Vous êtes sur la page 1sur 69

Institutions et environnement

économique

Ghazi Boulila
2016-2017

Ecole Supérieure des Sciences et


Techniques de Tunis
Plan

Introduction
Chapitre 1: institutions, gouvernance et croissance:
faits stylisés et analyse théorique
Section 1: Faits stylisés
Section 2: Analyse théorique
Section 3: Relation entre la bonne gouvernance et la
croissance économique
Section 4: Comparaison internationale

Chapitre 2: les institutions nationales et


internationales
Introduction
L'objectif du cours est de présenter le lien entre les
institutions et la croissance économique.
• Les institutions économiques augmentent la
croissance économique.
• Elles forment les incitations et les règles de
conduite des acteurs économiques et politiques:
les consommateurs, les producteurs, la société
civile, les partis politiques et l’Etat.
• Elles influencent les investissements dans le
capital humain et physique et l’organisation de la
production et la répartition des revenus.
Selon Douglas North (1990) (prix Nobel en 1993
avec Robert W. Fogel):

« Les institutions sont les règles du jeu dans une


société ou, plus formellement, elles sont les
contraintes humainement conçues qui façonnent
l’interaction humaine. (…) Par conséquent, elles
structurent les incitations dans l’échange
humain, que celui-ci soit politique, social ou
économique ».
Elles se composent des:
• contraintes formelles (comme les règles, les lois, les
constitutions),
• contraintes informelles (comme des normes de
comportement, des conventions, des codes de conduite auto-
imposés, la culture)
• caractéristiques de leur application.

Elles permettent de réduire l'incertitude inhérente aux relations


humaines

Incertitude => Cadre institutionnel => Comportements => bonne


gouvernance => Croissance économique

Pourquoi certaines sociétés sont plus pauvres que


d’autres en institutions économiques ?
Chapitre 1: institutions, gouvernance et
croissance: faits stylisés et analyse théorique
Section 1: Les faits stylisés
Graphique 1 : GDP per capita growth (constant DTN annual %)
Source : Banque Mondiale
Graphique 2 : Taux de croissance en % (PIB réel): comparaison par
rapport à des pays de référence
Source: BM et calcul des auteurs

1980-1989; Egypte;
5,9

1990-1999; Tunisie ;
2000-2009; Egypte;1980-1989; Maroc; 5,1
2000-2009; Maroc;
4,9 4,8 2000-2009; Tunisie ;
1990-1999; Egypte; 4,7
4,6
4,3
2000-2009; Algérie;
3,9 2010-2014; Maroc;
1980-1989; Tunisie ;
2010-2014; Algérie; 3,6 3,6
1990-1999; Maroc;
3,3
1980-1989; Algérie; 3,2
2010-2014; Egypte;
2,8 2,7 2010-2014; Tunisie ;
2,5

1990-1999; Algérie;
1,6

1980-1989 1990-1999 2000-2009 2010-2014


Graphique 3 : PIB par tête (en Milliers PPA $)
Source: BM et calcul des auteurs

Korea Malaysia Thailand Tunisia


Tableau 1: Evolution des PIB (PPA) par rapport à la Corée
de Sud (1980 et 2014)
Source: BM et calcul des auteurs

Rapport PIB par Rapport PIB par


habitant (PPA$) habitant (PPA$)
1980 2014
Algérie 2,11 0,40
Egypte 0,98 0,31
Hong Kong 3,12 1,55
Indonésie 0,64 0,30
Malaisie 1,47 0,70
Maroc 0,71 0,22
Philippines 0,86 0,20
Thaïlande 0,72 0,41
Tunisie 0,98 0,32
Section 2: Analyse théorique
Comment expliquer ces différence?
L'économie institutionnelle explique les différences entre les pays par:
• le manque des règles juridiques formelles
•et des règles sociales informelles capables de booster la croissance
économique.
Les règles formelles : instaurer des lois pour organiser l’activité économique

Exemple : Comment peut-on augmenter les recettes de l’Etat ?

