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Platon (428-348 av JC, disciple de Socrate et maître d’Aristote) (rationalisme, idéalisme)

Il oppose le monde sensible (celui avec lequel nous sommes en contact direct par nos sens, le monde des
apparences, de l’ignorance, la pénombre de la caverne) au monde des idées (de monde des essences ou
des formes intelligibles, la lumière, la connaissance, le vrai, le beau). Le monde des idées (la
contemplation du Beau en soi, du vrai, du bien) a influencé la religion chrétienne (l’amour de Dieu).
L’allégorie de la caverne : supposons des hommes retenus prisonniers depuis leur enfance dans une
caverne, fixant leur regard sur les parois qui se trouvent au fond de la caverne. Ils perçoivent seulement
les ombres que renvoient les objets derrière eux. N’ayant pas la possibilité de se retourner ils prennent
les ombres pour des objets réels dans ce qu’ils pensent être la véritable réalité. Ces Hommes sont
prisonniers des apparences et ne savent pas que ce sont des ombres ou qu’il y a des objets entre une
source de lumière et les ombres. Ils n’ont jamais connu l’extérieur de la caverne où il existe un autre
monde. Ces Hommes c’est nous, qui vivons dans le monde sensible que nous ne remettons pas en cause,
sans se douter qu’il n’est que l’ombre d’un autre monde. Le prisonnier libéré qui sort de la caverne (le
philosophe) prend conscience que ce qu’il prenait pour la réalité n’était qu’un monde d’apparence et
d’illusion par rapport au monde des idées (qu’il ne voit pas encore mais sait qu’il existe). La sortie de la
caverne (le monde de l’ignorance) est « l’ascension de l’âme vers le vrai » (le monde de la connaissance).
(La partie supérieure de l’âme, l’intellect, est la partie qui nous permet de connaître les choses et de nous
élever à la vérité). Les choses du monde sensible sont des imitations (illusions ou images lointaines en
mouvement) d’un monde supérieur qui en est à l’origine (l’être n’a pas besoin d’exister pour être, mais
l’existence a besoin de l’être pour exister ; il y a un rapport de participation entre les deux mondes).
Le philosophe est celui qui est sorti de la caverne et démasquer le mensonge des apparences, mais
lorsqu’il y retourne pour dévoiler aux hommes la vérité ils ne veulent pas le croire et sont attachés à leurs
illusions.
Cf. La République, Livre VII
Cf : The true man show, en quête de vérité sans accepter tout de suite)
- Unité/pluralité
Les choses du monde sensible existent sous forme d’idées (éternelle et immuable, au-delà des limites de
l’espace et du temps) dans le monde des idées. Par exemple, derrière chaque arbre particulier du monde
sensible qui diffère des autres on peut reconnaître l’idée d’arbre, un concept qui en est à l’origine (ou
humains, Homme). Si dans le monde sensible les arbres sont tous différents, dans le monde des idées il y
a une seule idée d’arbre. Le monde sensible est caractérisé par la multiplicité, la diversité, la contingence,
la relativité, de l’inessentiel : il y a une multitude de tables, des basses, des hautes, des belles, des laides,
etc. A l’inverse, les idées du monde intelligible sont caractérisées par leur unité, leur universalité, leur
éternité, c’est le monde de l’essentiel. Pour savoir ce qu’est une table, inutile d’observer toutes les tables
que l’on peut rencontrer, il faudrait plutôt se détourner de la diversité du monde sensible. La pluralité des
choses qui existent à l’état sensible sont une image sous forme éclatée et divisée de l’unité du monde des
idées.
- Fini et infini :
Le monde sensible est celui dans lequel nous vivons pour un temps limité et le monde intelligible celui où
vivent éternellement les idées.
Le monde sensible est un monde du devenir dans lequel les choses seront tôt ou tard amenées à changer
sous la loi du devenir, elles ont une forme imparfaite, dégradée et temporaire (elles changent, ne sont
jamais égales à elles-mêmes selon la loi du devenir ou des générations, leur existence est limitée sur le
plan temporel, elles commencent, se déroulent et s’achèvent selon le cycle de la vie qui rend leur
perpétuation possible), elles deviennent et ne sont pas. Les sensations ne présentent donc que peu
d'intérêt pour ce philosophe en quête de vérité éternelle et universelle. Selon Platon, il doit exister un
monde invariant (éternel ou permanent et immobile ou immuable) qui n’est pas soumis aux lois du
monde sensible (perpétuel et en mouvement), où les choses ne sont pas affectées par la loi du devenir
(l’être est invariant, fixe, stable)
- La connaissance
L’âme est immortelle, avant son incarnation elle a pu contempler le monde des idées. Il nous faut alors
surmonter le monde sensible pour retrouver les vérités de l’âme. Le travail de la connaissance est ainsi
chez Platon un travail de reconnaissance, de remémoration des Idées. Le principe de réminiscence est
une sorte d’inconscient, qui concerne les Idées inscrites dans l’âme et que notre vie incarnée ne connaît
qu’indirectement, en se souvenant de ce que nous avons déjà connu.
