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Institut Arabe des Chefs d Entreprises 29 è m e Session des Journées de l

Institut Arabe des Chefs d Entreprises

29 ème Session des Journées de l Entreprise

L Entreprise et le capital humain : Productivité et partage

(Décembre 2014)

La Décentralisation des Politiques d Emploi

Mongi Boughzala 1

Table des matières

Introduction

3

1. La décentralisation : concepts et enjeux

5

2. La décentralisation des PAMT

7

2.1. L expérience des pays de l OCDE

7

2.2. Principal & Agent

8

3. PAMT, stratégie de développement et décentralisation fiscale

9

3.1. Décentralisation des politiques d emploi et développement régional

9

3.2.

Décentralisation administrative et décentralisation fiscale

12

Conclusion

13

Références

14

Annexes 15

1 Université de Tunis El Manar

Introduction

Les politiques d emploi sont composées de plusieurs types d interventions de l Etat directement au niveau du marché du travail ayant pour objectif l encouragement de l emploi et la lutte contre le chômage. Cependant l emploi ne dépend pas seulement de ces politiques ; il est la résultante de toutes les politiques économiques et sociales mises en uvre par l Etat et de tant d autres facteurs. Les politiques d emploi couvrent la législation et la règlementation du marché du travail, la sécurité sociale, l inspection du travail dont l efficacité détermine le niveau d application de la législation sociale, les modalités des négociations salariales, les politiques macroéconomiques (principalement la politique budgétaire et la politique monétaire) ainsi que la politique active du marché du travail 2 . En Tunisie, toutes ces interventions sont conçues et mises en uvre dans un cadre très centralisé. La question de la décentralisation de ces politiques est désormais posée, surtout depuis que le principe de la décentralisation et du renforcement des autorités régionales et locales a été consacré par la nouvelle constitution. Dans quel sens va-t-il falloir décentraliser les politiques d emploi et quelles sont les conséquences possibles de cette décentralisation ? C est le sujet de cette étude.

D abord, la décentralisation n est pas susceptible de porter sur tous les aspects des politiques d emploi. Il est peu vraisemblable, dans le contexte tunisien, que le code du travail, la sécurité sociale, les négociations sociales ou les politiques macroéconomiques soient décentralisés. La question de la décentralisation n est réellement pertinente aujourd hui que pour la politique active du marché du travail (PAMT) dont les composantes peuvent être regroupées sous les trois rubriques suivantes :

- L aide à l emploi tels que les services de placement et d intermédiation entre l offre et la demande et les diverses formes de subvention et d encouragement à

l

emploi,

- Le développement des capacités des travailleurs afin d améliorer leur employabilité à travers les programmes de formation professionnelle initiale et continue, sachant que l aide à l emploi peut aussi prendre la forme d une formation professionnelle complémentaire,

2 Il y a aussi la politique passive du marché du travail qui porte principalement sur les indemnités pour les chômeurs mais qui est encore à un stade peu avancé en Tunisie.

- Et l aide à la création d'entreprises et la promotion de l entreprenariat et de l auto- emploi 3 .

En particulier, la première rubrique, celle de l aide à l emploi, correspond à l essentiel des activités et des instruments de facilitation de l emploi actuellement gérés et financées dans le cadre de l Agence Nationale de l Emploi et du Travail Indépendant (ANETI). Il s agit notamment des stages d insertion dans la vie professionnelle (SIVP), du contrat formation emploi (CFE), du programme de recherche active d emploi (SYRAE), de la Prise en charge par l Etat de 50% des salaires versés PC50 4 . Ces programmes sont en bonne partie ciblés vers les jeunes diplômés de l enseignement supérieur qui représentent approximativement le tiers des Chômeurs. Les deux autres tiers des chômeurs bénéficient de certains instruments mais reçoivent beaucoup moins d attention. Ces programmes ont fait l objet de plusieurs réformes et une nouvelle réforme a été annoncée mais la question de l évaluation de leurs performances, quoiqu importante, nous éloigne de l objet principal du présent travail. Nous supposons qu ils sont utiles même s ils doivent être améliorés. L important, c est de savoir dans quelle mesure et comment faudrait-il les décentraliser ?