Développer un système formel d’enregistrement de la propriété privée. En tunisie la valeur


totale de l'immobilier est énorme dont la plupart est en dehors des circuits légaux (cadastre,
municipalités etc.). Ce capital est enfermé dans l'économie informelle. Il est important
d'instaurer des infrastructures juridiques pour intégrer ces richesses dans le secteur formel.
Dans les pays avancés, toutes les propriétés foncières (terrain, maison, appartement etc.) sont
formellement fixées dans des enregistrements tenus à jour et conformes aux règles du régime
de propriété.
• Les institutions informelles : les traditions et la culture sont un
handicap pour la croissance
Que faire si les agents économiques préfèrent la plage et le soleil au
travail ?
En économie, le comportement des agents Economiques est
rationnel et doit être compatible avec les exigences d'une croissance
soutenue. Les producteurs investissent pour maximiser le profit, les
consommateurs maximisent leur utilité sous la contrainte budgétaire
et l’Etat régule l’activité économique (lois, taxes, infrastructures,
répartition, biens public etc.)
Exemple :
La réputation et la confiance entre les agents accentuent et
favorisent les investissements et les contrats et la croissance
économique. Elles permettent de réduire les coûts de transaction,
c'est-à-dire les coûts associés à l'organisation et au respect des
contrats.
Lorsque ces institutions informelles deviennent un handicap au
développement, il faut songer à les changer. Cependant, il faut des
dizaines d’années pour les changer car l’histoire qui tire vers le bas.
Williamson Oliver E. (2000) identifie 3 types
d'institutions selon leur durée aux changements :

• Les structures de gouvernance et d’organisation : Elles


sont déterminées selon un compromis et peuvent entrer
en contradiction avec les intérêts des AE (constitution,
lois etc.). Leur développement peut durer plusieurs
années.
• L'environnement institutionnel et les institutions
formelles au sens de North : Elles sont plus difficiles à
changer et il faut aller jusqu'à un siècle.
• Les institutions informelles qui sont basées sur la
culture et l’organisation des sociétés. Elles sont les plus
difficiles à changer et pourraient durer plusieurs siècles.
Les normes sociales ont plus de pesanteur que les lois.
La définition des institutions selon Bernard Chavance
(2001, p. 85) :
« Outre le langage, la morale, la religion, la famille, la
monnaie, la propriété et le marché ; les institutions
recouvrent les conventions sociales, les coutumes, les
habitudes, les routines, les règlements particuliers à
une organisation, les règles légales, les contrats, les
constitutions, les traités, les ordres, mais aussi les
associations, la hiérarchie, l'entreprise, les
organisations syndicales, patronales, professionnelles,
les églises (mosquée), les universités, les partis
politiques, le gouvernement, les administrations, les
tribunaux, l'Etat, les organisations internationales ».
Facteurs exogène ou endogène ?
Les institutions agissent sur la croissance, mais il faut de la
croissance pour dégager des ressources nécessaires à leur
instauration et développement.
Institutions <=> Croissance
Les institutions interagissent avec d'autres variables comme le
capital humain, l'ouverture commerciale, l’investissement etc.
Croissance = f(institutions, KH, I/PIB, Infrastructures, etc.)

Dani Rodrik et Arvind Subramanian (2003, p. 32) ont montré


que « si la Bolivie faisait l'acquisition des institutions de la
qualité de celle de la Corée du sud, son PIB serait proche de
18 000 $ plutôt qu'à son niveau actuel de 2 700 $ ».
Les institutions économiques sont endogènes. Elles
sont déterminées par une décision des groupes de la
société. Cependant, il se peut qu’il y ait possibilité de
conflit d’intérêt entre ces groupes sur le choix des
institutions économiques car elles influencent
la répartition des ressources et des gains.

Est-ce que tous les partis politiques ont le même


intérêt pour s’engager dans le développement des
institutions ? Les institutions politiques influencent
aussi la croissance
Pourquoi certaines sociétés choisissent les “bonnes
institutions politiques et économiques” ?
• Les institutions politiques développent des
mécanismes de contrôle sur les détenteurs du
pouvoir politique.

