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Filière Génie Civil

Mécanique des fluides

Chapitre 5
Quelques solutions exactes des équations
de Navier-Stokes

Khamlichi Abdellatif

1
Plan
• Introduction
• Les écoulements parallèles
• Equations pour les écoulements parallèles en canal
• Ecoulement dans un canal bidimensionnel
• Ecoulement de Couette
• Equations pour les écoulements parallèles en rotation
• Problème de Rayleigh (Stokes)
• Equations pour les écoulements parallèles en conduite
• Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique

2
1 Introduction

Si le fluide est newtonien et incompressible div ( v ) = 0 , les équations


de mouvement se réduisent à l’équation de Navier-Stokes

 ∂v 
ρ + grad ( v ).v  =ρg − grad ( p ) +η∆ ( v ) (1)
 ∂t 

avec le tenseur des contraintes qui est donné par:

σ= −p I + 2ηD

3
1 Introduction

Si la viscosité est négligeable, on obtient à partir de (1) l’équation


d’Euler:

∂v 1
+ grad v .v = g − grad ( p )
( ) (2)
∂t ρ

L’équation différentielle aux dérivées partielles passe alors du second


au premier ordre de dérivation en espace. au premier ordre.
Une conséquence de ces ordres des dérivées dans les équations est
que l’on a besoin de plus de conditions aux limites pour résoudre
l’équation de Navier-Stokes que pour résoudre l’équation d’Euler.
L’équation d’Euler est beaucoup plus facile à résoudre dans la
pratique et nous disposons de plusieurs méthodes analytiques qui
permettent de calculer la solution.
4
1 Introduction

L’équation de Navier-Stokes (1), comme l’équation d’Euler (2), sont des


équations non-linéaires. En conséquence on ne peut utiliser ni le théorème
de superposition ni le théorème d’unicité: pour les mêmes conditions aux
limites il existe des solutions multiples. Certaines de ces solutions peuvent
être stables, d’autres instables.

http://www.claymath.org/millennium-problems/navier%E2%80%93stokes-equation

5
2 Les écoulements parallèles

Les équations de Navier-Stokes sont des équations aux dérivées


partielles non linéaires dont la résolution analytique est généralement
impossible.

Cependant, pour certaines configurations simples, elles peuvent se


réduire à un système linéaire dont l’intégration permet d’obtenir des
solutions exactes.

Un écoulement est dit “parallèle” lorsqu’une seule composante du


vecteur vitesse est non nulle. Toutes les particules fluides suivent alors
des trajectoires parallèles.

6
2 Les écoulements parallèles

Les écoulements parallèles sont des écoulements unidirectionnels et


invariants le long de l’écoulement. Ce sont des écoulements «une
composante – une dimension» ou «une composante – deux dimensions».

[ v] = [ v x (y) 0 0]T ou [ v] = [ v x (y,z) 0 0]T

Cette propriété impose automatiquement

grad ( v ).v = 0

Le terme non-linéaire de l’équation de Navier-Stokes disparaît donc et


le problème est linéaire.

7
3 Equations pour les écoulements parallèles en canal

Considérons, à titre de premier exemple, un écoulement rectiligne


parallèle à l’axe Ox dans le repère cartésien rectangulaire ( ex ,e y ,ez ) .
Les composantes du vecteur vitesse sont:

v x = v x (x,y,z,t)
 (3)
v y = 0
v = 0
 z

Pour un fluide incompressible, l’équation de continuité se réduit dans ce


cas à:
∂v x
=0 (4)
∂x

Les profils de vitesse restent donc identiques d’une section droite à une
autre.
8
3 Equations pour les écoulements parallèles en canal

v x (y,z,t)

9
3 Equations pour les écoulements parallèles en canal

En définissant le potentiel de pesanteur par: z

ρg = −grad ( E p ) E p =ρgz + cste g

et la pression étoilée (pression statique ou pression motrice) par:


p* = p + E p = p +ρgz + cste

les équations de Navier-Stokes (1) se simplifient en:


∂v x 1 ∂p*  ∂ 2 v x ∂ 2 v x 
=− +ν  2 + 2 
∂t ρ ∂x  ∂y ∂z 
∂p*
=0 (5)
∂y
∂p*
=0
∂z

On notera vx par v dans la suite. 10


3 Equations pour les écoulements parallèles en canal

Les termes inertiels non linéaires grad ( v ).v sont identiquement nuls.

