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Chiara Mercuri

Anne d’Autriche, mystérieuse mère du roi Soleil

Anne d’Autriche, de la famille des Habsbourg, est l’une des reines les plus importantes de l’histoire de France
mais aussi l’une des plus méconnues. Femme de Louis XIII, pendant vingt-trois ans Anne n’arrive pas à donner
un héritier à la couronne, un dauphin à la France, puis tout change avec la naissance quasiment inespérée de
Louis Dieudonné, le futur Louis XIV.

Anne d’Autriche, c’est tout d’abord l’histoire d’une petite princesse d’Espagne, fille ainée du roi Philippe III,
le roi le plus puissant de l’époque. Dès son enfance Anne habite avec sa famille dans l’Escorial, une sorte de
sanctuaire de la dynastie, une résidence royale et couvent en même temps qui abrite une des basiliques les
plus grandes d’Europe. Son grand-père était Philippe II, héritier d’un empire sur lequel le soleil ne se couche
jamais. Il meurt trois ans après la naissance de l’infante. Malgré l’austérité de la cour, la petite Anne connaît
une enfance plutôt heureuse. Personnalité sans grande envergure, son père Philippe III préfère la corrida, le
théâtre et la chasse à son métier de roi. En revanche, il aime la vie de famille aux côtés de sa femme, la reine
Marguerite, qui vient à manquer quand Anne avait 10 ans. Dès cet instant, elle jouera pour ses frères le rôle
de mère de substitution.

L’Escorial, où elle a vécu pendant son enfance, est aussi un tombeau : dans le ventre de la basilique reposent
les rois et les reines qui ont régné sur l’Espagne depuis Charles V, y compris les parents d’Anne d’Autriche.
Le caveau est presque complet, le dernier à reposer ici sera le roi actuel Juan Carlos.
Au cœur de Madrid un lieu conserve toujours le souvenir d’Anne, il s’agit du couvent des Descalzas Reales,
qui a été fondé au milieu du XVIe siècle par la grand tante Jeanne d’Autriche. Les religieuses, qui étaient
membres de la famille royale, avaient pour mission de prier pour le bien-être de leur dynastie.

En 1615 Anne franchit les Pyrénées pour rejoindre son mari Louis XIII. Elle avait seulement 13 ans à cette
époque. Louis XIII était un homme complexe, difficile à saisir, il avait des amitiés masculines e il a eu aussi
des passions pour les hommes : les femmes ne l’ont jamais intéressé. Il aime la chasse, raison pour laquelle
il a des écuyers autour de lui. Il n’y a pas des certitudes sur son homosexualité, seulement beaucoup de
suppositions. Louis XIII se détache très vite de sa femme, qui devient coquette et heureuse d’avoir un certain
nombre d’hommes autour d’elle. Elle était très espagnole et elle aimait beaucoup les hommages.

Sa légende Anne la doit aussi au roman inoubliable d’Alexandre Dumas, « Les trois mousquetaires », et à son
héros d’Artagnan. D’Artagnan, chevalier et servant d’Anne d’Autriche – son vrai nom est Charles Batz de
Castelmore – naît en Gascogne dans une famille de petite noblesse. Comme dans toutes les familles de
Gascogne, les cadets étaient prêt destinés aux métiers des armes. Avant de partir tenter sa chance à Paris, le
père de d’Artagnan lui donne quelques recommandations qui le marqueront sa vie durant. En fait, son père
lui inculque cette notion de fidélité qui sera certainement l’une des caractéristiques fondamentales de sa
personnalité : la fidélité corps et âme au roi de France. Il n’a que le désir de mettre son épée au service des
prestigieux mousquetaires du roi et d’Anne. Les mousquetaires étaient la garde rapprochée du roi, le raid et
le GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie nationale) de l’époque.

Anne d’Autriche est la reine aux deux cardinaux : longtemps le ministre Richelieu fut son adversaire le plus
redoutable et, pour faire face aux très graves troubles de la fronde, elle disposera d’un allié de choix, c’est-
à-dire le cardinal Jules Mazarin, avec lequel les historiens disent qu’elle avait une relation amoureuse.