• De bonnes institutions économiques émergent


lorsque le pouvoir politique est entre les mains
d’un groupe relativement large avec de
significatives opportunités d’investissement.
Les bonnes institutions économiques
apparaissent et persistent lorsque les
détenteurs du pouvoir n’ont pas la
possibilité d’extraire assez de rentes,
puisque de telles rentes les
encourageraient à opter pour un
ensemble d’institutions économiques qui
rendent l’expropriation des autres
possibles.
Acemoglu, Johnson et Robinson (2001) ont montré
que le développement des institutions dans les
colonies est fait d’une manière exogène et dépend
des pays colonisateurs. Les colonies de peuplement
(françaises et anglaises) ont bénéficié de « bonnes »
institutions mises en place par les pays
colonisateurs. Alors que les colonies d'extraction
(italiennes, belges) étaient victimes des institutions
prédatrices. La mise en place des institutions dans
les colonies dépend aussi du degré de résistance. En
effet les Européens n'étaient pas incités à peupler
des pays hostiles (taux de mortalité des
colonisateurs).
Les institutions jouent positivement sur la croissance si elles
sont de bonne qualité.

Mais comment définir de « bonnes » institutions ?


Comment être sûr qu'une action sur un type d'institutions
donnera le résultat escompté sur l'ensemble de l'économie?

Les institutions sont qualifiées de bonne qualité si elles


garantissent le bon fonctionnement du marché (régulation,
stabilisation, organisation, protection des droits de propriété,
Etat de droit, absence de corruption, etc.).
Est-ce que c’est possible d’importer des institutions ?
En général, ce qui marche dans un pays avec une certaine
cohérence institutionnelle peut ne pas fonctionner dans un
autre.
Section 3: Relation entre la bonne gouvernance et la
croissance économique
La structure bureaucratique qui prévaut dans le
secteur public entraîne un gonflement inutile des
dépenses publiques, soit parce que les programmes
publics sont trop importants, soit parce que les
combinaisons productives mises en œuvre sont non
optimales. Cette théorie peut présager d’une relation
entre la qualité des services rendus par
l’administration publique et la croissance censée
conduire à des combinaisons productives optimales.
• Les institutions réduisent les incertitudes, créent
un système d’incitations et augmentent la confiance
entre acteurs économiques. Elles permettent à un
agent de prendre la décision de faire ou non une
transaction avec d’autres et de s’engager ou non
dans un projet d’investissement.
• Quels sont les facteurs qui génèrent cette
confiance entre acteurs, qui permettent de réduire
l’incertitude dans les relations économiques,
sociales et politiques ? Comment les susciter ?

• La « bonne gouvernance » permet d’atteindre cette


confiance nécessaire à la croissance économique.
La bonne gouvernance établit la confiance via:
• le respect des règles formelles,
• un niveau élevé de sécurité des transactions.
Définition de la gouvernance
Selon la définition du PNUD (Programme des Nations
Unis pour le développement), la gouvernance « est
l’exercice de l’autorité économique, politique et
administrative en vue de gérer des affaires d’un pays à
tous les niveaux ».
Elle englobe les mécanismes, « les processus et les
institutions par le biais desquels les citoyens et les
groupes expriment leurs intérêts, exercent leurs droits
juridiques, assument leurs obligations et auxquels ils
s’adressent en vue de régler leurs différends ».
Elle couvre trois dimensions : politique, économique
et administrative.
• La gouvernance politique est un processus de prise
de décision ayant une incidence sur l’élaboration des
politiques.
• La gouvernance économique est un processus de
prise de décision ayant une incidence sur les activités
économiques et sur les relations économiques avec le
reste du monde.
•La gouvernance administrative est un processus de
prise de décision ayant une incidence sur le système
de mise en œuvre des politiques.
Section 4: Comparaison internationale

L’économie tunisienne est enfermée dans son


environnement réglementaire suffocant, des
institutions inefficaces et une mauvaise gouvernance
qui ont entrainé:
• Un investissement faible et de mauvaise qualité;
• une bureaucratie lourde;
• des comportements de recherche de rentes;
• la formation de groupes d’intérêt;
• une concurrence faible;
• une qualité de services médiocre;
• des prix des inputs et des outputs élevés;
• une productivité des entreprises faible;
• un secteur bancaire inefficace;
• un marché du travail rigide qui décourage
l’embauche;
• une politique industrielle qui encourage des
activités à faible valeur ajoutée (sous-traitance
internationale et assemblage);
• une politique agricole qui favorise la disparité
régionale et la pauvreté dans les régions de
l’intérieur.
• L’instabilité politique, la contrebande et le
terrorisme viennent récemment s’ajouter à ces
contraintes
. Investissements privé et public faibles
. IDE faible et de mauvaise qualité
Tableau 2: Ecarts des taux d’épargne et d’investissement en Tunisie
Source: BM et calcul des auteurs

