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De la linguistique à la sociolinguistique

Plan du cours
Introduction
1. La linguistique moderne
1.1. La dichotomie langue /parole
1.1.1. Qu’est ce que le langage humain ?
1.1.2. Qu’est ce que la langue ?
1.1.3. La diachronie
1.1.4. La synchronie
1.2. En quoi consiste la scientificité de la linguistique ?
2. Débat et remise en question de la conception saussurienne de la langue
2.1. Remise en question de la dichotomie langue / parole.
2.2. Remise en question de la dichotomie synchronie / diachronie.
3. Pour une conception sociale de la langue : définition de la sociolinguistique.
Conclusion
Bibliographie
Notes
Exercices d’application
Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Introduction
La linguistique moderne est dite scientifique parce qu’elle est fondée sur l’observation
des faits, de tous les faits langagiers. Elle est dite autonome, car elle a un objet d’étude propre
à elle : le langage humain.
A travers l’étude des langues naturelles, elle cherche à atteindre un phénomène plus vaste qui
caractérise toute vie en communauté : le langage. De ce point de vue, la linguistique est
rattachée à la sémiologie qui se fixe comme objet d’étude « la vie des signes au sein de la
société ».
La linguistique est donc une branche de la sémiologie. Elle s’occupe du langage humain.
Pour des considérations méthodologiques, le fondateur de la linguistique moderne a opéré
certaines distinctions qu’on désignera plus tard par les dichotomies saussuriennes. Dans un
premier temps, on constate que le langage est un phénomène complexe est impossible à saisir
dans la mesure où il se présente sous différents aspects souvent contradictoires. Ayant observé
l’hétéroclite du langage, Saussure se place du point de vue de la langue qui, seule, sera
considérée comme l’objet d’étude de la linguistique. Dans un second temps, le fondateur de la
linguistique moderne entreprend la définition de la langue.
Le présent cours aborde le débat épistémologique animé d’un côté par les promoteurs de la
linguistique structurale et de l’autre par ceux de la sociolinguistique.
Dans le premier cas tout comme dans le second, ce cours cible le cheminement des idées
ayant conduit à deux conceptions aussi bien la langue que son étude. La langue est donc
l’objet d’étude différemment perçu par les deux disciplines :
▪ Qu'est-ce que la linguistique structurale ?
▪ De quoi s’occupe-t-elle ?
▪ Comment le fait-elle ?
▪ Autrement dit, où réside la scientificité de la linguistique structurale appelée aussi la
linguistique générale ?
▪ Qu'est-ce que la sociolinguistique ?
▪ De quoi s’occupe-t-elle ?
▪ Comment le fait-elle ?
▪ En quoi consiste la scientificité de la sociolinguistique dite aussi linguistique sociale ?

Ce cours répond à ces séries de questions en deux temps :


En premier lieu nous nous intéresserons aux questions relatives à la notion de linguistique : sa
démarche, son objet d’étude et ses fondements théoriques. Avant de répondre aux questions se
rapportant à la naissance de la sociolinguistique, nous discuterons des remises en question de
certains concepts saussuriens.
Dans la deuxième partie de ce cours, nous nous intéresserons à la nouvelle conception de la
langue : conception sociale (sociolinguistique).
La troisième partie de ce cours est consacrée à quelques exercices se rapportant au contenu du
cours.

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

1. La linguistique moderne
« Le fondement de la linguistique moderne se situe dans la rupture épistémologique que
Saussure a provoquée dans la façon de concevoir la langue et l’étude de la langue à l’aube du
XX° s. Cette rupture ne signifie nullement table rase de toutes les études et les conceptions de
la langue avant Saussure. Celui-ci ne construit pas ce qui va devenir l’arsenal public de la
linguistique moderne, mais sur les constats qu’il a établis sur les différentes façons de
concevoir et d’aborder la langue en général et celle de ses contemporains en particulier »1.

Que signifie-t-on par rupture épistémologique dans les études de la langue ? En quoi consiste
la scientificité de la linguistique saussurienne ? En quoi se distingue-t-elle des approches
antérieures de la langue ? Comment conçoit-on l’étude avant Saussure ? La linguistique est-
elle une science comparable à la physique ou à la chimie ? Pourquoi ?

Depuis toujours, en effet, le langage humain a constitué le centre d’intérêt des penseurs des
différents peuples de diverses époques. Souvent, on s’est préoccupé de l’origine du langage ;
certains attribuent la création du langage à leurs « Dieux », aux pouvoirs auxquels ils
croyaient.

Parallèlement à la réflexion philosophique autour de l’origine du langage, il est un certain


nombre de penseurs appartenant aux diverses époques, qui se sont interrogés à l’aube de la
civilisation humaine au sujet des différentes parties du discours et même de la matière du
langage. En effet, des subéro-Acadiens aux Aztèques en passant par les Chinois, les pharaons,
les grecs, les arabes, on a produit des travaux et des théories qui continuent d’éblouir le
connaisseur moderne et actuel. C’est surtout le cas des Sumériens qui, il y’a six mille ans,
fondèrent l’écriture pour les besoins de leur comptabilité, puis pour conserver la parole afin de
communiquer à distance aussi bien dans le temps que dans l’espace.

Les Assyriens sont les fondateurs des écritures cunéiformes, ancêtres lointains des écritures
alphabétiques actuelles. C’est aussi le cas de Palléni (Inde) dont l’œuvre est considérée
comme étant le fondement des règles (syntaxe et morphologie). Alors que l’invention des
Sumériens a conduit plus tard à l’élaboration de l’écriture en tant que notation des sons
élémentaires d’une langue. Des travaux de Palléni, repris et améliorés par les penseurs de la
civilisation musulmane ont servi de support à la grammaire du Port-Royal.

Cependant, celle-ci, écrit Saussure dans son C.L.G est fondée sur la logique et dépourvue de
toute vie scientifique est désintéressée de la langue elle-même. Elle vise uniquement à donner
des règles pour distinguer les formes correctes des formes incorrectes. C’est une discipline
normative fort éloignée de la pure observation et dont le point de vue est forcément étroit.

À la grammaire de Port-Royal succédera la philologie dans le but est d’abord, précise


Saussure, de fixer, de commander et d’interpréter les textes. Il s’agit, en effet, d’étudier les
textes afin de déterminer ce qui distingue le style de tel auteur de celui d’un tel autre auteur,
les gens de telle période de ceux de telle autre période, les éléments qui ont marqué telle ou
telle époque, etc.

1
Louis Jean Calvet (1971), Essai de linguistique, les linguistes ont-ils inventé la langue ?( Louis Jean Calvet
(1971), Essai De Linguistique, Les Linguistes Ont-Ils Inventé La Langue ?. DissertationsGratuites.com.
Récupérée 03, 2013, à partir de http://www.dissertationsgratuites.com/dissertations/Louis-Jean-Calvet-1971-
Essai-De/531501.html)

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Par conséquent, non seulement la langue était abordée en tant que moyen pour atteindre
d’autres objectifs, mais on ne s’intéressait qu’aux documents écrits et on écartait avec mépris
la forme orale du langage.

Cela explique l’intérêt des philologues à la période gréco-latine : en dehors du Grec et du


Latin, les autres langues ne sont pas des langues selon ces auteurs, ce ne sont que des parlers.
Bien sûr, avec cette désignation réductrice du parler comme étant ce qui est dépourvu
d’intérêt parce que sans écriture et qui est méprisable et inférieur à la langue entendue comme
la forme écrite du Parler, du parler des nobles, c’est-à-dire des dominants.

