Vous êtes sur la page 1sur 44

Période des Royaumes combattants

La période des Royaumes combattants (chinois simplifié : 战国 ; chinois traditionnel : 戰國 ; pinyin : zhànguó ; littéralement :
« pays (guó) en guerre (zhàn) »), s'étend en Chine, du Ve siècle av. J.-C. à l'unification des royaumes chinois par la dynastie Qin en
221 av. J.-C. Ce nom lui est donné tardivement, par référence aux Stratagèmes des Royaumes combattants, ouvrage portant sur cette
période. Elle correspond dans la chronologie dynastique à la fin de la période des Zhou orientaux (东周, Dōng Zhōu, 771-256 av. J.-
C.). Cette chronologie, qui repose sur l'historiographie traditionnelle, ne correspond pas nécessairement à la datation précise des
évolutions sociales, politiques, économiques et culturelles : ce qui caractérise les Royaumes combattants date principalement du
début du IVe siècle av. J.-C.

Cette dernière période de l'ère « pré-impériale » de l'histoire chinoise est immédiatement postérieure à la période des Printemps et
Automnes qui voit le déclin de la dynastie Zhou et le renforcement du pouvoir des princes. À partir du milieu du Ve siècle av. J.-C.,
sept grands États émergent : Chu, Han, Qi, Qin, Wei, Yan et Zhao. Ils s'affranchissent définitivement de la tutelle symbolique des
Zhou : leurs souverains prennent le titre de « roi » (wang) et se livrent des guerres incessantes qui stimulent en même temps qu'elles
accompagnent de nombreux progrès typiques de cette période. C'est alors que se constituent des États centralisés, dirigés par une
administration et une classe politique de mieux en mieux formées et organisées. La période des Royaumes combattants est celle de
progrès techniques et économiques déterminants et de la naissance puis du développement de plusieurs écoles de pensée
(confucianisme, taoïsme, légisme, etc.) qui ont profondément influencé l'histoire de la Chine. Les textes antiques relatifs à cette
période sont marqués par des personnalités de différents types. Certaines de celles-ci comptent parmi les plus importantes de la
civilisation chinoise : les souverains (le Premier EmpereurQin Shi Huangdi), leurs ministres réformateurs (Shang Yang), les stratèges
militaires (Sun Bin), les spécialistes de la persuasion et les penseurs (Lao Zi, Mencius, etc.). Les découvertes archéologiques depuis
plus d'un siècle sur le sol chinois, surtout des sépultures et des villes, font considérablement progresser les connaissances sur cette
époque.
Sommaire
Les sources
Les textes de la tradition chinoise
Les sites archéologiques
Les textes retrouvés par l'archéologie
Le cadre géopolitique et culturel
Diversité et unité
La Plaine centrale et les «Trois Jin »
Les régions septentrionales
Qin
Chu et les régions méridionales
Histoire
La réorganisation et l'affirmation des grandes puissances
L'escalade des conflits
La victoire de Qin
La centralisation étatique
L'affirmation de l'autorité des souverains
La recomposition de l'élite politique
Les nouveaux cadres du pouvoir
Une période guerrière
Les évolutions de l'armement et des systèmes défensifs
La domination de l'infanterie et l'explosion des ef
fectifs
La figure centrale : le stratège militaire
La guerre et les mutations politiques et sociales
Une période d'expansion économique et de recompositions sociales
L'agriculture et le monde rural
L'artisanat
Les échanges et la monnaie
Le développement des villes
Lettres et pensée : une période fondatrice
Une période propice aux débats intellectuels
Les principaux penseurs et leurs idées
Une période de création littéraire
Religion et philosophie de la nature
Le monde des esprits et la cosmologie
Les rituels
Les sciences des calendriers et des astres
La divination
Médecine et culture de soi
Les croyances et pratiques funéraires
Les réalisations artistiques
Vases en bronze
Autres œuvres en bronze
Objets en jade
Arts de la laque
Arts de la soie
Instruments de musique
Notes et références
Bibliographie
Sources textuelles
Généralités sur la Chine ancienne
Histoire, institutions et société
Art et archéologie
Religion et pensée
Littérature
Annexes
Articles connexes
Liens externes

Les sources

Les textes de la tradition chinoise


Les sources qui traditionnellement permettent de se faire une idée de la période des
1
Royaumes combattants sont des sources littéraires conservées depuis l'Antiquité .
Elles ont été rédigées ou compilées à la période pré-impériale ou sous les premiers
empires chinois. De toutes ces sources, les Mémoires historiques (Shiji) de Sima
Qian (145-86), rédigées au début de la dynastie Han, sont les plus importantes pour
l'histoire des Royaumes combattants. La première partie des Mémoires se fonde sur
les chroniques du royaume de Qin auxquelles l'auteur, archiviste à la cour des Han,
avait accès et racontent l'histoire de la Chine depuis les origines. La deuxième partie
de l'ouvrage narre la vie de personnages éminents dont certains sont contemporains
2
des Royaumes combattants . D'autres chroniques complètent l'œuvre de Sima Qian,
comme les Annales de Bambou (Zhushu Jinian), retrouvées dans une tombe à la fin
3
du IIIe siècle apr. J.-C., contenant les annales du royaume de Wei . Il semble que
chaque État faisait rédiger sa propre chronique, mais la majorité d'entre elles n'ont
pas été conservées. Il s'agit de textes produits par les officiels de ces États, donc de
sources biaisées, plus encore chez Sima Qian qui a désiré dispenser des leçons de Laissez-passer inscrit sur dubronze
retrouvé dans une tombe deChu en
morale à travers les récits qu'il rapporte. Mais la description des événements de la
1957, exemple des découvertes
période des Royaumes combattants y est généralement fiable, contrairement à celle récentes de textes administratifs des
des périodes antérieures qui comprend des récits légendaires ou semi-légendaires. Royaumes combattants dans des
tombes antiques.
Le même problème se pose pour les autres sources écrites de la période, conservées
par la tradition chinoise ultérieure. Une partie de celles-ci sont des écrits d'hommes
politiques décrivant leurs projets ou leurs stratagèmes politiques, une autre, des traités militaires écrits par des stratèges. Les textes les
plus nombreux qui aient été sauvegardés sont ceux des penseurs ou philosophes des Royaumes combattants, qui avaient la volonté de
4
les archiver contrairement à d'autres et parce que cette période a été très productive dans ce domaine . Cependant, beaucoup de ces
textes posent un problème de contextualisation historique puisqu'ils ont été parfois très remaniés a posteriori : l'auteur auquel ils sont
attribués n'est pas forcément celui qui les a rédigés dans leur totalité. Le même type de problème se pose pour les textes rituels datant
de la période des Royaumes combattants ou qui lui préexistaient et qui ont survécu à l'épreuve du temps ou encore d’autres
productions littéraires comme des traités de médecine, de lexicographie, des poésies ou des récits. Ces œuvres sont souvent
composites et difficiles à dater. Cependant, on progresse dans la compréhension de leur genèse et du contexte de leur rédaction grâce
aux méthodes modernes d'analyse critique.

Les sites archéologiques


5
L'essor de l'archéologie de la Chine ancienne est donc déterminant pour la connaissance des Royaumes combattants . Les fouilles
portent avant tout sur deux types de lieux. D'abord les sépultures, très nombreuses sur les terres de l'antique pays méridional de Chu,
où ont été mis au jour des objets d'art et de nombreux textes. Leur analyse permet de mieux connaître les croyances et aussi la
6
6
hiérarchie sociale des anciens Chinois, même si leur interprétation reste complexe . Ensuite, ce sont les villes et surtout les capitales
qui ont fait l'objet de nombreuses campagnes de fouilles, quand elles ne sont pas recouvertes par les villes actuelles leur ayant
succédé.

Les textes retrouvés par l'archéologie


Un apport important des fouilles archéologiques est la découverte, dans des tombes antiques, de textes de nature variée, rédigés sur
7
des supports divers, généralement à l'encre, qui résistent plus ou moins bien à l'usure du temps . Les plus répandus sont ceux
constitués de lamelles faites à partir de bambou coupé en deux, allongé puis poli, liées ensemble par des fils ou rubans de soie,
permettant d'en faire un rouleau. Les textes écrits sur du bois qui sont connus pour cette période prennent l'aspect de tablettes. Le
troisième support le plus répandu est celui qui a le moins bien survécu aux outrages du temps, la soie, support plus fragile mais plus
8
cher que les deux autres, qui servait aussi pour des peintures . Le bronze pouvait également être gravé, plutôt pour des textes
solennels que l'on voulait durables et qui sont moins nombreux.

Grâce à ces découvertes, il est possible de connaître l'état antérieur de certains textes que la tradition chinoise a « canonisés » par la
suite. Cela permet aussi d'accéder à une plus grande variété de textes, notamment des actes administratifs et juridiques mettant en
lumière des pratiques sur lesquelles les seules sources écrites connues avant ces découvertes donnaient très peu d'informations.
D'autres études de ces textes anciens ont une approche épigraphique et linguistique, ces textes témoignant d'un état de l'écriture
chinoise où plusieurs variantes régionales coexistent (styles de la « grande écriture sigillaire », dazhuan) avant l'uniformisation de
9, 10
l'écriture sous la dynastie Qin (le petit style sigillaire) .

Le cadre géopolitique et culturel

Diversité et unité
Au milieu du Ve siècle, sept grands royaumes dominent la Chine qui est alors centrée
sur le bassin du fleuve Jaune, les « Sept héros » (qixong) des Royaumes
combattants. Ces royaumes se caractérisent par leur puissance militaire : ils
11
disposent chacun de plus de 10 000 chars de bataille . Ce sont les Wei, Zhao, Han,
Qi, Yan, Chu et Qin. À côté de ces grands royaumes subsistent plusieurs autres
royaumes de moindre importance militaire, parmi lesquels se trouvent d'anciens
États prestigieux situés dans la Plaine centrale autour du territoire de la dynastie des
Zhou, dans les actuelles provinces du Shandong et du Henan. Ces États possèdent
des identités propres et se distinguent même parfois par des cultures spécifiques. Les
études en matière d'archéologie et d'art, combinées à celles des textes, permettent de
définir plusieurs aires culturelles relativement stables durant la période de la
dynastie Zhou. Certaines d'entre elles bénéficient d'un très grand rayonnement à Localisation des principaux États de
l'époque des Royaumes combattants : elles correspondent souvent à des unités la période des Royaumes
12 combattants au milieu du
géographiques naturelles homogènes .
e
IV siècle av. J.-C.

Pour autant, les frontières sont très poreuses et beaucoup de personnes et d'idées les
13
traversent . La conception d'un espace homogène, tianxia s'impose (« Tout ce qui
se trouve sous le Ciel »), correspondant à une sorte de « monde civilisé » chinois opposé à celui des peuples considérés comme
« Barbares » dont les entités politiques se trouvent en périphérie, notamment ceux situés au nord et que les textes désignent par le
14
terme Hu . Mais cette frontière est aussi toute relative puisque la différence est avant tout perçue comme culturelle et que certains
États jadis considérés comme barbares (à l'exemple de Qin, Chu et Zhongshan) ont adopté les traditions culturelles chinoises, ce qui
leur permet d'être considérés comme civilisés. Toutefois les régions plus anciennement sinisées les regardent encore avec dédain. Ces
stéréotypes reposent souvent sur l'idée d'un déterminisme géographique : par exemple les peuples du Sud étaient considérés comme
15
impétueux et difficiles à gouverner en raison de lachaleur de leur climat .
La Plaine centrale et les « Trois Jin »
Le conservatoire des traditions anciennes de la civilisation chinoise est la région de la « Plaine centrale » (zhongyuan) ou des
« Royaumes du centre » (zhongguo, terme désignant aujourd'hui la Chine, « Pays du milieu »), dans la plaine du fleuve Jaune, à l'est
du confluent du fleuve et de la rivière Wei. De nos jours, cet espace correspond approximativement au nord du Henan, au sud du
Shanxi et du Hebei et à la partie ouest du Shandong. Elle est occupée par de petites entités politiques, comme le domaine des Zhou,
16
qui se divise par la suite en deux, Zhou oriental et Zhou occidental (une des deux régions garde le titre royal) ; plus à l'est la
principauté de Lu, d'où est originaire Confucius ; Song, qui a pour capitale la riche ville marchande de Dingtao et dont la dynastie
17
descend des Shang ; Zheng et Wey qui jouent un rôle diplomatique entre les grandes puissances .

La puissance dominante de la région centrale à la fin de la période des Printemps et Automnes était Jin, qui s'étendait sur une grande
partie du plateau de Lœss et sur une partie de la plaine alluviale du fleuve Jaune. Cette principauté se divise en trois États au début de
la période des Royaumes combattants. Ceux-ci demeurent de grandes puissances, notamment parce qu'ils restent liés et sont souvent
18
désignés comme les « Trois Jin ». Le principal est Wei, autour du coude du fleuve Jaune et de la vallée de la Fen (Shanxi et Henan
actuels). Malgré sa richesse, ce royaume est confronté à un problème de taille tout au long de la période : il est entouré par d'autres
grandes puissances ce qui l'implique dans de nombreux conflits. Le deuxième royaume issu de la partition de Jin, Zhao, se situe au
nord de Wei (Shanxi et Hebei). Il est au contact de peuples nomades et vit en marge de la zone centrale. Il devient progressivement
une grande puissance militaire. Le troisième royaume descendant de Jin est Han. Il se situe dans les actuelles provinces du Shanxi et
du Henan. Petit et moins puissant que ses voisins, il survit en servant de zone tampon entre ceux-ci.

L'autre grande puissance politique proche de la Plaine centrale est le royaume de Qi, au nord-est dans la dernière partie de la plaine
19
alluviale du fleuve Jaune, jusqu'à son embouchure (l'actuel Shandong) . Il dispose de riches terres agricoles et d'importantes
ressources en sel, constituant sans doute l'une des plus puissantes économies de la période. Sa capitale Linzi passe pour être la plus
grande ville de l'époque.

Les régions septentrionales


À la périphérie, les puissants royaumes ont la possibilité d'agrandir leur territoire malgré la présence menaçante de peuples
« barbares ». Pour cela, ils défrichent des terres en vue de se renforcer face aux États centraux dont les perspectives d'expansion sont
20
plus limitées . Ils sont d'ailleurs souvent considérés comme peu civilisés voire semi-barbares par les royaumes centraux, notamment
en raison de leurs contacts avec des voisins étrangers au monde chinois. Au nord, le royaume de Yan dont la capitale est proche de
21
l'actuelle Pékin est un allié de Qi durant une bonne partie de la période . Le fleuve Jaune se jette alors dans la mer plus au nord
qu'actuellement, dans le territoire de Yan, lui assurant des terres agricoles fertiles. Comme son voisinZhao, il est au contact direct des
peuples nomades du nord et est éloigné des royaumes les plus menaçants. Entre les deux, Zhongshan joue un certain rôle politique et
22
possède des affinités culturelles avec les autres entités politiques septentrionales .

Qin
À l'ouest s'étend le territoire de l'État de Qin avec, en sa région centrale, la riche vallée de la Wei au cœur du plateau de Lœss, le
23
berceau de la dynastie Zhou avant son déplacement vers l'est (au début de la période des Zhou orientaux en 771) . Il est encore
perçu comme un royaume arriéré au début de la période des Royaumes combattants. Il se trouve au contact de peuples « barbares »
particulièrement redoutables qu'il ne réussit à réduire qu'après d'interminables guerres qui le détournent souvent des conflits avec les
autres Royaumes combattants. Avec la conquête des principautés de Shu et de Ba sur sa frontière méridionale, il dispose du plus
grand potentiel agricole des royaumes combattants. Qin est aussi le royaume qui a accompli les réformes les plus poussées,
e
notamment au milieu du IV siècle sous l'impulsion du ministre Shang Yang qui en fait un État totalement organisé en vue de la
guerre. À dater de cette époque, c'est en grande partie autour de lui que se joue le jeu politique inter-étatique. Il constitue la matrice
du premier empire chinois qui sera proclamé par son roi Zheng (qui devient alors l'empereur Qin Shi Huangdi) en 221 et doit être par
24
conséquent considéré comme le grand bénéficiaire de toute la période des Royaumes combattants.

Chu et les régions méridionales


Au sud de la Chine des Royaumes combattants on trouve un espace politique dont
l'originalité culturelle est bien connue grâce aux découvertes archéologiques des
dernières décennies. Bien qu'ouvert aux influences venues de la Plaine centrale, il
conserve ses caractères propres, dont certains se retrouvent dans la civilisation
chinoise de l'époque impériale. C'est le septième grand royaume,Chu, d'abord centré
sur le cours moyen du Yangzi. Il s'étend ensuite vers le nord autour des bassins des
25
rivières Huai et Han . Ce sont des régions au peuplement peu dense, comprenant
beaucoup d'espaces laissés incultes. Bien que puissant, Chu est un royaume mal
contrôlé, voire instable comparé aux autres. Grâce aux fouilles de milliers de tombes
Le nord du bassin du Sichuan,
sur son territoire et grâce aux textes des lettrés de cet État rédigés durant la période
ancien pays de Ba, une des plus
des Royaumes combattants, notamment les Élégies de Chu et le Zhuangzi, on riches régions agricoles de la Chine
26
mesure mieux aujourd'hui toute sa spécificité culturelle . ancienne.

À l'ouest de Chu, les États deShu et Ba dans le bassin de la Min (Sichuan actuel), de
riches régions agricoles et minières constituent un ensemble culturel appelé « Ba-Shu », voisines de peuples barbares comme ceux
27
qui fondent le royaume de Dian (au nord du Yunnan) vers la fin de la période . De l'autre côté, à l'est, la basse vallée du Yangzi est
occupée par des royaumes qui ont une grande importance politique au début de la période : Wu et son voisin Yue qui l'élimine avant
28
de l'être à son tour par Chu en 334 .

Histoire
La période des Royaumes combattants est considérée par l'historiographie chinoise
comme une phase de la longue période de la dynastie Zhou, qui a pris le pouvoir
vers 1046 av. J.-C. Mais sa prééminence n'est pas respectée et la Chine est partagée
entre plusieurs principautés rivales. Après 771, le rôle du souverain Zhou n'est plus
que symbolique face aux entités politiques . Durant les trois siècles de la Période des
Printemps et Automnes (771-Ve siècle), quelques principautés s'affirment
e
progressivement, absorbant les plus faibles et au début du V siècle moins d'une
dizaine d'entre elles jouent un rôle politique de premier plan.
Royaumes principaux au début de la
La période des Royaumes combattants voit ce processus de concentration politique période des Royaumes combattants,
se renforcer, jusqu'à l'unification finale par le royaume de Qin. Elle est marquée par avant l'éclatement du Jin.
la rivalité entre sept grands royaumes consacrés par la tradition malgré leur rôle
politique inégal. On peut distinguer plusieurs phases durant l'histoire politique de
cette période :

d'environ 450 à 350 l'alliance des trois royaumes héritiers de l'ancienJin joue un rôle moteur, sous l'impulsion de
Wei ;
d'environ 350 à 250 les conflits sont de plus en plus violents et les alliances fluctuantes pour empêcher qu'un
royaume ne domine les autres, mais Qin sort grand vainqueur de ces luttes ;
les années de 250 à 221 voient la victoire décisive de Qin, qui unifie la Chine, ce qui ouvre la période de la
dynastie Qin.
La source essentielle pour l'histoire politique de cette période est le Shiji de Sima Qian. L'auteur avait accès à de nombreuses sources
officielles du fait de sa charge d'annaliste. Les informations qu'il donne sont donc généralement fia
bles, en dépit du caractère romancé
du texte, d'exagérations et de visées moralisantes. L'ouvrage peut être complété par des chroniques et travaux historiques parfois bien
postérieurs à la période des Royaumes combattants, mais aussi des références à des événements importants dans des ouvrages divers,
comme des traités politiques, militaires ou philosophiques.

La réorganisation et l'affirmation des grandes puissances


Le Ve siècle voit se produire plusieurs événements décisifs qui modifient la scène politique chinoise et justifient le passage à une
29
nouvelle période, quelle que soit la date retenue pour le début de la période des Royaumes combattants (481, 476, 453 ou 403).
En 481, quand finit la Chronique des Printemps et Automnes, le clan des Tian, qui
dirigeait la politique du royaume de Qi après avoir éliminé les autres grandes
familles nobles, se débarrasse finalement de la majorité de la famille royale après
une guerre civile, tout en gardant un souverain fantoche. Le chef du clan le laisse
diriger en apparence une faible part du royaume, puis prend définitivement la
30
direction effective des affaires .

L'événement le plus important survient en 453, quand les trois clans alliés de Wei,
Zhao et Han se débarrassent du dernier lignage puissant du royaume deJin après une Localisation des principaux États de
longue période marquée par plusieurs guerres civiles qui ont vu les forces la période des Royaumes
31
centrifuges s'affirmer . La partition de Jin en trois entités politiques est alors combattants au milieu du
e
IV siècle av. J.-C. Le tracé des
effective et elle est officialisée en 403 par le souverainZhou.
frontières est approximatif.
Aux périphéries, plusieurs royaumes s'affirment et se réorganisent alors que ceux du
centre sont dans la tourmente. Au sud, les conflits entre Chu, Wu et Yue cessent
32
après la conquête du deuxième par le troisième en 473 . Par la suite, Yue, Chu, Qin et Qi connaissent une phase d'expansion
33
territoriale après l'annexion de plusieurs petites principautés .

Une fois leur situation stabilisée, les trois royaumes héritiers de Jin s'allient et se lancent dans plusieurs conflits qui marquent la
34
première phase de la période des Royaumes combattants . Qi, Chu et Qin font les frais de ces offensives, ainsi que Zhongshan.
Parmi les descendants de Jin, c'est Wei qui affirme sa supériorité militaire, après les victoires de son grand général Wu Qi. La
disgrâce et l'exil de ce dernier vers 401 profitent à Chu qui l'engage : le général restaure la puissance de Chu grâce à des réformes et
des victoires militaires. De son côté, Han annexe Zheng en 375. Après 366, c'est au tour de Qin de réaffirmer sa puissance. Après des
conflits difficiles avec des peuples barbares du nord-ouest, il bat une coalition de Wei et de Han, puis Wei à nouveau.

Le nouveau souverain de Wei, Hui, réagit à la nouvelle situation en réorganisant son royaume et en engageant une politique de
normalisation des relations entre les grands rois à la suite de différentes rencontres. La diplomatie prend alors une importance plus
35
grande . Durant la seconde moitié du IVe siècle, les monarques des grands royaumes prennent le titre de roi (wang) et entreprennent
des réformes capitales qui font d'eux des royaumes centralisés plus solides, ce qui explique l'escalade militaire qui se produit durant
les décennies suivantes.

L'escalade des conflits


La période qui va en gros de 350 à 250 est marquée par de nombreux conflits de plus en plus violents, des renversements d'alliance et
la réorganisation des rapports de force dans lesquels la montée en puissance de Qin devient le facteur déterminant dans le jeu des
coalitions. Au cours de ce siècle, les effectifs militaires gonflent considérablement et le rôle des ministres et diplomates s'accroît.
C'est alors que s'affirment les traits caractéristiques de la période des Royaumes combattants.