ENB (Taux d’épargne Taux d’invt. Ecart en nombre de


(ENB/PIB)% (FBCF/PIB)% points

1980 24 28,3 - 4,3

1990 20,02 24,36 - 4,34

2000 22,72 25,17 -2,45

2010 21,06 24,3 - 3,24

2013 14,0 21,3 - 7,3


Graphique 4: Evolution des taux d’épargne par groupes de pays
Source: BM et calcul des auteurs

Moyenne 1980-89 Moyenne 1990-99


Moyenne 2000-2009 Moyenne 2010-2013

Pays comparables : Maroc, Algérie, Mauritanie, Egypte, Roumanie, Pologne, Turquie,


Jordanie et Bulgarie.
Pays nord-méditerranéen : Espagne, Portugal et Grèce.
Pays Take-off : Chili, Hong-Kong, Indonésie, Corée du Sud, Malaisie, Singapour, Thaïlande.
Tableau 3: Evolution des flux nets entrants des IDE (Source: BM et calcul des auteurs)

Part par rapport au total de l'échantillon (%) Part mondiale (%)

2000 2005 2010 2013 2000 2005 2010 2013

Algérie 0,40 0,67 0,60 0,35 0,02 0,09 0,12 0,08

Égypte 1,78 3,10 1,65 0,86 0,09 0,40 0,33 0,19

Libye 0,20 0,60 0,46 0,14 0,01 0,08 0,09 0,03

Maroc 0,32 0,96 0,32 0,69 0,02 0,12 0,06 0,15

Tunisie 1,08 0,41 0,35 0,22 0,06 0,05 0,07 0,05


Chine 55,33 64,20 70,74 71,64 2,91 8,18 13,96 15,79
Corée de Sud 13,38 7,88 2,46 2,63 0,70 1,00 0,49 0,58

Malaisie 5,46 2,27 2,82 2,39 0,29 0,29 0,56 0,53

Indonésie -6,56 4,81 3,96 4,79 -0,34 0,61 0,78 1,06

Singapour 23,75 10,44 14,27 13,34 1,25 1,33 2,82 2,94


Thaïlande 4,85 4,65 2,36 2,95 0,26 0,59 0,47 0,65

Total 100,00 100,00 100,00 100,00 5,26 12,75 19,74 22,04


une bureaucratie étouffante et une mauvaise
gouvernance
Tableau 4 : Comparaison du classement du Climat d’Investissement en 2015 (sur 183
pays) Doing Business 2015

Corée de
Classements par catégories Malaisie Tunisie Maroc Égypte Algérie
Sud
Facilité de faire des affaires 4 18 75 80 126 161
Création d’Entreprise 16 12 100 52 69 143
Octroi de Permis de
30 15 56 26 114 124
Construire
Raccordement à l’électricité 1 13 37 56 145 125
Transfert de Propriété 38 36 83 103 109 160
Obtention de Prêts 36 24 118 105 71 171
Protection des investisseurs
8 4 104 104 133 173
minoritaires

Paiement des Taxes et Impôts 27 32 84 65 146 168

Commerce Transfrontalier 30 48 107 101 157 176


Exécution des Contrats 2 44 81 59 155 106
Règlement de l'insolvabilité 5 43 54 130 121 71
qualité des institutions
L’incertitude institutionnelle, c’est à dire le
changement inattendu des règles, l’imprévisibilité
de la justice ou encore le non-respect de l’Etat de
droit, augmentent les coûts de transaction, sapent
la crédibilité des réformes et créent un climat
défavorable à l’investissement.

Les analyses empiriques récentes retiennent


généralement deux mesures : l’une liée à la sphère
économique et l’autre à la sphère politique.
Les institutions économiques

La qualité des institutions économiques est mesurée par


l’institut américain « The Heritage Foundation » selon dix
variables :

1. la liberté des affaires;


2. la liberté du commerce;
3. la liberté fiscale;
4. le Niveau d’intervention de l’Etat;
5. la liberté monétaire;
6. la liberté d’investissement;
7. la liberté financière;
8. les droits de propriété;
9. liberté contre la corruption (ne pas la subir);
10. et liberté du travail.
Chaque variable prend une note sur une échelle de 0 à 100 points. Un
score élevé est synonyme de bonne qualité. A partir des scores
attribués à ces dix variables, il est possible de calculer un score
moyen permettant d’informer sur liberté économique globale.