Le transport diffusif est nul dans la direction de l’écoulement

Les contraintes visqueuses ne peuvent transférer de la quantité de


mouvement que dans les directions perpendiculaires à la direction de
l’écoulement (si toutefois le cisaillement est non nul).

La pression étoilée ne peut évoluer que dans la direction de


l’écoulement.

La pression étoilée représente la seule source de mouvement (pression


motrice), elle varie linéairement en fonction de x. En effet, d’après (4) et
(5), on a:
∂v ∂ 2 p*
=0 ⇒ =0
∂x ∂x 2

11
3 Equations pour les écoulements parallèles en canal

Si p* est constant (pression uniforme), le système (5) dégénère pour


donner l’équation de la chaleur dans le plan (y,z):

∂v  ∂ 2 v ∂ 2 v 
=ν  2 + 2 
∂t  ∂y ∂z 

Si le mouvement est permanent, les pressions et les tensions visqueuses


dominent seules la situation et le problème est régi par l’équation de
Poisson:
∂p* dp*  ∂2v ∂2v 
= =η 2 + 2  = cste
∂x dx  ∂y ∂z 

∆p*
∆v = Equation de Poisson
ηL

12
4 Ecoulement dans un canal bidimensionnel

On considère le cas de l’écoulement stationnaire et parallèle d’un fluide


visqueux entre deux plaques planes parallèles infinies et immobiles.
Dans cette configuration, les effets de bords dans la direction y
n’interviennent pas et la vitesse ne dépend pas de y.

∂ 2 v 1 dp* 1 dp* 2
∆v = 2 = ⇒ v(z) = z + c1z + c 2 (6)
∂z η dx 2η dx
13
4 Ecoulement dans un canal bidimensionnel

Les conditions aux limites sont ici les conditions cinématiques


d’adhérence qui expriment qu’au contact d’une paroi un fluide visqueux a
pour vitesse la vitesse de la paroi

1 dp* ( 2 2 )
v(z = − h) = v(z = h) = 0 ⇒ v(z) = − h −z
2η dx

Le profil de vitesse est parabolique et le gradient de pression étoilée est


nécessairement orienté vers l’amont; il est supposé donné a priori
dp* ∆p* p*aval − p*amon
= =
dx L L
et sa valeur détermine complètement le profil de vitesse. La viscosité
équilibre le gradient de pression qui engendre le mouvement.

∆p* ∂2v
=η 2
L ∂z
14
4 Ecoulement dans un canal bidimensionnel

Le maximum de vitesse est localisé sur le plan à mi-distance entre les


deux plaques
1 dp* 2
v max = v(0) = h
2η dx

La vitesse de débit par unité de largeur est définie comme étant la


vitesse moyenne, et elle est donnée par:

1 h 2
vd =
2h ∫− h
v(z)dz =
3
v max

Le débit-masse par unité de largeur (suivant y) dans une section droite


est donc:
1 p*amont − p*aval 2
Q m =ρv d ( 2h ×1) = h
3ν L

15
4 Ecoulement dans un canal bidimensionnel

Le tenseur des contraintes visqueuses s’exprime simplement, puisque le


tenseur des taux de déformation n’a qu’une composante non nulle:

 ∆p* 
 0 0 z
 L 
[ τ]=  0 0 0 
 * 
 ∆p
z 0 0 
 L 

Le cisaillement est nul à mi-distance entre les deux plaques et est


maximal sur les particules fluides au contact des parois. La contrainte
visqueuse exercée par les parois sur le fluide au contact est:

p*aval − p*amont
τ(−h) = τ(h) = hex
L

16
4 Ecoulement dans un canal bidimensionnel

La contrainte pariétale est souvent exprimée sous la forme adimensionnelle


d’un coefficient de frottement. En prenant comme référence la pression
dynamique

1 2
ρv d
2

on obtient
τ 6µ 6
Cf = = =
1 2
ρvd ρvd h Re
2

Le frottement pariétal est inversement proportionnel au nombre de


Reynolds de l’écoulement.