Cela pose le problème de la conception et surtout de l intérêt et des risques associés à la décentralisation. C est que la décentralisation, en général et concernant les politiques d emploi en particulier, pourrait conduire vers plus d équité et d efficacité mais ce n est pas certain. On s attend à ce qu elle permette plus de flexibilité et une meilleure adaptation des actions de l Etat aux conditions et aux besoins spécifiques des régions concernées et d éviter ainsi les inefficacités et la rigidité des programmes actuels conçus principalement par l administration centrale selon des formules standards pour toutes les régions. Néanmoins, on sait aussi que ce n est pas une panacée et que l inefficacité et les disparités régionales risquent de s aggraver suite à la décentralisation si celle-ci n est pas bien préparée et menée. L avantage de la décentralisation des PAMT provient de la possibilité de mieux tenir compte des informations relatives à chaque région ou à chaque localité en permettant aux responsables régionaux et locaux qui détiennent ces informations de participer à la prise de décision mais, conformément à la théorie et au vue des expériences internationales de décentralisation on voit que le succès n est pas garanti et que les cas d échec ne manquent pas. C est donc un processus complexe qui doit être conçu et piloté avec beaucoup d attention

3 Voir annexe B

4 Voir Annexe A pour plus de détails

et de précautions. Le premier chapitre de cette étude portera sur les concepts généraux relatifs à la décentralisation et aux arbitrages à opérer, notamment entre flexibilité et redevabilité. Le chapitre suivant portera sur la décentralisation des PAMT et sur l option qui semble la plus appropriée au cas Tunisien.

Par ailleurs, la décentralisation des politiques d emploi n a souvent de sens que si elle est inscrite dans le cadre de programmes cohérents de développement régional et elle va de pair avec la décentralisation budgétaire et fiscale. C est le sujet du troisième chapitre.

1. La décentralisation : concepts et enjeux

La décentralisation consiste à opérer un transfert partiel ou total du pouvoir de décision et de contrôle des ressources du niveau central à un niveau plus bas dans la hiérarchie, le niveau régional et/ou le niveau local. Dans le contexte qui nous intéresse, la décentralisation signifie que les administrations centrales et le gouvernement cèdent plus de pouvoir aux autorités régionales ou locales. La décentralisation peut prendre diverses formes ; elle peut se limiter à la déconcentration 5 , qui est une forme essentiellement administrative de décentralisation, ou être plus profonde quand elle est à la fois administrative, fiscale et politique.

Au cours des dernières décennies, beaucoup de pays, y compris la Tunisie, ont essayé de décentraliser au moins partiellement et dans certains domaines. Ces expériences ont montré que la décentralisation prend un sens plus clair quand elle est conçue dans le cadre de la rationalisation du système de gouvernance ; c est-à-dire quand elle est fondée sur les principes de transparence, de participation, de représentativité et de redevabilité. Alors, elle s inscrit dans le cadre de la mise en place d un système d institutions publiques et d incitations qui favorise plus d efficacité et d équité en matière de services publics. Dans ce sens, la décentralisation permet de redistribuer d une manière plus appropriée le pouvoir et les responsabilités entre les diverses institutions publiques et d attribuer à chaque institution les responsabilités pour lesquelles elle est la mieux placée. La décentralisation permet ainsi d adapter les instruments de politique économique aux conditions et besoins spécifiques de chaque région et/ou localité et d assurer une meilleure utilisation des ressources nationales. De ce point de vue, la décentralisation devient d autant plus réalisable que les conditions des

5 La déconcentration est en effet un cas particulier de décentralisation, et non un cas distinct.

régions sont hétérogènes, ce qui est le cas du marché du travail où les opportunités d emploi varient amplement à travers les régions.

Un des arguments en faveur de la décentralisation est qu elle pourrait renforcer la stabilité politique du pays en intégrant les aspirations de toutes les entités locales et des multiples sensibilités locales et culturelles qui peuvent coexister au sein d un même territoire. Cependant, si elle n est pas conduite dans un souci d amélioration de la gouvernance et si les conditions de bonne gouvernance ne sont pas remplies, elle risque au contraire de favoriser la résurgence ou le développement de loyautés envers des entités locales dont les ambitions ne sont pas plus légitimes que celles des autorités centrales (clans, tribus, groupe d intérêt ) et de causer plus de corruption. L idée n est pas d exclure les diverses entités locales mais d éviter que certaines d entre elles accaparent trop de pouvoir et dominent le système conformément à leurs intérêts particuliers. Il y a là un équilibre à trouver et un défi important à prendre en compte. Sinon, en cas de manque de cohésion et de faiblesse des institutions et des mécanismes de pilotage et de coordination, on pourrait assister à la fragmentation du pouvoir et/ou à la superposition d administrations se disputant les mêmes prérogatives, et donc à plus d inefficacité.