Tableau 5 : Distribution de l’indicateur de la liberté économique selon le niveau de


liberté

Score 100 à 80 79.9 à 70 69.9 à 60 59.9 à 50 49.9 à 0

Niveau de Modérément Plutôt non


Libre Plutôt libre Réprimé
liberté libre libre
Série1;
Singapour; 89,4
Série1; Taïwan;
75,1Série1; Malaisie;
Série1; Portugal;
70,8
65,3Série1; Maroc;
Série1;
Série1; Tunisie;
60,1Indonésie; 58,157,7Série1; Egypte;
55,2Série1; Algérie;
48,9Série1;
Argentine; 44,1
12
10 Singapour
8
6

Corée du Sud
Malaisie
Indonésie
4

Egypte
tunis
Maroc
2

Algérie

3.6 3.8 4 4.2 4.4


indice de liberté économique
➢ Les institutions politiques
La première mesure des institutions politiques est l’indice
global de gouvernance de la BM. Ce dernier est la moyenne
des six mesures des institutions présentées par Daniel
Kaufmann et al. (1996) :
• Participation des citoyens et responsabilisation
• Stabilité politique et absence de violence
• Efficacité des pouvoirs publics
• Poids de la réglementation
• Etat de droit
• Contrôle de la corruption.
Ces indicateurs prennent des notes allant de moins 2.5 à
plus 2.5. Plus le score s’approche de 2.5, plus la qualité des
institutions politiques s’améliore.
1. Participation des citoyens et responsabilisation
(Ecoute des citoyens ou voix citoyenne et reddition
des comptes) : mesure la manière dont les citoyens
d’un pays participent à la sélection de leurs
gouvernants et la liberté d’expression, d’association
et de presse. Il couvre plusieurs dimensions telles
que les droits de l’Homme, la liberté d’expression et
d’association, la liberté de la presse, la participation
politique des citoyens, la liberté des élections, la
transparence et l’équité dans l’action
gouvernementale et l’efficacité du contrôle
parlementaire sur les institutions publiques.
2. Stabilité politique et absence de violence :
mesure la perception de la probabilité d’une
déstabilisation ou d’un renversement du
gouvernement par des moyens inconstitutionnels ou
violents, y compris le terrorisme. Il regroupe les
causes internes et externes des risques d’instabilité
politique, les conflits entre les composantes de la
société, les grèves, la violence et la criminalité dans
les rues et les menaces de terrorisme.
3. Efficacité des pouvoirs publics : mesure la qualité des
services publics, la performance de la fonction publique
et son indépendance vis-à-vis des pressions politiques,
la qualité de l’élaboration et de l’application des
politiques, et la crédibilité de l’engagement des pouvoirs
publics à l’égard de ces politiques. Entrent dans cet
aspect de la gouvernance, les politiques visant à
améliorer l’efficacité du secteur public dont la gestion
budgétaire, la capacité du gouvernement à résoudre des
problèmes de développement, la qualité des
infrastructures nécessaires pour le développement des
entreprises, le degré de mise en œuvre des décisions
gouvernementales et la cohérence de leadership
politique.
4. Qualité de la réglementation: mesure la capacité
des pouvoirs publics à élaborer et à appliquer de
bonnes politiques et réglementations favorables au
développement du secteur privé. Sont regroupés
sous cet aspect de la gouvernance plusieurs
éléments dont notamment la cohérence et la
prévisibilité dans l’interprétation des lois et
règlements, les distorsions et la complexité du
système fiscal, les pratiques concurrentielles
déloyales, la lourdeur des règlementations
administratives, la facilité de faire les affaires et la
rigidité de la législation du travail.
5. Etat de droit : mesure le degré de confiance qu’ont
les citoyens dans les règles conçues par la société et la
manière dont ils s’y conforment et, en particulier, le
respect des contrats, les compétences de la police et
des tribunaux, ainsi que la perception de la criminalité
et de la violence. Cet indicateur regroupe les droits de
propriété, le degré de confiance aux tribunaux et à la
police, l’honnêteté du système judiciaire, le niveau de
la protection intellectuelle, la fréquence de l’évasion
fiscale et le degré de sécurité des biens et des
personnes.
6. Contrôle de la corruption : mesure l’utilisation du
pouvoir à des fins d’enrichissement personnel, y
compris la grande et la petite corruption, ainsi que la
prise en otage de l’Etat par les élites et les intérêts
privés. Les dimensions de la gouvernance couvertes
par cet indicateur concernent les politiques
anticorruptions et de transparence, la confiance du
public dans l’honnêteté des hommes politiques et la
fréquence des actes de corruption et du
détournement des fonds publics à cause de la
corruption.
Tableau 6 : Composantes de la qualité des institutions politiques
pour un échantillon de 10 pays en 2014 (-2.5 et 2.5) –Kaufmann-

