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Communiqué du Mouvement Damir

Notre pays traverse à l’heure actuelle une situation préoccupante au niveau politique, social, économique
et diplomatique, dont le gouvernement, les partis de la majorité comme ceux de l’opposition ne semblent pas
prendre toute la mesure. Le Mouvement Damir ne peut rester impassible face aux menaces qui se présentent à nous
et considère que sa responsabilité est aujourd’hui de porter un débat national sur ces enjeux.

Notre association constate à regret que les mouvements de contestations politiques et de revendications
sociales d’une partie de nos concitoyens, n’ont pas été traités avec le discernement requis. Si les actes de violence,
qu’aucune injustice sociale ou négligence publique ne sauraient justifier, doivent être condamnés avec la plus
grande fermeté, les manifestations pacifiques doivent en revanche être considérées comme parfaitement légitimes.
Celles-ci ne sauraient en aucun cas être entravées, et encore moins réprimées ou assimilées à des comportements
de rébellion. Les procès interminables de notre jeunesse du Rif et de Jerada deviennent insupportables pour les
démocrates de notre pays. Le Mouvement Damir appelle le gouvernement à prendre une initiative de sortie de crise
par le haut pour toutes les parties concernées, dans un esprit de mansuétude et de réconciliation nationale ô
combien nécessaire dans un contexte de montée des périls planétaires et de menaces extérieures sur notre intégrité
territoriale.

Le Mouvement Damir regrette également que des circonstances objectives aient conduit une partie de
nos concitoyens à entreprendre un appel au boycott des produits de trois sociétés emblématiques du tissu industriel
national, et à faire une large promotion de cette action de défiance à travers les réseaux sociaux. Sans être dupe
de l’instrumentalisation de cette affaire par certaines entités aux agendas partisans, Le Mouvement Damir affirme
avec force la primauté du libre choix des consommateurs et condamne avec la même force les propos véhéments
ou injurieux proférés par des officiels à l’égard des citoyens acteurs de cette campagne de boycott. Notre
association rejette en particulier la sémantique utilisée dans l’enceinte même de la Chambre des représentants par
le ministre de l’Economie et des finances, Monsieur Mohamed Boussaid, traitant ces citoyens d’« étourdis » ou celle
du Chef de gouvernement, Monsieur Saad Eddine El Otmani, les qualifiant d’« inconnus », comme elle exprime son
émoi face au ton intimidant et menaçant adopté à leur endroit par le porte-parole du gouvernement, Monsieur
Mustapha El Khalfi. Le Mouvement Damir demande au gouvernement de mener les investigations nécessaires pour
identifier les raisons de cette colère populaire et de conduire les réformes qui s’imposent en conséquence. Notre
association l’invite plus spécialement à déconstruire méthodiquement les situations de rente ou d’abus de position
dominante dans l’agro-industrie, la distribution pétrolière, la banque, les télécommunications, la pêche côtière et
hauturière, l’exploitation de carrières, de mines et de sources d’eau, et dans les autres filières concernées, et à
garantir une meilleure protection des consommateurs, notamment en réactivant le Conseil de la concurrence et en
le dotant d’un cadre juridique adéquat et des ressources humaines et financières nécessaires à son action. Le
Mouvement Damir lui suggère aussi de diligenter une mission d’enquête sur les conditions de proposition et
d’adoption de l’exonération des droits d’enregistrement sur cession d’actions ou de parts de sociétés dans le cadre
de la Loi de finances 2018. Il s’agira notamment de vérifier l’existence d’éventuels délits d’initiés ou connivences
entre deux ou plusieurs membres du gouvernement, comme de comprendre comment une telle mesure fiscale a-t-
elle pu être approuvée en Commission des finances puis votée par les deux Chambres du Parlement sans prévoir un
plafonnement de cette niche fiscale par contribuable.

Plus globalement, Le Mouvement Damir appelle le gouvernement à engager sans plus tarder les réformes
courageuses susceptibles de mettre un terme de façon irréversible à l’économie de la rente, et de transformer le
modèle de développement économique et social du Maroc au bénéfice de tous les citoyens.

L’une des questions fondamentales que soulève ce mouvement de contestation est en fait celle du rapport
de la politique aux affaires et de l’impact néfaste de ce lien illégitime sur la construction démocratique. Le
Mouvement Damir est soucieux d’attirer l’attention sur les risques inhérents à cette question fondamentale, comme il
le fait sans relâche avec la même exigence principielle concernant les dangers de l’amalgame entre la politique et
la religion.

Dans un autre registre, Le Mouvement Damir exprime sa désapprobation concernant certains projets de loi
votés tels quels, sans prise en considération des propositions d’amendements émanant des représentants de la
société civile, ce qui les a vidés de tous les acquis constitutionnels ; en particulier la loi contre les violences faites aux
femmes, qui n’adopte pas une définition claire et exhaustive de ces violences, comme elle n’incrimine aucunement
la violence et le viol commis dans un cadre conjugal, phénomène qui est pourtant à l’origine de 55% des violences
subies par les femmes.

Le Bureau exécutif - 10 mai 2018

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