En outre, à moins que les précautions nécessaires soient prises, même si la question de l efficacité est réglée, la décentralisation pourrait être plus profitables pour certaines régions, généralement les mieux préparées et les mieux dotées et ainsi aggraver les disparités et aboutir à un traitement plus inégal des citoyens du même pays selon la région où ils résident. Les expériences mondiales le montrent.

En d autres termes, dans le cadre de la recherche d un niveau optimal de décentralisation, on pourrait être amené à opérer un arbitrage entre plus de flexibilité, voire même d efficacité, (moyennant plus de décentralisation) et plus d équité en imposant des règles communes pour tous les citoyens (donc en allant vers moins de décentralisation).

En pratique, la décentralisation est inévitablement un concept relatif et elle sera toujours partielle. La cession de certains pouvoirs à des autorités régionales ou locales ne signifie pas le départ des autorités centrales ou même leur affaiblissement. Il s agit plutôt d un nouveau partage du pouvoir entre les divers niveaux, ce qui n exclut pas le renforcement de certains pouvoirs au niveau central. Il y aura toujours des interactions complexes entre le pouvoir central, plus ou moins déconcentré, et le pouvoir régional et local. En particulier, la

déconcentration et la cession de pouvoirs à des autorités locales politiquement plus autonomes pose toujours un réel problème de cohérence et de cohésion. D où l importance de la coordination selon des procédures bien définies entre tous ces niveaux.

2. La décentralisation des PAMT

La décentralisation des politiques active du marché du travail (PAMT) : entre flexibilité et redevabilité, Quel compromis ? Comment organiser une gouvernance efficace et suffisamment souple pour permettre une adéquation des PAMT aux territoires auxquels elle s applique tout en étant transparente et compatible avec les objectifs nationaux ?

2.1. L expérience des pays de l OCDE

Mondialement et notamment dans les pays de l OCDE (OECD 2003), la tendance depuis les années 1990 était vers la décentralisation des PAMT. Cependant, l expérience prouve que le processus n est pas linéaire et qu il comporte des cycles et des retours en arrière à cause de sa complexité et des risques encourus. Le risque d aggravation des inégalités régionales et d une concurrence déloyale entre les régions au détriment de la solidarité nationale et du traitement égal pour tous les citoyens du même pays a poussé les divers Etats, à des degrés variables, à imposer des normes communes et à maintenir les politiques d emploi dans le cadre national, surtout au stade de la législation.

Il est largement admis que la politique de l emploi ne doit pas échapper au pouvoir central et que la décentralisation doit être accompagnée d une forte coordination entre le pouvoir central, les régions et les communes. Même en Suède (Lundin, M & Per Skedinger (2000)), qui consacre de très grands moyens à la PAMT, et en Suisse, deux pays où la décentralisation est assez poussée, l emploi est une préoccupation nationale majeure pour le gouvernement central. La Suisse a plus récemment mis en place au niveau central un dispositif de coordination et d évaluation des programmes et des institutions régionales. Autrement dit, la décentralisation de la politique d emploi se pose en terme de degré et d équilibre entre les prérogatives du gouvernement central et celles laissées aux autorités régionales même si certains pays demeurent plus centralisés que d autres (exemple la France et le Royaume Uni plus centralisé que l Autriche, l Italie et l Allemagne). Evidemment le degré de flexibilité et de décentralisation varie aussi selon le type d instrument. On laisse généralement par exemple plus de latitude aux régions au niveau de la conception des programmes de formation et moins au niveau des services d intermédiation et de placement

des sans-emplois. En Allemagne, la décentralisation du système fonctionne bien en harmonie avec les objectifs nationaux grâce à la tradition de coopération entre les divers niveaux de gouvernement et à la possibilité constitutionnelle d intervention pour l Etat fédéral en cas de nécessité.