Stabilité
Voix et politique et Efficacité du Qualité de la Contrôle de la
Etat de Droit
responsabilisation absence de gouvernement réglementation corruption
violence

SINGAPOUR -0,11 1,23 2,19 2,23 1,89 2,12


Taiwan 0,88 0,80 1,37 1,30 1,20 0,84
Corée 0,68 0,19 1,18 1,11 0,98 0,49
MALAISIE -0,33 0,34 1,14 0,84 0,64 0,48
TUNISIE 0,03 -0,93 -0,13 -0,35 -0,12 -0,09
MAROC -0,70 -0,39 -0,14 -0,01 -0,06 -0,26
INDONÉSIE 0,13 -0,37 -0,01 -0,10 -0,35 -0,58
EGYPTE -1,19 -1,58 -0,82 -0,75 -0,60 -0,59
ALGÉRIE -0,93 -1,17 -0,51 -1,21 -0,73 -0,61
LIBYE -1,15 -2,32 -1,64 -2,19 -1,52 -1,61
Indicateurs de gouvernance Tunisie (1996-2014)

Voix et responsabilisation Stabilité politique et absence de violence

Efficacité gouvernementale Qualité de la réglementation

Etat de droit Contrôle de la corruption


Singapour
12
10
8
6

Corée du Sud
Malaisie
Indonésie
4

Egypte
tunis
Maroc
2

Algérie

-1 -.5 0 .5 1 1.5
indice de la bonne gouvernance
• Comment mettre en place des institutions fortes
capables de passer d’un système favorisant la rente
vers un système fondé sur la concurrence ?

• L’investissement se trouve confronté à des restrictions


et à des barrières à l’entrée dans plus de la moitié de
l’économie. Elles touchent surtout une partie du
secteur des services comme les télécommunications, le
transport, la santé, les banques, l’éducation, la
formation, les services professionnels, la construction,
le commerce de détail et de distribution etc.
• Les réglementations nuisent au fonctionnement des
marchés, augmentent les prix, détériorent la qualité
des produits et la productivité des entreprises.
Même le «secteur offshore » qui est ouvert à la
concurrence, il reste handicapé par l’utilisation
des inputs du « secteur on shore » soumis à ces
restrictions diminuant ainsi sa productivité et le
condamnant à se spécialiser dans la production
des biens à faible valeur ajoutée dans des
activités de l’assemblage et de la sous-traitance.
Analyse du texte:
Ghazi Boulila: Trappe à institutions peu
développées dans les pays en développement,
informations et commentaires ; n° 144, juillet-
septembre 2008.
http://regards.in2p3.fr/recherche_biblio.php?rubri
k=simple
et
http://informations-et-
commentaires.nursit.com/spip.php?article138
Chapitre 2: les institutions nationales et
internationales