La première phase voit Wei perdre sa position dominante. Elle est marquée par deux grandes batailles. La première est celle de
Guiling en 353 et la seconde est celle de Maling en 341, face aux armées de Qi dirigées par le général Tian Ji et son conseiller Sun
36, 37, 38
Bin . Le duc Xiao de Qin bénéficie alors des réformes entreprises par le ministre Shang Yang, qui permettent à son État de
39
pousser très loin la militarisation de la société . Qin, qui jouait jusqu'alors un faible rôle militaire dans la Plaine centrale, accroit sa
40
puissance . Ses généraux, notamment Bai Qi, mais aussi Shang Yang en personne, remportent plusieurs victoires contre Wei. Le roi
de ce dernier se voit imposer Bai Qi pour ministre et se retrouve sous la tutelle de Qin. Désormais, le jeu politique est dominé par Qi
et Qin, avec un avantage de plus en plus net pour le second. C'est alors que se mettent au point deux principes d'alliances opposés
dictés par la position adoptée vis-à-vis du royaume le plus puissant. Le premier est l'alliance verticale (hezong), dans un sens nord-
sud : les royaumes situés au centre s'allient pour couper la progression de Qin à l'ouest, et dans certains cas pour celle de Qi à l'est. Le
second est l'alliance horizontale (lianheng), dans un sens ouest-est : un royaume s'allie à Qin (en général à l'instigation des diplomates
41
de ce dernier) pour profiter de sa puissance et s'assurer d'avantages sur les autres .
En 316, le roi Huiwen de Qin, après s'être débarrassé de Shang Yang dont le pouvoir
devenait gênant, poursuit sa politique et sa montée en puissance. Ses généraux
parachèvent l'annexion des deux principautés situées au sud, les riches territoires de
Shu et Ba (actuel Sichuan), puis remportent des victoires déterminantes contre les
nomades Rong du nord, qui dès lors ne constituent plus une menace. Pendant ce
42
temps, Chu a annexé Yue en 334, étendant son territoire jusqu'à la mer à l'est .
Alors qu'un conflit successoral secoue Qin en 307, Qi renforce sa puissance sous
l'impulsion de son ministre Tian Wen et s'allie avec Han et Wei contre le royaume
43
occidental . Le conflit avec ce dernier éclate finalement et Qi et ses alliés
remportent plusieurs victoires. Par la suite, ils s'imposent également face à Chu et
Yan. Mais en 294 Tian Wen est chassé de Qi et l'alliance se rompt. Qin bénéficie
alors de la non-intervention de l’État de Qi pour vaincre Han et Wei au cours de
conflits terriblement meurtriers qui culminent avec la bataille de Yique en 293. Mais
le jeu des alliances n'en finit pas de se retourner contre le royaume Qin qui pense
avoir établi sa domination : Qin est forcé de restituer ses conquêtes quand Qi allié à
d'autres royaumes menace de l'attaquer ; ensuite, Qi est à son tour attaqué par Yan,
Une grande bataille de la période
Han, Zhao et Wei qui le défont malgré l'appui de Chu, mettant un terme à ses
des Royaumes combattants :Maling
(342 ou 341). L'armée deQi attire les prétentions de domination ; peu après, en 278, Qin inflige une terrible défaite à Chu,
troupes de Wei dans une embuscade prenant sa capitale Ying et constituant ainsi un bloc territorial compact autour de son
en faisant croire à son centre ancien, le bassin de la Wei et celui du Sichuan nouvellement acquis. Le
affaiblissement et remporte une vaincu est quant à lui forcé à réorganiser son territoire autour de sa partie orientale.
victoire écrasante, restée un modèle
tactique dans l'histoire militaire Zhao, qui a renforcé l'efficacité de son armée sous le règne du roi Wuling avec
chinoise. l'adoption de la cavalerie, puis conquis Zhongshan vers 295, est alors la seule
puissance en mesure de s'opposer à Qin après ces conflits sanglants au cours duquel
il a plusieurs fois changé d'alliance entre les deux plus puissants royaumes, tout en
44
se dotant d'une armée plus performante . D'abord défaites à Huayang en 273, les troupes de ce royaume parviennent à repousser les
offensives de Qin quelques années plus tard. Le roi Zhaoxiang de Qin fait alors appel à un nouveau premier ministre, Fan Sui, qui
met au point une politique reposant sur l'affirmation de la royauté contre les nobles du royaume et l'expansion militaire face aux
voisins directs grâce à l'alliance avec les royaumes plus lointains, le tout combiné avec la conquête de territoires et l'élimination des
vaincus. Une nouvelle étape est franchie dans l'escalade de la violence militaire en même temps qu'est mise au point une stratégie
militaire stable qui permet à Qin d'utiliser pleinement le potentiel acquis auparavant (les réformes de Fan Sui complétant en quelque
45
sorte celle de Shang Yang) . La première cible est le Han, le plus faible des voisins directs du Qin, qui est appuyé par le Zhao, son
plus grand rival. Le général du Qin, Bai Qi, remporte une victoire décisive en 260 à la bataille de Changping, à la suite de laquelle
37
plus de 400 000 soldats du Zhao seraient morts, en grande partie exécutés après la bataille . Mais des troubles internes à Qin
aboutissant à la mort de ses deux hommes forts et rivaux, Bai Qi et Fan Sui, offrent un répit aux autres grands royaumes même si
désormais la prééminence de Qin est incontestée avec l'élimination du gros des forces de son dernier grand adversaire.

La victoire de Qin
Les trois dernières décennies de la période des Royaumes combattants sont marquées par la victoire définitive de Qin sur tous ses
rivaux qui n'ont pas été en mesure d'arrêter son irrésistible montée en puissance. La supériorité de ce royaume sur ses rivaux est due à
46
divers facteurs : situation géographique du centre du royaume protégé par des montagnes au sud et le Fleuve Jaune à l'est, richesse
des terres agricoles réunies et mises en valeur par des travaux d'irrigation dans le bassin de la rivière Wei et dans le Sichuan,
technique et organisation militaires, stabilité dynastique et, surtout, appareil administratif extrêmement efficace dû aux réformes
47
entreprises à la suite de celles deShang Yang .

C'est sur ces bases que se construit le premier Empire chinois. La possibilité d'un changement dynastique devient effective en 256
quand le roi Zhou meurt sans que son titre soit revendiqué par ses héritiers, avant que son domaine ne soit annexé par Qin en 249.
48
Dans ce royaume, le roi Zheng monte sur le trône en 246, mais ne règne effectivement qu'en 238 quand il atteint l'âge adulte . Son
règne est essentiellement connu par ce que l'historien Sima Qian rapporte dans son
Shiji. Il évoque notamment le rôle de Lü Buwei, marchand devenu premier ministre
49
en 250, poste qu'il occupe jusqu'à sa disgrâce et sa mort en 237 . Son remplaçant,
Li Si, dirige le royaume pendant la dernière phase de la victoire de Qin sur les autres
grandes puissances, conduite sur les champs de bataille par plusieurs grands
généraux, dont Meng Ao, Wang Jian puis Meng Tian. En 230, le plus faible des
adversaires, Han, est le premier à être annexé, sans combats. En 228, Zhao est
vaincu à son tour après le siège difficile de sa capitale Handan qui est suivi d'un
massacre. Cependant, un membre de la dynastie Zao fuit au nord d'où il tente de Extension approximative des
royaumes combattants en 260, avant
restaurer le royaume. Deux ans plus tard, Yan est envahi à la suite d'une tentative
les annexions effectuées par Qin. Le
d'assassinat du roi de Qin fomentée par un de ses princes ; la capitale est prise, mais
tracé des frontières est approximatif.
le roi réussit à fuir plus au nord alors que son fils est exécuté. En 225 c'estWei qui se
rend après le siège de sa capitale, inondée par les assaillants qui ont détourné le
cours du fleuve Jaune. En 223, c'est au tour de Chu, qui repousse une première invasion mais succombe à la seconde, après des
combats auxquels ont participé des centaines de milliers de combattants, sans doute les plus grosfectifs
ef engagés de toute la période.
L'année suivante, l'armée de Qin élimine les derniers résistants du nord à Zhao puis à Yan. En 221, Qi se rend quand Qin y conduit
ses troupes. Le processus d'unification de la Chine est achevé et le roi Zheng de Qin devient l'empereur Qin Shi Huangdi, maître du
premier Empire de l'histoire chinoise, celui de l'éphémère mais décisivedynastie Qin (221-206).

La centralisation étatique
La dynamique guerrière de la période des Royaumes combattants conduit les États majeurs à renforcer leur autorité. Les plus
puissantes des anciennes principautés deviennent au fil des réformes de véritables royaumes centralisés, dirigés par un monarque
concentrant de plus en plus de pouvoir, lui-même appuyé sur une nouvelle classe politique spéciali
sée dans la direction des affaires de
50
l'État et vouée à son service. Cette période voit donc se produire une « révolution étatique ». Ce phénomène est surtout connu pour
le royaume de Qin et annonce les expériences impériales de la dynastie Qin et de la dynastie Han. Il reste cependant difficile de se
faire une idée des modalités concrètes de l'exercice du pouvoir, car les sources disponibles sont avant tout des récits historiques, des
vies de personnages importants, ou bien des traités de ministres qui ne contiennent pas d'informations détaillées sur l'organisation de
l'administration des Royaumes combattants ; de plus, la documentation est déséquilibrée car elle concerne en priorité les institutions
de Qin. Néanmoins, les découvertes de textes juridiques et administratifs dans des tombes depuis un demi-siècle permettent de mieux
connaître les pratiques administratives.

L'affirmation de l'autorité des souverains


La période des Printemps et Automnes est marquée par des entités politiques peu centralisées où la noblesse dispose de solides
assises territoriales et d'une large autonomie, concurrençant le pouvoir des princes locaux. Les conflits croissants, mobilisant des
troupes plus importantes, ont concentré plus de pouvoirs entre les mains de certains lignages, qui après de longues luttes internes ont
diminué en nombre. Finalement, plusieurs principautés voient des lignages nouveaux accéder au pouvoir en renversant la dynastie
régnante. Durant le IVe siècle, les sept grands royaumes combattants sont dirigés par un monarque et sa cour, concentrant entre leurs
mains un pouvoir sans précédent. Le roi incarne l'État symboliquement. C'est ce que Mark Edward Lewis a qualifié de « ruler-
centered state », « État centré sur la personne du souverain ». Ces évolutions préparent l'émergence de l'idéologie impériale des Qin
51
et des Han .

Une figure de plus en plus centrale

Cela s'accompagne sur le plan symbolique d'un changement dans la titulature des chefs de royaumes. Le roi de Zhou dispose d'une
52
primauté qui n'est plus que de façade depuis le début de la période des Printemps et Automnes . Au gré de leurs succès militaires,
les véritables maîtres de la Chine, les chefs des sept grandes puissances, délaissent leurs anciens titres (que l'on traduit couramment
par « duc ») pour adopter celui de « roi », wang (sauf le roi du Chu qui portait ce titre depuis la période précédente), auparavant
53
réservé au seul roi Zhou . Le duc Hui de Wei est le premier à le faire en 344, puis il persuade le duc Wei de Qi de l'imiter dix ans
plus tard, après que ce dernier l'ait vaincu. Huiwen de Qin fait de même après de brillantes victoires en 325, puis la même année c'est
au tour du roi de Han. Enfin, deux ans plus tard les rois de Zhao, de Yan et de Zhongshan (qui n'est pas reconnu comme un des sept
grands) font de même. En 288, à l'apogée de l'alliance entre Qi et Qin, les rois de ces deux États prennent d'un commun accord de
54
titre de Di (respectivement « Di de l'est » et « Di de l'ouest »), auparavant réservé aux divinités . Mais ils l'abandonnent vite sous la
pression des autres rois. Ce terme qui donne au souverain terrestre une dimension divine est repris par le premier empereur Qin. Un
autre moyen symbolique de renforcer l'ascendant des monarques est la constitution d'une lignée ancestrale aussi prestigieuse que celle
des Zhou qui repose sur des ancêtres renommés (le Seigneur Millet, les rois Wu et Wen), de même que l'usage de toute une série de
rituels solennels qui confirment et exaltent leur puissance et leur rang. Le capital symbolique des rois Zhou s'épuise peu à peu,
55
prélude à leur mort politique .

Les écoles de pensée de la période sont liées à ces mutations. Plusieurs d'entre elles développent leurs conceptions propres du
monarque idéal, qui doit gouverner un empire unifié, alors que leur monde est marqué par la division politique. En dépit de leurs
56
divergences, ces différentes écoles se rejoignent pour affirmer la suprématie du souverain unique , en le considérant notamment
57
comme le pendant terrestre de la divinité suprême qui organise l'univers depuis le Ciel . Dans cette optique, le monarque a plus une
fonction symbolique et morale. Paradoxalement, les penseurs qui l'élèvent symboliquement lui déconseillent de mener effectivement
la conduite des affaires du royaume (ou même les troupes au combat), il doit surtout faire preuve de discernement dans le choix de
ses conseillers, ce qui est sans doute une manière pour les ministres de chercher à s'assurer une position de force et n'est pas
58
forcément du goût de tous les souverains . Ces réflexions nourrissent la pensée politique des grands ministres réformateurs qui
participent eux aussi à l’affirmation de l'autorité royale. Le cas le plus emblématique vient, comme souvent, de Qin, où le ministre
Fan Sui écarte les nobles les plus en vue à la cour et cesse de leur concéder des domaines, un usage qui leur permettait d’amasser à la
longue une fortune et de constituer des armées personnelles menaçantes pour le pouvoir royal. Il fait en sorte que tout le pouvoir se
59
concentre entre les mains du souverain . À Chu, le premier ministre Wu Qi tente lui aussi de rabaisser les familles nobles mais
celles-ci s'opposent à ses réformes et le font mettre à mort, rendant ces changements éphémères.

Manifestations architecturales du pouvoir royal

L'affirmation de la puissance royale se manifeste aussi dans les réalisations


architecturales, connues par les textes anciens et les fouilles archéologiques récentes.
Les capitales des Royaumes combattants sont dominées par des complexes palatiaux
isolés du reste de l'espace urbain par des murailles, parfois même à l'écart de
l'enceinte principale dans une sorte de seconde ville et construits sur de grandes
60
terrasses (tai) . D'autres constructions de plus en plus monumentales illustrent cette
volonté de puissance : les grandes portes à piliers (que) et les tours (guan) qui les
flanquent. L'ampleur des constructions évoquées dans les textes est confirmée par
les fouilles des capitales et des environs. Les fouilles de Xianyang, la capitale de
Maquette du palais no 1 de
Xianyang, royaume de Qin. Musée Qin, ont révélé un important complexe palatial dont le développement se situe entre
de Xianyang. la dernière phase des Royaumes combattants et la période du Premier Empire. Le
bâtiment le mieux connu de ce groupe monumental est le « palais no 1 », dont les
fondations mesurent 60 × 45 mètres. Il est constitué de deux ailes avec des pavillons
comprenant probablement trois étages entourés de colonnades, dont un rez-de-chaussée servant d'espace résidentiel avec des
chambres aux murs peints et peut-être un grand hall donnant sur une terrasse au premier étage, espace de réception. Il pourrait
61
correspondre au palais Jique construit au temps deShang Yang et décrit par Sima Qian .

L'autre type de monument illustrant de façon spectaculaire le renforcement du pouvoir royal est le complexe funéraire royal dont des
62
exemples ont été repérés sur les territoires de plusieurs royaumes, bien que peu aient fait l'objet de fouilles . Celui du roi Cuo de
Zhongshan, retrouvé à Pingshan (Hebei), inachevé, en est un bon exemple d'autant plus que les fouilles ont permis d'y découvrir un
63
plan gravé sur une plaque de bronze . Il est constitué de cinq tombes, le roi occupant la plus vaste au centre, entourée de chaque
côté par deux tombes de ses concubines. Les tombes sont surmontées par un tumulus arboré rectangulaire, qui sert de terrasse pour
des pavillons à plusieurs étages, servant de temples funéraires ; des fosses à offrandes (chars, chevaux, bateaux) accompagnent les
défunts ; le complexe se situe au cœur d'une double enceinte, la plus vaste mesurant 410 × 176 mètres. De tels ensembles funéraires
comprenant des terrasses artificielles surmontées par de grands temples ancestraux,
ou bien bâtis sur des collines naturelles pour placer plus haut encore le souverain
décédé, se retrouvent dans chacun des grands royaumes, à proximité de leurs
capitales. Les nécropoles des rois Qin, situées à Nanzhihui à la fin de l'époque des
Printemps et des Automnes et au début de la période des Royaumes combattants et à
Lintong par la suite, étaient de loin les plus impressionnantes, et témoignent d'une
volonté d'ériger des complexes de plus en plus vastes. Cette tradition triomphe avec
Plan du complexe funéraire royal de
le célèbre mausolée du Premier empereur, érigé également à Lintong. Zhongshan, gravé sur une plaque en
cuivre retrouvée dans une des
sépultures.
La recomposition de l'élite politique

Fonctionnaires et ministres

Les souverains s'appuient sur un nouveau groupe de serviteurs très différents des élites politiques des périodes précédentes, qu'ils
64
supplantent . Les royaumes sont traditionnellement dominés par des grands lignages nobles disposant de bases territoriales et
occupant les principaux postes civils et militaires, jusqu'à celui de « premier ministre » dirigeant dans les faits la majorité des affaires
du royaume. Tout en conservant une place élevée, comme l'illustrent les « Quatre Seigneurs des Royaumes combattants » dont Sima
Qian a rédigé les biographies (quasiment tous liés à la famille régnante de leur royaume), ces aristocrates sont de plus en plus
concurrencés par la classe des « gentilshommes » (shi) dont les membres, issus de branches secondaires des lignages nobles,
occupent traditionnellement des fonctions administratives et militaires de second rang. C'est parmi eux que se recrutent désormais les
65
principaux serviteurs du souverain . Il s'agit d'un groupe de spécialistes du savoir ou des armes, donc à même d'assumer les charges
qui leur sont attribuées. Leurs motivations sont diverses : sens du devoir envers le souverain et le bien public ou bien appât du gain,
arrivisme et carriérisme, car le service de l'État est alors le moyen le plus efficace et le plus rapide pour s'enrichir et s'élever
socialement. Désormais dépendants de la seule volonté du roi (car leur charge procède du pouvoir de celui-ci), ils se distinguent par
66
leurs capacités et non plus par leur hérédité . Cela aboutit à l'époque impériale à la constitution d'une élite de fonctionnaires lettrés
spécifique de la Chine (justement désignée par le terme de shi dont le sens a progressivement évolué), qui tire son prestige du service
de l'État où elle fait la preuve de ses talents intellectuels et jouit d'une autorité morale sur le reste de la société.

La classe politique lettrée est à l'origine d'une production littéraire abondante qui contient des conseils sur le bon gouvernement, les
réformes à appliquer, aussi bien dans le domaine de la fiscalité que de l'économie, ou encore l'organisation et l'art militaire qui sont
une préoccupation majeure. C'est le cas de tous les grands penseurs de la période qui seront abordés plus loin, dont les écrits sont
d'abord à finalité politique. Des écrits politiques sont également associés au nom d'un ministre prestigieux sans qu'on sache s'il les a
réellement écrits. Parmi les figures fameuses de ce type d'écrivains-hommes politiques (supposés), on compte
Li Kui, ministre de Wei
67
à la fin du Ve siècle, Shen Buhai qui officie à Han un demi-siècle plus tard , Wu Qi à Wei puis Chu au début du IVe siècle et surtout
e
Shang Yang, ministre de Qin au milieu du IV siècle, à qui sont attribuées les principales réformes qui ont fait de cet État la plus
68, 39
grande puissance de la Chine, bien qu'il soit probable qu'il ne soit pas à l'origine de toutes celles-ci . Lui-même originaire de la
petite principauté de Wey, il sert Wei avant d'être obligé de le fuir et se réfugie à Qin où il assiste le souverain Xiao pendant plusieurs
années, avant d'être exécuté à la suite des manigances de ses rivaux après la mort du prince qui le protégeait.

Instabilité et stratégies des conseillers politiques

Cette période se caractérise par une grande instabilité du personnel politique. À la différence du souverain qu'ils veulent effacé et
qu'ils érigent en autorité symbolique, la fonction plus active des conseillers les expose aux aléas politiques, et nombreux sont ceux à
connaître une fin malheureuse, emportant également leur lignée avec eux suivant les pratiques pénales du temps. on comprend donc
le contexte de luttes âpres pour gagner les faveurs des monarques qui s'est installé à cette période. Les hauts serviteurs de l'État sont
souvent des déracinés à la loyauté fluctuante, qui se déplacent de royaume en royaume à la recherche d'un souverain acceptant de les
69
employer, ce qui constitue un véritable « marché des talents » politiques où les cours se concurrencent . Ils préparent des plans
d'action souvent fondés sur la ruse et la violence, qu'ils proposent à celui qui voudra bien les écouter. Cela confère une relative
autonomie à ces hommes politiques, ce qui est une source de méfiance pour les rois qui les accueillent, leur loyauté ne leur étant pas
acquise.
Certains d'entre eux (appelés shui, quelque chose comme « sophistes »
ou « rhétoriciens ») se sont spécialisés dans l'art du langage, de la « Si j'avais eu la piété filiale d'un Zeng Cen, je
71
persuasion et donc de la ruse, de la duplicité et de la tromperie . Leurs n'aurais pas abandonné mes vieux parents et
procédés ont été relatés dans des traités du début de l'époque impériale n'aurais pu servir mon pays ; si j'avais eu la
de l'« école de la diplomatie », comme le Zhanguoce (Stratagèmes des loyauté d'un Wei Sheng, je n'aurais pas su
mentir et n'aurais pu servir mon pays ; si j'avais
Royaumes combattants), listant des anecdotes sans doute peu fiables
eu la probité d'un Poyi, je n'aurais pas cherché à
historiquement, mais traduisant l'état d'esprit de la vie politique et
72 usurper le bien d'autrui et n'aurais pu servir mon
diplomatique de l'époque des Royaumes combattants . pays pays (...). La loyauté et la rectitude sont des
qualités qui valent pour soi-même et non pour les
Quelle que soit leur origine, les proches conseillers du roi profitent de autres. Elles préservent l'intégrité morale mais
leur statut pour amasser des fortunes considérables. Ils peuvent ne permettent nullement de s'élever ni de
constituer de véritables cours autour d'eux, attirant des petits s'accroître. »
gentilshommes lettrés qui deviennent leurs clients et serviteurs. Le
prestige d'un ministre se mesure à l'ampleur et à la qualité de sa Le plaidoyer amoral du sophiste Su Qin, d'après
73 le Livre de l'école des stratèges(Zonghenjia
clientèle . C'est sous les auspices des hauts dignitaires que se 70
shu) .
développent les courants de pensée de la période des Royaumes
combattants, les cours étant des lieux de débats intenses. La richesse de
ces personnages se mesure également à la taille des tombes de plus en
74
plus vastes et richement dotées qu'ils se font construire . La menace que représentent les puissants dignitaires pour le pouvoir
central n'a en fin de compte jamais été totalement éliminée et c'est l'opposition des descendants des grandes familles des Royaumes
75
combattants qui entraîne la chute de l'empire Qin .