Au Royaume Uni, le pouvoir central semble plus prédominant qu en Allemagne, ce qui n a pas empêché le partage des pouvoirs entre les divers niveaux. La France qui a le système le plus centralisé en Europe a tout de même fait des pas importants dans le sens de la décentralisation, notamment à travers une planification basée sur des contrats objectifs au lieu du contrôle des inputs employés dans le cadre des programmes et des instances décentralisés.

2.2. Principal & Agent

La question de la décentralisation optimale a été traitée dans plusieurs cadres théoriques, y compris celui du contrat optimal et des incitations (Aghion & Tirole 1987, Tirole 1986) et du « principal et agent » (Martin Lundin & Per Skedinger 2000). La littérature tend à confirmer la nécessité d un équilibre entre centralisation et décentralisation. Etant donné que le monde réel est toujours caractérisé par une importante incertitude et par une asymétrie informationnelle [une différence significative entre les informations détenues par les autorités centrales (le principal) et les organes régionaux (agents)], il est souhaitable de permettre à ces organes régionaux d exploiter au mieux les informations qu ils maîtrisent mieux et de prendre les initiatives qui en découlent. En revanche, afin de s assurer que le comportement de ces organes reste compatible avec les priorités du principal et que celui-ci ne perde pas le contrôle du système il est nécessaire d instaurer des mécanismes de coordination. Ces mécanismes seront d autant moins contraignants que les intérêts du principal et des agents sont convergents et inversement. En Allemagne, il semble qu il y a moins de divergences entre ces intérêts mais il n y a nulle part de convergence totale. La coordination centrale est donc indispensable. Si la divergence est très forte le gain de la décentralisation peut devenir trop faible et il vaudrait mieux ne pas décentraliser. En général, il y a un risque de divergence mais qui n exclut pas la possibilité de coopération.

En pratique, dans la plupart des pays, la planification (ou le management) par objectif (MBO) s avère le mode ou le compromis le plus fréquent, bien que sous diverses variantes. Et c est d abord dans cette direction que la Tunisie pourrait avancer concernant la décentralisation de sa PAMT. L administration centrale de l ANETI, sous la supervision du

ministère chargé de l emploi (actuellement le MFPE), va alors déléguer aux instances régionales le pouvoir de planification de leurs activités et d affectation des moyens qui leur sont impartis en fonction des demandes et des priorités des régions (ou communes). Ainsi, chaque région pourra intégrer les interventions de l instance régionale d emploi dans le cadre de projets de développement. Cette instance sera évaluée en fonction de critères de performance définis en termes de réalisation des objectifs arrêtés et non des inputs employés. Les objectifs retenus seront négociés dans la région par l instance régionale de l emploi, les représentants des entreprises et les responsables au niveau de la région conformément aux normes arrêtées au niveau central et aux objectifs nationaux. Autrement dit, il va y avoir en fin de compte un contrat entre l instance régionale et l ANETI mais les objectifs ne seront pas dictés par l ANETI. C est une démarche qui pourrait convenir à la réalisation des programmes de développement régional et garantir le respect des règles et normes nationales. Conformément à l article 137 de la Constitution Tunisienne, cela n empêcherait pas les régions qui le souhaitent de mettre en place et de financer par leurs propres moyens des programmes de PAMT complémentaires ou d accorder des avantages supplémentaires aux investisseurs qui choisissent de s installer chez elles, par exemple sous forme de programmes de formation ou d incitation à l emploi ou d aide à la création d entreprises.

3. PAMT, stratégie de développement et décentralisation fiscale

L emploi, c est d abord le résultat de toutes les politiques de développement. Seule, la PAMT aurait un effet limité sur l emploi et l employabilité. Il est établi que les flux d investissements nationaux et étrangers sont très influencés non seulement par le climat économique général du pays mais aussi par la qualité et les avantages offerts par des espaces territoriaux spécifiques. Le développement de tels espaces pourrait être soutenu par des autorités régionales ou locales engagées et dotées des moyens nécessaires. Il en découle que la décentralisation, notamment de la PAMT, doit s inscrire dans le cadre de la stratégie de développement régional.

