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Travail écrit lié au

Projet Artistique Personnel

Parmi les 3 clefs d’octave disponibles sur le basson, laquelle choisir?


Analyse acoustique (impact sur le timbre et l’intonation)

DONNET Guillaume
Basson – Prof. Pierre Kerremans 2017 – 2018
« Jamais deux sans trois »
Citation populaire

Voici le troisième travail de fin d’études que j’achève. Le premier concernait les réacteurs
nucléaires à eau supercritique ; le second, l’utilisation de la théorie des graphes pour la résolution
de problèmes de gestion logistique. Pour ce travail-ci, j’ai voulu allier mes compétences
techniques à ma grande passion : la musique.
Je tiens à dédier ce travail à Momo, la personne qui se trouve à l’accueil de l’annexe du
conservatoire. Momo n’est pas seulement un pilier de l’institution, c’est aussi un homme
profondément empathique et généreux, qui arrive à « ménager la chèvre et le chou » dans des
situations critiques. Je le remercie du fond du cœur de m’avoir donné accès à la classe de
percussions, isolée acoustiquement, pour y effectuer mes tests.
J’aimerais aussi remercier Pierre Kerremans, mon professeur de basson. Un homme assoiffé de
savoir et qui s’intéresse à tout, en particulier aux sujets techniques. Pierre a réussi à me supporter
tout au long de ces années et c’est aussi lui qui m’a encouragé à explorer cette problématique
acoustique du basson.
Je vous souhaite une excellente lecture.
Table des matières

Aperçu ........................................................................................................................................................... 2

Introduction................................................................................................................................................... 3

Rappels sommaires d’acoustique .................................................................................................................. 3

Considérations sur les instruments à vent et le basson en particulier. ........................................................ 4

Approche du problème ................................................................................................................................. 6

Banc d’essai ................................................................................................................................................... 6

Résultats ........................................................................................................................................................ 6

Première clef d’octave .............................................................................................................................. 7

Deuxième clef d’octave ........................................................................................................................... 10

Troisième clef d’octave ........................................................................................................................... 13

Conclusions.................................................................................................................................................. 16

Limitations du modèle et considérations ergonomiques............................................................................ 16

Bibliographie commentée ........................................................................................................................... 17

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Aperçu

Le basson est un instrument à perce pseudo-conique. Le saut d’octave peut s’effectuer sans avoir
recours à l’utilisation d’une clef (en modifiant simplement l’embouchure et la colonne d’air).
Cependant, dans un certain registre (s’étendant du la2 au do3), le passage est plus difficile et
occasionne un bruit de raclement. Pour limiter ce bruit, les facteurs de basson l’ont doté de 3 clefs
d’octave (accessibles avec le pouce de la main gauche), rendant l’émission du son plus facile et
plus propre. Actuellement il n’y a pas de consensus sur l’utilisation des clefs, certains
recommandent la répartition suivante (la2-sib2 : première clef ; sib2-si2 : 2è clef ; si2-do3 :
troisième clef) mais au cours de mon apprentissage et au contact de différents professeurs, j’ai vu
qu’il existait de nombreuses alternatives. Etant ingénieur et passionné d’acoustique, j’aimerais
me pencher sur l’impact du choix d’une clef sur la réponse spectrale des notes de ce registre
problématique. C’est une question que je me suis souvent posée et à laquelle je n’ai jamais eu de
réponse. Je commencerai par un rappel sur l’acoustique, en mettant l’accent sur ce qui caractérise
le timbre et l’intonation. Suivra une considération sur le basson et les problématiques acoustiques
propres à cet instrument. Je détaillerai, ensuite, la méthodologie adoptée et procéderai à des
enregistrements de plusieurs alternatives. Je ferai l’analyse spectrale des enregistrements, et
conclurai en tranchant sur la question. Suivra une réflexion sur l’ergonomie. La difficulté
consistera à rendre ce travail (très court) intelligible pour des personnes qui n’ont que peu ou pas
de notions d’acoustique.