En revanche, cette discipline présente une avancée réelle sur les problèmes du langage. Grâce
à ce travail, on a pu comparer les textes. Ce procédé qui consiste à comparer les textes des
différentes périodes a permis de constater des affinités entre des langues qui paraissent au
premier abord originairement différentes.

Cette philologie dite comparative conduira plus tard à une discipline nouvelle : historique.
L’exercice que propose Franz Bopp a révélé que les langues évoluent et s’influencent les unes
les autres.

Dès lors, la course étant ouverte : chacun tentait de montrer laquelle des langues est la plus
proche de celle considérée comme étant la plus ancienne ; c’est-à-dire la moins influencée et
donc la langue mère, la langue idéale, la langue parfaite.

Ce n’est qu’avec la théorie marxiste et les sciences humaines naissantes suite à l’éclatement
de la philosophie considérée comme la mère des sciences, qu’une rupture épistémologique
fondamentale va s’opérer à l’aube du XX° s.

La naissance de la linguistique saussurienne en tant que discipline scientifique qui ne


s’occupe que de la langue.

Auteur du Métalangage et de l’Arsenal théorique en linguistique, Saussure est reconnu pour


être le père fondateur de la linguistique moderne. Son apport réside essentiellement dans la
rupture épistémologique qu’il a provoquée dans les études de la langue. Cette rupture se
résume à l’effort de création d’une science autour de la langue en elle-même et pour elle-
même. Cela signifie que la langue ne sera pas abordée en tant que moyen pour atteindre tel ou
tel objectif. Cela ne signifie non plus que la langue sera étudiée pour être normée et purifiée…
cela signifie que la langue sera abordée en tant que fait social, en tant qu’institution sociale.

Il s’agit en fait de décrire ce fait social et son fonctionnement, ce qui impose sa définition
préalable. À ce niveau aussi, Saussure innove puisqu’il considère l’oral, commun à l’espèce
humaine, comme la réalité où se réalisent les langues alors que l’écrit, lui, est subordonné et
propriété des initiés.

L’oral prime donc sur l’écrit sans pour autant l’exclure de l’observation, notamment lorsqu’il
s’agit du passé inaccessible par la seule parole. Telle est l’autre rupture provoquée par
Saussure : les langues naturelles se valent toutes dans le principe !! est !! le prestige qu’elles
confèrent à l’écriture à certaines d’entre elles ne signifie pas la défaillance de celles qui n’en
sont pas pourvues : cela traduit la différence des circonstances de l’histoire, de l’histoire des
hommes.

Saussure considère l’écriture plutôt comme une exception. Ce qui est (…) c’est-à-dire (…)
c’est l’oralité.

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Voilà pourquoi, pour saisir le langage comme la faculté humaine à vivre en communauté, il
est indispensable de s’occuper de sa manifestation la plus récurrente. Il s’agit pour Saussure
de comprendre le langage à travers l’étude des langues naturelles et celles-ci à travers leurs
manifestations réelles et communes aux humains.

L’oral veut dire la parole. Mais qu’est-ce que la parole ? Qu’est-ce que la langue ?
Qu’est-ce que le langage ? Quel rapport et quelle différence (…) ? Comment l’étudier ?
Pourquoi ?

Les réponses à ces questions constituent le soubassement du C.L.G. condensé de la


conception de la langue et de la linguistique chez Saussure.

Tout ce qui va venir de lui autour de la langue et du langage en général et tous ceux qui s’y
intéresseront ne feront pas l’économie de la lecture méditée du C.L.G.

Pour définir la langue comme objet d’étude, de la linguistique Saussure distingue les concepts
langues/parole, synchronie/diachronie

1.1. La dichotomie langue /parole


On admet donc la linguistique générale parmi les disciplines scientifiques, car elle est
fondée sur l’objectivité. C’est-à-dire qu’elle procède par l’observation des faits, de tous les
faits langagiers selon la relation de cause à effet. Elle a gagné son autonomie, car elle a un
objet d’étude propre : le langage humain.

1.1.1. Qu'est-ce que le langage humain ?


Vaste phénomène qui caractérise toute vie en collectivité. Le langage est à la fois la
langue, le geste, la parole, la mimique, la danse, le rire, l’habillement, etc. C’est, résume A.
Martinet, dans son cours E.L.G., la faculté qu’ont les êtres humains de vivre en communauté.

Constatant ce caractère hétéroclite, complexe et multiforme, Saussure choisit de se placer du


point de vue de la langue qu’il considère comme la manifestation parfaite du langage et par
conséquent, seule, elle constituera l’unique objet d’étude de la linguistique.

À la fin du C.L.G., la linguistique a pour unique et véritable objet la langue envisagée en elle-
même et pour elle-même. La linguistique, fondée par Saussure, qu’on désignera plus tard par
(…) est en faite une linguistique de la langue ; ce qui n’exclut pas la possibilité d’envisager
une linguistique du geste, une autre de la parole, etc. En revanche, la linguistique proprement
dite ne s’occupe que de l’aspect social du langage : la langue est son seul objet d’étude.

1.1.2. Qu'est-ce que la langue ?


Maintenant que la langue est clairement définie par rapport au langage, Saussure se
demande si la langue ne serait pas ce que nous écrivons ou ce que nous disons au quotidien. Il
répond que cela constitue la manifestation de la langue et non la langue elle-même, que cela
constitue la parole : aspect oral et individuel du langage.

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Voici la distinction que le C.L.G. permet d’établir entre la langue et la parole :

La langue La parole
1. La langue est un trésor déposé chez 1. La parole est l’exécution individuelle de la
chaque locuteur. langue.
2. La langue est un instrument créé et fourni 2. La parole est la combinaison particulière
par la collectivité. de l’utilisation de la langue par le sujet.
3. La langue est le produit social de la faculté 3. La parole est individuelle.
du langage. 4. La parole est l’actualisation individuelle
4. La langue est un ensemble de conventions de la langue.
adopté par le corps social. 5. La parole est une combinaison individuelle
5. La langue est indépendante de l’individu. et momentanée.
6. La langue fait l’unité du langage, c’est 6. La parole est l’expression individuelle du
donc un tout en soi. langage.
7. La langue et essentielle. 7. La parole est secondaire.
8. La langue est enregistrée passivement et 8. La parole est un acte de volonté et
placée en dehors de tout un chacun. d’intelligence.
9. La langue est un système de signes 9. La parole est l’appropriation individuelle
distincts, exprimant des idées distinctes. de la langue.

Dans le cas de la langue, il est à relever l’idée de contrat social, d’homogénéité,


d’essentielle, d’enregistrement passif et de système. Dans celui de la parole, ce sont
l’individuel, le momentané, le secondaire, le volontaire et l’intelligent qui priment. Malgré
cette opposition, Saussure constate que langue et parole sont étroitement liées et
interdépendantes.
Saussure constate que, la langue et la parole sont extrêmement liées et indépendantes. Il
observe, par ailleurs, la nécessité scientifique de distinguer clairement l’étude de la langue de
celle de la parole. Quant au linguiste, lui, s’occupe prioritairement de la langue.
Cela implique donc, la notion de systématicité, qui caractérise la langue, est étrangère à la
parole. La langue est donc un système de signes linguistiques.