3.1. Décentralisation des politiques d emploi et développement régional

Le développement dans les régions et la réduction des disparités régionales passe en Tunisie par la création de pôles de développement ambitieux 6 et compatibles avec les possibilités et les atouts des régions. Nous savons, par exemple, que certaines régions ont

6 Qui intègrent tous les secteurs économiques

l ambition d axer leur développement futur sur la croissance consécutive de l agriculture, de l industrie agro-alimentaire et du tourisme. Pour cela, elles ont besoin d une infrastructure appropriée, d attirer les investisseurs, d aménager les espaces urbains et industriels, de former et d attirer les compétences La formation des compétences et la création d emplois va donc se concevoir dans le cadre de ce processus qui peut aboutir à l émergence de pôles de développement et qui implique un très grand nombre d acteurs. La planification de ces pôles serait en premier lieu du ressort des autorités régionales mais nécessairement en partenariat avec le gouvernement central, le secteur privé et les représentants élus de la région et des organisations régionales et nationales. Les plans proposés doivent être suffisamment convaincants pour attirer les investisseurs (qui seront les principaux créateurs d emplois) et aussi pour retenir et attirer les compétences nécessaires.

Les principaux piliers d un espace et d un environnement attractif pour les investisseurs sont bien connus : une infrastructure complète et satisfaisante, une qualité de vie conforme à leurs attentes (qualité de l espace urbain des établissements éducatifs des services de santé disponibles, des activités culturelles et de loisir ), une administration efficace et une main d uvre qualifiée. Les capacités de formation et de production de compétences disponibles au sein de cet environnement constituent en effet un élément qui peut être décisif pour les investisseurs. Le coût de la main d uvre est important mais il doit être rapporté au niveau des compétences et de la productivité de la main d uvre. C est pourquoi la subvention pure et simple de l emploi peut n avoir qu un effet mineur si les entreprises cherchent en premier lieu les compétences. La subvention de l emploi est efficace pour certaines catégories de travailleurs qui s adaptent difficilement aux évolutions du marché du travail.

La région aurait alors la latitude d orienter les programmes de PAMT en fonction des préoccupations effectives des employeurs, notamment les futurs employeurs qui s engagent à participer à la réalisation des nouveaux pôles. Il est possible que dans ce contexte la formation et la mise à niveau de la main d uvre devienne l instrument le plus important de la PAMT et que les autres formes d incitations jouent un rôle moins important.

Comment Concilier entre décentralisation et coordination centrale pour le développement régional et quelles sont les conditions préalables ?

Dans ce schéma, l instance régionale de l emploi (actuellement la direction régionale de l

Dans ce schéma, l instance régionale de l emploi (actuellement la direction régionale de l emploi) fait partie des administrations régionales.

Ce schéma donne une représentation simplifiée d un modèle de gouvernance qui soutient le projet de décentralisation, y compris de la politique de l emploi (PAMT). L idée fondamentale est que pour une région donnée, des pôles de développement, ou au moins plus modestement des programmes de développement, seront planifiés dans le cadre d une stratégie de développement régional et d un processus auquel participent toutes les administrations régionales, le secteur privé, les représentants élus et les organisations concernées par la région. La conception et la mise en uvre de la stratégie doivent être pilotées par un coordinateur régional 7 sous le contrôle interne et externe d auditeurs compétents et sous la surveillance des autorités régionales élues et surtout des autorités centrales. Les administrations centrales, en l occurrence la direction générale de l ANETI concernant la PAMT, et le gouvernement sont systématiquement impliquées dans ce processus à travers divers canaux, notamment en tant que contrôleurs externes et partie principale dans le management par objectif (MBO). Le niveau central demeure aussi le principal fournisseur de ressources pour la réalisation des projets de développement.

Le problème n est donc pas de savoir si les autorités centrales continueront ou non à jouer un rôle en matière de développement régional, en particulier de développement des compétences. Le problème est de savoir si les conditions de bonne gouvernance (transparence, évaluation, redevabilité, participation et surtout existence des compétences

7 Pour se conformer à la nouvelle constitution, ce coordinateur opèrera sous l égide du conseil régional ou du conseil municipal selon le cas

régionales suffisantes ) nécessaires à la réussite de la décentralisation peuvent être assez rapidement réunies et à quel rythme il faudra démarrer le processus de décentralisation ?