17
5 Ecoulement de Couette
Une variante de l’écoulement dans un canal bidimensionnel, appelée
écoulement de Couette, est importante en théorie de la lubrification. Il
s’agit du cas où les plaques sont en mouvement relatif uniforme dans leur
plan. L’équation générale réduite (6) est encore valable, mais les
conditions aux limites deviennent:

v(z = − h) = 0 ; v(z = h) = v0

où v0 est la vitesse de la plaque supérieure, le repère étant lié à la


plaque inférieure.

Le profil de vitesse est alors:

1 dp* ( 2 2 ) v0 (
v(z) = − h −z + z+h) (7)
2η dx 2h
Parois fixes Couette

18
5 Ecoulement de Couette
On peut introduire un gradient de pression adimensionnel

h 2 dp*
Π=−
ηv 0 dx
et mettre (7) sous la forme

v0   z   v0  z 
2
v(z) = Π 1−    + 1+ 
2  h  2  h

v0
z/h

v x / v0 19
6 Equations pour les écoulements parallèles en rotation
Envisageons à présent un écoulement plan de rotation autour d’un axe
Oz. Dans cette situation, il est plus commode d’exprimer les équations de
Navier-Stokes dans un repère de coordonnées cylindriques ( er ,eθ ,ez )
Les composantes du vecteur vitesse sont:
v r = 0

vθ = vθ ( r, θ,z,t )
v = 0
 z

Pour un fluide incompressible, l’équation de continuité s’écrit:

∂vθ
=0
∂θ

Les profils de vitesse sont donc identiques dans tous les plans azimutaux et

vθ ( r, θ,z,t ) = vθ ( r,z,t )
20
6 Equations pour les écoulements parallèles en rotation

vθ (r,z,t)

21
Expérience de Couette cylindrique. En haut on distingue le moteur électrique,
de l'axe duquel est solidaire le cylindre intérieur (de rayon extérieur R1). Entre
celui-ci et le cylindre extérieur (de rayon intérieur R2) se trouve le liquide à étudier,
dont on distingue la surface libre
22
6 Equations pour les écoulements parallèles en rotation
En projection sur les trois axes, les équations de Navier-Stokes s’écrivent
alors:
 vθ2 1 ∂p*
 =
 r ρ ∂r
 ∂vθ 1 ∂p*  ∂  1 ∂ ( rvθ )  ∂ 2 vθ 
 =− +ν   + 2 
 ∂t ρr ∂θ  ∂r  r ∂r  ∂z 
 *
 ∂p = 0
 ∂z

Il suffit de dériver l’équation de la vitesse orthoradiale par rapport à θ pour constater


∂p*
que = 0 , ainsi: p* = p* (r,t)
∂θ
On peut montrer par ailleurs que vθ ne dépend pas de z; il suffit de dériver la
première équation par rapport à z et de rapprocher le résultat de la dernière
équation. Ainsi:
vθ = vθ (r,t)
23
6 Equations pour les écoulements parallèles en rotation
En résumé, la symétrie axiale porte à la fois sur la cinématique et sur la
dynamique et le mouvement satisfait au système suivant:

 vθ2 ∂p*
ρ =
 r ∂r
 ∂v  ∂  1 ∂ ( rvθ ) 
 θ =ν    (8)
 ∂t ∂
 r r ∂ r 
 ∂v ∂v
 θ = θ =0
 ∂z ∂θ

Contrairement au cas d’un écoulement rectiligne où la cinématique est couplée


avec la gradient longitudinal (constant) de pression étoilée (et ne peut être
déterminée qu’avec la donnée de ce paramètre), ici la vitesse apparaît seule
dans la deuxième équation. Si, muni de conditions initiale et aux limites, on sait
intégrer cette équation, la distribution radiale de p* en résulte immédiatement
selon la première équation qui exprime l’équilibre entre force centrifuge et
gradient de pression étoilée.
24
7 Problème de Rayleigh (Stokes)

Il s’agit du cas instationnaire représenté par la mise en mouvement d’une


plaque plane infinie qui limite un demi-espace occupé par un fluide visqueux
initialement au repos. A l’instant initial t0, la plaque est brusquement
mise en translation dans son plan à la vitesse uniforme v0.

v0 25
7 Problème de Rayleigh (Stokes)