« Ainsi l'âme, immortelle et plusieurs fois renaissante, ayant contemplé toutes choses, et sur la terre et
dans l'Hadès, ne peut manquer d'avoir tout appris. Il n'est donc pas surprenant qu'elle ait, sur la vertu et
sur le reste, des souvenirs de ce qu'elle en a su précédemment. La nature entière étant homogène et
l'âme ayant tout appris, rien n'empêche qu'un seul ressouvenir (c'est ce que les hommes appellent
savoir) lui fasse retrouver tous les autres ». Platon, Le Ménon
Les sensations sont ici ce à quoi il faut s'arracher pour atteindre aux réalités objectives de l'esprit et de
l'âme. « Le corps est le tombeau de l'âme » Platon (Cratyle), qui ne nous emprisonne qu’un temps avant
que la mort ne nous en débarrasse. « Philosopher, c’est apprendre à mourir » (repris par Montaigne),
mourir en tant que corps pris dans la multiplicité inessentielle pour apprendre à voir les choses du point
des idées éternelles. Parce que la connaissance est réminiscence (connaître, c’est reconnaître), la mort
n’est pas un mal : elle nous libérera enfin des limites étroites du corps pour nous rendre à notre éternité.
C'est dans le monde des Idées, dont les sensations ne sont que la copie, que Platon invite à trouver la
« connaissance vraie ».
Seule la raison peut accéder à la connaissance du monde idées alors que les sens n’accèdent qu’au
monde des apparences (rationalisme). Nous croyons connaître les choses à travers leurs propriétés
sensibles (soumises à la loi du devenir). Nous ne connaissons pas l’essence des choses, mais leur
apparence temporaire à un certain moment. Il rejette toute définition par l’exemple qui n’atteint pas
l’être de la chose (l’objet idéal) mais seulement une de ses images ou imitations. La connaissance
correspond à connaître les choses dans leur invariance (au-delà de toute évolution possible). L’essence
des choses ne se laisse connaître que par la raison, alors que les sens (les sensations sont relatives et
temporaires, par exemple le froid ou le chaud, le grand ou le petit) n’accèdent qu’au monde des
apparences (rationalisme). On ne peut rien connaître en se basant sur l’apparence des choses à travers
des sensations relatives. La connaissance doit porter sur ce qui est (de tout temps, réalité intelligible) et
non pas sur ce qui parait (nos perceptions à un moment donné, réalité sensible). Connaître quelqu’un est
problématique : on connait quelqu’un à partir de ce qu’il exprime de lui, ce qui diffère au cours du temps.
Comment connaître quelqu’un en dissociant ce qui appartient à l’essence de la personne des aspects
changeants et des particularités temporaires/contingentes (de ce qui sera amené à évoluer sous la loi du
devenir. Science et opinion (fausse connaissance des choses soumises au devenir)
- La vérité
Du monde sensible au monde des idées : Qu’est-ce qui, ici-bas, peut nous conduire aux idées éternelles ?
Le banquet : si je suis guidé par un sage, plus expérimenté, le désir pour un beau corps singulier peut
m’amener vers l’idée du Beau, et même du Vrai. La beauté de personnes renvoie à la Beauté en soi. Il est
donc possible de progresser vers le ciel des idées, c’est le projet peu démocratique car guidé par les sages
et réservé à une élite, du platonisme. Le christianisme, selon Nietzsche est un « platonisme pour le
peuple » qui démocratisera ce projet en promettant au peuple tout entier l’accès à l’au-delà et l’église
remplacera le professeur particulier. (L’art aide à la contemplation du Beau en soi, artistes
néoplatoniciens de la Renaissance, ou de Dieu, création par la création de Dieu). La Beauté est une
propriété de la Vérité qui ne sont qu’une seule et même chose, l’unité (l’harmonie, Cosmos en grec, le
monde) que Platon appelle Le bien (Dieu), vue sous des angles différents et exprimée sous des formes
différentes (cité idéale de Platon : la belle cité), la beauté en art est l’équivalent de la vérité en sciences et
de la bonté en morale. Si l’harmonie est une propriété de cosmos, la beauté est le reflet de cette
harmonie (musique, peinture, danse, poésie, etc.) sous une forme sensible. La vérité n’est pas de ce
monde. Le vrai se vérifie de tout temps, au-delà des limites de l’espace et du temps. C’est par amour du
vrai (fidélité aux Idées éternelles) qu’il critique l’art et la démocratie. Au fronton de l’académie on pouvait
lire « Nul n’entre ici s’il n’est pas géomètre », c’est-à-dire s’il n’est pas amoureux de la vérité, ce qui exige
de s’éloigner de nos affects de nos opinions premières et des apparences du monde sensible. Dans
l’Apologie de Socrate (portrait élogieux), il propose un méthode pour arriver à cette vérité : la maïeutique
(l’« art d’accoucher les esprits »). Le dialogue permet de reconnaître la vérité qui est déjà en nous, de la
faire remonter ; la vérité préexiste au dialogue. La démarche socratique en tant que méthode de
questionnement, remise en cause, examen des idées. le sens du dialogue socratique recherche en
commun d’une vérité, qui passe par la confrontation (questions/réponses), la réfutation, et si possible
par l’évolution des idées de chacun.