Les nouveaux cadres du pouvoir


Les réformes mises en place dans plusieurs des principaux États durant la période des Zhou de l'Est contribuent à la constitution de
véritables entités politiques centralisées. Ce mouvement de réformes commence dès les débuts de la période des Printemps et
Automnes, où il y a déjà des figures marquantes comme Zi Chan à Zheng et Guan Zhong à Qi. Au cœur de la période elle-même des
76
Royaumes combattants, le mouvement bénéficie du succès des idées légistes , qui sont appliquées le plus strictement à Qin sous
77
l'impulsion de Shang Yang, Fan Sui et Li Si. Telles qu'elles ont été mises en évidence, notamment par L. Vandermeersch , les
réformes se concentrent sur quelques points principaux visant à bouleverser l'ordre ancien remontant à la période des Zhou de
l'Ouest :

de nouvelles divisions administratives sous le contrôle direct l’État se substituent aux anciens « fiefs » des clans
aristocratiques ;
les agents de l'État sont recrutés en fonction de leurs mérites et non plus de leur appartenance à un groupe
familial influent ;
la société rurale est réorganisée autour de familles regroupées formant des unités économiques et militaires
disposant de leurs propres terres ;
des lois s'appliquant le plus souvent à tous visent à instaurer l'ordre en châtiant durement les délits et en
récompensant les agissements conformes aux directives de l’État.
L'application de ces réformes connaît des fortunes diverses mais elles contribuent à une importante recomposition des institutions et
de la société.

Structures et personnel administratifs

Dans les détails, l'administration territoriale n'est pas homogène dans les différents royaumes et les réformes les éloignant des formes
traditionnelles d'organisation politique ont été plus ou moins poussées selon les pays. L'unité de base est généralement le « district »
ou « canton » (xian) qui apparaît à Chu durant la période des Printemps et Automnes. C'est à l'origine un territoire conquis attribué à
des membres de la noblesse de façon héréditaire, leur permettant de se constituer une base locale de puissance. Avec le temps, le
gouvernement central prend l'habitude de conserver ces circonscriptions et de s'en servir pour attribuer des fiefs non héréditaires à ses
serviteurs des couches basses de la noblesse, de façon à éviter la constitution de pouvoirs locaux tels qu'il en existait auparavant. Les
réformes de Shang Yang à Qin ont pour effet d'étendre le modèle du district aux territoires plus anciens. Cette unité devient
progressivement la circonscription de base de la Chine, ce qu'elle est encore aujourd'hui. Les districts sont regroupés dans des unités
plus vastes, les « commanderies » (jun). Ces circonscriptions disposent généralement d'un gouverneur civil et d'un gouverneur
78
militaire et, au niveau local, des administrateurs servent de relais entre la population et l’État.

Les agents du pouvoir sont de plus en plus recrutés en fonction de leurs mérites, suivant une volonté mise en avant en particulier par
Shen Buhai alors qu'il était ministre à Han. On a découvert dans une tombe de Shihuidi (Qin) un extrait des codes et des lois
prescrivant les tâches prioritaires d'un fonctionnaire ainsi que les pratiques à observer (tenue des documents officiels, inspections,
enquêtes, interrogatoires) et un texte qui décrit le fonctionnaire idéal (obéissance à la hiérarchie, loyauté au pouvoir, impartialité,
59
etc.) On cherche ainsi à façonner l'image du serviteur idéal de l'État qui délaisse les solidarités lignagères et locales. Les moyens
pour contrôler ces agents de l'État et pour s'assurer de leur compétence et de leur loyauté sont mis en place : les actes administratifs
doivent être authentifiés suivant des principes stricts, les administrateurs doivent rendre des comptes tous les ans et, d'une manière
79
générale, les fonctionnaires sont rétribués suivant leurs mérites. Ils peuvent être révoqués en cas d'incompétence . Se constitue ainsi
80
un appareil bureaucratique au service de l’État, de plus en plus élaboré et contrôlé par le pouvoir central.

Fiscalité et lois

Les réformes territoriales sont mises en œuvre parallèlement à


« Unifier les châtiments, c'est faire en sorte qu'ils
l'instauration d'un nouveau système de taxation reposant sur la ne comportent aucune distinction de rang.
paysannerie et les terres qu'elle cultivait. La capitation (fu) de Qin pèse Depuis les ministres jusqu'aux dignitaires et
ainsi sur les maisonnées en fonction du nombre d'adultes mâles, ce qui simples sujets, quiconque désobéit aux décrets
suppose le recensement des personnes et aussi probablement celui de la royaux, enfreint les interdits du pays ou jette le
superficie de terres dont elles disposent. Des textes retrouvés dans une désordre dans les institutions est condamné à
mort sans rémission. La peine n'est pas réduite
tombe de Baoshan à Chu attestent ainsi du fait que l'exactitude des
82 même si le crime est précédé d'actes méritoires,
recensements était un des soucis majeurs de l’État central . la loi est appliquée même si la faute a été
précédée d'un comportement exemplaire. »
Les relations des paysans avec le pouvoir sont ainsi réor
ganisées, créant
de nouveaux rapports entre eux et le pouvoir, écartant les aristocrates L'absence de distinctions devant la loi au cœur
locaux qui auparavant encadraient les travaux ruraux et plus largement de la pensée légiste, dans le Livre du prince
78 81
les groupes familiaux grâce à l'autorité de leur lignage . Les Shang (Shang Yang) .
communautés familiales paysannes sont également organisées en
groupes qui ont à assumer une responsabilité collective : la faute d'un
seul peut rejaillir sur tout le groupe, ce qui incite à la surveillance
83
collective et à la délation. Ces principes d'encadrement s'alignent sur ceux des unités militaires constituées sur la même base locale.

Un dernier ensemble de modifications révèle bien à quel point l'autorité étatique se consolide. Il s'agit des modifications des corpus
de lois dont le but est de renforcer la centralisation du pouvoir étatique, lui permettant d'exercer un contrôle plus fort sur la société.
La mise par écrit des lois, déjà entamée à la période précédente, se poursuit et se renforce, avec comme conséquence l'élimination des
84
coutumes et la suppression de la justice rendue par les grands lignages nobles . Ces textes ont pour objectif principal la sécurité
publique. Les efforts législatifs de Li Kui à Wei et Shang Yang à Qin semblent être allés dans ce sens. L'exercice de la justice doit être
conduit par les fonctionnaires de façon rigoureuse, et les textes relatifs à des procès retrouvés dans une tombe de Baoshan (Chu)
montrent que les jugements ne sont rendus qu'après des enquêtes poussées, et que certains cas complexes peuvent faire l'objet de
85
nouveaux procès . Des peines progressives sont prévues en fonction de la gravité du délit : amendes, travail forcé, châtiments
corporels et mise à mort. En contrepartie de cet ensemble de peines, des honneurs et des présents (en or, terres, titres, etc.)
86
récompensent les plus méritants, notamment ceux qui se distinguent au combat ou dénoncent les méfaits d'autres personnes.

Une période guerrière


L'expression « Royaumes combattants » ne s'explique pas seulement par les conflits guerriers qui se succèdent durant la période des
e e
V -III siècles chinois. Elle fait référence également à l'évolution rapide et profonde des techniques et des pratiques militaires,
entraînant des bouleversements qui affectent non seulement la structure des États mais aussi celle de la société dans son ensemble et
87
les modes de pensée, à tel point qu'on a pu parler d'une « militarisation de la société ». C'est la priorité donnée au renforcement de
la puissance militaire des royaumes qui est au principe de leur évolution historique, en rupture radicale d'avec la période précédente.
Les précisions concernant ces guerres sont cependant difficiles à vérifier, car elles sont avant tout transmises par des récits de
88
combats et des vies de généraux exemplaires ainsi que des traités militaires qui sont des visions idéalisées.

Les évolutions de l'armement et des systèmes défensifs


89, 88
Plusieurs innovations dans l'armement entraînent une modification des techniques de combat au cours de la période .
Auparavant, les armes principales étaient les chars de guerre conduits par des nobles et la lance, la hallebarde, l'arc rétroflexe utilisés
par les fantassins appuyant les premiers. Un changement technique majeur dans l'armement des Royaumes combattants est
90
l'arbalète . Largement plus puissante que l'arc, elle projette des carreaux qui peuvent transpercer des armures solides et atteindre des
cibles lointaines, ce qui en fait l'arme la plus destructrice du champ de bataille. Des arbalètes plus grandes sont montées sur roues
pour les sièges. La prépondérance du combat au corps à corps entraîne la diffusion des épées, généralement en bronze (parfois en fer
91
après le IVe siècle), qui s'allongent au fil du temps, passant de 40 à 70 centimètres en moyenne pour devenir plus maniables . Les
fantassins sont protégés par des armures en cuir sur la majeure partie de la période, mais à la fin se développent casques et cuirasses
92
en fer, plus résistants . La charrerie est supplantée par la cavalerie montée qui se développe sans doute sous l'influence des peuples
cavaliers de la steppe : Zhao crée sa cavalerie sur le modèle des nomades du nord au contact desquels il se trouve. Leur technique de
tir à l'arc au galop, leur tunique et leur pantalon sont également adoptés. Bien souvent, on leur achète les chevaux de
93, 89, 92, 94
combat . Cela offre de nouvelles possibilités aux stratèges qui peuvent mener des raids, des attaques surprises, poursuivre
les ennemis sur de longues distances, etc.

Épée en bronze. Lames de ge Carreaux d'arbalète Représentation


(hallebardes) en bronze. datés de la dynastie Qin, hypothétique d'une
similaires à ceux arbalète montée sur
employés lors des roues, servant pour les
décennies précédentes sièges.
sur les champs de
bataille des Royaumes
combattants.
95, 96, 97
Les systèmes défensifs connaissent également de nombreuses améliorations au cours de la période . C'est alors que sont
érigées les premières grandes murailles en terre damée, qui servent surtout à protéger les royaumes les uns des autres (et non à
repousser les attaques de peuples des steppes) et se situent souvent à l'intérieur des territoires, pas uniquement aux frontières. Elles
défendent avant tout les points stratégiques, notamment les points de passage comme les passes, les rivières, où sont positionnées des
garnisons permanentes résidant dans des forts, ainsi que des tours de garde. Les premiers systèmes de murailles destinés à repousser
des Barbares des steppes du nord sont construits à partir de la fin du IVe siècle, quand ces peuples se font plus agressifs face aux États
98
septentrionaux (Yan, Zhao et Qin). Ils sont à l'origine de la première Grande Muraille frontalière érigée sous l'empire Qin . Face à
ces systèmes de défense, les techniques de poliorcétique sont simples : on tente de franchir les fortifications adverses en creusant des
99
tunnels, ou en les escaladant au moyen de grandes échelles .

La domination de l'infanterie et l'explosion des effectifs

95, 100
95, 100
L'organisation des armées connaît de grands bouleversements . Alors qu'à la
période des Printemps et Automnes, l'arme principale étaient les chars de guerre
conduits par la noblesse traditionnelle, désormais l'infanterie la supplante pour
devenir la reine des batailles, en particulier des grandes batailles, et son armement
offensif et défensif évolue. Le gros des troupes est constitué de paysans, véritable
« chair à canon » si l'on en juge par la mortalité élevée lors des combats. Les
méthodes de mobilisation varient. Un système incitatif de recrutement par versement
de primes ou attribution d'exemption d'impôts semble avoir d'abord été utilisée. Par
e
la suite, Qin instaure au IV siècle le premier système de recrutement obligatoire,
équivalent à une corvée due à l'État, selon une organisation quasi militaire de la
société avec des unités de combat constitués sur une base familiale et locale (ce qui Soldats de l'armée en terre cuite du
101
est censé favoriser la cohésion des troupes) . tombeau de Qin Shi Huangdi,
équipés de façon similaire aux
Ces unités sont commandées par des officiers (issus de la classe des gentilshommes, troupes de la fin des Royaumes
shi) chargés d'orienter leurs mouvements suivant les ordres des stratèges plutôt que combattants.
de combattre à proprement parler. Les soldats de Qin reçoivent une récompense pour
chaque tête d'ennemi rapportée et ceci leur permet aussi de monter en grade selon
une échelle de statuts honorifiques qui se traduit en avantages pour toute leur famille. Les Royaumes combattants ont aussi mis en
place des troupes d'élites sélectionnées puis entraînées, qui constituent les gardes spéciales des généraux et disposent de privilèges
102
(soldes élevées, exemptions de taxes et de corvées pour leurs domaines) . Le Xunzi décrit les troupes d'élites de Wei et signale que
les soldats portaient de lourdes armures, disposaient d'arbalètes et de hallebardes.

La place centrale de l'infanterie et les évolutions de son armement vont de pair avec la forte augmentation des effectifs des armées.
Alors qu'elles étaient constituées au maximum de 30 000 soldats à la fin de la période des Printemps et Automnes, les armées
mobilisées par les Royaumes combattants comptent des centaines de milliers d'hommes. Les chiffres de soldats en armes et surtout
ceux des morts à l'issue d'une bataille que donnent les sources anciennes ne sont pas toujours fiables, mais démontrent au moins que
la tendance à la croissance des effectifs est bien réelle. Ainsi, les infanteries des royaumes les plus puissants (Qin, Qi et Chu) sont
évaluées à environ 1 million d'hommes, en incluant les troupes de garnison ou même celles chargées de travaux et de logistique. Les
troupes effectivement mobilisées en campagne atteignent les 100 000 soldats au début de la période, bien plus à la fin : les textes
103
anciens font état de 400 000 soldats deZhao morts à la bataille de Changping .

La figure centrale : le stratège militaire


À ces différentes évolutions correspond un bouleversement profond des valeurs guerrières. Auparavant le combat était pour les
nobles l'occasion de prouver leur bravoure et leur sens moral, il s'apparentait à un acte rituel ou à une ordalie dans laquelle les dieux
95
décidaient du vainqueur . Désormais, les combats impliquent des armées plus nombreuses, reposant sur la piétaille. La violence
monte en puissance, car le but est la destruction de l'adversaire. Dans ces conditions, ce n'est plus important de respecter des règles
éthiques au combat ou de se référer aux présages divins avant de mener la bataille. La période des Royaumes combattants valorise la
figure du stratège militaire qui recherche la victoire la plus complète et la plus efficace pour anéantir l'adversaire par tous les moyens.
C'est pour cette raison que parmi les grands personnages consacrés par l'historiographie traditionnelle de cette période figurent de
nombreux généraux (jiang ou jiang jun), tels que Wu Qi, Tian Ji, Bai Qi et Wang Jian, ou même des conseillers militaires ne dirigeant
38
pas les troupes effectivement comme Sun Bin . Parfois les généraux se succèdent au sein d'une même famille, comme les Meng à
104
Qin (Meng Ao, Meng Wu et Meng Tian) .
105
De nombreux traités militaires ont été rédigés au cours de cette période . Le plus célèbre de nos jours est L'Art de la guerre de Sun
106 107
Zi . Mais d'autres nous sont parvenus, comme celui de Sun Bin retrouvé dans une tombe en 1972 . Ils mettent en évidence la
figure idéale du chef militaire sachant préparer ses troupes de façon optimale, reconnaissant les moments idéaux pour lancer
l'offensive décisive. Concrètement, ces traités abordent divers sujets comme le choix des soldats, les formations de combat, les
différents types d'attaques, l'organisation des défenses, l'espionnage, etc. Le but est l'efficacité et les plus longs développements
concernent la préparation des combats plutôt que leur déroulement. La victoire à coût minimum voire sans combat est considérée
comme l'idéal, suivant le précepte du « non-agir » (wuwei), base de la pensée stratégique chinoise (ce qui contraste avec le fait que
les conflits des Royaumes combattants se terminent généralement par de véritables bains de sang).

Les écrits stratégiques ont une dimension spirituelle, car il s'agit avant tout d'être supérieur en esprit à son adversaire, cette supériorité
108
ne pouvant que se concrétiser par la victoire . Ils relèvent à proprement parler d'un authentique courant de pensée, l'« école des
stratèges » qui use de concepts similaires à ceux des autres écoles de pensée de l'époque (yin et yang, Cinq phases, dao) et emprunte
des idées au légisme ou au confucianisme. La réflexion sur la place du fait militaire dans la société ne concerne d'ailleurs pas que
cette école, mais aussi d'autres penseurs commeXunzi, ou les légistes qui recherchent les conditions favorables à la constitution d'une
puissante armée, ou même les moïstes qui par esprit pacifique réfléchissent sur les techniques de poliorcétique pour défendre les
109
places assiégées. Des lois militaires et des textes sur la façon d'administrer l'armée et d'or
ganiser sa discipline existent également .

La guerre et les mutations politiques et sociales


Les bouleversements que subissent les pratiques militaires accompagnent les évolutions des sociétés des Royaumes combattants à
cette période. La guerre devient essentielle du fait du changement d'échelle : non seulement les effectifs mobilisés sont considérables
— les fronts lors des grandes batailles peuvent avoir des dizaines de kilomètres de long —, mais, de plus, les campagnes peuvent
110
désormais s'étaler sur plus d'une année et non plus seulement une saison comme auparavant . Les États doivent alors renforcer leur
organisation et disposer de plus grands moyens financiers pour assurer l'équipement, l'entretien et la logistique de ces troupes. La
conduite de la guerre devient leur priorité essentielle et mobilise la plupart de leurs ressources et de leurs énergies ainsi que le travail
111
théorique de leurs penseurs . Les gouvernants prennent pleinement conscience du fait que la puissance économique — avant tout la
richesse agricole — est essentielle si l'on veut acquérir la supériorité militaire. Les problématiques économiques n'en deviennent que
112
plus importantes à leurs yeux .
113
Plus largement, les évolutions militaires accompagnent les recompositions sociales . Elles consacrent la déchéance de l'ancienne
noblesse et de ses valeurs rituelles et morales face aux nécessités de l'efficacité au combat et de la victoire à tout prix. À l'inverse,
elles bénéficient dans une certaine mesure aux paysans qui dépendaient auparavant des nobles et deviennent les premiers producteurs,
114
contribuables et combattants pour le compte de l'État . Mais d'un autre côté, le coût humain à payer par ces mêmes paysans pour
satisfaire les ambitions des hommes de pouvoir est très lourd, puisqu'ils deviennent de simples pions sacrifiés dans des combats
115
souvent très meurtriers, les vaincus étant parfois tous passés au fil de l'épée .

Une période d'expansion économique et de recompositions sociales


Indépendamment des cercles du pouvoir et des élites, la période des Royaumes combattants voit des changements importants affecter
l'ensemble de l'économie et de la société. Une partie de ces évolutions est sans doute liée au rôle croissant de la guerre et à la
centralisation étatique. Cela a au moins une incidence sur les nombreux progrès techniques qui soutiennent la croissance économique
116
et sur les améliorations de la productivité de l'agriculture et de l'artisanat, sources de revenus pour l'État . Cette période est aussi
marquée par une forte croissance démographique qui a des incidences aussi bien dans le monde rural que dans le monde urbain.

L'agriculture et le monde rural


La production agricole de la Chine de la période des Zhou orientaux repose avant tout sur les céréales, dont la répartition
géographique est spécifique : le bassin du Fleuve Jaune est une zone de culture du millet, de l'orge et du blé, tandis que plus au sud,
117
dans le bassin du Yangzi, le riz domine aux côtés du millet . La principale culture spéculative semble être celle du mûrier dans le
118
cadre de l'élevage de vers à soie . L'agriculture connaît un essor sous l'influence de plusieurs facteurs dans lesquels les dirigeants
112
des États ont joué un rôle incitatif .

La progression des défrichements a permis l'exploitation de nouvelles terres. D'autres ont été gagnées par le drainage et l'assèchement
de zones humides. Ensuite, plusieurs grands projets d'aménagements hydrauliques permettent d'étendre les périmètres irrigués.
Certains ingénieurs sont passés à la postérité grâce aux grandes réalisations qu'ils ont mises au point avec l'appui des gouvernants :
les douze canaux de la région de Ye, près de Handan (Hebei actuel) creusés par Ximen Bao ; le système d'irrigation de Dujiangyan
sur la Min (Sichuan) conçu par Li Bing ; le canal construit par le fils de ce dernier,
Zheng Guo, reliant les rivières Luo et Jing, deux affluents de la Wei. C'est la région
de cette rivière, située dans le royaume de Qin, qui bénéficie de la plus forte
croissance agricole (et donc démographique) avec la région de Chengdu, dans l'État
de Shu puis Qin. En dehors des frontières de Qin, la région du cours inférieur du
Fleuve Jaune possède également une agriculture prospère (notamment à Wei et à
Qi). Mais ces grands aménagements ne sont sans doute pas les facteurs les plus
déterminants de cet essor agricole, car les systèmes d'irrigation semblent plutôt
secondaires : leur construction et leur fonctionnement pouvaient se réaliser à Vue d'une partie du système
119 d'irrigation de Dujiangyandans le
l'échelle des communautés locales .
bassin du Sichuan, construit au
e
III siècle av. J.-C. par des ingénieurs
Il y a d'autres facteurs de croissance de la production agricole : les progrès
du Qin et qui a continué à être
techniques améliorant l'outillage en agriculture, les défrichements et les grands
développé depuis.
travaux d'irrigation, notamment la diffusion des outils comprenant des pièces en
métal, d'abord du bronze puis de plus en plus du fer (têtes de houes, bêches,
faucilles, socs d'araires, haches, etc.), remplacent l'outillage à base de bois et de pierre en usage depuis le Néolithique tandis que
120
l'araire tiré par des bœufs prend plus d'importance . Cette période voit aussi les débuts de l'agronomie, qui fait l'objet d'ouvrages
expliquant le calendrier et les techniques agricoles (avec des rotations de culture permettant parfois de récolter une céréale de
121
printemps et une céréale d'automne la même année), le drainage, les types de sols, etc. L'usage d'engrais est également vanté par
122
certains ouvrages . La diffusion des innovations techniques est cependant lente et semble se limiter à certaines régions, surtout aux
élites et donc aux grandes exploitations.

