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Correction

Épreuve d’ordre général Rapport.

Session de septembre 2006

Contrairement à l’année précédente où les candidats s’étaient répartis à peu près

équitablement entre les deux sujets proposés, plus de deux tiers d’entre eux ont cette fois opté

pour la dissertation. On ne peut qu’émettre des hypothèses, invérifiables, sur les raisons de ce

choix : il est possible que le mot « crise », employé quotidiennement en de multiples

circonstances, ait eu un effet attractif alors que la langue de D’Alembert aura pu sembler à

certains un peu désuète. Toutefois ce déséquilibre n’a pas eu de répercussion sur l’unité de

l’épreuve puisque les deux compositions obtiennent sensiblement la même moyenne.

La majorité des correcteurs a été sensible à une légère amélioration de la qualité de

l’expression mais il n’en demeure pas moins vrai que peu de copies sont exemptes de fautes et

nombreuses au contraire, celles qui les multiplient, aussi bien sur des noms communs

(« vertue », « artisant ») et sur des règles de grammaire élémentaires (accord du participe

passé principalement) que sur des noms propres (« D’Alemberg», « Arhendt »). Si la plupart

des candidats se soumet aux règles formelles de l’exercice, en produisant un travail

comportant une introduction, un développement comprenant des parties distinctes, une

conclusion, quelques−uns cependant se contentent d’une vaste suite d’idées sans queue ni tête.

Le style est trop souvent empreint de purs clichés (« désamour », « au final »), ou trop

familier. Enfin, la présentation est encore parfois extrêmement négligée, donnant l’impression

d’une parfaite désinvolture.

Les copies claires, bien construites, bien rédigées et bien présentées en sont d’autant

plus appréciables.

En règle générale, peu nombreux sont ceux qui se battent avec le sujet (question ou

texte), manifestent une volonté de comprendre et de réfléchir, c’est−à−dire d’en dégager les

présupposés et les implications, témoignent d'acquis culturels solides. Les quelques références

invoquées sont rarement travaillées – quand elles ne sont pas tout simplement inexactes – en

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sorte qu'elles ne permettent pas au candidat d'élaborer une réflexion instruite. Ainsi la Crisede la culture de H. Arendt est citée à
plusieurs reprises, mais aucun candidat ne donne

l'impression d'en connaître davantage que le titre ; la plupart a entendu parler de

l'Encyclopédie, mais les informations disponibles ont souvent recouvert le texte au lieu de

l'éclairer. Le projet de ses auteurs est souvent mal saisi car les candidats ignorent le sens exact

du mot « encyclopédie » et ne connaissent pas le sous−titre de l’oeuvre. Semblablement, les

exemples convoqués, pris le plus souvent dans l’histoire contemporaine (« crise de 1929 ») ou

très récente (« crise des banlieues », « crise du CPE ») ne sont pas approfondis – sur « 1929 »,

on plaque des « topos » tout faits ; sur « les banlieues » ou le « CPE », on se réfugie dans le

propos médiatique – et, de ce fait, sont érigés insidieusement en arguments, voire en preuves,

alors que la fonction première d’un exemple est d’illustrer un moment du développement de

la pensée.

La dissertation

On ne le répétera jamais assez : il faut être attentif au libellé du sujet proposé ; il faut

le lire, c’est−à−dire l’analyser et non pas ou le survoler ou l’épeler morceau par morceau

(Faut−il, peur, crise) pour voir de quoi il est question car c'est seulement à ce prix qu’une

problématique personnelle peut être mise en place et en oeuvre.

Or parce que ce nécessaire travail préalable n’a pas été accompli, beaucoup de copies

ont frôlé le bavardage ou le débat de comptoir. La réflexion se limitait souvent à l’alternative :

« Les crises : inconvénients et avantages », « Conséquences négatives et positives », etc. De

façon analogue, certaines se sont essayées à une typologie des crises : « destructrices »,

« source de stagnation », « ou de progrès ». Dans l’un et l’autre cas, deux exigences

fondamentales sont passées aux oubliettes :

la première, conceptualiser la notion de crise : ce qu'est une crise est constamment

rabattu tantôt sur ses effets, tantôt sur ses causes. Il faudrait aussi conseiller aux candidats de

s'interdire l'usage du terme « synonyme » (avec ses "y" !) dans les définitions, car à tenir la

crise pour « synonyme de » tant de choses (douleur, malheur, destructions, voire… peur), on

s'évite de chercher ce qu'elle est ;

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la seconde, qui découle de la précédente, engager la réflexion à un niveau qui ne soitpas seulement empirique. Or une majorité de
copies se contente d’énumérer des « cas où » les

crises sont dévastatrices et des « cas où » les crises sont profitables et, de toute façon, les

crises s'enchaînent les unes aux autres si bien qu'on ne sait plus bien de quoi l'on parle.