- La morale :
Vivons-nous ici-bas conformément aux valeurs éternelles, savons nous mettre notre pratique en
conformité avec les principes éternels ? Seul le philosophe, sachant contempler les idées éternelles, peut
répondre en examinant notre comportement.
Les qualités humaines selon lui : honnêteté intellectuelle, ironie socratique ou amour du savoir
- L’art :
Selon Platon, l’approche réaliste de l’art (« il faut chasser les poètes de la cité ») se limite à imiter
l’apparence des choses du monde sensible, qui sont déjà des imitations des choses du monde des
idées (copies de la copie). L’artiste se situe à un second degré d’éloignement par rapport à la
vérité. Le tableau représentant un lit est encore plus éloigné de l’idée de lit que le lit sensible
(premier degré d’éloignement) qui a au moins une fonction (dormir). L’art ne peut pas se réduire
à une simple imitation des apparences, il doit servir à retirer le voile des apparences. Il faut
s’éloigner de l’apparence superficielle des choses pour mieux se rapprocher de leur essence
profonde (l’exagération des passions exprime ce que sont les passions elles-mêmes, mimesis non
mimétique). Il faut s’affranchir des apparences du monde sensible pour resituer Le Beau du
monde supérieur sous une forme sensible, dans le monde sensible. L’art doit être le Beau lui-
même s’incarnant dans une forme sensible. Le Beau peut être rendu visible grâce à l’harmonie :
la Beauté repose plus sur la disposition des éléments les uns par rapport aux autres, que dans ces
éléments eux-mêmes (pas une simple addition, affaire de relation et de proportion). L’artiste
véritable (de vérité) est un transmetteur entre le monde des idées et le monde sensible, en
permettant au premier de s’exprimer dans le second.
- La politique (La République) :
Platon assimile la démocratie au régime de ceux qui ont le pouvoir sans avoir le savoir, qui gouvernent
sans même avoir contemplé les idées. Parce que le peuple est incompétent, elle devient le règne des
passions et non de la raison. Le peuple, n’étant pas éduqué pour exercer le pouvoir, risque d’être animé
par un fort ressentiment à l’égard de ceux qui gouvernaient auparavant, mais comme les anciens
aristocrates ne vont pas se laisser imposer une politique injuste, la démocratie est assurée de dégénérer
en tyrannie. Pour Platon, la politique est une science et la connaissance des mathématiques (la science
reine) est nécessaire à l’exercice du pouvoir politique ; il faut soit que le roi apprenne d’abord la
philosophie et les mathématiques, soit que le philosophe savant devienne roi. .Un « philosophe roi » est
capable de gouverner la cité en accord avec les idées (de justice, vertu, etc.) qu’il sait contempler. .

Aristote (384-322 av. J-C

Elève de Platon, fondateur du Lycée, de l’encyclopédie et du réalisme. Il a inventé le sens de la


délibération démocratique, une série de valeur définissant un humanisme, inventé des champs entiers du
savoir humain comme l’éthique, la logique et la biologie.

A l’inverse de Platon qui se détourne du monde sensible pour contempler les idées uniques et éternelles,
Aristote examine la terre et étudie la diversité et la multiplicité du monde sensible : il classe les plantes,
les animaux, les qualités humaines, les types de régimes politiques pour établir un savoir encyclopédique
de tout ce qui est. Il revalorise ainsi l’observation et même la sensation (mais pas un simple empiriste). Il
distingue le domaine théorique pur (les mathématiques, etc.) le domaine pratique qui vise l’action (la
physique, la politique et la morale) et le domaine poïétique qui vise la production (l’art ou artisanat).