 Qu’est-ce que donc un système ?


 Qu’est-ce qu’un signe linguistique ?
 Qu’est-ce qu’un système de signes linguistiques ?

Le système est un ensemble organisé d’éléments. Dans le cas présent, ces éléments sont des
signes et plus précisément des signes linguistiques. Or, le signe linguistique dans la
conception structurale est l’association d’un signifiant, les empreintes que laisse la pratique de
la parole en collectivité chez chacun, et d’un signifié, la valeur sémantique du signifiant
partagée par les membres d’une même communauté linguistique. Les signes linguistiques
échangés entre ces membres, dans la conception saussurienne, sont donc identiques tout
comme le sont leurs organisations grammaticales chez tous. C’est à ce prix que les membres
partageant la même langue communiquent, c'est-à-dire échangent des signes linguistiques
pour se comprendre. Pourtant, cette compréhension n’est pas toujours totale, et, parfois, elle
est impossible ? Saussure répond : cela est en raison du caractère mutable du signe
linguistique, donc du système. En effet, outre l’aspect linéaire du signe linguistique

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saussurien, outre le caractère arbitraire, le rapport entre les deux composants du signe
linguistique, tel que défini par Saussure, peut être le même chez tous les membres de la même
communauté, on dira alors que le signe est immuable ; ou bien le signifié ou le signifiant n’est
pas le même chez tous, on dira que le signe est mutable. Conclusion : ne peuvent constituer un
système que les signes linguistiques immuables. Dès qu’un signe de l’ensemble, c’est-à-dire
du système, présente un de ses deux composants autrement que dans la masse, le système est
rompu. Et si cette nouvelle composition du signe résultant du décalage entre son signifiant et
son signifié gagnait les locuteurs de la langue en question, alors on assisterait à la naissance
d’un nouveau système. Il suffit donc qu’une rupture entre les composants d’un ou de plusieurs
signes linguistiques se produise pour parler d’évolution du système. Dans la réalité, ce
phénomène se réalise tellement lentement d’une génération à une autre, et parfois dans la
même génération, qu’on continue à croire que notre langue et identique à celle de nos
parents…
La langue est donc un système de signes distincts exprimant des idées distinctes, et cet
ensemble est susceptible d’évoluer. Comment l’étudier ? L’aspect mutable ? L’aspect
immuable ? Dans les deux cas, pourquoi ?
Le raisonnement précédent en établissant les frontières entre la langue et la parole conduit
Saussure à distinguer deux démarches différentes : la diachronie et la synchronie.

1.1.3. La diachronie étudie la langue du point de vue évolutif. En procédant par


comparaison entre les différents états d’une langue à travers des époques différentes, elle
montre ce qui les distingue, c’est-à-dire ce qui a évolué dans le système. Autrement dit, elle
ne porte pas sur le système, mais sur les changements qui s’y opèrent. La diachronie est, par
conséquent, l’ensemble des études synchroniques de la langue en un temps limité. Exemple :
comparer le Français de la cour royale à celui de la Révolution, de la Commune, d’Avant-
guerre (14-18) qui a changé. Cette étude est importante non seulement par ce qu’elle
renseigne sur les différentes étapes par lesquelles est passé le Français, mais aussi par ce
qu’elle offre des éléments susceptibles de prévoir l’évolution future du Français et d’aider à
agir sur la forme du Français en fonction des besoins à exprimer et des objectifs et
orientations de tout ordre : c’est l’aménagement linguistique.
La diachronie n’est pas donc l’étude de l’évolution de la langue depuis les origines jusqu’à
présent. Non seulement cette question des origines d’une langue est scientifiquement difficile
à concevoir (du moins avec les données actuelles), mais également cela relève de
l’impossible, car la durée sera illimitée. La diachronie est en fait, l’étude de l’évolution
interne de la langue durant une durée limitée : de telle époque à telle autre époque.
1.1.4. La synchronie s’interroge sur la langue du point de vue statique. Elle décrit la
langue définie comme un « système de signes distincts exprimant des idées distinctes »,
autrement dit, elle décrit le fonctionnement de ce système à un moment précis de l’histoire.
Elle montre comme quoi une langue est un système au moyen des cinq branches linguistiques
suivantes :
- La phonétique : est une branche de la linguistique, elle s’occupe des sons du langage
humain, elle s’intéresse uniquement au langage articulé, non pas aux autres formes de
communication. C’est l’étude de la façon de produire les sons par les organes
phonatoires.
- La phonologie : c’est une branche de la linguistique, elle étudie la fonction des sons
dans une langue donnée € donc, elle vérifie la fonction des ces sons, la différence du

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

sens dans les différentes langues en utilisant une méthode qui s’appelle la
commutation.
- La morphologie : c’est une branche de la linguistique qui étudie la forme des mots,
elle s’intéresse aux signifiants.
- La syntaxe : c’est une branche de la linguistique, partie de la grammaire qui traite de
la fonction et de la disposition des mots dans la phrase € c’est-à-dire l’étude de la
combinaison des unités.
- La lexico sémantique : une branche de la linguistique qui s’occupe de la formation et
du sens des unités de la première articulation.

Discipline descriptive, la linguistique est l’étude synchronique non diachronique de la langue.


En effet, c’est le système qui est visé non ses évolutions dans le temps. C’est par ce qu’elle
s’occupe de la langue définie comme système homogène chez tous, que la linguistique de
Saussure est synchronique. Elle est quelque peu prisonnière de la définition qu’elle s’est
donnée de la langue (et du signe linguistique), « système de signes distincts exprimant des
idées distinctes ». Et si Saussure envisage une linguistique diachronique pour étudier la
langue du point de vue évolutif, c’est toujours le système qui constitue la finalité : voir en
quoi il change d’un moment de l’histoire à un autre. C’est donc, toujours les éléments internes
de la langue qui sont abordés et tout ce qui relève des éléments externes est renvoyé au
domaine de la parole, exclu du champ d’études de la linguistique, selon Saussure.

Etude phonétique-phonologique, morpho-syntaxique et lexico-sémantique

signifié

Etude

arbitrair
Relation
langue synchroni que Système signe

Linguistique signifiant

parole

1.2. En quoi consiste la scientificité de la linguistique ?

Remise dans le contexte qui a vu son élaboration à la fois en rupture avec la tradition
historiciste et comparatiste, néogrammairienne et en continuité avec la tendance à
l’éclatement de la psychologie, la linguistique compte parmi les sciences naissantes en cours
d’élaboration. Différente des sciences dures axiomatiques comme les mathématiques, la