Fondatrice de l’Hôpital d’Instruction des Armées, construit en 1621 quand elle avait juste 20 ans, il s’agit d’un
couvent très modeste où elle se refuge pour échapper aux espions de son ennemi, le cardinal de Richelieu.
Depuis la révolution il est abrité au Val-de-Grâce avec son musée et son école où l’on assure la formation des
médecins militaires mais aussi la formation continue des personnels de santé.

Anne détestait Richelieu d’abord à cause de l’emprise qu’il avait sur Louis XIII, elle lui était désagréable
comme reine, comme épouse du roi car elle n’avait aucune influence sur son mari Louis XIII. Etant donné
qu’il voulait devenir l’homme le plus puissant d’Europe, il avait remarqué qu’en effet Richelieu était celui qui
pouvait l’aider à atteindre son but. Pour parvenir à ses fins, l’homme rouge procède avec une main de fer
dans un gant qui n’est pas toujours de velours.

Après la mort de Richelieu et de Louis XIII, Anne d’Autriche devient la régente du royaume. Contre toute
attente, elle décide de s’appuyer sur un protégé de Richelieu, le cardinal Jules Mazarin. Très vite la situation
se dégrade, c’est l’affront d’une révolte complexe au cours de laquelle la bourgeoise parisienne et les grands
du royaume s’unissent pour contester le pouvoir royal, livrant la France pendant cinq ans à la guerre civile.
En janvier 1649 la reine, ses deux fils et Mazarin doivent quitter Paris, qui est aux mains des frondeurs. C’est
la fuite à Saint Germain. En 1643 Mazarin était devenu le principal ministre de la reine et pendant 17 ans ce
duo va gouverner la France. A l’appui qu’il y avait de l’ardeur entre les deux il faut remarquer que Mazarin
lui avait fait cadeau d’un bijou avec les initiales d’Anne et la sienne. Probablement leur relation n’était pas
chaste.

Dans la période troublée de la fronde, Mazarin est envoyé en exile par la reine et, durant ces années,
d’Artagnan devient le messager entre la reine et le cardinal. Les mousquetaires sont des intermédiaires, ils
jouent aussi un rôle politique. En 1660 d’Artagnan et ses mousquetaires vont escorter le roi Louis XIV à
l’occasion de son mariage avec l’infante d’Espagne à Saint-Jean-de-Luz. Le voyage va durer près d’un an et va
encore resserrer les liens d’amitié entre d’Artagnan et le jeune souveraine. Il a participé à l’invasion des Pays
Bas avec Louis XIV, où il est décédé dans le champ de bataille à Maastricht. Il avait au près 70 ans, toutefois
il était encore en bonne forme. Louis XIV écrit à son épouse, la reine Marie Thérèse, « Madame j’ai perdu
d’Artagnan, en qui j’avais la plus totale confiance et qui mettait bon à tout ».

Aux yeux de beaucoup la monarchie française se résume à Versailles et on oublie qu’aux portes de Paris il
existe un autre château royal vieux de neuf siècles et encore plus chargé de souvenirs : c’est le Château de
Saint-Germain-en-Laye (son bâtisseur a été François I) où est né Louis XIV. Le château a été restauré par
l’empereur Napoléon III qui a transformé Saint-Germain en musée des antiquités nationales. A l’époque de
la reine Anne d’Autriche la cour se partageait entre le Palais du Louvre, où elle avait les appartements d’été,
le château de Fontainebleau et le château de Saint-Germain-en-Laye. Louis XIV est né ici en 1638, dans une
chambre du Châteauneuf.