Le fluide est initialement au repos et, d’après la condition d’adhérence, la


mise en mouvement de la plaque entraîne la pellicule fluide au contact.
Le cisaillement induit génère une contrainte visqueuse orientée dans la
direction x et le fluide se met en mouvement dans cette direction. La
plaque étant indéfinie dans les directions x et y

v = v(z,t)ex
L’équation de continuité et les équations de Navier-Stokes s’écrivent t>t0:
 ∂v
 ∂x = 0

 ∂v 1 ∂p* ∂2v
 ∂t = − ρ ∂x +ν ∂z 2
 (9)

0 = − 1 ∂p
*

 ρ ∂y

0 = − 1 ∂p
*

 ρ ∂z
26
7 Problème de Rayleigh (Stokes)

D’après (9) et la condition initiale, on obtient nécessairement:

∂p*
= cste = 0
∂x

Le problème est donc réduit à la résolution de l’équation unidimensionnelle


purement cinématique (dite équation de la chaleur)

∂v ∂ 2 v
=ν 2 (10)
∂t ∂z

associée aux conditions initiales et aux limites:

v(z,t) = 0 pour t ≤ 0

v(0,t) = v0 pour t > 0

27
7 Problème de Rayleigh (Stokes)

L’analyse dimensionnelle du problème montre, en prenant comme échelle


de vitesse évidente du problème v0, qu’on peut aussi définir une échelle de
longueur δ caractérisant, à un instant t, l’épaisseur de fluide concernée par
l’entraînement visqueux. Cette échelle est nécessairement construite à
l’aide de la viscosité ν

δ= 2 νt

(le facteur 2 simplifiera les écritures), et nous cherchons donc v(z,t)


sous la forme adimensionnelle:

v z f (0) =1
=f   avec  ( ) (11)
v0  δ  f ∞ = 0

28
7 Problème de Rayleigh (Stokes)
z
Posons: ζ = , par dérivation on obtient
δ
 ∂v ∂v ∂ζ ∂δ v0ζ
=
 ∂t ∂ζ ∂δ ∂t = − f ′(ζ )
2t

 ∂v ∂v ∂ζ v0
 = = f ′(ζ )
 ∂z ∂ζ ∂z δ
∂2v v ∂ζ v
 2 = 0 f ′′(ζ ) = 20 f ′′(ζ )
 ∂z δ ∂z δ

et l’équation (10) prend donc la forme

v0 v0ζ
ν f ′′( ζ ) + f ′(ζ ) = 0
δ 2
2t

D’où
ζ −u2
f (ζ ) = c1 ∫ e du + c 2
0 29
7 Problème de Rayleigh (Stokes)
Les conditions aux limites permettent de déterminer les constantes.
On obtient alors:
2 ζ −u2
f (ζ ) =1−
π
∫0
e du =1− erf (ζ ) = erfc(ζ )

où erf désigne la fonction d’erreur et erfc la fonction d’erreur


complémentaire.

Le champ de vitesse s’exprime finalement en fonction de la seule


variable adimensionnelle de similitude ζ et prend à chaque instant
le profil simple:
  z 
v(z,t) = v 0 1− erf  
  2 ν t 

La vitesse du fluide n’est que de 1% de celle de la plaque pour z=2δ


et la couche “concernée” par le mouvement de la plaque s’épaissit
comme la racine carrée du temps. 30
8 Equations pour les écoulements parallèles en conduite
Dans le cas d’un écoulement parallèle dans un conduit cylindrique
rectiligne, le repère de coordonnées cylindriques est bien adapté.
Les composantes du vecteur vitesse sont:

v r = 0

v θ = 0
v = v (r, θ,z,t)
 z z

Pour un fluide incompressible, l’équation de continuité s’écrit:

∂v z
=0
∂z

Les profils de vitesse sont inchangés d’une section droite à une autre.

31
8 Equations pour les écoulements parallèles en conduite

v z (r, θ,t)

32
8 Equations pour les écoulements parallèles en conduite

En projection sur les trois axes, les équations de Navier-Stokes se réduisent à:

 ∂p*
 =0
 ∂r
 ∂p*
 =0
 ∂θ
 ∂v z 1 ∂p* 1 ∂  ∂v z  1 ∂ 2 v z 
 =− +ν  r + 2 2 
 ∂ t ρ ∂z  r ∂r  ∂r  r ∂θ 