Dans le contexte tunisien et compte tenu de la modestie des moyens humains et matériels disponibles dans les régions, notamment au niveau des capacités de contrôle et d audit (en particulier le contrôle judiciaire) il est évident que le processus de développement des institutions et des compétences indispensables va prendre du temps. Par conséquent, la décentralisation, d une manière générale et de la politique d emploi en particulier, ne se fera que progressivement. Cependant le passage à la gestion par objectif (MBO) pourrait démarrer, plus rapidement. De même, la création et la consolidation du coordinateur régional est décisive et devrait avoir lieu dès la première étape. Elle est indispensable pour éviter la fragmentation et les contradictions entre les multiples agences et partenaires concernés par le développement (équipements, éducation et formation, santé, transport, communication, propriété foncière, financement, investisseurs, commerce et distribution, bureaux d études ).

3.2. Décentralisation administrative et décentralisation fiscale

Dans une première étape, celle du démarrage du processus de décentralisation, l audit et le contrôle financier pourront continuer à se faire dans le cadre des dispositifs centralisés existants, mais à terme la décentralisation restera inachevée et peu effective sans décentralisation fiscale et budgétaire. D ailleurs, la constitution (article 137) prévoit que les autorités régionales et municipales auront la liberté de gérer les ressources approuvées dans le cadre de leur budget. Evidemment, les défis associés à la décentralisation budgétaire sont les plus difficiles. Deux catégories de questions vont inévitablement se poser à ce propos, des questions relatives au contrôle et gouvernance fiscale et budgétaire et des questions relatives aux lois sur la collecte, la répartition et la redistribution des ressources fiscales.

Le contrôle budgétaire nous ramène aux institutions qui seront chargées de l audit et la surveillance des opérations budgétaires dans le cadre des régions dans des conditions conformes aux règles de transparence, d efficacité et de redevabilité. C est toute une architecture institutionnelle qui reste à concevoir et à mettre en place. Les solutions existent mais elles prendront du temps.

Les réponses à la deuxième catégorie de questions sur les lois fiscales et les clés de

En

répartition des ressources seront encore plus difficiles et peut-être plus controversées.

effet, cela va déterminer dans quelle mesure la décentralisation va contribuer à réduire ou à aggraver les disparités régionales.

Les clés de répartition vont donner lieu à des fonds à redistribuer et à des formules de répartition des ressources financières en fonction de paramètres à déterminer : population, niveau de vie et de développement, ressources fiscales propres La question de la clé de répartition sera encore plus difficile quand il s agira de s entendre sur la part des revenus provenant des ressources naturelles de la région qui devra lui être attribuée, sachant que le principe de ce partage est retenu par la constitution. Il est clair que si les régions les plus riches reçoivent plus que les régions pauvres, il y aura encore plus de disparités. Cela s est produit dans plusieurs pays.

La décentralisation fiscale et budgétaire pose donc des problèmes techniques et politiques délicats qui dépassent le cadre de cette étude et qui méritent plusieurs études approfondies. On peut toutefois déduire des simples constatations précédentes que la décentralisation des politiques d emplois, le principal objet de cette étude (et plus généralement de n importe quel secteur) doit avancer progressivement en veillant à ce que les institutions nécessaires à la bonne gouvernance soient concomitamment instaurées. Il faudra établir pour cela une séquence logique et prudente.

Conclusion

En conclusion, on peut affirmer, comme nous avons essayé de le montrer, que la décentralisation pourrait contribuer à un développement régional plus juste et plus équilibré, à l accélération de la croissance et à la création d emplois à travers les régions mais ce n est pas une panacée et ce n est pas certain. La réussite dépend de la qualité des institutions mises en place pour piloter et surveiller le fonctionnement des administrations décentralisées et de la capacité des autorités territoriales de préparer et de mettre en uvre selon une approche participative une bonne stratégie de développement. Dans ce cadre, le rôle du gouvernement central demeurera primordial.

Références

Aghion, P & J Tirole (1997), Formal and Real Authority in Organizations , Journal of Political Economy, 105, 1-29

Lundin, M & Per Skedinger (2000) ; Decentralisation of active labour market policy: The case of Swedish local employment service committees , Stockholm, Sweden.

OECD

(2003),

Employment

Development, Paris.

Outlook.

Organisation

for

Economic

Co-operation

and

OECD (2003) DECENTRALISATION OF EMPLOYMENT POLICIES AND NEW FORMS OF GOVERNANCE: TACKLING THE CHALLENGE OF ACCOUNTABILITY ; Poland Ministry of Economy, Labour and Social Policy;

http://www.oecd.org/employment/leed/2494258.pdf

Shabbir cheema and dennis a. rondinelli (Eds) (2007), DecentralizingGovernance: Emerging concepts and practice, Washington DC. Brookings Inst. Press 2007.