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

physique, la chimie … dont l’objet d’étude est […] dont les lois à découvrir sont applicables
partout et toujours, dont les démarches [sciences dures] s’appuient le plus souvent sur
l’expérimentation et la vérification in vitro grâce à l’appareillage technologique, la
linguistique, la sociologie, la psychologie … doivent construire leur objet d’étude, proposer
une méthodologie cohérente qui doit aboutir à des résultats systématiquement applicables au
domaine préalablement défini. C’est donc la notion de systématicité qui est au cœur du débat
sur le statut scientifique de la linguistique. Là, réside également la raison fondamentale dans
l’orientation structurale vers la linguistique générale : à travers l’étude des langues naturelles,
se sont les lois du fonctionnement et la possibilité de les reproduire in vitro d’une manière
accélérée qui sont visées. C’est bel et bien vers la systématicité que la conception tend. Et les
conceptions futures aussi bien de la langue en tant que grammaire que son étude tiendra
compte de cet objectif. Or, combien même l’Homme est de la matière animée ou mobile, son
histoire n’est pas uniquement physique, elle est aussi sociale, c’est-à-dire que l’homme n’a
pas subi des transformations uniquement en fonction des lois de la nature, qu’il n’est pas le
résultat d’un processus exclusivement physique et chimique, mais qu’il a participé lui-même
partout chez les humains.
Cette précision est de taille, car elle paraît distinguer clairement entre l’étude des objets non
animés et celle des êtres animés parmi lesquels d’autres types de distinctions sont à opérer par
exemple entre les êtres végétaux ou animaux, entre les êtres vivants en communauté ou pas,
les formes de communication distantes selon que l’on fasse partie.
La linguistique n’a pas à être une science comme les mathématiques, la physique… s’il lui
arrive de leur emprunter certains de leurs principes, son objet d’étude est de nature différente,
telle qu’elle est dite science humaine, car elle s’occupe de l’Homme du point de vue de son
langage, ou science sociale, car elle étudie l’aspect langagier de la vie en collectivité, ou
encore science du langage, car elle cherche à comprendre et à améliorer la communication,
fondement de toute vie en groupe dont le sens se diversifie selon plusieurs paramètres parfois
menant à des conflits à gérer, mais aussi se mondialise (le sens) avec tout ce que cela
implique comme recherche et construction identitaire, voire identitariste.
La linguistique est une science parce qu’elle a un objet d’étude, parce qu’elle a sa démarche,
la description, et parce qu’elle tend à la systématicité.
Répondant à une question de la revue « Sciences Humaines » relative à l’évolution de la
linguistique contemporaine, A. MARTINET pense que :

Pour qu’une discipline soit scientifique, il convient qu’elle se soumette à la causalité. Il


existe deux sortes de sciences : celles que l’on appelle les sciences de la nature et celles que
l’on appelle sciences de l’Homme. Je dirai pou ma part que la distinction doit s’opérer entre
les sciences de la nature aux sciences des cultures. Nous nous trompons peut-être, mais
nous pensons que la chimie par exemple est valable sur toute la terre, la différence
fondamentale n’est pas scientifique ou moins vérifiable que les sciences de la nature, mais
qu’elles font entrer dans leur champ des phénomènes non permanents, les phénomènes
culturels, qui valent pour une époque et pou une région donnée.
Les sciences des cultures peuvent être aussi exactes que les sciences de la nature. Une loi
phonétique, celle que j’évoquais pou l’Indo-européen, qui fait que le [p] initial est devenu
[f] en germanique et a disparu en celtique est aussi vérifiable qu’un fait de chimie. Els
acceptions sont interprétables en tenant compte des causes particulières, les lois des
sciences des cultures ne sont valables que dans un temps et un lieu donné : il y’a des
régions et des moments où le [p] initial, ne s’est pas changé en [f], mais demeurait, ou s’est
changé en [v]. Cela étant, les sciences des cultures ont les mêmes impératifs que les
sciences de la nature. On peut distinguer dans cadre entre la phonétique qui est une science
de la nature, la science de la prononciation des sons par l’Homme et la phonologie, qui est
une science des cultures s’intéressant aux sons distinctifs que contracte chaque langue
particulière ».

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

La linguistique structurale née en 1916 avec F. De Saussure et puis va naître la phonologie.


Pour les structuralistes, la langue est un système, une structure, toujours sur la même ligne
linguistique naît une nouvelle discipline en 1950, la grammaire générative. Toujours en
considérant la langue comme un concept homogène.

2. Débat et remise en question de la conception saussurienne de la langue :


de la linguistique vers la prise en compte des éléments externes, c’est la
sociolinguistique
On a tendance à admettre que la remise en cause de l’enseignement saussurien date des
années 70. Il est vrai que les fondements scientifiques du champ théorique sociolinguistique
sont connus des lecteurs de la littérature de la linguistique, à partir de cette période, grâce aux
publications d’auteurs considérés comme étant les fondateurs de cette discipline.
- W. LABOV, 1976, Sociolinguistique, Éditions Minuit.
- J. FISHMAN, 1971, La Sociolinguistique, éditions Nathan.
- M. COHN, 1956, Pour une sociologie du langage, éditions Albin Michel.
- J. BABRIS et B. GERDAIN, 1974, Introduction à la sociolinguistique, la
linguistique sociale, éditions Larousse.
- M. BAKHTIN, 1977, Le marxisme et la philosophie du langage, éditions
Minuit

En réalité, la sociolinguistique tire son origine de l’enseignement d’Antoine MEILLET


dispensé au collège de France, le 13 -02-19062
La remise en question de l’enseignement saussurien est centrée essentiellement sur deux
dichotomies établies par Saussure : parole / langue ; synchronie / diachronie, et sur le flou
théorique de la conception sociale de la langue que Saussure a proposée et qu’il a très vite
évacuée dès qu’il a abordé l’étude de la langue.

2.1. Remise en question de la dichotomie langue / parole


L’objet d’étude de la linguistique est « la langue envisagée en elle-même et pour elle-
même » et définie en tant que système, c'est-à-dire ensemble d’unités linguistiques organisées.
De ce fait, le linguiste décrit la relation qu’entretiennent les unités linguistiques sur l’axe
syntagmatique (l’axe des successivités, des oppositions). Sans pour autant exclure de l’étude,
les unités de l’axe paradigmatique (l’axe des possibilités, des commutations, des substitutions)
qui correspond, dans le raisonnement de Saussure, à la définition de la langue. Ainsi, Saussure
accorde une plus grande importance à l’étude des éléments internes de la langue et délaisse les
éléments externes. La linguistique saussurienne s’occupe donc de la langue en tant que
système où « tout se tient ». La langue est, par conséquent, homogène et se présente sous
forme d’un système parfait chez tous. Au contraire, la parole étant l’actualisation de la langue
par chacun, dépend des éléments externes de la langue. C’est pourquoi son caractère
hétérogène qui se manifeste à tous les niveaux.
Le fondement scientifique de la linguistique structurale est le suivant : étudier non seulement
toutes les langues naturelles sous les diverses formes sous lesquelles elles se présentent, mais
aussi, et surtout privilégier l’aspect oral, car c’est ce qui est commun aux humains.
Cependant, en écartant de l’observation la parole, lieu réel de l’activité linguistique des
humains, la linguistique a pris le chemin des abstractions, celui de l’idéalisme scientifique et

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Consulter à ce sujet : Linguistique historique et linguistique générale, édité en 1921 puis réédité en 1965 aux
éditions Champion, Paris

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

s’est éloignée de l’observation empirique, de la réalité à étudier. C’est là pourtant, l’argument


premier à l’origine de son fondement scientifique ( !?)
À cette conception s’oppose celle qui consiste à privilégier l’étude de la langue telle qu’elle se
manifeste dans la réalité, c'est-à-dire : dans la société. Pour cette conception, la linguistique
doit étudier la langue à travers la parole, lieu réel de l’activité communicative entre les
locuteurs, et non pas dans des laboratoires et en forgeant des moules dans lesquels des
exemples préfabriqués sont coulés pour valider telle ou telle hypothèse. C’est pourquoi la
distinction langue / parole est réexaminée dans le contexte social où les notions de système,
d’arbitraire, d’homogénéité, etc., sont nuancés respectivement par : 1. tendance à l’équilibre
systématique tout le temps remis en cause en fonction des forces, des facteurs et des enjeux
sociaux, politiques, économiques, etc. 2. Négociation du sens au cours de l’interaction
sociale, 3. Variation des usages non seulement selon les lieux et les temps, mais aussi selon
les paramètres géographiques, sociaux, politiques, économiques, etc., en jeux et conditionnant
tout échange, à la fois verbal, para verbal et non verbal.
La remise en question de la dichotomie saussurienne de langue / parole conduit ainsi à
reconsidérer l’objet d’étude de la linguistique : la parole.

