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Commentaire de l'article 565 COC

Introduction

Cet article s'inscrit dans le cadre du droit des contrats spéciaux et plus
particulièrement dans celui du contrat de vente en cas de dernière maladie.
Vu l'importance du sujet le législateur a pris le soin de le mettre dans un article,
en effet il s'agit de l'article 565 du Code des obligations et des contrats, cet
article se situe dans le cadre de la section 1ere du chapitre 1er du titre 1er du
livre deuxième dudit code.
Cet article traite essentiellement du régime juridique de la vente en dernière
maladie
Pour ce faire il convient de voir dans une première partie la vente en dernière
maladie faite à un successible (I) ensuite dans une seconde partie nous nous
intéresserons à la vente en dernière maladie faite à un tiers (II)
I/ notion de la vente en dernière maladie
Il convient de voir dans une première sou partie la définition de la dernière
maladie (A) ensuite nous nous intéresserons aux conditions de la vente en
dernière maladie (B)

A/ définition de la dernière maladie


La notion de dernière maladie n'a pas été défini par le législateur bien que
celui-ci l'utilise à plusieurs reprises. Devant ce vide la jurisprudence a essayé de
définir cette notion ce qui a donné lieu à deux tendances ; la première confond
la dernière maladie avec les maladies viciant le consentement, la deuxième
évoque une maladie qui peut nuire aux droits des héritiers si jamais le de cujus
venait à procéder à des actes de vente en dernière maladie.
La notion de dernière maladie est une notion du droit musulman, les
jurisconsultes musulmans s'accordaient à considérer la dernière maladie
comme une maladie d'une gravité telle qu'elle entraîne l’incapacité physique
du malade, l'empêchant de vaquer à ses tâches quotidiennes, professionnelles
ou domestiques et qui aboutit fatalement à son décès et ce dans un délai
relativement court.

B/ les conditions de la vente en dernière maladie


Ces conditions sont liées soit à la maladie soit à l'acte de vente

1- Les conditions liées à la maladie


Inspiré du droit musulman, la jurisprudence tunisienne exige trois conditions
cumulatives pour qualifier une vente de vente en dernière maladie.
D’abord il faut que cette maladie empêche le malade de vaquer à ses
occupations habituelles.
Ensuite cette maladie doit faire craindre une issue fatale où le sentiment de
mort certaine et ressenti.
Enfin cette maladie doit être nécessairement suivi de la mort, si entre-temps le
malade guérit la dernière maladie ne sera pas retenue.
Il convient de préciser que selon la jurisprudence tunisienne la durée de cette
dernière maladie ne doit pas dépasser un an au maximum sinon elle sera
considérée comme une maladie chronique normale

2- Les conditions liées à l'acte de vente


Lorsque la vente en dernière maladie est faite à un héritier on exige l'intention
de favoriser.
L’article 565 COC objet de ce commentaire ne définit pas l'intention de
favoriser, il en donne simplement deux exemples à savoir la vente à un prix
dérisoire ou la vente à un prix beaucoup plus élevé que le prix réel. Ce même
article évoque l'intention de favoriser mais à propos de la vente faite à un
successible seulement, cependant la jurisprudence exige cette condition de
favoriser aussi bien pour un héritier que pour un tiers pour qualifier la vente de
vente en dernière maladie.

II/ sanction de la vente en dernière maladie


Il convient de voir dans une première sou partie la sanction proprement dite
(A) ensuite nous nous intéresserons aux fondement de celle-ci (B)

A/ sanction proprement dite

L’article 565 COC nous renvoi à l’article 354 du même code concernant la vente
en dernière maladie faite un successible, cet article prévoit la validité de cette
vente à condition que les autres héritiers la ratifient à l’unanimité, auquel cas la
vente sera réputée legs.
L’article 565 COC nous renvoi à l’article 355 du même code concernant la vente
en dernière maladie faite un tiers, cet article prévoit la validité de cette vente
sans autorisations des héritiers et ce dans la limite du 1/3 de la succession, si
elle dépasse cette limite elle pourra tout de même être valable si les héritiers la
ratifient l'unanimité.
L’interprétation a contrario des articles 354 et 355 coc nous permet d’affirmer
que la vente faite à un successible et non ratifiée par les héritiers et la vente
faite à un tiers dépassant le 1/3 de la succession et non ratifiée par les héritiers
sont nulles et d'une nullité relative car il y a ici la possibilité de corriger la
situation en ratifiant ces ventes.
Il y a lieu à remarquer ici que le législateur a choisi dans les deux cas (vente à
un successible et à un tiers) la sanction de la nullité relative qui peut être
corrigée par la ratification car ces actes ne sont pas d’ordre public et ne
touchent que des intérêts privés, si les intéressés sont d’accord pour ratifier
une telle vente rien ne devrait les en empêcher.

B/ fondement de la sanction
Cette sanction peut être fonde sur plusieurs théories :
La théorie des vices du consentement ; Il ne peut y avoir d'engagement valable
que si, à l'instant où il s'engage, celui qui contracte, se trouve libre de toute
contrainte. La validité de toute obligation suppose d'abord que le
consentement ait été donné par une personne apte à exprimer une volonté
lucide.
L'erreur, le dol ou la violence sont des vices du consentement. Si le
consentement de l'auteur de l'engagement est jugé vicié, l'acte juridique, qu'il
soit unilatéral ou synallagmatique est susceptible d'être annulé.
Mettre à néant un contrat est une chose grave parce qu'elle met en cause la
sécurité des transactions. Il appartient donc à la partie qui excipe de l'invalidité
de l'acte, d'établir que sans l'intervention de l'erreur, de manœuvres dolosives
ou de faits de violence, il n'aurait pas contracté.
Mais dans le cas de la dernière maladie la situation est différente de sorte que
la validité de l'acte de vente est appréciée suivante un raisonnement qui
consiste à exiger la preuve que la malade ait exprimé un consentement vicié
autrement dit prouver un fait négatif à savoir l'absence d'une déclaration
valable de volonté, chose qui serait difficile à accomplir, pour cette raison il
nous semble que cette théorie soit difficilement applicable dans notre cas.

Théorie de la protection des intérêts prives ; ces actes de vente en dernière


maladie concernent des intérêts purement privés à savoir ceux des héritiers, ça
ne concerne aucunement l’ordre publique c’est pour cette raison que la nature
de la sanction est la nullité relative qui peut être corrigée par la ratification.
Pour ces considérations il nous semble que c’est sur cette dernière théorie
qu’est fondée la sanction de la vente en dernier maladie .