Les copies qui tentent d’interroger la question et de procéder à une analyse

conceptuelle se dégagent dès lors immédiatement du lot. Ainsi de celles qui s’efforcent, pour

commencer, de donner une définition de la notion de crise, sans la confondre avec celles de

révolte, révolution, conflit ou guerre, sans négliger non plus aucune de ses acceptions (crise

physique ou spirituelle) ou ses dimensions (crise personnelle, familiale, sociale, politique,

économique, internationale). Divers candidats insistent , dès lors, sur la valeur de symptôme

que peut avoir une crise ; une majorité de ceux qui prêtent attention au sujet situe bien le

problème au niveau qui est le sien, celui de la nécessité et de la légitimité de la peur des

crises. Cela étant, les meilleures copies témoignent d’une conscience même minimale, et au

mieux parfaitement explicite, des enjeux proprement historiques et politiques du sujet : elles

se demandent quelle conception de l’homme et de l’histoire suppose une réponse négative (ou

positive) à la question posée et établissent le lien entre crise et démocratie (même si peu de

copies examinent le rapport possible entre crise et critique). Elles font apparaître comment la

peur des crises peut nourrir, voire paraître légitimer l’exercice de la répression, et insistent sur

l’importance du débat démocratique comme essence d’une vie politique authentique. En cela

les crises seraient nécessaires et non inéluctables.

Le commentaire

Le texte ne présentait pas, de premier abord, de difficultés importantes d'ordre

linguistique et la simplicité de sa structure a permis a beaucoup de candidats de construire une

copie ordonnée.

Il reste que plusieurs passages ont été lus en contresens (le ses de ses destructeurs (par

certains confondus avec les « détracteurs ») est parfois rapporté non au genre humain maisaux

arts mécaniques ; quelques philosophes que le mépris de la multitude pour les arts n'apoint empêché de les étudier est souvent
compris comme un mépris des philosophes pour les

arts mécaniques…). Gênante également, la méconnaissance, chez beaucoup de candidats du

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sens du mot art, bien que la notion d'art soit au programme de philosophie des classes

terminales. Elle a souvent engendré une substitution – qui rendait le texte incompréhensible –

de la science aux arts mécaniques. Le terme de génie (parfois pris dans son acception triviale

de personne remarquable) n'est pas analysé et il semble difficile aux candidats de comprendre

les artisans comme des inventeurs. Il est curieux aussi de remarquer que l'algèbre n'est pas

toujours identifiée comme une science et que l'on n'a guère d'idée précise du fonctionnement

d'une montre, ce pourquoi un bon nombre de copies a éludé cet exemple. Le mouvement

argumentatif donne souvent lieu à description, à grand renfort de remarques sur les mots ou

les formes ; il est rarement restitué dans sa totalité et ses nuances (Cependant, c'est peutêtre…

ou l'articulation de la fin du texte), plus rarement encore suivi et compris. On donne

rarement à la première phrase toute sa place et faute d'analyser le mépris […] pour les arts

mécaniques, on ne comprend pas que d'Alembert aille chercher chez les artisans des preuves[…] de la sagacité de l'esprit, de sa
patience et de ses ressources

. Sagacité semble un mot

inconnu des candidats, qu'ils remplacent par « sagesse » ou « rapidité » et le possessif n'est,

dans la quasi−totalité des cas, pas vu.

Les copies ayant obtenu les meilleures notes sont celles qui, à une lecture convenable

du texte – même si on attendait moins de paraphrase et davantage de précision et de…

sagacité –, ont joint une attention critique à ses enjeux, en particulier dans la société

contemporaine en ayant expressément déterminé le statut et la valeur de la technique dans

l’ordre du savoir et dans celui de la société.

Comme chaque année, ce rapport a été établi à partir des observations de l’ensemble

des correcteurs (professeurs de lettres et professeurs de philosophie). Il a pour unique

ambition de faire prendre conscience au futur candidat de ce que l’épreuve d’ordre général

n’est pas un exercice insurmontable pourvu que, son propos étant nourri d’une culture solide

et réfléchie, il s’astreigne à exercer méthodiquement son jugement.

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