Cet essor agricole s'accompagne d'un bouleversement de la société rurale qui est lui aussi très influencé par les volontés des
gouvernements. Les régions les plus prospères deviennent de grands espaces de cultures continus au peuplement de plus en plus
dense. Il en résulte la création de nouveaux villages et de nouvelles circonscriptions, donc de nouveaux espaces contribuant à l'impôt,
123
peuplés par des paysans ne dépendant pas des anciens lignages nobles dominant les vieilles zones de culture . Avec le déclin de
l'ancienne noblesse, les paysans dépendent désormais directement de l'État qui renforce sur eux son contrôle, ce qui se traduit à Qin
par un encadrement de type militaire. L'administration cherche à recenser la population rurale, à l'organiser en groupes hiérarchisés, à
la surveiller et à la fixer sur des terres, tout en permettant l'achat et la vente de terres à la différence de ce qui se faisait
124
précédemment . Les gouvernants encouragent ainsi la petite propriété paysanne. Suivant une vision utilitariste, Shang Yang veut
constituer une nouvelle paysannerie indépendante, contribuant à la richesse de l'État, accomplissant des corvées et combattant dans
125 126
l'armée . En effet les penseurs de cette période estiment que la production agricole est la seule créatrice de richesse . C'est donc
sur les paysans qu'est censée reposer la puissance économique et militaire des royaumes chinois. Pour autant, tous les paysans ne
bénéficient pas d'un accès stable à la propriété, loin de là : les inégalités rurales sont très fortes, des grandes propriétés en dominant
d'autres plus petites, tandis que beaucoup de paysans endettés perdent leurs terres et sont parfois réduits en esclavage ; un grand
127
nombre d'ouvriers agricoles vit dans la précarité, certains devant migrer pour travailler en ville . Les grands serviteurs de l'État
dominent le monde rural, bénéficiant de la concession des revenus de grands domaines.

L'artisanat
Les activités artisanales sortent progressivement des cadres traditionnels de l'économie dirigée par les palais des rois et des grandes
128
maisons nobles . Se développe alors un artisanat privé très diversifié qui profite de l'essor des grandes villes et des échanges. Les
ateliers dépendant des pouvoirs royaux sont les mieux connus. D'après les textes littéraires et juridiques, ils sont encadrés par des
fonctionnaires choisis parmi les spécialistes du métier concerné, qui ont apparemment une fonction de formateurs ; des équipes
d'artisans constituent les unités de base de la production. Les artisans les plus spécialisés ou réputés font l'objet des convoitises des
rois qui cherchent à les attirer dans leurs ateliers. Une partie des artisans des palais sont des esclaves, souvent des prisonniers de
guerre. Les découvertes archéologiques donnent des informations sur les productions courantes et les productions de luxe, à savoir les
« œuvres d'art » de la période qui seront abordées plus loin, toujours commanditées par le palais. Les objets de qualité portent souvent
le nom, le statut et la ville d'origine de l'artisan les ayant réalisés ou ayant dirigé leur confection. Les espaces artisanaux découverts
lors des fouilles de certaines villes sont couramment situés près des espaces
palatiaux, comme si leur localisation reflétait leur soumission à l'autorité politique ;
c'est ainsi le cas des ateliers de Qufu, capitale de Lu, où étaient réalisés des objets en
129
bronze, fer, céramique et os .

Le secteur artisanal le mieux connu est la production métallurgique. Il évolue


beaucoup avec la dernière phase de la période des Printemps et Automnes. C'est
alors qu'apparaissent les premiers exemples de production de masse (les fondeurs du
e 130
III siècle av. J.-C. emploient des équipes de plus de 200 hommes ), bien connus Deux épées en bronze et une épée
grâce aux fouilles effectuées dans les ruines de la fonderie de Houma dans l'État de en fer, exemples des productions de
131 l'artisanat métallurgique de la période
Jin . C'est le fait de l'excellente maîtrise de la technique de fonderie du métal avec
des Royaumes combattants.
moulage standardisé à laquelle sont parvenus les artisans chinois. L'utilisation d'un
nombre croissant d'outils en métal accélère le développement des activités
économiques, que ce soit l'agriculture, l'artisanat, la construction, l'extraction minière ou même le commerce par les échanges dont ils
font l'objet. Ceci explique sans doute aussi dans une lar
ge mesure l'avance matérielle et technique dont dispose la civilisation chinoise
132
à partir de cette période par rapport aux autres civilisations . L'activité métallurgique est à l'origine de la richesse de plusieurs
familles de grands entrepreneurs.

Durant la période des Royaumes combattants, la grande mutation est le développement de la sidérurgie, en particulier avec la
découverte de la fusion du fer. Il s'agit d'une révolution technologique, car, auparavant, seul le fer forgé était connu, obtenu par un
martelage laborieux d'une loupe obtenue au bas fourneau. La fusion du fer, alors obtenue par fusion dans des fours dédiés (il s'agit de
fours proches du cubilot), de loupes de bas fourneaux, donne naissance à un matériau nouveau, la fonte. On constate en effet
e 133
l'apparition d'objets en fonte sur les sites archéologiques dès le V siècle av. J.-C. (essentiellement des outils agricoles et des
134, 135
armes, mais aussi de la vaisselle, le bronze restant cependant courant ). L'adoption de la fonte par les Chinois et la découverte
de ses avantages vingt siècles avant les Européens induisent toute une dynamique de progrès divers : la fonte blanche, cassante, est
e 136
convertie en fonte malléable à partir du III siècle et les fours sont améliorés jusqu'à devenir, pendant la dynastie Han, au
er 130
I siècle av. J.-C., des hauts fourneaux capables de fondre directement leminerai .

Les échanges et la monnaie


Alors que dans les périodes précédentes le commerce est surtout celui des produits de luxe destinés aux élites, les échanges portent
maintenant de plus en plus sur des produits de consommation courante : les étoffes, les peaux, le cuir, le bois, le sel, ou même les
137
céréales . Ceci est dû au développement de l'agriculture et de l'artisanat ainsi qu'à la croissance démographique. D'où l'émergence
d'une classe marchande de plus en plus riche qui contribue à enrichir l'État par les taxes qui frappent de plus en plus les
marchandises, taxes parfois prélevées dans des marchés officiels contrôlés par le pouvoir politique. Les membres les plus puissants
de la classe marchande, dirigeant des expéditions commerciales très importantes, sont aussi de plus en plus influents puisque certains
d'entre eux obtiennent des charges importantes dans les cours royales. L'exemple le plus illustre est celui de Lü Buwei, premier
49
ministre de Qin et régent du royaume pendant la minorité de Ying Zheng . Comme lui, les marchands ont une influence croissante
sur la pensée politique et scientifique de leur temps, même s'ils ne sont pas toujours bien vus, notamment par les confucéens qui
affichent souvent un mépris prononcé à l'égard de la classe marchande. L'essor du commerce et l'usage de plus en plus répandu de la
monnaie amènent de nombreux penseurs de l'époque à développer des théories économiques et à créer des concepts rappelant ceux de
profit voire de marché prenant en compte les mécanismes de celui-ci (en particulier dans le Guanzi). Ces réflexions se nourrissent des
138
débats sur l'intervention de l’État dans les activités économiques, notamment par le biais de la taxation .

La croissance des échanges bénéficie des progrès techniques de la période avec des moyens de transport plus performants au
e 139
III siècle, grâce au perfectionnement de l'attelage et des roues à rayons . Différents moyens de paiement étaient employés depuis la
période précédente, certains se développant sous les Royaumes combattants. Les autorités émettrices n'étaient pas forcément des
États, qui n'ont alors aucun monopole de frappe de la monnaie. Souvent les monnaies semblent émises par des villes, sans doute les
marchands au sein de celles-ci. Quatre types d'objets en métal (bronze ou fer) servent de monnaie, répartis dans des aires
géographiques pouvant se chevaucher. Le plus ancien est le bu, en forme de bêches, utilisé dans les trois royaumes issus de Jin et
ceux de la Plaine centrale où ils s'étaient développés précédemment, ainsi que dans des régions
voisines. À Qi, Yan et Zhao (donc au nord-est) circulent les dao, en forme de couteau. Au sud, à Chu
et dans les régions voisines, on utilise des yibi, en forme de cauris et parfois des plaques en or de
forme carrée ou ronde. Les premières pièces de monnaie circulaires percées en leur centre circulent à
Zhou, Zhao et surtout à Qin (banliang) ; cette forme s'impose à l'époque impériale (les « sapèques »).
Plusieurs de ces monnaies disposent d'un trou permettant d'en attacher plusieurs par un fil pour former
des « ligatures », forme sous laquelle les sapèques circulent couramment par la suite. Enfin, les textes
e
réglementaires de Qin du milieu du III siècle indiquent que des rouleaux de tissu (bu) servent de
140
monnaie, autre pratique courante aux périodes suivantes de l'histoire chinoise . La place de ces
monnaies dans l'économie des Royaumes combattants reste à déterminer : elles semblent servir
surtout dans la sphère du pouvoir, que ce soit pour la rétribution de dignitaires et fonctionnaires ou le
versement des impôts par les sujets, ainsi que dans les pratiques funéraires puisqu'il s'en trouve parmi
les offrandes dans des tombes. Même si la monnaie sert de plus en plus dans les échanges courants
141
(surtout à partir du IVe siècle), l'économie n'est donc pas pour autant monétisée .
Dao, objets en forme
de couteau servant Les échanges des royaumes chinois avec les peuples voisins se développent au cours des IV
e
-
de moyen de e 142
III siècles . Cela profite avant tout aux États périphériques : Yan qui est en contact avec la
paiement, provenant
Mandchourie et la Corée ; Zhao et Qin avec les peuples des steppes du nord-ouest et par là vers l'Asie
du Yan.
centrale et même l'Inde ; Chu vers les régions méridionales de la Chine actuelle. Ces contacts
commerciaux vont de pair avec des conflits militaires qui portent en germe les futures expéditions
143
lointaines des empires Qin et Han .

Le développement des villes


La période des Royaumes combattants voit les villes se
développer : l'importance du phénomène est bien connue
grâce aux textes et surtout aux fouilles archéologiques
récentes de nombreux sites urbains. Il s'agit en premier
lieu des capitales des différents royaumes. Elles profitent
de cet essor à cause de leur statut politique et de la
volonté des chefs d'État. Les États changent souvent de
e e
capitale au cours des IV et III siècles, construisent des
villes nouvelles et les planifient en fonction de leurs
144
réformes politiques . Ainsi, au cours de la période de
grandes réformes de l'État de Qin sous le ministère de Plans schématiques deHandan (Hebei) et Linzi (Shandong),
Shang Yang, sa capitale se déplace de Lingtong à capitales des royaumes deZhao et de Qi, exemples de « villes
doubles » de l'époque finale des Royaumes combattants.
Xianyang, imitant Han, Wei et Zhao qui avaient fait de
même durant les décennies précédentes. Après la
conquête du Sichuan, le Qin y fait construire une capitale provinciale à Chengdu, sur le modèle de la capitale royale. Les facteurs
décisifs du développement des grandes villes sont la croissance démographique et le développement économique qui, de grands
centres politiques qu'elles étaient déjà, en font de plus de grands centres commerciaux et artisanaux, surpassant de beaucoup les
145
modestes centres urbains qu'ils étaient à la période précédente .

Parmi les plus vastes cités figurentHandan à Zhao, Ying à Chu avant sa prise par Qin et surtout Linzi, capitale de Qi, qui passait pour
être la plus vaste et aurait compté selon Sima Qian plus de 70 000 foyers, soit peut-être 350 000 habitants. Les fouilles ont révélé que
ses murailles mesuraient de 28 à 38 mètres de large, prolongées par un large fossé. Elles s'étendaient sur environ 16 kilomètres de
146
long, enserrant un espace de plus de1 600 hectares .
Les capitales sont traditionnellement dominées par un quartier palatial isolé par des
murailles internes et construit en hauteur sur une plateforme, montrant la
prééminence du pouvoir politique dans le paysage urbain, renforcée par l'érection de
hautes portes-tours (que). À partir de ce principe s'est développé un modèle de
« ville double », dans lequel était adjointe à l'ancienne enceinte une nouvelle abritant
généralement le centre du pouvoir organisé autour du palais, qui se différencie donc
du reste de l'espace urbain. Par exemple, à Linzi le secteur palatial s'étend sur

Tentative de reconstitution en environ 300 hectares regroupant le palais royal et ses dépendances (dont des ateliers
147
maquette de la ville deLinzi, capitale monétaires), tandis que le reste de la ville recouvre environ 1 300 hectares . Cette
du royaume de Qi. Premier plan : organisation est le reflet de la société urbaine qui s'est alors mise en place, reposant
espaces marchands et artisanaux. sur une séparation plus nette entre ceux qui exercent des fonctions politiques et ceux
Au fond : le complexe palatial avec qui exercent des activités artisanales et commerciales, de statut moins honorable. La
les pavillons sur terrasse.
partie dominée de la ville est aussi celle où se retrouvaient des gens plus démunis
ainsi que des troupes de brigands, représentant une menace potentielle pour la partie
148
dominante lors des périodes de tensions .

L'intérieur des villes est organisé autour de larges avenues menant aux portes de la ville, d'où part une nébuleuse de ruelles étroites.
Son organisation est mal connue car les fouilles se sont avant tout concentrées sur les lieux de pouvoir. Quelques zones résidentielles,
147
commerciales et artisanales, ont néanmoins été mises au jour .

Lettres et pensée : une période fondatrice

Une période propice aux débats intellectuels


La période des Royaumes combattants voit l'épanouissement de nombreux courants
de pensée, dans le contexte de foisonnement intellectuel qui la caractérise. Plusieurs
courants se développent qui occupent une place déterminante dans l'histoire de la
pensée chinoise. D'autres courants restent sans postérité malgré un certain succès à
leur naissance. Ces courants ont en fait été caractérisés à l'époque Han, et les écrits
documentant leur pensée ont reçu une forme stable à cette même période. Mais ils
reflètent bien la mise en place d'un contexte intellectuel riche, souvent en rupture
(plus ou moins assumée) avec l'héritage antique et très marqué par les tendances
politiques. Confucius entouré de ses disciples
en train d'étudier, selon une vision
idéalisée de la période de ladynastie
Maîtres et écrits philosophiques Ming (1368-1644).

La période des Royaumes combattants est marquée par des personnages ayant
149
obtenu un grand renom pour leurs réflexions, qui peuvent être qualifiés de « penseurs » ou de « philosophes » . Les textes chinois
leur attribuent le statut de « maître » (zi, zhuzi), dont les réflexions lequel apparaissent dans des ouvrages synthétisant leur pensée et
qui portent en général leur nom (par exemple le Mozi de « Maître Mo », ou le Xunzi de « Maître Xun »). Sur la forme, ces textes se
présentent en général comme des restitutions de l'enseignement des maîtres, souvent sous forme de conversations entre celui-ci et
d'autres personnes, les mettant en scène dans le rôle de protagoniste principal (cas de Confucius, Mencius, Mozi, Zhuangzi), hommes
de discours et non d'écrits puisqu'il est rare qu'un maître soit présenté comme l'auteur de l'ouvrage censé contenir son
150
enseignement . Les Entretiens de Confucius sont ainsi une compilation de préceptes et d'anecdotes courtes mettant en scène ce
151
maître, arrangés en une vingtaine de chapitres sans principe directeur .

En fait plus que la pensée des maîtres, c'est celle de ces ouvrages qui est étudiée, vu qu'ils sont pour la plupart des œuvres composites
constituées sur plusieurs générations à partir d'enseignements transmis oralement, puis couchés par écrit par diverses personnes, et
remaniés puis compilés jusqu'à leur version stabilisée, sans auteur unique. Les versions connues sont pour la plupart le produit d'un
travail d'édition des lettrés de l'époque Han (mais le Zhuangzi est édité plus tard, au début du IVe siècle de notre ère), qui ont procédé
à des sélections, des classements et des compilations, afin d'éliminer parmi le large corpus de documents sur lamelles de bambou et
de bois qui circulait à leur époque ceux dont qui revendiquaient refléter l'enseignement de ces maîtres mais dont l'origine et
152
l'attribution leur paraissaient douteuses . Les travaux de la critique textuelle moderne, permettant de resituer plus précisément dans
le temps l'origine de ces textes et le cas échéant leurs différentes phases de rédaction et de compilation, indiquent néanmoins qu'ils
sont en général constitués en partie et même parfois en totalité de textes trop tardifs pour être attribuables à l'époque du maître
153
éponyme ou de ses disciples, s'écartant parfois de leur pensée d'origine ; ainsi le Guanzi, qui tire son nom d'un célèbre ministre du
e e er
VI siècle, est composé de parties datables du V au I siècle, et son contenu ne doit probablement rien aux enseignements de ce
154
maître . Les biographies des penseurs des Royaumes combattants rapportées sous les Han (avant tout dans les Mémoires
historiques) sont utiles pour mieux les connaître, mais elles comprennent dans plusieurs cas des invraisemblances, quand il ne s'agit
155
pas d'éléments légendaires comme dans le cas de Laozi, au point qu'il est autorisé de douter que ce personnage ait existé . Une
évolution se produit néanmoins dans les derniers temps de l'époque pré-impériale, avec l'apparition d'exposés plus construits,Xunzi
le
et le Han Feizi, dont les chapitres se présentent sous la forme de traités théoriques abordant des sujets précis, et dont l'essentiel du
156
contenu philosophique voire de sa mise par écrit peuvent être attribués à un auteur
-penseur unique .

De fait il reste difficile d'apprécier quel était leur contenu et la façon dont étaient reçus ces textes sous leurs premières formes de
l'époque des Royaumes combattants. Les découvertes archéologiques effectuées dans des tombes anciennes peuvent néanmoins
apporter des éclairages sur les versions qui circulaient effectivement à la période pré-impériale et l'évolution de la pensée à cette
période : plusieurs textes datés de la fin du IVe siècle furent ainsi retrouvés dans un tombeau à Guodian dans le Hubei en 1993, dont
une version du Daodejing de Laozi attestant d'un état précédant celui de sa version classique, cette dernière étant en revanche attestée
157
parmi les textes trouvés dans une tombe deMawangdui, datée du début du IIe siècle .

Des réflexions à finalité politique


158
La relation des penseurs au pouvoir politique est essentielle dans le développement de leurs réflexions . Ils proviennent du milieu
des lettrés qui occupent des fonctions diverses au service du pouvoir : exercice de responsabilités dans l'administration, célébration de
rituels, expertise militaire, conseils politiques, tenue d'archives et rédaction de textes officiels, etc. Ils bénéficient d'une relative
autonomie dans leurs mouvements : ils peuvent se déplacer de cour en cour, changer d'allégeance, ou même dans quelques rares cas
159
se retirer de la vie publique, la tradition rapportant ainsi que Zhuangzi aurait refusé un poste important proposé par le roi du Chu .
Les rois et les puissants politiques cherchent de ce fait à attirer les lettrés les plus renommés pour bénéficier de leurs conseils et
asseoir leur prestige en se les attachant. Les fameux Quatre Seigneurs des Royaumes combattants entretiennent ainsi une cour de
lettrés. Le roi Xuan duQi, à la fin du IVe siècle, héberge quant à lui les plus grands esprits de son temps dans un pavillon de Linzi. Ce
160
lieu, propice au développement de débats, devait passer à la postérité sous le nom d'« Académie Jixia », et jouer un rôle majeur
dans le développement de la pensée à cette époque. Plus tard, le grand ministre Lü Buwei du Qin réunit à la cour les plus grands
lettrés de son temps pour leur faire rédiger les Printemps et Automnes de Lü Buwei ; il a pour ambition de rassembler tous les savoirs
161
dans cet ouvrage encyclopédique, achevé en 239 .

Les idées de l'époque des Royaumes combattants sont donc formulées dans un contexte de liberté et d'intensification des débats
politiques, dans lesquels les esprits les plus brillants s'affrontent souvent directement, cherchant à montrer leur prééminence par la
162
qualité de leur discours et leur argumentation . Le travail des penseurs est donc à finalité politique d'abord, au service de l'État
alors en pleine réorganisation et auquel ils proposent différentes pistes de réformes politiques et sociales, préparant en quelque sorte
163
l'unification politique en proposant un idéal de souverain unique gouvernant un pays unifié et centralisé . Ils souhaitent contribuer
au bien-être du peuple par leurs projets, notamment en contribuant à la pacification de la société, à sa mise en ordre et à son
164
amélioration morale . Du reste toute la littérature de la période à vocation historique et mythologique (voir plus bas) traduit ce
165
même arrière-plan politique .

La vie et la pensée des maîtres de ce temps reflètent aussi le contexte des rivalités croissantes entre des royaumes de mieux en mieux
166
organisés, des conflits de plus en plus violents, du rejet de la tradition ancienne . L'évolution des idées semble suivre celle de la
situation politique et l'histoire de la pensée des Royaumes combattants peut être divisée en deux périodes. Selon A. Cheng, la
première période est caractérisée par une pensée plus spéculative (Zhuangzi, Mencius, logiciens) alors que la seconde, influencée par
e e
le « durcissement des enjeux politiques » de la seconde moitié du IV siècle et du III siècle, est moins idéaliste, plus tournée vers
167
l'action, plus polémique aussi (Laozi, Xunzi et les légistes) . On retrouve plus largement dans la Chine de cette période des
tendances similaires à celles qui se retrouvent dans d'autres régions du monde vers la même période (Grèce, Inde, Israël), renvoyant
au concept d'« Âge axial » développé par K. Jaspers : division politique entre plusieurs États rivaux, générant une situation très
conflictuelle, et mettant fin à un ordre ancien (ici celui hérité des Zhou de l'Ouest) qui est questionné par les penseurs qui cherchent à
168
trouver une nouvelle « voie » .

Courants, traditions et concepts communs

Il n'y a pas vraiment de courant de pensée structuré disposant d'une identité forte à l'époque des Royaumes combattants, hormis à la
rigueur ceux des héritiers de Confucius et de Mozi qui ont une tradition durable de maîtres formant des disciples devenant à leur tour
maîtres. À vrai dire, l'époque pré-impériale ignore ce genre de classification : ces courants de pensée devaient être distingués, classés
et nommés par les lettrés de la période de la dynastie Han, à commencer par Sima Tan (m. v. 110 av. J.-C.) qui distinguait six
principales « écoles » (jia) : celles du yin et du yang, des lettrés (confucianistes), des moïstes (disciples de Mozi), des nominalistes,
169
des légistes et des taoïstes .

Les écrits de pensée font souvent référence à des traditions identiques, mêlant un héritage de littérature ancienne, notamment les
ouvrages de la cour royale des Zhou occidentaux (Livre des documents, Livre des Odes, Livre des Mutations), citant des anecdotes
historiques issues des textes historiographiques et rapportant des faits édifiants et les accomplissements de personnages antiques pris
170 171
pour modèles ou contre-modèles , ainsi que divers récits issus du fonds mythologique chinois . Est mobilisé un ensemble de
concepts sinon identiques du moins proches, bien qu'un même terme puisse avoir un sens différent selon l'auteur, ce qui les rend
172
difficilement traduisibles : li (« rite »), de (« vertu »), dao (habituellement traduit par « voie »), qi (une sorte de « souffle »), ren
(« humain » ou « sens de l'humain »), yi (« juste » ou « sens du juste »), les idées de mutations et de rythmes cycliques (avec
notamment les concepts deyin et yang), etc., se retrouvent ainsi chez divers auteurs.

