ou des Anglaises par les Parisiens et les Parisiennes. leur baptême du feu sous les bombardements allemands.. Jeanne Challier. Suzanne Torrès doit néanmoins combler le vide laissé par celles qui ont quitté l’aventure à Paris. mais dans l’ensemble. C’est sans compter sur le courage et la vaillance dont elles ont fait preuve et qui ont contraint Leclerc à se rendre à l’évidence.

Hachette Littératures. d’abord édité en 1984 sous le titre Cornettes et blouses blanches. op. Les années 1942-1943 marquent un véritable tournant pour le recrutement des femmes dans l’armée. Le Corps Expéditionnaire Français 5 qui se met en place sous les ordres du général Juin regroupe de nombreuses divisions qui comptent dans leurs rangs autant d’ambulancières et d’infirmières. Si l’historiographie des infirmières est importante et particulièrement renouvelée grâce au travail d’Yvonne Knibiehler 4. Odile Dupont-Hess et Yolande Tastayre. Mon lieutenant ou chère Madame. pour insister sur l’attitude au feu. Histoire des infirmières en France au XXe siècle. Je passe sur toutes les qualités de dévouement que nous connaissions avant le premier coup de fusil. loin s’en faut. Bonne année. toutes celles qui le méritent.. Paris. p. celle des ambulancières pendant la Seconde Guerre mondiale se heurte aux mêmes obstacles que celle des Rochambelles. p. ce fut une bonne affaire !2 » Cette lettre met en évidence les liens qui unissent les soldats de la 2 e DB. cit. tous sexes confondus. 366 p. 3 Point qui sera abordé un peu plus loin. le cantonnement des Rochambelles se situe sur une péniche sur le Bou Regreg. Elle fait aussi tomber les préjugés dont les Rochambelles avaient été victimes dès le Maroc et le scepticisme des hommes lors de leur baptême du feu. Je sais que pendant ce temps Madame Conrad est la Providence de nos blessés. en collaboration avec Véronique Leroux-Hugon. Enfin. Veuillez leur dire de ma part. et votre général ne regrette pas son affaire de la Péniche 1. comme les Rochambelles. Le débarquement allié du 8 novembre 1942 doublé d’une libération progressive de l’Afrique du Nord en 1943 entraîne une augmentation des engagements féminins dans l’armée. pour citations. 4 Yvonne Knibiehler. Les Rochambelles ne sont pas les seules ambulancières des armées de libération. Parmi 1 À Rabat. 2 Suzanne Massu. le grade officieux de Suzanne Torrès est devenu officiel mais le « lieutenant » n’en reste pas moins une femme et l’expression de Leclerc à ce sujet est également très significatrice de la persistance des barrières de genre dans le langage militaire3. les deux fonctions. cumulant bien souvent. 102 . 2008. 206. Le ton peu formel de Leclerc révèle également cette fraternité qui règne au sein de la Division et qui existe encore aujourd’hui parmi les Ancien-ne-s de la 2e DB. Nombreux sont les combattants qui m’ont déclaré « tirer leur chapeau » devant l’attitude de vos ambulancières. Je profite de votre lettre pour vous exprimer ce que le Groupe « Rochambeau » représente dans la Division. Hachette. Paris.. et n’hésitez pas à proposer. on les aura. Quand j’étais Rochambelle. 5 CEF dans la suite du texte. 239-243.

C’est le cas de la 2e section d’ambulancières du 25 e BM de la 9e DIC dirigée par le lieutenant Suzanne Rouquette. Comme pour les Rochambelles. la 4e Division Marocaine de Montagne 1 du général Sevez. 4 Solange Cuvillier. Elles participent au débarquement en Provence à partir du 15 août 1944 puis à l’avancée progressive vers l’Allemagne. Les ambulancières du CEF en Italie s’illustrent quant à elles à Monte Cassino début 1944. 14-15.elles. Tribulations d’une femme dans l’Armée française. 190 p. Elle dépend en fait de la 1ère Armée Française du général de Lattre de Tassigny. Leur formation est identique à celle des Rochambelles : Les classes sont dures. les quarante lits des deux dortoirs faits « au carré » dans les temps impartis. Dans son journal de marche qu’elle publie en 19785. 1978. La libération de l’Afrique du Nord s’accompagne de la création d’écoles d’ambulancières secouristes et le recrutement commence immédiatement. Comité des traditions des troupes de Marine. […] En fin de stage : exercices de camouflage de nos véhicules sur les dunes de Sidi Abderrahmane sous le feu réel des mitrailleuses « pour bien nous mettre dans le bain ». Dans les mêmes conditions que les Rochambelles. 5 Suzanne Lefort-Rouquette. gymnastique obligatoire – là n’est pas question de dispense – cours de conduite. Ou le patriotisme écorché. 9 DIC dans la suite du texte. Parallèlement nous suivons des cours de secourisme4. comme les Rochambelles. Calinot chez les ambulancières de la 9e DIC. Paris. intègrent progressivement leurs bataillons médicaux. Elles sont ainsi plusieurs centaines à rejoindre les rangs de l’armée dès 1943. Lettres du Monde. d’entretien des moteurs. 1991. La 9e DIC n’est pas directement rattachée au CEF mais œuvre de concert avec lui 3 e dans la libération du Bassin méditerranéen. Suzanne Rouquette relate ainsi les évènements : 1 DMM dans la suite du texte 2 DIM dans la suite du texte. 103 . des sections d’ambulancières se constituent sur place en Algérie avant d’être affectées à une Division en partance pour l’Europe du sud. marches de nuit de vingt kilomètres sans avertissement préalable avec port du masque à gaz. très dures : réveillées au son du clairon dès 6 heures. de mécanique. l’intégration des femmes ne se fait pas sans difficultés. la 2e Division d’Infanterie Marocaine2 du général Dody ou encore la 9e Division d’Infanterie Coloniale 3 du général Magnan sont autant de viviers d’ambulancières et d’infirmières qui. Paris. étude des astres…[…] qui nous « permettra de nous repérer si nous tombons dans les lignes ennemies » ! […] Nos moniteurs ne nous ont pas ménagées. p.

elles ont fait la preuve de leur conduite. cit. « chaufferettes ». p. sans me déranger. elles sont trente conductrices de quinze ambulances. Les témoignages des ambulancières sont unanimes sur les obstacles qu’elles doivent affronter pour se faire accepter parmi les hommes. : autant de termes peu glorieux pour désigner ces femmes qui rejoignent l’armée et dont la fiabilité et les compétences sont régulièrement remises en cause. 2 Suzanne Lefort-Rouquette. car tu n’ignores absolument pas – et les statistiques le démontrent – que leur pourcentage d’accidents est moins élevé que le nôtre. Cet ouvrage fait l’objet d’une analyse un peu plus loin. Et comme pour les Rochambelles. ou avoue que tu es misogyne. mais vous vous représentez la présence de 30 pépées au milieu de gars sevrés de femmes depuis longtemps. Des Saintes Blandines chez les fauves… avec toutes sortes de combines pas catholiques pour nous refiler le sale boulot. Alors sois honnête. 13-14. La pagaïe au Bataillon. singe-t-il. et notre orgueil de mâle bien déçu…2 « Bouzilleuses ». leurs effectifs ne cessent d’augmenter au rythme des opérations de libération. à cette 1 Nom donné aux ambulancières par les combattants du CEF. Calinot… op. que ce n’est pas de pot. serais-tu contre ? – Avouez mon lieutenant. qu’elles nous valent sur le plan travail . ronchonne le garçon. – Calinot. Laisse donc ta Sainte Blandine à ses prières et ne te prends pas pour un lion. de leur courage. un autre extrait du journal de marche de Suzanne Rouquette. L’évènement est ainsi romancé par l’auteure. ni même pour un don Juan . de bien vouloir déplacer votre voiture ? Cet emplacement m’est attribué. – Bon. Ci-dessous. 104 . des chaufferettes1. la résistance de leurs vertus te préoccupe autant que celle de leurs moteurs. Aux premières heures de leur affectation. Nous pouvons nous attendre à « souffrir » avec ces bouzilleuses. en Tunisie ou en Italie. nous aussi. jeune ascète. admettons mon lieutenant. » Vous croyez ? Que je réponds. – On en parle sérieusement. tes bouzilleuses pourraient être plus sérieuses que tu ne le penses. « pépées »…etc. Martial. on va toucher des pépées… […] – Alors. « Voulez-vous être assez aimable. c’est fait mon lieutenant. Adieu notre matériel neuf… – Tu es sciemment injuste. – En somme. qui n’est pas sans rappeler les témoignages des Rochambelles : – Le camp pue la gonzesse : j’ai déjà dû rappeler à l’ordre une grande bringue d’aspirante qui prétendait garer sa voiture sur la place de ma jeep.. nous touchons. Monsieur. Par ailleurs.

Enfin. comme pour les Volontaires ou les Rochambelles. des caleçons longs et des bottes coquées. il n’en est pas de même pour les autres pays. Tribulations… op. cit. Le premier est un reportage du sergent Ralph G. mais elle ne perd rien pour attendre. Elle ne sait donc pas que je me gare où je veux cette pimbêche ? Alors quoi ? – Tu l’as laissé ta jeep ? – Ben non […] Elle m’a eu par surprise la garce. 4 Solange Cuvillier. 19. tu t’es laissé posséder dès le 1er jour. J’pouvais pas lui voler dans les plumes. p. Elles étaient dans une petite chambre à l’étroit dans une ferme italienne humide et où l’ail pendait encore du plafond. Si l’armée française peine à intégrer les femmes. Martin paru dans Yank. Suivant la 5e armée pendant la campagne d’Italie. révélant encore une fois le poids des valeurs de genre. 105 . l’auteur de l’article relate sa rencontre avec les ambulancières françaises : Ces 24 ambulancières françaises étaient loin de Paris. 17-18. le « Serge Lifar2 ».. godillots et leggings de l’armée française4. cette figure féminine était censée remonter le moral des troupes. treillis. Exclusivement rédigé par des militaires et pour eux. cette unité féminine de l’armée américaine était à l’origine une armée auxiliaire (Women’s Army Auxiliary Corps). leur paquetage et leur équipement sont fournis par les armées alliées. il était destiné aux soldats servant hors des États-Unis. C’est en 1943 qu’elle est convertie en armée féminine. Célèbre pour les pin-up qu’il faisait souvent figurer en couverture de chaque magazine. cit. puisqu’elle me « causait » poliment1. Tiré à plus de deux millions d’exemplaires. the Army Weekly5 le 31 mars 1944. Calinot… op.. Voir le chapitre IV sur les femmes dans les armées étrangères. deux articles sur les ambulancières françaises paraissent dans la presse américaine. Une partie du paquetage US des WAC3 s’ajoutera aux canadiennes. 2 Sorte de maillot de corps moulant qui tient son nom du danseur russe Serge Lifar (1905-1986). À nouveau. En 1944. – Possédé ? Je voudrais bien vous y voir face à cette duchesse. 3 Women’s Army Corps. 1 Suzanne Lefort-Rouquette. – Si nous comprenons bien. Marie-Chantal. pour un métier d’homme : Que d’éclats de rire à la découverte du paquetage individuel ! L’intendance américaine n’avait pas fait la différence. […] Nous eûmes le temps de nous familiariser avec notre matériel et d’ajuster nos uniformes. les femmes sont équipées comme des hommes. descendait jusqu’au mollets. Nous nagions dans un équipement masculin : le caleçon long nous montait jusqu’au cou alors que le tricot de corps. sa diffusion cessa en 1945. p. 5 Hebdomadaire publié par les forces armées américaines pendant la Seconde Guerre mondiale. Créée en 1942. Et elles ne portaient pas de robe du soir mais la tenue des GI.

elles doivent toujours faire vite car les blessés attendent. 5. elles sont devenues très proches. Elles essaient de contourner les trous d’obus. Quelques-unes d’entre elles étaient déjà infirmières en France et en Amérique du Nord avant de devenir ambulancières. il y a trois ambulances et deux filles dans chacune d’elles. Maintenant. French Ambulance Girls in Italy Dream of Paris ». Elles ont passé deux mois dans la saleté à tout apprendre sur les voitures et plusieurs mois dans la propreté à tout apprendre du métier d’infirmière. p. Dans le noir total. d’étudiantes en beaux-arts à agricultrice1. 555. leur épluchant des oranges. elles sont propres et nous n’avons jamais eu d’accident. Et nos ambulances. publie en 1981 1 Traduction personnelle de Ralph G. et que nous serions incapables de supporter la sale vie de guerre. remplis d’eau. les 12 ambulances en même temps sont sur les routes. L’article est accompagné d’une photographie illustrant un soldat « galant » en train d’aider une ambulancière qui tricote. lui-même ancien combattant. Les deux filles dans chaque ambulance tournent : pendant que l’une conduit. » Chaque jour et chaque nuit. 106 . leur injectant de la morphine s’ils en ont besoin. Yank. les pertes humaines sont importantes. elles tiennent bons et poussent les roues. Ils ont dit que nous allions détruire nos engins et nous perdre. Martin. C’est dur au début. Les autres filles dans d’autres ambulances. 31 mars 1944. « When Going is Tough. pour ramasser les blessés et les ramener au point de rassemblement. faisant 20 miles aller- retour jusqu’à la ligne de front. Et quand pendant une bataille. dit Renée. leur parlant. à moins d’un kilomètre des combats réels. les ambulancières doivent deviner leur chemin. « Mais nous la supportons. les soldats ne se moquent plus. les soldats se sont moqués de nous ». Cette représentation très réductrice des femmes au front est hélas assez fréquente puisque Jacques Robichon. […] En plus d’un an. et quand les engins se retrouvent embourbés dans la boue. l’autre est à l’arrière avec les patients – leur prodiguant des cigarettes ou de l’eau. acheminent les blessés vers les hôpitaux de campagne. the Army Weekly. mais nous tenons le coup. Et si un pneu crève sous une pluie torrentielle. Texte reproduit dans son intégralité en annexe p. « Quand nous sommes arrivées ici la première fois. mais la plupart sont simplement des Françaises comme les autres. et nous sommes terrorisées quand nous sommes bombardées et quand nous voyons des soldats mourir dans nos bras.

en fait l’un des plus réalistes de cette épopée. une exposition est organisée.un cliché identique dans son ouvrage sur le CEF en Italie 1 : Cliché de Yank. the Army Weekly Cliché de l’ouvrage de Jacques Robichon Le 11 mai 1988. 107 . un deuxième article paraît en août 1944 dans Life Magazine5. 3 Solange Cuvillier. particulièrement novateur pour ses reportages photographiques présents dès les premiers numéros du magazine. Il 1 Jacques Robichon. p. alliée à un style poétique imagé. » Force est de constater que – même si certains anciens combattants ne manquent jamais de rendre hommage aux ambulancières plusieurs années après les faits – la représentation que d’autres en ont sur le terrain reste très traditionnelle et attachée aux valeurs féminines classiques : les ambulancières. 2 Bataille qui fait suite à la percée des Monts Aurunci en mai 1944. Comment ! Est-ce la seule image que l’auteur de ce cliché ait voulu donner du rôle des conductrices dans cette terrible campagne de guerre ? Décidément. 1981. 1943-1944. 398. 5 Hebdomadaire (jusqu’en 1972) américain fondé en 1936. cit. dirigée par le général Juin et qui vise à franchir la ligne Gustav pour accéder à la ville de Rome. Les Français en Italie. cette deuxième photographie suscite la colère de Solange Cuvillier. Dans la même logique. Tribulations… op. Le Corps Expéditionnaire Français de Naples à Sienne. bien que militaires. qui. Paris. au cours d’une cérémonie commémorant la bataille du Garigliano 2. ancienne ambulancière du CEF : Quelle ne fut pas surprise de découvrir une ambulancière en train de tricoter sur le marchepied de son véhicule. je n’ai pas fini de parler de misogynie dans ce récit 3 ! Il est navrant que cette « image » ait paru dans l’ouvrage d’un historien combattant souvent cité4. sont des femmes avant tout. Presses de la Cité.. 4 Jacques Robichon. dans une fresque remarquable de véracité. Parmi les nombreuses pièces exposées.

p. 2 « Infirmière française caressant un chiot. Et elles sont d’autant plus intéressantes que ce sont les seuls clichés colorisés de la Seconde Guerre mondiale représentant des ambulancières françaises : 2 3 1 1 Solange Cuvillier. 14 août 1944. ibid. Elle était sur le point de traiter des hommes blessés en conduisant sur la ligne Hitler ». 57. ‘seules femmes au front’ »1. Life Magazine.est accompagné d’une série de clichés réalisés par « une équipe de reporters américains autorisés à faire un scoop sur les ambulancières françaises. p. Tribulations… op. 108 . Ces photographies ont été prises après la chute d’Esperia en mai 1944. cit. 3 « Les protections auditives en cuir de cette infirmière sont un équipement français standard. Les troupes avaient aussi bien des médecins français que des infirmières ».. pendant un arrêt le long de la route. 30.

175.Rennes II. 1972. La Pensée Universelle.. du nom de leur fondateur. Tribulations… op. pendant la seconde guerre mondiale (période de 1942 à 1945). c’est en Italie. 110 p. 3 Id. id. LAU. « De Tunis à l'Italie : le parcours d'une ‘Merlinette’ ». Tandis que le baptême du feu des Rochambelles se fait en Normandie.. 19. p.. Paulette Vuillaume. douces : les ambulancières incarnent davantage l’idéal féminin de la beauté que celui de la guerre. 2000. Pourtant. c) Les Transmissions et les Services Féminins de la Flotte6 Malgré deux mémoires universitaires soutenus au début des années 2000 7. « Adieu féminité ! »2 comme se plaît à le souligner Solange Cuvillier. mémoire de maîtrise sous la direction de Luc Capdevila. souriantes. « route de la mort » (surnom donné par les combattants du secteur) alors qu’elle tentait avec sa coéquipière de mettre à l’abri des blessés 4. L’exemple des Merlinettes. mémoire de maîtrise sous la direction de Luc Capdevila. 7 Hélène Martin. les Merlinettes – 60 ans après. p. 24 5 Suzanne Lefort-Rouquette. 1942-2002. Matricule 1124. Calinot… op. Paroles de femmes. CRHISCO . 2001. 6 C’est le pluriel qui sera privilégié ici conformément à la plupart des sources qui en font mention. à Monte Cassino et dans « l’enfer d’Esperia »3 que les ambulancières du CEF côtoient la mort. mais l’essentiel des sources est conservé à l’Espace Ferrié. Le Pradet. 2002. p. cit. Quelques-unes d’entre elles ont publié leurs témoignages9. Les volontaires françaises pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Apprêtées. Les femmes militaires engagées dans la Seconde Guerre mondiale sont également présentes dans d’autres armes. 2 Solange Cuvillier. p. la première d’entre elles tombe sous un tir de mortiers sur la route de San Elia.. ce sont les combats en Alsace qui causent la mort de Denise Ferrier. 58. 8 Rapidement surnommées « Merlinettes ». mortellement blessée le 24 janvier 19455. tous les témoignages lus ou recueillis pour ce travail sont unanimes : les affres de la guerre ne laissaient guère le temps à des préoccupations d’esthétique et de confort. Les Merlinettes. coiffées. Quant aux ambulancières de la 9e DIC. 181 p. mais qui répond lui aussi à un besoin grandissant en personnel dont le recrutement s’accélère encore une fois entre 1942 et 1943 en Afrique du Nord.Rennes II.. certes moins important. Paris.Au-delà de l’intérêt historique de ces clichés colorisés qui permettent une description parfaite des uniformes et de l’équipement des ambulancières. Mireille Hui. 1 « Trois jolies infirmières françaises apprêtées sont assises à côté de leur ambulance. CRHISCO . cit. Bulletin de l'Association Nationale du 109 . maquillées. Le 5 février 1944. 35. la mise en scène correspond également aux attentes du photographe masculin. Toutes ces filles étaient en Afrique du Nord quand les Allemands sont entrés en France ».. et Jihane Ez-Zafir. p. 4 Id. l’historiographie des transmissionistes féminines 8 est quasi-nulle. Les Transmissions et la Marine comptent elles aussi un contingent féminin.. 60 p. 131 p.. 9 Edda Bellew.

témoignages. voire des zones de combat. 110 . appartenant au 15e BM. Cependant. cit. Oran. Les femmes dans l’arme des transmissions. vous n’y pensez pas ! Quelle réputation ! »6 Une fois recrutées. soit en formation pendant trois mois maximum dans un des nombreux centres7 situés en Afrique du Nord8. les soumettre à la vie et à la discipline militaire des casernes.. la hiérarchie des engagées du CFT n’a absolument rien à voir avec celle du CVF qui est calquée sur celle des hommes : Souvenir de l'Armée d'Afrique. 37-42. 3 CFT dans la suite du texte. 4. Landau. Dachau jusqu'en 1946. sert à Spire. Bulletin de liaison du CEFI. p. engagée volontaire au Maroc à dix-huit ans. Tunis. Alors commandant des Transmissions des armées de terre. infirmière pendant le passage du Rhin. Imprimerie Imbert. 6 Mireille Hui. p. op. Les Merlinettes. articles de presse. cit. 5 Lucien Merlin (général de division). n° 159. 1 Espace Ferrié – Série 4A – Mémorial Merlinettes – BA N° 1 / Livres – Revues – Brochures – Articles de presse – Mémoires / Coupures de presse.Musée des Transmissions.. Rabat. 7 Alger. 8 Lucien Merlin (général de division). vêtir les jeunes femmes d’un uniforme. Constantine. Le fonctionnement et l’organisation du CFT est très proche de ceux du CVF. BA N° 2 / Photos – CD-Rom – DVD / brochures photos. op. 4 Lucien Merlin (général de division). soit immédiatement opérationnelles et affectées à leur poste. des camps. p. mais aussi de rassurer leurs familles qui s’effarouchaient de voir leur fille rejoindre le CFT 5 : « dans l’Afrique du Nord de 1942. les transmissionistes sont. Plaque d'identité américaine de Madame Hui qu'elle portait en Italie au Débarquement de Provence. 1996. transparents. dans la banlieue de Rennes 1. cit. 24. p. 1940-1945. participa au Débarquement de Provence. effrayaient bien des familles : ‘Ma fille. [1945-1946]. p. lettres. Photographies. le général Merlin s’entoure de trois personnes : le lieutenant-colonel Brygoo. janvier 2004. air et mer. Le rôle de cette dernière était de recruter les volontaires tout en s’assurant de leurs bonnes mœurs par des enquêtes de moralité approfondies. épouse Druinot. Afin de surmonter les difficultés « dans cette AFN presqu’entièrement vidée des 4/5 e de ses ressources de la vie courante d’avant-guerre »4. Les femmes dans l’arme des transmissions. le capitaine Cot et une femme : Madame Trabut.. multimédia. BA N° 3 / Témoignages – Articles divers / souvenirs Mémoires. 1947. 11. et « Les premières femmes françaises dans l'Armée au Corps Expéditionnaire Français en Italie ». Alger. Casablanca et Fès. C’est en 1942 que le général Merlin crée l’Arme des Transmissions dans le but de combler les déficits en personnels engendrés par les campagnes d’Italie et de France. op. À cela s’ajoute un fonds du Centre d’Histoire et d’Études des Troupes d’Outre-Mer de Fréjus2. n° 34. 4. le général Merlin fonde le 20 novembre 1942 le Corps Féminin des Transmissions 3 qui regroupe rapidement deux mille volontaires. papiers retraçant la carrière de Juliette Castano. Les femmes dans l’arme des transmissions. La constitution du CFT a posé de nombreux problèmes d’ordre logistique et pratique. 2 CHETOM – 18 H 5 / Don du Docteur et de Madame Hui / Photocopies de documents sur les AFAT (Merlinettes). qui fit ses classes à Alger.

. Alors que les femmes du CVF s’engageaient « pour la durée de la guerre et trois mois après la cessation des hostilités »3. . à celle que vous meniez hier. 2 Id. p. Vous serez conduites en soldats et il faudra vous faire aux exigences sévères de la vie en commun avec tous les désagréments qu’elle comporte. Si une comparaison avec les grades masculins était possible. Leurs engagements « cessent de plein droit trente jours après le décret de cessation des hostilités »4. Je vous annonce tout de suite que votre existence ne ressemblera en rien. En l’absence des hommes partis se battre.Chef d’équipe. op. Avec tous les ménagements que comporte votre état de femme. ne peut pas me donner tous les garçons dont l’Arme a besoin pour rendre à notre patrie sa liberté et son indépendance après la victoire à conquérir.Chef de Section1 Alors que la hiérarchie du CFT n’a – à première vue – rien de militaire. 25. . le statut des transmissionistes apparaît encore plus précaire et transitoire que celui des Volontaires Féminines. J’ai besoin de vous. 24.Élève stagiaire. celles du CFT signent pour « un an au moins et pour la durée des hostilités au plus ». les transmissionistes n’en sont pas moins soumises aux « règles générales de la subordination dans l’armée » et « en permanence à la disposition du Commandement »2. 24-25. votre terre natale ou votre terre de refuge.. p.. Les femmes dans l’arme des transmissions. elles ne sont finalement que des militaires par intérim… C’est en février 1943 que le général Merlin dicte les objectifs du CFT dans une allocution : Jeunes femmes et jeunes filles de France.. avec toutes les ressources que nous assurent nos maigres moyens. p. cit. p. 4 Lucien Merlin (général de division).. 19. Finies les gâteries.Opératrice de 1ère classe. cit.. car l’Afrique du Nord. Par conséquent. les petits soins. p.Stagiaire. Les Merlinettes. 111 . op. . […] 1 Id.Chef de Section adjointe . la Chef de Section serait un officier et la Chef d’équipe serait l’équivalent d’un sergent-chef : Mireille Hui. La hiérarchie des engagées du Corps Féminin des Transmissions est la suivante : . cit.Opératrice de 2ème classe. mais sachez bien que ce dernier sera sommaire. op. nous ferons l’impossible pour vous donner le confort maximum. je vous remercie d’avoir répondu si nombreuses à mon appel et je vous en félicite. pour certaines d’entre vous tout au moins. . 3 Décret n° 74 du 16 décembre 1941. 3.

1 Lucien Merlin (général de division). Les hommes sont des exemples de sacrifice qu’elles doivent suivre mais la comparaison s’arrête là puisque la carrière militaire et les honneurs de la guerre restent des apanages masculins. créer un foyer. Des garçons de France vous ont montré l’exemple sur le chemin du sacrifice total . Si la victoire de la France apparaît bien entendu comme une priorité. Elles doivent garder à l’esprit que leur engagement n’est que temporaire. modèles de dévouement et de patriotisme. d’autres suivront. Puis. après la Victoire. dans les foyers où vous serez épouses et mères selon les vieilles traditions de notre chère France. 112 . bonne chance et n’oubliez jamais que.. p. […] À toutes. mais quand le pays aura retrouvé son régime de paix. […] La guerre exige des sacrifices. sous l’austère uniforme de gros drap du CFT. Les femmes dans l’arme des transmissions. être une mère. Dès le mois de décembre 1942. op. une nouvelle campagne de recrutement commence. de devoir et d’honneur. 4-5. à partir de la libération de Tunis en août 1943. cit.1 Ce discours est vraiment sans équivoque quant au rôle que les transmissionistes auront à remplir mais aussi sur la place qu’elles occupent dans l’armée et dans la société. Leur statut de militaire ne doit en rien faire ombrage à leur nature féminine. […] Vous venez aujourd’hui remplir un devoir patriotique. il est réconfortant de voir des Filles de France prendre le même chemin. elle est également la condition sine qua non pour que les femmes retrouvent la place qui est la leur dans une société en paix : celle du foyer et de la maternité. Maintenant fondues dans un même corps. des affiches appelant à la mobilisation dans le CFT sont placardées sur les murs d’Alger. vous êtes celles qui devez donner l’exemple de toutes les vertus aujourd’hui sous les fanions de la télégraphie Militaire. vous êtes toutes des sœurs. nous devrons vous rendre à la vie civile où vous aurez alors à remplir votre devoir de nature. comme demain. […] Le pays nous confie déjà 300 de ses filles. c’est parfait.

François Rouquet. Gallimard. mais en utilisant d’autres ressources symboliques pour les femmes. L’affiche est explicite. dir. 2007. Collection Capitaine Turlan. n’altèrera pas la féminité des volontaires. affiche de 1943. la finesse de la main. Elle a déjà fait l’objet d’une analyse en 2007 par Luc Capdevila à l’occasion de la publication de l’ouvrage Amours. p. les pouvoirs publics ont doublé le stéréotype sexué en faisant ressortir des caractères ethniques : deux soldates répondent à l’appel. « Les Merlinettes ». multimédia. le port de l’uniforme. Danièle Voldman. : « Il faut nous aider. 3 Luc Capdevila. organisée par la BDIC du 20 septembre au 31 décembre 2007. Ouvrage publié à l’occasion de l’exposition du même nom qui s’est tenue au Musée de l’Armée aux Invalides. Amours. Fabrice Virgili. Paris. 1914-1945. 113 . une brune au teint mat ensuite. » 2 Ibid. les cheveux coiffés d’un calot 1 Espace Ferrié – Série 4A – BA N° 2 / Photos – CD-Rom – DVD / brochures Photos. Enveloppe [2-007] : CD-Rom « Images Mémorial » (LES FEM) : « Pour libérer la France. Dans le cas présent. guerres et sexualité. Françaises ! Venez au corps féminin des transmissions. 1 2 La première affiche est celle de 1942. 34-37. Les traits du visage. une blonde à la peau claire d’abord. BDIC/Musée de l'Armée. Françaises. Les Merlinettes demeurent des femmes élégantes et séduisantes. le recrutement se faisant au Maghreb. guerres et sexualité3 : Comme pour les hommes. qui masque les rondeurs du corps. engagez-vous dans les transmissions ». les mobilisateurs jouèrent habilement sur l’identité de genre pour inciter des individus à se porter volontaires.

3 Appel peu visible sur cette reproduction mais qui est inscrit à droite du visage du soldat. cit. les transmissionistes ne sont pas sans rappeler les demoiselles des Postes ou les employées de bureau. 100 et Mireille Hui. 4 Edda Bellew. Sur les deux affiches. celui du combattant pour la libération de sa patrie. Le 15 août 1943. En cela. p. elle remplit son rôle de femme fournissant un effort de guerre. op. la grâce du geste et le port de la tête affirment une féminité sobre mais intacte1. les femmes sont représentées les cheveux retenus par un filet. 5 SHD – Département de l’armée de terre – 4 H 337 / Cabinet militaire / Dossier 7. deux nouveaux éléments viennent l’étoffer. Les femmes dans l’arme des transmissions. l’État-major de Beyrouth et le Cabinet. elles sont les premières de l’histoire française appelant à une mobilisation militaire des femmes. 35-36. Les transmissions sont un des rouages essentiels de la féminisation de l’armée française puisque c’est dans cette arme que les femmes sont les plus nombreuses 2. alors qu’elle est infirmière principale et directrice du bureau central d’assistance aux militaires de la France Libre. et assure un soutien logistique à distance. Si les canons de beauté et d’identité de genre restent les mêmes que sur la première. le Service de Santé. et dans la même logique que le CVF.. cit. la transmissioniste est en action : elle est à son poste et offre un aperçu concret de ce que sera la mission des futures volontaires. La seconde affiche est celle qui est diffusée à Tunis à partir de 1943. sur fond de drapeau français : un rôle en parfaite adéquation avec son sexe lui aussi. 114 . op. Sur cette affiche. Assise. p. p. Matricule 1124. op. Il est tourné vers un destin glorieux. op. à l’arrière. « Les Merlinettes ». 2 Elles sont deux mille huit cents en date du 1er mars 1944 : Lucien Merlin (général de division). Affectation du personnel féminin [1940-1943]. elle est nommée « inspectrice permanente du personnel du corps auxiliaire féminin en service au Levant »5. comme en témoigne l’appel qu’il lui lance : « il faut nous aider »3. Bien que ces deux affiches annoncent – et rassurent par la même occasion – un maintien des valeurs de genre. Aux premières heures du CFT. cit. épouse du général du même nom. Ordre de service n° 4/C.D/À du 25 août 1941. la transmissioniste est dominée – au sens propre comme au figuré – par un soldat au front. conformément aux conditions d’engagement des femmes.. cit.. semblable à celui d’autres avant elle pendant la Première Guerre mondiale. Enfin. retenus par un filet. celles-ci sont là pour prendre la place des hommes aptes au combat. Les Merlinettes. elle occupe un « emploi de bureau » conforme à son sexe : elle est loin du front. 6. le général adjoint. émanant du général Catroux à l’attention de la Générale Catroux. dont les effectifs augmentent considérablement dans l’entre-deux- guerres. Le 25 août 1941. Cette obligation de « porter une résille pour maintenir les mèches rebelles au-dessus du col de chemise »4 est une directive de Marguerite Catroux. avec la libération de 1 Luc Capdevila. Tout d’abord. p.. 22.

163 : au sujet des réquisitions de logements par l’armée britannique du général Wilson en 1941 au Levant. instructions et notes diverses concernant la solde. 2001. Malheur à nous si nous nous présentions sans calot ni cravate. les invitations dans les mess et les popotes masculines. Aux premières heures du CFT..Bretagne et Catroux pour la France Libre. Rapport de l’inspection du 16 septembre 1943 en Oranie par Madame Catroux. le service de la presse et de la propagande [décembre 1942 – mars 1946]. p. elle avait fait interdire le port du pantalon en ville. obligeant le gouvernement de Vichy.. représenté par le général de Verdilhac. 25.. 4) Nous appréhendions en revanche les contacts avec Madame Catroux très exigeante sur notre tenue vestimentaire. 115 .. 3) Je suis reçue par cette femme active et autoritaire dont l’épaule s’orne d’une seule étoile : ce grade. ses prérogatives sont étendues à l’ensemble des formations féminines 1 qui sont régulièrement inspectées2. p. p. au cours de laquelle elle entre dans Damas le 21 juin 1941. cit. cit. Notes concernant la mobilisation. Madame Catroux a marqué les esprits des soldates. datée du 20 septembre 1943. Tant que dure le jour.l’Afrique du Nord. 70-71 : au sujet de sa rencontre avec Marguerite Catroux à Alger en 1943. p. op. les réunions dansantes. Tribulations… op. Mais en revanche. l’habillement. ce que ne disent pas ces affiches de recrutement. pour son sens aigu des marques extérieures de respect à son égard et le port d’une seule étoile sur ses pattes d’épaule. 34-35. Plon. Paris. cit. op. op. Notes concernant la mobilisation et la démobilisation du personnel féminin . Matricule 1124. op. connue sous le nom de « Mad Cat » devraient eux aussi émigrer ailleurs 5. ordonnances. inconnu jusqu’ici dans l’Armée Française. Les forces alliées sont représentées par les généraux Wilson pour la Grande. 3 Edda Bellew se souvient qu’en août 1943. une transmissioniste a été sanctionnée pour ne pas être rentrée une nuit : corvées et interdiction de sortir pendant huit jours : Edda Bellew. Quand j’étais Rochambelle. la démobilisation et la réquisition de personnel féminin. Lui et sa belle mais infernale épouse. Quelle utopie ! Certaines Merlinettes furent punies3 pour ne pas avoir respecté ce règlement !4 2) Pauvre vieux Catroux. comme en attestent ces différents témoignages : 1) Les Merlinettes se souviennent d’elle. 1 Mireille Hui. c’est que certaines transmissionistes vont assez rapidement quitter leur bureau. 6 Suzanne Massu. 5 Susan Travers. 7 Solange Cuvillier. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. cit. leur maquillage et leurs tenues « féminines » pour intégrer le CEF ou l’Armée B8 du général de Lattre de Tassigny. p. 8 Nom donné à la 1ère Armée française en 1944. Je ne suis pas la seule à avoir eu quelques problèmes7. elles sont ainsi réparties : deux cent quatre sont affectées au CEF et La France Libre est stationnée au Levant depuis la campagne de Syrie de 1941. le service médical et social. 22. cit. me fait rêver 6. Les Merlinettes. la discipline. 2 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 3. […] Pour ne pas choquer les populations civiles. à signer un armistice le 14 juillet 1941. p. 113. Les Merlinettes. 4 Mireille Hui..

Élyane Célérien. le paquetage est américain. 4 Mireille Hui. Sylviane Loritano. […] Si elles n’eurent pas de tuées au combat. assimiler la composition d'une armée. 7 Mireille Hui. Elles stationnent dans un village de montagne 1 Lucien Merlin (général de division). 3 Id.. à nous servir d'un téléphone.cent quinze dans l’Armée B1. C'est le seul côté féminin »5. p. p. p. Elles sont mises en garde par leur supérieure : désormais elles doivent se considérer comme des soldats et non comme des mannequins. Toussainte Casenti. plusieurs perdirent la vie par accident. op. 5 Id. Matricule 1124. Nous avons exactement le même emploi du temps que les hommes avec la seule différence que nous ne faisons pas de maniement d'armes. au cours d’épidémies de méningite. les premières d’entre elles embarquent à Mers El Kébir pour Naples7 où elles arrivent début décembre. Le 26 novembre 1943. 23. intempéries et inconfort. ce n’est pas le cas pour les transmissionistes : « on ne nous facilite pas la tâche parce que nous sommes des femmes. op. Il s’agit de Nadine Fitussi. 30. bombardements et mitraillages. et même de typhus6. 18. Comme toutes les autres femmes qui rejoignent progressivement l’armée en cette même période. 30. Les Merlinettes. C’est dans ce but qu’elles effectuent un certain nombre d’exercices physiques au cours de leur stage.. p. op. épuisée par le surmenage. Les Merlinettes. 104. Les femmes dans l’arme des transmissions. 112. Marthe Chapelle : Lucien Merlin (général de division). Au printemps 1943. certaines succombant à la maladie : Elles subirent sans broncher. Les femmes dans l’arme des transmissions. mourut à son poste d’une forme foudroyante de méningite cérébro-spinale. elles sont cent cinquante à participer à la campagne de Tunisie qui a commencé en novembre 1942. cit.. fraîchement recrutée pour le CEF témoigne : « nous allons apprendre à obéir. op. Jeanine Portelli.. cit. Elles ne portent plus de lingerie civile et leur uniforme est le même que les WAC américaines 3. Edda Bellew. Nombre d’entre elles décèdent. Contrairement aux Volontaires Féminines de la France Libre qui suivaient un stage d’entraînement au tir alors qu’elles n’auraient jamais à se servir d’une arme. 116 . Huguette Mahondeaux. la crème à raser et le tabac »4. à marcher au pas. p. 2 Edda Bellew. de typhoïde. 13. cit. faire des exercices d'endurance tels que la promenade à pieds sous le soleil avec le ‘barda’ sur le dos comme des hommes »2. à reconnaître les indicatifs. p. p. p.. op. Lydia Mazella. « Elles touchaient les mêmes rations que les hommes… y compris les lames de rasoir . 87-88.. L’une d’elles.. cit. 6 Id.. cit.

Une trentaine a ainsi été sélectionnée par le CFT et onze d’entre elles ont effectué des missions pour le compte du BCRA4. la plupart des transmissionistes poursuivent jusqu’en Allemagne.jusqu’à la fin de l’année avec pour mission « d’écouter les grandes presses internationales ou ennemies et d’en faire des comptes rendus »1. lettres. Denise Collin. Suzanne Mertzizen : Lucien Merlin (général de division). elles ont rejoint en août 1944 la résistance intérieure. Chemise [3-001] « Témoignages » : Simone Benhaïm. Initiées au saut en parachute. Colette Martini. Jeanne Mereau.. Pierrette Louin. Geneviève et Élisabeth Torlet. Eugénie Djendi. 18. « récit d’une Merlinette ». 4 Frédérique Bigrel. Marie-Louise Cloarec. multimédia. Suzanne Combelas. 117 . d’autres sont détachées auprès des réseaux de résistance intérieure. témoignages. elles sont de toutes les batailles jusqu’à la libération de Rome. p. op. cit. 2 Espace Ferrié – Série 4A – BA N° 2 / Photos – CD-Rom – DVD / brochures Photos. 1 Espace Ferrié – Série 4A – Mémorial Merlinettes – BA N° 3 / Témoignages – Articles divers / souvenirs Mémoires. Les femmes dans l’arme des transmissions. certaines participent au débarquement de Provence. À partir du mois de janvier. Enveloppe [2-007] : CD-Rom « Images Mémorial » (LES FEM) 3 Poste de Commandement. comme l’atteste cette photographie2 prise le 16 août 1944 sur laquelle figurent deux opératrices radio débarquant à St-Tropez avec le PC3 de la 1ère Armée : Une fois en France. En août 1944.

topographie avec raids fictifs dans la nature. […] Elles suivaient des cours de conduite.. Personnel du service de santé [1943-1960 et 1955-1967]. Documents transmis par : Anne Cloarec (Sœur de Louise Cloarec). p. Quant aux archives conservées au département de la marine du SHD. repère des objectifs à bombarder. Les Merlinettes. entraînement avec des armes de toutes catégories. Organisation . op. qui a été développé pendant la Seconde Guerre mondiale par les militaires anglo-saxons. 40-41. Eugénie Djendi. Dossier 004. Uniformes. identification des effectifs et matériels ennemis de toutes armes.Dépassant les barrières du genre si chères au commandement féminin. p. Les Merlinettes. cit. Dossier 018. 5 Mireille Hui. Parmi elles. La plupart des documents présents dans les fonds du département de la marine se retrouve dans celui d’Yvette Lebas- 1 Littéralement « combat rapproché ». Cette analyse sur les engagements militaires féminins pendant la Seconde Guerre mondiale s’achève par l’histoire des Services Féminins de la Flotte 6. Elles suivaient de longues séances de sport. sans oublier le close combat1 où elles apprenaient à tuer l’adversaire d’un revers de main. 2 Mireille Hui. 4 Marie-Louise Cloarec. Roxane Laberoux (Déportée à Ravensbrück). Saint-Pierre et Miquelon [1942-1974]. cit. Les femmes dans la Marine Nationale… op. explosifs. elles sont mille trois cents transmissionistes inscrites dans les registres du Ministère de la Guerre5. cit. La Marine Nationale au féminin… op. Dossier 081. les SFF sont créés le 9 septembre. Pierrette Louin et Suzanne Mertzizen : BDIC – F Δ Rés 797/IV/11/77 (25) / Fonds ADIR / Dossier des parachutistes françaises exécutées à Ravensbrück en janvier 1945. 6 SFF dans la suite du texte. transmissions. cinq ne sont pas revenues : une a été fusillée par les Allemands le 6 septembre 19443. Toujours en 1943 et en Afrique du Nord. Les circonstances de leur mort sont développées un peu plus loin.. op. elles suivent – comme les hommes – un stage qui dépasse largement leurs attributions initiales : Renseignements. 7 Micheline Fornaciari. Mme Aubignac (Commandant des CFT). sabotages. L’histoire des femmes dans la Marine a donné lieu à peu d’études. Deux seulement paraissent incontournables : celles de Micheline Fornaciari et Lucile Clémens-Morisset7. insignes. 3 Élisabeth Torlet. elles se sont finalement révélées très décevantes 8. 118 . et Clémens-Morisset. tenues. Le 8 mars 1945. textes autres armes [1943-1952]. longues séances de tir. Création du corps des Services Féminins de la Flotte. de mécanique auto et moto sur des véhicules variés et de toutes cylindrées. au cas où elles seraient capturées2. les quatre autres ont été arrêtées par la Gestapo et déportées à Ravensbrück où elles sont mortes4. On les entraînait à subir des interrogatoires musclés. cit. 12. 8 SHD – Département de la marine – 3 CC PFAM / Dossiers 1 à 123 : 1943-1977 / Dossier 001. administration .

11 Id. cit. Toutes sont intégrées « de droit »6 dans les futurs SFF. Admission dans le cadre de commandement des officiers SFF Guyot et Murat : courrier du 4 septembre 1945 émanant du Général Juin à l’attention du Ministre de la Guerre. Dossier 8. 2. Pascal Geneste. p.gouv. C’est en fait Méthilde Bravery3.defense. : Acte d’engagement dans les Services Féminins de la Flotte d’Yvette Lebas-Guyot. Alexandre Sheldon-Duplaix. Historique des Forces Navales Françaises Libres. X. : Arrêté du 13 janvier 1944 fixant l’organisation des Services Féminins de la Flotte. 114. quant à elle. op. Accompagnée d’une vingtaine de volontaires françaises. 9 AN – 435 AP / Fonds Yvette Lebas-Guyot / Dossier 1. 1935-1936. Vincennes. Catherine Vich et Karine Leboucq. mais elle ne les a pas fondés. air et mer. Papiers militaires des services féminins de la flotte.Guyot déposé aux Archives Nationales1. OTAN. Service Historique de la Défense.sga.. Vincent Berne. 1. 10 Id. 96. Son rôle fut des plus importants puisqu’elle intégra le 4 septembre 1945 le cadre de commandement des SFF10. L’effectif réservé à la marine est de cent quinze femmes. p. cit. elles sont plus de six cents 11. Documentation sur la Marine anglaise. op. BBC. p.150 GG². État général des fonds privés de la Marine. C’est d’ailleurs à ce titre qu’elle est nommée Chevalier de la Légion d’Honneur en 1946 8. Mais grâce à la diffusion d’informations et à la multiplication des appels à l’engagement. Alger et États-Unis. Méthilde Bravery est transférée à Alger après le débarquement allié en Afrique du Nord. 2002-2010.servicehistorique. Et Émile Chaline et Pierre Santarelli. p.pdf 3 Parfois orthographiée Melthilde. Les femmes et la Légion d’Honneur… op. 1 AN – 435 AP / Fonds Yvette Lebas-Guyot / Dossier 1.. Yvette Lebas-Guyot. En décembre 1943.. cit. tome 1 : 18 juin 1940-3 août 1943. elle quitte l’Angleterre. cit. 114. accessible en ligne : http://www. cit.. p. Historique des Forces Navales Françaises Libres. Conseil de l’Europe. leurs effectifs augmentent rapidement et en mars 1944. 2 Frédérique Lauro. op. 8 Journal Officiel de la République Française. 96. daté du 7 mars 1944.fr/contenu/functions/dc/attached/FRSHD_PUB_00000196_dc/FR SHD_PUB_00000196_dc_att-FRSHD_PUB_00000196_0001. les volontaires des SFF ne sont que quatre-vingt-quatre. 6 AN – 435 AP / Fonds Yvette Lebas-Guyot / Dossier 1. p. op. Instruction générale n° 127 SFF du 25 mars 1944. qui – en devenant la collaboratrice de l’amiral Muselier – reçoit la charge de constituer les futurs SFF4. Unesco [1935- 1955]. tome 1 : 18 juin 1940-3 août 1943. Les femmes et la Légion d’Honneur … op. Marine nationale. Yvette Lebas-Guyot est désignée à tort comme « fondatrice des forces françaises féminines de la flotte » par la notice biographique de l’inventaire des Archives Nationales et des Archives Centrales de la Marine 2. cit. laissez-passer et documents divers. Papiers et fonctions. Il faut ensuite attendre le 17 juin 19425 pour que les volontaires du CVF à Londres soient réparties entre les armées de terre. 13 décembre 1946. 4 Danièle Déon-Bessière. / Dossier 8. volume 1 : 1 GG² . Méthilde Bravery est nommée commandant 7. p. 7 Danièle Déon-Bessière. 1944-1945. 5 Après l’adoption du décret n° 317 du 17 juin 1942 : Émile Chaline et Pierre Santarelli. 119 . ne s’y est engagée que le 7 mars 19449. engagée dès le mois de juillet 1940.

vous en apprendrez un ». autant ici. En revanche. Il s’agit d’un dépliant en couleur : la bordure est aux couleurs tricolores. Des dépliants1 comme celui-ci sont largement diffusés à partir de 1943-1944 : 1ère de couverture 4e de couverture Composé de huit pages. de même que le drapeau français de la 4e de couverture.. « vous n’avez pas encore de métier. « vous êtes digne d’être un chef. cit. Cette dernière phrase dépasse même les codes sexués des appels à la mobilisation féminine jusqu’alors diffusés puisque les femmes qui rejoignent les 1 AN – 435 AP / Fonds Yvette Lebas-Guyot / Dossier 1. tandis que les perspectives de carrière le sont quatre fois : « vous préparerez son avenir et le vôtre ». vous en deviendrez un ». 2 Id. 120 . le remplacement des soldats. L’objectif des SFF est le même que celui des autres armes et services ayant recruté des femmes : « remplacer du personnel militaire masculin dans les unités et services de la Marine2 ». op. Autant les affiches du CFT étaient très claires quant aux missions des volontaires : la libération de la France. : Arrêté du 13 janvier 1944 fixant l’organisation des Services Féminins de la Flotte. le soutien logistique…etc. « vous avez un métier. le message est tout autre. ce dépliant délivre un message qui n’a jamais été vu ailleurs : la perspective de carrière. L’objectif de libération de la France n’est mentionné qu’une seule fois. 1. p. ce dépliant est particulièrement novateur dans les messages qu’il véhicule. : dépliant en faveur de l’engagement dans les SFF. et toute la typographie est bleue. vous vous perfectionnerez ».

la fierté d'être libres dans un pays glorieux et fraternel. En reproduisant un extrait de ce discours dans un dépliant à l’attention des femmes. Les autres pages de ce dépliant contiennent des informations pratiques ainsi que des encouragements à l’engagement qui en font le parfait manuel de la candidate aux SFF. Commissaire à la Marine. C'est à ce prix que vous retrouverez la joie d'être au monde. 2 STO dans la suite du texte. 3 D’abord dans le Comité français de Libération Nationale puis le Gouvernement Provisoire de la République Française. lui qui. que le soleil va reparaître. si c'est impossible. c'est d'être une vague de la mer. 291-292. courage ! Voici l’heure du plus grand effort. C'est à ce prix que les chaînes tomberont. jeunes filles de France. En interpellant ainsi les candidates à l’engagement dans les SFF. p. 1946. Écoutez parler votre cœur. l'abîmer. Jeunes gens. celles-ci ne peuvent que se sentir concernées et leur place au sein des armées de libération devient légitime. Il contient l'avenir de la France !1 Cet appel à la Résistance des jeunes s’inscrit également dans le contexte de la mise en place du Service du Travail Obligatoire 2 qui les concerne directement. pour le tromper. Sur la première page figure un portrait de Charles de Gaulle qui s’exprime ainsi : « On ne fait rien de fort ni de grand qu’en se confondant avec les autres. Paris. L’honneur aujourd’hui. les mobilisateurs reviennent sur l’idée jusqu’alors largement répandue que la guerre est une affaire d’hommes. courage ! Voici l'heure du plus grand effort. 121 . l'ardeur de vivre et de donner la vie. Écoutez votre cœur. c’est d’être une vague de la mer… Jeunes filles de France. passant en revue les SFF le 12 février 19443 avec le texte suivant : « vous serez celles 1 Charles de Gaulle. Il contient l’avenir de la France ! » Il s’agit en fait d’un extrait de son discours prononcé depuis Londres le 25 février 1943 dans lequel il en appelle à la jeunesse : C'est vous que l'ennemi vise d'abord. veut vous mobiliser pour travailler à son profit. Berger-Levrault. L'honneur. On ne fait rien de fort ni de grand qu'en se confondant avec les autres.SFF peuvent même prétendre à devenir chef. Sur la deuxième page figure une photographie de Louis Jacquinot. que le cachot s'ouvrira. Discours et messages. en ce moment même. aujourd'hui. le droit de chanter et de rire. C’est d’autant plus surprenant que la Marine reste l’arme la plus fermée aux femmes : aussi bien en termes d’effectifs qu’en termes de fonctions. le décevoir. 1940-1946. Groupez-vous avec discipline dans les organisations de résistance qui sont la France Combattante du dedans. Cliché publié dans La Dépêche Algérienne du 13 février 1944. Faites tout pour lui échapper et. fonction de pouvoir et d’autorité jusqu’alors réservée aux hommes. Suivez les consignes.

122 . sans enfants. Le personnel féminin se recrute par engagements volontaires. s’il y a lieu. les volontaires ne s’engagent que pour la durée de la guerre plus un mois. Comme pour le CVF et le CFT.) . qui portent.un certificat de bonne vie et mœurs . la teneur des propos reprend les vertus traditionnellement attribuées aux femmes. : dépliant en faveur de l’engagement dans les SFF. titres universitaires ou autres références utiles. en même temps que de vaillance… »1 À nouveau. Ou à Alger.si la candidate est mariée. âgées de plus de 21 ans et de moins de 40 ans au 1er janvier de l’année de recrutement. […] Les engagements sont souscrits pour la durée de la guerre plus un mois.. Beyrouth.etc. La troisième page rappelle les modalités d’engagement dans les SFF : Voici comment on s’engage dans les Services Féminins de la Flotte : la volontaire se présente au chef local des SFF à Oran. Les candidates à l’engagement dans les SFF devront formuler une demande sur papier libre.etc. ou.toutes les références utiles sur les emplois antérieurement occupés. Il s’agit ici d’un résumé de l’arrêté du 13 janvier 1944 fixant l’organisation des Services Féminins de la Flotte2. et. par priorité sur les Françaises célibataires. Dans ces conditions. À cette demande doivent être joints : . Arrêté du 13 janvier 1944 fixant l’organisation des Services Féminins de la Flotte.si la candidate est mineure. 2.qui participent à la grande épopée que sera la libération de la France et vous y apporterez un élément fait de grâce et de douceur. une autorisation maritale ou à défaut une attestation constatant que le mari se trouve dans l’impossibilité de la donner (mari en territoire occupé.. une autorisation des parents. Alexandrie. prisonnier de guerre. veuves ou divorcées.. l’énumération des diplômes. les perspectives de carrière si prometteuses annoncées en couverture restent bien limitées. 3 place Bugeaud. Casablanca.. à défaut une attestation constatant que les parents se trouvent dans l’impossibilité pratique de la donner . Ajaccio. Bizerte. Il leur est possible de s’engager dans la marine mais elles ne doivent pas oublier de mettre au service de la patrie leurs qualités « naturelles ». par voie d’appel. 2 Id. Il semble qu’elles pourront 1 AN – 435 AP / Fonds Yvette Lebas-Guyot / Dossier 1. op. p.un extrait de casier judiciaire . Madagascar . Dakar. cit.

Voici comment on sert dans les Services Féminins de la Flotte : les engagées ou appelées reconnues aptes au service dans les SFF effectuent un stage d’instruction militaire et éventuellement un stage de formation professionnelle. Elles sont : monitrices. celles des Volontaires qui en sont dignes sont envoyées à un cours de Sous-officiers ou encore désignées pour l’École des Officiers. .deux tenues d’été .une coiffure . mais c’est dans le civil qu’elles en exploiteront les acquis : la carrière militaire féminine dans la marine n’existe pas.une tenue bleu marine . infirmières. chiffreuses. le service et l’avancement dans les SFF : Voici comment on vit dans les Services Féminins de la Flotte : le personnel Officier et non Officier perçoit une solde permettant de vivre convenablement. et. ou s’y perfectionner. de plus.. 5-7. téléphonistes. Les trois pages suivantes présentent la vie. cit.deux chemisiers .La Volontaire touche un paquetage.Officier 1e classe = Lieutenant de Vaisseau .etc.. comptables.apprendre un métier dans la marine. Les SFF comprennent un corps d’Officiers. ambulancières. Voici comment on peut devenir un chef dans les Services Féminins de la Flotte : après un stage d’instruction.Officier 3e classe = Enseigne de Vaisseau de 2e classe . 123 . dactylos. op. : dépliant en faveur de l’engagement dans les SFF. . dessinatrices.Elle reçoit gratuitement : .une cravate noire . radios. bénéficie d’avantages matériels et d’allocations militaires familiales diverses. serveuses. p. couturières.des souliers . sténodactylos.Officier 2e classe = Enseigne de Vaisseau de 1e classe . cuisinières. conductrices. écouteuses de fond. La hiérarchie militaire dans les SFF et la correspondance de grades avec le personnel militaire masculin de l’Armée de Mer sont les suivantes : . secrétaires.Officier principal = Capitaine de Corvette1 1 AN – 435 AP / Fonds Yvette Lebas-Guyot / Dossier 1. photographes.