Section 1: Les institutions internationales


1. Le Fonds Monétaire International (FMI)
• Il a été créé en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis)
lors d'une conférence des Nations Unies afin d'établir un
cadre de coopération économique internationale.
• Le rôle principal du FMI est de veiller à la stabilité du
système monétaire international, c'est-à-dire du système
international de paiements et de change qui permet aux
pays de procéder à des échanges entre eux.
Les principales missions du FMI
• Exerce une mission de surveillance. Il évalue les
politiques économiques des pays membres et les
conseille en matière monétaire, financière et
budgétaire. Le FMI publie régulièrement des rapports
(études, statistiques) sur les tendances économiques
mondiales et régionales.
• Fournit une aide financière en accordant des prêts aux
pays en difficulté qui en font la demande. En
contrepartie, le pays emprunteur doit s'engager à
réaliser un programme économique appuyé par le FMI.
• Offre aux pays membres une assistance technique et
des formations dans divers domaines : politique fiscale,
politique monétaire et de change, gestion des
dépenses...
Chiffres clés du FMI
Nombre de pays membres du FMI : 188 pays
Siège du FMI : Washington, États-Unis
Directeur général du FMI : Christine Lagarde
(nommée en 2011 pour 5 ans)
2. L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)
Elle est la seule organisation qui fixe les règles
régissant le commerce international et veille à leur
application. Elle réunit les ministres du Commerce
des pays membres au moins tous les 2 ans.

Principale mission de l'OMC


• Aider les producteurs de marchandises et de
services, les exportateurs et les importateurs, à
mener librement leurs activités commerciales.
• Pour mener à bien cette mission, des accords
commerciaux sont négociés et signés par les pays
membres de l'OMC.
Si un pays membre de l'OMC estime qu'une règle
commerciale fixée par l'OMC n'a pas été respectée
par un autre pays, l'OMC peut être saisie
pour régler le litige commercial.

Pays membres de l'OMC


L'OMC compte 159 pays membres. Elle est dirigée
par Pascal Lamy.
3. La Banque Mondiale
Elle regroupe 5 institutions internationales :
• la Banque internationale pour la
reconstruction (BIRD),
•l’Association internationale de développement (AID,
ou IDA), créées pour lutter contre la pauvreté en
apportant des aides, des financements et des
conseils aux Etats en difficulté,
•la Société Financière Internationale (IFC),
•l'Agence Multilatérale de Garantie des
Investissements (MIGA)
• le Centre international pour le règlement des
différents relatifs aux investissements (CIRDI).
• Son siège est à Washington. Le président est élu pour
cinq ans par le Conseil des Administrateurs de la Banque.
Elle fait partie des institutions spécialisées du système de
l'Organisation des Nations Unies (ONU). Elle publie tous
les ans une contribution sur un thème du développement
dans son World Development Report.