Bien que les idées circulent entre les royaumes en même temps que les hommes qui les formulent, certaines pensées semblent avoir
été liées à un contexte géographique déterminé, car les différences culturelles de la Chine des Royaumes combattants affleurent dans
les textes des auteurs et certaines tendances semblent avoir une assise régionale bien précise (le maître en est originaire ou c'est là que
les études se développent). Les confucianistes proviennent du Lu natal de Confucius et nombre de ses disciples, où la pensée
ritualiste conserve un ancrage fort ; ils ont une grande influence dans la Plaine centrale (à
Wei et Qi). Le légisme est plus représentatif
des trois Jin et surtout de Qin. Les théories naturalistes, voire occultes, notamment l'« école du yin et du yang », sont bien
développées à Qi (notamment autour de l'académie Jixia) et Yan. La pensée de Zhuangzi et du futur taoïsme est manifestement
173
marquée par les traditions de Chu où la réflexion sur la nature prend aussi beaucoup de place .

Les principaux penseurs et leurs idées


C'est donc dans cette effervescence que naissent de nombreux courants de pensée, justifiant l'expression des « Cent écoles » des
Royaumes combattants qui fut formulée par la suite. Il s'agit maintenant de voir quels sont les plus marquants, sans revenir sur ceux
déjà évoqués (l'« école des stratèges » et l'« école de la diplomatie »). Les limites entre toutes ces mouvances ne sont pas nettes et
leur catégorisation, entamée par les lettrés de ladynastie Han, bien qu'utile, masque dans une certaine mesure leur diversité.

Confucius et ses héritiers

Le premier courant à mettre en avant est l'école de Confucius, amenée à jouer un rôle capital dans l'histoire chinoise, où elle est
souvent présentée comme l'« école des lettrés » (rujia). Elle trouve son origine dans les enseignements de Confucius (version
174
latinisée de Kong zi, « maître Kong »), qui a vécu à la fin des Printemps et Automnes (551-479 selon la tradition) . Il n'a jamais
écrit d'ouvrage qui aurait synthétisé sa pensée, même s'il passe pour avoir remanié plusieurs des ouvrages « classiques ». Ce sont ses
successeurs qui se sont chargés de mettre en forme son enseignement, notamment dans le Lunyu (Entretiens de Confucius), collection
175
de préceptes et d'anecdotes qui a pris sa forme définitive au plus tard à l'époque Han . La pensée de Confucius se veut un retour à
l'ordre ancien, à la tradition qu'il voit se dégrader avec la déliquescence des cadres politiques traditionnels. L'homme est au centre de
sa philosophie et, pour lui, la société n'atteindra son harmonie que par l'étude, le rétablissement et le respect des rites, la rectification
des noms. Cela permettra de créer des gens moralement irréprochables, compétents, qui mériteront d'occuper les charges importantes
dans les royaumes à la place des élites héréditaires.
L'enseignement de Confucius a connu le succès après sa mort, il a été
repris par ses disciples, notamment Zengzi qui a rédigé la Grande « Or, parmi les meneurs d'hommes d'aujourd'hui,
Étude (Daxue), ou encore Zi Si (petit-fils de Confucius) a qui est il n'en est pas un qui ne prenne plaisir à
attribué l'Invariable Milieu (Zhong Yong). Plusieurs textes retrouvés massacrer. S'il s'en trouvait un seul qui n'y prît
pas plaisir, alors le peuple de l'empire tout entier
dans une tombe de Guodian (Hubei) semblent relever de ses
177 se retournerait et tous les regards convergeraient
enseignements , qui ont influencé ceux de son disciple Mencius
sur lui. En vérité, s'il en était ainsi, le peuple
(Mengzi, 380-289), l'un des penseurs majeurs du confucianisme, en viendrait vers lui, pareil à l'eau qui coule
portant la réflexion sur la qualité des hommes, le sens de la droiture et naturellement vers le bas. Et quand l'eau tombe
la sagesse. Mencius croit profondément en la bonté naturelle de à flots, qui pourrait s'y opposer ? »
l'homme, dont il faut éviter la corruption en l'éduquant correctement
Gouverner par la bonté et s'attirer la faveur du
afin que la société se développe harmonieusement. Si un gouvernant se 176
peuple, d'après Mencius .
montre indigne moralement, le peuple a le droit de le destituer, car il a
178
perdu le Mandat du Ciel . Le deuxième penseur majeur du
confucianisme des Royaumes combattants est Xunzi (310-230), qui
179
peut être considéré comme le pendant pessimiste de Mencius . Rédacteur du premier ouvrage à ne pas être présenté sous la forme
d'une discussion ou d'aphorismes mais exprimant directement ses idées, Xunzi pense que la nature humaine est mauvaise et propose
de l'améliorer par l'éducation et les rites suivant la tradition confucéenne, mais aussi par la loi, idée d'inspiration légiste. Les écrits de
Xunzi ont été particulièrement influents dans l'affirmation du confucianisme des premiers empires chinois, tandis que ceux de
Mencius ont été repris par la tradition néo-confucéenne qui l'a emporté sous la dynastie Song. Intégrés dans les textes canoniques, ils
contribuent par là à la prééminence de ce courant de pensée dans le monde chinois.

Mozi et les moïstes

Mozi (460-400), vivant peu après Confucius et opposé à la pensée de ce dernier, est à l'origine du courant moïste, qui est
180
particulièrement influent durant la période pré-impériale mais disparaît ensuite . D'origine modeste, apparemment issu d'un milieu
d'artisans, il dénonce les inégalités sociales, pense que l'être humain est par nature égoïste, doit être en conséquence discipliné et
moralisé à travers des pratiques ascétiques dans une organisation sociale autoritaire valorisant l'altruisme (et non par les rites). Mozi
pense que le Ciel surveille les humains en permanence, envoie des démons les châtier s'ils agissent mal. À sa suite, ses disciples
forment un mouvement organisé en groupes vivant dans la frugalité et l'égalitarisme, professant le pacifisme, passés experts dans l'art
de la poliorcétique pour défendre les cités injustement attaquées. Certains moïstes s'illustrent également dans le domaine de la
logique.

L'école des noms

L'« école des formes et des noms » (ses penseurs sont considérés tantôt comme des sophistes, tantôt comme des logiciens) s'affirme
dans les écrits moïstes et aussi dans ceux de Hui Shi (380-305) et Gongsun Long (333-250). Elle propose une méditation sur le
181
langage, les noms et l'art du discours en général qui, une fois suffisamment maîtrisé, permettrait de bien diriger la politique . Le
langage est important parce qu'il permet d'édicter des normes, de convaincre et pas seulement de désigner les choses de façon vraie
ou fausse. Le Gongsun Longzi reste célèbre pour la vigueur de ses raisonnements ainsi que les paradoxes qu'il formule (« cheval
blanc n'est pas cheval »). Ce courant, important durant les Royaumes combattants, n'a cependant pas de postérité.

Le légisme

L'« école des lois », ou légisme, représente le courant de pensée le plus orienté pratiquement et théoriquement vers la réflexion
183
politique . Il est le seul à compter parmi ses représentants les plus fameux des ministres importants, tels que Li Kui, Shen Buhai ou
184
Shang Yang . L'œuvre considérée comme fondatrice du légisme par les penseurs qui s'en réclament, le
Guanzi, est attribuée à Guan
Zhong, célèbre ministre du Qi durant la période des Printemps et Automnes, bien qu'elle soit vraisemblablement le résultat d'une
154
compilation beaucoup plus tardive de sources diverses datant de la période des Royaumes combattants . Quant à l'œuvre maîtresse
de ce courant, elle a été rédigée par Han Feizi, issu de la noblesse du Han et disciple de Xunzi ayant adopté certaines conceptions
185
proches du taoïsme . Les légistes partent d’une analyse de la société telle qu'elle est et proposent la manière la plus efficace de la
gouverner par un renforcement des institutions politiques qui doivent
« Les hommes ne sont gouvernables que parce
s'imposer à toute la société. L'instrument essentiel en est la « loi » (fa),
qu'ils ont des passions. Aussi un prince doit-il
qui doit s'appliquer à tous sans distinction, pour permettre à l’ordre de
porter attention aux convoitises de ses peuples.
régner et au royaume de gagner en puissance. Le système s'appuie sur C'est sur elles que repose toute l'efficacité du
des méthodes autoritaires, notamment la crainte inspirée par les peines système des peines et des récompenses : étant
infligées aux personnes ne respectant pas la loi et sur les récompenses dans la nature des hommes de convoiter les
escomptées par ceux qui agissent de leur mieux pour le compte de récompenses et de redouter les châtiments, le
prince peut espérer, grâce à eux, canaliser les
l'État. Le légisme est souvent lié à l'ascension du royaume du Qin et à
forces de ses sujets. »
la fondation de l'empire, cet État ayant eu pour premiers ministres deux
représentants majeurs de ce courant, Shang Yang et Li Si (un autre Gouverner par les peines et les récompenses,
182
disciple de Xunzi). d'après Han Feizi .

Les précurseurs du taoïsme

Deux penseurs majeurs de la période des Royaumes combattants ont


« Laisse tomber la promotion des plus capables
été ultérieurement rattachés au courant ensuite qualifié de « taoïsme », Le peuple cessera de batailler
ou « école du dao », cela à partir de la dynastie Han, bien que ces Ne valorise pas les choses rares
penseurs n'aient pas le monopole du concept de dao (« voie ») et ne Le peuple cessera de dérober
forment pas à proprement parler une école de pensée à l'époque pré- N'exhibe pas ce qui porte à la convoitise
impériale. Il s'agit de Laozi et de Zhuangzi. Bien que la tradition veuille Le peuple aura l'esprit en paix
Ainsi se présente le gouvernement du Saint :
que le premier ait vécu avant le second, il se pourrait que le Zhuangzi
187 Faire le vide dans les esprits
e
ait été rédigé avant le Laozi, au IV siècle . Cet ouvrage, reconnu Faire le plein dans les ventres
pour ses grandes qualités littéraires, se divise en chapitres « internes » Affaiblir les volontés
attribués à « Maître Zhuang » et en chapitres « externes » et « mixtes » Fortifier les os
sans doute remaniés ou rédigés par d'autres. À la différence de ce qui Garder à tout jamais le peuple du savoir et du
est prôné par les doctrines de l'époque, il privilégie le rapport des désir
Faire en sorte que les malins n'osent rien faire
humains avec la nature, se détachant de la société pour rechercher le
Agir par le non-agir
dao, la « voie » naturelle des choses. Le Laozi ou Daodejing (« Livre Et tout sera dans l'ordre. »
188
de la voie et de la vertu ») est une succession de poèmes qui font du
dao un principe cosmique supérieur à l'origine de l'Univers et auquel Gouvernemer par le « non-agir » d'après le
186
retournent toutes choses. Y est préconisé le « non-agir » (wuwei), vu Laozi .
comme la meilleure manière de gouverner la société en évitant de
contrarier le dao. Avec le Laozi et le Zhuangzi comme textes fondateurs
intégrés dans un même courant de pensée, le taoïsme devient à l'époque
impériale une religion, principale alternative au confucianisme triomphant (et avant l'arrivée du
bouddhisme).

Courants cosmologistes

La pensée de Laozi et surtout celle de Zhuangzi sont significatives du succès des tendances naturalistes et cosmologistes qui
s'imposent à la fin de la période des Royaumes combattants. Leurs principes réflexifs dominent manifestement d'autres œuvres
189
contemporaines importantes comme le Guanzi rédigé dans les cercles de l'académie Jixia où l'on sent en particulier l'influence de
161
Zou Yan, représentant de l'« école du yin et du yang » ainsi que les Printemps et Automnes de Lü Buwei d'où ressortent
190
probablement les idées de Yang Zhu . Ces courants de pensée reposent sur plusieurs concepts censés expliquer l'organisation du
cosmos que l'on retrouve couramment à cette époque dans la pensée et la religion : le qi, énergie vitale traversant tout l'univers et les
êtres vivants, le yin et le yang (principe de deux forces contraires liées et interdépendantes), les Cinq Phases. Toutes les parties de
l'univers sont conçues comme se modifiant sans cesse, se recomposant en de nouvelles positions qu'il faut chercher à connaître voire
à influencer (voir plus bas). Sur cette base, les penseurs naturalistes et cosmologistes élaborent des réflexions ésotériques et des
systèmes en vue tant d'expliquer l'univers que d'en tirer des interprétations politiques concluantes. Ils s'appuient aussi sur la
191
divination traditionnelle qui est réinterprétée, avant tout celle du Livre des mutations (Yijing) . Certaines de ces réflexions se
retrouvent plus tard dans letaoïsme religieux.
Une période de création littéraire
Bien que soit souvent mis en avant le rôle crucial de la période des Royaumes combattants dans le domaine de la pensée, cette
époque voit plus largement une diversification des usages de l'écriture que l'on retrouve dans toute la production littérature. Bien que
des incertitudes pèsent sur la datation de la plupart des textes attribués à l'époque pré-impériale qui ont en général une histoire
complexe, les textes retrouvés dans les tombes de cette période ou le début de la suivante, rédigés sur des supports en bronze, bois ou
bambou, témoignent d'une évidente diversité : inventaires d'offrandes pour les funérailles, rituels de divination, traités de stratégie, de
192
médecine, de mathématique, textes juridiques, chroniques, etc. Si les lettrés rédigent et utilisent des ouvrages inspirés directement
de ceux des périodes anciennes, avant tout dans le domaine de l'histoire et des rituels, ils produisent aussi des textes neufs
(commentaires, récits, ouvrages lexicographiques), qui attestent d'une grande créativité. Cette diversification des textes ne rend pas
facile leur classification : souvent le même ouvrage peut rentrer dans des catégories diverses, notamment quand il s'agit d'ouvrages
composites contenant des textes de natures très différentes, ou bien de commentaires qui peuvent être rattachés à des courants de
pensée. Les visées politiques sont en effet sous-jacentes à une bonne partie de la production littéraire.

Textes historiques

La catégorie des textes historiographiques est apparemment l'une des plus populaires dans les cercles lettrés des Royaumes
193
combattants . Parmi ce genre, se trouvent les écrits des scribes des cours royales, qui rédigent des annales, sur le modèle des
Annales des Printemps et Automnes qui est en fait un texte annalistique du pays de Lu. Il semble que chaque cour importante ait eu
ses propres annales, mais la grande majorité de celles-ci a disparu. Les annales du royaume de Wei ont été retrouvées dans une tombe
3
en 279 apr. J.-C. écrites sur du bambou, d'où leur surnom d'« Annales de Bambou » (Zhushu Jinian) . Celles de Qin ont été reprises
2
pour fournir la base des Mémoires historiques (Shiji) de Sima Qian sous les Han . Il s'agit de textes rapportant en termes brefs des
événements année par année dans l'ordre chronologique.

Le Commentaire de Zuo (Zuo Zhuan), est un ouvrage à l'histoire débattue, désormais plutôt considéré comme datant de l'époque pré-
impériale, qui fut sous la dynastie Han considéré comme un commentaire des Annales des Printemps et Automnes car il recouvre en
gros la même période, mais a un contenu plus vivant s'appuyant sur des récits et discours remarquablement écrits, ayant servi de
194, 195
modèle pour les Mémoires historiques de Sima Qian . Ce texte n'a pas simplement pour but de rapporter des faits anciens, mais
196
a avant tout une visée moralisatrice, les cas décrits ayant un rôle exemplaire . Les Adages des Royaumes (Guo Yu) sont l'autre
grand ouvrage historique daté des Royaumes combattants, constitué de discours et également à finalité morale, reflétant sans doute un
197, 198
idéal confucéen . Autre traité politique (et aussi militaire) reposant sur des exemples historiques daté de cette période : les
199
Restes des documents des Zhou (Yi Zhou shu) . Dans un style voisin, des compilations de textes relatifs à des stratagèmes
politiques provenant de l'histoire des Royaumes combattants et relevant de l'école de la diplomatie circulaient sous la forme
d'anecdotes ou récits édifiants, de correspondance, de dialogues ou d'exposés d'arguments plus théoriques ; certains ont été retrouvés
dans des tombes de Mawangdui ou ont servi de base à la rédaction des Stratagèmes des Royaumes combattants (Zhanguoce) sous les
200
Han occidentaux . Les textes des penseurs faisaient du reste couramment usage d'anecdotes historiques pour illustrer leurs
170
propos .

Textes rituels et techniques

Parmi d'autres textes visant à décrire le passé pour servir d'exemple aux générations actuelles et futures, il convient de mentionner les
Rites de Zhou (Zhouli ou Zhouguan), description idéalisée de l'administration des Zhou occidentaux et des tâches exécutées par ceux
qui en sont membres (en particulier les rituels). Il date manifestement de la période des Royaumes combattants même si par la suite la
201
tradition chinoise qui l'a élevé au rang declassique en a fait un document issu de la cour des premiers roisZhou .

Les textes rituels faisaient également partie du corpus de textes de cette période, comme le célèbre Livre des Mutations (ou Mutations
des Zhou, Zhou Yi), ouvrage divinatoire dont les origines remontent à la fin de la période des Zhou de l'Ouest et qui fait alors l'objet
202
d'une réinterprétation suivant les nouvelles conceptions religieuses . Certains textes rituels perdus ont été repris sous les Han dans
203
les Rites et Cérémonies (Yili), un autre « classique » qui a été attribué aux Zhou . D'autres textes techniques, pour d'autres formes
de divination (astrologie, hémérologie) ou la médecine/exorcisme, devaient exister mais ne sont connus avec certitude que pour les
débuts de l'époque impériale (voir plus bas). Le Classique interne de l'empereur Jaune (Huangdi Nei Jing), ouvrage fondamental de
la médecine chinoise traditionnelle, est vraisemblablement daté de la période des Han antérieurs et non pas de celle des Royaumes
204
combattants comme on l'a longtemps pensé .

Poésie

La poésie est illustrée par un chef-d'œuvre, qui demeure un classique de la littérature chinoise, les Élégies de Chu (Chuci), ayant
205
exercé une influence profonde sur la poésie de l'époque Han (notamment dans le développement du genre du fu) . Il s'agit d'un
recueil de poèmes rédigés par des auteurs venant du Chu, au premier rang desquels Qu Yuan (343-277) et son disciple Song Yu. Ils
ont été compilés aux IIe et Ier siècles par Wang Yi et Liu Xiang. Il s'agit pour la première fois d'une poésie exprimant les sentiments
personnels de l'auteur, comme dans le plus célèbre d’entre eux, la Tristesse due à l'éloignement (Lisao), récit mélancolique
probablement inspiré par l'exil que subit Qu Yuan, critiquant l'attitude injuste et médisante des courtisans opposée à la pureté de
l'esprit de l'auteur. Les Neuf Chants (Jiu ge) dépeignent quant à eux les pratiques religieuses originales du Chu, teintées de
chamanisme. Le Xunzi (également compilé par Liu Xiang) comprend par ailleurs un chapitre avec des poèmes.

Récits folkloriques et mythologiques

Certains textes recueillent une littérature orale dont la majeure partie est irrémédiablement perdue. Ils ne sont pas nombreux mais
témoignent du développement de plusieurs genres littéraires majeurs des périodes postérieures. Ainsi, le long Livre des monts et des
mers (Shanhaijing), dont les premières parties au moins remontent à l'époque pré-impériale est une sorte de description de la
géographie de la Chine antique sous un angle mythologique, rapportant des récits merveilleux et des rituels liés aux lieux décrits à
206
côté d'informations plus terre-à-terre (distances, aspects, faune, flore) . La Chronique du Fils du Ciel Mu (Mu Tianzi Zhuan)
racontant les exploits du roi Mu des Zhou, retrouvé en 281 de notre ère dans une tombe et rédigé (au moins pour sa majeure partie)
207
vers le milieu du IVe siècle, peut être considérée comme le premier roman chinois connu .

Ces textes illustrent l'existence d'un folklore chinois : une géographie mythique qui apparaît alors (notamment dans les contrées
occidentales comme les monts Kunlun) et l'histoire de héros civilisateurs servant de modèles politiques (comme l'Empereur jaune et
Yu le Grand), qui sont souvent présents dans toutes les œuvres littéraires, notamment les textes philosophiques et religieux, sans pour
171, 165
autant que la littérature mythologique ne jouisse d'une popularité égale à celle de nature historiographique .

Lexicographie

Enfin, il convient de mentionner le fait que la lexicographie chinoise s'élabore progressivement à la fin de l'époque pré-impériale,
mouvement qui aboutit dans le courant du IIIe siècle à la rédaction de l'Erya (Index des sens corrects). Il s'agit du premier traité de
lexicographie chinois classant des synonymes à partir de recensions des textes classiques qui constituent le cursus des étudiants à
208
cette époque. Il devait être inclus à l'époque impériale parmi les textes canoniques .

Religion et philosophie de la nature


Le fait religieux dans la Chine ancienne tourne autour des relations entre les humains et le monde des esprits (shen). Ces croyances
s'expriment à travers divers rites de contact, les plus importants étant traditionnellement le sacrifice accompagné de chants, de
209
musiques, de danses et la divination . La période des Royaumes combattants voit s'affirmer diverses évolutions profondes de la
religiosité chinoise, qui s'articulent autour d'une nouvelle perception de l'univers, de ses mécanismes, des rituels et autres usages
suivis par les humains en accord avec le cosmos. S'élabore alors ce qu'on peut caractériser comme un système de « philosophie de la
nature » dont les principes, d'une part, influencent des pratiques qui seraient caractérisées comme « religieuses » d'un point de vue
210
contemporain, et d'autre part, commandent l'évolution de disciplines qui seraient vues comme « scientifiques », telle la médecine .
En réalité, c'est tout un système disposant de sa rationalité propre et qui, embrassant des domaines aussi variés que la divination,
l'hémérologie, l'astrologie, l'exorcisme, la médecine, etc., joue un rôle crucial dans le développement des sciences chinoises,
211
entendues ici dans un sens large .
Certains textes nous informant sur la religion des Royaumes combattants ont été par la suite modifiés suivant des conceptions qui ont
pu différer de celles de leurs premiers rédacteurs. C'est particulièrement vrai pour les ouvrages canoniques des rituels des Zhou :
remaniés par les lettrés confucéens, ils ont été marqués par leur esprit profondément ritualiste qui est pourtant loin d'être partagé par
toutes les écoles de pensée pré-impériales. Mais le domaine de la religion et de la philosophie naturelle est peut-être celui qui a le
plus bénéficié des récentes découvertes de textes et œuvres d'art dans les tombes antiques. Des textes astrologiques, hémérologiques
et médicaux, mettant en lumière des pratiques jusqu'alors mal connues, ont permis d'approfondir nos connaissances relatives à ces
sciences. C'est notamment le cas de ceux exhumés à Shihuidi dans le Hubei et à Mawangdui dans le Hunan, datés des débuts de la
période impériale et donc proches de celle des Royaumes combattants. Si les écrits techniques se sont considérablement développés
sous les Royaumes combattants, c'est à l'instigation non seulement des spécialistes de ces différentes disciplines — scribes,
spécialistes des rituels, devins, astrologues, « physiciens » (médecins), chamans/sorciers — mais aussi des élites nobles et
212
administratives comme en témoigne la découverte de ces textes dans leurs tombes .