33
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
L’écoulement parallèle et stationnaire d’un fluide visqueux incompressible
dans un tube cylindrique axisymétrique est particulièrement important
puisqu’il constitue un problème de base de l’hydraulique.
La résolution de ce problème est effectuée analytiquement dans la suite.
Dans la configuration considérée et pour un écoulement permanent,
le problème se réduit à celui de la résolution de l’équation suivante:

∂p* dp* ∆p* p*aval − p*amont 1 ∂  ∂v z  1 ∂ 2 v z 


= = = =η  r + 2 2 
∂z dz L L  r ∂r  ∂r  r ∂θ 

Si les conditions aux limites (la qualité de surface de la paroi du conduit)


sont elles aussi homogènes dans la direction orthoradiale, la solution
doit être indépendante de θ et l’équation se réduit à:

∂  ∂v z  ∆p*
r = r avec v z (r = R) = 0 et v z (r = 0) <∞
∂r  ∂r  ηL
34
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
On obtient finalement:

∆p* ( 2 2 )
v z (r) = − R −r (Profil parabolique)
4ηL

p*amont p*aval
35
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Le maximum du champ de vitesse est localisé sur l’axe de la conduite:

∆p*R 2
v max = v z (0) = − (Profil parabolique)
4ηL
La vitesse de débit est donnée par:
v max
vd =
2
L’expression du débit volumique (déterminée par Poiseuille en 1840) est:

π∆p*R 4
Q v = πR vd = −
2
8ηL

On voit que la mesure de la chute linéique de pression et du débit


constituent un moyen d’accéder expérimentalement à la viscosité.
36
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Vitesse maximale, vitesse de débit et débit volume
Le tenseur des taux de déformation a, dans le cas présent, une seule
composante non nulle:
 1 ∂v z 
 0 0
2 ∂r 
[D] =  0 0 0 
 1 ∂v 
 z
0 0 
 2 ∂r 

et la contrainte visqueuse pariétale exercée par la paroi sur le fluide s’écrit


simplement:
 1 ∂v z  ∆p R
τ(r = R) = 2η[ D](r = R)er = 2η
*
 z
e = ez
 2 ∂r  2
Le fluide au contact de la paroi subit donc une contrainte retardatrice
d’intensité:
∆p*R 4ηv d
τp = − =
2 R
37
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Coefficient de frottement
En définissant la “pression dynamique” de référence par:

1 2
ρv d
2
on exprime la contrainte pariétale sous la forme adimensionnelle d’un
coefficient de frottement:
τp 16η 16
Cf = = =
1 2 ρDv d Re
ρv d
2
où Re est le nombre de Reynolds de l’écoulement construit sur le diamètre
D de la conduite et la vitesse de débit.

38
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Force totale de frottement exercée sur une longueur L de conduite

La force visqueuse totale exercée sur une longueur L de conduite est:

2π L
F = ∫ Rdθ∫ τp dz = 2πRτp L = −πR 2 ∆p*
0 0

Cette force est orientée évidement vers l’amont.


Réciproquement, la force exercée par le fluide sur la paroi tend à
entraîner la paroi dans le sens de l’écoulement. Elle est donnée par:

Ffluide→paroi = Fez

39
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Dissipation volumique locale

Du point de vue énergétique, on peut expliciter la dissipation volumique


intrinsèque, qui s’identifie comme un terme puits dans l’équation
d’énergie cinétique, sous la forme

2
 ∂v z  16ηvd 2
2
ψ = τ :D = 2ηD:D =η  = r
 ∂r  R 4

soit, en utilisant l’expression de la contrainte pariétale:

4v d τp
ψ= r2
R3

40
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Dissipation volumique totale sur une longueur L de conduite

La quantité d’énergie cinétique dissipée par le travail des contraintes


visqueuses dans un volume fluide limité par deux sections droites distantes
de L et la paroi solide s’écrit:

L R 2L
Ψ 0→L = 2π ∫ dz ∫ ψrdr = 2Lπvd Rτp = Q v τp
0 0 R

ou encore, en introduisant la perte de charge et le coefficient de frottement

Ψ 0→L L vd2
∆H = = 4Cf
ρgQ v D 2g

Dans cette dernière expression, le premier membre a la dimension d’une


longueur; il se représente sous la forme d’une hauteur ∆H de fluide
et définit dans le langage des hydrauliciens, la perte de charge.
41
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Limites de validité
Dans la pratique de l’étude des écoulements en charge, l’usage veut qu’on
utilise, plutôt que le coefficient de frottement Cf, un coefficient de pertes
de charge défini par:

λ = 4Cf

La perte de charge comptée sur une longueur L de conduite prend donc


la forme:
L vd2
∆H =λ (formule de Darcy) (12)
D 2g

Le coefficient de pertes de charge λ caractérise l’importance des pertes


énergétiques par dissipation visqueuse dans une conduite rectiligne.
La solution analytique que nous avons obtenue donne:

64
λ=
Re 42
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Remarque 1
L’expression intégrale (12) a été établie pour une conduite cylindrique
circulaire pleinement occupée par le fluide.
Dans le cas de conduites non circulaires ou partiellement remplies,
elle reste utilisable sous réserve de substituer D par le diamètre
hydraulique Dh défini comme 4 fois le rapport de l’aire de la section de la
conduite au périmètre mouillé.
On définit également le rayon hydraulique Rh comme étant la rapport de
la section mouillée B (section droite du liquide) sur le périmètre mouillé.

4A B
Dh = , Rh =
P P

P 43
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Remarque 2

Le coefficient de frottement Cf a été déterminé en supposant implicitement


que la contrainte pariétale est définie sur une paroi lisse.
Dans le cas où les aspérités de paroi ont une hauteur statistique ε
significative devant le diamètre de la conduite, il est clair que le coefficient
de frottement doit en dépendre.
D’une manière générale pour une conduite rugueuse, Cf doit dépendre, non
seulement du nombre de Reynolds de l’écoulement, mais aussi du
paramètre ε/D caractéristique de la rugosité pariétale. Ainsi

 ε
λ =λ  Re, 
 D

44
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Remarque 3
Lorsque la conduite est courte, des effets d’entrée peuvent exister. C’est
certainement le cas lorsque la distance ℓ entre la section considérée et
l’entrée du conduit est faible devant le diamètre D, au point de mettre en
défaut l’hypothèse d’écoulement parallèle. L’expérience montre que les
effets d’entrée ne jouent plus dès que

> 0.058Re
D

La zone cisaillée correspond au développement d’une couche limite annulaire


45
qui s’élargit vers l’aval.
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Remarque 4

La solution analytique λ = 64/Re est parfaitement confirmée par les


mesures expérimentales en conduite lisse tant que Re est inférieur à une
valeur critique.
Au-delà de cette valeur, on observe que le régime laminaire par lignes
fluides parallèles est instable. L’écoulement présente un aspect désorganisé
caractéristique du régime turbulent et la solution analytique n’est plus
valable.

46
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Remarque 4

Formule empirique directe de Blasius (conduites lisses):

−1/ 4
  (
Re∈3400,10  : λ = 100Re
5 )

Formule itérative de von Kármán (conduites lisses):


1  Re λ 
Re >10 :
5
= 2log10  
λ  2.51 

Formule de Colebrook (conduites industrielles rugueuses):

1  2.51 ε / D 
Re >105 : = −2log10  +  (13)
λ  Re λ 3.71 

47
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Remarque 4

Dans la relation de Colebrook (13). Le paramètre de rugosité ε/D est donné pour
chaque type de canalisation, mais les valeurs peuvent varier de façon significative.
De ce fait, le coefficient λ n’est jamais déterminé à moins de 5 à 10% près.
La rugosité évolue dans le temps du fait de la corrosion, érosion ou encrassement et il
faut prendre cet aspect en considération en phase de conception pour que
l’installation fonctionne de manière durable.

48
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Remarque 4

Cf

49
9 Ecoulement de Poiseuille dans une conduite cylindrique
Remarque 4

Lorsque l’écoulement est bien établi, le profil de vitesse moyenne (au sens statistique)
est assez bien approché par une loi (empirique) en puissance de la forme:
1
 r n
v z (r) = v max 1− 
 R
l’exposant n étant fonction du nombre de Reynolds

Il faut noter que cette formulation empirique n’est pas utilisable d’un point de vue
local. Il est exclut d’en déduire directement la contrainte pariétale, mais d’un point
de vue global, elle donne des résultats satisfaisants. En particulier, la vitesse de
débit est assez bien approchée par:
2n 2
vd = v max
(1+ n)(1+ 2n) 50