2.2. Remise en question de la dichotomie synchronie / diachronie


La distinction synchronie / diachronie et la priorité accordée à la synchronie découle
directement de l’opposition langue / parole et l’intérêt accordé à la langue, au système. Dans
son compte-rendu de la linguistique générale, Antoine MEILLET reproche à Saussure d’avoir
défini le changement linguistique à l’abstraction impossible à expliquer l’aspect statique de la
langue. Or, Saussure, lui-même, pose que la langue qu’il étudie en synchronie n’est que la
langue prise en un moment de son histoire, de son évolution. Autrement dit, le système est
l’aboutissement d’une évolution. D’où la nécessité de lier le synchronique et le diachronique.
Les deux démarches ne s’excluent pas, en fait, elles sont complémentaires.
En se limitant à la description synchronique, la linguistique, prisonnière de la définition
qu’elle se donne de la langue, se veut une discipline axiomatique. Elle construit un axiome et
y opère des relations pour produire une infinité de résultats rationnellement corrects. En
partant du postulat axiomatique, la linguistique saussurienne quitte le domaine culturel pour
épouser celui du naturel, pour reprendre A. MARTINET, cité en conclusion à la première
partie de ce cours. Ainsi conçue, elle ressemble aux théories des nombres et des chiffres.
Pourtant, elle se veut une science humaine puisque son objet est un aspect de l’Homme : le
langage.
3. Pour une conception sociale de la langue
Depuis Saussure, la langue est définie avant tout par son caractère social. Dans son
CLG Saussure définit la langue comme suit : C’est à la fois un produit social de la faculté du
langage et un ensemble de conventions nécessaires adopté par le corps social pour permettre
l’exercice de cette faculté chez les individus. L’analyse de cette définition révèle l’importance
du corps social dans la réalisation de la faculté de langage. Le terme de convention découle à
merveille le caractère social de la langue. Celle-ci est un contrat passé entre les individus
d’une communauté linguistique : C’est une institution sociale classable parmi les faits
humains, écrit Saussure. Elle n’existe qu’en vertu d’une sorte de contrat passé entre les
membres d’une communauté, poursuit-il. André Martinet, lui aussi a insisté sur le caractère
social de la langue. En effet, un des fondements de la théorie fonctionnelle est la notion de
communication conçue comme une activité. A ce sujet, Martinet pose qu’une langue n’est
pas un produit fini, c’est une activité […] Une langue évolue parce qu’elle fonctionne. La
finalité de l’acte de communication est définie comme la compréhension mutuelle
correspondant à un besoin à satisfaire. On se situe dans une perspective sociale. Pour
Bloomfield, l’utilisation du langage est le résultat de la coordination entre êtres humains dans

11
Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

une société donnée. A ce propos, il écrit dans son livre Le langage : le langage permet à une
personne de susciter une réaction R quand une autre personne ressent le stimulus S.
La langue comme on l’a vu est définie d’abord par son caractère social. Mais chez Saussure et
plus tard chez les structuralistes, on pose comme principe général que la langue est un fait
social puis on passe à l’étude de la langue comme un tout en-soi et un système où tout se
tient. Dans la littérature linguistique, les structuralistes posent que la société n’apparaît que
comme un principe général qu’on évacue. Il suffit d’analyser le schéma de communication tel
qu’il est conçu par les structuralistes pour se rendre compte de l’absence totale de la société,
aspect pourtant essentiel dans la définition de la langue qu’offrent ses mêmes auteurs. En
effet, non seulement dans le schéma de communication on a l’impression que tout marche à
merveille, mais aussi la langue est réduite à un instrument de communication comparable
à celui des marins, des routiers, etc. Et c’est justement cette fonction qui est remise en
question. La langue n’est pas seulement un instrument de communication. C’est un lieu de
différends, d’influences et d’informations. Elle ne doit pas être abordée uniquement en tant
que contenant, mais surtout comme contenu. Il ne s’agit pas d’étudier exclusivement la
forme de la langue. Il faut s’interroger aussi et surtout sur ses fonctions sociales.
Lorsqu’on se propose d’étudier les langues dans la société, on s’intéresse aux rapports entre
les langues et les êtres humains. On fait de la sociolinguistique. Celle-ci s’interroge au sujet
de la langue telle quelle est pratiquée dans la société. Or, la pratique sociale de toute langue
révèle des variations. Ces variations résultent de l’exercice de la parole. Ainsi à l’opposé de
la linguistique structuraliste, la sociolinguistique d’abord et avant tout s’occupe de la parole,
c’est-à-dire de la langue dans son milieu naturel. Il s’agit dès lors d’accorder l’importance à
l’étude des variations. En effet, l’examen des pratiques linguistiques de toute langue montre
que les variations linguistiques, qu’elles soient phonologiques, lexicales ou syntaxiques,
tiennent une telle place dans tout système linguistique qu’il n’est pas possible à les considérer
secondaires. Ces variations diffèrent non seulement d’un locuteur à un autre locuteur, mais
chez le même locuteur d’une situation à une autre. Ce qui caractérise donc le fonctionnement
communicatif, c’est moins l’homogénéité que l’hétérogénéité des structures. Autrement dit, la
variation fait partie de la langue. Le linguiste doit chercher les constantes de ces variations.

Conclusion
Depuis l’aube du 20e siècle, deux discours sont tenus à l’égard de la langue posée
comme objet d’étude. Le 1er, dit Saussurien ou structuraliste, étudie la langue, définie comme
structure, c’est-à-dire comme un système abstrait. Pour communiquer, les locuteurs font appel
à ce système. Cette démarche semble ignorer la société et ne s’occupe pas des difficultés
auxquelles sont confrontés les usagés de ce système et qui sont dues justement aux situations
de communication et aux facteurs sociaux qui agissent sur les échanges linguistiques. Le
second discours est connu sous la désignation sociolinguistique. Celui-ci étudie la langue en
rapport avec la société. J-B. Marcellisi et B. Gardin définissent dans leur Introduction à la
sociolinguistique, la sociolinguistique appelée aussi linguistique sociale ou linguistique socio-
différentielle la discipline qui s’occupera des conduites linguistiques collectives
caractérisant les groupes sociaux dans la mesure où ils se différencient et entrent en
contraste dans la même communauté linguistique globale. Par ailleurs, les deux auteurs
précisent la sociolinguistique cherche à découvrir selon quelles constantes les facteurs
sociaux […] déterminent les différences dans la langue et dans l’utilisation qu’en font les
personnes qui la parlent. De ce fait, l’un de ses buts est de mettre en lumière les relations de
cause à effet qui existent entre les divisions de la société en classe et en groupe, d’un côté les
variétés de la langue, et l’utilisation de la langue d’un autre côté. On peut parmi les facteurs

12
Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

sociaux faire intervenir l’état social de celui qui parle et de celui à qui on parle, les conditions
sociales de la communication, la manière dont on utilise la langue dans la vie en société, ce
qu’on pense du comportement verbal, etc. On peut ajouter comme faisant partie de la
sociolinguistique, les études portant sur la variation géographique de la langue ainsi que celles
qui tendent à planifier la langue quand on cherche les moyens de freiner, de contrôler,
d’atténuer les variations linguistiques.