2. 8. Le 15 octobre 1944. L’objectif est atteint puisqu’à la fin de la guerre. 1 « Demoiselles et dames auxiliaires des armées ». En détachement composé de neuf conductrices ambulancières 6. Le 18 mai 1944. les insignes des SFF (une ancre entrelacée d’une corde1 semblable à l’illustration de la première de couverture du dépliant) ainsi que la devise de la marine française : « Honneur.500 hommes environ. la durée de l’instruction du personnel féminin sera réduite au minimum par une spécialisation rationnelle » : p. Les ambitions des mobilisateurs sont grandes puisque l’effectif budgétaire alloué aux SFF pour 1944 est de deux mille : « la mobilisation féminine comme l’intensification de la propagande pour les engagements permettent de compter sur un recrutement nombreux pour les mois à venir et l’on peut espérer que l’effectif prévu de 2. les besoins en personnels sont de plus en plus importants et tout doit être mis en œuvre pour mobiliser un maximum de personnes. elles seront deux mille huit cents. Au mois de septembre 1943 est créé le Régiment Blindé de Fusiliers Marins 5 destiné au Corps Expéditionnaire. 6 Micheline Fornaciari. p. puisque la proportion est de quatre femmes pour remplacer trois hommes… Si la grande majorité d’entre elles est affectée soit à l’État-major général soit à celui de la Marine. quelques-unes rejoignent des formations armées en campagne. Elle est beaucoup plus courte que celle du CVF et du CFT. p. Les femmes dans la Marine… op. 4 Id. les « marinettes » ainsi surnommées rejoignent les Rochambelles dans la 2 e DB. Face à ses propres contradictions de genre..Tout est réuni pour attirer les volontaires : solde. Néanmoins. À ce stade de la guerre. à laquelle s’ajoute la directive suivante « Étant donné la nécessité d’un rendement immédiat. Carnets de la Sabretache. 1 et 3. y compris les femmes. avancement. 4. n° 67. 124 . Enfin. 1983. p. la dernière page regroupe des photographies. C’est l’urgence de la situation qui pousse les recruteurs à accélérer la formation : « le recrutement de 2. ceux-ci considèrent visiblement que les femmes sont moins efficaces ou productives que les hommes. Valeur et Discipline »2. p. avantages matériels. il est nécessaire que le Corps des Services Féminins de la Flotte soit constitué rapidement »4. […] Pour qu’un tel but puisse être atteint. 5 RBFM dans la suite du texte. se tourne désormais vers elles.. 2 Devise par ailleurs très intéressante quand on sait qu’elle est une association de celles de la Légion d’Honneur « Honneur et Patrie » et de la Médaille Militaire « Valeur et Discipline ».000 sera atteint vers la fin de l’été prochain »3. 3 AN – 435 AP / Fonds Yvette Lebas-Guyot / Dossier 8. 21. cit. diversité des emplois. La formation des SFF dure entre deux à trois semaines. Patrie. l’armée de libération qui peinait tant à intégrer les volontaires féminines en 1940.000 femmes dans la Marine doit rendre disponible à l’embarquement 1. le RBFM est finalement affecté à la 2 e DB du général Leclerc. Instruction générale n° 127 SFF du 25 mars 1944.

consulté le 29 avril 2010. Sur Éliane Brault : Éric Nadaud. 237 p. Le tournant de 1942-1943 a été décisif pour le recrutement des femmes dans l’armée : toutes les armes ainsi que plusieurs divisions les ont intégrées. op.histoire- politique.php?numero=09&rub=autres-articles&item=49 4 « Avatar du réseau du Musée de l’Homme » : Nathalie Genet-Rouffiac et Jean-François Dominé dir. 1954.. 2 Cyril Le Tallec. engagée dans les FFL depuis le 23 juillet 1941 après s’être évadée de France où elle était membre du réseau Vildé4. 72. L’épopée des AFAT. Les assistantes sociales dans la tourmente… op. Le RBFM de la 2e DB dans les Vosges. http://www. elles suivent la même formation que les Rochambelles. cit.. Histoire@Politique. antifasciste. Sur place. un parcours au féminin. 144. Il y a eu un avant et un après 1 ECPAD / Fonds 1914-1991 – MARINE-315-5192. Paris. les neuf SFF du RBFM de la 2e DB sont passées en revue par Louis Jacquinot en septembre 1944 lors de leur avancée dans les Vosges1 : Quelques-unes cependant ne vont pas jusqu’en Allemagne et restent en France pour venir en aide aux populations civiles.fr/index. Elles sont détachées auprès du corps auxiliaire féminin de liaison et de secours créé le 5 avril 1944 2 à l’initiative d’Éliane Brault 3. maçonnique et féministe (1895-1982) ». radical. Sur le cliché ci-dessous. p. Les femmes au combat…. Pierre Horay.elles quittent l’Algérie pour l’Angleterre avec le dernier contingent de la 2 e DB. p. cit. « Éliane Brault. septembre-décembre 2009. C’est avec le grade de capitaine qu’elle la dirige. 125 . 3 Éliane Brault. progressiste. C’est le 1 er août 1944 qu’elles embarquent à destination de la France. n° 9.

Journal Officiel de la République Française. « portant création de formations militaires féminines auxiliaires ». 57-58. et anticiper les lendemains de guerre de ces femmes. Cependant.débarquement du 8 novembre 1942. toutes les unités féminines fusionnent. La grande nouveauté de ce décret paru au Journal Officiel du 15 janvier 1 est de créer des formations féminines interarmées. p. 3 Au singulier : Arme Féminine de l’Armée de Terre. fin de l’aventure. 1944-1945 : conséquences et héritage de la mobilisation des femmes La création de l’AFAT 3 qui accompagne la libération de la France est à la fois une avancée considérable pour les femmes militaires mais aussi un rappel à l’ordre. elles sont près de quinze mille à être concernées en 1945. En officialisant ainsi la militarisation des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais le décret du 29 janvier 1944 n’apporte aucune précision sur ce point. et ce quelle que soit leur arme même si le T est censé désigner l’armée de terre. Et comme pour la Première Guerre mondiale. En créant l’AFAT. Malgré une harmonisation apparente. la réassignation des rôles sexués attribue les honneurs et la gloire militaires aux hommes. toutes les femmes de toutes les armes sont régies par un seul et même statut. Pour la première fois dans l’histoire de l’armée française. II. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : remettre de l’ordre dans ce qui ressemble de plus en plus à une armée féminine. La démobilisation qui s’annonce pour plusieurs milliers d’entre elles sonne comme un retour aux normes de genre : retour au foyer. 15 janvier 1944. la révolution culturelle que l’armée a subie pendant la Seconde Guerre mondiale ne se concrétise réellement que le 11 janvier 1944 avec la création des formations militaires féminines auxiliaires. les autorités entendent harmoniser non seulement leur commandement mais aussi leur démobilisation. Désormais regroupées sous l’appellation acronymique d’AFAT 2. 1 Décret du 11 janvier 1944. les années 1944-1945 s’annoncent plus sombres pour toutes celles qui prétendaient à la carrière militaire ou qui pensaient que ce statut leur conférerait la même reconnaissance que leurs « homologues » masculins. 2 Auxiliaires Féminines de l’Armée de Terre. plongeant à nouveau la société dans une amnésie qui occulte les femmes de la mémoire combattante. Les premiers contrats étaient tous censés prendre fin quelques mois après la guerre. 126 .

L’épopée des AFAT. Pour plus de clarté. 1. a) Réorganisation de l’armée féminine L’organigramme suivant1. cit. Bien qu’elles y participent activement. p. Analysées. tous les noms propres ont été gommés mais les SFF ont été ajoutés. résume parfaitement l’historique de la mobilisation militaire des femmes jusqu’à la création de l’AFAT. critiquées. démobilisées et finalement massivement libérées de leurs obligations militaires. produit par Éliane Brault2. 1 Page suivante. 127 . 10-11. op. 2 Éliane Brault. les femmes de l’AFAT subissent très rapidement le retour à l’ordre moral et sexué qui s’opère dans l’armée. Libération(s) et lendemains de guerre La Libération de la France a des conséquences multiples pour les femmes sous l’uniforme français.. cela n’en fait pas pour autant des militaires comme les autres.

par exemple. le regroupement de toutes les femmes mobilisées militairement ne s’est pas fait sans difficultés. s’est toujours opposé à l’absorption par l’AFAT de son CFT : 128 . Le général Merlin.Pour autant.

gagnées par l’esprit de corps […] travaillaient pour leurs armes en complète communauté d’esprit et de cœur. Les choses allaient bientôt se gâter. imbue des méthodes anglaises. en avril 1944. En effet. Beaucoup de Volontaires Féminines à Londres étaient en effet affectées à l’observation et la prévention contre les attaques aériennes pendant la Bataille d’Angleterre. commis l’erreur capitale de confondre l’existence des femmes participant aux services de guet de DCA2 de l’organisation défensive de Londres avec celles des femmes des unités en opérations. Cette autorité se faisait cependant fort. Elle a. 15. le général Jurion1 était remplacé par la commandante Hélène Terré. p. de leur fournir un personnel féminin de qualité 3. 3 Lucien Merlin (général de division). le général Merlin tente d’empêcher l’organisation de l’AFAT telle qu’elle est prévue par le nouveau décret.. […] Les inconvénients de ce projet étaient tels qu’ils le rendaient pratiquement inapplicables. Ils étaient de deux sortes : 1° : au moment où allait prendre fin dans chaque corps ou service la dure période de l’intégration des formations féminines dans l’armée masculine. un brutal renversement des valeurs devait entraîner fatalement une désorganisation au moment même où démarrait correctement la reconstitution de l’armée sur le type USA et où les premières grandes unités entraient en ligne sur le Front d’Italie. cit. 129 . elle n’a pas voulu comprendre que la mentalité des Françaises de l’Afrique du Nord d’abord et de la Métropole ensuite n’était pas celle des Anglaises à Londres. 2° : le décret du 26 avril 1944 créait une autorité supérieure techniquement étrangère à toutes les armes.. 2 Défense Contre les Aéronefs. op. Parfois considérées comme à l’abri du danger et moins exposées au feu que leurs camarades 1 Il a été désigné début janvier 1944 pour réaliser cette unité en donnant « aux différentes formations une doctrine commune. à mon avis. 13. Les femmes dans l’arme des transmissions. jusqu’à ce qu’il reçoive « l’ordre de mettre un terme à cette ‘bagarre épistolaire’ et [qu’il s’] arrange de l’ordre nouveau »4. op. tout en ignorant leur fonctionnement et leurs emplois techniques et tactiques. Celle-ci arrivait de Londres et avait des idées bien arrêtées sur la mobilisation des femmes et sur la manière de les faire vivre en campagne. p. Les femmes dans l’arme des transmissions. p. au moment où les engagées. Jusqu’en août 1944. […] La commandante Hélène Terré vit le triomphe de ses conceptions avec la création des AFAT fixée par le décret du 26 avril 1944. 4 Id. une discipline et une administration calquée sur un modèle unique » mais en « laissant à chacune d’elles son caractère et son individualité propres » : Lucien Merlin (général de division). De plus. La critique non dissimulée qu’il fait des Volontaires Françaises se retrouve souvent dans les témoignages a posteriori.. cit. 14.

p. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. Instruction et notes concernant l’organisation de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. 2 Reproduction du courrier n° 14650/TAF du 11 août 1944 que le général Merlin adresse au commandant Hélène Terré : Lucien Merlin (général de division). Un commandant…. p. transmissioniste engagée dès 1942. Bien qu’une restructuration de l’armée féminine soit nécessaire. les Volontaires Françaises se retrouvent rapidement assimilées à des « embusquées »1. création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946]. celle des femmes est moins évidente. p. cit. Certaines femmes en gardent un goût amer. op.. les conflits d’intérêt qui opposent le général Lucien Merlin et le commandant Hélène Terré résument assez bien cette période.. 5 Mireille Hui. op. Terré. qu’Hélène Terré « s’est efforcée de mettre de l’ordre et de donner un statut à cette éclosion anarchique de bandes féminines. 7 SHD – Département de l’armée de terre – 9 P 31 / 4e RM : Angers / Organisation et fonctionnement du service du recrutement. en parlant à plusieurs reprises d’Hélène Terré comme « la » commandante. 3 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. quant à elle. le manque de respect est évident puisqu’il n’existe aucune féminisation des grades dans l’armée. il s’agit également pour la nouvelle direction de l’AFAT de prendre en considération les femmes qui se sont mobilisées sur le territoire français.. cit. Comme il l’explique : 1 Jean-Marie Cassagne. il respecte les codes linguistiques militaires en employant l’expression officielle de « Madame le commandant »2 . p. du génie. Organisation des unités d’AFAT en 4e RM [septembre 1944 – 130 . chargé de mission auprès de l’AFAT »3 ou « directeur de l’AFAT »4. 35. cit. op. Courrier AFAT/346/CAB du 24 novembre 1944 émanant du Ministre de la Guerre et du commandant Terré. admet volontiers. 4 SHD – Département de l’armée de terre – 6 P 5 / Bureau des études générales et des relations extérieures / Direction de la gendarmerie. Enfin. créations et dissolutions d’unités administratives. Suzanne Torrès. et de l’intégration de cette organisation avec les éléments existants de l’AFAT »7. Les Merlinettes. Mireille Hui. L’armée nouvelle se reconstruit : les hommes des FFI y trouvent logiquement et légitimement leur place. des AFAT. dans la résistance intérieure. de l’infanterie. Les femmes dans l’arme des transmissions.. Le grand dictionnaire… op. les « embusqués » sont tous ceux qui parviennent à se faire affecter à des postes qui ne sont pas directement exposés au feu. Hélène Terré elle-même signant ses propres courriers par « Commandant H. rattachées aux armées dès les premières opérations »6. 6 Suzanne Massu. Septembre 1944-février 1946. des transmissions. de l’ABC. lorsqu’il s’adresse à elle. Pourtant. 25. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. Dans le même temps. de l’artillerie. cit. 35. regrette que cette refonte de l’armée féminine ait entraîné des inégalités et même des rivalités5 entre les différentes armes qui fonctionnaient jusqu’alors séparément.d’Afrique du Nord. C’est dans ce but que le commandant Chardon est nommé « délégué responsable en vue de l’organisation du corps féminin dans les Forces Françaises de l’Intérieur. 190 : dans le langage militaire. Note AFAT/1058/CAB du 27 février 1945 émanant du commandant Terré à l’attention du Ministre de la Guerre.

131 . Septembre 1944-février 1946. et les auxiliaires féminins de l’armée de terre constitués auparavant et qui ont repris leur activité depuis la libération du territoire. honneurs et reconnaissance de la part des autorités. Article 3. Cette intégration des femmes des FFI dans l’AFAT est nécessaire. – ceci ne s’adresse pas au personnel féminin recruté par les chefs régionaux depuis la libération. Organisation des unités d’AFAT en 4e RM [septembre 1944 – février 1945] : courrier du 9 décembre 1944 émanant du commandant Chardon au commandant de la IVe région militaire. des femmes ayant servi à titre militaire dans la Résistance ». En les intégrant dans l’armée nouvelle. Courrier AFAT / 430 / CAB du 16 décembre 1944 émanant du Ministre de la Guerre André Diéthelm. la plupart du temps sous autorité masculine. Cette instruction est une grande avancée dans la considération des services rendus à la nation par des femmes qui résistaient à l’occupant. datant du 16 décembre 1944 : Article 1er. Article 4. Une fusion s’impose donc entre les différents éléments féminins des FFI qui ont acquis la qualité de résistantes et qui tiennent à conserver un emploi dans l’armée. sur leur demande. Article 2. – Toutes les fois que les circonstances le permettront. À l’heure où les armées de libération reçoivent gloire. et administrativement rattachées à l’Unité administrative Féminine AFAT de la région de la division à laquelle appartient l’unité masculine2. Mais février 1945] : courrier du 9 décembre 1944 émanant du commandant Chardon au commandant de la IVe région militaire. le rôle qu’elles ont joué dans la résistance intérieure est officiellement reconnu comme élément constitutif de la France Combattante. 2 Id. – Doit être considérée comme ayant servi dans la Résistance toute femme qui pourra justifier de son appartenance à une organisation de résistance devant le chef de bureau FFI de la région militaire ou devant ses correspondants départementaux. Cette fusion obéit à l’« instruction concernant les conditions de l’intégration dans l’armée féminine de l’armée de terre. Elles seront alors constituées en petites unités féminines. 1 SHD – Département de l’armée de terre – 9 P 31 / 4e RM : Angers / Organisation et fonctionnement du service du recrutement.. considérées comme appartenant à la réserve de l’AFAT. les femmes ainsi intégrées à l’AFAT resteront attachées aux unités auxquelles elles ont appartenu et auprès desquelles elles ont combattu. – Les femmes répondant à la définition de l’article 1er et qui ne contracteraient pas d’engagement immédiat dans l’AFAT seront. il convient maintenant de ne pas oublier les FFI. notamment pour « payer d’une façon régulière les femmes ayant acquis des grades dans l’armée à titre FFI »1.

100 de la solde de la majoration de solde. 370 : Article 4. p.dans le même temps. les intéressées recevront application à partir du 1er janvier 1945 des dispositions prévues par le décret du 26 avril 1944 – article 4 – relatif au régime de solde et de traitement2. . les traitements fixés pour les personnels spécialistes d'après le tableau de concordance jointe en annexe au présent décret. ce qui – dans un contexte comme celui de la Libération – est loin d’être évident. 6 mai 1944. des frais d'entretien et des indemnités diverses dans les mêmes conditions que les personnels militaires masculins à égalité de grade et de situation de famille . soldes et traitements des personnels des Formations Militaires Féminines Auxiliaires de l'Armée ». De nombreux-ses historien-ne-s ont montré depuis longtemps que les femmes restaient généralement en marge des hommes dans la résistance intérieure. – Les personnels du cadre de commandement perçoivent : . […] 1 IHTP – ARC 115 / Fonds Germaine Lévy dite Gilberte Lamie (1905-2002) / Dossier II : l’engagement militaire des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale et l’immédiat après-guerre à travers le parcours de Germaine Lévy : des Sections sanitaires automobiles (SSA) aux Auxiliaires féminines de l’armée de terre (AFAT).s'ils sont sous-officiers ou caporaux. Une dernière avancée importante de cette instruction est la constitution d’une armée de réserve féminine. Sous- dossier II/A : Instruction concernant les conditions de réintégration des membres féminins FFI dans le cadre de l’armée (AFAT). L’armée qui se réorganise entend ainsi se protéger d’une augmentation massive – et systématique – des effectifs féminins dans ses rangs. Lorsque les auxiliaires spécialistes et les personnels sous- officiers et caporaux du cadre de commandement sont nourris aux 132 . trois solutions s’offrent à elles : . elle rend extrêmement procédurière l’obtention de la preuve des services accomplis. Les personnels spécialistes perçoivent un traitement dans les conditions et selon les tarifs fixés par les textes en vigueur antérieurement à la date du présent décret. avancement. 85 p. grande nouveauté dans l’histoire militaire française.s'ils sont officiers. Il leur faut donc faire très vite et surtout être informées des possibilités qui leur sont offertes. Une fois que leurs services accomplis au sein des FFI auront été reconnus et validés par le bureau régional FFI. l’intégration des femmes FFI dans l’AFAT n’est pas automatique. En revanche. « relatif aux effectifs. leurs actions sont restées dans l’ombre. Journal Officiel de la République Française. 2 Décret du 26 avril 1944. Dans ce cas. Formuler une demande écrite tendant à servir dans l’AFAT par engagement pour la durée de la guerre. Parce que sous leurs ordres et avec des missions souvent jugées secondaires. les femmes doivent intégrer l’AFAT avant la libération de la zone dans laquelle elles se trouvent 1. Ces traitements peuvent être modifiés par arrêté commun du commissaire à la guerre et du commissaire aux finances. De plus.

des officiers. Enfin. ils ont acquis au contact des réalités un sens exact de la discipline. . 3 SHD – Département de l’armée de terre – 9 R 311 / Personnels . le général de Larminat ne tarit pas d’éloges sur les volontaires masculins des FFI.. Note n° 633/D.législation / Dossier 2. décidés. Le 14 mai 1945. 4 Ibid. la remise en ordre a bien lieu à la Libération. décorations. énergiques. sur le maintien dans l’armée des volontaires FFI. dans une « note sur le maintien dans l’armée des volontaires FFI »3. formation pré-militaire. il est exercé sur leur traitement une retenue égale au montant de la prime globale d'alimentation. statut des militaires de carrière. la régularisation de leur situation doit être achevée pour le 1er février 19452. Leur qualité physique est bonne. C’est une qualité de soldats infiniment supérieure à celle du contingent normal. sauf en campagne. Ils ont l’expérience du combat. les femmes restent en marge des lois et des décisions officielles. Le général de Larminat – comme l’ensemble des autorités militaires – ne se pose pas la question de savoir si des femmes auraient fait preuve des mêmes qualités qu’il attribue aux FFI dans leur ensemble. Si l’armée a amorcé une esquisse d’égalité entre hommes et femmes en permettant à ces dernières d’accéder à un statut militaire jusqu’alors réservé aux hommes. état-civil aux armées.Atl/Cab. Du 14 mai 1945. C’est donc sans surprise qu’après avoir servi dans l’ombre des hommes dans les FFI. Enfin. garde de l’Empire. Retourner à la vie civile. création du cadre d’officiers techniciens. commandant la IVe région militaire. Note de service n° 301/1/ORG datant du 10 janvier 1945. Recrutement. 133 . émanant du général de Larminat. en vue d’harmoniser au plus vite les différentes forces féminines en présence. dispositions particulières à certains personnels [1941-1965]. Se faire embaucher – de droit et par priorité à titre civil dans le personnel féminin auxiliaire employé dans les États-majors et services de la guerre1. reconquête de l’Indochine) 4. Ils sont beaucoup plus intelligents. pour lesquelles il lui faut des troupes de qualité (occupation de l’Allemagne. mais il n’évoque pas les femmes : Il y a grand intérêt à maintenir dans l’armée pour quelques années la grande masse de ces volontaires FFI. émanant du général de brigade Hary. . des PFAT. désireux de bien faire.A. C’est parmi ces jeunes gens que nous trouverons le premier fond de noyau d’armée permanente qu’il faut au Pays pour répondre aux obligations militaires immédiates qui vont lui incomber. successions et biens des militaires décédées. 2 Ibid. 1 SHD – Département de l’armée de terre – 9 P 31 / 4e RM : Angers / Organisation et fonctionnement du service du recrutement… op. frais de l'État. cit.

certains éléments de l’armée féminine n’échappent pas au contrôle sévère de leurs activités pendant la guerre. par certains dirigeants autonomistes bretons avec les services de renseignements allemands. Il est d’ailleurs regrettable qu’elle n’ait 1 Luc Capdevila. « Avocat du Reich dans tous les grands procès politique des années trente à l’étranger et l’un des informateurs les mieux introduits dans la classe dirigeante française » (Rita Thalmann.. Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale. les résistantes de l’intérieur doivent prouver quels services elles ont rendus. 1998. Après la défaite de 1940. Brest.Parce qu’elles sont avant tout des femmes. « Du cercle de Sohlberg au Comité France-Allemagne : une évolution ambigüe de la coopération franco-allemande ». 3 Christian Bougeard dir. 134 . a démontré les liens étroits entretenus depuis la fin des années vingt. Université de Bretagne occidentale. Entre Locarno et Vichy : les relations culturelles franco-allemandes dans les années 1930. Conseiller de l’ambassadeur allemand en France Otto Abetz. 608. op.. travaillait avec le Docteur Friedrich4 à Radio-Paris et a manifesté de toutes les manières son activité germanophile. l’occupant a utilisé ces agents autonomistes dans des opérations militaires ou répressives contre les résistants 4 Friedrich Wilhelm Johannes Grimm (1888-1959) : juriste allemand employé des services de propagande nazis. CNRS. parfois légale. 1993. fait partie « de ce que l’on peut considérer comme la manifestation la plus agressive du rétablissement de l’autorité masculine sur la population féminine »2. p. « Le masculin ». 608.). C’est le cas par exemple de Marie-Thérèse Duparc suspectée de « germanophilie » avant son intégration dans l’AFAT. p. Hans Manfred Bock. n° 2. p. et tondues. mais il se trouve que celles régulièrement incorporées dans les armées de libération peuvent également être l’objet d’enquêtes approfondies. l’épuration des femmes suspectées de relations avec l’occupant. Paris. Enfin. le chef du bureau juridique militaire adresse au ministre de la Guerre ainsi qu’à la direction de l’AFAT le courrier suivant : Notre attention a été attirée sur la nommée Marie- Thérèse Duparc qui. Friedrich Grimm participa souvent à des émissions de Radio-Paris. pendant l’Occupation. parfois sauvage. Alors qu’un peu partout s’organise sur le territoire libéré une épuration. Le 10 septembre 1945. Lionel Boissou. Elle doit du reste partir incessamment pour Calcutta. La plupart de ses textes ont été publiés entre 1941 et 1943. 406 p. Reinhart Meyer-Kalkus et Michel Trebitsch dir. cit. « Le mythe du guerrier et la construction sociale d’un ‘éternel masculin’ après la guerre ». Revue française de psychanalyse. Mademoiselle Duparc nous a été signalée comme très dangereuse. Centre de Recherche Bretonne et Celtique. 2 Luc Capdevila.. sous le titre Un journaliste allemand vous parle. dans un contexte favorisant « le développement d’un imaginaire propice à la consolidation d’un ordre social masculin »1. leur engagement militaire doit rester tout à fait exceptionnel et limité. dans sa contribution « l'Allemagne et le nationalisme breton ». 2002. « Le mythe du guerrier… ». Non seulement. 84. Cette personne serait entrée dans l’AFAT et appartiendrait actuellement au 2e Bureau de l’État-major de l’armée expéditionnaire d’Extrême-Orient. appartenait aux « Autonomistes Bretons »3.

correspondance (1941-1943). Bien qu’aucune autre source ne permette de développer. demandes d’autorisation ministérielle pour se rendre à l’étranger : dossiers individuels (1945-1946) . Essentiellement basé sur des rumeurs et des spéculations 2./D/H. F/7/15307 : Propagande allemande / Notes d’information. l’auteur de cette missive considère de telles individues comme « dangereuses » devant être « chassées » et « frappées d’indignité nationale »4. La France « virile ». l’objectif de ce courrier est d’attirer l’attention de la Direction de l’AFAT sur la légèreté dont elle semble faire preuve pendant le recrutement 3. avoir été membre des services du commissariat des questions juives. 2000. Et les réponses apportées sont sans appel. presse (1940-1944). p. Jusque dans les années 1950. notes de renseignements. 2 Malgré des recherches menées aux Archives de la Préfecture de Police et aux Archives Nationales. avoir été membres des services gouvernementaux de propagande. 4 C’est l’ordonnance du 26 décembre 1944 qui définit dans son article 2 ce qui « constitue notamment le crime d’indignité nationale » : Les six cas sont : avoir été membre du gouvernement après le 16 juin 1940. radios clandestines : coupures de presse. dont la signature est illisible. avoir organisé des manifestations artistiques. De toutes manières. avoir publié des textes ou faits des conférences en faveur de la collaboration. Quoi qu’il en soit. 3 Ce point sera développé un peu plus loin. ce courrier révèle quand même son lot d’informations sur le sort réservé aux traitre-s-ses de l’armée. Rapports franco-allemands : notes d’informations. Courrier Cl. pas été poursuivie pour intelligence avec l’ennemi et frappée d’indignité nationale. avoir été membre après le 1er janvier 1941 d’un certain nombre de groupements collaborationnistes. Service central photographique du Ministère de l’Information. enquêtes sur des candidats photographes : photographies. des femmes tondues à la Libération. Paris. copie du livre d’or d’Emma Göring (1939-1954). comme c’est le cas dans toute l’administration française. rien ne permet à l’heure actuelle de confirmer que Thérèse Duparc a travaillé à Radio-Paris : F/7/15295 : Radiodiffusion et photographie (1941-1946) / Dirigeants et speakers de radios : notices de renseignements (1941-1946) .N/ 051-4264 daté du 10 septembre 1945. PFAT / Dossier 1. il semble que l’intéressée doit être chassée de l’armée et poursuivie pour son action en faveur de l’ennemi pendant l’occupation1. dossiers d’enquêtes. […] Nous avons l’honneur d’appeler votre attention sur cette affaire et de vous demander de vouloir bien prescrire une enquête en vue de déterminer les complicités qui ont permis à Mademoiselle Duparc de s’engager dans l’AFAT. Partant d’une supposition. correspondance (1943). Il y est clairement dit qu’il est tout à fait impossible que le statut d’officier de réserve soit « appliqué aux 1 SHD – Département de l’armée de terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. plusieurs demandes à ce sujet sont adressées aux autorités militaires. Payot. notes de renseignement. 31 et 330. économiques ou politiques en faveur de l’occupant ou de la collaboration. Statut des PFAT [1945-1968]. Fabrice Virgili. cette assimilation des FFI aux AFAT est loin d’être achevée au lendemain de la guerre. émanant du chef du bureau juridique militaire. Dans l’armée aussi. confirmer ou infirmer ces accusations. 135 . l’épuration fait rage.

ont eu ‘rang et qualité d’officiers’ pendant les opérations de la guerre 1939-1945 »1. 136 . y compris à Londres et dans les colonies. dans une note à l’attention du ministre de la Guerre. En début d’année 1945. 2 Ordonnance « organisant la mise sur pied de guerre dans l’ensemble des territoires non occupés par l’ennemi » qui officialisait le service féminin dans l’armée par voie d’engagement ou de mobilisation. il est rappelé que les femmes ayant servi « sous le régime de l’ordonnance du 22 octobre 19432 et qui ont été nommées officiers par décret […] n’ont plus. Les Merlinettes. En 1956. Se basant sur un effectif d’environ quinze mille 6.. mais elle dresse un bilan chiffré des effectifs et propose également une « répartition des effectifs à prévoir pour l’AFAT »5. de l’artillerie. p. Forces Françaises Combattantes : intégration dans le cadre des réserves des ex-membres féminins des Forces Françaises Combattantes [1956] : projet de réponse à une demande adressée le 26 novembre 1954. Les dispositions générales de tous les décrets et lois votés pendant la guerre et qui stipulaient que les femmes s’engageaient seulement pour la durée de la guerre. actuellement dans leurs foyers. elle propose la répartition suivante : 1 SHD – Département de l’armée de terre – 19 T 158 / Bureau d’Études générales / Dossier 2. 3 SHD – Département de l’armée de terre – 19 T 158 / Bureau d’Études générales / Dossier 2. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. 5 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. 12. aucun caractère militaire »3. Forces Françaises Combattantes : intégration dans le cadre des réserves des ex-membres féminins des Forces Françaises Combattantes [1956] : lettre du 13 juin 1956 émanant de la Direction du Personnel Militaire de l’Armée de Terre (DPMAT). prennent tout leur sens à la Libération et font même jurisprudence des années plus tard. Hélène Terré retrace non seulement l’historique de l’AFAT depuis la fondation du CVF à Londres en 1940 jusqu’à la Libération. émanant du commandant Hélène Terré. création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946]. Et le 19 décembre 1945. Note du 19 décembre 1945 du commandant Hélène Terré : réponse à diverses questions posées à la direction du service des formations féminines de l’armée de terre. créations et dissolutions d’unités administratives. de l’ABC. parue au Journal Officiel de la République Française du 28 octobre 1943. Note AFAT/693/ CAB du 20 janvier 1945 : « liste nominative des unités administratives de l’AFAT ». réparties sur l’ensemble du territoire français. des transmissions. trente-trois unités administratives de l’AFAT sont constituées ou en voie de constitution4. de l’infanterie. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. suivant la même logique. 6 Chiffre arrondi à la baisse pour l’étude qu’elle propose. du génie. Mireille Hui mentionne quant à elle « seize mille trois cents femmes inscrites dans les registres du Ministère de la Guerre » : Mireille Hui. 4 SHD – Département de l’armée de terre – 6 P 5 / Bureau des études générales et des relations extérieures / Direction de la gendarmerie. Instruction et notes concernant l’organisation de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. des AFAT.personnels féminins qui. cit. op. quel que soit le grade détenu antérieurement à leur libération.

Dans cette même note du 19 décembre 1945. Note du 19 décembre 1945 du commandant Hélène Terré : réponse à diverses questions posées à la direction du service des formations féminines de l’armée de terre. Hélène Terré fournit un bilan chiffré de l’AFAT de la fin de l’année 1944 à la fin de l’année 1945. États-majors territoriaux 1041 Unités et services AFAT 979 Administration centrale d’État-major 910 Écoles et Centres d’Organisation 1360 Services 1830 Allemagne 800 Extrême-Orient 300 Services de Santé 5200 Transmissions 2100 Personnel à l’Instruction et Volant 500 Elle justifie de tels effectifs en rappelant que toutes les femmes de l’AFAT sont des spécialistes et qu’« on oublie trop souvent par exemple qu’une secrétaire ne peut remplacer une dactylo ni une infirmière une standardiste »1. cit. de certains agents P2 et de déportées rentrant de captivité »2. 2 Id. op. L’augmentation constante des effectifs entre ces deux dates atteste bien de cette féminisation de l’armée. Évolution des effectifs AFAT entre octobre 1944 et décembre 1945 14000 13000 12000 11000 10000 9000 8000 7000 6000 5000 4000 mai mars juillet septembre janvier avril novembre novembre février août octobre juin décembre octobre décembre 1944 1945 1 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. Annexe I. Le tableau des affectations est reproduit en annexe p. 551. Laissant présager un maintien dans l’armée de femmes dont les contrats étaient pourtant à durée déterminée. 137 . ces effectifs sont rapidement revus à la baisse un mois plus tard. Le graphique suivant en est l’illustration. qui incorpore progressivement dans ses rangs les « personnels féminins de la Résistance des FFI.

5 PFAT dans la suite du texte. Ces réflexions ne sont pas sans rappeler les débats d’avant-guerre sur l’incompatibilité entre la nature féminine et le monde militaire. Les intentions du ministre des Armées se veulent bienveillantes et le maintien de femmes dans l’armée ne saurait être autre chose qu’une mesure tout à fait exceptionnelle. à l’exception des volontaires pour la campagne d’Extrême-Orient »2. Statut des PFAT [1945-1968] : décision du 10 janvier 1946 du Ministre des Armées. Edmond Michelet crée le service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre5 dont les effectifs ne pourront excéder quatre mille 6. PFAT / Dossier 1. 3 Id. tant par les politiques que la société. 6 SHD – Département de l’armée de terre – 7 T 354 / Statut des personnels militaires / Statut des PFAT. des titres antérieurs et. les effectifs sont désormais de trois mille huit cents3. Ces quelques mots pourraient se passer de commentaires mais l’expression « assainissement » veut bien dire que l’armée française a été gangrénée par l’invasion des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale. La grande différence entre l’AFAT et le service du PFAT est que. désormais. Edmond Michelet. instruction [1944-1972] : Décision du 24 janvier 1946 du Ministère des Armées. les personnels féminins de l’armée de terre sont administrés par un officier supérieur masculin. 2 SHD – Département de l’armée de terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. En janvier 1946. décide le « renvoi dans leurs foyers. et annonce procéder à une sélection très stricte pour les « nouvelles admissions : il sera tenu compte. table chronologique des documents (antérieurs au statut). soit cinq fois inférieurs à ce qu’ils étaient en 1945. de la participation à la lutte contre l’Allemagne et la libération du territoire ». La Seconde Guerre mondiale apparaît alors 1 L’acronyme AFAT au pluriel peut également s’employer pour désigner les femmes faisant partie de l’AFAT au singulier. alors qu’il ne reste plus que quelques milliers de femmes dans l’armée. 138 . Note sur une réorganisation des AFAT. Toujours en janvier 1946. l’acronyme PFAT regroupe dans le langage militaire courant aussi bien les personnels de l’armée de terre que ceux de la marine bien que leurs acronymes officiels soit PFAA pour l’armée de l’air et PFM ou PFAM pour la marine. Dans cette logique. du fait de leur nature même de femme comme en atteste la conclusion de cette décision : « ces mesures d’assainissement proposées satisferont l’opinion publique. affermiront le moral du personnel féminin qui mérite incontestablement d’être traité avec bienveillance et compréhension »4. Comme expliqué précédemment pour l’AFAT. avant le 28 février 1946 de toutes les auxiliaires féminines de l’armée de terre 1. Quant à la « satisfaction de l’opinion publique ». dans la limite des besoins. celle-ci montre que les femmes dans l’armée sont loin d’être acceptées. Le retour à la normale s’opère donc et cette démobilisation des femmes ressemble à s’y méprendre à celle de 1918. le ministre des Armées. statut. 4 Ibid. recrutement. en particulier.

ont souvent été évoqués. Instruction et notes concernant l’organisation de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. et faire état de la mauvaise réputation dont souffrirent les « filles du maquis » et les engagées volontaires dans les FFL : l'engagement qu'elles avaient choisi dans la défense nationale et leur immersion dans un univers masculin n'étaient pas compris par le plus grand nombre 1. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. 2 SHD – Département de l’armée de terre . comme le soulignent Luc Capdevila et Fabrice Virgili : On ne peut que constater l'incrédulité des spectateurs qui assistèrent aux défilés des femmes soldats ou des partisanes en armes à la Libération. les stéréotypes. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. Cette étude. président du Conseil auprès du chef de la Jeunesse et Jean de Chelle. sans enfant à charge.SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. créations et dissolutions d’unités administratives. Une soldate est avant tout une femme et cet engagement ne doit en aucun cas la détourner de sa nature féminine faite de douceur. Les préjugés. op. femmes et nation en France (1939-1945) ». création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946]. de même que les images véhiculées – bien malgré elles – par ces femmes qui ont endossé l’uniforme militaire pour servir comme des hommes. Elles sont surveillées de près car les autorités craignent que « la femme mobilisée » ne soit « amenée à compromettre sa dignité »2. b) Considération et intérêt nouveau pour ces militaires d’un « nouveau genre » L’image des militaires féminines de la première heure. Sous-dossier « Direction des services des Formations Féminines de l’Armée de terre » : Gilda Simond. est loin d’être glorifiée. quatre vertus qui n’ont évidemment pas leur place dans l’armée ou au front. dévouement maternel. sur les militaires féminines de la Seconde Guerre mondiale. mais aussi immédiatement après. Les femmes qui s’engagent répondent à un certain nombre de critères : elles doivent être célibataires. En effet. Les superstitions et les préjugés sont toujours très vifs au sein de l’armée et ce n’est pas sans crainte ni mise en garde que les femmes intègrent ses rangs. s’achève par une analyse des réflexions qu’elles ont suscitées pendant leur guerre. « Guerre.. cit. veuves ou divorcées. chef du service de la Jeunesse et 139 . Le temps de paix revenu. abnégation ou discrétion. déléguée des mouvements féminins. C’est 1 Luc Capdevila et Fabrice Virgili. l’heure est désormais à la redistribution des rôles de sexes. bien qu’auxiliaires « à leur place ». à cause de la promiscuité avec les hommes. afin de ne pas troubler l’équilibre familial déjà mis à mal en contexte de guerre. Jean Fontensau. La Libération et la paix revenues sont également propices aux réflexions et aux enseignements à tirer de cet engagement militaire féminin sans précédent.comme une parenthèse dans les attributions que certaines femmes s’étaient vues confier. en ligne.

Le Guide du bon usage. » 3 Albert Dauzat. p. une difficulté d’un autre ordre a été soulevée. m’assurait l’un d’eux. trouver les mots… Le poids des représentations est très lourd et révèle un paradoxe important entre les réalités et les contraintes liées à leur engagement assez soudain. 1954. p.. Ce mot désigne en effet depuis 1802 l’épouse d’un général avec une nuance d’ironie. 2 Au moins depuis 1802 : Alain Rey dir. 556. « Le qualificatif de générale. Albert Dauzat aborde cette question dans un chapitre qu’il a intitulé « les épouses abusives – la présidente est-elle la femme du président ? » 3 Voici quelles sont ses conclusions : Parmi les féminins qui sont entrés depuis longtemps dans l’usage. Employées par les hommes. De plus. a toujours des Sports au Commissariat à l’Intérieur : « Les services féminins aux armées et l’avenir de la France ». En 1954. comme la préfète est la femme du préfet et la générale celle du général ? […] Pour les grades de l’armée. à la femme du titulaire : la présidente n’est-elle pas la femme du président. et qui était souvent prononcé ainsi avec dédain par celles et ceux qui n’approuvaient pas la présence des femmes dans l’armée. Pour des fonctions qui n’étaient pas (ou ne sont pas encore) accessibles à la femme. Femmes en armes. les officiers sont unanimes. et les expressions « commandante » ou « lieutenante » par exemple restent officieusement et exclusivement réservées aux femmes entre elles. Les archives sur ce sujet sont très révélatrices : les grades sont toujours masculins et les femmes toujours désignées en tant que telles ou regroupées sous les appellations officielles. p. une place introuvable ? … op. Comme le rappelle Katia Sorin. 87. dans son Guide du bon usage. op. de même que « la maréchale »…etc. et eu une connotation sexuelle1. Et selon Odile Roynette. Toutes les femmes rencontrées dans le cadre de ce travail ont insisté sur la manière de prononcer ce sigle : « péfat » et non « pfat » qui s’apparente davantage à une onomatopée qu’à une appellation officielle. le féminin du titre s’appliquait et s’applique encore.. 130 : « La générale dans le vocabulaire de l’armée n’a rien à voir avec la répétition qui précède immédiatement la première d’un spectacle. 1 Katia Sorin. cit. 102. Pendant toute la Seconde Guerre mondiale. L’armée ne féminise jamais les grades. Thèse de doctorat. elles revêtent un caractère péjoratif ou ironique. p. cit.. Paris. la coutume veut que « la générale » soit l’épouse du général2. Reproduit dans son intégralité en annexe p. 140 . l’incorporation des femmes dans l’armée pose de nombreux problèmes aux législateurs et aux autorités militaires : légiférer.aussi pour cela qu’elles ne doivent jamais s’être livrées à la prostitution : disposition qui figure dans tous les décrets relatifs à la formation ou la création d’unités féminines. 1572.. Dictionnaire historique … op. par un usage courant. cit. Delgrave. Les mots des soldats. le sigle « PFAT » a longtemps été employé de manière péjorative.

» Quand bien même un féminin aurait deux valeurs. célibataire ou non. […] Il faut donc protester contre l’appellation incorrecte « Madame le Président » qu’on a pu entendre dans certaine assemblée parlementaire. est catégorique et refuse de se faire appeler « Madame la générale » car elle ne veut pas qu’il y ait confusion sur ses fonctions : elle n’est pas l’épouse 1 Albert Dauzat. titre qu’on a toujours donné par exemple. Quant à savoir quel titre donner à l’époux d’une femme gradée par exemple. institutrice et inspectrice furent employées le plus naturellement du monde comme précédemment l’actrice et plus anciennement la couturière. Valérie André par exemple2. […] « À réserver. pour l’Armée du Salut. Mais c’est également le cas de toutes les autres fonctions évoquées par Albert Dauzat. peu au courant de certains usages. 102-105. » « Depuis que la femme exerce certaines fonctions dans l’enseignement et dans l’administration. déjà lointaine. Les femmes. Parce que les hommes ont été soldats avant les femmes. elle porte ce titre et son mari n’a pas droit au titre royal. où la fonction existe. les grades sont historiquement masculins. pas plus que la couturière celle du couturier. la question ne se pose pas puisque les hommes ne sont jamais désignés par rapport à la fonction de leurs épouses. Pays-Bas…etc. à la duchesse d’Uzès à l’époque. Aurait-on l’idée de dire « Madame le roi1 » ? Cette analyse linguistique prête à sourire. La femme qui préside une assemblée comme une société est la présidente. 2 Valérie André : entretien. l’inspectrice n’a jamais été la femme de l’inspecteur. cit. 13 mars 2006. mais aussi les « épouses de… » sont donc toujours nommées par les hommes. 141 . Valérie André sera la première femme général en 1981. p. aussi peu admissible que la capitaine ou la commandante ».. – la reine fait fonction de roi . Les opinions des officiers qu’il cite sont sans appel et s’inscrivent dans la logique d’une exclusivité masculine de la fonction militaire. Quoiqu’ait dit Littré. op. où elle présidait la Société protectrice des animaux. été jugé comme souverainement ridicule pour tous les militaires. certes. ce ne serait pas une raison pour appliquer à une femme un féminin incorrect. Si les avis sont partagés sur ces appellations. m’écrivait un autre. Qu’est-ce qu’une reine ? La femme du roi ? Pas toujours ! Dans les pays où les femmes peuvent accéder au trône – Angleterre. mais elle a le mérite de dénoncer le monopole masculin de l’attribution des titres et des grades. certaines femmes militaires sont dans la même logique que les officiers cités par Albert Dauzat : il n’est pas question de féminiser les grades. Le Guide du bon usage.

au moins dans le souvenir de centaines de femmes et de très nombreux hommes. que le féminin n’est pas une déchéance – au contraire – le terrain sera libéré d’une lourde hypothèque. p. Madame le général1. Albert Dauzat va jusqu’à accuser de faiblesse ou de négation de leur identité sexuée les femmes qui refusent – comme Valérie André – de féminiser leur titre ou leur grade : Le problème est d’abord d’ordre psychologique. Albert Dauzat clôt son argumentation en expliquant que la pire des formules consiste précisément à associer un ou deux groupes de mots de genre grammatical différent. de discordances entre substantif et appellatif. Quand on aura persuadé les femmes.. 3 Albert Dauzat. spécialiste du cheval et de la femme. Quant au déterminant « mon » devant un grade. ‘la docteur’ »3. C’est d’ailleurs le titre qu’elle a choisi pour son autobiographie publiée en 1988. ou directement par leur grade sans déterminant ni civilité : général André. Paris. appelez-moi donc ‘mon commandant’. p.d’un général mais bien général elle-même. Au moins.. il est traditionnellement attribué à l’abréviation de « monsieur ». 7. elle émet bien des réserves quant au nombre de militaires masculins qui s’en rappellent. Un commandant…. Au-delà de la simple linguistique. 2 Suzanne Massu. comme ‘madame le docteur’ ou. L’usage militaire veut que celles-ci se fassent appeler « madame » ou « mademoiselle » suivi de leur grade. 1988. ce que font justement Valérie André et Suzanne Torrès : « pour les masculins encore irréductibles. ce qu’il faut éviter c’est l’accouplement. aussi suranné qu’un mauvais roman du début du siècle. dans un groupe grammatical. c’est le trahir. en collant devant ma bouche un micro impérieux. Le Guide du bon usage. commandant Terré. 108. cit. impossible alors de l’utiliser pour s’adresser à une femme gradée. « Si vous tenez à me donner un grade. êtes-vous fière qu’on vous donne ce titre ? » interroge naïvement un journaliste omniscient. op. Perrin. pis encore. même si elle avoue respecter peu les conventions militaires. Madame le Général. Et concernant Suzanne Torrès. Dérober son sexe derrière le genre adverse. les intéressées. 142 . 1 Valérie André. 250 p. op. Cette réflexion de Suzanne Torrès est par ailleurs intéressante car même si elle souligne que toutes les femmes ayant été sous son commandement se souviennent qu’elle était officier supérieur. ce cas rarissime en France : une femme officier supérieur2. cit. […]La femme qui préfère pour le nom de sa profession le masculin au féminin accuse par là même un complexe d’infériorité qui contredit ses revendications légitimes. ce sera personnel et original ». c’est pourtant le genre grammatical masculin qu’elle choisit quand la question lui est posée : « Madame la Générale. aimez-vous. commandant Torrès…etc. Car j’ai été. je suis toujours. […] Ce titre me paraît aussi ridicule.

La politisation du genre des noms de métier. titres. selon que le mot est employé au masculin ou au féminin. il est malheureusement difficile d’admettre que la féminisation des grades militaires n’est pas une déchéance quand depuis des siècles. pendant que leurs maris vaquent à leurs occupations ordinaires […].Si les positions d’Albert Dauzat peuvent paraître assez progressistes. 290. p. L’usage du masculin étant officiellement de rigueur. elles incarnent une figure emblématique des femmes aux armées. qui va dans le sens de la hiérarchie des fonctions sociales occupées par les hommes et les femmes1 : un couturier est considéré comme un grand créateur mais la couturière n’est qu’une ouvrière. Les cantiniers à poste fixe sont nommés par le ministre de la guerre […].3 Toujours est-il que si le langage militaire officiel ne pratique pas la féminisation des termes. L’armée du XIXe siècle en fournit un parfait exemple avec les cantinières. Qui ne connaît la cantinière de régiment ? Après le tambour- major. mais il arrive quelquefois […] que les cantinières ou les vivandières des régiments n'ont ni cantiniers ni vivandiers. 1999. même bravoure. Quant aux cantiniers ambulants. au moins jusqu’en 1914. […] Que vienne la guerre. La féminisation de l’armée semble poser aux autorités militaires une difficulté visible dans presque tous les textes et notes de service. L'Harmattan. Enfin. les notes de service d’Hélène Terré sont dans la norme militaire. et les cantinières se transforment si bien qu'elles ne se distinguent plus. 3 Pierre Larousse. voir Claudie Baudino. p. il est fréquent d’en trouver trace dans les archives ou les témoignages. 1 Sur ce sujet. Femme. une petite main 2. 2001. Politique de la langue et différence sexuelle. Paris. c'est sur elle que se portent tous les regards. ils sont désignés par les chefs de corps […]. j’écris ton nom. et si Hélène Terré ne féminise pas sa fonction. 7. cit. Paris. Dans l’imaginaire collectif. Paris. à la lecture de la définition qu’en donne Pierre Larousse dans la deuxième moitié du XIXe siècle. 364 p. même patriotisme. tome 3. 2 Annie Becquer et al. […] On voit bien qu'elle sait ce qu'elle vaut. ne se considérant ni comme « directrice » ni comme « chargée » de mission. c'est-à-dire qu'elles seules tiennent réellement la cantine. Ce sont mêmes sentiments. la féminisation entraîne souvent une dépréciation.. 143 . 1867-1890. Les cantinières et les vivandières sont toujours les femmes des cantiniers et des vivandiers . Guide d’aide à la féminisation de noms de métiers. grades et fonctions.. La Documentation Française. révèle très clairement une mutation des identités de genre : Cantinier-ère : personne qui tient une cantine. op. Pourtant. Larousse. celle-ci fait de « madame la colonelle » la femme du colonel. l’évolution de leur définition.

Le grand dictionnaire… op.Dans l’une d’entre elles. 2 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. cit. 252. Pour d’autres. les sobriquets les plus variés mais pas toujours les plus heureux apparaissent avec les premiers engagements féminins. p.. Dans la marine par exemple. mais il est également un marqueur du genre grammatical féminin. 21. on peut lire « sous-officiers et hommes de troupes féminins »1 . Le suffixe « -ette » s’applique ainsi aux termes familiers et/ou réducteurs.htm. « cuisinières » ou « infirmières » ne posent apparemment pas problème quant à leur genre grammatical . 6 Mireille Hui. il les relègue au rang de petites soldates ou petites transmissionistes. il s’agit du dérivé d’un nom propre masculin. création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946] : ordre du jour n° 78 de l’ambassade de France à Londres du 17 octobre 1945. elles n’en font que peu de cas5. : p.. une « Jeannette » a longtemps désigné un jeune mousse mais aussi un jeune matelot efféminé4. Loin de mettre en avant le rôle des femmes. le service aux personnes. Cela montre bien le poids de l’héritage culturel qui attribue aux femmes les tâches ménagères. Si elles sont d’accord pour reconnaître qu’ils ne sont pas vraiment à leur avantage. tandis que les termes « conductrices ». Avec le recul. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. : entretien écrit. www. cit. juin 2006.org/Temoignages/Merlinette. 4 Jean-Marie Cassagne. le soin aux malades. Toujours est-il que ce sont les hommes qui nomment les femmes… et les surnomment. cit. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. après la guerre. ils font tout simplement partie de leur vocabulaire et de leur identité de femme militaire comme pour Mireille Hui ou Paulette Vuillaume6. courriers et notes de service font parfois apparaître une féminisation de certains termes jusqu’alors « intouchables » comme « la capitaine »2. les transmissionistes deviennent donc – en toute logique – les « Merlinettes ». à l’heure des hommages et du souvenir. Quant à 1 SHD – Département de l’armée de terre – 4 H 337 / Cabinet militaire / Dossier 7. Dans cet esprit. C’est le cas des « marinettes ».B. Les Merlinettes… op.milifemmes. Affectation du personnel féminin [1940-1943] : note de service 16092/3 du 6 novembre 1942 signée de l’Intendant militaire Desmoulins du Besle. directeur de l’Intendance des FFL en Moyen-Orient. 9 et Paulette Vuillaume. créations et dissolutions d’unités administratives. Pourtant. Les femmes dans la Marine Nationale… op. Parce que créé par le Général Merlin. 144 . elles sont peu nombreuses à accorder de l’importance à ces diminutifs. consulté le 12 mars 2006. surnom donné par les hommes aux premières femmes enrôlées dans la marine au sein de la 2 e DB3. sans compter qu’ici. 5 C. Ces diminutifs en « -ette » ne sont pas sans en rappeler d’autres : celui des suffragettes par exemple. p. ces dernières étant en quelque sorte les héritières de la cantinière du XIXe siècle. Instruction et notes concernant l’organisation de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. « ambulancières ». datée du 6 novembre 1942. 3 Micheline Fornaciari. De Tunis à l'Italie : le parcours d'une « Merlinette ».

102. Ainsi baptisé par Florence Conrad et ses premières recrues aux États-Unis. un drapeau français est apposé sur le pare-choc de l’ambulance. au sens militaire du terme. Enfin. et donc des militaires comme les autres. Sur fond bleu. op. la notion de « groupe » dans le langage militaire renvoie presque toujours à une unité officielle . Et d’une manière générale. Cela inscrirait dans la longue durée la présence des femmes dans l’armée. la féminisation des appellations militaires mériterait davantage de réflexion. 3 Tereska Torrès : archives personnelles. elle considère volontiers que le surnom de « Rochambelles » est « affectueux »1. Quand j’étais Rochambelle. mais l’hypothèse selon laquelle elle intervient dans un souci de distinction et de non-assimilation des femmes. ce qui n’est pas à l’ordre du jour dans les années 1945-1950.Suzanne Torrès. Finalement. Comme en témoigne par ailleurs son insigne3 : Sa féminisation par les hommes de la 2e DB invite donc à réfléchir sur cette nécessité de distinguer hommes et femmes dans l’armée. féminiser les grades militaires au lendemain de la Seconde Guerre mondiale reviendrait à faire des femmes les égales des hommes. les Rochambelles ne constituent ni un groupe ni une unité. or. p. certes. 2 Fonds du Mémorial du maréchal Leclerc. ce « Groupe » peut alors paraître à première vue très connoté sexuellement… mais aussi militairement. cit. Affectueux. se pose. Officialiser la possibilité d’une 1 Suzanne Massu. tous les « groupes » de femmes militaires sont féminisés ou comportent le qualificatif « féminin- e » dans leur nom. 145 . mais non officiel puisque les archives relatives aux ambulancières de la 2e DB les nomment « Groupe Rochambeau »2.. Dans la rhétorique militaire. Et la lettre « F » de tous les acronymes précédemment cités renvoie systématiquement à cette féminisation. consultées le 4 avril 2005. Le Groupe Rochambeau demeure aujourd’hui le seul groupe féminin de l’armée dont le nom « officiel » est resté masculin.

objet de fantasmes et de remarques obscènes dans les rangs masculins 4. la marine. 3 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. de l’ABC. autre incohérence : le « T » désigne pourtant l’armée de « terre ». en 1944. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. créations et dissolutions d’unités administratives. faisant donc référence à l’arme ou l’armée. De plus. créations et dissolutions d’unités administratives. Note du Général d’Armée de Lattre de Tassigny du 18 février 1946 : « ordre du jour aux Auxiliaires féminines de l’Armée de Terre. dans son témoignage. quand le général de Lattre rend hommage à ces femmes. ou encore la cavalerie. Instruction et notes concernant l’organisation de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. des transmissions. le « A » d’AFAT peut aussi bien signifier « arme » qu’« auxiliaire(s) » ou « Armée ». Janine Boulanger-Hoctin… etc. note AFAT/346/CAB du 24 novembre 1944. des AFAT. En effet. de même qu’elle ne féminise pas son titre ou son grade. le mot « arme » désigne la terre. l’acronyme AFAT devient le terme générique employé pour toute femme engagée dans l’armée. 146 . le terme d’« AFAT » est aussi fréquemment substantivé : employé au singulier ou au pluriel. création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946]. l’infanterie ou la gendarmerie. de l’infanterie. Yvette Rouxel. du génie. » 4 Témoignages divers : Rosette Peschaud. Or. Elle emploie ici le sigle au singulier. Note AFAT/1058/CAB du 27 février 1945 émanant du commandant Terré à l’attention du Ministre de la Guerre. chargé de mission auprès de l’AFAT »1 et en 1945 « directeur de l’AFAT »2. Dans le langage militaire. il parle « des AFAT »3. L’AFAT constituerait-elle donc une arme à part entière ? Il est avéré que ce n’est pas le cas puisque toutes les femmes de l’AFAT sont disséminées dans toutes les armes. Ainsi. Hélène Terré se désigne comme « Commandant H. L’argot militaire est également un vivier d’expressions et d’acronymes désavantageux pour les femmes. 1 SHD – Département de l’armée de terre . Ainsi. parle à plusieurs reprises de PPO : « les femmes dans l’armée avaient à cette époque [la Libération – ndla] la réputation d’avoir été admises pour en faire des PPO ».SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. de l’artillerie. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. 2 SHD – Département de l’armée de terre – 6 P 5 / Bureau des études générales et des relations extérieures / Direction de la gendarmerie. La création de l’AFAT pose un nouveau problème de définition et d’appellation. création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946]. Instruction et notes concernant l’organisation de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. Tereska Torrès. Le Corps Féminin des Volontaires Françaises est plus fréquemment appelé « Corps féminin » et cette appellation suscite bien souvent des railleries de la part des hommes à cause du double sens du mot « corps » qui renvoie à la fois à une unité militaire mais aussi au corps des femmes.association durable entre sexe féminin et grade militaire relève davantage d’une transgression des valeurs de genre que d’une étape supplémentaire vers l’égalité entre hommes et femmes. Instruction de l’AFAT. Terré. l’air. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. en pratique. Suzanne Massu. idée qui « était bien ancrée dans l’esprit militaire et.