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Introduction

Ce TEPAP, j’ai décidé de le consacrer à l’étude acoustique et ergonomique d’un problème


spécifique du basson : j’aimerais déterminer quelle clef d’octave il faut utiliser dans quelle
situation. Avec le nombre de caractères limités, il est tout à fait impossible de se lancer dans de
grandes considérations théoriques. L’objectif ici est plutôt de tirer des conclusions sur base
d’expérimentations.
A ce titre, un banc d’essai sera conçu pour réaliser les différentes combinaisons possibles (clefs-
notes). Il s’agira de trouver un moyen de calibrer correctement ce banc d’essai, j’émettrai ensuite
des hypothèses de départ. Les différents enregistrements seront commentés à la lumière des
notions de « hauteur de note » et de « timbre ».
A ce propos, je pense qu’il est important de rappeler quelques concepts d’acoustique pour donner
au lecteur tous les outils pour comprendre le reste de ce document. C’est l’objet de la section
suivante.

Rappels sommaires d’acoustique

On peut définir le son comme la propagation de variations de pression créées par une source
vibrante. Le son a besoin d’un milieu pour se propager. Disons que le son s’appuie sur les
molécules d’air, auxquelles il imprime des micro-mouvements ou « oscillations » autour de leur
position d’origine.
Imaginez la surface plane d’un lac dans lequel on jette une pierre. Un front d’onde concentrique
va apparaître à l’endroit de l’impact et s’en écarter. Mais imaginons un bouchon en liège flottant
tout près du point d’impact, l’impact du front d’onde sur lui sera un mouvement vertical (il va
bouger de bas en haut) mais sans déplacement horizontal. Nous voyons donc que le fluide (eau ou
air) est porteur de l’onde, qu’il en transporte l’énergie mais sans transfert de masse (les particules
ne dérivent pas, elles oscillent de haut en bas).
Notre oreille est un capteur tout à fait fabuleux, capable de ressentir des variations de pression
d’une étendue remarquable (entre 10 -10 atm et 10-4 atm, l’atmosphère (atm) est une unité de
pression qui correspond à la pression atmosphérique, mesurée au niveau de la mer, sur la latitude
de Bruxelles). On voit que les variations de pression sont de l’ordre de 10 mille à 10 milliard de
fois plus petites que la pression atmosphérique. Cela signifie que notre oreille serait l’équivalent
d’un dispositif capable de mesurer à la fois le diamètre d’un atome et la longueur d’un terrain de
football !
L’intensité du son est directement liée à la valeur de cette variation de pression, mais un autre
facteur intervient : la fréquence. La fréquence est exprimée en Hertz (Hz) et équivaut à « un
nombre de fois par seconde ». Par exemple, la fréquence du réseau électrique est de 50 Hz en

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Belgique. Lorsqu’on y connecte une ampoule, elle s’allumera et s’éteindra 50 fois par seconde.
L’œil humain ne détectera pas ces allumages-arrêts fréquent et pour lui l’ampoule sera allumée
en continu (d’ailleurs, la fréquence de 50 Hz a été choisie parce que c’est la fréquence la plus
basse indétectable à l’œil nu). Au cinéma, où l’on parle de 25 images par seconde, on allumera-
éteindra le projecteur 2 fois sur chaque image lors de la projection, pour le confort visuel.
Plus la fréquence de la variation de pression est élevée, plus aigu sera le son perçu. Les hautes
fréquences correspondent à des sons aigus et les basses fréquences à des sons graves.
Le brillant mathématicien Jean Baptiste Joseph Fourier (1768 – 1830) a établi la chose suivante:

Autrement dit, il est possible de décomposer n’importe quel signal sonore de fréquence f (de
forme aussi bizarre soit-il) en une sinusoïde de fréquence f à laquelle on ajoute d’autres
sinusoïdes dont les fréquences sont des multiples entiers de f (ce que nous appelons les
harmoniques).
Ce brillant mathématicien a même inventé une formule qui permet de passer du domaine
temporel au domaine fréquentiel, c’est-à-dire de pouvoir représenter visuellement un signal
sonore par l’ensemble des fréquences qui le composent (et leurs intensités respectives).
Nous pouvons à présent définir la notion de timbre.
Un la3 joué au piano ou à la flûte aura sa composante fondamentale à 440Hz, mais un
« assortiment » d’harmoniques différent. C’est donc cet assortiment d’harmoniques qui va
déterminer le timbre perçu.