Notes de lecture

DOYER Henri, Sociolinguistique : Territoire et Objet, p.12.

« Pour le sociolinguiste, il existe bien une norme à savoir


fonctionnement collectif, habituel, usuel, de la langue. La norme n’est
que l’usage commun, le point d’équilibre (cependant provisoire, plus
ou moins hétérogène) entre la systématicité de l’idiome et la
multiplicité des usages individuels. Mais on doit considérer qu’il y a
alors coexistence de normes, car selon l’appartenance à tel groupe
social, à telle profession, à tel réseau de sociabilité, à tel espace
géographique, etc., les façons de parler habituelles seront évidemment
différentes. La diversité est bien inscrite dans l’usage normal d’une
langue historique et même sûrement d’autant plus que le marché
linguistique dominant et coercitif3. »

DOYER Henri, Éléments de Sociolinguistique, p. 18.

« Ce qui est à l’œuvre dans toute manifestation linguistique, ce


n’est pas la langue, une, homogène et stable, mais des usages
particuliers portés par des discours, chaque fois différents et chaque
fois uniques, déterminés par tous les facteurs entrant en jeu dans la
communication. Ainsi, la langue s’avère être un phénomène abstrait
qui ne peut s’appréhender que par les différents usages qui en sont
faits […], un mot, une tournure ne sont pas en eux-mêmes vulgaires,
familiers ou populaires, c’est à travers eux, le locuteur qui est jugé et
le groupe social dont il partage les normes sociales et linguistiques ».

3
Coercitif : adj. Qui exerce une contrainte.

13
Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Ouvrages et articles
ABRIC, J-Ce 1994, Pratiques sociales et représentations, PUF, Paris.
BORDIEUX, Pierre, 1982, Ce que parler veut dire.
BOYER, Henri, (Dir.), 1996, Sociolinguistique, territoire et objets, Lausanne, Delachaux
et Niestlé.
BRONCA-ROSOFF, Sonia, 1996, « Les Imaginaires Des Langues », dans Henri Boyer,
Sociolinguistique, territoire et objet, éd. DELACHAUX.
CALVET, Louis-Jean, 1974, Linguistique et colonialisme. Petit traité de glottophagie
CALVET, Louis-Jean, 1987, La guerre des langues et les politiques linguistiques, éd.
Que-sais-je ?
CALVET, Louis-Jean, 1994, Les voies de la ville. Introduction à la sociolinguistique
urbaine.
Calvet, Louis-Jean, 1996, Les politiques linguistiques, éd. Que sais-je ?
CALVET, Louis-Jean, 2002, Pour une écologie des langues du monde, Paris, Plon.
CALVET, Louis-Jean, 2004, La langue est-elle une invention des linguistes ?
CALVET, Louis-Jean, 2005, La sociolinguistique, Que Sais-Je ?, PUF, Paris.
GUMPERZ J. J., 1989, Sociolinguistique interactionnelle, une approche interprétative,
Université de La Réunion / L'Harmattan, Paris.
JODELET, Daniel, 1989, Les représentations sociales, éd. PUF4, Paris.
JODELET, Daniel, 1993, « Les représentations sociales, regard sur la connaissance
ordinaire», Sciences Humaines n° 27.
LABOV, Willam., 1976, Sociolinguistique, Éditions de Minuit, Paris.
LABOV, Willam., 2002, « Qu'est-ce qu'un fait linguistique ? » dans Faits de langue, Faits
de discours. Données, processus et modèles, L'Harmattan (Collection Marges
Linguistiques), Paris, 11-118
LAMEYÈRE, Xavier, 1993, L’imagerie mentale, PUF, Paris.
MALLONI, Pierre, Les représentations sociales, collection Que-sais-je ?, n° 329
MARCELLESI J.B., 1986, « Actualité du processus de naissances de langues en domaine
roman », dans Cahiers de Linguistique Sociale 9, GRECSO/ Université de Rouen, Mont
Saint Aignan, 21-29.
MARCELLESI, Jean-Baptise et BULOT Thery , BLANCHET Philippes, (colls.), 2003,
Sociolinguistique (épistémologie, langues régionales, polynomie), Paris, L’Harmattan.
MARCELLESI, Jean-Baptise, 2003 (1980), « De la crise de la linguistique à la
linguistique de la crise : la sociolinguistique », dans Sociolinguistique (épistémologie,
langues régionales, polynomie), L’Harmattan, Paris, 39-68.
MOREAU M.-L., 1997, Sociolinguistique, Mardaga, Sprimont.
MORSLY, Dalila, 1993, « Attitudes Et Représentations Linguistiques »
MOSCOVICI, Martin, 1984, La psychologie sociale, PUF, Paris.
TOMAS, Roland, 1993, Les attitudes, coll. Que sais-je ?, n° 2091.

4
PUF. : Publications Universitaires de France

14
Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Exercices
Exercice 1

En prenant pour objet d’étude les langues en Algérie (arabes, berbère et le


français), démontrez à travers des exemples précis à quoi s’intéresserait une
approche purement linguistique (Saussure et ses épigones) et quel serait le
centre d’intérêt d’une étude sociolinguistique ?
Eléments de réponse
La situation sociolinguistique algérienne se caractérise par un plurilinguisme avéré.
Que ce soit une étude purement linguistique ou sociolinguistique, les langues en présence
constituent l’objet d’étude des deux démarches. Ce qui différencie les deux disciplines réside
dans la méthodologie et la définition du cadre épistémologique. En effet, qu’est-ce qui ferait
l’objet d’étude, en Algérie, de la démarche linguistique ? Quelle méthodologie adopte cette
démarche ? Comment ? En revanche, qu'est-ce qui constituerait le matériau de travail de
l’approche sociolinguistique ? Quel écart y a-t-il entre les deux démarches ?
Une démarche linguistique, en Algérie, prendrait comme objet de travail l’étude des
langues séparément. Elle ne s’occuperait pas des conséquences du contact des ces langues et
de leur évolution. La démarche saussurienne se charge des éléments internes à la langue. Sa
démarche est descriptive et synchronique. Dans le cas de l’Algérie, elle prendrait, à titre
illustratif, l’arabe classique à un moment donné pour décrire sa structure (d’où le
structuralisme) interne aux trois niveaux : phonétique-phonologique, morpho-syntaxique et
lexico-sémantique. Nous pouvons citer comme exemple, l’étude du système consonantique
arabe.
Par contre, une démarche sociolinguistique pourrait s’intéresser à ces langues à travers
plusieurs angles. En ce sens que l’étude sociolinguistique est étanche. Ainsi, le sociolinguiste
pourrait étudier la conséquence du contact des langues d’Algérie sur leurs structures
linguistiques et subséquemment sur leurs locuteurs. La sociolinguistique, contrairement à la
linguistique, manifeste un intérêt particulier aux éléments externes ayant influencé la pratique
linguistique. Elle s’appuie sur la démarche diachronique pour expliquer des phénomènes de
changements dans la langue. De ce fait, la structure de la langue n’est plus l’apanage d’un
fonctionnement clos, mais elle résulte aussi de l’influence de facteurs externes. A titre
d’exemple, les attitudes des locuteurs vis-à-vis de leur pratique des langues peuvent induire
des variations et/ou des changements linguistiques. Dans le même ordre d’idée, nous pouvons
citer le cas de l’emprunt linguistique qui résulte du contact des langues. En Algérie, nous
assistons à une porosité des systèmes linguistiques, ce qui aboutit au phénomène de mélange
de langue, d’interférence, et, surtout, d’apparition de nouvelles langues. La langue est donc
appréhendée dans son milieu naturel : la société.
En somme, en Algérie une étude linguistique s’occuperait uniquement de la
description du fonctionnement de la structure interne de la langue (l’arabe, par exemple),
tandis qu’une étude sociolinguistique replacerait la langue dans son milieu social pour
l’étudier.