72-74. p. comme l’atteste Yvette Rouxel. Mais tout le monde sait bien que PFAM signifie en réalité ‘petites fesses à manipuler’ »7. Quoi qu’il en soit. p. Paris. désignant les femmes engagées dans la marine. 147 . cit. PPO est l’acronyme de « Paillasson Pour Officiers ». aucune de ces femmes ne se définit jamais comme « auxiliaire » ou « subalterne » même si elles gardent toujours à l’esprit la raison pour laquelle elles ont été « acceptées » dans l’armée. 355. à propos des femmes militaires allemandes »2. à l’aube des années 1950. 1998. 329. une place introuvable ?. op. « Images et représentations des premières soldates françaises (1938-1962) ». op. Le grand dictionnaire… op. p. Entre 1944 et 1945. à l’entrée « PFAM »6. Cette réappropriation par les militaires d’un acronyme officiel. 5 Katia Sorin. encore aujourd’hui. quand l’imaginaire voit en elle – l’Autre – la destination du voyage… Mais sur le bateau. Ethnographie d’un navire de guerre.. cit. « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) ». cit. traditionnellement. 6 Qui désigne officiellement les Personnels Féminins de l’Armée de Mer à partir des années 1950. 7 Jean-Marie Cassagne. p. 177. Dans la marine. 16. ajoute que ce surnom « fut repris pendant l’Occupation.. Le grand dictionnaire… op. p. la plus fermée. on peut lire : « on dit que le sigle désigne théoriquement les personnels féminins de l’armée de mer. Mais. dans son Grand Dictionnaire de l’argot militaire. op. Tel est le surnom donné depuis le XIXe siècle aux femmes ayant des relations uniquement avec des officiers. dissimule en fait un refus d’assimilation très clair de ces femmes dans l’arme qui leur reste. 2 Jean-Marie Cassagne. Elles se voient toujours comme des militaires à part entière dont 1 Yvette Rouxel : courrier du 16 août 2009... leur seule présence à bord des navires porte malheur. comme l’un de ces êtres tabous qui a tendance à porter malheur…8 Ces ambiguïtés d’appellation et les difficultés à nommer ces femmes engagées dans l’armée française perdurent bien au-delà de la Seconde Guerre mondiale : les décrets précisant les termes à employer seront nombreux par la suite. il semble que celles-ci n’aient pas été les seules à être ainsi surnommées. Les gars de la Marine.. 8 Serge Dufoulon. la femme a tout juste le privilège de figurer aux côtés du lapin... 4 Luc Capdevila. les rumeurs vont bon train3 concernant les « femmes-soldats » qui sont souvent vues comme des « femmes au service des soldats »4.l’élévation du cœur et de l’esprit n’allait pas toujours avec l’élévation en grade »1. les femmes sont perçues comme des éléments perturbateurs pour l’institution « armée » mais aussi pour « ses hommes »5. cit. 3 Élodie Jauneau. cit. Métaillé. c’est naviguer entre hommes : La « double-vie » du marin assigne plutôt la femme – l’épouse – à résidence. Être marin. Toujours dans l’ouvrage de Jean-Marie Cassagne. Et plus généralement. Jean-Marie Cassagne. Femmes en armes.

le mot « soldate » n’existe pas pour définir les femmes engagées dans l’armée. 3 Terme initialement réservé aux sous-officiers. Utilisé par Agrippa d’Aubigné dans Les aventures du baron Faeneste. cit. La participation à l’effort de guerre entraîne des bouleversements profonds mettant en jeu la dignité et la mission de la femme. tome 2. pourquoi ne pas simplement féminiser un mot dont l’orthographe le permet ? Officiellement. depuis 1548 « à la façon des soldats ». La langue française ne connaît donc aucun mot précis pour qualifier ces femmes. Mais ce contexte particulier d’après guerre mondiale doublé d’un nouveau conflit est propice à un intérêt grandissant – qui ne sert pas toujours la cause de ces militaires de l’autre sexe. 371. op. après la Première Guerre mondiale. 148 . Seul « soldat ».. 1963. l’expression « à la soldate » renvoyant. il désigne « un auxiliaire féminin de l’armée ». l’idée alors la plus répandue est que la place des femmes. ont à se mettre au service du pays. 4 Cf. 1992. quant à elle. c’est l’heure pour bon nombre d’entre elles de « rempiler »3. Dictionnaire de la langue française. ceux- ci restent limités et les réflexions nouvelles sur ces femmes aboutissent plutôt à des conclusions mitigées et parfois très critiques 5. Le Robert – Dictionnaire historique de la langue française. Dictionnaires Le Robert. nom masculin. p. En dépit de leurs exploits ou de leur dévouement. est au foyer : Les femmes comme les hommes. 5 Élodie Jauneau. Le grand dictionnaire … op. p. 2 Le Petit Robert. Plutôt que de parler de « femmes-soldats » ou de « femmes militaires ».). éclate la guerre d’Indochine. À l’heure actuelle. Si quelques hommages au sein de l’armée prouvent une certaine reconnaissance. c'est-à-dire les femmes s’engageant exceptionnellement dans les armées depuis l’époque moderne tout en étant marginalisées et discréditées par les hommes.la tâche est complémentaire de celle des hommes mais jamais secondaire. Ces nombreux obstacles culturels et linguistiques ne ralentissent en rien l’engagement militaire des femmes et lorsque. C’est pourtant ce dernier qui incarne le mieux cette nouvelle figure militaire féminine. 2358. mais à leur place. « La soldate » désigne « familièrement la femme soldat » depuis 1606 ou 16172. Elles approuvent également la féminisation du mot « soldat » qui a été utilisée plusieurs fois jusqu’ici. même en temps de guerre. Les postes qu’elles occupent alors en Extrême-Orient diffèrent peu des précédents4. bien que très peu employé. cit. : chapitre II. le 1 Alain Rey (dir. p. qu’il s’agisse du mot « militaire » au féminin ou du mot « soldate ». immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale. mais qui s’étend. Paris. Jean-Marie Cassagne. est utilisé pour l’« homme qui sert dans une armée »1 . à l’ensemble des militaires dont le contrat est arrivé à terme ou qui ont achevé leur service militaire mais qui se rengagent et poursuivent leur carrière dans l’armée. « Images et représentations des premières soldates françaises (1938-1962) ».

des médecins et des politiques. que dans un pays comme le nôtre. Toutefois. […] Même en temps de guerre. beaucoup étaient animées de sentiments éthiques. elle se pose en faveur d’un contrôle psychique sévère à l’engagement des femmes. elle semble oublier que la France est toujours en guerre à l’heure où elle écrit 3 mais surtout elle laisse entendre que les femmes ne sont plus mobilisées. : chapitre II. 2 Yvonne-Hélène Taillefer. composée d’engagées. En bravant les lois du genre. Jean Fonteneau. […] Il est incontestable que l’armée féminine. 3 La Libération se poursuit en Extrême-Orient et débouche sur la guerre d’Indochine. Imprimerie Maurice Lavergne. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. Tout d’abord. et le spectre des discours essentialistes et naturalistes revient parfois hanter leurs conclusions. Instruction et notes concernant l’organisation de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. Or. […] Si parmi les héroïnes des temps anciens. Enfin. Cf. de faire appel aux femmes. moral des soldats. même à travers l’histoire. armée de conscription2. p. cependant on peut dire. beaucoup estiment que l’armée féminine ne sert plus à rien. elles sont plusieurs milliers à signer un nouvel engagement pour l’Extrême-Orient. ces femmes s’exposent au regard de la société. création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946]. elle souligne l’inégalité du contrôle psychique entre hommes et 1 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. le rôle primordial de la femme est au foyer 1. 35. il est incontestable que d’autres peuvent apparaître. Paris. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. la conduite de la guerre et l’Avenir du Pays. 149 . doit éliminer les psychopathes avec plus de rigueur encore que dans l’armée masculine. où le chiffre de la population est relativement faible par rapport à nos charges politiques et militaires. Essai de psycho-pathologie féminine dans l’armée. Loin des discours classiques. chef du service de la Jeunesse et des Sports au Commissariat à l’Intérieur : « Les services féminins aux armées et l’avenir de la France ». 1947. comme des déséquilibrées. déléguée des mouvements féminins. Lorsqu’Hélène Taillefer soutient sa thèse de médecine en 1947. elle démontre que les femmes ont prouvé leurs capacités à s’engager dans les guerres et elle soutient qu’aucune considération psychologique ou physiologique ne s’oppose à leur incorporation dans l’armée. s’il est vrai qu’elles sont nombreuses à quitter l’armée quelques mois après la fin des hostilités. président du Conseil auprès du chef de la Jeunesse et Pierre de Chelle. sans être taxée d’exagération. créations et dissolutions d’unités administratives. Ses arguments amènent deux remarques. Sous-dossier « Direction des services des Formations Féminines de l’Armée de terre » : Gilda Simond. chaque fois que nous nous trouverons en état de guerre. elle met en garde le recruteur : Aujourd’hui que la guerre est finie. il sera nécessaire.

Étude psychanalytique.femmes lors de leur recrutement.. tels que l’homosexualité. on imagine mal comment de tel-le-s individu-e-s peuvent échapper aux autorités. 4 Yvonne-Hélène Taillefer. 3 Jacques Postel. Quoi qu’il en soit. les femmes ayant fait l’objet d’une condamnation privative d’au moins quinze jours. 2 tomes. 39. 6 Yvonne-Hélène Taillefer. hystérie. Paris. est considérablement disproportionnée selon qu’elle traite des militaires masculins ou féminins. 7 Hélène Deutsch. 240-276. déséquilibrés. op. cyclothymie. La psychopathie se manifestant par un « trouble permanent de la personnalité. op. PUF. 520. le regard de l’historien-ne doit être prudent puisque la pratique de la psychiatrie dans l’armée n’existe que depuis le début du XXe siècle. p. op. confusion mentale. Pourtant. Paris. n'étant ni de l'ordre de la psychose ni de la névrose et se caractérisant essentiellement par des conduites antisociales impulsives dont le sujet ne ressent habituellement pas de culpabilité »3. 3. Dictionnaire de psychiatrie et de psychopathologie clinique. Celles-ci choisiraient alors une voie traditionnellement masculine et contre-nature pour vivre plus facilement leur homosexualité dans un cantonnement militaire non-mixte : Il existe deux sortes de lesbiennes : les lesbiennes actives qui prennent des manières masculines tant dans leur comportement extérieur que dans leur pensée. 90 et 92.. toxicomanies…etc. Larousse. Psychologie des femmes. 5 Débiles mentaux. Ainsi. Le mythe selon lequel l’armée féminine concentrerait une plus forte proportion de lesbiennes que dans le reste de la société est très répandu. Le décret du 11 janvier 1944 ajoute que « sont exclues des formations militaires féminines auxiliaires les femmes se livrant à la prostitution. Essai de psycho-pathologie…. p. p. 1949. op.. cit. 38. inscrite au casier judiciaire »2. Ce sont des femmes d’allures masculines dans leur habillement et 1 Décret n° 74 du 16 décembre 1941. p. paranoïa. La liste des psychopathologies5 dans l’armée est la même pour les hommes et les femmes. p. cit. Il obéit à des théories déjà anciennes du complexe de virilité 7 des femmes souffrant de troubles identitaires. Essai de psycho-pathologie…. 150 .. démence précoce. L’article 3 du décret n° 74 du 16 juin 1941 stipule pourtant que « l’admission est subordonnée au résultat favorable d’une enquête de moralité [et l’] aptitude physique est constatée par un examen médical d’incorporation »1. 1993. épilepsie. p. cit. la place qu’Hélène Taillefer accorde à certains déséquilibres. cit. Cela vient du fait que le milieu militaire semble exercer une influence incontestable sur l’éclosion et le développement des maladies mentales4. les « attentats aux mœurs » des hommes sont tout juste signalés tandis que les « perversions sexuelles » féminines occupent une place de choix dans le chapitre consacré aux « déséquilibres pervers »6. états dépressifs. 2 Décret du 11 janvier 1944.

dans leur façon de parler qui font du prosélytisme et qui. on fut même obligé de les coucher par deux. Tereska Torrès. Phébus. 3 Tereska Torrès. Dell Publishing. a dû être improvisé. Volontaire Féminine de la première heure. la prudence est de rigueur car Tereska Torrès soutient qu’il s’agit là de pure fiction et que c’est pour cette raison qu’elle a refusé de le publier en France. paquetage sur le dos. Paris. Women’s Barracks3. Mais. 552. 4 avril 2005. Enfin. 4 Tereska Torrès. à Paris en particulier. A côté des perverses actives. il existe de petites déséquilibrées qui sont devenues des lesbiennes comme des enfants deviennent homosexuels. dont l’intrigue se situe chez les Volontaires Féminines des FFL. sont les plus dangereuses. elle publie pourtant un roman lesbien. 151 . […] Parmi les faibles. par là. Voir la présentation de l’ouvrage en annexe p. 2 Tereska Torrès : entretien. qui recherchent « à moindre frais » dans les mœurs de Lesbos une forme d’érotisme symbolique. Ce n’est que très récemment qu’elle a accepté de publier la version française de ce roman sous le titre Jeunes Femmes en uniforme4. Hélène Taillefer conclut son chapitre relatif aux perversions sexuelles ainsi : À côté de ce type de malades foncièrement pervers. 1968. La couverture de cet ouvrage est bien moins sulfureuse que celles des précédentes éditions puisqu’elle représente sobrement trois Volontaires Françaises en uniforme. Elle reconnaît volontiers la présence de quelques lesbiennes dans sa caserne. 92. Ce problème n’a pas tardé à préoccuper le commandement féminin […] Le cantonnement des AFAT. Vingt ans après la guerre. New York. Les lesbiennes passives de caractère souvent faible. elles n’ont pas de tendance au prosélytisme. cit. Si rien ne prouve une telle inquiétude du commandement féminin. déjà malmenée au lendemain de la guerre. Essai de psycho-pathologie…. 158 p. Cependant. Women’s barracks. mais elle affirme également qu’aucune n’a « jamais essayé de séduire celles qui ne l’étaient pas […] et cela ne devait pas être jugé si épouvantable que ça puisqu’on a nommé l’une d’elles adjudante »2.. craignant pour la réputation des Volontaires Féminines. ce sont elles qu’ira chercher la malade pour les initier à son culte. p. Jeunes Femmes en uniforme. op. en octobre 1940 à Londres. les perverses passives apparaissent faibles et facilement entraînables. 187 p. 2011. la question mérite d’être posée. beaucoup devaient devenir une proie et une victime facile au prosélytisme de certaines perverses […] Il est donc indispensable de savoir reconnaître les lesbiennes perverses qui doivent être éliminées de façon absolue1. est beaucoup moins catégorique qu’Hélène Taillefer lorsqu’elle évoque l’homosexualité féminine dans l’armée. 1 Yvonne-Hélène Taillefer.

une autre thèse de médecine est soutenue sur le même thème. les hommages militaires se font aussi dans la discrétion. et dont l’organisation nouvelle pouvait laisser prévoir un certain nombre de critiques. Coming out under fire… op. le recrutement s’est effectué dans la période d’excitation de la Libération2. à l’heure des décorations et de la reconnaissance de la Patrie pour « services rendus à la Nation ». 6 avril 2006. contrairement aux études anglophones déjà importantes1. et ceci est essentiel. cit. 4 Rosette Peschaud : entretien. Il exclut ainsi de l’étude d’Hélène Taillefer toutes celles qui étaient déjà dans l’armée avant que ne soit constituée l’AFAT. 3 Luc Capdevila et Fabrice Virgili. Mais malgré leur présence dans les rangs des héros libérateurs.. cit. D’une part. femmes et nation en France (1939-1945) ». elles retombent rapidement dans l’oubli de la mémoire combattante. La mémoire féminine de la Seconde Guerre mondiale Toujours à l’ombre des hommes. Jacques Sarraz-Bournet affirme qu’il n’est pas prématuré de retravailler cette question puisque les travaux d’Hélène Taillefer ne portent que sur les premiers contingents admis dans l’armée comme auxiliaires. D’autre part. En 1953. 2 Jacques Sarraz-Bournet. plus de trente ans après les faits 4. Il faut attendre la mort de Suzanne Torrès pour que toutes les Rochambelles obtiennent la Légion d’Honneur. en ligne. auxquels ces « pionnières » doivent faire face. 2. L’éradication des lesbiennes hors de l’armée est une condition sine qua non à son bon fonctionnement devant aboutir à une organisation « saine » des unités féminines. 16. mais il considère clairement que la qualité de cette armée féminine laissait plus qu’à désirer. se concrétisent après la guerre. op. L’histoire des homosexualités dans l’armée française reste à faire. 152 . Éternelles seconds rôles dans la mémoire collective. les hommages existent. Contribution à l’étude de la psychopathologie… op. On conçoit quel peut être le danger de tels sujets dans un milieu aussi fermé. « Guerre. p. Et ce. Dans le cercle très fermé de l’armée.. donc dans une période où la qualité devait nécessairement être sacrifiée à la quantité. ces premiers contingents ont été constitués dans une période de guerre. cit. Les obstacles à la considération. les femmes sont ignorées des 1 Allan Berube. Elles sont alors très peu représentées parmi les Compagnons de la Libération3 ou encore très tardivement décorées de la Légion d’Honneur.

il achève son discours sur le rôle des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale : Vous avez accompli Mesdames un magnifique stade [sic] dans la Résistance. C’est également dans ce contexte que la presse militaire française. ils auraient empêché la persistance des préjugés précédemment évoqués. Sous- dossier II B : allocution prononcée au cours du déjeuner des officiers de la Direction AFAT le 9 mars 1946 par Maître Jean Claude. Dans cette logique. Dans cette période de 1 IHTP – ARC 115 / Fonds Germaine Lévy dite Gilberte Lamie (1905-2002) / Dossier II : l’engagement militaire des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale et l’immédiat après-guerre à travers le parcours de Germaine Lévy : des Sections sanitaires automobiles (SSA) aux Auxiliaires féminines de l’armée de terre (AFAT). est jalonné de témoignages de reconnaissance. celui des souvenirs de guerre féminins. compte désormais dans ses titres Bellone. Devant vous. ils sont seulement méconnus. 1940- 45 : la France1. Nos rôles se confondent. jusqu’alors exclusivement masculine. Revenant sur l’historique de la présence féminine aux armées depuis 1914. les hommages et les éloges ne sont pas inexistants. d'Italie. Le parcours des femmes dans l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale. écrite par des femmes et pour elles. afin de se faire (re)connaître. citons l’allocution d’un avocat. mais nous devons souvent nous effacer devant votre gloire et je suis sûr que c'est d'un cœur tout à fait un. devant la Gestapo également vous avez été magnifiques. Témoigner de leur guerre devient une nécessité pour ces femmes. On peut supposer d’ailleurs que s’ils avaient été plus nombreux et plus entendus. À l’heure où l’AFAT vient d’être dissoute et remplacée par le PFAT. peu diffusés mais bien réels. première et unique revue militaire féminine. Parmi les hommages les plus discrets. les années d’après-guerre s’accompagnent de l’apparition d’un genre littéraire nouveau. discrets. d'Afrique et qui avez été dès la première heure servir en Angleterre. avocat à la Cour. nous n'osons pas paraître. que nous pensons à ce qui nous inspira tous. lors du déjeuner des officiers décorés de la Direction AFAT le 9 mars 1946. ce discours sonne comme un rappel du rôle accompli par les militaires féminines. 153 . toutes en 1914. qui avez fait les campagnes de France.cérémonies officielles. a) Des éternelles seconds rôles dans la mémoire combattante Il n’est pas question de revenir ici sur les ouvrages qui ont traité l’oubli des femmes dans l’historiographie de la Résistance : oubli qui est la conséquence directe d’une négation quasi immédiate au lendemain de la guerre du rôle qu’elles ont joué entre 1939 et 1945. Pour autant.

Je m'incline avec respect devant celles d'entre vous qui sont restées sur les champs de bataille. il convient de ne pas oublier celles qui se sont battues pour la France. Edmond Michelet pose la première pierre d’une réhabilitation de la mémoire féminine guerrière. la reconnaissance du pays pour les indiscutables services qu’elles lui ont rendus. Personnel féminin des transmissions et des États- majors. vous avez été l'auxiliaire précieux du Commandement. petit groupe de base pour la préparation des futurs ordres. AFAT. que des femmes aussi sont mortes sur le champ de bataille en combattant pour leur pays. En rendant ainsi hommage à celles qui ont perdu la vie en servant leur pays. Edmond Michelet. 3 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. vous avez le droit d'être fières d'avoir « servi ». Instruction et notes concernant l’organisation de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. Toujours dans ce contexte de refonte de l’armée féminine. force est de constater à l’heure du bilan. Par la qualité de leur travail. nombreux sont ceux de nos blessés qui doivent la vie à votre courage et à votre dévouement.transition et d’excitation de l’après-guerre. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. Au moment où le corps des auxiliaires féminins des armées va subir des réductions d'effectifs très importantes. mes camarades2… Celles qui resteront au service des armées. ambulancières. devant celles qui ont trouvé la mort dans les maquis. sous-officiers. 154 . Toutes. créations et dissolutions d’unités administratives. je tiens à exprimer à toutes celles d'entre vous qui rentrent dans la vie civile. garderont précieusement le dépôt de gloire acquis par ces souffrances et ces sacrifices. Bien que les autorités pensaient avoir protégé les femmes en les maintenant dans des fonctions conformes à leur sexe à l’arrière. SFF et FFA1. 2 Edmond Michelet a lui-même été déporté à Dachau en septembre 1943. elles exprimèrent la volonté des femmes de France de prendre leur part du service du pays 3. Infirmières. par leurs hautes valeurs morales. j'évoque avec émotion la mémoire de celles des camps de déportation. conductrices. se dédouane le 28 février 1946 dans un ordre du jour qui va dans le même sens : Officiers. 1 Forces Féminines de l’Air. pourtant catégorique sur la nécessité de réduire les effectifs militaires féminins. création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946] : ordre du jour du 28 février 1946.

48. Valentine (dite Moune) Malaroche. Cloarec Marie-Louise. cit. Maria Hackin et Césarine Bigerel sont les trois femmes du CVF qui sont mortes en opération 2. op. Élisabeth Torlet. Fabrice Marti revient très largement sur le parcours de ces femmes dans son mémoire de Master : Françaises en uniforme…. oubliées des hommages. Dans le CFT. celui-ci est torpillé au large du Finistère le 24 février. Il est impossible ici de recenser toutes les femmes qui sont mortes sous l’uniforme français pendant la Seconde Guerre mondiale mais ce qui est sûr. p.. elle avait vingt-neuf ans. hélas ! considérer comme très probables. Les Français libres. il s’attarde plus longuement sur les circonstances de leur disparition. 29. Djendi Eugénie. Rappelant brièvement quelles furent leurs missions. p. Les femmes dans l’arme des transmissions. op. Voici d’ailleurs un autre exemple de titre honorifique masculin. p. cit. Le général Merlin se souvient que leur courage n’avait rien à envier à celui des hommes : Leur instruction militaire comportait un saut en parachute. op. Ce sont autant de femmes qui auraient largement mérité comme Maria Hackin 1 d’être élevées au rang de « Compagnes » de la Libération. … op. ce sont cinq femmes qui sont mortes en mission spéciale. le général Merlin leur témoigne tout son respect dans le « martyrologe du CFT »3. c’est qu’aucune formation féminine n’a été épargnée. La figure masculine du Compagnon de la Libération écrase de tout son poids celle des rares femmes qui se sont vues décernées le même titre : elles ne sont que six. cit. partie d’Alger le 30 août 1944 a été fusillée par les Allemands le 6 septembre 1944 . Elles avaient toutes fait le sacrifice de leur vie pour la France. en cas d’échec ! J’ai reçu toutes ces jeunes filles avant leur départ […] . elles savaient toutes que l’insuccès de leur mission devait les conduire à la mort. 18. Loin Pierrette et Mertzizen Suzanne ont été capturées par la Gestapo. Des renseignements non-confirmés mais qu’il faut. cinq ne sont pas revenues. 155 . selon lui. elles sont mortes à Ravensbrück. Je tiens à le dire : il faut que tous nos officiers le sachent et le fassent savoir.. d’« honorer leur mémoire ». 1 Maria Hackin est la seule femme des Compagnons de la Libération à s’être engagée dans le CVF. seul un cercle très restreint se souvient d’elles. cit. 3 (Et citations suivantes) Lucien Merlin (général de division). Sur ces onze héroïnes. 2 Jean-François Muracciole. les trois premières y auraient été pendues le 19 janvier 1945. ainsi que celui de l’ensemble de l’arme des transmissions qui se doit. Dans l'honneur et par la victoire. Vladimir Trouplin et Guy Krivopissko. Méconnues de l’opinion. Christine Lévisse-Touzé. En 1947. Embarquée avec son mari à bord du Jonathan Holt le 20 février sur ordre de mission du général de Gaulle. Ils sont faits Compagnons de la Libération le 13 mai 1941. Combien d’hommes se seraient soumis à cet entraînement avec le risque connu de mission à accomplir..

Elle met le doigt sur les noms que je recherchais. me dit-elle. [la chef du block] vient chercher les prisonnières qu'elle me permet d'accompagner jusqu'au bureau. nous attendons le soir. 16h30. [La] chef de notre block 15 […] me charge de rester aussi près de mes compagnes auxquelles elle me savait liée d'amitié. vers la sortie du camp. l'une derrière l'autre. Le block français était bouleversé. nous voulions encore croire à ce que l'on appelle « les lois de la guerre » et ne pas penser à cet affreux massacre : 1 BDIC – F Δ Rés 797/IV/11/77 (25) / Fonds ADIR / Dossier des parachutistes françaises exécutées à Ravensbrück en janvier 1945. autant que nous puissions fixer le temps. elles font la guerre pour « servir » la France. Inquiètes. nous ne voulions pas envisager le drame. Témoignage de Roxane Laberoux. « Transport sans destination ». le témoignage d’une ancienne déportée de Ravensbrück 1 apporte des éclaircissements aux suppositions du général Merlin : Dès l'appel du matin. 156 . Nous ne pouvions plus maîtriser notre chagrin. marqués d'une croix significative. plusieurs de ces femmes disent qu'elles ont aperçu deux camions stationnés près du crématorium. mais espérer au contraire qu'elles seraient traitées en soldats et ainsi transférées dans un camp militaire ! Pierrette et Marie-Louise sont si jeunes. Or. Plus tard.Dans le dossier qui leur est consacré aux archives de la BDIC. Une colonne revient du travail à l'extérieur. quelques soldats qui encadraient nos « quatre petites » en marche. Roxane Laberoux (Déportée à Ravensbrück). Vaillantes. Dans l'angoisse nous attendîmes le matin pour aller aux nouvelles. une autre prisonnière affectée à la désinfection des vêtements me remit ainsi qu'à une amie française. Mme Aubignac (Commandant des CFT). Je pus même me faire conduire au bureau où une amie tchèque me montra le registre où s'inscrivaient les transferts. [elles] sont averties suivant la formule d'usage qu'elles doivent se tenir à la disposition du commandant avec interdiction formelle de sortir du block jusqu'à l’heure fixée. les robes de Marie- Louise et de Pierrette avec leur matricule en échange de nos uniformes rayés. Je devais les « occuper ». frappé de stupeur. Documents transmis par : Anne Cloarec (Sœur de Louise Cloarec). Notre camarade bretonne […] avait remarqué vers 17 heures. et entendu des coups de feu. tenter de les « distraire ». C'était en fin d'après-midi. Il devait être 19 heures probablement. La nuit tombe. Or. […] Vers 16 heures environ. près des cuisines des SS. à l'entrée du camp. quels que soient les risques consentis.

ainsi sacrifiées trois mois avant la libération de Ravensbrück. elles sont vues comme des civiles. ni insultés. Si les circonstances de leur mort restent floues. consulté le 25 février 2011.icrc.nsf/html/5FZEZY 157 . les 1 « La Convention de Genève du 27 juillet 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre ». L’existence même de camps de concentration et d’extermination s’inscrit en totale contradiction avec les lois humanitaires internationales. […] Article 7. entre autres.org/web/fre/sitefre0. http://www. – Les prisonniers de guerre sont au pouvoir de la Puissance ennemie […]. jeunes martyres de la barbarie nazie. Comité International de la Croix Rouge (CICR). il est très difficile de savoir si des femmes prisonnières de guerre ont été internées comme telles. que : Article 2. les prisonniers de guerre seront évacués sur des dépôts situés dans une région assez éloignée de la zone de combat pour qu'ils se trouvent hors de danger1. La question qui se pose ici est de savoir si ces femmes ont été. Ils doivent être traités. avec humanité et être protégés notamment contre les actes de violence. – Aucune contrainte ne pourra être exercée sur les prisonniers pour obtenir des renseignements relatifs à la situation de leur armée ou de leur pays. Que la Convention de Genève n’ait pas été respectée est certes déplorable. mais malheureusement fréquent. les insultes et la curiosité publique. au sein d’un réseau de résistance intérieure. Les prisonniers qui refuseront de répondre ne pourront être ni menacés. l’article 3 semble avoir pleinement intégré l’idée que le statut de prisonnier de guerre ne soit pas une exclusivité masculine. Les mesures de représailles à leur égard sont interdites. En tant que militaires. – Les prisonniers de guerre ont droit au respect de leur personnalité et de leur honneur. Parce qu’arrêtées en France. elles auraient dû être considérées comme des « prisonnières de guerre » dont les conditions de détention ont été fixées par la Convention de Genève du 27 juillet 1929 qui stipule. Pourtant. Article 3. Quoi qu’il en soit. […] Article 5. ni exposés à des désagréments ou désavantages de quelque nature que ce soit. et parce que femmes. Roxane Laberoux révèle que – sans grande surprise hélas – les quatre transmissionistes n’ont pas été traitées « en soldats » et que les « lois de la guerre » n’ont pas été respectées. – Dans le plus bref délai possible après leur capture. en tout temps. ne serait-ce qu’un court instant. Aujourd’hui encore. Les prisonniers conservent leur pleine capacité civile. Les femmes seront traitées avec tous les égards dus à leur sexe. considérées comme des militaires par les autorités allemandes.

Les sources et les ouvrages les évoquant n’apportent pas de réponse.. ou qui a témoigné. Chacune d’entre elles qui s’est racontée. Leurs noms […] sont gravés dans la pierre du Mont Valérien et sur la stèle de Ramatuelle parmi ceux de leurs Camarades des Services Spéciaux morts en héros pour que renaisse la Liberté1. de France et d'Allemagne. elles sont les plus exposées au feu. Les ambulancières dans la bataille. Leurs manœuvres en pleine nuit tous phares éteints.circonstances de leur mort restent inconnues : pendues. 1994. Pierrette Louin. le général Merlin revient sur le bilan humain du CFT : Sur mille deux cent soixante-quinze jeunes femmes engagées au corps féminin de transmission (CFT). 2 « AASSDN – Mémorial national ». De la Croix Rouge à la 9e DIC : 1940-1945.html 3 Solange Cuvillier. op. Tribulations… op. Dix-neuf n’allaient pas connaître la fin des hostilités. cit. dont le nom est inscrit sur le monument de Ramatuelle consacré aux mort-e-s pour fait de Résistance dans le cadre des services spéciaux. les évacuations des blessés – quand leur état le permet et ne nécessite pas de premiers soins « sur le tas » – sous les tirs d’obus. d'Italie. au cours de laquelle elle a été fusillée par les Allemands le 6 septembre 1944. Les ambulancières non plus n’ont pas été épargnées. Lavauzelle. Ces cinq transmissionistes viennent donc s’ajouter aux quatorze autres qui sont mortes en service. transférées dans un autre camp puis exécutées. Eugénie Djendi. Parmi elles cinq spécialistes. parachutées en France occupée. » Et Christiane N. commandant en retraite. p. trois cent soixante ont participé aux campagnes de Tunisie. 210 158 . trouvèrent la mort dans des conditions effroyables. radios des missions spéciales. p. http://www. L’Association des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale (AASSDN) a accompli un travail important en permettant l’accès en ligne à toutes les notices biographiques des trois cent vingt hommes et femmes « morts pour notre liberté »2. sont autant de circonstances qui causèrent de nombreux décès. Association des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale (AASSDN) consulté le 25 février 2011. Nelly. 23. ses « sœurs » qui sont 1 BDIC – F Δ Rés 797/IV/11/77 (25) / Fonds ADIR / Dossier des parachutistes françaises exécutées à Ravensbrück en janvier 1945. cit. Paris. Marie-Louise Cloarec. Cette dernière avait été affectée à la mission Jorxey.aassdn. Souvent en première ligne. ne manque jamais de mentionner ses « camarades ». Suzanne Mertzizen et Élisabeth Torlet y figurent. Extrait de la publication du général Merlin du 25 février 1947. avant et après le débarquement de Provence. mais d’accident ou de maladie. et parfois en contact avec des soldats ennemis 3.org/araMNliv02. Toujours en 1947. fusillées. déposé par Georgette Aubignac. l’auteure évoque son baptême du feu et se souvient des Allemands surpris de « se trouver face à des troupes françaises et d’être évacués par des femmes militaires.

159 . 1 Cf. 2 « En hommage aux ambulancières du 25e Bataillon Médical et en souvenir de ses morts ». Ce monument comporte l’insigne du 25e BM (n° 1 sur l’image) et en médaillon en haut (n° 2 sur l’image) une représentation de Denise Ferrier. http://www. il y a peu de traces de leur expérience guerrière. : partie suivante. France. Les ambulancières du 8e Bataillon Médical.php?insee=90081&dpt=90&comm=R%E9ch%E9sy 3 Chef-lieu de canton du Territoire de Belfort. D’autres ont leurs noms gravés dans la pierre des monuments aux morts mais un seul en France rend exclusivement hommage aux ambulancières. Italie. Une fille du pays se dévoue jour et nuit au chevet des blessés civils et militaires. MemorialGenWeb. […] Le 15e Bataillon Médical de la 1ère division blindée. consulté le 12 novembre 2007. Il s’agit du « carré du souvenir »2 à Réchésy dans le Territoire de Belfort. » Ces textes sont inscrits sur les plaques 3 et 4.org/monuments/com. ces ouvrages restent destinés à un public initié ou à quelques curieux-ses. Voici comment Christiane Nelly relate la construction de ce monument : 19 novembre 1944 – Delle3 : la 9e DIC attaque. En mémoire des ambulancières de la 1 ère Armée Française. inauguré le 24 novembre 1991 : Ce monument rend « hommage aux ambulancières du 25e Bataillon Médical et en souvenir de ses morts. les Allemands s'accrochent.mortes « là-bas ». 4e DMM. Dans la mémoire collective. Allemagne.memorial-genweb. Même si elles sont nombreuses à avoir raconté leur expérience ou publié leurs souvenirs1.

situé à Réchésy. Les débuts sont difficiles : il faut avancer l'argent des timbres . 227. pendant des mois. 19-11-44 : Delle est libéré . Georgette assume l'ensemble du secrétariat. cit. Grâce à l'initiative du Maire de Réchésy. la 9e DIC monte vers le Rhin. elle rencontre le général Bataille. tant cette pratique est solidement implantée dans la culture. Lors d'une réunion amicale. La construction du monument étant l’initiative d’une femme voulant rendre hommage à des soldates. Depuis le début de la campagne de France. 2 Christiane N. morte au champ d'honneur le 24 janvier 1945. Le 24 novembre 1991 : cérémonie de l'inauguration. A participé avec le RICM 3 à la percée sur Mulhouse où son courage et son esprit de sacrifice lui 1 Compagnie de Ramassage. a constamment payé de sa personne et évacué de très nombreux blessés. la commune offre le terrain. elle est entourée de 120 drapeaux2. volontaire pour toutes les missions vers l'avant. Denise Ferrier a vingt ans quand elle est mortellement blessée par un obus de mortier. plus de quarante ans après les faits. elle se marie... elle lui demande son appui pour la réalisation d'un monument érigé en hommage aux ambulancières. plusieurs ambulancières de la 2e CR sont grièvement blessées. Brungard. « Les débuts sont difficiles ». Les ambulancières dans la bataille… op. lieu où les services de santé de la 9e DIC ont été particulièrement éprouvés : le 26 novembre 1944. ce. 160 . le médecin-capitaine Cheynel y trouve la mort. semble être la principale raison des difficultés évoquées ici. Nelly. en particulier à la mémoire de Denise Ferrier. à commencer par une citation à titre posthume : Adjudant Ferrier Denise Ambulancière de la 2e Compagnie de Ramassage du 25e Bataillon Médical qui s'était déjà fait remarquer à l'île d'Elbe par son sang-froid. Les années passent. de la 2e CR1 du 25e bataillon médical. Elle fait la connaissance des conductrices ambulancières. La jeune fille s'appelle Georgette. Plusieurs hommages lui sont rendus. Alors que la construction de mémoriaux en l’honneur des hommes n’a jamais posé de problème. M. devenu en 1958 le Régiment d’Infanterie de Chars de Marine. elle fait la correspondance à la main. 3 Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc. Mme la maréchale de Lattre l’honore de sa présence. p.. Voici le résultat de ses efforts : le monument est debout . elle n'oublie pas les ambulancières.

161 . sacrifièrent leur vie au salut de la France » : p. Vie et mort de Denise Ferrier. Avec l’Armée des Femmes de France ». Georges Dinesco. Le Journal d'Alger. Les Françaises … dans la guerre. 7. le sacrifice et l’abnégation sont mentionnées dans huit d’entre elles. reproduit quatorze citations pour des décorations. la Légion d’Honneur et la Médaille Militaire. D'autres se sont illustrées au cours des campagnes d'Afrique. avec les soldats de la 9e Division d'Infanterie Coloniale. Ces soldates qui sont honorées sont avant tout des femmes et il convient de le rappeler en précisant qu’elles ont su mettre au service de leur pays leurs qualités « naturelles » de femmes. le 1 Insigne honorifique porté sur l’uniforme constitué d’une tresse de couleur terminée par un ferret. 179. Des ambulancières dans les combats… op. première femme tombée au front. 147 p. cit. L’auteure a dédié son livre « à la mémoire des Femmes qui. il est dit « 20 janvier 1944 ». les qualités que sont le dévouement. Au début des années 1950. 1 et 5. d'Italie et de France. Lucienne Jean-Darrouy manifestait l'ambition de participer à la construction d'une mémoire féminine de la guerre »6. p. 3 Suzanne Lefort-Rouquette. L'Harmattan. « De 1940 à 1956. op. Des ambulancières dans les combats de la Libération. à 7 heures du matin. 2 Dans le texte original de la citation. Quand elle est de couleur rouge. 5 Lucienne Jean-Darrouy. n° 2 147. Treize sont destinées à des ambulancières et une à toute la section qu’elle commande. Jeune Française animée du plus noble idéal. et comme le souligne Luc Capdevila : « en publiant Vie et mort de Denise Ferrier5. Tuée par un obus le [24 janvier 19442] à Richwiller. 4 Suzanne Lefort-Rouquette. les textes de ces citations sont éminemment sexués. 179. elle correspond à la Légion d’Honneur. dans la réédition de ses souvenirs de guerre4. La mention de ces vertus se vérifie dans la plupart des citations attribuées aux femmes militaires pendant la Seconde Guerre mondiale. 69-70. Dès 1946 paraît une biographie de Denise Ferrier. mais c’est une erreur. « La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945) ». d’autres hommages 7 sont rendus à Denise Ferrier : Denise Ferrier n'est pas la seule ambulancière de France à avoir payé le tribut de sang à la patrie. Paris. C’est bien le 24 janvier qu’elle est morte.. devant un poste de secours de bataillon. ont valu une citation à l'ordre du Régiment et l'attribution de la fourragère1 rouge de ce régiment. qui trouva une mort glorieuse. tout imprégnée de la devise de sa Section « Franchise et Vaillance ». Suzanne Lefort-Rouquette. Les croix de guerre avec palme accompagnent d’office. La présente citation comporte l'attribution de la croix de guerre avec palme3. Alger. Même si l’hommage est évident. cit. p. Sur l’ensemble de ces citations. Citons : Marie-Alphonsine Loretti. p. 1946. 2005. 6 Luc Capdevila. 25 juillet 1956.. dans la Résistance ou au Front de guerre. Aspirant. soit plus de la moitié. Denise Ferrier restera pour tous ceux qui l'ont connue et aimée un modèle très pur de patriotisme ardent et de souriant héroïsme. p. 7 Blanche Fat.

[…] Sitôt installée dans l’ambulance. il est mort au combat le 11 septembre 1917 à l’âge de vingt ans. Dans le mouvement que j’accomplis pour me retourner. toute vibrante de foi. Le tir est d’une violence inouïe. Sa vie fut courte – elle venait d'avoir vingt ans quand la mort la frappa – et lumineuse. Dans cet article. tombent à la guerre comme des hommes. 4 Andrée Casanova. jeune soldat qui mourut au même âge qu’elle pendant la Première Guerre mondiale. dans le Territoire de Belfort : J’arrive à me mettre sur le dos ? Bizarrement. faisant preuve de patriotisme et de courage. Mais la jeune Denise Ferrier est un peu le « Georges Guynemer 1 » du corps des ambulancières. Sont également mentionnées dans cet article Suzanne Rouquette et Marie-Alphonsine Loretti. Suzanne Rouquette est grièvement blessée par balle en opération non loin de Courtelevant. 2 « L’ambulancière Denise Ferrier ». le lieutenant Suzanne Rouquette qui. vertus jusqu’alors exclusivement reconnues aux hommes. Bulletin PFAT. grièvement blessée le 26 novembre 1944 […]. Nous sommes tête contre tête et une balle érafle son casque. […] 1 (1894-1917). Le sang gicle. Un infirmier pose mon premier garrot. p. je perds conscience. capturée par un détachement allemand. n° 5. […] qui acceptèrent la vie dure et périlleuse d'ambulancière. auxquelles les gouvernements successifs ont toujours refusé le droit de vote. mars 1950. su par son attitude et son sang-froid en imposer à l'ennemi et contribuer à la restitution par celui-ci de ses six conductrices . toute brûlante de ce feu intérieur qui habitait le « héros légendaire tombé en plein ciel de gloire »2. […] Pour Toussinette3. je perds immédiatement toute motricité. À la fin de l’année 1944. Des femmes qui ne sont pas citoyennes. c’est la nuit. 5. Denise Ferrier est comparée à Georges Guynemer. 3 Albertine Toussaint. Deux fois mineure. civilement et civiquement – parce que femme –. cette mort au combat contredit les lois du genre. 162 . je m’évanouis de nouveau. Pilote de guerre pendant la Première Guerre mondiale. la blessure de ma jambe m’apparaît énorme : une balle m’a traversé la cuisse de part en part. pour Casanova4 touchée aux jambes et pour moi dont les deux artères fémorales sont coupées. Marie-Rose Bajeux et un de nos infirmiers m’agrippent et me tirent près d’un mur. tandis que Marie-Rose me soulève et m’abreuve d’alcool. qui a les intestins perforés. Lorsque je reviens à moi. 5 février 1944 […]. C’est aussi la jeunesse de Denise Ferrier qui lui vaut tant d’honneurs.

Jour atroce. sa coéquipière ayant été blessée aux abords d’Argentan. Volontaire pour aller chercher des blessés à un poste de secours régimentaire dans un secteur très exposé. Un mot pour finir sur les Rochambelles. cit. Enfin. 2 Suzanne Lefort-Rouquette. Pendant plus de cinquante ans. elles ont été moins touchées par la mort ou les blessures de guerre.. c’est le 5 février 1944 qu’elle trouve la mort au cours de la campagne d’Italie : Citation de la Campagne d’Italie 3e Bataillon Médical Attribution de la Médaille Militaire (à titre posthume) Conductrice de 2e classe Loretti Marie-Alphonsine Conductrice d’ambulance sanitaire animée du plus haut esprit de devoir et d’un dévouement admirable. 4 Le réseau Alliance était surnommé « l’Arche de Noé » par les Allemands car tous ses membres portaient des noms de guerre d’animaux. elle aurait été déportée à Ravensbrück. p. Si dans l’ensemble. Prise sous un violent bombardement. que seuls comprennent ceux qui ont subi l’épreuve de la manche ou de la jambe de pantalon vide1. p. a trouvé une mort glorieuse le 5 février 1944 sur la route de San- Elia à Tereille en accomplissant une mission périlleuse. Des ambulancières dans les combats … op. les enquêtes concluent à une arrestation. elles n’en étaient pas moins au contact du danger et l’une d’entre elles est portée disparue en août 1944. Le recoupement des témoignages et des enquêtes n’a jamais abouti à la même conclusion. Le 10 décembre 1944. engagée dans le Groupe Rochambeau sous le nom de Micheline Garnier3 disparaît sans laisser de trace. Quant à Marie-Alphonsine Loretti. un jour. A donné ainsi un magnifique exemple de courage et d’abnégation. 163 .. Restée seule au volant de son ambulance. 3 Ou Marie-Louise Charbonnel. Identifiée comme « Scarabée » (pseudonyme qu’elle portait lorsqu’elle servait au sein du réseau Alliance4). Tandis que l’image du blessé. Micheline Grimprel. sinon celle d’un blouson ensanglanté. sa 1 Suzanne Lefort-Rouquette. du mutilé ou de l’invalide. a été frappée mortellement alors qu’elle s’efforçait de mettre à l’abri les blessés qu’elle transportait. les traces physiques du combat se conjuguent désormais au féminin. le lieutenant Suzanne Rouquette est amputée d’une jambe. Calinot… op. 170-176. je peux me lever et l’on m’arme de deux béquilles. cit. était jusqu’alors incarnée par le poilu héroïque de la Grande Guerre. 168. La présente citation comporte l’attribution de la croix de guerre avec palme2.

Le 18 février 1946. G. secrétaires ont accompli leur devoir avec un dévouement. « Gargamelle »… op. Pour moi qui ai vu un si grand nombre de ses 14. transmissionistes. bien des suppositions. cit. je ne veux pas les laisser partir sans leur apporter mon témoignage et l’expression de la gratitude du Commandement. Sans doute y avait-il dans leur intervention parmi les forces armées une initiative trop neuve pour qu’elle ait été sans défaut et pour que l’esprit français n’en ait pas éprouvé parfois quelque surprise. par des personnalités importantes. En 1989. 176 p. Sans tenir compte ni de l’heure ni du temps ni du risque. 2 Mémorial du Maréchal Leclerc – Boîte n° 1 / Rochambelles / Dossier n° 2 – chemise n° 2 : Dossier Micheline Grimprel-Charbonnay. mais la vérité vraie. 4 SHD – Département de l’armée de terre – 7 P 73 / Organisation des petites unités / Dossier 1. De très nombreuses recherches ont été faites par sa famille. une générosité et souvent un courage qui méritent le respect. Demain. Instruction et notes concernant l’organisation 164 . Parthenay-Charbonnel. et qui n’a toujours pas abouti aujourd’hui. 1 Elle aborde également cette disparition dans ses souvenirs : Édith Vézy. volontaires sociales. en vain.famille ainsi que de nombreuses Rochambelles ont cherché à savoir ce qu’était devenue Micheline Grimprel. ambulancières. Le 24 avril 1994. Édith Vézy achève ainsi une note relative à la disparition de sa coéquipière 1 : Micheline Grimprel semble avoir été faite prisonnière à Argentan puis transférée au camp de concentration de Ravensbrück. hélas non2. p. Mais la justice demande que certaines critiques faciles ne fassent pas oublier des réalités qui font honneur aux femmes de France. égales à leurs amies des Armées alliées. 55-61. le général de Lattre rend un dernier hommage au Corps des AFAT sur le point de disparaître : Formé pour le temps de guerre. le corps des Auxiliaires Féminines de l’Armée de Terre va disparaître. le souvenir des 53 AFAT qui ont donné leur vie au cours de nos combats victorieux inspirera.. sa famille a publié un ouvrage qui retrace « une enquête menée depuis quarante-cinq ans »3.000 volontaires remplir en souriant des missions presque toujours ingrates et souvent périlleuses.000 Françaises choisies pour servir sous l’uniforme des Personnels Féminins de notre armée nouvelle4. Direction de l’AFAT puis Service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. Où est Scarabée ?.A Parthenay-Charbonnel. j’en suis sûr. infirmières. Celles qui les ont vécues ont le droit d’en garder la fierté. 3 Gilberte A. 1989. par la suite dans différents goulags de Russie. Batz sur Mer. les 4.

père et gendarme 1. à leur place. « au contraire : les femmes sont renvoyées. Bien que proportionnellement moins nombreuses que leurs homologues masculins. 18 février 1946 : ordre du jour aux Auxiliaires Féminines de l’Armée de Terre. les témoignages ou les interviews. ces femmes ont laissé beaucoup de traces écrites et orales. cit. p. 364. « Sur le front des sexes : un combat douteux ». bien que les hommages soient nombreux. au nom même de leur civisme. Finalement. les brèches ouvertes par les guerres sont rapidement colmatées quand revient la paix »2. 3 Élodie Jauneau. François Rouquet. du général de Lattre de Tassigny. p. juillet 1984. 1 Luc Capdevila. elles ne se revendiquent jamais comme telles. Et avec le recul. 127-147. En effet. la parole des femmes s’est finalement faite entendre dans les rangs de la Grande Muette3.. printemps 2010. Hommes et Femmes… op. n° 3. Davantage perçu comme une « récompense » pour leurs services rendus à la nation pendant la Seconde Guerre mondiale. les mœurs traditionnelles sont réaffirmées et l’État endosse tour à tour les responsabilités de démographe. proclamée la clef des reconstructions et des redressements nationaux ». b) Témoigner pour être reconnues : une nécessité Certaines femmes engagées dans l’armée française entre 1939 et 1945 ont décidé de raconter leur expérience de l’armée et de la guerre. que ces femmes rédigent leurs souvenirs et témoignent pour faire entendre leurs voix et celles de leurs sœurs d’armes. 2 (Et citation suivante) Michelle Perrot. volume 25. C’est donc dans la sphère privée. Seul le patriotisme les a poussées à servir comme des hommes. 165 . « Genre et récit de guerre: la parole des femmes de la Grande Muette (1939-1962) ». Comme pour chaque lendemain de guerre. créations et dissolutions d’unités administratives. le droit de vote ne sonne ni comme une rupture ni comme une avancée dans la féminisation de l’armée française. Quelle qu’ait été la durée de leur engagement. du journal de guerre au récit de combat. Et si elles ont conscience aujourd’hui d’avoir été des pionnières. militaires et actrices de l’Histoire. n° 1. Vingtième Siècle. le commandement et les services des formations féminines de l’armée en Allemagne. Nouvelles Études Francophones. création et organisation des centres d’instruction [mars 1943 – mars 1946]. 109- 128. ils ne laissent que peu de traces dans une société d’après-guerre en reconstruction. de l’Arme Féminine de l’Armée de Terre. aucune de ces femmes n’associe son engagement dans l’armée à une quelconque volonté d’égalité avec les hommes. en passant par les souvenirs. p. Fabrice Virgili et Danièle Voldman. L’octroi du droit de vote aux femmes ne s’accompagne pas pour autant d’un accès à la vie politique. à la sphère privée. Comme le rappelle Michelle Perrot. « En tout état de cause. ces soldates ont choisi de témoigner en tant que femmes.

Le Musée de l’Homme. Alliance. les femmes qui luttent pour une France libre le font à l’ombre des hommes. apporte son lot de témoignages et contribue à mettre en lumière ces « combattantes de l’ombre ». chef du réseau Alliance. Leur nature et la récurrence des thèmes qu’ils abordent méritent d’être approfondies pour comprendre en quoi ces expériences de guerre féminines sont tout aussi singulières que celles des hommes. Germaine Tillion. avec le grade de lieutenant des FFI (officialisé par Londres en juin 1944). à de très rares exceptions près2. on assiste notamment au sacrifice de l’héroïne interprétée par Simone Signoret. elle place également toutes les combattantes de la liberté à « l’ombre des hommes ». Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Outre le fait que cette armée soit « dans l’ombre ». chef du réseau de Résistance du Musée de l’Homme. Marie-Madeleine Fourcade. qui écrivent les lois. Ces récits de guerre féminins s’inscrivent dans une logique jusqu’alors masculine de transmission d’une 1 Dans le film du même nom de Jean-Pierre Melville (1969). invisible. Cette expression est fréquemment utilisée pour désigner la résistance intérieure comme « l’armée des ombres »1. les engagent et les démobilisent. groupes de presse clandestine. les témoignages des femmes sont noyés dans une masse d’écrits masculins. Qu’elles soient en France ou à l’étranger. ou les maquis. à la tête de trois-mille agents . Défense de la France. Combat. pour n’en citer que quelques-uns. le retour des camps de toutes celles qui ont été victimes de la répression nazie et déportées pour des raisons politiques. une question se pose. C’est parce que les rapports sociaux de sexe sont totalement renversés et bouleversés en contexte de conflit que les écrits sur ce thème semblent être les plus nombreux. acceptent les femmes ou les refusent. qui est éliminée par ses camarades – tous des hommes – de peur qu’elle ne parle une fois arrêtée par la Gestapo. Enfin. 166 . ou encore Témoignage Chrétien. À la lecture de tous ces documents. Le regard que ces soldates jettent sur le conflit auquel elles participent comme les hommes peut-il être qualifié de sexué ? L’intérêt de ces témoignages est pluriel. tels que Libération. Mais dans l’immédiat après-guerre. les premiers témoignages féminins de la Résistance – armée ou non – sont ceux des femmes engagées dans les réseaux. la quasi-totalité des écrits militaires féminins relatent des faits de guerre et vont dans le sens de la théorie défendue par les historien-nes des femmes et du genre. Quoi qu’il en soit. Par conséquent. Elle est doublement intéressante. insaisissable ou mystérieuse. avec le grade de commandant de 1941 à 1942. 2 On peut citer par exemple Alice Arteil qui. c’est la parole des opprimé(e)s de l’Occupation qui est privilégiée. L’abondance des récits s’inscrit dans une logique de construction de la mémoire et du souvenir de ce qui fut la dernière guerre totale du XXe siècle et dont la France sortit victorieuse. retraçant les activités d’un réseau de résistance. commandait des hommes et combattait les armes à la main .