• Elle est créée le 27 décembre 1945 sous le nom


de Banque internationale pour la reconstruction et le
développement.
• La Banque mondiale a été créée principalement pour
aider l'Europe et le Japon dans leur reconstruction, au
lendemain de la seconde guerre mondiale et le
mouvement de décolonisation des années 1960, elle se
fixa un objectif supplémentaire, celui d'encourager la
croissance économique des PVD.
• Au départ, la Banque mondiale a principalement
financé de grands projets d'infrastructures (centrales
électriques, autoroutes, aéroports, etc.). Avec le
rattrapage économique du Japon et de l'Europe, la
Banque mondiale s'est intéressée exclusivement aux
pays en développement.
• Elle met l'accent sur la réduction de la pauvreté, en
délaissant l'objectif unique de croissance
économique. Elle favorise aussi la création des très
petites entreprises.
• Elle a soutenu l'idée que l'eau potable, l'éducation et
la bonne gouvernance sont des facteurs essentiels à
la croissance économique, et a commencé à investir
massivement dans de tels projets.
Rôle et missions récents
Elle accorde des prêts à des taux préférentiels à ses
pays membres en difficulté. En contrepartie, elle
réclame que des dispositions politiques (appelées
« politiques d'ajustement structurel ») soient prises
pour, par exemple, limiter la corruption, maintenir
un équilibre budgétaire ou faciliter l'émergence
d'une démocratie..
En plus des prêts accordés, elle finance également
(directement ou indirectement) des projets d'ONG,
et conduit de nombreuses recherches en rapport
avec le développement de chaque pays.
4. Organisation des Nations Unies
• Elle est fondée en 1945 pour remplacer la Société
des Nations. Elle compte 193 Etats Membres. La
mission et le travail sont guidés par les objectifs et
principes énoncés par sa Charte fondatrice.
• Ses objectifs sont de faciliter la coopération dans
le la sécurité internationale, le développement
économique, le progrès social, les droits de
l’homme et la réalisation à terme de la paix
mondiale.
• Les six langues officielles sont l’anglais, l’arabe, le
chinois, l’espagnol, le français et le russe mais seuls
l'anglais et le français sont les langues de travail du siège
à New-York.
• Le financement de l'ONU et de ses agences
spécialisées est assuré par les contributions obligatoires
des pays membres et par des contributions volontaires
de toutes organisations ( entreprises ou particuliers).
• Il existe notamment une tradition américaine de
fondations qui supportent l'activité des Nations unies.
Le site du siège des Nations unies à New York, par
exemple, est un don de la fondation John Rockefeller.
Tous les trois ans, le barème des contributions des
pays est révisé par l'Assemblée générale. Selon le
barème 2013-2015, les principaux contributeurs
sont :
USA (22 %), le Japon (10,833 %), la France (8,593 %),
l’Allemagne (7,1741 %), la GB (5,179 %),
la Chine (5,148 %), l’Italie (4,448 %), le
Canada (2,984 %), l’Espagne (2,973 %) et le
Brésil (2,934 %).
Les institutions spécialisées
• On distingue les organisations à vocation globale :
L’organisation internationale du travail (OIT)
L’organisation mondiale de la Santé (OMS)
L’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO),
L’organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science
et la culture (Unesco),
• Parmi les organisations à vocation économique et
financière figurent notamment le groupe de la BM et le FMI.
• Les organisations fonctionnelles à vocation
technique regroupent par exemple:
L’union internationale des télécommunications (UIT),
l’organisation maritime internationale (OMI),
l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI),
l’union postale universelle (CPU)
5. L'Organisation de Coopération et de Développement
Economiques (OCDE)
• En anglais Organisation for Economic Co-operation and
Development, (OECD) est créé en 1961, cet organisme
a succédé à l'Organisation européenne de coopération
économique (OECE), fondée en 1948 pour gérer l'aide
américaine d'après-guerre (plan Marshall).
• Elle regroupe 34 pays développés et émergents qui
ont en commun un système de gouvernement
démocratique et une économie de marché : toute
l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord, plus le
Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée et,
depuis 1995 et 1996, certains pays d'Europe centrale
(République tchèque, Hongrie, Pologne).
Son siège est à Paris.

Elle est le principal rassembleur de statistiques sur


les pays développés. Sa mission est de promouvoir
les politiques qui amélioreront le bien-être
économique et social partout dans le monde.
Section 2: Les institutions nationales
Bibliographie
• Acemoglu D., S. Johnson, J.A. Robinson (2001): « The colonial origins of
comparative development : an empirical investigation », American
Economic Review, 91, December, pp. 1369-1401
• Bardhan P. (2005) : « Institutions matter, but which one ? », Draft,
University of California, Berkeley,
http://repositories.cdlib.org/cgi/viewcontent.cgi?article=2593&context=p
ostprints
• Chang H.-J. (2006) : « Sur la relation entre les institutions et le
développement économique», L'Economie politique, n°30, pp. 53-65
• Chavance B. (2001) : « Organisations, institutions, système : types et
niveaux de règles », Revue d'économie industrielle, 97, 1, pp. 85-102
• Kenny C. et D. Williams (2001) : « What do we know about economic
growth? Or, why don't we know very much », World Development, Vol.
29, n°1, pp. 1-29
• North D.C. (1994) : « Economic performance through time», American
Economic Review, vol. 84, n°3, juin
• Rodrik D. et A. Subramanian (2003): «La primauté des
institutions», Finances & Développement, Juin, pp. 31-34, disponible sur
:http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/fre/2003/06/pdf/rodrik.pdf
• Sachs J.D. (2003): « Les institutions n'expliquent pas tout », Finance &
Développement, juin, pp. 38-41, disponible sur
:http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/fre/2003/06/pdf/sachs.pdf

• Soto H. (de) : (2005) : Le Mystère du capital, Flammarion, traduction


de The Mystery of Capital, 2000
• Williamson O.E. (2000) : « The new institutional economics : taking
stock, looking ahead », Journal of Economic Literature, Vol. XXXVIII, pp.
595-613
Merci de votre attention