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Exercice 2

Si on prend comme terrain d’étude la situation linguistique algérienne, d’après


vous quel devrait être l’objet d’étude de la sociolinguistique ? Argumentez vos
réponses.

Eléments de réponse

La sociolinguistique est définie comme une linguistique qui étudie la langue dans son
milieu naturel : la société. Autrement dit, elle s’interroge au sujet de la langue telle quelle est
pratiquée dans la société. Suivant cette définition, quel serait l’objet d’étude de ce domaine de
recherche dans le contexte linguistique algérien ? Quels sont les contours méthodologiques
qui permettraient au sociolinguiste de délimiter cet objet d’étude ?
En effet, l’objet d’étude de la sociolinguistique se situe, dans un cadre plus large, dans
la redéfinition du cadre épistémologique de la linguistique. Il s’agit, en fait, des dichotomies
de langue/parole et synchronie/ diachronie. La sociolinguistique redéfinit la langue en la
replaçant dans son contexte social et fait appel à la diachronie pour expliquer certains
phénomènes langagiers : les changements linguistiques. En plus à la description des systèmes
linguistique, une étude sociolinguistique tente d’expliquer les faits langagiers. Ces derniers
sont corrélés avec les éléments externes à la langue : facteurs extralinguistiques. C’est donc
dans ce sillage que pourrait se tracer l’objet d’étude de la sociolinguistique en Algérie.
Ainsi, la situation linguistique algérienne se caractérise par le phénomène de
plurilinguisme. Il y a une pléthore de langues qui sont parlées : l’arabe classique et ses
variétés, le berbère avec toutes ses variétés, le français et l’anglais. Cette situation intéresse
particulièrement la sociolinguistique de plusieurs points de vue. En ce sens que le
sociolinguiste pourrait étudier la répercussion du contact de ces langues sur leurs structures
linguistiques, les attitudes des locuteurs vis-à-vis de leur pratique des langues, des variations,
des changements linguistiques, des fonctions sociales des langues, de leurs statuts
politiques…
Enfin, nous pouvons dire que l’objet d’étude de la sociolinguistique en Algérie se
limite à l’analyse des langues (la (es) langue(s) arabe(s), la (es) langue(s)amazighe(s), le
français, l’anglais) dans leur contexte social et à l’étude du rapport entre ses langues, mais
aussi entre les locuteurs et leur pratique langagière.

Exercice 3

Expliquez en quoi consiste une étude sociolinguistique

Eléments de réponses
La linguistique structurale trouve son origine dans le cours de linguistique générale de
Ferdinand DE SAUSSURE, désignant l’hypothèse selon laquelle on pourrait étudier une
langue en tant que structure. Cette hypothèse est justifiée par le fait que le système de la
langue soit « relatif » et « oppositif » : chaque élément n’existe que par sa relation et son
opposition à d’autres éléments.
Dans ce sens, SAUSSURE représente l’aube de la linguistique contemporaine en
l’imprégnant d’un principe (formant le substrat de tout l’enseignement saussurien) qui n’est
autre que le principe d’immanence : « l’étude de la langue en elle-même et pour elle-même. »

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Ainsi, la linguistique structurale envisage l’étude du système en lui-même en évinçant,


indéniablement, d’emblée, tout ce qui n’est pas la structure abstraite définie comme objet de
son étude.
Venue contrecarrer et prendre le contre-pied de cette optique : la sociolinguistique.
Ci-après, nous tenterons, justement, d’apporter des réponses aux questionnements esquissés
ci-dessous :
 En quoi consiste la méthode usitée par la sociolinguistique ?
 Quels sont les nouveaux éléments conceptuels apportés par celle-ci ?

La sociolinguistique s’élève contre une vision abstraite, homogène, close … de la


langue, qui refuse toute influence extérieure et tout aspect social dans son analyse.
La sociolinguistique envisage, donc, de prendre en considération le rôle joué par le contexte
social dans la structure linguistique, les variations des pratiques linguistiques … etc.
Ainsi, la sociolinguistique a émergé dans la perspective d’étudier le rapport entre la langue et
la société ou, plus expressément, le fonctionnement social de la langue.
Pour se faire, cette discipline tend à : enquêter sur le terrain (recueillir les témoignages des
locuteurs quant à leurs pratiques linguistiques), analyser des corpus (expliquer les éléments
phonétiques/phonologiques, morphosyntaxiques et lexicosémantiques de ces ensembles
d’énoncés par des phénomènes sociaux), faire des sondages (interroger des personnes pour se
faire une opinion sur un sujet relatif au domaine), établir des questionnaires (outils de
recherches, dans les sciences humaines et sociales, visant à évaluer les attitudes) … etc.
Par le biais des méthodes d’analyses ébauchées ci-haut, la sociolinguistique s’intéresse, entre
autres, aux :
 Variables :
D’abord, l’âge (à titre d’exemple : quarante (40)-cinquante(50) ans.)
En outre, la géographie (cités comme exemples : le littoral, les hauts plateaux, le
Sahara…etc.)
Aussi, la sphère sociale (défavorisée, moyenne et aisée.)
En fin, le sexe (féminin ou masculin.)
 Facteurs sociaux :
➢ Qui parle ? (l’identité du locuteur.)
➢ Quoi ? (les dires du locuteur.)
➢ Comment ? (la manière de parler du locuteur.)
➢ Où ? (l’endroit d’où parle le locuteur.)
➢ Quand ? (le moment où parle le locuteur.)

En somme, indubitablement, la sociolinguistique, par l’apport de sa méthode innovante


et de ses éléments conceptuels, a révolutionné les perceptions et les études antérieures de la
langue en étudiant, non pas, la forme de celle-ci, mais, plutôt, le fonctionnement social.