. Calinot 4 est en fait un caniche appartenant à un officier de la 9e DIC. Publié quatorze ans après la fin de la guerre. les récits féminins s’adressent aussi aux femmes. p. Quant au récit de Suzanne Lefort-Rouquette. cit. Récemment. Ce qui n’est pas le cas pour les hommes. cit. Désormais. mêlant anecdotes. C’est donc à travers les yeux d’un chien qu’est vue l’aventure guerrière du lieutenant Rouquette. non seulement à raconter « leur » guerre. celui de « femme-soldat ». 1959. Des ambulancières dans les combats de la Libération… op. 250 p. « Guerre.. en ligne. il contribue quand même à sortir de l’ombre des soldats d’un « genre » nouveau : les femmes. son titre Calinot chez les ambulancières de la 9e DIC semble à première vue énigmatique. Alors porteurs d’une tradition militaire très connotée sexuellement. l'héroïque aventure des femmes- soldats de la 2e DB. De Londres à Berchtesgaden. cit. Suzanne Torrès 2 retrace l’histoire de la création du groupe Rochambeau et de sa fondatrice Florence Conrad avant d’évoquer son propre engagement en 1943. Ile d’Elbe pour enfin débarquer en Provence et libérer l’Italie. Si la diffusion de cet ouvrage reste relativement confidentielle. Il s’agit d’un récit chronologique. Quand j'étais Rochambelle. précisions historiques et parcours personnel. il est le premier récit de guerre féminin associant dans son titre les mots « femme » et « soldat » pour n’en faire plus qu’un. familier de la « chose » militaire ou de la guerre. Il est donc à supposer que leurs auteures cherchent. Calinot… op. op. Contrairement aux récits militaires d’hommes qui s’adressent majoritairement à un lectorat masculin. 167 . l’exclusivité des hommes.expérience après un conflit 1. désormais. 105. les souvenirs de guerre ne sont plus. les autobiographies féminines sont toujours construites selon le même schéma. elle a réédité son récit sous le titre Des ambulancières dans les combats de la Libération : avec les soldats de la 9e division d’infanterie coloniale5. même si c’est toujours Calinot qui raconte les 1 Luc Capdevila et Fabrice Virgili. femmes et nation en France (1939-1945) ». une identification personnelle aux héroïnes de guerre est possible. 4 Qui a réellement existé comme en témoigne sa photographie : Suzanne Lefort-Rouquette. 5 Suzanne Lefort-Rouquette. Comme pour les récits masculins. Corse. Cette fois-ci. Grasset. Ainsi. 2 Suzanne Massu dans les sources. Le rappel historique des unités dans lesquelles elles s’engagent est systématique dans tous les récits de guerre féminins. La première édition du récit de Suzanne Torrès en 1959 porte le sous-titre « l’héroïque aventure des femmes-soldats de la 2e DB »3. Suzanne Lefort-Rouquette apporte des précisions sur l’itinéraire de sa Division qui participe aux campagnes de Tunisie. mais aussi à vulgariser le langage et l’histoire militaires afin de conquérir un lectorat féminin jusqu’alors peu habitué ou peu familier des récits d’anciens combattants. Paris. 3 Suzanne Massu..

Par un simple changement de titre. la parole des femmes – comme actrices de la Libération – n’a pas sa place. et souvent techniques. même si. 3 Hélène Terré. engagée dans le CVF en 1940 à Londres. Et leurs souvenirs se retrouvent occultés par les milliers de mémoires publiés par des militaires engagés pendant le deuxième conflit mondial. Bien qu’il soit exclusivement chronologique. l’écriture des femmes et les témoignages féminins ne sont pas chose commune. Il faut donc attendre plus de soixante ans pour pouvoir constituer un corpus de récits de guerre féminins conséquent. Tous ces récits de 1 Ellen Hampton. 31-32. les témoignages des premières militaires régulières de l’armée française deviennent rapidement des ouvrages didactiques sur les femmes dans l’armée française entre 1939 et 1945. Il semble difficile d’expliquer pourquoi elle a d’abord choisi de se cacher derrière Calinot. leitmotiv de toutes les études portant sur les femmes engagées dans la Résistance ou sur leur implication en temps de guerre. ces femmes ne « voient pas trop l’intérêt »2 de raconter ce qu’elles ont vécu. Mais modestes. Hélène Terré écrit qu’elles « avaient le souci de rester modestes afin que leur présence dans l’armée ne fût jamais contestée »3. n° 187. il semble qu’elles le soient restées bien des années après la fin de leur engagement. 30 mars 2006. à ceci près qu’il s’agit d’un journal.aventures de la section d’ambulancières. en plus de vulgariser la « chose » militaire. 6 avril 2006 et Édith Vézy : entretien. C’est dans cette logique qu’en 1970. cit. J’étais une volontaire. Women of valor. 4 Rachel Windsor.. Ce manque de sources s’inscrit donc dans une logique historique du silence des femmes. Souvent en effet. qui écrit en 1945 J’étais une Volontaire4. dans un contexte de Libération et de reconstruction de l’identité masculine bafouée par des années d’occupation. août-septembre- octobre 1970. p. un récit de guerre féminin. p. Mais surtout. Cahiers de l’Office français d’Edition n° 54. 168 . Il s’agit de Rachel Windsor. Dans l’immédiat après-guerre. Ainsi. Celui de Tereska Torrès suit la même ligne rédactionnelle. 2 Rosette Peschaud : entretien. concernant la Seconde Guerre mondiale. Ellen Hampton souligne que ce manque de traces écrites est révélateur de modestie et de discrétion sur l’engagement féminin 1. d’un point de vue historiographique. Les autres témoignages relatifs à la Seconde Guerre mondiale sont publiés régulièrement jusqu’à aujourd’hui. op. 3. Paris. « Les volontaires françaises à Londres ». l’auteure passe du statut de spectatrice de son engagement à celui d’actrice à part entière. Une seule Volontaire Féminine publie son autobiographie à ce moment-là. 1945. Revue de la France Libre. le titre est beaucoup plus explicite et laisse présager. sans aucun doute possible. il abonde en rappels historiques. 91 p. la tendance va plutôt à la déconstruction de l’éternel masculin. La raison la plus plausible serait celle de la modestie.

Passy Bourse. elle n’oublie pas pour autant la guerre d’Indochine à laquelle elle accorde une dizaine de pages. Cette expérience sera l’occasion pour Suzanne Torrès de témoigner à nouveau dans les années 1970 en publiant Un commandant pas comme les autres2. Tribulations… op. qui sont les premières à pénétrer la sphère du combat. sans exception. Bien que l’armée amorce sa féminisation entre 1939 et 1945. Le Burnous. Madeleine-Bastille. Crainquebille. à ces attaques qu’elles décrivent dans les moindres détails. cit. toutes revendiquent celui de « servir comme un homme1 ». l’apprentissage du métier de soldat s’apparente au 1 Solange Cuvillier. pour les femmes. Mektoub. Édith Vézy choisira de raconter ses deux guerres dans un seul et même ouvrage : « Gargamelle3 ». Le Vésinet. Tous les récits féminins s’attardent sur l’équipement. et elles en ont conscience. et même si elles sont minoritaires à revendiquer le droit de combattre. op. Cet engagement obéit ainsi à la logique socioculturelle de la place des femmes dans la société française. 169 . Cornebiche. « Gargamelle »…op. de la violence et de la mort. Pit- Ouit. Marjolaine. Elles le savent. Sur le Champ. de formation. 2 Suzanne Massu. La guerre d’Indochine sera également source d’inspiration pour les soldates de la Seconde Guerre mondiale qui repartent en Extrême-Orient. Elles occupent donc des postes traditionnellement féminins. Cette disproportion s’explique car Édith Vézy se marie quelques mois après son engagement en Indochine. Berberati. S’il est « naturel » pour un homme de « faire ses classes ». décrivant jusque dans leurs moindres détails. Un commandant…. Bagatelle…etc. mon ambulance guerrière 2e DB4. Pop. Il s’agit là du seul point commun avec les récits masculins. leurs logements. Même si cette autobiographie traite majoritairement de la Seconde Guerre mondiale. 5. leurs tenues et la découverte de la discipline militaire. cit. sont souvent synonymes de fin de carrière militaire pour de nombreuses Rochambelles de la première heure. Gargamelle. p. en 1994. accordent une place importante dans leurs récits. 4 Édith Vézy. de camaraderie. Elles parlent alors de stages.. La Baraka. détaillent dans leurs récits. le paquetage et la formation. Seules les ambulancières. Leurs auteures ne manquent jamais de préciser leur statut et insistent sur le fait qu’elles sont engagées dans l’armée afin de permettre aux hommes qu’elles remplacent de rejoindre le combat. 3 Toutes les ambulances de la 2e DB sont baptisées : Tante Mirabelle. Plum-Biq. il s’agit d’une nouveauté que toutes. cit. conformes à leur sexe et à leur statut. mais aussi la dissolution de la 2e DB survenue en 1946. Et le mariage.femmes engagées dans la résistance extérieure ont un point commun.

il convient de s’attarder ici sur la fonction elle- même. les ambulancières évoquent les blessures. encourent les mêmes risques. Elles s’attardent davantage sur les remarques sexistes dont elles sont parfois l’objet. ce sont d’autres femmes qui s’en chargent pour honorer la mémoire de celles qui se sont exposées aux mêmes dangers que les hommes. Elles se font d’ailleurs un point d’honneur à n’en oublier aucune. p. thèmes qui sont totalement absents des récits masculins. Comme les hommes. Parce que largement minoritaires. à l’ensemble des armées de libération est considéré par l’État Français comme de la haute trahison. Et si elles ne sont plus là pour témoigner. Enfin.. les soldats aussi se souviennent de leurs frères d’armes mais ces témoignages font rarement l’objet de chapitres entiers.franchissement d’une barrière de genre très solide. op. Bien sûr. Seuls leurs rapports avec leur hiérarchie masculine occupent une place plus grande que dans les récits masculins. la stratégie et l’ennemi. la fonction militaire et l’appartenance à la résistance extérieure exposent les femmes aux mêmes dangers que les hommes en termes de répression. Les récits militaires masculins ne n’évoquent jamais sur le contenu de leur équipement. et c’est le récit de leurs sœurs d’armes – qui les citent systématiquement – qui contribue à les sortir de l’ombre et à entretenir leur souvenir. à la différence des hommes dont le récit repose davantage sur le conflit. Une autre différence majeure entre hommes et femmes dans l’armée est la mémoire des morts-es. Dans cette logique. Il est impossible d’énumérer toutes celles qui ont été blessées ou qui sont décédées au cours des opérations. Les femmes racontent toutes les morts et blessures ainsi que les honneurs et décorations qui récompensent les soldates françaises . la Médaille Militaire ou encore la Croix de Guerre. C’est en effet la seule qui soit parfaitement égalitaire entre les hommes et les femmes. 170 . ensuite. de leur formation tant cela est « naturel » à la condition masculine d’être formée et équipée en soldat. Ainsi. les femmes n’ont pas été épargnées par les arrestations et la déportation. Suzanne Torrès raconte-t-elle dans les moindres détails la disparition de Micheline Grimprel1 1 Suzanne Massu. Tous-tes les résistant-e-s. les soldates peuvent accorder dans leurs souvenirs une place à chacune de leurs camarades. rien ne permet d’affirmer que leur mission diffère de celle des hommes. les embuscades et les disparitions en service commandé. Appartenir aux FFL puis. Presque tous les récits féminins de la Seconde Guerre mondiale reproduisent dans leur intégralité les citations pour la Légion d’Honneur. 143. Concernant les récits d’ambulancières. Quand j'étais Rochambelle. tandis que de telles anecdotes sont inexistantes dans les écrits masculins. À la lecture de leurs souvenirs de guerre. de l’intérieur et de l’extérieur. cit.

a trouvé la mort à ses côtés au service de la France. » Le sous-lieutenant Hackin… J’ai sa photo. Valentine. […] La seconde citation est également à titre posthume : la croix de guerre est remise à Yvonne. 177. tant la décoration masculine va de soi. C’était Moune son nom7. Elle devait le trouver ridicule. Une Française libre…. comme celui des hommes. Calinot… op. Valentine Malaroche trouve la mort le 16 avril 1941 lors d’un raid aérien allemand sur Londres. 7 Tereska Torrès. p. 3 Id. Elle relate les souffrances de toutes ses « filles ». Avec Maria Hackin.. n’en est pas moins exposé au danger. Morte pour la France à son poste au cours du bombardement du 16 au 17 avril 1941 ». p. 5 Mention attribuée par l’état civil français en vertu du Code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Journal 1939-1945. communs à tous les récits de guerre féminins révèlent un besoin de légitimer l’engagement des femmes qui. cit. voire aucun témoignage militaire masculin ne reproduit ce genre de documents.. comme les hommes. Elle choisit aussi de reproduire in extenso les citations de « ses filles » à l’ordre du régiment3. vivra dans le souvenir de ses camarades du corps féminin comme un modèle de courage calme et d’abnégation souriante. p. 185-186. comme pour mettre en évidence le danger auquel sont exposées les femmes. ayons gardé un souvenir pur. 2 Suzanne Lefort-Rouquette. un extrait d’article paru dans la France Libre relatant sa mort4. Désignée pour accompagner le commandant Hackin 6 dans sa mission. 109.ou la terrible blessure de Polly Wordsmith1. elles sont les premières « mortes pour la France »5. Suzanne Rouquette détaille ce qu’on appelle pour les hommes « les faits d’armes » et énumère sans emphase : une tuée. huit prisonnières 2. celles d’alors. cit. 4 Tereska Torrès. 113-115. 129. p. peut 1 Id. 6 Son mari. Très peu. Ces chapitres. Tereska Torrès revient sur les circonstances de sa mort et reproduit dans son journal. p. 171 . pour sa meilleure amie Moune : « Volontaire d’une conduite exemplaire. La seule de nos officiers du temps de Hill Street dont nous. ce nom qu’elle n’utilisait jamais. op.. cit. op. trois blessées graves.. Et le 13 novembre 1942 : « c’est la première fois que le Général décore des femmes en uniforme français » en remettant officiellement son fanion au CVF et la Croix de la Libération à titre posthume à Maria et Valentine: « La croix de la Libération à titre posthume au sous-lieutenant Hackin qui a pris une part importante à la formation du corps féminin.. loin du front. Une Française libre. Le CVF.

).. 4 Monique Saigal. 1939-1945. Jeanne Bohec qu’elle a rencontrée en 2001. et si nous tombons. profitent de leur expérience personnelle pour raconter « l’épopée » des « Demoiselles de Gaulle »3. elles n’en sont pas moins des combattantes. 1940-1945. Éditions du Sextant. Éditions du Rocher. Dans cet ouvrage. mais Jeanne Bohec a surtout la particularité d’avoir « été la première femme à être acceptée par le BCRA pour être envoyée en France [et] le seul instructeur de sabotage dans les FFI »5 . Alors que la très grande majorité des femmes engagées dans la Résistance « combattent » sans armes. D’autres encore ont été les victimes de la répression nazie. p. petite fille de Reivka Leiba. « Une femme dans la guerre du 18 juin 1940 à la Libération ». déportée et morte à Auschwitz en 1942. Monaco. des communistes…etc. deux pages à des témoignages de femmes les ayant connues au camp de Ravensbrück : 1 Jeanne Bohec. 1940-1945. Paris. 9. p. L’épopée des AFAT. alors qu’elles le font sous le contrôle et l’autorité des hommes. 1977. chimiste de formation. 6 Id. qui est très rapidement parachutée en Bretagne où elle prend la tête d’un groupe qu’elle forme au maniement des explosifs. Parmi elles. 35-38.. elle donne la parole à dix-sept résistantes : des femmes de confession juive. Et c’est précisément ce qu’elles cherchent toutes à démontrer en racontant leur guerre. publie Héroïnes françaises. La plastiqueuse à bicyclette. »6. p. revient à nouveau sur son expérience particulièrement singulière. celles du mouvement Défense de la France. Les femmes dans la Résistance. Les Demoiselles de Gaulle. En 2008. œuvrant pour le BCRA. C’est le cas de Jeanne Bohec 1. 172 . « détail » sur lequel elle ne manque jamais de revenir dans ses souvenirs. Monique Saigal. 129. C’est aussi dans le but de les faire connaître et d’en savoir un peu plus sur leur disparition que l’Association Nationale des Déportées et Internées de la Résistance (ADIR) consacre en 1986 dans sa revue Voix et Visages. 5 Id. Héroïnes françaises. cit. L’ouvrage de Monique Saigal s’ouvre sur une citation de Marie-Jo Chombart de Lauwe qui résume parfaitement l’action de toutes celles qui ont témoigné depuis : « nous avons lutté pour notre juste cause. 1982. De nombreuses Volontaires Féminines ont témoigné de leur expérience dans la France Libre. 285 p. cit. celles du BCRA. in l'UFF (dir. 3 Sonia Vagliano-Éloy. 2004 (1975). dignement. Plon. op. nous lutterons jusqu’au bout. Paris.. comme Sonia Vagliano- Éloy ou Éliane Brault 2. fièrement.. courage force et ingéniosité4. Pas de lâcheté ni d’abattement.alors être récompensé. 262 p. op. Elle est l’un des rares exemples de femmes passées des FFL aux FFI. 2 Éliane Brault. D’autres. ce sera au combat.

de Nancy. En cela. enregistrée sous le nom de Saline. n° 61137. Jenny. Finalement. Marie-Louise. elles sont bien moins visibles et plus rapidement oubliées de la mémoire collective. 1. quatre jeunes parachutistes françaises ont disparu du camp de Ravensbrück. la principale différence entre les témoignages des hommes et des femmes. alias Mme Mertzizen. enregistrée Silvani. La vertu patriotique n’apparaît plus comme étant exclusivement masculine. si ces récits semblent « réduits » à des expériences de guerre bien loin des faits d’armes des hommes. Peut-être la lecture de cet article réveillera-t-elle certains souvenirs? Voici leurs noms : Louin. janvier-février 1986. venue elle aussi d’Afrique du Nord. Ainsi. mais on sait malheureusement peu de choses de leur vie et de leur action. Si la défense de la France est omniprésente dans les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. elles aussi. Voix et Visages. Bien que le récit des femmes diffère de celui des hommes. Ces écrits ont une double vocation : rendre hommage à ces femmes d’une part. Cloarec. les questions juridiques et/ou sociales particulières à la Résistance occupent. 22 ans. Boitte. une place de choix dans les souvenirs des femmes soldats. Parce que bien moins nombreuses que les hommes. Suzy. Ainsi. Marie-Louise sous le n° 61140 1. n° 61138. 24 ans. Plusieurs de nos camarades les ont connues. n° 198. mais aussi en appeler aux souvenirs de celles et ceux qui les ont connues pour combler les lacunes de leur histoire oubliée qui mérite d’être connue de toutes et de tous. Ces témoignages – même minoritaires – participent du genre littéraire jusqu’alors exclusivement masculin qu’était le récit de guerre. 27 ans. ces témoignages sont en tous points identiques à ceux des hommes et plus précisément à ceux des anciens combattants. exception faite des ambulancières. originaire d’Oran. il est excessif de le considérer comme intrinsèquement « sexué ». c’est uniquement parce que les femmes ne sont jamais officiellement mobilisées pour être affectées à des postes qui les exposeraient aux mêmes dangers que les hommes. de Carhaix (Finistère). p. Jenny. la plupart des revues émanant des associations d’anciens combattants comportent une rubrique d’avis de recherche ou d’appel à témoigner pour parler de soi ou des autres. Djendi. C’est en fait l’expérience de la guerre qui est sexuée en écartant systématiquement les femmes du combat armé. 173 . En effet. c’est leur nombre. enregistrée Le Clech. sous le n° 61139. Le 18 janvier 1945. Suzy. Suzanne Torrès 1 « L’exécution des parachutistes à Ravensbrück en janvier 1945 ». Pierrette. Les récits féminins ne font jamais l’impasse sur la politique française. enregistrée Lemesle. Pierrette.

ouvrant la voie à une féminisation des écrits militaires et de la presse. Dervy. le choix du titre de la revue est ainsi justifié : Nous lisons aussi dans plusieurs auteurs qu’une divinité sabine Néris (en sabin. Bellone était une déesse romaine de la guerre (sans doute d’origine sabine). l'autre construit à l'occasion de la guerre Samnite et où on 1 Suzanne Massu. un nouveau service du Personnel Féminin de l’Armée de Terre voit le jour et que la démobilisation des femmes est massive.-C […]. c) Bellone. op. elles participent ainsi à une féminisation de la mémoire. Pourtant.ne manque pas de souligner les divisions qui existent au sein même de la Résistance française entre les clans gaulliste et giraudiste1. C’est pour combattre l’indifférence et rassembler ces femmes que la mémoire combattante néglige. p. cette compagne de Mars devint chez les Romains la déesse guerrière Bellone […]. dont Bellone est l’héritière. Paris. montée sur son char qui renverse tout sur son passage 2. et usant d’un fouet ensanglanté. elle attelait ses chevaux lorsqu'il partait pour la guerre et conduisait son char. Deux temples de Bellone s'élevaient à Rome l'un très ancien. deux ans plus tard est créé le Bulletin PFAT. Dans le premier numéro de Bellone. la lance à la main. Même si les conflits bouleversent les rapports sociaux de sexe. Quand j'étais Rochambelle. 2 Robert-Jacques Thibault. Dictionnaire de mythologie et de symbolique romaine. cheveux au vent. assimilée à Enyo chez les Grecs. Sans doute est-ce pour cette raison qu’au chapitre des récits de combat. Cette revue est donc incontestablement l’héritière de l’engagement militaire des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale. les femmes n’accèdent jamais au statut de combattante dans la mémoire collective. Les poètes la décrivent courant parmi les combattants. revue des forces féminines françaises. 1998. qu’il est créé en 1948 devenant en 1953 Bellone. vers 80 avant J. 26. cit. elles n’ont pas leur place.. Quoi qu'il en soit. 53-54. À Rome. Sœur ou femme de Mars. Toutes prouvent alors que le récit de guerre n’est pas une écriture sexuée mais que c’est la guerre elle-même qui attribue des codes sexués aux engagements des unes et des uns. elle est également représentée armée à l'antique. en choisissant de témoigner. Nério signifie force et puissance) était la femme – ou la sœur – de Nériénès qui est le surnom sabin de Mars. le culte de Bellone fut introduit par Sylla. p. Personnification de la Guerre sanglante et furieuse. le feu dans les yeux. Et encore moins au chapitre du souvenir où leurs noms sont rares sur les Monuments aux morts. casquée. l’héritière de l’engagement militaire des pionnières Alors qu’en 1946. 174 .

recevait ceux des ambassadeurs étrangers que la loi ne permettait pas d'introduire dans la ville. membre fondateur et illustrateur de Bellone. 3 « Le Centre d’Instruction du PFAT de Dieppe ». 175 . n° 17. « Pourquoi Bellone ». Bellone. p. 25 janvier 2006. 2 Dessin de Raymond Henry. Huguette de Puyfontaine : entretien. Bellone n’est pas née « à cause » de la guerre d’Indochine mais après la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre d’Indochine. février 1953. Si la place des femmes dans les armées semblait tout à fait naturelle aux « Anciens ». mars-avril 1954. À l'origine de nouveaux rapports de genre dans l'Armée française (1938-1976). qui est identique à celle de l’insigne PFAT. C’est pourquoi ce besoin de reconnaissance et de légitimité semble aussi prégnant au fil des pages de Bellone. repris plus tard3 par celui de l’École des PFAT de Dieppe 4 : Couverture de Bellone Insigne de béret de l’École de Dieppe Insigne pectoral de l’École de Dieppe En choisissant le titre5 et le visuel de Bellone. celle-ci a été marginalisée au fil des siècles. officier. 5 Choisir une déesse de la guerre pour le titre d’une revue militaire féminine n’est pas exceptionnel. Bellone. il est indispensable de la replacer dans son contexte6. C’est donc sans surprise que l’illustration de couverture de Bellone reprend ces descriptions de la divinité. Le 1 er avril 1973 ouvre l’École Interarmées des Personnels Militaires Féminins qui se dote rapidement d’une revue interne : Athéna vous informe. Cette nuance a toute son importance car 1 Galea. Pour comprendre l’intérêt de cette revue. mémoire de DEA sous la direction de Gabrielle Houbre. Paris Diderot – Paris 7. 2005. 5. et collection personnelle 4 À partir de 1954. L’auteure insiste sur cette présence qui remonte aux temps les plus reculés et souligne ainsi une régression dans les mentalités. 6 Cette étude reprend en grande partie le travail suivant : Élodie Jauneau. Jacqueline Rabeyrolles : archives privées consultées le 27 janvier 2006. la revue prouve que les femmes ont toujours été liées de près ou de loin à l’armée. comme en témoigne la reproduction 2 ci-dessous. p. n° 24. Ainsi nous pouvons constater que ce n'est pas d'aujourd'hui que date la reconnaissance d'un fait que les anciens avaient déjà établi : la présence de la femme dans l'Armée1. Quand les femmes deviennent soldats. 32. 197 p.

n° 22. il n’est pas rare que de grandes figures masculines de l’armée française. n° 29. participent régulièrement à l’écriture d’articles. « Vers le Service militaire féminin ». son lectorat est en grande partie féminin. n° 17. ce seul et unique magazine militaire féminin de l’Histoire française disparaît et est absorbé par TAM1. p. juin 1951. ce serait celui d’être la féminine de l’histoire de la presse militaire. « Élisabeth Boselli officier pilote de l’Armée de l’Air ».elle influence considérablement le contenu des pages de la revue. De plus. Bulletin PFAT. la reconnaissance comme militaires à part entière. « Forces féminines de l’Air ». janvier-février 1954. mars-avril 1955. bimestrielle jusqu’en décembre 1967. « Enquête : valeur et rôle des PFAT dans le passé. avant 1962. il est assez difficile de savoir qui le compose. Elle a forcé les portes d’un milieu masculin en s’adressant aux femmes exerçant un « métier d’homme » et dirigées par eux. les pages « féminines » ne se consacrent plus qu’aux programmes télévisuels. D’abord publiée sous le nom Bulletin PFAT de Noël 1948 à décembre 1952. le présent et l’avenir ». sont deux conflits qui permettent d’exalter les revendications de ces femmes. Et peu à peu. Bellone demeure fort méconnue aux yeux des historiens qui ne l’ont jamais exploitée comme source fondamentale de l’histoire des femmes dans l’armée française pendant la deuxième moitié du XXe siècle. En effet.M Chassin. 4 Le général d’Armée de Lattre de Tassigny. Même s’il semble que la rédaction soit majoritairement féminine. n° 10. elle devient ensuite Bellone. mais signés de leurs noms complets. signés de pseudonymes. Bellone. 3 « Aviatrices françaises ». aux recettes de cuisine ou à la mode par exemple. En ce qui concerne le comité de rédaction. revue existant depuis 1962. 2. elle touche sans doute quelques lectrices féminines mais sans commune mesure avec Bellone. le général de Lattre de Tassigny4 ou encore le général Chassin5. p. 5 Général L. 4-5. p. Bellone. la Seconde Guerre mondiale – dont les conséquences sur l’intégration de personnels féminins dans l’armée furent considérables – et la guerre d’Indochine. comme le colonel Paquier 3. 16-17. dont le lectorat est presque exclusivement masculin 2. 38-39 . Néanmoins. Si Bellone ne devait avoir qu’un intérêt. Bellone. la place accordée au lectorat est très importante. n° 35. Mais c’est leur rôle remarquable – au sens premier du terme – pendant la Seconde Guerre mondiale et leur (r)engagement dans la guerre d’Indochine qui semblent avoir été les actes de naissance de Bellone. Cette année-là. Après cette date. Entre 1945 et 1948. très peu de revues de la presse militaire française – sinon aucune – ne s’intéresse aux femmes. la revue TAM n’accorde aucune place aux femmes dans ses pages. La plupart des articles sont anonymes. mars-avril 1955. n° 16 décembre 1952. 10-11 et Bulletin PFAT. C’est là toute sa singularité : écrite majoritairement par des femmes de l’armée et pour elles. Et même si 1 Terre – Air – Mer. février 1953. Bellone. 176 . p. d’initiales ou d’un prénom. 2 En effet. p. à savoir principalement. p. Revue des forces féminines françaises. 29-30 .

Nous sommes dispersées et nous ignorons nos activités réciproques. de France ou d’Allemagne. ou pendant les campagnes de Tunisie.Bellone semble « noyée » dans la multitude de titres de la presse militaire. notre service. chaque jour. Lorsqu’en 1948. animées d’un même idéal patriotique ont mis leur dévouement au service de l’armée. réclame pourtant un esprit de sacrifice et une générosité de tous les instants . Bulletin PFAT. votre idéal. réconfort et joie qui lui permettront de mieux travailler à la plus belle cause : celle de la France. exprimez vos pensées. d’Italie. Soyons fières de tout ce passé et n’oublions pas que. nous voudrions essayer de la réaliser à l’aide de ce bulletin. Mais malgré notre bonne volonté. Car c’est bien de cela dont il est question : trouver la force de se faire un nom et une place dans ce bastion masculin. Cette union. vos difficultés. son éditorial est une plaidoirie en faveur des femmes engagées dans l’armée : Venues de toutes les régions de l’Union Française. plusieurs centaines de numéros ont été publiés et ce. et prenant mieux conscience de la valeur de notre rôle. le Bulletin est publié pour la première fois. vos joies. pendant près de vingt ans. nous nous heurtons souvent à des difficultés que nous arriverions plus facilement à vaincre si nous étions unies. 1. 177 . Des circonstances exceptionnelles ne permettent pas à chacune de nous d’accomplir de telles actions d’éclat . Et le seul moyen d’y parvenir est de s’unir. Nous formerons alors une communauté dans laquelle chacune puisera force. nous apprendrons à nous connaître et à nous aimer.1 » Ce premier éditorial montre bien que les femmes engagées dans l’armée française ont besoin de reconnaissance. vos soucis. Votre collaboration nous est donc indispensable : écrivez-nous. Que ce soit dans la Résistance. une page de gloire s’ajoute à l’histoire PFAT. des femmes. il demande aussi un effort constant pour augmenter notre valeur technique et intellectuelle en vue de fournir un travail toujours plus compétent. Noël 1948. Il pourrait être résumé par le proverbe « l’union fait la force ». p. Nous sentirons ainsi que nous travaillons toutes dans le même esprit et avec la même générosité. Ce 1 « Éditorial ». Cette union doit se faire par- delà les différences et quelles que soient les origines de ces femmes de l’Union Française. elles ont suscité l’admiration de tous et plusieurs d’entre elles sont mortes au Champ d’Honneur. en Indochine. souvent obscur et fastidieux.

En 1948. octobre-novembre 1953. Le Colonel Languillaume commandant le 71e R. Le lien entre la Seconde Guerre mondiale et la guerre d’Indochine trouve un écho dans Bellone. p. sous l’uniforme rayé des camps de concentration. n° 21. Signé : Languillaume2.bulletin est donc un des rares moyens d’expression qu’ont trouvé ces femmes pour se faire entendre. Motif de la citation : Engagée volontaire FFI. 178 . il y a moins de dix ans. depuis lors. 2 « Citations ». Comme en témoigne l’éditorial du numéro de l’automne 1953. est montée sur le front de Lorient en septembre 44. rendu les plus grands services dans les différents points suivants : Ste Hélène – Bataille des 20-28 octobre 44 – Poste de secours du Gouarde – Décembre à mi-février 45 – Foyer du soldat : Pluvigner.I. le 27 mai 1945. soutenir celles qui sont en Indochine et montrer au grand jour qu’il existe un esprit de corps qui unit les femmes de l’armée française. elles ont parlé bien souvent. Mettre en lumière ces femmes décorées comme des hommes et parfois pour les mêmes actes de bravoure. se dépensant sans chercher de repos. Le Colonel commandant le 71e R. Nous serons fières de lire vos citations. Combattantes de l’ombre. ne travaillant qu’avec désintéressement et courage. Infirmière FFI. la mission du Bulletin PFAT est donc multiple : rendre hommage à l’engagement des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale. Avant de s’évaporer dans la fumée des crématoires. elles paraîtront dans ce bulletin. pour que d’autres femmes puissent porter l’uniforme de France. Faisant toujours preuve de la plus grande discipline vis-à-vis des chefs. chef de cantonnement PFAT »3 : Des femmes sont mortes. au cours de leur long martyre. Noël 1948. rédigé par Éliane Guiz. A. Extrait certifié conforme En campagne. Toujours dans le premier numéro. 4. Bellone.I 1 cite à l’ordre du Régiment : Melle Le Vézu Angèle. trop vite oubliées. p. envoyez- les nous. Bulletin PFAT. 2. de 1 Régiment d’Infanterie. « déportée de la Résistance. 3 Éliane Guiz. un appel est lancé aux lectrices afin qu’elles envoient leurs citations à la rédaction. tel est le but de cette nouvelle rubrique qui figure dans tous les numéros : Citations Vous avez servi une noble cause : celle de la patrie.

1943- 1945. par leur expérience. et qui. 149-150. reportages. mais aussi dans les colonies. quelques jours avant de mourir.. rubriques juridiques et législatives. D’autres. cit. il est certain que beaucoup des PFAT d’aujourd’hui. et les autres ne savent pas. dont le but premier n’est pas de rassembler ou de mobiliser. Christian Bernadac. Jeunes Filles ». se devine un appel à l’engagement. histoire des femmes dans l’armée. Paris. 3 « Jeunes Femmes. Article qui appelle à l’engagement en Indochine. les Œuvres françaises. Alors ? Pourquoi n’être héroïque que lorsque tout est perdu ? Il est moins glorieux. à faire connaître les possibilités qui s’offrent aux femmes dans l’armée et à valoriser ces emplois. Bulletin PFAT. « Fais énergiquement ta longue et lourde tâche « Dans la voie ou le sort a voulu t’appeler ». Le camp des femmes. 228-229 et Rosane. avant vous. Interpeler ainsi les lectrices 3 est fréquent dans les pages de Bellone. parfois même ingrat. pour que vous viviez. Pendant presque vingt ans. Les Françaises à Ravensbrück. Voir sur ce sujet aussi : l’Amicale de Ravensbrück et l’Association des déportés et internés de la Résistance. mais bien plus méritoire de s’astreindre tous les jours à un travail routinier. p. qui répondez « officiers français » à l’interrogatoire. a dit le poète. Elle leur fournit toutes sortes d’informations : biographies. que votre sacrifice serve à quelque chose… Combien de fois avez-vous répété à vos camarades : « Si vous rentrez en France. 180-181. Terres de cendres – Ravensbrück et Belsen. citations. Bellone devient la porte-parole des soldates françaises. Paris. ont su « souffrir et mourir sans parler2 ». Premières concernées. Ces appels émanent toujours de femmes déjà engagées ou ayant déjà servi dans l’armée. p. dans un éditorial. égorgées un matin d’hiver à Ravensbrück1. seraient les premières à se présenter si la Patrie le demandait. 4. op. 2 Éliane Guiz. p. n’aviez plus qu’un désir. mais qui « sert ». souvenez-vous… engagez-vous dans l’Armée…Portez l’uniforme pour lequel nous allons mourir… » Mais trop peu sont rentrées. l’espoir magnifique qui leur donnait la force de tenir : être soldat chez nous. elles contribuent. Michel Laffont. Tout est mis 1 Comme dit précédemment. qui ne voient qu’une brimade dans l’obligation de porter l’uniforme. s’adressant à toutes celles qui sont en France. 1998. décembre 1952. Pourtant. ont terminé le poème et. Une fois de plus. 1946. 179 . n° 16. Paris. aucune source ne permet de connaître avec certitude les circonstances précises de leur mort. S’étoffant chaque année davantage. p. 1965. Petites parachutistes. 19-22. Gallimard. sachez l’accomplir avec le sourire. Votre tâche ne sera pas trop lourde puisque vous l’aurez choisie . p.

p. Celui-ci vient donc mettre un terme aux coutumes et aux lois qui interdisaient aux femmes l’accès à certaine professions ou carrières. elles ont pleinement leur place dans la Grande Muette.en œuvre par Bellone pour que les femmes. La notion de féminisation implique « l’idée d’une marche vers l’égalité. sachent qu’elles ne sont pas seules. mais plus encore l’évolution sociale et économique favorisent le « rattrapage » d’un retard historique »2. des femmes sont régies par un statut juridique militaire. en ligne. 180 . c’est pourtant bien ce dont il s’agit a posteriori. trouvent des réponses à leurs questions. Et que par-delà les frontières et les armes. Dictionnaire historique…. L’égalité des droits n’est. op. Bien qu’il soit donc anachronique de parler de féminisation pendant la Seconde Guerre mondiale. la féminisation désigne le processus d’accession « à un plus grand nombre de femmes à une profession [ou] une activité »1. « La notion de féminisation. 2 Claude Zaidman. cit. cit. De la description statistique à l’analyse des comportements ». dont Bellone accompagne la féminisation qui se poursuit pendant la guerre d’Indochine.. pas encore atteinte entre hommes et femmes dans l’armée mais il est évident qu’un obstacle juridique majeur est tombé puisque pour la première fois dans l’histoire de l’armée française. égalité en nombre : la levée d’obstacles juridiques. Ce chapitre s’est ouvert sur une définition de Claude Zaidman dont l’approfondissement servira de conclusion à la présentation de ce premier contingent féminin de l’armée française. 3 1 Alain Rey dir. minoritaires et souvent marginalisées dans l’armée française. op. 3 Ibid. égalité en droits... Sur le plan historique. 1410. certes. depuis les années 1960.

c’est au contraire la création du service des Personnels Militaires Féminins en 1946 qui confirme l’amorce de la féminisation de l’armée française. Entre 1945 et 1954. et bien que l’armée prévoit une démobilisation totale des femmes après 1945. Cependant. sans pour autant y avoir été invitées… venant ainsi confirmer que la féminisation de l’armée française se poursuit. pour la défense de la France. Bravant les lois du genre et devançant celles de leur pays. la rumeur selon laquelle Leclerc va lever des volontaires pour un corps expéditionnaire en Indochine se diffuse dans les rangs de la 2e DB. elles ont endossé l’uniforme militaire français et ont lutté. en Indochine. ce sont plusieurs milliers de femmes qui. ni les bienvenues aux premières heures de la Résistance. parfois dans les mêmes conditions que les hommes. Dès l’arrivée des troupes françaises en Allemagne. alors qu’elles n’étaient ni citoyennes politiques. s’engagent dans les Troupes Françaises en Extrême-Orient. venant de tous les horizons. elles sont nombreuses à poursuivre le combat pour la libération de la France au-delà de ses frontières métropolitaines. sans même attendre la création du PFAT ou la réorganisation de l’armée féminine. plusieurs milliers de femmes se sont mobilisées pour la libération de la France : sur tous les continents. De 1939 à 1945. comme en 1940. C’est donc en toute logique que les Rochambelles sont les premières à poursuivre leur aventure de soldates. 181 . Malgré des lendemains de guerre qui annoncent un retour à l’ordre sexué.

182 .

lutte ardemment contre le Japon et proclame l’indépendance du Viêt Nam2 le 2 septembre 1945. notre peuple tout entier s’est levé pour reconquérir sa souveraineté et a fondé la république démocratique du Viêt Nam. contre les Japonais mais aussi contre les Français : Après la reddition des Japonais. quant à lui. 183 . La vérité est que nous avons repris notre indépendance des mains des Japonais et non de celles des Français. déclarons n’avoir plus désormais aucun rapport avec la France impérialiste. l’empereur Bao Daï abdique. abolir tous les privilèges que les Français se sont arrogés sur notre territoire. Le Viêt minh incarne donc la lutte pour l’indépendance. 2 La francisation des termes vietnamiens offre de multiples possibilités. notre peuple a brisé les chaînes qui ont pesé sur nous pendant près de cent ans pour faire de notre Viêt Nam un pays indépendant. […] Pour ces raisons. membres du gouvernement provisoire représentant la population entière du Viêt Nam. la présence japonaise en Indochine génère de profonds sentiments antifrançais. Les Français s’enfuient. Paris. Le Viêt minh 1. héritier de l’ancienne famille régnante. est déterminé à lutter jusqu’au bout contre toute tentative d’agression de la part des impérialistes français. La Guerre d’Indochine.3 C’est en ces termes que s’achève la Déclaration d’indépendance de la république du Viêt Nam. les Japonais se rendent. d’autres en revanche choisissent de poursuivre en Extrême-Orient leur carrière naissante de soldate. Tout le peuple du Viêt Nam. Bao Daï. 1987. in. engendrant ainsi l’abdication de Bao Daï. c’est une orthographe respectueuse de la prononciation et de l’écriture vietnamienne qui sera adoptée ici : Hanoï. 1945-1954. En mars 1945. Viêt Nam et Viêt minh. auteur de nombreux ouvrages sur la guerre d’Indochine. annuler tous les traités que la France a signés au sujet du Viêt Nam. Suivant les conseils de Michel Bodin. de nombreuses femmes décident de quitter l’armée conformément à leur contrat d’engagement. Pendant la Seconde Guerre mondiale. 3 Déclaration d’indépendance de la république du Viêt Nam. Saïgon. 291-292. Seuil. Jacques Dalloz. p. est proclamé empereur en Indochine. nous. animé d’une même volonté. 2 septembre 1945. Les intentions du Viêt minh sont sans ambigüité : rendre sa souveraineté au Viêt 1 Abréviation de Viet Nam Doc Lap Dong Minh : Ligue pour l’indépendance du Viêt Nam fondée par Hô Chi Minh en 1941. CHAPITRE II La guerre d’Indochine : nouvelle étape de la féminisation de l’armée française La Seconde Guerre mondiale achevée.

lithographie. Immédiatement après l’armistice du 8 mai 1945. poursuivent la lutte au-delà des frontières françaises. le général Leclerc. Il en va de même pour l’ensemble des composantes de la nouvelle armée française héritée de la Libération. par la lutte armée si nécessaire. 3 FEFEO dans la suite du texte. Déjà. fidèles au général de Gaulle. La guerre d’Indochine qui s’amorce alors n’est pas une guerre coloniale mais s’inscrit dans la poursuite de la libération du territoire français. Je remercie chaleureusement son président fondateur. En témoigne cette affiche2 de Pierre Baudouin. Monsieur Alain Gesgon pour toutes les informations qu’il a bien voulu me communiquer sur cette affiche. il entraîne avec lui bon nombre de soldats de la 2 e DB. Charles de Gaulle avait envisagé de dépêcher des troupes en Extrême-Orient pour assurer la protection de l’Indochine face aux avancées japonaises. datant de décembre 1944 et appelant à l’engagement dans les Forces Expéditionnaires Françaises en Extrême-Orient3. Saïgon apparaît donc comme la prochaine étape après la libération de Strasbourg le 23 novembre 1944.Nam. hommes et femmes qui. 2 (Page suivante) Affiche couleur. reçoit le commandement des Forces Françaises en Extrême-Orient. 1 2e DB dans la suite du texte. La réaction française ne se fait pas attendre et le gouvernement envoie immédiatement des troupes défendre les intérêts français en Indochine. 184 . Dans son sillage. figure emblématique des Forces Françaises Libres et commandant de la prestigieuse 2 e Division Blindée1. Conservée au Centre international de recherche sur l’imagerie politique (CIRIP). avant la fin de la Seconde Guerre mondiale.

elle concentre aussi tous les symboles coloniaux les plus percutants de l’imaginaire collectif. se dessine au deuxième plan le temple d’Angkor – bien connu du grand public puisqu’il avait été intégralement reconstruit pour l’Exposition Coloniale de 1931 – noyé dans une jungle luxuriante. que par la présence du général Leclerc et la croix de Lorraine. tant par le slogan. on distingue sur cette affiche le général Leclerc sur un char Sherman1 arborant la croix de Lorraine : la continuité entre la Libération de la France et celle de l’Indochine est donc évidente. Avant tout destinée à toutes celles et ceux qui avaient rejoint les FFI.Placardée dans les rues de la France libérée. il fallait faire vite et cette affiche se devait d’être comprise de toutes et de tous : sur fond de ciel bleu. Il semble possible d’en conclure que sa diffusion fut nationale. 1 Modèle de char utilisé notamment dans la 2e DB. 185 . En effet. emblème de la France Libre. Au bas de l’affiche sont mentionnées les coordonnées des bureaux de recrutement à Paris mais aussi en province. intégrées dans l’armée nouvelle de la Libération.

Poursuivre ou débuter sa carrière de femme dans l’armée Plusieurs milliers de femmes rejoignent en effet les rangs de l’armée française pendant la guerre d’Indochine. ses anciennes colonies. il n’en reste pas moins vrai que la poursuite de la Libération en Extrême-Orient et le déclenchement de la guerre d’Indochine engendrent une nouvelle vague de féminisation de l’armée. commissaire de la République au Tonkin et Hô Chi Minh. de voyage. faisant plusieurs milliers de morts. Pour certaines. Bien que les effectifs féminins de l’armée aient été considérablement réduits par la démobilisation des femmes ou par l’instauration de quotas de recrutement de femmes dans chaque arme. mais aussi de vocation militaire. Partir en Indochine : une nouvelle vague de féminisation de l’armée Si la fin de la Seconde Guerre mondiale semblait annoncer un retour aux normes de genre semblables à celles de 1918. Le 6 mars 19461. fidèle du général de Gaulle. En représailles. Le propos est d’analyser ici les modalités de ces engagements pour l’Extrême-Orient. c’est le début de la guerre d’Indochine. il s’agit simplement de poursuivre une carrière déjà débutée plusieurs années auparavant. Pour d’autres au contraire. 186 . faisant à son tour plusieurs centaines de victimes parmi les colons. 2 Nom donné en 1946 à l’ensemble formé par la République française. la formation et l’instruction 1 Ce sont les accords entre Jean Sainteny. poursuivent leur carrière pendant la guerre d’Indochine. I. Le 19 décembre 1946. en 1954. la guerre d’Indochine est synonyme de nouveauté. devenu président de la République du Viêt Nam. Tandis que Georges Thierry d’Argenlieu. déjà présentes dans l’armée française en Extrême-Orient avant 1946. la France reconnaît l’indépendance du Viêt Nam mais exige son maintien dans l’Union française 2. à laquelle celle-ci ne semblait – encore une fois – pas préparée. il n’est que partiel. appelées « territoires associés » et ses anciens protectorats appelés « États associés ». D’autres choisissent de s’engager pendant la guerre et les effectifs des personnels féminins de l’armée ne cessent d’augmenter jusqu’à la défaite française. le Viêt minh lance une insurrection contre les Français. C’est dans ce contexte que des centaines de femmes. des troubles agitent la colonie et les Français bombardent Haiphong – qu’ils veulent reprendre au Viêt minh – le 23 novembre 1946. 1. proclame la République de Cochinchine au sud de la péninsule.

jugé trop dangereux en Indochine2. Dans un premier temps. Début octobre 1945. C’est aussi en cela que les Rochambelles se distinguent des autres ambulancières de la Seconde Guerre mondiale puisqu’en « rempilant » pour l’Indochine. C’est son nom d’épouse qui sera utilisé ici. notamment dans celui de Cassino. pris part aux campagnes d’Italie. quinze Rochambelles embarquent à Marseille à bord du Béarn et débarquent le 15 octobre 1945 à Saïgon. et les croix de guerre aux multiples citations sanctionnent bien des actes de courage. 3 Ibid. Un commandant…. dont les ambulances sont les seules à être conduites par des femmes. nombre d’entre elles viennent gonfler les rangs des Rochambelles.qu’ont reçues ces femmes et enfin d’élaborer une étude chiffrée des effectifs militaires féminins présents en Indochine. p. Mais. Elles sont immédiatement suivies par la 9 e DIC qui comprend elle aussi un important contingent féminin. justement parce qu’elles sont ambulancières. Leclerc ayant été appelé vers de nouvelles responsabilités. Comme le souligne Suzanne Massu. elles ont la certitude de 1 Cf. cette division a exigé de ses ambulancières qu’elles renoncent à leur métier de conductrice. conduite par Jacqueline Lambert de Guise-Sarazac. de France et d’Allemagne. Plusieurs ont été dans les « coups durs ». : chapitre I. il semble donc plus judicieux d’évoquer les femmes dont l’engagement s’est poursuivi entre la Seconde Guerre mondiale et l’Indochine : celles qui incarnent le mieux cette continuité déjà évoquée précédemment sont les Rochambelles 1. et qui réclament des effectifs3. Le 22 juin 1945. Le Béarn est suivi par le Pasteur qui transporte « l’arrière-garde » des Rochambelles. 187 . la refonte de l’armée française après la Seconde Guerre mondiale ainsi que les différentes vagues de départs pour l’Extrême-Orient ne permettent pas d’aboutir à un schéma type. Mais très rapidement. contrairement à la 2e DB qui maintient dans ses rangs les Rochambelles. 61. a) Les conditions et motivations de (r)engagement Il est impossible de dresser un tableau général du (r)engagement des femmes en Indochine. En effet. leurs états de services ne laissent aucun doute quant à leurs capacités face au danger : Les autres AFAT de la 9e division ont. comme les conductrices. c’est le colonel Dio qui prend le commandement de la 2e DB. […] J’en récupèrerai quelques-unes pour les envoyer au groupe Rochambeau. Suzanne Torrès est l’épouse du commandant Massu. 2 Suzanne Massu.

Marguerite Helluy. Aujourd’hui encore. il devient le seul en vigueur. C’est donc dans un cadre juridique relativement flou. Petit à petit. 5 Association créée sur l'initiative du général Leclerc qui a pour but de grouper les combattants ayant appartenu à la 2e Division Blindée afin d'apporter à ses membres. « portant statut du personnel des cadres militaires féminins ». selon les besoins. seul le terme PFAT sera utilisé ici puisqu’à partir du décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. Sauf lorsque les sources ou les auteurs cités parlent d’AFAT. mais aussi des autochtones postulent pour faire partie des Rochambelles 3. Simone du Cheyron. Solidaires et fortement liées pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre 1 PFAT dans la suite du texte. l'entraide et l'assistance. le théâtre des opérations en Indochine diffère considérablement de celui de la Seconde Guerre mondiale et. Elle devient rapidement capitaine des AFAT du Corps Expéditionnaire Français en Extrême- Orient2. Le recrutement sur place se poursuit et plusieurs Françaises de métropole. Françoise Michaut. 4 Le terme PFAT est fréquemment substantivé : employé au féminin ou au masculin. elle se détache de « ses filles » pour commander l’ensemble des AFAT et Personnels Féminins de l’Armée de Terre 1 présentes en Indochine. Ce sont les seules femmes dans l’armée dont le sentiment d’appartenir à un groupe singulier est si fort. Jeannine Magnus. Suzanne Massu est sollicitée pour « remettre de l’ordre » chez les AFAT. l’acronyme PFAT devient le terme générique désignant toute femme engagée dans l’armée de terre. 188 . 2 CEFEO dans la suite du texte. la durée de l’engagement est très variable et ne répond à aucune législation spécifique. les Rochambelles peuvent être amenées à effectuer d’autres tâches que celles pour lesquelles elles se sont engagées. d’Indochine.rester conductrices ambulancières. Aline Lerouge. alors qu’elles ne dépendent plus exclusivement du Groupement Massu – qui a hérité du commandement des opérations de la 2 e DB – mais qu’elles se confondent avec la totalité des ambulancières présentes en Extrême-Orient. Pour toutes les Rochambelles qui tentent l’aventure en Extrême-Orient. Sabine Sanguinetti. les lois relatives au statut des PFAT4 diffèrent selon qu’elles concernent la métropole ou ses colonies. Pendant la guerre d’Indochine. Yvette Verge…etc. leur implication au sein de la Maison des Anciens de la 2 e DB5. soutenir leurs intérêts moraux et matériels et de les représenter auprès des pouvoirs publics. au Mémorial Leclerc à Paris. Elles se définissent d’ailleurs toujours comme des Rochambelles et sont toujours considérées comme telles par leurs anciens frères d’armes. mais regroupe également souvent toutes les femmes militaires quelle que soit leur arme. Néanmoins. Les Rochambelles manifestent un réel esprit de corps. singulier ou pluriel. elles se revendiquent néanmoins toutes comme étant les héritières des Rochambelles de Leclerc. Elles sont Rochambelles avant même d’être militaires. À peine arrivée. à savoir une solidarité inébranlable ainsi qu’une conscience identitaire « à part ». qu’elles rejoignent le CEFEO. hérité du contexte politique particulier de la Seconde Guerre mondiale. 3 Janine Boquentin. Odette Pascal. De plus. témoigne de cet attachement.

2 Cela s’explique sans aucun doute par le fait que le commandant Massu. comme le commandant Massu 2. soit avec la fin de la guerre d’Indochine en mai 1954. et celui des Rochambelles recensées par le Mémorial Leclerc 5. la fin de la carrière militaire des Rochambelles coïncide souvent soit avec la dissolution de la 2e DB en 1946. pour la plupart des hommes engagés en Indochine. 5 Mémorial du Maréchal Leclerc – Boîte n° 1 : Rochambelles – Dossier 2. C’est aussi en cela qu’elles se différencient des autres femmes militaires qui. Les témoignages masculins à leur sujet sont sans appel. 3 Dans un laps de temps très court. 1 Rosette Peschaud : entretien. 4 Entretiens écrits et oraux réalisés entre 2005 et 2009. Deux panels ont été choisis : celui des femmes qui ont répondu à un entretien4. commandante des Rochambelles pendant la Seconde Guerre mondiale. persistent à les considérer comme des ambulancières à part. soit un engagement pour l’Indochine entre 1945 et 1946.d’Indochine. bien que membres de certaines associations. Le troisième graphique synthétise les deux premiers et donne un aperçu plus large. ne se revendiquent jamais comme « membres d’une grande famille 1 ». 189 . 6 avril 2006. Quoi qu’il en soit. Seuls quelques anciens de la 2 e DB. D’autres femmes ayant participé à la Seconde Guerre mondiale choisissent au terme de leur contrat de « rempiler » pour l’Indochine. cette appellation renvoie systématiquement à la Seconde Guerre mondiale et l’étude des Rochambelles en Indochine se confond avec celle des PFAT en général. elles le sont restées depuis. mais très rapidement. chemise 2 : liste et adresses des Rochambelles en janvier 2002. Les trois graphiques ci-dessous permettent d’avoir un aperçu de cette continuité entre la Seconde Guerre mondiale et la guerre d’Indochine. Ils représentent la part des femmes ayant participé à la fois à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre d’Indochine 3. membre de la 2 e DB. ait épousé Suzanne Torrès. l’appellation « Rochambelles » disparaît. En revanche. Sur le plan historiographique aussi. Si le Groupe Rochambeau renvoyait très clairement à une entité féminine pendant la Seconde Guerre mondiale. les Rochambelles ne se distinguent en rien du reste du contingent féminin. elles sont désormais intégrées à l’ensemble des PFAT présentes en Indochine.

elle ressent le « besoin de partir » et considère cet engagement comme « logique1 » après la Résistance . la guerre d’Indochine ne constitue pas une première expérience militaire : c’est le cas par exemple de Madeleine Boue-Lahorgue. du 28 octobre 1943. 190 . Membre des FFI pendant la Seconde Guerre mondiale. Femmes interrogées Rochambelles 13 15 15 36 Synthèse Ayant participé à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre d’Indochine 28 51 N’ayant participé qu’à la Seconde Guerre mondiale Bien qu’il ne s’agisse que d’un panel de soixante dix-neuf femmes. elle suit en France une formation dans les transmissions et rejoint l’Indochine en 1951. une ordonnance « organisant la mise sur pied de guerre dans l’ensemble des territoires non occupés par l’ennemi 3 » officialisait le service féminin dans l’armée par voie d’engagement ou de mobilisation. 27 mars 2006. À 1 Madeleine Boue-Lahorgue : entretien. point sur lequel elle ne manque pas d’insister lorsqu’elle évoque son engagement 2. Plusieurs statuts se côtoient à la fin de la Seconde Guerre mondiale quand les femmes s’engagent ou repartent en Indochine. 3 Parue au Journal Officiel de la République Française. Ce n’est toutefois pas une motivation carriériste qui pousse Madeleine Boue-Lahorgue vers l’Indochine mais bien le besoin de partir. 2 Ibid. de quitter la France dévastée par la Seconde Guerre mondiale. Le 22 octobre 1943. pour plus d’un tiers.

qui permettent […] De dégager des hommes pour leur donner une instruction militaire plus approfondie. […] Nous avons fait disparaître les femmes- officiers. ndla] essayait de tirer les leçons de ce qu’avait été le corps des AFAT. La guerre était légalement terminée depuis le 28 février 1947. Par conséquent. cit. bien sûr. le Ministère de la Guerre décide de proroger leur application. c'est-à-dire. Le décret du 11 janvier 1944 avait été prorogé seulement jusqu’au 28 février 1947. elles n’ont plus aujourd’hui aucune existence légale. Mais ces deux textes ayant été votés dans un contexte de guerre. Le 28 février 1947. que j’ai transmis avec la mention « urgent » ce projet au ministre des Finances. […] Il [le projet. Je rappelle qu’elles ont été créées pour le temps de guerre et que. par conséquent. mais il reste à savoir si elles sont utiles. L'effectif total que je prévoyais était de 3. 191 . ce qui est légitime puisqu’elles n’ont plus d’existence légale. j’ai transmis au ministère des Finances en mars dernier un projet de loi qui dissolvait les AFAT. Il faut en tirer toutes les conséquences que cela comporte. op. vous le voyez. sont charmantes. déclare dans une conférence de presse : J’en viens maintenant […] au problème des AFAT. et c’est pourquoi. peu de jours après le décret de cessation des hostilités. je suis – et c'est pour cela que je vous en parle – décidé. pour ma part. ils deviennent obsolètes et non applicables en temps de paix. Mais il est évident aussi que les femmes remplissent une certaine tâche de personnel spécialisé : infirmières dans les services de santé. Paul Coste-Floret. Il est bien évident que nous ne pouvons plus.celle-ci s’ajoutait le décret du 11 janvier 1944 « portant création de formations militaires féminines auxiliaires1 ». pour 1 Décret du 11 janvier 1944. créées pour le temps de guerre et les hostilités ayant pris fin. […] C’est exactement le 17 mars dernier. Le 13 mai 1947. lorsque la guerre est finie. J'ai rappelé par lettre du 3 avril dernier à mon collègue des Finances l'intérêt qu'il y aurait à voter ce projet.. p. Les AFAT. alors Ministre de la Guerre. C’est un projet qui réalisait des économies considérables. 57-58. secrétaires dans les services de transmissions ou d'état- major.600. les unités de personnels féminins encore en place après cette date n’ont plus d’existence légale en métropole et l’Indochine sonne donc comme la seule opportunité de pouvoir rester militaire. conserver en principe des femmes dans l’armée. S'il ne peut pas être déposé de manière séparée. […] Je souligne également qu’il n’y avait plus de femmes- officiers.