Le monde des esprits et la cosmologie

Esprits de la nature et des ancêtres

Les « divinités » des anciens Chinois, plutôt désignées comme étant des « esprits » (shen) sont un ensemble hétéroclite peuplant
213
toutes les parties de l'Univers . Ils se trouvent un peu partout sur la Terre : les cours d'eau, les montagnes, les points cardinaux, le
sol, le grain, les animaux, etc. ont un aspect sacré qui entraîne leur vénération sous les traits d'un esprit. Les humains aussi pouvaient
devenir des esprits à leur mort : c'est le cas des rois ou des ministres sages ayant vécu dans un passé légendaire, comme Shennong le
divin laboureur, Huangdi l'Empereur jaune, ou encore Yu le Grand qui a permis la maîtrise des crues des fleuves, considérés comme
171
des modèles de sages et de dirigeants d'États en fonction des préoccupations des lettrés de l'époque . L'autre grande catégorie
d'esprits humains vénérés dans la Chine antique, ce sont les ancêtres familiaux qui, après leur mort, continuent d'être associés aux
destinées de leur famille, les conceptions religieuses chinoises ne dressant pas de barrière infranchissable entre les vivants et les
morts. La vénération des fondateurs du lignage et des quatre ascendants du chef de famille actuel, qui dirige ce culte en présence du
reste de la famille, est au centre de ces conceptions religieuses. Enfin, le ciel est également habité par une foule d'esprits, notamment
les astres et on y trouve la principale divinité de la Chine de la période des Zhou, le « Ciel » ian),
(T ou « Seigneur du Ciel », Tiandi.

Depuis l'époque des Shang et des Zhou, le culte des ancêtres est de loin le plus
attesté par les sources et semble primer chez les souverains et les élites. Il s'agit d'un
moyen d'affirmer la cohésion et le prestige des lignages — qui sont socialement
centraux — autour de leurs fondateurs. Mais les recompositions politiques et
sociales à l'œuvre tout au long de la période des Zhou de l'Est mettent cette centralité
en question. Tout d'abord, la primauté des ancêtres de la maison Zhou sur ceux des
autres lignages est rejetée de la même manière que leur autorité politique : les
Lamelles de bambous retrouvées à
nouveaux lignages royaux mettent en place un culte des ancêtres autonome
Guodian (Hubei) portant le texte
magnifiant leurs propres ancêtres, quitte à élaborer une généalogie faisant remonter cosmogonique « Le Grand Un T ( ai
le lignage à un ancêtre légendaire prestigieux choisi parmi les « sages » anciens ou Yi) donne naissance à l'eau », v. 300
même les esprits de la nature. Les rois de Chu se disent ainsi descendants de Yi Yin, av. J.-C., musée provincial du Hubei.
ministre du fondateur de la dynastie Shang et même du « Grand Un » (Tai Yi),
214
divinité céleste suprême , qui apparaît par ailleurs dans un texte aux accents
215
taoïsants retrouvé dans la tombe deGuodian, qui en fait une divinité participant à la création du monde .

L'essor des États territoriaux et de leurs politiques de conquêtes incite aussi les royaumes à mettre l'accent sur les cultes locaux aux
divinités de la nature, en particulier ceux célébrés aux autels dédiés au Sol. En pratiquant ces cultes, ils se relient symboliquement
55
aux territoires qu'ils ont soumis et même à leurs populations dont ces rituels impliquent la participation . Plus largement, la
disparition de l'ancienne aristocratie au profit de nouveaux lignages dédiés au service de l'État, qui ont plus intérêt à mettre en avant
leurs mérites que leurs ancêtres peu prestigieux, a dû jouer un rôle dans la perte de primauté du culte des ancêtres. Celui-ci reste un
214
élément important du culte, car les esprits des aïeux conservent une place dans la religion, mais dans un cadre privé .
Une cosmologie corrélative

Ce n'est donc pas tant la composition du monde des esprits que son
« Le ciel et la terre, et toutes choses,
organisation qui connaît de grands changements. La période des [ressemblent] au corps d'un seul homme. C'est
Royaumes combattants voit en effet l'élaboration progressive d'une ce qu'on appelle la grande communauté. T ous
cosmologie spécifique, souvent qualifiée de « corrélative » (J. les nez, les oreilles, les yeux, les bouches, et
Needham), qui apparaît notamment dans les textes astrologiques et les aussi bien les cinq céréales, le chaud et le froid,
calendriers de cette période ainsi que chez les penseurs, en particulier forment ce qu'on appelle la multiple diversité. La
Nature emplit toutes choses et le Sage les
ceux élaborant des théories naturalistes souvent très prisées (comme
observe chacune selon son espèce. Il découvre
l'école du yin et du yang) qui tentent de lui donner une l'explication des formes que leur ont données le
217, 190
cohérence . Les phénomènes naturels et surnaturels sont ciel et la terre, comment naissent le tonnerre et
désormais vus comme tous liés les uns aux autres dans une cosmologie la foudre, les qualités intrinsèques duyin et du
corrélative où tout est synchronisé, où ce qui s'observe dans le ciel et le yang, et ce qui rend paisible et harmonieuse la
monde invisible des esprits renvoie à des événements dans le monde vie des hommes et des bêtes. »

visible des humains. C'est dans le cadre d'un univers perçu comme en
L'organisation harmonieuse du cosmos, selon un
perpétuel mouvement que se développent et se redéfinissent sur le long passage des Printemps et Automnes de Lü
terme plusieurs conceptions. La plus importante est sans doute celle de Buwei reflétant les idées naturalistes de l'école
216
qi, le « souffle » qui parcourt l'univers reliant les différents êtres entre du yin et du yang .
eux, tout en étant de plus en plus considéré comme déterminant pour la
santé des individus. Il s'agit donc d'une énergie animant les différentes
218
parties des êtres vivants et qui les relie au reste du cosmos .

Le Ciel devient une divinité totalisante autour de laquelle s'organisent des milliers d'esprits et, vers la fin de la période pré-impériale,
219
cette figure donne naissance au « Grand Un » (T
ai Yi), divinité astrale symbolisant le pôle céleste au centre du cosmos . Les esprits
ancestraux ne sont dès lors plus vus que comme de simples intercesseurs, alors qu'ils avaient une position centrale dans la destinée
220
des humains aux périodes précédentes .

Il en résulte une redéfinition de l'univers qui fait évoluer la manière de percevoir l'espace et le temps, les pratiques rituelles, la
divination, mais aussi l'hygiène. Elle renvoie évidemment à l'évolution politique de la période : de la même manière que le monde des
esprits s'organise autour d'une figure centrale unificatrice, le monde des humains doit s'organiser autour d'un seul maître unificateur
57
qui s'accorde avec l'ordre cosmique et le fait respecter . À la fin des Royaumes combattants et au début de l'époque impériale, cette
vision aboutit à une synthèse entre les idées confucianistes, légistes et taoïstes pour constituer un système de pensée « absolutiste et
221
unifié » (J. Lévi) centré sur l'État et l'empereur
, « Fils du Ciel » .

Les rituels
Le contact entre les humains et les esprits se noue d'abord grâce à divers rituels (li) décrits dans différents ouvrages supposés issus de
la cour des Zhou et d'autres royaumes de la Plaine centrale (même si en fait seule une partie d'entre eux le sont réellement). Ceux qui
concernent les Rites de Zhou datent de la période des Royaumes combattants et sont particulièrement instructifs sur les pratiques de
cette époque. Ainsi, ils établissent une typologie des rituels : les plus importants, qui servent de modèles aux autres, sont les « rites
fastes » (jili), à savoir les sacrifices ; viennent ensuite les « rites sinistres » (xiongli), rituels funéraires du culte des ancêtres, puis les
« rites de réception » (binli), à savoir les protocoles des audiences et réceptions de visiteurs, les « rites militaires » (junli) pour tout ce
qui concerne ce qui se fait les armes à la main, soit la guerre, la chasse ou encore les concours de tir à l'arc très importants dans l'idéal
222
rituel. Il y a enfin les « rites joyeux » (jiali) pour les événements heureux de la vie de famille (naissance, majorité, mariage, etc.) .
Ces rituels se pratiquent en de nombreuses occasions et dans différents lieux : en plein air sur des autels dédiés aux esprits de la
nature (le dieu du Sol en particulier), dans des temples ou des résidences pour les ancêtres. Ils prennent différentes formes : sacrifices
souvent accompagnés de musiques et de chants, exorcismes. L'essentiel pour les personnes est de déterminer l'esprit avec lequel on
doit entrer en contact et quel rituel choisir, ainsi que le moment opportun pour l'exécuter : il doit être correctement conduit en vue de
223
l'harmonie entre les hommes et le cosmos . L'idéal ritualiste est notamment très présent dans les réflexions des lettrés confucéens
pour lesquels la transformation des rites d'actes formalistes en attitudes spontanées permet de rendre les êtres humains meilleurs et de
224
les moraliser .
Si les personnes conduisant les rituels décrits ci-dessus ne peuvent pas vraiment être
considérés comme des « prêtres », parce que leur responsabilité religieuse découle souvent
d'une position sociale ou administrative spécifique, il existe malgré tout de véritables
spécialistes des rituels religieux : les « chamans » (wu). Ils sont surtout connus pour le Chu
où ils semblent avoir eu une grande importance. Certains passages des Chants de Chu,
notamment les Neuf Chants, évoquent ces chamans, hommes ou femmes, entrant en contact
avec les esprits par des transes s'exprimant par des chants et des danses : leur tâche était
d'accomplir des exorcismes, de guérir des malades, de faire tomber la pluie ou encore
d'entrer en contact avec les défunts. Les rituels magiques et chamaniques de la Chine
ancienne apparaissent également dans des textes issus des élites ayant des affinités avec ces
rituels plutôt populaires. Ces pratiques sont très durement critiquées par les courants de
pensée qui dominent la période des Royaumes combattants. Ils les jugent inefficaces et
ridicules. On peut cependant supposer qu'elles reflètent une religion populaire qui ne partage
225
pas les préoccupations des élites lettrées .
Bouteille hu servant lors des
rituels pour les offrandes de
boissons fermentées, bronze
Les sciences des calendriers et des astres
avec décor incrusté curviligne
et animalier en cuivre rouge. La compréhension de l'univers, la bonne observation des rites et même de tous les actes de
Musée Cernuschi. la vie passent par différentes pratiques, en premier lieu celles qui permettent de constituer
une sorte de grille de lecture du cosmos, à savoir l'art de la réalisation et de l'interprétation
des calendriers, ou hémérologie, et l'art de l'interprétation des mouvements des astres ou
astrologie.

Ces deux disciplines ont en commun le fait que leurs spécialistes observent l'évolution de l'espace et du temps pour y déceler
l'organisation de l'univers et leurs évolutions à partir de calculs complexes. L'observation des astres (et des phénomènes
météorologiques au sens large) est considérée comme importante pour déceler ce que peuvent être les évolutions de l'univers, d'autant
plus que les astres sont assimilés à des esprits : tout ce qui se passe dans le ciel est relié à ce qui se passe sur terre. Plusieurs
représentations de la structure du ciel ont été trouvées dans des tombes, notamment des planches cosmiques (shi) servant pour les
e
calculs astrologiques et hémérologiques. Dans le courant du IV siècle, apparaît la conception selon laquelle la voûte céleste est
séparée en 28 « loges » ou « étapes » (xiu) stellaires identifiées par les étoiles qu'on y trouve et qui ont un esprit tutélaire (comme les
constellations) ; la Lune passe dans chacune d'elles une nuit durant son cycle. Les spécialistes d'astrologie et d'hémérologie observent
alors les mouvements des astres pour les interpréter en fonction de leur position dans le ciel à un moment précis ; les phénomènes
sortant de l'ordinaire (comètes, conjonctions des trajectoires de planètes habituellement éloignées, etc.) sont les plus importants à
226
étudier, car ils sont susceptibles d'annoncer des événements majeurs .

Après ces observations et interprétations, sont élaborés des almanachs (rishu, « livres journaliers ») présentant les jours fastes et les
jours néfastes suivant les activités souhaitées, notamment celles liées au culte. Il convient en effet de bien ordonner son temps, pour
ne pas bouleverser la bonne marche de l'univers. Certains exemplaires de ces almanachs ont été retrouvés dans des tombes, le plus
ancien étant celui écrit sursoie mis au jour dans une tombe de Zidanku près de Changsha (une nouvelle fois à Chu). La présence d'un
tel ouvrage dans la dernière demeure d'un personnage de rang social élevé indique que les élites sont très à l'écoute des astrologues et
226
hémérologues .

La divination
D'autres pratiques divinatoires permettent d'établir un contact avec le monde des esprits et servent à connaître l'opportunité d'un rituel
227
ou d'une action et décision quelconques .

La forme traditionnelle de divination héritée des premières dynasties est la divination par les écailles de tortue, chéloniomancie. Il
s'agissait d'exposer une carapace de tortue à une flamme provoquant les craquelures de ses écailles. Les formes de celles-ci étaient
ensuite interprétées en vue de répondre à une question posée au préalable aux esprits. Cette forme traditionnelle de divination
demeure importante, mais ne suit pas les évolutions de la pensée cosmologique à la différence de l'autre forme majeure de divination,
celle qui utilise des bâtonnets d'achillée millefeuille, l'achilléomancie. Il s'agit alors de jeter des bâtonnets par terre dont la disposition
est ensuite observée afin de constituer après plusieurs jets des hexagrammes, chacun constitué de deux trigrammes de lignes pleines
(yang) ou brisées (yin), puis d'interpréter par des calculs la nature du phénomène observé. À la différence de la divination par les
écailles de tortue qui donne une réponse sur la structure du réel, celle par l'achillée donne une réponse sur les évolutions de cette
structure : en observant les mutations des bâtonnets au fil des jets successifs, on peut interpréter les mutations de l'univers. Cela
explique le nom de l'ouvrage majeur de l'achilléomancie, le Livre des Mutations (Yijing, parfois appelé Mutations des Zhou,
191, 228
Zhouyi) . Les soixante-quatre hexagrammes fondamentaux qui sont alors peu à peu élaborés représentent les mutations
essentielles du cosmos. Le principe des mutations est aussi progressivement associé à ceux du yin et du yang et des Cinq Phases qui
se stabilisent à l'époque impériale.

Les pratiques divinatoires font cependant de plus en plus l'objet de critiques dans divers textes de la période des Zhou de l'Est, qui se
montrent sceptiques quant à l'utilité de solliciter l'avis des esprits dans la conduite des affaires humaines. C'est aussi bien le cas de
Sun Zi qui rejette l'idée du recours aux esprits pour les décisions militaires, préférant s'en remettre au renseignement humain, que
Han Fei Zi pour les affaires gouvernementales, critiques que fait aussi le Commentaire de Zuo dans lequel les devins sont tournés en
229
dérision à plusieurs reprises .

Médecine et culture de soi


Dans le domaine de la médecine, il existe à l'époque pré-impériale plusieurs
spécialistes : le chaman pratiquant des exorcismes, le devin versé dans l'iatromancie
(divination médicale), une sorte de droguiste élaborant des remèdes, et surtout le yi,
« physicien » (parfois aussi wu yi, « chaman physicien », bien qu'il soit bien distinct
du chaman). Ce dernier tend à devenir le spécialiste par excellence de la science
230
médicale qui se constitue sous les Royaumes combattants .

Les remèdes de cette période mêlent exorcismes et magie, potions et autres


pharmacopées. Ces pratiques magico-médicales traditionnelles reposent sur l'idée
que la maladie est causée par des agents pathogènes, qui peuvent être des esprits
malveillants. Elles sont combattues par de nouveaux courants, qui se construisent
autour d'une vision physiologique de la maladie reposant sur le concept de qi.
Suivant la cosmologie dominante, ce « souffle » lie tous les éléments de l'Univers et
traverse les corps vivants (conçus comme des microcosmes reproduisant en
miniature les éléments constituant l'Univers) pour les animer. Sa mauvaise Un des manuscrits médicaux
circulation serait la cause des maladies et l'art de guérir consiste donc à agir sur lui. retrouvés à Mawangdui, début de la
période des Han antérieurs
Ces idées se retrouvent notamment dans des manuscrits retrouvés à Mawangdui,
(première moitié du IIe siècle),
laissant entrevoir l'état d'avancement de la médecine vers la fin des Royaumes
témoignant des pratiques médicales
combattants et les débuts de l'époque impériale, mais elles ont des antécédents dans du IIIe siècle et donc de la fin des
des ouvrages comme le Guanzi. Ces ouvrages préconisent une hygiène reposant sur Royaumes combattants.
des exercices de gymnastiques, une diététique, l'utilisation de drogues, la méditation
et une sexualité agissant sur la circulation du qi afin d'obtenir bonne santé et
longévité. À l'époque impériale, cette conception physiologique de la maladie débouche sur l'élaboration de l'acuponcture, non
attestée sous les Royaumes combattants. Se dessine donc une tendance à des pratiques plus individualistes de culture de soi,
supposées bénéficier tant physiquement que moralement aux personnes qui les observent et visant à les prévenir de la maladie avant
231
de les guérir .

Les croyances et pratiques funéraires

Des croyances mal connues


Les documents dont nous disposons à propos des croyances sur la mort et l'au-delà à
la période des Royaumes combattants ne nous informent pas suffisamment sur les
conceptions de l'époque. On peut avoir le sentiment qu'elles sont similaires à celles
de l'époque impériale qui, elles, sont bien connues. En réalité, il est très difficile de
se faire une idée exacte de ce en quoi elles consistaient aux Ve siècle-IIIe siècles, car
232
on ne dispose pas d'informations claires . Il faut admettre qu'il n'y avait pas de
croyances unifiées. On pensait que les corps des êtres vivants étaient animés durant
leur vie par des forces naturelles liées à tout le cosmos, une sorte d'« âme » désignée
selon les textes par différents termes aux sens apparemment fluctuants suivant les
auteurs : hun, po, ou des termes au sens encore plus vague comme shen qui désigne
couramment un « esprit » et qi qui désigne l'énergie vitale. À la mort, ces énergies
vitales quittaient le corps et l'âme du défunt devait accomplir un long voyage vers un
au-delà situé souvent dans des contrées lointaines aux confins du monde connu, pour
rejoindre le monde des esprits.

Cette idée d'un voyage du souffle du défunt se retrouverait dans les peintures sur
Gentilhomme chevauchant un
soie des tombes de Zidanku et de Chenjia dashan représentant des personnages
dragon qui porte aussi une grue de
bon augure. Un poisson les suivant des animaux réels ou imaginaires (dragons, grues) qui auraient eu pour
233
accompagne. Il s'agit sans doute fonction de guider l'âme vers sa demeure céleste . Les rituels funéraires sur le lieu
d'une représentation du voyage de d'inhumation devaient permettre à l'âme d'accomplir ce voyage, tandis que le culte
l'âme du défunt vers l'au-delà. Encre dans le temple ancestral ne se célébrait qu'au moment où le défunt avait pu intégrer
sur soie, Zidanku (Changsha,
le monde des esprits. Ne pas prendre soin des âmes des morts faisait courir le risque
Hunan). Musée provincial du Hunan.
d'être hanté par leurs spectres. Si le défunt est mort prématurément avant d'avoir
accompli sa destinée terrestre ou de façon violente, cela entraîne aussi le risque de
voir son spectre venir troubler les vivants. Il apparaît également dans certains textes que le monde des morts s'organise
234
rationnellement avec un ensemble d'esprits-bureaucrates participant à une administration à l'image de celle d'ici-bas .

Les tombes et leur organisation

Les sépultures étaient généralement regroupées dans des cimetières, parfois dédiés à
un clan, notamment pour les familles royales et princières érigeant des tombes plus
235
somptueuses situées à l'écart des nécropoles communes . De nombreux cimetières
de communautés locales ont été dégagés par les fouilles. Ils ont parfois été utilisés
sur plusieurs siècles. Les tombes y sont de même type et orientation. Des cimetières
ont été retrouvés sur les territoires de plusieurs des Royaumes combattants, mais
Poterie à but funéraire (mingqi)
Chu est surreprésenté avec plusieurs milliers de tombes connues. De ce fait, l'étude
imitant la forme des vases rituels en
des sépultures de cette période repose largement sur les données liées à ce royaume.
bronze de type ding.
Malgré leur grande dispersion géographique, la plupart des tombes de la période des
Royaumes combattants ont un modèle similaire : celui de la tombe à fosse, en forme
de coffre. Leur forme et leur taille peuvent être très variables. Les tombes des riches sont plus profondes, accessibles par des rampes
et constituées de plusieurs compartiments séparant le ou les cercueil(s) d'espaces où sont entreposées des offrandes. Leur structure est
réalisée en madriers séparant les différentes parties de la tombe et elles sont entourées de couches d'argile et de charbon pour assurer
leur étanchéité. Un tumulus les surmontait couramment. Les tombes des plus pauvres, à l'inverse, sont petites, à compartiment
unique, avec peu voire pas d'offrandes et parfois aucun cercueil. Quelques variantes apparaissent : des tombes dont la structure est
constituée de briques creuses à la place des grosses planches de bois, surtout dans le Henan occidental, et des tombes à chambre
236
souterraine, surtout à Qin .

Les tombes les plus riches formaient un ensemble parfois complexe et richement doté. Les cas les plus spectaculaires sont les
complexes funéraires royaux comme celui des rois du Zhongshan qui ont été décrits plus haut. La tombe princière la mieux connue
est celle du « marquis » Yi de Zeng, principauté dépendant deChu, dégagée à Leigudun (district de Zengdu, Hubei) et datée du début
des Royaumes combattants (vers 430), donc encore très proche des traditions des
Printemps et Automnes. Elle a fourni depuis sa découverte en 1977 des informations
inestimables sur cette période. Elle est divisée en compartiments qui sont en fait de
véritables salles formant une résidence post-mortem : espace rituel ou salle
d'audience avec son mobilier caractéristique (notamment un carillon), chambre
funéraire comportant le tombeau du marquis accompagné de huit femmes et d'un
chien et une sorte de gynécée où reposaient treize jeunes femmes (danseuses ou
musiciennes ?) et un dernier compartiment avec un arsenal d'environ 4 500 armes et
des inventaires funéraires. Par la suite, les riches tombes du pays de Chu reprennent
Les différents compartiments de la
ce modèle de résidence post-mortem, comprenant parfois jusqu'à neuf
tombe du marquis Yi de Zeng.
compartiments. Les tombes riches des royaumes du Nord sont moins bien connues et
d'une manière générale la plupart des tombes princières ont été pillées dans
237, 238
l'Antiquité .