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Exercice 4

Distinguer l’étude linguistique de l’étude sociolinguistique

Eléments de réponse
La sociolinguistique concerne l’étude des rapports entre société et langue, autrement
dit c’est l’étude de la langue dans son milieu social, cette discipline a vu le jour avec son
fondateur William Labov. Elle n’est pas une branche de la linguistique, mais plutôt une autre
conception de la langue, envisagée comme moyen de communication entre les individus qui
constituent une société, sur cela comment pouvons- nous différencier la sociolinguistique de
la linguistique ?
Pour répondre à cette problématique, il nous est indispensable d’évoquer les
différences qui existent entre ces deux approches. En effet, la linguistique structurale est une
science qui a pour objet d’étude la langue « en elle-même et pour elle-même ».
L’étude linguistique de la langue est basée sur ses éléments internes, qu’on appelle des
éléments intralinguistiques. Cela veut dire que l’étude de la langue est réalisée sur le plan
morphosyntaxique, lexico-sémantique et phonologique, sans l’intervention des éléments
externes (sociaux).
Cette science s’intéresse à l’étude de la langue à un moment donné de son évolution.
Elle néglige l’historique de cette langue et son évolution à travers le temps. Autrement dit, la
synchronie est privilégiée par rapport à la diachronie qui est totalement exclue.
La linguistique structurale s’attache à décrire la double articulation du langage
humain. Elle n’a pas pour objet d’expliquer les phénomènes linguistiques. Elle se contente de
les décrire, comme, à titre d’exemple, les dialectes kabyles qui existent à Bejaia. Ces derniers
découlent tous d’une même langue (le kabyle). La linguistique structurale est incapable
d’expliquer ce phénomène.
La sociolinguistique, comme l’indique son appellation est composée de deux parties :
« socio » qui renvoie à la sociologie et qui a pour objet d’étude la société et « linguistique »
qui est une étude scientifique de la langue. Donc cette approche est un croisement entre deux
disciplines complètement différentes.
Cette discipline étudie la langue dans son contexte social. Elle a affaire à des
phénomènes très variés, tels que les fonctions et les usages du langage dans la société,
l’analyse du discours, la planification et la standardisation linguistique, etc.
L’étude sociolinguistique s’est procuré ses méthodes de la sociologie et de la
linguistique. Elle se veut explicative des réalités décrites et se base sur des éléments
extralinguistiques.
Contrairement à la linguistique, en sociolinguistique la diachronie et la synchronie se
complètent et la parole est intégrée dans l’étude des faits langagiers.
La sociolinguistique se propose de partir de la parole et avec elle un sujet parlant pour
étudier la langue dans son milieu socioculturel. Si on prend l’exemple des dialectes du kabyle
à Bejaia, on constate que le kabyle parlé à Bougie, celui parlé à Akbou et celui de Kherrata
n’est pas du tous le même. Cela est dû à divers facteurs. Cependant la linguistique structurale
est incapable d’expliquer ces variations dialectales, car l’étude des éléments intralinguistiques
n’explique pas ce fait et c’est au sociolinguiste de faire appel à l’étude des éléments
extralinguistiques.
Enfin, si la linguistique est une science de cabinet et de laboratoire, faisant appel au
besoin à des locuteurs idéaux, la sociolinguistique se devait d’être une linguistique de terrain
qui répond aux difficultés qu’affronte la linguistique structurale.

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

Exercice 5

Distinguer les deux disciplines linguistique/ sociolinguistique : objet d’étude,


méthode et niveau d’analyse. Appuyer vos réponses par des exemples.

Eléments de réponse

1. La linguistique

Objet d’étude : la langue


Définition de cet objet d’étude :
L’objet d’étude de la linguistique est la langue envisagée en elle-même et pour elle-même et
définie comme système.
Le linguiste décrit la relation qu’entretiennent les unités linguistiques sur l’axe syntagmatique
(l’axe des successivités et des oppositions) sans pour autant exclure l’étude des unités
linguistiques, sur l’axe paradigmatique (l’axe des possibilités).
La linguistique saussurienne privilégie l’étude du système, c'est-à-dire l’axe des oppositions
qui correspond dans le raisonnement de SAUSSURE à la définition de la langue.
Ainsi, Saussure accorde une plus grande importance à l’étude des éléments internes de la
langue et délaisse les éléments externes. La linguistique saussurienne s’occupe donc de la
langue en tant que système où tout se tient. La langue est par conséquent homogène et se
présente sous forme d’un système parfait.
Méthode :
L’étude de la langue est envisagée d’un point de vue
synchronique, la linguistique s’interroge sur la langue du point de vue statique. Bref, la
linguistique moderne se veut descriptive. Il s’agit de décrire la langue à un moment précis de
l’histoire. Cinq branches de la linguistique concourent à la réalisation de cet objectif : la
phonétique, La phonologie, La morphologie, La syntaxe, La lexico-sémantique.
Exemple :
A titre d’exemple, la linguistique se limiterait à la description du berbère au niveau
phonétique phonologique, lexico-sémantique et morphosyntaxique sans prendre en
considération son évolution ou les locuteurs qui le parlent.

2. La Sociolinguistique

Objet d’étude : la langue


Définition de cet objet d’étude : La langue par son caractère social.
La langue n’est pas seulement un instrument de communication. C’est un lieu de différends,
d’influences et d’informations. Elle ne doit pas être abordée uniquement en tant que
contenant mais surtout comme contenu. Il ne s’agit pas d’étudier exclusivement la forme
de la langue. Il faut s’interroger aussi et surtout sur ses fonctions sociales.
Lorsqu’on se propose d’étudier les langues dans la société, on s’intéresse aux rapports entre
les langues et les êtres humains. On s’interroge au sujet de la langue telle qu’elle est
pratiquée dans la société. Or, la pratique sociale de toute langue révèle des variations, des
changements et tant d’autres phénomènes langagiers.
Méthode :
1- Dans le Compte-rendu de Cours de linguistique général, Meillet reproche à Saussure
d’avoir confiné le changement linguistique à l’abstraction, impossible à expliquer, et de

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Intitulé du Cours : De la linguistique à la sociolinguistique

s’occuper prioritairement de l’aspect statique de la langue. Or, Saussure lui-même pose que
la langue qu’il étudie en synchronie n’est que la langue prise à un moment dans un temps
précis de son évolution. Autrement dit, le système est l’aboutissement du système de la langue
qui dépend aussi bien de des éléments internes qu’externes de la langue. De ce fait, il n’y a
pas de systèmes figés : tout est sujet à évolution. D’où la nécessité de lier le synchronique et
le diachronique. En somme, les deux démarches ne s’opposent pas. Elles se complètent.
2- Le fondement scientifique de la linguistique moderne est le suivant : étudier non seulement
toutes les langues maternelles sous les diverses formes qu’elles se présentent mais et surtout
privilégier l’aspect oral car c’est ce qui est commun aux humains. Cependant en écartant la
parole, lieu réel de l’activité linguistique des humains, la linguistique moderne, a pris le
chemin des abstractions, celui de l’idéalisme scientifique et s’est éloignée de l’observation de
la réalité : là est pourtant l’argument premier à l’origine de son fondement scientifique. A
cette conception s’oppose celle des observateurs qui privilégient l’étude de la langue telle
qu’elle se manifeste d ans la réalité, c'est-à-dire dans la société. Ces derniers posent que la
linguistique doit étudier la langue dans son milieu naturel, c'est-à-dire telle qu’elle se
manifeste à travers la parole et non pas dans les laboratoires. C’est pourquoi ils estiment que
la distinction langue/parole doit être réexaminée dans le contexte social et préfèrent les
concepts de normes/ variétés.
Exemple :
La sociolinguistique s’intéresse à l’étude des attitudes des locuteurs algériens à l’égard des
langues.

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