2 Conférence de Presse de M. Coste-Floret. études sur les besoins en effectif. Service militaire obligatoire. fiches de renseignements (1956). ma part. documentation (1917-1951) : La réforme de l’armée – Conférence de Presse de M. En ce qui la concerne. Les motivations qui ont poussé les femmes à s’engager pour l’Indochine sont multiples. il est important de souligner la distinction très nette entre les hommes et les femmes. Cette conférence de presse a été faite aux Services Français d’Information. Contraints à la séparation par la jalousie du frère du jeune héros. comme ce fut le cas pour Madeleine Boue-Lahorgue. Cette opacité législative engendre des inégalités de traitement entre hommes et femmes mais aussi entre femmes. L’Illustration. Les AFAT sont un « problème ». Enfin. Paris. mais sans législation précise. ministre de la guerre le 13 mai 1947. En 1947. témoigne d’une carence qui a perduré bien au-delà de 1951. Elles coûtent cher et il convient de leur rappeler que la place des femmes n’est pas dans l’armée. les conditions pratiques de l’engagement volontaire pour l’Extrême-Orient sont les mêmes pour les hommes et les femmes et celui-ci se met en place dans les bureaux de recrutement. Celles-ci sont des « spécialistes » ou des « personnels » mais en aucun cas des « militaires ». Toutes les raisons sont évoquées : patriotisme. cit. Elle avoue aujourd’hui que son choix n’a été motivé que par la lecture d’un roman. elle choisit Hanoï. notes ministérielles. les AFAT doivent être dissoutes. 1932 (1930). Leur solde n’est d’ailleurs pas considérée comme une « solde militaire ». p. à l'incorporer dans mon projet général de réorganisation de l'armée1. certaines femmes s’engagent alors sous contrat certes. 4-5. p. 4-5. Pourtant. Les premières années de guerre sont donc marquées par une coexistence de plusieurs statuts . C’est à ce moment-là que les volontaires choisissent leur service. 3 Yvonne Schultz. op. 235 p. les préoccupations du Ministère de la Guerre sont sans équivoque : puisque la guerre a cessé. Coste-Floret.. Parfois. la conférence de presse de Paul Coste-Floret oublie de son argumentaire toutes les femmes engagées en Indochine depuis plus d’un an. encore moins aux grades d’officiers. Il s’agit d’un roman d’amour entre un pêcheur et une jeune fille.. 192 . Focalisée sur la Seconde Guerre mondiale. 1 Archives Départementales de la Somme – 37 J / Papiers Max Lejeune (1909-1955) / Pièce 59. choix professionnel ou personnel. durée et sursis d’incorporation des soldats recrutés : textes officiels (1928-1951). Le Sampanier de la Baie d’Along. ministre de la guerre le 13 mai 1947. le livre retrace les pérégrinations amoureuses des deux personnages dans l’Indochine coloniale. L’abondance de courriers et de demandes écrites – trouvés dans les archives du SHD – au sujet de soldes incomplètes ou de calcul de retraites. elles peuvent également choisir le lieu de leur affectation2. elles sont « charmantes » mais a priori bien inutiles. Le Sampanier de la Baie d’Halong d’Yvonne Schultz3. et adressés aux autorités militaires souvent plusieurs années après les faits.

B. Hachette. le sujet y est abordé2. la fascination des pays coloniaux semble avoir joué comme un aimant dans le recrutement des infirmières militaires. 4 Yvonne Knibiehler. p. 206. par le décret de 1946. Pour Éliane Jughon-Kuntz. le désir de partager avec les hommes l’imprévu du voyage et de la découverte. : entretien. 366 p. en collaboration avec Véronique Leroux-Hugon. tenue désormais. vu de France cela s’annonçait « très sympathique »7. Hachette Littératures. de recruter des diplômées. elles attendent avec impatience leur majorité pour prendre leur envol. libres de pouvoir enfin faire ce qu’elles veulent 5. Elle admet ne plus se souvenir comment l’idée lui est venue de s’engager. d’abord édité en 1984 sous le titre Cornettes et blouses blanches. Odile Dupont-Hess et Yolande Tastayre. Mais parce que mineures. 5 C. Yvonne Knibiehler recense de nombreux témoignages et même si son travail ne porte pas exclusivement sur l’armée. 7 Ibid. 6 Éliane Jughon-Kuntz : entretien. précisant que. avec le grade de sous-lieutenant3. Plusieurs témoins Croix-Rouge se sont engagées avec le désir explicite de partir pour l’Indochine. ce qui les attirait. Elles révèlent un trait de caractère qui semble s’affirmer chez les jeunes filles de bonne famille : le goût de l’aventure. Aucun intérêt pour elle de suivre une formation de secrétaire – autant le faire en France – mais elle regrette de ne pas avoir été infirmière… Et elle avance les mêmes 1 Yvonne Knibiehler. Paris. c’est que la Seconde Guerre mondiale a grandement influencé ces femmes. Histoire des infirmières en France au XXe siècle. disent-elles.. 193 . Mais ce qu’elle affirme en revanche. Dans son Histoire des infirmières1. c’était l’envie de « voir du pays ». Et les motivations avancées par les témoins qu’elle cite synthétisent assez bien celles des femmes qui ont été interrogées ici : Après la Seconde Guerre mondiale. avait besoin de nombreuses supplétives. Histoire des infirmières…op. Il est vrai que l’armée. 2008. opératrice de cinéma en Indochine. cit. Même celles qui n’étaient pas dans la Résistance intérieure ou la France Libre reconnaissent que la Libération a eu un impact considérable sur leur choix. 217. 2 Notamment lorsqu’elle traite la question de l’engagement des infirmières de la Croix-Rouge en Indochine. la griserie de l’héroïsme. toute souffrance acceptée d’avance 4. Ce qui est certain. le souvenir des motivations est plus confus. Paris. et leur offrait un véritable appât : elles étaient recrutées comme officiers. de parcourir les grands espaces. p. 30 mars 2006.besoin d’évasion. 19 octobre 2005. c’est qu’elle avait « envie de partir »6. 3 En fait : 2ème catégorie : la correspondance entre les grades masculins et féminins est expliquée plus loin. Mais plus encore que cet avantage.. Elles sont plusieurs dans les années 1944-1945 à vouloir rejoindre l’armée. Elle justifie le choix de sa spécialité par sa nouveauté et le caractère itinérant des missions qu’elle aura à remplir.

elles décident de s’engager dès leurs vingt et un ans. choisissent de poursuivre leur carrière dans l’armée3. 15 mai 2006. Finalement. En quelques mois (août 43 à juin 45). 4 Monique Vanuxem : entretien. pouvait comprendre ce désir de ne pas rompre ce miraculeux équilibre établi au long des mois par une poignée de femmes ? Miracle d'avoir échappé aux lois d'une pesanteur qui paralysait encore. p. 2 Suzanne Massu. de s'affranchir de son métier de femme. La famille et les proches semblent aussi jouer un rôle important dans leurs motivations. Yvette Rouxel : courrier du 16 août 2009 et Huguette de Puyfontaine : entretien. J'avais changé de personnalité. mais liberté. presque unanimement enthousiaste. 194 . bien tournée. Un commandant…op. 25 janvier 2006. plus rien ne les retient en France et l’engagement pour l’Indochine sonne comme un nouveau départ. notre sexe ! Liberté dont le prix avait été payé chèrement . à rentrer dans la vie civile ? J'ai parfois cherché à retrouver dans mes souvenirs une impulsion de cet ordre. parue en 1971. Suzanne Massu revient sur ce qu’elle a ressenti lorsque la question s’est posée de poursuivre ou non en Indochine : Ai-je jamais songé à me faire démobiliser. sans attaches familiales ou en instance de divorce1 à la Libération. Pour certaines. Mon adhésion est immédiate et celle de mes compagnes. » D’autres encore. d'aller jusqu'au bout de sa qualité de femme. trouvé une nouvelle famille . Frustrées de n’avoir pu participer activement à la libération de la France.. le 1 Madeleine Carpentier : courrier du 30 septembre 2009.arguments que Madeleine Boue-Lahorgue. mais force m’est de convenir que la page était tournée. dont la formation professionnelle – sténodactylographes essentiellement ou déjà militaires – correspond aux besoins du CEFEO. Elle parle alors de « toutes celles qui cherchent dans la fuite une solution pratique à des problèmes d’ordre public (la loi et ses rigueurs) ou d’ordre familial (fureur d’un père ou d’un mari) 2. […] Mais un bruit circule dès notre entrée en Allemagne que le général Leclerc va lever des volontaires pour un corps expéditionnaire en Indochine. 82 3 Courrier anonyme de juin 2006 et Andrée Ducrot-Serreau : entretien. de singer les hommes. […] Qui. 24 mars 2006. seules les Rochambelles et les AFAT de la première heure4 semblent avancer le patriotisme comme raison principale de leur engagement. Suzanne Massu aborde également cette question dans son autobiographie Un commandant pas comme les autres. une femme totalement nouvelle était née. de vraie femme dans l'abnégation. il y a vingt-six ans. au contraire. non pas liberté de vivre dans le désordre ou immoralité. cit. en dehors de nos plus fidèles amis de la division. mon orientation était irréversible.

qu’en 1945 ce soit en ces termes précis qu’elle ait réfléchi à son engagement. don de soi. 1991. bien entendu. bien qu’elle appelle aux précautions d’usage lorsqu’il s’agit de souvenirs a posteriori. par orgueil collectif !1 Cette réflexion. cit. synthétise finalement assez bien le sentiment commun. 2 Soit dans les entretiens. le courage utile et discret ! Fierté de nous sentir propres. dès son engagement à la tête du Groupe Rochambeau. La propagande par l’affiche. mais en tant que chef : 1 Suzanne Massu. 3 Laurent Gervereau. il convient de rappeler que même si des femmes partent en nombre en Indochine. soit dans leurs autobiographies.. Syros-Alternatives. p. En revanche. Un commandant…op. Mais elle sonne également comme une justification. pourtant très contestée depuis longtemps. Rien ne saurait prouver. Le contexte de rédaction de cette autobiographie – les années 1970 – se prête davantage à cette analyse que celui de la Libération. Enfin. non seulement en tant que soldat. la propagande en faveur de l’engagement n’est adressée qu’aux hommes. Elle défend donc ardemment la compatibilité entre nature féminine et engagement militaire. 127. d’être reconnue et admirée pour des qualités réelles et non pour le strict respect des règles sociosexuées qui régissent la société. d'être admirées pour des qualités valables et non pour des faiblesses ou des futilités ! Joie d'avoir su préserver notre dignité non pas en fonction de règles imposées mais par le choix. d’autre part à toutes celles dont l’engagement pour l’Indochine survient immédiatement après celui contracté pendant la Seconde Guerre mondiale. Paris. 195 . d’une part à toutes les Rochambelles. indiscutées. datant des années 1950 : la carrière militaire est faite pour les hommes et leur offre la possibilité de s’affirmer pleinement. 20-22. Poursuivre sa carrière dans l’armée quand on est une femme est également. l’occasion rêvée d’exalter les vertus féminines. pour Suzanne Massu. toutes les Rochambelles 2 qui évoquent Suzanne Massu lui reconnaissent bien volontiers ce caractère frondeur et anticonformiste et ce. p. l’identité masculine étant parfois même exacerbée sur les affiches. Comme en témoigne celle-ci3.

mais puisque tu es un homme.Tous les attributs de la virilité. les critères de recrutement sont les mêmes pour toutes : être âgée de vingt et un ans – dix-huit ans après le décret de 1951 –. ne jamais s’être livrée à la prostitution et ne pas avoir fait l’objet d’une condamnation 1. Journal Officiel de la République Française. cit. en faveur de l’engagement féminin en Indochine. 3-4 et n° 51-1197 du 15 octobre 1951. 1 Par recoupement des décrets n° 74 du 16 décembre 1941. veuves ou divorcées et sans enfant mineur à charge. tu dois aller en Indochine. p. célibataires. La question n’est pas de savoir « si tu es un homme ». quand elles sont sous l’uniforme : pas de propagande. 196 . op. p. Si les motivations de l’engagement féminin diffèrent. 10433-10436. On retrouve ici la sempiternelle crainte de voir des femmes à la morale douteuse pervertir l’armée.. 15 et 16 octobre 1951. du courage et de la vaillance propres aux hommes sont exaltés ici. Il semblerait que malgré le décret de 1951 qui reconnaît officiellement la possibilité d’un statut militaire pour les femmes. « portant statut du personnel des cadres militaires féminins ». donc. celles-ci n’en demeurent pas moins des femmes que l’armée tolère mais qu’elle est loin de considérer comme les égales des hommes. La formulation même de l’appel ne laisse aucune place au doute.

I. Le CRPFI est « commandé par un lieutenant féminin ayant les attributions d’un chef de corps ». : documents attachés à la fiche n° 1958/TC. pendant plusieurs semaines. à l’attention de la direction des troupes coloniales. directeur des troupes coloniales. et à leur retour d'Indochine jusqu'à leur démobilisation ou leur retour dans ce Territoire. objet : centre de regroupement du personnel féminin pour l’Indochine.d'une part de gérer et d’administrer les personnels féminins recrutés pour l'Indochine jusqu'à la date de leur embarquement.A /I-O du 24 avril 1947. le 24 avril 1947 2.266 – E. instruire et mettre en route dans la métropole le personnel féminin recruté par la mission de liaison du CEFEO pour l’Extrême-Orient »5 : Créé le 24 avril 1947 en Unité formant Corps et s'administrant comme tel. une formation au Centre de Regroupement du Personnel Féminin pour l’Indochine 1 avant de partir pour l’Extrême-Orient. à l’attention du chef de bataillon Cappodano émanant du Secrétaire d’État aux forces armées « Guerre » – Direction des Troupes Coloniales – Bureau technique. courrier du 21 mars 2006. 4 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. 5 (Et citations suivantes) Id.d'autre part de leur donner les rudiments d'instruction militaire ainsi qu'une instruction précoloniale et d'assurer leur perfectionnement technique par leur envoi en stage dans des formations ou établissements adéquats. 2 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. PFAT / Dossier 1. émanant du général de division Salan. héritage de la présence allemande en France pendant la Seconde Guerre mondiale 3. objet : réorganisation du Centre de Margival.C du 27 octobre 1950.BT. dans l’Aisne. Le camp initial de Margival est avant tout un « centre de rassemblement PFAT4 » pour l’Extrême-Orient. les PFAT suivent. installé à Margival. Une fois recrutées. Statut des PFAT [1945-1968] : fiche n° 18946 TC/BT. gérer. 197 . . objet : centre de rassemblement PFAT de Margival. 1 CRPFI dans la suite du texte. avait pour mission : . PFAT / Dossier 1. chef d’État-major particulier du Secrétaire d’État aux forces armées « Guerre ». Il a pour but de « recruter. 3 Huguette de Puyfontaine. sans date (mais postérieure au 19 septembre 1950) à l’attention du général Ghislain. le CRPFI. Statut des PFAT [1945-1968] : note n° 04. Une instruction provisoire du 3 juin 1947 rappelle et précise les missions du Centre de Margival : Prendre en compte et administrer la totalité du personnel féminin en instance de départ depuis la date de signature du contrat jusqu’au jour de l’embarquement. b) L’instruction Le CRPFI a été ouvert à Margival.M. Ironie du sort : une partie du camp comporte plusieurs bunkers allemands.

Landouzy. le camp de Margival est même l’objet d’une « violente propagande extrémiste2 ». Entre 1947 et 1954. Organiser des visites médicales de contrôle. ne disposant que de bicyclettes. Il s’agirait davantage d’une propagande idéologique. émanant du directeur des Troupes Coloniales. Avec la fin du conflit indochinois la même année. pour le recrutement. 2 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. En 1950. puis de Versailles à Dieppe en 1954. Ce n’est pas sans difficultés que s’effectue la formation des volontaires pour l’Indochine. Démobiliser ou affecter à une Direction d’Arme le personnel rapatrié1. 5 Termes tamponnés sur la note. Le camp y est décrit comme peu sécurisé. à l’attention de la gendarmerie et de la justice militaire. l’engagement et l’entretien du personnel féminin CEFEO. le CRPFI déménage trois fois : de Margival à Versailles. PFAT / Dossier 1. Bien que cette menace semble rapidement être sous le contrôle de la gendarmerie travaillant en liaison avec le commandement du camp. Statut des PFAT [1945-1968]. émanant du général de division Salan – SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. de départ colonial et les vaccinations prévues. 4 Propagande sans doute soutenue par le Parti Communiste comme le laisse entendre la fiche n° 18946 TC/BT. sans doute pacifiste et anticolonialiste. S’agissant d’une menace qualifiée d’« extrémiste ». Mettre en route sur le port d’embarquement. isolé. Cette instabilité dans l’organisation et les moyens mis à disposition pour la formation des PFAT se retrouve dans bien d’autres domaines et révèle combien l’armée peine à assimiler dignement ses recrues féminines. états récapitulatifs des gains et des pertes [1948-1972] : instruction provisoire n° 22. Habiller et instruire ces personnels et vérifier en dernier ressort leur aptitude à servir en Indochine. PFAT / Dossier 1. Prendre en compte et administrer tout le personnel féminin rapatrié jusqu’à démobilisation ou nouvelle affectation. serait tout à fait incapable d’intervenir rapidement en cas d’attaque. sans date (mais postérieure au 19 septembre 1950).I. Quoi qu’il en soit. ce document « urgent » et « secret »5 met l’accent sur la précarité et l’isolement du centre de Margival. la formation spécifique propre aux troupes coloniales disparaît peu à peu. visant à empêcher l’envoi de troupes supplémentaires en Indochine 4. 3 Ibid. 1 SHD – Département de l’Armée de Terre – 19 T 129 / Bureau d’Études générales / Effectifs du PFAT : situations. les militaires féminines cantonnées au centre n’en sont donc pas – à première vue – les cibles. facilement pénétrable et l’auteur y dénonce le manque de moyens et le sous-équipement de la gendarmerie locale qui. une note de service du 6 avril 1950 laisse entendre que le centre pourrait être menacé « d’une action du genre ‘kommando’3 ».386 TC / BT-O du 3 juin 1947. Statut des PFAT [1945-1968] : note n°253 DN/EMP du 6 avril 1950. 198 .

à l’attention du chef de bataillon Cappodano émanant du Secrétaire d’État aux forces armées « Guerre » – Direction des Troupes Coloniales – Bureau technique. Il semble cependant. il ne s’agisse pas ici d’un corps auxiliaire féminin. PFAT / Dossier 1. peu à peu s’orientent vers un remaniement et une refonte complète de la formation des PFAT.C du 27 octobre 1950.BT. qu’à la lecture de plusieurs textes législatifs. les autorités militaires dressent un bilan assez mitigé du CRPFI et. 2 Sigle qui pose une réelle difficulté puisqu’il désigne aussi bien le Corps Auxiliaire Féminin d’Assistance en Extrême-Orient que le Corps Auxiliaire des Forces Armées d’Extrême-Orient et le Corps Administratif des Forces Armées en Extrême-Orient.C du 27 octobre 1950. il rappelle que « toute augmentation de la durée du stage entraînera une augmentation des effectifs budgétaires en Métropole de 15 postes environ par semaine de prolongation»3. Statut des PFAT [1945-1968] : fiche n° 1958/TC. bien que le ministre de la Défense soit favorable à un allongement de la durée du stage. … op. 1 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. 3 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. cit. L’année 1950 est marquée par la réorganisation du centre de Margival. Pour conclure. Les dépenses relatives au PFAT font l’objet d’un contrôle permanent et assidu. Jusqu’en 1952 – année du transfert du camp de Margival vers la caserne de Croÿ à Versailles – ce sont soixante-dix à quatre-vingts volontaires qui se succèdent sans discontinuer. dactylos. PFAT / Dossier 1. Il s’agit là d’un argument de poids. y est opposé. il précise que le CAFAEO2 n’a jamais eu à se plaindre de la formation de ses recrues. Dans ces conditions. les préoccupations budgétaires de l’armée liées à un sureffectif féminin inutile ou injustifié occupent une place de choix dans les documents conservés aux archives du SHD. pour appuyer ses arguments. 199 . témoignant du caractère jugé parfois superflu des demandes de leurs états-majors. le général de division Salan. Statut des PFAT [1945-1968] : fiche n° 1958/TC. objet : réorganisation du Centre de Margival. un stage militaire semble tout à fait superflu. Enfin. Il s’agit ici encore d’une différence considérable avec les hommes qui reçoivent tous une formation militaire complète et ce. il explique que trois semaines de formation sont amplement suffisantes « pour des jeunes filles qui sont destinées à être des employées isolément secrétaires.BT. Leur stage se compose donc d’une instruction précoloniale destinée à les former aux opérations extérieures et d’un perfectionnement technique visant à évaluer leurs capacités réelles.Malheureusement. directeur des troupes coloniales. quel que soit le poste qu’ils sont amenés à occuper. En 1950. c’est une pièce isolée dans un dossier à l’intitulé très vague de « Statut des PFAT [1945-1968] » et il s’est avéré impossible de trouver toute trace de suites données à cette note. Dans une fiche du 27 octobre 1950. En effet. Après trois ans de fonctionnement. infirmières ou assistantes sociales »1. pour la durée de leur stage fixée à trois semaines.

mais l'officier féminin commandant le centre n'exerce ses prérogatives que dans les domaines de l'instruction et de la discipline. des formations du Service de Santé et comme assistantes sociales. m'adressaient en effet des réclamations dans lesquelles elles prétendaient que seules des antipathies féminines avait motivé les avis de l'officier féminin commandant le centre. il est incontestable que le stationnement à Margival de ce centre est une source de dépenses 200 . et même nocives à certaines natures féminines. la Compagnie d’État-major des Troupes Coloniales ayant de l'administration des personnels une pratique et une expérience que ne pouvaient acquérir les personnels administratifs féminins du centre de Margival. la liquidation des droits des personnels. […] En outre. Par ailleurs. consultée sur cette réorganisation s'était alors montrée très satisfaite. malgré des qualités et une bonne volonté indéniables. Madame Bauer. En fait cette organisation se révèle à l'usage très supérieure à la précédente. […] De nombreuses jeunes filles ou jeunes femmes dont les candidatures n'avaient pas été acceptées à l'issue du stage probatoire de Margival. se créent inévitablement un état d'esprit. se voyant débarrassée d'une lourde charge administrative. des habitudes. le personnel féminin administratif éprouvait de grosses difficultés à assumer sa tâche. la résiliation des contrats faisaient apparaître des insuffisances notoires. qui en Indochine. une ambiance qui peuvent être extrêmement néfastes à la discipline et à l'esprit d'équité. et devait être continuellement conseillé et guidé par les Services de la Direction des Troupes Coloniales. Il est à noter que cet officier. il m'est apparu que le stage d'instruction militaire de trois semaines n'était peut-être pas indispensable à la formation de stagiaires. […] Désormais le Centre de Regroupement du Personnel Féminin pour l'Indochine est rattaché administrativement à la Compagnie d'État-major des Troupes Coloniales qui le gère et l'administre. Le centre conserve sa mission.comme en témoigne une fiche de la fin de l’année 1950 émanant toujours du général Salan dans laquelle il justifie cette réorganisation indispensable : Cette unité a pu vivre d'une façon autonome pendant trois ans bien que. sont employées seulement dans des États- majors. Il est évident que dans un milieu féminin fermé et ainsi isolé. De nombreuses réclamations concernant notamment le paiement de la solde.

par ailleurs. SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. des départs Outre-Mer ou de la démobilisation. Statut des PFAT [1945-1968] : fiche n° 18946 TC/BT. Statut des PFAT [1945-1968]. […] Il s'agit en fait. c’est la tournure que prend l’argumentation du général Salan. Pour ces différentes raisons.C du 27 octobre 1950. il ne manque pas de rappeler les 1 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. La question du genre se pose donc ici puisque le général Salan. j'envisagerais de dissoudre le Centre de Margival et de procéder à une réorganisation.I. a témoigné d'un très grand dévouement et d'un très grand esprit d'abnégation.1 Ce qui est remarquable ici. justifie un désordre par une certaine nature féminine si prédisposée aux troubles émotionnels.BT. directeur des troupes coloniales. 2 Terme employé dans la fiche n° 1958/TC. pendant le temps. un local où puissent être hébergés sous la stricte surveillance nécessaire à l'observation d'une discipline indispensable. Enfin. Selon le général Salan. … op. importantes eu égard aux déplacements incessants des personnels permanents ou stagiaires entre le Centre. calculé au plus juste. Le rapprochement du CRPFI de la capitale est donc indispensable pour pouvoir assurer un contrôle plus rigoureux et une « stricte surveillance » des militaires féminines. et les lieux où s'effectuent les stages techniques. il semblerait que les femmes soient également responsables des désordres et des errements 2 qui règnent à Margival. Accordant une large place aux dysfonctionnements d’ordre administratif et à l’éloignement de Margival des centres décisionnels. PFAT / Dossier 1. de trouver à Paris. même si elles sont instables et fragiles émotionnellement. que j'estime indispensable. Paris. nécessaire aux formalités de l'incorporation. chef d’État-major particulier du Secrétaire d’État aux forces armées « Guerre ». ou aux abords immédiats de Paris. 201 . les PFAT. comme d’autres avant lui. il aborde également un autre point : celui de la prédisposition des femmes à créer une « ambiance néfaste » lorsqu’elles sont enfermées entre elles dans un lieu isolé. sans date (mais postérieure au 19 septembre 1950) à l’attention du général Ghislain. n’en ont pas moins préservé leurs vertus naturelles de dévouement et d’abnégation. […] Réorganisation. émanant du général de division Salan. certaines « natures » féminines sont inaptes à l’enfermement militaire qui semble engendrer « inévitablement » chez ces femmes des comportements « nocifs ». et très simplement. sans provoquer d’émoi chez un personnel qui. Il conclut malgré tout son argumentation par un témoignage de reconnaissance envers ces femmes qui. cit. PFAT / Dossier 1. À la lecture de ce document. objet : centre de regroupement du personnel féminin pour l’Indochine. où fonctionne le Bureau de rengagement et d'accueil et où réside la Compagnie d'État-major des Troupes Coloniales.

ce qui légitime sans aucun doute la place qui lui est accordée dans l’historiographie et les sources. revue des troupes coloniales. est le titre originel de ce périodique fondé en 1902. cit. p. le bulletin de liaison de la fédération des troupes de marine. p.. op. 3 Voir sur ce sujet : SHD – Département de l’Armée de Terre – 27 T 91/ Bureau Écoles / Dossier 3. La première. C’est l’École des Personnels Féminins de l’Armée de Terre1 de Dieppe qui focalise l’attention des observateurs de l’époque ou des historiens 2. 564. cette question est loin d’être une priorité. Ceci s’explique en partie par le fait que l’École de Dieppe a ouvert en 1953. est qu’il décrit dans les moindres détails le centre de Margival. Tropiques. 19-30. En juillet 1948. 2 Michel Bodin n’évoque que Versailles et Dieppe dans La France et ses soldats. Sachant qu’il s’agit d’un article publié dans une revue militaire. rien ne justifie un stage militaire. 1948. Le camp de Margival est peu présent dans les sources et dans l’historiographie. « Les demoiselles de Margival ».H. l’EPFAT a fonctionné pendant plus de vingt ans. Mais en 1950. Bazeilles fusionne en 1966 avec L’ancre d’or. il est donc difficile – à première vue – de savoir s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. la revue Tropiques disparaît au profit de la revue Bazeilles (en référence à la bataille de Bazeilles en 1870). 6 J. des formations du Service de Santé et comme assistantes sociales ». L’auteur ne signe que par ses initiales. 202 . Seul « l'esprit d'équité » entre les PFAT semble préoccuper le général Salan. C’est en 1946 qu’il prend le titre de Tropiques. dont le sous-titre. davantage encore que les casernes de Croÿ ou d’Artois à Versailles. 55.A. La seconde est qu’il concentre toutes les idées reçues sur les femmes militaires… Autant d’idées reçues que 1 EPFAT dans la suite du texte. L'Harmattan. cela va sans dire. Tropiques. 5 Avec la décolonisation française. 19. qui constituerait pourtant une avancée considérable pour l’égalité entre hommes et femmes dans l’armée. Même la revue Bellone n’a rien publié sur Margival.H. voué à disparaître avec la fin du conflit indochinois. p.A. il est fort probable que l’auteur soit un homme. et son titre définitif devient L’ancre d’or de Bazeilles.prérogatives attribuées aux PFAT : puisqu’elles ne sont employées que « dans des États- majors. Création le 1er avril 1973 de l’école interarmées des personnels militaires féminins de Caen et dissolution le 30 juin 1974 de l’école des PFAT de Dieppe [1973-1974]. Indochine 1945-1954. paraît un important reportage sur le centre de Margival dans Tropiques4. absorbant les effectifs du Centre de Versailles. son personnel et son quotidien. Reproduit dans son intégralité en annexe p. « Les demoiselles de Margival ». son organisation. Cet article est intéressant pour plusieurs raisons. Le 1 er avril 1973 est créée l’École Interarmées des Personnels Militaires Féminins (EIPMF) 3. 4 J. remplaçant peu à peu celle de Dieppe qui ferme ses portes le 30 juin 1974. fondée le 1er octobre 1962. Paris. Sauf qu’il se désigne comme le « signataire de ces lignes »6. n° 301. 1996. titre qui existe toujours aujourd’hui. De plus. Il s’agit d’une revue mensuelle des troupes de marine de l’armée de terre5.

2 Caractéristique qui revient également dans un témoignage en particulier. Andrée Ducrot-Serreau précise que « la caserne d’Artois à Versailles était le Centre de Regroupement du Personnel Féminin pour l’Indochine […]. 19. cit. Une école militaire alors ? Ce n’est point autre chose bien sûr. à le « définir ».. bien qu’aucune source ne mentionne la « caserne » de Margival.A. « Les demoiselles de Margival ». 19. cit. il n’y a que fronde. plus jeunes.. les chambres fleurent bon l’encaustique et l’on est accueilli sur le seuil d’un massif bunker allemand par ces mots qui vous désarment : « Oh ! Quel dommage que vous ne soyez pas venu au moment des tulipes ! »5 Tout ceci ne fait que confirmer « le grand embarras » dans lequel se trouve l’auteur de ce reportage qui peine à assimiler « féminité et courage ». Tropiques. recueilli au printemps 2006 : « nous étions encadrées par des officiers féminins qui ne faisaient pas de sentiments ». 3 Cette remarque laisse encore supposer qu’il s’agit vraisemblablement d’un homme qui a connu ce genre de situation dans son propre collège. mais finalement. 6 Pour autant. il semble qu’il y ait eu une grande mobilité entre les deux. 4 Vitrage droit orné d'un volant. la caserne désigne depuis 1680 un « bâtiment 1 J. « Comment décrire l’idéal de ces femmes de devoir lorsque trop de journaux n’ont de rédacteurs que pour les égratigner et trouver là sujet à plaisanterie ?1 » L’auteur peine à présenter le centre. Enfin. en 1952. 5 (Et citations suivantes) J. […] Il y a de pimpants rideaux bonne-femme 4 aux fenêtres du réfectoire.. Pour ce qui est de la caserne de Croÿ à Versailles. D’un point de vue sémantique. turbulence et rébellion 3. celui d’Andrée. des anémones sur la table de la salle à manger. il trouve que les femmes présentes au centre de Margival sont bien trop « bruyantes. Andrée Ducrot-Serreau : entretien du 24 mars 2006 et notes personnelles consultées le même jour. du soin et même du « renoncement volontaire aux avantages d’ici-bas ». plus libres » et trop maquillées pour être comparées à des nonnes… Enfin.H. et finalement dans une plus large mesure : femme et armée. enjouées. un adorable matou angora fait ronron contre un radiateur. il pense à une caserne mais il précise que nous en sommes aux antipodes. p. 203 . c’est pourtant bien de la « caserne de Croÿ » que partent les volontaires féminines pour l’Indochine6. resserré en son milieu par une embrasse : le plus souvent disposé de part et d’autre d’une fenêtre ou d’une porte.l’auteur prétend pourtant dénoncer. op. Tropiques. mais la comparaison n’est encore pas celle qui convient. Il y a des fleurs splendides dans le bureau directorial. Il pencherait bien pour un couvent à cause du sérieux.A. La place qu’il accorde aux aménagements et décorations florales relève davantage de l’ironie que d’une description militaire.H. la caserne d’Artois a continué à recevoir du Personnel Féminin rentrant d’Indochine jusqu’à la fin des opérations et je situe ces retours fin 1955 – 1er novembre 1956 ». « Les demoiselles de Margival ». coquetterie et patriotisme. Le centre de Margival pourrait être comparé selon lui à un collège sauf que l’ordre et la discipline y règnent2 alors que dans un collège. de la propreté. elle était réservée au Personnel Féminin en poste à Paris et dans la région parisienne […] En tout état de cause. op. p.

70-71. 642. p. que les esprits les plus caustiques se rassurent. a une connotation sociosexuée extrêmement forte.. semblables à des dortoirs. dans des chambres individuelles ou doubles5. ses statuts et attributions. un bastion masculin en mutation ». Comme tous les établissements fermés. Le soin et l’ordre apportés aux chambrées sont rigoureux : c’est la règle absolue..H. p. logements et salles à manger des cadres4. Tropiques. toutes traces de soin. 22. cit. de décor personnalisé ou de parterres fleuris aux abords du bunker relève davantage d’une présence féminine que d’une rigueur militaire. un établissement scolaire rigoriste1 ». Mais la caserne. Cadres du commandement et élèves stagiaires évoluent dans des sphères distinctes. Et comme pour les hommes.. ces femmes savent rester femmes 1 Alain Rey dir. cette « promiscuité est érigée en système »8.. 6 Id. p. un bastion masculin en mutation ». Le centre de Margival. « L’Armée française. tome 1.pour loger les troupes ». 23. dans son apparence. la définition donnée par Jean-Marie Cassagne correspond pourtant parfaitement aux femmes nouvellement engagées dans l’armée : Le grand dictionnaire… op.. 8 Vincent Veschambre. dans l’imaginaire militaire et collectif.A. il semble donc que ce soit la seule représentation sociosexuée de la caserne comme bastion masculin qui empêche l’auteur de voir Margival comme telle. elle désigne un bâtiment « peu plaisant et. Pour lui. op. dans un contexte revanchard après la défaite française face à la Prusse. cit. La promiscuité entre les « bleues7 » n’a rien à envier à celle que les hommes ont connue avant elles au cours de leur service militaire. 124... L’auteur de ce reportage considère que nous sommes « aux antipodes » du modèle de la caserne. p. de la directrice et de son adjointe se situent dans l’aile droite du bunker tandis que l’aile gauche abrite le réfectoire des élèves et communique avec les cuisines. Et ce malgré une carrière en opposition totale avec le rôle traditionnellement confié aux femmes : Avant toute chose. Il ne manque d’ailleurs pas de rassurer son lectorat sur la nature féminine qui n’est ici en rien entravée. 204 . 4 Formatrices et militaires de carrière. op. cit. Or. 5 J. Dans ces conditions. elles partagent à six de « vastes chambres6 ». par référence à la discipline qui y règne. sur bien des points. cit. cit. Jamais accordé au féminin . Mais il n’explique pas pourquoi. 7 Dans le langage militaire : personne sans expérience. 2 Vincent Veschambre. les casernes ont fortement contribué à la « fabrique » du genre2 : fabrique identitaire qui s’est mise en place pendant « l’âge d’or des casernes » entre 1870 et 19143. 3 Ibid. « L’Armée française. Les cadres sont logés en fonction de leurs grades. op. p. Dictionnaire historique… op. conformément à la hiérarchie militaire : les bureaux. jeune recrue. Margival répond à toutes les caractéristiques de la caserne. 121. s’apparente donc bien à une caserne. Et par extension. p. « Les demoiselles de Margival ». Quant aux élèves.

Le lieutenant Hélène Bauer est secondée par Huguette de Puyfontaine. Quand on sait quelle image véhiculait les femmes militaires. p. leurs emplois en Indochine ne laissent pas non plus présager des conditions de travail extrêmes. l’instruction militaire. mais de façon anonyme « Lieutenant B… »2. L’apprentissage de ce dernier est assuré par 1 Précédemment évoquée : SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. Tropiques. voire anecdotique. 23. Ou presque. 6 Vient de l’expression « coucher sur la dure ». cit. Dictionnaire historique…. 25 janvier 2006. elles fassent « l’apprentissage de ‘la dure’6 qui pourra leur être précieux en brousse » ? L’enseignement repose principalement sur la Géographie de l’Union Française. le sport et le chant. dont les affectations en Indochine ne nécessitent pas – selon les autorités militaires – d’être armées. Tropiques. aucune formation au tir n’est dispensée aux élèves de Margival. cit. elles s’y préparent. PFAT / Dossier 1. p. Comment expliquer alors qu’à Margival.H. sur une paillasse posée sur un sommier en planches : J. Elle l’a gagné en d’autres temps et il n’est même pas approvisionné. symbole de puissance masculine et de violence guerrière. directrice de Margival. La seule arme de la maison est le révolver américain du lieutenant. 3 Ibid. Elles ont des devoirs sociaux à remplir . 5 Ibid. En insistant sur le fait que l’arme du lieutenant Bauer n’est pas approvisionnée. Il est difficile de savoir si c’est l’auteur qui a choisi l’anonymat ou si ce sont Hélène Bauer et Huguette de Puyfontaine qui le lui ont demandé. op.. op.A. 205 . elles l’apprennent. elles s’y emploient. Huguette de Puyfontaine abonde également dans ce sens. à ce port d’arme exceptionnel pour une femme. Pourtant. et s’interdisent de « jouer au soldat ». 25. comme le montre le général Salan dans la fiche précédemment citée. De plus. on peut supposer qu’elles l’ont choisi pour se préserver. op.. L’auteur l’évoque un peu plus loin. Statut des PFAT [1945-1968] : fiche n° 18946 TC/BT.I. Ici. cit. « Les demoiselles de Margival ». op. p. Qu’on ne nous ennuie donc plus avec les vieux clichés péjoratifs dont on accable sans charité le Personnel des Auxiliaires Féminins de l’Armée de Terre. 2 J. Elles partent pour une mission déterminée qui n’est pas de faire la guerre .. cit. L’honneur des femmes est sauf. évoquée également en tant que « sous-lieutenant de P… »3..H. « Les demoiselles de Margival ». précisant qu’Hélène Bauer a reçu cette arme « au cas où » lorsqu’elle a rejoint la Résistance à Alger 5 mais qu’elle ne s’en est jamais servie. 4 Huguette de Puyfontaine : entretien. il confère un caractère tout à fait symbolique. Toutes deux assurent donc l’encadrement des élèves stagiaires et le commandement du centre pendant deux ans 4. au sol sur une couche dure : Alain Rey dir. 1146. Il s’agit ici du lieutenant Bauer1. puisque le « lieutenant » possède quand même une arme. Elles ont un rôle à tenir qui n’est pas celui de combattant .A.

il ne s’agit pas là de qualités spécifiquement féminines et dont nos consœurs puissent prétendre avoir l’apanage. sourire. indulgence.H. 1 Huguette de Puyfontaine : entretien.Huguette de Puyfontaine1. ceux-ci s’inscrivent en parfaite adéquation avec le reste du programme : . il ne faudrait pas qu’en plus elles en perdent leur dignité. enthousiasme. L’intention de l’auteur est claire : bien que militaires. Mais vous ne trouverez dans ces mots d’ordre aucun sujet qui puisse prêter à une interprétation tendancieuse. etc. Chaque jour à son tour a un slogan : propreté. amour du travail bien fait. discrétion. p. délicatesse. C’était plus facile et l’on pensait que ce serait plus drôle. exactitude. sincérité envers soi- même. . Tropiques. 24-25. Pour finir sur le contenu des enseignements. « Les demoiselles de Margival ». Elles ont déjà largement brisé les barrières du genre en embrassant une carrière professionnelle masculine. Sans surprise. agrandir son cercle d’amis. Chacun des vingt et un jours du stage est rythmé par un slogan.La plus grande joie est de donner le bonheur (Duhamel). Margival n’est donc pas un centre qui dénature les femmes. J’ai sous les yeux celui-ci pris parmi bien d’autres : « Dignité personnelle ». op.. Cela c’est la part des hommes. […] Oh ! Bien sûr. il faut absolument éviter que les femmes ne se fourvoient dans des valeurs qui ne sont pas les leurs. ces femmes sont avant tout des femmes qui entendent bien le rester.A. indulgence. Au contraire. 2 J. simplicité. La leur s’appelle : bonté. Ainsi. politesse. tenue. sourire. Y songe-t-on assez ? L’a-t-on dit ? On a dit l’inverse. 206 . dureté pour soi- même. leur emploi du temps est là pour leur rappeler chaque jour la répartition sexuée des valeurs humaines : aux femmes la bonté. cit. entr’aide. vaillance. J’affirme que ce n’était qu’absurde 2. Il est à rappeler toutefois que le contenu des programmes de Margival n’est pas du ressort de son commandement (féminin) mais de celui des autorités (masculines). franchise. On a volontairement banni : courage physique. modestie. le courage et la virilité. Il n’est pas choisi au hasard et incarne les valeurs féminines traditionnelles qu’il convient d’appliquer à la vie militaire féminine : La semaine est placée sous le signe d’un mot d’ordre. entr’aide. joie dans l’effort. vaincre la peur. audace.Les suprêmes dons doivent être offerts dans des mains suppliantes (Thibon). courtoisie. persévérance. ordre. aux hommes la vaillance. 25 janvier 2006. l’auteur se targue d’avoir eu accès à quelques sujets proposés en cours de français. respect de soi-même. honnêteté. l’altruisme et le don de soi.

. op. Il aurait été utile pour cette argumentation d’avoir connaissance de tous les sujets proposés en cours de français . longtemps bien distincts de ceux des garçons2. 1996. 7 Rose-Marie Lagrave. toujours est-il que ceux choisis par l’auteur de ce reportage sont bien loin des préoccupations d’ordre militaire et ne sont pas sans rappeler le contenu des enseignements dispensés aux jeunes filles.. p. op. p. 5 Christine Bard. « Une émancipation sous tutelle ». cette lente ascension qui nous est proposée et qui nous conduit. Histoire de la scolarisation des filles. cit. Histoire des Femmes en Occident. Ayant la possibilité de s’engager pour l’Indochine à partir de « dix-huit ans accomplis (vingt et un pour les convoyeuses de l’air) 3 ». d’effort en effort. 271. Paris.Se cultiver est un devoir pour chacune d’entre nous en tant que femme. 30.. L’instruction des filles pendant la Seconde Guerre mondiale est ainsi principalement focalisée sur l’apprentissage du métier de mère et d’épouse et la mise en valeur des qualités et vertus naturellement féminines6. l’abnégation mais aussi la maternité. accentuant encore davantage la distinction entre les sexes et la barrière entre filles et garçons . barrière sociale. Les stagiaires de Margival doivent garder à l’esprit qu’elles sont avant tout des mères en devenir. 207 . p. « l’enseignement ménager familial » est obligatoire dans tous les collèges et lycées pendant sept ans4. cit.A. op. sous couvert de diversification des savoirs. p. la charité. Les femmes dans la société française au 20e siècle. 3 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. Tropiques. 601.. 1991. 271-277. Nathan. 4 Francine Muel-Dreyfus.. p. Il est intéressant de constater que ces sujets évoquent tous le don. 2 Voir sur ce sujet : Claude et Françoise Lelièvre. date à laquelle est voté un décret rendant mixtes les collèges d’enseignement secondaire 5. 272 p. op. .La vie serait moins belle s’il n’y avait cet effort vers quelque chose de mieux. « Les demoiselles de Margival ». éducative et sexuée qui perdure jusqu’en 1963. jusqu’à la perfection1. . cit. Ce dernier thème apparaît comme un officieux rappel des priorités féminines. au sens où elle invente de nouvelles filières qui. 10434. comme le souligne Rose-Marie Lagrave : pour la période 1945-1975.. Vichy et l’éternel féminin. Le Seuil..H. Les sujets de réflexion proposés en cours de français à Margival obéissent naturellement à une logique de formation des filles à une carrière en adéquation avec ces valeurs féminines si solidement implantées dans la société française. Depuis la loi du 18 mars 1942. Enfin. 6 Francine Muel-Dreyfus. cit. future mère et Française. il est possible d’affirmer que bon nombre de recrues féminines de Margival ont suivi leur enseignement secondaire et/ou le début de leur enseignement supérieur. « l’École se veut émancipatrice quand elle est conservatrice. soit pendant la Seconde Guerre mondiale soit immédiatement après. Paris. En 1 J. Vichy ou l’éternel féminin. p 239. mettent en place des ‘options’ destinées à maintenir l’écart des différences entre filles et garçons 7 ». cit. op.

2 Éliane Jughon-Kuntz : entretien. l’installation du CRPFI à Versailles n’engendre que peu de modifications dans le fonctionnement du recrutement des femmes pour l’Indochine. elle varie en fonction de la spécialité choisie. installé au Fort d’Ivry en 1946. devenu Centre d’Instruction des Personnels Féminins pour l’Indochine1 de Versailles est régi selon les mêmes directives que Margival. « Éloge des Personnels Féminins des Armées de Terre (PFAT) en Indochine ». la seule trace du passage des volontaires féminines pour l’Indochine à Versailles est une plaque commémorative rénovée le 4 décembre 2003 à la caserne de Croÿ. consultées le 24 mars 2006 : Exemplaire du discours du général Paul Renaud. en fait. puis dans la banlieue de Pau lorsque le centre devient École des Troupes Aéroportées..anai- asso.htm 7 SHD – Département de l’Armée de Terre – 13 T 117 / 4e bureau 6e section : domaine militaire de l’Armée de Terre / Dieppe : caserne. p. et cette indifférence générale se retrouve dans les sources. à l’attention de l’État-major de l’armée (signature illisible). Aujourd’hui. 6 Archives privées d’Andrée Ducrot-Serreau. et enfin à Montauban4. ANAI . cit. L’engagement « volontaire dans l'indifférence générale6 » de plusieurs centaines de jeunes filles. 82. à l’identité masculine. école des PFAT [1952-1972] : note n° 11019 SEG/CAB/EMP/INT du 7 avril 1954. http://www. 4 octobre 2003. Également disponible sur internet : Paul Renaud. 4 Albert Maloire. Désormais installé dans les casernes de Croÿ et d’Artois. Versailles et Dieppe. 30 mars 2006. qu’il dénonce dans la première phrase de son discours.org/NET/document/anai/lanai_aujourdhui/eloge_des_personnels_feminins_des_armees_de_terre_pfat_en_i ndochine/index. témoigne du peu de cas qu’il a été fait du CIPFI de Versailles dans l’histoire. Mais son fonctionnement est finalement assez éphémère et on en retrouve peu de traces dans les sources. C’est par une note du 7 avril 1954 qu’il est décidé de regrouper les deux centres d’instruction existant. devient en 2001 l’ECPAD.Site Officiel de l'Association Nationale des Anciens et Amis de l'Indochine et du Souvenir Indochinois. En 1952. consulté le 9 octobre 2009. siège du Service Cinématographique des Armées 3 . le conflit indochinois s’enlise et la 1 CIPFI dans la suite du texte. Quelques femmes interrogées évoquent Versailles. 208 . dont l’apprentissage technique s’effectue au fort d’Ivry. mais aussi celui des plieuses et réparatrices de parachutes qui suivent leur formation d’abord à Lannion. C’est le cas notamment de la spécialité « opératrice de cinéma ». op.les obligeant à réfléchir sur leur identité de femme. L’une d’elles2 précise que la durée du stage peut y atteindre trois mois . on leur rappelle ainsi que celle-ci prime sur leur statut de militaire qui appartient quant à lui. le CRPFI. 5 ANAI dans la suite du texte. Elle est célébrée au cours d’une cérémonie en mémoire des PFAT parties en Indochine et présidée par le général Paul Renaud. 4 décembre 2004. premier vice-président de l’Association Nationale des Anciens d’Indochine 5. 3 (SCA). » A cette date. « solution présentant une économie de moyens dans le cadre de l’unité de formation des dits personnels 7. Femmes dans la guerre.

mentalement et intellectuellement les AFAT : 1 Christiane Cauet. Ce stage précolonial qui est conçu pour préparer physiquement. de transférer ses personnels à Dieppe. qui concrétise et matérialise la reconnaissance officielle du CIPFI comme rouage essentiel de la formation des femmes volontaires pour l’Indochine et plus généralement. volontaires pour l’armée. 209 . n° 24. p. « Chant du cygne à Versailles ». paru dans la revue Bellone : « Le CIPFI (Centre d’Instruction du Personnel Féminin pour l’Indochine) va fermer ses portes.perspective d’une issue imminente motive sans doute la décision de fermer le CIPFI de Versailles. Celui-ci diffère assez peu des autres sources sur ce sujet : D’Artois pour les anciennes. » La fermeture de Versailles a été l’occasion de remettre aux PFAT le fanion du CIPFI. […] Le stage c’est justement la raison d’être d’Artois. école qui n’est pas exclusivement réservée à la formation des personnels pour l’Indochine. Bellone. par la suite. cit. op. comme Margival il y a trois ans.. « Le Colonel Durand2 remet au lieutenant PFAT Luchetti3 le fanion du CIPFI »4 Bellone a consacré en 1953 un article à la caserne d’Artois. page de couverture. 5 2 Directeur des Troupes Coloniales. comme en témoignage le seul article évoquant la fermeture de Versailles. c’est le début de leur vie militaire. mai-juin 1954. n° 24. 4 Bellone. 3 En charge du commandement du CIPFI. Le stage pré-colonial s’effectuera désormais à Dieppe 1.

Eve Curie (1904-2007) : pianiste. 7 SHD – Département de la Marine – 3 CC PFAM 087 : Correspondance « Arrivée » des ports. De retour en Angleterre. Appels. fille de Marie Curie. principal initiateur de l’Exposition Coloniale de 1931. de la Marine9 1 « D’Artois… ». 2 Louis Hubert Gonzalve Lyautey (1854-1934) : militaire. résident général au protectorat du Maroc. dit « l’Homme rouge » (1898-1933) : militaire de carrière qui s’est illustré lors des guerres coloniales au Maroc dans les années 1930. 1944-1956. » Le stage s’achève par le baptême de la promotion sous l’égide d’un-e grand-e patron- ne : Lyautey. op. veillées. Bournazel. En 1930. Eve Curie2…etc3. p. C’est pourtant celui de PFAM qui sera utilisé ici. cit. activités de toutes sortes menées sur un rythme rapide 1. Après validation du stage.. il est le premier à relier par voie exclusivement aérienne la France à l’Amérique du Sud. 8 PFAA dans la suite du texte.A. Bellone. Les archives à disposition sont principalement conservées au département de l’armée de terre du SHD. 17. conformément à l’usage dans la Marine. 6 SHD – Département de l’Armée de l’Air – Série C : les forces aériennes françaises hors du territoire métropolitain – sous-série 4 C : Indochine. les personnels féminins partent pour l’Indochine. Tropiques. 25 4 Madeleine Boue-Lahorgue : op. femme de lettres. cinéma. Mais tout le monde sait bien que PFAM signifie en réalité ‘petites fesses à manipuler’ » : Le grand dictionnaire… op. Celles du département de l’armée de l’air 6 sont très lacunaires et ne proposent aucun document relatif aux effectifs. les traces des femmes dans ses fonds sont infimes d’une manière générale. elle est l’auteure de nombreux textes résistants pour la presse et la radio. Mermoz. foyer. Jean Mermoz (1901-1936). test. cit. « Les demoiselles de Margival ». cit. vaccinations. p. Et. c’est également dans les fonds du département de l’armée de terre qu’on trouve des données chiffrées pour les Personnels Féminins de l’Armée de l’Air 8.. maréchal de France. le 12 septembre 1944. Henry de Bournazel. 30 mars 2006. Elle participe à la jonction de la 1ère Division Française Libre et de la 2e DB. dit « l’Archange » : aviateur de l’Aéropostale. Ministre de la Guerre. Contrairement à ce que prétend Jean-Marie Cassagne : « on dit que le sigle [PFAM – ndla] désigne théoriquement les personnels féminins de l’armée de mer. officier durant les guerres coloniales. Cavalier vêtu d’une tunique rouge. Également fondateur du Parti Social Français (PSF) en 1936. Cet acronyme est celui utilisé par le Département de la Marine mais il n’est pas rare de trouver également PFM (Personnels Féminins de la Marine) dans les sources. 329. Elle assure la propagande de la France Libre aux États-Unis à partir de 1941. histoire et géographie de l’Indochine. op. n° 20. par bateau pour un trajet de presque un mois 4 ou parfois par avion pour un vol de près de trente heures interrompu par cinq escales 5.H. Quant au département de la marine7. Marine Indochine. p. corvées. il fut l’objet d’un véritable culte patriotique dans les années 1930 à 1950. instruction militaire.. Série P : dossiers individuels de personnel – sous-série 3 P : personnel décédé en Indochine (dossiers consultables sur dérogation car il s’agit souvent d’actes de décès accompagnés de dossiers médicaux). Il incarna pour plusieurs générations de jeunes militaires un modèle d’officier. 210 . c) La présence militaire féminine en Indochine : étude chiffrée Mener une étude chiffrée des personnels féminins en Indochine n’est pas simple. davantage encore pour la guerre d’Indochine. conférences. elle rejoint les Volontaires féminines de la France Libre et s’engage comme ambulancière sur le front d’Italie. Engagée dans la France Libre dès 1940. cit. 3 J. 9 PFAM (Personnels Féminins de l’Armée de Mer) dans la suite du texte. 5 Éliane Jughon-Kuntz : entretien. causeries.

et du Service de Santé – souvent inclus dans l’arme dont ils dépendent. il est très difficile de savoir si les chiffres présents dans les TED ne concernent que les PFAT ou l’ensemble des personnels militaires et auxiliaires féminins. septembre 1950 . Il s’agit simplement des dates extrêmes des TED et des documents trouvés dans les archives qui mentionnent les personnels féminins en Indochine. Les effectifs théoriques sont en fait une estimation des besoins calculés mensuellement en fonction des effectifs réalisés et des pertes survenues ou à venir. ils sont assez lacunaires et plusieurs données sont manquantes pour certains mois2. juillet. les PFAT et le CAFAEO. particulièrement le dossier « EMIFT. toutes armes et tous services confondus 3. octobre. dans lesquels on trouve parfois mention des PFAT dans des TED englobant l’ensemble des troupes présentes en Extrême-Orient. ces quelques remarques préliminaires n’ont que peu d’incidence sur le bilan des effectifs féminins en Indochine car les PFAA et PFAM sont tellement minoritaires que ce petit nombre ne peut avoir de conséquence significative sur les bilans définitifs. février. Enfin. novembre et décembre 1947 . tableaux et graphiques concernant les pertes [1945-1956]. Le graphique suivant offre un bilan précis et fiable des effectifs féminins présents en Indochine sur cent quinze mois entre 1946 et 1956. Ces deux bornes chronologiques n’ont a priori pas de valeur historique significative. 2 Ainsi. Ils n’ont pas été retenus pour réaliser l’étude qui suit puisqu’ils diffèrent systématiquement des effectifs réalisés. mai. aucune distinction n’est faite entre les PFAA. Pour présenter les conclusions qui suivent. particulièrement le dossier 10 H 511 : effort humain français en Indochine. Avant novembre 1951 et après novembre 1954. sous-dossier « États mensuels des effectifs TFEO 1947 ». les PFAM. effectifs. août 1953. juin. La plupart des documents utiles pour cette étude sont les Tableaux d’Effectifs et de Dotations 1 mais aussi les rapports et notes de service faisant état des effectifs. 10 H 508 / Effectifs / effectifs réalisés (1946-1956). Ainsi. Il convient en effet de distinguer les « effectifs théoriques » des « effectifs réalisés ». il manque des données pour : mai. mars. Il faut considérer non seulement les fonds exclusivement dédiés aux personnels féminins mais aussi ceux. Cette étude a donc ses limites mais elle permet tout de même de suivre l’évolution du nombre de femmes militaires engagées entre l’automne 1946 et le printemps 1956. États des pertes. notes sur les effectifs dont graphiques sur l’évolution des forces de 1946 à 1951 et correspondance sur la désertion des légionnaires de 1947 à 1952 [1946-1952]. août 1948 . soit quatorze mois sur une période qui en compte cent quinze. juin. 1952-1956 ». 10 H 509 à 511 / Personnels / Pertes (1945-1956). particulièrement le dossier 10 H 183 : effectifs 1947. dans lesquels les PFAA et PFAM figurent aussi sous le titre de « PFAT Air » ou « PFAT Mer ». 211 . États des effectifs réalisés [1946-1956]. Enfin. 3 Il a été réalisé par recoupement des fonds suivants : SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 183-184 / Effectifs / Correspondance. il a donc fallu croiser plusieurs fonds d’archives et relever dans chacun d’eux les effectifs féminins « réalisés ». plus généraux. juillet. 1 TED dans la suite du texte .