Considérations sur les instruments à vent et le basson en particulier.

Dans la section précédente, nous avons mieux cerné ce qu’était un son, mais nous n’avons pas
parlé de la manière dont il était produit. Un instrument à vent peut être considéré comme un tube
ouvert à une extrémité (l’autre étant bouchée par l’instrumentiste). Lorsque l’instrumentiste
souffle dans le basson, il met l’anche en vibration. Cette vibration va se propager dans le tube
dans la direction de l’extrémité ouverte.
Lorsque cette onde atteindra l’extrémité, un phénomène de réflexion va se produire et l’onde va
revenir en sens inverse (vers l’instrumentiste donc) mais avec un déphasage de 180° (imaginons
que cette onde revienne « renversée ». Arrivée à l’extrémité bouchée (l’instrumentiste), une
nouvelle réflexion aura lieu et elle repartira à nouveau vers l’ouverture bouchée (à nouveau avec

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source: Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9rie_de_Fourier
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un déphasage de 180°, donc au total 360° et donc elle aura exactement la même forme que l’onde
initiale). La résultante de ces ondes qui vont et qui viennent, sera une onde stationnaire (qui reste
sur place) d’une fréquence donnée. La fréquence de cette onde stationnaire dépendra de la
longueur du tube. Si le tube est court, on imagine facilement que ces allers-retours se feront plus
rapidement, et que donc la fréquence de l’onde stationnaire induite sera plus élevée que si le tube
est plus long. L’instrumentiste modifie la longueur du tube en bouchant/débouchant des trous.
Le basson est un instrument à perce conique (le tube s’évase de manière plus ou moins constante
depuis le début du bocal jusqu’à la sortie. Mais c’est un instrument terriblement long qui dut être
replié pour être jouable (l’écartement des doigts de l’instrumentiste étant limité, et les longues
branches de clefs très peu pratiques). A certains endroits, les trous ne sont pas verticaux, mais
percés en oblique, pour couvrir les distances nécessaires tout en gardant un écartement acceptable
pour les doigts).
Nous avons vu récemment que les ondes stationnaires qui prenaient cours dans un basson, étaient
les résultats de l’addition d’ondes se propageant d’un bout à l’autre du tuyau. Le basson n’est pas
un « tuyau lisse ». Les percements, même bouchés, vont présenter des obstacles pour ces ondes et
les déformer. En ce sens, les ondes déformées transportent en elle toute l’information sur la
géométrie de l’instrument.
Disons, pour simplifier, que ces imperfections modifient l’ « assortiment d’harmoniques ». On
imagine donc que les fréquences basses, c’est-à-dire pour les ondes balayant toute la longueur du
tube, seront plus chargées d’imperfections géométriques (timbrées) que les fréquences hautes (les
ondes rencontreront moins d’obstacles).
Du fait de cette géométrie atypique des trous et du recourbement du tube sur lui-même, une plage
de fréquences a du mal à s’établir, elle correspond aux notes allant du la2 (220 Hz) au do3
(261,63 Hz).
Ce problème est connu depuis bien longtemps et les facteurs d’instruments ont prévu de rajouter
des clefs d’octaves pour faciliter l’établissement des ondes stationnaires dans le basson à ces
fréquences. Cependant, dans la pratique, personne ne sait vraiment justifier le choix de telle ou
telle clef. Sur la photo suivante de mon basson, on peut apercevoir les clefs en question (sur la
petite branche).

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Approche du problème

Deux approches sont possibles pour guider la réflexion. La première est une approche purement
physique et théorique : il s’agit de modéliser la géométrie précise de l’instrument, de diviser le
tube en un grand nombre de « portions » de tube et de résoudre pour chaque portion 3 équations
de conservation (masse, quantité de mouvement et énergie).
La seconde approche est plus intuitive et basée sur l’expérience. Il s’agit ici de mettre en place un
banc d’essai et un calibrage, d’enregistrer les différentes combinaisons clefs-notes et d’analyser
les réponses spectrales, à la lumière des notions que nous avons abordées dans les sections
précédentes. C’est cette approche que nous avons retenue.