Pour lui, aucun de ces domaines ne vaut plus qu’un autre ou ne peut éclairer les autres (contrairement à
Platon pour qui les mathématiques doivent éclairer la vérité de toutes les activités humaines).
- L’éthique (cf. Ethique à Eudème ou Ethique à Nicomaque)
Alors que Platon dévalorisait la contingence pour ne vouloir contempler que la nécessité, Aristote
propose de prendre acte de cette contingence et nous donne des conseils.
Qualité humaines selon lui : capacité à saisir l’occasion favorable (le « kaïros ») pour agir, sagesse pratique
héritée de l’expérience (« phronesis »), « prudence », sens du jugement développé à partir de l’attention
à la situation concrète.
Aristote ne définit jamais une vertu ou une qualité (la justice, le courage, etc.) en elle-même (comme un
absolu), mais toujours relativement à deux défauts. Selon lui, une qualité est toujours un juste milieu
entre deux défauts. Par exemple, le courage est un juste milieu entre la témérité et la lâcheté. Si Platon
nous proposerait d’être le plus fidèle possible à l’idée du courage (idéaliste), Aristote propose de se tenir
à distance égale de deux défauts réels en étant aussi peu téméraire que lâche (réaliste).
L’humanisme platonicien est idéaliste et nous propose comme horizon la perfection de l’idée de l’homme
(morale). L’humanisme aristotélicien est réaliste et nous propose d’être, concrètement, le moins
imparfait possible (éthique). Dans notre monde de la contingence il n’est pas possible de chercher à
régler tous les comportements humains sur une idée unique et universelle du bien, mais est souhaitable
de chercher à faire au mieux en adaptant son comportement à la situation et à l’époque.
- Politique :
Le rapport au réel diffère entre Platon et Aristote. Alors que pour Platon bien juger c’est d’abord se
détourner du réel sensible pour ensuite y retourner et agir en étant éclairé par une idée éternelle, pour
Aristote il faut partir de la situation réelle et d’abord s’y confronter pour agir au mieux. Si nous cherchons
à instaurer le régime politique optimal il faut commencer par observer les différents régimes politiques
existants pour en tirer des leçons. Alors que pour Platon la politique est une science, pour Aristote c’est
un art (on retrouve le soucis aristotélicien de ne pas mélanger les domaines : la politique ressort du
domaine pratique et non théorique). La politique exige plus que de l’art, du génie car c’est dans le monde
de la contingence que l’homme politique doit agir, il faut gouverner dans un monde changeant où existe
de l’imprévisible, ; il faut innover, agir dans l’urgence et donc faire preuve d’un jugement qui se définir
simplement comme l’application d’une règle. L’expérience ne garantit pas d’être assuré de prendre la
bonne décision et nous enseigne tout au plus ce qu’il ne faut pas faire. L’art de gouverner ne s’enseignent
donc pas et il l’existence d’une école où apprendre la politique serait donc absurde (tous les Instituts
d’études politiques sont donc bien plus platoniciens qu’aristotéliciens).
Son apologie du génie individuel de l’homme politique n’empêche pas qu’il l’un des rares philosophes
occidentaux à avoir vraiment défendu la démocratie (avec Spinoza). Il défend la délibération collective
capable de produire une décision rationnelle éclairée et de conduire à l’élaboration de la loi (à plusieurs
nous sommes plus intelligents). La délibération démocratique a pour but de produire une vérité qui ne lui
préexistait pas (à l’inverse du dialogue platonicien qui vise à faire sortir une vérité déjà là, qui lui
préexiste) mais se cultive et s’élabore dans la délibération. La délibération peut rendre le peuple
compétent puisque discuter ensemble d’un même sujet (res publica) dans un même lieu (la place
publique, l’Agora) en mettant en commun nos réflexions quant à la meilleure façon de vivre ensemble
permet de développer nos facultés individuelles (notamment la raison et le langage). Nous avons donc
besoin de la délibération politique pour nous développer pleinement et accomplir notre humanité :
« L’homme est un animal politique » (« zoon politikon »). Sans politique et avant la politique, nous ne
sommes humains qu’en puissance ; grâce à la délibération politique nous sommes des hommes en acte,
nous actualisons notre humanité.
- Le finalisme
Aristote pensait que la cause principale des choses de la nature résidait dans la finalité qu’elles
poursuivaient : « la nature ne fait rien en vain ». Cette conception finalistes de la nature confond la cause
et la finalité.