C’est évidemment. En toute logique. « portant statut du personnel des cadres militaires féminins 1 ». le besoin en personnels féminins est aussi plus important et ceux-ci augmentent régulièrement jusqu’en mai 1954. Deux dates apparaissent clairement comme des étapes dans l’évolution des effectifs. C’est à partir de cette date que les militaires féminines sont régies par un statut plus solide et plus harmonieux. Elle correspond au décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. Tout d’abord celle du 15 octobre 1951 qui marque le début d’une hausse significative. Effectifs mensuels des PFAT en Indochine (1946-1956) 2500 Fin de la guerre d'Indochine Décret du 15 octobre 1951 2000 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1500 1000 500 0 septembre septembre avril juillet mars mars mars avril juillet janvier novembre mai novembre mai juin juin mai mai novembre février août février février février février août août août octobre décembre décembre décembre octobre octobre Force est de constater que – malgré quelques variations – les effectifs sont en constante augmentation du début à la fin de la guerre d’Indochine. cela engendre un accroissement visible des effectifs. Avec l’intensité des combats et l’enlisement du conflit indochinois. pour obtenir un aperçu général de l’évolution de l’engagement militaire féminin en Extrême-Orient. il convient de resserrer l’étude entre le 19 1 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. Une fois ces chiffres considérés. La précarité et la diversité des statuts des PFAT disparaissent peu à peu. op. cit. 212 . qu’ils diminuent considérablement à partir de cette date.. 10433-10436. p. sans surprise.

décembre 1946 – date du début de la guerre d’Indochine – et le 7 mai 1954 – date de la défaite française à Dien Bien Phu marquant la fin du conflit indochinois. la plus importante sur un laps de temps si court depuis le déclenchement du conflit. Effectifs annuels moyens des PFAT pendant la guerre d’Indochine (1946-1954) 2500 Décret du 15 octobre 1951 2000 1500 1000 500 0 1946 1947 1948 1949 1950 du 1er 1er 1952 1953 1954 01/01/51 10/1951 11/1951 au 30/09/51 année 1951 La fin de l’année 1951 apparaît bien comme une charnière dans l’évolution des effectifs féminins en Extrême-Orient. Pour résumer. afin de mesurer quelles furent réellement les conséquences de l’adoption du décret du 15 octobre sur l’évolution des effectifs militaires féminins. Mais il est également nécessaire de ne prendre en compte que la moyenne annuelle des effectifs féminins. soit une augmentation de 9. C’est cette méthode qui a été appliquée pour élaborer le graphique suivant. En effet. tout en choisissant de distinguer les données de l’année 1951. ceux-ci passent de mille cent vingt-deux à mille deux cent vingt-cinq. Une telle croissance est généralement observée sur période plus longue. et ce afin d’obtenir une courbe de tendance plus globale. rien qu’au mois d’octobre 1951.1 %. entre le 1 er octobre et le 1 er novembre 1951. les effectifs féminins augmentent presqu’autant qu’entre janvier et octobre 213 .

Ne figurant pas dans les TED. les rapatriements pour fin de contrat ou incapacité. mais en moyenne. 2 Terme employé dans les archives relatives aux effectifs. « Les femmes en Indochine ». les « états des pertes »2.19511. leurs effectifs ont plus que doublé. Bobigny. ces personnels permettaient une certaine fluctuation dans les effectifs. En mai 1954.). les militaires féminines signent pour deux ans4. 4 Albert Sebban. le nombre de femmes ayant participé au conflit indochinois avoisine en fait dix à quinze mille6. Celle-ci est en effet de 27. elle est de 1122. « Les femmes en Indochine ». ou dépendants d’un État-major particulier …etc. Celles qui choisissent de repartir ne sont toutefois pas majoritaires. puis de 32. rapatriés. avec la possibilité de renouveler leur séjour après leurs congés de fin de campagne 5. Elles sont. Ce décret. p.1 % entre 1951 et 1952. 214 . en réalité. seule période pour laquelle la distinction est faite dans les archives du SHD. A. il faut comprendre : décès. soit une augmentation de 10. à la veille de la bataille de Dien Bien Phu. Tome III. 6 Albert Sebban. Bonnet des Claustres.184/EMIFT/EP/6 PFAT du 16 octobre 1952 relative aux rengagements du Personnel Féminin de l’Armée de Terre servant en Indochine. et pour octobre 1951. fins de contrats. 7 Il a été réalisé par recoupement des mêmes fonds et selon la même méthode que les précédents. 3 Personnels généralement affectés à des missions spéciales (services secrets. Le graphique ci-dessous7 présente les effectifs de ces trois armes et services de novembre 1951 à novembre 1954. provoque une accélération de l’augmentation des effectifs. soit 7.cit. Sebban. La durée des engagements est variable. En prenant en compte toutes ces considérations. Insignes… op. Bourdennec.5 à 10 % des effectifs militaires globaux engagés en Indochine. qui intervient alors que les combats s’intensifient. SOGICO. rapatriements. Ch. les femmes sous l’uniforme français en Extrême-Orient sont deux mille cent quatre-vingt-une. 5 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 513 / Personnels / Notes de service du bureau « personnel » (1951-1955). 1984. Malcros. Il ne faut pas en conclure qu’il n’y a eu que deux mille cent quatre-vingt-une femmes dans l’armée française en Indochine. bien plus nombreuses puisqu’il faut également prendre en compte la durée variable des engagements. désertions…etc. soit presque deux fois plus qu’en août 1951. 1 La moyenne des effectifs féminins présents en Indochine pour janvier 1951 est de 1018. PFAT / 6e section : PFAT [1951-1955]. les PFAT « hors plan3 ».2 % en dix mois. p. A. 8 et 19. les PFAM. PFAM et personnels du CAFAEO s’engagent dans les mêmes conditions mais sont beaucoup moins nombreuses et leurs effectifs évoluent peu. mais également les PFAA. maladies. tandis qu’entre la fin de l’année 1946 et la fin de la guerre d’Indochine. détachements auprès d’États associés. dir. 3e section : mutations.9 % entre 1952 et 1953. Par pertes « réelles » (blessé-e-s exclu-e-s).. 17. les recrues du Service de Santé et du CAFAEO qui n’apparaissent explicitement dans les TED qu’à partir de 1954 et qui viennent s’ajouter aux effectifs précédemment traités. Il est clair que l’adoption du décret du 15 octobre 1951 modifie considérablement la politique d’engagement des femmes dans l’armée. E. Les PFAA. Insignes de l’Armée française en Indochine. instruction n° 33.

Les femmes dans la Marine Nationale Française… op.. c’est pour les PFAM que le décret de 1951 est le plus restrictif3. cit. Effectifs des Personnels Féminins de l’Armée de l’air. il convient de rappeler que l’engagement des femmes dans la marine est extrêmement restreint. 13. p. de la Marine et du CAFAEO pendant et après la guerre d’Indochine (1951-1954) 500 450 400 350 300 250 200 150 100 50 0 septembre juillet mars juillet juillet mars janvier octobre mars septembre septembre avril novembre janvier avril mai juin mai juin octobre mai juin octobre novembre novembre novembre février août février août août décembre décembre 1951 1952 1953 1954 PFAA PFAM CAFAEO Une première remarque s’impose à la lecture de ce graphique. Il y a plusieurs explications à cela : tout d’abord. Les effectifs féminins de l’armée de l’air. p.. 3 Lucile Clemens-Morisset. 36. 2 Micheline Fornaciari. Comme le souligne Micheline Fornaciari1. La marine demeure alors l’arme la plus fermée aux 1 Premier-maître dans la Marine Nationale en 1989 (équivalent à adjudant dans l’armée de terre). « l’accès de personnel féminin sur les bâtiments de guerre fait l’objet d’une stricte réglementation. Seules des raisons de service ou des invitations au mess autorisent la présence de femmes à bord2. La Marine Nationale au féminin… op. de la marine et du CAFAEO n’affichent absolument pas les mêmes tendances que pour les PFAT. 215 . cit. » Si les premières « marinettes » de la Seconde Guerre mondiale bénéficiaient – comme toutes les femmes dans l’armée – d’un statut assez flou leur permettant un accès aux différents services de leur arme.

elles sont pour la plupart secrétaires. secouristes. comme tout le personnel de la Croix-Rouge. p. les « marinettes » ne sont que cent quinze. transmis par Jean-Pierre Vanrenterghem. télétypistes. Décision du 10 janvier 1946. op. après la création du Corps Féminin des Forces Françaises Libres le 16 décembre 19411. 3 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126. Puis. sténodactylos. Les convoyeuses de l’air sont en fait des IPSA ayant réussi le concours de l’armée de l’air et souscrit un contrat d’engagement dans cette armée. standardistes. Déjà. En 1946. la Marquise de Noailles et Lilia de Vendeuvre souhaitent allier leur passion pour l’aviation et le service à la patrie. deux cinquièmes à l’armée de l’air.. op. 6 Brochure inédite des IPSA. cit. op. infirmières : Albert Maloire. le décret du 29 janvier 1944 répartit ainsi les volontaires féminines : « deux cinquièmes à l’armée de terre. un cinquième à l’armée de mer »2. En effet. il faut alors prendre en compte les convoyeuses de l’air.. Président de l’Aéro-club des IPSA : correspondance électronique. Mais les femmes engagées dans l’armée de l’air – ou dépendant directement d’elle – sont en réalité beaucoup plus nombreuses. Mais elles sont aussi des auxiliaires de l’armée. Leur vocation est donc double : Croix-Rouge et aviation6. l’armée de l’air dispose de Formations Féminines de l’Air 4 . trois femmes. recrutées parmi les Infirmières Pilotes et/ou Parachutistes Secouristes de l’Air 5. dactylos. 3-4. cit. Les préjugés selon lesquels embarquer une femme à bord porte malheur sont toujours très vifs. cit. p. Françoise Schneider. 107. Ce sont des civiles. ces proportions ne seront jamais atteintes. tout comme la Croix-Rouge. Mais. Leur rôle principal est d’être infirmière navigante ou pilote d’avion sanitaire. 285. chiffreuses. 5 IPSA dans la suite du texte. Elles créent les IPSA. formées par la Croix-Rouge Française. pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1934. p. La distinction entre 1 Décret n° 74 du 16 décembre 1941. cit. Concernant l’armée de l’air. op. 4 FFA dans la suite du texte. émanant du Ministre de la Guerre. Elles sont militaires 7. les autorités militaires décident de « renvoyer dans leurs foyers toutes les Auxiliaires Féminines de l’Armée de Terre (Officiers et Spécialistes) à l’exception des volontaires pour la campagne d’Extrême-Orient »3. 2 Décret du 29 janvier 1944. transmise par Jean-Pierre Vanrenterghem. Femmes dans la guerre. Les IPSA sont infirmières. assistantes sociales. 23 octobre 2009. Président de l’Aéro-club des IPSA : correspondance électronique.. En effet. ce sont d’ailleurs les seules référencées par les archives et ce sont leurs effectifs qui sont représentés ici sur ce graphique. Vice-Présidente de l’Amicale des IPSA. la répartition des PFAA est assez complexe. concrétisant ainsi le rôle des femmes dans l’aviation de la Croix-Rouge.femmes. la faible présence des femmes dans la marine en Indochine s’explique facilement. 23 octobre 2009. Dans les FFA. 216 . 7 Courrier de Rose-May de la Besse. Il est alors prévu de ramener les effectifs des AFAT de treize mille cinq cents à trois mille huit cents tout en maintenant la proportion d’un cinquième pour la Marine. Dans ces conditions.

l’appellation « convoyeuses IPSA ». la première équipe de convoyeuses de l’armée de l’air est constituée dans sa quasi- totalité d’IPSA3. Cela s’explique en partie par le maintien sur place de personnels de santé destinés à soigner les blessés. p. op... 1996.les statuts des IPSA et des convoyeuses de l’air est donc très nette. souvent confondues avec les IPSA. » 2 GMMTA dans la suite du texte. le 1er mars 1954. cit. ndla] à l’Armée de l’Air à servir. p. quant à elles. 4 Valérie de La Renaudie. 217 . concernant le CAFAEO. L’armée de l’air fait également appel aux IPSA pour recruter ses assistantes sociales et ses infirmières du Service de Santé1. même si leur formation est identique. 3 Albert Maloire. comme l’ensemble des PFAT. op. en temps de conflit. révélées très décevantes : elles ne mentionnent que les convoyeuses de l’air sans détailler le reste des troupes des FFA. p. Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser ici ou là. Femmes dans la guerre. elles sont indifféremment nommées « IPSA » ou « convoyeuses de l’air ». Paris. […] En 1948. Albert Maloire mentionne pour l’année 1948. Enfin. 133 : « elles furent ainsi plus de 200 [au début de la guerre d’Indochine. deux cents IPSA qui rejoignent le Service de Santé de l’armée de l’air 5. 10 et 38. « Les convoyeuses de l’air ». convoyeuses et IPSA remplissent des missions identiques. Les convoyeuses de l’air – militaires donc – sont très minoritaires dans l’ensemble des FFA : à la fin de la guerre d’Indochine. Les archives du Département de l’Armée de l’Air se sont.. Femmes dans la guerre. 5 Albert Maloire. Une dernière remarque – qui. Ainsi. Les infirmières ont subi le même sort puisque le Service de Santé Air ne possède plus son corps d’infirmières propre. cit. au moins jusqu’au concours. 133. 134. tant dans les sources imprimées que dans les archives du SHD. faute de sources suffisantes ne peut être développée – s’impose. ses effectifs féminins restent à un niveau stable et finalement assez élevé. elles ne sont que vingt 6. Pourtant. NEL. Si elles ne sont qu’une trentaine dans la première promotion de 1946 4. Les sources sont hélas peu loquaces sur les effectifs des convoyeuses de l’air. dans les sources. l’amalgame est fréquent entre les deux car. p. C’est donc l’armée de l’air qui est à l’origine de la création du corps des convoyeuses de l’air. L’ensemble des effectifs militaires 1 Albert Maloire. ces assistantes sociales passèrent à l’Action Sociale aux Forces Armées. contrairement aux autres services dans lesquels sont engagées les PFAT. 6 SHD – Département de l’Armée de l’Air – 35 E 30807 / DPMAA : Direction du Personnel de l’Armée de l’Air : 1er bureau / Convoyeuses de l’Air (1952-1955) : situation comparative en personnel militaire féminin des classes dans le cadre des spécialistes convoyeuses de l’air. pendant toute la guerre d’Indochine. Femmes dans la guerre. le Service Social devenant interarmes. leurs effectifs ne cessent d’augmenter. En 1946. Le concours de convoyeuses du Groupement des Moyens Militaires de Transport Aérien2 ouvre ainsi les portes de l’armée de l’air aux IPSA en 1945. Comptées dans les effectifs de l’armée de l’air. à la date du 1er mars 1954. les prisonniers de retour des camps viêt minh et assurer leur prise en charge sanitaire avant leur rapatriement. Sur les routes du ciel. bien après la fin du conflit. cit. op.

Ces milliers de femmes engagées en Indochine appartiennent donc à plusieurs armes et plusieurs services. 19 octobre 2005.A 197/Cdt datée du 13 août 1954 émanant du lieutenant colonel Descaves. elles n’y sont évoquées que deux fois. 1 SPFAT dans la suite du texte. Dossier C. commandant de la base aérienne 197. vingt-cinq Spécialistes des Personnels Féminins de l’Armée de Terre1 sont indochinoises et elles sont trente-quatre AFAT le 31 août 19472. particulièrement à la fin de la guerre.féminins présents en Indochine comporte une proportion minime mais néanmoins réelle d’Indochinoises servant sous le même statut que leurs homologues métropolitaines. 4 C. 3 SHD – Département de l’Armée de l’Air – 4 C 1253 / Sous-groupement des moyens militaires de transport aérien (S/GMMTA). Elles sont également présentes chez les convoyeuses de l’air. Personnel des Forces Féminines de l’Air (FFA) [1953-1955]. auxiliaires sociales vietnamiennes » doivent intégrer « des missions aériennes d’évacuations des familles vietnamiennes3 ». Dossier D. alors que les effectifs militaires métropolitains sont en baisse. Ici. En effet. Plus généralement. il s’agit de la note de service n° 471/B. Les sources sont très imprécises à leur sujet. Pour le seul mois d’août 1954 – soit trois mois après la fin de la guerre – une note de service mentionne que « dix convoyeuses de l’air. Infirmières pilotes secouristes de l’Air (IPSA) [1946-1954]. document initialement classé dans le Dossier B ci-dessus précité. Depuis que les archives de ce service ont intégré le Service Historique de la Défense. il n’est plus classé et toutes les pièces qui le composent sont donc isolées. santé : lorsque ce fonds a été consulté pour la première fois au Service Historique de l’Armée de l’Air en 2005. 218 . Tout comme la répartition de leurs effectifs. de nombreuses Indochinoises sont également infirmières militaires4.B : entretien. il était composé ainsi : dossier B. hygiène. dans l’armée de l’air. leurs affectations sont aussi plurielles. Le 31 décembre 1946. Évacuations par voies aériennes : convoyeuses de l’Air [1951-1954]. 2 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 506 / Effectifs / effectifs théoriques et tableaux d’effectifs et de dotations [1948-1955] : note de service n° 806/EMIFT/1/365 du 17 mars 1954.

Elles sont avant tout engagées dans l’unique but de remplacer tous les hommes aptes au combat quel que soit leur grade ou leur ancienneté. Bien que les sources ne permettent pas d’élaborer une analyse statistique précise des affectations des soldates par spécialités. émanant de la Mission de contrôle de l’exécution du budget de l’État en Indochine. sous-officiers ou hommes de troupe2. 2 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 259 / Mission de contrôle de l’exécution du budget de l’État en Indochine / Rapports sur les travaux du génie. a) L’affectation : expériences militaires féminines d’une décolonisation française Dans leur grande majorité. Orthographié tel quel. Au début de la guerre. Dossier « Personnel féminin de l’armée de terre en Indo-Chine ». Les femmes dans les Troupes Françaises en Extrême-Orient1 L’étude des militaires féminines engagées dans les TFEO implique d’analyser leurs affectations pour comprendre quelle place l’armée leur accorde dans ce premier conflit français de décolonisation. commandant en chef en Indochine. Enfin. une étude du capitaine Douillet et une réponse du général de corps d’armée Salan. ainsi que les zones dans lesquelles elles sont affectées. le PFAT [1953-1954]. les services de propagande. et la vie quotidienne : la mise en pratique de l’instruction reçue pendant les missions révèle souvent les faiblesses et les lacunes liées à l’intégration des femmes dans l’armée française qui demeurent les éternelles oubliées de la mémoire militaire. 2. zone géographique et catégories les affectations des PFAT 4 : 1 TFEO dans la suite du texte. Ce dossier regroupe un exposé d’ensemble de l’Inspecteur général de la France d’Outre-Mer Pruvost. 219 . il y a parfois un réel décalage entre la formation théorique reçue en Métropole. 3. Le 2 mars 1953. 3 Ibid. l’affectation sur place en Indochine. de presse et d’information. Hubert Pruvost classe par spécialité. p. les personnels militaires féminins engagés en Indochine sont dans l’armée de terre. 4 Page suivante. les soldates sont toujours régies par les statuts hérités des contrats d’engagement de la Seconde Guerre mondiale. Exposé d’ensemble de Monsieur l’Inspecteur général de la France d’Outre-Mer : courrier n° 260 du 2 mars 1953. il est néanmoins possible de dresser une liste des postes qu’elles occupent. Les graphiques ci-dessous ont été obtenus à partir d’un important dossier conservé au SHD et consacré au « Personnel féminin de l’armée de terre en Indo-Chine3 ».

50 à 70 % pour les standardistes et télétypistes dans les Transmissions . les services de propagande. 50 à 100 % pour le pliage et la réparation des parachutes »3. les femmes sont en apparence maintenues loin du front qui reste la sphère masculine par excellence. « Les mécanographes ». Service Social …etc. chiffreuses et mécanographes1 et le Service de Santé les infirmières et les ambulancières. Ainsi « 80 à 90 % des emplois de bureau sont tenus par le PFAT . Exposé d’ensemble de Monsieur l’Inspecteur général de la France d’Outre-Mer : courrier n° 260 du 2 mars 1953. »2 376 Total 1790 Ces affectations sont en totale adéquation avec la formation et l’instruction reçues en Métropole et offrent peu de nouveauté quant à la nature des emplois occupés.. novembre-décembre 1956. Répartition des PFAT par spécialité en 1953 Pliage et réparation des parachutes. p. 2 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 259 / Mission de contrôle de l’exécution du budget de l’État en Indochine / Rapports sur les travaux du génie. le PFAT [1953-1954].. Dossier « Personnel féminin de l’armée de terre en Indo-Chine ». 35. les PFAT y sont pourtant largement majoritaires. n° 39. p. Grâce aux TED du mois de mars 1953 – précédemment évoqués – on peut donc en conclure que la répartition des PFAT est la suivante : Spécialistes d’États-majors 626 Service de Santé 394 Transmissions 394 « Le reste : pliage et réparation des parachutes. 3 Ibid. Bellone. Spécialistes dans Service Social. si ces affectations ne sont pas exclusivement réservées aux femmes. dactylos. Conformément aux valeurs guerrières. 4. de presse et d’information.etc les Etats-Majors 21 % 35 % Transmissions 22 % Service de Santé 22 % Les spécialistes d’États-majors regroupent les sténodactylos. 220 . Enfin. Les 1 La mécanographie est « la réalisation de tous les travaux d’ordre comptable ou statistique à l’aide de machines à cartes perforées ».

2 SEP dans la suite du texte. op. le PFAT [1953-1954]. 559. p. En 1952. dépliant des PFAT. sous-officier la plupart du temps. faisant la promotion des emplois que peuvent occuper les femmes en Indochine : 3 Ce « reste » des effectifs féminins comprend également le Service Social dont font partie non seulement les assistantes sociales mais aussi les opératrices de cinéma. elles appartiennent aux FFA puis sont intégrées aux PFAT. fatigués ou blessés1. p. Étude de Monsieur le capitaine Douillet. un-e opérateur-trice.. p. quatre-vingt-un camions-cinéma sillonnent 1 1 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 259 / Mission de contrôle de l’exécution du budget de l’État en Indochine / Rapports sur les travaux du génie. aucune d’entre elles ne laisse entendre qu’il s’agissait d’une sinécure… La spécialité dans laquelle les femmes sont les plus représentées est la réparation et le pliage de parachutes. le capitaine Douillet précise dans son étude que ces emplois « pourraient être réservés à certains sous-officiers. » Pourtant. un conducteur dépanneur.. op.. p. 16. La plupart d’entre elles dépendent du Service d’Entretien des Parachutes2. 221 . 96. 30 mars 2006 et Albert Maloire. « Les femmes en Indochine ». Jeunes Filles ». 3 « Jeunes Femmes. 17. En théorie… car dans les faits. Albert Maloire. Insignes… op. 81. reproduit par Albert Sebban. comme en témoigne l’extrait de ce dépliant des années 1950. Ce dépliant est reproduit dans son intégralité en annexe p. Femmes dans la guerre. lorsque les femmes témoignent de leur expérience en Indochine. En effet. Totalement occultées de la mémoire guerrière.cit.emplois qu’elles occupent apparaissent aux yeux des autorités comme des emplois subalternes ou reposants. Chaque camion-cinéma transporte un chef d’équipe. les services de propagande. Dossier « Personnel féminin de l’armée de terre en Indo-Chine ». 4 Éliane Jughon-Kuntz : entretien. La section Cinéma du Service Social et culturel des FTEO a été créée en 1946. plusieurs femmes cumulent les fonctions de conductrice et d’opératrice 4. Femmes dans la guerre. de presse et d’information. cit. Jusqu’en 1946. ces femmes occupent pourtant un « emploi de toute confiance car d’Elles dépend la vie de nos ‘Commandos’ ». cit.

santé / Service social et culturel des FAEO.. En février 1952. internes. distractions. op. moral. 10 H 508 / Effectifs / effectifs réalisés (1946-1956). inspecteur de 3e classe de la France d’Outre-Mer. 96. et Albert Maloire. cit. ce sont plus de cent vingt-trois mille kilomètres qui ont été parcourus. 1-2. santé / Le Noël du combattant [1951-1954]. 10 H 321 / Prisonniers. affaires sociales. 2 Id. Budget. cit. p. Dossier « Direction du Service Social des FTEO (1951-1954)». Croix-Rouge. crédit. Femmes dans la guerre. distractions. moral. op. 285. 3 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 321 / Prisonniers. organisation. Les sources ne permettent pas de suivre l’évolution des effectifs des assistantes sociales ou des opératrices de cinéma. 67 et 97. p. daté du 21 février 1951. quatre mille quatre cents postes visités. pour la seule année 1951. mais quelques documents mentionnent ici ou là un effectif variant de cent quinze à cent trente PFAT réparties entre ces deux spécialités 5. internes. Au total. Budget. assistantes sociales. Rapport « sur le service social et culturel des forces terrestres en Indochine ».cit. internes. assistantes sociales. Femmes dans la guerre. 6 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 322 / Prisonniers. Croix-Rouge. affaires sociales. aumôneries [1951-1954].. une pour chaque territoire. organisation.l’Indochine1. Ces dernières sont une soixantaine 3 en moyenne pendant la guerre d’Indochine et certaines d’entre elles passent plus de cinq ans en Extrême-Orient4. Croix-Rouge. Rapport « sur le service social et culturel des forces terrestres en Indochine » de Monsieur de Bouteiller. 4 Monique Vanuxem : entretien. santé / Service social et culturel des FAEO. 5 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 505 à 507 / Effectifs / effectifs théoriques et tableaux d’effectifs et de dotations [1948-1955]. presque onze mille séances assurées pour plus de deux millions sept cent mille spectateurs. p. propagande. « le rayon des assistantes sociales est le ‘moral’… La tâche est immense »2. 15 mai 2006. op. toutes commandées par un officier Assistantes d’unité Assistantes dans les Assistantes chefs Total ou de secteur hôpitaux Nord Viêt Nam 1 24 14 39 Sud Viêt Nam 1 19 14 34 Cambodge 1 5 6 Laos 1 3 4 Plateaux 1 3 4 montagnards Centre Viêt 7 7 Nam Nord Centre Viêt 2 2 Nam Sud TOTAL 96 1 Albert Maloire. aumôneries [1951-1954]. Dossier « Attributions du Service Social ». États des effectifs réalisés [1946-1956]. propagande. affaires sociales.. Dossier « Direction du Service Social des FTEO (1951-1954)». la répartition des assistantes sociales est la suivante6 : 7 délégations. 222 . crédit. Comme pour les opératrices de cinéma. p..

Armée / Service Spécialités Effectifs Total Dactylos * 627 Comptables 48 Secrétaires 126 Mécanographes * 9 Encadrement 16 Interprétatrices de photos aériennes 19 Infirmières 333 Ambulancières 56 Armée de terre 2031 Assistantes sociales 68 Opératrices de cinéma 47 Standardistes * 208 Télétypistes * 77 Chiffreuses * 78 Régulatrices * 89 Réparatrices de parachutes 82 Plieuses 148 Convoyeuses 6 Secrétaires. télétypistes. Femmes dans la guerre. Amiens. Les oubliées de l’Histoire 1919-1945. Le tableau suivant est une mise en forme des données fournies par Albert Maloire dans son ouvrage Femmes dans la guerre. Corée et Afrique du Nord. le bilan qu’il dresse de la répartition du personnel féminin en Indochine est très fiable. 141 p. sous le nom complet d’Oriol-Maloire. Éditions Martelle. paru en 19571. et force est de constater que son étude concorde assez fidèlement à celle précédemment réalisée. Le colonel Albert Oriol signa sous le pseudonyme de Maloire (hérité de son engagement dans la Résistance) plusieurs ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et un autre sur les femmes : Les femmes en guerre. 223 . p. 285-286. Femmes dans la guerre. Bien que cet ouvrage soit avant tout une histoire vulgarisée des femmes militaires engagées en Indochine.. Il mentionne au bas de ce tableau « mars 19542 ». 3 Corps de Liaison administratif en Extrême-Orient : autre appellation du CAFAEO. il a au moins le mérite d’être le premier à être publié immédiatement après la guerre d’Indochine et il rassemble un certain nombre de données très précises mais hélas souvent non datées. 1995. Pourtant. dactylos. cit. 2 Albert Maloire. op. précédemment évoqué. en croisant les chiffres de l’auteur avec ceux des archives. op. sténodactylos * 79 Armée de l’air 124 Standardistes. cit. chiffreuses * 33 Infirmières 6 Officier 1 Visiteuses hôpitaux 2 Gérantes foyer 2 Marine 21 Auxiliaires sociales 5 Secrétaires 3 Chiffreuses * 8 CLAEO3 Infirmières et personnel civil contractuel 474 474 Total (* emplois dans les États-majors) 2650 2650 1 Albert Maloire.

cit. Les femmes ou les silences de l’Histoire. 3 Michelle Perrot. p. 6 Michelle Perrot. » Ces doigts de fées sont également la qualité principale des plieuses et réparatrices de parachutes. d’excellentes receveuses.. PFAT / Dossier 1. Histoire des infirmières…op. si convenables. cit. il apparaît clairement que les emplois qu’elle propose aux femmes restent « hyper-féminins ». Ces qualités féminines tellement vantées par les employeurs sont en fait les « fruits de la traditionnelle éducation des filles. Statut des PFAT [1945-1968] : fiche n° 18946 TC/BT. toutes armes et tous services confondus. Paris.I. op. 202. « Qu’est ce qu’un métier de femme ? ». La question du genre se pose une nouvelle fois ici car si l’armée est un « employeur hyper-masculin2 ». bien que militaires et donc loin des canons d’un 1 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. 81. habiles à la couture et au piano. « Qu’est ce qu’un métier de femme ? ».4 % de l’effectif global. cit. Flammarion.5 %. qui permettent de « mettre en œuvre des qualités ‘innées’. VII-IX. 1987.À la lecture de ce tableau. » Par conséquent. 2 Yvonne Knibiehler. p. 206. réserve donc aux femmes les mêmes emplois que ceux auxquels elles peuvent prétendre dans la société – civile – sans dénaturer leur sexe. Ces chiffres coïncident parfaitement avec les conclusions de l’Inspecteur général de la France d’Outre-Mer Hubert Pruvost et les prévisions du général Salan en 1950 qui précisait que les militaires féminines en Indochine « sont employées seulement dans des États-majors. Ceux-ci correspondent parfaitement « au modèle de la femme qui aide.. Femmes dans la guerre. En effet. La sténodactylographie et la télétypie sont deux autres spécialités majoritairement féminines dans l’armée. article initialement paru dans Le Mouvement social. op. p. agilité des doigts – ces ‘doigts de fées’. les spécialistes féminines des États-majors sont ici mille cent soixante- dix-huit. en comptant les personnels du CLAEO / CAFAEO. des infirmières les meilleures auxiliaires du médecin d’hôpital […]. comme garante des modèles et des valeurs sociosexués. soit 37. 4 Id. 3-8. Les effectifs du Service de Santé et du Service social rassemblent à eux seuls neuf cent quatre-vingt-quinze femmes. qui font des Dames des postes. qui soigne et qui console » et qui « s’épanouit dans les professions d’infirmière [ou] d’assistante sociale3. p. une tendance très nette se dégage quant aux emplois occupés par les femmes. propédeutique du clavier de la dactylo et de la sténotypiste 4. 5 Albert Maloire. 201. p.. des formations du Service de Santé et comme assistantes sociales1 ». » L’armée. les infirmières et le domaine social. comme en témoigne le titre du chapitre qu’Albert Maloire leur dédie : « Les dames aux doigts de fée »5. Les effectifs les plus importants concernent les emplois « de bureau ». comme dans la société. op. 201. n° 140. Des qualifications réelles déguisées en qualités ‘naturelles’6. 1998. 224 . soit 44. cit.. physiques et morales : souplesse du corps. p.

. mais au contraire celui d’une main d’œuvre dont les qualités spécifiques. p. et particulièrement à partir de 1914. la Croix-Rouge Française. n° 3. les femmes n’y trouvent une place que dans le but d’y remplacer des hommes. 5 Elsa Durbecq. remplaçantes dans des emplois administratifs ou sociaux dans l’armée. Recherches Contemporaines. Par conséquent. En temps de guerre. 1995-1996. Odile Jacob. aident à résoudre des problèmes à la fois quantitatifs et qualitatifs »3. 3 Id. la reconnaissance de la Patrie. Paris. la création du diplôme d’État d’infirmière vient officialiser une pratique féminine largement répandue et homogénéise la multitude des statuts qui régissaient 1 PMF dans la suite du texte. 225 . la tradition féminine du dévouement et du soin aux blessés est exaltée par les valeurs de la Croix-Rouge qui garantit pendant plusieurs années un vivier considérable d’infirmières puis d’ambulancières. Elle fait également une comparaison très intéressante en expliquant que « les femmes ne jouent pas exactement le rôle d’une ‘armée de réserve’ . 203-204. Sa vitalité reposant sur les associations et œuvres féminines et féministes. 2 Michelle Perrot. 193. apparaissent toujours comme les éternelles remplaçantes des hommes : remplaçantes dans les usines ou aux champs pendant la Première Guerre mondiale. op. les infirmières au front ou à l’arrière dans les hôpitaux militaires sont les seules femmes admises dans la sphère masculine du combat et de la violence. cit. dans l’armée comme dans la société. 204. des corps de tous les âges de la vie : nourrisson-ne-s. Durant l’entre-deux-guerres. Leur présence dans les services de santé obéit elle aussi à une tradition déjà très ancienne qui assigne aux femmes les « soins du corps. 4 Sylvie Schweitzer. la fin de la Première Guerre mondiale ne signifie en rien la fin de cet engagement féminin massif.« métier de femmes ». p. qui avait été créée dans un but de secours aux militaires. « Femmes et œuvres : l'exemple des Croix-Rouges françaises ». p. 2002. Les femmes. les Personnels Militaires Féminins 1 n’en demeurent pas moins cantonnés à des tâches conformes à la nature féminine. Les femmes ont toujours travaillé. malades et vieillard-e-s »4. Comme le souligne Michelle Perrot. « Qu’est ce qu’un métier de femme ? ». 167. p. le cantonnement des femmes dans ces professions est très bien accepté par les hommes puisqu’elles évoluent dans « une strate qui ne leur porte pas ombrage » et leur permet des évolutions de carrière plus rapides 2. doit trouver de nouvelles perspectives d’action 5. la gloire. Il n’y a donc aucune crainte de les voir se masculiniser par la carrière militaire. appelés vers des destins plus glorieux et conformes au sexe fort : le combat. métier d’hommes par excellence. très jeunes enfants. En 1922. Et c’est exactement ce dont il s’agit dans l’armée française puisque comme précisé précédemment..

226 . suivi du concours des convoyeuses en 1945 par l’armée de l’air. « madame cinéma » pour les opératrices. la profession d’infirmière déborde donc largement des cadres civils initiaux qui ne lui conféraient qu’un statut d’auxiliaire des armées. Les femmes ont.. 65. le titre choisi par Albert Maloire pour son chapitre consacré aux assistantes sociales est révélateur de leurs qualités de soutien. cit. p... Ce sont donc bien toutes ces qualités « naturellement » féminines qui semblent intéresser l’armée . p. Il a fallu le temps du développement de l'hygiénisme.. Ce n’est qu’en 1938 que ce diplôme est exigé pour exercer dans tous les établissements. Avec la création du corps des IPSA en 1934 par la Croix-Rouge. 1 Sylvie Schweitzer.. la force ou le patriotisme.. op. de confidente et de douceur : « Les assistantes sociales : les petites sœurs laïques »3.. Le champ lexical utilisé par l’auteur pour parler de ces « femmes dans la guerre » mériterait davantage d’analyse. C’est avant tout la nature de leur mission qui a conduit à une féminisation exclusive des termes. Comme le souligne Sylvie Schweitzer : Longtemps ces femmes-là ont été soit des religieuses. y compris pour les religieuses qui pratiquaient jusqu’alors sans diplôme mais avec une équivalence. à leur accorder un statut4. 175. cit. aux infirmières civiles mais aussi aux assistantes sociales. Un mot enfin sur les assistantes sociales. soit des bénévoles. privés et publics. 167.. et non le courage. op. p. mais il reflète parfaitement les qualités qui leur sont perpétuellement attribuées : qualités féminines qui prennent toujours le dessus sur leurs qualités militaires : « demoiselles du merci » pour les infirmières. la patience.ces femmes1. Les femmes ont. Et lorsque l’armée de l’air crée le concours des convoyeuses en 1945.. Femmes dans la guerre. tant celle-ci rassemble les vertus « naturellement » féminines que sont l’écoute. Ici encore. L’appellation même d’« assistante sociale » exclut d’office la possibilité que celle-ci soit un homme. de la laïcisation de l'État et des bouleversements de la Première Guerre mondiale pour que la société réfléchisse à les former et les payer. du moins dans l’imaginaire collectif2. de « soldate » ou simplement de « personnel militaire féminin ». op. 4 Sylvie Schweitzer. « dames aux doigts de fée » pour les plieuses de parachutes ou « petites sœurs » pour les assistantes sociales mais jamais de « militaire ». Le sexe des mots.. Il existe bien une tradition historique et culturelle attribuant aux femmes les soins infirmiers. celui-ci s’adresse non seulement aux IPSA. op. 30-31. la douceur et l’abnégation. Les IPSA comptent également beaucoup d’assistantes sociales dans leurs rangs. qui restent des attributs masculins. 3 Albert Maloire. cit. p. 2 Marina Yaguello. cit.

72. 3.. c’est la fin de la Seconde Guerre mondiale qui marque le début d’une règlementation stricte de la profession. 227 . Carte réalisée à partir de celle de cet ouvrage. Pour finir cet exposé dédié aux affectations militaires féminines en Extrême-Orient. Comme pour les infirmières en 1938. 237. Les femmes dans la société française au 20e siècle. 85 % des PFAT se trouvent dans le Sud Viêt Nam. op. c’est la loi du 8 avril 1946 1 qui instaure l'obligation d'avoir le diplôme d'État pour exercer le métier d'assistante sociale . Elles constituent en quelque sorte l’arrière du front. Nous. Saïgon concentrant à elle seule un peu plus de 40 % des effectifs militaires féminins de l’armée de terre. L’entre-deux-guerres vient confirmer que « les carrières sanitaires et sociales sont clairement désignées comme féminines. Parce qu’elles étaient déjà présentes – mais sans véritable statut – parmi les hommes en armes lors des précédentes guerres. qui servaient jusqu’alors sous statut civil. Yvonne Knibiehler. Cette répartition géographique s’explique puisque ces zones sont les moins dangereuses. L’armée a donc fait de même en décidant d’ouvrir ses portes à ces femmes. Histoire du travail des femmes. 1980. 83. Paris. 3 Cyril Le Tallec. 4 Duby dir. p. 80. celles où la sécurité est « relative »4. Elles exigent ‘la finesse. et d’en faire des spécialistes du Service de Santé ou du Service Social de l’armée qui a été créé le 19 avril 1941 3. la psychologie avertie qu’on reconnaît volontiers aux femmes’ »2. Les zones dans lesquelles les PFAT sont les plus nombreuses ont été foncées et la mention « Sud Viêt Nam » a été ajoutée. Citation de Suzanne Cordelier.. La période qui s’étend de la fin du XIXe siècle à la fin de la Première Guerre mondiale apparaît donc comme décisive dans la reconnaissance de ces activités comme des professions à part entière. 1999. cit. Voir sur ce sujet. et jusqu’en 1954. p. 1935. Larousse-Bordas. Femmes au travail. le doigté. Paris. les assistantes sociales. l’armée a été contrainte de mettre en place des dispositions leur permettant de poursuivre leur carrière. Les assistantes sociales dans la tourmente. 383 p. là où sont traditionnellement maintenues les femmes dans les conflits armés. des formations sont mises en place pour permettre à celles qui exerçaient sans diplôme de valider leurs acquis et devenir diplômées d’État. op. citée par Françoise Battagliola. p. p. cit. p. Pour les assistantes sociales. La carte ci-dessous l’illustre : 1 Mais le diplôme a été créé en 1933. le sens des nuances. Encore une fois. Étude pratique sur dix-sept carrières féminines. 2 Christine Bard. Paris. 1930-1960. Aubier. Paris. trente ans de souvenirs d'assistantes sociales françaises. Plon. La Découverte. 2000. l’armée apparaît comme un miroir de la société civile dans les emplois qu’elle réserve aux femmes. Grand atlas historique. naissance d'une profession.. en 1953.

de presse et d’information. En effet. Étude de Monsieur le capitaine Douillet. Versailles. p. en Indochine. 16. Dossier « Personnel féminin de l’armée de terre en Indo-Chine ». Puisqu’aucune femme n’a de grade de commandement et que tous les services et 1 Clarisse Lesieur. ainsi que la Caserne Drouet.20 % de l’effectif global des PFAT 4. décembre 1951. 17. Bulletin PFAT. les services de propagande. Bellone. alors que le commandement des PFAT en métropole est exclusivement féminin (Margival. 3 Antoinette Favreau : entretien. n° 23. les militaires féminines dépendent à nouveau du commandement masculin. 2 « Camp des Mares ». « La cité AFAT du Camp des Mares ». « maison d’accueil2 » des personnels féminins. à Cholon3. au 266 rue Frère-Louis. C’est sans surprise que les « assimilées officiers » ne sont en moyenne que 0. 22 mai 2006. Enfin. pas plus : SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 259 / Mission de contrôle de l’exécution du budget de l’État en Indochine / Rapports sur les travaux du génie. le PFAT [1953-1954]. Dieppe). 4 Soit une moyenne de trois ou quatre. Haiphong et Saïgon. 15. mars-avril 1954. C’est aussi à Saïgon qu’a été installée la « Cité AFAT du Camp des Mares1 ». n° 12. 228 . la classification par catégories ne permet que peu d’analyse puisqu’elle est très irrégulière et peu significative dans les sources. p.C’est en effet au Tonkin et en Cochinchine que se trouvent les États-majors : à Hanoï. p. Tout ceci explique bien pourquoi ce sont ces régions qui concentrent les effectifs militaires féminins les plus importants.

Un autre bâtiment a son importance. En effet. de presse et d’information. adjudant. La Caserne Drouet à Cholon par exemple ne peut héberger plus de 80 femmes.. 14. qui accueille temporairement toutes les PFAT « de passage ». Le graphique ci-dessous a été réalisé à partir de l’étude du capitaine Douillet qui complète celle de l’Inspecteur général de la France d’Outre-Mer Hubert Pruvost : Répartition des PFAT par catégorie en 19531 7ème catégorie 0. Antoine Favreau : entretien. deux armoires. 229 . il est logique que les « assimilées officiers » soient si peu nombreuses.États-majors sont dirigés par des officiers supérieurs masculins. 5 Clarisse Lesieur. deux fauteuils 3. les PFAT sont logées par deux4. lieutenant (1ère catégorie). 22 mai 2006. mais il s’agit également d’une zone de « transit » dans laquelle résident les PFAT 1 Pour mémoire. 15.. p. deux lits. sergent-chef. « la Villa de Passage5 ». 16 et « Camp des Mares ».2 % 1ère catégorie 5ème catégorie 21 % 23 % 2ème catégorie 10 % 4ème catégorie 25 % 3ème catégorie 17 % b) Premiers pas de soldates en Indochine : réalités et obstacles de genre C’est donc au Camp des Mares que s’organise la vie quotidienne d’une grande majorité de PFAT 2. p. Étude de Monsieur le capitaine Douillet. cit.2 % Assimilées 6ème catégorie officiers 4% 0. Non seulement cette villa héberge les femmes dont les missions itinérantes nécessitent de trouver un hébergement pour quelques nuits. les sept catégories recensées par l’étude correspondent aux grades masculins : sergent (7 ème catégorie). les services de propagande. le PFAT [1953-1954]. sergent-major. p. cit. 15. p. Dossier « Personnel féminin de l’armée de terre en Indo-Chine ». op. « La cité AFAT du Camp des Mares ». adjudant-chef. Chaque chambre est spacieuse et équipée de toutes les commodités : cabinet de toilette avec douche et lavabos. deux bureaux.. cit. 4 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 259 / Mission de contrôle de l’exécution du budget de l’État en Indochine / Rapports sur les travaux du génie. 3 « Camp des Mares ». op. 2 Il existe bien d’autres casernes pour les PFAT mais aucune n’égale celle du Camp des Mares en termes de capacité. op. sous-lieutenant. Celui-ci est divisé en plusieurs cantonnements selon les services.

dans différents quartiers de Saïgon. pouvaient paraître spacieuses mais qui pour une quarantaine de jeunes femmes pouvaient paraître un peu exigües. de Dakao3.. pour deux ou trois familles. c’est en fait à Saïgon qu’elles restent pour « poursuivre une tâche utile mais obscure1. ou encore les assistantes sociales. 2 Clarisse Lesieur. de Cholon4.. affaires sociales. propagande. 17. cit. ces dernières sont l’objet de « mesures vexatoires du Service des Logements 6. moral. Dossier « Service Social 1952 » : courrier du 11 février 1952 émanant du chef de bataillon Mougenot. elles sont parfois amenées à s’installer dans des hôtels ou dans des cantonnements mixtes dans lesquels leur sont réservés des quartiers. l’assistante sociale chef de la délégation du Service Social au Nord Viêt Nam adresse au chef de bataillon Mougenot un rapport dans lequel elle relate l’expulsion et les mauvaises conditions de relogement dont les assistantes sociales stationnées à l’hôtel Splendide7 à Hanoï ont été victimes8 : 1 « Camp des Mares ».débarquées de Métropole en attente de leur affectation définitive. Cette description de l’installation assez confortable des PFAT en Indochine pourrait prêter à sourire puisque le Camp des Mares semble bien loin de l’imaginaire militaire des casernes froides et peu confortables.» Le camp des Mares peut héberger trois cent quatre-vingt-deux AFAT 2. « La cité AFAT du Camp des Mares ». Clarisse Lesieur. p. les PFAT étaient logées avec beaucoup de fantaisie. Mais toutes n’ont pas la chance d’être ainsi logées. 230 . et puis presque toujours situées dans des Centres ou sur des routes très fréquentées5. soit des propriétés qui. op. organisation. chef de la délégation du Service Social au Nord Viêt Nam à l’attention du colonel directeur du Service Social et Culturel des FTEO. Celles qui sont les plus mal logées sont sans aucun doute toutes les PMF qui remplissent des missions itinérantes : opératrices de cinéma ou ambulancières qui dorment bien souvent dans leurs véhicules. internes. 3 À environ cinq kilomètres du centre de Saïgon. 6 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 321 / Prisonniers. affaires sociales. » Le 7 février 1952. crédit. op. p. Budget. 4 À deux kilomètres et demi du centre de Saïgon. 15. p. dans des immeubles qui. 5 Clarisse Lesieur. auteure d’un article traitant du Camp des Mares dans le Bulletin PFAT de décembre 1951. soit d’anciens hôtels. n’avaient pas été construits pour cela. 8 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 321 / Prisonniers.. précise qu’avant son ouverture. aumôneries [1951-1954]. santé / Service social et culturel des FAEO : op cit. Bien souvent. cit. 7 Actuel Hôtel Hòa Binh. Croix-Rouge. santé / Service social et culturel des FAEO. assistantes sociales. internes. 16. distractions. « La cité AFAT du Camp des Mares ». et comme démontré précédemment. bien entendu. Mademoiselle Bouche. cit. Selon leurs effectifs ou leur lieu d’affectation. Croix-Rouge. En 1952 d’ailleurs. op.

Je dus faire mes valises devant eux. Par Note de Service du Capitaine BESSIERE. quand j’arrivai au Splendide 5 minutes plus tard. j’ai l’honneur de solliciter mon rapatriement dès que vous serez en mesure de me faire remplacer à mon poste d’Assistante-Chef. cet incident prouve la grande précarité dans laquelle se trouvent bon nombre de PFAT en Indochine. des Officiers Américains y étaient déjà installés par le Lieutenant LESOARTZ et en possession de la clef de ma chambre. préfèrent quitter l’armée. et des réparations d’urgence (électricité – écoulement d’eau) s’imposaient avant notre emménagement. ce rapport révèle également la fragilité morale de certaines PFAT qui. D’autre part. j’ai été avisée le 7 février 1952 d’avoir à faire évacuer toutes les chambres d’hôtels occupées à Hanoï par les Assistantes Sociales. La villa où nous devions être cantonnées était dans un état de grande malpropreté. Cette opération devait s’effectuer dans la journée du 8 février et être terminée à 18 heures. Cet évènement révèle plusieurs dysfonctionnements qui touchent directement les femmes sous l’uniforme français en Indochine. ostensiblement expulsée par le Service des Logements de l’armée française au bénéfice d’Officiers étrangers et ce. J’ajoute que Madame DESFARGES. De tels procédés me paraissant inadmissibles en tant que femme française et plus encore en tant que représentante à Hanoï du Service Social de l’armée française. Parce qu’elles ne sont pas logées comme les hommes et qu’aucun bâtiment – excepté le Camp des Mares – n’est conçu pour les accueillir. il apparaît que les PFAT ne sont en rien les égales de leurs homologues masculins. D’une part. je réussis à me libérer de mon travail pour aller faire mon déménagement. je refusai de déménager leurs affaires en leur absence et après multiples démarches j’obtins un délai de 12h. dont elles ne font clairement pas partie. particulièrement dans les zones où elles sont les moins nombreuses. Plusieurs des Assistantes Sociales étant absentes d’Hanoï. J’ai passé les journées des 6 et 7 Février à m’occuper de cette question et à me heurter à l’incurie des services. devant le gérant et les boys Vietnamiens de l’hôtel. pour les absentes. elles sont soumises aux aléas des priorités militaires. À 17h30. Enfin. dont la mienne. Cet 231 . Je devais donc libérer à 18 heures deux chambres de l’hôtel Splendide. AFAT et femme d’Officier français qui partageait ma chambre a été traitée avec la même absence d’égards. lasses de devoir continuellement prouver leur légitimité parmi les hommes.

Et je m’occupais de leur affectation. responsable des PFAT stationnées au Tonkin en 1953 se souvient1 : Donc. affaires sociales. à demander sa relève immédiate. est un exemple typique de la façon de procéder du Service des Logements. Je regrette de ne pouvoir désapprouver la demande de l’Assistante-chef BOUCHE3. crédit. internes. au Laos pour voir le personnel féminin qui était là. rien qu’avec des hommes qui vous regardaient comme ça 2… La réponse du chef de bataillon Mougenot est sans appel puisqu’il exprime à ses supérieurs son regret de voir ainsi traiter les assistantes sociales. parce que lieutenants et sous-officiers auraient dû respecter les règles de la hiérarchie militaire qui s’appliquent envers les officiers supérieurs. elles étaient vraiment… comment dirais-je… pas abandonnées mais solitaires. propagande. Bien qu’elle soit assimilée au grade d’officier supérieur. encore moins comme leur supérieure hiérarchique. Il souligne également que le Service des Logements n’en est pas à son premier incident : L’incident qui amène l’Assistante-Chef BOUCHE (qui a rang d’Officier Supérieur) expulsée de l’hôtel par un Lieutenant devant des Sous-Officiers et des soldats étrangers.A. J’ai fait construire des lieux. Après elles écrivaient… Le contact était pris. je veillais à leur confort si vous voulez. C’est bien son sexe et non son grade qui prime sur les rapports de hiérarchie. il est clairement visible ici que de nombreuses PFAT sont victimes d’une discrimination professionnelle et sexuelle. Dossier « Service Social 1952 » : op cit. avec les militaires qui l’expulsent de son logement. ils ne la considèrent ni comme une militaire. Et puis de leur moral. organisation. pour qu’elles soient un petit peu mieux logées. 2 Huguette de Puyfontaine mime alors un regard de bas en haut puis de haut en bas. Ceux-ci. Donc ça leur faisait plaisir… […] Elles n’étaient jamais isolées d’un point de vue géographique mais moralement elles l’étaient. 25 janvier 2006.isolement moral est d’ailleurs bien connu du commandement féminin. il apparaît clairement que parce qu’ils sont des hommes.F. […] J’allais en Annam. près de la Chine. Elles étaient deux.S. Or. aumôneries [1951-1954]. à Tien-Mien. l’instruction n° 54-A. Mademoiselle Bouche est avant tout une femme. trois. santé / Service social et culturel des FAEO.G.S 1 Huguette de Puyfontaine : entretien. Enfin. Budget. moral. distractions. assistantes sociales. Huguette de Puyfontaine. 3 SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 321 / Prisonniers. Croix-Rouge. Voilà c’est ça. vous comprenez ? On pouvait alléger un peu leur… parce que c’était dur d’être toujours sans nouvelles. 232 . Le 29 mai 1952.A/I.