Banc d’essai

Les enregistrements ont été réalisés dans la classe 205 de l’annexe du chêne, insonorisée parce
que consacrée à la pratique des percussions. L’enregistrement a été pris à 3 mètres de la source
sonore.
Les hypothèses de départ sont les suivantes :
- L’instrument est chaud et prêt à être joué ;
- Nous nous baserons sur le diapason de l’instrument qui a été dimensionné pour 442 Hz ;
- Le bocal utilisé sera celui que j’utilise le plus couramment, le numéro 2 ;
- L’anche utilisée reste la même pour tous les enregistrements ;
- Je jouerai d’abord la note à vide sous contrôle d’un accordeur, lorsque je serai stabilisé en
justesse, je frapperai du pied sur une pédale (ici une pédale de vibraphone) pour qu’un
choc apparaisse à l’enregistrement et j’activerai une des clefs, en maintenant la note
jouée. De cette manière, nous pourrons voir la déflection relative du son par rapport à une
référence juste.

Résultats

Pour chaque prise, nous avons effectué un spectrographe (à l’aide du logiciel Spek) et des
couples d’images du spectre (générées par Audacity) par note, respectivement à vide et avec la
clef d’octave.

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Première clef d’octave
Voici le spectrographe obtenu pour la première prise de son, concernant la première clef
d’octave. Nous y constatons 4 « paquets », correspondant respectivement aux notes la2, sib2, si2,
do3. La barre verte verticale correspond au son produit par la pédale de vibraphone (pour
signifier que je suis stabilisé). Le trait rouge horizontal (situé dans le bas de chaque paquet),
correspond à la fréquence dominante.

Pour le premier paquet (la2), on voit que ce trait est continu, même après impact. Cela permet
déjà de dire que la première clef d’octave ne modifie pas la fréquence fondamentale. Pour les
deux paquets suivants (sib2 et si2), c’est moins évident. Pour le dernier paquet (do3), en
revanche, la clef modifie la fréquence fondamentale (plus basse après activation de la clef) mais
surtout aussi, l’assortiment d’harmoniques (on voit apparaître à droite de l’impact, des
harmoniques (en vert) qui étaient moins présentes avant l’activation de la clef.

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Voyons maintenant, plus en détails, ce qui se passe grâce aux images produites, de cette même
prise, par le logiciel Audacity.

Première clef d’octave


Note Résultats à vide Résultats avec clef
La2

Observations : La fréquence pic (petit cadre en bas à droite) passe de 224 Hz à 223 Hz, la clef a donc tendance à faire
baisser légèrement la note. L’assortiment d’harmoniques avant/après est assez similaire. Le timbre n’est donc pas modifié.
Sib2

Observations : la fréquence pic reste constante et à 235 Hz. L’assortiment d’harmoniques est modifié, une bosse apparaît
dans le domaine des fréquences basses. Cela veut dire que la composante basse (l’octave inférieure) est plus prononcée. Le
timbre est donc légèrement modifié.

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Première clef d’octave
Note Résultats à vide Résultats avec clef
Si2

Observations : La fréquence pic (petit cadre en bas à droite) passe de 249 Hz à 254 Hz, la clef a donc tendance à faire
monter significativement la note. L’assortiment d’harmoniques est modifié dans les fréquences hautes, lorsque la clef est
activée.
Do3

Observations : Le pic de fréquence à 268 Hz présente une cassure dans le graphe de droite (elle ne parvient pas à s’établir).
En revanche, on observe qu’une nouvelle fréquence s’établit à 445 Hz (correspondant au La3). Cela fait penser au
phénomène de « couac ». L’assortiment d’harmoniques (et donc le timbre) est modifié.

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Deuxième clef d’octave
Voyons à présent ce qui se passe pour la deuxième clef d’octave. Commençons par le
spectrographe généré par Spek.

La fréquence dominante a l’air continue pour les deux premières notes (trait rouge) avant et après
enclenchement de la deuxième clef. L’assortiment d’harmoniques a l’air le plus stable pour le
sib2 (2è paquet). Voyons cela plus en détails.