C’est Anne qui s’occupe de son éducation, de son éducation religieuse aussi afin qu’il devienne un roi très
chrétien et le représentant de Dieu sur la Terre. A la mort de Louis XIII en 1643, Louis devient roi : à cette
époque il n’a que quatre ans alors que son frère Philippe duc d’Anjou a à peine deux ans. Anne s’occupe de
ses deux enfants comme une véritable mère, ce qui est étrange par rapport à l’époque. En effet elle est très
tendre, sévère en même temps. Elle les traite d’une façon différente, en fait Louis est le dauphin, celui qui
est destiné à régner, elle doit en faire un chef. Anne nomme Mazarin précepteur de ses enfants : il se
comporte comme un père de substitution pour le jeune roi. Jusqu’à l’âge de sept ans les deux enfants sont
éduqués uniquement par des femmes, comme le veut la coutume : elles leur apprennent à lire, à acquérir
une écriture royal identifiable. En ce qui concerne l’aspect comportemental ils apprennent à identifier les
personnages de la cour, donc Louis XIV a été amené très jeune à se positionner en roi, à se représenter en
roi.
Louis XIV était très lié à son petit frère Philippe. Ils ont un rapport de frères assez moderne : ils couchent dans
la même chambre, ils se disputent, ils se battent. Très tôt Louis s’aperçoit de sa position et demande à son
frère de se soumettre à son pouvoir, de lui montrer du respect. Alors qu’il n’a même pas cinq ans, Mazarin
insiste pour qu’il tienne son premier lit de justice, séance solennelle du parlement. Habillé dans une robe (les
enfants portent des robes jusqu’à sept ans), on le pose sur le trône et il écoute patiemment. Il était déjà très
attentif.

A sept ans Louis passe aux hommes. D’ailleurs il y a une cérémonie de reconnaissance : l’enfant est dénudé
et examiné par les médecins. On remarque qu’il est en bonne santé, la gouvernante le passe aux mains du
gouverneur et à partir de là il n’y a plus de femmes dans l’éducation du prince. Le garçon va rester avec des
hommes jusqu’à seize ans. Mazarin va lui imposer d’être un véritable guerrier, en fait c’est à partir de Louis
XIV que le roi doit être un roi de guerre et afficher l’art de la guerre. Il y a une éducation concrète dans
l’enseignement militaire, on lui faisait des fortins dans le jardin du Palais Royal, donc il devait commander
ses jeunes camarades, qui doivent lui obéir, étant le roi. Une fois qu’il a acquis ses rudiments, il y a le baptême
du feu où le gouverneur est chargé de regarder s’il ne tremble pas trop etc. L’objectif c’est que le roi soit
impassible quand les balles le passent à côté. Dans la stratégie de Mazarin la danse a aussi son importance :
il a dansé jusqu’à 30 ans comme un danseur professionnel. Le thème du soleil se retrouve déjà dans les
ballets.

Louis XIV a toujours eu du goût pour les femmes et, quand les « mazarinettes », c’est-à-dire les nièces de
Mazarin, arrivent par colis postal de Rome, il tombe amoureux d’une d’entre elles, Marie Monsini, avec
laquelle il a eu une histoire d’amour. Fou d’amour il veut épouser la belle italienne mais sa mère et Mazarin
ont d’autres ambitions pour lui. Il fallait qu’il épouse Marie Thérèse d’Espagne, un mariage bien sûr politique
qui symbolisait la réconciliation de la France avec l’Espagne.

Face à son fils dont elle déplore la vie dissolue, Anne rêve de se retirer au Val-de-Grâce et de finir ses jours
au milieu des religieuses mais malheureusement la maladie la rattrape. Louis XIV fait venir des médecins de
tous les coins de la France bien que sa mère voulait poser fin à sa vie le plus vite possible puisqu’elle avait vu
des religieuses souffrir pour le cancer du sein pendant trop longtemps. Après une longue agonie, Anne
d’Autriche s’éteint le 20 janvier 1666 dans ses appartements du Louvre. Son cœur a été embaumé, ainsi que
les cœurs d’autres reines, et il a été vénéré au fil du temps par des religieuses jusqu’au moment où, pendant
la révolution française, les sans-culottes ont jeté le cœur de la reine à la voirie. Son fils Louis XIV lui a rendu
le plus bel hommage filial qu’on puisse rendre à une mère et il a dit « elle mérite d’être mise au rang de nos
plus grands rois ».

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