Un commandant…op. se contenter des structures qui restent. on en apprend un peu plus sur la nature du logement qui leur est attribué : Voici un long mur longeant un cimetière puis une rue bordée des deux côtés de petites maisons toutes semblables. Il semble donc que l’armée soit débordée en cette fin d’année 1945 et que sa priorité soit d’installer en priorité les hommes. c'est réjouissant. p. « Gargamelle »… op. quant à elles. des tuniques vaporeuses soyeuses.« portant règlement intérieur du cadre des assistantes sociales et auxiliaires sociales des forces armées »1. nos godillots. sont en campagne. Lorsque Suzanne Massu évoque l’arrivée du contingent des Rochambelles fin 1945. 70. cit. Paris. 5 Surnom donné à Suzanne Massu par les Rochambelles depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes très intriguées par la distribution des lieux. une série de petites chambres. et froufroutantes.. 49. cit. Nous nous arrêtons à la première. il y a une grande pièce. contiguë au cimetière. Dès l'entrée. derrière le cimetière de Dakao : « Que voulez-vous ! Il y a tant de monde qu’il n’y a plus de place pour vous »4. Lavauzelle. 233 . 59. 6 Dans un BMC. nos salopettes dans les cabines. Édith Vézy. presque des cellules. les femmes devant. elle constate avec stupéfaction qu’elles ont été installées « en dehors du périmètre de sécurité dans lequel on a affecté les hommes 3 ». 233-234. habituées à des sous-vêtements affriolants. p. la maison close. nous avoue que les locaux étaient précédemment habités par des respectueuses ! Après le couvent. réduits au minimum. même si celles-ci sont hors des zones sécurisées. p. […] Pour l'instant.. La théorie des textes de lois est finalement loin d’être appliquée sur le terrain. Toto5. Bulletin officiel du Ministère de la Guerre. 4 Ibid. rappelle pourtant dans son article 30 que « les assistantes et auxiliaires sociales sont logées par les services militaires du logement dans les mêmes conditions que les officiers »2. 3 Suzanne Massu. préalablement muette à ce sujet. lorsqu’elle s’appelait encore « Torrès ». nous sommes tombées bien bas ! […] Nous installons nos gros sacs. p. par derrière. Avec le témoignade d’Édith Vézy. 1 Service de l’Action Sociale des Forces Armées. 2 Id. Édition méthodique : organisation générale et personnels de l’Action Sociale des Forces Armées. nous sommes installées dans leurs chambrettes et elles.6 Rien ne dit si l’armée a délibérément choisi ce « cantonnement » ou si c’est l’urgence de la situation qui l’a poussée à loger les Rochambelles dans un bordel. Toujours est-il que cet évènement est chargé de symbole quand on sait que la morale des militaires féminines et régulièrement remise en question. 15 juillet 1952. n° 640.

un « rapport sur l’utilisation du personnel AFAT en Indochine »2 accorde une large réflexion aux conditions de cantonnement des femmes en Indochine. états récapitulatifs des gains et des pertes [1948-1972]. leur âge parfois élevé vient accentuer leurs faiblesses naturelles liées à leur sexe.La femme militaire est. Dès les premières heures du conflit indochinois. D’une manière générale. c’est en général leur grade – qui va de pair avec leur âge – qui justifie cet éloignement du reste du contingent. nous pensons qu’il faut – spécialement dans les territoires d’Outre-Mer – assurer aux AFAT des conditions de logement un peu plus confortables qu’aux hommes pour cette double considération que : .La femme militaire est. que « la crise du logement sévit partout à Saïgon encore plus que partout ailleurs et qu’il avait fallu parer au plus pressé »1. Dès le début de la guerre d’Indochine. op. Ce qu’a vécu l’assistante-chef Bouche en 1952 n’est donc pas un cas isolé. Pour les femmes en revanche. Vers 1948. le commandement militaire n’a pas fait la part trop belle à la 47 e Unité ». les militaires plus âgés sont logés à l’écart des troupes. certes un militaire. cit. Émery. reconnaît que « d’une façon générale. l’ensemble des PFAT est regroupé dans la 47 e Unité dirigée par Suzanne Massu. p. Ces quelques remarques en amènent une dernière qui n’est pas évoquée par le contrôleur général de la Marine Émery : en distinguant ainsi les femmes des hommes et en 1 Clarisse Lesieur. 17. en retrait ou à l’arrière. parce que femmes avant tout. émanant du contrôleur général de la Marine. Clarisse Lesieur précise aussi avant 1951. L’argument de l’âge est également intéressant mais n’est pas exclusivement réservé aux femmes. 2 (Et citations suivantes) SHD – Département de l’Armée de Terre – 19 T 129 / Bureau d’Études générales / Effectifs du PFAT : situations. sans doute. Emery. sans date mais classé approximativement vers 1948.. Rapport sur l’utilisation du personnel AFAT en Indochine. Si le souci de loger correctement les femmes peut passer pour une préoccupation en leur faveur. Leur statut de femme prime sur leur statut de militaire. Les militaires féminines. 5. ne sont donc jamais considérées comme leurs homologues masculins. . Il conclut son chapitre consacré au cantonnement par une remarque qui en dit long sur la manière dont sont considérées les femmes dans l’armée française en Indochine : En matière de cantonnement. en moyenne plus âgée que l’homme du contingent. 234 . Son auteur. « La cité AFAT du Camp des Mares ». Sauf que pour les hommes. les femmes ne sont pas traitées comme les hommes. le contrôleur général de la Marine. les arguments avancés dénoncent une distinction très nette entre hommes et femmes. p. Cette remarque vient confirmer la discrimination sexuelle dont sont victimes les femmes dans l’armée française en Indochine. mais avant tout une femme.

dans des résidences privées. Beaucoup d’entre elles sont d’un milieu fort ordinaire et l’assimilation ainsi réalisée est aussi préjudiciable à la tenue des mess qu’à l’intérêt bien compris des filles. cit. Qu’il s’agisse de personnel masculin ou féminin. a le privilège de loger en ville. Enfin. Quand au logement en ville. cit. La Marine est beaucoup plus stricte : 1 Ainsi formulé dans le texte. Émery mentionne également des abus regrettables quant à l’admission systématique des femmes dans les mess d’officiers. aux hébergements militaires habituels vient s’ajouter le logement en ville. Émery dénonce les abus de ce privilège qui concerne aussi bien les hommes que les femmes. Le grand dictionnaire… op. d’en profiter « grâce à des protections masculines » : Si l’AFAT en cantonnement ne peut être considérée comme particulièrement favorisée. non pour du personnel en résidence fixe. p. Ce « privilège » octroyé par des hommes à certaines femmes ne se rencontre pas que pour l’hébergement. il semble vouloir dénoncer l’incapacité naturelle des femmes à s’adapter au cantonnement militaire parfois rudimentaire. salle où les officiers et sous-officiers mangent ensemble : Jean-Marie Cassagne. il est normal pour les officiers AFAT. états récapitulatifs des gains et des pertes [1948-1972].. Rappelons que la chambre d’hôtel au Continental vaut généralement 600 à 700 par mois1. op. grâce à des protections masculines. Au paragraphe « popote »3. […] Les AFAT privilégiées dont il s’agit occupent ou occupaient des chambres d’hôtel (généralement l’Hôtel Continental) ou des villes habitées avec une faible densité. 2 SHD – Département de l’Armée de Terre – 19 T 129 / Bureau d’Études générales / Effectifs du PFAT : situations. admissible pour du personnel de passage. particulièrement à Saïgon : Nous critiquons le principe suivi dans l’Armée – tout au moins à Saïgon – selon lequel les AFAT sont automatiquement admises dans les mess d’officiers. 2. 235 . À la différence près qu’il accuse les PFAT logeant en ville. la Mission Interministérielle de Contrôle s’est toujours élevée contre cet onéreux procédé de logement.avançant des arguments de genre. Rapport sur l’utilisation du personnel AFAT en Indochine. non pour les sous-officiers et brevetés2. 3 Pièce ou est installée la cuisine. 349. p. il n’en est pas de même de l’AFAT qui..

seuls les officiers et sous-officiers SFF1 sont admis aux
tables d’officiers et aux clubs2.

L’intrusion injustifiée des femmes du contingent dans les mess des officiers est un désordre à
la fois social et moral. Il convient que chacun-e respecte la hiérarchie militaire, y compris
pendant les repas. Il précise d’ailleurs que les femmes – qui ne sont pas, par définition,
coutumières de la vie militaire – n’ont rien à gagner à voir la hiérarchie ainsi malmenée. Que
les femmes officiers et sous-officiers soient admises aux tables d’officiers et aux clubs est
déjà en soi une transgression de genre que l’armée a plus ou moins bien accepté, mais il n’est
pas question que toutes les femmes militaires fassent de même. Il rappelle aussi que la marine
– dont il est lui-même le contrôleur général – est sur ce point, beaucoup plus stricte. Rien
d’étonnant à cela et rien de difficile non plus puisque la marine compte dans ses rangs un
nombre infime de femmes et qu’elle demeure, encore aujourd’hui, l’arme qui leur est la plus
fermée. Son rapport prend ensuite une tournure de plus en plus sévère et les interventions
masculines en faveur de certaines PFAT y sont systématiquement dénoncées. Il précise que
celles-ci ne se manifestent pas uniquement quand il est question de loger les femmes mais
qu’elles deviennent monnaie courante dans bien d’autres domaines tels que la promotion et
l’avancement des PFAT ou leurs affectations :
Il semble qu’une certaine fantaisie, principalement
due à des interventions masculines, règne en ce domaine.
Bon nombre d’AFAT ont été classées sans examen, dans
des catégories pour lesquelles leur capacité professionnelle
ne les désignait aucunement. […]
Les interventions masculines n’ont pas seulement
joué pour le logement en ville et le classement en
catégories ; elles ont également joué pour les affectations
dans les Services d’Indochine, et même pour quelque
chose de plus important encore : les désignations pour
l’Indochine3. Il y a des exemples connus de femmes
mariées d’officiers haut placés, qui n’ont revêtu
l’uniforme AFAT que pour rejoindre leurs maris en
Indochine, et ont dû être démobilisées dès leur arrivée,
leur situation militaire étant purement fictive et
incompatible avec celle du mari.

1
Sections Féminines de la Flotte.
2
SHD – Département de l’Armée de Terre – 19 T 129 / Bureau d’Études générales / Effectifs du PFAT :
situations, états récapitulatifs des gains et des pertes [1948-1972]. Rapport sur l’utilisation du personnel AFAT
en Indochine, op. cit., p. 3.
3
Souligné dans le texte d’origine.

236

Finalement, à la lecture de ce rapport, il est juste d’affirmer que le désordre, dénoncé par
Émery, est le fait des hommes. En prenant des libertés avec leurs épouses ou leurs amies, ils
contribuent à dégrader le travail et la mission des femmes dans l’armée, et par conséquent leur
image. Cette idée selon laquelle de nombreuses femmes ont profité de la féminisation
naissante de l’armée pour rejoindre un mari, un ami ou un amant est largement répandue, et
elle se vérifie ici1. C’est pourquoi, il souligne un peu plus loin que le commandement AFAT –
qu’il dédouane de toute responsabilité – regrette ces pratiques. À la lecture de
l’autobiographie de Suzanne Massu, Un commandant pas comme les autres2, il apparaît
clairement qu’elle fut d’ailleurs de celles qui dénoncèrent avec vigueur ces pratiques. Et
quelle ne fut pas sa gêne lorsqu’elle fut convoquée par le général Salan en personne qui avait
lui-même « mobilisé » sa femme 3 :
Cette situation désagréable prendra fin quelques
semaines plus tard, lorsque je recevrai fort opportunément
de Paris (direction des services féminins de l’armée de
terre) une note prescrivant la démobilisation immédiate de
toutes les épouses d’officiers généraux et supérieurs.
J’accueille cette nouvelle avec soulagement, car mon
cheptel s’est enrichi peu à peu d’un lot de femmes
d’amiraux, généraux et colonels venues, elles,
régulièrement sous l’uniforme, mais bien décidées à ne
rien faire et à refuser tout semblant de discipline. Mes
efforts pour les embrigader me valent des accrochages
avec leurs maris, outrés de ma prétention et forts de leur
supériorité hiérarchique.
Seul le général Salan résout son problème sans
ambiguïté. […] Il ne perd pas un instant en de vaines
circonlocutions : « Je sais qu’il est interdit d’amener sa
femme en Indochine. La mienne est ici. Le général de
Gaulle m’a personnellement autorisé à cette dérogation. Il
est impensable que, dans son état de santé, j’abandonne
Lucienne, seule, en France. Elle est orpheline et n’a que
moi. Je n’ai accepté de venir ici qu’à cette condition. Vous

1
Plusieurs femmes interrogées dans le cadre de ce doctorat dénoncent très vivement cette pratique. Plusieurs
d’entre elles connaissent personnellement des femmes qui ne se sont engagées que dans ce but. Toutes ont exigé
que leur anonymat soit maintenu ainsi que celui des femmes qu’elles évoquaient.
2
Suzanne Massu, Un commandant…op. cit., p. 77-82.
3
La situation particulière des couples militaires a été parodiée par Howard Hawks dans son film Allez coucher
ailleurs, en 1949. Henri Rochard (Cary Grant), capitaine de l’armée française, et Catherine Gates (Ann
Sheridan), lieutenant de l’armée américaine, se marient alors qu’ils sont encore sous contrat. L’unité de
Catherine étant rappelée aux États-Unis, Henri désire la suivre. Mais le couple se heurte aux incohérences
administratives de l’armée qui n’a prévu aucune disposition pour le rapatriement des époux de militaires
féminines. Henri Rochard doit donc se faire passer pour une épouse de guerre pour pouvoir partir avec
Catherine. Il se retrouve ainsi dans la position d’une femme soumise à son mari sur le plan administratif mais
également dans celle d’un capitaine devant obéir aux ordres d’une femme lieutenant.

237

voudrez bien procéder à sa démobilisation immédiate,
puisqu’elle a dû s’engager pour voyager sur un avion
militaire. » […] Je file ainsi très vite, soulagée de voir
ainsi réglée une situation qui m’aurait sûrement valu
quelques désagréments supplémentaires.1

Ces pratiques ne sont pas sans rappeler celles des militaires masculins à l’égard des femmes
qui suivaient les troupes moins d’un siècle auparavant. La comparaison est facile mais elle est
aussi un vecteur de dénigrement des femmes qui s’engagent dans cet univers masculin.
Suzanne Massu évoque également ces engagements militaires féminins qui cachent une toute
autre réalité :
La charge d’engager des femmes incombe à des
hommes, seulement à des hommes, et je dois constater que
leurs critères ne tiennent souvent aucun compte de
l’aptitude à jouer de la machine à écrire ni même d’un
sens élémentaire de l’orthographe. La « compétence » est
une notion qui n’entre guère en ligne de compte, pas plus
que les qualités morales, les références minima. Or, c’est
l’époque où une parlementaire, Marthe Richard, au nom
des grands principes, vient d’obtenir la fermeture de
maisons jusqu’ici « closes » et de tenter d’interrompre la
circulation des promeneuses sur le trottoir 2. Privées de leur
« job », les chômeuses ont tourné leurs yeux plein d’espoir
vers ces terres lointaines d’outre-mer, qu’elles imaginent
ventilées d’un air moins pudique. Je suis sans préjugés et
ne désire pas l’engagement des seules « rosières », mais
un minimum d’aptitudes professionnelles me semble
nécessaires et ce métier très particulier ne figure pas sur
mes listes.3

Il ne faut pas en conclure que le contingent PFAT comptait beaucoup de prostituées
dans ses rangs. Le contrôle sévère et systématique auquel les femmes sont soumises à leur
engagement, au moins à partir du décret de 1951, et les enquêtes de moralité menées par les
autorités militaires, limitent considérablement le risque d’un engagement massif de femmes
au « métier très particulier ». De plus, l’ouverture de Margival en 1947 et l’encadrement mis
en place apparaissent aussi comme un moyen de contrôle des bonnes mœurs, si chères à
l’armée française, particulièrement pour ses recrues féminines. En 1952, Bernard Fall 4, alors
jeune diplômé en Sciences Politiques, obtient l’autorisation d’accompagner les troupes

1
Suzanne Massu, Un commandant…op. cit., p. 79-80.
2
Il s’agit de la loi du 13 avril 1946, dite Loi « Marthe Richard ».
3
Suzanne Massu, Un commandant…op. cit., p. 82.
4
Professeur en Relations Internationales à l’université de Syracuse à New York puis à celle d’Howard à
Washington, jusqu’à sa mort en 1967.

238

françaises en Indochine. Il publie ses souvenirs de guerre dans un ouvrage paru en 1965,
Guerres d’Indochine, France 1946-54, Amérique 19571, dans lequel il établit lui aussi un lien
particulier entre les PFAT et les prostituées des Bordels Militaires de Campagne : « Certes, le
PFAT détestait ces BMC parce que comme devaient le dire certains esprits forts, ces dames y
voyaient une concurrence déloyale »2. En revanche, il est juste d’affirmer que ces cas restent
des cas isolés qui ont focalisé l’attention des observateurs et des soldats les plus critiques – et
certainement sceptiques – quant à la présence des femmes dans l’armée française. L’héritage
de la culture militaire et civile associant traditionnellement les femmes au repos du guerrier
ou aux prostituées, suivant les troupes en campagne, pèse très lourd sur les PFAT en
Indochine.

c) La vie quotidienne et les missions des PFAT en Indochine
Les PFAT accomplissent de nombreuses missions indispensables aux rouages de la
guerre. Bien qu’engagées pour remplacer les hommes aptes au combat, leurs tâches n’en sont
pas moins importantes. Les sources permettant d’étudier la vie quotidienne des soldates en
Indochine sont rares ; celles du SHD sont muettes, mis à part quelques-unes relatives au
Service Social et aux convoyeuses de l’air. Seuls les témoignages écrits ou oraux ainsi que les
nombreux articles publiés par Bellone permettent de traiter ce sujet. Ce qui est le plus souvent
évoqué dans ces sources, c’est la charge de travail des PFAT. Même si certaines comme celles
du « Centre Trans »3 de Hanoï sont à l’arrière et à l’abri du danger, elles ne sont pas pour
autant épargnées par le rythme harassant de leurs longues journées de travail. Ce centre
fonctionne par « brigades » : de treize heures à dix-neuf heures trente, puis le lendemain de
sept heures trente à douze heures trente et le soir du même jour de dix-neuf heures trente à
sept heures trente. Ensuite, les transmissionistes bénéficient de deux jours et demi de repos « à
condition qu’il n’y ait pas de défaillance de personnel, ce qui est souvent le cas »4 :
12h30 : le mess est à deux pas. Il faut arriver à
l’heure pour l’arrêt et prendre les consignes. L’après-midi
est comme toujours très chargé. Les messages arrivent de
partout. Souvent des demandes de confirmation sont
nécessaires pour pouvoir les exploiter. Le lendemain à
7h30 : vite ! La douche, un petit déjeuner pris à la hâte :
toujours ce même souci d’exactitude pour assurer une

1
Bernard Fall, Guerres d’Indochine… op. cit.
2
Id., p. 144.
3
Centre des Transmissions. Madeleine Boue-Lahorgue : entretien, 27 mars 2006.
4
Ibid.

239

relève après une nuit difficile. 19h30 : munie d’un thermos
qui sera bien nécessaire, la nuit commence. Quelle nuit !
Les messages se succèdent à une allure folle. Flash :
demande d’appui aérien pour des unités en difficultés. Des
centaines de messages transitent par le centre qu’il faudra
acheminer dans un minimum de délai. Le télétype crépite,
les radios nous surchargent, le chiffre vient demander des
confirmations, la chaleur est moite, insupportable. Dehors,
les crapauds-buffles donnent un festival et accompagnent
le bruit assourdissant des machines. Il semble que l’heure
de la relève n’arrivera jamais. Pourtant, à huit heures, je
suis au cantonnement sous ma moustiquaire. Je sais que le
sommeil sera long à venir, que les messages mèneront
encore une sarabande effrénée dans ma tête ; après quoi,
assommée, je dormirai jusqu’au lendemain matin.1

Ce témoignage est une des rares sources qui mentionnent le rythme de travail des
transmissionistes. Chargées d’établir la liaison entre les lignes de front et les États-majors,
leur spécialité en fait des éléments indispensables des pôles décisionnaires. D’une manière
générale, l’histoire des transmissionistes est traditionnellement associée à la Seconde Guerre
mondiale2, comme pour les Rochambelles. Étudier les Merlinettes3 en Indochine relève
davantage de la gageure. Même à l’Espace Ferrié, musée et centre d’archives exclusif des
transmissions, les fonds consacrés aux Merlinettes sont concentrés sur la Seconde Guerre
mondiale. Parce qu’elles furent massivement démobilisées aux lendemains de la Seconde
Guerre mondiale, parce qu’elles étaient attachées à la figure du général Merlin, créateur du
Corps Féminin des Transmissions en 1943, et parce qu’elles furent intégrées à l’ensemble des
AFAT, elles font partie des oubliées de la guerre d’Indochine 4. Les témoignages de
Merlinettes sur cette guerre sont par ailleurs très difficiles à recueillir. C.B., engagée dans les
transmissions de l’armée de l’air en Indochine entre 1953 et 1955, mentionne quant à elle des
journées de huit heures et aucun jour de repos. Officiellement, elles ont droit comme le stipule
Madeleine Boue-Lahorgue à un jour de repos, mais C.B. précise que ceux-ci étaient rares :
quelques permissions leur sont accordées pour se détendre, mais de façon très
ponctuelle : « On quittait le dimanche, on reprenait le lundi, c’était la guerre… »5 Bien que les
transmissionistes suivent une formation en métropole avant d’être affectées en Indochine,
elles sont plusieurs à évoquer comme C.B. les difficultés des premiers mois : le climat, le

1
Souvenirs écrits de Madeleine Boue-Lahorgue : entretien, 27 mars 2006.
2
Cf. : chapitre I.
3
Sur les Merlinettes, voir chapitre I.
4
Mireille Hui, Les Merlinettes… op. cit., p. 50.
5
C.B. : entretien, 19 octobre 2005.

240

système des transmissions en temps de guerre… Bellone dont la ligne éditoriale est de sortir
de l’ombre toutes ces femmes pour qu’elles aient la reconnaissance qu’elles méritent, leur
accorde de nombreux articles. Ainsi, les plieuses de parachutes occupent également une place
de choix das la revue. Aucune hélas n’a pu être retrouvée pour cette étude. Leur travail
consiste à trier les parachutes usagés des parachutes opérationnels, les réparer et les plier pour
qu’ils puissent servir à nouveau. Ceux-ci sont transportés du terrain de saut vers les magasins
du camp. Une fois triés, ils sont répartis entre l’atelier de réparation et la « salle de pliage ».
Chaque réparatrice a en charge un parachute. L’immense taille des parachutes les obligent à
travailler debout la plupart du temps, seules ou ponctuellement aidées d’une collègue, dans
d’immenses ateliers meublés d’immenses tables. Le levage des suspentes1 constitue la
première étape du pliage qui doit être fait ensuite en accordéon dans le sac 2. Contrairement
aux idées reçues, il s’agit d’un travail extrêmement méticuleux : « plier la soie est un véritable
métier »3 :
Ce travail dur, pénible autant que délicat, nécessite
un apprentissage sérieux. Il exige une santé robuste, une
attention soutenue et sans défaillance.
Ce métier n’est accessible qu’à des jeunes femmes
d’une grande conscience professionnelle. Elles ont
constamment le souci des vies humaines qui dépendent de
la perfection de leur labeur. […] Le travail est pénible,
monotone, même fastidieux. […] Ces femmes militaires
ont une responsabilité écrasante qui les oblige à une vie
austère.4

En deux ans, elles peuvent être amenées à plier près de dix mille parachutes5, soit plus d’une
quinzaine par jour (en tenant compte des congés). Lorsque les combats s’intensifient, comme
lors de la bataille de Dien Bien Phu, elles travaillent quotidiennement jusqu’à dix heures, sans
jours de repos, pendant deux mois6. D’une manière générale, les femmes engagées en
Indochine rendent souvent un hommage appuyé aux plieuses de parachutes. Antoinette
Favreau, engagée dès 1946 se souvient7 :
Je rends d’ailleurs hommage à toutes les filles qui
ont été plieuses de parachutes. Voilà des filles à qui on ne

1
Les suspentes sont les cordes qui relient la toile de parachute au harnais.
2
« Les plieuses de parachutes », Bulletin PFAT, n° 9, mars 1951, p. 7.
3
« Les plieuses de parachutes », Bulletin PFAT, n° 8, décembre 1950, p. 6.
4
Ibid.
5
« Les plieuses de parachutes », Bulletin PFAT, n° 9, mars 1951, p. 7.
6
M. L. Majour, « Elles ont été à la peine, il est juste qu’elles soient à l’Honneur », Bellone, n° 25, juillet-août
1954, p. 15.
7
Huguette de Puyfontaine également leur rend hommage : entretien, 25 janvier 2006.

241

demandait rien que de savoir piquer à la machine. Voilà
des filles qui – on n’appelait pas ça les « trois huit » –
travaillaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ou
presque et ne se reposaient presque jamais. Sous des
hangars surchauffés, en plein soleil, toute la journée. Et
elles pliaient des parachutes, elles s’abimaient les mains,
elles avaient les cordages à tirer. […] Je suis allée les
voir : elles faisaient un travail de damné… Et elles étaient
toujours contentes, elles ne râlaient jamais. C’est pour ça
que j’ai beaucoup d’admiration pour elles parce qu’elles
ont fait un travail de forçat… Elles faisaient leur boulot
consciencieusement et ce n’était pas facile. 1

Finalement, la quantité de sources dédiées à chaque spécialité semble être
proportionnelle à la reconnaissance masculine dont ces SPFAT 2 sont l’objet. En effet, ce sont
celles qui étaient au plus près des combattants qui sont les plus présentes dans les sources, à
savoir : les assistantes sociales, les convoyeuses de l’air, les opératrices de cinéma, les
marinettes en charge des Foyers, les infirmières et les ambulancières. Paradoxalement, ces
dernières sont celles qui franchissent le plus la barrière du genre puisqu’elles sont les plus
exposées au danger. Le Service Social regroupe les services d’action sociale, des loisirs et de
la culture, et du cinéma. L’action sociale se divise en quatre activités majeures : l’activité des
assistantes et auxiliaires sociales, les recherches et interventions dans l’intérêt des militaires et
de leur famille, l’attribution de secours aux familles nécessiteuses en métropole et en
Indochine, l’entretien et le fonctionnement des centres de repos3. Ce sont les marinettes qui
gèrent la plupart des Foyers. Leur mission est ainsi définie par « Mamie » dans Bellone :
Les qualités techniques ne sont rien, si elles ne sont
pas servies par des qualités de cœur. Les activités
s’inscrivent à la fois dans le domaine récréatif, éducatif,
sportif et commercial. Elles ont pour but d’offrir aux
marins un lieu de repos dans un cadre confortable et gai,
ainsi que certaines commodités matérielles, tout en leur
donnant le moyen de perfectionner leurs qualités morales,
intellectuelles et physiques.4

Cette description des activités proposées aux marins et des qualités dont doivent faire preuve
les marinettes dans les Foyers exalte une fois encore les vertus traditionnelles des femmes qui,

1
Antoinette Favreau : entretien, 22 mai 2006. Aucune source n’a révélé pareil hommage venant d’hommes…
2
Spécialistes du Personnel Féminine de l’Armée de Terre.
3
SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 322 / Prisonniers, internes, Croix-Rouge, affaires sociales,
santé / Le Noël du combattant [1951-1954]. Dossier « Attributions du Service Social », p. 3.
4
Mamie, « Les marinettes et les foyers en Indochine », Bellone, n° 34, janvier-février 1956, p. 24. Il se peut que
« Mamie » soit en fait Juliette Gaubry puisque son article reprend mot pour mot l’avant-propos de son livre paru
en 1954 : Juliette Gaubry, Tricornes et bérets, Paris, Pierre Horay, 1954, p. 15-17.

242

loin d’être mises à mal en contexte de guerre, sont au contraire mises à profit dans une
structure qui ne les dénature pas. Une seule autobiographie de marinette ayant travaillé dans
les Foyers a été retrouvée : celle de Juliette Gaubry, engagée en 1947. C’est elle qui a fourni
l’essentiel des informations suivantes. En 1947, il n’y a que deux Foyers en Indochine : un au
Tonkin, l’autre en Cochinchine. C’est Louis Jacquinot qui a décidé l’envoi sur place d’un
contingent de SFF pour en créer d’autres. Juliette Gaubry fait partie de ces femmes qui,
jusqu’en 1949, portent à dix le nombre de Foyers répartis sur l’ensemble de la péninsule
indochinoise1. Une fois les Foyers mis sur pied, ceux-ci deviennent des structures autonomes
dans lesquelles les combattants viennent se reposer ou transitent avant de partir ailleurs. Les
Foyers sont donc complémentaires des services médicaux et sociaux de l’armée.
Le rôle des assistantes sociales « consiste essentiellement à aider les militaires et les
familles, à résoudre leur difficultés […] d’ordre matériel ou moral »2. Lorsque le problème
concerne un militaire, celui-ci est résolu sur place, mais s’il concerne également sa famille, les
assistantes sociales doivent alors contacter les services de l’Action Sociale des Forces
Armées3 en métropole pour ouvrir une enquête. Ce sont également les assistantes sociales qui
évaluent les besoins des troupes pour leur confort et/ou leurs loisirs. En cela, elles sont en lien
permanent avec les responsables des Foyers des soldats ou du Service Cinéma. Les assistantes
affectées à des unités ou des secteurs précis ont donc une mission itinérante. Pour le seul
dernier trimestre 1951, une petite centaine d’assistantes sociales ont reçu ou envoyé trente
mille courriers, accordé plus d’un millier de secours, mené quatre mille enquêtes, visité treize
mille sept cents familles indochinoises et vingt-cinq mille cinq cents malades4. Certaines
comme Monique Vanuxem passent plusieurs années à sillonner l’Indochine pour recueillir les
états d’âme des soldats, faire l’inventaire du sous-équipement, aménager des foyers…etc5.
Leur tâche dans les hôpitaux militaires n’est pas moins harassante puisque c’est sur elles que
repose l’organisation des évacuations sanitaires, la prise en charge des malades et blessés, le
retour des prisonniers des camps viêt minh...etc. Les opératrices de cinéma occupent elles
aussi un poste qui n’a rien de sédentaire. Elles sont organisées en équipes de trois : une chef
d’équipe, une opératrice et une conductrice. Cette dernière, comme toutes les « conductrices »

1
Juliette Gaubry, Tricornes et bérets, op. cit., p. 22.
2
SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 322 / Prisonniers, internes, Croix-Rouge, affaires sociales,
santé / Le Noël du combattant [1951-1954]. Dossier « Attributions du Service Social », p. 3.
3
ASFA dans la suite du texte.
4
SHD – Département de l’Armée de Terre – 10 H 322 / Prisonniers, internes, Croix-Rouge, affaires sociales,
santé / Le Noël du combattant [1951-1954]. Dossier « Attributions du Service Social », p. 5.
5
Monique Vanuxem : entretien, 15 mai 2006.

243

de l’armée doit par ailleurs posséder des qualités de mécanicienne. Chaque équipe est
responsable de son camion (qui lui sert de cabine de projection mais également de dortoir 1),
son groupe électrogène et son matériel de projection 2. Il s’agit donc d’un cinéma ambulant.
Les équipes peuvent être itinérantes ou semi-itinérantes. Le quartier général du Cinéma aux
Armées est situé au camp Petrusky à Saïgon. Par conséquent, lorsque les projections ont lieu
dans la banlieue proche de Saïgon, on fait appel aux équipes semi-itinérantes qui n’ont pas de
camion ; elles sont transportées avec leur matériel par les services qui ont commandé la
séance (hôpitaux, États-majors…etc.). Les projections dans les zones les plus reculées sont
également les plus dangereuses : routes minées, pistes peu praticables, aléas
climatiques3…etc. Les séances ont lieu indifféremment en journée ou le soir, tout dépend de
la relève et des opérations en cours dans les postes qu’elles visitent. En toute logique, les
spectateurs sont en grande majorité des militaires, mais certaines populations voisines sont
parfois invitées par le chef de poste à assister à la séance. Leur séjour sur place dépasse
rarement deux jours. Mais leur tournée peut en fait durer de deux à quatre mois 4 (tant que le
matériel fonctionne). À leur retour, elles méritent « un bon repos de quinze jours. Mais on ne
[peut] pas toujours le leur donner… Les broussards sont exigeants ! »5 Comme les assistantes
sociales, les opératrices de cinéma ont laissé un souvenir très vif chez les vétérans. Bien que
le service du cinéma aux armées ne date que de 19476, le succès qu’il rencontre auprès des
combattants est très rapide. Compte tenu du petit effectif des opératrices de cinéma, un seul
témoignage a pu être recueilli. C’est celui d’Éliane Jughon-Kuntz, également auteure d’une
autobiographie, Trente centimes7. Elle reconnaît que cette affectation était extrêmement
risquée, c’est d’ailleurs pour cela que parfois les opératrices de cinéma étaient escortées 8. Elle
se souvient que chaque camion était équipé d’une carabine ; ce qui contredit bon nombre de
sources qui affirment que les femmes en Indochine n’étaient pas armées. Sur ce point, les
archives officielles sont muettes mais quelques témoignages au sujet des infirmières et/ou des
ambulancières convergent, et mentionnent des femmes armées qui se servent de leur armes
alors qu’elles n’ont reçu aucune formation au tir. Il apparaît finalement que cet armement des

1
Il est équipé de deux couchettes.
2
« Rôle des AFAT du Service Cinématographique », Bulletin PFAT, n° 7, septembre 1950, p. 6.
3
Toinette Gérard, « Le cinéma aux armées », Bulletin PFAT, n° 14, juin 1952, p. 6-10.
4
Albert Maloire, Femmes dans la guerre, op. cit., p. 100.
5
Toinette Gérard, « Le cinéma aux armées », Bulletin PFAT, op. cit., p. 9.
6
La Section Photographique et Cinématographique des Armées (SPCA) existe depuis 1917, mais le cinéma
itinérant tel qu’il proposé en Indochine ne date que de 1947.
7
Éliane Jughon-Kuntz, Trente centimes, Paris, Lettres du Monde, 1994, 128 p.
8
Éliane Jughon-Kuntz : entretien, 30 mars 2006.

244

femmes en Indochine est, certes connu, mais tout à fait officieux puisqu’aucune loi ne
mentionne un quelconque accès des femmes aux armes1. Ce qui n’empêche pas certains
officiers supérieurs masculins de doter ou d’encourager eux-mêmes leurs recrues féminines à
s’équiper et à s’armer en conséquence2. Ce dernier point met donc à nouveau en évidence le
décalage réel entre les lois (la théorie) et le terrain (la pratique). Les infirmières et les
ambulancières sont les PFAT les plus exposées au danger. Souvent en première ligne,
quelques-unes sont parfois amenées à combattre, comme des hommes. Aucune formation au
tir ne leur étant jamais proposée, c’est l’improvisation et l’urgence qui semblent expliquer au
mieux l’action armée de certaines d’entre elles. Le Docteur Grauwin, médecin commandant
pendant la guerre d’Indochine, qui s’est particulièrement illustré à Dien Bien Phu 3, se
souvient :
Odette est toujours devant moi, en tenue de
combat ; son colt lui bat la cuisse. […] Odette et Olivette,
mes deux infirmières, tirent avec leurs colts, prenant soin
de détourner la tête et de se boucher l’oreille droite avec
l’index gauche. […] Je pense soudainement à Odette, qui
était à mes côtés en hiver 1947. […] elle allait souvent
devant moi ; son colt battait sa cuisse droite.4

Claude-Jean Blanchard, vient récemment de publier un article conséquent sur Aline
Lerouge5, responsable des ambulancières au Tonkin. Il va dans le sens des souvenirs du
Docteur Grauwin puisqu’Aline Lerouge aussi était armée. En témoigne cette photographie sur
laquelle elle pose en 19466, armée d’un pistolet-mitrailleur Sten.

1
Sur le rapport entre genre et arme, cf. Introduction.
2
Juliette Gaubry, Tricornes et bérets, op. cit., p. 106.
3
Ses souvenirs ont été publiés en 1954 : Paul Grauwin, J'étais médecin à Dien Bien Phu, Paris, France-Empire,
1954, 384 p.
4
Paul Grauwin, J'étais médecin à Dien Bien Phu, op. cit., p. 42, 49 et 358.
5
Claude-Jean Blanchard, « Aline Lerouge 1908-1950 », Le Briscard, Bulletin du Musée Militaire du Périgord,
n° spécial, octobre 2009, 52 p.
6
Collection : Mme Brulin. Photographie aimablement transmise par Claude-Jean Blanchard.

245

Il est intéressant d’observer la pose que prend Aline Lerouge. Au premier coup d’œil, elle
donne l’impression de tenir son arme par le chargeur. Mais en fait, elle n'est pas en position
de tir. La main gauche devrait tenir le chargeur horizontal. Pour pouvoir tirer il faut armer la
mitraillette et pour cela amener la culasse vers l'arrière ce qui n'est pas le cas 1. Les deux armes
évoquées ici – colt et Sten – ajoutées à la carabine dont parle Éliane Jughon-Kuntz
correspondent exactement à toutes celles utilisées par l’ensemble des militaires présents en
Indochine. Cette photographie semble confirmer un armement tout à fait officieux mais
parfaitement assumé de certaines femmes en Indochine. Les missions périlleuses que doivent
accomplir les infirmières et les ambulancières semblent justifier l’usage de ces armes. Pour
autant, il est clair que celles-ci ne faisaient absolument pas partie du paquetage qu’elles
recevaient à leur affectation et elles sont très peu nombreuses à l’évoquer dans leurs
souvenirs. La transgression de genre est une nouvelle fois très perceptible ici. Une dernière
remarque au sujet de l’armement, et non des moindres : puisque le combat n’entre pas, a
priori, dans les prérogatives du Service de Santé, les médecins non plus ne sont pas censés
être armés. Pourtant, eux aussi, comme certaines femmes, choisissent de s’équiper comme des
combattants. C’est ainsi que le docteur Grauwin mentionne plusieurs fois dans son
autobiographie, non seulement l’armement des femmes mais également le sien : « Une balle
est engagée dans le canon de ma carabine ; c’est défendu, mais je tiens à être aussi prompt que
le Viet qui rôde dans la jungle épaisse. […] J’avais ma carabine, une balle engagée dans le

1
Claude-Jean Blanchard : courrier électronique, 14 décembre 2010.

246

canon. C’était interdit »1. Il convient de souligner ici que ce n’est pas le port d’arme en tant
que tel qui semble interdit aux médecins mais plutôt la promptitude à s’en servir. Être prêt à
tirer en toutes circonstances est une priorité de chaque instant, même lorsque la fonction
première n’est pas d’être combattant. Enfin, au sujet de l’équipement des femmes, la question
de l’uniforme reste entière. Alors que toutes les circulaires officielles mentionnent des jupes
pour toutes les femmes militaires, force est de constater (dans les témoignages et les
photographies surtout) que la nature de certaines de leurs missions est en totale inadéquation
avec le port de la jupe. C’est particulièrement vrai pour les convoyeuses de l’air, les pilotes,
les infirmières, les opératrices de cinéma et les ambulancières... Aline Lerouge est ici
représentée en uniforme-pantalon alors que le pantalon ne fait pas partie du trousseau des
PFAT, ainsi composé en 1951 :
- Manteau raglan droit en gabardine bleu marine (avec
capuchon et doublure amovible)
- Jupe en gabardine bleu marine
- Vareuse jaquette en gabardine bleu marine
- Jupe en toile gris-bleu (pour l’été)
- Béret en gabardine bleu marine
- Chemisiers
- Cravate
- Bas et socquettes,
- Chaussures basses2

Point de pantalon ni de treillis pour ces femmes qui doivent respecter les codes vestimentaires
propres à leur sexe, même si elles sont militaires. Le seul point commun entre les uniformes
masculins et féminins est la cravate. Le poids des lois qui interdit aux femmes le port du
pantalon depuis le XIXe siècle est très lourd. C’est en effet l’ordonnance de la Préfecture de
Police du 7 novembre 1800 qui interdit aux femmes de porter des vêtements non conformes à
leur sexe3. Pourtant, à la même époque, celles qui sont das l’armée sont toujours représentées
sous des apparences masculines et parfois même habillées en hommes 4. Au XIXe siècle,
l’identité militaire est forcément masculine. Et au XXe siècle, c’est parce que les femmes ne
sont pas des militaires comme les autres que leur uniforme diffère, et que l’armée doit leur en

1
Paul Grauwin, J'étais médecin à Dien Bien Phu, op. cit., p. 42 et 358.
2
Christiane, « Notre uniforme », Bulletin PFAT, n° 12, décembre, 1951, p. 6.
3
Voir sur ce sujet : Christine Bard, Une histoire politique du pantalon, Paris, Seuil, 2010, p. 69 et « Le DB58
aux Archives de la Préfecture de police », Clio Histoire, Femmes et Sociétés, « Femmes travesties : un
« mauvais » genre », n° 10, 1999, p. 155-167.
4
Christine Bard, Une histoire politique du pantalon, op. cit., p. 72 et Dominique Godineau, « De la guerrière à la
citoyenne : porter les armes pendant l’Ancien Régime et la Révolution française », Clio Histoire, Femmes et
Sociétés, « Armées », n° 20, 2004, p. 43-69.

247

confectionner un conforme à leur sexe. Quoi qu’il en soit, Christine Bard, dans sa dernière
publication consacrée à une histoire politique du pantalon1, soulève une question
intéressante : « ‘les femmes remplacent les hommes’ : vont-elles aussi prendre leur pantalon,
leur uniforme ? »2 La réponse est claire : les femmes militaires doivent porter l’uniforme mais
en aucun cas le pantalon. Il y a bien une masculinisation du vêtement féminin par la création
de l’uniforme-jupe militaire mais la distinction entre hommes et femmes sur le plan
vestimentaire reste très nette. L’armée semble s’en être accommodée et les soldates en
pantalon restent ainsi en marge des lois militaires. Si les premières volontaires de la France
Libre s’étaient équipées en partie grâce à leurs homologues britanniques, pour bon nombre de
femmes en Indochine, c’est le système D qui prévaut. C’est ainsi que le docteur Grauwin
relate comment Geneviève de Galard 3 est passée de la jupe au pantalon :
C’est Julot, le premier qui donna un « froc » à
Geneviève, puis N’Diaye lui donna une chemisette. C’est
Levasseur […] qui donna ses pataugas ; elle ne pouvait
quand même pas toujours rester en tailleur bleu marine et
souliers bas ! […] C’est un sous-officier du GAP 2 4 qui lui
fit cadeau de sa tenue camouflée de parachutiste avec
fermeture éclair 5.

Et même si elles sont en pantalon sur le terrain, c’est la jupe qui reste – encore aujourd’hui
dans la plupart des régiments – leur tenue officielle.
Lorsqu’elles débarquent en Indochine, les ambulancières et les infirmières ne partent
pas immédiatement en opération. Elles sont d’abord affectées à d’autres postes que le leur…
Sans doute pour les accoutumer progressivement, au climat notamment, contre lequel elles
sont régulièrement mises en garde6. C’est ainsi qu’Antoinette Favreau est d’abord chef du
casernement de Cholon avant d’être affectée à l’hôpital militaire 415 à Cholon. C’est de là
qu’elle part relever les blessés sur le terrain. Elle est en quelque sorte « prêtée aux unités qui
partaient en opérations »7. Les blessés sont signalés par radio, et les ambulancières au volant
de leur Dodge ou à pieds – lorsque l’accès ne peut se faire en ambulance – avec tout
l’équipement nécessaire, se rendent sur les lieux par équipes de deux ou trois. Sur place, les
premiers soins sont dispensés aux blessés qui sont ensuite brancardés et évacués vers l’hôpital

1
Christine Bard, Une histoire politique du pantalon, op. cit.
2
Id., p. 277.
3
Convoyeuse de l’air, seule femme présente pendant le siège de Dien Bien Phu.
4
Groupement Aéroporté de la 42e demi-brigade parachutiste.
5
Paul Grauwin, J'étais médecin à Dien Bien Phu, op. cit., p. 187.
6
Madeleine Boue-Lahorgue : entretien, 27 mars 2006.
7
Antoinette Favreau : entretien, 22 mai 2006.

248

militaire duquel ils dépendent. Puis, les ambulancières repartent à nouveau. Quant à leur
temps libre, elles en ont peu et le consacrent souvent à l’entretien de leurs véhicules (niveaux,
nettoyage, pneus…etc.). Quand elles ne sont pas en opération, elles assurent une Assistance
Médicale Gratuite1 auprès des populations, dans des dispensaires. Comme le souligne
Antoinette Favreau, elles sont alors « militaires vingt-quatre heures sur vingt-quatre »2. Les
ambulancières ne sont pas seulement des conductrices, mais aussi des infirmières. Dans les
hôpitaux militaires, ce sont d’autres infirmières qui prennent le relais des ambulancières pour
soigner les blessés. Mais elles ne sont pas seulement « à l’arrière », elles sont aussi détachées
de façon ponctuelle ou permanente dans des antennes chirurgicales ou dans des avant postes.
C’est le cas par exemple d’Émilienne Robinet, engagée de 1946 à 1953. En 1954, Bellone
publie un article3 dans lequel est reproduite une lettre sans doute adressée à son père 4 :
Comme je te l’avais annoncé, je suis dans un poste
isolé. Nous ne risquons pas grand-chose étant très
fortement armés. Mais nous sommes séparés de la
« France » par 30 km de routes minées : en principe, on
nous ravitaille une fois par mois par route, mais c’est une
véritable opération, on sort un bataillon pour nous
joindre… L’été cela va tout seul, il y a l’aviation et la
mer ; d’habitude l’hiver ne commence qu’en octobre,
mais, manque de chance, cette année cela a commencé un
mois plus tôt. Je fais ici fonction de toubib : il y a 240
hommes au poste (marins, Algériens, Annamites), 2
officiers, 7 sous-officiers, une vingtaine de Français. Il
faut soigner tout, malades, blessés et civils, des
accouchements au village voisin, à l’occasion, des bébés
en plus… C’est du sport5.

Ce récit d’Émilienne Robinet vient confirmer ce qu’affirme également Albert Maloire :
On ne remplace pas les ambulancières. […] Tout
est dur, tout est rude : les combattants, l’ennemi, le terrain.
Elles ne peuvent tenir qu’en se comportant comme des
hommes. […] Rivées au coude à coude avec les médecins
et tous ceux du Service de Santé, les infirmières, les
ambulancières et secrétaires médicales, constituaient avant
tout la grande équipe6.

1
AMG dans la suite du texte.
2
Antoinette Favreau : entretien, 22 mai 2006.
3
« Émilienne Robinet », Bellone, n° 24, mai-juin 1954, p. 11-12.
4
Celle-ci commence par « Mon cher vieux », id., p. 11.
5
« Émilienne Robinet », op. cit., p. 12.
6
Albert Maloire, Femmes dans la guerre, op. cit., p. 21 et 44.

249

C’est en « se comportant comme des hommes ». Courrier sans date mais postérieur à 1951. que se fondent les convoyeuses de l’air. cit. plusieurs pilotes militaires féminines ont en charge 1 SHD – Département de l’Armée de l’Air – 4 C 1253 / Sous-groupement des moyens militaires de transport aérien (S/GMMTA). p. 5. il existe. Elles servent d’intermédiaire entre le commandant d’avion et les passagers 1. Parmi eux. cumulant parfois les deux attributions. 1. Je ne cite que pour mémoire le risque aérien . Leur rôle essentiel est de prendre soin des passagers sanitaires. Elles s’engagent pour une durée moyenne de deux à trois ans durant lesquels elles passent deux à trois mois en Indochine 2. Marguerite de Guyencourt souligne pourtant que les convoyeuses de l’air ont les mêmes attributions pratiques que les ambulancières et n’en sont pas moins exposées au danger. Toutes ces femmes. santé. Elles n’ont de cesse de se fondre dans la masse militaire pour accomplir leur mission qui ne laisse pas de place aux préoccupations de genre. 3 EVASAN dans la suite du texte. C’est également dans cet important contingent féminin. Elles sont aussi bien infirmières qu’assistantes sociales. Courrier sans date mais postérieur à 1951. sous-entendu comme des militaires masculins. voué aux soins médicaux. p. émanant de Marguerite de Guyencourt (chef des convoyeuses) à l’attention d’une candidate à l’engagement dans le cadre des convoyeuses de l’air. civils et militaires. hygiène. mais il est amplement compensé par la certitude qui vous est offerte de vous dévouer pour les blessés. L’armée de l’air a accueilli dès ses débuts des femmes dans ses rangs. Votre travail se fait en l’air. 2 SHD – Département de l’Armée de l’Air – 4 C 1253 / Sous-groupement des moyens militaires de transport aérien (S/GMMTA). émanant de Marguerite de Guyencourt (chef des convoyeuses) à l’attention d’une candidate à l’engagement dans le cadre des convoyeuses de l’air. 5. Mettant en avant la vertu traditionnellement féminine du dévouement. Mais l’Indochine a vu leurs effectifs augmenter considérablement. les malades et les combattants d’Extrême- Orient4. que les soldats voient comme telles. hygiène. sont avant tout des militaires. qu’elles parviennent au fil de la guerre à se faire accepter d’eux. 4 SHD – Département de l’Armée de l’Air – 4 C 1253 / op. Et c’est ainsi que l’infimière Émilienne Robinet « fait fonction de toubib ». C’est d’ailleurs en Indochine que les évacuations sanitaires3 prennent tout leur sens et deviennent règlementées. et les circonstances quelquefois pénibles du rôle d’infirmière ne sont pas facilitées par le vol. à bord des appareils de transport militaires de l’armée de l’air. vous ne venez pas chez nous pour faire du tourisme aérien. p. Marguerite de Guyencourt qui dirige les convoyeuses pendant la guerre d’Indochine ne manque d’ailleurs pas de mettre en garde les candidates sur la nature parfois périlleuse de leurs missions : Bien entendu. 250 . santé.

pour la plupart. 251 .. 20. 3 Nom complet : Morane-Saulnier MS-500 « Criquet ». Ce sont des missions particulièrement dangereuses car ces avions qui ne volent qu’à deux ou quatre cents mètres sont des cibles faciles. « Passion de Suzanne Jannin : l’aviation ». 4 Gilberte C. elle revient 1 Gilberte C.. 13 mars 2006. n° 39. elle réalise en découvrant les hélicoptères Hiller M-360 qu’il serait finalement bien plus pratique de « prendre le blessé sur place et de le ramener à l’arrière »5 plutôt que d’être parachutée avec tout le matériel. p. Suzanne Jannin est également la seule pilote féminine à avoir participé à des réglages de tir d’artillerie : « il s’agissait de survoler longuement et constamment en virage des abris et des repères vietminh afin que nos canons en liaison avec l’aviation par radio puissent diriger et régler leur tir sur l’objectif »2.. cit. Par conséquent. à bord d’un Morane 5003 : Suzanne Jannin et le Morane 5004 Quant à Valérie André. 21. de monter une tente et un poste de secours. 5 Valérie André : entretien. elle est médecin capitaine en Indochine dès 1948. qui consistent à voler lentement et à basse altitude au-dessus d’un secteur ennemi pour en relever toutes les caractéristiques et les mouvements de population1. d’opérer sur place dans des conditions bien souvent très précaires. 21.des opérations d’artillerie ou d’EVASAN qui étaient jusqu’alors confiées à des hommes. « Passion de Suzanne Jannin : l’aviation ». C’est en 1950 qu’elle assiste sur place à une démonstration de vol d’hélicoptère. Ironie du sort donc d’être une femme sans arme mais dont la mission est de perfectionner les tirs d’artillerie… Et s’ajoutent à ces missions des dizaines d’EVASAN qu’elle effectue. 2 Id. Déjà titulaire d’un brevet de parachutiste. Bellone. est la première et la seule femme à avoir effectué des vols de reconnaissance à vue. n° 39. Bellone. p. novembre-décembre 1956. Suzanne Jannin qui comptabilise pour l’Indochine quatre-vingt-six missions de guerre. p.. C’est le cas par exemple de Suzanne Jannin ou Valérie André. op.

Et c’est à son retour en Indochine qu’elle devient médecin capitaine pilote d’hélicoptère. Photographie également reproduite en couverture de Bellone. Madame le Général. en Indochine. 226 p. 2 Valérie André. 3 Valérie André. incarnent donc le contingent invisible de l’armée française en Indochine. Cet engagement féminin révèle plusieurs contradictions de genre. Évacuation d’un blessé en hélicoptère Hiller M-360 par le pilote Valérie André au Tonkin. Extraits d’un carnet de vol. Ces EVASAN sont possibles grâce à deux « paniers » situés de part et d’autre de l’hélicoptère dans lesquels sont disposés les blessés 1. Perrin. Calmann-Lévy. avec la légende suivante : « Mademoiselle Valérie André.en France passer son brevet de pilote d’hélicoptère. 13 mars 2006. Parce que loin du front pour la plupart. 250 p. publiée en 1954 qui retrace son expérience indochinoise et Madame le Général3. Valérie André évacuant un blessé en hélicoptère Hiller M-3604 Toutes ces femmes. Car si elles sont officiellement reconnues par la loi en 1951. Pendant quatre ans. loin de la zone de gloire qui confère aux combattants le statut de héros de la patrie. octobre-décembre 1953. Paris. elles évoluent en marge de leurs homologues masculins. aux parcours traditionnellement masculins. publiée en 1988 consacrée à l’ensemble de sa carrière militaire. auteure de deux autobiographies : Ici Ventilateur2. Ici Ventilateur. 1954. En 1981. elle devient la première femme général en France. Paris. 4 ECPAD / Fonds Indochine – TONK 52-144 R03 : du 1er au 10 juillet 1952. n° 21. 1988. elle évacue seule – car le petit gabarit de cet hélicoptère sous-motorisé ne permet aucun accompagnement – plusieurs dizaines de blessés. prend en charge un blessé. » 252 . et ainsi. 1 Valérie André : entretien.

1. Si la guerre d’Indochine et la Seconde Guerre mondiale sont des vectrices de la féminisation de l’armée française.. 10433-10436. il devient nécessaire – et urgent – d’homogénéiser leurs situations et leurs contrats. « expérience militaire » rime désormais avec « carrière militaire ». qu’est fondée en 1948 la seule revue féminine de la presse militaire française. Les paradoxes de l’engagement militaire féminin en Indochine : la reconnaissance par la loi et l’amnésie de la mémoire guerrière C’est pendant le conflit indochinois qu’est voté le décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. Le décret n° 51-1197 « portant statut du personnel des cadres militaires féminins » Communément appelé « décret de 51 » par toutes celles qui en ont bénéficié. elles sont loin d’en transmettre la mémoire. Et c’est entre autre pour lutter contre cette amnésie. 253 . 1 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. p. Reproduit dans son intégralité en annexe p. « portant statut du personnel des cadres militaires féminins 1 ».grâce à un décret qui vient consolider toutes les carrières militaires féminines naissantes ou déjà bien amorcées. cit. Bien qu’il marque une avancée considérable dans la féminisation de l’armée et la reconnaissance des PMF comme militaires à part entière. 576. II. ce décret n’en reste pas moins lacunaire et encore inégalitaire. Parce que leur présence est bien réelle et que leurs effectifs ne cessent de croître. Comme pour la Seconde Guerre mondiale. Alors que de multiples statuts coexistent. l’engagement des femmes en Indochine apparaît comme un facteur essentiel dans l’élaboration de lois visant à préciser le statut des femmes militaires en France. elles n’en demeurent pas moins les éternelles oubliées de la mémoire guerrière. les autorités se doivent de fixer définitivement le statut de ces soldates. Ce décret arrive à un moment où le contexte d’engagement des femmes dans l’armée obéit à un flou juridique absolu. et parce qu’il est clair que pour bon nombre d’entre elles. op. il est également considéré – par elles – comme le plus important texte législatif relatif aux femmes militaires en France.

le Ministère du Budget émet bien des réserves quant au projet de statut qui vient de lui être soumis. La grande nouveauté réside essentiellement en deux points : désormais. Et il s’agit là d’une première égalité totale avec leurs homologues masculins. la perspective d’une carrière plus longue est maintenant envisageable. Dès le début de l’année 1951. 3 Ibid. elles peuvent désormais renouveler ces engagements pour quinze ans « par commission »2. La durée du stage probatoire est allongée à six mois. non seulement entre les hommes et les femmes mais aussi entre les PMF elles-mêmes. Celui-ci se défend de ne pouvoir se « prononcer définitivement sur les propositions dont il s’agit tant que [ses] services n’auront pas été renseignés sur les répercussions budgétaires qu’entraînerait l’adoption du projet communiqué »1. cit. Courrier n° 5377 du 4 juin 1951. a) Présentation. Dossier « Préparation du décret portant statut des personnels militaires féminins – 1951 ». mais surtout. 254 . 10434. l’élaboration de ce nouveau statut a donné lieu à de nombreuses réflexions et tergiversations. Le 27 avril 1 SHD – Département de l’armée de terre – 19 R 18 / Section administrative. l’ébauche du statut s’annonce difficile. dans un courrier adressé au ministre de la Défense Nationale. l’un des principaux arguments est celui du budget car il n’est pas question que cette nouvelle étape dans la féminisation de l’armée entraîne des dépenses inconsidérées et injustifiées. Mais cette disposition ne figurait pas dans le projet initial. sans doute pour pallier certains défauts de recrutement parfois dénoncés par les autorités militaires avant 1951. Comme évoqué précédemment. émanant du Ministère du Budget à l’attention du Ministère de la Défense Nationale.. analyse et particularités du décret Ce décret a donc été voté pour réduire les grandes disparités. comme le stipule l’article 9 : « les rengagements ont les mêmes durées que celles prévues pour les personnels militaires masculins »3. Ainsi. Alors que les diplômes obtenus dans le civil ne permettaient guère aux femmes d’en tirer des avantages conséquents dans leur carrière militaire. Mais. et les obstacles culturels restaient nombreux. à partir de ce décret : « les candidates titulaires de diplômes supérieurs […] sont automatiquement reclassées dans la 3e classe [sous- lieutenant – ndla]. 2 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. op. toutes les militaires féminines sont régies par le même statut. le 4 juin 1951. puis (1948) section d’études administratives / Statut des personnels militaires féminins [1946-1953]. p. de même que les candidates convoyeuses de l’air qui sont admises après concours » (article 12). Ouvrir la carrière militaire aux femmes par un décret officiel annonçait sans aucun doute une féminisation accélérée de l’armée française. Alors qu’elles s’engageaient pour des durées variables et relativement courtes (de deux à trois ans reconductibles et cinq ans pour les personnels des services de santé). quelle que soit l’arme à laquelle elles appartiennent.