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Deuxième clef d’octave
Note Résultats à vide Résultats avec clef
La2

Observations : La fréquence pic passe de 223 Hz à 225 Hz, la clef a donc tendance à faire monter la note. L’assortiment
d’harmoniques varie au niveau de la balance des basses fréquences. Les composantes graves sont plus présentes avec la
clef.
Sib2

Observations : la fréquence pic reste constante et à 235 Hz. L’assortiment d’harmoniques est modifié, une bosse apparaît
dans le domaine des fréquences basses. Cela veut dire que la composante basse (l’octave inférieure) est plus prononcée. Le
timbre est donc légèrement modifié (le son sera plus chaud avec la clef).

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Deuxième clef d’octave
Note Résultats à vide Résultats avec clef
Si2

Observations : La fréquence pic passe de 248 Hz à 250 Hz, la clef a donc tendance à faire monter la note. L’assortiment
d’harmoniques est modifié dans les fréquences basses, avec une présence plus prononcée des composantes graves. Le son
sera plus chaud avec la clef. Dans les fréquences hautes, les pics sont plus équilibrés.
Do3

Observations : Le pic de fréquence passe de 269 Hz à 266 Hz. La clef a donc tendance à faire baisser la note.
L’assortiment d’harmoniques (et donc le timbre) est modifié : les fréquences basses sont plus prononcées avec la clef.

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Troisième clef d’octave
Voyons à présent ce qui se passe pour la troisième clef d’octave. Commençons par le
spectrographe généré par Spek.

La fréquence dominante a l’air de monter pour le la2 (après choc), de se renforcer pour sib2. Je
ne vois pas de nette tendance pour l’assortiment d’harmoniques. Il a l’air plutôt stable pour le 4è
paquet. Vérifions tout cela en détails.

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Troisième clef d’octave
Note Résultats à vide Résultats avec clef
La2

Observations : La fréquence pic passe de 223 Hz à 225 Hz, la clef a donc tendance à faire monter la note. L’assortiment
d’harmoniques varie au niveau de la balance des basses fréquences. Les composantes graves sont plus présentes avec la
clef.
Sib2

Observations : la fréquence pic passe de 235 Hz à 237 Hz. La clef a donc tendance à faire monter la note. L’assortiment
d’harmoniques est modifié, une bosse apparaît dans le domaine des fréquences basses. Cela veut dire que la
composante basse (l’octave inférieure) est plus prononcée. Le timbre est donc légèrement modifié (le son sera plus
chaud avec la clef).

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Troisième clef d’octave
Note Résultats à vide Résultats avec clef
Si2

Observations : La fréquence pic passe de 248 Hz à 249 Hz, la clef fait donc monter légèrement la note. L’assortiment
d’harmoniques est modifié dans les fréquences basses, avec une présence plus prononcée des composantes graves. Le son
sera plus chaud avec la clef.
Do3

Observations : Le pic de fréquence passe de 269 Hz à 268 Hz. La clef a donc tendance à faire baisser légèrement la note.
L’assortiment d’harmoniques (et donc le timbre) est modifié : les fréquences basses sont plus prononcées avec la clef, et
les fréquences hautes sont plus présentes.

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Conclusions

A la lumière des résultats, je comprends qu’il n’y ait pas de consensus sur l’utilisation des clefs
d’octave (puisqu’il faut choisir entre privilégier le timbre et de la hauteur de note). Néanmoins, il
semble évident que le la2 doit être déclenché avec la première clef et que le do3 doit être
déclenché avec la troisième clef. Pour le sib2, le choix est possible entre la première et la seconde
clef. Personnellement j’ai toujours privilégié la seconde clef à la première, mais je m’aperçois
qu’en terme de timbre, la première clef est plus consistante (réduisant l’écart des pics successifs
pour la fréquence de base et la première harmonique). Pour le si2, cela se joue entre la deuxième
et la troisième clef. La deuxième clef fait monter la note légèrement plus, mais elle permet de
conserver le pic de fréquence aux alentours de la fréquence dominante. Avec la troisième clef,
l’octave supérieure est plus présente dans l’assortiment harmonique, mais la fréquence dominante
monte sensiblement moins qu’avec la deuxième clef. Donc s’il faut vraiment choisir, en fonction
du timbre : 2è clef, et en fonction de la hauteur de note : 3è clef.