Mobilier et matériel funéraires

Les défunts du milieu des élites étaient placés dans


des cercueils, en laque peinte pour les plus puissants.
Les objets placés dans les tombes pour les
accompagner vers l'au-delà pouvaient être très
divers. Ils étaient classés dans différentes catégories,
distinguant les objets utilisés dans le monde des
vivants et qui sont de plus en plus entreposés dans
les tombes pour accompagner les défunts après la
mort (vases rituels ou profanes, instruments de
musique, armes et autres objets en bronze, etc.), de
Figurines funéraires ceux qui étaient conçus spécifiquement pour les
en bois provenant du tombes, les mingqi, qui connaissent un
pays de Chu. développement important sous les Royaumes Figure gardienne de tombes
239 (zhenmushou), portant des bois de
combattants . Les premiers sont les mêmes objets
cerf, pays de Chu, Birmingham
que ceux employés par les vivants dans leur vie
Museum of Arts.
quotidienne, tandis que les seconds ont des caractéristiques propres dans leur
fonction comme dans leur réalisation. Ainsi, un premier type de mingqi est la
céramique de qualité moyenne imitant l'apparence des bronzes rituels, reprenant sa symbolique mais n'étant pas utilisée par les
240
vivants . Dans certains cas, ce sont des vases en bronze de qualité inférieure à ceux servant les vivants qui sont réalisés. Mais dans
241
plusieurs tombes des élites lesmingqi sont très élaborés .

Les figurines funéraires sont un autre type de mingqi, qui se répand au cours de la période, peut-être en guise de substitution aux
sacrifices humains qui accompagnent l'enterrement des nobles et des princes mais tendent à se raréfier sous les Royaumes
242
combattants . Elles sont en bois dans les tombes du Chu et en argile dans celles du Nord. Dans les régions méridionales, il existe
également une tradition de sculptures en bois d'animaux hybrides. Appelées zhenmushou (« animal protecteur de tombes ») par les
chercheurs actuels en raison de leur rôle initial consistant apparemment à protéger les défunts, ces sculptures tendent progressivement
243
à remplir surtout une fonction ornementale .

Tout cela renforce l'impression que ce matériel funéraire sert, au moins dans les tombes les plus riches, à fournir la tombe en matériel
servant au confort quotidien du défunt dans sa vie après la mort. Les tombes sont devenues de véritables résidences dans lesquelles
244
les défunts doivent disposer de tout ce qui leur est nécessaire, de façon à ce qu'ils ne reviennent pas hanter les vivants .

Les réalisations artistiques


L'art de la période des Royaumes combattants est avant tout connu par les objets exhumés dans les milliers de tombes de cette
époque, mises au jour pour une bonne partie sur les terres de l'ancien royaume méridional de Chu. Gardons à l'esprit qu'il s'agit d'un
pays dont la culture, certes, subit les influences des royaumes chinois « traditionnels » de la vallée du Fleuve Jaune, mais conserve
26
néanmoins de fortes originalités . Parmi ces découvertes, la sépulture du marquis Yi de Zeng qui date du début de la période des
Royaumes combattants (433) occupe une place centrale dans les histoires de l'art de l'époque, de par la quantité et aussi la qualité des
objets qui y ont été exhumés. Les réalisations artistiques connues desVe, IVe et IIIe siècles chinois sont donc pour la plupart destinées à
accompagner le défunt dans l'au-delà, même si elles n'ont pas forcément toutes été réalisées dans ce but et peuvent donc être
similaires à des objets conçus pour les vivants. Il s'agit en tout cas de productions destinées aux élites sociales dont les tombes sont
les plus richement pourvues, accomplies par des artisans travaillant donc pour les élites liées au pouvoir politique.

Par rapport à la période des Printemps et Automnes, l'art des Royaumes combattants connaît plusieurs évolutions importantes, aussi
245
bien thématiques que techniques et stylistiques . Ainsi, les vases en bronze qui servaient auparavant essentiellement à des
fonctions rituelles perdent cette finalité et semblent en majorité destinés à des besoins profanes. C'est une rupture majeure avec le
millénaire précédent. Les objets sont aussi de moins en moins décorés d'inscriptions ; une attention centrale est désormais portée à
l'iconographie, ce qui renouvelle l'art pictural avec le développement des scènes de récits de combat et de rituels. Liée à cette
mutation, la technique de l'incrustation sur métaux connaît une popularité croissante. Toujours dans le domaine de la métallurgie, la
technique de la cire perdue est aussi employée, mais rarement. L'art de la laque connaît également une grande vogue et les peintures
sur soie les plus anciennes qui soient connues datent de cette période.

Vases en bronze
La période des Royaumes combattants voit le déclin des vases rituels en bronze si courants durant les siècles précédents. Ils semblent
alors de plus en plus destinés à des besoins profanes, même si certains servent toujours pour des rituels. Comme à la période
précédente, les formes les plus répandues restent les vases ding servant à la cuisson de la viande et les gui pour les grains, ainsi que
les vases hu pour les boissons fermentées. Représentatifs de l'art de la période de transition entre les Printemps et Automnes et les
Royaumes combattants, les vases en bronze de la tombe du marquis Yi de Zeng sont particulièrement impressionnants et ce à
plusieurs titres. D'abord par leur quantité et leur taille, puisque deux grands conteneurs à vin mesurent plus de 1 mètre de haut.
Ensuite, la décoration de certains d'entre eux est remarquable, d'autant plus qu'elle est originale : la technique de la cire perdue a
permis aux artisans de réaliser des décors de créatures et autres motifs entrelacés, soudés au vase qu'ils ornent, qui lui est moulé
suivant la pratique traditionnelle. Mais l'évolution caractéristique de la période est la technique d'incrustation, qui se développe en
premier pour les vases en bronze sur lesquels elle devient très courante. Elle fait appel à une grande variété de matériaux : cuivre, or,
argent, pâte de verre, laque, ou des pierres comme lejade, la malachite, la turquoise. Les incrustations sont réalisées à part puis fixées
dans le moule dans lequel le vase est fondu. Les décors ainsi confectionnés représentent des récits de scènes religieuses (rituels sur
des plates-formes, danses et chants) ou guerrières (batailles, assauts de villes, chasses), parfois sur plusieurs registres. D'autres
incrustations consistent en des motifs abstraits, linéaires ou curvilignes. Les artistes réalisant ces décors s'inspirent peut-être des
246
motifs réalisés pour décorer des tissus .

Flasque bian hu pour Vase rituel ding pour la Vase rituel ding, à décor Vase rituel dui pour servir
boissons fermentées, à cuisson des aliments, à curviligne incrusté en des grains, à décor en
décor incrusté en argent. décor incrusté en or et laque. forme de dragons dont
en argent. les incrustations ont
disparu.
Autres œuvres en bronze
Les techniques du moulage et de la cire perdue permettent la réalisation de divers
objets en métal complexes, dont les pièces peuvent parfois être réalisées à part puis
accolées pour constituer l'objet final, comme cela a déjà été vu pour certains vases
247
en bronze . Des statuettes en bronze sont ainsi sculptées puis incorporées à des
ensembles plus complexes, comme celles qui servent d'assises aux poutres de bois
supportant l'orchestre du marquis Yi de Zeng. La qualité de leur exécution et la
recherche du réalisme dans la représentation des traits du visage en font des œuvres
à part entière. D'autres pièces en bronze servent de supports, notamment des pieds
248
d'écran ou des supports de lampe . Les peintures d'animaux réels ou imaginaires
côtoient celles d'êtres anthropomorphes. Les représentations de dragons et autres Miroir en bronze décoré de motifs
géométriques (en forme deT.L.V.) et
êtres hybrides imaginaires sont marquées par la recherche de la complexité dans la
floraux, gravés.
forme, l'attitude dynamique et l'ornementation.

Les artistes de la période des Royaumes combattants sont également passés maîtres
dans la réalisation de miroirs en bronze très finement exécutés, dont un millier d'exemplaires environ ont été retrouvés, ce qui
249
témoigne de leur succès . Il existe divers types de miroirs suivant la forme des motifs qui y sont gravés ou incrustés et se
complexifient au cours du temps : tracés rectilignes, trapézoïdaux, curvilignes, entrelacés, motifs floraux, animaux, scènes de chasse,
etc. Cela reflète en partie des traditions régionales.

Les objets en forme de crochet ayant une fonction ornementale sont d'autres exemples de créations en bronze caractéristiques de cette
250
période. Ils ont pu être portés sur des vêtements ou bien servir à accrocher des effets personnels à l'intérieur des habitations . Leur
forme et surtout leur décoration se complexifient au cours du temps et certains sont remarquables par la qualité de leurs incrustations.

Enfin, les artisans des Royaumes combattants se sont illustrés dans la confection d'armes d'apparat en bronze incrustées d'autres
251
matières, avant tout des épées , et de cloches en bronze caractéristiques de la Chine antique, évoquées plus bas.

Objets en jade
Le jade reste un matériau servant à réaliser de beaux objets prisés par les élites.
Extrêmement dur et dense, il faut une grande dextérité pour le travailler, mais les
artistes ont atteint à l'époque des Royaumes combattants un niveau de maîtrise élevé.
Ils sont à même de créer les objets les plus variées : ornements à fonction
apotropaïque ou rituelle, manches de dagues ou d'épées, parures diverses. Les
disques percés bi en jade sont les plus appréciés. Ils soulignent le prestige de leur
propriétaire et constituent des présents de grande valeur que s'échangent les élites,
notamment les rois. Leur forme arrondie symboliserait le Ciel. Ils sont ornés de
252
petites spirales (guliwen) . Comme toutes les réalisations artistiques de l'époque, Disque percé bi à décor de petites
les objets en jade ont au fil du temps une ornementation de plus en plus sophistiquée, spirales et orné sur ses côtés par
253
avec par exemple des dragons au corps qui ondule . deux dragons.

Arts de la laque
Les laques deviennent de plus en plus populaires au cours de la période. Ce terme désigne des objets (meubles dont des coffres,
vaisselle, cercueils) recouverts de laque, une résine appliquée en plusieurs couches afin de protéger les matériaux (bois mince,
diverses fibres végétales, toiles épaisses). Cet art est surtout connu grâce aux tombes de l'ancien royaume de
Chu qui semble avoir été
le cadre privilégié de son développement. Toutefois, à la différence des objets en bronze, ceux en laque sont acquis par des personnes
de niveaux sociaux bien plus diversifiés : ils se retrouvent aussi bien dans les tombes les plus richement pourvues d'objets que dans
celles en contenant moins, même si les pièces des tombes les plus riches sont plus nombreuses et de meilleure qualité. Les
décorations des objets en laque du début de la période des Royaumes combattants, dont on a des exemples grâce aux découvertes de
la tombe du marquis Yi de Zeng, sont des incrustations peintes représentant
essentiellement des motifs curvilignes entrelacés et quelques scènes rituelles. Les
réalisations du IVe siècle se diversifient : la palette des couleurs est plus large et celle
des motifs géométriques aussi qui sont plus complexes. Les scènes où apparaissent
254
des animaux ou des êtres humains sont d'une facture plus aboutie .

Cercueil en laque provenant d'une


Arts de la soie tombe au Hubei.

Bien que seuls quelques exemplaires aient


survécu aux injures du temps, les rares pièces de soie décorées retrouvées dans des tombes
datant de la période des Royaumes combattants peuvent être aisément situées dans le
développement d'un nouvel art pictural et le lien avec les incrustations sur bronze et sur
laque est évident. On a trouvé dans une tombe de Mashan dans la province de Jiangling
(Hubei) plusieurs exemplaires d'étoffes en soie : couvertures, draps servant à envelopper le
corps du défunt, vêtements. On a pu différencier plusieurs types d'étoffes selon l'espacement
des fils. Les motifs brodés sur plusieurs d'entre eux représentent des animaux réels ou
imaginaires qui jouxtent ou s'entrecroisent avec des motifs géométriques, linéaires ou
255
curvilignes .
Détail d'une soierie brodée de
Mashan, représentant des
Les plus anciennes peintures individuelles chinoises connues ont été réalisées sur de la soie
dragons entrelacés de motifs
et datent de la période des Royaumes combattants. L'une d'elles dans la tombe de Mashan et
curvilignes.
deux autres près de Changsha (à Chenjia dashan et Zidanku), également dans l'ancien
territoire du Chu. Elles sont monochromes et représentent des humains de profil, en
présence d'animaux dessinés à l'encre avec des traits fermes et des lignes courbes, comme c'est le cas dans de nombreuses peintures
des périodes suivantes prenant pour modèle les peintures sur soie antiques. Celle de Zidanku représente un homme chevauchant un
dragon, abrité par un parasol, entouré d'oiseaux et d'un poisson, tandis que celle de Chenjia dashan représente une femme qui suit un
dragon et un oiseau. Bien que l'unité de style soit évidente, la première est reconnue comme ayant une plus grande qualité esthétique
que la seconde en raison de sa disposition harmonieuse, la qualité du trait et le dynamisme du mouvement qu'arrive à exprimer le
233
peintre. Leur sens est débattu, mais il est probable qu'il ait un rapport avec le destin des défunts dans l'au-delà .

Instruments de musique
La chambre centrale de la tombe du marquis Yi de Zeng à Leigudun comprenait un
véritable orchestre de 124 instruments. Il était probablement destiné à jouer de la
musique rituelle. Cet ensemble extraordinaire est constitué essentiellement
d'instruments de percussion qui dominent alors dans la musique chinoise (cloches,
pierres sonores, tambours), mais comprend aussi des instruments à vent (orgues à
256
bouche, flûtes) et à cordes (luths, cithares ayant de 5 à 25 cordes) .

L'élément le plus imposant de cet orchestre est le carillon, constitué de 64 cloches en


bronze (pesant plus de 2 500 kilogrammes en tout) suspendues sur trois niveaux, les
La pièce maîtresse de l'orchestre du
plus grandes cloches (mesurant jusqu'à 1 mètre de haut et pesant plus de
marquis Yi de Zeng : le carillon.
130 kilogrammes) se trouvant en bas, les plus petites en haut. Elles ont une bouche à
section en forme d'amande, avec les extrémités pointues, ce qui permet de produire
deux tons avec chacune d'elles selon qu'elles sont frappées au milieu ou sur les côtés. Ce trait caractéristique des cloches chinoises
e
anciennes se perd apparemment après le IV siècle. Les cloches sont classées en fonction des sons qu'elles produisaient, les plus
257, 256
petites situées en haut servant peut-être dediapason .