Courrier référencé LL/GH-SP du 27 avril 1951 émanant du Vice-président du Conseil René Pleven à l’attention du Président du Conseil Henri Queuille. 255 . a souhaité attirer l’attention de la Direction des Troupes Coloniales sur l’intégration de ces femmes au nouveau statut. Ce projet de statut ne prévoit. 3 SHD – Département de l’armée de terre – 19 R 18. René Pleven adresse à Henri Queuille1 une requête qui va dans ce sens. C’est le général Salan qui. chacun en ce qui le concerne.3 Les femmes engagées en Indochine au moment de l’adoption du décret ont également été l’objet des préoccupations des autorités militaires. op.Les spécialistes féminines du Service d’État-major . il m’est apparu que le projet de décret […] ne donnait pas à ce personnel une situation en rapport aux possibilités qu’il offre et aux missions que les armées pourraient être appelées à lui confier. au corps d’interprètes et du chiffre.Les spécialistes féminines des Transmissions . cit. Chacun de ces Corps comprend cinq cadres : . Il est certain qu’en maintenant ce personnel à tel niveau nous nous interdisons délibérément de recruter des femmes et jeunes filles ayant des diplômes d’enseignement supérieur : licence.Le Corps Colonial comprend en outre un cadre de spécialistes féminines du Service Social aux Armées.Les spécialistes féminines mécanographes . en effet. L’effectif total de ces cadres est donné par les lois budgétaires. et qui pourraient fournir des spécialités qualifiées au service de santé. cit. note n° 18945 du 20 septembre 1950 émanant du général Salan à l’attention de la Direction des Personnels Militaires de l’Armée de Terre.. ce que ne prévoit pas la première ébauche du texte : Ainsi que je l’ai indiqué au Comité de Défense Nationale. doctorat…etc.1951. dès la fin de l’année 1950. à l’Intendance. aux transmissions. Il propose ainsi que l’article 1er du futur décret stipule que toutes les femmes engagées avant 1951 soient prises en compte par les nouvelles dispositions. 2 SHD – Département de l’armée de terre – 19 R 18. op. Il souligne que les personnels masculins « possédant les mêmes aptitudes »2 sont engagés au rang d’officier. Sa demande est ainsi formulée : L’article 1 du projet de décret serait à modifier ainsi : Article 1 – Les formations militaires féminines de l’Armée de Terre comprennent un Corps Métropolitain administré par la Direction des Personnels militaires de l’Armée de Terre et un corps colonial administré par la Direction des Troupes Coloniales. qu’une assimilation à des grades de sous-officiers. L’effectif de chaque cadre est fixé par Arrêté du Ministre de la Défense Nationale et du Ministre de la France d’Outre-Mer. au service de recrutement…etc. Sa demande 4 est acceptée puisque l’article 1er stipule : 1 Respectivement Vice-président et Président du Conseil.Les spécialistes féminines du Service de Santé . Courrier référencé LL/GH-SP du 27 avril 1951 émanant du Vice-président du Conseil René Pleven à l’attention du Président du Conseil Henri Queuille. 4 Id.Les spécialistes féminines plieuses et réparatrices de parachutes . encore en chantier.

Il s’agit là d’une autre nouveauté considérable puisque désormais. Depuis que le décret « portant statut du personnel des cadres militaires féminins » est en projet – soit dès le début de la guerre d’Indochine – la question des soldes et des pensions militaires des femmes pose un vrai problème aux autorités militaires. c’est l’élaboration de l’article qui a donné lieu au plus grand nombre de débats.. 10433.. mais professionnelles. cit. Enfin. même si la guerre cesse. dans sa demande. les femmes ne sont plus engagées pour remplacer des hommes aptes au combat. Cet effectif est réparti en cadres et spécialités suivant les besoins particuliers à chaque armée1. pensions et/ou retraites ? Entre 1948 et le début de l’année 1951. p. les PMF en poste en Indochine sont bien incluses dans ce nouveau décret et peuvent donc choisir de se rengager pour des durées plus longues. non plus exceptionnelles. L’effectif total des personnels militaires féminins est fixé par les lois budgétaires. 10436. de mer et de l’air comprennent dans chaque armée : le cadre des spécialistes féminines du service de santé . Les personnels militaires féminins des armées de terre. mais bien parce que les besoins de l’armée leur offrent des opportunités. Si la Seconde Guerre mondiale et la guerre d’Indochine ont d’abord engendré une féminisation « temporaire » de l’armée liée au contexte de guerre. Par conséquent. les femmes s’engageaient uniquement pour le temps de guerre et que leurs contrats stipulaient un retour à la vie civile dès la paix signée. p. Faut-il prendre en compte les engagements féminins antérieurs à l’ordonnance du 22 octobre 1943 qui officialisait le service féminin dans l’armée par voie d’engagement ou de mobilisation ? Alors que dès 1940. de questionnements et de courriers : « les services accomplis dans les corps militaires féminins créés depuis juin 1940 sont des services militaires à tous points de vue »3. En 1948. les cadres des spécialistes féminines des autres services. 2 Ibid. le décret de 1951 permet d’inscrire cette féminisation dans la durée. les archives sur ce sujet se comptent par dizaines et les avis sont clairement partagés. op. comment intégrer leurs services contractuels et temporaires dans le calcul de leurs soldes. 3 Id. le Secrétariat d’État aux forces 1 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. En fait. C’est l’article 7 qui concrétise toutes les demandes du général Salan en stipulant que « les personnels militaires féminins peuvent être appelés à servir sur n’importe quel territoire dans les mêmes conditions que les personnels militaires masculins »2. 256 . le général Salan reprend chaque article et propose des modifications applicables à tous les PMF en poste en Indochine. Chaque cadre peut comprendre différentes spécialités.

Elle émane de la Direction des Personnels Militaires de l’Armée de Terre et a pour objet « nature des services accomplis par les PFAT 3 ». cit. le décret du 26 avril 1944 relatif aux effectifs. 257 . 2 Les textes sur lesquels la Section des Finances du Conseil d’État s’appuie sont : le décret du 11 janvier 1944 portant création des formations féminines auxiliaires des armées de terre. décorations. qu’il résulte de l’ensemble de ces caractères que les formations féminines auxiliaires sont des formations militaires et qu’en conséquence les services accomplis par les femmes dans lesdites formations doivent être regardés comme des services militaires . état-civil aux armées. création du cadre d’officiers techniciens. comme des services civils ou des services militaires »1. Rien n’est dit ici sur les services accomplis par les femmes dès 1940. EST D’AVIS [sic] de répondre dans le sens des observations qui précèdent. Services militaires 1919-1951 ». que les personnels de ces formations portent l’uniforme et sont répartis par grades . 3 SHD – Département de l’armée de terre – 9 R 311 / Personnels – législation / Dossier 2. statut des militaires de carrière. Recrutement. soit dans les unités en opérations des formations féminines auxiliaires dont les agents sont recrutés soit sur engagement volontaire soit par voie d’appel . l’administration des auxiliaires féminines de l’armée de terre. le recrutement. successions et biens des militaires décédées. Il y est rappelé que l’ordonnance du 22 octobre 1943 n’était certes valable que pour le temps de 1 SHD – Département de l’armée de terre – 19 R 18. Dossier « Personnels militaires féminins. de l’air et de la mer. des PFAT. le décret du 29 janvier 1944 concernant l’appel sous les drapeaux de certaines catégories de femmes. qu’ils sont soumis à la discipline militaire et bénéficient du régime en vigueur pour les militaires en ce qui concerne les allocations militaires. les ordonnances des 9 août et 11 octobre 1944 portant rétablissement de la légalité républicaine. formation pré-militaire.901 daté du 14 décembre 1948 relatant le compte rendu de séance la Section des Finances du Conseil d’État. Avis n° 245.armées saisit la Section des Finances du Conseil d’État afin de savoir si « les services accomplis par les Personnels Féminins de l’Armée de Terre [doivent] être regardés. les soins médicaux et les pensions d’invalidité . l’ordonnance du 22 février 1944 fixant les sanctions applicables au personnel féminin mobilisé et ne répondant pas aux ordres de route. op. Une note du 25 septembre 1950 illustre parfaitement les incohérences législatives dont sont victimes les femmes avant l’élaboration du décret. des officiers. qu’il est précisé que les femmes répondant à certaines conditions sont mobilisables dans ces formations . pour leur prise en compte dans l’établissement d’une pension civile. Sa conclusion est sans appel : Considérant qu’aux textes susvisés2 chacune des trois armées comprend soit dans les formations du territoire. aux conditions d’avancement et au régime de solde et de traitement des personnels de formations féminines auxiliaires. l’arrêté du 9 août 1944 au sujet des conditions d’aptitude physique requises pour l’admission dans les formations féminines auxiliaires des trois armées et l’instruction du 26 mai 1944 portant règlement sur l’organisme. Note n° 143891 du 25 septembre 1950 émanant de la Direction des Personnels Militaires de l’Armée de Terre (1er bureau) à l’attention de l’État-major particulier de Monsieur le Secrétaire d’État aux Forces Armées « Guerre ». dispositions particulières à certains personnels [1941-1965].

C’est donc à partir de cette date que se pose la question de la nature des services accomplis par les personnels féminins restés en service. que seuls les services accomplis depuis le 1 er janvier 1949 ont un caractère militaire.législation / Dossier 2. la légitimité des décisions prises par le Ministère du Budget est tout bonnement remise en cause. Un peu plus loin. puis services militaires entre 1943 et 1947 et à nouveau services civils après 1947 pour redevenir des services militaires à partir de la fin de l’année 1948. des officiers.M/I. qui prendront effet à compter du 1 er janvier 1949 : ART. état-civil aux armées. qui dispose dans son article 33 : « L’article 14 de la loi de finances n° 48-1922 du 31 décembre 1948 est remplacé par les dispositions suivantes. Il n’est pas besoin d’insister sur l’illogisme d’une telle conception . Recrutement.B du 7 avril 1951 et synthétise parfaitement l’historique de cette question : La loi de finances n° 48-1922 du 31 décembre 1948 a prévu. un grave préjudice à celles qui. successions et biens des militaires décédées. au regard de la loi. 14. Et. les services effectués par les intéressées pendant la guerre 1939-1945 seraient des services civils. Le Bulletin PFAT du mois de juin 1951 consacre un article à la circulaire n° 20155 P. 1 SHD – Département de l’armée de terre – 9 R 311 / Personnels . » […] mais cette disposition a été annulée par la loi de finances n° 50-857 du 24 juillet 1950. comme le laisse entendre l’avis précédemment cité. Note n° 143891 du 25 septembre 1950 émanant de la Direction des Personnels Militaires de l’Armée de Terre (1er bureau) à l’attention de l’État-major particulier de Monsieur le Secrétaire d’État aux Forces Armées « Guerre ». De ce fait. 258 . des PFAT. l’auteur de cette note ne manque pas de souligner l’absurdité d’une telle situation : Le Ministre du Budget considère peut-être. dispositions particulières à certains personnels [1941-1965]. formation pré-militaire. S’il en est ainsi. création du cadre d’officiers techniciens.guerre mais qu’elle a été prorogée jusqu’au 28 février 1947. tandis que leurs services du temps de paix seraient des services militaires. décorations. cela voudrait dire que les services des formations féminines avant 1943 sont des services civils. il est vrai. – Le personnel des formations militaires féminines est soumis au statut militaire dans les conditions qui seront fixées par décrets contresignés par le ministre de la Défense nationale et par le ministre des Finances et des Affaires économiques. il suffit de souligner qu’elle causerait si elle était retenue. ne pourraient les faire valoir pour l’ouverture du droit à pension proportionnelle1. statut des militaires de carrière. dans son article 14 que « les services accomplis dans les formations militaires féminines de l’armée sont des services civils auxiliaires validables pour la retraite. ayant accompli des services de guerre.

Parce que les femmes s’étaient pliées à toutes les lois militaires.M/I. Il n’est donc plus question de parler d’AFAT. aux mêmes sanctions et sont « justiciables des tribunaux militaires ou maritimes dans les mêmes conditions que les personnels militaires masculins » (article 5. en l'occurrence. paragraphe 3). d'une simple mesure conservatoire qui ne préjuge en rien de la décision à intervenir quant à la véritable nature des services féminins antérieurs au 1er janvier 19491. et dans le seul but de réserver les droits des intéressées pour le cas où les services antérieurs au 1er janvier 1949 seraient finalement considérés comme étant des services civils. la question est loin d’être réglée à l’aube de 1951 et l’article 27 du décret vient mettre un terme au débat car il confirme que toutes les femmes engagées dès 1940 ont bien accompli des services militaires. d’autres restrictions sont assouplies avec ce décret : celles liées à la maternité par exemple. 2 Mais l’avancement est beaucoup plus lent. 3 Comme c’est le cas dans la plupart des professions. En effet. n° 10. alors que l’engagement des femmes ayant des enfants à charge était impossible. quel que soit le territoire sur lequel ils se trouvent actuellement en service. Ce point est abordé un peu plus loin. celui-ci leur est maintenant ouvert à condition que leurs enfants soient majeurs (article 8). p. Enfin. le décret de 1951 officialise un statut militaire qui leur était jusqu’alors refusé mais dont elles remplissaient pourtant officieusement bon nombre de conditions. 21. pendant lesquels elles perçoivent une solde 3. devront être invités à formuler une demande de validation des services accomplis dans l'armée avant cette date. En attendant que cette question soit réglée. 1 « Validation des services effectués par les personnels militaires féminins de l’Armée de Terre – Circulaire n° 20155 P. Cet article a donné lieu à des divergences d’interprétation. l’armée demeure également l’un des rares secteurs professionnels où à grade et ancienneté équivalents. 259 . les personnels militaires féminins. en subissant parfois les incohérences et les injustices. Bulletin PFAT. la grossesse n’est plus synonyme de fin de contrat puisqu’elles ont désormais droit à des congés pré et post-nataux. la rémunération entre hommes et femmes est égale (article 19)2. Les militaires féminines sont soumis à la même discipline. Elles peuvent ensuite réintégrer leur poste (article 6).B du 7-4-51 ». juin 1951. Il s’agit là d’une avancée considérable dans la reconnaissance des femmes militaires en France. Enfin. Finalement. […] Il s'agit. quant à la nature des services accomplis par le dit personnel avant le 1er janvier 1949. En 1951.

Note de service n° 633/D. le grade de sous-lieutenant correspond donc pour les femmes à celui de « 2 e catégorie ». il n'a pratiquement pas été tenu compte du sort des personnels en service depuis plusieurs années. On parle alors de grades d’assimilation. création du cadre d’officiers techniciens. bien qu’assimilée sous-lieutenant à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Même si ce nouveau décret engendre de nombreux progrès pour la prise en considération des femmes militaires. formation pré-militaire. Recrutement. 1 SHD – Département de l’armée de terre – 9 R 311 / Personnels – législation / Dossier 2. 260 . Après le décret du 15 octobre 1951. c’est donc avec le grade d’assimilation de « 5e catégorie » – qui équivaudrait à celui de sergent-major chez les hommes – que Madeleine Boue-Lahorgue part pour l’Indochine. il est loin d’être parfait et de nombreuses inégalités persistent encore entre les hommes et les femmes. Tout simplement rétrogradée. […] Mais. aucune disposition n’a été prise pour les femmes qui restent en service après la Seconde Guerre mondiale.Atl/Cab « sur le maintien dans l’armée du contingent FFI ». L'obligation d'être titulaire de diplômes supérieurs équivalant à la licence. Bien que les FFI aient été intégrées à l’armée nouvelle au lendemain du second conflit 1. il convient de rappeler ici qu’en 1951. des PFAT. Ce cas est d’ailleurs bien connu des autorités militaires qui le déplorent. Une note de service du 25 avril 1952 à l’attention du secrétaire d’État à la Guerre. conduit à un abaissement de catégorie d'une partie du personnel en service. commandant le détachement de l’Armée d’Atlantique. résume parfaitement la situation dans laquelle se trouve Madeleine Boue-Lahorgue : Le statut des auxiliaires féminines établi en mai 1944 a été annulé et un nouveau décret a fixé en octobre 1951 l'organisation du corps du PFAT. décorations.A. successions et biens des militaires décédés. certes. dispositions particulières à certains personnels [1941-1965]. des officiers. pour accéder aux classes d'officiers. Les femmes ne sont en fait pas classées par grades – au sens militaire du terme – mais par catégories. les « grades » des femmes ne sont pas similaires à ceux des hommes. statut des militaires de carrière. En effet. mais tardent à proposer des solutions à ces femmes dont les services antérieurs à la guerre d’Indochine ne sont pas pris en compte. état-civil aux armées. b) Des inégalités persistantes entre hommes et femmes L’expérience de Madeleine Boue-Lahorgue évoquée précédemment est singulière pour deux raisons : non seulement elle incarne la continuité ressentie entre la Résistance et l’Indochine mais également les failles du système militaire lié à l’engagement des femmes. du 14 mai 1945 émanant du général De Larminat.

[…] Il y a là une injustice qui pour ne toucher qu'un très petit nombre de personnels n'en est pas moins difficilement admissible. On peut en effet admettre que les PFAT en service depuis plusieurs années ont acquis des connaissances militaires. en fonction de leurs capacités. retraçant l’historique du PFAT précise que les grades ayant été supprimés par ordre du Ministre […] Les personnels féminins étaient des spécialistes. Statut des PFAT [1945-1968] : note n° 977/EMA/CAB du 25 avril 1952. PFAT / Dossier 1. 2 Id.B du 18 août 1954 à l’attention du Ministre de la Défense Nationale – Cabinet (à l’attention du colonel Rouvillois). La solde (différente des soldes militaires) était fonction de la catégorie 2. Notamment. à l’attention du Secrétaire d’État à la Guerre – Cabinet – État-major particulier. Bien que l’article 27 du nouveau décret affirme que les services accomplis par les femmes depuis 1940 sont des services dont le caractère militaire est indiscutable. 1 SHD – Département de l’Armée de Terre – 2 R 126 / Personnel sous-officiers. objet : Statut du Personnel Féminin de l’Armée de Terre. dont la hiérarchie sans rapport aucun avec la hiérarchie militaire. Une autre fiche du 18 août 1954. Leur dévouement et leur désintéressement sont généralement reconnus de leurs chefs. émanant de la Direction du Personnel Militaire de l’Armée de Terre. au moment de leur engagement. un mois après leur engagement (puis avancement ultérieur). et nommées. les grades qu’elles ont pourtant atteints entre 1940 et 1951 disparaissent avec la nouvelle hiérarchie militaire féminine mise en place par les articles 2 et 5 : Art. 1er bureau. puisqu'elles étaient au sommet de la hiérarchie au moment de leur engagement. Elles ont en effet travaillé sans aucun espoir d'avancement. : courrier n° 139185/PM. se trouvent reclassées au bas de l'échelle. Elle comprend : Quatre classes correspondant à des grades d’officiers . 1ère catégorie (assimilées à lieutenant) parce que titulaires de deux baccalauréats. était formée de « catégories » (huit) dans lesquelles les personnels étaient classés. 2 – La hiérarchie des personnels militaires féminins ne comporte aucune assimilation avec la hiérarchie des personnels masculins. et sont aptes à remplir efficacement des postes de confiance. 261 . les PFAT engagées avant la date de cessation des hostilités. Leur déclassement leur cause un préjudice matériel et moral indiscutable1.1.

....... 2................... sauf sur « ordre du commandement » (article 17)....... p..... à l’occasion du service que dans les cas de subordination prévus à l’article 1 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951....... mais il est impossible d’affirmer que ces nouvelles modalités d’engagement leur garantissent un avenir durable et solide dans l’armée... 262 . op. elles « ne sont dues.. Sergent-major 4e catégorie………………… Sergent-chef 5e catégorie………………… Sergent 6e catégorie.. Sous-lieutenant 1e catégorie………………… Adjudant-chef 2e catégorie...... Six catégories correspondant à des grades de non- officiers . Adjudant 3e catégorie.. La précarité de leur statut est certes moins grande qu’avant 1951....... En d’autres termes.. […] Art.. Commandant 1e classe.. dans le service... soit aux personnels masculins non officiers servant par contrat ou commission au-delà de la durée légale..... elles ne sont pas tenues de porter l’uniforme. sauf dispositions expresses contraires du présent décret............... une femme classée « hors-classe » ou « 1ère classe » ne jouit absolument pas des mêmes droits que son « homologue » masculin : il lui est par exemple interdit de sanctionner un 2e classe masculin.. cit............ Et même si la durée d’engagement a été considérablement allongée. Ces personnels sont cependant subordonnés à l’autorité militaire sous les ordres de laquelle ils sont placés dans le service »2....... selon la correspondance de classes et catégories à grades indiquée ci-après : CLASSES GRADES Hors-classe ..... Capitaine 2e classe . Enfin..... La suite de l’article 16 est également révélatrice du peu de cas qu’il est fait de ces « classes » : « il n’existe de subordination entre ces personnels que celles qui. Lieutenant 3e classe ... les femmes militaires ne sont donc titulaires que de leurs emplois... soit aux officiers. résulte de l’emploi tenu........................... elles n’en demeurent pas moins des contractuelles........ Caporal-chef1 Non titulaires de leurs « grades » (article 16).............. – Les personnels sont.... 2 Ibid. Quant aux marques extérieures de respect.. 10433................... soumis aux lois et règlements applicables........ – Les services accomplis par les personnels des cadres féminins des armées sont des services militaires................. 5 – 1. contrairement aux hommes..

Trois exemples ont été choisis pour élaborer le graphique suivant : ceux des généraux Jacques Massu. l’incident dont a été victime l’assistante sociale Bouche en 1952 semble trouver un début d’explication ici.. p. op. C’est pourquoi la courbe illustrant la carrière de Valérie André s’achève avant la trente-quatrième année. Il serait alors intéressant de comparer des carrières féminines avec celles des hommes. entre elles mais aussi vis-à-vis des hommes. 10433. Et la réciproque n’est pas vraie puisque les grades militaires masculins restent supérieurs en tous points à ceux des femmes… Ainsi. Par conséquent. les femmes doivent respecter la hiérarchie militaire. 3 Valérie André est née en 1922. 263 . Ce graphique présente la durée d’avancement entre les grades de capitaine et de général de division 4. p. Le tableau ci-dessous est la reproduction de celui de l’article 2 du nouveau décret2 : Pourcentage de l’effectif total Hiérarchie Cadre des services de santé Ensemble des autres cadres 2 pour mille avec un minimum de 1 pour mille avec un minimum Hors-classe 1 pour chacun des trois services de 1 pour chacune des trois de santé armées Hors-classe 1e classe 2e classe 7% 5% 3e classe 1e catégorie 2e catégorie 3e catégorie 4e catégorie 93 % 95 % 5e catégorie 6e catégorie La grande majorité des effectifs féminins est concentrée dans les quatre premières catégories. la pyramide des grades ainsi que leur répartition dans l’effectif total obstruent considérablement les perspectives d’avancement. Elles sont donc 93 % à pouvoir prétendre à un avancement réservé à 7 % d’entre elles… Sachant qu’elles quittent la 6 e catégorie six mois après leur stage probatoire (article 13).précédent [article 16 – ndla] »1. Jacques Massu en 1908. Marcel Bigeard en 1916 et Raoul Salan en 1899. cit. la stagnation au rang de sous-officier pendant plusieurs années est inévitable. Les paliers ont donc été gommés et les échelons lissés. 10435. 4 Les courbes sont des courbes de tendance qui permettent un aperçu global des quatre carrières en question. Enfin. 2 Id. Marcel Bigeard et Raoul Salan3 comparés avec Valérie André.. 1 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951.

Valérie André y est restée cinq ans. 264 . L’avancement beaucoup plus lent de Valérie André ne s’est pas accéléré avec 1 Équivalant à général de division (insigne avec trois étoiles). Général Colonel Lieutenant-colonel Commandant Capitaine 0 5 10 15 20 25 30 35 Durée d'avancement (en années) Raoul Salan Jacques Massu Marcel Bigeard Valérie André L’exemple de Valérie André. Alors qu’ils ne restent que deux ans et demi en moyenne au grade de lieutenant-colonel. Il lui a fallu trente-quatre ans pour passer du grade de médecin capitaine en 1948 à celui de médecin général inspecteur en 1981. devenue médecin général inspecteur1 en 1981 à l’âge de cinquante-neuf ans est assez démonstratif de l’extrême lenteur de l’avancement féminin. Jacques Massu. Marcel Bigeard et Raoul Salan sont tous trois devenus généraux une vingtaine d’années après leur grade de capitaine. Ce n’est qu’une fois atteint le grade de colonel que les moyennes se rejoignent.

l’avancement ne s’effectue qu’au choix. cit. Si elles ne restent que six mois dans la 6e catégorie. l’avancement dans chacune d’entre elles jusqu’à la 2e catégorie se fait ensuite au choix et/ou à l’ancienneté. Il faut attendre le décret n°73-339 du 23 mars 19733 « portant statut particulier des corps féminins des armées »4 pour que les distinctions entre les grades masculins et féminins soient définitivement supprimées. il ne peut s’écouler moins de dix-sept années… Un seul contrat de quinze ans est donc insuffisant pour toutes celles qui veulent faire carrière dans l’armée : le rengagement devient dès lors obligatoire pour atteindre le grade le plus élevé. cantonne encore les femmes dans des grades – et donc des rôles – inférieurs à ceux des hommes : le grade le plus élevé qu’elles peuvent atteindre étant celui de « hors-classe » (commandant)1. Cette convergence entre le mouvement féministe et les réformes militaires des années 1970 fait l’objet d’une analyse dans le dernier chapitre. Journal Officiel de la République Française. p. Ce sera chose faite dans les années 1975-1976. à condition qu’elles aient effectué un minimum de deux ans de service dans chaque catégorie. Odile Ducret-Schaeffer. celui-ci ne doit être qu’une mesure transitoire en attendant une complète intégration des femmes dans tous les corps d’armées. Paris. Ce décret. de division. En rendant impossible l’accès des femmes aux grades les plus élevés et en imposant des quotas dans chaque catégorie et classe. 19-21. 3 Il serait tentant de croire que le mouvement féministe a influencé l’adoption de ce nouveau décret. malgré ses grandes avancées. A partir de la 1 ère catégorie. mais rien ne permet de l’affirmer.l’adoption du décret de 1951 puisque les grades les plus élevés restent réservés aux hommes. 3259. Centre de sociologie de la défense nationale. 2 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. Il est donc logique que des carrières féminines similaires à celle de Valérie André accusent une stagnation très longue lorsqu’elles l’atteignent. même si certaines spécialités restent fermées aux femmes. Le calcul est assez simple : entre la 6e catégorie et le grade le plus élevé que les femmes peuvent atteindre. Dans ces conditions.. p. 1 Par conséquent. général de brigade. Enfin. FNSP. et quatre pour passer de la 1 e classe à « hors-classe ». 25 mars 1973. alors devenus mixtes. Ce ralentissement dans l’avancement des carrières féminines est renforcé par les articles 13 et 142 qui règlementent la durée de service dans chaque catégorie. « portant statut particulier des corps féminins des armées ». 4 Décret n° 73-339 du 23 mars 1973. 1980. colonel. il n’est toujours pas possible pour les femmes d’être lieutenant-colonel. pendant lesquelles se succèdent plusieurs statuts aboutissant à une mixité complète des grades et des armes. mais bien marginale. de corps d’armée ou général d’armée. l’armée préserve les plus hautes sphères du commandement d’une intrusion féminine. l’avancement de la 2 e à la 1e classe est conditionné par trois années de services. En revanche. p. 10435. Les femmes dans les armées en France : 1914-1979. comparée à celles des hommes. parce que le Conseil d’État considère que la création d’un corps exclusivement réservé à un sexe est contraire à la Constitution. la carrière de Valérie André est tout à fait exceptionnelle par rapport à celle de ses homologues féminines. 265 . op.

les campagnes d’Indochine et de Corée. Les « anciennes combattantes » ou la naissance d’une conscience identitaire militaire féminine Parce que les femmes ne sont jamais considérées comme des soldats à part entière – d’abord parce que ce sont des femmes. 2. Ce n’est que l’article 12 du Code des Pensions de 1964 qui permet aux « fonctionnaires et agents féminins ayant servi en qualité d’infirmières ou d’ambulancières pendant les deux guerres de 1914-1918 et de 1939-1945. Quant aux infirmières ayant servi sous statut civil. 3 Id. Enfin. 266 . les infirmières et les convoyeuses de l’air restent lésées... sont pris en compte pour le droit à solde »1. ensuite parce qu’elles ne sont pas armées – bon nombre d’« héroïnes » de la guerre d’Indochine sont ignorées de la mémoire guerrière. avec le décret de 1951. p. leur reconnaissance en tant qu’anciennes combattantes arrive encore plus tardivement. avaient accompli des services militaires du 1er avril 1946 au 1er juillet 1952 »2. cit. convoyeuses dans des formations militaires de transport. 10436. 153. 154. C’est entre autres pour combler cette lacune et fédérer les femmes militaires qu’est créé en 1948 le Bulletin PFAT.. La dernière partie de l’article 27 ne précise pas que leurs services accomplis depuis 1940 sont des services militaires mais simplement que « les services accomplis depuis 1940 dans les hôpitaux militaires par les infirmières civiles ou par les convoyeuses de l’air dans les formations de l’armée de l’air. de bénéficier des avantages réservés aux fonctionnaires anciens combattants »3. op. Bellone. Il faut attendre 1959 pour qu’une loi reconnaisse que les « IPSA. Car même si le décret du 15 octobre 1951 s’inscrit dans un processus de féminisation de l’armée déjà bien amorcé depuis la Seconde Guerre mondiale. La femme militaire… op. cit. Évoluant en marge du reste des troupes. elles sont également en marge de l’imaginaire collectif. la place des soldates dans le microcosme de l’armée et dans la mémoire guerrière reste à conquérir. revue des forces féminines françaises. Considérer que les femmes sont des militaires comme les autres – sous-entendu comme les hommes – est loin d’être acquis. p. devenu en 1953. 2 Raymond Caire. 1 Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951. p. quel que soit le régime sous lequel elles ont été placées.

101. plusieurs critères sont à remplir : Avoir appartenu à une unité reconnue comme combattante pendant au moins quatre-vingt-dix jours. p. Pour l’obtenir. il est correct de les considérer comme des « anciennes combattantes ».fr/F1482. mais ne lui confère pas non plus un statut militaire. Cahiers du Centre d'Études d'Histoire de la Défense n° 24.. « Anciens combattants. 267 . 2006. Mais en théorie seulement.service-public. 4 Michel Bodin. Cette définition d’Alain Rey n’associe pas le combattant aux armes. consulté le 6 janvier 2009. p. Vincennes. tout comme les assistantes sociales ne peuvent être que des femmes. avoir reçu une blessure reconnue comme une blessure de guerre par l'autorité militaire. déconnectée de la Nation. avoir subi une longue captivité. La figure de l’ancien combattant d’Indochine est donc très loin de celle du valeureux poilu ou du résistant. Sorties de guerre.2 Puisque de nombreuses femmes engagées en Indochine remplissent au moins une de ces conditions. Gilles Vergnon et Michèle Battesti. Ce ne sont donc pas les armes qui font le combattant mais bien son engagement – militaire ou non – au cours d’une guerre. a) Les femmes. p. ou avoir fait l'objet d'une citation individuelle avec croix. difficiles à étudier et de ce fait mal connus. au sens premier du terme. dir. dir. Service-Public. cit.xhtml 3 Jean-Yves Boursier. une guerre de décolonisation avec toutes les connotations négatives qui entourent ce genre de conflit »4. Vincennes. 2 « Carte du combattant ». le statut d’ancien combattant est conditionné par l’obtention de la « carte du combattant ». le site officiel de l’administration française. Michel Bodin reconnaît volontiers que « les retours de guerre posent des problèmes innombrables. des « combattantes » comme les autres ? Parler d’« anciennes combattantes » pour les femmes peut paraître inapproprié puisqu’elles ne combattent pas. 11.fr. la figure de l’ancien combattant reste masculine. Ces 1 Alain Rey dir. « Le retour d’Indochine.. Cahiers du Centre d'Études d'Histoire de la Défense. Jacques Frémeaux et Michèle Battesti. contre un ennemi1. L’appellation « anciens combattants » ne s’emploie jamais au féminin. La fin de la guerre d’Indochine. http://vosdroits. Dans l’inconscient collectif. car dans la pratique et l’imaginaire national. Les associations d'anciens résistants et la fabrique de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. musées et fabrique du passé ». 2005. un combattant est un guerrier qui se bat. seul ou en groupe. avoir été évacué pour une blessure reçue ou une maladie contractée pendant le service dans une unité reconnue comme combattante. Dictionnaire historique… op. Historiquement. 808. contrairement aux Première et Seconde guerres mondiales. Bien que grand spécialiste de la guerre d’Indochine. 1946-1955 ». n’entraîne pas d’héroïsation systématique des anciens combattants car « ces derniers faisaient une guerre lointaine. les anciens combattants sont forcément des hommes car cette expression « renvoie immédiatement à la guerre et à l’armée parce que la guerre rime avec combattant »3. Aujourd’hui.

2004. 268 . 5 Voir sur ce point le chapitre suivant. 2 Michel Bodin. que quasiment aucune ne sait qu’elles ont le statut de combattantes et qu’à ce titre. 1945-1954. Paris. c) Tous les militaires blessés de guerre. novembre-décembre. p. Cette première explication ne laisse aucune place au doute quant à la qualité de combattante de ces femmes. p. Bellone leur précise ainsi « qui peut prétendre à la qualité de combattant » : Parmi les personnes qui peuvent prétendre à cette qualité sont à signaler notamment : a) Tous les militaires (y compris les PFAT bien sûr) qui ont appartenu pendant 3 mois à une unité combattante (1) en Indochine ou en Corée. très intéressante puisqu’elle implique que la très grande majorité – sinon la totalité – des femmes engagées en Indochine sont des combattantes comme les autres. cit. Intégrer des femmes dans la définition des anciens combattants suppose de passer outre la barrière de genre imposée par la fonction même de combattant.. (1) Dans la pratique. Bellone. La note (1) est.phénomènes touchent toutes les guerres mais ils deviennent cruciaux pour les hommes qui ont ‘fait l’Indo’ car c’était des professionnels »1. 45-48. 1946-1955 ». elles peuvent prétendre à une pension militaire et/ou d’invalidité. p. 137-150. Mais les femmes militaires sont victimes d’une désinformation telle. cit. à ce titre.. op. op. C’est pour répondre aux inquiétudes de ses lectrices que 1 Michel Bodin. Dans son travail très novateur sur la « sortie de guerre » d’Indochine. p. Dictionnaire de la guerre d'Indochine. C’est ce que dénonce Bellone dans son numéro de novembre-décembre 19554. 97-99 3 Michel Bodin. 4 (Et citations suivantes) « Quelques conseils au PFAT rentrant d’Indochine ». presque toutes les unités et tous les services d’Extrême-Orient sont considérés comme des unités combattantes. b) Tous les militaires ou évacués pour maladie (blessures ou maladies contractées en service) quelle que soit la durée de leur service dans une unité combattante (1). Pourtant. « Le retour d’Indochine. Economica. 10. d) Les prisonniers sous certaines conditions. « L’engagement des femmes durant la guerre d’Indochine ». Bon nombre de femmes qui rentrent d’Indochine se tournent vers le Bureau de Reclassement des Militaires de Carrière pour envisager les différentes possibilités de « recasement »5 qui leur sont offertes. n° 33. comme ce fut le cas pour l’application des différents statuts qui régissent les femmes avant 1951. l’attribution de cette qualité de combattante obéit à des logiques souvent très discordantes. il n’aborde pas la question du retour des femmes soldats alors qu’il est pourtant le premier à leur avoir accordé une entrée dans son Dictionnaire de la guerre d'Indochine2 ainsi qu’un article3.

cit. 4 « Unités combattantes. ni invalides) qui sont environ trois millions en 1926. La revue répond en s’appuyant sur plusieurs textes législatifs qui affirment que « sont considérés comme combattants. après le 15 septembre 1945 et jusqu’à la date de cessation des hostilités ont effectué du service en Indochine ». l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre2 a demandé aux instances compétentes que soit établie pour la guerre d’Indochine. dans la pratique. etc. En 1946. la liste des unités combattantes (comme cela avait été fait pour les autres guerres et campagnes) afin d’attribuer ou non le statut de combattant aux militaires qui en feraient la demande. des Unités Administratives. Paris. p. d’assurance. janvier-février 1956. p. En 1917. 3 (Et citation suivante) « Quelques précisions ». de chômage. Il s’appelait alors « Office national des mutilés et réformés ». Bulletin officiel du Ministère de la Guerre. Plusieurs PFAT ayant appartenu au Service de Santé se sont vues opposer un refus à leur demande d’attribution de la qualité d’anciennes combattantes « sous le prétexte que le Service de Santé ne pouvait être considéré comme une unité combattante ». de reconnaître l’engagement. n° 328-4.. pendant la Première Guerre mondiale. tout n’est pas si simple. n° 34. un second Office est créé : l’Office des Pupilles de la Nation dont la mission est de prendre en charge les enfants devenus orphelins. L’Office gère toutes les questions d’assistance..Bellone publie un deuxième article1 sur cette question. combattants.. le sacrifice. Rattaché au ministère du travail. mais également toutes les AFAT des premières heures de la guerre d’Indochine qui appartenaient à la 47e Unité Administrative dirigée par Suzanne Massu. l’Office prend son appellation actuelle : Office national des anciens combattants et victimes de guerre – ONACVG – et se modernise afin de pouvoir prendre en charge de nouvelles catégories de ressortissants comme les déportés ou les internés. 14-15. les trois Offices fusionnent en un seul Office national des mutilés. En 1956. Enfin. Volume arrêté à la date du 1er février 1957 ». en 1926. celle-ci règle 1 (Et citations suivantes) « Quelques précisions ». il était chargé de rendre hommage. une première liste d’unités combattantes est publiée mais elle ne couvre que la période 1945-1949 et « comprend des formations de toutes les armes et services (y compris les formations du Service de Santé. C’est précisément ce dont il est question dans Bellone. Indochine. Dans ces conditions « il n’est pas possible que des demandes aient été refusées à celles […] ayant appartenu à une formation sanitaire ». tous les militaires ou marins (masculins et féminins aussi) qui. n° 34. 132 p. de crédit. En 1935. Il faut attendre 1957 pour que soit publiée la liste complète des unités combattantes en Indochine 4. de prévoyance sociale. Mais cet Office est rapidement débordé et ne suffit plus. 269 . 14-15. Période du 16 septembre 1945 au 11 août 1954. Pour pallier ces lacunes législatives et statutaires. Bellone. C’est à lui que doivent être adressées toutes les demandes de carte du combattant ou de titre de reconnaissance de la nation par exemple. etc…) »3 par conséquent. op. édition méthodique. la souffrance des soldats. 2 Le premier Office a été créé en 1916. 1957. qui déplore la lenteur avec laquelle les trois armes établissent ces listes. non seulement les PMF du Service de Santé peuvent prétendre au statut d’ancienne combattante. victimes de la guerre et pupilles de la Nation. Mais une fois encore. ni mutilés. Et conformément au souhait de Bellone. Bellone. un troisième Office est créé : l’Office du combattant qui prend en charge des besoins des anciens combattants non pensionnés (ni blessés.

Le tableau ci-dessous est une reproduction de celui intitulé « pertes réelles par armes sauf blessés »5. (blessés exclus) »4. États des pertes.« définitivement la question »1 car ces unités concernent quasiment toutes les femmes engagées en Indochine. tableau du même titre. Mais. tant les sources sont muettes ou discordantes sur ce point. Au département de l’armée de terre. tant les demandes concernant le calcul de leurs pensions. 14. n° 34. Les données relevées sont très lacunaires et parfois contradictoires.. disparus. pour l’année 1953. conservés dans le fonds 10 H 511 / Personnels / Pertes (1945-1956). p. retraites et soldes abondent dans les archives du SHD. Il n’est donc pas surprenant qu’elles soient si peu représentées dans les associations d’anciens combattants et si peu présentes dans la mémoire guerrière. tableaux et graphiques concernant les pertes [1945-1956]. rapatriés sanitaires. cit. tableaux et graphiques concernant les pertes [1945-1956]. notes sur les effectifs dont graphiques sur l’évolution des forces de 1946 à 1951 et correspondance sur la désertion des légionnaires de 1947 à 1952 [1946-1952]. seuls deux tableaux récapitulatifs ont été retenus pour cette étude : « pertes réelles par armes sauf blessés » et « « récapitulation générale des pertes réelles en Indochine de 1945 au 20 juillet 1954 ». tableaux et graphiques concernant les pertes [1945-1956]. Mais il n’est pas hasardeux d’affirmer que bon nombre d’entre elles sont restées dans l’ignorance de leurs droits. Les plus parlantes – en terme de chiffres – restent les archives du département de l’armée de terre du SHD relatives aux effectifs engagés en Indochine ainsi que le Bulletin PFAT et Bellone qui consacrent plusieurs pages aux PFAT décédées en Indochine ou décorées au titre de cette guerre. Ainsi. cinq fonds 3 seulement permettent d’analyser les pertes féminines pendant la guerre d’Indochine. l’expression « pertes » est à appréhender avec prudence car elle regroupe aussi bien les décès que les rapatriements sanitaires. 10 H 183-184 / Effectifs / Correspondance. cit. 4 SHD – Département de l’armée de terre – 10 H 509 / Personnels / Pertes (1945-1956). le département de l’armée de terre conserve un « tableau récapitulatif des pertes réelles des Forces Françaises et des États associés (tués. 270 . Mais le détail de chaque catégorie n’apparaît pas. États des pertes. impossible donc de croiser ces fonds avec des monuments aux morts ou des lieux de mémoire par exemple. Mais combien en sont averties ? Il est impossible de comptabiliser les femmes titulaires de la carte – et donc du statut – d’ancienne combattante2. 2 Aucune source émanant du Ministère de la Défense ou des associations d’anciens combattants n’a permis d’aboutir à un bilan chiffré. Quant à l’identité des femmes. op. conservé au département de l’armée de terre : 1 « Quelques précisions ». Bellone. déserteurs. elle n’est jamais mentionnée . Par conséquent. b) Une mémoire guerrière qui se souvient difficilement des « combattantes » mortes pour la France Obtenir un résultat chiffré fiable des pertes féminines en Indochine s’est révélé quasiment impossible. États des pertes. décédés). 3 SHD – Département de l’armée de terre – 10 H 509 à 511 / Personnels / Pertes (1945-1956). 5 SHD – Département de l’armée de terre – 10 H 511 : op.

français et étrangers. Travail. Impossible encore une fois de comparer ces données entre elles.defense. consulté le 11 janvier 2007. Marie / née le 15 juillet 1926 à Wailly dans la Somme – Sous-lieutenant – décédée le 2 novembre 1948 à Srok de Krakor. Années Pertes réelles par armes sauf blessés 1948 7 1949 1 1950 5 1951 44 1952 39 1953 3 1954 46 Total (T1) 145 « Décédés » (T2) 15 Total global (T1 + T2) 160 C’est le seul tableau qui fait apparaître des chiffres aussi élevés. D’autres relevés conservés au département de l’armée de terre mentionnent des chiffres tout à fait différents et très éloignés de ceux-ci. 101-123. France GenWeb. n° 25. 2011.sga. dans le même fonds. consulté le 9 octobre 2009. et Mémorial GenWeb qui établit des « relevés de monuments aux morts. soit un total en « pertes réelles » de cent douze PFAT et seulement cinq blessées.memoiredeshommes. ces sources ont été croisées avec les données des lieux de mémoire et monuments aux morts de la guerre d’Indochine. 4 « SGA – Mémoire des hommes ». ainsi qu’avec les bases de données des sites Mémoire des Hommes du Ministère de la Défense 4. Afin de réaliser l’étude qui suit 3. Le Groupe Rochambeau : un exemple de féminisation de l’armée pendant la Deuxième Guerre Mondiale et la Guerre d’Indochine ». « Des femmes dans la 2e Division Blindée du Général Leclerc. Genre et Sociétés.fr/ 5 « Mémorial GenWeb ». 3 P 5289 18/76 / DUBOIS Élisée / aviatrice – née le 16 juin 1927 à Mametz (Pas de Calais) – décédée le 17 février 1948 à l’Hôpital médical « Commandant Le Flem ». soldats et victimes civiles. une disparue. quatorze décédées. Site du Ministère de la Défense. http://www. p. quelques ouvrages et cinq fonds seulement. quatre-vingt-douze rapatriées sanitaires.gouv. 3 P 5290 52/69 / JUST Lucienne. 271 . 3 P 5290 46/69 / JORROT épouse DUPONT Madeleine. Concernant l’identité de ces femmes. 2 SHD – Département de l’armée de l’air . la « récapitulation générale des pertes réelles en Indochine de 1945 au 20 juillet 1954 »1 mentionne pour les PFAT les données suivantes : cinq tuées. 3 Cette étude reprend en partie un article récemment publié : Élodie Jauneau. Ainsi.Série P : Dossiers individuels de personnel / Sous-série 3 P : personnel décédé en Indochine (1919-1955) : 3 P 5287 18/80 / BALESI Marie-Rose / non gradée – née le 10 octobre 1916 à Quenza en Corse (date de décès non-mentionnée). morts en déportation. les sources sont très rares : quelques numéros du Bulletin PFAT et de Bellone. 1 SHD – Département de l’armée de terre – 10 H 511 : op. ‘Morts pour la France’ »5. tués ou disparus par faits de guerre. insuffisantes pour établir un relevé précis des pertes féminines en Indochine. Marguerite. cit. Hélène / née le 12 août 1924 à Dijon – Sergent-chef – décédée le 23 février 1952 à Haiphong (Tonkin). conservés au département de l’armée de l’air 2. Madeleine / née le 26 mars 1923 à Firmy (Loire) – IPSA – décédée le 13 juin 1947 dans la Région de Djiring (Sud Annam) et 3 P 5291 24/62 / L’ÉPINE (De) Béatrix.

les hommages de la patrie reconnaissante sont nombreux. Rendre hommage aux soldats tombés au champ d’honneur est une tradition française qui date de la Première Guerre mondiale. leurs « morts »…etc. leurs mères ou leurs héroïnes. La terminologie des textes inscrits sur ces monuments ne laisse aucune place aux femmes. Perchées sur les monuments de la Victoire. Flammarion. Françoise Zonabend. mais tout au plus des mères ou des conjointes héroïques et […] cela donne aussi à la communauté une raison de célébrer les mères et les épouses »4.memorial-genweb. 153. voilées. Les métamorphoses de Marianne. qui les remplacent aux champs ou à la tête de la famille en leur absence. Toutes ces femmes qui attendent leurs époux partis au front.org/~memorial2/ 1 Pour une étude plus complète sur les visages de Marianne. En d’autres termes. p. Éditions de la Maison des Sciences de l’homme. Comme le rappelle Annette Becker : Casquées. de la République. voir Maurice Agulhon. parfois de la guerre. Les communes. leurs « héros ». La fabrique des héros. elles incarnent des allégories ou des figures traditionnelles de LA femme en contexte de guerre. « Cela n’en fait pas pour autant des femmes héroïques. mais ils confirment que les monuments aux morts sont avant tout des lieux de mémoire sexués. 3 Annette Becker. Comme le souligne Anne Eriksen : Cette représentation de la nation sous les traits d’une femme permet d’inclure le féminin dans le national sans créer de conflits avec les rôles sexuels habituels. la Patrie. Paris. […] Ces allégories féminines peuvent être interprétées comme des expressions du devoir national conféré aux femmes en fonction du modèle général de la division des rôles sexuels de l’époque2. dir. 4 Anne Eriksen. 152. de la Nation comme Marianne1. les monuments aux morts appartiennent à un « univers d’hommes »3. Pierre Centlivres. cit. Daniel Fabre. 1998. Si les femmes ne sont pas absentes de la statuaire des monuments aux morts. 2001. p. de la Liberté. elles sont les héritières des statues diverses nées avec la Révolution Française et développées par la IIIe http://www. 2 Anne Eriksen. mais jamais leurs filles. De nombreux travaux sur ce sujet ont été publiés. la Nation pleurent leurs « fils ». Errance. op. 320 p.. p.. très peu rendent hommage aux femmes combattantes. sont en quelque sorte les héroïnes de l’arrière et. 9. « Être ou agir ou le dilemme de l’héroïne ». de ce point de vue. leurs « enfants ». Alors que le patriotisme est incarné par une femme – Jeanne d’Arc – et que beaucoup de monuments aux morts mettent en scène des allégories de la République. Paris. vêtues à l'antique. Paris. 272 . ou de la Guerre comme Minerve et Athéna. 1988. Les monuments aux morts – Mémoire de la Grande Guerre. elles sont moins des femmes que les symboles féminins de la Victoire.

épouses dans l’attente de l’époux combattant. n’entraîne absolument pas le même devoir de mémoire auquel est attaché notre pays pour les deux guerres mondiales. En revanche. XIXe-XXe siècles. soldée par une défaite française. héritières des Rochambelles.htm 273 . n’a pas épargné les femmes. ils respectent certains canons des monuments « traditionnels » en reproduisant dans la pierre les noms des morts.. 2002. 72. servir leur pays »5. La caserne de Croÿ symbolise le point de départ de toutes celles qui « dans l’indifférence générale. infirmières. ANAI . République. 1 Annette Becker. sont perpétuellement représentées sur ces monuments. Veuves éplorées. cit. À ce jour. En première ligne. un seul monument en France rend exclusivement hommage aux femmes décédées en Indochine 3. p. tout comme la Seconde Guerre mondiale. elles ne sont pas représentées sur les monuments qui restent attachés au combattant blessé. la guerre d’Indochine.org/NET/document/anai/lanai_aujourdhui/eloge_des_personnels_feminins_des_armees_de_ terre_pfat_en_indochine/index. Mais c’est sans surprise que les noms des femmes militaires décédées en Indochine sont très difficiles à trouver. 6 juillet 2008. Cette guerre. C’est ce que Maurice Agulhon appelle « la statuomanie »1. dépouillés de toute symbolique victorieuse. consulté le 9 octobre 2009. 24 mars 2006. les exemples ne manquent pas. 4 décembre 2004. C’est notamment le cas de celui de Berck-Plage dans le Pas-de-Calais2. http://www. cette stèle est incomplète car la liste s’achève en 1952 alors que bien d’autres femmes sont mortes jusqu’en 19544. Paris. p. « Éloge des Personnels Féminins des Armées de Terre (PFAT) en Indochine ». Les monuments aux morts… op. Il s’agit de la stèle de la caserne de Croÿ à Versailles – rénovée le 4 décembre 2003 – sur laquelle sont inscrits les noms de vingt-huit PFAT ayant trouvé la mort en Indochine. les femmes. Plus sobres ou plus discrets. Pour autant. 2 Luc Capdevila et Danièle Voldman. 59. comptent dans leurs rangs plusieurs blessées ou mortes pour la France. Nos morts : les sociétés occidentales face aux tués de la guerre. les ambulancières. La symbolique sexuée des monuments commémorant la Grande Guerre se retrouve également dans ceux dédiés à la Seconde Guerre mondiale. Payot. sont parties pour une guerre lointaine. 4 Paul Renaud : courrier électronique.anai- asso. 5 Paul Renaud. Malheureusement. 3 Andrée Ducrot-Serreau : entretien. qui plus est au cours d’une guerre de décolonisation. non comme actrices de la guerre mais subissant les conflits.Site Officiel de l'Association Nationale des Anciens et Amis de l'Indochine et du Souvenir Indochinois. les monuments aux morts de la guerre d’Indochine sont également moins nombreux. Même lorsqu’il s’agit d’honorer les infirmières de la Grande Guerre.

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Cette indifférence se confirme à l’échelle nationale puisque sur deux cent un lieux de
mémoire répertoriés3 par l’Association Nationale des Anciens et Amis de l’Indochine et du
Souvenir Indochinois, cette stèle est la seule exclusivement consacrée aux femmes. Le Mur du
Souvenir du Mémorial des Guerres en Indochine à Fréjus 4, inauguré le 19 décembre 1996,
recense les noms des trente quatre mille neuf cent trente cinq « Morts pour la France ». Mais
il ne comptabilise que dix-huit femmes sur les vingt-huit de la stèle de la caserne de Croÿ.
Quant au site Mémoire des Hommes du Ministère de la Défense, pourtant « destiné à mettre à
la disposition du public des bases de données réalisées à partir de la numérisation et de
l’indexation de fiches biographiques conservées par le ministère de la Défense [et ayant] pour
vocation d’honorer la mémoire de celles et ceux qui ont participé ou donné leur vie au cours

1
Photographie prise et aimablement transmise par Monsieur Jacques Postel, photographe à la Direction de la
communication de la mairie de Versailles.
2
Photographie de René Lugand prise le 21 janvier 2011 et accessible sur le site « Mémorial GenWeb », France
GenWeb, consulté le 15 mai 2011, http://memorial-genweb.org/~memorial2/html/fr/photo.php?id_source=45641
3
« Lieux de mémoire », ANAI – Site officiel de l’Association Nationale des Anciens et Amis de l’Indochine et du
Souvenir Indochinois, consulté le 12 septembre 2008,
http://www.anai-asso.org/NET/document/lieux_de_memoire/autres_monuments_1/index.htm
4
« Le Mémorial des guerres en Indochine », Le Mémorial des guerres en Indochine, consulté le 12 décembre
2008, http://www.memorial-indochine.org/4_mur_virtuel.php

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des conflits de l’époque contemporaine », il n’en recense que quinze dans sa « base de
données des ‘Morts pour la France’ ». La mention « Mort pour la France » s’applique pour
tout acte de décès :
1° D'un militaire des armées de terre, de mer ou de
l'air tué à l'ennemi ou mort de blessures de guerre ;
2° D'un militaire mort de maladie contractée en
service commandé en temps de guerre ;
3° D'un militaire mort d'accident survenu en
service, ou à l'occasion du service en temps de guerre ;
4° D'un marin du commerce, victime d'événements
de guerre ;
5° De tout médecin, ministre du culte, infirmier ou
infirmière des hôpitaux militaires et des formations
sanitaires, ainsi que de toute personne ayant succombé à
des maladies contractées au cours de soins donnés aux
malades et blessés de l'armée en temps de guerre ;
6° De toute personne décédée en combattant pour
la libération de la France ou en accomplissant des actes de
résistance ;
7° De toute personne exécutée à la suite d'une
condamnation résultant de mesures d'exception prises par
l'autorité de fait se disant gouvernement de l'État français,
notamment par application des actes dits lois des 24 avril
1941, 7 septembre 1941, 7 août 1942, 8 septembre 1942, 5
juin 1943 et 20 janvier 1944, en raison de leur attitude
pour la cause de la libération ;
8° De tout otage, tout prisonnier de guerre, toute
personne requise par l'ennemi, tout déporté, exécutés par
l'ennemi ou décédés en pays ennemi ou occupé par
l'ennemi des suites de blessures, de mauvais traitements,
de maladies contractées ou aggravées ou d'accidents du
travail survenus du fait de leur captivité ou de leur
déportation ;
9° De toute personne décédée à la suite d'actes de
violence constituant une suite directe de faits de guerre ;
10° De tout militaire décédé dans les conditions
visées aux 1er, 2e et 3e alinéas après avoir été incorporé de
force ou après s'être engagé sous l'empire de la contrainte
ou la menace de représailles dans les armées ennemies ;
11° De tout réfractaire décédé des suites d'accident,
maladie ou blessure consécutifs à sa position hors la loi et
pour le service du pays.
L'autorité compétente pour donner l'avis favorable
susvisé est, suivant le cas :
Le ministre des anciens combattants et victimes de
guerre ;
Le ministre chargé de la marine marchande ;