Récapitulatif des résultats


La2 Première clef
Sib2 Première clef de préférence, ou deuxième clef
Si2 Deuxième clef (timbre)
Troisième clef (intonation)
Do3 Troisième clef

Limitations du modèle et considérations ergonomiques.

Il faut garder à l’esprit que l’expérience réalisée ne s’applique qu’à mon basson (Moosmann
modèle 200 « soloist »). Le basson est un instrument à géométrie variable et il ne s’agirait pas de
transposer ces conclusions à d’autres instruments. D’autre part, la dynamique influe aussi sur le
son. Ici, les tests ont été effectués à la nuance mf , nous pouvons imaginer que les tendances
resteront les mêmes pour d’autres dynamiques (la note monte ou descend, l’assortiment
harmonique est modifié) mais dans des proportions différentes.
Enfin, il convient de prendre en compte les enchaînements de notes. Il est évident que pour jouer
un enchaînement rapide de notes voisines en staccato dans cette plage problématique, on gardera
une clef pour jouer plusieurs notes, dans les limites de la jouabilité (par exemple, il est exclu de
choisir la première clef pour jouer un la suivi d’un do3, puisque cela donnera lieu à un couac sur
le do3).
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Bibliographie commentée

- Grothe Timo, “Experimental Investigations of Bassoon Acoustics”, Fakultät


Maschinenwesen der Technischen, Universität Dresden, 2014.
Cette thèse de doctorat m’a été utile dans le sens qu’elle a exploré l’approche technique
du problème (dont je parle brièvement), alors que mon approche est pratique et basée sur
l’expérience. Après avoir scrupuleusement modélisé une bouche, l’anche et le corps du
basson, elle se termine sur la conclusion (quelques centaines de pages plus tard) que
même si l’on dispose des outils pour modéliser mathématiquement le problème depuis de
nombreuses années, c’est toujours la pratique qui fait évoluer la facture du basson.
- Eugène Hecht, Physique, Paris, Deboeck Université (1ère éd.), 1999.
Cet ouvrage est une référence dans le monde scientifique. Il balaye quasi tous les
domaines de la physique. Il m’a été fort utile lors de ma première année d’études en
ingénierie parce qu’il utilise un langage accessible. C’est exactement ce qu’il me fallait
pour expliquer de manière simple des concepts qui peuvent être ardus. Il m’a donc aidé à
faire un choix dans les concepts que j’ai abordés.
- Audacity 2.2.2 Manual (https://wiki.audacityteam.org/wiki/Audacity_Wiki_Home_Page).
Il me fallait un logiciel pour analyser les réponses spectrales des différentes prises que j’ai
effectuées. Après m’être renseigné, j’ai opté pour ce logiciel. Le manuel d’utilisateur m’a
permis de comprendre son fonctionnement, de retravailler les différentes prises et
d’utiliser le spectrographe intégré.
- SADIE Stanley (éd.), The New Grove Dictionary of Music and Musicians, London,
Macmillan, 2001 (2e éd.), 29 vols.
Cette encyclopédie, je l’ai parcourue pour recueillir des informations sur la facture du
basson et son évolution au cours du temps. Je n’ai finalement pas jugé utile de faire un
rappel complet sur la topologie du basson, par manque de place et surtout parce que le
sujet traite de mon modèle de basson personnel.
- Séries de Fourier, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9rie_de_Fourier.
C’est la seule référence électronique utilisée dans ce travail. Cette page m’a été utile pour
expliquer l’équivalent qu’il y a entre le domaine temporel et le domaine fréquentiel. Il est
nettement plus aisé de représenter un signal fluctuant dans le temps par un diagramme
fréquentiel, que par un diagramme temporel. En effet, le premier permet de voir d’un
coup d’œil tout le spectre de fréquences englobées dans le signal, ce qui n’est pas le cas
du second.

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