La musique a un rôle important dans de nombreux rituels des cours royales et princières, rituels accompagnés de danses. Des livres
« classiques » traitent de cela : leLivre de la musique (Yuejing) et le Livre des odes (Shijing). Pour de nombreux penseurs, notamment
258
ceux liés au confucianisme, la musique a même un rôle moral, au même titre que les autres rituels .
Notes et références
1. Lewis 1999, p. 588-593
2. (en) A. F. P. Hulsewé, « Shih chi », dansLoewe (dir.) 1993, p. 405-414 ; Kern 2010, p. 99-105. Traduction en
français des parties historiques : Se-ma T s'ien, Les mémoires historiques, Traduits et annotés par Édouard
Chavannes, Paris, 1967-1969 (1re éd. 1895-1905) « En ligne sur le site de l'Université du Québec à Chicoutimi.» (htt
p://classiques.uqac.ca/classiques/chine_ancienne/chine_index1A.html)Voir désormais l'édition complète, incluant
aussi les biographies, Sima Qian (trad. Chavannes et Pimpaneau) 2015 .
3. (en) D. S. Nivison, « Chu shi chi nien », dansLoewe (dir.) 1993, p. 39-47. Traduction en français par É. Biot dans
Journal Asiatique XII, 1841, pp. 537-578 « En ligne sur Gallica » (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93138h.image)
et Journal Asiatique XIII, 1842, pp. 381-431 « En ligne sur Gallica. » (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k93139v.ima
ge)
4. Nivison 1999, p. 745-746
5. Wu 1999 ; Elisseeff 2008, p. 325-331
6. Voir par exemple les discussions dansFalkenhausen 2006, p. 382-394.
7. Li 1985, p. 415-416
8. Li 1985, p. 434-435
9. Li 1985, p. 447-449
10. O. Venture, « La question des « écritures chinoises » à l'époque des Royaumes combattants », dansArts asiatiques
61, 2006, pp. 30-44.
11. Li 1985, p. 7
12. Li 1985, p. 13-14
13. Ebrey 1999, p. 55-58
14. (en) N. Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History , Cambridge,
2002, pp. 127-158
15. Lewis 2007, p. 11-16
16. Li 1985, p. 16-36
17. Li 1985, p. 139-153 ; Lewis 1999, p. 597
18. Li 1985, p. 59-77 ; Lewis 1999, p. 595-596
19. Li 1985, p. 126-138 ; Lewis 1999, p. 595
20. C'est la proposition développée dans A. Reynaud,Une géohistoire, La Chine des Printemps et des Automnes , Paris,
2000, pour la période précédente et qui semble encore valable pour celle qui nous intéresse.
21. Li 1985, p. 108-125 ; Lewis 1999, p. 594-595
22. Li 1985, p. 93-107
23. Li 1985, p. 222-239 ; Li 2013, p. 229-235
24. Bodde 1986, p. 30-52
25. Li 1985, p. 154-169 ; Lewis 1999, p. 597. Voir aussi (en) J. S. Major et C. A. Cook (dir.), Defining Chu, Image and
Reality in Ancient China, Honolulu, 1999
26. Elisseeff 2008, p. 56-57
27. Li 1985, p. 204-221. Voir aussi A. Thote (dir.), Chine, l'énigme de l'homme de bronze, Archéologie du SichuanXII ( e-
e
III avant J-C), Paris, 2003, pp. 216-266
28. Li 1985, p. 189-203
29. Gernet 2006, p. 82 ; Elisseeff 2008, p. 54
30. Lewis 1999, p. 598
31. Maspero 1985, p. 297-307 ; Lewis 1999, p. 599-600
32. Lewis 1999, p. 600-602
33. Lewis 1999, p. 616-617
34. Maspero 1985, p. 325-328 ; Lewis 1999, p. 617-618
35. Lewis 1999, p. 619
36. Lewis 1999, p. 634-635
37. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 22
38. Sima Qian (trad. Pimpaneau) 2002, p. 49-53
39. Sima Qian (trad. Pimpaneau) 2002, p. 64-78
40. Lewis 2007, p. 31-35
41. Lewis 1999, p. 632-633 ; Li 2013, p. 189
42. Maspero 1985, p. 330-331
43. Maspero 1985, p. 330-347 ; Lewis 1999, p. 636-638
44. Maspero 1985, p. 347-350 ; Lewis 1999, p. 638-641
45. Lewis 2007, p. 37-38
46. Bodde 1986, p. 45-52
47. Gernet 2006, p. 111-113 ; Gernet 2005, p. 82-83
48. Bodde 1986, p. 40-45 ; Maspero 1985, p. 350-351
49. Sima Qian (trad. Pimpaneau) 2002, p. 116-124
50. Selon les mots de Gernet 2006, p. 111 et 113
51. Lewis 1999, p. 597-602 ; Gernet 2006, p. 88-89
52. Gernet 2006, p. 83 ; Cheng 2002, p. 54-56
53. Lewis 1999, p. 602-603
54. Lewis 1999, p. 637
55. (en) C. Cook, « Ancester worship during the Eastern Zhou », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 241-250
56. Pines 2009, p. 25-53
57. J. Lévi, « Le Rite, la norme, le Tao : Philosophie du sacrifice et transcendance du Pouvoir en Chine ancienne », dans
Lagerwey (dir.) 2009, p. 191-207
58. Pines 2009, p. 106-107
59. Lewis 2007, p. 37
60. Wu 1999, p. 660-662 et 665-673
61. Wu 1999, p. 673-675. J.-P. Desroches, « L'irrésistible ascension de l'État de QinIX ( e-IIIe siècle av. J.-C.) », dans J.-P.
Desroches, G. André et W. Han (dir.), Chine, le siècle du premier empereur, Arles et Monaco, 2001,pp. 134-138.
62. Wu 1999, p. 709-717 ; Falkenhausen 2006, p. 328-338
63. D. Elisseeff et J.-P. Desroches (dir.), Zhongshan, Tombes des rois oubliés, Paris, 1984
64. Cette évolution sociale a été mise en évidence dans(en) C. Y. Hsu, Ancient China in transition: An analysis of social
mobility, 722-222 BC, Stanford, 1965
65. Pines 2009, p. 136-162
66. Lewis 1999, p. 604
67. Lewis 1999, p. 604-606
68. Lewis 1999, p. 611-616 ; Gernet 2005a, p. 112-113 ; Bodde 1986, p. 34-38
69. Pines 2009, p. 163-184
70. Cité par J. Lévi, Les fonctionnaires divins, Politique, despotisme et mystique en Chine ancienne , Paris, 1989, p. 81
71. J. Lévi, « Ma-Chine à trahir, Sophistes et délateurs dans la Chine ancienne », dansLe Genre Humain 16-17, La
trahison, 1987-1988, pp. 355-373, repris dans Id., Les fonctionnaires divins, Politique, despotisme et mystique en
Chine ancienne, Paris, 1989 ; dans ce dernier livre, voir aussi « Stratagèmes et prévoyances dans la Chine pré-
impériale », pp. 13-60
72. Lewis 1999, p. 590-591 ; Kern 2010, p. 53-56
73. Gernet 2006, p. 108
74. Wu 1999, p. 716-717
75. Lewis 2007, p. 60
76. Bodde 1986, p. 36-37 ; Gernet 2006, p. 114-115 ; Gernet 2005, p. 82-83 ; Cheng 2002, p. 239-241
77. L. Vandermeersch, La formation du légisme, Recherche sur la constitution d'une philosophie politique caractéristique
de la Chine ancienne, Paris, 1965
78. Lewis 1999, p. 613-615 ; Gernet 2006, p. 94
79. Lewis 1999, p. 606-610 ; Gernet 2005, p. 78-80
80. Li 2013, p. 195-197
81. Cheng 2002, p. 240
82. Li 2013, p. 193-194
83. Lewis 2007, p. 232-236
84. Gernet 2005, p. 71-72
85. Li 2013, p. 192-193
86. Lewis 1999, p. 612 ; Lewis 2007, p. 232-236
87. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 16
88. Lewis 1999, p. 620
89. Gernet 2006, p. 96
90. Lewis 1999, p. 622-623
91. A. Thote, « Origine et premiers développements de l'épée en Chine », dans Comptes-rendus des séances de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres147/2, 2003, pp. 773-802
92. Lewis 1999, p. 624
93. Gernet 2005, p. 85-86
94. (en) N. Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History , Cambridge,
2002, pp. 134-138
95. Gernet 2006, p. 95-96
96. Gernet 2005, p. 89-91
97. Lewis 1999, p. 629-630
98. Elisseeff 2008, p. 190-191 ; (en) N. Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East
Asian History, Cambridge, 2002, pp. 138-155
99. Lewis 1999, p. 623
100. Gernet 2005, p. 84-85
101. Gernet 2005, p. 87. (en) R. D. S. Yates, « Law and the Military in Early China », dans N. di Cosimo (dir.), Military
Culture in Imperial China, Cambridge, 2009, pp. 29-33
102. Lewis 1999, p. 621
103. Lewis 1999, p. 625-628
104. Lewis 1999, p. 630-632
105. Lewis 1999, p. 632. J. Lévi, Les sept traités de la guerre, Paris, 2008
106. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000
107. Sun Bin, Le Traité militaire, Traduction et présentation de Valérie Niquet, Paris, 1996
108. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 19-21 et 33-42
109. (en) R. D. S. Yates, « Law and the Military in Early China », dans N. di Cosimo (dir.), Military Culture in Imperial
China, Cambridge, 2009, pp. 29-38
110. Lewis 1999, p. 628-629
111. Gernet 2005a, p. 95 et 111-112
112. Gernet 2006, p. 97
113. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 17-19 ; Gernet 2006, p. 96-97
114. Gernet 2006, p. 114
115. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 21-24
116. Gernet 2006, p. 101-102
117. (en) C. Hsu, « The Spring and Autumn Period »,dans Loewe et Shaughnessy (dir.) 1999, p. 577-578
118. Lewis 2007, p. 113-115
119. Lewis 1999, p. 647
120. Li 1985, p. 284-290 et 315
121. Gernet 2006, p. 97 ; Gernet 2005, p. 75 n. 1
122. Lewis 2007, p. 103
123. Gernet 2006, p. 98-99 et 114
124. Lewis 1999, p. 646
125. Vandermeersch 2008, p. 255-258
126. Lewis 2007, p. 106-107
127. Vandermeersch 2008, p. 258-259 ; Gernet 2006, p. 110-111 ; Falkenhausen 2006, p. 409-411
128. Li 1986, p. 466-470 ; Gernet 2006, p. 102 ; Falkenhausen 2006, p. 415-418
129. Wu 1999, p. 661
130. (en) Patricia Buckley Ebrey, Anne Walthall et James B. Palais, East Asia: A Cultural, Social, and Political History
,
Boston, Houghton Mifflin, 2005 (ISBN 0-618-13384-4), p. 30
131. (en) L. von Falkenhausen, «The Waning of the Bronze Age: Material Culture and Social Deve lopments, 770-481
B.C. », dans Loewe et Shaughnessy (dir.) 1999, p. 459-468
132. Gernet 2005, p. 75
133. (en) Robert Temple (préf. Joseph Needham), The Genius of China: 3,000 Years of Science, Discovery, and
Invention, Simon and Schuster (New York), 1986, 254 p. (ISBN 0671620282), p. 49-50
134. Li 1986, p. 315-329
135. Elisseeff 2008, p. 61-62
136. [PDF]« Le génie scientifique de la Chine» (http://unesdoc.unesco.org/images/0008/000817/081712fo.pdf) , Le
courrier de l'UNESCO, sur unesco.org, UNESCO, octobre 1988 (consulté le 15 mai 2010), p. 10
137. Li 1986, p. 470-473 ; Gernet 2006, p. 102 et 106 ; Gernet 2005, p. 94-95
138. M. Cartier, « Autour des notions de « profit » et de « marché », la naissance de la pensée économique chinoise »,
dans G. Berthoud et G. Busino (dir.), L'économie dans la société, Revue européenne des sciences socialest. XXVI
no 82, Genève, 1988, pp. 57-65
139. Gernet 2006, p. 100-101
140. Li 1985, p. 371-398 ; Gernet 2006, p. 107 et fig. 6. Étude développée dans F . Thierry, Monnaies chinoises. I.
L'Antiquité préimpériale, Paris, 1997, pp. 67-183. Voir aussi F. Thierry, « Sur les spécificités fondamentales de la
monnaie chinoise », dans A. Testart (dir.), Aux origines de la monnaie, Paris, 2001, pp. 109-144.
141. Lewis 1999, p. 607
142. Gernet 2006, p. 107
143. (en) N. Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History , Cambridge,
2002, pp. 131-134
144. Wu 1999, p. 653-654
145. Gernet 2006, p. 106 ; Wu 1999, p. 654-655
146. Wu 1999, p. 656
147. Wu 1999, p. 660-662
148. Lewis 2007, p. 76 et 87-88
149. Sur l'utilisation de ces concepts dans le contexte chinois Cheng
: 2002, p. 32-34.
150. Kern 2010, p. 59-60
151. Kern 2010, p. 66-67
152. Kern 2010, p. 60-66
153. Les questions de datation de ces textes sont abordées dansLoewe (dir.) 1993.
154. (en) W. A. Ryckett, « Kuan Tzu », dansLoewe (dir.) 1993, p. 244-251
155. Cheng 2002, p. 188-189
156. Cheng 2002, p. 212-213 ; Kern 2010, p. 60 et 71
157. Kern 2010, p. 62 ; Li 2013, p. 220-224. (en) S. Allan et C. Williams (dir.), The Guodian Laozi: Proceedings of the
International Conference, Dartmouth College, May 1998 , Berkeley, 2000.
158. Lewis 1999, p. 641-645
159. Cheng 2002, p. 115-116
160. Cheng 2002, p. 213-214
161. (en) M. Carson et M. Loewe, « Lü shih ch'un ch'iu », dansLoewe (dir.) 1993, p. 324-330 ; Lewis 2007, p. 211-214 ; I.
Kamenarovic, Printemps et automnes de Lü Buwei, Paris, 1998
162. Cheng 2002, p. 160-163
163. Pines 2009, p. 219-220
164. Pines 2009, p. 187-197
165. Kern 2010, p. 43-45
166. Nivison 1999, p. 747-748
167. Cheng 2002, p. 113-114, 188 et 212
168. Li 2013, p. 209-210
169. Cheng 2002, p. 293-295 ; Lewis 2007, p. 208 ; Kern 2010, p. 60-61
170. (en) D. Schaberg, « Chinese History and Philosophy », dans A. Feldherr et G. Hardy (dir.), The Oxford History of
Historical Writing : Volume 1: Beginnings to AD 600, Oxford, 2011, p. 394-414
171. Sur cette mythologie, voir(en) M. E. Lewis, « The mythology of early China», dans Lagerwey et Kalinowski (dir.)
2009, p. 543-594
172. Nivison 1999, p. 748-752 ; Cheng 2002, p. 36-42
173. Li 1985, p. 9 ; Cheng 2002, p. 251-252
174. Nivison 1999, p. 752-759 ; Cheng 2002, p. 61-93
175. A. Cheng, Entretiens de Confucius, Paris, 2004 (1re éd. 1981) ; P. Ryckmans, Les Entretiens de Confucius, Paris,
2005 (1re éd. 1987) ; A. Lévy, Confucius, Entretiens avec ses disciples, Paris, 1993
176. Cité par Cheng 2002, p. 164.
177. Li 2013, p. 222
178. Nivison 1999, p. 770-778 ; Cheng 2002, p. 159-187. A. Lévy, Mencius, Paris, 2008
179. Nivison 1999, p. 790-799 ; Cheng 2002, p. 212-233. I. Kamenarovic,Xunzi (Siun Tseu), Paris, 1987
180. Nivison 1999, p. 759-765 ; Cheng 2002, p. 94-109
181. Nivison 1999, p. 779-783 ; Cheng 2002, p. 143-158
182. Cité par Cheng 2002, p. 241.
183. Nivison 1999, p. 800-808 ; Cheng 2002, p. 234-249
184. J. Lévy, Le livre du prince Shang, Paris, 1981
185. J. Lévy, Hen-Fei-tse ou le Tao du Prince, Paris, 1999
186. Cité par Cheng 2002, p. 198-199.
187. Nivison 1999, p. 783-790 ; Cheng 2002, p. 113-142. J.-C. Pastor, Zhuangzi (Tchouang-tseu), Les chapitres intérieurs,
Paris, 1990 ; J. Lévi, Les Œuvres de Maître Tchouang, Paris, 2010
188. Nivison 1999, p. 783-790 ; Cheng 2002, p. 188-211. F. Houang et P. Leyris, La Voie et la vertu, Tao-te-king, Paris,
1979 ; J. Lévi, Le Lao-tseu, Suivi des Quatre Canons de l'empereur Jaune , Paris, 2009
189. R. Graziani, Écrits de Maître Guan : Les Quatre traités de l'Art de l'esprit
, Paris, 2012
190. Nivison 1999, p. 809-812 ; Cheng 2002, p. 250-289
191. E. Perrot, Yi King, Le Livre des transformations, Paris, 1973
192. Elisseeff 2008, p. 62 ; Gernet 2005a, p. 137-139
193. Kern 2010, p. 46
194. Kern 2010, p. 48-51
195. La chronique de la principauté de Lou : T ch'ouen Ts'iou et Tso Tchouan, traduction de S. Couvreur, 3 vol., Paris,
1951. « Consultable en ligne sur le site de l'Université du Québec à Chicoutimi.» (http://classiques.uqac.ca/classique
s/chine_ancienne/chine_index1A.html)
196. (en) A. Schaberg, A Patterned Past: Form and Thought in Early Chinese Historiography , Cambridge, 2001
197. (en) C. I-jen, W. G Boltz et M. Loewe, « Kuo yü », dans Loewe (dir.) 1993, p. 263-268 ; Kern 2010, p. 51-52
198. Guoyu, Propos sur les principautés, I-Zhouyu, traduit par André d'Hormon et R. Mathieu, Paris, 1985
199. (en) E. L. Shaughnessy, « I Chou shu », dansLoewe (dir.) 1993, p. 229-233
200. (en) Tsuen-hsuin Tsien, « Chan kuo ts'e », dansLoewe (dir.) 1993, p. 1-11 ; Kern 2010, p. 53-55
201. (en) W. G. Boltz, « Chou li », dansLoewe (dir.) 1993, p. 216-228
202. (en) E. L. Shaughnessy, « I ching (Chou I) », dans Loewe (dir.) 1993, p. 216-228
203. (en) W. G. Boltz, « I li », dansLoewe (dir.) 1993, p. 234-243
204. (en) N. Sivin, « Huang ti nei ching », dansLoewe (dir.) 1993, p. 199-201
205. Kern 2010, p. 76-86. F. Tokei, Naissance de l'élégie chinoise, Paris, 1967 ; Qu Yuan, Élégies de Chu, Traduit du
chinois, présenté et annoté par Rémi Mathieu, Paris, 2004.
206. (en) R. Fracasso, « Shan hai ching », dansLoewe (dir.) 1993, p. 357-367
207. R. Mathieu, Le Mu tianzi zhuan, traduction annotée-étude critique, Paris, 1978 ; (en) Id., « Mu t'ien tzu chuan »,
dans Loewe (dir.) 1993, p. 342-346
208. (en) W. South Coblin, « Ehr ya », dansLoewe (dir.) 1993, p. 94-99 ; (en) H. Yong et J. Peng, Chinese
Lexicography, A History from 1046 BC to 1911 AD, Oxford et New York, 2008, pp. 29-75
209. On trouvera une mise au point récente sur la religion de la Chine antique dans E. L. Shaughnessy , « The religion of
ancient China », dans J. R. Hinnells (dir.), A Handbook of Ancient Religions, Cambridge, 2007, pp. 490-536.
210. Voir les discussions sur la terminologie dansHarper 1999, p. 815-820
211. Cette rationalité est discutée dansVandermeersch 2008, Livre II.
212. Harper 1999, p. 820-830
213. Vandermeersch 2008, p. 355-374 ; Harper 1999, p. 868-870
214. (en) C. Cook dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 275-277
215. Li 2013, p. 222-224
216. I. Kamenarovic, Printemps et automnes de Lü Buwei, Paris, 1998, p. 196
217. Vandermeersch 2008, p. 374 ; Harper 1999, p. 831-852
218. Harper 1999, p. 860-866
219. Harper 1999, p. 868-871
220. (en) C. Cook dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 238-241
221. J. Lévi dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 207-237
222. Vandermeersch 2008, p. 403-404
223. Mise au point sur les rituels de cette période dans(en) M. Poo, « Ritual and Ritual Texts in Early China », dans
Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 281–314
224. Vandermeersch 2008, p. 401-424 ; Cheng 2002, p. 73-76 et 224-226.
225. Harper 1999, p. 873-874. R. Mathieu, « Leswu : fonctions, rites et pouvoirs, de la fin des Zhou au début des Han
(env. Ve-env. Ier siècle), Approche d'un chamanisme chinois », dansLagerwey (dir.) 2009, p. 277-304 ; (en) F. Lin,
« The image and status of shamans in ancient China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 397-458.
226. Harper 1999, p. 831-852. M. Kalinowski, « La divination sous les Zhou orientaux (770-256 avant notre ère) », dans
Lagerwey (dir.) 2009, p. 127-130 et 151-154
227. Vandermeersch 2008, p. 285-315 ; Harper 1999, p. 852-860 ; M. Kalinowski dansLagerwey (dir.) 2009, p. 101-164.
228. Cheng 2002, p. 268-289
229. M. Kalinowski dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 156-159 ; J. Lévi dansLagerwey (dir.) 2009, p. 190-191
230. Harper 1999, p. 874-883
231. C. Despreux, « Culture de soi et pratiques d'immortalité dans la Chine antique des Royaumes combattants aux
Han », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 241-275 ; (en) R. Graziani, « The subject and the sovereign: exploring the self
in early Chinese self-cultivation», dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 459-517 ; (en) M. Csikszentmihàlyi,
« Ethics and self-cultivation practice in early China», dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 519-542
232. On trouvera une discussion sur les croyances sur la mort et le voyage des défunts à la période des Royaumes
combattants dans Cook 2006, p. 19-42
233. Li 1985, p. 434-446 ; Wu 1999, p. 742-744 ; Elisseeff 2008, p. 188-189
234. Harper 1999, p. 868-869 ; Falkenhausen 2006, p. 316-321
235. Wu 1999, p. 708-709 et 717-718
236. Wu 1999, p. 718-721 ; Elisseeff 2008, p. 58-59
237. Wu 1999, p. 721-729 ; Elisseeff 2008, p. 178-179 ; Falkenhausen 2006, p. 306-316
238. A. Thote, « Les pratiques funéraires Shang et Zhou, Interprétation des vestiges matériels », dans Lagerwey (dir.)
2009, p. 66-72
239. Wu 1999, p. 727-728
240. Wu 1999, p. 729-732
241. Falkenhausen 2006, p. 302-306
242. Wu 1999, p. 732-7340
243. Elisseeff 2008, p. 172-173
244. A. Thote, « Les pratiques funéraires Shang et Zhou, Interprétation des vestiges matériels », dans Lagerwey (dir.)
2009, p. 70-72
245. C. Debaine-Francfort, La redécouverte de la Chine ancienne, Paris, 1998, pp. 77-87, offre une introduction concise et
très bien illustrée sur l'art de la période des Zhou orientaux. oVir aussi Elisseeff 2008, p. 58-62.
246. Li 1985, p. 269-270 ; Wu 1999, p. 676-685 et 702 ; Elisseeff 2008, p. 60-61 et 174-175 ; A. Thote, « Les bronzes de
l'époque des Zhou de l'Est (770-221 av . J.-C.) », dans Rites et festins de la Chine antique, Bronzes du Musée de
Shanghai, Paris, 1998, pp. 144 et exemples pp. 161-166
247. Li 1985, p. 272-276 ; Wu 1999, p. 685-692
248. Elisseeff 2008, p. 184-185
249. Li 1985, p. 295-314 ; Wu 1999, p. 692-697
250. Wu 1999, p. 697-698
251. Li 1985, p. 276-277 ; Elisseeff 2008, p. 176-177
252. P. Wiedehage dans Chine, la gloire des empereurs, Paris, 2000, pp. 197-199
253. Wu 1999, p. 699-700
254. Li 1985, p. 342-358 ; Wu 1999, p. 679-682 et 704
255. Li 1985, p. 359-370 ; Wu 1999, p. 699 ; Ebrey 1999, p. 54
256. Elisseeff 2008, p. 180-181
257. (en) L. von Falkenhausen,Suspended Music, Chime-Bells in the Culture of Bronze Age China , Berkeley, Los
Angeles et Oxford, 1993
258. Ebrey 1999, p. 50

Bibliographie

Sources textuelles
Se-ma Ts'ien (Sima Qian), Les mémoires historiques de Se-Ma T s'ien, Traduits et annotés par Édouard
Chavannes et Jacques Pimpaneau, Paris, You Feng, 2015
Sima Qian, Mémoires historiques, Vies de Chinois illustres, Traduit du chinois et présenté par Jacques
Pimpaneau, Arles, Editions Philippe Picquier, coll. « Picquier Poche », 2002
Sun Tzu, L'Art de la guerre, Traduit du chinois et présenté par Jean Lévi, Paris, Hachette Littératures,
coll. « Pluriel », 2000, 192 p.
Damien Chaussende (éd.), La véritable histoire du premier empereur de Chine , Paris, Les Belles Lettres,
coll. « La véritable histoire de… » no
( 8), 2010
Généralités sur la Chine ancienne
Flora Blanchon, Arts et histoire de Chine, vol. 1, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne,1993
(en) Patricia Buckley Ebrey, The Cambridge Illustrated History of China , Cambridge, Cambridge University Press,
coll. « Cambridge Illustrated Histories »,1999
Jacques Gernet, Le monde chinois, t. 1 : De l'âge du bronze au Moyen Âge, 2100av. J.-C.-Xe siècle apr. J.-C.,
Paris, Pocket, 2006, 380 p.
Jacques Gernet, La Chine ancienne, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2005, 10e éd.
(en) Michael Loewe (dir.) et Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the
Origins of Civilization to 221 BC, Cambridge, Cambridge University Press, 1999
Edward L. Shaughnessy (dir.) (trad. Marc Baudoux), La Chine, Paris, Taschen, 2007.
(en) Li Feng, Early China : A Social and Cultural History
, New York, Cambridge University Press,2013
(ISBN 978-0-521-71981-0)

Histoire, institutions et société


(en) Derk Bodde, « The state and empire of Ch'in », dans Denis C. Twitchett et John K. Fairbank(dir.), The
Cambridge History of China, 1. The Ch'in and Han Empires, 221 B.C.-A.D. 220 , Cambridge, Cambridge University
Press, 1986, p. 20-102
(en) Mark Edward Lewis, « Warring State Political History », dans Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy
(dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC
, Cambridge, Cambridge
University Press, 1999, p. 587-650
(en) Mark Edward Lewis, The Early Chinese Empires: Qin and Han , Cambridge et Londres, Belknap Press of
Harvard University Press,coll. « History of imperial China »,2007
Henri Maspero, La Chine antique, Paris, PUF, coll. « Dito », 1985 (1re éd. 1927)

Art et archéologie
Danielle Elisseeff, La Chine du Néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère) , Paris, RMN,
coll. « Manuels de l'école du Louvre »,2008
(en) Lothar von Falkenhausen, Chinese society in the age of Confucius (1000-250 BC): The archaeological
evidence, Los Angeles, Cotsen institute of archaeology , University of California Press,coll. « Ideas, debates and
perspectives », 2006
(en) Li Xueqin (trad. K. C. Chang), Eastern Zhou & Qin Civilization, New Haven et Londres, Yale University
Press, coll. « Early Chinese Civilizations Series »,1985
(en) Wu Hung, « The Art and Architecture of the Warring State Period », dans Michael Loewe et Edward L.
Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC ,
Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 651-744
(en) Lu Liancheng, « The Eastern Zhou and the Growth of Regio nalism », dans Kwang-chih Chang et Pingfang
Xu (dir.), The Formation of Chinese Civilization: An Archaeological Perspective , New Haven, Yale University and
New World Press, 2005, p. 203-247

Religion et pensée
Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2002 (1re éd. 1997)
(en) Constance A. Cook, Death in Ancient China: A Tale of One Man's Journey, Leyde et Boston, Brill,
coll. « China Studies », 2006
(en) Angus C. Graham, Disputers of the Tao: Philosophical Argument in Ancient China, La Salle, Open Court,
1989
(en) Donald Harper, « Warring State Natural Philosophy and Occu lt Thought », dans Michael Loewe et Edward L.
Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC ,
Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 813-884
John Lagerwey (dir.), Religion et société en Chine ancienne et médiévale , Paris, Éditions du Cerf - Institut Ricci,
coll. « Patrimoines Chine »,2009
(en) John Lagerwey et Marc Kalinowski (dir.), Early Chinese Religion, Part One: Shang through Han (1250 BC-
220 AD), Leyde et Boston, Brill Academic Pub,2009
(en) Mark Edward Lewis, Sanctioned Violence in Early China, Albany, State University of New York Press,
coll. « SUNY series in Chinese philosophy and culture »,1990
(en) Mark Edward Lewis, Writing and Authority in Early China, Albany, State University of New York Press,
coll. « SUNY series in Chinese philosophy and culture »,1999
(en) David S. Nivison, « The Classical Philosophical Writings », dans Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy
(dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC , Cambridge, Cambridge
University Press, 1999, p. 745-812
(en) Yuri Pines, Envisioning Eternal Empire: Chinese political thought of the W arring States era, Honolulu,
University of Hawai'i Press,2009 (Traduction en français : Yuri Pines (trad. Damien Chaussende), L'invention de la Chine
éternelle : Comment les maîtres-penseurs des Royaumes combattants ont construit l'empire le plus long de l'histoire V( e-IIIe siècles av.
J.-C.), Paris, Les Belles Lettres, 2013)
Léon Vandermeersch, Wangdao ou la Voie Royale : Recherches sur l'esprit des institutions de la Chine archaïqu
e,
Paris, Éditions You Feng Librairie & Editeur, 2009 (1re éd. 1977-1980)

Littérature
(en) Michael Loewe (dir.), Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide, Berkeley, Society for the Study of Early
China and The Institute of East Asian Studies, University of California, Berkeley
, 1993
(en) Martin Kern, « Early Chinese literature, beginnings through W estern Han », dans Kang-i Sun Chang et
Stephen Owen (dir.), The Cambridge History of Chinese Literature, V olume 1: To 1375, Cambridge, Cambridge
University Press, 2010, p. 1-115

Annexes

Articles connexes
Dynastie Zhou
Période des Printemps et Automnes Sur les autres projets Wikimedia :
Dynastie Qin Royaumes combattants, sur Wikimedia Commons
Sima Qian
Tombe du marquis Yi de Zeng
Liste des chefs d'État dans la seconde moitié du Ier millénaire av
. J.-C.

Liens externes
« Les classiques chinois en traduction, site de l'Université du Québec à Chicoutimi.
»
Les Royaumes combattantsà la Cité de la musique, Paris.

La version du 23 juin 2013 de cet article a été reconnue comme « article de qualité », c'est-à-
dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la
citation des sources et l'illustration.

Ce document provient de «https://fr.wikipedia.org/w/index.php?


title=Période_des_Royaumes_combattants&oldid=146660162».

La dernière modification de cette page a été faite le 21 mars 2018 à 17:08.

Droit d'auteur : les textes sont disponibles souslicence Creative Commons attribution, partage dans les mêmes
conditions ; d’autres conditions peuvent s’appliquer . Voyez les conditions d’utilisation pour plus de détails, ainsi que les
crédits graphiques. En cas de réutilisation des textes de cette page, voyezcomment citer les auteurs et mentionner la
licence.
Wikipedia® est une marque déposée de laWikimedia Foundation, Inc., organisation de bienfaisance régie par le
paragraphe 501(c)(3) du code fiscal des États-Unis.