Tirole, J (1986), Hierarchies and Bureaucracies: On the Role of Collusion in Organizations , Journal of Law, Economics, and Organization, 2, 181-214.

Mosley, Hughes, Decenralisation and accountability in labor market policy , Social Science Research Center Berlin (WZB), Germany, in OECD 2008 Decentralisation and coordination: the twin challenge of labour market policy;

Annexe A

Principaux instruments de politiques actives du marché du travail en cours

Intitulé

   

Nature et avantages

 

Cibles et durée

 

AMAL (ou SYRAE) programme de recherche active d emploi

 

Aide pour la recherche active d emploi par une prime et par l accompagnement :

-Information -Suivi personnalisé -Stage 3 mois Allocation de 200 dinars par mois et couverture médicale

- Diplômés

 

de

l

enseignement

 

supérieur

ou

de

FP

homologué-

 
 

- Durée : 12 mois

SIVP Stage d Insertion

-

Stage dans une entreprise privée ou dans le secteur public

- Diplômés

 

de

dans

la

Vie

 

l

enseignement

Professionnelle

-

150 dinars par mois

 

supérieur

 
   

- 1

an

renouvelable

-

 

.

 

une fois

 

CIDES Contrat

 

-Alternance entre une entreprise privée et une structure de formation publique ou privée

diplômés

 

de

d Insertion

 

des

l

enseignement

 

Diplômés du Supérieur

supérieur en chômage de longue durée

-150 dinars par mois

 
 

Durée : 12 mois

 

CAIP

 

Contrat

 

-Une formation conforme

à

une

diplômés

 

de

d

Adaptation

et

offre

d emploi

présentée

par

une

l

enseignement

 

d

Insertion

entreprise privée

 

supérieur

 

Professionnelle

 

- Stage de 12 mois

   
 

100 dinars par mois

SCV Service civil diplômés du supérieur. volontaire -Stages volontaire et à mi-temps dans des travaux
SCV
Service
civil
diplômés du supérieur.
volontaire
-Stages volontaire et à mi-temps
dans des travaux d intérêt général
pour acquérir de l employabilité et
faciliter l insertion dans la vie
active.
Durée : 12 mois
par
couverture sociale
-200
dinars
mois
plus
CRVA Contrat
de
-Formation
réinsertion dans la vie
-200 dinars par mois
active
travailleurs (avec 3 ans
au moins dans la même
entreprise) ayant perdu
leur emploi pour des
motifs économiques ou
techniques,
PC50 Prise en charge
par l Etat de 50% des
salaires versés
Encourager les entreprises privées à
recruter des diplômés de
l enseignement supérieur en
prenant en charge la moitié du
salaire pendant 12 mois
Primo-demandeurs
d emploi diplômé du
supérieur et entreprises
de création récente
installées dans les zones
d encouragement
au
développement
régional,
dans
les
activités à haute valeur
ajoutée et à fort contenu
de savoir, durant les 3
première
années
après
entrée en activité

Annexe B

Programmes visant la création d emplois indépendants

Institutions

 

Programmes d emploi

 

Population ciblée

 

Banque

 

Crédits destinés à la création de

Diplômés du supérieur et de la FP

tunisienne

 

de

micro-entreprises

et

la

solidarité (BTS)

promotion du indépendant

travail

 

jusqu à 50000 dinars

 

Banque centrale

Fonds national pour la promotion de l artisanat et des petits métiers (FONAPRAM)

Personnes qualifiées, travailleurs indépendants, artisans et chefs de micro entreprises désirant créer ou étendre leurs entreprises ou activités.

de Tunisie (BCT)

travers

certaines

 

banques)

Agence

de

la

Fonds

spécial

pour

le

Petits

exploitants

agricoles

et

vulgarisation

et

développement de l agriculture

pêcheurs

 

de

la

formation

(FOSDA)

   

agricole

   

Conseils

 

Chantiers

régionaux

et

Sans

emploi

et

populations

les

régionaux

nationaux

plus vulnérables

 
 

Programmes

PRD

(1973),

et

Personnes qualifiées sans emploi ou petits métiers dans les régions rurales et les zones urbaines défavorisées

PDRI

(1984),

PCRD

(1987),

PDU (1993)

 

FRONA

 

Artisans